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Vème dimanche après l’Epiphanie

10 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Vème dimanche après l’Epiphanie

Introït

Adorez Dieu, vous tous ses Anges, Sion a entendu et s’est réjouie, et les filles de Juda ont tressailli de joie. Le Seigneur est roi ; que la terre tressaille de joie, que toutes les îles se réjouissent.

Collecte

Nous vous en supplions, Seigneur, gardez votre famille avec une constante bonté afin que celle qui s’appuie sur l’unique espérance de votre grâce céleste, soit toujours munie de votre protection.

Épitre Col. 3, 12-17

Mes frères : comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, et patience, vous supportant les uns les autres et vous pardonnant réciproquement, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre. Comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos cœurs ; soyez reconnaissants. Que la parole du Christ demeure en vous avec abondance, de telle sorte que vous vous instruisiez et vous avertissiez les uns les autres en toute sagesse : sous l’inspiration de la grâce que vos cœurs s’épanchent vers Dieu en chants, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels. Et quoi que ce soit que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.

Évangile Mt. 13, 24-30

En ce temps là : Jésus proposa aux foules cette parabole : "Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bonne semence dans son champ. Or, pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie au milieu du froment par dessus, et il s’en alla. Quand l’herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l’ivraie. Et les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : "Maître, n’avez-vous pas semé de bonne semence dans votre champ ? D’où (vient) donc qu’il s’y trouve de l’ivraie ?" Il leur dit : "C’est un ennemi qui a fait cela." Les serviteurs lui disent : "Voulez-vous que nous allions la ramasser ?" Et il leur dit : "Non, de peur qu’en ramassant l’ivraie vous n’arrachiez aussi le froment. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler ; quant au froment, amassez-le dans mon grenier."

Postcommunion

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, accordez-nous les faveurs dont, par ces mystères, nous avons reçu le gage.

Office

Commencement de la première Épître de Saint Paul Apôtre à Timothée.

Première leçon. Cap. 1, 1-4 Paul, Apôtre de Jésus-Christ par ordre de Dieu notre sauveur, et de Jésus-Christ notre espérance, à Timothée, mon cher fils dans la foi. Grâce, miséricorde et paix, de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur ! Je t’ai recommandé, en partant pour la Macédoine, de demeurer à Éphèse, afin d’enjoindre à certaines personnes de ne pas enseigner une autre doctrine, et de ne pas s’appliquer à des fables et à des généalogies sans fin, qui favorisent bien plus les disputes que l’édifice de Dieu, lequel est basé sur la foi.

Deuxième leçon. Cap. 1, 5-11 Car la fin du commandement, c’est la charité venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère ; choses loin desquelles certaines personnes s’étant égarées, se sont tournées vers de vains discours, voulant être docteurs de la loi, et ne comprenant ni ce qu’elles disent, ni ce qu’elles affirment. Or, nous savons que la loi est bonne, si l’on en use selon l’esprit de la loi, en reconnaissant que la loi n’a pas été établie pour le juste, mais pour les méchants et les rebelles, pour les impies et les pécheurs, pour les scélérats et les profanes, pour les meurtriers de leur père et de leur mère, pour les homicides, les fornicateurs, les infâmes, les voleurs d’hommes, les menteurs et les parjures, et s’il y a quelque autre chose qui s’oppose à la saine doctrine, laquelle est conforme à l’Évangile de la gloire du Dieu bienheureux, dont la dispensation m’a été confiée.

Troisième leçon. Cap. 1, 12-16 Je rends grâces à Celui qui m’a fortifié, au Christ Jésus Notre-Seigneur, de ce qu’Il m’a jugé fidèle, en m’établissant dans le ministère, moi qui auparavant étais un blasphémateur, un persécuteur et un oppresseur injurieux ; mais j’ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j’ai agi par ignorance, dans l’incrédulité. Et la grâce de Notre-Seigneur a été surabondante, en me remplissant de la foi et de la charité qui est en Jésus-Christ. C’est une parole certaine et absolument digne d’être acceptée, que le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. Mais j’ai précisément obtenu miséricorde, afin que le Christ Jésus fît voir en moi le premier toute Sa patience, pour que je servisse d’exemple à ceux qui croiront en Lui, pour posséder la vie éternelle.

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, évêque.

Quatrième leçon. C’est une vérité pleine de douceur pour les hommes et digne de tout accueil, que le Christ Jésus est venu en ce monde sauver les pécheurs. » Écoutez attentivement ce que dit l’Évangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri. » Si l’homme n’eût pas été perdu, le Fils de l’homme ne serait pas venu. L’homme était donc perdu, mais un Dieu vint à lui et l’homme fut ramené. L’homme s’était égaré par sa volonté libre, un Dieu fait homme vint le sauver par sa grâce libératrice.

Cinquième leçon. Voulez-vous savoir quel est le pouvoir du libre arbitre pour le mal ? Rappelez-vous le péché de l’homme. Cherchez-vous à connaître la puissance d’un Dieu-Homme pour nous secourir ? Considérez en lui la grâce qui nous délivre. Nulle part, ce que peut l’usage de la volonté humaine possédée par l’orgueil et séparée du secours de Dieu, n’a pu être montré comme dans le premier homme ; non, nulle part la malice de cette volonté n’a pu être manifestée davantage ni avoir plus d’évidence. Le premier homme s’est perdu, et ou serait-il maintenant, si le second Adam n’était venu ? Parce que l’un était homme, l’autre s’est fait homme ; et cette « vérité » est par conséquent « humaine ».

Sixième leçon. Nulle part non plus la bénignité de la grâce et la libéralité de la toute-puissance de Dieu n’ont paru avec autant d’éclat qu’en cet Homme, établi pour médiateur entre Dieu et les hommes, en cet Homme qui est le Christ Jésus. Que disons-nous, mes frères ? Je parle à des fidèles nourris dans la foi catholique, ou à des âmes gagnées à la paix de .l’Église catholique. Nous le savons et nous le croyons fermement : le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, est homme ; et il est, en tant qu’homme, de la même nature que nous. Car notre chair et sa chair ne sont point différentes de nature ; notre âme n’est pas d’une nature, et son âme d’une autre nature. La nature dont il s’est revêtu, c’est celle qu’il avait résolu de sauver.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Tandis que les chefs de l’Église se montraient négligents ou bien, si l’on préfère, lorsque les Apôtres se furent endormis du sommeil de la mort, le diable vint et il sema ceux que le Seigneur appelle les mauvais fils. Mais qui sont-ils ? Il y a lieu de le rechercher. Des hérétiques ou bien des mauvais catholiques ? Les hérétiques peuvent bien être dits aussi de mauvais fils, car nés de la même semence de l’Évangile, et procréés au nom du Christ, ils se sont laissé détourner par des opinions erronées vers de fausses doctrines.

Huitième leçon. Mais comme le Seigneur nous dit qu’ils ont été semés au milieu du blé, il semblerait bien qu’ils signifient ceux qui appartiennent à une même communion. D’autre part, le Seigneur interprète le champ comme étant non pas l’Église mais ce monde ; on peut aussi comprendre qu’il s’agit d’hérétiques car en ce monde, ils sont mêlés aux bons non pas dans la société d’une même Église ou dans celle d’une même foi, mais dans la société du seul nom chrétien. Quant à ceux qui, au sein d’une même foi, sont mauvais, il faut les regarder comme de la paille, plutôt que comme de l’ivraie, car la paille a la même souche que le blé et une racine commune.

Neuvième leçon. Dans ce filet également, où se trouvent capturés ensemble mauvais et bons poissons, il n’est pas absurde de reconnaître les mauvais catholiques. Autre chose est la mer qui signifie plutôt ce monde, autre chose le filet qui semble symboliser la communion d’une même foi, d’une même Église. Entre les hérétiques et les mauvais catholiques, il y a cette différence : les hérétiques croient des erreurs tandis que les autres, tout en croyant la vérité, ne vivent pas selon leur foi.

ÉPÎTRE.

Instruit à l’école de l’Homme-Dieu, qui a daigné habiter cette terre, le chrétien doit s’exercer à la miséricorde envers ses frères. Ce monde, purifié par la présence du Verbe incarné, deviendra pour nous l’asile de la paix, si nous savons mériter les titres que nous donne l’Apôtre, d’élus de Dieu, saints et bien-aimés. Cette paix doit remplir d’abord le cœur de chaque chrétien, et l’établir dans une joie continuelle qui aime à s’épancher dans le chant des louanges de Dieu. Mais c’est principalement le Dimanche, que les fidèles, en s’unissant à la sainte Église, « dans ses psaumes et ses cantiques », accomplissent ce devoir si cher à leur cœur. Dans l’usage ordinaire de la vie, souvenons-nous aussi du conseil que nous donne l’Apôtre, à la fin de cette Épître, et songeons à faire toutes nos actions au nom de Jésus-Christ, afin d’être agréables en tout à notre Père céleste.

ÉVANGILE.

Le royaume des cieux dont parle ici le Sauveur est son Église militante, la société de ceux qui croient en lui Néanmoins, ce champ qu’il a cultivé avec tant de soins, est parsemé d’ivraie ; les hérésies s’y sont glissées, les scandales s’y multiplient : devons-nous pour cela douter de la prévoyance de celui qui connaît tout, et sans la permission duquel rien n’arrive ? Loin de nous cette pensée. Le Maître nous apprend lui-même qu’il en doit être ainsi. L’homme a reçu la liberté du bien et du mal ; c’est à lui d’en user, et c’est à Dieu de faire tourner tout à sa gloire. Que l’hérésie donc s’élève comme une plante maudite, nous savons que le jour viendra où elle sera arrachée ; plus d’une fois même on la verra sécher sur sa propre tige, en attendant le jour où elle doit être arrachée et jetée au feu. Où sont aujourd’hui les hérésies qui désolèrent l’Église à son premier âge ? Où seront dans cent ans d’ici celles qui, depuis trois siècles, ont causé tant de maux sous le beau nom de réforme ? Il en est de même des scandales qui s’élèvent au sein même de l’Église. Cette ivraie est un fléau ; mais il faut que nous soyons éprouvés. Le Père de famille ne veut pas que l’on arrache cette herbe parasite, dans la crainte de nuire au pur froment. Pourquoi ? Parce que le mélange des bons et des mauvais est un utile exercice pour les premiers, en leur apprenant à ne pas compter sur l’homme, mais à s’élever plus haut. Pourquoi encore ? Parce que telle est la miséricorde du Seigneur, que ce qui est ivraie peut quelquefois, par la grâce divine, se transformer en froment.

Ayons donc patience ; mais, parce que l’ennemi ne sème l’ivraie que pendant le sommeil des gardiens du champ, prions pour les pasteurs, et demandons pour eux à leur divin Chef cette vigilance qui est la première garantie du salut du troupeau, et qui est signifiée, comme leur première qualité, par le nom que l’Église leur a imposé.

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Saint Cyrille d’Alexandrie évêque confesseur et docteur mémoire de Sainte Apolline Vierge et Martyre

9 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Cyrille d’Alexandrie évêque confesseur et docteur mémoire de Sainte Apolline Vierge et Martyre

Collecte

O Dieu, qui avez fait du bienheureux Cyrille, Confesseur et Pontife, le défenseur invincible de la divine maternité de la bienheureuse Vierge Marie, accordez, qu’intercédant pour nous, il nous obtienne, à nous qui la croyons vraiment Mère de Dieu, d’être sauvés par sa protection maternelle

Office

Quatrième leçon. Cyrille d’Alexandrie, dont l’éloge n’est pas seulement appuyé sur le témoignage de quelques-uns, mais dont les louanges sont même célébrées dans les actes des conciles d’Éphèse et de Chalcédoine, naquit de parents illustres ; ii était neveu de Théophile, Évêque d’Alexandrie. Dès son adolescence, il donna des marques évidentes de son esprit supérieur. Parfaitement instruit des lettres et des sciences, il se rendit auprès de Jean, Évêque de Jérusalem, pour se perfectionner dans la foi chrétienne. Comme il revenait à Alexandrie, Théophile étant mort, il fut élevé à son siège. Dans l’exercice de cette charge, il eut toujours devant lui le type du pasteur accompli, tracé par l’Apôtre, en sorte qu’il acquit à bon droit la réputation glorieuse d’un très saint Prélat.

Cinquième leçon. En flammé de zèle pour le salut des âmes, il mit tous ses soins à maintenir dans la foi et l’intégrité des mœurs, le troupeau qui lui était confié, et à le détourner des pâturages empoisonnés des infidèles et des hérétiques, il s’efforça d’expulser de la ville les sectateurs de Novat, et de punir conformément aux lois les Juifs qui, dans leur frénésie, avaient conspiré le massacre des Chrétiens. Mais le zèle de Cyrille pour l’intégrité de la foi catholique se déploya surtout contre Nestorius, Évêque de Constantinople, lequel prétendait que Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, était homme seulement et non Dieu, et que la divinité lui avait été accordée à cause de ses mérites. Ayant vainement tenté d’obtenir l’amendement de l’hérésiarque, il le dénonça au souverain Pontife saint Célestin.

Sixième leçon. Par délégation de Célestin, Cyrille présida au concile d’Éphèse ; l’hérésie nestorienne y fut entièrement proscrite, et Nestorius condamné et déposé de son siège. Le dogme catholique d’une seule et divine personne dans le Christ et de la divine maternité de la glorieuse Vierge Marie, y fut affirmé aux applaudissements du peuple entier, -qui, manifestant une joie indicible, reconduisit les Évêques dans leurs demeures en portant des torches allumées. Ayant eu à subir, à cause de cela des calomnies, des injures et de nombreuses persécutions de la part de Nestorius et de ses partisans, Cyrille les supporta avec fa plus grande patience ; soucieux des seuls intérêts de la foi, il comptait pour rien tout ce que les hérétiques disaient et entreprenaient contre lui. Enfin, ayant accompli les plus grands travaux pour l’Église de Dieu, publié plusieurs écrits, soit pour réfuter les païens et les hérétiques, soit pour expliquer les saintes Écritures et les dogmes catholiques, il entra dans l’éternel repos par une sainte mort, en l’an née quatre cent quarante-quatre, la trente-deuxième de son épiscopat. Le souverain Pontife Léon XIII a étendu à l’Église universelle l’Office et la Messe de cet illustre champion de la foi catholique, qui fut la lumière de l’Orient.

« Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; elle t’écrasera la tête, et tu chercheras à la mordre au talon » Cette parole qui fut dite au serpent dans les jours que l’Église rappelle maintenant à la pensée de ses fils, domine l’histoire entière du monde. La femme, tombée la première par la ruse de Satan, s’est aussi, en Marie, relevée la première. Dans son immaculée Conception, dans son enfantement virginal, dans l’offrande qu’elle fit à Dieu de l’Adam nouveau sur la montagne d’expiation, la nouvelle Ève a montré à l’antique ennemi la puissance de son pied victorieux. Aussi l’ange révolté, devenu le prince du monde autrefois par la complicité de l’homme, a-t-il sans cesse, dès lors, dirigé contre la femme qui triompha de lui les forces réunies de son double empire sur les légions infernales et les fils de ténèbres. Marie, au ciel, poursuit la lutte qu’elle commença sur la terre. Reine des esprits bienheureux et des fils de lumière, elle meneau combat, comme une seule armée, les phalanges célestes et les bataillons de l’Église militante. Le triomphe de ces troupes fidèles est celui de leur souveraine : l’écrasement continu de la tête du père du mensonge, par la défaite de l’erreur et l’exaltation de la vérité révélée, du Verbe divin, fils de Marie et fils de Dieu.

Mais jamais cette exaltation du Verbe divin n’apparut plus intimement liée au triomphe de son auguste mère, que dans le combat mémorable où le pontife proposé en ce jour à nos hommages reconnaissants eut une part si glorieuse. Cyrille d’Alexandrie est le Docteur de la maternité divine, comme son prédécesseur, Athanase, avait été celui de la consubstantialité du Verbe ; l’Incarnation repose sur les deux ineffables mystères qui furent, à un siècle de distance, l’objet de leur confession et de leurs luttes. Comme Fils de Dieu, le Christ devait être consubstantiel à son Père ; car la simplicité infinie de l’essence divine exclut toute idée de division ou de partage : nier en Jésus, Verbe divin, l’unité de substance avec son principe, était nier sa divinité. Comme fils de l’homme en même temps que vrai Dieu de vrai Dieu, Jésus devait naître ici-bas d’une fille d’Adam, et cependant rester dans son humanité une même personne avec le Verbe consubstantiel au Père : nier dans le Christ cette union personnelle des deux natures, était de nouveau méconnaître sa divinité ; c’était proclamer du même coup que la Vierge bénie, vénérée jusque-là comme ayant enfanté Dieu dans la nature qu’il avait prise pour nous sauver, n’était que la mère d’un homme.

Trois siècles de persécution furieuse avaient essayé vainement d’arracher à l’Église le désaveu de la divinité de l’Époux. Le monde cependant venait à peine d’assister au triomphe de l’Homme-Dieu, que déjà l’ennemi exploitait la victoire ; mettant à profit l’état nouveau du christianisme et sa sécurité du côté des bourreaux, il allait s’efforcer d’obtenir désormais sur le terrain de la fausse science le reniement qui lui avait été refusé dans l’arène du martyre. Le zèle amer des hérétiques pour réformer la croyance de l’Église allait servir l’inimitié du serpent, et concourir plus au développement de sa race maudite que n’avaient fait les défaillances des apostats. Bien digne par son orgueil d’être, à l’âge de la paix, le premier de ces docteurs de l’enfer, Arius parut d’abord, portant le débat jusque dans les profondeurs de l’essence divine, et rejetant au nom de textes incompris le consubstantiel. Au bout d’un siècle où sa principale force avait été l’appui des puissances de ce monde, l’arianisme tombait, ne gardant de racine que chez les nations qui, récemment baptisées, n’avaient point eu à verser leur sang pour la divinité du Fils de Dieu. C’est alors que Satan produisit Nestorius.

Habile à se transformer en ange de lumière, l’ancien ennemi revêtit son apôtre d’une double auréole menteuse de sainteté et de science ; l’homme qui devait exprimer plus nettement qu’aucun autre la haine du serpent contre la femme et son fruit, put s’asseoir sur le siège épiscopal de Constantinople aux applaudissements de l’Orient tout entier, qui se promettait de voir revivre en lui l’éloquence et les vertus d’un nouveau Chrysostome. Mais la joie des bons fut de courte durée. En l’année même qui avait vu l’exaltation de l’hypocrite pasteur, le jour de Noël 428, Nestorius, profitant du concours immense des fidèles assemblés pour fêter l’enfantement de la Vierge-mère, laissait tomber du haut de la chaire épiscopale cette parole de blasphème : « Marie n’a point enfanté Dieu ; son fils n’était qu’un homme, instrument de la divinité. » Un frémissement d’horreur parcourut à ces mots la multitude ; interprète de l’indignation générale, le scolastique Eusèbe, simple laïque, se leva du milieu de la foule et protesta contre l’impiété. Bientôt, une protestation plus explicite fut rédigée au nom des membres de cette Église désolée, et répandue à nombreux exemplaires, déclarant anathème à quiconque oserait dire : « Autre est le Fils unique du Père, autre celui de la vierge Marie. » Attitude généreuse, qui fut alors la sauvegarde de Byzance, et lui valut l’éloge des conciles et des papes ! Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. Le principe ne change pas, qu’il s’agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme. Les trahisons pareilles à celle de Nestorius sont rares dans l’Église ; mais il peut arriver que des pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l’autre, en certaines circonstances où la religion même serait engagée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner.

Cependant l’émotion produite par les blasphèmes de Nestorius agitait tout l’Orient, et gagna bientôt Alexandrie. Cyrille occupait alors la chaire fondée par Marc au nom de Pierre, et décorée de l’honneur du second siège par la volonté de ce chef des Églises. L’accord d’Athanase et des pontifes romains avait, au siècle précédent, vaincu l’arianisme ; c’était l’union d’Alexandrie avec Rome qui devait, cette fois encore, écraser l’hérésie. Pourtant l’ennemi, instruit par l’expérience, avait mis à prendre les devants une prévoyance tout infernale ; au jour où le futur vendeur de la Mère de Dieu était monté sur le siège de saint Athanase, l’alliance si formidable au démon n’existait plus. Théophile, le dernier patriarche, l’auteur principal de la condamnation de saint Jean Chrysostome au conciliabule du Chêne, avait refusé jusqu’à la fin de souscrire à la réhabilitation de sa victime par le Siège apostolique, et Rome avait dû rompre avec sa fille aînée. Or Cyrille était le neveu de Théophile ; il ne connaissait rien des motifs inavouables de son oncle en cette triste affaire ; habitué dès l’enfance à vénérer en lui son légitime supérieur autant que son bienfaiteur et son maître dans la science sacrée, Cyrille, devenu patriarche à son tour, n’eut même pas la pensée de rien changer aux décisions de celui qu’il regardait comme un père : Alexandrie resta séparée de l’Église romaine. Véritablement pareil au serpent, dont la bave empoisonne tout ce qu’elle touche, Satan avait donc tourné à son profit contre Dieu les plus nobles sentiments. Mais Notre-Dame, amie des cœurs droits, n’abandonna pas son chevalier. Au bout de quelques années dont les traverses apprirent au jeune patriarche à connaître les hommes, un saint moine, Isidore de Péluse, ouvrait pleinement ses yeux à la lumière ; Cyrille, convaincu, n’hésitait pas à rétablir sur les diptyques sacrés le nom de Jean Chrysostome. La trame ourdie par l’enfer était dénouée : pour les nouvelles luttes de la foi qui allaient s’engager en Orient, Rome retrouvait sur les bords du Nil un nouvel Athanase.

Ramené par un moine dans les sentiers de la sainte unité, Cyrille voua aux solitaires une affection pareille à celle dont les avait entourés son illustre prédécesseur. Il les choisit pour confidents de ses angoisses, au premier bruit des impiétés nestoriennes ; dans une lettre devenue célèbre, c’est leur foi qu’il veut éclairer la première sur le danger qui menace les Églises. « Car, leur dit-il, ceux qui ont embrassé dans le Christ l’enviable et noble vie qui est la vôtre, doivent premièrement briller par l’éclat d’une foi sans équivoque et non diminuée, et greffer ensuite sur cette foi la vertu ; cela fait, ils doivent mettre leur opulence à développer en eux la connaissance du mystère du Christ, tendant par tous les efforts à en acquérir l’intelligence la plus parfaite. C’est ainsi que je comprends, ajoute le saint Docteur, la poursuite de l’homme parfait dont parle l’Apôtre, la manière d’arriver à la mesure du Christ et à sa plénitude »

Le patriarche d’Alexandrie ne devait pas se contenter d’épancher son âme avec ceux dont l’assentiment lui était assuré d’avance. Par des lettres où la mansuétude de l’évêque ne le cède qu’à la force et à l’ampleur de son exposition doctrinale, Cyrille tenta de ramener Nestorius. Mais le sectaire s’opiniâtrait ; à défaut d’arguments, il se plaignit de l’ingérence du patriarche. Comme toujours en pareille circonstance, il se trouva des hommes d’apaisement qui, sans partager son erreur, estimaient que le mieux eût été en effet de ne pas lui répondre, par crainte de l’aigrir, d’augmenter le scandale, de blesser en un mot la charité. A ces hommes dont la vertu singulière avait la propriété de s’effrayer moins des audaces de l’hérésie que de l’affirmation de la foi chrétienne, à ces partisans de la paix quand même, Cyrille répondait : « Eh ! quoi ; Nestorius ose laisser dire en sa présence dans l’assemblée des fidèles : « Anathème à quiconque nomme Marie mère de Dieu ! par la bouche de ses partisans il frappe a ainsi d’anathème nous et les autres évêques de l’univers, et les anciens Pères qui, partout et dans tous les âges, ont reconnu et honoré unanimement la sainte Mère de Dieu ! Et il n’eût pas été dans notre droit de lui retourner sa parole et de dire : Si quelqu’un nie que Marie soit mère de Dieu, qu’il soit anathème ! Cependant cette parole, par égard pour lui, je ne l’ai pas dite encore ».

D’autres hommes, qui sont aussi de tous les temps, découvraient le vrai motif de leurs hésitations, lorsque faisant valoir bien haut les avantages de la concorde et leur vieille amitié pour Nestorius, ils rappelaient timidement le crédit de celui-ci, le danger qu’il pouvait y avoir à contredire un aussi puissant adversaire. « Que ne puis-je en perdant tous mes biens, répondait Cyrille, satisfaire l’évêque de Constantinople, apaiser l’amertume de mon frère ! Mais c’est de la foi qu’il s’agit ; le scandale est dans toutes les Églises ; chacun s’informe au sujet de la doctrine nouvelle. Si nous, qui avons reçu de Dieu la mission d’enseigner, ne portons pas remède à de si grands maux, au jour du jugement y aura-t-il pour nous assez de flammes ? Déjà la calomnie, l’injure, ne m’ont pas manqué ; oubli sur tout cela : que seulement la foi reste sauve, et je ne concéderai à personne d’aimer plus ardemment que moi Nestorius. Mais si, du fait de quelques-uns, la foi vient à souffrir, qu’on n’en doute point : nous ne perdrons pas nos âmes, la mort même fût-elle sur notre tête. Si la crainte de quelque ennui l’emporte en nous sur le zèle de la gloire de Dieu et nous fait taire la vérité, de quel front pourrons-nous célébrer en présence du peuple chrétien les saints martyrs, lorsque ce qui fait leur éloge est uniquement l’accomplissement de cette parole : « Pour la vérité, combats jusqu’à la mort! »

Lorsqu’enfin, la lutte devenue inévitable, il organise la milice sainte qui devra combattre avec lui, appelant à ses côtés les évêques et les moines, Cyrille ne retient plus l’enthousiasme sacré qui l’anime : « Quant à ce qui est de moi, écrit-il à ses clercs résidant pour lui dans la ville impériale, peiner, vivre et mourir pour la foi de Jésus-Christ est mon plus grand désir. Comme il est écrit, je ne donnerai point de sommeil à mes yeux, je ne clorai point mes paupières, je n’accorderai point de repos à ma tête, que je n’aie livré le combat nécessaire au salut de tous. C’est pourquoi, bien pénétrés de notre pensée, agissez virilement ; surveillez l’ennemi, informez-nous de ses moindres mouvements. Au premier jour je vous enverrai, choisis entre tous, des hommes pieux et prudents, évêques a et moines ; dès maintenant je prépare mes lettres, telles qu’il les faut et pour qui il convient. J’ai résolu pour la foi du Christ et de travail1er sans trêve, et de supporter tous les tourments, même réputés les plus terribles, jusqu’à ce qu’enfin m’arrive de subir la mort qui sera douce pour une telle cause ».

Informé par le patriarche d’Alexandrie de l’agitation des Églises, saint Célestin Ier, qui occupait alors le Siège apostolique, condamna l’hérésie nouvelle, et chargea Cyrille de déposer l’évêque de Constantinople au nom du Pontife romain, s’il ne venait à résipiscence. Mais les intrigues de Nestorius allaient prolonger la lutte. C’est ici qu’à côté de Cyrille, dans ce triomphe de la femme sur l’antique ennemi, nous apparaît l’admirable figure d’une femme, d’une sainte, qui fut, quarante années durant, la terreur de l’enfer et, par deux fois, au nom de la Reine du ciel, écrasa la tête de l’odieux serpent. En un siècle de ruines, chargée à quinze ans des rênes de l’empire, Pulchérie arrêtait par sa prudence dans le conseil et son énergie dans l’exécution les troubles intérieurs, tandis que par la seule force de la divine psalmodie, avec ses sœurs, vierges comme elle, elle contenait les barbares. Lorsque l’Occident s’agitait dans les convulsions d’une dernière agonie, l’Orient retrouvait dans le génie de son impératrice la prospérité des plus beaux jours. En voyant la petite-fille du grand Théodose consacrer ses richesses privées à multiplier dans ses murs les églises de la Mère de Dieu, Byzance apprenait d’elle ce culte de Marie qui devait être sa sauvegarde en tant de mauvais jours, et lui valut du Seigneur fils de Marie mille ans de miséricorde et d’incompréhensible patience. Sainte Pulchérie, saluée par les conciles généraux comme la gardienne de la foi et le boulevard de l’unité, eut, d’après saint Léon, la part principale a tout ce qui se fit de son temps contrôles adversaires de la vérité divine. Deux palmes sont en ses mains, deux couronnes sur sa tête, dit ce grand Pape ; car l’Église lui doit la double victoire sur l’impiété de Nestorius et d’Eutychès qui, se divisant l’attaque, allaient au même but de côtés opposés : la négation de la divine Incarnation et du rôle de la Vierge-mère dans le salut du genre humain.

