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Lundi de la Pentecôte

24 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Lundi de la Pentecôte

Introït

Il les a nourris de la fleur du froment, il les a rassasiés du miel sorti du rocher, alléluia, alléluia. Tressaillez d’allégresse en Dieu notre protecteur ; chantez avec transport en l’honneur du Dieu de Jacob.

Collecte

Dieu, vous avez donné le Saint-Esprit à vos Apôtres : concédez à votre peuple l’effet de sa pieuse demande ; pour donner aussi la paix à ceux auxquels vous avez donné la foi. Par N.-S... en l’unité du même.

Lecture Ac. 10, 34 et 42-48

Lecture des Actes des Apôtres. — En ces jours-là, Pierre prenant la parole, dit : mes frères, le Seigneur nous a ordonné de prêcher et d’attester au peuple que c’est lui qui a été établi par Dieu juge des vivants et des morts. Tous les prophètes lui rendent témoignage que tous ceux qui croient en lui reçoivent par son nom la rémission des péchés. Tandis que Pierre prononçait encore ces mots, l’Esprit-Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Et les fidèles de la circoncision qui étaient venus avec Pierre furent frappés d’étonnement de ce que la grâce de l’Esprit-Saint se répandait aussi sur les Gentils. Car ils les entendaient parler diverses langues et glorifier Dieu. Alors Pierre dit : Est-ce qu’on peut refuser l’eau, et empêcher de baptiser ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint comme nous ? Et il ordonna de les baptiser au nom du Seigneur Jésus-Christ.

Évangile Jn. 3, 16-21

En ce temps-là : Jésus dit à Nicodème : Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Or voici quel est le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient condamnées. Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce que c’est en Dieu qu’elles sont faites.

Secrète

Étant propice à nos vœux, sanctifiez ces dons, nous vous en supplions, Seigneur, et, ayant agréé l’offrande de cette hostie spirituelle, perfectionnez-nous afin que nous soyons vôtres dans l’éternité.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Le médecin vient guérir le malade, autant qu’il est en lui. Celui qui refuse d’observer les prescriptions du médecin se donne à lui-même la mort. Le Sauveur est venu dans le monde. Pourquoi a-t-il été appelé Sauveur du monde, sinon parce qu’il est venu pour sauver le monde et non pour le juger ? Tu ne veux pas être sauvé par lui, tu seras jugé par l’effet de ta volonté même. Que dis-je, tu seras jugé ? Écoute ce qu’il dit : « Celui qui croit en lui n’est point jugé, mais qui ne croit point » ; que penses-tu qu’il va dire ? n’est-ce pas qu’il sera jugé ? Voici ce qu’il ajoute : « Il est déjà condamné. » Le jugement n’a pas encore été publié, et déjà la sentence est prononcée.

2e leçon

Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, il connaît ceux qui doivent demeurer pour la couronne, ceux qui doivent demeurer pour les flammes. Il connaît dans son aire le froment, il connaît aussi la paille ; il connaît le bon grain, il distingue aussi l’ivraie. « Celui qui ne croit pas est déjà jugé ». Pourquoi ? « Parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Or, voici la cause de ce jugement, c’est que la lumière est venue dans le monde et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière : leurs œuvres en effet étaient mauvaises » Mes frères, quels sont ceux dont les œuvres ont été trouvées bonnes par le Seigneur ? Il n’y en a pas. Il a trouvé leurs œuvres à tous, mauvaises. Comment donc quelques-uns ont-ils agi selon la vérité et sont-ils venus à la lumière, comme l’indiquent les paroles suivantes : « Celui qui accomplit la vérité vient à la lumière »

3e leçon

« Les hommes, dit le Seigneur, ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. » Là se trouve la force du raisonnement. Il en est beaucoup, en effet, qui ont aimé leurs péchés, il en est beaucoup qui les ont confessés ; celui qui confesse ses péchés et s’en accuse, agit conjointement avec Dieu. Dieu accuse tes péchés ; si toi aussi tu les accuses, tu te joins à Dieu. L’homme et le pécheur sont comme deux choses distinctes. Tu m’entends nommer l’homme, il est l’ouvrage de Dieu ; tu m’entends nommer le pécheur, il est l’ouvrage de l’homme. Détruis ce que tu as fait, afin que Dieu sauve ce qu’il a fait lui-même. Il faut que tu haïsses en toi ton œuvre, et que tu aimes en toi l’œuvre de Dieu. Lorsque ce que tu as fait aura commencé à te déplaire, l’accusation du mal que tu as commis sera le commencement de tes bonnes œuvres. Le commencement des bonnes œuvres, c’est l’aveu des œuvres mauvaises.

Hier L’Esprit-Saint a pris possession du monde, et ses débuts dans la mission qu’il a reçue du Père et du Fils ont annoncé sa puissance sur les cœurs, et ont préludé avec éclat à ses conquêtes futures. Nous allons suivre respectueusement sa marche et ses opérations sur cette terre qui lui a été confiée ; la succession des jours d’une si solennelle Octave nous permettra de signaler tour à tour ses œuvres dans l’Église et dans les âmes.

Jésus, notre Emmanuel, est le Roi du monde ; il a reçu de son Père les nations en héritage. Il nous a déclaré lui-même que « toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre ». Mais il est monté au ciel avant que son empire fût établi ici-bas. Le peuple d’Israël lui-même auquel il a fait entendre sa parole, sous les yeux duquel il a opéré les prodiges qui attestaient sa mission, ce peuple l’a renié et a cessé d’être son peuple. Quelques-uns de ses membres seulement l’ont accepté et l’accepteront encore ; mais la masse d’Israël confirme le cri sacrilège de ses pontifes : « Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous ».

La gentilité est tout aussi éloignée d’accepter le fils de Marie pour son maître. Elle ignore profondément sa personne, sa doctrine, sa mission. Les traditions antiques de la religion primitive se sont graduellement effacées. Le culte de la matière a envahi le monde civilisé comme le monde barbare, et l’adoration est prodiguée à toute créature. La morale est altérée jusque dans ses sources les plus sacrées et les plus inviolables. La raison s’est obscurcie chez cette minorité imperceptible qui se fait gloire du nom de philosophes ; « ils se sont évanouis dans leurs pensées, et leur cœur insensé s’est aveuglé ». Les races humaines déracinées ont été mêlées successivement par la conquête. Tant de bouleversements n’ont laissé chez les peuples que l’idée de la force, et le colossal empire romain dominé par César pèse de tout son poids sur la terre. C’est le moment que le Père céleste a choisi pour envoyer son Fils en ce monde. Il n’y a pas place pour un roi des intelligences et des cœurs ; et cependant il faut que Jésus règne sur les hommes et que son règne soit accepté.

En attendant, un autre maître s’est présenté, et les peuples l’ont accueilli avec acclamation. C’est Satan, et son empire est si fortement établi que Jésus lui-même l’appelle le Prince de ce monde. Il faut qu’il soit « jeté dehors » ; il s’agit de le chasser de ses temples, de l’expulser des mœurs, de la pensée, de la littérature, des arts, de la politique ; car il possède tout. Ce n’est pas seulement l’humanité dépravée qui résiste ; c’est le fort armé qui la regarde comme son domaine, et qui ne cédera pas devant une force créée.

Tout est donc contre le règne du Christ, et rien pour lui. Que sert à l’impiété moderne de dire, contre l’évidence des faits, que le monde était prêt pour une si complète révolution ? Comme si tous les vices et toutes les erreurs étaient une préparation à toutes les vertus et à toutes les vérités ! comme s’il suffisait à l’homme vicieux de sentir le malheur, pour comprendre que son malheur vient de ce qu’il est dans le mal, pour se résoudre à devenir tout d’un coup, et au prix de tous les sacrifices, un héros de vertu !

Non, pour que Jésus régnât sur ce monde pervers, il fallait un miracle et le plus grand de tous les miracles, un prodige qui, comme le dit Bossuet, n’a de terme de comparaison qu’avec l’acte créateur qui a fait sortir les êtres du néant. Or, ce prodige, qui l’a fait, sinon le divin Esprit ? C’est lui-même qui a voulu que nous qui n’avons pas vu le Seigneur Jésus, nous fussions rendus aussi certains de sa nature divine et de sa mission de Sauveur, que si nous eussions été témoins de ses miracles et auditeurs de ses enseignements. C’est dans ce but qu’a été opéré ce prodige des prodiges, cette conversion du monde, dans laquelle « Dieu a choisi ce qu’il y avait de plus faible dans le monde pour renverser ce qui était fort, ce qui n’était pas pour détruire ce qui était ». C’est dans ce fait immense et plus lumineux que le soleil, que l’Esprit-Saint a rendu sa présence visible, qu’il s’est affirmé lui-même. Voyons par quels moyens il s’y est pris pour assurer le règne de Jésus sur le monde. Retournons d’abord au Cénacle. Considérez ces hommes revêtus maintenant de la Vertu d’en haut. Qu’étaient-ils tout à l’heure ? Des gens sans influence, de condition vile, sans lettres, d’une faiblesse connue. N’est-il pas vrai que l’Esprit-Saint en a fait tout à coup des hommes éloquents et du plus haut courage, des hommes que le monde connaîtra bientôt, et qui remporteront sur lui une victoire devant laquelle pâliront les triomphes des plus glorieux conquérants ? Il faut bien que l’incrédulité l’avoue, le fait est par trop évident : le monde a été transformé, et cette transformation est l’œuvre de ces pauvres juifs du Cénacle. Ils ont reçu le Saint-Esprit en ce jour de la Pentecôte, et cet Esprit a accompli par eux tout ce qu’il avait à accomplir. Il leur a donné trois choses en ce jour : la parole figurée par les langues, l’ardeur de l’amour représentée par le feu, et le don des miracles qu’ils exercent tout aussitôt. La parole est le glaive dont ils sont armés, l’amour est l’aliment du courage qui leur fera tout braver, et par le miracle ils forceront l’attention des hommes. Tels sont les moyens devant lesquels le Prince du monde sera réduit à capituler, par lesquels le règne de l’Emmanuel s’établira dans son domaine, et ces moyens procèdent tous de l’Esprit-Saint.

Mais il ne borne pas là son action. Il ne suffit pas que les hommes entendent retentir la parole, qu’ils admirent le courage, qu’ils voient des prodiges. Il ne suffit pas qu’ils entrevoient la splendeur de la vérité, qu’ils sentent la beauté de la vertu, qu’ils reconnaissent la honte et le crime de leur situation. Pour arriver à la conversion du cœur, pour reconnaître un Dieu dans ce Jésus qu’on va leur prêcher, pour l’aimer et se vouer à lui dans le baptême et jusqu’au martyre, s’il le faut, il est nécessaire que le Saint-Esprit intervienne. Lui seul, comme parle le Prophète, peut enlever de leur poitrine le cœur de pierre et y substituer un cœur de chair capable d’éprouver le sentiment surnaturel de la foi et de l’amour. L’Esprit divin accompagnera donc partout ses envoyés ; à eux l’action visible, à lui l’action invisible ; et le salut pour l’homme résultera de ce concours. Il faudra que l’une et l’autre action s’exercent sur chaque individu, que la liberté de chaque individu acquiesce et se rende à la prédication extérieure de l’apôtre et à la touche intérieure de l’Esprit. Certes, c’est un grand œuvre d’entraîner la race humaine à confesser Jésus son seigneur et roi ; la volonté perverse résistera longtemps ; mais qu’il s’écoule seulement trois siècles, et le monde civilisé se rangera autour de la croix du Rédempteur.

Il était juste que l’Esprit-Saint et ses envoyés s’adressassent d’abord au peuple de Dieu. Ce peuple « avait reçu en dépôt les divins oracles » ; il avait fourni le sang de la rédemption. Jésus avait déclaré qu’il était envoyé « pour les brebis perdues de la maison d’Israël ». Pierre, son vicaire, devait hériter de cette gloire d’être l’Apôtre du peuple circoncis ; bien que la gentilité, en la personne de Corneille le Centurion, dût être par lui introduite dans l’Église, et l’émancipation des gentils baptisés proclamée par lui dans l’assemblée de Jérusalem. Mais l’honneur était dû d’abord à la famille d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; voilà pourquoi notre première Pentecôte est juive, pourquoi nos premiers ancêtres en ce jour sont juifs. C’est sur la race d’Israël que l’Esprit-Saint répand d’abord ses dons ineffables.

Voyez-les maintenant partir de Jérusalem ces juifs qui ont reçu la parole, et dont le saint baptême a fait de véritables enfants d’Abraham. La solennité passée, ils retournent dans les provinces de la gentilité qu’ils habitent, portant dans leurs cœurs Jésus qu’ils ont reconnu pour le Messie roi et sauveur. Saluons ces prémices de la sainte Église, ces trophées de l’Esprit divin, ces porteurs de la bonne nouvelle. Ils ne tarderont pas à voir arriver les hommes du Cénacle qui se tourneront vers les gentils, après l’inutile sommation faite à l’orgueilleuse et ingrate Jérusalem.

Une faible minorité dans la nation juive a donc consenti à reconnaître le fils de David pour l’héritier du Père de famille ; la masse est demeurée rebelle et court obstinément à sa perte. Comment qualifier son crime ? Étienne, le Protomartyr, nous l’apprend. S’adressant à ces indignes fils d’Abraham : « Hommes à la tête dure, leur dit-il, cœurs et oreilles incirconcis, vous résistez continuellement au Saint-Esprit ». Un si coupable refus d’obéir chez la nation privilégiée donne le signal de la migration des Apôtres vers la gentilité. L’Esprit Saint ne les quitte plus, et c’est désormais sur les peuples assis dans les ombres de la mort qu’il va épancher les torrents de la grâce que Jésus a mérités aux hommes par son Sacrifice sur la croix.

Ils s’avancent, ces porteurs de la parole de vie, vers les régions païennes. Tout s’arme contre eux, mais ils triomphent de tout. L’Esprit qui les anime féconde en eux ses dons. Il agit en même temps sur les âmes de leurs auditeurs, la foi en Jésus se répand avec rapidité ; et bientôt Antioche, puis Rome, puis Alexandrie, voient s’élever en leur sein une population chrétienne. La langue de feu parcourt le monde ; elle ne s’arrête même pas aux limites de l’empire romain, prédestiné, selon les divins Prophètes, à servir de base à l’empire du Christ. Les Indes, la Chine, l’Éthiopie et cent peuples lointains entendent la voix des Évangélistes de la paix. Mais il ne leur faut pas seulement rendre témoignage par la parole à la royauté de leur Maître ; ils lui doivent aussi le témoignage du sang. Ils ne seront pas en retard. Le feu qui les embrasa au Cénacle les consume dans l’holocauste du martyre.

Admirons ici la puissance et la fécondité du divin Esprit. A ces premiers envoyés il fait succéder une génération nouvelle. Les noms sont changés, mais l’action continue et continuera jusqu’à la fin des temps, parce qu’il faut que Jésus soit reconnu sauveur et maître de l’humanité, et que l’Esprit Saint a été envoyé pour opérer cette reconnaissance sur la terre. Le Prince de ce monde, « l’ancien serpent », s’agite avec violence pour arrêter les conquêtes des envoyés de l’Esprit. Il a crucifié Pierre, tranché la tête à Paul, immolé leurs compagnons ; mais lorsque ces nobles chefs ont disparu, son orgueil est soumis à une épreuve plus dure encore. C’est un peuple entier qu’a produit le mystère de la Pentecôte ; la semence apostolique a germé dans des proportions immenses. La persécution de Néron a pu abattre les chefs juifs du nouveau peuple ; mais voici maintenant la gentilité elle-même établie dans l’Église. Ainsi que nous le chantions hier en triomphe, « l’Esprit du Seigneur a rempli la terre entière ». Nous voyons, dès la fin du premier siècle, le glaive de Domitien sévir jusque sur les membres de la famille impériale. Bientôt les Trajan, les Adrien, les Antonin, les Marc-Aurèle, épouvantés du compétiteur Jésus de Nazareth, s’élancent sur son troupeau ; mais c’est en vain. Le Prince du monde les avait armés de la politique et de la philosophie ; l’Esprit-Saint dissout tous ces faux prestiges, et la vérité s’étend toujours plus sur la surface du monde. A ces sages succèdent des tyrans forcenés, un Sévère, un Décius, un Gallus, un Valérien, un Aurélien, un Maximien ; le carnage s’étend à tout l’empire, parce que les chrétiens y sont partout. Enfin l’effort suprême du Prince du monde est dans l’effroyable persécution décrétée par Dioclétien et les farouches Césars qui partagent le pouvoir avec lui. Ils avaient résolu l’extermination du christianisme, et ce sont eux-mêmes qui, après avoir répandu des torrents de sang, s’affaissent dans le désespoir et l’ignominie. Qu’ils sont magnifiques vos triomphes, ô divin Esprit ! Qu’il est surhumain l’empire du Fils de Dieu, lorsque vous l’établissez ainsi à l’encontre de toutes les résistances de la faiblesse et de la perversité humaines, à la face de Satan dont le règne semblait pour jamais consolidé sur la terre ! Mais vous aimez le futur troupeau du Rédempteur, et vous répandez dans des millions d’âmes l’attrait pour une vérité qui exige de si redoutables sacrifices. Vous renversez les prétextes d’une vaine raison par des prodiges innombrables, et échauffant ensuite par l’amour ces cœurs arrachés à la concupiscence et à l’orgueil, vous les envoyez pleins d’un enthousiasme tranquille au-devant de la mort et des tortures.

Alors s’accomplit la promesse que Jésus avait faite pour le moment où ses fidèles comparaîtraient devant les ministres du Prince du monde. Il avait dit : « Ne prenez pas la peine de réfléchir sur la manière dont vous parlerez et sur ce que vous direz. A l’heure même, vous sera donné ce que vous aurez à dire ; car ce ne sera pas vous-mêmes qui parlerez, mais ce sera l’Esprit de votre Père qui parlera en vous ». Nous en pouvons juger encore en lisant les immortels Actes de nos martyrs, en suivant ces interrogatoires et ces réponses simples et sublimes qui s’échappent du milieu même des tourments. C’est la voix de l’Esprit, la parole de l’Esprit qui lutte et qui triomphe. Les assistants s’écriaient : « Il est grand, le Dieu des chrétiens ! » et plus d’une fois on vit les bourreaux, séduits par une si divine éloquence, se déclarer eux-mêmes les disciples d’un Dieu si puissant, et se ranger soudain parmi les nobles victimes qu’ils déchiraient tout à l’heure. Nous savons par les monuments contemporains que l’arène du martyre fut la tribune de la foi, et que le sang des martyrs, joint à la beauté de leur parole, fut la semence des chrétiens.

Après trois siècles de ces merveilles du divin Esprit, la victoire fut complète. Jésus était reconnu Roi et Sauveur du monde, docteur et rédempteur des hommes ; Satan était expulsé du domaine qu’il avait usurpé, le polythéisme dont il fut l’auteur était remplacé par la foi en un seul Dieu, et le culte ignoble de la matière n’était plus qu’un objet de honte et de mépris. Or, une telle victoire qui eut d’abord pour théâtre l’empire romain tout entier, et qui n’a cessé de s’étendre, de siècle en siècle, à tant d’autres nations infidèles, est l’œuvre du Saint-Esprit. La manière miraculeuse dont elle s’est accomplie contre toutes les prévisions humaines est l’un des principaux arguments sur lesquels repose notre foi. Nous n’avons pas vu de nos yeux, nous n’avons pas entendu de nos oreilles le Seigneur Jésus ; mais nous le confessons pour notre Dieu, à cause du témoignage que lui a rendu si visiblement l’Esprit-Saint qu’il nous a envoyé. Soient donc à jamais à ce divin Esprit gloire, reconnaissance et amour de la part de toute créature ! Car il nous a mis en possession du salut que notre Emmanuel nous avait apporté.

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Dimanche de la Pentecôte

23 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche de la Pentecôte

Introït

L’esprit du Seigneur remplit l’univers, alléluia, et comme il contient tout, il connaît tout ce qui se dit, alléluia, alléluia, alléluia. Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient devant sa face.

Collecte

Dieu, qui avez instruit en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit : donnez-nous, par le même Esprit, de goûter ce qui est bien ; et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même Esprit.

Lecture Ac. 2, 1-11

Lorsque le jour de la Pentecôte fut arrivé, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Tout à coup il se produisit, venant du ciel, un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître des langues séparées les unes des autres, qui étaient comme de feu, et qui se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer. Or il y avait à Jérusalem des Juifs pieux qui y séjournaient, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Après que ce bruit se fut fait entendre, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous hors d’eux-mêmes ; et dans leur étonnement ils disaient : Tous ces hommes qui parlent ne sont-ils pas Galiléens ? Comment donc chacun de nous les entend-il parler la langue de son pays ? Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Égypte et le territoire de la Libye qui est près de Cyrène, des étrangers résidant à Rome, Juifs ou prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler en nos langues des merveilles de Dieu.

