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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Dimanche de la Pentecôte

31 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche de la Pentecôte

Introït

L’esprit du Seigneur remplit l’univers, alléluia, et comme il contient tout, il connaît tout ce qui se dit, alléluia, alléluia, alléluia. Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient devant sa face.

Collecte

Dieu, qui avez instruit en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit : donnez-nous, par le même Esprit, de goûter ce qui est bien ; et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même Esprit

Lecture Ac. 2, 1-11

Lorsque le jour de la Pentecôte fut arrivé, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Tout à coup il se produisit, venant du ciel, un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître des langues séparées les unes des autres, qui étaient comme de feu, et qui se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer. Or il y avait à Jérusalem des Juifs pieux qui y séjournaient, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Après que ce bruit se fut fait entendre, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous hors d’eux-mêmes ; et dans leur étonnement ils disaient : Tous ces hommes qui parlent ne sont-ils pas Galiléens ? Comment donc chacun de nous les entend-il parler la langue de son pays ? Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Egypte et le territoire de la Libye qui est près de Cyrène, des étrangers résidant à Rome, Juifs ou prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler en nos langues des merveilles de Dieu.

Évangile Jn. 14, 23-31

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. Celui qui ne m’aime point ne garde pas mes paroles ; et la parole que vous avez entendue n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé, du Père. Je vous ai dit ces choses pendant que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, et qu’il ne s’effraye pas. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais auprès du Père, parce que le Père est plus grand que moi. Et je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent, afin que, lorsqu’elles seront arrivées, vous croyiez. Je ne vous parlerai plus guère désormais ; car le prince de ce monde vient, et il n’a aucun droit sur moi ; mais il vient afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et que je fais ce que le Père m’a ordonné.

Secrète

Rendez saints, nous vous en supplions, Seigneur, les dons qui vous sont offerts, et purifiez nos cœurs au moyen de la lumière du Saint-Esprit. Par N.-S. … en l’unité du même.

Postcommunion

Seigneur, que l’infusion de l’Esprit-Saint purifie nos cœurs et qu’elle les féconde en les pénétrant de sa rosée. Par N.-S ... en l’unité du même

Office

1ère leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape

Je préfère, mes très chers frères, passer brièvement sur les paroles de cette lecture de l’Évangile, afin que nous puissions nous arrêter plus longtemps à considérer les mystères d’une si grande solennité. Car c’est en ce jour que l’Esprit-Saint est descendu avec un bruit soudain sur les disciples, et que, transformant les esprits de ces hommes charnels, il les a conduits à son amour. Tandis que des langues de feu apparaissaient à l’extérieur, au dedans les cœurs des disciples s’enflammèrent, et comme ils voyaient Dieu sous l’aspect du feu, ils devinrent avec une suavité ineffable tout brûlants d’amour. Car le Saint-Esprit est amour, et c’est pourquoi saint Jean dit : « Dieu est charité ». Celui donc qui désire Dieu de tout son esprit, possède certes déjà celui qu’il aime. Car personne ne pourrait aimer Dieu, s’il ne possédait celui qu’il aime.

2e leçon

Si l’on questionne chacun de vous et qu’on lui demande : Aimez-vous Dieu ? Il répond d’un esprit assuré et avec pleine confiance : Je l’aime. Vous avez entendu au commencement de la lecture de l’Évangile, ce que dit la Vérité même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». La preuve de l’amour, c’est l’action. Aussi saint Jean dit-il encore dans son Épître : « Celui qui dit : J’aime Dieu, et ne garde pas ses commandements est un menteur ». Mais nous aimons vraiment Dieu et nous gardons ses commandements, si nous nous efforçons de réprimer en nous l’attrait des plaisirs. Car celui qui continue à s’abandonner à des désirs illicites n’aime assurément pas Dieu, puisqu’il s’oppose à lui dans sa volonté.

3e leçon

« Et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Considérez, mes très chers frères, quel grand honneur c’est de posséder pour hôte, dans notre cœur, Dieu venant à nous. Certes, si quelque ami riche ou très puissant devait entrer dans notre maison, la maison tout entière serait rendue nette avec la plus grande hâte, de crainte qu’il n’y eût quelque chose qui blessât les yeux de cet ami qui arrive. Qu’il ait donc soin de se purifier des souillures du péché, celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme. Mais voyez ce que dit la Vérité même : « Nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Il vient en effet dans les cœurs de quelques-uns, cependant il n’y fait pas sa demeure, car ils ont attiré le regard divin par la componction, mais au moment de la tentation, ils oublient aussitôt ce qui les a amenés à la pénitence, et ainsi ils retournent au péché, comme s’ils ne l’avaient jamais pleuré

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Vigile de la Pentecôte

30 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de la Pentecôte

Collecte

Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant : que la splendeur de votre clarté brille sur nous ; et que l’éclat de votre lumière confirme, par l’illumination de l’Esprit-Saint, les cœurs de ceux que votre grâce a fait renaître. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même

Lecture Ac. 19, 1-8

En ces jours-là : pendant qu’Apollo était à Corinthe, Paul, ayant parcouru les provinces supérieures, vint à Éphèse et trouva quelques disciples. Et il leur dit : Avez-vous reçu l’Esprit-Saint en devenant croyants ? Mais ils lui répondirent : Nous n’avons pas même entendu dire s’il y a un Esprit-Saint. Il leur dit : Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils dirent : Le baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé le peuple du baptême de pénitence en disant de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. Lorsqu’ils eurent entendu cela, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et après que Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit-Saint vint sur eux ; et ils parlaient diverses langues et prophétisaient. Ils étaient en tout environ douze hommes. Étant entré dans la synagogue, il parla avec assurance pendant trois mois, discutant et persuadant au sujet du royaume de Dieu.

Évangile Jn. 14, 15-21

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu’il demeure éternellement avec vous : l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas, et qu’il ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera avec vous, et qu’il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai à vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous me verrez, parce que je vis, et que vous vivrez. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi, et moi en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai aussi, et je me manifesterai à lui.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Notre Seigneur, en disant : « Je prierai mon Père et il vous donnera un autre Paraclet », fait voir que lui-même est aussi un Paraclet. Paraclet se traduit en latin par advocatus (avocat) ; or, il a été dit du Christ : « Nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste ». Le Sauveur déclare que le monde ne peut recevoir l’Esprit-Saint, dans le même sens où il a été dit : « La prudence de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est pas soumise à la loi et ne peut l’être ». C’est comme si nous disions : L’injustice ne peut être la justice. Par ces mots « le monde ». il désigne ici ceux qui sont pleins de l’amour du monde, amour qui ne vient pas du Père. C’est pourquoi, à l’amour de ce monde, que nous avons tant de peine à diminuer et à détruire en nous, est opposé « l’amour de Dieu, que répand dans nos cœurs l’Esprit-Saint, qui nous a été donné »

2e leçon

« Le monde ne peut donc recevoir cet Esprit, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît point ». L’amour mondain est dépourvu de ces yeux invisibles au moyen desquels on peut voir l’Esprit-Saint, qui ne peut être vu que d’une manière invisible. « Mais vous, dit notre Seigneur, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera au milieu de vous et qu’il sera en vous ». Il sera en eux pour y demeurer ; il ne demeurera pas au milieu d’eux pour y être ; car le fait d’être en un lieu est antérieur à celui d’y demeurer. Mais afin que les disciples n’entendissent pas ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », d’un séjour visible, comme celui que fait d’ordinaire un hôte chez celui qui lui donne l’hospitalité, il a expliqué ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », en ajoutant : « Il sera en vous »

3e leçon

L’Esprit-Saint se voit donc d’une manière invisible ; et s’il n’est pas en nous, nous ne pouvons en avoir la connaissance. C’est ainsi que nous voyons aussi en nous-mêmes notre propre conscience. Nous voyons bien le visage d’un autre, et nous ne pouvons voir le nôtre ; au contraire, nous voyons notre propre conscience, et nous ne voyons pas celle d’autrui. Mais notre conscience ne peut jamais exister qu’en nous-mêmes, tandis que l’Esprit-Saint peut être sans nous. Il nous est donné afin qu’il soit aussi en nous ; et, s’il n’est point en nous, il nous est impossible de le voir, de le connaître, comme il doit être vu et connu. Après avoir promis le Saint-Esprit, notre Seigneur ne voulant pas qu’on pût croire qu’il donnerait ce divin Paraclet pour le remplacer lui-même et qu’il cesserait ainsi d’être avec ses disciples, ajouta : « Je ne vous laisserai point orphelins ; je viendrai à vous ». Non content donc de nous avoir rendus les fils adoptifs de son Père, et d’avoir voulu que nous ayons pour Père, par un effet de la grâce, celui qui est son Père par nature, le Fils de Dieu fait preuve encore lui-même à notre égard d’une tendresse en quelque sorte paternelle, lorsqu’il dit ; « Je ne vous laisserai point orphelins »

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Divinum Illud Munus

29 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Divinum Illud Munus

Lettre encyclique sur le Saint Esprit du pape Léon XIII

Divinum Illud Munus

INTRODUCTION

La mission divine que Jésus-Christ a reçue de son Père dans l’intérêt du genre humain, et qu’il a si saintement accomplie, a pour fin dernière la béatitude des hommes au sein de la gloire éternelle et pour fin prochaine, dans cette vie, la possession et la conservation de la grâce divine dont la vie du ciel doit être le dernier épanouissement. Aussi le Rédempteur ne cesse-t-il d’inviter avec une extrême bonté les hommes de toutes les nations et de toute langue, à se rassembler dans le sein de son Eglise : Venez tous à moi, Je suis la Vie ; Je suis le Bon Pasteur [1].

Toutefois, il n’a pas voulu, dans ses desseins insondables, achever lui-même cette mission sur toute la terre, mais il a confié au Saint-Esprit le soin de couronner l’œuvre qu’il avait reçue du Père. On se rappelle avec joie les paroles que le Christ prononça, peu avant son départ, devant ses apôtres réunis : Il est de votre intérêt que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; si je pars, au contraire, je vous l’enverrai [2]. Par cette affirmation, le Christ donnait la meilleur raison possible de son départ et de son retour auprès du Père avant tout les avantages que les disciples retireront de la venue de l’Esprit-Saint ; Il montrait en même temps que ce dernier, envoyé par lui, procédait de lui comme du Père, et qu’il devait terminer comme invocateur, consolateur, précepteur, l’ouvrage accompli par le Fils durant sa vie mortelle. C’est, en effet, à la vertu multiple de cet Esprit qui, lors de la création, orna les cieux [3] et rempli l’univers [4], que l’achèvement de l’œuvre rédemptrice était providentiellement réservée.

Nous nous sommes continuellement efforcé, avec le secours du Christ-Sauveur, prince des pasteurs et gardien de nos âmes, d’imiter les exemples qu’il nous a donnés, en nous attachant religieusement à la fonction confiée par lui aux Apôtres, et particulièrement à Pierre dont la dignité ne saurait défaillir, même dans un héritier indigne [5]. Dans ce but, Nous avons fait converger vers deux fins principales tous les travaux entrepris et poursuivis durant Notre pontificat déjà si long : en premier lieu, la restauration de la vie chrétienne dans la société et dans la famille, chez les princes et chez les peuples, toute véritable vie découlant du Christ ; en second lieu, la réconciliation de tous ceux qu’un motif de foi ou d’obéissance sépare de l’Eglise catholique, puisque le désir manifeste du Christ est de réunir tous les hommes en un seul bercail sous un seul pasteur. Aujourd’hui, voyant approcher le terme de Notre vie, Nous éprouvons plus vivement que jamais le désir de recommander à l’Esprit-Saint, qui est amour vivifiant, l’œuvre de Notre apostolat, quels que soient les résultats obtenus jusqu’ici, pour qu’il la féconde et l’amène à pleine maturité.

Afin que ces fruits soient meilleurs et plus abondants, Nous avons résolu, à l’occasion des solennités de la Pentecôte, de vous entretenir de la présence et de la vertu merveilleuse du Saint-Esprit, c’est-à-dire de l’action et de l’influence qu’il exerce dans toute l’Eglise et dans chacune de nos âme par l’admirable abondance de ses dons divins. Notre désir le plus ardent est de voir la foi au mystère de l’auguste Trinité se ranimer à nouveau dans les esprits, et amener par là une augmentation et un nouvel embrasement de piété à l’égard de cet Esprit divin, auquel principalement doivent rendre grâces tous ceux qui suivent les voies de la vérité et de la justice.

Car, comme l’a dit saint Basile : Qui niera que les dons faits à l’homme par Dieu et par Notre Sauveur Jésus-Christ, selon la bonté de Dieu, soient un effet de la grâce de Esprit-Saint [6] ?

 LE MYSTÈRE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ « SUBSTANCE DU NOUVEAU TESTAMENT »

a) Trinité des personnes ; unité de l’essence.

Avant d’aborder Notre sujet, il nous plaît et il sera utile de dire quelques mots du mystère de la Très Sainte Trinité, appelé par les Docteurs la substance du Nouveau Testament, c’est-à-dire le plus grand de tous les mystères, la source et le fondement de tous les autres.

C’est pour le connaître et le contempler que les anges ont été créés dans le ciel et les hommes sur la terre. Ce mystère était voilé dans l’Ancien Testament, et c’est pour le manifester plus clairement que Dieu lui-même est descendu du séjour des anges vers les hommes : Jamais personne n’a vu Dieu ; le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père, l’a révélé lui-même [7]. Donc quiconque écrit ou parle sur la Trinité, doit avoir devant les yeux le sage conseil du Docteur angélique : Lorsque nous parlons de la Trinité, il faut de la prudence et de la réserve, parce que, comme le dit saint Augustin, il n’y a pas de sujet où l’erreur soit plus dangereuse, les investigations plus laborieuses, ni les découvertes plus fructueuses [8]. Le danger, dans la foi ou dans le culte, est de confondre entre elles les personnes divines ou de diviser leur nature unique ; car la foi catholique vénère un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’unité. Aussi, Innocent XII, Notre prédécesseur, refusa-t-il absolument, malgré de vives instances, d’autoriser une fête spéciale en l’honneur du Père. Que si on fête en particulier les mystères du Verbe incarné, il n’existe aucune fête honorant uniquement la nature divine du Verbe, et les solennités de la Pentecôte elles-mêmes ont été établies dès les premiers temps, non en vue d’honorer exclusivement l’Esprit-Saint pour lui-même, mais pour rappeler sa descente, c’est-à-dire sa mission extérieure.

Tout cela a été sagement décidé, afin que la distinction des personnes n’entraîne pas une distinction dans l’essence divine. En outre, pour maintenir ses enfants dans l’intégrité de la foi, l’Eglise a institué une fête de la Sainte Trinité, rendue ensuite obligatoire par Jean XXII ; elle permit de dédier à la Trinité des autels et des églises, et après une manifestation de la volonté divine, elle approuva un Ordre religieux fondé pour la délivrance des captifs, voué à la Trinité, dont il porte le nom. Les preuves abondent à ce sujet.

En effet, le culte rendu aux habitants des cieux, aux anges, à la Très Sainte Vierge Marie, au Christ, rejaillit finalement sur la Trinité elle-même.

Dans les prières adressées à l’une des trois personnes, on fait mention des autres ; dans les litanies, une invocation commune accompagne l’invocation adressée séparément à chacune des trois personnes. Dans les psaumes et les hymnes, la même louange est adressée au Père et au Fils et au Saint-Esprit ; les bénédictions, les cérémonies rituelles, les sacrements, sont accompagnés ou suivis d’une prière à la Sainte Trinité. Ces pratiques nous avaient été déjà conseillées depuis longtemps par l’Apôtre : Car tout est de lui, par lui et en lui ; gloire à lui dans les siècles [9]. Ces paroles signifiaient d’une part la trinité des personnes, et d’autre part affirmaient l’unité de nature.

Celle-ci étant la même pour chaque personne, on doit également à chacun, comme à un seul et même Dieu, la gloire éternelle due à la majesté divine. Saint Augustin, citant ce témoignage, ajoute : Il ne faut pas prendre dans un sens vague ces mots de l’Apôtre « De lui-même, par lui-même et en lui-même : Ex ipso, per ipsum et in ipso » ; il dit « de lui-même » à cause du Père, « par lui-même » à cause du Fils, « en lui-même » à cause du Saint-Esprit [10].

b) La doctrine de l’appropriation.

C’est avec beaucoup de raison qu’on attribue habituellement au Père les œuvres divines où éclate la puissance, au Fils celles où brille la sagesse, au Saint-Esprit celles où domine l’amour.

Non que toutes les perfections et toutes les œuvres extérieures ne soient communes aux personnes divines ; en effet, les œuvres de La Trinité sont indivisibles comme l’essence de la Trinité elle-même [11]parce que l’action des trois Personnes divines est aussi inséparable que leur essence [12]mais parce que, en vertu d’une certaine comparaison, et, pour ainsi dire, d’une affinité entre les œuvres et les propriétés des personnes, telle œuvre est attribuée ou, comme on dit : appropriée, à telle personne plutôt qu’à telle autre : les similitudes d’impressions et d’images fournies par les créatures nous servent pour représenter les personnes divines, il en est de même pour de leurs attributs essentiels ; cette manifestation des personnes par leurs attributs essentiels s’appelle appropriation [13]. Il s’en suit que le Père, principe de toute divinité [14], est en même temps la cause créatrice de l’université des êtres, de l’Incarnation du Verbe et de la sanctification des âmes : De lui sont toutes choses ; l’Apôtre dit de lui, à cause du Père.

Le Fils, Verbe, image de Dieu, est en même temps la cause exemplaire que reflètent toutes choses dans leur forme et leur beauté, leur ordre et leur harmonie ; il est pour nous la voie, la vérité, la vie, le réconciliateur de l’homme avec Dieu : par lui sont toutes choses ; l’Apôtre dit par lui à cause du Fils. Le Saint-Esprit est la cause finale de tous les êtres, parce que, de même que la volonté et généralement toute chose se repose en sa fin, ainsi l’Esprit-Saint, qui est la bonté divine et l’amour naturel du Père et du Fils, complète et achève par une impulsion forte et douce les opérations secrètes qui ont pour résultat final le salut éternel de l’homme : En lui sont toutes choses ; l’Apôtre dit en lui à cause du Saint-Esprit.