Mais il faut nous borner. Que ne pouvons-nous du moins suivre aujourd’hui les péripéties des luttes glorieuses dont fut témoin la ville d’Éphèse, lorsque Cyrille, appuyé sur Rome, soutenu par Pulchérie, affermit pour jamais au front de Notre-Dame le plus noble diadème qu’il puisse être donné de porter à une simple créature ! Le récit abrégé consacré par l’Église à l’histoire de notre grand pontife, en donnera quelque idée (voir l’Office à Matines)

Saint Pontife, les cieux se réjouissent et la terre tressaille au souvenir du combat où la Reine de la terre et des cieux voulut triompher par vous de l’ancien serpent. L’Orient vous honora toujours comme sa lumière. L’Occident saluait en vous dès longtemps le défenseur de la Mère de Dieu ; et voilà qu’aujourd’hui la solennelle mention qu’il consacrait à votre mémoire, dans les fastes des Saints, ne suffît plus à sa reconnaissance. C’est qu’en effet une fleur nouvelle est apparue, dans nos jours, à la couronne de Marie notre Reine ; et cette fleur radieuse est sortie du sol même que vous arrosiez de vos sueurs. En proclamant au nom de Pierre et de Célestin la maternité divine, vous prépariez à Notre-Dame un autre triomphe, conséquence du premier : la mère d’un Dieu ne pouvait être qu’immaculée. Pie IX, en le définissant, n’a fait que compléter l’œuvre de Célestin et la vôtre ; et c’est pourquoi les dates du 22 juin 431 et du 8 décembre 1854 resplendissent d’un même éclat au ciel, comme elles ont amené sur terre les mêmes manifestations d’allégresse et d’amour.

L’Immaculée embaume le monde de ses parfums, et c’est pourquoi, ô Cyrille, l’Église entière se tourne vers vous à quatorze siècles de distance ; jugeant que votre œuvre est achevée, elle vous proclame Docteur, et ne veut pas que rien manque désormais aux hommages que vous doit la terre. Ainsi, ô Pontife aimé du ciel, le culte qui vous est rendu se complète avec celui de la Mère de Dieu ; votre glorification n’est qu’une extension nouvelle de la gloire de Marie. Heureux êtes-vous ! car nulle illustration ne pouvait valoir un rapprochement pareil de la souveraine du monde et de son chevalier.

Comprenant donc que la meilleure manière de vous honorer, ô Cyrille, est d’exalter celle dont la gloire est devenue la vôtre, nous reprenons les accents enflammés que l’Esprit-Saint vous suggérait pour chanter ses grandeurs, au lendemain du triomphe d’Éphèse : « Nous vous saluons, ô Marie Mère de Dieu, comme le joyau resplendissant de l’univers, la lampe qui ne s’éteint pas, la couronne de virginité, le sceptre de l’orthodoxie, le temple indestructible et le lieu où se renferme l’immense, Mère et Vierge, par qui nous est présenté le béni des saints Évangiles, celui qui vient au nom du Seigneur. Salut, ô vous dont le sein virginal et toujours pur a porté l’Infini, par qui est glorifiée la Trinité, par qui la croix précieuse est honorée et adorée dans toute la terre ; joie du ciel, sérénité des archanges et des anges qui mettez en fuite les démons, par vous le tentateur est tombé du ciel, tandis que la créature tombée se relève par vous jusqu’aux cieux. La folie des idoles enserrait le monde, et vous ouvrez ses yeux à la vérité ; à vous les croyants doivent le saint baptême, à vous ils doivent l’huile d’allégresse ; par toute la terre vous fondez les églises, vous amenez les nations à la pénitence. Que dire encore ? C’est par vous que le Fils unique de Dieu a brillé comme la lumière de ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort, par vous que les prophètes ont prédit l’avenir, que les apôtres ont annoncé le salut aux nations, que ressuscitent les morts, que règnent les rois par la Trinité sainte. Quel homme jamais pourra célébrer Marie, la toute digne de louange, d’une manière conforme à sa dignité ? »

Si la dignité de la Mère de Dieu surpasse en effet toute louange, ô Cyrille, obtenez d’elle pourtant qu’elle suscite parmi nous des hommes capables de célébrer comme vous ses grandeurs. Que la puissance dont elle daigna vous revêtir contre ses ennemis, ne fasse point défaut à ceux qui ont à soutenir, de nos jours, la lutte engagée dès l’origine du monde entre la femme et le serpent. L’adversaire a crû en audace ; notre siècle est allé plus loin dans la négation de Jésus que Nestorius, que Julien lui-même, cet empereur apostat contre lequel vous défendîtes aussi la divinité du Fils de la Vierge-mère. O vous qui portâtes à l’erreur des coups si terribles, montrez aux docteurs de nos temps la manière de vaincre : qu’ils sachent comme vous s’appuyer sur Pierre ; qu’ils ne se désintéressent de rien de ce qui touche à l’Église ; qu’ils regardent toujours comme leurs propres ennemis, et leurs seuls ennemis, ceux du règne de Dieu. Dans vos sublimes écrits, les pasteurs apprendront la vraie science, celle des saintes Lettres, sans laquelle leur zèle serait impuissant.

Les chrétiens comprendront à votre école qu’ils ne peuvent espérer croître dans la vertu, sans grandir dans la foi tout d’abord, sans développer en eux la connaissance du mystère de l’Homme-Dieu. En un temps où le vague des notions suffit à tant d’âmes, répétez à tous que « c’est l’amour du vrai qui conduit à la vie. » A l’approche de la sainte Quarantaine, nous nous rappelons ces Lettres pascales qui chaque année, en ces jours mêmes, allaient porter partout, avec l’annonce de la Solennité des solennités, l’exhortation à la pénitence ; pénétrez nos cœurs amollis du sérieux de la vie chrétienne, excitez-les à entrer vaillamment dans la carrière sainte où ils doivent retrouver la paix avec Dieu parle triomphe sur la chair et les sens.

 

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Saint Jean de Matha confesseur

8 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean de Matha confesseur

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O Dieu, qui, par le moyen de saint Jean, avez daigné établir miraculeusement l’Ordre de la très sainte Trinité pour racheter les captifs du pouvoir des Sarrasins, faites, nous vous en supplions, que par les suffrages de ses mérites et le secours de votre grâce, nous soyons délivrés de la captivité du corps et de l’âme.

Office

Quatrième leçon. Jean de Matha, instituteur de l’Ordre de la très sainte Trinité pour la Rédemption des captifs, naquit à Faucon en Provence, de parents distingués par leur piété et leur noblesse : il se rendit à Aix, puis à Paris, pour ses études. Après y avoir achevé le cours de théologie, il obtint le bonnet de docteur. Sa science et ses vertus déterminèrent l’Évêque de Paris à lui conférer, malgré son humble résistance, l’ordre sacré de la prêtrise, afin que, durant son séjour dans cette ville, l’exemple de sa sagesse et de sa conduite éclairât la jeunesse studieuse. Comme il offrait pour la première fois à Dieu le saint Sacrifice, dans la chapelle de l’Évêque, qui y assistait avec d’autres personnes, il fut réjoui par uni faveur céleste : un Ange lu apparut vêtu d’une robe d’une éclatante blancheur, portant attachée sur sa poitrine une croix rouge et bleue, et tenant les bras croisés et les mains posées sur deux captifs, l’un chrétien et l’autre maure, placés à ses côtés. Ravi en extase par cette vision, l’homme de Dieu comprit aussitôt qu’il était destiné à racheter les captifs du pouvoir des infidèles.

Cinquième leçon. Pour procéder avec plus de maturité dans une chose de cette importance, il se retira dans la solitude, et là, il advint, par la volonté divine, qu’il rencontra Félix de Valois qui habitait déjà le même désert depuis nombre d’années. Pendant l’espace de trois ans, il vécut dans sa société en s’exerçant à la prière, à la contemplation et à la pratique de toutes les vertus. Or il arriva, tandis qu’ils s’entretenaient des choses divines au bord d’une fontaine, qu’un cerf s’approcha d’eux, portant entre ses cornes une croix de couleur rouge et bleue. Comme Félix s’étonnait de la nouveauté de ce spectacle, Jean lui raconta la vision qu’il avait eue à sa première Messe. Après ce miracle, ils s’appliquèrent avec plus de ferveur encore à l’oraison ; puis, en ayant reçu trois fois l’avertissement en songe, ils résolurent de partir pour Rome, afin d’obtenir du souverain Pontife l’institution d’un nouvel Ordre pour le rachat des captifs. Pendant ce temps, Innocent III avait été élu, il les reçut avec bonté, et comme il délibérait sur leur projet, un Ange vêtu de blanc, ayant une croix de deux couleurs, lui apparut sous l’aspect d’un homme qui rachète des captifs : c’était en la seconde fête de sainte Agnès, durant la Messe solennelle, dans l’église de Latran, au moment de l’élévation de la sainte Hostie. Le Pontife approuva donc leur institut, ordonna qu’on l’appelât l’Ordre de la très sainte Trinité de la Rédemption des captifs, et voulut que ceux qui y feraient profession portassent un habit blanc, avec une croix rouge et bleue.

Sixième leçon. L’ordre ainsi institué, les saints fondateurs revinrent en France, et ayant bâti leur premier monastère à Cerfroid, dans le diocèse de Meaux, Félix demeura pour le gouverner, : tandis que Jean repartit avec quelques-uns de leurs compagnons pour Rome, où Innocent III leur donna la maison, l’église et l’hospice de Saint-Thomas de Formis, sur le mont Cœlius, avec plusieurs revenus et propriétés. Il leur remit des lettres pour l’émir qui régnait au Maroc, et l’œuvre de la rédemption commença ainsi sous d’heureux auspices. Alors Jean se dirigea vers l’Espagne, opprimée en grande partie sous le joug des Sarrazins et il excita les cœurs des rois, des princes, et des autres fidèles à la compassion envers les captifs et les pauvres. 11 édifia des monastères, érigea des hospices, et racheta beaucoup de captifs, au grand profit de leurs âmes. Enfin, de retour à Rome et s’y dévouant aux œuvres saintes, usé par des labeurs assidus et affaibli par la maladie, brûlant du plus ardent amour pour Dieu et le prochain, il fut réduit à l’extrémité. Ayant fait assembler tes frères, il les exhorta de la manière la plus persuasive à continuer cette œuvre de la rédemption, que le Ciel même avait indiquée ; puis il s’endormit dans le Seigneur, le seize des calendes de janvier, l’an du salut  mil deux cent treize ; son corps fut enseveli dans l’église même de Saint-Thomas de Formis avec l’honneur dû à ses mérites.

 Naguère, nous célébrions la mémoire de Pierre Nolasque, appelé par la très sainte Mère de Dieu à fonder un Ordre destiné au rachat des chrétiens captifs chez les infidèles ; aujourd’hui, nous avons à honorer l’homme généreux qui fut le premier favorisé de cette sublime pensée, et établit, sous le nom de la très sainte Trinité, une société religieuse dont les membres s’engagèrent à mettre leurs efforts, leurs privations, leur liberté, leur vie, au service des pauvres esclaves qui gémissaient sous le joug des Sarrasins. L’Ordre des Trinitaires et celui de la Merci, quoique distincts, sont frères dans leur but et dans l’intention qui les a produits ; leurs résultats, en six siècles de durée, ont été de rendre à leurs familles et à leur patrie plus d’un million d’hommes, dont ils préservaient en même temps la foi des périls de l’apostasie. C’est en France, près de Meaux, que Jean de Matha, assisté de son fidèle coopérateur Félix de Valois, qui paraîtra à son tour sur le Cycle dans la dernière partie de l’année, établit le centre de son œuvre à jamais bénie. En ces jours de préparation au Carême, où nous avons besoin de raviver en nous la flamme de la charité envers ceux qui souffrent, quel plus admirable modèle que Jean de Matha, que son Ordre tout entier, qui n’a eu d’autre raison d’existence que le désir d’aller arracher aux horreurs de l’esclavage des frères inconnus qui languissent chez les barbares ! Est-il une aumône, si généreuse qu’elle soit, qui ne s’efface, quand on la compare au dévouement de ces hommes qui s’obligent par leurs règles non seulement à parcourir la chrétienté pour y recueillir les deniers à l’aide desquels ils rendront la liberté aux esclaves, mais à prendre tour à tour les fers de quelqu’un de ces infortunés, afin d’accroître le nombre des rachetés ? N’est-ce pas, autant que la faiblesse humaine le peut permettre, imiter à la lettre l’exemple du Fils de Dieu lui-même, descendant du ciel pour être notre Rédempteur ? Animés par de tels modèles, nous entrerons plus volontiers encore dans les intentions de l’Église qui nous recommandera bientôt les œuvres de miséricorde comme l’un des éléments essentiels de la pénitence quadragésimale.

Jouissez maintenant du fruit de votre dévouement pour vos frères, ô Jean de Matha ! Le Rédempteur du monde voit en vous une de ses plus fidèles images, et il se plaît à honorer aux yeux de toute la cour céleste les traits de ressemblance que vous avez avec lui. C’est à nous sur la terre de suivre vos traces, puisque nous espérons arriver au même terme. La charité fraternelle nous y conduira ; car nous savons que les œuvres qu’elle inspire ont la vertu d’arracher l’âme au péché. Vous l’avez comprise telle qu’elle est dans le cœur de Dieu, qui aime nos âmes avant nos corps, et qui cependant ne dédaigne pas de subvenir aux besoins de ceux-ci. Ému des périls que couraient tant d’âmes exposées au danger de l’apostasie, vous êtes accouru à leur aide, et vous leur avez fait comprendre tout le prix d’une religion qui suscite de tels dévouements. Vous avez compati aux souffrances de leurs corps, et votre main généreuse a fait tomber les chaînes sous le poids desquelles ils languissaient. Enseignez-nous à imiter de tels exemples. Que les périls auxquels sont exposées les âmes de nos frères ne nous trouvent plus insensibles. Faites-nous comprendre cette parole d’un Apôtre : « Celui qui aura retiré un pécheur des erreurs de sa voie, en même temps qu’il sauvera l’âme de celui-ci, couvrira la multitude de ses propres péchés  » Donnez-nous part aussi à cette tendresse compatissante qui nous rendra généreux et empressés à soulager les maux que nos frères souffrent dans leurs corps, et qui sont trop souvent pour eux l’occasion de blasphémer Dieu et sa Providence. Libérateur des hommes, souvenez-vous en ces jours de tous ceux qui gémissent par le péché sous la captivité de Satan, de ceux surtout qui, dans l’ivresse des illusions mondaines, ne sentent plus le poids de leurs chaînes et dorment tranquillement dans leur esclavage. Convertissez-les au Seigneur leur Dieu, afin qu’ils recouvrent la véritable liberté. Priez pour la France votre patrie, et maintenez-la au rang des nations fidèles. Protégez enfin les restes précieux de l’Ordre que vous avez fondé, afin que, l’objet de son antique dévouement ayant pour ainsi dire cessé aujourd’hui, il puisse encore servir aux besoins de la société chrétienne.