Sequentia. Séquence.
Veni, Sancte Spíritus,
et emítte cǽlitus
lucis tuæ rádium.
Venez, ô Saint-Esprit,
Et envoyez du ciel
Un rayon de votre lumière.
Veni, pater páuperum ;
veni, dator múnerum ;
veni, lumen córdium.
Venez, père des pauvres,
Venez, distributeur de tous dons,
Venez, lumière des cœurs.
Consolátor óptime,
dulcis hospes ánimæ,
dulce refrigérium.
Consolateur suprême,
Doux hôte de l’âme,
Douceur rafraîchissante.
In labóre réquies,
in æstu tempéries,
in fletu solácium.
Repos dans le labeur,
Calme, dans l’ardeur,
Soulagement, dans les larmes.
O lux beatíssima,
reple cordis íntima
tuórum fidélium.
Ô lumière bienheureuse,
Inondez jusqu’au plus intime,
Le cœur de vos fidèles.
Sine tuo númine
nihil est in hómine,
nihil est innóxium.
Sans votre secours,
Il n’est en l’homme, rien,
Rien qui soit innocent.
Lava quod est sórdidum,
riga quod est áridum,
sana quod est sáucium.
Lavez ce qui est souillé,
Arrosez ce qui est aride,
Guérissez ce qui est blessé.
Flecte quod est rígidum,
fove quod est frígidum,
rege quod est dévium.
Pliez ce qui est raide,
Échauffez ce qui est froid.
Redressez ce qui dévie.
Da tuis fidélibus,
in te confidéntibus,
sacrum septenárium.
Donnez à vos fidèles,
qui en vous se confient
Les sept dons sacrés.
Da virtútis méritum,
da salútis éxitum,
da perénne gáudium. Amen. Allelúia.
Donnez-leur le mérite de la vertu,
Donnez une fin heureuse,
Donnez l’éternelle joie. Ainsi soit-il. Alléluia

 

 

Evangile Jn. 14, 23-31

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. Celui qui ne m’aime point ne garde pas mes paroles ; et la parole que vous avez entendue n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé, du Père. Je vous ai dit ces choses pendant que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, et qu’il ne s’effraye pas. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais auprès du Père, parce que le Père est plus grand que moi. Et je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent, afin que, lorsqu’elles seront arrivées, vous croyiez. Je ne vous parlerai plus guère désormais ; car le prince de ce monde vient, et il n’a aucun droit sur moi ; mais il vient afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et que je fais ce que le Père m’a ordonné.

Secrète

Rendez saints, nous vous en supplions, Seigneur, les dons qui vous sont offerts, et purifiez nos cœurs au moyen de la lumière du Saint-Esprit. Par N.-S. … en l’unité du même.

Postcommunion

Seigneur, que l’infusion de l’Esprit-Saint purifie nos cœurs et qu’elle les féconde en les pénétrant de sa rosée. Par N.-S ... en l’unité du même.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Je préfère, mes très chers frères, passer brièvement sur les paroles de cette lecture de l’Évangile, afin que nous puissions nous arrêter plus longtemps à considérer les mystères d’une si grande solennité. Car c’est en ce jour que l’Esprit-Saint est descendu avec un bruit soudain sur les disciples, et que, transformant les esprits de ces hommes charnels, il les a conduits à son amour. Tandis que des langues de feu apparaissaient à l’extérieur, au dedans les cœurs des disciples s’enflammèrent, et comme ils voyaient Dieu sous l’aspect du feu, ils devinrent avec une suavité ineffable tout brûlants d’amour. Car le Saint-Esprit est amour, et c’est pourquoi saint Jean dit : « Dieu est charité ». Celui donc qui désire Dieu de tout son esprit, possède certes déjà celui qu’il aime. Car personne ne pourrait aimer Dieu, s’il ne possédait celui qu’il aime.

2e leçon

Si l’on questionne chacun de vous et qu’on lui demande : Aimez-vous Dieu ? Il répond d’un esprit assuré et avec pleine confiance : Je l’aime. Vous avez entendu au commencement de la lecture de l’Évangile, ce que dit la Vérité même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». La preuve de l’amour, c’est l’action. Aussi saint Jean dit-il encore dans son Épître : « Celui qui dit : J’aime Dieu, et ne garde pas ses commandements est un menteur ». Mais nous aimons vraiment Dieu et nous gardons ses commandements, si nous nous efforçons de réprimer en nous l’attrait des plaisirs. Car celui qui continue à s’abandonner à des désirs illicites n’aime assurément pas Dieu, puisqu’il s’oppose à lui dans sa volonté.

3e leçon

« Et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Considérez, mes très chers frères, quel grand honneur c’est de posséder pour hôte, dans notre cœur, Dieu venant à nous. Certes, si quelque ami riche ou très puissant devait entrer dans notre maison, la maison tout entière serait rendue nette avec la plus grande hâte, de crainte qu’il n’y eût quelque chose qui blessât les yeux de cet ami qui arrive. Qu’il ait donc soin de se purifier des souillures du péché, celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme. Mais voyez ce que dit la Vérité même : « Nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Il vient en effet dans les cœurs de quelques-uns, cependant il n’y fait pas sa demeure, car ils ont attiré le regard divin par la componction, mais au moment de la tentation, ils oublient aussitôt ce qui les a amenés à la pénitence, et ainsi ils retournent au péché, comme s’ils ne l’avaient jamais pleuré.

....Durant les siècles de foi, la sainte Église, source unique de tout véritable progrès dans l’humanité, avait fait plus encore ; elle était parvenue à réunir dans une même forme de langage les peuples qu’elle avait conquis. La langue latine fut longtemps le lien du monde civilisé. En dépit des distances, les relations de peuple à peuple, les communications de la science, les affaires même des particuliers lui étaient confiées ; l’homme qui parlait cette langue n’était étranger nulle part dans tout l’Occident et au delà. La grande hérésie du XVIe siècle émancipa les nations de ce bienfait comme de tant d’autres, et l’Europe, scindée pour longtemps, cherche, sans le trouver, ce centre commun que l’Église seule et sa langue pouvaient lui offrir. Mais retournons au Cénacle dont les portes ne se sont pas encore ouvertes, et continuons à y contempler les merveilles du divin Esprit.

Nos yeux tout d’abord cherchent respectueusement Marie, Marie plus que jamais « pleine de grâce ». Il eût semblé qu’après les dons immenses qui lui furent prodigués dans sa conception immaculée, après les trésors de sainteté que versa en elle la présence du Verbe incarné durant les neuf mois qu’elle le posséda dans son sein, après les secours spéciaux quelle reçut pour agir et souffrir en union avec son fils dans l’œuvre de la Rédemption, après les faveurs dont Jésus la combla au milieu des splendeurs de la résurrection, le Ciel avait épuisé la mesure des dons qu’il avait à répandre sur une simple créature, si élevée qu’elle pût être dans le plan éternel. Il n’en est pas ainsi. Une nouvelle mission s’ouvre pour Marie : à cette heure, la sainte Église est enfantée par elle ; Marie vient de mettre au jour l’Épouse de son Fils, et de nouveaux devoirs l’appellent. Jésus est monté seul dans les cieux ; il l’a laissée sur la terre, afin qu’elle prodigue à son tendre fruit ses soins maternels. Qu’elle est touchante, mais aussi qu’elle est glorieuse cette enfance de notre Église bien-aimée, reçue dans les bras de Marie, allaitée par elle, soutenue de son appui dès les premiers pas de sa carrière en ce monde ! Il faut donc à la nouvelle Ève, à la véritable « Mère des vivants », un surcroît de grâces pour répondre à une telle mission : aussi est-elle l’objet premier des faveurs de l’Esprit-Saint. Il la féconda autrefois pour être la mère du Fils de Dieu ; en ce moment il forme en elle la mère des chrétiens. « Le fleuve de la grâce, comme parle le Roi-prophète, submerge de ses eaux cette Cité de Dieu qui les reçoit avec délices » ; l’Esprit d’amour accomplit à ce moment l’oracle divin du Rédempteur mourant sur la croix. Il avait dit, en désignant l’homme : « Femme, voilà votre fils » ; l’heure est arrivée, et Marie a reçu avec une plénitude merveilleuse cette grâce maternelle qu’elle commence à appliquer dès aujourd’hui, et qui l’accompagnera jusque sur son trône de reine, lorsqu’enfin la sainte Église ayant pris un accroissement suffisant, sa céleste nourrice pourra quitter la terre, monter aux cieux et ceindre le diadème qui l’attend.

Contemplons cette nouvelle beauté qui éclate dans les traits de celle en qui le Seigneur vient de déclarer une seconde maternité : cette beauté est le chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint en cette journée. Un feu divin transporte Marie, un amour nouveau s’est allumé dans son cœur ; elle est tout entière à cette autre mission pour laquelle elle avait été laissée ici-bas. La grâce apostolique est descendue en elle. La langue de feu qu’elle a reçue ne parlera pas dans les prédications publiques ; mais elle parlera aux Apôtres, les dirigera, les consolera dans leurs labeurs. Elle s’énoncera, cette langue bénie, avec autant de douceur que de force, à l’oreille des fidèles qui sentiront l’attraction vers celle en qui le Seigneur a fait l’essai de toutes ses merveilles. Comme un lait généreux, la parole irrésistible de cette mère universelle donnera aux premiers enfants de l’Église la vigueur qui les fera triompher des assauts de l’enfer ; et c’est en partant d’auprès d’elle qu’Etienne ira ouvrir la noble carrière des martyrs.

Regardons maintenant le collège apostolique. Ces hommes que quarante jours de relations avec leur Maître ressuscité avaient relevés, et que nous trouvions déjà si différents d’eux-mêmes, que sont-ils devenus depuis l’instant où l’Esprit divin les a saisis ? Ne sentez-vous pas qu’ils sont transformés, qu’un feu divin éclate dans leur poitrine, et que dans un moment ils vont s’élancer à la conquête du monde ? Tout ce que le Maître leur avait annoncé est accompli en eux ; et c’est véritablement la Vertu d’en haut qui est descendue pour les armer au combat. Où sont-ils ceux qui tremblaient devant les ennemis de Jésus, ceux qui doutaient de sa résurrection ? La vérité que le Maître leur a enseignée brille aux regards de leur intelligence ; ils voient tout, ils comprennent tout. L’Esprit-Saint leur a infus le don de la foi dans un degré sublime, et leur cœur brûle du désir de répandre au plus tôt cette foi dans le monde entier. Loin de craindre désormais, ils n’aspirent qu’à affronter tous les périls en prêchant, comme Jésus le leur a commandé, à toutes les nations son nom et sa gloire.

Contemplez Pierre. Vous le reconnaissez aisément à cette majesté douce que tempère une ineffable humilité. Hier son aspect était imposant mais tranquille ; aujourd’hui, sans rien perdre de leur dignité, ses traits ont pris une expression d’enthousiasme que nul n’avait encore vue en lui. L’Esprit divin s’est emparé puissamment du Vicaire de Jésus ; car Pierre est le prince de la parole et le maître de la doctrine. Près de Pierre, c’est André son frère aîné, qui conçoit en ce moment cette passion ardente pour la croix qui sera son type à jamais glorieux ; c’est Jean dont les traits semblaient naguère ne respirer que la douceur, et qui subitement ont pris l’expression forte et inspirée du prophète de Pathmos ; à ses côtés, c’est Jacques son frère, l’autre « fils du tonnerre », se dressant avec toute la vigueur du vaillant chevalier qui s’élancera bientôt à la conquête de l’Ibérie. Le second Jacques, celui qui est aimé sous le nom de « frère du Seigneur », puise dans la vertu du divin Esprit qui le transporte, un nouveau degré de charme et de béatitude. Matthieu est illuminé d’une splendeur qui fait pressentir en lui le premier des écrivains du nouveau Testament. Thomas sent en son cœur la foi qu’il a reçue au contact des membres de son Maître ressuscité, prendre un accroissement sans mesure : il est prêt à partir pour ses laborieuses missions dans l’extrême Orient ; tous, en un mot, sont un hymne vivant à la gloire de l’Esprit tout-puissant, qui s’annonce avec un tel empire dès les premiers instants de son arrivée.

Dans un rang inférieur apparaissent les disciples, moins favorisés dans cette visite que les douze princes du collège apostolique, mais pénétrés du même feu ; car eux aussi marcheront à la conquête du monde et fonderont de nombreuses chrétientés. Le groupe des saintes femmes n’a pas moins ressenti que le reste de l’assemblée la descente du Dieu qui s’annonce sous l’emblème du feu. L’amour qui les retint au pied de la croix de Jésus et qui les conduisit les premières à son sépulcre au matin de la Pâque, s’est enflammé d’une ardeur nouvelle. La langue de feu s’est arrêtée sur chacune d’elles, et elles seront éloquentes à parler de leur Maître aux Juifs et aux gentils. En vain la synagogue expulsera Madeleine et ses compagnes ; la Gaule méridionale les écoutera à son tour, et ne sera pas rebelle à leur parole.

Cependant, la foule des Juifs qui avait entendu le bruit de la tempête annonçant la venue de l’Esprit divin, s’est amassée en grand nombre autour du mystérieux Cénacle. Ce même Esprit qui agit au dedans avec tant de magnificence, les pousse à faire le siège de cette maison qui contient dans ses murs l’Église du Christ dont la naissance vient d’éclater. Leurs clameurs retentissent, et bientôt le zèle apostolique qui vient de naître pour ne plus s’éteindre, ne peut plus tenir dans de si étroites limites. En un moment l’assemblée inspirée se précipite aux portes du Cénacle, et se met en rapport avec cette multitude avide de connaître le nouveau prodige que vient d’opérer le Dieu d’Israël.

Mais, ô merveille ! La foule composée de toutes les nations, qui s’attendait à entendre le parler grossier des Galiléens, est tout à coup saisie de stupeur. Ces Galiléens n’ont fait encore que s’énoncer en paroles confuses et inarticulées, et chacun les entend parler dans sa propre langue. Le symbole de l’unité apparaît dans toute sa splendeur. L’Église chrétienne est montrée à tous les peuples représentés dans cette multitude. Elle sera une, cette Église ; car les barrières que Dieu plaça autrefois, dans sa justice, pour isoler les nations, viennent de s’écrouler. Voici les messagers de la foi du Christ ; ils sont prêts, ils vont partir, leur parole fera le tour de la terre.

Dans la foule cependant, quelques hommes, insensibles au prodige, se scandalisent de l’ivresse divine dans laquelle ils voient les Apôtres : « Ces hommes, disent-ils, sont pleins de vin. » C’est le langage du rationalisme qui veut tout expliquer par des raisons humaines. Et pourtant ces Galiléens prétendus ivres abattront à leurs pieds le monde entier, et l’Esprit divin qui est en eux, ils le communiqueront avec son ivresse à toutes les races du genre humain. Les saints Apôtres sentent que le moment est venu ; il faut que la seconde Pentecôte soit proclamée en ce jour anniversaire de la première. Mais dans cette proclamation de la loi de miséricorde et d’amour qui vient remplacer la loi de la justice et de la crainte, quel sera le Moïse ?

L’Emmanuel, avant de monter au ciel, l’avait désigné : c’est Pierre, le fondement de l’Église. Il est temps que tout ce peuple le voie et l’entende ; le troupeau va se former, il est temps que le pasteur se montre. Écoutons l’Esprit-Saint qui va s’énoncer par son principal organe, en présence de cette multitude ravie et silencieuse ; chaque mot que va dire l’Apôtre qui ne parle qu’une seule langue est compris de chacun des auditeurs, à quelque idiome, à quelque pays de la terre qu’il appartienne. Un tel discours est à lui seul la démonstration de la vérité et de la divinité de la loi nouvelle.

« Hommes juifs, s’écrie dans la plus haute éloquence le pêcheur du lac de Génésareth, hommes juifs et vous tous qui habitez en ce moment Jérusalem, apprenez ceci et prêtez l’oreille à mes paroles. Non, ces hommes que vous voyez ne sont pas ivres comme vous l’avez pensé ; car il n’est encore que l’heure de tierce ; mais en ce moment s’accomplit ce qu’avait prédit le prophète Joël : « Dans les derniers temps, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes gens seront favorisés de visions, et vos vieillards auront des songes prophétiques. Et dans ces jours, je répandrai mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront ». Hommes Israélites, écoutez ceci. Vous vous rappelez Jésus de Nazareth, que Dieu même avait accrédité au milieu de vous par les prodiges au moyen desquels il opérait par lui, ainsi que vous le savez vous-mêmes. Or, ce Jésus, selon le décret divin résolu à l’avance, a été livré à ses ennemis, et vous-mêmes vous l’avez fait mourir par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscite, en l’arrachant à l’humiliation du tombeau qui ne pouvait le retenir. David n’avait-il pas dit de lui : « Ma chair reposera dans l’espérance ; car vous ne permettrez pas, Seigneur, que celui qui est votre Saint éprouve la corruption du tombeau » ? Ce n’était pas en son propre nom que David parlait ; car il est mort, et son sépulcre est encore sous nos yeux ; mais il annonçait la résurrection du Christ qui n’a point été laissé dans le tombeau, et dont la chair n’a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu lui-même l’a ressuscité, et nous en sommes tous témoins. Élevé à la droite de Dieu, il a, selon la promesse qu’en avait faite le Père, répandu sur la terre le Saint-Esprit, ainsi que vous le voyez et l’entendez. Sachez donc, maison d’Israël, et sachez-le avec toute certitude, que ce Jésus crucifié par vous, Dieu en a fait le Seigneur et le Christ. »

Ainsi fut accomplie la promulgation de la loi nouvelle par la bouche du nouveau Moïse. Comment les auditeurs n’eussent-ils pas accueilli le don inestimable de cette seconde Pentecôte, qui venait dissiper les ombres de l’ancienne et produire au grand jour les divines réalités ? Dieu se révélait, et, comme toujours, il le faisait par les miracles. Pierre rappelle les prodiges de Jésus dont la Synagogue n’a pas voulu tenir compte, et qui rendaient témoignage de lui. Il annonce la descente de l’Esprit-Saint, et en preuve il allègue le prodige inouï que les auditeurs ont sous les yeux, dans le don des langues départi aux habitants du Cénacle.

Poursuivant son œuvre sublime, l’Esprit-Saint qui planait sur cette foule, féconde par son action divine ces cœurs prédestinés. La foi naît et se développe tout d’un coup dans ces disciples du Sinaï accourus de tous les points du monde pour une Pâque et une Pentecôte désormais stériles. Saisis de crainte et de regret d’avoir demandé la mort du Juste, dont ils confessent la résurrection et l’ascension au ciel, ces Juifs de toute nation poussent un cri pénétrant vers Pierre et ses compagnons : « Qu’avons-nous donc à faire, ô vous qui êtes nos frères ? » Admirable disposition pour recevoir la foi ! Le désir de croire, et le dessein arrêté de conformer ses actes à sa croyance. Pierre reprend son discours : « Repentez-vous, leur dit-il, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, et vous aurez part, vous aussi, au don du Saint-Esprit. La promesse a été faite pour vous et pour vos fils et également pour ceux qui sont loin, c’est-à-dire les gentils : en un mot, pour tous ceux qu’appelle le Seigneur notre Dieu ».

A chaque parole du nouveau Moïse, la Pentecôte judaïque s’efface, et la Pentecôte chrétienne resplendit d’une lumière toujours plus splendide à l’horizon. Le règne de l’Esprit divin est inauguré dans Jérusalem, à la face du temple condamné à s’écrouler sur lui-même. Pierre parla encore ; mais le livre sacré des Actes n’a recueilli que ces paroles qui retentirent comme le dernier appel au salut : « Sauvez-vous, enfants d’Israël, sauvez-vous de cette génération perverse ».

Il fallait rompre, en effet, avec les siens, mériter par le sacrifice les faveurs de la nouvelle Pentecôte, passer de la Synagogue dans l’Église. Plus d’un combat se livra dans les cœurs de ces hommes ; mais le triomphe de l’Esprit-Saint fut complet en ce premier jour. Trois mille personnes se déclarèrent disciples de Jésus, et furent marquées aujourd’hui même du sceau de l’adoption. Ô Église du Dieu vivant, qu’ils sont beaux vos progrès sous le souffle du divin Esprit ! D’abord vous avez résidé en Marie l’immaculée, pleine de grâce et mère de Dieu ; votre second pas vous a donné les cent vingt disciples du Cénacle ; et voici que le troisième vous dote de trois mille écus, nos ancêtres, qui vont bientôt quitter Jérusalem la répudiée, et porter dans les pays d’où ils sont partis les prémices du peuple nouveau. Demain c’est au temple même que Pierre parlera, et à sa voix cinq mille personnes se déchireront à leur tour disciples de Jésus de Nazareth. Salut donc, ô Église, noble et dernière création de l’Esprit-Saint, société immortelle qui militez ici-bas, en même temps que vous triomphez dans les cieux. Ô Pentecôte, jour sacré de notre naissance, vous ouvrez avec gloire la série des siècles que doit parcourir en ce monde l’Épouse de l’Emmanuel. Vous nous donnez l’Esprit divin qui vient écrire, non plus sur la pierre, mais dans nos cœurs, la loi qui régira les disciples de Jésus. Ô Pentecôte promulguée dans Jérusalem, mais qui devez étendre vos bienfaits à ceux « qui sont au loin », c’est-à-dire aux peuples de la gentilité, vous venez remplir les espérances que nous fit concevoir le touchant mystère de l’Épiphanie. Les mages venaient de l’Orient ; nous les suivîmes au berceau de l’Entant divin, et nous savions que notre tour viendrait. Votre grâce, Ô Esprit-Saint, les avait secrètement attirés à Bethléhem ; mais dans cette Pentecôte qui déclare votre souverain empire avec tant d’énergie, vous nous appelez tous ; l’étoile est transformée en langues de feu, et la face de la terre va être renouvelée. Puissent nos cœurs conserver les dons que vous nous apportez, ces dons que le Père et le Fils qui vous envoient nous ont destinés !