Gardant avec un soin jaloux le zèle religieux dû à la Trinité entière, et qu’il importe d’inculquer de plus en plus au peuple chrétien, abordons enfin l’exposé de la vertu de l’Esprit-Saint. Le premier aspect sous lequel il nous faut considérer le Christ est celui de fondateur de la sainte Eglise et de rédempteur du genre humain. Certes, parmi les œuvres extérieures de Dieu, la plus remarquable est le mystère du Verbe incarné où la splendeur des perfections divines brille d’un tel éclat qu’il est impossible d’imaginer plus grande splendeur ni rien de plus salutaire pour l’humanité. Cette œuvre si grande, bien qu’appartenant à la Trinité entière, est attribuée spécialement au Saint-Esprit ; aussi les Evangiles parlent-ils de la Vierge en ces termes : Elle fut trouvée ayant conçu du Saint-Esprit, et : Ce qu’elle a conçu est du Saint-Esprit [15]. C’est à bon droit qu’on attribue cette œuvre à celui qui est l’amour du Père et du Fils, puisque ce grand témoignage d’amour [16]vient de l’affection infinie de Dieu pour les hommes, comme nous en avertit l’Apôtre saint Jean : Dieu a aimé le monde au point de lui donner son Fils unique [17]. Ajoutez que la nature humaine a été élevée par là à l’union personnelle avec le Verbe : cette dignité ne lui a été nullement accordée à cause de ses mérites, mais par un pur effet de la grâce et, par suite, c’est un bienfait propre du Saint-Esprit.

Il faut citer sur ce sujet la judicieuse remarque de saint Augustin : La manière dont le Christ a été conçu par l’opération du Saint-Esprit nous fait voir quelle est la bonté de Dieu ; par elle, en effet, la nature humaine, sans aucun mérite antérieur, fut unie, dès le premier instant de son existence, au Verbe de Dieu dans une telle unité de personne que le Fils de Dieu fut le même être que le Fils de l’homme et le Fils de l’homme le même être que le Fils de Dieu [18]. La vertu de l’Esprit-Saint a opéré non seulement la conception du Christ, mais aussi la sanctification de son âme appelée Onction par les Livres Saints [19] ; tous ces actes, en particulier son sacrifice, furent accomplis sous l’influence de l’Esprit-Saint [20]. C’est par l’Esprit-Saint qu’il s’est offert lui-même à Dieu victime immaculée [21]. Pour qui pèse ces choses, quoi d’étonnant que les dons du Saint-Esprit aient afflué dans l’âme du Christ ? En lui a résidé une telle abondance de grâce qu’il ne peut y en avoir de plus grande ni de plus efficace ; en lui se trouvaient tous les trésors de la sagesse et de la science, les grâces gratuites, les vertus, en un mot tous les dons prédits par les oracles d’Isaïe le prophète [22], symbolisés par la colombe du Jourdain lorsque le Christ sanctifia ce fleuve par son baptême en vue de créer un nouveau sacrement. Cette thèse s’appuie merveilleusement sur les paroles suivantes de saint Augustin : Il est absurde de dire que le Christ reçut l’Esprit-Saint à l’âge de trente ans, mais il vint au baptême sans péché et partant avec l’Esprit-Saint. En cette circonstance, c’est-à-dire lors de son baptême, il daigna symboliser à l’avance son corps mystique, l’Eglise, dans laquelle les baptisés reçoivent le Saint-Esprit d’une manière spéciale [23]. Donc l’apparition visible du Saint-Esprit au-dessus du Christ et son influence invisible dans l’âme du Sauveur représentent sa double mission : l’une visible, dans l’Eglise ; l’autre invisible, dans les âmes justes.

L’Eglise, déjà conçue, et qui était sortie, pour ainsi dire, des flancs du nouvel Adam dormant sur la Croix, s’est manifestée pour la première fois aux hommes d’une manière éclatante le jour célèbre de la Pentecôte. En ce jour, le Saint-Esprit commença à répandre ses bienfaits dans le corps mystique du Christ, par cette admirable effusion que le prophète Joël avait vue longtemps à l’avance [24] ; car le Paraclet siège au-dessus des Apôtres afin de placer sur leurs têtes, sous forme de langues de feu, de nouvelles couronnes spirituelles [25].

Alors, écrit saint Jean Chrysostome, les Apôtres descendirent de la montagne, portant en leurs mains, non des tables de pierre comme Moïse, mais portant dans leur âme l’Esprit-Saint qui répandait comme un trésor et un fleuve de vérités et de grâces [26]. Ainsi se réalisait la dernière promesse du Christ à ses Apôtres, relative à l’envoi de l’Esprit-Saint qui devait compléter par ses inspirations et sceller pour ainsi dire son enseignement : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter en ce moment. Lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera tout vérité [27].

Celui qui, procédant à la fois du Père , vérité éternelle, et du Fils, vérité substantielle, est lui-même Esprit de vérité, et tire de l’un et de l’autre l’essence et en même temps toute vérité, donne à l’Eglise cette même vérité, veillant, par une présence et un appui continus, à ce qu’elle ne soit jamais exposée à l’erreur, et qu’elle puisse de jour en jour féconder plus abondamment les germes destinés à porter des fruits de salut pour les peuples. Et comme l’Eglise, moyen de salut pour les peuples, doit poursuivre sa tâche jusqu’à la fin des temps, l’Esprit-Saint lui donne, pour l’accroître et la conserver, une vie et une force éternelles : Je prierai mon Père et il vous donnera un autre Paraclet, l’Esprit de vérité, pour qu’il demeure toujours avec vous [28]. C’est par lui que sont constitués les évêques, dont le ministère engendre non seulement des fils, mais encore des pères, c’est-à-dire les prêtres, pour gouverner l’Eglise et la nourrir de ce sang du Christ qui l’a rachetée : l’Esprit-Saint a établi les évêques pour gouverner l’Eglise de Dieu qu’il a acquise de son sang [29]. Les uns et les autres évêques et prêtres, par une grâce insigne du Saint-Esprit, ont le pouvoir d’effacer les péchés, selon cette parole du Christ aux Apôtres : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez [30]. Aucune preuve ne démontre plus clairement la divinité de l’Eglise que la gloire dont le Saint-Esprit l’a revêtue. Qu’il Nous suffise d’affirmer que, si le Christ est la tête de l’Eglise, l’Esprit-Saint en est l’âme : l’Esprit-Saint est dans l’Eglise, corps mystique du Christ, ce que l’âme est dans notre corps [31].

Cela étant, on ne saurait attendre une plus grande et plus féconde manifestation de l’Esprit divin ; celle qui a lieu maintenant dans l’Eglise est parfaite et elle durera jusqu’à ce que l’Eglise, après avoir achevé la période de luttes, jouisse dans le ciel de la joie du triomphe.

Comment et dans quelle mesure le Saint-Esprit agit dans les âmes, cela n’est pas moins admirable, bien que plus difficile à comprendre, par cela même que nos yeux ne le peuvent saisir. Cette effusion de l’Esprit divin est si abondante que le Christ lui-même, dont elle découle, l’a comparée à un fleuve très abondant, comme on le voit dans saint Jean : Celui qui croit en moi, dit l’Ecriture, verra des fleuves d’eau vive couler de son sein ;l’Evangéliste explique ce témoignage : Il dit cela de l’Esprit-Saint que devait recevoir tous ceux qui croiraient en lui [32].

Il est hors de doute que l’Esprit-Saint a habité par la grâce dans les justes qui précédèrent le Christ, comme cela est écrit des prophètes, de Zacharie, de Jean Baptiste, de Siméon et d’Anne ; l’Esprit-Saint, en effet, est venu le jour de la Pentecôte, non pour commencer à habiter l’âme des saints, mais pour la pénétrer davantage ; non pour commencer à leur accorder ses dons, mais pour les en combler ; non pour faire une œuvre nouvelle, mais pour augmenter la générosité de ses largesses [33]. Cependant, si ces hommes étaient comptés parmi les fils de Dieu, ils n’en demeuraient pas moins semblables, par leur condition, à des esclaves, car le fils ne diffère en rien de l’esclave tant qu’il est dans la main des tuteurs et des maîtres [34] ; outre qu’il n’y avait pas en eux la justice, si ce n’est celle qui provenait des mérites du Christ à venir, la communication de l’Esprit-Saint après la venue du Christ fut incomparablement plus abondante et surpassa les précédentes ; un peu comme la somme convenue l’emporte en valeur sur les arrhes, comme la réalité l’emporte sur la figure. Saint Jean a donc pu dire : L’Esprit-Saint n’avait pas encore été donné parce Jésus n’avait pas été glorifié [35]. Aussitôt que le Christ, montant au ciel, eut pris possession de la gloire de son royaume qu’il avait si laborieusement acquise, il répandit généreusement les richesses de l’Esprit-Saint et fit part de ses dons aux hommes [36]. Ce don, cet envoi du Saint-Esprit après la glorification du Christ était tel qu’il n’y en avait jamais eu auparavant, non qu’auparavant il n’eût jamais été envoyé, mais il n’avait jamais été envoyé de cette façon [37].

En effet, la nature humaine est nécessairement servante de dieu : la créature est servante et nous sommes les serviteurs de Dieu par nature [38].

En outre, à cause de la faute commune, notre nature est tombée dans un tel abîme de vice et de honte que nous étions devenus les ennemis de Dieu : Nous étions par nature fils de colère [39].

Nulle puissance n’était capable de nous arracher à cette ruine et de nous sauver de la perte éternelle. Cette tâche, Dieu, créateur de l’homme, l’a accomplie dans sa souveraine miséricorde par son Fils unique, grâce auquel nous avons été rétablis avec une plus grande abondance de dons dans la dignité et la noblesse que nous avions perdues. Dire quelle a été cette œuvre accomplie par la grâce divine dans l’âme dans l’âme humaine est chose impossible ; aussi les Livres Saints et les Pères de l’Eglise nous appellent-ils heureusement régénérés, créatures nouvelles, participant de la nature divine, fils de Dieu, déifiés et autres titres analogues. Ce n’est pas sans raison que de si grands bienfaits sont attribués spécialement au Saint-Esprit. Il est l’Esprit d’adoption des fils par lequel nous crions : Abba Père ; c’est lui qui répand dans le cœurs la suavité de l’amour paternel : ce même Esprit nous fait comprendre que nous sommes les fils de Dieu [40]. Pour l’expliquer, la similitude constatée par l’Ange de l’école entre les deux œuvres de l’Esprit-Saint vient fort à propos ; par lui, le Christ a été conçu dans la sainteté pour être le Fils naturel de Dieu et les autres sont sanctifiés pour devenir fils adoptifs de Dieu [41] ; ainsi, l’amour, mais l’amour incréé, produit une régénération spirituelle bien supérieure à ce qui pourrait se faire dans la nature.

 

Cette régénération et rénovation commence pour l’homme au baptême : en ce sacrement, l’âme se dépouille de l’esprit impur, est pénétrée pour la première fois de l’Esprit-Saint qui la rend semblable à lui : Ce qui est né de l’Esprit est esprit [42].

Ce même Esprit se donne dans la Confirmation d’une façon plus abondante pour assurer la fermeté et la vigueur de la vie chrétienne ; c’est à lui que les martyrs et les vierges ont dû leurs triomphes sur les attraits de la corruption. L’Esprit-Saint, disons-nous, se donne lui-même. L’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné [43]. Non seulement il nous apporte les grâces divines, mais il en est l’auteur et il est lui-même le don suprême ; procédant du mutuel amour du Père et du Fils, il est et on l’appelle à juste titre le don du Dieu Très-Haut. Pour mettre plus en lumière la nature et la force de ce don, il importe de rappeler les explications données par les Docteurs d’après les enseignements des Saintes Lettres : Dieu est présent en toutes choses par sa puissance, en tant que tout lui est soumis ; par sa présence, en tant que tout est à découvert devant ses yeux ; par son essence, en tant qu’il est pour tous les êtres la cause de leur existence [44]. Mais Dieu n’est pas seulement dans l’homme comme il est dans les choses ; il est, de plus, connu et aimé de lui, puisque notre nature nous fait elle-même aimer, désirer et poursuivre le bien. Enfin Dieu, par sa grâce, réside dans l’âme juste ainsi qu’en un temple, d’une façon très intime et spéciale. De là ce lien d’amour qui unit étroitement l’âme à Dieu plus qu’un ami ne peut l’être à son meilleur ami, et la fait jouir de lui avec une pleine suavité.

Cette admirable union, appelée inhabitation, dont l’état bienheureux des habitants du ciel ne diffère que par la condition, est cependant produite très réellement par la présence de toute la Trinité : Nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure [45]. Elle est attribuée néanmoins d’une façon spéciale au Saint-Esprit. En effet, des traces de la puissance et de la sagesse divines se manifestent même chez un homme pervers ; mais le juste seul participe à l’amour, qui est la caractéristique du Saint-Esprit. Ce qui le confirme, c’est que cet Esprit est appelé Saint parce qu’étant le premier et le suprême amour, il conduit les âmes à la sainteté qui, en dernière analyse, consiste dans l’amour de Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre, appelant les justes temples de Dieu, ne les appelle pas expressément temple du Père ou du Fils, mais du Saint-Esprit : Ne savez-vous pas que vos membres sont les temples du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu [46] ? L’abondance des bienfaits célestes qui résultent de la présence de Saint-Esprit dans les âmes pieuses se manifeste de beaucoup de manières. Telle est, en effet, la doctrine de saint Thomas d’Aquin : Puisque l’Esprit-Saint procède comme amour, il procède en qualité de premier don ; c’est pourquoi saint Augustin dit que, par le don qui est l’Esprit-Saint, beaucoup de dons particuliers sont distribués aux membres du Christ [47]. Parmi ces dons se trouvent ces secrets avertissements, ces mystérieuses invitations qui, par une impulsion de l’Esprit-Saint, sont faits aux âmes et sans lesquels on ne peut ni s’engager dans la voie de la vertu, ni progresser, ni parvenir au terme du salut éternel. Puisque ces paroles et ces influences se produisent secrètement dans les âmes, c’est avec à-propos que les Saintes Lettres les comparent quelquefois au souffle de la brise ; et le Docteur Angélique les assimile avec raison aux mouvements du cœur dont toute la force est cachée à l’être qu’il anime : Le cœur a une certaine influence secrète, c’est pourquoi on lui compare l’Esprit-Saint qui vivifie et unit l’Eglise d’une façon invisible [48].

De plus, le juste qui vit déjà de la vie de la grâce, et chez lequel les vertus jouent le rôle des facultés de l’âme, a absolument besoin des sept dons qu’on appelle plus particulièrement dons du Saint-Esprit. Par ces dons, l’esprit se fortifie et devient apte à obéir plus facilement et plus promptement aux paroles et aux impulsions du Saint-Esprit ; aussi ces dons sont d’une telle efficacité qu’ils conduisent l’homme au plus haut degré de la sainteté, ils sont si excellents qu’ils demeureront les mêmes dans le royaume des cieux, quoique dans un degré plus parfait. Grâce à eux, l’âme est amenée et excitée à acquérir les béatitudes évangéliques, ces fleurs que le printemps voit éclore, signes précurseurs de la béatitude éternelle. Enfin, quelle suavité dans ces fruits énumérés par l’Apôtre [49], apportés par l’Esprit-Saint aux âmes justes même en cette vie périssable, pleins de douceur et d’allégresse, tels qu’il convient à l’Esprit de les produire, lui qui est, dans la Trinité, la suavité du Père et du Fils, et qui répand sur toutes les créatures ses généreuses et fécondes largesses [50] ! L’Esprit divin procédant du Père et du Verbe dans l’éternelle lumière de la sainteté, en tant qu’amour et don, après s’être montré dans l’Ancien Testament sous les voiles des figures, s’est répandu lui-même avec abondance dans le Christ et dans l’Eglise son corps mystique. Par sa présence et sa grâce, il a transformé les hommes plongés dans la corruption et le vice d’une façon si complète que, n’étant plus terrestres tout en restant sur la terre, ils deviennent semblables à des habitants du Ciel.

Puisque ces dons sont si grands et qu’ils montrent si nettement l’immense bonté de l’Esprit-Saint à notre égard, ils nous obligent à lui témoigner la plus grande piété et soumission. Nous y parviendrons aisément en nous appliquant chaque jour davantage à le connaître, l’aimer, l’invoquer : puisse cette exhortation, sortie de Notre cœur paternel, provoquer cet amour. - Peut-être y a-t-il encore aujourd’hui des chrétiens qui, interrogés comme ceux auxquels l’Apôtre demandait jadis s’ils avaient reçu le Saint-Esprit, répondraient comme eux : Mais nous n’avons même pas entendu dire qu’il y eût un Esprit-Saint [51].

Du moins beaucoup ne connaissent pas cet Esprit ; Il le nomment souvent dans leurs exercices de piété, mais avec une foi très peu éclairée. En conséquence, que les prédicateurs et tous ceux qui ont charge d’âmes se souviennent qu’il leur incombe le devoir de transmettre avec zèle et en détail tout ce qui concerne le Saint-Esprit, en écartant toutefois les controverses ardues et subtiles, afin d’éviter les vaines témérités de ceux qui voudraient imprudemment scruter tous les mystères divins. Il importe plutôt de rappeler clairement les bienfaits sans nombre qui ne cessent de découler sur nous de cette source divine ; ainsi, ils dissiperont entièrement l’erreur et l’ignorance indignes des fils de lumière. Nous insistons sur ce point, non seulement parce qu’il s’agit d’un mystère qui nous conduit directement à la vie éternelle, et que, par conséquent, nous devons croire fermement, mais encore parce que le bien est d’autant plus aimé qu’il est plus connu. On doit aimer l’Esprit-Saint, - et c’est le second sujet que Nous avions annoncé - parce qu’il est Dieu : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces [52]. On doit aussi l’aimer parce qu’il est l’Amour premier, substantiel, éternel, et rien n’est plus aimable que l’amour ; on doit l’aimer d’autant plus qu’il nous a comblés de plus grands bienfaits qui témoignent de sa munificence et appellent notre gratitude. Cet amour a une double utilité fort appréciable. Il nous excitera à acquérir chaque jour une connaissance plus complète de l’Esprit-Saint : Celui qui aime dit le Docteur Angélique, ne se contente pas d’un aperçu superficiel de l’objet aimé ; mais il s’efforce d’en rechercher tous les détails intimes, et il pénètre tellement dans son intimité, qu’on dit de l’Esprit-Saint, Amour de Dieu, qu’il scrute même les profondeurs divines [53], et il nous accordera ses dons célestes en abondance, d’autant plus que, si l’ingratitude ferme la main du bienfaiteur, par contre, la reconnaissance la fait rouvrir. Il faut veiller à ce que cet amour ne se borne pas à une aride connaissance ni à hommage purement extérieur ; qu’il soit, au contraire, prompt à agir, et surtout qu’il évite le péché, qui offense particulièrement le Saint-Esprit. En effet, tout ce que nous sommes, nous le sommes par la bonté divine, qui est attribuée spécialement au Saint-Esprit. Il offense donc son Bienfaiteur celui qui pèche et qui, abusant de ses dons et de sa bonté, devient chaque jour plus audacieux.

