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Regnum Galliae Regnum Mariae
Articles récents

Saints Jean et Paul martyrs

26 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saints Jean et Paul martyrs

Collecte

Nous vous prions, Dieu tout-puissant : faites-nous entrer dans la joie de cette double fête, joie qui provient de la glorification des bienheureux Jean et Paul ; qu’une même foi et un même martyre ont rendus vraiment frères.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Les deux frères Jean et Paul étaient Romains. Ayant servi pieusement et fidèlement Constance, fille de Constantin, ils avaient reçu d’elle de grands biens qu’ils employaient à nourrir les pauvres du Christ. Julien l’Apostat les ayant invités à prendre place parmi ses familiers, ils répondirent avec liberté qu’ils ne voulaient point demeurer chez un homme qui avait abandonné Jésus-Christ. L’empereur leur donna dix jours pour délibérer, leur faisant savoir que, passé ce terme, s’ils refusaient de s’attacher à lui et de sacrifier à Jupiter, ils étaient certains d’aller à la mort.

Cinquième leçon. Ce temps fut mis par eux à profit pour distribuer aux pauvres le reste de leurs biens, afin de pouvoir s’en aller plus librement au Seigneur, et d’augmenter le nombre de ceux qui auraient à les recevoir dans les tabernacles éternels. Le dixième jour, Térentianus, chef de la garde prétorienne, fut envoyé vers eux ; il apportait la statue de Jupiter pour la leur faire adorer. Il leur intime l’ordre du prince, de rendre honneur à Jupiter s’ils veulent éviter la mort. Ils étaient alors en prière sans changer d’attitude, ils répondent qu’ils honorent de cœur et de bouche le Christ comme étant Dieu, et qu’ils sont prêts à mourir pour la foi.

Sixième leçon. Craignant qu’une exécution publique ne produisît quelque agitation dans le peuple, Térentianus les fit décapiter au lieu où ils étaient, dans leur propre maison. C’était le six des calendes de juillet. Ayant pris soin qu’on les ensevelît secrètement, il fit répandre le bruit que Jean et Paul avaient été envoyés en exil. Mais leur mort fut divulguée par les esprits impurs qui tourmentaient les corps d’un grand nombre de personnes ; parmi ces possédés se trouva le fils même de Térentianus : conduit au tombeau des Martyrs, il y obtint sa délivrance. Il fut amené par ce miracle à croire en Jésus-Christ, ainsi que Térentianus, son père, que l’on dit même avoir écrit l’histoire de ces bienheureux Martyrs.

Homélie de saint Bède le Vénérable, Prêtre. Lib. 4, in Lucæ cap. 12.

Septième leçon. C’est à ce levain que se rapporte la recommandation de l’Apôtre : « C’est pourquoi célébrons la Pâque, non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de l’iniquité, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité ». Car de même qu’un peu de levain, mêlé à une quantité de farine, agit sur la masse entière et communique bientôt son aigreur à toute la pâte, de même l’hypocrisie, une fois passée dans une âme, n’y laisse aucune vertu sincère et véritable. Voici donc le sens des paroles du Sauveur : Gardez-vous d’imiter les hypocrites, parce qu’il viendra pour vous un temps où tout le monde connaîtra, et votre vertu et leur hypocrisie.

Huitième leçon. Ce que notre Seigneur ajoute : « Ainsi ce que vous avez dit dans les ténèbres se dira à la lumière », peut très bien s’entendre, non seulement de la future manifestation qui divulguera tous les secrets des cœurs, mais encore du temps actuel. Car à présent que l’Église est partout en honneur, ce que les Apôtres ont dit ou ce qu’ils ont souffert, dans la nuit des tribulations ou dans l’obscurité des cachots, se proclame en public par la lecture de leurs actes. « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ». Si les persécuteurs n’ont plus de mal à faire aux saints, une fois qu’ils ont tué leurs corps, en s’acharnant sur les Martyrs inanimés, en jetant aux bêtes fauves et aux oiseaux de proie leurs membres à déchirer, ils déploient une rage vaine et insensée, car ils ne peuvent empêcher la toute-puissance divine de leur rendre la vie en les ressuscitant.

Neuvième leçon. Mais il y a deux sortes de persécuteurs : les violents, dont la fureur éclate, et les fourbes qui flattent pour tromper. Voulant nous armer et nous bien munir contre les uns et les autres, le Sauveur nous fait deux recommandations : en premier lieu, de ne pas craindre les tourments des bourreaux, par ce motif que, ni la cruauté de ceux-ci, ni le déguisement de ceux-là, ne peut subsister après la mort. « Ne donne-t-on pas cinq passereaux pour deux as ? ». Il veut dire : si Dieu ne peut pas oublier les plus petits animaux, et ces oiseaux qu’on voit voler partout dans l’air, vous qui avez été faits à l’image du Créateur, vous ne devez pas craindre les méchants qui tuent le corps. Celui qui gouverne les animaux, qu’il n’a pas doués de raison, ne cesse de veiller avec soin sur ses créatures raisonnables.

 

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Saint Guillaume abbé

25 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Guillaume abbé

Collecte

O Dieu, pour aplanir à notre faiblesse la voie du salut, vous nous avez donné l’exemple et la protection de vos Saints : faites que nous honorions les mérites du bienheureux Guillaume, Abbé, de manière à mériter le secours de ses prières et à marcher sur ses traces.

Quatrième leçon. Né de parents nobles, à Verceil, en Piémont, Guillaume avait à peine achevé sa quatorzième année, qu’embrasé des ardeurs d’une admirable piété il entreprit de se rendre en pèlerinage à Compostelle, au célèbre sanctuaire de saint Jacques. Il fit ce voyage, vêtu d’une seule tunique, ceint d’un double cercle de fer et nu-pieds ; il y souffrit du froid et de la chaleur, de la faim et de la soif et l’accomplit au péril même de sa vie. De retour en Italie, Guillaume médita un nouveau pèlerinage au saint sépulcre du Seigneur ; mais divers obstacles très sérieux s’opposèrent à son projet, la divine Providence entravant les desseins du jeune homme, pour tourner vers des œuvres plus élevées et plus parfaites ses religieux penchants. C’est alors qu’il passa deux ans au mont Solicchio, priant assidûment, prolongeant ses veilles, couchant sur la dure, et multipliant ses jeûnes ; ayant, par le secours divin, rendu la vue à un aveugle, le bruit du miracle se répandit, aussi Guillaume, qui ne pouvait plus rester caché, songea de nouveau à se rendre à Jérusalem, et, plein de joie, se mit en route.

Cinquième leçon. Mais Dieu, qui voulait de lui une vie plus utile et plus profitable pour l’Italie et d’autres contrées, lui apparut et l’avertit de renoncer à sa résolution. Gagnant donc le mont Virgilien, appelé depuis mont de la Vierge, il bâtit avec une rapidité étonnante un monastère au sommet, en dépit des difficultés que présente ce lieu inaccessible. Des compagnons laïques et religieux s’adjoignirent à lui, et Guillaume les forma à un genre de vie parfaitement en rapport avec les préceptes et les conseils de l’Évangile, tant par des lois déterminées, qu’il tira en grande partie de celles instituées par saint Benoît, que par sa parole et les exemples de sa très sainte vie.

Sixième leçon. D’autres monastères s’élevèrent dans la suite, et de jour en jour la sainteté de Guillaume brillant davantage, de tous côtés l’on vint à lui, attiré par le parfum de cette sainteté et par la renommée de ses miracles. Car, à son intercession, la parole était rendue aux muets, l’ouïe aux sourds, la vigueur aux membres desséchés, la santé à tous ceux qu’affligeaient les plus diverses et les plus irrémédiables maladies. Il changea l’eau en vin, et accomplit une multitude d’autres merveilles, entre lesquelles on ne peut taire le trait suivant : une femme perdue ayant été envoyée pour tenter sa chasteté, il se roula, sans éprouver aucun mal, sur des charbons ardents répandus sur le sol. Roger roi de Naples, ayant eu connaissance de ce fait, conçut dès lors une vénération profonde pour l’homme de Dieu. Après avoir annoncé le moment de sa mort, au roi et à d’autres personnes, Guillaume, illustre par ses vertus et ses miracles, s’endormit dans le Seigneur, l’an du salut mil cent quarante-deux.

L’Octave de saint Jean verra les martyrs apparaître nombreux au Cycle sacré. Jean et Paul, Irénée, les deux princes des Apôtres eux-mêmes, viendront confirmer dans leur sang le témoignage de celui qui manifesta l’arrivée sur terre du Dieu longtemps attendu. Où trouver des noms plus, illustres, aux divers points de vue des grandeurs humaines, de la science sacrée, de la sainte hiérarchie ? Mais ce n’est pas seulement dans la gloire incomparable du martyre, que l’Emmanuel fait éclater la puissance de sa grâce et la force victorieuse des exemples laissés par son Précurseur au monde. Voici que s’offre tout d’abord à nos hommages, un de ces innombrables athlètes de la pénitence qui suivirent Jean au désert ; fuyant comme lui, dès le plus jeune âge, une société où leur âme pressent qu’elle ne trouverait que froissements et périls, consacrant leur vie au triomphe complet du Christ en eux sur la triple concupiscence, ils rendent témoignage au Seigneur par des œuvres que la terre ignore, mais qui réjouissent les anges et font trembler l’enfer. Guillaume fut un des chefs de cette milice sainte. L’Ordre du Mont-Vierge, qui lui doit l’existence, a bien mérité de l’institut monastique et de l’Église, en ces régions de l’Italie méridionale où Dieu voulut, à diverses reprises, opposer comme une digue à l’entraînement des sens le spectacle des plus austères vertus.

Personnellement et par ses disciples, Guillaume eut pour mission d’infuser au royaume de Sicile, qui se fondait alors, l’élément de la sainteté que tout peuple chrétien réclame à sa base. Au Midi comme au Nord de l’Europe, la race normande venait d’être providentiellement appelée à promouvoir le règne de Jésus-Christ. C’était le moment où Byzance, impuissante à protéger ses dernières possessions d’Occident contre l’invasion sarrasine, n’en prétendait pas moins garder les églises de ces contrées dans les liens du schisme, où l’avait récemment engagée l’intrigante ambition de Michel Cérulaire. Le Croissant s’était vu contraint de reculer devant les fils de Tancrède de Hauteville ; et la perfidie grecque fut déjouée à son tour parla rude simplicité de ces hommes, qui apprirent vite à n’opposer d’autre argument que celui de leur épée aux fourberies byzantines. La papauté, un instant hésitante, comprit bientôt également de quel secours lui seraient les nouveaux venus, dans les querelles féodales qui s’agitaient depuis deux siècles autour d’elle, et préparaient la longue lutte du sacerdoce et de l’empire.

C’était l’Esprit-Saint qui, comme toujours depuis les temps de la Pentecôte, dirigeait ici les événements au plus grand bien de l’Église. Il inspirait aux Normands d’établir leurs conquêtes sur la fermeté de la Pierre apostolique, en se reconnaissant les feudataires du Saint-Siège. Mais en même temps, pour récompenser la fidélité de ce début, pour les rendre aussi plus dignes de la mission qui eût continué de faire leur honneur et leur force, s’ils eussent continué de la comprendre, il leur donnait des saints. Roger Ier avait vu saint Bruno intercéder pour son peuple dans les solitudes de Calabre, et le sauver miraculeusement lui-même des embûches dressées par la trahison ; Roger II eut pour le ramener dans les sentiers de la justice, dont il s’écartait trop souvent, l’exemple et les exhortations du fondateur du Mont-Vierge.

A la suite de Jean vous comprîtes les attraits du désert, ô Guillaume, et Dieu voulut montrer par vous l’utilité que renferment ces existences qui, dans leur fuite du monde, semblent se désintéresser des affaires humaines. Le détachement complet des sens, dégageant l’âme, la rapproche du souverain Être ; la solitude, éteignant les bruits de la terre, permet d’entendre la voix du Créateur. L’homme alors, éclairé par l’Auteur même du monde sur les grands intérêts mis en jeu dans son œuvre, devient en ses mains un instrument aussi puissant que docile pour la poursuite de ces intérêts, qui ne sont autres que ceux de la créature elle-même et des nations. Ainsi devîntes-vous, illustre Saint, le boulevard d’un grand peuple qui trouva dans votre parole la règle du droit, dans vos exemples le stimulant des vertus les plus hautes, dans la surabondance de votre pénitence une compensation devant Dieu aux écarts de ses princes. Pour ce peuple nouveau, en qui le succès de ses armes excitait la violence et la fougue de toutes les passions, les miracles sans nombre qui accompagnaient vos exhortations avaient, eux aussi, leur éloquence : témoin ce loup qui, après avoir dévoré l’âne du monastère, fut condamné à le remplacer dans son humble service ; témoin la malheureuse qui, au jour où sur un lit de charbons ardents vous parûtes inaccessible à l’action de la flamme, renonça à sa vie criminelle et fut conduite par vous jusqu’à la sainteté.

Bien des révolutions sont venues depuis lors montrer en cette contrée, dans laquelle vous aviez souffert et prié, l’instabilité des royaumes et des dynasties qui ne cherchent pas avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Malgré l’oubli où trop souvent, depuis que vous avez quitté la terre, ont été mis vos enseignements et vos exemples, protégez le pays où Dieu vous accorda des grâces si grandes, et qu’il daigna confier à votre intercession puissante. La foi reste vive en ces peuples : conservez-la, malgré les efforts de l’ennemi contre elle en nos jours ; faites-lui produire ses fruits dans le champ des vertus. A travers bien des épreuves, votre descendance monastique a pu, jusqu’en notre siècle de persécution, se propager et servir l’Église : obtenez qu’avec toutes les autres familles religieuses, elle se montre jusqu’au bout plus forte que la tempête. Notre-Dame, dont vous avez bien mérité, se tient prête à seconder vos efforts : du sanctuaire dont le nom a prévalu sur les souvenirs du poète qui, sans le savoir, avait chanté ses grandeurs [2], puisse-t-elle sourire toujours aux foules qui chaque année gravissent la sainte montagne, célébrant le triomphe de sa virginité ; puisse-t-elle, à nous qui ne pouvons que de cœur accomplir le sacré pèlerinage, tenir compte du désir et de l’hommage que nous lui présentons par vos mains !

 

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De la secte qui occupe l'Eglise

25 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

De la secte qui occupe l'Eglise

LES RACINES ET LES CONSÉQUENCES HISTORIQUES DU MODERNISME


Conférence à l'occasion de la journée d'étude sur « L’Ancien et le Nouveau Modernisme Les racines de la crise de l'Église »

 

L'origine du terme « Modernisme »

Il semble que le terme « Modernisme » ait été inventé par l'économiste Catholique Belge Charles Périn dans son volume consacré au Modernisme dans l'Église [1] pour indiquer, sous ce nom, un complexe d'erreurs qui pénétraient l'Église à travers le Catholicisme libéral de Lamennais. En 1883 Padre Matteo Liberatore a développé ce thème avec une série d'articles dans « Civiltà Cattolica » [2].