L’importance du mystère de la Pentecôte étant si principale dans l’économie du christianisme, on ne doit pas s’étonner que l’Église lui ait assigné dans la sainte Liturgie un rang aussi distingué que celui qu’elle attribue à la Pâque elle-même. La Pâque est le rachat de l’homme par la victoire du Christ : dans la Pentecôte l’Esprit-Saint prend possession de l’homme racheté ; l’Ascension est le mystère intermédiaire. D’un côté, elle consomme la Pâque en établissant l’Homme-Dieu, vainqueur de la mort et chef de ses fidèles, à la droite du Père ; de l’autre, elle détermine l’envoi de l’Esprit-Saint sur la terre. Cet envoi ne pouvait avoir lieu avant la glorification de Jésus, comme nous dit saint Jean, et de nombreuses raisons alléguées par les Pères nous aident à le comprendre. Il fallait que le Fils de Dieu, qui avec le Père est le principe de la procession du Saint-Esprit dans l’essence divine, envoyât personnellement aussi cet Esprit sur la terre. La mission extérieure de l’une des divines personnes n’est qu’une suite et une manifestation de la production mystérieuse et éternelle qui a lieu au sein de la divinité. Ainsi le Père n’est envoyé ni par le Fils ni par le Saint-Esprit, parce qu’il n’est pas produit par eux. Le Fils a été envoyé aux hommes par le Père, étant engendré par lui éternellement. Le Saint-Esprit est envoyé par le Père et par le Fils, parce qu’il procède de l’un et de l’autre. Mais pour que la mission du Saint-Esprit s’accomplit de manière à donner plus de gloire au Fils, il était juste qu’elle n’eût lieu qu’après l’intronisation du Verbe incarné à la droite du Père, et il était souverainement glorieux pour la nature humaine qu’au moment de cette mission elle fût indissolublement unie à la nature divine dans la personne du Fils de Dieu, en sorte qu’il fût vrai de dire que l’Homme-Dieu a envoyé le Saint-Esprit sur la terre.

Cette auguste mission ne devait être donnée à L’Esprit divin que lorsque les hommes auraient perdu la vue de l’humanité de Jésus. Ainsi que nous l’avons dit, il fallait désormais que les yeux et les cœurs des fidèles poursuivissent le divin absent d’un amour plus pur et tout spirituel. Or, à qui appartenait-il d’apporter aux hommes cet amour nouveau, sinon à l’Esprit tout-puissant qui est le lien du Père et du Fils dans un amour éternel ? Cet Esprit qui embrase et qui unit est appelé dans les saintes Écritures le « don de Dieu » ; et c’est aujourd’hui que le Père et le Fils nous envoient ce don ineffable. Rappelons-nous la parole de notre Emmanuel à la femme de Samarie, au bord du puits de Sichar : « Oh ! Si tu connaissais le don de Dieu ! » Il n’était pas descendu encore ; il ne se manifestait jusqu’alors aux hommes que par des bienfaits partiels. A partir d’aujourd’hui, c’est une inondation de feu qui couvre la terre : l’Esprit divin anime tout, agit en tous lieux. Nous connaissons le don de Dieu ; nous n’avons plus qu’à l’accepter, qu’à lui ouvrir l’entrée de nos cœurs, comme les trois mille auditeurs fidèles que vient de rencontrer la parole de Pierre.

Mais voyez à quel moment de l’année l’Esprit divin vient prendre possession de son domaine. Nous avons vu notre Emmanuel, Soleil de justice, s’élever timidement du sein des ombres du solstice d’hiver et monter d’une course lente à son zénith. Dans un sublime contraste, l’Esprit du Père et du Fils a cherche d’autres harmonies. Il est feu, feu qui consume ; il éclate sur le monde au moment où le soleil brille de toute sa splendeur, où cet astre contemple couverte de fleurs et de fruits naissants la terre qu’il caresse de ses rayons. Accueillons de même la chaleur vivifiante du divin Esprit, et demandons humblement qu’elle ne se ralentisse plus en nous. A ce moment de l’Année liturgique, nous sommes en pleine possession de la vérité par le Verbe incarné ; veillons à entretenir fidèlement l’amour que l’Esprit-Saint vient nous apportera son tour.

Fondée sur un passé de quatre mille ans quant aux figures, la Pentecôte chrétienne, le vrai quinquagénaire, est du nombre des fêtes instituées par les Apôtres eux-mêmes. Nous avons vu qu’elle partagea avec la Pâque, dans l’antiquité, l’honneur de conduire les catéchumènes à la fontaine sacrée, et de les en ramener néophytes et régénérés. Son Octave, comme celle de Pâques, ne dépasse pas le samedi par une raison identique. Le baptême se conférait dans la nuit du samedi au dimanche, et pour les néophytes la solennité de la Pentecôte s’ouvrait au moment même de leur baptême. Comme ceux de la Pâque, ils revêtaient alors les habits blancs, et ils les déposaient le samedi suivant, qui était compté pour le huitième jour.

Le moyen âge donna à la fête de la Pentecôte le gracieux nom de Pâque des roses ; nous avons vu celui de Dimanche des roses imposé dans les mêmes siècles de foi au Dimanche dans l’Octave de l’Ascension. La couleur vermeille de la rose et son parfum rappelaient à nos pères ces langues enflammées qui descendirent dans le Cénacle sur chacun des cent vingt disciples, comme les pétales effeuillés de la rose divine qui répandait l’amour et la plénitude de la grâce sur l’Église naissante. La sainte Liturgie est entrée dans la même pensée en choisissant la couleur rouge pour le saint Sacrifice durant toute l’Octave. Durand de Mende, dans son rational si précieux pour la connaissance des usages liturgiques du moyen âge, nous apprend qu’au treizième siècle, dans nos églises, à la Messe de la Pentecôte, on lâchait des colombes qui voltigeaient au-dessus des fidèles en souvenir de la première manifestation de l’Esprit-Saint au Jourdain, et que l’on répandait de la voûte des étoupes enflammées et des fleurs en souvenir de la seconde au Cénacle.

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Vigile de la Pentecôte

22 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de la Pentecôte

Collecte

Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant : que la splendeur de votre clarté brille sur nous ; et que l’éclat de votre lumière confirme, par l’illumination de l’Esprit-Saint, les cœurs de ceux que votre grâce a fait renaître. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même.

Lecture Ac. 19, 1-8

En ces jours-là : pendant qu’Apollo était à Corinthe, Paul, ayant parcouru les provinces supérieures, vint à Éphèse et trouva quelques disciples. Et il leur dit : Avez-vous reçu l’Esprit-Saint en devenant croyants ? Mais ils lui répondirent : Nous n’avons pas même entendu dire s’il y a un Esprit-Saint. Il leur dit : Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils dirent : Le baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé le peuple du baptême de pénitence en disant de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. Lorsqu’ils eurent entendu cela, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et après que Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit-Saint vint sur eux ; et ils parlaient diverses langues et prophétisaient. Ils étaient en tout environ douze hommes. Étant entré dans la synagogue, il parla avec assurance pendant trois mois, discutant et persuadant au sujet du royaume de Dieu.

Évangile Jn. 14, 15-21

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu’il demeure éternellement avec vous : l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas, et qu’il ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera avec vous, et qu’il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai à vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous me verrez, parce que je vis, et que vous vivrez. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi, et moi en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai aussi, et je me manifesterai à lui.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Notre Seigneur, en disant : « Je prierai mon Père et il vous donnera un autre Paraclet », fait voir que lui-même est aussi un Paraclet. Paraclet se traduit en latin par advocatus (avocat) ; or, il a été dit du Christ : « Nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste ». Le Sauveur déclare que le monde ne peut recevoir l’Esprit-Saint, dans le même sens où il a été dit : « La prudence de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est pas soumise à la loi et ne peut l’être ». C’est comme si nous disions : L’injustice ne peut être la justice. Par ces mots « le monde ». il désigne ici ceux qui sont pleins de l’amour du monde, amour qui ne vient pas du Père. C’est pourquoi, à l’amour de ce monde, que nous avons tant de peine à diminuer et à détruire en nous, est opposé « l’amour de Dieu, que répand dans nos cœurs l’Esprit-Saint, qui nous a été donné »

2e leçon

« Le monde ne peut donc recevoir cet Esprit, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît point ». L’amour mondain est dépourvu de ces yeux invisibles au moyen desquels on peut voir l’Esprit-Saint, qui ne peut être vu que d’une manière invisible. « Mais vous, dit notre Seigneur, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera au milieu de vous et qu’il sera en vous ». Il sera en eux pour y demeurer ; il ne demeurera pas au milieu d’eux pour y être ; car le fait d’être en un lieu est antérieur à celui d’y demeurer. Mais afin que les disciples n’entendissent pas ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », d’un séjour visible, comme celui que fait d’ordinaire un hôte chez celui qui lui donne l’hospitalité, il a expliqué ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », en ajoutant : « Il sera en vous ».

3e leçon

L’Esprit-Saint se voit donc d’une manière invisible ; et s’il n’est pas en nous, nous ne pouvons en avoir la connaissance. C’est ainsi que nous voyons aussi en nous-mêmes notre propre conscience. Nous voyons bien le visage d’un autre, et nous ne pouvons voir le nôtre ; au contraire, nous voyons notre propre conscience, et nous ne voyons pas celle d’autrui. Mais notre conscience ne peut jamais exister qu’en nous-mêmes, tandis que l’Esprit-Saint peut être sans nous. Il nous est donné afin qu’il soit aussi en nous ; et, s’il n’est point en nous, il nous est impossible de le voir, de le connaître, comme il doit être vu et connu. Après avoir promis le Saint-Esprit, notre Seigneur ne voulant pas qu’on pût croire qu’il donnerait ce divin Paraclet pour le remplacer lui-même et qu’il cesserait ainsi d’être avec ses disciples, ajouta : « Je ne vous laisserai point orphelins ; je viendrai à vous ». Non content donc de nous avoir rendus les fils adoptifs de son Père, et d’avoir voulu que nous ayons pour Père, par un effet de la grâce, celui qui est son Père par nature, le Fils de Dieu fait preuve encore lui-même à notre égard d’une tendresse en quelque sorte paternelle, lorsqu’il dit ; « Je ne vous laisserai point orphelins »

La lumière éblouissante de la solennité de demain illumine déjà cette journée qui en est la veille. Les fidèles se disposent par le jeûne à célébrer dignement le mystère ; mais, comme à la Vigile de Pâques, la messe des néophytes, qui autrefois avait lieu dans la nuit, est maintenant anticipée, et dès avant le milieu du jour la louange de l’Esprit-Saint, dont l’effusion est si proche, a retenti avec éclat dans toute église pourvue d’une fontaine baptismale. Sur le soir, l’Office des premières Vêpres ouvre à son heure l’auguste solennité. Le règne du divin Esprit est donc proclamé dès aujourd’hui par la sainte Liturgie. Unissons-nous aux pensées et aux sentiments des habitants du Cénacle, dont l’attente est au moment d’être remplie.

Dans toute la série des mystères que nous avons vus se dérouler jusqu’ici durant le cours de l’Année liturgique, nous avons souvent pressenti l’’action de la troisième personne de l’auguste Trinité. Les lectures des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, ont éveillé plus d’une fois notre attention respectueuse sur ce divin Esprit qui semblait s’environner de mystère, comme si le temps de sa manifestation n’était pas venu encore. Les opérations de Dieu dans les créatures sont successives ; mais elles arrivent infailliblement en leur temps. L’historien sacré nous raconte comment le Père céleste, agissant par son Verbe, disposa en six journées ce monde qu’il avait créé ; mais il nous montre en même temps, dans un lointain mystérieux, l’Esprit-Saint planant sur les eaux et les fécondant silencieusement, en attendant que le Fils de Dieu les séparât de la terre qu’elles inondaient.

Si donc le règne patent du Saint-Esprit sur le monde a été différé jusqu’à l’établissement de l’Homme-Dieu sur son trône éternel, n’allons pas croire que ce divin Esprit soit demeuré jusqu’alors inactif. Toutes ces Écritures sacrées dont nous avons rencontré tant de sublimes fragments dans la sainte Liturgie, que sont-elles sinon l’œuvre cachée de celui qui, comme nous dit l’antique Symbole, « a parlé par les Prophètes »? C’est lui qui nous donnait le Verbe, Sagesse de Dieu, au moyen de l’Écriture, comme il devait nous le donner plus tard dans la chair de l’humanité. Il n’a pas été oisif un moment dans la durée des siècles. Il préparait le monde au règne du Verbe incarné, rapprochant et mêlant les races, produisant cette attente universelle qui s’étendit des peuples les plus barbares aux nations les plus avancées dans la civilisation. Il ne s’était pas encore nommé à la terre ; mais il planait sur l’humanité avec amour, comme il avait plané avec mystère, au commencement, sur les eaux muettes et insensibles.

En attendant sa venue, les prophètes l’annonçaient dans les mêmes oracles où ils prédisaient l’arrivée du Fils de Dieu. Le Seigneur disait par la bouche de Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair ». Ailleurs il s’énonçait ainsi par l’organe d’Ézéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je placerai au milieu de vous un esprit nouveau ; et j’enlèverai le cœur de pierre qui est dans votre chair, et je vous donnerai un cœur de chair, et je placerai au milieu de vous l’Esprit qui est le mien ».

Mais avant sa propre manifestation, l’Esprit-Saint avait à opérer directement pour celle du Verbe divin. Lorsque la puissance créatrice fît sortir du néant le corps et l’âme de la future mère d’un Dieu, ce fut lui qui prépara l’habitation de la souveraine Majesté, en sanctifiant Marie dès le premier instant de sa conception, prenant possession d’elle comme du temple divin où le Fils de Dieu s’apprêtait à descendre. Au moment fortuné de l’Annonciation, l’Archange déclare à la Vierge que l’Esprit-Saint va survenir en elle et que la Vertu du Très-Haut va la couvrir de son ombre. A peine la Vierge a-t-elle prononcé son acquiescement au décret éternel, que soudain l’opération du divin Esprit a produit en elle le plus ineffable des mystères : « le Verbe est fait chair, et il habite parmi nous. »

Sur cette fleur sortie de la branche émanée du tronc de Jessé, sur cette humanité produite divinement en Marie, l’Esprit du Père et du Fils se repose avec délices ; il la comble de ses dons, il l’adapte à sa fin glorieuse et éternelle. Lui qui avait doué la mère de tant de trésors de la grâce, dépasse encore pour le fils d’une manière incommensurable la mesure qui semblait la plus voisine de l’infini. Et toutes ces merveilles, le divin et puissant Esprit les accomplit silencieusement comme toujours ; car l’heure où doit éclater sa venue n’est pas arrivée encore. La terre ne fera que l’entrevoir au jour où sur le lit du Jourdain, dans les eaux duquel Jésus est descendu, il étendra ses ailes et viendra se reposer sur la tête de ce Fils bien-aimé du Père. Jean pénètre le mystère dans son ravissement, comme, avant de naître, il avait senti au sein de Marie le fruit divin qui habitait en elle ; mais les hommes n’ont vu qu’une colombe, et la colombe n’a pas révélé les secrets de l’éternité.

Le règne du Fils de Dieu, de notre Emmanuel, s’assied sur ses fondements prédestinés. Nous avons en lui notre frère, car il a pris notre chair avec ses infirmités ; nous avons en lui notre docteur, car il est la Sagesse du Père, et il nous initie par ses leçons à toute vérité ; nous avons en lui notre médecin, car il guérit toutes nos langueurs et toutes nos infirmités ; nous avons en lui notre médiateur, car il ramène en son humanité sainte toute l’œuvre créée à son divin auteur ; nous avons en lui notre réparateur, et dans son sang notre rançon : car le péché de l’homme avait brisé le lien entre Dieu et nous, et il nous fallait un rédempteur divin ; nous avons en lui un chef qui ne rougit pas de ses membres, si humbles qu’ils soient, un roi que nous venons de voir couronner à jamais, un Seigneur que le Seigneur a fait asseoir à sa droite.

Mais s’il nous gouverne pour toujours, c’est maintenant du haut des cieux, jusqu’au moment où il apparaîtra de nouveau pour briser contre terre la tête des pécheurs, lorsque la voix tonnante de l’Ange criera : « Le temps n’est plus ». En attendant, des siècles nombreux doivent se dérouler, et ces siècles ont été destinés à l’empire de l’Esprit divin, « Mais l’Esprit ne pouvait encore être donné, nous dit saint Jean, tant que Jésus a n’avait pas été glorifié ». Notre beau mystère de l’Ascension forme donc la limite entre les deux règnes divins ici-bas : le règne visible du Fils de Dieu et le règne visible de l’Esprit-Saint. Afin de les unir et d’en préparer la succession, ce ne sont plus seulement des prophètes mortels qui parlent ; c’est notre Emmanuel lui-même, durant sa vie mortelle, qui se fait le héraut du règne prochain du divin Esprit.

Ne l’avons-nous pas entendu nous dire : « Il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne me retirais pas, le Paraclet ne viendrait pas à vous ? » Le monde a donc un grand besoin de ce divin hôte, dont le propre Fils de Dieu se fait ainsi le précurseur ! Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châtiments qu’attireront sur eux ceux qui l’offenseront. « Quiconque, dit-il, aura proféré une parole contre le Fils, elle lui sera pardonnée ; mais celui qui aura dit cette parole contre le Saint-Esprit, il n’en obtiendra le pardon ni en ce monde, ni en l’autre ». Cependant cet Esprit divin ne prendra pas la nature humaine comme le Fils ; il n’aura point à racheter le monde comme l’a racheté le Fils ; mais il viendra avec une immensité d’amour qui ne saurait être méprisée impunément. C’est à lui que Jésus confiera l’Église son Épouse pendant les longs siècles que doit durer son veuvage, à lui qu’il remettra son œuvre, afin qu’il la maintienne et la dirige en toutes choses.

Nous donc, appelés à recevoir sous peu d’heures l’effusion de cet Esprit d’amour qui vient « renouveler la face de la terre », soyons attentifs comme nous le fûmes à Bethléem, dans les moments qui précédèrent la naissance de notre Emmanuel. Le Verbe et l’Esprit-Saint sont égaux en gloire et en puissance, et leur venue sur la terre procède du même décret éternel et pacifique de la glorieuse Trinité, qui a résolu, par cette double visite, de nous « rendre participants de la nature divine ». Nous les fils du néant, nous sommes appelés à devenir, par l’opération du Verbe et de l’Esprit, les fils du Père céleste. Maintenant, si nous désirons connaître en quelle manière doit être préparée l’âme fidèle à l’arrivée du divin Paraclet, retournons par la pensée au Cénacle où nous avons laissé les disciples rassemblés, persévérant dans la prière, selon l’ordre de leur Maître, et attendant que la Vertu d’en haut descende sur eux et vienne les couvrir comme une armure pour les combats qu’ils auront à livrer.

Dans cet asile sacre du recueillement et de la paix, notre œil respectueux cherche d’abord Marie, mère de Jésus, chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint, Église du Dieu vivant, de laquelle sortira demain, comme du sein d’une mère, par l’action du même Esprit, l’Église militante que cette nouvelle Ève représente et contient encore en elle. Va-t-elle pas droit à tous nos hommages en ce moment, cette créature incomparable que nous avons vue associée à tous les mystères du Fils de Dieu, et qui tout à l’heure va devenir le plus digne objet de la visite de l’Esprit-Saint ? Nous vous saluons, ô Marie pleine de grâce, nous tous qui sommes encore renfermés en vous et goûtons l’allégresse dans votre sein maternel. N’est-ce pas pour nous qu’a parlé l’Église dans la sainte Liturgie, lorsqu’elle commente à votre gloire le divin cantique de votre aïeul David ? En vain votre humilité veut se soustraire aux honneurs qui demain vous attendent. Créature immaculée, temple du Saint-Esprit, il faut que ce divin Esprit vous soit communiqué d’une nouvelle manière ; car une nouvelle œuvre vous attend, et la terre doit vous posséder encore.

Autour de Marie est rassemblé le collège apostolique, contemplant avec ravissement celle dont les traits augustes lui rappellent le Seigneur absent. Dans les jours précédents un grave événement a eu lieu au Cénacle sous les yeux de la Mère de Dieu et des hommes. De même que pour l’établissement du peuple Israélite, Dieu avait fait choix des douze fils de Jacob comme d’autant de fondements de cette race privilégiée, de même Jésus avait choisi douze hommes au sein de ce même peuple pour être les bases de l’édifice de l’Église chrétienne dont il est, et Pierre avec lui et en lui, la pierre angulaire. La chute lamentable de Judas avait réduit à onze ces élus du choix divin ; le nombre sacré n’existait plus, et l’Esprit-Saint était au moment de descendre sur le collège des Apôtres. Avant de monter au ciel, Jésus n’avait pas jugé à propos de faire lui-même le choix du successeur du disciple déchu ; mais il fallait que le nombre sacré fût complété avant l’effusion de la Vertu d’en haut. L’Église ne devait rien avoir à envier à la Synagogue. Qui donc remplirait l’office du Fils de Dieu dans la désignation d’un Apôtre ? Un tel droit ne pouvait appartenir qu’à Pierre, nous dit saint Jean Chrysostome ; mais dans sa modestie, il déclina l’honneur, ne voulant se souvenir que de l’humilité. Une élection fut la suite du discours de Pierre, et Mathias mêlé aux autres Apôtres compléta le nombre mystérieux, et attendit avec eux la descente promise du Consolateur.