Comme Il est Esprit de vérité, si quelqu’un tombe par faiblesse ou ignorance, il aura peut-être une excuse aux yeux de Dieu, mais celui qui, par malice, combat la vérité et s’en détourne, pèche gravement contre le Saint-Esprit. Cette faute s’est tellement multipliée de nos jours, qu’il semble que nous soyons arrivés à cette époque perverse prédite par saint Paul, où les hommes, aveuglés par un juste jugement de Dieu, regarderont comme vrai ce qui est faux et croiront au Prince de ce monde, qui est menteur et père du mensonge, comme s’il était le docteur de vérité. Dieu leur enverra l’esprit d’erreur, afin qu’ils croient au mensonge [54; dans les derniers jours, certains abandonneront la foi, s’attachant à l’esprit d’erreur et aux doctrines diabolique [55]. Mais puisque l’Esprit-Saint, comme Nous l’avons dit, habite en nous ainsi qu’en un temple, il faut rappeler le précepte de l’Apôtre : Ne contristez pas l’Esprit de Dieu dont vous portez le signe [56]. Il ne suffit pas d’éviter le mal, mais le chrétien doit briller de l’éclat de toutes les vertus, afin de plaire à un hôte si grand et si bienfaisant ; au premier rang, doivent se trouver la pureté et la sainteté, qualités qui conviennent à un temple.

C’est pourquoi le même Apôtre dit : Ignorez-vous que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un profane le temple de Dieu, Dieu le perdra ; car le temple que vous êtes est saint [57] ; menace terrible, il est vrai, mais combien juste ! - Enfin, il faut prier le Saint-Esprit, car il n’est personne qui n’ait le plus grand besoin de son aide et de son secours. Comme nous sommes tous dépourvus de sagesse et de force, accablés par les épreuves, portés au mal, nous devons tous chercher un refuge auprès de celui qui est la source éternelle de la lumière, de la force, de la consolation, de la sainteté. C’est à lui surtout qu’il faut demander ce bien indispensable aux hommes, la rémission des péchés : le propre de l’Esprit-Saint est d’être le don du Père et du Fils ; la rémission des péchés se fait par l’Esprit-Saint, en tant que don de Dieu [58]. C’est de cet Esprit que la liturgie dit expressément : il est la rémission de tous les péchés [59]. Comment faut-il prier ? L’Eglise nous l’enseigne très clairement, elle qui le supplie et l’adjure par les noms les plus doux : Venez, Père des pauvres ; venez, distributeur des grâces ; venez, lumière des cœurs ; consolateur excellent, doux hôte de l’âme, agréable rafraîchissement ; elle le conjure de laver, de purifier, de baigner nos esprits et nos cœurs, de donner à ceux qui ont confiance en lui le mérite de la vertu, une heureuse mort et la joie éternelle. Et l’on ne peut douter qu’il n’écoute ces prières, celui a écrit de lui-même : l’Esprit lui-même supplie pour nous avec des gémissements inénarrables [60]. Enfin, il faut lui demander assidûment et avec confiance de nous éclairer de plus en plus, de nous brûler des feux de son amour, afin qu’appuyés sur la foi et la charité, nous marchions avec ardeur vers les récompenses éternelles, car il est le gage de notre héritage [61].

Vous connaissez maintenant, vénérables Frères, les avis et les exhortations qu’il Nous a plu de publier pour accentuer le culte de l’Esprit-Saint. Ces conseils, Nous n’en doutons pas, porteront, avec le secours de votre zèle, des fruits excellents parmi le peuple chrétiens. Pour y arriver, Nous ne négligerons aucun effort et Nous travaillerons à nourrir encore cette piété par tous les moyens favorables. Il y a deux ans, dans Notre Lettre Provida matris, Nous recommandions pour la Pentecôte des prières destinées à hâter l’unité du peuple chrétien ; aujourd’hui, il Nous plaît de prendre à ce sujet des décisions plus étendues. Nous décrétons donc et Nous ordonnons que dans tout le monde catholique, cette année et les suivantes, une neuvaine soit faite avant la Pentecôte dans toutes les églises paroissiales, et, si l’Ordinaire le juge bon, dans toutes les églises. A tous ceux qui auront pris part à cette neuvaine et prié à Nos intentions, Nous accordons une indulgence de sept ans et sept quarantaines pour chaque jour ; Nous accordons une indulgence plénière pour l’un de ces jours, soit le jour même de la Pentecôte, soit un jour de l’octave, à tous ceux qui, s’étant confessés, auront communié et prié à Nos intentions. Ceux qui, pour un motif légitime, ne pourront prendre part à ces prières publiques, ou dans l’Eglise desquels elles ne pourront être faites d’après le jugement de l’Ordinaire, participeront à ces mêmes faveurs spirituelles pourvu qu’après avoir fait la neuvaine en particulier, ils remplissent les conditions prescrites. Nous accordons en outre à perpétuité du trésor de l’Eglise, à ceux qui réciteront chaque jour, en public ou en particulier, des prières au Saint-Esprit depuis l’octave de la Pentecôte jusqu’à la fête de la Sainte Trinité tout en remplissant les conditions indiquées plus haut, la faculté de gagner les deux indulgences. Enfin, Nous permettons d’appliquer toutes ces indulgences aux âmes du Purgatoire.

Notre esprit et Notre attention se reportent maintenant aux vœux que nous émettions au début ; Nous demandons et demanderons encore leur réalisation à l’Esprit-Saint par d’ardentes prières. Unissez-vous à Nous, vénérables Frères, et que toutes les nations catholiques joignent leurs voix à la Nôtre et s’adressent à la puissante et bienheureuse Vierge Marie. Vous savez quels liens intimes et admirables l’unissent à cet Esprit dont elle est appelée l’Epouse immaculée. Sa prière contribua au mystère de l’Incarnation et à la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. Qu’elle fortifie nos communes prières par son bienveillant suffrage afin que l’Esprit renouvelle en faveur des malheureux de cette vie les merveilles chantées par David : Vous enverrez votre Esprit-Saint et tout sera créé, et vous renouvellerez la face de la terre [62]. Comme gage des faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance, recevez, vénérables Frères, pour vous, pour votre clergé et pour votre peuple, la bénédiction apostolique que Nous vous accordons très affectueusement dans le Seigneur.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 9 mai 1897, la vingtième année de notre pontificat.

Notes

[1]Matth., XI, 28 ; Jean, XIV, 6 ; X, 11, 14.

[2]Jean, XVI, 7.

[3]Job, XXVI, 13.

[4]Sagesse, I, 7.

[5]S. Léon Le Grand, Sermo II, pour l’anniversaire de son élévation au Pontificat ; P. L., LIV, 144

[6]De Spiritu Sancto, C. XVI, 39.

[7]Jean, I, 18.

[8]Somme Théol. Ia, q. XXXI, a. 2. - S. Augustin, De Trinitate., I, 3 ; P.L., XLII, 822

[9]Rom. XI, 36.

[10]S. Augustin, De Trinitate, VI, 10 ; P.L., XLII, 932. et I, 6, P.L., XLII, 827.

[11]S. Augustin, De Trinitate, I, 5 ; P.L., XLII, 824.

[12]S. Augustin, De Trinitate, I, 4 ; P.L., XLII, 824.

[13]S. Thomas, Somme Théol., I, q. XXXIV, art. 7.

[14]S. Augustin, De Trinitate, IV, 20 ; P.L. XLII, 906.

[15]Matth., I, 18-20.

[16]I Thimoth., III, 16

[17]Jean, III, 16.

[18]Enchir. Ch. XI. - S. Thom., p. III, q. XXXII, art. 1.

[19]Act., X, 38

[20]S. Basile, De L’Esp.S., ch. XVI.

[21]Hébr., IX, 14.

[22]Ibid. IV, 1 ; XI, 2,3.

[23]De la Trinité., I. XV, ch. XXVI.

[24]De la Trinité., II. XXIX.

[25]Cyrille de Jérusalem, catéchèse 17.

[26]Hom. Sur Matth., I. - II Cor., III, 3.

[27]S. Jean, XVI, 12, 13.

[28]S. Jean, XIV, 16, 17.

[29]Actes, XX, 28.

[30]S. Jean, XX, 22, 23.

[31]S. Aug., Serm. CLXXXVII, sur le temps.

[32]S. Jean , VII, 38-39.

[33]S. Léon le G., Hom. III, De la Pentecôte.

[34]Gal., IV, 1,2.

[35]Jean, VII, 39.

[36]Ephés. VI, 8.

[37]S. Aug.,De la Trinité, I. IV, c. 20.

[38]S. Cyrille d’Alex., Thesaur. V, 5.

[39]Ephés. II, 3.

[40]Rom., VIII, 15-16.

[41]S. Thom. P. II, q. XXXII, art. 1.

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Sainte Marie-Madeleine de Pazzi vierge

29 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi vierge

Collecte

Dieu, qui aimez la virginité, et qui avez orné des dons célestes, Marie-Madeleine, cette vierge embrasée de votre amour, donnez-nous d’imiter, dans sa pureté et sa charité, celle que nous vénérons en célébrant sa fête

Office

Quatrième leçon. Née à Florence de l’illustre famille des Pazzi, Marie-Madeleine prit, on peut dire, dès son berceau, le chemin de la perfection. A dix ans, elle fit vœu de chasteté. Ayant revêtu l’habit de carmélite au monastère de Notre-Dame des Anges, elle se montra un modèle de toutes les vertus. Elle était si pure qu’elle ignorait absolument ce qui peut blesser la pureté. Sur l’ordre de Dieu, elle jeûna pendant cinq ans au pain et à l’eau, sauf les dimanches, où elle usait des mets permis en Carême. Elle châtiait son corps par le cilice, les flagellations, le froid, le jeûne, les veilles, l’insuffisance du vêtement et par toutes sortes de mortifications.

Cinquième leçon. Le feu de l’amour divin la brûlait à ce point que, ne pouvant le supporter, elle était obligée de se rafraîchir la poitrine avec de l’eau. Souvent ravie hors d’elle-même, Marie-Madeleine avait des extases prolongées et merveilleuses ; dans ces extases, elle pénétrait les mystères célestes, et recevait de Dieu des faveurs insignes. Ainsi fortifiée elle soutint un long combat contre les princes des ténèbres, en proie qu’elle fut à la sécheresse, à la désolation, abandonnée de tout le monde et tourmentée de tentations diverses : Dieu le permettant, pour qu’elle devint le modèle d’une invincible patience et de l’humilité la plus profonde.

Sixième leçon. Sa charité envers le prochain a été particulièrement remarquable : souvent elle passait des nuits sans dormir, soit pour accomplir les tâches de ses sœurs, soit pour servir celles qui étaient malades, et elle en a guéri plusieurs en suçant leurs ulcères. Elle déplorait amèrement que les infidèles et les pécheurs fussent en voie de perdition, et s’offrait à endurer tous les tourments pour leur salut. Une vertu héroïque l’ayant fait renoncer, bien des années avant sa mort, à toutes les délices dont le Ciel la comblait, elle répétait souvent : « Souffrir et non mourir ». Enfin, épuisée par une longue et douloureuse infirmité, elle alla se réunir à l’Époux, le vingt-cinq mai -mil six cent sept, à l’âge de quarante et un ans. De nombreux miracles accomplis avant et après sa mort l’ont rendue célèbre. Clément IX l’a inscrite au nombre des saintes Vierges, et son corps s’est jusqu’à présent conservé sans corruption.

Le Cycle pascal nous offre trois illustres vierges que l’Italie a produites. Nous avons salué dans notre admiration la vaillante Catherine de Sienne ; sous peu de jours, nous célébrerons Angèle de Mérici, entourée de son essaim de jeunes filles ; aujourd’hui le lis de Florence, Madeleine de Pazzi, embaume toute l’Église de ses parfums. Elle a été l’amante et l’imitatrice du divin crucifié ; n’est-il pas juste qu’elle ait part aux allégresses de sa résurrection ?

Madeleine de Pazzi a brillé sur le Carmel par son éclatante pureté et par l’ardeur de son amour. Elle a été, comme Philippe Néri, l’une des plus éclatantes manifestations de la divine charité au sein de la vraie Église, se consumant à l’ombre du cloître comme Philippe dans les labeurs du ministère des âmes, ayant recueilli l’un et l’autre, pour l’accomplir en eux, cette parole de l’Homme-Dieu : « Je suis venu allumer le feu sur la terre ; et quel est mon désir, sinon qu’il s’enflamme ? »

La vie de l’Épouse du Christ fut un miracle continuel. L’extase et les ravissements étaient journaliers chez elle. Les plus vives lumières lui furent communiquées sur les mystères, et, afin de l’épurer davantage pour ces sublimes communications, Dieu lui fit traverser les plus redoutables épreuves de la vie spirituelle. Elle triompha de tout, et son amour montant toujours, elle ne trouvait plus de repos que dans la souffrance, par laquelle seule elle pouvait alimenter le feu qui la consumait. En même temps son cœur débordait d’amour pour les hommes ; elle eût voulu les sauver tous, et sa charité si ardente pour lésâmes s’étendait avec héroïsme jusqu’à leurs corps. Tant que dura ici-bas cette existence toute séraphique, le ciel regarda Florence avec une complaisance particulière ; et le souvenir de tant de merveilles a maintenu dans cette ville, après plus de deux siècles, un culte fervent à l’égard de l’insigne épouse du Sauveur des hommes.

L’un des plus frappants caractères de la divinité et de la sainteté de l’Église apparaît dans ces existences privilégiées, sur lesquelles se montre avec tant d’éclat l’action directe des mystères de notre salut. « Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique » ; et ce Fils de Dieu daigne se passionner pour une de ses créatures, produisant en elle de tels effets, que tous les hommes sont à même d’y prendre une idée de l’amour dont son Cœur divin est embrasé pour ce monde qu’il a racheté au prix de son sang. Heureux ceux qui savent goûter ce spectacle, qui savent rendre grâces pour de tels dons ! Ils ont la vraie lumière, tandis que ceux qui s’étonnent et hésitent font voir que les lueurs qui sont en eux luttent encore avec les ténèbres de la nature déchue. L’espace qui nous reste ne nous permet pas, à notre grand regret, de développer davantage le caractère et la vie de notre sainte.

Votre vie ici-bas, ô Madeleine, a semblé celle d’un ange que la volonté divine eût captivé sous les lois de notre nature inférieure et déchue. Toutes vos aspirations vous entraînaient au delà des conditions de la vie présente, et Jésus se plaisait à irriter en vous cette soif d’amour qui ne pouvait s’apaiser qu’aux sources jaillissantes de la vie éternelle. Une lumière céleste vous révélait les mystères divins, votre cœur ne pouvait contenir les trésors de vérité et d’amour que l’Esprit-Saint y accumulait ; et alors votre énergie se réfugiait dans le sacrifice et dans la souffrance, comme si l’anéantissement de vous-même eût pu seul acquitter la dette que vous aviez contractée envers le grand Dieu qui vous comblait de ses faveurs les plus chères.

Âme de séraphin, comment vous suivrons-nous ? Qu’est notre amour auprès du vôtre ? Nous pouvons cependant nous attacher de loin à vos traces. L’année liturgique était le centre de votre existence ; chacune de ses saisons mystérieuses agissait sur vous, et vous apportait, avec de nouvelles lumières, de nouvelles ardeurs. L’Enfant divin de Bethlehem, la sanglante Victime de la croix, le glorieux Époux vainqueur de la mort, l’Esprit rayonnant de sept dons ineffables, vous ravissaient tour à tour ; et votre âme, renouvelée par cette succession de merveilles, se transformait toujours plus en celui qui, pour s’emparer de nos cœurs, a daigné se traduire lui-même dans ces gestes immortels que la sainte Église nous fait repasser chaque année avec le secours d’une grâce toujours nouvelle. Vous aimiez ardemment les âmes durant votre vie mortelle, ô Madeleine ; votre amour s’est accru encore dans la possession du bien suprême ; obtenez-nous la lumière pour voir mieux ce qui ravissait toutes vos puissances, l’ardeur de l’amour pour aimer mieux ce qui passionnait votre cœur.

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Saint Augustin de Cantorbéry évêque et confesseur

28 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Augustin de Cantorbéry évêque et confesseur

Collecte

O Dieu, qui, par la prédication et les miracles du bienheureux Augustin, votre Confesseur et Pontife, avez daigné éclairer de la lumière de la vraie foi la nation anglaise, faites que, par son intercession, les cœurs égarés reviennent à l’unité de votre vérité, et que nous soyons tous unis de cœur en votre volonté.

Office

Quatrième leçon. L’an cinq cent quatre-vingt-dix-sept, Augustin, moine du monastère de Latran à Rome, fut envoyé par Grégoire le Grand en Angleterre, avec environ quarante moines de sa communauté, pour convertir au Christ les populations de cette contrée. Il y avait alors dans le pays de Kent un roi très puissant, nommé Ethelbert. Ayant appris le motif de l’arrivée d’Augustin, il l’invita à venir avec ses compagnons à Cantorbéry, capitale de son royaume, et lui accorda de bonne grâce l’autorisation d’y demeurer et d’y prêcher le Christ. Le Saint bâtit donc près de Cantorbéry un oratoire où il résida quelque temps, et où ses compagnons et lui menèrent à l’envi un genre de vie tout apostolique.

Cinquième leçon. L’exemple de sa vie, joint à la prédication de la céleste doctrine que confirmaient de nombreux miracles, gagna les insulaires, puis amena à embrasser le christianisme la plupart d’entre eux et finalement le roi lui-même, qui reçut le baptême, ainsi qu’un nombre considérable des gens de son entourage ; ces faits comblèrent de joie la reine Berthe, qui était chrétienne. Il arriva qu’un jour de Noël Augustin baptisa plus de dix mille Anglais dans les eaux d’une rivière qui coule à York, et l’on rapporte que tous ceux qui se trouvaient atteints de quelque maladie recouvrèrent la santé du corps, en même temps qu’ils recevaient le salut de l’âme. Ordonné Évêque par l’ordre de Grégoire, Augustin établit son siège à Cantorbéry dans l’église du Sauveur qu’il avait élevée, et y plaça des moines pour seconder ses travaux ; il construisit dans un faubourg le monastère de Saint-Pierre, qui porta même plus tard le nom d’Augustin. Ce même Pape Grégoire lui accorda l’usage du pallium, avec le pouvoir d’établir en Angleterre la hiérarchie ecclésiastique. Il lui envoya aussi de nouveaux ouvriers apostoliques, parmi lesquels Méliton, Just, Paulin et Rufin.

Sixième leçon. Les affaires de son Église étant réglées, Augustin réunit en synode les Évêques et les docteurs des anciens Bretons, depuis longtemps en désaccord avec l’Église romaine par rapport à la célébration de la fête de Pâques et à d’autres questions de rite. Mais comme il ne parvenait à les ramener à l’unité, ni par l’autorité du siège apostolique ni par des miracles, un esprit prophétique l’inspirant, il leur prédit leur perte. Enfin, après avoir accompli de nombreux travaux pour le Christ et d’éclatants prodiges, après avoir préposé Méliton à l’Église de Londres, Just à celle de Rochester, il désigna Laurent pour son successeur, et partit pour le ciel, le sept des calendes de juin, sous le règne d’Ethelbert. Il fut enterré au monastère de Saint-Pierre, qui devint le lieu de sépulture des Archevêques de Cantorbéry et de plusieurs rois. Les Anglais lui rendirent un culte fervent, et le souverain Pontife Léon XIII a étendu son Office et sa Messe à l’Église universelle.