Cependant, celui qui a donné au mot « Modernisme » sa signification historique dans le sens où nous l'utilisons encore a été Saint Pie X, qui a d'abord utilisé le terme dans le décret Lamentabili [3] du 3 juillet 1907 et dans l'Encyclique Pascendi [4] du 8 septembre 1907. Avec ce nom, Pie X voulait définir la nature unie des erreurs théologiques, philosophiques et exégétiques qui s'étaient répandues dans l'Église Catholique au cours des décennies précédant son Pontificat.


Quand il a publié Pascendi, Pie X ne régnait que depuis quatre ans alors que le Modernisme avait eu une longue période d'incubation. Pour retracer ses origines, il faut remonter à une généalogie d'erreurs qui a pris racine avant tout dans la philosophie Allemande au XIX e siècle. En fait, le Modernisme dérive de deux courants de pensée issus du Luthéranisme : le rationalisme de Kant et Hegel qui ont réduit la religion à la philosophie et l'irrationalisme des « philosophes du sentiment », Jacobi et Schleiermacher, qui identifièrent la religion avec un feeling ( sentiment ) du divin.


Mais le Modernisme est plus qu'une Doctrine : c'est une nouvelle attitude psychologique face au monde moderne qui peut être liée à l'Américanisme, un ensemble de nouvelles théories proposées par le Père Isaac Hecker (1819-1888), un converti Protestant qui devint le fondateur de la Congrégation Pauliste, qui proposa l'idée d'une évolution générale de la Foi et d'un accommodement de l'Église aux exigences de la modernité.


Ce changement de mentalité s'est surtout développé durant le Pontificat de Léon XIII. Sur le plan philosophique, la pensée de Léon XIII était catégoriquement opposée à la modernité. En ce sens, l'Encyclique Aeterni Patris du 4 août 1879 était un véritable manifeste contre les erreurs de la philosophie moderne dans lequel le Pape affirmait que le grand chemin pour retrouver la vérité perdue était un retour à la philosophie de Saint Thomas d'Aquin. Ce n'est pas une coïncidence si Pie X, dans une lettre apostolique écrite à l'Accademia Romaine de Saint-Thomas, affirmait que l'un des principaux titres de gloire de Léon XIII avait été de chercher « d'abord et de toutes ses forces à restaurer la doctrine de Saint Thomas d'Aquin ». [5]


Sur le plan politique et pastoral, cependant, Léon XIII a cherché à se réconcilier avec le monde moderne qu'il a combattu sur le plan philosophique. Cet esprit de compromis s'exprime principalement dans l'idée de ralliement [6], ou dans la politique de rapprochement avec la Troisième République Maçonnique et Laïciste en France telle qu'approuvée par l'Encyclique Au milieu des sollicitudes [7] du 16 février 1892.


Le Modernisme s'est présenté, de manière purement arbitraire, comme la transposition du ralliement du niveau politique au niveau théologique et philosophique. Ralliement a en effet encouragé de nombreux membres du clergé ( pas seulement en France ) à étendre une ouverture au monde moderne au-delà du niveau politique pour inclure le niveau théologique. Léon XIII, disait-on, avait ouvert la voie à un enseignement plus moderne et plus scientifique, où l'exégèse et l'histoire devaient accompagner la recherche théologique et philosophique. [8] L' Institut Catholique de Paris s'est révélé être un « laboratoire » de nouvelles tendances. C'était ici que Mgr. Louis Duchesne ( 1843-1922 ) a enseigné l'histoire de l'Église et, sous sa direction, Alfred Loisy ( 1857-1940 ) a été formé en tant qu'exégète de l'exégèse. C'est Loisy qui a porté la méthode « historico-critique » de son maître à des conséquences extrêmes. Une troisième personnalité, l'abbé Marcel Hébert ( 1851-1916 ), a traduit les idées de Loisy et de Duchesne dans le domaine philosophique. Selon l'abbé Barbier, ces trois prêtres, dont deux se sont retrouvés dans l'apostasie, ont exercé une influence décisive sur l'orientation du jeune clergé et des jeunes laïcs Catholiques pendant les années 1880-1893. [9]


Ce « néo-Christianisme » s'est également propagé rapidement hors des murs de l'Institut Catholique. Le 7 juin 1893, le jeune Maurice Blondel (1861-1949) défend sa thèse de doctorat à la Sorbonne intitulée L'Action : Essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique. [10] Dans ce travail qui devait être largement acclamé, il a proposé que l'esprit humain soit conduit par un dynamisme interne pour chercher Dieu dans l'immanence de l'action. La nouvelle « philosophie de l'immanence » de Blondel cherchait à substituer « l'intellectualisme » par les aspirations du cœur et les exigences de la vie, cherchant les racines du surnaturel dans la nature propre de l'homme. Basé sur cette prémisse de l'Immanentisme, la pensée moderne a dérivé l'idée que l'homme, en suivant son désir de l'infini, peut participer à l'infinité divine dans son identité. Ce qui unissait la méthode philosophique de Blondel à la méthode scientifique des nouveaux historiens et exégètes était la primauté de la place donnée à l' expérience comme critère ultime de toute certitude et de toute vérité.


Léon XIII a commencé à prendre en compte le danger représenté par ces nouvelles doctrines exégétiques et philosophiques. Après la lettre apostolique Testem Benevolentiæ [11] contre l'Américanisme le 22 janvier 1889, il publie le 8 septembre 1899 sa lettre Depuis le jour au clergé de France, [12] dans laquelle il a réaffirmé l'urgence de revenir à la philosophie et à la théologie de Saint Thomas. Mais les nouvelles tendances philosophiques et exégétiques continuaient à se répandre.



St. Pie X et le Modernisme

L'étincelle qui a déclenché la controverse Moderniste fut la polémique initiée par l'apparition en 1902 de l'essai de l'abbé Alfred Loisy L'Évangile et l'Église, [13] écrit en réponse à l'interprétation du Christianisme qui avait été donnée par l'exégète Protestant Adolf von Harnack ( 1851-1930 ) dans ses conférences à l'Université de Berlin. Loisy, appliquant la nouvelle méthode « historico-critique » au domaine exégétique, a nié ou annulé la nature révélée de l'Ancien et du Nouveau Testament, la divinité du Christ, l'institution de l'Église, la hiérarchie et les Sacrements. Dans une analyse rétrospective de son travail, il déclara qu'il avait voulu « une réforme essentielle de l'exégèse biblique, de toute la théologie, et enfin du Catholicisme en général ». [14]


Le débat a été étendu au domaine philosophique par l'Oratorien Lucien Laberthonnière (1862-1932), directeur des « Annales de philosophie Chrétienne », dans lequel il expose l'argument de la nécessité de séparer le Christianisme de l'Aristotélisme Thomiste, ainsi qu’Edouard Le Roy (1870-1954), successeur de Bergson au Collège de France, pour qui la vérité dogmatique n'était qu'un élément donnant une orientation à la praxis et qui ne pouvait pas être démontrée comme vraie en soi, mais plutôt pouvait seulement être traduite qu'en action éthique.


Les deux principaux théologiens du mouvement étaient deux prêtres, George Tyrrell d'Irlande ( 1861-1909 ) et Ernesto Buonaiuti d'Italie ( 1881-1946 ). Tyrrell se convertit du Calvinisme à l'Anglicanisme puis au Catholicisme ( 1879 ) puis entra dans la Compagnie de Jésus, identifiant la Révélation avec « l'expérience religieuse », accomplie dans chaque conscience individuelle, à travers laquelle la lex orandi dicte les normes de la lex credendi, et non vice-versa. En fait, cette expérience de la révélation « ne peut nous venir du dehors ; l'enseignement peut être l'occasion, pas la cause ». [15]


Buonaiuti était professeur d'histoire de l'Église au Seminario dell'Apollinare et l'auteur de Programma dei modernisti, qui est apparu anonymement à Rome en octobre 1907. Cet ouvrage constituait une tentative de réponse organique à Pascendi et a été salué par les principaux promoteurs du Mouvement Moderniste comme Tyrrell, qui l'a traduit en anglais.

Le Modernisme a finalement trouvé, selon l'expression de Loisy, un important « agent de connexion » dans la figure du Baron Friedrich von Hügel (1852-1925). Fils d'un père Autrichien et d'une mère Écossaise, von Hügel, par son prestige social et son statut cosmopolite, était « le lien intermédiaire entre la société germano-anglaise et italienne, entre les idées de la philosophie de l'action et celles de l'immanence historique ». [16] Paul Sabatier ( 1858-1928 ) a défini von Hügel comme « l'Évêque laïque des Modernistes ». [17] mais Tyrrell le présenta à l'abbé Henri Brémond ( 1865-1933 ) comme leur « Pape laïc ». Notre programme, écrivait-il avec sarcasme, « est une religion rendue parfaitement acceptable et qui sera accueillie à bras ouverts par la majorité des Confessions Anglicanes et Protestantes ; et quand la Papauté sera complètement confondue et discréditée, nous marcherons sur le Vatican et nous installerons le baron [von Hügel] sur la Chaire de Pierre en tant que premier pape laïc ». [18]


Face à ce mouvement agressif et clandestin, Pie X réagit avec la publication d'un document prophétique, l'Encyclique Pascendi.


Le noyau du Modernisme pour Saint Pie X ne consistait pas seulement en l'opposition à l'une ou l'autre des vérités révélées, mais à la transformation radicale de toute la notion de « vérité » elle-même, par l'acceptation du « principe d'immanence » qui est à la base de la pensée moderne, comme le résume la proposition 58 condamnée par le décret Lamentabili : « La vérité n'est pas plus immuable que l'homme lui-même, car elle évolue avec lui et pour lui ».


L'immanence est une conception philosophique qui suppose l'expérience comme un absolu et exclut toute réalité transcendante. Pour les Modernistes, elle naît d'un sentiment religieux qui, en ne se plaçant sur aucune base rationnelle, est en réalité du fidéisme. La Foi n'est donc pas une adhésion de l'intelligence à une vérité révélée par Dieu, mais une exigence religieuse qui naît de la base obscure ( le subconscient ) de l'âme humaine. Les représentations des réalités divines sont réduites à des « symboles » dont la « formule intellectuelle » change selon « l'expérience intérieure » du croyant. Les formules du Dogme, pour les Modernistes, ne contiennent pas de vérités absolues ; ce sont des images de la vérité qui doivent s'adapter au sentiment religieux.


En dernière analyse, la vérité religieuse se résout dans la conscience de soi de l'individu face aux problèmes individuels de la Foi. En ce sens, il y a un retour à la tendance du Gnosticisme à embrasser toutes les vérités au moyen d'un principe, la subjectivité de la vérité et la relativité de toutes ses formules. [19] Pour Saint Pie X, « en effet l'immanence des Modernistes désire et admet que chaque phénomène de conscience naît de l'homme dans chaque homme. Donc, comme conséquence légitime, nous pouvons déduire que Dieu et l'homme sont la même chose : c'est donc le Panthéisme. [20]


Pascendi peut être considéré comme un document fondamental du Magistère de l'Église, et parmi tous les actes de Pie X, il reste, comme l'écrivait le Père Cornelio Fabro, « le monument le plus distinct de son Pontificat ». [21] À son tour l'historien Emile Poulat souligne que Pascendi est le résultat logique de la direction affirmée par Pie IX un demi-siècle plus tôt dans le Syllabus des Erreurs (1864) : « Pie IX a dénoncé des erreurs ad extra ( en dehors de l'Église ) qui couraient à travers le monde ; Pie X, au contraire, a condamné un phénomène ad intra ( à l'intérieur de l'Église ), condamnant ces mêmes erreurs qui s'infiltraient dans l'Église, où elles avaient pris forme et racine. [22]


Du Modernisme à la Nouvelle théologie

Saint Pie comprit qu'il ne s'agissait pas d'une école philosophique mais d'un parti [ politique ] et du Motu Proprio Sacrorum Antistitum [23] du 1er septembre 1910 avec lequel il a imposé le serment anti-Moderniste au clergé, il a également avancé l'hypothèse que le Modernisme a formé une « société secrète » vraie et réelle au sein de l'Église. [24] Un témoin du « dedans » du mouvement comme Albert Houtin décrivant le niveau du Modernisme prévoyait que les innovateurs ne quitteraient pas l'Église, même pas s'ils perdraient leur Foi, mais plutôt qu'ils resteraient dans l'Église aussi longtemps que possible afin de propager leurs idées. [25] « Jusqu’à maintenant » expliqua Buonaiuti, « ils voulaient réformer Rome sans Rome, ou peut-être contre Rome. Il est nécessaire de réformer Rome avec Rome ; faire passer la réforme entre les mains de ceux qui ont besoin d'être réformés. Voici, c'est la méthode vraie et infaillible ; mais c'est difficile. Hic opus, hic labor ». [26] Le Modernisme proposait, dans cette perspective, de transformer le Catholicisme de l'intérieur, en laissant intact, autant que possible, les pièges extérieurs de l'Église.

Comment imaginer qu'un mouvement aussi vaste et aussi complexe aurait capitulé après avoir été condamné ? Dans les années qui ont suivi la mort de Pie X, la stratégie des Modernistes était de déclarer le Modernisme inexistant et de condamner fermement le mouvement anti-Moderniste. Les tendances des innovateurs dans les domaines biblique, liturgique, théologique et œcuménique continuèrent à se développer au sein de l'Église d'une manière apparemment spontanée, sans ordre ni direction, comme cela avait déjà été le cas sous Léon XIII. En réalité, le Modernisme circulait, non seulement dans les livres, mais dans tout le corps de l'Église, empoisonnant tous les aspects. Cela a permis à la «nouvelle théologie » qui émergeait à peine de se présenter comme une théologie et une philosophie « vivantes », liées à l'histoire, en opposition à l'abstraction livresque de l'école néo-Scolastique.


En Belgique, à Tournai, se trouvait le couvent des Dominicains du Saulchoir, où, à partir de 1932, le Père Marie-Dominique Chenu ( 1895-1990 ) était « régent d'études ». En 1937 apparut son sage proto-manuscrit intitulé Une école de théologie, Le Saulchoir, [27] qui voulait être un programme « méthodologique » pour la formation des étudiants Dominicains. Chenu a critiqué la théologie anti-Moderniste au nom d'un « Christ de Foi » qui peut être connu ( comme le voulaient les Modernistes ) dans le « Christ de l'histoire ». Dans la mesure où l'historicité est la condition de la Foi et de l'Église, les théologiens devraient être capables de lire « les signes des temps » ou la manifestation de la Foi dans l'histoire.