 

 

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Saint Romuald abbé

7 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Romuald abbé

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Que l’intercession du bienheureux Abbé Romuald, nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites

Office

Quatrième leçon. Romuald naquit à Ravenne ; Serge, son père, était de noble race. Il se retira dès sa jeunesse dans le monastère de Classe, proche de la ville pour y faire pénitence. Là, les entretiens d’un saint religieux l’enflammèrent d’un zèle ardent pour la piété. Ayant eu dans l’église, pendant la nuit, deux apparitions de saint Apollinaire, il se fit moine, selon la prédiction que lui avait faite le serviteur de Dieu. Bientôt il se rendit sur les terres des Vénitiens, auprès de Marin, célèbre alors par la sainteté de sa vie et l’austérité de sa discipline, afin de l’avoir pour maître et pour guide dans la voie étroite et sublime de la perfection.

Cinquième leçon. Attaqué par Satan, qui lui dressait des embûches, et par l’envie des hommes, il en devenait d’autant plus humble, s’exerçait assidûment aux jeûnes et à la prière, et se livrait à la méditation des choses célestes, en versant d’abondantes larmes : son visage était néanmoins toujours si joyeux qu’il réjouissait ceux qui le considéraient. Il fut en grand honneur auprès des princes et des rois, et plusieurs, par son conseil, renonçant aux attraits du monde, se retirèrent dans la solitude. Brûlant du désir du martyre, il partit pour la Pannonie dans l’espoir de l’y trouver : mais une maladie qui le tourmentait quand il avançait, et qui lui était enlevée lorsqu’il revenait sur ses pas, le contraignit de s’en retourner.

Sixième leçon. Il fut illustre par des miracles pendant sa vie et après sa mort ; il eut aussi l’esprit de prophétie. Comme le patriarche Jacob, il aperçut en vision une échelle s’élevant de la terre au ciel, par laquelle montaient et descendaient des hommes vêtus de blanc, et il reconnut dans cette vision merveilleuse les moines Camaldules, dont il a fondé l’institut. Enfin, après avoir vécu cent vingt ans et servi Dieu pendant un siècle par la vie la plus austère, il s’en alla vers lui l’an du salut mil vingt-sept. Son corps ayant été trouvé intact cinq ans après sa sépulture, on le déposa avec honneur dans l’église de son Ordre, à Fabriano.

 La série des Martyrs est interrompue pour deux jours sur le Cycle sacré ; nous fêtons aujourd’hui un des héros de la pénitence, Romuald, l’ange des forêts de Camaldoli. C’est un des fils du grand patriarche Benoît ; père, après lui, d’une longue postérité. La filiation bénédictine se poursuit, directe, jusqu’à la fin des temps ; mais du tronc de cet arbre puissant sortent en ligne collatérale quatre glorieux rameaux toujours adhérents, et auxquels l’Esprit-Saint a donné vie et fécondité pour de longs siècles ; ce sont : Camaldoli par Romuald, Cluny par Odon, Vallombreuse par Jean Gualbert, et Cîteaux par Robert de Molesmes.

Aujourd’hui, Romuald réclame nos hommages ; et si les Martyrs que nous avons déjà rencontrés, et que nous rencontrerons encore sur la route qui nous conduit à l’expiation quadragésimale, nous offrent un précieux enseignement par le mépris qu’ils ont fait de la vie, les saints pénitents, comme le grand Abbé de Camaldoli, nous présentent une leçon plus pratique encore. Ceux qui sont à Jésus-Christ, dit l’Apôtre, ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises ; c’est donc la condition commune de tout chrétien ; mais quel puissant encouragement nous donnent ces généreux athlètes de la mortification qui ont sanctifié les déserts par les œuvres héroïques de leur pénitence, enlevant ainsi toute excuse à notre lâcheté qui s’effraie des légères satisfactions que Dieu exige pour nous rendre ses bonnes grâces ! Acceptons la leçon qui nous est donnée, et offrons de bon cœur au Seigneur que nous avons offensé le tribut de notre repentir, avec les œuvres qui purifient les âmes.

Ami de Dieu, Romuald, que votre vie a été différente de la nôtre ! Nous aimonsle monde et ses agitations ; c’est à peine si la pensée de Dieu traverse quelquefois nos journées d’un fugitif souvenir ; plus rarement encore est-elle le mobile de nos actions. Cependant chaque heure qui s’écoule nous approche de ce moment où nous nous trouverons en face de Dieu, chargés de nos œuvres bonnes et mauvaises, sans que rien ne puisse plus modifier la sentence que nous nous serons préparée. Vous n’avez pas entendu ainsi la vie, ô Romuald ! Il vous a semblé qu’une pensée unique devait la remplir tout entière, un seul intérêt la préoccuper, et vous avez marché constamment en présence de Dieu. Pour n’être pas distrait de ce grand et cher objet, vous avez cherché le désert ; là, sous la règle du saint Patriarche des moines, vous avez lutté contre le démon et la chair ; vos larmes ont lavé vos péchés, si légers en comparaison des nôtres ; votre cœur, régénéré dans la pénitence, a pris son essor d’amour vers le Sauveur des hommes, et vous eussiez voulu lui offrir jusqu’à votre sang. Vos mérites sont notre bien aujourd’hui, par cette heureuse communion que le Seigneur a daigné établir entre les plus saintes âmes et nous pécheurs. Aidez-nous donc dans la carrière de pénitence qui commencera bientôt ; nous avons tant besoin de mettre la faiblesse de nos œuvres à couvert sous la plénitude des vôtres ! Au fond de votre solitude, sous les ombrages de votre Éden de Camaldoli, vous aimiez les hommes vos frères, et jamais ils n’approchèrent de vous sans être captivés par votre aimable et douce charité : montrez-leur que vous les aimez toujours. Souvenez-vous aussi de l’Ordre que vous avez fondé ; fécondez ses restes vénérables, et faites qu’il soit toujours aux âmes que le Seigneur y appelle une échelle sûre pour monter jusqu’à lui.

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Saint Tite évêque et confesseur mémoire de Sainte Dorothée Vierge et Martyrere

6 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Tite évêque et confesseur mémoire de Sainte Dorothée Vierge et Martyrere

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O Dieu, qui avez orné des vertus apostoliques le bienheureux Tite, votre Confesseur et Pontife, accordez-nous, par ses mérites et par son intercession, que, vivant justement et pieusement en ce monde, nous méritions de parvenir à la céleste patrie.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Tite, Évêque de Crète, à peine initié aux mystères de la foi chrétienne et aux sacrements, par les enseignements de l’Apôtre saint Paul, répandit une telle lumière de sainteté sur l’Église alors encore au berceau, qu’il mérita d’être admis parmi les disciples du Docteur des Gentils. Appelé à partager le fardeau de la prédication, son ardeur à publier l’Évangile et sa fidélité le rendirent tellement cher à saint Paul que celui-ci, venu à Troade pour l’Évangile du Christ, déclare qu’il n’eut point de repos en son esprit, parce qu’il n’y avait pas trouvé Tite, son frère. Et peu après, s’étant rendu en Macédoine, il exprime encore son affection pour ce disciple par ces paroles : « Celui qui console les humbles, Dieu nous a consolés par l’arrivée de Tite. »

Cinquième leçon. Envoyé à Corinthe par l’Apôtre, Tite s’acquitta avec tant de sagesse et de douceur de cette mission, qui consistait principalement à recueillir les aumônes offertes par la piété des fidèles pour soulager la pauvreté de l’Église des Hébreux, que non seulement il maintint les fidèles de Corinthe dans la foi du Christ, mais qu’il excita en eux des désirs accompagnés de larmes, et du zèle pour Paul, qui les avait d’abord instruits. Après avoir enduré les fatigues de nombreux et lointains voyages sur terre et sur mer pour aller jeter la semence de la divine parole chez des nations répandues en diverses contrées et parlant différentes langues, après beaucoup de soucis et d’épreuves qu’il supporta avec une grande fermeté d’âme pour le triomphe de la Croix, il aborda à l’île de Crète avec Paul, son maître. Choisi par l’Apôtre comme Évêque de cette Église, il se conduisit certainement dans cette charge de manière à se montrer lui-même, selon le conseil de Paul, qui l’avait instruit, « un modèle de bonnes œuvres, dans la doctrine, dans l’intégrité, dans la gravité. »

Sixième leçon. Tite, semblable à un flambeau, répandit donc les clartés de la religion sur ceux qui étaient assis comme à l’ombre de la mort, dans les ténèbres de l’idolâtrie et du mensonge. On rapporte qu’au prix de grandes peines vaillamment surmontées, il déploya l’étendard de la Croix chez les Dalmates. Enfin, plein de jours et de mérites, âgé de plus de quatre-vingt-quatorze ans, il s’endormit dans le Seigneur de la mort précieuse des justes, la veille des nones de janvier ; il fut enseveli dans l’Église où l’Apôtre l’avait établi Prêtre. Son nom, comblé de louanges par saint Jean Chrysostome et par saint Jérôme, se lit en ce même jour au Martyrologe romain ; le souverain Pontife Pie IX a ordonné que sa fête soit célébrée par l’Église universelle.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Un saint Évêque de l’âge apostolique, un disciple du grand Paul, s’offre aujourd’hui à notre vénération. Ses actions nous sont peu connues ; mais en lui adressant une de ses Lettres inspirées, le Docteur des Gentils l’a rendu immortel. Partout où la foi du Christ a été et sera portée, Tite, ainsi que Timothée, sera connu des fidèles ; jusqu’à la fin des temps, la sainte Église consultera, avec un souverain respect, cette Épître adressée à un simple évêque de l’île de Crète, mais dictée par l’Esprit-Saint, et par là même destinée à faire partie du corps des Écritures sacrées qui contiennent la pure Parole de Dieu. Les conseils et les directions que renferme cette admirable lettre, furent la règle souveraine du saint Évêque à qui Paul avait voué une si affectueuse tendresse. Tite eut la gloire d’établir le Christianisme dans cette île fameuse où le paganisme avait un de ses principaux centres. Il survécut à son maître immolé dans Rome par le glaive de Néron ; et comme saint Jean, à Éphèse, il s’endormit paisiblement dans une heureuse vieillesse, entouré des respects de la chrétienté qu’il avait fondée. Sa vie a laissé peu de traces ; mais les quelques traits qui nous restent à son sujet donnent l’idée d’un de ces hommes de vertu supérieure que Dieu choisit au commencement, pour en faire les premières assises de son Église.

Heureux disciple du grand Paul, la sainte Église a voulu qu’un jour dans l’année fût employé à célébrer vos vertus et à implorer votre suffrage ; soyez propice aux fidèles qui glorifient le divin Esprit pour les dons qu’il a répandus en vous. Vous avez rempli avec zèle et constance la charge pastorale ; tous les traits que Paul énumère dans l’Épître qu’il vous a adressée comme devant former le caractère de l’Évêque, se sont trouvés réunis en votre personne ; et vous brillez sur la couronne du Christ, le Prince des Pasteurs, comme l’un de ses plus riches diamants. Souvenez-vous de l’Église de la terre dont vous avez soutenu les premiers pas. Depuis le jour où vous lui fûtes ravi, dix-huit siècles ont achevé leur cours. Souvent ses jours ont été mauvais ; mais elle a triomphé de tous les obstacles, et elle chemine dans la voie, recueillant les âmes et les dirigeant vers son céleste Époux, jusqu’à l’heure où il viendra arrêter le temps, et ouvrir les portes de l’éternité. Tant que cette heure n’a pas sonné, nous comptons, ô Tite, sur votre puissant suffrage ; du haut du ciel, sauvez les âmes par votre intercession, comme vous les sauviez ici-bas au moyen de vos saintes fatigues. Demandez pour nous à Jésus des Pasteurs qui vous soient semblables. Relevez la Croix dans cette île que vous aviez conquise à la vraie foi, et sur laquelle s’étendent aujourd’hui les ombres de l’infidélité et les ravages du schisme ; que par vous la chrétienté d’Orient se ranime, et qu’elle aspire enfin à l’unité, qui, seule, peut la préserver d’une dissolution complète. Exaucez, ô Tite, les vœux du Pontife qui a voulu que votre culte s’étendît à l’univers entier, afin d’accélérer par votre suffrage les jours de paix et de miséricorde que le monde attend.

L’archéologie montre l’importance qu’eut Saint Tite en Crète

Tout près du site de Gortyne il y a les vestiges d’une basilique paléochrétienne à cinq nefs dédiée à saint Tite, l’une des plus grandes de Grèce. « Sa grande taille, les matériaux de construction luxueux, la richesse de la décoration montrent que, ici, se trouvait le siège d’une Métropole particulièrement puissante et florissante. »

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Sur le site de Gortyne se trouve une église Saint-Tite, fondée à la fin du Xe siècle sur le site d’une basilique du VIe siècle. On voit les vestiges de l’une et de l’autre.