Quatre cents ans étaient à peine écoulés, depuis le départ d’Éleuthère pour la patrie céleste, qu’un second apôtre de la grande île britannique s’élevait de ce monde, au même jour, vers la gloire éternelle. La rencontre de ces deux pontifes sur le cycle est particulièrement touchante, en même temps qu’elle nous révèle la prévoyance divine qui règle le départ de chacun de nous, en sorte que le jour et l’heure en sont fixés avec une sagesse admirable. Plus d’une fois nous avons reconnu avec évidence ces coïncidences merveilleuses qui forment un des principaux caractères du cycle liturgique. Aujourd’hui, quel admirable spectacle dans ce premier archevêque de Cantorbéry, saluant sur son lit de mort le jour où le saint pape à qui l’Angleterre doit la première prédication de l’Évangile, monta dans les cieux, et se réunissant à lui dans un même triomphe ! Mais aussi qui n’y reconnaîtrait un gage de la prédilection dont le ciel a favorisé cette contrée longtemps fidèle, et devenue depuis hostile à sa véritable gloire ?

L’œuvre de saint Éleuthère avait péri en grande partie dans l’invasion des Saxons et des Angles, et une nouvelle prédication de l’Évangile était devenue nécessaire. Rome y pourvut comme la première fois. Saint Grégoire le Grand conçut cette noble pensée ; il eût désiré assumer sur lui-même les fatigues de l’apostolat dans cette contrée redevenue infidèle ; un instinct divin lui révélait qu’il était destiné à devenir le père de ces insulaires, dont il avait vu quelques-uns exposés comme esclaves sur les marchés de Rome. Mais du moins il fallait à Grégoire des apôtres capables d’entreprendre ce labeur auquel il ne lui était pas donné de se livrer en personne. Il les trouva dans le cloître bénédictin, où lui-même avait abrité sa vie durant plusieurs années. Rome alors vit partir Augustin à la tête de quarante moines se dirigeant vers l’île des Bretons, sous l’étendard de la croix.

Ainsi la nouvelle race qui peuplait cette île recevait à son tour la foi par les mains d’un pape ; des moines étaient ses initiateurs à la doctrine du salut. La parole d’Augustin et de ses compagnons germa sur ce sol privilégié. Il lui fallut, sans doute, du temps pour s’étendre à l’île tout entière ; mais ni Rome, ni l’ordre monastique n’abandonnèrent l’œuvre commencée ; les débris de l’ancien christianisme breton finirent par s’unir aux nouvelles recrues, et l’Angleterre mérita d’être appelée longtemps l’île des saints.

Les gestes de l’apostolat d’Augustin dans cette île ravissent la pensée. Le débarquement des missionnaires romains qui s’avancent sur cette terre infidèle en chantant la Litanie ; l’accueil pacifique et même bienveillant que leur fait dès l’abord le roi Ethelbert ; l’influence de la reine Berthe, française et chrétienne, sur l’établissement de la foi chez les Saxons ; le baptême de dix mille néophytes dans les eaux d’un fleuve au jour de Noël, la fondation de l’Église primatiale de Cantorbéry, l’une des plus illustres de la chrétienté par la sainteté et la grandeur de ses évêques : toutes ces merveilles montrent dans l’évangélisation de l’Angleterre un des traits les plus marqués de la bienveillance céleste sur un peuple. Le caractère d’Augustin, calme et plein de mansuétude, son attrait pour la contemplation au milieu de tant de labeurs, répandent un charme de plus sur ce magnifique épisode de l’histoire de l’Église ; mais on a le cœur serré quand on vient à songer qu’une nation prévenue de telles grâces est devenue infidèle à sa mission, et qu’elle a tourné contre Rome, sa mère, contre l’institut monastique auquel elle est tant redevable, toutes les fureurs d’une haine parricide et tous les efforts d’une politique sans entrailles.

Vous êtes, ô Jésus ressuscité, la vie des peuples, comme vous êtes la vie de nos âmes. Vous appelez les nations à vous connaître, à vous aimer et à vous servir ; car « elles vous ont été données en héritage », et vous les possédez tour à tour. Votre amour vous inclina de bonne heure vers cette île de l’Occident que, du haut de la croix du Calvaire, votre regard divin considérait avec miséricorde. Dès le deuxième siècle, votre bonté dirigea vers elle les premiers envoyés de la parole ; et voici qu’à la fin du sixième, Augustin, votre apôtre, délégué par Grégoire, votre vicaire, vient au secours d’une nouvelle race païenne qui s’est rendue maîtresse de cette île appelée à de si hautes destinées.

Vous avez régné glorieusement sur cette région, ô Christ ! Vous lui avez donné des pontifes, des docteurs, des rois, des moines, des vierges, dont les vertus et les services ont porté au loin la renommée de l’Ile des saints ; et la grande part d’honneur dans une si noble conquête revient aujourd’hui à Augustin, votre disciple et votre héraut. Votre empire a duré longtemps, ô Jésus, sur ce peuple dont la foi fut célèbre dans le monde entier ; mais, hélas ! des jours funestes sont venus, et l’Angleterre n’a plus voulu que vous régniez sur elle, et elle a contribué à égarer d’autres nations soumises à son influence. Elle vous a haï dans votre vicaire, elle a répudié la plus grande partie des vérités que vous avez enseignées aux hommes, elle a éteint la foi, pour y substituer une raison indépendante qui a produit dans son sein toutes les erreurs. Dans sa rage hérétique, elle a foulé aux pieds et brûlé les reliques des saints qui étaient sa gloire, elle a anéanti l’ordre monastique auquel elle devait le bienfait du christianisme, elle s’est baignée dans le sang des martyrs, encourageant l’apostasie et poursuivant comme le plus grand des crimes la fidélité à l’antique foi.

En retour, elle s’est livrée avec passion au culte de la matière, à l’orgueil de ses flottes et de ses colonies ; elle voudrait tenir le monde entier sous sa loi. Mais le Seigneur renversera un jour ce colosse de puissance et de richesse. La petite pierre détachée de la montagne l’atteindra à ses pieds d’argile, et les peuples seront étonnés du peu de solidité qu’avait cet empire géant qui s’était cru immortel. L’Angleterre n’appartient plus à votre empire, ô Jésus ! Elle s’en est séparée en rompant le lien de communion qui l’unit si longtemps à votre unique Église. Vous avez attendu son retour, et elle ne revient pas ; sa prospérité est le scandale des faibles, et c’est pour cela que sa chute, que l’on peut déjà prévoir, sera lamentable et sans retour.

En attendant cette épreuve terrible que votre justice fera subir à l’île coupable, votre miséricorde, ô Jésus, glane dans son sein des milliers d’âmes, heureuses de voir la lumière, et remplies pour la vérité qui leur apparaît, d’un amour d’autant plus ardent, qu’elles en avaient été plus longtemps privées. Vous vous créez un peuple nouveau au sein même de l’infidélité, et chaque année la moisson est abondante. Poursuivez votre œuvre miséricordieuse, afin qu’au jour suprême ces restes d’Israël proclament, au milieu des désastres de Babylone, l’immortelle vie de cette Église dont les nations qu’elle a nourries ne sauraient se séparer impunément.

Saint apôtre de l’Angleterre, Augustin, votre mission n’est donc pas terminée. Le Seigneur a résolu de compléter le nombre de ses élus, en glanant parmi l’ivraie qui couvre le champ que vos mains ont ensemencé. Venez en aide au labeur des nouveaux envoyés du Père de famille. Par votre intercession, obtenez ces grâces qui éclairent les esprits et changent les cœurs. Révélez à tant d’aveugles que l’Épouse de Jésus est « unique », comme il l’appelle lui-même ; que la foi de Grégoire et d’Augustin n’a pas cessé d’être la foi de l’Église catholique, et que trois siècles de possession ne sauraient créer un droit à l’hérésie sur une terre qu’elle n’a conquise que par la séduction et la violence, et qui garde toujours le sceau ineffaçable de la catholicité.

 

 

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Saint Bède le vénérable confesseur et docteur mémoire de Saint Jean I Pape et martyr

27 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Bède le vénérable confesseur et docteur mémoire de Saint Jean I Pape et martyr

Collecte

Dieu, qui illustrez votre Église par la science du bienheureux Bède votre Docteur et Confesseur, accordez dans votre bonté à vos serviteurs d’être toujours éclairés de sa sagesse et aidés de ses mérites.

Office

Quatrième leçon. Bède, prêtre de Jarrow, né sur les confins de la Grande-Bretagne et de l’Écosse, n’avait que sept ans quand son éducation fut confiée à saint Benoît Biscop, abbé de Wearmouth. Devenu moine, il régla sa vie de telle sorte que, tout en se donnant entièrement à l’étude des arts et des sciences, il n’a jamais rien omis des règles monastiques. Il n’est pas de science qu’il n’ait acquise, grâce à des études approfondies ; mais il apporta surtout ses soins les plus assidus aux divines Écritures ; et, pour les posséder plus pleinement, il apprit le grec et l’hébreu. A trente ans, sur l’ordre de son supérieur, il fut ordonné prêtre et aussitôt, à la demande d’Acca, évêque d’Exham, il donna des leçons d’Écriture sainte ; il les appuyait si bien sur la doctrine des Saints Pères, qu’il n’avançait rien qui ne fût fortifié par leur témoignage, se servant souvent presque des mêmes expressions. Le repos lui était en horreur il passait de ses leçons à l’oraison pour retourner de l’oraison à ses leçons ; il était si enflammé par les sujets qu’il traitait, que souvent les larmes accompagnaient ses explications. Pour ne pas être distrait par les soucis temporels, il ne voulut jamais accepter la charge d’abbé qui lui fut bien des fois offerte.

Cinquième leçon. Bède s’acquit un tel renom de science et de piété, que la pensée vint à Saint Sergius, pape, de le faire venir à Rome, pour qu’il travaillât à la solution des difficiles questions que la science sacrée avait alors à étudier. Il fit plusieurs ouvrages, dans le but de corriger les mœurs des fidèles, d’exposer et de défendre la foi, ce qui lui valut à un tel point l’estime générale que saint Boniface, évêque et martyr, l’appelait la lumière de l’Église ; Lanfranc, docteur des Angles, et le concile d’Aix-la-Chapelle, docteur admirable. Bien plus, ses écrits étaient lus publiquement dans les églises, même de son vivant. Et quand le fait avait lieu, comme il n’était pas permis de lui donner le nom de saint, on l’appelait vénérable, et ce titre lui a été attribué dans les siècles suivants. Sa doctrine avait d’autant plus de force et d’efficacité qu’elle était confirmée par la sainteté de sa vie et la pratique des plus belles vertus religieuses. Aussi, grâce à ses leçons et à ses exemples, ses disciples, qui étaient nombreux et remarquables, se distinguèrent-ils autant par leur sainteté que par leurs progrès dans les sciences et dans les lettres.

Sixième leçon. Enfin, brisé par l’âge et les travaux, il tomba dangereusement malade. Cette maladie, qui dura plus de cinquante jours, n’interrompit ni ses prières, ni ses explications ordinaires des Saintes Écritures : c’est pendant ce temps, en effet, qu’il traduisit en langue vulgaire, à l’usage du peuple des Angles, l’Évangile de Saint Jean. La veille de l’Ascension, sentant sa fin approcher, il voulut se fortifier par la réception des derniers sacrements de l’église. Puis il embrassa ses frères, se coucha à terre sur son cilice, répéta deux fois : Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit et s’endormit dans le Seigneur. On rapporte qu’après sa mort, son corps exhalait l’odeur la plus suave : il fut enseveli dans le monastère de Jarrow et ensuite transporté à Dublin avec les reliques de Saint Cuthbert. Les Bénédictins, d’autres familles religieuses et quelques diocèses l’honoraient comme docteur : le Saint Père Léon XIII, d’après un décret de la sacrée congrégation des Rites, le déclara Docteur de l’Église universelle et rendit obligatoires pour tous, au jour de sa fête, la Messe et l’Office des Docteurs.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bède le Vénérable, Prêtre.

Septième leçon. Par la terre, entendez la nature humaine ; par le sel, la sagesse. Le sel, de sa nature, fait perdre à la terre sa fécondité. Nous lisons de certaines villes, qui ont passé par la colère des vainqueurs, qu’elles ont été ensemencées de sel. Et ceci convient bien à la doctrine apostolique : le sel de la sagesse, semé sur la terre de notre chair, empêche de germer, et le luxe du siècle, et la laideur des vices. S’il n’y a plus de sel, avec quoi salera-t-on ? C’est-à-dire, si vous, qui devez servir aux peuples de condiment, vous perdez le royaume des cieux par crainte de la persécution, par une vaine terreur, il n’est pas douteux que, sortis de l’Église, vous ne deveniez le jouet de vos ennemis.

Huitième leçon. « Vous êtes la lumière du monde » : c’est-à-dire, vous qui avez été éclairés de la vraie lumière, vous devez être la lumière de ceux qui sont dans le monde. « Une cité bâtie sur la montagne ne peut se cacher » : il s’agit de la doctrine apostolique, fondée sur le Christ ; ou de l’Église, bâtie sur le Christ, formée de beaucoup de nations unies par la foi, et cimentée par la charité. Elle offre un asile sûr à ceux qui entrent, elle est d’un accès difficile à ceux qui approchent ; elle garde ceux qui l’habitent et elle refoule tous ses ennemis.

Neuvième leçon. « Et on n’allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier ». Or celui-là met la lumière sous le boisseau qui obscurcit, voile la lumière de la doctrine en la faisant servir à des avantages temporels. Et celui-là met la lumière sur le chandelier qui se soumet de telle sorte au ministère de-Dieu, qu’il mette bien au-dessus de la servitude du corps la doctrine de la vérité. Ou bien encore : le Sauveur allume la lumière, lui qui a éclairé notre nature humaine par la flamme de la divinité ; et il a placé cette lumière sur le chandelier, c’est-à-dire sur l’Église, en marquant sur notre front la foi de son Incarnation. Cette lumière n’a pu être placée sous le boisseau, c’est-à-dire enfermée dans les dimensions de la foi et dans la Judée seulement, mais elle a éclairé le monde tout entier.

La bénédiction que le Seigneur donnait à la terre en s’élevant au ciel atteint les plus lointaines frontières de la gentilité. Trois jours de suite, le Cycle nous montre les grâces qu’elle annonçait concentrant sur l’extrême Occident leurs énergies : c’est le fleuve de Dieu, dont les eaux débordées se font plus impétueuses à la limite qu’elles ne dépasseront pas.

Hier, l’expédition évangélique que le roi Lucius avait sollicitée du Pontife Éleuthère quittait Rome pour la future Ile des Saints. Demain, dans la terre des Bretons devenue celle des Angles, elle sera suivie par le chef du second apostolat, Augustin, l’envoyé de Grégoire le Grand. Aujourd’hui, impatiente de justifier ces célestes prodigalités, Albion produit devant les hommes son illustre fils, Bède le Vénérable, l’humble et doux moine dont la vie se passe à louer Dieu, à le chercher dans la nature et dans l’histoire, mais plus encore dans l’Écriture étudiée avec amour, approfondie à la lumière des plus sûres traditions. Lui qui toujours écouta les anciens prend place aujourd’hui parmi ses maîtres, devenu lui-même Père et Docteur de l’Église de Dieu. Entendons-le, dans ses dernières années, résumer sa vie :

« Prêtre du monastère des bienheureux Pierre et Paul, Apôtres, je naquis sur leur territoire, et je n’ai point cessé, depuis ma septième année, d’habiter leur maison, observant la règle, chantant chaque jour en leur église, faisant mes délices d’apprendre, d’enseigner ou d’écrire. Depuis que j’eus reçu la prêtrise, j’annotai pour mes frères et pour moi la sainte Écriture en quelques ouvrages, m’aidant des expressions dont se servirent nos Pères vénérés, ou m’attachant à leur manière d’interprétation. Et maintenant, bon Jésus, je vous le demande : vous qui m’avez miséricordieusement donné de m’abreuver à la douceur de votre parole, donnez-moi bénignement d’arriver à la source, ô fontaine de sagesse, et de vous voir toujours. »

La touchante mort du serviteur de Dieu ne devait pas être la moins précieuse des leçons qu’il laisserait aux siens. Les cinquante jours de la maladie qui l’enleva de ce monde s’étaient passés comme toute sa vie à chanter des psaumes ou à enseigner. Comme on approchait de l’Ascension du Seigneur, il redisait avec des larmes de joie l’Antienne de la fête : « O Roi de gloire qui êtes monté triomphant par delà tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins, mais envoyez-nous l’Esprit de vérité selon la promesse du Père. » A ses élèves en pleurs il disait, reprenant la parole de saint Ambroise : « Je n’ai pas vécu de telle sorte que j’eusse à rougir de vivre avec vous ; mais je ne crains pas non plus de mourir, car nous avons un bon Maître. » Puis revenant à sa traduction de l’Évangile de saint Jean et à un travail qu’il avait entrepris sur saint Isidore : « Je ne veux pas que mes disciples après ma mort s’attardent à des faussetés et que leurs études soient sans fruit. »

Le mardi avant l’Ascension, l’oppression du malade augmentait les symptômes d’un dénouement prochain se montrèrent. Plein d’allégresse, il dicta durant toute cette journée, et passa la nuit en actions de grâces. L’aube du mercredi le retrouvait pressant le travail de ses disciples. A l’heure de Tierce, ils le quittèrent pour se rendre à la procession qu’on avait dès lors coutume de faire en ce jour avec les reliques des Saints. Resté près de lui :»Bien-aimé Maître, dit l’un d’eux, un enfant, il n’y a plus à dicter qu’un chapitre ; en aurez-vous la force ? » — « C’est facile, répond souriant le doux Père : prends ta plume, taille-la, et puis écris ; mais hâte-toi. » A l’heure de None, il manda les prêtres du monastère, et leur fit de petits présents, implorant leur souvenir à l’autel du Seigneur. Tous pleuraient. Lui, plein de joie, disait : « Il est temps, s’il plaît à mon Créateur, que je retourne à Celui qui m’a fait de rien quand je n’étais pas ; mon doux Juge a bien ordonné ma vie ; et voici qu’approche maintenant pour moi la dissolution ; je la désire pour être avec le Christ : oui, mon âme désire voir mon Roi, le Christ, en sa beauté. »

Ce ne furent de sa part jusqu’au soir qu’effusions semblables ; jusqu’à ce dialogue plus touchant que tout le reste avec Wibert, l’enfant mentionné plus haut : « Maître chéri, il reste encore une phrase.— Écris-la vite. » Et après un moment : « C’est fini, dit l’enfant. —Tu dis vrai, répartit le bienheureux : c’est fini ; prends ma tête dans tes mains et soutiens-la du côté de l’oratoire, parce que ce m’est une grande joie de me voir en face du lieu saint où j’ai tant prié. » Et du pavé de sa cellule où on l’avait déposé, il entonna : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; quand il eut nommé l’Esprit-Saint, il rendit l’âme.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ! C’est le chant de l’éternité ; l’ange et mme n’étaient pas, que Dieu, dans le concert des trois divines personnes, suffisait à sa louange : louange adéquate, infinie, parfaite comme Dieu, seule digne de lui. Combien le monde, si magnifiquement qu’il célébrât son auteur par les mille voix delà nature, demeurait au-dessous de l’objet de ses chants ! Toutefois la création elle-même était appelée à renvoyer au ciel un jour l’écho de la mélodie trine et une ; lorsque le Verbe fut devenu par l’Esprit-Saint fils de l’homme en Marie comme il l’était du Père, la résonance créée du Cantique éternel répondit pleinement aux adorables harmonies dont la Trinité gardait primitivement le secret pour elle seule. Depuis, pour l’homme qui sait comprendre, la perfection fut de s’assimiler au fils de Marie afin de ne faire qu’un avec le Fils de Dieu, dans le concert auguste où Dieu trouve sa gloire.