Le « manifeste » du Dominicain Français fut placé à l'Index par un décret du Saint-Office le 4 février 1942, et Chenu fut démis de ses fonctions. Mais ses disciples, comme le Père Yves Congar (1904-1995), étaient plus convaincus que jamais que leur génération devait « récupérer et transférer dans le patrimoine de l'Église tout élément de valeur qui pourrait émerger du Modernisme ». [28]


Ce que l'école du Saulchoir était pour les Dominicains, l'Institut Universitaire de Fourvière près de Lyon était pour les Jésuites. Cette école fut surtout influencée par l'enseignement du Père Auguste Valensin ( 1879-1953 ), disciple de Blondel et ami intime d'une autre personnalité de premier plan, le Jésuite Pierre Teilhard de Chardin ( 1881-1955 ), suspendu de son poste d'enseignant en 1926 et condamné par le Saint-Office en 1939. Le continuateur le plus direct de l'œuvre de Blondel et de Teilhard était le Père Henri de Lubac ( 1896-1991 ), qui avait connu Teilhard au début des années 1920, et fut profondément influencé par lui.


L'idée d'une «nouvelle Chrétienté » élaborée dans les mêmes années par le philosophe Français Jacques Maritain ( 1882-1973 ) correspondait à la « nouvelle théologie ». Son livre Humanisme intégral [29] ( 1936 ) a exercé une influence non moins importante que celle de l'action de Blondel, surtout sur les laïcs. [30]. Malgré l'adhésion déclarée de Maritain aux principes du Thomisme, sa philosophie de l'histoire et sa sociologie convergent avec le néo-Modernisme florissant chez les jeunes religieux des Ordres Jésuite et Dominicain.


En 1946 parut un important article de Père Réginald Garrigou-Lagrange ( 1877-1964 ), l'un des esprits théologiques les plus aigus de son temps, sur le thème La Nouvelle Théologie où va-t-elle ? [31]. Le théologien Dominicain a affirmé que la nouvelle théologie vient du Modernisme et conduit à l'apostasie complète. « À la place de la philosophie de l'être ou de l'ontologie se substitue la philosophie de l'action, qui définit la Vérité comme une fonction, non de l'être, mais de l'action. On revient ainsi à la position Moderniste : « La vérité n'est pas plus immuable que l'homme, parce qu'elle évolue avec lui, en lui et par lui » (Denz., 2058 ). Pour cette raison, Saint Pie X a dit des Modernistes : « Ils pervertissent la notion éternelle de la Vérité » (Denz., 2080).


La Nouvelle Thélogie fut ainsi condamnée par Pie XII le 12 août 1950, avec l'encyclique Humani Generis. [32] Le Pape dénonça les « fruits empoisonnés » produits par « les nouveautés dans presque tous les domaines de la théologie » et condamna, sans les nommer, ceux qui firent leur le langage et la mentalité de la philosophie moderne et qui tentèrent « d'expliquer les Dogmes avec les catégories de la philosophie contemporaine, que ce soit de l'immanentisme, de l'idéalisme, de l'existentialisme ou de tout autre système ». [33] L'erreur principale condamnée par l'Encyclique était le Relativisme, selon lequel la connaissance humaine n'a jamais une valeur réelle et immuable, mais seulement une valeur relative.


L'encyclique Humani generis n'a pas réussi à arrêter l'avancée de la Nouvelle Théologie qui, dans les dernières années du Pontificat de Pie XII, s'est étendue au domaine de la théologie morale. Les principaux saboteurs de la morale traditionnelle sont le Jésuite Allemand Josef Fuchs (1912-2005), le Rédemptoriste Italien Domenico Capone (1907-1998) et surtout le Rédemptoriste Allemand Bernard Häring (1912-1998). La Nouvelle Théologie, fille du Modernisme, soutient le principe de l'évolution des Dogmes. Les nouveaux moralistes ont étendu ce principe au domaine moral, substituant à la Loi Naturelle absolue et immuable une nouvelle loi morale affective, personnelle et existentielle. La conscience individuelle est devenue la norme souveraine de la morale.


Le changement anthropologique de Vatican II

Écrivant au Cardinal Ottaviani le 9 mai 1961, le Cardinal Ernesto Ruffini ( 1888-1967 ) s'exprimait sans recourir à des demi-mesures : « Je l'ai dit d'autres fois et je le répète : le Modernisme, condamné par Saint Pie X, est aujourd'hui librement répandu dans des aspects encore plus sérieux et délétères que c'était alors ! » [34] Le même Cardinal Ruffini, avec le Cardinal Ottaviani, avait suggéré à Jean XXIII, qui avait succédé à Pie XII en 1958, de convoquer un Concile Oecuménique, pensant qu'un tel Concile aurait condamné les erreurs de l'époque de manière définitive. Mais Jean XXIII, dans son allocution qui a ouvert Vatican II le 11 octobre 1962, a expliqué que le Concile avait été lancé pas pour condamner des erreurs ni pour formuler de nouveaux Dogmes, mais pour proposer, avec un langage adapté aux temps nouveaux, l'enseignement éternel. [35] Ce qui s'est réellement passé, c'est que la primauté attribuée à la dimension pastorale a opéré une révolution dans le langage et dans la mentalité. C'est ce nouveau mode d'expression qui, selon l'historien Jésuite, le Père John W. O. Malley, signale une rupture définitive avec les Conciles précédents. [36]


Les Pères du Concile étaient entourés d'« experts », ou de « periti », chargés de réviser et de réélaborer les schémas et, souvent, de préparer les interventions des Pères du Concile. Beaucoup de ces théologiens avaient été suspectés d'hétérodoxie pendant le Pontificat de Pie XII. Le premier objectif qu'ils ont atteint a été de rejeter les schémas conciliaires écrits par les commissions préparatoires. Le rejet de ces schémas qui, selon les règlements du Concile, devaient être à la base des discussions, a marqué un tournant capital dans l'histoire du Concile Vatican II. [37]


Un Évêque Italien, Mgr. Luigi Borromeo (1893-1975), même à la toute première session du Concile, écrivait dans son journal : « Nous sommes en plein Modernisme. Pas le Modernisme naïf, ouvert, agressif et combatif de l'époque de Pie X, non. Le Modernisme d'aujourd'hui est plus subtil, plus camouflé, plus pénétrant et plus hypocrite. Il ne veut pas susciter une autre tempête ; il désire que toute l'Église trouve qu'elle est devenue Moderniste sans s'en apercevoir. (...) Ainsi le Modernisme d'aujourd'hui sauve tout le Christianisme, ses Dogmes et son organisation, mais il le vide complètement et le renverse. Ce n'est plus une religion qui vient de Dieu, mais une religion qui vient directement de l'homme et indirectement du divin qui est dans l'homme ». [38]


Mgr. Borromée a deviné le « changement anthropologique » du Concile Vatican II qui a traduit le principe philosophique de l'immanence du Modernisme au niveau théologique. L'interprète principal de ce changement était le Jésuite Karl Rahner (1904-1984) [39], le théologien qui a exercé la plus grande influence sur le Concile Vatican II et sur la période post-conciliaire. Les Pères Conciliaires conservateurs avaient une conscience claire des erreurs qui se glissaient dans le cœur de l'Église, mais ils surestimaient leurs propres forces et sous-estimaient la force de leurs adversaires. La Nouvelle théologie n'était pas seulement une école théologique, mais un parti organisé, avec un objectif et une stratégie précis. La voix de Mgr. Antonino Romeo ( 1902-1979 ), qui au début de janvier 1960 avait lancé dans le journal « Divinitas » une attaque profonde contre l'Institut Biblique, [40] dénonçant l'existence d'une conspiration articulée de la part des néo-Modernistes qui travaillaient au sein de l'Église, est restée une attaque isolée. [41]

L'époque du Concile était aussi l'époque de la plus grande diffusion du Communisme, la principale erreur du vingtième siècle, ignorée par Vatican II. Il n'est pas difficile de voir dans la « primauté de la pastorale », qui a fait de grands progrès dans ces années, la transposition théologique de la « primauté de la praxis » énoncée par Marx dans sa Thèse sur Feuerbach, avec ces mots : c’est dans la praxis que l'homme devrait démontrer la vérité, c'est-à-dire, la réalité et la puissance et que sa pensée revienne sur terre [ mondano ] » [42] et « les philosophes ont seulement interprété le monde de diverses manières ; maintenant, cependant, ils essaient de le changer ». [43]


La théologie de la libération de l'Amérique Latine, dans ses différentes versions, était le point de confluence entre la théologie Progressiste et la pensée Marxiste du XXe siècle [44]. La rencontre entre ces deux courants était précisément dans l'affirmation de la primauté de la praxis, c'est-à-dire l'idée que ce qui est plus important que la vérité, c'est l'expérience tirée de l'action. Ainsi, un théoricien Communiste des années 1980, Lucio Lombardo Radice ( 1916-1992 ), écrit que l'essence de la théologie de la libération est « un renversement de la relation théologie-praxis. Pas une praxis de théologie, mais plutôt une théologie tirée d'une praxis de la Foi ». [45]


En accord avec cette perspective, Giuseppe Alberigo, qui voulait faire de l'école de Bologne la continuation de celle du Saulchoir, confie au domaine de l'histoire la tâche de la « réforme ecclésiologique » préconisée par la «Nouvelle théologie » et, avant cela, par le Modernisme.


Dans la période post-conciliaire, la praxis historique est devenue un « locus theologicus ». [46] La relation histoire-vérité a été reformulée suivant la pensée du Cardinal Kasper, sous la forme d'une «théorie critique de la praxis Chrétienne et ecclésiale ». [47] «La théologie qui s'est développée dans la réception de Vatican II est ainsi caractérisée par son historicité particulière » [48] a écrit Mgr. Bruno Forte, faisant écho au « manifeste » du Saulchoir. C'est dans cette perspective qu'il est nécessaire de placer des mots clés de l'époque conciliaire tels que « pastorale », « aggiornamento », « signes des temps », qui, ces dernières années, ont opéré une véritable révolution culturelle au moyen du langage. [49]


Le Néo-Modernisme dans l'Église aujourd'hui

Quelle est l'étendue de la présence du néo-Modernisme dans l'Église aujourd'hui ? Il est difficile de trouver un séminaire ou une université Catholique qui en soit exempte. La question doit être inversée : Quel séminaire ou quelle université Catholique est fidèle au Magistère de l'Église ? Malheureusement, il n'est pas difficile de répondre à cette question. Le Modernisme imprègne l'Église, même si peu le réclament explicitement. Parmi ceux qui le font est le Cardinal Gianfranco Ravasi, qui dans un article paru dans le journal Sole-24 Ore a affirmé que l'intuition à la base du Modernisme «était liée à la nécessité d'un aggiornamento culturel et systématique de l'analyse et de la communication du message Chrétien » et que « cette entreprise n'était pas seulement légitime mais nécessaire ». Selon l'interprétation de Ravasi, Loisy, Tyrrell et Buonaiuti étaient «des théologiens de grande qualité intellectuelle qui ont été attaqués par la répression anti-Moderniste de l'Église ». [50]

 

En outre, le Cardinal Ravasi, a apposé sa préface à La vita di Antonio Fogazzaro [51], un livre de Tommaso Gallarati Scotti ( 1878-1940 ) qui a été placé à l'Index des Livres Interdits ( 9 décembre 1920 ), pour son apologie d'un auteur qui avait été placé à plusieurs reprises à l'Index, l'auteur de Vicenzan Antonio Fogazzaro ( 1842-1911 ). Les noms de Fogazzaro et Gallarati Scotti s'accompagnent dans les pages du Cardinal Ravasi avec d'autres Modernistes, tels que Tyrrell, Loisy, Murri, Buonaiuti, qui ont tous été excommuniés et dont Ravasi se souvient tous comme des interprètes «du ferment qui se développait alors dans la société et la culture ». [52]


Le Cardinal Kasper ne revendique pas le Modernisme aussi explicitement que Ravasi, mais sa vision philosophique et théologique est imprégnée des mêmes erreurs. Ses professeurs sont Schelling et Hegel, Heidegger et Rahner. De ces auteurs, il reprend l'idée d'un « renouvellement de la méthode théologique » où le devenir prévaut sur l'être, le temps sur l'espace, l'histoire sur la nature, l'Écriture sur la Tradition, la praxis sur la Doctrine, la vie sur la vérité.


Dans la présentation avec laquelle le Cardinal Kasper a ouvert le travail du Consistoire extraordinaire sur la Famille le 20 février 2014, le Christianisme se transforme en vie sans vérité, ou mieux encore en vie qui produit la vérité dans le « devenir » de l'expérience. La praxis devient la mesure de la valeur et puisque la vie de nombreux Chrétiens aujourd'hui est immergée dans le péché au point qu'ils ne la considèrent plus comme un péché, l'Église doit adapter sa Doctrine à ces convictions vécues, niant le concept même de péché lui-même, privé de toute signification ontologique. Le critère ultime de la vérité devient la réalité sociologique.

Le bon rapport entre le Pape François et le Cardinal Kasper est bien connu, mais malgré le fait que Padre Bergoglio a passé une période d'études en Allemagne, il est difficile d'imaginer qu'il avait les outils intellectuels pour comprendre les passages les plus cryptiques de la théologie Rahnérienne-Kaspérienne. La culture de Bergoglio, plus qu'elle ne le doit à son frère Jésuite Rahner, est due à un autre frère Jésuite, le Père de Lubac, et par Lubac, elle est liée à Blondel, comme nous l'assurent de nombreux exégètes de la pensée Bergoglienne.


Parmi ceux qui tenteraient de disculper le Pape François de toute tache d'hétérodoxie, il y a le Professeur Massimo Borghesi ; cependant, il se contredit lorsqu'il nous assure que le Pape François est Blondelien, par l'intermédiaire du Père Gaston Fessard ( 1897-1978 ). [53] Maurice Blondel était en fait un Moderniste parce qu'il a créé sa méthode philosophique sur le principe de l'immanence, comme les Pères Tonquédec [54], Réginald Garrigou Lagrange [55] et Cornelio Fabro [56] l’ont démontré dans de nombreux écrits. En 1924, le Saint-Office a condamné douze propositions tirées de la philosophie de Blondel dont celle concernant sa notion de vérité comme la « conformité de l'esprit et de la vie » et non plus comme la conformité rationnelle de l'intellect avec la chose qui est investiguée ( adaequatio rei et intellectus ).


La relation de Blondel avec Papa Bergoglio a été mise en lumière par un autre de ses frères Jésuites Argentins, Padre Juan Carlos Scannone, qui dans son volume François philosophe [57] consacre de nombreuses pages au parallèle entre la philosophie Bergoglienne et «la dialectique blondelienne de l'action ». [58]


François et Blondel sont unis dans leur conception anti-intellectuelle de la connaissance et dans la réduction de la vérité à la méthode ou au langage. La formule : « Dieu n'est pas une équation » [59] exprime cette conception, que le Professeur Gian Enrico Rusconi définit comme « théologie narrative ». [60] Rusconi reconnaît que le Pape François prétend changer le paradigme de la théologie Catholique, de la théologie systématique à la théologie narrative, de l'argumentation à la narration, dans la tentative de redéfinir l'identité même du Catholicisme avec de nouveaux codes sémantiques mythiques ou métaphoriques.