Dans le Cénacle et sous les yeux de Marie, sont réunis aussi les disciples qui, sans avoir eu l’honneur d’être admis dans le duodénaire sacré, n’en ont pas moins été les témoins des œuvres et des mystères de l’Homme-Dieu ; ils sont mis à part, et réservés pour la prédication de la bonne nouvelle. Madeleine enfin et les autres saintes femmes attendent dans le recueillement que leur a prescrit le Maître, cette visite d’en haut dont elles connaîtront bientôt la puissance. Rendons nos hommages à cette assemblée sainte, à ces cent vingt disciples qui nous sont donnés pour modèles dans cette grande circonstance ; car l’Esprit divin doit d’abord venir en eux ; ils sont ses prémices. Plus tard il descendra aussi sur nous, et c’est afin de nous préparer à sa venue que la sainte Église nous impose un jeûne solennel aujourd’hui.

Dans l’antiquité, cette journée ressemblait à celle de la veille de Pâques. Sur le soir les fidèles se rendaient à l’église pour prendre part aux solennités de l’administration du baptême. Dans la nuit qui suivait, le sacrement de la régénération était conféré aux catéchumènes que l’absence ou quelque maladie avait empêchés de se joindre aux autres dans la nuit de Pâques. Ceux qu’on n’avait pas jugés suffisamment éprouvés encore, ou dont l’instruction n’avait pas semblé assez complète, ayant satisfait aux justes exigences de l’Église, contribuaient aussi à former le groupe des aspirants à la nouvelle naissance qui se puise dans la fontaine sacrée. Au lieu des douze prophéties qui se lisaient dans la nuit de Pâques pendant que les piètres accomplissaient sur les catéchumènes les rites préparatoires au baptême, on n’en lisait ordinairement que six ; ce qui amène à conclure que le nombre des baptisés dans la nuit de la Pentecôte était moins considérable.

Le cierge pascal reparaissait durant cette nuit de grâce, afin d’inculquer à la nouvelle recrue que faisait l’Église, le respect et l’amour envers le Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour être « la lumière du monde ». Tous les rites que nous avons détaillés et expliqués au Samedi saint s’accomplissaient dans cette nouvelle occasion où paraissait la fécondité de l’Église, et le divin Sacrifice auquel prenaient part les heureux néophytes commençait dès avant le point du jour.

Dans la suite des temps, la coutume charitable de conférer le baptême aux enfants aussitôt après leur naissance, ayant pris force de loi, la Messe baptismale a été anticipée à la matinée du samedi veille de la Pentecôte, comme il est arrivé pour la veille de Pâques. Avant la célébration du Sacrifice, on lit les six prophéties dont nous avons parlé tout à l’heure ; après quoi a lieu solennellement la bénédiction de l’eau baptismale. Le cierge pascal se retrouve à cette fonction, à laquelle manque trop souvent l’assistance des fidèles.

Dans l’après-midi a lieu la solennité des premières Vêpres. Nous omettons d’insérer ici les Psaumes, les Antiennes et les autres parties de cet Office, parce que la Vigile de la Pentecôte ne peut jamais se rencontrer un Dimanche, tandis qu’il en est autrement pour les fêtes auxquelles nous avons accordé ce développement. Au reste, si l’on excepte quelques détails, les premières et les secondes Vêpres de la Pentecôte sont entièrement semblables.

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Saint Bernardin de Sienne confesseur

20 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Bernardin de Sienne confesseur

Collecte

Seigneur Jésus, qui avez accordé au bienheureux Bernardin, votre Confesseur, un très ardent amour pour votre saint nom, nous vous supplions, par ses mérites et son intercession, de daigner, dans votre bonté, répandre en nous l’esprit de votre charité.

Office

Quatrième leçon. Bernardin Albizesca, issu d’une noble famille de Sienne, donna dès son enfance des marques éclatantes de sainteté. Il reçut de ses pieux parents une éducation très soignée ; négligeant les amusements puérils, on le vit, dès ses premières études de grammaire s’adonner aux œuvres pies, au jeûne, à la prière, et particulièrement au culte de la très sainte Vierge. Sa chanté envers les pauvres était admirable. Plus tard, afin de mieux pratiquer encore toutes ces vertus, il voulut être inscrit au nombre des serviteurs de Dieu de Notre-Dame de la Scala de Sienne, d’où sont sortis plusieurs personnages illustres par leur sainteté. C’est là que le soin des malades, durant une peste qui sévissait cruellement dans la ville, lui donna l’occasion de mortifier son corps et d’exercer une charité vraiment incroyable. Entre autres vertus, il garda inviolablement la chasteté, malgré les dangers auxquels l’exposait la rare beauté de ses traits ; à tel point que les plus licencieux n’auraient osé-prononcer le moindre mot malsonnant en sa présence.

Cinquième leçon. Après l’épreuve d’une grave maladie, endurée pendant quatre mois avec la plus entière résignation, il conçut enfin le projet d’embrasser la vie religieuse. Pour s’y acheminer, il loua une petite maison à l’extrémité de la ville ; il vécut là inconnu, menant la vie la plus austère, et priant Dieu continuellement de lui faire connaître le parti qu’il devait prendre. Ce fut donc d’après l’inspiration divine qu’il choisit l’Ordre de saint François, où il excella en humilité, en patience et en toutes les vertus religieuses. Le supérieur du couvent le remarqua, et comme il le savait déjà arrivé à un haut degré de connaissance des textes sacrés, il lui imposa le devoir de prêcher. Bernardin accepta humblement ce ministère, bien qu’il s’y reconnût peu apte en raison de la faiblesse et de l’enrouement de sa voix. Il implora le secours de Dieu, et il fut, non sans miracle, délivré de cet obstacle à son zèle.

Sixième leçon. Il y avait à cette époque un débordement de crimes en Italie, et de sanglantes factions y foulaient aux pieds toutes les lois divines et humaines. Bernardin parcourut les villes et les villages au nom de Jésus, qu’il avait toujours à la bouche et dans le cœur, et rétablit presque entièrement la piété et les bonnes mœurs qui avaient disparu. Sa réputation fit que plusieurs villes considérables le demandèrent au Pape en qualité d’Évêque ; mais il refusa constamment cette charge avec une humilité invincible. Enfin cet homme de Dieu, après de grands travaux, de nombreux et éclatants miracles, et après avoir laissé des écrits pleins de science et de piété, termina une vie de soixante-six années par une mort de prédestiné, à Aquila, ville de l’Abruzze. De nouveaux miracles le rendirent célèbre, et six ans après sa mort, le Pape Nicolas V le mit au nombre des Saints.

Dans une autre saison de l’année liturgique, lorsque nous apportions nos hommages et nos vœux au berceau de l’Enfant divin, une de nos journées fut consacrée à célébrer la gloire et à goûter la douceur de son nom. La sainte Église tressaillait de bonheur en prononçant ce nom chéri que son céleste Époux a choisi de toute éternité, et le genre humain respirait à l’aise, en songeant que le grand Dieu qui pourrait s’appeler le Juste et le Vengeur, consentait à se nommer désormais le Sauveur. Le pieux Bernardin de Sienne, que nous fêtons aujourd’hui, nous apparut alors portant dans ses mains et élevant aux regards des hommes ce nom béni entouré de rayons. Il invitait toute la terre à vénérer avec amour et confiance cette appellation sacrée sous laquelle se révèle divinement toute l’économie de notre salut. L’Église attentive acceptait ce signe sacré ; elle encourageait ses fidèles à recevoir des mains de l’homme de Dieu un bouclier si puissant contre les traits de l’esprit des ténèbres, à goûter surtout un nom qui nous apprend jusqu’à quel excès Dieu a aimé le monde ; et lorsque le saint nom de Jésus eut enfin conquis par son adorable beauté tous les cœurs chrétiens, elle lui consacra une des plus touchantes solennités du Temps de Noël.

Aujourd’hui le noble enfant de saint François a reparu, et ses mains tiennent toujours la glorieuse effigie du nom sacré. Mais ce n’est plus l’appellation prophétique de l’Enfant nouveau-né, le doux nom que la Vierge-mère murmurait avec tendresse et respect, penchée sur son berceau ; c’est un nom qui retentit plus fort que tous les tonnerres, c’est le trophée de la plus éclatante des victoires, c’est la prophétie accomplie en son entier. Le nom de Jésus promettait au genre humain un Sauveur ; Jésus a sauvé le genre humain en mourant et en ressuscitant pour lui ; il est maintenant Jésus dans toute la plénitude de son nom. Parcourez la terre, et dites-nous en quel lieu ce nom n’est pas connu ; dites-nous quel autre nom a jamais réuni les hommes en une seule famille.

Les princes de la Synagogue ont voulu arrêter l’essor de ce nom victorieux, l’étouffer dans Jérusalem ; ils ont dit aux Apôtres : « Nous vous défendons d’enseigner en ce nom» ; et c’est pour leur répondre que Pierre a prononcé cette forte sentence qui résume toute l’énergie de la sainte Église : « Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes. » Autant eût valu essayer d’arrêter le soleil dans son cours ; et lorsque bientôt la puissance romaine s’est mise en devoir de mettre obstacle par ses édits à la marche triomphante de ce nom devant lequel tout genou doit fléchir, elle s’est vue réduite à l’impuissance. Au bout de trois siècles le nom de Jésus planait sur le monde romain tout entier.

Armé de ce signe sacré, Bernardin parcourut au XVe siècle les villes de l’Italie armées les unes contre les autres, et souvent même divisées jusque dans leur propre sein. Le nom de Jésus entre ses mains devenait l’arc-en-ciel de la paix ; tout genou fléchissait, tout cœur ulcéré et vindicatif s’apaisait, tout pécheur courait aux sources du pardon, dans tous les lieux où Bernardin avait arboré ce puissant symbole. Les trois lettres qui représentent ce nom à jamais béni devenaient familières à tous les fidèles ; on les sculptait, on les gravait, on les peignait partout ; et la catholicité acquérait pour jamais une expression nouvelle de sa religion et de son amour envers le Sauveur des hommes.

Prédicateur inspiré, Bernardin a laissé de nombreux écrits qui révèlent en lui un docteur de premier ordre dans la science de Dieu. Il nous serait agréable, si l’espace nous le permettait, de le laisser exposer ici les grandeurs du mystère de la Pâque ; donnons du moins son sentiment sur l’apparition du Sauveur ressuscité à sa sainte mère. Le lecteur catholique verra avec joie l’unité de doctrine sur ce point si important régner entre l’école franciscaine représentée par saint Bernardin, et l’école dominicaine dont nous avons produit le témoignage à la fête de saint Vincent Ferrier.

« De ce que l’histoire évangélique ne donne aucun détail sur la visite que le Christ fit à sa mère pour la consoler, après qu’il fut ressuscité, on ne saurait conclure que le très miséricordieux Jésus, source de toute grâce et de toute consolation, si empressé à réjouir les siens par sa présence, aurait oublié sa mère qu’il savait avoir été si pleinement abreuvée des amertumes de sa Passion. Mais il a plu à la providence de Dieu de ne pas nous manifester cette particularité par le texte même de l’Évangile, et cela pour trois raisons.

En premier lieu, à cause de la fermeté de la foi qui était en Marie. La certitude qu’avait la Vierge-mère de la résurrection de son fils ne fut ébranlée en rien, même pas par le doute le plus léger. On le croira aisément, si l’on veut réfléchir à la grâce très particulière dont fut remplie la mère du Christ-Dieu, la reine des Anges, la maîtresse de l’univers. Le silence de l’Écriture à ce sujet en dit plus que l’affirmation même aux âmes vraiment éclairées. Nous avons appris à connaître Marie lors de la visite de l’Ange, au moment où l’Esprit-Saint la couvrit de son ombre ; nous l’avons retrouvée au pied de la croix, mère de douleurs, se tenant près de son fils mourant. Si donc l’Apôtre a pu dire : « En proportion de ce que vous aurez eu part aux souffrances, vous participerez aux consolations » ; calculez d’après cela la mesure selon laquelle la Vierge-mère dut être associée aux joies de la résurrection. On doit donc tenir pour certain que son très doux fils ressuscité l’a consolée avant tous les autres. C’est ce que la sainte Église Romaine semble vouloir exprimer en célébrant à Sainte-Marie-Majeure la Station du jour de Pâques. Autrement si, de ce que les Évangélistes n’en disent rien, vous vouliez conclure que son fils ressuscité ne lui est pas apparu en premier lieu, il faudrait aller jusqu’à dire qu’il ne s’est pas du tout montré à elle, puisque les mêmes Évangélistes, dans les diverses apparitions qu’ils rapportent, n’en signalent pas une seule qui la concerne. Une telle conclusion aurait quelque chose d’impie.

En second lieu, le silence de l’Évangile s’explique par l’infidélité des hommes. Le but de l’Esprit-Saint, en dictant les Évangiles, était de décrire celles des apparitions qui pouvaient enlever tout doute aux hommes charnels au sujet de la croyance en la résurrection du Christ. La qualité de mère eût diminué à leurs yeux le témoignage de Marie ; et c’est pour ce motif qu’elle n’a pas été alléguée, bien qu’il ne pût y avoir, assurément, parmi tous les êtres nés ou à naître, si l’on en excepte l’humanité de son fils, aucune créature dont l’assertion méritât mieux d’être admise par toute âme vraiment pieuse. Mais il fallait que le texte évangélique ne nous produisît que des témoignages qui fussent de nature à être émis en présence de tout le monde ; quant à l’apparition de Jésus à sa mère, l’Esprit-Saint l’a laissée à ceux qui sont éclairés de sa lumière.

En troisième lieu, ce silence s’explique par la sublimité même de l’apparition. Après la résurrection, les Évangiles ne disent plus rien sur la mère du Christ, par cette raison que ses relations de tendresse avec son fils furent désormais tellement sublimes, tellement ineffables, qu’il n’y aurait pas de termes pour les exprimer. Il est deux sortes de visions : l’une purement corporelle, et faible en proportion ; l’autre qui a son siège principal dans l’âme, et qui ne convient qu’aux âmes déjà transformées. Admettez, si vous voulez, que Madeleine a eu part avant les autres à la vision purement corporelle, pourvu que vous reconnaissiez que la Vierge a vu avant elle, et d’une manière bien autrement sublime, son fils ressuscité, qu’elle l’a reconnu, et qu’elle a joui tout d’abord de ses délicieux embrassements dans son âme plus encore que dans son corps. »

Qu’ils sont beaux, ô Bernardin, les rayons qui forment nom de Jésus ! Que leur lumière est douce, au moment où le Fils de Dieu reçoit ce nom sauveur, le huitième jour après sa naissance ! Mais quel œil mortel pourrait supporter leur éclat, lorsque Jésus opère notre salut, non plus dans l’humilité et la souffrance, mais par le triomphe de sa résurrection ? C’est au milieu des splendeurs pascales du nom de Jésus que vous nous apparaissez, ô Bernardin ! Ce nom que vous avez aimé et glorifié vous associe désormais à son immortelle victoire. Maintenant donc répandez sur nous, plus abondamment encore que vous ne le faisiez sur la terre, les trésors d’amour, d’admiration et d’espérance dont ce divin nom est la source, et purifiez les yeux de notre âme, afin que nous puissions un jour contempler avec vous ses magnificences.

Apôtre de la paix, l’Italie, dont vous avez si souvent apaisé les factions, a droit de vous compter au rang de ses protecteurs. Voyez-la en ces jours livrée en proie aux ennemis du Sauveur des hommes, rebelle à la voix de la sainte Église, et tristement abandonnée à son sort. Ne vous souviendrez-vous pas que c’est dans son sein que vous avez pris naissance, qu’elle fut docile à votre voix, et que longtemps votre mémoire lui fut chère ? Intervenez en sa faveur ; arrachez-la à ceux qui l’oppriment, et montrez qu’au défaut des armées de la terre, les milices célestes peuvent toujours sauver les villes et les provinces.

Illustre fils du grand patriarche d’Assise, l’Ordre séraphique vous vénère comme l’une de ses principales colonnes. Vous avez ravivé dans son sein l’observance primitive ; continuez du haut du ciel à protéger l’œuvre commencée par vous ici-bas. La famille de saint François est l’un des plus fermes appuis de la sainte Église ; faites-la fleurir toujours, soutenez-la dans les tempêtes, multipliez-la en proportion des besoins du peuple fidèle ; car vous êtes le second père de cette famille sacrée, et vos prières sont puissantes auprès du Rédempteur dont vous avez confessé le nom glorieux sur la terre.

 

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Saint Pierre Célestin pape et confesseur mémoire de Sainte Pudentienne vierge

19 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Pierre Célestin pape et confesseur mémoire de  Sainte Pudentienne vierge

Collecte

Dieu, qui avez élevé le bienheureux Pierre Célestin à l’éminente dignité du souverain pontificat, et qui lui avez appris à mettre l’humilité au-dessus de cette élévation, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de mépriser, à son exemple, tous les biens de ce monde, et de parvenir heureusement à la possession des récompenses promises à ceux qui sont humbles.

Office

Quatrième leçon. Pierre, nommé Célestin, du nom qu’il prit lorsqu’il fut élu Pape, naquit de parents honnêtes et catholiques à Isernia dans les Abruzzes. A peine adolescent, il se retira dans le désert pour garantir son âme des séductions du monde. Là, il se nourrissait l’esprit de contemplation, réduisait son corps en servitude, et portait sur lui une chaîne de fer. Il institua, d’après la règle de saint Benoît, la congrégation connue depuis sous le nom de Célestins. Il ne devait pas demeurer caché, et c’est de sa solitude, qu’à son insu et malgré son éloignement, il fut appelé à occuper la chaire de saint Pierre. L’Église romaine avait été longtemps sans pasteur : il fut placé à sa tête, comme on place la lumière sur le chandelier ; tout le monde en fut non moins étonné que ravi. Élevé à la dignité sublime du pontificat, Pierre sentit que la multitude des affaires lui permettait à peine de vaquer à ses méditations, et il renonça volontairement aux honneurs et aux charges. Ayant repris son ancien genre de vie, il s’endormit dans le Seigneur. Sa belle mort fut rendue plus glorieuse encore par l’apparition d’une croix lumineuse que l’on vit briller dans les airs devant la porte de sa retraite. Pendant sa vie et après sa mort il fit d’éclatants miracles : ils furent examinés suivant les règles, et Clément V l’inscrivit au nombre des Saints, onze ans après sa mort.

A côté de Léon, l’insigne Docteur, Jésus ressuscité appelle en ce jour l’humble Pierre Célestin, Pontife suprême comme Léon, mais à peine assis sur la chaire apostolique, qu’il en est descendu pour retourner au désert. Entre tant de héros dont est formée la chaîne des Pontifes romains, il devait s’en rencontrer à qui fût donnée la charge de représenter plus spécialement la noble vertu d’humilité ; et c’est à Pierre Célestin que la grâce divine a dévolu cet honneur. Arraché au repos de sa solitude pour être élevé sur le trône de saint Pierre et tenir dans ses mains tremblantes les formidables clefs qui ouvrent et ferment le ciel, le saint ermite a regardé autour de lui ; il a considéré les besoins de l’immense troupeau du Christ, et sondé ensuite sa propre faiblesse. Oppressé sous le fardeau d’une responsabilité qui embrasse la race humaine tout entière, il s’est jugé incapable de supporter plus longtemps un tel poids ; il a déposé la tiare, et imploré la faveur de se cacher de nouveau à tous les regards humains dans sa chère sollicitude. Ainsi le Christ, son Maître, avait d’abord enfoui sa gloire dans une obscurité de trente années, et plus tard sous le nuage sanglant de sa Passion et sous les ombres du sépulcre. Les splendeurs de la divine Pâque ont tout à coup dissipé ces ténèbres, et le vainqueur de la mort s’est révélé dans tout son éclat. Mais il veut que ses membres aient part à son triomphe, et que la gloire dont ils brilleront éternellement soit, comme la sienne, en proportion de leur empressement à s’humilier dans les jours de cotte vie mortelle. Quelle langue pourrait décrire l’auréole qui entoure le front de Pierre Célestin, en retour de cette obscurité au sein de laquelle il a cherché l’oubli des hommes avec plus d’ardeur que d’autres ne recherchent leur estime et leur admiration ? Grand sur le trône pontifical, plus grand au désert, sa grandeur dans les cieux dépasse toutes nos pensées.

Vous avez obtenu l’objet de votre ambition, ô Célestin ! Il vous a été accordé de descendre les degrés du trône apostolique, et de rentrer dans le calme de cette vie cachée qui avait si longtemps fait toutes vos délices. Jouissez des charmes de l’obscurité que vous aviez tant aimée ; elle vous est rendue avec tous les trésors de la contemplation, dans le secret de la face de Dieu. Mais cette obscurité n’aura qu’un temps, et quand l’heure sera venue, la Croix que vous avez préférée à tout se dressera lumineuse à la porte de votre cellule, vous invitant à prendre part au triomphe pascal de celui qui est descendu du ciel pour nous apprendre que quiconque s’abaisse sera élevé. Votre nom, ô Célestin, brillera jusqu’au dernier jour du monde sur la liste des Pontifes romains ; vous êtes l’un des anneaux de cette chaîne qui rattache la sainte Église à Jésus son fondateur et son époux ; mais une plus grande gloire vous est réservée, celle de faire cortège à ce divin Christ ressuscité. La sainte Église, qui un moment s’est inclinée devant vous pendant que vous teniez les clefs de Pierre, vous rend depuis des siècles et vous rendra jusqu’au dernier jour l’hommage de son culte, parce qu’elle reconnaît en vous un des élus de Dieu, un des princes de la céleste cour. Et nous aussi, ô Célestin ! nous sommes appelés à monter là où vous êtes, à contempler éternellement comme vous le plus beau des enfants des hommes, le vainqueur de la mort et de l’enfer. Mais une seule voie peut nous y conduire : celle que vous avez vous-même suivie, la voie de l’humilité. Fortifiez en nous cette vertu, ô Célestin ! et allumez-en le désir dans nos cœurs. Substituez le mépris de nous-mêmes à l’estime que nous avons trop souvent le malheur d’en faire. Rendez-nous indifférents à toute gloire mondaine, fermes et joyeux dans les abaissements, afin qu’ayant « bu l’eau du torrent », comme notre Maître divin, nous puissions un jour, comme lui et avec vous, « relever notre tête » et entourer éternellement le trône de notre commun libérateur.