Vous fûtes, ô Bède, cet homme à qui l’intelligence est donnée. Il était juste que le dernier souffle s’exhalât sur vos lèvres avec le chant d’amour où s’était consumée pour vous la vie mortelle, marquant ainsi votre entrée de plain-pied dans l’éternité bienheureuse et glorieuse. Puissions-nous mettre à profit la leçon suprême où se résument les enseignements de votre vie si grande et si simple !

Gloire à la toute-puissante et miséricordieuse Trinité ! N’est-ce pas aussi le dernier mot du Cycle entier des mystères qui s’achèvent présentement dans la glorification du Père souverain par le triomphe du Fils rédempteur, et l’épanouissement du règne de l’Esprit sanctificateur en tous lieux ? Qu’il était beau dans l’Ile des Saints le règne de l’Esprit, le triomphe du Fils à la gloire du Père, quand Albion, deux fois donnée par Rome au Christ, brillait aux extrémités de l’univers comme un joyau sans prix de la parure de l’Épouse ! Docteur des Angles au temps de leur fidélité, répondez à l’espoir du Pontife suprême étendant votre culte à toute l’Église en nos jours, et réveillez dans l’âme de vos concitoyens leurs sentiments d’autrefois pour la Mère commune.

 

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Saint Philippe Neri confesseur mémoire de saint Eleuthère pape et martyr

26 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Philippe Neri confesseur mémoire de saint Eleuthère pape et martyr

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Dieu, qui avez élevé le bienheureux Philippe, votre Confesseur, à la gloire de vos Saints, accordez-nous, dans votre miséricorde, que, célébrant avec joie cette solennité, nous mettions à profit l’exemple de ses vertus.

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Quatrième leçon. Philippe de Néri, né à Florence de parents pieux et honorables, donna dès son jeune âge de clairs indices de sa future sainteté. Encore adolescent, il renonça à une succession importante qui lui venait d’un oncle, et vint se retirer à Rome, où s’étant instruit dans la philosophie et les saintes lettres, il se donna tout à Jésus-Christ. Son abstinence était telle qu’il passait souvent trois jours sans prendre aucun aliment. Adonné aux veilles, assidu à l’oraison, Philippe visitait fréquemment les sept basiliques de la Ville, et prit l’habitude de passer la nuit au cimetière de Calixte dans la contemplation des choses célestes Devenu prêtre par obéissance, il s’employa tout entier procurer le salut des âmes persévérant jusqu’à son dernier jour à entendre les confessions il engendra à Jésus-Christ un nombre presque incalculable d’enfants ; mû par le vif désir de leur assurer l’aliment quotidien de la parole de Dieu, la fréquentation des sacrements, l’assiduité à la prière, et d’autres exercices de piété, il institua la congrégation de l’Oratoire.

Cinquième leçon. Blessé de l’amour de Dieu, Philippe semblait en une continuelle langueur, et son cœur brûlait d’un feu si ardent que, sa poitrine étant devenue trop étroite pour le contenir, le Seigneur l’élargit en brisant et soulevant miraculeusement deux de ses côtes. Lorsqu’il célébrait le saint Sacrifice ou priait avec grande ferveur, Philippe fut aperçu élevé de terre et environné d’une lumière éclatante. Ceux qui se trouvaient dans la misère ou le besoin furent de sa part l’objet d’une charité très étendue ; il mérita que, sous les traits d’un pauvre, un Ange vint lui demander l’aumône, et tandis qu’il portait une nuit du pain à des indigents, ce fut encore un Ange qui vint le tirer sain et sauf d’une fosse où il était tombé. Voué à l’humilité, il eut toujours de l’aversion pour les honneurs ; et des dignités ecclésiastiques, même très élevées, lui ayant été offertes à différentes reprises, il les refusa invariablement.

Sixième leçon. Philippe fut célèbre par le don de prophétie et brilla merveilleusement par celui de pénétration des cœurs. Il conserva toujours une inviolable virginité, et parvint à distinguer par leur bonne ou mauvaise odeur, ceux qui étaient chastes et ceux qui ne l’étaient pas Parfois il apparut à des personnes absentes et leur vint en aide dans le danger. A sa parole, beaucoup de malades et de mourants revinrent à la santé, un mort même fut rappelé à la vie. Les esprits célestes et la Vierge mère de Dieu elle-même l’honorèrent souvent de leurs apparitions, et plusieurs âmes lui furent montrées montant au ciel, environnées de splendeur. Enfin, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-quinze, le huitième jour des calendes de juin, en la fête du Saint-Sacrement, Philippe, ayant célébré la Messe avec les plus grands transports de joie spirituelle, et s’étant acquitté des autres fonctions de son ministère, s’endormit dans le Seigneur, après minuit, à l’heure qu’il avait prédite. Ses miracles éclatants ont porté Grégoire XV à le mettre au nombre des Saints.

La joie est, ainsi que nous l’avons dit, le caractère principal du Temps pascal : joie surnaturelle, motivée à la fois par le triomphe si éclatant de notre Emmanuel et par le sentiment de notre heureuse délivrance des liens de la mort. Or, ce sentiment de l’allégresse intérieure a régné d’une manière caractéristique dans le grand serviteur de Dieu que nous honorons aujourd’hui ; et c’est bien d’un tel homme, dont le cœur fut toujours dans la jubilation et dans l’enthousiasme des choses divines, que l’on peut dire, avec la sainte Écriture, « que le cœur du juste est comme un festin continuel ». Un de ses derniers disciples, l’illustre Père Faber, fidèle aux doctrines de son maître, enseigne, dans son beau livre du Progrès spirituel, que la bonne humeur est l’un des principaux moyens d’avancement dans la perfection chrétienne. Nous accueillerons donc avec autant d’allégresse que de respect la figure radieuse et bienveillante de Philippe Néri, l’Apôtre de Rome et l’un des plus beaux fruits de la fécondité de l’Église au XVIe siècle.

L’amour de Dieu, un amour ardent, et qui se communiquait comme invinciblement à tous ceux qui l’approchaient, fut le trait particulier de sa vie. Tous les saints ont aimé Dieu ; car l’amour de Dieu est le premier et le plus grand commandement-, mais la vie de Philippe réalise ce divin précepte avec une plénitude, pour ainsi dire, incomparable. Son existence ne fut qu’un transport d’amour envers le souverain Seigneur de toutes choses ; et sans un miracle de la puissance et de la bonté de Dieu, cet amour si ardent au cœur de Philippe eût consumé sa vie avant le temps. Il était arrivé à la vingt-neuvième année de son âge, lorsqu’un jour, dans l’Octave de la Pentecôte, le feu de la divine charité embrasa son cœur avec une telle impétuosité que deux côtes de sa poitrine éclatèrent, laissant au cœur l’espace nécessaire pour céder désormais sans péril aux transports qui l’agitaient. Cette fracture ne se répara jamais ; la trace en était sensible par une proéminence visible à tout le monde ; et grâce à ce soulagement miraculeux, Philippe put vivre cinquante années encore, en proie à toutes les ardeurs d’un amour qui tenait plus du ciel que de la terre.

Ce séraphin dans un corps d’homme fut comme une réponse vivante aux insultes dont la prétendue Réforme poursuivait l’Église catholique. Luther et Calvin avaient appelé cette sainte Église l’infidèle et la prostituée de Babylone ; et voici que cette même Église avait à montrer de tels enfants à ses amis et à ses ennemis : une Thérèse en Espagne, un Philippe Néri dans Rome. Mais le protestantisme s’inquiétait beaucoup de l’affranchissement du joug, et peu de l’amour. Au nom de la liberté des croyances, il opprima les faibles partout où il domina, il s’implanta par la force là même où il était repoussé ; mais il ne revendiquait pas pour Dieu le droit qu’il a d’être aimé. Aussi vit-on disparaître des pays qu’il envahit ce dévouement qui produit le sacrifice à Dieu et au prochain. Un long intervalle de temps s’est écoulé depuis la prétendue Réforme, avant que celle-ci ait songé qu’il existe encore des infidèles sur la surface du globe ; et si plus tard elle s’est fastueusement imposé l’œuvre des missions, on sait assez quels apôtres elle choisit pour organes de ses étranges sociétés bibliques. C’est donc après trois siècles qu’elle s’aperçoit que l’Église catholique n’a pas cessé de produire des corporations vouées aux œuvres de charité. Émue d’une telle découverte, elle essaie en quelques lieux ses diaconesses et ses infirmières. Quoi qu’il en soit du succès d’un effort si tardif, on peut croire raisonnablement qu’il ne prendra jamais de vastes proportions ; et il est permis de penser que cet esprit de dévouement qui sommeilla trois siècles durant au cœur du protestantisme, n’est pas précisément l’essence de son caractère, quand on l’a vu, dans les contrées qu’il envahit, tarir jusqu’à la source de l’esprit de sacrifice, en arrêtant avec violence la pratique des conseils évangéliques qui n’ont leur raison d’être que dans l’amour de Dieu.

Gloire donc à Philippe Néri, l’un des plus dignes représentants de la divine charité au XVIe siècle ! Par son impulsion, Rome et bientôt la chrétienté reprirent une vie nouvelle dans la fréquentation des sacrements, dans les aspirations d’une piété plus fervente. Sa parole, sa vue même électrisaient le peuple chrétien dans la cité sainte ; aujourd’hui encore la trace de ses pas n’est point effacée. Chaque année, le vingt-six mai, Rome célèbre avec transport la mémoire de son pacifique réformateur. Philippe partage avec les saints Apôtres les honneurs de Patron dans la ville de saint Pierre. Les travaux sont suspendus, et la population en habits de fête se presse dans les églises pour honorer le jour où Philippe naquit au ciel, après avoir sanctifié la terre. Le Pontife romain en personne se rend en pompe à l’église de Sainte-Marie in Vallicella, et vient acquitter la dette du Siège Apostolique envers l’homme qui releva si haut la dignité et la sainteté de la Mère commune.

Philippe eut le don des miracles, et tandis qu’il ne cherchait que l’oubli et le mépris, il vit s’attacher à lui tout un peuple qui demandait et obtenait par ses prières la guérison des maux de la vie présente, en même temps que la réconciliation des âmes avec Dieu. La mort elle-même obéit à son commandement, témoin ce jeune prince Paul Massimo que Philippe rappela à la vie, lorsque l’on s’apprêtait déjà à lui rendre les soins funéraires. Au moment où cet adolescent rendait le dernier soupir, le serviteur de Dieu dont il avait réclamé l’assistance pour le dernier passage, célébrait le saint Sacrifice. A son entrée dans le palais, Philippe rencontre partout l’image du deuil : un père éploré, des sœurs en larmes, une famille consternée ; tels sont les objets qui frappent ses regards. Le jeune homme venait de succomber après une maladie de soixante-cinq jours, qu’il avait supportée avec la plus rare patience. Philippe se jette à genoux, et après une ardente prière, il impose sa main sur la tête du défunt et l’appelle à haute voix par son nom. Paul, réveillé du sommeil de la mort par cette parole puissante, ouvre les yeux, et répond avec tendresse : « Mon Père ! » Puis il ajoute : « Je voudrais seulement me confesser. » Les assistants s’éloignent un moment, et Philippe reste seul avec cette conquête qu’il vient de faire sur la mort. Bientôt les parents sont rappelés, et Paul, en leur présence, s’entretient avec Philippe d’une mère et d’une sœur qu’il aimait tendrement, et que le trépas lui a ravies. Durant cette conversation, le visage du jeune homme, naguère défiguré par la fièvre, a repris ses couleurs et sa grâce d’autrefois. Jamais Paul n’avait semblé plus plein de vie. Le saint lui demande alors s’il mourrait volontiers de nouveau. — « Oh ! oui, très volontiers, répond le jeune homme ; car je verrai en paradis ma mère et ma sœur. » — « Pars donc, répond Philippe ; pars pour le bonheur, et prie le Seigneur pour moi. » A ces mots, le jeune homme expire de nouveau, et entre dans les joies de l’éternité, laissant l’assistance saisie de regret et d’admiration.

Tel était cet homme favorisé presque constamment des visites du Seigneur dans les ravissements et les extases, doué de l’esprit de prophétie, pénétrant d’un regard les consciences, répandant un parfum de vertu qui attirait les âmes par un charme irrésistible. La jeunesse romaine de toute condition se pressait autour de lui. Aux uns il faisait éviter les écueils ; aux autres il tendait la main dans le naufrage. Les pauvres, les malades, étaient à toute heure l’objet de sa sollicitude. Il se multipliait dans Rome, employant toutes les formes du zèle, et ayant laissé après lui une impulsion pour les bonnes œuvres qui ne s’est pas ralentie.

Philippe avait senti que la conservation des mœurs chrétiennes dépendait principalement d’une heureuse dispensation de la parole de Dieu, et nul ne se montra plus empressé à procurer aux fidèles des apôtres capables de les attirer par une prédication solide et attrayante. Il fonda sous le nom d’Oratoire une institution qui dure encore, et dont le but est de ranimer et de maintenir la piété dans les populations. Cette institution, qu’il ne faut pas confondre avec l’Oratoire de France, a pour but d’utiliser le zèle et les talents des prêtres que la vocation divine n’appelle pas à la vie du cloître, et qui, en associant leurs efforts, arrivent cependant à produire d’abondants fruits de sanctification.

En fondant l’Oratoire sans lier les membres de cette association par les vœux de la religion, Philippe s’accommodait au genre de vocation que ceux-ci avaient reçu du ciel, et leur assurait du moins les avantages d’une règle commune, avec le secours de l’exemple si puissant pour soutenir l’âme dans le service de Dieu et dans la pratique des œuvres du zèle. Mais le saint apôtre était trop attaché à la foi de l’Église pour ne pas estimer la vie religieuse comme l’état de la perfection. Durant toute sa longue carrière, il ne cessa de diriger vers le cloître les âmes qui lui semblèrent appelées à la profession des vœux. Par lui les divers ordres religieux se recrutèrent d’un nombre immense de sujets qu’il avait discernes et éprouvés : en sorte que saint Ignace de Loyola, ami intime de Philippe et son admirateur, le comparaît agréablement à la cloche qui convoque les fidèles à l’Église, bien qu’elle n’y entre pas elle-même.

La crise terrible qui agita la chrétienté au XVIe siècle, et enleva à l’Église catholique un si grand nombre de ses provinces, affecta douloureusement Philippe durant toute sa longue vie. Il souffrait cruellement de voir tant de peuples aller s’engloutir les uns après les autres dans le gouffre de l’hérésie. Les efforts tentés par le zèle pour reconquérir les âmes séduites par la prétendue Réforme faisaient battre son cœur, en même temps qu’il suivait d’un œil attentif les manœuvres à l’aide desquelles le protestantisme travaillait à maintenir son influence. Les Centuries de Magdebourg. vaste compilation historique destinée à donner le change aux lecteurs, en leur persuadant, à l’aide de passages falsifiés, de faits dénaturés et souvent même inventés, que l’Église Romaine avait abandonné l’antique croyance et substitué la superstition aux pratiques primitives ; cet ouvrage sembla à Philippe d’une si dangereuse portée, qu’un travail supérieur en érudition, puisé aux véritables sources, pouvait seul assurer le triomphe de l’Église catholique. Il avait deviné le génie de César Baronius, l’un de ses compagnons à l’Oratoire. Prenant en main la cause de la foi, il commanda à ce savant homme d’entrer tout aussitôt dans la lice, et de poursuivre l’ennemi de la vraie foi en s’établissant sur le terrain de l’histoire. Les Annales ecclésiastiques furent le fruit de cette grande pensée de Philippe ; et Baronius lui-même en rend le plus touchant témoignage en tète de son huitième livre. Trois siècles se sont écoulés sur ce grand œuvre. Avec les moyens de la science dont nous disposons aujourd’hui, il est aise d’en signaler les imperfections ; mais jamais l’histoire de l’Église n’a été racontée avec une dignité, une éloquence et une impartialité supérieures à celles qui règnent dans ce noble et savant récit dont le parcours est de douze siècles. L’hérésie sentit le coup ; l’érudition malsaine et infidèle des Centuriateurs s’éclipsa en présence de cette narration loyale des faits, et l’on peut affirmer que le flot montant du protestantisme s’arrêta devant les Annales de Baronius, dans lesquelles l’Église apparaissait enfin telle qu’elle a été toujours, « la colonne et l’appui de la vérité. » La sainteté de Philippe et le génie de Baronius avaient décidé la victoire ; de nombreux retours à la foi romaine vinrent consoler les catholiques si tristement décimés ; et si de nos jours d’innombrables abjurations annoncent la ruine prochaine du protestantisme, il est juste de l’attribuer en grande partie au succès de la méthode historique inaugurée dans les Annales.

Vous avez aimé le Seigneur Jésus, ô Philippe, et votre vie tout entière n’a été qu’un acte continu d’amour ; mais vous n’avez pas voulu jouir seul du souverain bien. Tous vos efforts ont tendu à le faire connaître de tous les hommes, afin que tous l’aimassent avec vous et parvinssent à leur fin suprême. Durant quarante années, vous fûtes l’apôtre infatigable de la ville sainte, et nul ne pouvait se soustraire à l’action du feu divin qui brûlait en vous. Nous qui sommes la postérité de ceux qui entendirent votre parole et admirèrent les dons célestes qui étaient en vous, nous osons vous prier de jeter aussi les regards sur nous. Enseignez-nous à aimer notre Jésus ressuscité. Il ne nous suffit pas de l’adorer et de nous réjouir de son triomphe ; il nous faut l’aimer : car la suite de ses mystères depuis son incarnation jusqu’à sa résurrection, n’a d’autre but que de nous révéler, dans une lumière toujours croissante, ses divines amabilités. C’est en l’aimant toujours plus que nous parviendrons à nous élever jusqu’au mystère de sa résurrection, qui achève de nous révéler toutes les richesses de son cœur. Plus il s’élève dans la vie nouvelle qu’il a prise en sortant du tombeau, plus il apparaît rempli d’amour pour nous, plus il sollicite notre cœur de s’attacher à lui. Priez, ô Philippe, et demandez que « notre cœur et notre chair tressaillent pour le Dieu vivant. » Après le mystère de la Pâque, introduisez-nous dans celui de l’Ascension ; disposez nos âmes à recevoir le divin Esprit de la Pentecôte ; et lorsque l’auguste mystère de l’Eucharistie brillera à nos regards de tous ses feux dans la solennité qui approche, vous, ô Philippe, qui l’ayant fêté une dernière fois ici-bas, êtes monté à la fin de la journée au séjour éternel où Jésus se montre sans voiles, préparez nos âmes à recevoir et à goûter « ce pain vivant qui donne la vie au monde ».