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La principale église Saint-Tite fut ensuite celle d’Héraklion, métropole de l’évêché byzantin de Crète. A l’époque vénitienne elle devint cathédrale latine, puis sous l’occupation ottomane elle fut transformée en mosquée. Détruite après le séisme de 1856 elle a été reconstruite entre 1869 et 1925. On y trouve notamment la tête de saint Tite, rapatriée de Venise…

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SourceDaoudal

 

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Sainte Agathe vierge et martyre

5 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Agathe vierge et martyre

Collecte

O Dieu, qui, entre autres merveilles de votre puissance, avez fait remporter la victoire du martyre même par le sexe le plus faible ; faites, dans votre bonté, qu’honorant la naissance au ciel de la Bienheureuse Agathe, votre Vierge et Martyre, nous tendions vers vous par l’imitation de ses exemples.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. La vierge Agathe naquit en Sicile, de parents nobles ; Palerme et Catane se disputent l’honneur d’avoir été le lieu de sa naissance. C’est à Catane qu’elle obtint la couronne d’un glorieux martyre pendant la persécution de l’empereur Dèce. Comme elle était également renommée pour sa beauté et sa chasteté, Quintianus, gouverneur de Sicile, s’éprit d’amour pour elle. Après avoir cherché par tous les moyens à la faire consentir à ce qu’il désirait, ne pouvant y parvenir, il la fit arrêter comme étant engagée dans la superstition chrétienne, et il la livra pour la corrompre, à une femme nommée Aphrodise. Les relations d’Agathe avec cette femme n’ayant pu ébranler sa fermeté dans sa foi, ni sa résolution de garder la virginité, Aphrodise annonça à Quintianus que tous ses efforts étaient inutiles. Alors le gouverneur ordonne qu’on lui amène la vierge : « N’as-tu pas honte, lui dit-il, étant d’une naissance illustre, de mener la vie humble et servile des chrétiens ? » Mais Agathe répond : « L’humilité et la servitude chrétienne sont préférables aux trésors et à l’élévation des rois ».

Cinquième leçon. Irrité par cette réponse, le gouverneur lui donne le choix, ou d’honorer les dieux ou de subir la violence des tourments. Comme la Sainte demeure constante dans la foi, il la fait souffleter, puis conduire en prison. Le lendemain, elle en est tirée, et comme elle n’a pas changé de sentiment, on la tourmente sur le chevalet par l’application de lames ardentes ; ensuite, on lui coupe la mamelle. Pendant ce supplice, la vierge, s’adressant à Quintianus : « Cruel tyran, lui dit-elle, n’as-tu pas honte de mutiler dans une femme, ce que tu as sucé dans ta mère ? » Jetée de nouveau en prison, elle fut guérie la nuit suivante par un vieillard qui se disait être Apôtre du Christ. Appelée encore une fois devant le gouverneur et persévérant à confesser le Christ, on la roula sur des fragments de pots cassés et sur des charbons ardents.
Sixième leçon. Au même moment un grand tremblement de terre ébranla toute la ville, et deux murailles en s’écroulant écrasèrent Sylvain et Falconius, familiers du gouverneur. Aussi la ville étant en proie à une vive émotion, Quintianus, qui craignait une sédition dans le peuple, commande de ramener secrètement dans sa prison Agathe à demi morte. Elle pria Dieu en ces termes : « Seigneur, qui m’avez gardée dès mon enfance, qui avez enlevé de mon cœur l’amour du siècle et qui m’avez rendue victorieuse des tourments des bourreaux, recevez mon âme ». Achevant cette prière, elle s’en alla au ciel le jour des nones de février ; son corps fut enseveli par les chrétiens.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Chrysostome.

 

Septième leçon. Comme il n’était point à propos d’aborder directement ce sujet, notre Seigneur cherche à amener ses disciples à l’amour de la virginité en leur parlant de l’obligation imposée par la loi, de ne point dissoudre un mariage. Après cela, pour leur montrer qu’il est possible de garder la continence, il ajoute : Il y a des eunuques sortis tels du sein de leur mère ; il y en a qui ont été rendus tels par la main des hommes, et il y en a qui se sont eux-mêmes voués à la chasteté à cause du royaume des cieux. Par ce langage, il les exhorte secrètement à faire choix de la virginité, tout en leur prouvant qu’il est possible de garder cette vertu.
Huitième leçon. Songez, semble-t-il leur dire, à ce que vous feriez si vous étiez venus au monde dans des conditions vous interdisant le mariage, ou si vous étiez victime d’une injuste violence ayant le même résultat ? Que feriez-vous, obligés de renoncer aux joies des noces, et n’ayant droit à nulle récompense du fait de cette privation involontaire ? Rendez maintenant grâces à Dieu, car votre sacrifice aura sa récompense et ses couronnes tandis que ceux-là souffrent sans s’attirer ni couronnes ni récompense. De plus votre fardeau n’est pas le même que le leur, il est bien plus léger, tant en raison de l’espérance qui vous soulève et de la conscience de bien faire, que parce que vous ne serez pas comme eux roulés dans les flots des mauvais désirs.
Neuvième leçon. Après que Jésus-Christ a parlé des personnes chastes, qui le seraient en vain si elles ne réglaient en même temps tous les mouvements de leur âme, et de celles qui gardent la continence dans le but de, gagner le royaume des cieux il ajoute : « Qui peut comprendre ceci le comprenne. » Il dit ces paroles pour animer encore davantage les hommes à la recherche de cette vertu, en leur représentant combien elle est élevée. Dans son ineffable bonté il ne veut pas nous faire une loi de la virginité ; mais, en nous en parlant ainsi, le Seigneur nous démontre davantage encore qu’elle est possible, afin d’augmenter l’ardeur de nos désirs.

 

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Saint André Corsini évêque et confesseur

4 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint André Corsini évêque et confesseur

Collecte

O Dieu, qui renouvelez constamment les exemples des vertus dans votre Église, donnez à votre peuple de suivre les traces du bienheureux André, votre Confesseur et Pontife, en sorte qu’il parvienne aux mêmes récompenses.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. André naquit à Florence de la noble famille des Corsini ; ses parents, qui l’avaient obtenu de Dieu par leurs prières, le consacrèrent, à la bienheureuse Vierge. Un présage divin montra, dès avant sa naissance, ce qu’il devait être un jour : pendant que sa mère était enceinte, il lui sembla, durant son sommeil, qu’elle avait mis au monde un loup qui, se dirigeant vers l’église des Carmes, fut soudain changé en agneau, dans le vestibule même du temple. André reçut dans sa jeunesse, une éducation pieuse et conforme à son rang ; et comme il se laissait aller peu à peu au vice, il fut souvent repris par sa mère. Mais dès qu’il sut qu’il avait été consacré à la Vierge Mère de Dieu par un vœu de ses parents, l’amour de Dieu s’alluma dans son cœur, et, averti de la vision de sa mère, il embrassa l’Institut des Carmes, dans lequel il eut à souffrir diverses tentations de la part du démon, mais rien ne put jamais le détourner de son dessein d’être religieux. Envoyé bientôt à Paris, il y suivit le cours des études et y obtint le grade de docteur, puis, rappelé dans sa patrie, il fut préposé au gouvernement de son Ordre en Toscane.

Cinquième leçon. Sur ces entrefaites, l’Église de Fiesole, devenue veuve de son pasteur, le choisit pour son Évêque. André, s’estimant indigne de cette charge, s’enfuit et demeura longtemps caché. Le lieu de sa retraite ayant été miraculeusement révélé par la voix d’un enfant, il fut trouvé hors de la ville, et reçut la consécration épiscopale de crainte de s’opposer à la volonté divine. Revêtu de cette dignité, il s’appliqua avec plus de soin que jamais à la pratique de l’humilité, vertu qu’il avait toujours cultivée, et unit à la sollicitude pastorale la miséricorde envers les pauvres, ta libéralité, l’assiduité à l’oraison, les veilles, et les autres vertus ; il fut encore illustre par l’esprit de prophétie : de telle sorte que tous célébraient sa sainteté.

Sixième leçon. Les mérites d’André poussèrent Urbain V à l’envoyer à Bologne, en qualité de légat, pour apaiser des troubles. Le Saint eut beaucoup à souffrir dans l’accomplissement de cette mission, et il éteignit par sa grande prudence les inimitiés ardentes qui avaient armé les citoyens les uns contre les autres ; la tranquillité rétablie, il revint vers les siens. Bientôt, épuisé par les travaux assidus et par les macérations volontaires de la chair, et après avoir reçu de la bienheureuse Vierge l’annonce de sa mort, il partit pour le royaume céleste, l’an du Seigneur mil trois cent soixante-treize, en la soixante et onzième année de son âge. André étant devenu illustre Dar de nombreux et éclatants miracles, Urbain VIII l’inscrivit au nombre des Saints, Son corps repose à Florence dans l’église de son Ordre, et il y est honoré avec la plus grande vénération par les habitants, qui ressentirent plus d’une fois sa protection dans de pressants périls.

Aujourd’hui, c’est un saint Évêque qui, par sa vie austère et son zèle ardent pour le salut des âmes, vient nous inviter à songer sérieusement à notre réconciliation avec Dieu. Moins célèbre dans l’Église que beaucoup d’autres saints Confesseurs, il doit à Clément XII, membre de l’illustre famille Corsini, l’honneur de briller avec plus d’éclat au Cycle de la sainte Église. Mais le Pontife n’était que l’instrument de la divine Providence. Le saint Évêque de la petite ville de Fiesole a toujours cherché l’obscurité durant sa vie, et Dieu a voulu le glorifier dans toute l’Église, en inspirant au Pasteur suprême la pensée de le placer sur le Calendrier universel. Au reste, André fut pécheur avant de devenir un saint ; son exemple nous encouragera à revenir sincèrement à Dieu.

Écoutez, saint Pontife, la prière des pécheurs qui désirent apprendre de vous la voie qui ramène à Dieu. Vous avez fait l’épreuve de ses miséricordes ; c’est à vous de les obtenir pour nous. Soyez donc propice au peuple chrétien, en ces jours où la grâce de la pénitence est offerte à tous ; par vos prières, faites descendre sur nous l’esprit de componction. Nous avons péché, et nous sollicitons le pardon ; fléchissez en notre faveur le cœur de Dieu. De loups rendez-nous agneaux ; fortifiez-nous contre nos ennemis ; faites-nous croître dans la vertu d’humilité qui brilla en vous avec tant d’éclat, et demandez au Seigneur que la persévérance couronne nos efforts, comme elle a couronné les vôtres, afin que nous chantions avec vous et comme vous les miséricordes de notre commun Rédempteur.

 

 

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IVème dimanche après l’Epiphanie

3 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

IVème dimanche après l’Epiphanie

Introït

Adorez Dieu, vous tous ses Anges, Sion a entendu et s’est réjouie, et les filles de Juda ont tressailli de joie. Le Seigneur est roi ; que la terre tressaille de joie, que toutes les îles se réjouissent.

Collecte

O Dieu, qui savez qu’en raison de la fragilité humaine, nous ne pourrions subsister au milieu de tant de périls, donnez-nous la santé de l’âme et du corps, afin que grâce à votre secours, nous puissions surmonter ce que nous souffrons pour nos péchés

Épitre Rm. 13, 8-10

Mes frères : Ne soyez en dette avec personne, si ce n’est de l’amour mutuel ; car celui qui aime son prochain a accompli la loi. En effet, ces commandements : "Tu ne commettras point d’adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; tu ne convoiteras point," et s’il y a quelque autre commandement, se résument dans cette parole : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même." L’amour ne fait point de mal au prochain ; l’amour est donc la plénitude de la loi.

Évangile Mt. 8, 23-27

En ce temps là : Jésus monta dans une barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint très agitée, au point que la barque était couverte par les vagues : lui cependant dormait. Ses disciples s’approchèrent, le réveillèrent et lui dirent : "Seigneur, sauvez-nous, nous périssons !" Il leur dit : "Pourquoi êtes-vous peureux, hommes de peu de foi ?" Alors il se dressa et commanda avec force aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Et les hommes, saisis d’admiration, disaient : "Qui est-il donc, que même les vents et la mer lui obéissent ?"

Offertoire

La droite du Seigneur a fait éclater sa puissance, la droite du Seigneur m’a exalté. Je ne mourrai point, mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur.

Postcommunion

O Dieu, que vos dons nous détachent des jouissances terrestres et que votre grâce nous fortifie toujours au moyen de cet aliment tout céleste

Office

Au premier nocturne.

Commencement de l’Épître de saint Paul Apôtre aux Philippiens.

Première leçon. Cap. 1, 1-7 Paul et Timothée, serviteurs du Christ Jésus, à tous les saints à Philippes, aux évêques et aux diacres : grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ! Je rends grâces à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous, et dans toutes mes prières pour vous tous, c’est avec joie que je lui adresse ma prière, à cause de votre concours unanime pour le progrès de l’Évangile, depuis le premier jours jusqu’à présent ; et j’ai confiance que celui qui a commencé en vous une œuvre excellente, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ. C’est une justice que je vous dois, de penser ainsi de vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, vous tous qui, soit dans mes liens, soit dans la défense et l’affermissement de l’Évangile, avez part à la même grâce que moi.

Deuxième leçon. Cap. 1, 8-14 Car Dieu m’en est témoin, c’est avec tendresse que je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ. Et ce que je lui demande, c’est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence, pour discerner ce qui vaut le mieux, afin que vous soyez purs et irréprochables jusqu’au jour du Christ, remplis des fruits de justice, par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu. Frères, je désire que vous sachiez que ce qui m’est arrivé a plutôt tourné au progrès de l’Évangile. En effet, pour ceux du prétoire, et pour tous les autres, il est devenu notoire que c’est pour le Christ que je suis dans les chaînes : et la plupart des frères dans le Seigneur, encouragés par mes liens, on redoublé de hardiesse pour annoncer sans crainte la parole de Dieu.

Troisième leçon. Cap. 1, 15-18 Quelques-uns, il est vrai, prêchent aussi Jésus-Christ par envie et par esprit d’opposition ; mais d’autres le font avec des dispositions bienveillantes. Ceux-ci agissent par charité, sachant que je suis établi pour la défense de l’Évangile ; tandis que les autres, animés d’un esprit de dispute, annoncent le Christ par des motifs qui ne sont pas purs, avec la pensée de me causer un surcroît d’affliction dans mes liens. Mais quoi ? De quelque manière qu’on le fasse, que ce soit avec des arrière-pensées, ou sincèrement, le Christ est annoncé je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore.

Au deuxième nocturne.

Du Livre des Morales de saint Grégoire, pape.