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Saint Venant martyr

18 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Venant martyr

Collecte

O Dieu, qui avez consacré ce jour par le triomphe du bienheureux Venant, votre Martyr, exaucez les prières de votre peuple, et faites qu’honorant ses mérites, nous imitions la constance de sa foi.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Venant, de Camérino, avait quinze ans, lorsqu’il fut dénoncé comme chrétien à Antiochus alors gouverneur de la ville pour l’empereur Dèce. Il se présenta lui-même aux portes de la ville à ce magistrat, qui, après l’avoir tenté longuement par des promesses et des menaces, ordonna de le battre de verges et de le charger de chaînes. Un Ange délie miraculeusement ses liens ; il est alors brûlé avec des torches ardentes, puis suspendu, la tête en bas, au-dessus d’un feu allumé sous lui. Sa constance dans les tourments frappe d’admiration le greffier Anastase, et quand il le voit, une seconde fois délié par l’Ange, marcher, vêtu de blanc, au dessus de la fumée, il croit en Jésus-Christ, et se fait baptiser avec sa famille par le bienheureux Prêtre Porphyre, en compagnie duquel il remporte, peu de temps après, la palme du martyre.

Cinquième leçon. Ramené devant le gouverneur, et inutilement sollicité d’abandonner la foi du Christ, Venant est jeté en prison. Le gouverneur envoie un héraut, nommé Attale, qui vient dire à Venant que lui aussi a été chrétien, mais qu’il a renoncé à ce titre, parce qu’il a reconnu la vaine illusion d’une foi en raison de laquelle les Chrétiens se privent des biens présents, dans l’espérance chimérique de biens futurs. Le noble athlète du Christ, qui connaît les ruses de notre perfide ennemi, repousse loin de lui ce ministre du démon. On le ramène donc devant le gouverneur : on lui casse toutes les dents et on lui brise les mâchoires, et, ainsi mutilé on le jette sur un fumier Mais un Ange vient encore le délivrer. On le fait comparaître de nouveau devant le juge, et celui-ci, à la voix de Venant qui parlait toujours tombe de son siège en s’écriant : « Le Dieu de Venant est le vrai Dieu ; renversez les nôtres ».

Sixième leçon. A cette nouvelle, le gouverneur fit aussitôt exposer Venant aux lions ; mais contrairement à leur férocité habituelle, ces animaux se jetèrent à ses pieds. Pendant ce temps, le jeune homme enseignait au peuple la foi du Christ ; aussi fut-il éloigné et remis en prison. Le lendemain. Porphyre ayant raconté au gouverneur une vision qu’il avait eue pendant la nuit, et dans laquelle il avait vu Venant resplendissant de lumière baptiser le peuple, tandis qu’un brouillard épais couvrait le gouverneur, celui-ci, transporté de colère, donna l’ordre de lui trancher immédiatement la tête ; il commanda ensuite de traîner Venant jusqu’au soir par des lieux couverts d’épines et de chardons. On le laissa à demi-mort, mais dès le lendemain matin, il se présentait de nouveau devant le gouverneur, qui le fit aussitôt précipiter du haut d’un rocher. Arraché encore par miracle à cette mort, Venant fut traîné jusqu’à un mille de la ville par les plus rudes sentiers ; là les soldats ayant soif, Venant s’agenouilla sur une pierre qui se trouvait à proximité, dans une dépression du sol ; ayant tracé sur elle le signe de la croix, il en jaillit de l’eau. Il laissa sur cette pierre l’empreinte de ses genoux, ainsi qu’on peut le voir encore dans son église où elle est conservée. Touchés de ce miracle, plusieurs soldats crurent en Jésus-Christ. Le gouverneur leur fit trancher la tête ainsi qu’à Venant, sur les lieux mêmes. Aussitôt il y eut un orage et un tremblement de terre tels que le gouverneur prit la fuite ; mais il ne put se dérober à la justice divine, et il périt peu de jours après l’une mort très honteuse. Pendant ce temps, les Chrétiens ensevelirent à une place d’honneur le Martyr et ses compagnons, et leurs corps ont conservés jusqu’à ce jour, à Camérino, dans l’Église dédiée à Saint Venant.

Le martyr d’aujourd’hui nous reporte aux persécutions des empereurs romains. C’est en Italie, à Camerino, qu’il a rendu son témoignage ; et la dévotion que lui portent les peuples de cette contrée, soumise au sceptre temporel du Pontife romain, a obtenu que sa fête se célébrerait dans toute l’Église. Accueillons donc avec joie ce nouveau champion de notre Emmanuel, et félicitons-le d’avoir soutenu loyalement le combat, en ces jours du Temps pascal, tout retentissants de la victoire que la vie a remportée sur la mort.

Le récit que la Liturgie a consacré aux mérites de saint Venant étincelle de prodiges. Plus d’une fois la puissance de Dieu a semblé faire assaut avec la fureur des bourreaux, afin de glorifier leurs victimes. Ces moyens merveilleux servaient à la conquête des âmes, et souvent les témoins de ces miracles qui sembleraient superflus, s’écriaient tout à coup qu’eux aussi voulaient être chrétiens, et donnaient leurs noms à une religion aussi favorisée du ciel qu’illustrée par la patience surhumaine de ses martyrs.

Priez pour nous, jeune martyr, vous que les saints Anges aimaient, et qu’ils assistèrent dans le combat ! Comme vous, nous sommes les soldats du divin Ressuscité, et comme vous nous sommes appelés à rendre témoignage de sa divinité et de ses droits en présence du monde. Si le monde n’est pas toujours armé d’instruments de torture comme aux jours de vos luttes, il n’est pas moins redoutable par ses séductions. A nous aussi il voudrait ravir cette vie nouvelle que Jésus a communiquée à ses membres ; défendez-nous de ses atteintes, ô Martyr ! La divine chair de l’Agneau vous avait nourri dans les jours de la Pâque, et la force qui a paru en vous était toute à la gloire de ce céleste aliment. Nous nous sommes assis à la même table ; veillez sur tous les convives du festin pascal. Ainsi que vous, nous avons connu le Seigneur dans la fraction du pain : obtenez-nous l’intelligence du divin mystère dont nous reçûmes les prémices en Bethléhem, et qui s’est développé sous nos yeux et en nous-mêmes par les mérites de la Passion et de la Résurrection de notre Emmanuel. D’autres merveilles nous attendent ; nous ne sortirons pas de la saison pascale sans avoir été initiés à la plénitude du don divin de l’Incarnation. Obtenez, ô saint Martyr, que nos cœurs soient ouverts de plus en plus, et qu’ils gardent fidèlement tous les trésors que les augustes mystères de l’Ascension et de la Pentecôte doivent encore verser en eux.

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Saint Pascal Baylon confesseur

17 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Pascal Baylon confesseur

Collecte

O Dieu, qui avez orné l’âme du bienheureux Pascal, votre Confesseur, d’un admirable et tendre amour pour les mystères sacrés de votre corps et de votre sang, accordez-nous, dans votre bonté, que nous méritions de retirer de ce banquet divin la même abondance de grâces qu’il y a trouvée.

Office

Quatrième leçon. Pascal Baylon, né de parents pauvres et pieux dans le bourg de Torre-Hermosa, au diocèse de Siguenza en Aragon, donna dès ses plus tendres années de nombreux indices de sa sainteté future. Son âme était portée au bien et remplie d’attraits pour les choses célestes ; il passa son enfance et son adolescence à garder les troupeaux ; il aimait particulièrement ce genre de vie, parce qu’il le trouvait propre et favorable à la pratique de l’humilité et surtout à la conservation de l’innocence. Sobre dans sa nourriture, assidu à la prière, il avait une telle autorité et possédait à un si haut degré la confiance de ses compagnons, comme de tous ceux qui l’entouraient, qu’il accommodait leurs différends, corrigeait leurs fautes, éclairait leur ignorance et stimulait leur indolence, en sorte qu’ils l’honoraient et l’aimaient comme leur père et leur maître, et que la plupart d’entre eux avaient même déjà coutume de l’appeler le bienheureux.

Cinquième leçon. Cette fleur des vallées, qui avait grandi si heureusement dans la terre déserte et aride du siècle, exhala autour d’elle un admirable parfum de sainteté, dès qu’elle fut plantée dans la maison du Seigneur. Pascal ayant donc embrassé un genre de vie plus sévère, et étant entré dans l’Ordre des Frères Mineurs déchaussés de la stricte observance, s’élança comme un géant pour parcourir sa carrière. Se livrant tout entier au culte du Seigneur, il songeait jour et nuit aux moyens de se rendre de plus en plus conforme à son divin Maître. Aussi bientôt les plus anciens religieux se proposèrent d’imiter Pascal, le considérant comme un modèle de la perfection séraphique. Mais lui, placé dans l’humble rang des Frères destinés à servir, s’estimant le rebut de tous, recevait avec la plus grande joie les tâches les plus pénibles et les plus abjectes de la maison, comme si elles lui eussent été spécialement dues, et faisait paraître dans leur accomplissement autant d’humilité que de patience. Il affligea sa chair par une mortification continuelle, aussi longtemps qu’elle tenta de se révolter contre l’esprit, et la réduisit ainsi en servitude. Par une incessante abnégation de lui-même, il augmentait de jour en jour la ferveur de son âme.

Sixième leçon. Pascal s’était mis, dès son enfance, sous la protection de la Vierge Mère de Dieu ; il l’honorait comme sa mère par des hommages quotidiens, et l’invoquait avec une confiance filiale. Il serait difficile de dire quelle était l’ardeur et la tendresse de sa dévotion envers le très saint Sacrement de l’Eucharistie ; il sembla même, après sa mort, qu’elle persévérait encore dans son corps privé de vie : étendu dans son cercueil, il ouvrit et ferma les yeux deux fois au moment de l’élévation de la sainte Hostie, à la grande admiration de tous ceux qui étaient présents. Ayant professé publiquement et ouvertement, devant les hérétiques, la croyance à la présence réelle, il eut à souffrir beaucoup de mauvais traitements ; on le chercha même à bien des reprises pour le faire mourir, mais la providence de Dieu l’arracha aux mains des impies. Dans l’oraison il était souvent privé du sentiment des choses extérieures, et il languissait dans une extase d’amour. On pense que ce fut en ces moments que cet homme simple et illettré puisa la science céleste qui le rendit capable de répondre sur les mystères les plus obscurs de la foi, et d’écrire même quelques ouvrages. Enfin Pascal, plein de mérites, s’en alla heureusement au Seigneur, à l’heure même qu’il avait prédite, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt douze, le seize des calendes de juin, le jour de la Fête de la Pentecôte, jour auquel il était né : il était âgé de cinquante-deux ans. Célèbre par les vertus dont nous avons parlé et par d’autres encore, illustre par ses miracles aussi bien pendant sa vie qu’après sa mort. Pascal fut déclaré Bienheureux par le Souverain Pontife Paul V, et Alexandre VIII l’a inscrit au catalogue des Saints. Enfin Léon XIII l’a déclaré et constitué le céleste Patron des Congrès eucharistiques et de toutes les Associations du Saint Sacrement, instituées jusqu’ici ou devant l’être à l’avenir.

Le séraphin d’Assise ne pouvait manquer de députer quelques-uns de ses fils au-devant de son Maître ressuscité. Aujourd’hui c’est un des plus humbles et des plus ignorés du monde qu’il lui envoie ; dans trois jours un autre s’avancera chargé des palmes évangéliques, puissant en œuvres et en paroles. Pascal Baylon est l’enfant de la vie champêtre ; c’est en gardant son troupeau qu’il a trouvé le Seigneur Jésus. L’attrait de la contemplation s’est déclaré en lui ; les campagnes et les forêts lui ont révélé leur créateur, et dans son désir de l’approcher de plus près, il a voulu le suivre jusque dans les hauteurs de la plus sublime perfection. Il a convoité comme un trésor l’humilité de l’Homme-Dieu, sa vie pauvre et souffrante ; et c’est vers le cloître franciscain qu’il s’est dirigé. Sur cette terre bénie il a fleuri comme un arbre du ciel, et le monde entier a entendu parler de l’humble frère lai qu’abrita un obscur couvent espagnol. La sainte Église nous le montre en ce jour ravi dans la contemplation du triomphe de son Maître. Avec Jésus il a marché dans la voie de l’humiliation et de la croix ; n’est-il pas juste qu’il ait part aussi à la victoire de ce divin chef ? N’était-il pas présent à la pensée du Rédempteur lorsqu’il disait : « A vous qui êtes demeurés avec moi dans mes épreuves, mon Père a préparé un royaume où vous mangerez et boirez avec moi à ma table, et vous serez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël ?. » Ainsi la Pâque du temps se résoudra dans la Pâque éternelle. Priez, ô Pascal, afin qu’à votre exemple nous tenions ferme ce que nous possédons déjà par la grâce de notre divin Ressuscité.

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Dimanche dans l’Octave de l’Ascension

16 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l’Octave de l’Ascension

Introït

Exaucez, Seigneur, ma voix, qui a crié vers vous, alléluia ; mon cœur vous a dit : mes yeux vous ont cherché ; votre visage, Seigneur, je le rechercherai, ne détournez pas de moi votre face, alléluia, alléluia. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ?

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère.

Épitre 1. P 4, 7-11

Mes bien-aimés : soyez prudents et veillez dans la prière. Mais surtout ayez les uns pour les autres une charité persévérante, car la charité couvre une multitude de péchés. Exercez entre vous l’hospitalité sans murmurer. Que chacun mette au service des autres le don spirituel qu’il a reçu, comme doivent faire de bons dispensateurs de la grâce de Dieu aux formes multiples. Si quelqu’un parle, que ce soit selon les oracles de Dieu ; si quelqu’un exerce un ministère, que ce soit comme employant une force que Dieu donne, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Évangile Jn. 15, 26-27 ; 16, 1-4

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues, et l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu. Et ils vous traiteront ainsi parce qu’ils ne connaissent ni le Père ni moi. Je vous ai dit ces choses afin que, lorsque l’heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites.

Secrète

Que ce sacrifice sans tache nous purifie, Seigneur, et qu’il donne à nos âmes la vigueur de la grâce surnaturelle.

Postcommunion

Nourris de vos dons sacrés, ô Seigneur, nous vous en supplions, donnez-nous de demeurer toujours dans l’action de grâces.

Office

4e leçon

Sermon de saint Augustin, Évêque

Notre Sauveur, mes très chers frères, est monté au ciel, ne nous troublons donc pas sur la terre. Que nos pensées soient là où il est, et ici-bas ce sera le repos. Montons maintenant avec le Christ par le cœur ; lorsque son jour promis sera venu, nous le suivrons aussi de corps. Cependant, mes frères, nous devons savoir que ni l’orgueil, ni l’avarice, ni la luxure ne s’élèvent avec le Christ ; aucun de nos vices ne s’élève avec notre médecin. Et c’est pourquoi si nous voulons suivre le médecin dans son ascension, nous devons déposer le fardeau de nos vices et de nos péchés. Ils nous chargent, pour ainsi dire, tous de chaînes, ils s’efforcent de nous retenir captifs dans les filets de nos fautes : c’est pourquoi avec le secours de Dieu, et comme le dit le Psalmiste : « Rompons leurs liens », afin qu’en toute sécurité nous puissions dire au Seigneur : « Vous avez rompu mes liens, c’est à vous que je sacrifierai une hostie de louange »

5e leçon

La résurrection du Seigneur est notre espérance ; l’ascension du Seigneur, notre glorification. Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Ascension. Si donc nous célébrons l’ascension du Seigneur avec droiture, avec fidélité, avec dévotion, avec sainteté et avec piété, montons avec lui et tenons en haut nos cœurs. Mais, en montant, gardons-nous de nous enorgueillir et de présumer de nos mérites, comme s’ils nous étaient propres. Nous devons tenir nos cœurs en haut attachés au Seigneur ; car le cœur en haut, mais non auprès du Seigneur, c’est l’orgueil ; le cœur en haut près du Seigneur, c’est le refuge. Voici, mes frères, un fait surprenant : Dieu est élevé, tu t’élèves et il fuit loin de toi ; tu t’humilies et il descend vers toi. Pourquoi cela ? C’est que « le Seigneur est élevé, et il regarde ce qui est bas, et ce qui est haut, c’est de loin qu’il le connaît ». Il regarde de près ce qui est humble, pour l’attirer à lui, et il regarde de loin ce qui s’élève, c’est-à-dire les superbes, pour les abaisser.

6e leçon

Le Christ est ressuscité pour nous donner l’espérance, car tout homme qui meurt ressuscite ; et il nous a donné cette assurance, afin qu’en mourant nous ne désespérions pas et que nous ne pensions pas que notre vie finit dans la mort. Nous étions dans l’anxiété au sujet de notre âme elle-même, et le Sauveur, en ressuscitant, nous a donné la foi en la résurrection de la chair. Crois donc, afin d’être purifié. Il te faut d’abord croire, afin de mériter par ta foi de voir Dieu un jour. Veux-tu voir Dieu ? Écoute-le lui-même : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu ». Pense donc avant tout à purifier ton cœur ; enlève tout ce que tu y vois qui puisse déplaire à Dieu.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Le Seigneur, dans le discours qu’il tint à ses disciples après la cène, aux approches de sa passion, alors qu’il allait partir et les quitter quant à sa présence corporelle, quoiqu’il dût néanmoins rester avec tous les siens par sa présence spirituelle jusqu’à la consommation des siècles ; le Seigneur Jésus, dans ce discours, les exhorta à supporter les persécutions des impies, qu’il désignait sous le nom de monde. Du sein de ce même monde il avait tiré ses disciples : il le leur déclara, afin qu’ils sussent que la grâce de Dieu les faisait ce qu’ils se trouvaient être, tandis que leurs vices les avaient rendus ce qu’ils étaient auparavant.

8e leçon

Ensuite il leur annonça clairement que les Juifs devaient être et ses persécuteurs et les leurs, de façon qu’il fût absolument évident que ceux qui persécutent les saints sont compris, eux aussi, sous cette appellation de monde condamnable. Or, après avoir dit des Juifs qu’ils ne connaissaient pas celui qui l’avait envoyé, et que cependant ils haïssaient et le Fils et le Père, c’est-à-dire celui qui avait été envoyé et celui par qui il était envoyé (toutes choses dont nous avons déjà parlé dans d’autres sermons), il en vint à cet endroit où il leur dit : « C’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï gratuitement ».

9e leçon

Ensuite il ajouta, comme conséquemment, ces paroles que nous avons entrepris d’expliquer aujourd’hui. « Mais lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que, dès le commencement, vous êtes avec moi ». Quel rapport ces paroles ont-elles avec ce qu’il vient de dire : « Mais maintenant ils ont vu mes œuvres ; et ils ont haï et moi et mon Père, mais c’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï gratuitement ». Quand le Paraclet est venu, cet Esprit de vérité a-t-il convaincu par un témoignage plus évident ceux qui avaient vu ses œuvres et le haïssaient encore ? Il a fait bien plus ; car, en se manifestant à eux, il a converti à la foi, qui opère par la charité, plusieurs de ceux qui avaient vu, et dont la haine persévérait encore.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Tandis que les disciples sont réunis dans le Cénacle, n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, et attendant la venue de l’Esprit-Saint, le prince des Apôtres qui présidait cette assemblée sainte se tourne vers nous qui attendons ici-bas la même faveur, et nous recommande la charité fraternelle. Il nous promet que cette vertu couvrira la multitude de nos péchés ; quelle heureuse préparation pour recevoir le don divin ! L’Esprit-Saint arrive afin d’unir les hommes en une seule famille ; arrêtons donc toutes nos discussions, et préparons-nous à la fraternité universelle qui doit s’établir dans le monde à la prédication de l’Évangile. En attendant la descente du Consolateur promis, l’Apôtre nous dit que nous devons être prudents et veiller dans la prière. Recevons la leçon : la prudence consistera à écarter de nos cœurs tout obstacle qui repousserait le divin Esprit ; quanta la prière, c’est elle qui les ouvrira, afin qu’il les reconnaisse et s’y établisse.

ÉVANGILE.

A la veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S’adressant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c’est-à-dire qu’il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu’ils lui doivent, jusqu’à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l’appelant la Vertu d’en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu’au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles ? L’Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Par lui ils vaincront, et l’Évangile fera le tour du monde. Or, il va venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes « revêtus de la Vertu d’en haut », nous n’aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l’aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurera la victoire, comme il l’assura aux Apôtres.

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Saint Jean-Baptiste de la Salle confesseur

15 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean-Baptiste de la Salle confesseur

Collecte

O Dieu, qui pour l’instruction chrétienne des pauvres et pour la confirmation de la jeunesse dans la voie de la vérité, avez suscité votre confesseur Jean-Baptiste, et avez par lui rassemblé dans l’Église une nouvelle famille ; accordez-nous dans votre bonté, qu’à son exemple et par son intercession, brûlants de zèle pour procurer votre gloire au moyen du salut des âmes, nous puissions dans les cieux partager sa récompense.

Lecture Ec. 31, 8-11.