La sainteté qui éclata en vous, ô Philippe, eut pour caractère l’élan de votre âme vers Dieu, et tous ceux qui vous approchaient participaient bientôt à cette disposition, qui seule peut répondre à l’appel du divin Rédempteur. Vous saviez vous emparer des âmes, et les conduire à la perfection par la voie de la confiance et la générosité du cœur. Dans ce grand œuvre votre méthode fut de n’en pas avoir, imitant les Apôtres et les anciens Pères, et vous confiant dans la vertu propre de la parole de Dieu. Par vous la fréquentation fervente des sacrements reparut comme le plus sûr indice de la vie chrétienne. Priez pour le peuple fidèle, et venez au secours de tant d’âmes qui s’agitent et s’épuisent dans des voies que la main de l’homme a tracées, et qui trop souvent retardent ou empêchent l’union intime du créateur et de la créature.

Vous avez aimé ardemment l’Église, ô Philippe ; et cet amour de l’Église est le signe indispensable de la sainteté. Votre contemplation si élevée ne vous distrayait pas du sort douloureux de cette sainte Épouse du Christ, si éprouvée dans le siècle qui vous vit naître et mourir. Les efforts de l’hérésie triomphante en tant de pays stimulaient le zèle dans votre cœur : obtenez-nous de l’Esprit-Saint cette vive sympathie pour la vérité catholique qui nous rendra sensibles à ses défaites et à ses victoires. Il ne nous suffit pas de sauver nos âmes ; nous devons désirer avec ardeur et aider de tous nos moyens l’avancement du règne de Dieu sur la terre, l’extirpation de l’hérésie et l’exaltation de notre mère la sainte Église : c’est à cette condition que nous sommes enfants de Dieu Inspirez-nous par vos exemples, ô Philippe, cette ardeur avec laquelle nous devons nous associer en tout aux intérêts sacrés de la Mère commune. Priez aussi pour cette Église militante qui vous a compté dans ses rangs comme un de ses meilleurs soldats. Servez vaillamment la cause de cette Rome qui se fait honneur de vous être redevable de tant de services. Vous l’avez sanctifiée durant votre vie mortelle ; sanctifiez-la encore et défendez-la du haut du ciel.

 

« Nous devons chercher le Christ là où Il n'est pas, c'est-à-dire dans la Croix et dans les épreuves, où Il n'est effectivement pas maintenant, mais nous Le trouverons dans Sa gloire si nous Le cherchons sur ce chemin »


« Qui veut autre chose que le Christ ne sait pas ce qu'il veut ; qui cherche autre chose que le Christ ne sait pas ce qu'il souhaite ; qui travaille et n'œuvre pas pour le Christ ne sait pas ce qu'il fait »


« Allez, l'heure de votre prière est finie, mais non celle de bien faire. Soyez joyeux, toujours joyeux ! Soyez bons si vous le pouvez »

« Il ne faut pas vouloir tout faire en un jour et on ne devient pas un saint en quatre jours, il faut avancer pas à pas. « Seigneur, méfie-Toi de moi aujourd'hui. J'ai peur de Te trahir ! »

« Pour ne pas se fatiguer, il faut élever souvent son cœur vers Dieu, tout au long de la journée. Le Mystère de Dieu ne se dévoile pas à notre intelligence. On apprend plus la sagesse de l'Écriture sainte par la prière que par l'étude »

« Si vous tenez à tout prix à tomber dans l'exagération, exagérez en vous montrant particulièrement doux, patient, humble et aimable, alors tout ira bien ! »


« Dieu veut m'apprendre l'humilité et la patience. Sachez que la persécution s'arrêtera quand elle aura porté les fruits que Dieu en attend »


« Pour passer d'un état mauvais à un état bon, point n'est besoin de conseil. Mais quand il s'agit de passer d'un état bon à un état meilleur, temps, conseils et prières sont indispensables avant la prise de décision »

« Que faut-il donc ? Le feu, la foi et le fer : le feu pour enflammer le cœur de celui qui parle, la foi pour espérer que celui qui donnait alors l'Esprit le donnera encore maintenant, le fer pour tailler notre volonté propre et nous établir dans la sainte obéissance »

« Les confesseurs devraient avoir la plus grande compréhension possible pour ceux qui viennent à eux et ne montrer aucune dureté. Ils doivent faire pénétrer en eux quelque chose de la tendresse de l'Amour de Dieu »

« Il est dans l'erreur, celui qui veut autre chose que Dieu. Celui qui aime autre chose que Lui commet une erreur lamentable ! »

« Efforcez-vous toujours de gagner les autres au Christ par votre amabilité et votre amour, ayez toute la compréhension possible pour leurs faiblesses, efforcez-vous tout particulièrement de leur faire comprendre l'Amour de Dieu »

« Les gens qui vivent dans le monde doivent s'efforcer de parvenir à la sainteté dans leurs propres maisons. La vie à la cour, la profession, le travail ne sont pas des obstacles pour qui veut servir Dieu »

« Humiliez-vous sans cesse, et abaissez-vous à vos propres yeux et aux yeux des autres, pour que vous puissiez devenir grands aux Yeux de Dieu »

« Il nous faut seulement essayer avec bonté d'insuffler progressivement aux hommes un peu de l'Esprit de l'Amour de Dieu, car alors cet Esprit produira ce que le confesseur se proposait d'obtenir »


« Abandonnons-nous entièrement à Son divin Amour et entrons totalement dans la Plaie de Son côté, cette Source vive de la Sagesse du Dieu fait homme. Donnons-nous tellement que nous nous effacions nous-mêmes et que nous ne trouvions plus le chemin de sortie »


« Même au milieu de la foule, nous pouvons être sur le chemin qui conduit à la perfection. L'obéissance est le chemin le plus court conduisant à la perfection »

« Rien n'aide davantage l'homme que la prière. C'est le Saint-Esprit qui nous apprend à prier. Il nous donne de vivre constamment dans la paix et dans la joie, qui sont un avant-goût du Paradis »

« Les épreuves que nous supportons patiemment par amour de Dieu nous apparaissent bien amères au début, mais elles deviennent douces à notre palais à mesure que nous nous habituons à leur goût »

« Il ne suffit pas de considérer si Dieu veut le bien que l'on croit devoir faire, mais il faut considérer aussi s'Il le veut à Sa manière, c'est-à-dire de telle façon et à telle date. Reconnaître la différence, voilà ce qui fait la véritable obéissance »


« Les hommes orgueilleux, on ne peut pas les gagner par des écrits profonds, mais bien par les choses simples et la vie des saints »

« Tous ceux qui recherchent les visions et les extases ne savent pas du tout ce à quoi ils aspirent. Aspirons à la pureté du cœur car le Saint-Esprit habite dans un cœur pur et simple »

 

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Saint Grégoire VII pape et confesseur mémoire de saint Urbain Ier pape et martyr

25 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Grégoire VII pape et confesseur mémoire de saint Urbain Ier pape et martyr

Collecte

Dieu, qui êtes la force de ceux qui espèrent en vous, et qui avez donné au bienheureux Grégoire, votre Confesseur et Pontife, la vertu de force et de constance, accordez-nous, à son exemple et grâce à son intercession, de surmonter avec courage toutes les adversités.

Office

Quatrième leçon. Le Pape Grégoire VII, connu d’abord sous le nom d’Hildebrand, était né à Sovana en Toscane. Se distinguant au plus haut degré par sa science, sa sainteté et par tous les genres de vertus, il illustra merveilleusement l’Église de Dieu toute entière. Dans sa petite enfance, alors qu’il ne connaissait pas encore ses lettres, jouant un jour aux pieds d’un ouvrier qui travaillait le bois, il forma, dit-on, comme par hasard, avec des copeaux, cette parole prophétique de David : « Il dominera d’une mer à l’autre ». Dieu conduisait la main de l’enfant et voulait montrer par là qu’il posséderait plus tard la plus haute autorité qui soit au monde. S’étant rendu à Rome, il y fut élevé sous la protection de saint Pierre. Dans sa jeunesse, s’affligeant profondément de voir la liberté de l’Église gênée par l’oppression laïque, et les mœurs du clergé tendre à la dépravation, il se retira à l’abbaye de Cluny, où l’observance et l’austérité de la vie monastique étaient alors en pleine vigueur sous la règle de saint Benoît. Une fois revêtu de l’habit monastique, il se consacra au service de la majesté divine avec une piété si ardente, que bientôt les saints religieux de ce monastère le choisirent comme prieur ; mais la divine Providence le destinait au salut d’un plus grand nombre. Hildebrand fut enlevé au monastère de Cluny, et d’abord élu Abbé du monastère de Saint-Paul-hors-les-murs, puis créé Cardinal de l’Église romaine et chargé des missions les plus importantes, sous les Pontifes Léon IX, Victor II, Etienne IX, Nicolas II et Alexandre II. Saint Pierre Damien l’appelait l’homme du conseil très saint et très pur. Envoyé en France, comme légat a latere, par le pape Victor II, il amena miraculeusement l’Évêque de Lyon, coupable de simonie, à reconnaître son crime ; et, dans le concile de Tours, contraignit Bérenger à abjurer une seconde fois son hérésie ; son énergie arrêta l’essor du schisme de Cadaloüs

Cinquième leçon. Alexandre II étant mort, le moine Hildebrand fut élu souverain pontife à l’unanimité, malgré sa résistance et ses larmes, le dix des calendes de mai de l’an du Christ mil soixante-treize. Resplendissant alors comme un soleil dans la maison de Dieu, puissant en œuvres et en paroles, il travailla avec tant de zèle à affermir la discipline ecclésiastique, à répandre la foi, à reconquérir la liberté pour l’Église, à extirper les erreurs et les vices, que, depuis le temps des Apôtres, aucun Pontife, assure-t-on, ne soutint de plus grands travaux pour l’Église de Dieu, ou ne lutta plus fortement pour son indépendance, il délivra plusieurs provinces de la lèpre de la simonie. S’opposant avec constance, comme un athlète intrépide, aux entreprises sacrilèges de l’empereur Henri, Grégoire ne craignit pas de se placer comme un mur de protection devant la maison d’Israël : et quand ce même Henri fut tombé tout à fait dans le crime, il l’excommunia, le déclara privé de son royaume, et releva ses peuples du serment de fidélité.

Sixième leçon. Pendant qu’il célébrait le saint Sacrifice, de pieux personnages virent une colombe descendre du ciel, se reposer sur son épaule droite et voiler sa tête de ses ailes étendues : prodige signifiant que l’Esprit-Saint lui-même, et non la sagesse humaine, le guidait dans le gouvernement de l’Église. Rome se trouvant serrée de près par les troupes du criminel Henri, le Saint Pontife éteignit d’un signe de croix un incendie allumé par l’ennemi. Quand Robert Guiscard, chef des Normands, l’eut arraché aux mains de son persécuteur, il gagna le mont Cassin, et de là se rendit à Salerne pour y dédier une église en l’honneur de saint Matthieu. Épuisé par tant d’épreuves, il se vit, un jour que dans cette ville, il parlait au peuple, saisi d’un mal qu’il sut d’avance être mortel. Les dernières paroles de Grégoire expirant, furent : « J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité : voilà pourquoi je meurs en exil ». Innombrables furent, et les contradictions qu’eut à souffrir, et les sages décrets que porta, dans beaucoup de conciles qu’il tint à Rome, cet homme véritablement saint, ce vengeur des crimes et ce très vaillant défenseur de l’Église. Il avait passé douze années dans le souverain pontificat, lorsqu’il partit pour le ciel, l’an du salut mil quatre-vingt-cinq. Beaucoup de miracles illustrèrent sa vie et sa mort, et sa sainte dépouille fut ensevelie avec honneur dans l’église principale de Salerne.

Après avoir salué sur le cycle du Temps Pascal les deux noms illustres de Léon le Grand et de Pie V, nous nous inclinons aujourd’hui devant celui de Grégoire VII. Ces trois noms résument l’action de la Papauté dans la suite des siècles, après l’âge des persécutions. Le maintien de la doctrine révélée, et la défense de la liberté de l’Église : telle est la mission divinement imposée aux successeurs de Pierre sur le Siège Apostolique. Saint Léon a soutenu avec courage et éloquence la foi antique contre les novateurs ; saint Pie V a fait reculer l’invasion de la prétendue réforme, et arraché la chrétienté au joug de l’islamisme ; placé entre ces deux pontifes dans l’ordre des temps, saint Grégoire VII a sauvé la société du plus grand péril qu’elle eût encore éprouvé, et fait refleurir dans son sein les mœurs chrétiennes par la restauration de la liberté de l’Église.

Au moment où finissait le Xe siècle et commençait le XIe, l’Église de Jésus-Christ était en proie à l’une des plus terribles épreuves qu’elle ait rencontrées sur son passage en ce monde. Après le fléau des persécutions, après le fléau des hérésies, était arrivé le fléau de la barbarie. L’impulsion civilisatrice donnée par Charlemagne s’était arrêtée de bonne heure au IXe siècle, et l’élément barbare, plutôt comprimé que dompté, avait forcé ses digues. La foi demeurait encore vive dans les masses ; mais elle ne pouvait à elle seule triompher de la grossièreté des mœurs. Le désordre social provenant de l’anarchie que le système féodal avait déchaînée dans toute l’Europe, enfantait mille violences, et le droit succombait partout sous la force et la licence. Les princes ne rencontraient plus un frein dans la puissance de l’Église ; car Rome elle-même asservie aux factions voyait trop souvent s’asseoir sur la chaire apostolique des hommes indignes ou incapables.

Cependant le XIe siècle avançait dans son cours, et le désordre semblait incurable. Les évêchés étaient devenus la proie de la puissance séculière qui les vendait, et les princes se préoccupaient surtout de rencontrer dans les prélats des vassaux disposés à les soutenir par les armes dans leurs querelles et leurs entreprises violentes. Sous un épiscopat en majeure partie simoniaque, comme l’atteste saint Pierre Damien, les mœurs du clergé du second ordre étaient tombées dans un affaissement lamentable ; et pour comble de malheur, l’ignorance, comme un nuage toujours plus sombre, s’en allait anéantissant de plus en plus la notion même du devoir. C’en était fait de l’Église et de la société, si la promesse du Christ de ne jamais abandonner son œuvre n’eût été inviolable.

Pour guérir tant de maux, pour faire pénétrer la lumière dans un tel chaos, il fallait que Rome se relevât de son abaissement, et qu’elle sauvât encore une fois la chrétienté. Elle avait besoin d’un Pontife saint et énergique qui sentît en lui-même cette force divine que les obstacles n’arrêtent jamais ; d’un Pontife dont l’action pût être longue et non passagère, et dont l’impulsion fût assez énergique pour entraîner ses successeurs dans la voie qu’il aurait ouverte. Telle fut la mission de saint Grégoire VII.

Cette mission, comme chez tous les hommes de la droite de Dieu, fut préparée dans la sainteté Grégoire se nommait encore Hildebrand, lorsqu’il alla cacher sa vie dans le cloître de Cluny. Là seulement, et dans les deux mille abbayes confédérées sous la crosse de cet insigne monastère de France, on rencontrait le sentiment de la liberté de l’Église et la pure tradition monastique ; là était préparée depuis plus d’un siècle la régénération des mœurs chrétiennes, sous la succession des quatre grands abbés, Odon, Maïeul, Odilon et Hugues. Mais Dieu gardait encore son secret ; et nul n’eût découvert les auxiliaires de la plus sainte des réformes dans ces monastères qu’un zèle fervent avait attirés d’un bout de l’Europe à l’autre à cette alliance avec Cluny, par ce seul motif que Cluny était le sanctuaire des vertus du cloître. Hildebrand chercha pour sa personne ce pieux asile, au sein duquel il espérait du moins fuir le scandale.

L’illustre saint Hugues ne tarda pas à démêler le mérite du jeune Italien qui fut admis dans la grande abbaye française. Un évêque étranger se rencontra un jour avec le maître et le disciple. C’était Brunon de Toul, désigné par l’empereur Henri III pour être le Pontife de l’Église Romaine. Hildebrand s’émeut à la vue de ce nouveau candidat à la chaire apostolique, de ce pape que l’Église Romaine, qui seule a le droit d’élire son évêque, n’a pas élu, qu’elle ne connaît pas.

Il ose dire à Brunon qu’il ne doit pas accepter les clefs du ciel de la main de César, que la conscience l’oblige à se soumettre humblement à l’élection canonique de la ville sainte. Brunon, qui fut saint Léon IX, accepte avec soumission l’avis du jeune moine, et tous deux ayant franchi les Alpes s’acheminent vers Rome. L’élu de César devint l’élu de l’Église Romaine ; mais Hildebrand n’eut plus la liberté de se séparer du nouveau Pontife. Il dut bientôt accepter le titre et les fonctions d’Archidiacre de l’Église Romaine.

Ce poste éminent l’eût élevé promptement sur la chaire apostolique, si Hildebrand eût eu une autre ambition que celle de briser les fers sous lesquels gémissait l’Église, et de préparer la reforme de la chrétienté. Mais cet homme de Dieu préféra user de son influence pour faire asseoir sur le siège de Pierre parla voie canonique et en dehors de la faveur impériale, une suite de Pontifes intègres et disposés à user de leur autorité pour l’extirpation des scandales. Après saint Léon IX, on vit passer successivement Victor II, Étienne IX, Nicolas II, et Alexandre II, tous dignes du suprême honneur. Mais il fallut enfin que celui qui avait été l’âme du pontificat sous cinq papes consentît à ceindre lui-même la tiare. Son grand cœur s’émut au pressentiment des luttes terribles qui l’attendaient ; mais ses résistances, ses tentatives pour se soustraire au lourd fardeau de la sollicitude de toutes les Églises, demeurèrent infructueuses ; et sous le nom de Grégoire VII, le nouveau Vicaire du Christ fut révélé au monde. Il devait remplir toute l’étendue de ce nom qui signifie la Vigilance.

La force brute se dressait devant lui incarnée dans un prince audacieux et rusé, souillé de tous les crimes, et, comme un aigle ravisseur, tenant dans ses serres l’Église devenue sa proie. Dans les États de l’empire, nul évêque n’eût été souffert sur son siège, s’il n’eût reçu, par l’anneau et la crosse, l’investiture de César. Tel était Henri de Germanie, et à son exemple les autres princes anéantissaient par le même procédé toute liberté dans les élections canoniques. La double plaie de la simonie et de l’incontinence continuait à sévir sur le corps ecclésiastique. Les pieux prédécesseurs de Grégoire avaient fait reculer le mal par de généreux efforts ; mais aucun d’eux ne s’était senti la force de se mesurer corps à corps avec César, dont l’action désastreuse fomentait toutes ces corruptions. Un tel rôle, avec ses périls et ses angoisses, était réservé à Grégoire, et il n’y faillit pas.