Quatrième leçon. Nous emplissons le corps de nourriture de peur qu’il ne défaille exténué ; nous l’exténuons par l’abstinence de peur que trop bien nourri, il ne nous accable. Nous le stimulons par l’exercice de peur qu’il ne s’ankylose par immobilité, mais bien vite, nous arrêtons pour le reposer en nous couchant de peur que l’exercice même ne le fasse succomber. De peur que le froid ne le tue nous le couvrons au moyen de vêtements ; puis nous rejetons l’aide demandée de peur qu’il ne brûle de chaleur. Ainsi, en obviant à tant d’incommodités différentes que faisons-nous sinon payer tribut à la corruptibilité, pourvu que la multitude même des soins donnés soutiennent un corps qu’alourdit l’inquiétude d’une changeante infirmité ?

Cinquième leçon. Paul l’a bien dit : « En effet la création a été soumise à la vanité – non de bon gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise –, avec une espérance pourtant. Car la création, elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption pour accéder à la liberté de la gloire des enfants de Dieu ». En effet, ce n’est pas de bon gré que la création a été soumise à la vanité car l’homme, ayant abandonné de plein gré l’état de stabilité primitive, se trouve justement accablé par le poids de la mortalité et il se voit asservi malgré lui, à sa condition corruptible et changeante. Mais cette créature est arrachée à l’esclavage de la corruption lorsque ressuscitant incorruptible elle est élevée à la gloire des fils de Dieu.

Sixième leçon. Les élus sont donc entravés ici-bas par le malaise car ils endurent encore la corruption. Mais quand nous nous dépouillons de cette chair corruptible, nous sommes libérés des entraves du malaise qui maintenant nous contraignent. Déjà nous aspirons à être mis en présence de Dieu mais nous sommes encore retenus par le lien d’un corps mortel. A juste titre donc, nous nous disons prisonniers car nous n’avons pas encore auprès de Dieu le libre accès que nous désirons. C’est pourquoi Paul, aspirant aux biens éternels et cependant portant encore le fardeau de sa corruption, a raison de dire dans sa captivité : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ ». S’il ne constatait qu’il était captif, il ne chercherait pas à s’en aller.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, prêtre.

Septième leçon. Ce cinquième miracle, Jésus l’accomplit lorsqu’il monte dans la barque à Capharnaüm et commande aux vents et à la mer. Le sixième, au pays des Géraséniens lorsqu’il donne pouvoir aux démons de s’en aller dans le troupeau de porcs. Le septième, lorsqu’il entre dans sa ville et guérit un second paralytique qui est étendu sur un lit. Le premier paralytique est, en effet, le serviteur du centurion. 

Huitième leçon. « Lui, cependant, dormait. Mais ils vinrent l’éveiller en disant : ‘Seigneur, sauve nous.’ » Nous lisons dans Jonas une figure de ce miracle : alors que tous les autres sont en danger, lui-même dort, tranquille ; on le réveille ; par son ordre et par le signe symbolique de sa passion, il délivre ceux qui l’ont réveillé. « Alors, se levant, il menaça les vents et la mer. » Ce passage nous donne à comprendre que toutes les créatures reconnaissent le Créateur. On les gronde, on leur commande ; elles reconnaissent le maître non parce que toutes choses sont animées, comme le pensent à tort certains hérétiques, mais parce que la majesté du Créateur lui rend sensibles les choses qui pour nous sont insensibles.

Neuvième leçon. « Or, pris de stupeur, les hommes disaient : ‘Quel est donc celui-ci ? car même les vents et la mer lui obéissent !’ » Ce ne sont pas les disciples que l’étonnement saisit, mais les bateliers et les autres qui se trouvent dans la barque. Pourtant si quelqu’un veut prétendre que ce sont les disciples qui furent saisis d’étonnement, nous lui répondrons qu’ils méritent bien le nom d’hommes ceux qui ne connaissent pas encore la puissance du Sauveur.

EPÎTRE.

La sainte Église ne cesse d’exhorter les fidèles, par la bouche de l’Apôtre, à pratiquer la charité les uns à l’égard des autres, dans ce temps où le Fils même de Dieu donne une si grande preuve de son amour aux hommes dont il a daigné prendre la nature. L’Emmanuel vient à nous comme législateur : or, il a résumé toute sa loi dans l’amour ; il est venu pour unir ce que le péché avait divisé. Entrons dans ses intentions, et accomplissons de bon cœur la loi qui nous est imposée.

ÉVANGILE.

Adorons la puissance de l’Emmanuel qui est venu calmer la tempête au sein de laquelle le genre humain allait périr. Dans leur détresse, toutes les générations l’avaient appelé, et criaient : Seigneur ! sauvez-nous ; nous périssons. Quand la plénitude des temps a été venue, il est sorti de son repos, et il n’a eu qu’à commander, pour briser la force de nos ennemis. La malice des démons, les ténèbres de l’idolâtrie, la corruption païenne, tout a cédé devant lui. Les peuples se sont convertis à lui les uns après les autres ; du sein de leur aveuglement et de leur misère, ils ont dit : Quel est celui-ci devant lequel aucune force ne résiste ? Et ils ont embrassé sa loi. Cette force de l’Emmanuel à briser les obstacles, au moment même où les hommes s’inquiètent de son repos apparent, se montre souvent dans les annales de son Église. Que de fois il a choisi, pour sauver tout, l’instant où les hommes croyaient tout perdu ! Il en est de même dans la vie du fidèle. Souvent les tentations nous agitent, leurs flots semblent nous submerger, et cependant notre volonté demeure fortement attachée à Dieu. C’est que Jésus dort au fond de la barque, et nous protège par ce sommeil. Si bientôt nos instances le réveillent, c’est plutôt pour proclamer son triomphe et le nôtre ; car il a déjà vaincu, et nous avec lui.

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Purification de la T. Sainte Vierge (Présentation du Seigneur)

2 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Purification de la T. Sainte Vierge (Présentation du Seigneur)

Bénédiction des cierges

3 ème oraison

Seigneur Jésus-Christ, vraie lumière qui illuminez tout homme venant en ce monde, répandez votre bénédiction sur ces Cierges, et rendez-les saints, par le rayonnement de votre grâce ; et faites, dans votre bonté, que comme ces luminaires allumés à un feu visible chassent les ténèbres, ainsi nos cœurs éclairés d’un feu invisible, c’est-à-dire de la splendeur de l’Esprit-Saint, soient exempts de l’aveuglement de tous les vices ; afin que l’œil de notre âme étant purifié, nous puissions discerner ce qui vous plait et ce qui est utile à notre salut jusqu’à ce que nous méritions, après les ombres et les périls de ce siècle, d’arriver à la lumière indéfectible. Par vous, ô Christ Jésus, Sauveur du monde, qui étant Dieu, vivez et régnez encore dans une Trinité parfaite, dans tous les siècles des siècles.

5 ème oraison

Seigneur Jésus-Christ, qui, vous montrant aujourd’hui parmi les hommes, dans la substance de notre chair, avez été présenté au temple par vos parents ; vous, que le vénérable vieillard Siméon, irradié de la lumière de votre Esprit, a reconnu, reçu et béni ; faites, dans votre propice bonté, qu’éclairés et instruits par la grâce du même Esprit-Saint, nous vous reconnaissions sincèrement et vous aimions fidèlement. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en l’unité du même Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, nous supplions humblement votre majesté, de faire que, comme votre Fils unique revêtu de la substance de notre chair a été en ce jour présenté dans le temple, ainsi nous vous soyons présentés avec des cœurs purifiés

Lecture Ma. 3, 1-4

Le Seigneur Dieu dit : Voici que j’envoie mon ange, et il préparera la voie devant ma face : et aussitôt viendra dans son temple le Dominateur que vous cherchez, et l’ange de l’alliance que vous désirez. Voici qu’il vient, dit le Seigneur des armées. Qui pourra penser au jour de son avènement, et qui pourra soutenir sa vue ? Car il sera comme le feu qui fond les métaux, et comme l’herbe des foulons. Il s’assoiera comme celui qui fond et qui épure l’argent ; il purifiera les fils de Lévi, et il les rendra purs comme l’or, et comme l’argent, et ils offriront des sacrifices au Seigneur dans la justice. Et le sacrifice de Juda et de Jérusalem sera agréable au Seigneur, comme aux jours anciens et comme aux années d’autrefois, .dit le Seigneur tout-puissant.

Évangile Lc. 2, 22-32

En ce temps-là, quand furent accomplis les jours de la purification de Marie, selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, selon qu’il est prescrit dans la loi du Seigneur : Tout enfant mâle premier-né sera consacré au Seigneur ; et pour offrir en sacrifice, selon qu’il est prescrit dans la loi du Seigneur, deux tourterelles, ou deux petits de colombes. Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, et il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était en lui. Et il lui avait été révélé par l’Esprit-Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint au temple, poussé par l’Esprit de Dieu. Et comme les parents de l’enfant Jésus l’apportaient, afin d’accomplir pour lui ce que la loi ordonnait, il le prit entre ses bras, et bénit Dieu, et dit : Maintenant, Seigneur, vous vous laisserez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le salut qui .vient de vous, que vous avez préparé à la face de tous les peuples : Lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël votre peuple.

Office

Au premier nocturne.

Du Livre de l’Exode. Cap. 13, 1-3, 11-13.

Première leçon. Le Seigneur parla à Moïse, disant : Consacre-moi tout premier-né parmi les enfants d’Israël, tant d’entre les hommes que d’entre les bêtes, car à moi sont toutes choses. Et Moïse dit au peuple : Quand le Seigneur t’aura introduit dans la terre du Chananéen, comme il l’a juré à toi et à tes pères, et qu’il te l’aura donnée, tu sépareras pour le Seigneur tout ce qui ouvre un sein, et ce qui est primitif dans tes troupeaux tout ce que tu auras du sexe masculin, tu le consacreras au Seigneur. Tu échangeras le premier-né de l’âne pour une brebis : que si tu ne le rachètes point, tu le tueras. Mais tout premier-né de l’homme d’entre tes fils, c’est avec de l’argent que tu le rachèteras.

Du livre du Lévitique. Cap. 12, 1-8.

Deuxième leçon. Le Seigneur parla à Moïse, disant : Parle aux enfants d’Israël et tu leur diras : Si une femme, après avoir conçu, enfante un enfant mâle, elle sera impure pendant sept jours, et au huitième jour le petit enfant sera circoncis : mais elle demeurera elle-même pendant trente-trois jours dans sa purification. Elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n’entrera pas dans le sanctuaire, jusqu’à ce que soient accomplis les jours de sa purification. Que si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines, et pendant soixante-six jours, elle demeurera dans sa purification.
Troisième leçon. Et lorsque seront accomplis les jours de sa purification pour un fils ou pour une tille, elle portera un agneau d’un an pour l’holocauste, et le petit d’une colombe ou bien une tourterelle pour le péché, à la porte du tabernacle de témoignage, et elle les donnera au prêtre, qui les offrira devant le Seigneur et priera pouf elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée. Telle est la loi de celle qui enfante un enfant maie ou une fille. Que si sa main ne trouve et ne peut offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux petits de colombes, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le péché : et le prêtre priera pour elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Quatrième leçon. C’est ainsi qu’autrefois il a été prophétisé : Un homme appelle Sion du nom de mère : « Car il a été fait homme en elle, et c’est le Très-Haut lui-même qui l’a fondée ». O toute-puissance d’un enfant qui naît ! ô magnificence d’un Dieu qui vient du ciel en terre ! Il était encore au sein qui l’avait conçu, et Jean-Baptiste le saluait déjà du sein d’Élisabeth. On le présentait dans le temple, et il était reconnu par Siméon, vieillard aussi vénéré pour sa réputation que pour son âge, d’une vertu éprouvée, couronné de mérites. C’est alors que ce saint homme le reconnut et l’adora, et c’est alors qu’il dit : « Maintenant Seigneur, vous laissez partir en paix votre serviteur, parce que mes yeux ont contemplé votre Salut ».
Cinquième leçon. Dieu avait différé de le retirer du monde pour qu’il pût voir, né parmi nous, celui qui a fait le monde. Le vieillard reconnut l’enfant, et avec lui devint enfant, la piété dont il était rempli lui donnant une seconde jeunesse. Le vieux Siméon portait le Christ enfant, et Jésus guidait la vieillesse de Siméon. Dieu avait promis au saint vieillard de ne pas le laisser mourir, qu’il n’eût contemplé l’Oint du Seigneur, né parmi les hommes. Le Christ naquit donc, et le désir du vieillard fut accompli dans la vieillesse du monde. Parce qu’il trouve le monde dans la vieillesse du péché, le Christ est venu à un homme avancé en âge.
Sixième leçon. Siméon voulait pas rester long temps en ce monde ; il désirait y voir le Christ, et répétait ces paroles du Prophète : « Seigneur, manifestez-nous votre miséricorde, et donnez-nous votre Salut ». Et pour que vous sachiez que c’était là sa consolation et sa joie, il dit à la fin : « Maintenant, vous laissez partir en paix votre serviteur, parce que mes yeux ont contemplé votre Salut ». Les Prophètes avaient annoncé que le Créateur du ciel et de la terre habiterait sur terre avec les hommes. Un Ange apporta la nouvelle que le Créateur de la chair et de l’esprit allait se revêtir d’un corps. Du sein d’Élisabeth, Jean-Baptiste a salué le Sauveur dans le sein de Marie. Enfin le vieillard Siméon reconnaît pour Dieu cet enfant.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. « Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, attendant la consolation d’Israël ». Non seulement les Anges, les Prophètes et les bergers, mais encore les vieillards et les justes, rendent témoignage à la naissance du Seigneur. Des personnes de tout âge et de tout sexe, des événements miraculeux en confirment la vérité. Une vierge enfante, une femme stérile devient féconde, un muet parle, Élisabeth est inspirée, les Mages viennent adorer, un enfant tressaille dans le sein de sa mère, une veuve loue et bénit, un juste est dans l’attente.
Huitième leçon. Et certes il mérite bien d’être appelé juste, ce vieillard qui avait moins en vue son avantage que celui de la nation. Car tout en désirant d’être dégagé des liens d’tm corps fragile, il ne perdit pas l’espoir de contempler le Sauveur promis, estimant heureux les yeux qui le verraient. Il le prit lui-même entre ses bras, et bénissant Dieu, il dit : « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous laissez votre serviteur s’en aller en paix ». Vois comme ce juste pour qui la masse de son corps est une prison, souhaite d’en être délivré, afin de pouvoir commencer d’être avec Jésus-Christ ; car se voir dégagé des liens du corps et être avec Jésus-Christ est beaucoup plus avantageux.
Neuvième leçon. Mais celui qui veut partir ainsi doit venir au temple, venir à Jérusalem, attendre l’Oint du Seigneur, recevoir dans ses mains le Verbe de Dieu, l’embrasser par es bonnes œuvres qui sont comme les bras de la foi. Alors il s’en ira paisiblement, et ne verra point la mort éternelle, puisqu’il aura vu la Vie. Tu vois que la naissance du Seigneur répand la grâce avec abondance sur toute sorte de personnes, et que le don de prophétie est refusé aux incrédules, mais non aux justes. Voici donc Siméon prophétisant que le Seigneur Jésus-Christ est venu pour la ruine et pour la résurrection d’un grand nombre, pour discerner ce que méritent les bons et les méchants, et pour décerner, juge infaillible, juge équitable, des supplices ou des récompenses, selon la qualité de nos actes.