Heureux l’homme qui a été trouvé sans tache, qui n’a pas couru après l’or, et qui n’a pas mis son espérance dans l’argent et dans les trésors. Qui est-il ? Et nous le louerons, car il a fait des choses merveilleuses durant sa vie. Il a été éprouvé par l’or et trouvé parfait, il aura une gloire éternelle ; il a pu violer la loi, et il ne l’a point violée ; il a pu faire le mal, et il ne l’a pas fait. C’est pourquoi ses biens ont été affermis dans le Seigneur, et toute l’assemblée des saints publiera ses aumônes.

Évangile Mt. 18, 1-5

En ce temps-là, les disciples vinrent un jour poser à Jésus cette question : « Selon vous, qui est le plus grand dans le royaume des cieux ? » Alors Jésus appela un petit enfant et le fit venir au milieu du groupe : « En vérité, je vous l’affirme si vous ne vous transformez pas pour devenir semblables aux petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Celui qui se fait petit comme cet enfant, c’est le plus grand dans le royaume des cieux. Et lorsqu’on reçoit en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi-même que l’on reçoit. »

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jean-Baptiste de la Salle, né à Reims d’une famille illustre, fit pressentir dès son enfance, par sa manière d’être et ses actes, qu’il serait appelé à prendre le Seigneur pour son partage et paré un jour de l’auréole de sainteté. Tandis qu’adolescent il s’instruisait des lettres et de la philosophie à l’académie de Reims, il se rendit cher à tous par les vertus de son âme, la douceur de son naturel et la vivacité de son esprit ; mais lui, néanmoins, fuyait la société de ses semblables pour s’occuper plus facilement de Dieu dans la solitude. Enrôlé déjà dans la milice cléricale, il fut inscrit parmi les chanoines de Reims, en la seizième année de son âge ; puis il se rendit à Paris pour étudier la théologie à la Sorbonne et fut reçu au séminaire des Sulpiciens. Mais la mort de ses parents l’obligea bientôt à regagner la maison paternelle où il prit soin de l’éducation de ses frères, sans interrompre l’étude des sciences sacrées qu’il poursuivit avec le plus grand succès, comme la suite le prouva.

Cinquième leçon. Jean-Baptiste fut enfin revêtu du sacerdoce, et continua toute sa vie de célébrer les sacrés mystères, qu’il offrit pour la première fois sur l’autel avec la foi la plus vive et toute l’ardeur de son âme. Enflammé de zèle pour le salut des âmes, il se dépensa tout entier pour leur plus grand bien. Ayant été chargé de la direction des Sœurs de l’Enfant-Jésus, instituées pour l’éducation des enfants, non seulement il les gouverna avec la plus grande prudence mais encore il les préserva de la ruine. De plus, il consacra dès lors ses soins à instruire de la religion et à former aux bonnes mœurs les enfants du peuple. Dieu l’avait suscité à cette fin de procurer des écoles aux enfants, et surtout aux enfants pauvres, d’une manière efficace et permanente, par rétablissement en son Église d’une nouvelle famille de religieux. Cette mission, qui lui était confiée par la divine Providence, il l’accomplit heureusement, malgré de nombreuses contradictions et de grandes épreuves, en fondant la congrégation des Frères qu’il nomma « Des Écoles Chrétiennes ».

Sixième leçon. Il prit d’abord chez lui les hommes qu’il s’était adjoints pour une œuvre si importante et si ardue, et, quand il les eut établis dans une résidence mieux appropriée à leur état, il leur inculqua son excellente discipline, au moyen de lois sagement instituées, que Benoît XIII a depuis confirmées. Par humilité et amour de la pauvreté, il renonça à son canonicat et distribua tous ses biens aux pauvres ; bien plus, Il abandonna même plus tard, volontairement, après avoir souvent en vain tenté de le faire, le gouvernement de l’institut qu’il avait fondé. Sans renoncer pourtant en rien à sa sollicitude pour les Frères, et pour les écoles ouvertes déjà par ses soins en bien des lieux, il commença à s’appliquer de toutes ses forces à la pensée de Dieu. Sévissant assidûment contre lui-même par des jeûnes, des flagellations et d’autres austérités, il passait les nuits en prière. Tel fut son genre de vie jusqu’à ce que, remarquable en toutes les vertus, spécialement par son obéissance, son zèle pour l’accomplissement de la volonté divine, son amour et son dévouement envers le siège apostolique, chargé de mérites, il s’endormit dans le Seigneur, âgé de soixante-huit ans et muni des Sacrements selon l’usage. Le Souverain Pontife Léon XIII inséra son nom au catalogue des Bienheureux, puis, quand l’éclat de nouveaux miracles l’eut illustré, il lui décerna les honneurs de la canonisation l’année jubilaire dix-neuf cent.

Au troisième nocturne.

Homélie de S. Jean Chrysostome.

Septième leçon. « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits enfants, parce que leurs Anges voient toujours la face de mon Père », parce que je suis venu pour eux, et que telle est la volonté de mon Père. Par là, Jésus-Christ nous rend plus attentifs à protéger et à préserver les petits enfants. Vous voyez quels grands remparts il a élevés pour abriter les faibles ; que de zèle et de sollicitude il a pour empêcher leur perte ! Il menace des châtiments les plus graves ceux qui les trompent ; il promet à ceux qui en prennent soin la suprême récompense ; et cela, il le corrobore, tant par son exemple que par celui de son Père.

Huitième leçon. A nous donc aussi d’imiter le Seigneur et de ne rien négliger pour nos frères, pas même les choses qui nous sembleraient trop basses et trop viles ; mais s’il est besoin même de notre service, quelque faible et humble que soit celui qu’il faut servir, quelque difficile et pénible que la chose paraisse, que tout cela, je vous en prie, nous semble tolérable et aisé pour le salut d’un frère : car Dieu nous a montré que cette âme est digne d’un si grand zèle et d’une si grande sollicitude, que pour elle « il n’a pas même épargné son Fils ».

Neuvième leçon. Puisque, pour assurer notre salut, il ne suffit pas de mener une vie vertueuse, et qu’il faut encore effectivement désirer le salut d’autrui, que répondrons-nous, quel espoir de salut nous restera, si nous négligeons de mener une vie sainte, et d’exciter les autres à faire de même ? Quelle plus grande chose que de discipliner les esprits, que de former les mœurs des tendres adolescents ? Pour moi, celui que s’entend à former l’âme de la jeunesse est assurément bien au-dessus des peintres, bien au-dessus des statuaires, et de tous les artistes de ce genre.

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L’Ascension du Seigneur

13 Mai 2021 , Rédigé par Ludovicus

L’Ascension du Seigneur

Introït

Hommes de Galilée, pourquoi vous étonnez-vous en regardant le ciel ? Alléluia. De la même manière que vous l’avez vu monter au ciel, il reviendra, alléluia, alléluia, alléluia. Nations, frappez toutes des mains ; célébrez Dieu par des cris d’allégresse.

Collecte

Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, faites-nous cette grâce : nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux ; que nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Lecture Ac. 1, 1-11

Dans mon premier livre, ô Théophile, j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où, après avoir donné ses ordres, par l’Esprit-Saint, aux apôtres qu’il avait choisis, il fut enlevé au ciel. Il s’était aussi montré à eux vivant, après sa passion, par des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu. Comme il mangeait avec eux, il leur ordonna de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, que vous avez, dit-il, entendue de ma bouche ; car Jean a baptisé dans l’eau, mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint dans peu de jours. Ceux donc qui se trouvèrent réunis l’interrogèrent en disant : Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d’Israël ? Il leur répondit : Ce n’est point à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Après qu’il eut dit ces paroles, sous leurs regards il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils contemplaient attentivement le ciel pendant qu’il ’en allait, voici que deux hommes se présentèrent en vêtements blancs, et dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui du milieu de vous a été élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel

Évangile Mc. 16, 14-20

En ce temps-là, Jésus se montra aux Onze eux-mêmes, tandis qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui avaient vu qu’il était ressuscité. Et il leur dit : Allez dans le monde entier, et prêchez l’évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront les serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains sur les malades, et ils seront guéris. Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé dans le ciel, et il est assis à la droite de Dieu. Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles dont elle était accompagnée.

Secrète

Agréez, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons en l’honneur de la glorieuse ascension de votre Fils et concédez-nous avec bonté d’être délivrés des périls de la vie présente, puis de parvenir à la vie éternelle.

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape

Aujourd’hui, mes bien-aimés, s’achève le nombre de quarante jours sacrés écoulés depuis la résurrection bienheureuse et glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ, par laquelle, dans l’espace de trois jours, la puissance divine releva le vrai temple de Dieu, que l’impiété des Juifs avait détruit. Ce nombre de jours, la très sainte disposition de la Providence l’a accordé en vue de notre utilité et de notre instruction, pour que le Seigneur, prolongeant durant cet espace de temps sa présence corporelle ici-bas, notre foi en la résurrection y pût trouver les preuves et la confirmation nécessaires. La mort du Christ avait beaucoup troublé le cœur des disciples, et l’engourdissement de la défiance avait pénétré dans leurs esprits, alourdis par le chagrin causé par son supplice sur la croix, par son dernier soupir, par la sépulture de son corps inanimé.

5e leçon

Les bienheureux Apôtres et tous les disciples, qui avaient été alarmés par la mort de Jésus sur la croix, et avaient hésité dans la foi à sa résurrection, furent tellement affermis par l’évidence de la vérité, que, loin d’être attristés en voyant le Seigneur s’élever dans les hauteurs des cieux, ils furent au contraire remplis d’une sainte joie. Et certes, il y avait là une grande et ineffable cause de joie, alors qu’en présence de cette multitude sainte, une nature humaine s’élevait au-dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, pour dépasser les ordres angéliques, pour être élevée plus haut que les Archanges, et ne s’arrêter dans ses élévations sublimes que, lorsque reçue dans la demeure du Père éternel, elle serait associée au trône et à la gloire de Celui à la nature duquel elle se trouvait déjà unie en son Fils.

6e leçon

Puisque l’ascension du Christ est notre propre élévation, et que le corps a l’espérance d’être un jour où l’a précédé son glorieux chef, tressaillons donc, mes bien-aimés, dans de dignes sentiments de joie, et réjouissons-nous par de pieuses actions de grâces. Car nous n’avons pas seulement été affermis aujourd’hui comme possesseurs du paradis ; mais en la personne du Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux ; et nous avons plus obtenu par sa grâce ineffable, que nous n’avions perdu par l’envie du diable. En effet, ceux que le venimeux ennemi avait bannis de la félicité de leur première demeure, le Fils de Dieu se les est incorporés, et il les a placés à la droite du Père, avec qui étant Dieu, il vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Le retard que les disciples mirent à croire à la résurrection du Seigneur, n’a pas tant été leur faiblesse, qu’elle n’a été, pour ainsi dire, notre assurance future. La résurrection, en effet, à raison de leur doute, fut démontrée par beaucoup de preuves ; et, lorsque nous lisons ces faits dans l’Évangile, ne sommes-nous pas affermis par leur hésitation même ? L’histoire de Madeleine qui crut très vite, m’est moins utile que celle de Thomas qui douta longtemps. Car cet Apôtre en doutant, toucha les cicatrices du Sauveur, et enleva ainsi de notre cœur la plaie du doute.

8e leçon

Pour faire pénétrer en nous la vérité de la résurrection du Seigneur, il nous faut aussi remarquer ces paroles de saint Luc : « Mangeant avec eux, il leur commanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem. » Et un peu plus loin : « Eux le voyant, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. » Notez ces paroles, remarquez ces mystères. Après avoir mangé avec eux, il s’éleva ; il mangea et il monta, afin de nous rendre manifeste par l’action d’absorber de la nourriture, la réalité de sa chair. Saint Marc rapporte que le Seigneur, avant de monter au ciel, reprocha à ses disciples la dureté de leur cœur et leur incrédulité. Que remarquer en cela, sinon que le Seigneur adressa des reproches à ses disciples au moment où il les quittait corporellement, afin que ces paroles, dites en se séparant d’eux, restassent plus profondément imprimées dans le cœur de ceux qui les entendaient ?

9e leçon

Écoutons ce que le Sauveur commande à ses disciples, après leur avoir reproché leur endurcissement : « Allez dans tout l’univers, et prêchez l’Évangile à toute créature. » Est-ce à dire, mes frères, que le saint Évangile dût être annoncé aux choses inanimées, ou aux animaux dépourvus de raison, et que ce soit à leur sujet que cette parole ait été dite aux disciples : « Prêchez à toute créature ? » Mais c’est l’homme qui est désigné ici par ces mots : toute créature. L’homme a, en effet, quelque chose de toute créature. L’être lui est commun avec les pierres, la vie avec les arbres, la sensibilité avec les animaux, et l’intelligence avec les Anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, on peut dire, en quelque sorte, que l’homme est toute créature, et par conséquent l’Évangile est prêché à toute créature, lorsqu’il est prêché à l’homme seul.

SERMON POUR L'ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST Bossuet

 Prodomos uper emon eiselthen eis to esoteron tou katapetasmatos Iesosu, kata ten taksin Melchisedek, archiereus genomenos eis ton aiona.

 Praecursor pro nobis intorivit Jesus, secundùm ordinem Melchisedech Pontifex factus in aeternum.

 Jésus notre avant-coureur est entré pour nous au dedans du voile, c'est-à-dire au ciel, fait Pontife éternellement selon tordre de Melchisédech. He. VI, 20.

 Si l'on voyait une telle magnificence, lorsque les consuls et les dictateurs triomphaient des nations étrangères ; si les arcs triomphaux portaient jusqu'aux nues le nom et la gloire du victorieux ; s'il montait dans le Capitole au milieu de la foule de ses citoyens, qui faisaient retentir leurs acclamations jusque devant les autels de leurs dieux : aujourd'hui que notre invincible Libérateur fait son entrée au plus haut des cieux, enrichi des dépouilles de nos ennemis, quelle serait notre ingratitude, si nous n'accompagnions son triomphe de pieux cantiques et de sincères actions de grâces? Certes il est bien juste, ô Seigneur Jésus, que nous assistions avec une sainte allégresse à la célébrité de votre triomphe. Car encore que sortant de ce monde, vous emportiez avec vous toute notre joie; encore que cette solennité regarde plus apparemment les saints anges, qui seront dorénavant réjouis par l'honneur de votre bienheureuse présence, toutefois il est assuré que nous avons la plus grande part en cette journée. Vos intérêts sont de telle sorte liés avec ceux de notre nature, qu'il ne s'accomplit rien en votre personne qui ne tourne à l'avantage du genre humain. Vous ne montez au ciel que pour nous en ouvrir le passage : « Je m'en vais, dites-vous, préparer vos places (Jn., XIV, 2). » C'est pourquoi votre apôtre saint Paul ne craint pas de vous appeler notre Avant-coureur, et de dire que vous entrez pour nous dans le ciel ; tellement que si nous savons comprendre vos intentions, vous ne frustrez aujourd'hui notre vue que pour accroître notre espérance.

Et en effet considérons, mes très-chères Sœurs, quel est le sujet de ce magnifique triomphe qui se fait aujourd'hui dans le ciel N'est-ce pas qu'on y reçoit Jésus-Christ comme un conquérant ? 

Mais c'est nous qui sommes sa conquête, et c'est de nos ennemis qu'il triomphe. Toute la Cour céleste accourt au-devant de Jésus; on publie ses louanges et ses victoires ; on chante qu'il a brisé les fers des captifs, et que son sang a délivré la race d'Adam éternellement condamnée. Que si on honore sa qualité de Sauveur, eh! quelle est donc notre gloire, mes Sœurs, puisque le salut et la délivrance des hommes fait non seulement la fête des anges, mais encore le triomphe du Fils de Dieu même? Réjouissons-nous, mortels misérables, et ne respirons plus que les choses célestes. La divinité de Jésus, toujours immuable dans sa grandeur, n'a jamais été abaissée, et par conséquent ce n'est pas la divinité qui est aujourd'hui établie en gloire. Car elle n'a jamais rien perdu de sa dignité naturelle. Cette humanité qui a été méprisée, qui a été traitée si indignement, c'est elle qui est élevée aujourd'hui ; et si Jésus est couronné en ce jour illustre, c'est notre nature qui est couronnée, c'est elle qui est placée dans ce trône auguste devant lequel le ciel et la terre se courbent. « Celui qui est descendu, dit saint Paul (Ep. IV, 10), c'est lui-même qui est monté. » Celui qui était si petit sur la terre est infiniment relevé dans le ciel, et par la puissance de Dieu sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse.

Nous lisons aux Nombres , chapitre X, que lorsque l'on élevait l'arche d'alliance, Moïse disait : « Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis disparaissent, et que ceux qui vous haïssent soient dissipés devant votre face (Nm. X, 35, 36). » Et lorsque les lévites la descendaient : « Venez, disait-il, ô Seigneur, à la multitude de l'armée d'Israël. » Que signifiait cette arche, sinon le Sauveur ? C'était par l'arche que Dieu rendait ses oracles, par l'arche il se faisait voir à son peuple ; l'arche était ornée de deux chérubins sur lesquels il se reposait en sa majesté. Et n'est-ce pas Jésus qui est l'oracle et l'interprète du Père, parce qu'il est sa parole et son Fils? N'est-ce pas en la personne du Médiateur « que la divinité habite corporellement,» comme dit l'apôtre saint Paul (Col. II, 9) ; et que ce Dieu invisible en lui-même, en s'appropriant une chair humaine, s'est vraiment rendu visible aux mortels? Et ainsi l'arche représentait au vieux peuple le Fils de Dieu fait homme, qui est le prince du peuple nouveau. C'est lui en effet qui est descendu, et c'est lui aussi qui est élevé. Ce Dieu-Homme est descendu pour combattre; c'est pourquoi Moïse disait : « Descendez, Seigneur, à l'armée. » Il monte pour triompher ; c'est pourquoi le même Moïse dit : « Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis fuient devant votre face.» Moïse prie le Dieu d'Israël de descendre à l'armée de son peuple, cela sent le travail du combat; mais en ce qu'il assure qu'en s'élevant sa présence dissipera tous ses ennemis, qui ne remarque la tranquillité du triomphe ? C'est ce que nous voyons accompli en la personne de notre Sauveur. Jésus-Christ, dans l'infirmité de sa chair, au jour de sa passion douloureuse, a livré bataille à Satan et à ses anges rebelles, qui étaient conjurés contre lui. Sans doute il est descendu pour combattre, puisqu'il a combattu par sa mort ; c'est descendre infiniment à un Dieu que de mourir cruellement sur un bois infâme. Mais aujourd'hui ce même Jésus après son combat, montant à la droite du Père, met tous ses ennemis à ses pieds ; et à la vue d'une si grande puissance « tout genou se fléchit devant lui, comme dit l'Apôtre (Ph. II, 10), dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. » Chantons donc avec le Psalmiste et disons à notre Maître victorieux : « Élevez-vous, Seigneur, au lieu de votre repos, vous et l'arche que vous vous êtes sanctifiée (Ps. CXXXI, 8), » c'est-à-dire vous et l'humanité que vous vous êtes unie ; disons avec Moïse : « Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis disparaissent, et que ceux qui vous haïssent soient dissipés devant votre face. » Et certainement il est vrai que la magnificence de son triomphe dompte la fierté de ses adversaires, et rompt leurs entreprises audacieuses. Les démons n'auraient point senti leur déroute, s'ils n'avaient reconnu par expérience que l'autorité souveraine avait été mise aux mains de celui dont ils avaient méprisé la faiblesse. C'est pourquoi il était convenable qu'après être descendu pour combattre, il allât au ciel recueillir la gloire que ses victoires lui avaient acquise. Comme un prince qui a sur les bras une grande guerre contre une nation éloignée, quitte pour un temps son royaume pour aller combattre ses ennemis en leur propre terre; puis l'expédition étant achevée, il rentre avec un superbe appareil dans la ville capitale de son royaume et orne toute sa suite et ses chariots des dépouilles des peuples vaincus : ainsi le Fils de Dieu, notre Roi, voulant renverser le règne du diable qui par une insolente usurpation s'était hautement déclaré le prince du monde, est lui-même descendu en terre pour vaincre cet irréconciliable ennemi ; et l'ayant dépossédé de son trône par des armes qui n'auraient rien eu que de faible, si elles avaient été employées par d'autres mains que celles d'un Dieu, il ne restait plus autre chose à faire sinon qu'il retournât triomphant au ciel, qui est le lieu de son origine et le siège principal de sa royauté. Vous voyez donc que Jésus-Christ, comme Roi, devait nécessairement remonter au ciel.

Mais le Seigneur Jésus n'est pas seulement un Roi puissant et victorieux, il est le grand Sacrificateur du peuple fidèle et le Pontife de la nouvelle alliance. Et de là vient qu'il nous est figuré dans les Écritures en la personne de Melchisédech, qui était tout ensemble et roi et pontife. Or cette qualité de Pontife, qui est le principal ornement de notre Sauveur en qualité d'homme, l'obligeait encore plus que sa royauté à se rendre auprès de son Père, pour y traiter les affaires des hommes, dont il est établi le Médiateur. Et d'autant que le texte du saint Apôtre, que je me suis proposé de vous expliquer, joint l'ascension de Jésus-Christ dans les cieux avec la dignité de son sacerdoce, suivons diligemment sa pensée, et proposons la doctrine toute céleste qu'il étale avec une si divine éloquence dans l'incomparable Épître aux Hébreux. Mais pour y procéder dans un plus grand ordre, réduisons tout notre discours à trois chefs.