Les trois premières années de son pontificat furent cependant assez pacifiques. Grégoire fit des avances paternelles à Henri. Il chercha, dans sa correspondance avec ce jeune prince, à le fortifier contre lui-même, en témoignant des espérances que les faits vinrent trop tôt démentir, en comblant des marques de sa confiance et de sa tendresse le fils d’un empereur qui avait bien mérité de l’Église. Henri crut devoir se contenir quelque temps, en face d’un pape dont il connaissait la droiture ; mais la digue céda enfin sous l’impétuosité du torrent, et l’adversaire du pouvoir spirituel se révéla tout entier. La vente des évêchés et des abbayes recommença au profit de César. Grégoire frappa d’excommunication les simoniaques, et Henri, bravant avec audace les censures de l’Église, persista à maintenir sur leurs sièges des hommes résolus à le suivre dans tous ses excès. Grégoire adressa au prince un solennel avertissement, lui enjoignant de rompre avec ces excommuniés, sous peine de voir arriver sur lui-même les foudres de l’Église. Henri, qui avait jeté le masque, se promettait de ne tenir aucun compte des menaces du Pontife, lorsque tout à coup la révolte de la Saxe, dont plusieurs des électeurs de l’Empire embrassaient la cause, vient l’inquiéter pour sa couronne. Il sent qu’une rupture avec l’Église peut, dans un tel moment, lui devenir fatale. On le voit alors s’adresser en suppliant à Grégoire solliciter l’absolution, et abjurer sa conduite passée entre les mains de deux légats envoyés en Allemagne par le Pontife. Mais à peine ce monarque félon a-t-il triomphé pour un moment de la révolte saxonne, qu’il recommence la guerre contre l’Église. Il ose dans une assemblée d’évêques, dignes de lui, proclamer la déposition de Grégoire. Bientôt l’Italie le voit arriver à la tête de ses troupes, et sa venue donne à une foule de prélats le signal de la révolte contre un pape disposé à ne pas souffrir l’ignominie de leur vie.

C’est alors que Grégoire, dépositaire de ces clefs puissantes qui signifient le pouvoir de lier et de délier au ciel et sur la terre, prononce la terrible sentence qui déclare Henri privé de la couronne et ses sujets dégagés du serment de fidélité à sa personne. Le Pontife ajoute un anathème plus redoutable encore aux princes infidèles : il le déclare exclu de la communion de l’Église. En s’opposant ainsi comme un rempart pour la défense de la société chrétienne menacée de toutes parts, Grégoire attirait sur lui l’effort de toutes les mauvaises passions ; et l’Italie était loin de lui offrir les garanties de fidélité sur lesquelles il eût eu droit de compter. César avait pour lui plus d’un prince dans la Péninsule, et les prélats simoniaques le regardaient comme leur défenseur contre le glaive de Pierre. Il était donc à prévoir que bientôt Grégoire n’aurait plus où meure le pied dans toute l’Italie ; mais Dieu qui n’abandonne point son Église avait suscité un vengeur pour sa cause. A ce moment la Toscane et une partie de la Lombardie reconnaissaient pour souveraine la jeune et vaillante comtesse Mathilde. Cette noble femme se leva pour la défense du Vicaire de Dieu ; ses trésors, ses armées, elle les tint à la disposition du Siège Apostolique tant qu’elle vécut ; et ses domaines, elle les légua avant sa mort au Prince des Apôtres et à ses successeurs.

Au fort de ses succès, Henri eut donc à compter avec Mathilde. Cette princesse, qui balançait son influence en Italie, put soustraire à sa fureur le généreux Pontife. Par ses soins, Grégoire arriva sain et sauf à Canossa, forteresse inexpugnable près de Reggio. A ce moment même la fortune d’Henri sembla vaciller. La Saxe relevait l’étendard de la révolte, et plus d’un feudataire de l’Empire se liguait avec les rebelles pour anéantir le tyran que l’Église venait de mettre au ban de la chrétienté. Henri eut peur pour la seconde fois, et son âme aussi perfide que lâche ne recula pas devant le parjure. Le pouvoir spirituel entravait ses plans sacrilèges : il osa penser qu’en lui offrant une satisfaction passagère, il pourrait le lendemain relever la tête. On le vit se présenter nu-pieds et sans escorte à Canossa, vêtu en pénitent et sollicitant avec de feintes larmes le pardon de ses crimes. Grégoire eut compassion de son ennemi, pour lequel Hugues de Cluny et Mathilde intercédaient à ses pieds. Il leva l’excommunication, et réintégra Henri au sein de l’Église ; mais il ne jugea pas à propos de révoquer encore la sentence par laquelle il l’avait privé des droits de souverain. Le Pontife annonça seulement l’intention de se rendre à la diète qui devait se tenir en Allemagne, de prendre connaissance des griefs que les princes de l’Empire avançaient contre Henri, et de décider alors selon la justice.

Henri accepta tout, prêta serment sur l’Évangile, et rejoignit son armée. L’espérance renaissait dans son cœur, à mesure qu’il s’éloignait de la redoutable forteresse dans les murs de laquelle il avait du sacrifier un instant son orgueil à son ambition. Il comptait sur l’appui des mauvaises passions, et son calcul jusqu’à un certain point ne fut pas trompé. Un tel homme devait finir misérablement ; mais Satan était trop intéressé à son succès pour ne pas lui venir en aide.

Cependant un rival s’élevait en Allemagne contre Henri : Rodolphe, duc de Souabe, appelé à la couronne dans une diète des électeurs de l’Empire. Grégoire, Adèle à ses principes de droiture, refusa d’abord de reconnaître cet élu, bien que son attachement à l’Église et ses nobles qualités le rendissent particulièrement recommandable. Le Pontife persistait dans son projet d’entendre dans l’assemblée des princes et des villes de l’Allemagne les griefs reprochés à Henri, de l’écouter lui-même, et de mettre fin aux troubles en prononçant un jugement équitable. Rodolphe insistait auprès du Pontife pour en obtenir la reconnaissance de ses droits ; Grégoire qui l’aimait eut le courage de résister à ses instances, et de remettre l’examen de sa cause à cette diète qu’Henri avait acceptée avec serment à Canossa, mais dont il craignait tant les résultats. Trois années se passèrent durant lesquelles la patience et la modération du Pontife furent constamment mises à l’épreuve par les délais de Henri, et par son refus d’assurer la sécurité de l’Église. Enfin le Pontife, dans l’impuissance de mettre un terme aux discussions armées qui ensanglantaient l’Allemagne et l’Italie, ayant constaté le mauvais vouloir de Henri et son parjure, lança de nouveau contre lui l’excommunication, et renouvela dans un concile tenu à Rome la sentence par laquelle il l’avait déclaré privé de la couronne. En même temps Grégoire reconnaissait l’élection de Rodolphe et accordait la bénédiction apostolique à ses adhérents.

La colère de Henri monta au comble, et sa vengeance ne garda plus de mesure. Parmi les prélats italiens les plus dévoués à sa cause, Guibert, archevêque de Ravenne, était le plus ambitieux et le plus compromis à l’égard du Siège Apostolique. Henri fit de ce traître un anti-pape, sous le nom de Clément III. Ce faux pontife ne manqua pas de partisans, et le schisme vint se joindre aux autres calamités qui pesaient déjà sur l’Église. C’était un de ces moments terribles où, selon l’expression de saint Jean, « il est donné à la bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre ». Tout à coup la victoire se déclare en faveur de César. Rodolphe est tué dans une bataille en Allemagne, et les troupes de Mathilde sont défaites en Italie. Henri n’a plus qu’un vœu, celui d’entrer dans Rome, d’en chasser Grégoire et d’introniser son anti-pape sur la chaire de saint Pierre.

Au milieu de ce cataclysme effrayant d’où l’Église cependant devait sortir épurée et affranchie, quels étaient les sentiments de notre saint Pontife ? Il les décrit lui-même dans une lettre adressée à saint Hugues de Cluny. « Telles sont, lui dit-il, les angoisses auxquelles nous sommes en proie, que ceux-là même qui vivent avec nous, non seulement ne les peuvent plus souffrir, mais n’en supportent pas même la vue. Le saint roi David disait : « En proportion de la douleur immense qui oppressait mon cœur, vos consolations, Seigneur, sont venues réjouir mon âme » : mais pour nous, bien souvent la vie est un ennui et la mort un vœu ardent. S’il arrive que Jésus, le tendre consolateur, vrai Dieu et vrai homme, daigne me tendre la main, sa bonté rend la joie à mon cœur affligé ; mais pour peu qu’il se retire, mon trouble arrive à l’excès. En ce qui est de moi je meurs sans cesse ; en ce qui est de lui je vis par moments. Si mes forces défaillent tout à fait, je crie vers lui, je lui dis d’une voix gémissante : « Si vous imposiez un fardeau aussi pesant à Moïse et à Pierre, ils en seraient, ce me semble, accablés. Que peut-il advenir de moi qui ne suis rien en comparaison d’eux ? Vous n’avez donc, Seigneur, qu’une chose à faire : c’est de gouverner vous-même, avec votre Pierre, le pontificat qui m’est imposé ; autrement vous me verrez succomber, et le pontificat sera couvert de confusion en ma personne. »

Ce cri de détresse qui s’échappe de l’âme du saint Pontife révèle son caractère tout entier. Le zèle pour les mœurs chrétiennes qui ne peuvent se conserver que par la liberté de l’Église, était le mobile de sa vie entière. Un tel zèle avait pu seul lui faire affronter cette situation terrible, dans laquelle il n’avait à recueillir en ce monde que les chagrins les plus cuisants. Et pourtant, Grégoire était ce père de la chrétienté qui, devançant ses successeurs, avait conçu dès les premières années de son pontificat la grande et courageuse pensée d’aller refouler l’islamisme jusqu’en Orient, et de briser par une descente chez le Sarrasin le joug des chrétiens opprimés. Il avait débuté dans ce projet par une lettre adressée à tous les fidèles. Il y montre l’ennemi du nom chrétien déjà sous les murs de Constantinople, et signalant sa férocité par d’horribles carnages.

« Si nous aimons Dieu, dit-il dans cette épître, si nous nous reconnaissons chrétiens, il nous faut gémir sur de tels désastres ; mais gémir ne suffit pas. L’exemple de notre Rédempteur et le devoir de la charité fraternelle nous imposent l’obligation de donner notre vie pour la délivrance de nos frères. Sachez donc que, rempli de confiance dans la miséricorde de Dieu et dans la puissance de son bras, nous faisons tout et nous préparons tout, afin de porter un prompt secours à l’empire chrétien. » Peu de temps après, il écrivait à Henri qui n’avait pas encore démasqué ses projets hostiles à l’Église : « Mon avertissement aux chrétiens d’Italie et d’au delà des monts a été reçu avec faveur. Déjà plus de cinquante mille hommes se préparent, et s’ils peuvent compter sur moi comme chef de l’expédition et comme Pontife, ils marcheront à main armée contre les ennemis de Dieu, et avec le secours divin, ils iront jusqu’au sépulcre du Seigneur. » Ainsi le sublime vieillard ne reculait pas devant la pensée de se mettre lui-même à la tête de l’armée chrétienne. « Une chose, dit-il, m’engage à exécuter ce projet : c’est l’état de l’Église de Constantinople qui s’écarte de nous sur le dogme du Saint-Esprit, et qui a besoin de rentrer en accord avec le Siège Apostolique. L’Arménie presque tout entière s’est éloignée de la foi catholique ; en un mot, la grande majorité des Orientaux ressent le besoin de connaître quelle est la foi de Pierre sur les diverses opinions qui ont cours chez eux. Le moment est venu d’user de la grâce que le miséricordieux Rédempteur a conférée à Pierre, en lui faisant ce commandement : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas ; confirme tes frères. Nos pères, dont notre désir est de suivre les traces, quoique indigne de leur succéder, ont plus d’une fois visité ces contrées pour y confirmer la foi catholique : nous donc aussi, nous nous sentons poussé, si le Christ nous ouvre la voie, à entreprendre cette expédition dans l’intérêt de la foi et pour aller au secours des chrétiens. »

Dans sa loyauté accoutumée, Grégoire était allé jusqu’à compter sur le concours d’Henri pour protéger l’Église durant son absence. « Un tel projet, écrit-il à ce prince, demande un grand conseil et un secours puissant, si Dieu permet qu’il se réalise ; je viens donc te demander ce conseil et aussi ce secours, s’il t’est agréable. Si, par la faveur divine, je pars, après Dieu c’est à toi que je laisserai l’Église Romaine, afin que tu la gardes comme une mère sainte, et que tu protèges son honneur. Fais-moi savoir au plus tôt ce que tu auras décidé dans ta prudence aidée du conseil divin. Si je n’espérais pas de toi plus que d’autres ne croient, je t’aurais écrit ceci bien inutilement ; mais comme il peut se faire que tu ne te laisses pas aller à une entière confiance en l’affection que je te porte, je m’en remets à l’Esprit-Saint qui peut tout. Je le prie de te faire comprendre à sa manière l’attachement que j’éprouve pour toi, et de gouverner ton esprit, de façon à renverser les désirs des impies et à fortifier l’espérance des bons. »

Moins de trois ans après avait lieu l’entrevue de Canossa ; mais au moment où Grégoire écrivait cette lettre à Henri, sa confiance dans l’expédition qu’il projetait était assez fondée, pour qu’il en fit part à la comtesse Mathilde. « L’objet de mes pensées, écrit-il à la chevaleresque princesse, le désir que j’éprouve de passer la mer, pour venir au secours des chrétiens que les païens immolent comme un vil bétail, me cause de l’embarras vis-à-vis de plusieurs ; je crains d’être taxé par eux d’une certaine légèreté. Mais je n’ai aucune peine à te le confier, à toi, ma fille très chère, dont j’estime la prudence plus que tu ne saurais t’en rendre compte. Après avoir lu les lettres que j’envoie au delà des monts, si tu as un conseil à émettre, ou mieux encore à prêter un secours à la cause de Dieu ton créateur, fais en sorte d’y apporter tous tes soins ; car s’il est beau, comme on le dit, de mourir pour sa patrie, il est plus beau et plus glorieux encore de sacrifier la chair mortelle pour le Christ qui est l’éternelle vie. J’ai la confiance que beaucoup d’hommes de guerre nous viendront en aide dans cette expédition ; j’ai des raisons de penser que notre impératrice (la pieuse Agnès, mère de Henri) a l’intention de partir avec nous ; elle désire t’emmener avec elle. Ta mère (la comtesse Béatrix) demeurera dans ce pays, pour veiller à la défense des intérêts communs ; et toutes choses étant ainsi réglées, avec l’aide du Christ nous pourrions nous mettre en route. En venant ici pour satisfaire sa dévotion, l’impératrice, aidée de ton secours, pourra animer un grand nombre de personnes à cette sainte entreprise. Pour ce qui est de moi, honoré de la compagnie de si nobles sœurs, je passerai volontiers les mers, disposé à donner ma vie pour le Christ avec vous dont je désire n’être pas séparé dans la patrie éternelle. Adresse-moi promptement une réponse sur ce projet et sur ton arrivée à Rome, et daigne le Seigneur tout-puissant te bénir et te faire marcher de vertu en vertu, afin que la Mère universelle puisse se réjouir en toi durant de longues années! »

La pensée de Grégoire, à laquelle il se livrait avec tant d’enthousiasme, n’était pas uniquement un rêve généreux de sa grande âme ; c’était un pressentiment divin. Sa vie héroïque ne devait pas laisser place à une lointaine expédition ; il allait avoir à combattre un autre ennemi que le Sarrasin ; mais la croisade qu’il saluait avec tant d’ardeur n’était pas loin. Urbain II, son second successeur, comme lui moine de Cluny, devait sous peu d’années ébranler l’Europe chrétienne et la lancer sur l’ennemi commun. Mais puisque nous avons rencontré le nom de Mathilde, nous profiterons de cette occasion pour pénétrer plus intimement encore dans l’âme de notre grand Pontife. On verra comment cet illustre athlète de la liberté de l’Église savait unir à la hauteur et à la grandeur des vues la touchante sollicitude du plus humble prêtre pour l’avancement spirituel d’une âme. « Celui-là seul qui pénètre le secret des cœurs, écrit-il à la pieuse princesse, peut connaître, et connaît mieux que moi encore, le zèle et la sollicitude que je porte à ton salut. Je me flatte que tu sais comprendre que je suis tenu à prendre soin de toi, en vue de tant de peuples pour l’intérêt desquels la charité m’a contraint de te retenir, lorsque tu songeais à les abandonner, afin de ne plus songer qu’au bien de ton âme. La charité, ainsi que je te l’ai dit souvent et que je te le dirai encore, d’après celui qui est la trompette du ciel, la charité ne cherche pas ce qui est de son intérêt. Mais comme entre les armes de défense que je t’ai fournies contre le prince du monde, la principale est de recevoir fréquemment le Corps du Seigneur, et de te livrer avec une entière confiance à la protection de sa Mère, dans cette lettre je veux te transcrire ce que le bienheureux Ambroise a pensé au sujet de la communion. »

Le pieux Pontife insère ici deux passages du saint Docteur, qu’il fait suivre d’autres citations empruntées à saint Grégoire le Grand et à saint Jean Chrysostome sur le bienfait de la divine Eucharistie. Il continue ainsi : « Nous devons donc, ô ma fille, recourir à ce merveilleux sacrement, aspirer à ce puissant remède. Je t’ai écrit cette lettre, ô fille du bienheureux Pierre, pour accroître encore ta foi et ta confiance, lorsque tu reçois le Corps du Seigneur. Tel est le trésor, tel est le bienfait, au-dessus de l’or et des pierres précieuses, que ton âme attend de moi dans son amour pour le Roi des cieux qui est ton père ; bien qu’il te fût possible d’obtenir par tes mérites quelque chose de meilleur en t’adressant à un autre ministre de Dieu. Quant à la Mère du Seigneur, à laquelle je t’ai confiée pour le passé, pour le présent et pour toujours, jusqu’à ce que nous puissions la contempler au ciel selon notre désir, je ne t’en entretiendrai pas aujourd’hui. Que pourrais-je dire qui fût digne de celle que le ciel et la terre ne cessent de combler de louanges, sans pouvoir atteindre à ce qu’elle mérite ? mais tiens ceci pour assuré, qu’autant elle est plus élevée, plus dévouée et plus sainte que toutes les autres mères, autant elle se montre miséricordieuse et tendre envers ceux et celles qui ont pèche et qui s’en repentent. Renonce donc à toute inclination au péché, et prosternée devant elle, répands les larmes d’un cœur contrit et humilié. Tu la trouveras alors, je te le promets en toute assurance, plus empressée et plus affectueuse dans sa tendresse pour toi que ne saurait l’être une mère selon la chair. »