Enfin les quarante jours de la Purification de Marie sont écoulés, et le moment est venu où elle doit monter au Temple du Seigneur pour y présenter Jésus. Avant de suivre le Fils et la Mère dans ce voyage mystérieux à Jérusalem, arrêtons-nous encore un instant à Bethléhem, et pénétrons avec amour et docilité les mystères qui vont s’accomplir.

La Loi du Seigneur ordonnait aux femmes d’Israël, après leur enfantement, de demeurer quarante jours sans approcher du tabernacle ; après l’expiration de ce terme, elles devaient, pour être purifiées, offrir un sacrifice. Ce sacrifice consistait en un agneau, pour être consumé en holocauste ; on devait y joindre une tourterelle ou une colombe, destinées à être offertes selon le rite du sacrifice pour le péché. Que si la mère était trop pauvre pour fournir l’agneau, le Seigneur avait permis de le remplacer par une autre tourterelle, ou une autre colombe.

Un second commandement divin déclarait tous les premiers-nés propriété du Seigneur, et prescrivait la manière de les racheter. Le prix de ce rachat était de cinq sicles, qui, au poids du sanctuaire, représentaient chacun vingt oboles. Marie, fille d’Israël, avait enfanté ; Jésus était son premier-né. Le respect dû à un tel enfantement, à un tel premier-né, permettait-il l’accomplissement de la loi ?

Si Marie considérait les raisons qui avaient porté le Seigneur à obliger les mères à la purification, elle voyait clairement que cette loi n’avait point été faite pour elle. Quel rapport pouvait avoir avec les épouses des hommes, celle qui était le très pur sanctuaire de l’Esprit-Saint, Vierge dans la conception de son Fils, Vierge dans son ineffable enfantement ; toujours chaste, mais plus chaste encore après avoir porté dans son sein et mis au monde le Dieu de toute sainteté ? Si elle considérait la qualité sublime de son Fils, cette majesté du Créateur et du souverain Seigneur de toutes choses, qui avait daigné prendre naissance en elle, comment aurait-elle pu penser qu’un tel Fils était soumis à l’humiliation du rachat, comme un esclave qui ne s’appartient pas à lui-même ?

Cependant, l’Esprit qui résidait en Marie lui révèle qu’elle doit accomplir cette double loi. Malgré son auguste qualité de Mère de Dieu, il faut qu’elle se mêle à la foule des mères des hommes, qui se rendent de toutes parts au Temple, pour y recouvrer, par un sacrifice, la pureté qu’elles ont perdue. En outre, ce Fils de Dieu et Fils de l’Homme doit être considéré en toutes choses comme un serviteur ; il faut qu’il soit racheté en cette humble qualité comme le dernier des enfants d’Israël. Marie adore profondément cette volonté suprême, et s’y soumet de toute la plénitude de son cœur.

Les conseils du Très-Haut avaient arrêté que le Fils de Dieu ne serait déclaré à son peuple que par degrés. Après trente années de vie cachée à Nazareth, où, comme le dit l’Évangéliste, il était réputé le fils de Joseph, un grand Prophète devait l’annoncer mystérieusement aux Juifs accourus au Jourdain, pour y recevoir le baptême de la pénitence. Bientôt ses propres œuvres, ses éclatants miracles, rendraient témoignage de lui. Après les ignominies de sa Passion, il ressusciterait glorieux, confirmant ainsi la vérité de ses prophéties, l’efficacité de son Sacrifice, enfin sa divinité. Jusque-là presque tous les hommes ignoreraient que la terre possédait son Sauveur et son Dieu. Les bergers de Bethléhem n’avaient point reçu l’ordre, comme plus tard les pêcheurs de Génésareth, d’aller porter la Parole jusqu’aux extrémités du monde ; les Mages, qui avaient paru tout à coup au milieu de Jérusalem, étaient retournés dans l’Orient, sans revoir cette ville qui s’était émue un instant de leur arrivée. Ces prodiges, d’une si sublime portée aux yeux de l’Église, depuis l’accomplissement de la mission de son divin Roi, n’avaient trouvé d’écho et de mémoire fidèle que dans le cœur de quelques vrais Israélites qui attendaient le salut d’un Messie humble et pauvre ; la naissance même de Jésus à Bethléhem devait demeurer ignorée du plus grand nombre des Juifs ; car les Prophètes avaient prédit qu’il serait appelé Nazaréen.

Le même plan divin qui avait exigé que Marie fût l’épouse de Joseph, pour protéger, aux yeux du peuple, sa virginité féconde, demandait donc que cette très chaste Mère vînt comme les autres femmes d’Israël offrir le sacrifice de purification, pour la naissance du Fils qu’elle avait conçu par l’opération de l’Esprit-Saint, mais qui devait être présenté au temple comme le fils de Marie, épouse de Joseph. Ainsi, la souveraine Sagesse aime à montrer que ses pensées ne sont point nos pensées, à déconcerter nos faibles conceptions, en attendant le jour où elle déchire les voiles et se montre à découvert à nos yeux éblouis.

La volonté divine fut chère à Marie, en cette circonstance comme en toutes les autres. La Vierge ne pensa point agir contre l’honneur de son fils, ni contre le mérite glorieux de sa propre intégrité, en venant chercher une purification extérieure dont elle n’avait nul besoin. Elle fut, au Temple, la servante du Seigneur, comme elle l’avait été dans la maison de Nazareth, lors de la visite de l’Ange. Elle obéit à la loi, parce que les apparences la déclaraient sujette à la loi. Son Dieu et son Fils se soumettait au rachat comme le dernier des hommes ; il avait obéi à l’édit d’Auguste pour le dénombrement universel ; il devait « être obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » : la Mère et l’Enfant s’humilièrent ensemble ; et l’orgueil de l’homme reçut en ce jour une des plus grandes leçons qui lui aient jamais été données.

Quel admirable voyage que celui de Marie et de Joseph allant de Bethléhem à Jérusalem ! L’Enfant divin est dans les bras de sa mère ; elle le tient sur son cœur durant tout le cours de cette route fortunée. Le ciel, la terre, la nature tout entière, sont sanctifiés par la douce présence de leur miséricordieux créateur. Les hommes au milieu desquels passe cette mère chargée de son tendre fruit la considèrent, les uns avec indifférence, les autres avec intérêt ; mais nul d’entre eux ne pénètre encore le mystère qui doit les sauver tous.

Joseph est porteur de l’humble offrande que la mère doit présenter au prêtre. Leur pauvreté ne leur permet pas d’acheter un agneau ; et d’ailleurs n’est-il pas l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, ce céleste Enfant que Marie tient dans ses bras ? La loi a désigné la tourterelle ou la colombe pour suppléer l’offrande qu’une mère indigente ne pourrait présenter : innocents oiseaux, dont le premier figure la chasteté et la fidélité, et dont le second est le symbole de la simplicité et de l’innocence. Joseph porte aussi les cinq sicles, prix du rachat du premier-né ; car il est vraiment le Premier-né, cet unique fils de Marie, qui a daigné faire de nous ses frères, et nous rendre participants de la nature divine, en adoptant la nôtre.

Enfin, cette sainte et sublime famille est entrée dans Jérusalem. Le nom de cette ville sacrée signifie vision de paix ; et le Sauveur vient par sa présence lui offrir la paix. Admirons une magnifique progression dans les noms des trois villes auxquelles se rattache la vie mortelle du Rédempteur. Il est conçu à Nazareth, qui signifie la fleur ; car il est, comme il le dit au Cantique, la fleur des champs et le lis des vallons ; et sa divine odeur nous réjouit. Il naît à Bethléhem, la maison du pain, afin d’être la nourriture de nos âmes. Il est offert en sacrifice sur la croix à Jérusalem, et par son sang, il rétablit la paix entre le ciel et la terre, la paix entre les hommes, la paix dans nos âmes. Dans cette journée, comme nous le verrons bientôt, il va donner les arrhes de cette paix.

Pendant que Marie portant son divin fardeau monte, Arche vivante, les degrés du Temple, soyons attentifs ; car une des plus fameuses prophéties s’accomplit, un des principaux caractères du Messie se déclare. Conçu d’une Vierge, né en Bethléhem, ainsi qu’il était prédit, Jésus, en franchissant le seuil du Temple, acquiert un nouveau titre à nos adorations. Cet édifice n’est plus le célèbre Temple de Salomon, qui devint la proie des flammes aux jours de la captivité de Juda. C’est le second Temple bâti au retour de Babylone, et dont la splendeur n’a point atteint la magnificence de l’ancien. Avant la fin du siècle, il doit être renversé pour la seconde fois ; et la parole du Seigneur sera engagée à ce qu’il n’y demeure pas pierre sur pierre. Or, le Prophète Aggée, pour consoler les Juifs revenus de l’exil, qui se lamentaient sur leur impuissance à élever au Seigneur une maison comparable à celle qu’avait édifiée Salomon, leur a dit ces paroles, et elles doivent servir à fixer l’époque de la venue du Messie : « Prends courage, Zorobabel, dit le Seigneur ; prends courage, Jésus, fils de Josedec, souverain Prêtre ; prends courage, peuple de cette contrée ; car voici ce que dit le Seigneur : Encore un peu de temps et j’ébranlerai le ciel et la terre, et j’ébranlerai toutes les nations ; et le Désiré de toutes les nations viendra ; et je remplirai de gloire cette maison. La gloire de cette seconde maison sera plus grande que ne le fut celle de la première ; et dans ce lieu je donnerai la paix, dit le Seigneur des armées. »

L’heure est arrivée de l’accomplissement de cet oracle. L’Emmanuel est sorti de son repos de Bethléhem, il s’est produit au grand jour, il est venu prendre possession de sa maison terrestre ; et par sa seule présence dans l’enceinte du second Temple, il en élève tout d’un coup la gloire au-dessus de la gloire dont avait paru environné celui de Salomon. Il doit le visiter plusieurs fois encore ; mais cette entrée qu’il y fait aujourd’hui, porté sur les bras de sa mère, suffit à accomplir la prophétie ; dès maintenant, les ombres et les figures que renfermait ce Temple commencent à s’évanouir aux rayons du Soleil de la vérité et de la justice. Le sang des victimes teindra encore, quelques années, les cornes de l’autel ; mais au milieu de toutes ces victimes égorgées, hosties impuissantes, s’avance déjà l’Enfant qui porte dans ses veines le sang de la Rédemption du monde. Parmi ce concours de sacrificateurs, au sein de cette foule d’enfants d’Israël qui se presse dans les diverses enceintes du Temple, plusieurs attendent le Libérateur, et savent que l’heure de sa manifestation approche ; mais aucun d’eux ne sait encore qu’en ce moment même le Messie attendu vient d’entrer dans la maison de Dieu.

Cependant un si grand événement ne devait pas s’accomplir sans que l’Eternel opérât une nouvelle merveille. Les bergers avaient été appelés par l’Ange, l’étoile avait attiré les Mages d’Orient en Bethléhem ; l’Esprit-Saint suscite lui-même à l’Enfant divin un témoignage nouveau et inattendu.

Un vieillard vivait à Jérusalem, et sa vie touchait au dernier terme ; mais cet homme de désirs, nommé Siméon, n’avait point laissé languir dans son cœur l’attente du Messie. Il sentait que les temps étaient accomplis ; et pour prix de son espérance, l’Esprit-Saint lui avait fait connaître que ses yeux ne se fermeraient pas avant qu’ils eussent vu la Lumière divine se lever sur le monde. Au moment où Marie et Joseph montaient les degrés du Temple, portant vers l’autel l’Enfant de la promesse, Siméon se sent poussé intérieurement par la force irrésistible de l’Esprit divin ; il sort de sa maison, il dirige vers la demeure sacrée ses pas chancelants, mais soutenus par l’ardeur de ses désirs. Sur le seuil de la maison de Dieu, parmi les mères qui s’y pressent chargées de leurs enfants, ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde prophétisée par Isaïe ; et son cœur vole vers l’Enfant qu’elle tient dans ses bras.

Marie, instruite par le même Esprit, laisse approcher le vieillard ; elle dépose dans ses bras tremblants le cher objet de son amour, l’espoir du salut de la terre. Heureux Siméon, figure de l’ancien monde vieilli dans l’attente et près de succomber ! A peine a-t-il reçu le doux fruit de la vie, que sa jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle ; en lui s’accomplit la transformation qui doit se réaliser dans la race humaine. Sa bouche s’ouvre, sa voix retentit, il rend témoignage comme les bergers dans la région de Bethléhem, comme les Mages au sein de l’Orient. « O Dieu ! dit-il, mes yeux ont donc vu le Sauveur que vous prépariez ! Elle luit enfin, cette Lumière qui doit éclairer les Gentils, et faire la gloire de votre peuple d’Israël. »

Tout à coup survient, attirée aussi par le mouvement du divin Esprit, la pieuse Anne, fille de Phanuel, illustre par sa piété et vénérable à tout le peuple par son grand âge. Les deux vieillards, représentants de la société antique, unissent leurs voix, et célèbrent l’avènement fortuné de l’Enfant qui vient renouveler la face de la terre, et la miséricorde de Jéhovah qui, selon la prophétie d’Aggée, dans ce lieu, au sein même du second Temple, donne enfin la paix au monde.