Le pontife, ainsi que nous le verrons dans la suite, est le député du peuple vers Dieu. En cette qualité il a trois fonctions principales. Et premièrement il faut qu'il s'approche de Dieu au nom du peuple qui lui est commis. Secondement étant près de Dieu, il faut qu'il s'entremette et qu'il négocie pour son peuple. Et enfin en troisième lieu, parce qu'étant si proche de Dieu, il devient une personne sacrée, il faut qu'il consacre les autres en les bénissant. J'espère, avec l'assistance divine, que la suite de mon discours vous fera mieux comprendre ces trois fonctions; pour cette heure je ne vous demande autre chose, sinon que vous reteniez ces trois mots : « Le pontife, dit l'apôtre saint Paul (He. V, 1), est établi près de Dieu pour les hommes. » Pour cela il faut qu'il s'approche, il faut qu'il intercède, il faut qu'il bénisse. Car s'il ne s'approchait, il ne serait pas en état de traiter; et s'il n'intercédait, il lui serait inutile de s'approcher; et s'il ne bénissait, il ne servirait rien au peuple de l'employer. Ainsi en s'approchant, il nous prépare les grâces, en intercédant, il nous les obtient, en bénissant, il les épanche sur nous. Or ces fonctions sont si excellentes, qu'aucune créature vivante n'est capable de les exercer dans leur perfection. C'est Jésus, c'est Jésus qui est l'unique et le véritable Pontife. C'est lui seul qui approche de Dieu avec dignité, lui seul qui intercède avec fruit, lui seul qui bénit avec efficace. Ce sont de grandes choses en peu de mots. Attendez-en l'explication de l'Apôtre, dont je ne ferai que suivre les raisonnements. Montrons par cette doctrine toute chrétienne qu'il était nécessaire que notre Sauveur, pour faire sa charge de grand Pontife, allât prendre sa place auprès de son Père, à la droite de la Majesté. Faisons voir incidemment à nos adversaires, qui veulent tirer ces belles maximes à l'avantage de leur nouvelle doctrine, qu'ils les ont très-mal entendues, et que le véritable sens en est dans l’Église. Seigneur Jésus, soyez avec nous.

 

PREMIER POINT.

La doctrine de l'Apôtre m'oblige à vous représenter la structure du tabernacle, qui était le temple portatif des Israélites,et tout ensemble celle du temple auguste de Jérusalem, que Salomon avait fait bâtir sur la forme du tabernacle que Dieu lui-même avait désigné à Moïse. Le temple donc et le tabernacle avaient deux parties : le devant du temple, où l'autel des sacrifices était au milieu et dont l'entrée était libre à tous les enfants d'Israël ; là se faisaient les oblations et toutes les autres cérémonies qui regardaient le service divin : le Lieu saint, où étaient les tables, les pains de proposition, les parfums, le chandelier d'or, et où entraient les enfants d'Aaron et les lévites. Mais il y avait une autre partie plus secrète et plus retirée, où était l'arche et le propitiatoire, qui était la couverture de l'arche, et les chérubins d'or qui étendaient leurs ailes sur l'arche, comme pour couvrir la majesté du Dieu des armées, qui avait en ce temps choisi l'arche pour sa demeure. Ce lieu auguste, si religieux et si vénérable, consacré par une dévotion plus particulière, s'appelait l'Oracle ou le Sanctuaire, ou autrement le Lieu très-saint et le Saint des saints, selon la façon de parler des Hébreux. De ce lieu, il était prononcé : Quiconque y entrera, il mourra de mort. C'était le lieu secret et inaccessible, où on n'osait pas même porter ses regards, tant il était vénérable et terrible ; et c'est pourquoi entre le Lieu saint et le Sanctuaire, un grand voile parsemé de chérubins était étendu, qui couvrait les mystères aux yeux du peuple et leur apprenait à les respecter dans une profonde humiliation. Telle était la forme du temple où l'ancien peuple servait le Seigneur son Dieu.

Que ce lieu avait de majesté, chrétiens, et que c'est avec beaucoup de raison que les plus grands monarques de l'Orient l'ont honoré par leurs sacrifices, et ont donné tant de privilèges illustres à ce temple et à ses ministres ! Mais il vous paraîtra beaucoup plus auguste, si vous remarquez que cette sainte maison était la seule dans tout l'univers que Dieu avait choisie pour son domicile, et qu'il n'y avait que ce lieu dans la terre où on fît le service du vrai Dieu vivant, et dans lequel on lui consacrât des victimes. C'est ce qui a fait dire aux anciens Hébreux et après à quelques auteurs ecclésiastiques, que ce temple unique du peuple de Dieu était la figure du monde. Car de même qu'il n'y a qu'un Dieu créateur et un monde qui est l'ouvrage de sa sagesse et comme le temple de sa majesté où il est loué et servi par l'obéissance de ses créatures : ainsi il n'y avait qu'un seul temple qui représentait dans son unité le monde unique, qui a été fait par le Dieu unique.

Selon cela j'apprends de l'Apôtre, au IXe de l’Épître aux Hébreux, que cette partie du temple de Salomon, dans laquelle se faisait l'assemblée du peuple, nous figurait la terre, qui est la demeure des hommes; et que ce lieu si secret, si impénétrable, où était l'arche du témoignage, « où Dieu, comme dit le Psalmiste (Ps. XCVIII, 1), était assis sur les chérubins, » représentait cette haute demeure que l’Écriture appelle « le ciel des cieux (Ps. CXIII, 16), » où l’Éternel se fait voir en sa gloire. C'est pourquoi et l'arche et le sanctuaire, qui étaient honorés en ce temps-là, comme je l'ai dit, de la présence particulière de Dieu, étaient couverts d'un voile mystérieux, pour nous faire entendre ce que dit l'Apôtre, que « Dieu habite une lumière inaccessible (I Tm. VI, 10), » et que l'essence divine est cachée par le voile d'un impénétrable secret. Et d'autant que les hommes par leurs péchés s'étaient exclus éternellement de la vue de Dieu, ce qui a fait dire si souvent au vieux peuple : « Si nous voyons Dieu, nous mourrons (Jd. XIII, 22), » de là vient que l'entrée du sanctuaire était interdite sous peine de mort à tous les enfants d'Israël par une espèce d'excommunication générale, qui représentait à ceux qui étaient éclairés que sans la grâce de notre Sauveur, nonobstant les services, les victimes et les cérémonies de la loi, tous les hommes étaient excommuniés du vrai sanctuaire du Dieu vivant, c'est-à-dire de son royaume céleste. Et cette interprétation, chrétiens, n'est pas une invention de l'esprit humain : l'Apôtre nous l'enseigne en termes exprès, quand il dit aux Hébreux, chapitre IX, que par cette rigoureuse défense d'entrer et de regarder dans le sanctuaire, « le Saint-Esprit nous voulait montrer que le chemin des lieux saints n'était point ouvert, tant que le premier tabernacle était en état (He. IX, 8).» L'Apôtre veut nous apprendre que tant que ce tabernacle sera en état, c'est-à-dire tandis que l'on n'aura point de meilleures hosties que les animaux égorgés, le chemin des lieux saints, c'est-à-dire la porte du ciel, nous sera fermé. 

Mais, mes Frères, réjouissons-nous; le sang de Notre-Seigneur Jésus a levé cette excommunication de la loi. Écoutez l'apôtre saint Paul, qui vous dit « qu'il a pénétré au dedans du voile (He. VI, 10). » Vous entendez maintenant, ce me semble, ce que signifie le dedans du voile : il entend que Jésus est monté dans le ciel, qu'il est entré en ce divin sanctuaire, et que cette secrète et inaccessible demeure de Dieu, dont les hommes étaient exclus pour jamais, a été ouverte à Jésus-Christ homme, qui y a porté les prémices de notre nature. Et voyez cette vérité figurée par une admirable cérémonie de la loi, que l'Apôtre nous explique mot à mot dans le même chapitre IX, aux Hébreux. Je vous prie, rendez-vous attentifs et écoutez la plus belle figure, la plus exacte, la plus littérale qui nous ait jamais été proposée.

Ce lieu si caché, si impénétrable, il était ouvert une fois l'année; mais il n'était ouvert qu'un moment et à une seule personne, qui était le grand sacrificateur. Car d'autant que la fonction du pontife, c'est de s'approcher de Dieu pour le peuple, il semblait bien raisonnable, que le souverain prêtre de l'ancienne loi entrât quelquefois dans le sanctuaire, où Dieu daignait bien habiter pour lors; aussi lui est-il ordonné dans le Lévitique (Lv. XVI, 34) d'entrer dans le Saint des saints une fois l'année. Mais d'autant que le pontife des Juifs était lui-même un homme pécheur, avant que de s'approcher de ce lieu que Dieu avait rempli de sa gloire, il fallait qu'il se purifiât, par des sacrifices. Représentez-vous toute cette cérémonie, qui est comme une histoire du Sauveur Jésus; figurez-vous que cet unique moment est venu, où le pontife doit entrer dans le Saint des saints, qu'il ne reverra plus de toute l'année, de peur qu'il ne meure. Car telle est la rigueur de la loi. Voyez-le dans le premier tabernacle, qui sacrifie deux victimes pour ses péchés et pour les péchés du peuple qui l'environne : considérez-le faisant sa prière, et se préparant d'entrer en ce lieu terrible (Ibid., 1 et seq.). Après ces sacrifices offerts, lui reste-t-il encore quelque chose à faire, et ne peut-il pas désormais s'approcher de l'arche? Non, fidèles; s'il en approche ainsi, il est mort; la majesté de Dieu le fera périr. Comment donc? Remarquez ceci, je vous prie. Qu'il prenne le sang de la victime immolée qu'il le porte avec lui devant Dieu dans le sanctuaire, qu'il y trempe ses doigts, et Dieu le regardera d'un bon œil, ensuite il priera devant l'arche pour ses péchés et pour ceux des Israélites, et sa prière sera agréable. Qui ne voit ici, chrétiens, que ce n'est point par son propre mérite que l'accès lui est donné dans le sanctuaire? C'est le sang de la victime immolée qui l'introduit, et qui le fait agréer. Je vous prie, voyez le mystère. L'hostie est offerte hors du sanctuaire, mais son sang est porté dans le Saint des saints; par ce sang le pontife pénètre au dedans du voile, par ce sang il approche de Dieu, par ce sang ses prières sont exaucées. Dites-moi fidèles, quel est ce sang? Le sang des bêtes brutes est-il capable de réconcilier l'homme? Notre Dieu se plaît-il si fort dans le sang des animaux égorgés, qu'il ne puisse souffrir son pontife devant sa face, s'il n'est pour ainsi dire teint de ce sang? A travers de ces ombres, ne découvrez-vous pas le Seigneur Jésus, qui par son sang ouvre le sanctuaire éternel? Mais il faut vous le faire toucher au doigt. Je vous demande, quel est ce pontife dont la dignité est si relevée que lui seul put entrer dans le sanctuaire, dont l'imperfection est si grande qu'il n'y peut entrer qu'une fois l'année, qu'il n'y peut introduire son peuple et qu’il n'y est lui-même introduit que par le sang d'un bouc ou d’un veau ? Quelle est la majesté de ce sanctuaire où on entre avec tant de cérémonie? Mais quelle est l'imperfection de ce sanctuaire, dont l'entrée si sévèrement interdite est ouverte enfin par le sang d'une bête sacrifiée? Enfin quelle est la vertu et tout ensemble l'imbécillité de ce sang, qui donne la liberté d'approcher de l'arche mais qui ne la donne qu'au pontife seul, qui ne la lui donne que pour un moment, et laisse après cela l'entrée défendue par une loi éternelle et inviolable?

Dites-nous, ô Juifs aveugles, qui ne voulez pas croire au Sauveur Jésus, d'où vient cet étrange assemblage d’une dignité si auguste et d'une imperfection si visible? Tout cela ne vous prêche-t-il pas que ce sont figures? Parce que vos cérémonie? sont des ombres, elles ont de l'imperfection; et elles ont aussi de la dignité, à cause des mystères de Jésus qu'elles représentent. Ce sang, ce pontife, ce Saint des saints, ne vous crient-ils pas : Peuple, ce n'est pas ici ton pontife qui t'introduira au vrai sanctuaire. Ce n'est pas ici le vrai sang qui doit purger tes iniquités, ce n'est pas ici ce grand sanctuaire où repose la majesté du Dieu d'Israël. Dieu t'enverra un jour un pontife plus excellent, qui par un meilleur sang t'ouvrira un sanctuaire bien plus auguste.

Admirez en effet, comme tant de choses en apparence si enveloppées, et qui semblent si contraires en elles-mêmes, cadrent et s'ajustent si proprement au Sauveur Jésus. Le pontife offre son sacrifice hors du sanctuaire, au milieu de l'assemblée de son peuple ; le sacrifice de la mort de Jésus se fait sur la terre, au milieu des hommes. Le pontife entre au dedans du voile, c'est-à-dire dans le Saint des saints : Jésus après son sanglant sacrifice pénètre au vrai Saint des saints, c'est-à-dire au ciel. Le pontife n'offre qu'une fois l'année ce sacrifice qui découvre le sanctuaire : Jésus-Christ n'a offert qu'une fois ce sacrifice d'une vertu infinie, par lequel les cieux sont ouverts. Car, fidèles, qui ne sait que l'année, dans sa perfection accomplie, représente en abrégé l'étendue des siècles, puisqu'il est si évident que les siècles ne sont que des années révolues? Le pontife ayant immolé sa victime sur l'autel du premier tabernacle, porte son sang devant la face de Dieu dans son sanctuaire, afin de l'apaiser sur son peuple, Jésus ayant immolé sur la terre, n'accomplit-il pas ce mystère montant aujourd'hui dans les cieux? Voyez comme il s'approche du trône du Père, lui montrant ces blessures toutes récentes, toutes teintes et toutes vermeilles de ce divin sang, de ce sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission de nos crimes : n'est-ce pas là, mes Frères, porter vraiment devant la face de Dieu le sang de la victime innocente qui a été immolée pour notre salut? Ouvrez-vous donc, voile mystérieux, ouvrez-vous, sanctuaire éternel de la Trinité adorable; laissez entrer Jésus-Christ mon Pontife au plus intime secret du Père. Car si le sang des veaux et des boucs rendait accessible le Saint des saints, bien qu'une loi si rigoureuse en fermât la porte, le sang de l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, n'ouvrira-t-il pas le vrai sanctuaire? Et si le pontife du Vieux Testament avait de si beaux privilèges, bien qu'il ne s'approchât de ce très-saint lieu que « par un sang étranger, » comme dit l'Apôtre (He. IX, 88), c'est-à-dire par le sang des victimes, quelle doit être la gloire de notre Pontife, « qui se présente à Dieu en son propre sang? » In proprio sanguine, dit le même Apôtre ( Ibid. 12). Et si le pontife selon l'ordre d'Aaron, qui était un homme pécheur, pénètre dans la partie la plus sainte, qu'y aura-t-il de si sacré dans les cieux où Jésus ne doive être introduit: Jésus, dis-je, ce Pontife si pur et si innocent, qui étant seul agréable au Père, a été seul établi sacrificateur selon Tordre de Melchisédech (Ibid. VII, 17, 26) ?

Admirons donc maintenant, l'excellence de la religion chrétienne par l’éminente dignité de son sacerdoce. Le pontife du Vieux Testament, avant que d'entrer dans le Saint des saints, offrait des sacrifices pour ses péchés et pour les péchés de son peuple, après étant au dedans du voile, il continuait la même prière pour ses péchés et pour ceux des Israélites. Jésus-Christ Notre-Seigneur, notre vrai Pontife, étant la justice et la sainteté même, n'a que faire de victime pour ses péchés, mais au contraire étant innocent et sans tache, il est lui-même une très-digne hostie pour l'expiation des péchés du monde. Si donc il entre aujourd'hui dans le Saint des saints, c'est-à-dire à la droite du Père, il n'y entre pas pour lui-même, ce n'est pas pour lui-même qu'il y va prier. C'est pourquoi l'Apôtre dit dans mon texte : « Jésus notre Avant-coureur est entré pour nous,» il veut dire, le pontife de la loi ancienne avait besoin d'offrir pour lui-même, et d'entrer pour lui-même dans le sanctuaire, mais Jésus notre vrai Pontife est entré pour nous. Et quoi donc ! Jésus-Christ Notre-Seigneur n'est-il pas monté dans le ciel pour y recevoir la couronne ? Comment donc n'y est-il pas entré pour lui-même? Et toutefois l'Apôtre nous dit : « Jésus notre Avant-coureur est entré pour nous. » Entendons son raisonnement, chrétiens. Jésus n'avait que faire de sang pour entrer au ciel. Il était lui-même du ciel, et le ciel lui était dû de droit naturel. Et toutefois il y est entré par son sang, il n'est monté au ciel qu'après qu'il est mort sur la croix. Ce n'est donc pas pour lui-même qu'il y est entré de la sorte. C'était nous, c'était nous qui avions besoin de sang pour entrer au ciel, parce qu'étant pécheurs, nous étions coupables de mort, notre sang était dû à la rigueur de la vengeance divine, si Jésus n'eût fait cet aimable échange de son sang pour le nôtre, de sa vie pour la vie des hommes. De là tant de sang répandu dans les sacrifices des Israélites, pour nous signifier ce que dit l'Apôtre : « Que sans l'effusion du sang il n'y a point de rémission (He. IX, 22). » Et ainsi, quand il entre au ciel par son sang, ce n'est pas pour lui, c'est pour nous qu'il y entre, c'est pour nous qu'il approche du Père éternel. D'où nous voyons une autre différence notable entre le sacrificateur du vieux peuple, et Jésus le Pontife du peuple nouveau. A la vérité le pontife pouvait entrer dans le sanctuaire, mais outre qu'il en sortait aussitôt, il ne pouvait en ouvrir l'entrée à aucun du peuple : c'est à cause qu'étant pécheur, lui-même il n'était souffert que par grâce dans le Saint des saints, et n'y étant souffert que par grâce, il ne pouvait acquérir aucun droit au peuple. Mais Jésus, qui a droit naturel d'entrer dans le ciel, y veut encore entrer par son sang. Le droit naturel et le droit acquis. Le premier droit, il le réserve pour lui, il entre et il demeure éternellement. Le second droit il nous le transfère, avec lui et par lui nous pouvons entrer; par son sang l'accès nous est libre au dedans du voile. De là vient que l'Apôtre l'appelle notre Avant-coureur : « Jésus, dit-il, notre Avant-coureur, est entré pour nous. »

Les évangélistes remarquent qu'au moment que Jésus-Christ expira, « ce voile, dont je vous ai parlé tant de fois, qui était entre le lieu saint et le lieu très-saint, fut déchiré entièrement et de haut en bas (Mt., XXVII, 51; Mc, XV, 38; Lc,  XXIII, 45). » O merveilleuse suite de nos mystères ! Jésus-Christ étant mort, il n'y a plus de voile. Le pontife le tirait pour entrer, le sang de Jésus-Christ le déchire. Il n'y en a plus désormais. Le Saint des saints sera découvert. De haut en bas le voile est rompu. Et n'est-ce pas ce que dit l'Apôtre dans sa deuxième Epître aux Corinthiens, chapitre III : « Il y avait un voile, dit-il, devant les yeux du peuple charnel : pour nous qui sommes le peuple spirituel, nous contemplons à face découverte la gloire de Dieu (II Cor. III, 15, 18) ? »

Vous me direz peut-être que nous avons aussi le voile de la foi qui nous couvre, mais il m'est aisé de répondre : il est vrai que nos yeux ne pénètrent pas encore au dedans du voile, mais notre espérance y pénètre. Il n'y a aucune obscurité qui l'arrête ; elle va jusqu'au plus intime secret de Dieu. Et pourquoi? C'est parce qu'elle va après Jésus-Christ, parce qu'elle le suit, qu'elle s'y attache. L'Apôtre nous l'explique dans notre texte : « Tenons ferme, dit-il (He. VI, 19, 20), mes chers Frères, dans l'espérance que nous avons, qui pénètre jusqu'au dedans du voile où Jésus notre Précurseur est entré pour nous. » Ah ! nous n'avons point un pontife qui ne puisse pas nous introduire dans le sanctuaire. Comme Jésus y est entré, nous y entrerons.

Et toutefois pour accomplir de point en point l'ancienne figure, nous y entrerons tous, et il n'y aura que le Pontife qui y entrera. Dieu éternel ! qui entendra ce mystère ? Oui, fidèles, je le dis encore une fois, il n'y a que Jésus-Christ seul qui entre en la gloire. Écoutez le Sauveur lui-même, saint Jean, chapitre III : « Nul ne monte au ciel, nous dit-il (Jn. III, 13), excepté celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est au Ciel. » Nul ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel, fidèles, sommes-nous descendus du ciel? Et comment donc y monterons-nous? Eh! sommes-nous encore excommuniés, comme si nous vivions sous la loi ? Non certes, le grand Pontife nous a absous, il a voulu lui-même être rejeté, afin que par lui nous fussions reçus. Nous monterons au ciel en Jésus-Christ et par Jésus-Christ; il est notre Chef, nous sommes ses membres; « nous sommes sa plénitude, » comme dit saint Paul (Ep. I, 23). Quand nous entrons au ciel, c'est Jésus-Christ qui entre, parce que ce sont ses membres qui entrent. « Celui qui vaincra, dit Jésus-Christ lui-même au livre de l'Apocalypse (Ap. III, 21), je le ferai asseoir dans mon trône. » Voyez que nous serons dans son trône ; nous n'occuperons avec lui qu'une même place; nous serons au ciel comme confondus avec Jésus-Christ, et par un merveilleux effet de la grâce, notre disette est la cause de notre abondance, parce qu'il nous est sans comparaison plus avantageux d'être considérés en Jésus-Christ seul que si nous l'étions en nous-mêmes. Par conséquent, aujourd'hui que Jésus-Christ approche du Père, croyons que nous approchons en lui et par lui. C'est pour nous qu'il ouvre le sanctuaire, c'est pour nous qu'il pénètre au dedans du voile, c'est pour nous qu'il paraît devant Dieu. Les pontifes de la loi ancienne étaient des hommes mortels : la charge auguste du sacerdoce ne se conservait dans la famille d'Aaron que par la succession du vivant au mort. « Jésus vivant éternellement, dit l'Apôtre (He. VII, 24), a un sacerdoce éternel» c'est pourquoi, dit le même saint Paul, « il peut toujours sauver ceux qui s'approchent de Dieu par lui. Son sacerdoce n'est éternel, qu'afin que son intercession soit éternelle. Il est toujours vivant pour intercéder : » Semper vivens ad interpellandum pro nobis (Ibid., 23). C'est notre seconde partie.