Le Pape François affirme dans « Evangelii gaudium » ( n ° 231-233 ) et dans « Laudato si » ( n ° 201 ) que « la réalité est plus importante que l'idée ». Padre Scalese a observé que le postulat « la réalité est plus importante que l'idée « n'a rien à voir avec l'«adaequatio intellectus ad rem ». Cela signifie plutôt que nous devons accepter la réalité telle qu'elle est, sans essayer de la changer sur la base de principes absolus, par exemple sur la base des principes moraux qui sont seulement des « idées » abstraites qui, la plupart du temps, risquent de devenir des idéologies ». [61]


Papa Bergoglio n'est ni théologien ni philosophe, mais la phrase qui dit que la réalité compte plus que l'idée est une affirmation philosophique qui renverse le primat de l'être et de la contemplation qui est à la base de toute la philosophie Occidentale et Chrétienne. La contradiction entre le Pape théologien et le Pape pasteur signifie la fin de la théologie dogmatique et morale comme normes d'action pour la personne Chrétienne. Le ministère pastoral, sans théologie, perd les références absolues de la métaphysique ainsi que de la morale et nous offre à la place une éthique du « au jour le jour et au cas par cas ». L'action humaine se réduit au choix de la conscience individuelle fondée non sur l'objectivité la Loi Divine et Naturelle, mais dans le « devenir » de l'histoire. Mais comme toute idée a des conséquences dans la réalité, il faut aussi recourir à l'histoire pour démontrer les conséquences catastrophiques de ces erreurs.


De même qu'il serait erroné de combattre les symptômes d'une révolution sans aborder les causes idéologiques, il serait également erroné de tenter de réfuter abstraitement les erreurs sans tenir compte de leurs conséquences concrètes. Nous sommes aujourd'hui confrontés à un processus révolutionnaire qui doit être évalué au niveau de la pensée, de l'action et des tendances plus profondes. C'est l'un des enseignements que je dois au Professeur Plinio Correa de Oliveira, auteur d'un livre paru en 1943, Em defesa de Ação Catolica [62], qui constitue l'une des premières réfutations de grande envergure des déviations Modernistes au sein de l’Action Catholique au Brésil et dans le monde.


Le problème auquel nous sommes confrontés n'est pas une question abstraite, mais touche plutôt concrètement la manière dont nous vivons notre Foi à un moment historique décrit par Benoît XVI à la veille de son renoncement à la Papauté en ces termes : « Comme nous le savons, dans de vastes régions du monde, la Foi risque d'être éteinte comme une flamme qui n'a plus de carburant. Nous sommes confrontés à une profonde crise de la Foi, une perte du sens religieux, qui constitue le plus grand défi de l'Église d'aujourd'hui ».[63]


Je crois qu'aux racines de l'abdication du Pape Benoît XVI, il peut y avoir aussi la conscience d'avoir perdu ce défi en raison de l'inadéquation de « l'herméneutique de la continuité », une approche théologique qui fait exactement la même erreur qu'elle veut combattre. Il est nécessaire d'opposer le néo-Modernisme, qui se présente comme une interprétation changeante et subjective de la Doctrine Catholique, non pas avec une herméneutique contraire, mais avec la plénitude de la Doctrine Catholique, qui coïncide avec la Tradition, maintenue et transmise non seulement par le Magistère. mais par tous les fidèles, « des Évêques au dernier laïc », comme l'exprime la célèbre formule de Saint Augustin [64]. Le sensus fidei nous pousse à réfuter toute déformation herméneutique de la Vérité, soutenue par la Tradition immuable de l'Église [65].


En tout cas, il ne suffit pas de se borner à affirmer que la Doctrine de la Foi est immuable, il faut ajouter à cela que la Foi n'est pas impraticable et qu'elle n'admet pas d'exceptions au niveau de la praxis. Il est nécessaire de réintégrer la dissociation que les néo-Modernistes ont créée entre Doctrine et Praxis, restituant à la Vérité et à la Vie l'unité inséparable exprimée dans ces Paroles de Jésus-Christ qui nous montrent la seule Voie possible dans les ténèbres du moment présent. Roberto de Mattéi Rome — 23 juin 2018 SOURCE : One Peter Five

NOTES :

[1] Charles Périn, Le Modernisme dans l'Église. D'après des lettres inédites de Lamennais, Victor Lecoffre, Paris, 1881.

[2] Matteo Liberatore, SJ, Il naturalismo politico, introduction and editing by Giovanni Turco, Rispostes, Giffoni Valle Piana 2016.

[3] Decr. S. Officii Lamentabili, 3 July 1907 in AAS, vol. 40 (1907), p. 470-478 ; Denz-H, nn. 3401-3466.

[4] Pius X, Enciclica Pascendi dominici gregis, 8 September 1907 in AAS, vol. 40 (1907), p. 596-628 ; Denz-H, nn. 3475-3500.

[5] S. Pius X, Lett. Apost. In praecipuis laudibus, 3 January 1904, in AAS, 36 (1903-1904), p. 67.


[6] Roberto de Mattei, Il Ralliement di Leone XIII. Il fallimento di un progetto pastorale, Le Lettere, Firenze 2015.

[7] Leo XIII, Enc. Au Milieu des sollicitudes, 16 February 1892, in AAS 24 (1891-1892), pp. 519-529.

[8] Cfr. F. Laplanche, La crise de l'origine. La science Catholique des Evangiles et l'histoire du XXème siècle, Albin Michel, Paris 2006 ; id., La Bible en France entre mythe et critique, XVI-XIX siècles, Albin Michel, Paris 1994.

[9] Emmanuel Barbier, Histoire du Catholicisme libéral et social en France du Concile du Vatican à l'avènement de SS. Benoit XV (1870-1914), Cadoret, Paris 1923-1924, vol. III, p. 199.

[10] Maurice Blondel (1861-1949), L'Action. Essai d'une critique de vie et d'une science de pratique, Alcan, Paris 1893.
This work was reprinted on the occasion of its centenary by Presses Universitaires de France, Paris 1993.

[11] Letter Testem benevolentiae de americanismo, 22 January 1899, in ASS, 31 (1898-99), pp. 470-479.

[12] Leone XIII, Depuis le jour, to the Archbishops, Bishops, and Clergy of France, 8 September 1899, in AAS, 32 (1899-1900), pp. 193-213.

[13] This essay, published by the editor PiCard on 17 January 1903, was placed on 23 December 1903 on the Index of Forbidden Books together with four other works of Loisy, who was personally excommunicated on 7 March 1908.

[14] Alfred Loisy, Choses passées, Nourry, Paris 1913, p. 246.

[15] George Tyrrell, Through Scylla and Charydbis, London, Green and Co. 1907, pp. 305-306.


[16] Giuseppe Prezzolini, Cos'è il modernismo, Treves, Milano 1908, p. 75.

[17] Paul Sabatier, Les modernistes, Fischbacher, Paris 1909, p. LI.

[18] Lettres de Georges Tyrrell à Henri Bremond, Aubier-Montaigne, Paris 1971, p. 280.


[19] Cornelio Fabro, Modernismo, in Enciclopedia Cattolica, vol. VIII, col 1191.

[20] S. Pius X, Pascendi, n. 228.


[21] C. Fabro, Modernismo, col. 1190.

[22] Emile Poulat, Modernistica. Horizons, Physionomies Débats, Nouvelles Editions Latines, Paris 1982, p. 25.


[23] Motu proprio Sacrorum antistitum of 1 September 1910, in AAS, 2 (1910), p. 669-672 ; Denz-H, nn. 3537-3550.

[24] Pius X, Motu proprio Sacrorum Antistitum, p. 655.

[25] A. Houtin, Histoire du Modernisme Catholique, published by the author, Paris 1913., pp. 116-117.

[26] Ernesto Buonaiuti, Il modernismo cattolico Guanda, Modena 1943. p. 128.


[27] Marie-Dominique Chenu, Le Saulchoir. Una scuola di teologia, preceduto da una nota introduttiva di G. Alberigo, Marietti, Casale Monferrato 1982.

[28] Aidan Nichols, Yves Congar, San Paolo, Cinisello Balsamo 1991, p. 12.

[29] Cfr. Jacques Maritain, Humanisme intégral. Problèmes temporels et spirituels d'une nouvelle Chrétienté, Aubier-Montaigne, Parigi 1936, now in Jacques and Raissa Maritain, Oeuvres complètes, Editions Universitaires, Fribourg 1984, vol. VI, pp. 293-642.

[30] Cfr. Jean-Hugues Soret, Philosophes de l'Action Catholique : Blondel-Maritain, Cerf, Parigi 2007.

[31] Réginald Garrigou-Lagrange, OP, La nouvelle théologie où va-t-elle ?, in « Angelicum », n. 23 (1946), pp. 126-145.


[32] Pius XII, Enciclica Humani Generis del 12 agosto 1950, in Discorsi e Radiomessaggi, vol. XII, pp. 493-510.

[33] Ibid., p. 499.

[34] Letter of Cardinal Ernesto Ruffini to Cardinal Alfredo Ottaviani of 9 May 1961, in Francesco Michele Stabile, Il Cardinale Ruffini e il Vaticano II.
Lettere di un « intransigente », in « Cristianesimo nella Storia », n. 11 (1990), p. 115.

[35] John XXIII, Allocution Gaudet Mater Ecclesiae of 11 October 1962, in AAS, 54 (1962), p. 792.

[36] John W. O'Malley, Che cosa è successo nel Vaticano II, Italian translation, Vita e Pensiero, Milano 2010, p. 47 ; cfr. Enrico Maria Radaelli, Il domani-terribile o radioso ? – del dogma, Milano 2013.

[37] Michael Davies, Pope John's Council, Augustine Publishing Company, Chawleigh, Chulmleigh (Devon) 1972 ; Roberto de Mattei, Il Concilio Vaticano II.
Una storia mai scritta, Lindau, Torino 2011 ; Paolo Pasqualucci, Il Concilio parallelo. L'inizio anomalo del Vaticano II, Fede e Cultura, Verona 2014.

[38] Il Concilio Vaticano II attraverso le pagine del diario di Luigi Carlo Borromeo, vescovo di Pesaro, in « Rivista di Storia della Chiesa in Italia », 52 (1998), 3 December 1962.

[39] On Rahner cfr. The critical studies of C. Fabro, La svolta antropologica di Karl Rahner, Editrice del Verbo Incarnato, Segni 2011 ; Karl Rahner : un'analisi critica. La figura, l'opera e la recezione teologica di Karl Rahner (1904-1984), edited by P. Serafino M. Lanzetta ; Giovanni Cavalcoli op, Karl Rahner : il Concilio tradito, Fede e Cultura, Verona 2009 ; Fra Tomas Tyn, OP (1950-1990), Saggio sull'etica esistenziale formale di Karl Rahner, Fede e Cultura, Verona 2011 ; Jaime Mercant Simó, Los fundamentos filosoficos de la teologia trascendental de Karl Rahner, Leonardo da Vinci, Roma 2017.

[40] Cfr. Antonino Romeo, L'Enciclica « Divino Afflante Spiritu » e le « opiniones novae », in « Divinitas », n. 4 (1960), pp. 385-456.


[41] A documented reconstruction of the polemic in Anthony Dupont e Karim Schelkens, Katholische Exegese vor dem Zweiten Vatikanischen Konzil (1960-1961), in « Zeitschrift für katholische Theologie », n. 1 (2010), pp. 1-24.

[42] Karl Marx, Tesi su Feuerbach (1845), in Feuerbach-Marx-Engels, Materialismo dialettico e materialismo storico, a cura di Cornelio Fabro, Editrice La Scuola, Brescia 1962, pp. 81-84, II Tesi, p. 82.

[43] Ivi, XI Tesi, p. 84.

[44] Cfr. Julio Loredo, Teologia della liberazione. Un salvagente di piombo per i poveri, Cantagalli, Siena 2015.

[45] Lucio Lombardo Radice, Cristianesimo e liberazione. Il caso dell'America latina in « Critica marxista » n. 5 (sett.-ott. 1981), p. 97.

[46] See, among others, Il Concilio vent'anni dopo. L'ingresso della categoria « storia », edited by Enrico Cattaneo, Ave, Roma 1985, pp. 419-429.


[47] Walter Kasper, La funzione della teologia della Chiesa, in Avvenire della Chiesa. Il libro del Congresso di Bruxelles, Queriniana, Brescia 1970, p. 72.

[48] Bruno Forte, Le prospettive della ricerca teologica, in Il Concilio Vaticano II.
Recezione e attualità alla luce del Giubileo, edited by Rino Fisichella, San Paolo, Cinisello Balsamo 2000. p. 424.

[49] Guido Vignelli, Una rivoluzione pastorale. Sei parole talismaniche nel dibattito sinodale sulla famiglia, with a preface by His Excellency Msgr. Athanasius Schneider, Tradizione, Famiglia, Proprietà, Roma 2016.

[50] Gianfranco Ravasi, Sguardo moderno sul Modernismo, in Il Sole 24 Ore, 22 February 2015.

[51] Tommaso Gallarati Scotti, La vita di Antonio Fogazzaro, Morcelliana, Brescia 2011).

[52] Card. G. Ravasi, preface to T. Gallarati Scotti cited, p. 6.

[53] Massimo Borghesi, Jorge Mario Bergoglio. Una biografia intellettuale, Jaca Book, 2017.


[54] Joseph de Tonquédec, Immanence. Essai critique sur la Doctrine de Maurice Blondel, Beauchesne, paris 1913.

[55] R. Garrigou-Lagrange, Vérité et option selon M : Maurice Blondel, in « Acta Pontificiae Academiae Romanae S. Tomae Aquinatis, Marietti, Roma 1936, pp. 146-149.

[56] C. Fabro, Dall'essere all'esistente, Morcelliana, Brescia 1957, pp. 425-489.

[57] Juan Carlos Scannone, La philosophie blondélienne de l'action et l'action du papa Francois, in E. Falque, L. Solignac (under the direction of), François philosophe, Salvator, Paris 2017.
The volume gathers the contributions of seven Catholic intelectuals at the symposium « Philosophie du papa François » held 18 October 2016 through the initiative of the Institut Catholique of Paris. Cfr. the recension made by Don Samuele Cecotti, La praxis-philosophie bergoglienne. Sources et portée, in « Catholica » 138 (2018), pp. 13-24.

[58] François philosophe, pp. 41-65.

[59] Papa Francesco, Discourse at Santa Marta of 21 May 2016.

[60] Gian Enrico Rusconi, La teologia narrativa di papa Francesco, Laterza, Bari-Roma 2017.

[61] Giovanni Scalese, I quattro chiodi a cui Bergoglio appende il suo pensiero, in http ://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351301.html

[62] Plinio Correa de Oliveira, Em defesa de Ação Catolica, with the preface of the Nuncio Benedetto Aloisi Masella, Ave Maria, São Paulo 1943.