C’est dans cette paix tant désirée que va s’endormir Siméon. Vous laisserez donc partir dans la paix votre serviteur, selon votre parole, Seigneur ! dit le vieillard ; et bientôt son âme, dégagée des liens du corps, va porter aux élus qui reposent dans le sein d’Abraham la nouvelle de la paix qui apparaît sur la terre, et leur ouvrira bientôt les cieux. Anne survivra quelques jours encore à cette grande scène ; elle doit, comme nous l’apprend l’Évangéliste, annoncer l’accomplissement des promesses aux Juifs spirituels qui attendaient la Rédemption d’Israël. Une semence devait être confiée à la terre ; les bergers, les Mages, Siméon, Anne, l’ont jetée ; elle lèvera en son temps : et quand les années d’obscurité que le Messie doit passer dans Nazareth seront écoulées, quand il viendra pour la moisson, il dira à ses disciples : Voyez comme le froment blanchit à maturité sur les guérets : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la récolte.

Le fortuné vieillard rend donc aux bras de la très pure Mère le Fils qu’elle va offrir au Seigneur. Les oiseaux mystérieux sont présentés au prêtre qui les sacrifie sur l’autel, le prix du rachat est versé, l’obéissance parfaite est accomplie ; et après avoir rendu ses hommages au Seigneur dans cet asile sacré à l’ombre duquel s’écoulèrent ses premières années, Marie toujours Vierge, pressant sur son cœur le divin Emmanuel, et accompagnée de son fidèle époux, descend les degrés du Temple.

Tel est le mystère du quarantième jour, qui ferme la série des jours du Temps de Noël, par cette admirable fête de la Purification de la très sainte Vierge. De savants hommes, au nombre desquels on compte le docte Henschenius, dont Benoît XIV partage le sentiment, inclinent à donner une origine apostolique à cette solennité ; il est certain du moins qu’elle était déjà ancienne au cinquième siècle.

L’Église Grecque et l’Église de Milan mettent cette fête au nombre des solennités de Notre-Seigneur ; mais l’Église Romaine l’a toujours comptée entre les fêtes de la sainte Vierge. Sans doute, l’Enfant Jésus est offert aujourd’hui dans le Temple et racheté ; mais c’est à l’occasion de la Purification de Marie, dont cette offrande et ce rachat sont comme la conséquence. Les plus anciens Martyrologes et Calendriers de l’Occident donnent cette fête sous le titre qu’elle conserve aujourd’hui ; et la gloire du Fils, loin d’être obscurcie par les honneurs que l’Église rend à la Mère, en reçoit un nouvel accroissement, puisque lui seul est le principe de toutes les grandeurs que nous révérons en elle.

 

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Saint Ignace d’Antioche évêque et martyr

1 Février 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ignace d’Antioche évêque et martyr

Collecte

Dieu tout-puissant, regardez notre faiblesse ; et parce que le poids de nos péchés nous accable, fortifiez-nous par la glorieuse intercession du bienheureux Ignace, votre Martyr et Pontife.

Au deuxième nocturne.

Du Livre de saint Jérôme, Prêtre : Des Écrivains Ecclésiastiques.

Quatrième leçon. Ignace, troisième Évêque d’Antioche après l’Apôtre Pierre, ayant été condamné aux bêtes, alors que sévissait la persécution, de Trajan, fut envoyé à Rome chargé de liens. Pendant qu’on l’y transportait par mer le navire aborda à Smyrne, où Polycarpe, disciple de Jean, était Évêque. Il y écrivit une lettre aux Éphésiens, une autre aux Magnésiens, une troisième aux Tralliens, une quatrième aux Romains. C’est en quittant cette ville qu’il écrivit aux Philadelphiens et aux Smyrniens, et qu’il adressa à Polycarpe une lettre particulière, dans laquelle il lui recommande l’Église d’Antioche, et où il rapporte sur la personne du Christ un témoignage de l’Évangile que j’ai traduit naguère.
Cinquième leçon. Il semble juste, puisque nous parlons d’un si grand homme, de citer quelques lignes de l’épître qu’il écrivit aux Romains : « Depuis la Syrie jusqu’à Rome, je lutte contre les bêtes, sur mer et sur terre, nuit et jour, lié que je suis à dix léopards, c’est-à-dire à dix soldats qui me gardent et dont mes bienfaits augmentent encore la méchanceté. Leur iniquité sert à m’instruire, mais je ne suis pas pour cela justifié. Plaise à Dieu que j’aie la jouissance d’être livré aux bêtes qui me sont préparées ; je demande qu’elles soient promptes à me faire souffrir les supplices et la mort et excitées à’ me dévorer, de peur qu’elles n’osent toucher à mon corps, comme il est arrivé pour d’autres Martyrs. Si elles ne veulent pas venir à moi, je leur ferai violence, je me jetterai devant elles pour être dévoré. Pardonnez-moi, mes petits enfants ; je sais ce qui m’est avantageux.
Sixième leçon. C’est maintenant que je commence à être disciple du Christ, ne désirant plus rien de ce qui est visible, afin de trouver Jésus-Christ. Que le feu, la croix, les bêtes, le brisement des os, la mutilation des membres, le broiement de tout le corps et tous les tourments du diable fondent sur moi, mais seulement que je jouisse de Jésus-Christ ! » Comme il était déjà exposé aux bêtes et qu’il entendait les rugissements des lions, il dit, dans son ardeur de souffrir : « Je suis le froment du Christ : que je sois broyé par les dents des bêtes, afin que je devienne un pain vraiment pur ! » Il souffrit le martyre la onzième année de Trajan. Les restes de son corps reposent à Antioche, dans le cimetière, hors de la porte de Daphné.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Le Seigneur Jésus était lui-même ce grain qui devait mourir et se multiplier : mourir victime de l’infidélité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Or, exhortant déjà à suivre les traces de sa passion : « Celui, dit-il, qui aime son âme, la perdra ». Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. « Celui qui l’aime, la perdra », c’est-à-dire : Si tu l’aimes, perds-la. Si tu désires conserver la vie dans le Christ, ne crains pas de mourir pour le Christ. On peut les entendre également d’une autre façon : « Celui qui aime son âme, la perdra » ; ne l’aime pas, de peur que tu ne la perdes ; ne l’aime pas en cette vie, pour ne pas la perdre dans la vie éternelle.

Huitième leçon. La dernière explication que j’ai donnée semble être davantage le sens de l’Évangile. Car on y lit ensuite : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la conserve pour la vie éternelle ». Donc, quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », (il est sous-entendu : en ce monde), celui-là la perdra assurément : mais celui qui hait son âme en ce monde, assurément celui-là la garde pour la vie éternelle. Grande et étonnante sentence : d’où il ressort que l’homme a pour son âme un amour qui cause sa perte, et une haine qui l’empêche de périr. Si vous l’aimez mal, vous la haïssez ; si vous la haïssez bien, vous l’aimez. Heureux ceux qui haïssent pour conserver, de crainte de perdre en aimant.

Neuvième leçon. Mais veille à ce qu’il ne s’insinue pas dans ton esprit la pensée de vouloir te tuer, en comprenant ainsi le devoir de haïr ton âme en ce mondé : de là vient que certains hommes méchants et pervers, cruels et impies, homicides d’eux-mêmes, se livrent aux flammes, se noient, se jettent dans les précipices, et périssent. Ce n’est pas là ce que le Christ a enseigné : au contraire, il a même répondu au diable qui lui suggérait de se précipiter du haut du temple : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». De même le Seigneur dit à Pierre, indiquant par quelle mort il devait glorifier Dieu :» Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas ». Paroles qui nous enseignent assez clairement que celui qui marche à la suite de Jésus-Christ doit, non point se donner la mort mais la recevoir d’un autre.

 La veille du jour où va expirer notre heureuse quarantaine, c’est un des plus fameux martyrs du Christ qui paraît sur le Cycle : Ignace le Théophore, Évêque d’Antioche. Une antique tradition nous dit que ce vieillard, qui confessa si généreusement le Crucifié devant Trajan, avait été cet enfant que Jésus présenta un jour à ses disciples comme le modèle de la simplicité que nous devons posséder pour parvenir au Royaume des cieux. Aujourd’hui, il se montre à nous, tout près du berceau dans lequel ce même Dieu nous donne les leçons de l’humilité et de l’enfance.

Ignace, à la Cour de l’Emmanuel, s’appuie sur Pierre dont nous avons glorifié la Chaire ; car le Prince des Apôtres l’a établi son second successeur sur son premier Siège à Antioche. Ignace a puisé dans cette mission éclatante la fermeté qui lui a donné de résister en face à un puissant empereur, de défier les bêtes de l’amphithéâtre, de triompher par le plus glorieux martyre. Comme pour marquer la dignité incommunicable du Siège de Rome, la providence de Dieu a voulu que, sous les chaînes de sa captivité, il vînt aussi voir Pierre, et terminât sa course dans la Ville sainte, mêlant son sang avec celui des Apôtres. Il eût manqué à Rome quelque chose, si elle n’eût hérité de la gloire d’Ignace. Le souvenir du combat de ce héros est le plus noble souvenir du Colisée, baigné du sang de tant de milliers de Martyrs.

Le caractère d’Ignace est l’impétuosité de l’amour ; il ne craint qu’une chose, c’est que les prières des Romains n’enchaînent la férocité des lions, et qu’il ne soit frustré de son désir d’être uni au Christ. Admirons cette force surhumaine qui se révèle tout à coup au milieu de l’ancien monde, et reconnaissons qu’un si ardent amour pour Dieu, un si brûlant désir de le voir n’ont pu naître qu’à la suite des événements divins qui nous ont appris jusqu’à quel excès l’homme était aimé de Dieu. Le sacrifice sanglant du Calvaire n’eût-il pas été offert, la Crèche de Bethléhem suffirait à tout expliquer. Dieu descend du ciel pour l’homme ; il se fait homme, il se fait enfant, il naît dans une crèche. De telles merveilles d’amour auraient suffi pour sauver le monde coupable ; comment ne solliciteraient-elles pas le cœur de l’homme à s’immoler à son tour ? Et qu’est-ce que la vie terrestre à sacrifier, quand il ne s’agirait que de reconnaître l’amour de Jésus, dans sa naissance parmi nous ?

La sainte Église nous donne, dans les Leçons de l’Office de saint Ignace, la courte notice que saint Jérôme a insérée dans son livre de Scriptoribus ecclesiasticis. Le saint Docteur a eu l’heureuse pensée d’y insérer quelques traits brûlants de l’admirable lettre du Martyr aux fidèles de Rome. Nous l’eussions donnée tout entière, sans son extrême longueur ; et il nous en coûterait de la mutiler. Au reste, les passages cités par saint Jérôme représentent les plus sublimes traits qu’elle contient.

Nous trouvons dans les Menées de l’Église Grecque, en la fête de saint Ignace, les strophes suivantes :

Appelé à la succession de celui qui est le sommet des Apôtres et des Théologiens, tu as marché sur leurs traces ; ton lever a été à l’Orient, et tu t’es manifesté dans l’Occident, tout éclatant des splendeurs de la prédication divine ; c’est de là que tu es parti de ce monde pour t’élever à Dieu, couronné des feux de la grâce, ô homme plein de sagesse !

Resplendissant comme un soleil des rayons de l’Esprit-Saint, tu as illuminé d’une gracieuse splendeur les confins du monde par l’éclat de tes combats, nous donnant dans ta ferveur, nous écrivant dans ta vérité les documents de la piété ; c’est pourquoi tu es devenu l’aliment du Maître qui, dans sa bonté incessante, nourrit tous les êtres, ô bienheureux !

Ignace, qui portes Dieu et réchauffais dans ton cœur le Christ ton amour, tu as reçu le prix du sacrifice évangélique du Christ, qui se consomme par le sang ; c’est pour cela que, devenu froment de l’immortel laboureur, tu as été moulu par la dent des bêtes, et tu es devenu pour lui un pain agréable : supplie-le pour nous, bienheureux athlète !

Que ton âme fut solide, ferme comme le diamant, ô heureux Ignace ! Dévoré du désir qui te poussait vers Celui qui t’aimait véritablement, tu disais : Ce n’est point un feu matériel qui brûle dans ma poitrine, c’est bien plutôt une eau vive qui inonde mon âme et qui dit en moi : Viens au Père. C’est pourquoi, enflammé du divin Esprit, tu as irrité les bêtes, pour être plus tôt séparé du monde et rendu avec le Christ que tu aimais ; prie-le de sauver nos âmes.

O pain glorieux et pur du Christ votre Maître ! Vous avez donc obtenu l’effet de vos désirs ! Rome tout entière, assise sur les degrés du superbe amphithéâtre, applaudissait, avec une joie féroce, au déchirement de vos membres ; mais tandis que vos ossements sacrés étaient broyés sous la dent des lions, votre âme, heureuse de rendre au Christ vie pour vie, s’élançait d’un trait jusqu’à lui. Votre félicité suprême était de souffrir, parce que la souffrance vous semblait une dette contractée envers le Crucifié ; et vous ne désiriez son Royaume qu’après avoir donné en retour de sa Passion les tourments de votre chair. Que votre gloire est éclatante, dans la compagnie d’Etienne, de Sébastien, de Vincent, d’Agnès, et que votre palme est belle auprès du berceau de l’Emmanuel ! Prenez pitié de notre faiblesse, ô Martyr ! Obtenez-nous d’être du moins fidèles à notre Sauveur, en face du démon, de la chair et du monde ; de donner notre cœur à son amour, si nous ne sommes appelés à donner notre corps aux tourments pour son Nom. Choisi dans vos premières années par ce Sauveur, pour servir de modèle au chrétien par l’innocence de votre enfance, vous avez conservé cette candeur si précieuse sous vos cheveux blancs ; demandez au Christ, le Roi des enfants, que cette heureuse simplicité demeure toujours en nous, comme le fruit des mystères que nous célébrons.

Successeur de Pierre à Antioche, priez pour les Églises de votre Patriarcat ; rappelez-les à la vraie foi et à l’unité catholique. Soutenez l’Église Romaine que vous avez arrosée de votre sang, et qui est rentrée en possession de vos reliques sacrées, de ces ossements que la dent des lions n’avait pu broyer entièrement. Veillez sur le maintien de la discipline et de la subordination ecclésiastiques, dont vous avez tracé de si belles règles dans vos immortelles Épîtres ; resserrez, par le sentiment du devoir et de la charité, les liens qui doivent unir tous les degrés de la hiérarchie, afin que l’Église de Dieu soit belle d’unité, et terrible aux ennemis de Dieu, comme une armée rangée en bataille.

 

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