L’œil du Pontife que tant de sollicitudes ne pouvaient distraire de l’intérêt paternel qu’il portait à l’avancement d’une âme, allait chercher, malgré les distances, à travers la chrétienté, les hommes trop rares alors dont la sainteté et la doctrine devaient faire plus tard l’ornement et la lumière de l’Église. C’est ainsi que Grégoire avait découvert le grand Anselme, alors encore caché au fond de son abbaye du Bec. Du milieu de ses tribulations inouïes (1079), le Pontife adresse à l’Abbé cette lettre touchante : « La bonne odeur de tes fruits, lui dit-il, s’est fait sentir jusqu’à nous. Nous en rendons à Dieu nos actions de grâces, et nous t’embrassons de cœur dans l’amour du Christ, assuré que nous sommes du succès que l’Église de Dieu retirera de tes études, et de l’aide que, par la miséricorde du Seigneur, lui apporteront, dans ses périls, tes prières jointes à celles qu’offrent au ciel ceux qui te ressemblent. Tu sais, mon frère, la puissance qu’exerce auprès de Dieu la prière du juste ; celle de plusieurs justes a plus de force encore ; il n’y a même pas lieu de douter qu’elle n’obtienne ce qu’elle implore. C’est l’autorité de la Vérité même qui nous oblige de le croire. C’est elle qui a dit : « Frappez, et l’on vous ouvrira. » Frappez avec simplicité, demandez avec simplicité, dans les choses qui lui sont agréables ; alors il vous sera ouvert, alors vous recevrez, et c’est en cette manière que la prière des justes sera exaucée. C’est pourquoi nous voulons que ta Fraternité et celle de tes moines s’adressent à Dieu par des prières assidues, afin qu’il daigne soustraire à l’oppression des hérétiques son Église et nous-même qui lui sommes préposé, quoique indigne, et que dissipant l’erreur qui aveugle nos ennemis, il les ramène au sentier de la vérité. »

Mais l’œil de Grégoire ne s’arrêtait pas seulement sur des princesses comme Mathilde, sur des docteurs comme Anselme. Il savait découvrir jusque dans la mêlée l’humble et courageux blessé qui souffrait pour la cause de l’Église, et l’entourait d’une admiration et d’une tendresse qu’il n’eût pas éprouvée pour ces chefs dont la fidélité est au prix de la gloire. Qu’on lise cette lettre à un pauvre prêtre milanais que les simoniaques avaient mutilé d’une façon barbare. « Si nous vénérons la mémoire des Saints qui sont morts après que leurs membres ont été tranchés par le fer, écrit-il à cet obscur soldat de l’Église, nommé Liprand, si nous célébrons les souffrances de ceux que ni le glaive, ni les souffrances n’ont pu séparer de la foi du Christ, toi à qui on a coupé le nez et les oreilles pour son nom, tu es plus digne de louanges encore d’avoir mérité une grâce qui. si elle est jointe à la persévérance, te donne une entière ressemblance avec les Saints. L’intégrité de ton corps n’existe plus ; mais l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour, s’est développé en toi avec grandeur. Extérieurement les mutilations déshonorent ton visage ; mais l’image de Dieu, qui est le rayonnement de la justice, est devenue en toi plus gracieuse par ta blessure même, plus attrayante par la difformité qu’on a imprimée à tes traits. L’Église ne dit-elle pas elle-même dans le Cantique : « Je suis noire, ô filles de Jérusalem » ? Si donc ta beauté intérieure n’a pas souffert de ces cruelles mutilations, ton caractère sacerdotal qui est saint, et qu’il faut reconnaître plutôt dans l’intégrité des vertus que dans celle des membres, n’en a pas été atteint davantage. N’a-t-on pas vu l’empereur Constantin baiser respectueusement au visage d’un évêque la cicatrice d’un œil qui avait été arraché pour le nom du Christ ? L’exemple des Pères et les anciennes écritures ne nous apprennent-ils pas qu’on maintenait les martyrs dans l’exercice du ministère sacré, même après la mutilation qu’ils avaient soufferte dans leurs membres ? Toi donc, martyr du Christ, sois plein d’assurance dans le Seigneur. Regarde-toi comme ayant fait un pas de plus dans ton sacerdoce. Il te fut conféré avec l’huile sainte ; aujourd’hui le voilà scellé de ton propre sang. Plus on t’a réduit, plus il te faut prêcher ce qui est bien, et semer cette parole qui produit cent pour un. Nous savons que les ennemis de la sainte Église sont tes ennemis et tes persécuteurs ; ne les crains pas, et ne tremble pas devant eux ; car nous gardons avec amour sous notre tutelle et sous celle du Siège Apostolique ta personne et tout ce qui t’appartient ; et s’il te devient nécessaire de recourir à nous, nous acceptons d’avance ton appel, disposé à te recevoir avec allégresse et grand honneur, lorsque tu viendras vers nous et vers ce saint Siège. »

 

 

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Dimanche dans l'Octave de l’Ascension

24 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l'Octave de l’Ascension

Introït

Exaucez, Seigneur, ma voix, qui a crié vers vous, alléluia ; mon cœur vous a dit : mes yeux vous ont cherché ; votre visage, Seigneur, je le rechercherai, ne détournez pas de moi votre face, alléluia, alléluia  Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ?

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère.

Lecture

Mes bien-aimés : soyez prudents et veillez dans la prière. Mais surtout ayez les uns pour les autres une charité persévérante, car la charité couvre une multitude de péchés. Exercez entre vous l’hospitalité sans murmurer. Que chacun mette au service des autres le don spirituel qu’il a reçu, comme doivent faire de bons dispensateurs de la grâce de Dieu aux formes multiples. Si quelqu’un parle, que ce soit selon les oracles de Dieu ; si quelqu’un exerce un ministère, que ce soit comme employant une force que Dieu donne, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Évangile Jn. 15, 26-27 ; 16, 1-4

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues, et l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu. Et ils vous traiteront ainsi parce qu’ils ne connaissent ni le Père ni moi. Je vous ai dit ces choses afin que, lorsque l’heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites.

Secrète

Que ce sacrifice sans tache nous purifie, Seigneur, et qu’il donne à nos âmes la vigueur de la grâce surnaturelle

Postcommunion

Nourris de vos dons sacrés, ô Seigneur, nous vous en supplions, donnez-nous de demeurer toujours dans l’action de grâces

Office

4e leçon

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Notre Sauveur, mes très chers frères, est monté au ciel, ne nous troublons donc pas sur la terre. Que nos pensées soient là où il est, et ici-bas ce sera le repos. Montons maintenant avec le Christ par le cœur ; lorsque son jour promis sera venu, nous le suivrons aussi de corps. Cependant, mes frères, nous devons savoir que ni l’orgueil, ni l’avarice, ni la luxure ne s’élèvent avec le Christ ; aucun de nos vices ne s’élève avec notre médecin. Et c’est pourquoi si nous voulons suivre le médecin dans son ascension, nous devons déposer le fardeau de nos vices et de nos péchés. Ils nous chargent, pour ainsi dire, tous de chaînes, ils s’efforcent de nous retenir captifs dans les filets de nos fautes : c’est pourquoi avec le secours de Dieu, et comme le dit le Psalmiste : « Rompons leurs liens », afin qu’en toute sécurité nous puissions dire au Seigneur : « Vous avez rompu mes liens, c’est à vous que je sacrifierai une hostie de louange »

5e leçon

La résurrection du Seigneur est notre espérance ; l’ascension du Seigneur, notre glorification. Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Ascension. Si donc nous célébrons l’ascension du Seigneur avec droiture, avec fidélité, avec dévotion, avec sainteté et avec piété, montons avec lui et tenons en haut nos cœurs. Mais, en montant, gardons-nous de nous enorgueillir et de présumer de nos mérites, comme s’ils nous étaient propres. Nous devons tenir nos cœurs en haut attachés au Seigneur ; car le cœur en haut, mais non auprès du Seigneur, c’est l’orgueil ; le cœur en haut près du Seigneur, c’est le refuge. Voici, mes frères, un fait surprenant : Dieu est élevé, tu t’élèves et il fuit loin de toi ; tu t’humilies et il descend vers toi. Pourquoi cela ? C’est que « le Seigneur est élevé, et il regarde ce qui est bas, et ce qui est haut, c’est de loin qu’il le connaît ». Il regarde de près ce qui est humble, pour l’attirer à lui, et il regarde de loin ce qui s’élève, c’est-à-dire les superbes, pour les abaisser.

6e leçon

Le Christ est ressuscité pour nous donner l’espérance, car tout homme qui meurt ressuscite ; et il nous a donné cette assurance, afin qu’en mourant nous ne désespérions pas et que nous ne pensions pas que notre vie finit dans la mort. Nous étions dans l’anxiété au sujet de notre âme elle-même, et le Sauveur, en ressuscitant, nous a donné la foi en la résurrection de la chair. Crois donc, afin d’être purifié. Il te faut d’abord croire, afin de mériter par ta foi de voir Dieu un jour. Veux-tu voir Dieu ? Écoute-le lui-même : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu ». Pense donc avant tout à purifier ton cœur ; enlève tout ce que tu y vois qui puisse déplaire à Dieu.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêqu

Le Seigneur, dans le discours qu’il tint à ses disciples après la cène, aux approches de sa passion, alors qu’il allait partir et les quitter quant à sa présence corporelle, quoiqu’il dût néanmoins rester avec tous les siens par sa présence spirituelle jusqu’à la consommation des siècles ; le Seigneur Jésus, dans ce discours, les exhorta à supporter les persécutions des impies, qu’il désignait sous le nom de monde. Du sein de ce même monde il avait tiré ses disciples : il le leur déclara, afin qu’ils sussent que la grâce de Dieu les faisait ce qu’ils se trouvaient être, tandis que leurs vices les avaient rendus ce qu’ils étaient auparavant.

8e leçon

Ensuite il leur annonça clairement que les Juifs devaient être et ses persécuteurs et les leurs, de façon qu’il fût absolument évident que ceux qui persécutent les saints sont compris, eux aussi, sous cette appellation de monde condamnable. Or, après avoir dit des Juifs qu’ils ne connaissaient pas celui qui l’avait envoyé, et que cependant ils haïssaient et le Fils et le Père, c’est-à-dire celui qui avait été envoyé et celui par qui il était envoyé (toutes choses dont nous avons déjà parlé dans d’autres sermons), il en vint à cet endroit où il leur dit : « C’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï gratuitement »

9e leçon

Ensuite il ajouta, comme conséquemment, ces paroles que nous avons entrepris d’expliquer aujourd’hui. « Mais lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que, dès le commencement, vous êtes avec moi ». Quel rapport ces paroles ont-elles avec ce qu’il vient de dire : « Mais maintenant ils ont vu mes œuvres ; et ils ont haï et moi et mon Père, mais c’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï gratuitement ». Quand le Paraclet est venu, cet Esprit de vérité a-t-il convaincu par un témoignage plus évident ceux qui avaient vu ses œuvres et le haïssaient encore ? Il a fait bien plus ; car, en se manifestant à eux, il a converti à la foi, qui opère par la charité, plusieurs de ceux qui avaient vu, et dont la haine persévérait encore.

ÉPÎTRE.

Tandis que les disciples sont réunis dans le Cénacle, n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, et attendant la venue de l’Esprit-Saint, le prince des Apôtres qui présidait cette assemblée sainte se tourne vers nous qui attendons ici-bas la même faveur, et nous recommande la charité fraternelle. Il nous promet que cette vertu couvrira la multitude de nos péchés ; quelle heureuse préparation pour recevoir le don divin ! L’Esprit-Saint arrive afin d’unir les hommes en une seule famille ; arrêtons donc toutes nos discussions, et préparons-nous à la fraternité universelle qui doit s’établir dans le monde à la prédication de l’Évangile. En attendant la descente du Consolateur promis, l’Apôtre nous dit que nous devons être prudents et veiller dans la prière. Recevons la leçon : la prudence consistera à écarter de nos cœurs tout obstacle qui repousserait le divin Esprit ; quanta la prière, c’est elle qui les ouvrira, afin qu’il les reconnaisse et s’y établisse.

ÉVANGILE.

A la veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S’adressant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c’est-à-dire qu’il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu’ils lui doivent, jusqu’à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l’appelant la Vertu d’en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu’au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles ? L’Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Par lui ils vaincront, et l’Évangile fera le tour du monde. Or, il va venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes « revêtus de la Vertu d’en haut », nous n’aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l’aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurera la victoire, comme il l’assura aux Apôtres.

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L’Ascension du Seigneur

21 Mai 2020 , Rédigé par Ludovicus

L’Ascension du Seigneur

Introït

Hommes de Galilée, pourquoi vous étonnez-vous en regardant le ciel ? Alléluia. De la même manière que vous l’avez vu monter au ciel, il reviendra, alléluia, alléluia, alléluia. Nations, frappez toutes des mains ; célébrez Dieu par des cris d’allégresse .

Collecte

Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, faites-nous cette grâce : nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux ; que nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Lecture Ac. 1, 1-11

Dans mon premier livre, ô Théophile, j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où, après avoir donné ses ordres, par l’Esprit-Saint, aux apôtres qu’il avait choisis, il fut enlevé au ciel. Il s’était aussi montré à eux vivant, après sa passion, par des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu. Comme il mangeait avec eux, il leur ordonna de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, que vous avez, dit-il, entendue de ma bouche ; car Jean a baptisé dans l’eau, mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint dans peu de jours. Ceux donc qui se trouvèrent réunis l’interrogèrent en disant : Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d’Israël ? Il leur répondit : Ce n’est point à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Après qu’il eut dit ces paroles, sous leurs regards il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils contemplaient attentivement le ciel pendant qu’il ’en allait, voici que deux hommes se présentèrent en vêtements blancs, et dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui du milieu de vous a été élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel.

Évangile Mc. 16, 14-20

En ce temps-là, Jésus se montra aux Onze eux-mêmes, tandis qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui avaient vu qu’il était ressuscité. Et il leur dit : Allez dans le monde entier, et prêchez l’évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront les serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains sur les malades, et ils seront guéris. Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé dans le ciel, et il est assis à la droite de Dieu. Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles dont elle était accompagnée

Secrète

Agréez, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons en l’honneur de la glorieuse ascension de votre Fils et concédez-nous avec bonté d’être délivrés des périls de la vie présente, puis de parvenir à la vie éternelle.

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape

Aujourd’hui, mes bien-aimés, s’achève le nombre de quarante jours sacrés écoulés depuis la résurrection bienheureuse et glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ, par laquelle, dans l’espace de trois jours, la puissance divine releva le vrai temple de Dieu, que l’impiété des Juifs avait détruit. Ce nombre de jours, la très sainte disposition de la Providence l’a accordé en vue de notre utilité et de notre instruction, pour que le Seigneur, prolongeant durant cet espace de temps sa présence corporelle ici-bas, notre foi en la résurrection y pût trouver les preuves et la confirmation nécessaires. La mort du Christ avait beaucoup troublé le cœur des disciples, et l’engourdissement de la défiance avait pénétré dans leurs esprits, alourdis par le chagrin causé par son supplice sur la croix, par son dernier soupir, par la sépulture de son corps inanimé.

5e leçon

Les bienheureux Apôtres et tous les disciples, qui avaient été alarmés par la mort de Jésus sur la croix, et avaient hésité dans la foi à sa résurrection, furent tellement affermis par l’évidence de la vérité, que, loin d’être attristés en voyant le Seigneur s’élever dans les hauteurs des cieux, ils furent au contraire remplis d’une sainte joie. Et certes, il y avait là une grande et ineffable cause de joie, alors qu’en présence de cette multitude sainte, une nature humaine s’élevait au-dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, pour dépasser les ordres angéliques, pour être élevée plus haut que les Archanges, et ne s’arrêter dans ses élévations sublimes que, lorsque reçue dans la demeure du Père éternel, elle serait associée au trône et à la gloire de Celui à la nature duquel elle se trouvait déjà unie en son Fils.

6e leçon

Puisque l’ascension du Christ est notre propre élévation, et que le corps a l’espérance d’être un jour où l’a précédé son glorieux chef, tressaillons donc, mes bien-aimés, dans de dignes sentiments de joie, et réjouissons-nous par de pieuses actions de grâces. Car nous n’avons pas seulement été affermis aujourd’hui comme possesseurs du paradis ; mais en la personne du Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux ; et nous avons plus obtenu par sa grâce ineffable, que nous n’avions perdu par l’envie du diable. En effet, ceux que le venimeux ennemi avait bannis de la félicité de leur première demeure, le Fils de Dieu se les est incorporés, et il les a placés à la droite du Père, avec qui étant Dieu, il vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape

Le retard que les disciples mirent à croire à la résurrection du Seigneur, n’a pas tant été leur faiblesse, qu’elle n’a été, pour ainsi dire, notre assurance future. La résurrection, en effet, à raison de leur doute, fut démontrée par beaucoup de preuves ; et, lorsque nous lisons ces faits dans l’Évangile, ne sommes-nous pas affermis par leur hésitation même ? L’histoire de Madeleine qui crut très vite, m’est moins utile que celle de Thomas qui douta longtemps. Car cet Apôtre en doutant, toucha les cicatrices du Sauveur, et enleva ainsi de notre cœur la plaie du doute.

8e leçon

Pour faire pénétrer en nous la vérité de la résurrection du Seigneur, il nous faut aussi remarquer ces paroles de saint Luc : « Mangeant avec eux, il leur commanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem. » Et un peu plus loin : « Eux le voyant, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. » Notez ces paroles, remarquez ces mystères. Après avoir mangé avec eux, il s’éleva ; il mangea et il monta, afin de nous rendre manifeste par l’action d’absorber de la nourriture, la réalité de sa chair. Saint Marc rapporte que le Seigneur, avant de monter au ciel, reprocha à ses disciples la dureté de leur cœur et leur incrédulité. Que remarquer en cela, sinon que le Seigneur adressa des reproches à ses disciples au moment où il les quittait corporellement, afin que ces paroles, dites en se séparant d’eux, restassent plus profondément imprimées dans le cœur de ceux qui les entendaient ?

9e leçon

Écoutons ce que le Sauveur commande à ses disciples, après leur avoir reproché leur endurcissement : « Allez dans tout l’univers, et prêchez l’Évangile à toute créature. » Est-ce à dire, mes frères, que le saint Évangile dût être annoncé aux choses inanimées, ou aux animaux dépourvus de raison, et que ce soit à leur sujet que cette parole ait été dite aux disciples : « Prêchez à toute créature ? » Mais c’est l’homme qui est désigné ici par ces mots : toute créature. L’homme a, en effet, quelque chose de toute créature. L’être lui est commun avec les pierres, la vie avec les arbres, la sensibilité avec les animaux, et l’intelligence avec les Anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, on peut dire, en quelque sorte, que l’homme est toute créature, et par conséquent l’Évangile est prêché à toute créature, lorsqu’il est prêché à l’homme seul.

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