[63] Benedict XVI, Discorso ai partecipanti alla plenaria della Congregazione per la Dottrina della fede, January 27, 2012.

[64] S. Augustine, De Praedestinatione sanctorum, 14, 27, in PL, 44, col. 980.

[65] Cfr. R. de Mattei, Apologia della Tradizione, Lindau, Turin 2011.


 

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Nativité de Saint Jean-Baptiste

24 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Nativité de Saint Jean-Baptiste

Introït

Des le sein de ma mère, le Seigneur m’a appelé par mon nom : Il a rendu ma bouche semblable à un glaive acéré, il m’a protégé à l’ombre de sa main, il a fait de moi comme une flèche choisie. Il est bon de louer le Seigneur : et de célébrer votre nom, ô très-haut.

Collecte

Dieu, vous nous avez rendu ce jour vénérable par la nativité du bienheureux Jean : accordez à votre peuple la grâce des joies spirituelles ; et dirigez les âmes de tous les fidèles dans la voie du salut éternel.

Lecture Is. 49, 1-3, 5, 6 et 7.

Îles, écoutez, et vous, peuples lointains, soyez attentifs. Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère ; lorsque j’étais encore dans ses entrailles, il s’est souvenu de mon nom. Il a rendu ma bouche semblable à un glaive acéré, il m’a protégé à l’ombre de sa main ; il a fait de moi comme une flèche choisie, il m’a caché dans son carquois. Et il m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël, et je me glorifierai en toi. Et maintenant le Seigneur dit, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour être son serviteur : voici que je t’ai établi pour être la lumière des nations, et mon salut jusqu’à l’extrémité de la terre. Les rois verront et les princes se lèveront, et ils adoreront, à cause du Seigneur qui a été fidèle, et du Saint d’Israël qui t’a choisi.

Évangile Lc. 1, 57-68

Le temps où Élisabeth devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde un fils. Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait signalé envers elle sa miséricorde, et ils l’en félicitaient. Et il arriva qu’au huitième jour ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère, prenant la parole, dit : Non, mais il sera appelé Jean. Ils lui dirent : II n’y a personne dans ta famille qui soit appelé de ce nom. Et ils faisaient des signes à son père, pour savoir comment il voulait qu’on l’appelât. Et, demandant des tablettes, il écrivit : Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement. Au même instant, sa bouche s’ouvrit, et sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. Et la crainte s’empara de tous leurs voisins, et, dans toutes les montagnes de la Judée, toutes ces choses étaient divulguées. Et tous ceux qui les entendirent les conservèrent dans leur cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. Et Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, en disant : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple.

Secrète

Seigneur, nous accumulons les dons sur vos autels : célébrant avec l’honneur qui lui est dû, la nativité de celui qui a rendu hommage au Sauveur du monde, avant sa venue, et qui l’a désigné ensuite comme présent, en la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui avec vous.

Postcommunion

Que votre Église, Seigneur, trouve un sujet de joie en la naissance du bienheureux Jean-Baptiste, par qui elle a reconnu l’auteur de sa régénération, Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils. Qui avec vous.

4e leçon

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Après le très saint jour de la Nativité du Seigneur, nous ne lisons point qu’on célèbre la naissance d’aucun homme, si ce n’est uniquement celle du bienheureux Jean-Baptiste. Nous savons que pour les autres saints et élus de Dieu, on solennise le jour auquel, ayant achevé leurs travaux et triomphé du monde par une victoire complète, ils ont été comme enfantés du sein de la vie présente à l’éternité glorieuse. Ainsi, pour les autres saints, on honore le dernier jour qui a comblé leurs mérites ; et, pour saint Jean, c’est le premier jour, ce sont les commencements mêmes de sa vie qu’on célèbre évidemment pour cette raison, que le Seigneur a voulu manifester par lui son avènement, de peur, que s’il venait d’une manière subite et inattendue, les hommes ne le reconnussent point. Or saint Jean a été la figure de l’ancien Testament, l’image de la loi, précédant le Sauveur, comme la loi servit de messagère à la grâce

5e leçon

Du sein maternel, Jean prophétise avant de naître, et sans avoir encore paru à la lumière, il rend déjà témoignage à la vérité ; et cela nous donne à comprendre que, personnifiant l’Esprit caché sous le voile et dans le corps de la lettre, il manifeste au monde le Rédempteur et nous annonce comme du sein de la loi, notre Seigneur ; et c’est parce que les Juifs s’étaient égarés dès le sein de leur mère, ou de la loi d’où le Christ devait sortir « ils ont erré dès le sein (de leur mère), ils ont dit des choses fausses », que Jean est venu « comme témoin pour rendre témoignage à la lumière »

6e leçon

Et dans Jean, détenu en prison et envoyant ses disciples au Christ, c’est la loi qui passe à l’Évangile. A l’instar de Jean, cette loi, captive dans la prison de l’ignorance, gisait comme au fond d’un réduit obscur, où l’aveuglement des Juifs laissait le sens spirituel enfermé dans l’obscurité de la lettre. C’est ce que l’écrivain sacré fait entendre, en disant de Jean-Baptiste : « Il était une lampe ardente » ; en d’autres termes, il brûlait du feu de l’Esprit-Saint, afin qu’il montrât la lumière du salut au monde enfoncé dans la nuit de l’ignorance, et qu’au travers des ténèbres si épaisses du péché, ii découvrit au monde, à la clarté de ses rayons, le soleil de justice dans toute sa splendeur, lorsque, parlant de lui-même, il disait : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert 

7e leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

Élisabeth donna le jour à un fils, et ses voisins s’en réjouirent avec elle. Étant un bien commun, la naissance des Saints excite une joie commune. Car la justice intéresse la communauté : c’est pourquoi ce juste, en venant au monde, fait pressentir sa sainteté future ; et l’allégresse des voisins signifie que sa vertu à venir donnera lieu au monde de se féliciter. L’Évangéliste a bien raison de faire entrer dans son récit le temps que le Précurseur fut renfermé dans le sein de sa mère, sans quoi la présence de Marie n’eût pas été mentionnée. Et si, d’autre part, son enfance est passée sous silence, c’est qu’il n’a point connu les difficultés de cet âge. En sorte que nous ne lisons dans l’Évangile que l’annonce et le fait de sa nativité, son tressaillement dans le sein d’Élisabeth, et le retentissement de sa voix au désert.

8e leçon

Et en effet, on peut dire qu’il n’a connu aucun des degrés de l’enfance, lui qui, s’élevant au-dessus des lois de la nature et devançant les années, a commencé, dans le sein maternel, par avoir la mesure de l’âge parfait du Christ. L’écrivain sacré, avec un merveilleux à-propos, a cru devoir noter que plusieurs voulaient appeler l’enfant du même nom que son père Zacharie. Par là, il t’avertit que si Élisabeth repousse ce nom, ce n’est point qu’il lui déplaise, comme étant le nom d’une personne dégénérée, mais bien parce qu’elle connaît, par une révélation du Saint-Esprit, le nom que l’Ange avait auparavant indiqué à Zacharie. Muet qu’il était devenu, Zacharie ne pouvait le dire à sa femme ; mais elle sut par inspiration ce qu’elle n’avait point appris de son mari.

9e leçon

« Jean est son nom », écrivit le père, voulant dire : Ce n’est point à nous d’imposer un nom à celui que Dieu a déjà nommé : il a son nom, qui nous a été révélé, et que nous n’avons pas choisi. Des saints ont eu le privilège de recevoir leur nom de Dieu même. Ainsi Jacob fut appelé Israël, parce qu’il avait vu Dieu. Ainsi notre Seigneur lui-même reçoit avant de naître le nom de Jésus, que son Père, et non l’Ange, lui a imposé. Tu le vois, les Anges ne parlent pas d’eux-mêmes ; ils transmettent ce qui leur a été dit. Si donc Élisabeth prononce avec tant d’assurance un nom que son oreille, il est vrai, n’a pas entendu, n’en sois pas étonné, puisque l’Esprit-Saint avait commandé à l’Ange de le lui suggérer.

« Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les sentiers du Seigneur ; voici votre Dieu ! » Oh ! Qui, dans notre siècle refroidi, comprendra les transports de la terre à cette annonce si longtemps attendue ? Le Dieu promis n’est point manifesté encore ; mais déjà les cieux se sont abaissés pour lui livrer passage. Il n’a plus à venir, celui que nos pères, les illustres saints des temps prophétiques, appelaient sans fin dans leur indomptable espérance. Caché toujours, mais déjà parmi nous, il repose sous la nuée virginale près de laquelle pâlit pour lui la céleste pureté des Chérubins et des Trônes ; les ardeurs réunies des brûlants Séraphins se voient dépassées par l’amour dont l’entoure à elle seule, en son cœur humain, l’humble fille d’Adam qu’il s’est choisie pour mère. La terre maudite, devenue soudain plus fortunée que l’inexorable ciel fermé jadis à ses supplications, n’attend plus que la révélation de l’auguste mystère ; l’heure est venue pour elle de joindre ses cantiques à l’éternelle et divine louange qui, dès maintenant, monte de ses profondeurs, et, n’étant autre que le Verbe lui-même, célèbre Dieu comme il mérite de l’être. Mais sous le voile d’humilité où, après comme avant sa naissance, doit continuer de se dérober aux hommes sa divinité, qui découvrira l’Emmanuel ? Qui surtout, l’ayant reconnu dans ses miséricordieux abaissements, saura le faire accepter d’un monde perdu d’orgueil, et pourra dire, en montrant dans la foule le fils du charpentier : Voilà celui qu’attendaient vos pères !

Car tel est l’ordre établi d’en haut pour la manifestation du Messie : en conformité de ce qui se fait parmi les hommes, le Dieu fait homme ne s’ingérera pas de lui-même dans les actes de la vie publique ; il attendra, pour inaugurer son divin ministère, qu’un membre de cette race devenue la sienne, un homme venu avant lui, et doué à cette fin d’un crédit suffisant, le présente à son peuple.

Rôle sublime, qui fera d’une créature le garant de Dieu, le témoin du Verbe ! La grandeur de celui qui doit le remplir était signalée, comme celle du Messie, longtemps avant sa naissance. Dans la solennelle liturgie du temps des figures, le chœur des lévites, rappelant au Très-Haut la douceur de David et la promesse qui lui fut faite d’un glorieux héritier, saluait de loin la mystérieuse lumière préparée par Dieu même à son Christ. Non que, pour éclairer ses pas, le Christ dût avoir besoin d’un secours étranger : splendeur du Père, il n’avait qu’à paraître en nos obscures régions, pour les remplir de la clarté des cieux ; mais tant de fausses lueurs avaient trompé l’humanité, durant la nuit des siècles d’attente, que la vraie lumière, s’élevant soudain, n’eût point été comprise, ou n’eût fait qu’aveugler des yeux rendus impuissants par les ténèbres précédentes à porter son éclat.

L’éternelle Sagesse avait donc décrété que comme l’astre du jour est annoncé par l’étoile du matin, et prépare sa venue dans la clarté tempérée de l’aurore ; ainsi le Christ lumière serait précédé ici-bas d’un astre précurseur, et signalé parle rayonnement dont lui-même, non visible encore, revêtirait ce fidèle messager de son avènement. Lorsqu’autrefois le Très-Haut daignait pour ses prophètes illuminer l’avenir, l’éclair qui, par intervalle, sillonnait ainsi le ciel de l’ancienne alliance s’éteignait dans la nuit, sans amener le jour ; l’astre chanté dans le psaume ne connaîtra point la défaite ; signifiant à la nuit que désormais c’en est fini d’elle, il n’éteindra ses feux que dans la triomphante splendeur du Soleil de justice. Aussi intimement que l’aurore s’unit au jour, il confondra avec la lumière incréée sa propre lumière ; n’étant de lui-même, comme toute créature, que néant et ténèbres, il reflétera de si près la clarté du Messie, que plusieurs le prendront pour le Christ .

La mystérieuse conformité du Christ et de son Précurseur, l’incomparable proximité qui les unit, se retrouvent marquées en maints endroits des saints Livres. Si le Christ est le Verbe, la parole éternelle du Père, lui sera la Voix portant cette parole où elle doit parvenir ; Isaïe l’entend par avance qui remplit d’accents jusque-là inconnus le désert, et le prince des prophètes exprime sa joie dans l’enthousiasme d’une âme qui déjà se voit en présence de son Seigneur et Dieu. Le Christ est l’ange de l’alliance ; mais dans le texte même où l’Esprit-Saint lui donne un titre si rempli pour nous d’espérance, paraît aussi portant ce nom d’ange l’inséparable messager, l’ambassadeur fidèle à qui la terre devra de connaître l’Époux : « Voici que j’envoie mon ange qui préparera le chemin devant ma face, et aussitôt viendra dans son temple le dominateur que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous réclamez ; voici qu’il vient, dit le Seigneur des armées ». Et mettant fin au ministère prophétique dont il est le dernier représentant, Malachie termine ses propres oracles par les paroles que nous avons entendu Gabriel adresser à Zacharie, pour lui notifier la naissance prochaine du Précurseur.

La présence de Gabriel en cette occasion, montrait elle-même combien l’enfant promis alors serait l’intime du Fils de Dieu ; car le même prince des célestes milices allait aussi, bientôt, venir annoncer l’Emmanuel. Nombreux pourtant se pressent les messagers fidèles au pied du trône de la Trinité sainte, et le choix de ces augustes envoyés varie, d’ordinaire, selon la grandeur des instructions que le Très-Haut transmet par eux au monde. Mais il convenait que l’archange chargé de conclure les noces sacrées du Verbe avec l’humanité, préludât à cette grande mission en préparant la venue de celui que les décrets éternels avaient désigné comme l’Ami de l’Époux. Six mois après, député vers Marie, il appuyait son divin message en révélant à la Vierge très pure le prodige qui, dès maintenant, donnait un fils à la stérile Élisabeth : premier pas du Tout-Puissant vers une merveille plus grande. Jean n’est pas né encore ; mais, sans plus tarder, son rôle est ouvert : il atteste la vérité des promesses de l’ange. Ineffable garantie que celle de cet enfant, caché toujours au sein de sa mère, et déjà témoin pour Dieu dans la négociation sublime qui tient en suspens la terre et les deux ! Éclairée d’en haut, Marie reçoit le témoignage et n’hésite plus : « Voici la servante du Seigneur, dit-elle à l’archange ; qu’il me soit fait selon votre parole ».