 

SECOND  POINT.

J'apprends de l'apôtre saint Paul aux Hébreux, chapitre V (He. V, ), que « tout pontife doit être trié d'entre, les hommes, et qu'il est établi pour les hommes, en ce qui doit être traité avec Dieu. » D'où il résulte que le pontife est l'ambassadeur du peuple vers Dieu. Puis donc que Notre-Seigneur Jésus est notre Pontife, il s'ensuit qu'il est notre ambassadeur. Admirons ici le bonheur des hommes, en ce que notre Prince même daigne bien être notre ambassadeur. Or il est sans doute qu'étant notre ambassadeur auprès de son Père, il fallait qu'il résidât près de sa personne, et ensuite qu'il y négociât nos affaires, qu'il lui portât toutes les paroles de notre part, qu'il nous conciliât la bienveillance de ce grand Dieu, et qu'il maintînt la bienheureuse alliance qu'il lui a plu de faire avec nous. Telle est la fonction d'un ambassadeur. C'est pour cela que notre Pontife ne cesse de solliciter son Père pour nous ; il est toujours vivant pour intercéder. Et de là vient que l’Écriture lui donne cette excellente qualité de médiateur, de laquelle il est nécessaire que je tâche de vous faire comprendre la force.

Et premièrement il est manifeste que Jésus-Christ prie, et que nous prions, que Jésus-Christ s'entremet pour nous, et que nous nous entremettons les uns pour les autres à cause de la charité fraternelle. Et d'autant que les Saints sont nos frères, cette charité sincère et indivisible qui les lie de communion avec nous, les oblige de prier et d'intercéder pour cette partie des fidèles qui combat en terre. Cette vérité n'est point contestée. Nos adversaires mêmes ne désavouent point que les bienheureux ne prient Dieu pour nous. Cette doctrine donc étant si constante, qu'a de particulier le Seigneur Jésus pour lui donner singulièrement et par excellence cette belle qualité de Médiateur? Le mettrons-nous avec le reste du peuple dans le nombre des suppliants? Chrétiens, entendons ce mystère. C'est autre chose de s'entremettre par charité, autre chose d'être le médiateur établi pour faire valoir les prières et donner du poids à l'entremise des autres. Apportons un exemple familier. C'est autre chose de s'entremettre près d'un monarque, et d'y rendre aux personnes que nous chérissons les offices d'un bon ami, autre chose d'être établi par le prince même pour lui rapporter toutes les requêtes, pour distribuer toutes les grâces, pour présenter tous ceux qui viennent demander audience. Jésus est le Médiateur général, nul n'est agréé s'il n'est présenté de sa main, si la prière n'est faite en son nom, elle ne sera pas seulement ouïe, nul bienfait n'est accordé que par lui. Et que pourrai-je vous dire de ce saint Pontife, par qui toutes les prières sont exaucées, par qui toutes les grâces sont entérinées , par qui toutes les offrandes sont bien reçues, par qui tous ceux qui veulent s'approcher de Dieu sont très-assurés d'être admis? Quelle dignité, chrétiens! De toutes les parties de la terre les vœux viennent à Dieu par Jésus, tous ceux qui invoquent Dieu comme il faut, l'invoquent au nom de ce grand Pontife, que Tertullien appelle fort bien Catholicum Patris Sacerdotem (Advers. Marcion., lib. IV, n. 9.) « le Pontife universel établi de Dieu pour offrir les vœux de toutes les créatures. » Non, ni les patriarches, ni les prophètes, ni les apôtres, ni les martyrs, ni les séraphins mêmes, tous brillants d'intelligence, tous brûlants d'amour, ni la reine de tous les esprits bienheureux, l'incomparable Marie, ne peuvent aborder du trône de Dieu, si Jésus ne les introduit. Ils prient, nous n'en doutons pas, et ils prient pour nous, mais ils prient comme nous au nom de Jésus, et ils ne sont exaucés qu'en ce nom.

C'est pourquoi je ne craindrai pas d'assurer, qu'encore que l’Église de Dieu sur la terre et les Esprits bienheureux dans le ciel ne cessent jamais de prier, il n'y a que Jésus-Christ seul qui soit exaucé, parce que tous les autres ne le sont qu'à cause de lui. C'est, pour cette raison que dans les prières ecclésiastiques nous prions Dieu au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d'avoir pour agréables les oraisons que les Saints lui présentent pour nous. Si elles étaient valables par elles-mêmes, quelle serait notre hardiesse de demander qu'elles fussent reçues? Est-ce peut-être que nous espérons que notre entremise les fera valoir? D'où vient donc cette façon de prier ? Nous demandons les intercessions de nos frères qui règnent avec Jésus-Christ, et en même temps nous prions notre Dieu qu'il daigne écouter leurs prières. Prétendons-nous que nos oraisons donnent prix à celles des Saints? Qui le croirait ainsi, entendrait mal l'intention de l’Église. Elle prétend par là nous faire connaître que lorsque nous implorons l'assistance des Saints qui nous attendent dans le paradis, c'est pour joindre nos prières aux leurs, c'est pour faire avec eux une même oraison et un même chœur de musique, un même concert, comme nous ne faisons qu'une même Église. Et encore que nous sachions que cette union soit très-agréable à notre grand Dieu, toutefois nous confessons, priant de la sorte, qu'elle ne lui plaît qu'à cause de son cher Fils ; que c'est le nom de Jésus qui prie et qui donne accès, qui fléchit et qui persuade le Père.

Cela nous est excellemment figuré aux IVe et Ve chapitres de l'Apocalypse (Ap. IV, 2 et seq.; V, 8). Là nous est représenté le trône de Dieu, où est assis celui qui vit aux siècles des siècles, et autour les vingt-quatre vieillards, qui pour plusieurs raisons qu'il serait trop long de déduire ici, signifient tous les Esprits bienheureux. « Chacun de ces vieillards porte en sa main une fiole d'or pleine de parfums, qui sont les oraisons des Saints, » dit saint Jean, c'est-à-dire des fidèles, selon la phrase de l’Écriture. Vous voyez donc, que ce vénérable Sénat, qui environne le trône du Dieu vivant, a soin de lui présenter nos prières. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est saint Jean. Mais n'est-ce point entreprendre, me dira-t-on, sur la dignité de notre Sauveur? A Dieu ne plaise qu'il soit ainsi! Les vieillards environnent le trône, mais devant le trône, au milieu des vieillards, l'Apôtre nous y représente « un agneau comme tué, devant lequel les vieillards se prosternent (Ap. V, 6). » Qui ne voit que cet agneau c'est notre Sauveur? Il paraît comme tué, à cause des cicatrices de ses blessures, et parce que sa mort est toujours présente devant la face de Dieu. Il est au milieu de tous ceux qui prient, comme celui par lequel ils prient, et qu'ils regardent tous en priant. Il est devant le trône, afin que nul n'approche que par lui seul. Il paraît entre Dieu et ses fidèles adorateurs, comme le Médiateur de Dieu et des hommes, comme celui qui doit recevoir les prières, qui les doit porter à Dieu dans son trône. Ainsi les Saints présentent nos oraisons, ils y joignent les leurs, comme frères, comme membres du même corps, mais le tout est offert au nom de Jésus.

Que reprendront nos adversaires dans cette doctrine? N'est-elle pas également pieuse et indubitable ? Je sais qu'ils nous diront que nous appelons les Saints nos médiateurs, et encore que je pusse répondre que le saint concile de Trente ne se sert point de cette façon de parler, non plus que l’Église dans ses prières publiques, je leur veux accorder que nous les nommons ainsi quelquefois. Mais que je leur demanderais volontiers, si la miséricorde divine en avait amené ici quelques-uns, que je leur demanderais volontiers, si c'est le nom ou la chose qui leur déplaît ! Pour ce qui est de la doctrine, il est clair qu'étant telle que je l'ai proposée, elle est au-dessus de toute censure. L'honneur demeure entier à notre Sauveur, il est le seul qui ait accès par lui-même, tous les autres, si saints qu'ils soient, ne peuvent rien espérer que par lui. Et par là le titre de médiateur lui convient avec une prérogative si éminente, que qui voudrait l'attribuer en ce sens à d'autres qu'à lui, il ne le pourrait pas sans blasphème. C'est aussi ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Un Dieu, un médiateur de Dieu et des hommes (I Tm. II, 5). » Que si nos adversaires se fâchent de ce que nous attribuons quelquefois aux serviteurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ un titre qui par notre propre confession convient par excellence à notre Sauveur, combien criminel serait leur chagrin, si ayant approuvé la doctrine qui ne peut être en effet combattue, des mots les séparaient de leurs frères, et faisaient de l’Église de notre Sauveur le théâtre de tant de guerres? Qu'ils nous disent si ce nom de médiateur est plus incommunicable que le nom de roi, que le nom de sacrificateur, que le nom de Dieu. Et ne savent-ils pas que l’Écriture nous prêche « que nous sommes rois et pontifes (I P. II, 9)? » Veulent-ils rompre avec toute l'antiquité chrétienne, parce qu'elle a donné le nom de pontifes et de sacrificateurs aux évêques et aux ministres des choses sacrées? Veulent-ils point se prendre à Dieu même, qui appelle les hommes des dieux (Ps. LXXXI, 6)? Ne vous emportez donc pas contre nous avec le faste de votre nouvelle réforme, comme si nous avions oublié la médiation de Jésus, qui fait toute notre espérance. Nous disons, et il est très-certain et vous-mêmes ne le pouvez nier, que les Saints s'entremettent pour nous par la charité fraternelle, mais comme ils ne s'entremettent que par le nom de Notre-Seigneur, il est ridicule de dire qu'il en soit jaloux. C'est en ce sens que nous les appelons quelquefois de ce titre de médiateurs, à peu près de la même manière que les juges sont appelés dieux (Ps. XLVI 10). Criez, déclamez tant qu'il vous plaira, abusez le peuple par de faux prétextes; notre doctrine demeurera ferme, et notre Église fondée sur la pierre ne sera jamais dissipée.

Pardonnez cette digression, certes, étant tombé sur cette matière, je n'ai pu m'empêcher de répondre à une calomnie si intolérable, par laquelle on veut faire croire que nous renonçons à l'unique consolation du fidèle. Oui, notre unique consolation, c'est de savoir que le Fils de Dieu prend nos intérêts auprès de son Père. Nous ne craignons point d'être condamnés, ayant un si puissant défenseur et un si divin avocat. 

Nous lisons avec une joie incroyable ces pieuses paroles de l'apôtre saint Jean : « Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste (I Jn. II, 1). » Nous entendons par la grâce de Dieu la force et l'énergie de ce mot. Nous savons que si l'ambassadeur négocie, si le sacrificateur intercède, l'avocat presse, sollicite et convainc. Par où le disciple bien-aimé veut nous faire entendre que Jésus ne prie pas seulement qu'on nous fasse miséricorde, mais qu'il prouve qu'il nous faut faire miséricorde. Et quelle raison emploie-t-il, ce grand, ce charitable avocat? Ils vous devaient, mon Père, mais j'ai satisfait, j'ai rendu toute la dette mienne, et je vous ai payé beaucoup plus que vous ne pouviez exiger. Ils méritaient la mort; mais je l'ai soufferte en leur place. Il montre ses plaies, et le Père se ressouvenant de l'obéissance de ce cher Fils, s'attendrit sur lui, et pour l'amour de lui regarde le genre humain en pitié. C'est ainsi que plaide notre avocat. Car ne vous imaginez pas, chrétiens, qu'il soit nécessaire qu'il parle pour se faire entendre, c'est assez qu'il se présente devant son Père avec ces glorieux caractères. Sitôt qu'il paraît seulement devant lui, sa colère est aussitôt désarmée. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul parle ainsi aux Hébreux, chapitre IX : « Jésus-Christ est entré dans le Saint des saints, afin, dit-il, de paraître pour nous devant la face de Dieu (He. IX, 24). » Il veut dire : Ne craignez point, mortels misérables; Jésus-Christ étant dans le ciel, tout y sera décidé en votre faveur, la seule présence de ce bien-aimé vous rend Dieu propice.

C'est ce que signifie cet agneau de l’ Apocalypse, dont je vous parlais tout à l'heure, qui est devant le trône comme tué. De ce trône, il est écrit en ce même lieu qu'il en sort des foudres et des éclairs, et un effroyable tonnerre. Dieu éternel! oserons-nous bien approcher? «Approchons, allons au trône de grâce avec confiance (Ibid., IV, 16),» comme dit l'Apôtre. Ce trône dont la majesté nous effraie, voyez que l'Apôtre l'appelle un trône de grâce, approchons et ne craignons pas. Puisque l'Agneau est devant le trône, vivons en repos; les foudres ne viendront pas jusqu'à nous. Sa présence arrête le cours de la vengeance divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde. 

Combien donc était-il nécessaire que Jésus retournât à son Père! O confiance! ô consolation des fidèles! qui me donnera une foi assez vive pour dire généreusement avec l'Apôtre aux Romains, chapitre VIII : « Qui accusera les élus de Dieu (Rm. VIII, 33)? » Jésus-Christ est leur avocat et leur défenseur : « Un Dieu les justifie », qui les osera condamner? Jésus-Christ, qui est mort, voire même qui est ressuscité, et de plus qui intercède pour nous, suffit-il pas pour nous mettre à couvert? Qui donc nous pourra séparer de la charité de notre Sauveur (Ibid., 34, 35)? » Que reste-t-il après cela, chrétiens, sinon que nous nous rendions dignes de si grands mystères, desquels nous sommes participants? Puisque nous avons au ciel un si grand trésor, élevons-y nos cœurs et nos espérances. C'est ma dernière partie, que je tranche en un mot, parce que ce n'est que la suite des deux précédentes.

 

TROISIÈME POINT.

C'est de ce lieu, que les bénédictions descendent sur nous. Que je suis ravi d'aise, quand je considère Jésus-Christ notre grand Sacrificateur, officiant devant cet autel éternel, où notre Dieu se fait adorer! Tantôt il se tourne à son Père, pour lui parler de nos misères et de nos besoins, tantôt il se retourne sur nous, et il nous comble de grâces par son seul regard. Notre Pontife n'est pas seulement près de Dieu pour lui porter nos vœux et nos oraisons, il y est pour épancher sur nous les trésors célestes. Il a toujours les mains pleines des offrandes que la terre envoie dans le ciel, et des dons que le ciel verse sur la terre. C'est pourquoi l'évangéliste saint Luc nous apprend qu'il est monté en nous bénissant : « Élevant ses mains, dit-il (Lc, XXIV, 50), il les bénissait, et pendant qu'il les bénissait, il était porté dans les cieux. Ne croyons donc pas, chrétiens, que l'absence de Notre-Seigneur Jésus nous enlève ses bénédictions et ses grâces. Il se retire en nous bénissant, c'est-à-dire que si nous le perdons de corps, il demeure avec nous en esprit, il ne laisse pas de veiller sur nous et de nous enrichir par son abondance. De là vient qu'il disait à ses saints apôtres : « Si je ne m'en retourne à mon Père, l'Esprit Paraclet ne descendra pas. » Je réserve à vous départir ce grand don, quand je serai au lieu de ma gloire. Et l'évangéliste l'enseigne ainsi, quand il dit : « L'Esprit n'était pas encore donné, parce que Jésus n'était point encore glorifié (Jn.VII, 39). »

Donc, entendons quel est le lieu d'où nous viennent les grâces. Si la source de tous nos biens se trouve en la terre, à la bonne heure, attachons-nous à la terre, que si au contraire ce monde visible ne nous produit continuellement que des maux, si l'origine de notre bien, si le fondement de notre espérance, si la cause unique de notre salut est au ciel, soyons éternellement enflammés de désirs célestes; ne respirons désormais que le ciel, « où Jésus notre Avant-coureur est entré pour nous (He. VI, 20). » Certes il pouvait aller à son Père, sans rendre ses apôtres témoins de son ascension triomphante, mais il lui plaît de les appeler, afin de leur apprendre à le suivre. Non, mes Sœurs, les saints disciples de notre Sauveur ne sont pas aujourd'hui assemblés pour être seulement spectateurs. Jésus monte devant leurs yeux pour les inviter à le suivre. « Comme l'aigle, dit Moïse, qui provoque ses petits à voler et vole sur eux : » ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ, cette aigle mystérieuse dont le vol est si ferme et si haut, il assemble ses disciples comme ses aiglons; et fendant les airs devant eux, il les incite par son exemple à percer les nues : Sicut aquila provocants ad volandum pullos suos, et super eos volitans (Dt. XXXII, 11).

Courage donc, mes Sœurs ; suivons cette aigle divine qui nous précède. Jésus-Christ ne vole pas seulement devant nous ; il nous prend, il nous élève et il nous soutient. « Il étend ses ailes sur nous, chante le Psalmiste, et nous porte sur ses épaules : » Expandit alas suas, et portavit eos in humeris suis. Et partant que la terre ne nous tienne plus, rompons les chaînes qui nous attachent et jouissons par un vol généreux de la bienheureuse liberté à laquelle nos âmes soupirent. Pourquoi nous arrêtons-nous sur la terre ? Notre chef est au ciel, lui voulons-nous arracher ses membres ? Notre autel est au ciel, notre Pontife est à la droite de Dieu, c'est là donc que nos sacrifices doivent être offerts, c'est là qu'il nous faut chercher le vrai exercice de la religion chrétienne. Les philosophes du monde ont bien reconnu que notre repos ne pouvait pas être ici-bas. Maintenant que nous avons été élevés parmi des mystères si hauts, quelle est notre brutalité, si nous servons dorénavant aux désirs terrestres, « après que nous sommes incorporés à ce saint Pontife qui a pénétré pour nous au dedans du voile, jusqu'à la partie la plus secrète du Saint des saints (He. VI, 19, 20; IX, 12) ? » J'avoue que Jésus excuse nos fautes, parce qu'il est notre Pontife et notre Avocat. Mais combien serait détestable notre ingratitude, si la bonté inestimable de notre Sauveur lâchait la bride à nos convoitises ? Loin de nous une si honteuse pensée! Mais plutôt renonçant aux désirs charnels, rendons-nous dignes de l'honneur que Jésus nous fait de traiter nos affaires auprès de son Père, et vivons comme il est convenable à ceux pour lesquels le Fils de Dieu intercède. Considérons que par le sang de notre Pontife, nous sommes nous-mêmes, comme dit saint Pierre, « les sacrificateurs du Très-Haut, offrant des victimes spirituelles, agréables par Jésus-Christ (I P. II, 5). » Et puisqu'il a plu à notre Sauveur de nous faire participants de son sacerdoce, soyons saints comme notre Pontife est saint. Car si dans le Vieux Testament celui qui violait la dignité du pontife par quelque espèce d'irrévérence, était si rigoureusement châtié, quel sera le supplice de ceux qui mépriseront l'autorité de ce grand Pontife, auquel Dieu a dit : « Vous êtes mon Fils, je vous ai aujourd'hui engendré (Ps. II, 7) ? »

Par conséquent, obéissons fidèlement à notre Pontife; et après tant de grâces reçues, comprenons ce que dit saint Paul, « qu'il sera horrible de tomber aux mains du Dieu vivant (He. X, 31), » lorsque sa bonté méprisée se sera tournée en fureur. Songeons que Jésus-Christ est notre Médiateur et notre Avocat; mais n'oublions pas qu'il est notre juge. C'est de quoi les anges nous avertissent quand ils parlent ainsi aux apôtres : « Hommes galiléens, que regardez-vous? Ce Jésus que vous avez vu monter dans le ciel, reviendra un jour de la même sorte (Ac. I, 11). » Joignons ensemble ces deux pensées : celui qui est monté pour intercéder, doit descendre à la fin pour juger ; et son jugement sera d'autant plus sévère, que sa miséricorde a été plus grande. Ne dédaignons donc pas la bonté de Dieu, qui nous attend à repentance depuis longtemps : dépouillons les convoitises charnelles, et nourrissons nos âmes de pensées célestes. Eh Dieu ! qu'y a-t-il pour nous sur la terre, puisque notre Pontife nous ouvre le ciel? Notre avocat, notre médiateur, notre chef, notre intercesseur est au ciel; notre joie, notre amour et notre espérance, notre héritage, notre pays, notre domicile est au ciel, notre couronne et le lieu de notre repos est au ciel, où Jésus-Christ notre Avant-coureur, entré pour nous dans le Saint des saints avec le Père et son Saint-Esprit, vit et règne aux siècles des siècles. Amen.


 

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