Gabriel s’est retiré, emportant avec lui le secret divin qu’il n’est point charge de communiquer au reste du monde. La Vierge très prudente ne parlera pas davantage ; Joseph lui-même, son virginal époux, n’aura pas d’elle communication du mystère. Ne craignons point cependant : l’accablante stérilité dont le monde a gémi, ne sera pas suivie d’une ignorance plus triste encore, maintenant que la terre a donné son fruit. Il est quelqu’un pour qui l’Emmanuel n’aura ni secret, ni retard ; et lui saura bien révéler la merveille. A peine l’Époux a-t-il pris possession du sanctuaire sans tache où doivent s’écouler les neuf premiers mois de son habitation parmi les hommes, à peine le Verbe s’est fait chair : et Notre-Dame, instruite au dedans du désir de son Fils, se rend en toute hâte vers les monts de Judée. Voix de mon bien-aimé ! Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes, franchissant les collines. A l’ami de l’Époux sa première visite, à Jean le début de ses grâces. Une fête distincte nous permettra d’honorer spécialement la journée précieuse où l’Enfant-Dieu, sanctifiant son Précurseur, se révèle à Jean par la voix de Marie ; où Notre-Dame, manifestée par Jean qui tressaille en sa mère, proclame enfin les grandes choses que le Tout-Puissant a opérées en elle selon la miséricordieuse promesse qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

Mais le temps est venu où, des enfants et des mères, la nouvelle doit s’étendre au pays d’alentour, en attendant qu’elle parvienne au monde entier. Jean va naître, et, ne pouvant parler encore, il déliera la langue de son père. Il fera cesser le mutisme dont le vieux prêtre, image de l’ancienne loi, avait été frappé par l’ange ; et Zacharie, rempli lui-même de l’Esprit-Saint, va publier dans un cantique nouveau la visite bénie du Seigneur Dieu d’Israël.

 

 

Si c'est moi qui rends témoignage de moi-même, mon témoignage n'est pas véridique.

Il y en a un autre qui rend témoignage de moi, et je sais que le témoignage qu'il rend de moi est véridique.

Vous avez envoyé vers Jean, et il a rendu témoignage à la vérité.

Pour moi, ce n'est pas d'un homme que je reçois le témoignage; mais je dis cela afin que vous soyez sauvés.

Jean était la lampe qui brûle et luit, mais vous n'avez voulu que vous réjouir un moment à sa lumière.

Pour moi, j'ai un témoignage plus grand que celui de Jean; car les oeuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces oeuvres mêmes que je fais, rendent témoignage de moi, que c'est le Père qui m'a envoyé.

Et le Père qui m'a envoyé a rendu lui-même témoignage de Moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix, ni vu sa face.

Et vous n'avez point sa parole demeurant en vous, parce que vous ne croyez pas à celui qu'il a envoyé.

Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez trouver en elles la vie éternelle;

Or, ce sont elles qui rendent témoignage de Moi; et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie.

 

Ce n'est point que je demande ma gloire aux hommes.

Mais Je vous connais, Je sais que vous n'avez pas en vous l'amour de Dieu.

Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas; qu'un autre vienne en son propre nom, et vous le recevrez.

Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul?

Ne pensez pas que ce soit Moi qui vous accuserai devant le Père; votre accusateur c'est Moïse, en qui vous avez mis votre espérance. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu'il a écrit de Moi. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles?" (Jn 5, 19-47)

 

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Vigile de la Nativité de saint Jean-Baptiste

23 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de la Nativité de saint Jean-Baptiste

Collecte

Qu’il vous plaise, ô Dieu tout-puissant, d’accorder à votre famille de marcher dans la voie du salut ; afin que, fidèle aux enseignements du bienheureux Jean, le Précurseur, elle parvienne sûrement jusqu’à celui qu’il eut mission d’annoncer, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui avec vous…

Lecture Jr. 1, 4-10.

En ces jours-là, le Seigneur m’adressa là parole et me dit : Avant que je t’eusse formé dans les entrailles de ta mère, je t’ai connu ; avant que tu fusses sorti de son sein, je t’ai sanctifié, et je t’ai établi prophète parmi les nations. Je répondis Ah, ah, ah, Seigneur Dieu, je ne sais point parler, car je suis un enfant. Et le Seigneur me dit : Ne dis pas : Je suis un enfant ; car tu iras partout où je t’enverrai, et tu diras tout ce que je te commanderai. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer, dit le Seigneur .Alors le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche, et le Seigneur me dit : Voici que je mets mes paroles dans ta bouche ; voici que je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu arraches et que tu détruises, et pour que tu perdes, et pour que tu dissipes, et pour que tu bâtisses, et pour que tu plantes. Ainsi parle le Seigneur tout-puissant.

Évangile Lc. 1, 5-17

Aux jours d’Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; et sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait Élisabeth. Ils étaient tous deux justes devant Dieu marchant sans reproche dans tous les commandements et tous les préceptes du Seigneur. Et ils n’avaient pas d’enfant, parce qu’Élisabeth était stérile, et qu’ils étaient tous deux avancés en âge. Or il arriva, lorsqu’il accomplissait devant Dieu les fonctions du sacerdoce selon le rang de sa classe, qu’il lui échut par le sort, d’après la coutume établie entre les prêtres, d’entrer dans le temple du Seigneur pour y offrir l’encens. Et toute la multitude du peuple était dehors, en prière, à l’heure de l’encens. Et un ange du Seigneur lui apparut, se tenant debout à la droite de l’autel de l’encens. Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur le saisit. Mais l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, auquel tu donneras le nom de Jean. II sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de liqueur enivrante, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ; et il convertira un grand nombre des enfants d’Israël au Seigneur ton Dieu. Et il marchera devant lui dans l’esprit et la vertu d’Élie, pour ramener les cœurs des pères vers leurs enfants, et les incrédules à la prudence des justes, de manière à préparer au Seigneur un peuple parfait.

 

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Première leçon. La divine Écriture nous apprend qu’il ne suffit pas d’exalter les vertus de ceux qui sont dignes de louanges, mais qu’il faut encore louer leurs parents : la vertu, transmise comme un héritage de pureté sans tache, sera par là plus éclatante dans ceux que nous louerons. Quel autre but en effet a pu avoir le saint Évangéliste en ce passage, sinon d’anoblir saint Jean-Baptiste en parlant de ses parents, de ses miracles, de ses vertus, de sa mission, de son martyre ? C’est ainsi que la mère de Samuel, Anne, est glorifiée ; c’est ainsi qu’Isaac reçoit de ses parents cette illustration de la piété qu’il transmit à sa postérité. Zacharie était donc prêtre, et de plus, prêtre de la classe d’Abia, c’est-à-dire illustre entre les illustres.

Deuxième leçon. « Et sa femme, est-il dit, était d’entre les filles d’Aaron ». Ce n’est donc pas seulement à ses parents, mais à ses ancêtres, que remonte l’illustration de saint Jean ; ce n’était pas par les honneurs de la puissance séculière, mais par la religion qu’était vénérable la lignée de sa famille. De tels ancêtres convenaient au précurseur du Christ : il ne devait pas recevoir en naissant, mais tenir de ses pères et avoir comme un héritage, la foi à l’avènement du Seigneur pour la prêcher. « Ils étaient tous deux justes devant Dieu, est-il dit, marchant sans reproche dans les commandements et toutes les lois du Seigneur ». Que répondront à cela, ceux qui cherchent des excuses pour leurs péchés et prétendent que l’homme ne peut vivre sans pécher souvent ? Ils s’appuient sur un petit verset du livre de Job : « Personne n’est exempt de tache, pas même celui qui n’a vécu qu’un jour sur terre »

Troisième leçon. On peut leur demander d’abord de définir ce que veut dire : un homme sans péché ; est-ce de n’avoir jamais péché, ou d’avoir cessé de pécher ? S’ils pensent qu’être sans péché, c’est n’avoir jamais péché, j’y consens. Car « tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu ». Mais s’ils nient que celui qui a corrigé ses anciens égarements, et qui a transformé sa vie de sorte qu’il a cessé de pécher, puisse s’abstenir de péché, je ne peux être d’accord avec eux, puisque nous lisons : « Le Seigneur a tellement aimé l’Église qu’il l’a fait paraître devant lui une Église glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qu’il l’a faite sainte et immaculée »

Au temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; sa femme, qui était de la race d’Aaron, s’appelait Élisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, suivant sans reproche en toutes choses la voie des commandements et ordonnances du Seigneur. Ils n’avaient point d’enfants, parce qu’Élisabeth était stérile, et que déjà tous deux étaient avancés en âge. Or, il arriva que le tour de sa famille étant venu pour acquitter devant Dieu la charge du sacerdoce, Zacharie fut désigné du sort, selon ce qui s’observait entre les prêtres, pour offrir les parfums au dedans du temple du Seigneur. Toute la multitude du peuple était en prières dehors, à cette heure de l’encens. Et voici qu’un ange du Seigneur apparut à Zacharie, debout à la droite de l’autel des parfums. Il se troubla à cette vue, et fut saisi de frayeur. Mais l’ange lui dit : « Ne craignez point, Zacharie, parce que votre prière a été exaucée. Votre femme Élisabeth vous donnera un fils, et vous l’appellerez Jean. Il vous sera un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup se réjouiront à sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli du Saint-Esprit encore dans le sein de sa mère. Un grand nombre d’enfants d’Israël seront convertis par lui au Seigneur leur Dieu, et lui-même marchera devant le Seigneur dans l’esprit et la vertu d’Elie, pour ramener les cœurs des pères à leurs fils, rappeler les incrédules à la prudence des justes, et préparer au Seigneur un peuple parfait ».

Cette page, que l’Église nous fait lire aujourd’hui, est précieuse entre celles où sont consignées les annales de l’humanité ; car c’est ici le commencement de l’Évangile, le premier mot de la bonne nouvelle du salut. Non que l’homme n’eût point eu, jusque-là, connaissance des desseins formés par le ciel pour le relever de sa chute et lui donner un Sauveur. Mais l’attente avait été longue, depuis le jour où la sentence portée contre le serpent maudit montrait dans l’avenir à notre premier père ce fils de la femme, qui devait guérir l’homme et venger Dieu. D’âge en âge, il est vrai, la promesse s’était développée ; chaque génération, pour ainsi dire, avait vu le Seigneur par ses prophètes ajouter un trait nouveau au signalement de ce frère de notre race, si grand par lui-même que le Très-Haut l’appellerait son fils, si passionne de justice que, pour solder la dette du monde, il verserait tout son sang. Agneau dans son immolation, par sa douceur il dominerait la terre ; désiré des nations quoique sorti de Jessé, plus magnifique que Salomon, il exaucerait l’amour des pauvres âmes rachetées : allant au-devant de leurs vœux, il s’annoncerait comme l’Époux descendu des collines éternelles. Agneau chargé des crimes du monde, Époux attendu de l’Épouse : tel était donc ce fils de l’homme en même temps Fils de Dieu, le Christ, le Messie promis à la terre. Mais quand viendrait-il, ce désiré des peuples ? Qui désignerait au monde son Sauveur, qui conduirait l’Épouse à l’Époux ? Le genre humain, sorti en pleurs de l’Éden, était resté les yeux fixés sur l’avenir. Jacob, mourant, saluait de loin ce fils aimé dont la puissance égalerait celle du lion ; dont les célestes charmes, relevés encore dans le sang des raisins, ineffable mystère, faisaient l’objet de ses contemplations inspirées sur sa couche funèbre. Au nom de la gentilité, du fumier où sa chair s’en allait en lambeaux, Job répondait à la ruine par un acte de sublime espérance en son Rédempteur et son Dieu. Haletante sous l’effort de son mal et l’ardeur de ses aspirations, l’humanité voyait s’accumuler les siècles, sans que la mort qui la consumait suspendît ses ravages, sans que le désir du Dieu attendu cessât de grandir en son cœur. Aussi, de génération en génération, quel redoublement de prières ; que d’impatience croissante en ses supplications ! Que ne brisez-vous les barrières du ciel, et ne descendez-vous ! Assez de promesses, s’écrient pour l’Église de ces temps le dévot saint Bernard et tous les Pères, commentant le premier verset du Cantique ; assez de figures et d’ombres, assez parlé par d’autres. Je n’entends plus Moïse, les prophètes sont sans voix ; la loi qu’ils apportaient n’a point rendu la vie à mes morts. Et qu’ai-je affaire au bégaiement de leurs bouches profanes, moi à qui le Verbe s’annonce ? Les parfums d’Aaron ne valent point l’huile d’allégresse répandue par le Père sur celui que j’attends, Plus d’envoyés, ni de serviteurs : après tant de messages, que lui-même vienne enfin !

Et, prosternée dans la personne des plus dignes de ses fils sur les hauteurs du Carmel, l’Église de l’attente ne se relèvera pas que le signe très prochain de la pluie du salut ne paraisse au ciel. Vainement, jusqu’à sept fois, lui sera-t-il répondu que rien ne se lève du côté de la mer ; prolongeant sa prière et ses pleurs, maintenant dans la poussière ses lèvres altérées par l’interminable sécheresse, elle attendra que se montre la nuée féconde apportant Dieu sous des traits humains. Alors, oubliant ses longs jeûnes et l’épuisement des années, elle se redressera dans la vigueur de sa jeunesse première ; remplie de l’allégresse annoncée par l’ange, elle suivra dans la joie l’Elie nouveau dont ce jour de vigile nous promet pour demain la naissance, le précurseur prédestiné courant comme l’ancien Élie, mais plus véritablement que lui, devant le char du roi d’Israël.

 

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Saint Paulin de Nole confesseur

22 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Paulin de Nole confesseur

Collecte

Dieu, vous avez promis à ceux qui abandonnent tout en ce siècle pour vous, le centuple dans le siècle à venir et la vie éternelle : accordez-nous, dans votre bonté ; que, suivant fidèlement les traces du saint Pontife Paulin, nous ayons la force de mépriser les biens de la terre et de désirer les seuls biens du ciel.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Pontius Meropius Anicius Paulin, né l’an trois cent cinquante-trois de la Rédemption, d’une famille très distinguée de citoyens romains, à Bordeaux, en Aquitaine, fut doué d’une intelligence vive et de mœurs douces. Sous la direction d’Ausone, il brilla de la gloire de l’éloquence et de la poésie. Très noble et très riche, il entra dans la carrière des charges publiques et, à la fleur de l’âge, conquit la dignité de sénateur. Ensuite, en qualité de consul, il se rendit en Italie et, ayant obtenu la province de Campanie, il établit sa résidence à Nole. Là, touché de la lumière divine, et à cause des signes célestes qui illustraient le tombeau de saint Félix, prêtre et martyr, il commença à s’attacher avec plus d’énergie à la véritable foi chrétienne, qu’il méditait déjà dans son esprit. Il renonça donc aux faisceaux et à la hache, qui n’avait encore été souillée par aucune exécution capitale ; retourné en Gaule, il fut ballotté par diverses épreuves et par de grands travaux sur terre et sur mer et perdit un œil ; mais guéri par le bienheureux Martin, évêque de Tours, il fut lavé dans les eaux lustrales du baptême par le bienheureux Delphin, évêque de Bordeaux.

Cinquième leçon. Méprisant les richesses qu’il possédait en abondance, il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres et, quittant sa femme Therasia, changeant de patrie et brisant les liens de la chair, il se retira en Espagne, s’attachant ainsi à la pauvreté admirable du Christ, plus précieuse à ses yeux que l’univers entier. Un jour qu’à Barcelone, il assistait dévotement aux sacrés mystères, le jour solennel de la naissance du Seigneur, le peuple, transporté d’admiration, l’entoure avec tumulte et, malgré ses résistances, il fut ordonné prêtre par l’évêque Lampidius. Il retourna ensuite en Italie, fonda à Nole, où il avait été amené par le culte de saint Félix, un monastère près du tombeau de ce saint ; s’étant adjoint des compagnons, il commença une vie cénobitique. Illustre déjà par la dignité sénatoriale et la dignité consulaire, embrassant la folie de la croix, à l’admiration du monde presque entier, Paulin, revêtu d’une robe sans valeur, demeurait, au milieu des veilles et des jeûnes, la nuit et le jour, les yeux fixés dans la contemplation des choses célestes. Mais, comme son renom de sainteté croissait de plus en plus, il fut élevé à l’évêché de Nole et, dans l’accomplissement de sa .charge pastorale, il laissa des exemples merveilleux de piété, de sagesse et surtout de charité.

Sixième leçon. Au cours de ces travaux, il avait composé des écrits remplis de sagesse, traitant de la religion et de la foi ; souvent aussi, se laissant aller à la versification, il avait célébré dans des poèmes les actes des saints, acquérant un renom supérieur de poète chrétien. Il s’attacha par l’amitié et par l’admiration tout ce qu’il y avait à cette époque d’hommes éminents par la sainteté et la doctrine. Beaucoup affluaient de toutes parts vers lui, comme chez le maître de la perfection chrétienne. La Campanie ayant été ravagée par les Goths1 il employa à nourrir les pauvres et à racheter les prisonniers tout son avoir, ne gardant pas même pour lui les choses nécessaires à la vie. Plus tard, lorsque les Vandales ravageaient le même pays, une veuve le supplia de racheter pour elle son fils, pris par les ennemis ; comme il avait absorbé tous ses biens dans l’exercice de la charité, il se livra lui-même en esclavage pour cet enfant, et, jeté dans les fers, il fut emmené en Afrique. Enfin, gratifié de la liberté, non sans le secours visible de Dieu et revenu à Nole, le bon pasteur retrouva ses brebis chéries et là, dans sa soixante dix-huitième année, s’endormit dans le Seigneur d’une fin très tranquille. Son corps, enseveli près du tombeau de saint Félix, fut plus tard, à l’époque des Lombards, transféré à Bénévent, puis sous l’empereur Othon III, à Rome, dans la basilique de Saint-Barthélemy en l’île du Tibre. Mais le pape Pie X ordonna que les dépouilles sacrées de Paulin fussent restituées à Nole et éleva sa fête au rite double pour toute l’Église.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Paulin, Évêque.

Septième leçon. Le Seigneur tout-puissant aurait pu, très chers frères rendre tous les hommes également riches, de façon qu’aucun d’eux n’eût besoin d’un autre ; mais par un dessein de sa bonté infinie, le Seigneur miséricordieux et plein de pitié a ordonné les choses comme il l’a fait, afin d’éprouver vos dispositions. Il a fait le malheureux afin de pouvoir reconnaître celui qui est miséricordieux ; il a fait le pauvre afin de donner à l’homme opulent l’occasion d’agir. Le but des richesses, c’est, pour vous, la pauvreté de votre frère, « si vous avez l’intelligence de l’indigent et du pauvre », si vous ne possédez pas seulement pour vous ce que vous avez reçu ; et cela, parce que Dieu vous a remis en ce siècle la part de votre frère aussi, Dieu voulant vous devoir ce que vous aurez offert spontanément au moyen de ses dons aux indigents, et désirant vous enrichir en retour au jour éternel de la part qu’aura votre frère. C’est par les mains des pauvres, en effet, que le Christ reçoit maintenant, et alors, au jour éternel, il rendra pour eux en son nom.

Huitième leçon. Réconfortez celui qui a faim et vous n’aurez pas de crainte au jour mauvais de la colère qui doit venir. « Bienheureux, en effet, dit Dieu, celui qui a l’intelligence de l’indigent et du pauvre, au jour mauvais le Seigneur le délivrera. » Travaillez donc et cultivez avec soin cette partie de votre terre, mon frère, afin qu’elle fasse germer pour vous une moisson fertile, pleine de la graisse du froment, vous apportant, avec des intérêts élevés, le fruit au centuple de la semence qui se multiplie. Dans la recherche et la culture de cette possession et de ce travail, l’avarice est sainte et salutaire ; car une pareille avidité, qui mérite le royaume du ciel et soupire après le bien éternel, est la racine de tous les biens. Souhaitez donc ardemment de telles richesses et possédez un tel patrimoine que le créancier doit compenser en fruits centuplés, pour enrichir aussi vos héritiers avec vous des biens éternels. Car cette possession est vraiment grande et précieuse, qui ne charge pas son possesseur d’un fardeau temporel, mais l’enrichit d’un revenu éternel.

Neuvième leçon. Veillez donc, mes très chers, avec une sollicitude de tous les instants et un travail assidu pour la justice, non seulement à rechercher les biens éternels, mais à mériter d’éviter des maux sans nombre. Car nous avons besoin d’une grande aide et d’une grande protection ; nous avons besoin de nous appuyer sur des prières nombreuses et incessantes. Notre adversaire, en effet, ne se repose pas et l’ennemi très vigilant bloque toutes nos voies pour nous perdre. En outre, en ce siècle, se jettent sur nos âmes de nombreuses croix, des dangers innombrables, les fléaux des maladies, les feux des fièvres et les flèches des douleurs ; les torches des passions s’allument, partout sont cachés des filets tendus sous nos pas, de toutes parts nous voyons avec terreur des glaives tirés, la vie se passe en embûches et en combats et nous marchons sur des feux recouverts d’une cendre trompeuse. Avant donc de vous exposer, conduits par les circonstances ou par votre volonté, à quelque fléau de telles douleurs, hâtez-vous de devenir agréables et chers au médecin, afin qu’au temps où vous en aurez besoin, vous trouviez tout prêt le remède salutaire. Autre chose est de prier seul pour vous-même, autre chose d’avoir une multitude d’intercesseurs s’empressant pour vous auprès de Dieu.

Dans les jours de l’enfance du Sauveur, Félix de Nole était venu réjouir nos yeux par le spectacle de sa sainteté triomphante et si humble, qui nous révèle sous un de ses aspects les plus doux la puissance de notre Emmanuel. Illuminé de tous les feux de la Pentecôte, Paulin s’élève de cette même ville de Nole à son tour, faisant hommage de sa gloire à celui dont il fut la conquête. La voie sublime par laquelle il devait gagner les sommets des cieux, ne s’offrit point à lui, en effet, tout d’abord ; et ce fut Félix qui, sur le tard déjà, jeta dans son âme les premiers germes du salut.

Héritier d’une fortune immense, à vingt-cinq ans préfet de Rome, sénateur et consul, Paulin était loin de penser qu’il pût y avoir une carrière plus honorable pour lui, plus profitable au monde, que celle où l’engageaient ainsi les traditions de son illustre famille. Et certes alors, au regard des sages de ce siècle, c’était une vie intègre, s’il en fut, que la sienne, entourée des plus nobles amitiés, soutenue par l’estime méritée des petits et des grands, trouvant son repos dans ce culte des lettres qui, dès les années de son adolescence, l’avait rendu l’honneur de la brillante Aquitaine où Bordeaux lui donna le jour. Combien, qui ne le valaient pas, sont aujourd’hui encore proposés pour modèles d’une vie laborieuse et féconde ?

Un jour, cependant, voici que ces existences qui semblent si remplies, n’offrent plus à Paulin lui-même que le spectacle d’hommes « tourbillonnant au milieu de jours vides, et, pour trame de leur vie, tissant d’œuvres vaines une toile d’araignée » ! Que s’est-il donc passé ? C’est qu’un jour, dans la fertile Campanie soumise à son gouvernement, Paulin s’est rencontré près de la tombe de l’humble prêtre proscrit jadis par cette Rome, dont les terribles faisceaux qu’on porte devant lui signifient la puissance ; et les flots d’une lumière nouvelle ont envahi son âme ; Rome et sa puissance sont rentrées dans la nuit, devant l’apparition « des grands droits du Dieu redoutable ». A plein cœur, le descendant des vieilles races qui soumirent le monde donne sa foi à Dieu ; le Christ qui se révèle à lui dans la lumière de Félix, a conquis son amour. Assez cherché, assez couru vainement : il trouve enfin ; et ce qu’il trouve, c’est que rien ne vaut mieux que de croire à Jésus-Christ.

Dans la droiture de sa grande âme, il ira jusqu’aux dernières conséquences de ce principe nouveau qui remplace pour lui tous les autres. Jésus a dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; et puis viens, suis-moi ». Paulin n’hésite pas. Ce n’est pas lui qui négligera le meilleur, et préférera le moindre ; parfait jusque-là pour le monde, pourrait-il maintenant ne point l’être pour Dieu ? A l’œuvre donc ! déjà ne sont plus à lui ces possessions immenses, que l’on appelait des royaumes ; les divers peuples de l’empire, chez qui s’étendaient au soleil ces incalculables richesses, sont dans la stupeur d’un commerce nouveau : Paulin vend tout, pour acheter la croix et suivre avec elle son Dieu. Car, il le sait : l’abandon des biens de ce monde n’est que l’entrée du stade, et non la course elle-même ; l’athlète n’est pas vainqueur par le seul fait qu’il laisse ses habits, mais il ne se dépouille que pour commencer à combattre ; et le nageur a-t-il donc passé le fleuve, parce que déjà il est nu sur le bord ?

Paulin, dans son empressement, a coupé plutôt qu’il n’a détaché le câble qui retenait sa barque au rivage. Le Christ est son nautonier. Aux applaudissements de sa noble épouse Thérasia, qui ne sera plus que sa sœur et son émule, il vogue jusqu’au port assuré de la vie monastique, ne songeant qu’à sauver son âme. Un seul point le tient encore en suspens : se retirera-t-il à Jérusalem, où tant de souvenirs semblent appeler un disciple du Christ ? Mais, avec la franchise de sa forte amitié, Jérôme qu’il a consulté lui répond : « Aux clercs les villes, aux moines la solitude. Ce serait une suprême folie que de quitter le monde, pour vivre au milieu d’une foule plus grande qu’auparavant. Si vous voulez être ce qu’on vous nomme, c’est-à-dire moine, c’est-à-dire seul, que faites-vous dans les villes, qui, à coup sûr, ne sont pas l’habitation des solitaires, mais de la multitude ? Chaque vie a ses modèles. Nos chefs à nous sont les Paul et les Antoine, les Hilarion et les Macaire ; nos guides, Élie, Élisée, tous ces fils des Prophètes qui habitaient dans la campagne et les solitudes, et dressaient leurs tentes près des bords du Jourdain » .

Paulin suivit les conseils du solitaire de Bethléhem ; préférant son titre de moine à l’habitation même de la cité sainte, il chercha le petit champ dont lui parlait Jérôme, au territoire de Nole, mais en dehors de la ville, près de la glorieuse tombe où il avait vu la lumière. Jusqu’à son dernier jour, Félix lui tiendra lieu ici-bas de patrie, d’honneurs, de fortune, de parenté. C’est dans son sein, comme dans un nid très doux, qu’il fera sa croissance, changeant par la vertu de la divine semence du Verbe qui est en lui sa forme terrestre, et recevant dans son être nouveau les célestes ailes, objet de son ambition, qui relèveront jusqu’à Dieu. Que le monde ne compte plus sur lui pour relever ses fêtes, ou lui confier ses charges : absorbé dans la pénitence et l’humiliation volontaire, l’ancien consul n’est plus que le dernier des serviteurs du Christ et le gardien d’un tombeau.

A la nouvelle d’un pareil renoncement donné en spectacle au monde, la joie fut grande parmi les saints du ciel et de la terre ; mais non moindre se manifesta l’étonnement indigné, le scandale des politiques, des prudents du siècle, de tant d’hommes pour qui l’Évangile ne vaut, qu’autant qu’il ne heurte pas les préjugés à courte vue de leur sagesse mondaine. « Que vont dire les grands ? écrivait saint Ambroise. D’une telle famille, d’une telle race, si bien doué, si éloquent, quitter le sénat, arrêter la succession d’une pareille suite d’ancêtres : cela ne se peut supporter. Voilà bien ces hommes, qui, quand il s’agit de leurs fantaisies, ne trouvent point étrange de s’infliger les transformations les plus ridicules ; arrive-t-il qu’un chrétien soucieux de la perfection change de costume, ils crient à l’indignité ! »

Paulin ne s’émut point de ces attaques, pas plus qu’il ne compta que son exemple serait suivi d’un grand nombre. Il savait que Dieu manifeste en quelques-uns ce qui pourrait profiter à tous, s’ils le voulaient, et que cela suffit à justifier sa Providence. Comme le voyageur ne se laisse point détourner de sa route par les aboiements des chiens qui le regardent passer, ceux, disait-il, qui s’engagent dans les étroits sentiers du Seigneur doivent négliger les réflexions des profanes et des sots, se félicitant de déplaire à qui Dieu déplaît ; l’Écriture nous suffit pour savoir que penser d’eux et de nous.

Résolu de ne point répondre, et de laisser les morts ensevelir leurs morts, une exception toutefois s’imposa au cœur de notre saint, par le côté des sentiments les plus délicats, en faveur d’Ausone son ancien maître. Paulin était resté l’élève préféré du rhéteur fameux à l’école de qui venaient se former, dans ces temps, les empereurs eux-mêmes ; Ausone toujours s’était montré pour lui un ami, un père ; l’âme transpercée par le départ de ce fils de sa tendresse, le vieux poète avait exhalé ses plaintes en des accents qui touchèrent celui-ci.

Paulin voulut tâcher d’élever cette âme qui lui était chère au-dessus des futilités de la forme, et des mythologiques vanités où continuait de s’enfermer sa vie ; il justifia donc sa démarche dans un poème dont la grâce exquise devait charmer Ausone, et l’amener peut-être à goûter la profondeur du sens chrétien, qui inspirait à son ancien élève une poésie si nouvelle pour le disciple attardé d’Apollon et des Muses.

 

 

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Saint Louis de Gonzague confesseur

21 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Louis de Gonzague confesseur

Collecte

Ô Dieu, vous distribuez les biens célestes, et vous avez réuni dans le jeune et angélique Louis, une merveilleuse innocence à la pratique de la mortification : faites, qu’en nous appuyant sur ses mérites et son intercession : si nous n’avons pas sa pureté, nous imitions au moins sa pénitence.

Lecture Sg. 31, 8-11

Heureux l’homme qui a été trouvé sans tache, qui n’a pas couru après l’or, et qui n’a pas mis son espérance dans l’argent et dans les trésors. Qui est-il ? Et nous le louerons, car il a fait des choses merveilleuses durant sa vie. Il a été éprouvé par l’or et trouvé parfait, il aura une gloire éternelle ; il a pu violer la loi, et il ne l’a point violée ; il a pu faire le mal, et il ne l’a pas fait. C’est pourquoi ses biens ont été affermis dans le Seigneur, et toute l’assemblée des saints publiera ses aumônes.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Louis, fils de Ferdinand de Gonzague, marquis de Castiglione et d’Esté, parut naître au ciel avant de naître à la terre, car sa vie se trouvant en danger, on se hâta de le baptiser. Il garda avec tant de fidélité cette première innocence, qu’on l’aurait cru confirmé en grâce. Dès qu’il eut l’usage de sa raison il s’en servit pour s’offrir à Dieu, et mena chaque jour une vie plus sainte. A l’âge de neuf ans, il fit, à Florence, devant l’autel de la bienheureuse Vierge, qu’il ne cessa d’honorer comme sa mère, le vœu d’une perpétuelle virginité ; par un insigne bienfait du Seigneur, il devait la conserver sans qu’aucune révolte du corps ou de l’âme vînt jamais l’éprouver. Il se mit, dès cet âge, à réprimer si fortement les autres troubles intérieurs, qu’il n’en ressentit, dans la suite, plus même le premier mouvement. Il maîtrisait si bien ses sens et surtout ses yeux, que, non seulement il ne regarda jamais Marie d’Autriche, quoiqu’il dût la saluer presque tous les jours pendant plusieurs années, étant au nombre des pages d’honneur de l’infant d’Espagne ; mais qu’il s’abstenait même de considérer le visage de sa propre mère. Aussi fut-il appelé à juste titre un homme sans la chair, ou un ange dans la chair.

Cinquième leçon. A la garde des sens, Louis joignait la mortification corporelle. Il jeûnait trois fois la semaine, se contentant d’ordinaire d’un peu de pain et d’eau ; mais, à vrai dire, son jeûne semble avoir été, en ce temps, perpétuel, puisque là quantité de nourriture prise à ses repas égalait à peine une once. Souvent aussi il déchirait sa chair, trois fois en un même jour, au moyen de cordes ou de chaînes ; quelquefois des laisses de chien lui servaient de discipline et des éperons remplaçaient pour lui le cilice. Trouvant sa couche trop molle, il y glissait secrètement des morceaux de bois, afin de la rendre plus dure et de s’éveiller plus tôt pour prier ; il passait en effet une grande partie de la nuit dans la contemplation des choses divines, couvert d’un seul vêtement, même au plus fort de l’hiver, demeurant à genoux sur le sol, ou bien encore courbé et prosterné par faiblesse ou fatigue. Parfois il gardait une complète immobilité dans la prière, trois, quatre ou cinq heures de suite, tant qu’il n’avait pas au moins durant une heure, évité toute distraction. La récompense de cette constance fut une stabilité d’esprit telle que sa pensée ne s’égarait jamais durant l’oraison, mais restait perpétuellement fixée en Dieu comme en une sorte d’extase. Pour s’attacher uniquement au Seigneur, Louis, ayant enfin triomphé des résistances de son père, après un très rude combat de trois années, et renoncé en faveur d’un frère à ses droits sur la principauté de ses ancêtres, vint à Rome s’associer à la Compagnie de Jésus, à laquelle il s’était entendu appeler par une voix céleste, lorsqu’il se trouvait à Madrid.

Sixième leçon. Dès le noviciat, on commença à le regarder comme un maître en toutes sortes de vertus Sa fidélité aux règles, et même aux moindres lois était d’une exactitude extrême ; son mépris du monde sans égal ; sa haine de lui même, implacable ; son amour pour Dieu, si ardent, qu’il consumait peu à peu ses forces corporelles. Aussi en vint-on à lui prescrire de détourner pour un temps sa Pensée des choses divines ; mais en vain s’efforçait-il de fuir son Dieu, qui partout se présentait à lui. Également animé d’une admirable charité envers le prochain, Louis contracta auprès des malades qu’il servait avec zèle dans les hôpitaux publics, un mal contagieux, qui dégénéra en une lente consomption. Au jour qu’il avait prédit, le treize des calendes de juillet, au début de sa vingt-quatrième année, il passa de la terre au ciel, après avoir demandé qu’on le flagellât et qu’on le laissât mourir étendu sur le sol. Dieu le montra à sainte Madeleine de Pazzi en possession d’une si grande gloire, que la sainte n’aurait pas cru qu’il y en eût de semblable en paradis. Elle affirma qu’il avait été d’une sainteté extraordinaire, et que la charité avait fait de lui un martyr inconnu. De nombreux et éclatants miracles le rendirent illustre et leur preuve juridique décida Benoît XIII à inscrire aux fastes des Saints cet angélique jeune homme, et à le donner, principalement à la jeunesse studieuse, comme un modèle d’innocence et de chasteté, en même temps qu’un protecteur.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Septième leçon. La virginité est bonne, j’en conviens avec toi ; et même elle vaut mieux que le mariage, je te l’accorde aussi volontiers ; et s’il est permis, j’ajouterai qu’elle est supérieure au mariage, autant que le ciel est au-dessus de la terre, autant que les Anges sont au-dessus des hommes en excellence ; et s’il reste quelque chose à ajouter après cela, au lieu de dire autant, je dirai encore plus. Car s’il n’y a ni épouses ni époux parmi les Anges, il faut dire aussi qu’ils ne sont pas formés de chair et de sang. En outre, ils n’habitent point sur la terre, ils ne sont pas sujets aux troubles des sens et aux désordres des passions. Ils n’ont pas besoin de manger et de boire ; ils ne sont point tels qu’une voix douce, une molle harmonie, un beau visage puissent les charmer : en un mot, aucun attrait de ce genre ne les séduit.

Huitième leçon. Mais l’espèce humaine, bien qu’elle soit naturellement inférieure à ces esprits bienheureux, met toute sa force et toute son application à leur ressembler, autant qu’elle en est capable. Comment cela ? Les Anges ne connaissent point l’union conjugale ; ni les vierges non plus. Les Anges, toujours en présence de Dieu, sont tout à son service ; les vierges font de même. Si les vierges, tant que le poids du corps les retient en bas ne peuvent monter dans-le ciel, une compensation, et très grande, les console ; car il leur est permis, pourvu qu’elles soient pures d’esprit et de corps, de recevoir le roi du ciel. Vois-tu l’excellence de la virginité ? Comme elle relève les habitants de la terre, au point d’assimiler ceux qui sont revêtus d’un corps aux pures intelligences !

Neuvième leçon. Car, en quoi, je le demande, Élie, Élisée, Jean, ces véritables amateurs de la virginité, diffèrent-ils des Anges ? En rien, sinon qu’ils étaient de nature mortelle. Si quelqu’un s’applique à chercher en eux d’autres différences, il ne les trouvera pas autrement doués que ces esprits bienheureux. Et même, ce en quoi ils paraissent d’une condition inférieure doit leur être compté comme un grand mérite. En effet, pour que des habitants de la terre puissent arriver à la hauteur de cette vertu, à force d’énergie et d’application, vois de quelle force, de quelle sagesse de conduite il faut qu’ils soient pourvus.

Oh ! combien grande est la gloire de « Louis fils d’Ignace ! Je ne l’aurais jamais cru, si mon Jésus ne me l’avait montrée. Je n’aurais jamais cru qu’il y eût dans le ciel de gloire aussi grande ». C’est Madeleine de Pazzi, dont nous célébrions il y a moins d’un mois la mémoire, qui s’exprime ainsi dans l’une de ses admirables extases. Des hauteurs du Carmel, d’où sa vue plonge par delà les cieux, elle révèle au monde l’éclat dont rayonne au milieu des célestes phalanges le jeune héros que nous fêtons en ce jour.

Et pourtant, la vie si courte de Louis n’avait semblé offrir aux yeux distraits du grand nombre que les préliminaires, pour ainsi dire, d’une existence brisée dans sa fleur avant d’avoir donné ses fruits. Mais Dieu ne compte pas comme les hommes, et leurs appréciations sont de peu de poids dans ses jugements. Pour ses saints mêmes, le nombre des années, les actions éclatantes, remplissent moins une vie à ses yeux que l’amour. L’utilité d’une existence humaine ne doit-elle pas s’estimer, par le fait, à la mesure de ce qu’elle produit de durable ? Or, au delà du temps la charité reste seule, fixée pour jamais au degré d’accroissement que cette vie passagère a su lui donner. Peu importe donc si, sans la durée, sans les œuvres qui paraissent, l’élu de Dieu développe en lui l’amour autant et plus que tel autre dans les labeurs, si saints qu’ils soient, d’une longue carrière admirée par les hommes.

L’illustre Compagnie qui donna Louis de Gonzague à l’Église, doit la sainteté de ses membres et la bénédiction répandue sur leurs œuvres, à la fidélité qu’elle professa toujours pour cette importante vérité où toute vie chrétienne doit chercher sa lumière. Dès le premier siècle de son histoire, il semble que le Seigneur Jésus, non content de lui laisser prendre pour elle son nom béni, ait eu à cœur de faire en sorte qu’elle ne pût oublier jamais où résidait sa vraie force, dans la carrière militante et active entre toutes qu’il ouvrait devant elle. Les œuvres resplendissantes d’Ignace son fondateur, de François Xavier l’apôtre des Indes, de François de Borgia la noble conquête de l’humilité du Christ, manifestèrent en eux à tous les regards une merveilleuse sainteté ; mais elles n’eurent point d’autre base que les vertus cachées de cet autre triumvirat glorieux où, sous l’œil de Dieu, par la seule force de l’oraison contemplative, Stanislas Kostka, Louis de Gonzague et Jean Berchmans s’élevèrent dans ce même siècle jusqu’à l’amour, et, par suite, jusqu’à la sainteté de leurs héroïques pères.

C’est encore Madeleine de Pazzi, la dépositaire des secrets de l’Époux, qui nous révélera ce mystère. Dans le ravissement où la gloire de Louis se découvre à ses yeux, elle continue sous le souffle de l’Esprit divin : « Qui jamais expliquera, s’écrie-t-elle, le prix et la puissance des actes intérieurs ? La gloire de Louis n’est si grande, que parce qu’il opérait ainsi au dedans. De l’intérieur à ce qui se voit, aucune comparaison n’est possible. Louis, tant qu’il vécut sur terre, eut l’œil attentif au regard du Verbe, et c’est pourquoi il est si grand. Louis fut un martyr inconnu : quiconque vous aime, mon Dieu, vous connaît si grand, si infiniment aimable, que ce lui est un grand martyre de reconnaître qu’il ne vous aime pas autant qu’il désire aimer, et que vous n’êtes pas aimé de vos créatures, mais offensé !... Aussi lui-même fit son martyre. Oh ! Combien il a aimé sur terre ! C’est pourquoi, maintenant au ciel, il possède Dieu dans une souveraine plénitude d’amour. Mortel encore, il déchargeait son arc au cœur du Verbe ; et maintenant qu’il est au ciel, ces flèches reposent dans son propre cœur. Car cette communication de la divinité qu’il méritait par les flèches de ses actes d’amour et d’union avec Dieu, maintenant, en toute vérité, il la possède et l’embrasse ».

Aimer Dieu, laisser sa grâce tourner notre cœur vers l’infinie beauté qui seule peut le remplir, tel est donc bien le secret de la perfection la plus haute. Et qui ne voit combien cet enseignement de la fête présente, répond au but que poursuit l’Esprit-Saint depuis sa venue dans les jours de la glorieuse Pentecôte ? Ce suave et silencieux enseignement, Louis le donna partout où s’arrêtèrent ses pas durant sa courte carrière. Né pour le ciel, dans le saint baptême, avant même que de naître complètement à la terre, il fut un ange dès son berceau ; la grâce, passant de lui dans les personnes qui le portaient entre leurs bras, les remplissait de sentiments célestes. A quatre ans, il suivait dans les camps le marquis son père ; et quelques fautes inconscientes, qui n’avaient pas même terni son innocence, devenaient, pour toute sa vie, le point de départ d’une pénitence qu’on eût prise pour l’expiation nécessaire au plus grand des pécheurs. Il n’avait que neuf ans, lorsque, conduit à Florence pour s’y perfectionner dans l’étude de la langue italienne, il se montra l’édification de la cour du duc François où grandissait alors la future reine de France, Marie de Médicis, plus jeune que Louis de quelques années ; les attraits de cette cour, la plus brillante de l’Italie, ne réussirent qu’à le détacher pour jamais du monde ; ce fut alors qu’aux pieds de la miraculeuse image de l’Annonciade, il consacra à Notre-Dame sa virginité.

L’Église elle-même, dans la Légende, nous dira le reste de cette vie où, comme il arrive toujours chez les âmes pleinement dociles à l’Esprit-Saint, la plus céleste piété ne fit jamais tort aux devoirs de la terre. C’est parce qu’il fut véritablement le modèle en tout de la jeunesse studieuse, que Louis mérita d’en être déclaré protecteur. Intelligence d’élite, fidèle au travail comme à la prière au milieu du tumulte des villes, il se rendit maître de toutes les sciences alors exigées d’une personne de sa condition. Des négociations épineuses concernant les intérêts de ce siècle, lui furent plus d’une fois confiées ; et l’on vit à quel point il eût excellé dans le gouvernement des hommes et le maniement des affaires. Là encore, il devait servir d’exemple à tant d’autres, que leurs proches ou de faux amis prétendent retenir sur le seuil de la vie religieuse par la considération du bien qu’ils sont capables de faire, du mal qu’ils pourraient empêcher : comme si le Très-Haut, pour sa part de réserve plus spéciale au milieu des nations, devait se contenter des nullités impuissantes ; comme si les aptitudes de la plus riche nature ne pouvaient pas toujours se retourner vers Dieu, leur principe, d’autant mieux et plus complètement qu’elles sont plus parfaites. Ni l’État, ni l’Église, au reste, ne perdent jamais rien à cette retraite pour Dieu, à cet abandon apparent des sujets les meilleurs : si, dans l’ancienne loi, Jéhovah se montrait jaloux qu’on offrit à son autel le meilleur en toute sorte de biens, ce n’était pas pour appauvrir son peuple ; qu’on le reconnaisse ou non, la principale force de la société, la source des bénédictions qui gardent le monde, résidera toujours dans ces holocaustes aimés du Seigneur.

« La prudence de l’homme lui tient lieu de cheveux blancs, dit le Sage ; la vieillesse vraiment vénérable ne s’estime point au nombre des années ». Et c’est pourquoi, ô Louis, vous occupez une place d’honneur parmi les anciens de votre peuple. Gloire de la Compagnie sainte au milieu de laquelle, en si peu de temps, vous remplîtes la course d’une longue existence, obtenez qu’elle continue de garder précieusement, pour elle et les autres, l’enseignement qui se dégage de votre vie d’innocence et d’amour. Le seul vrai gain de l’homme à la fin de sa carrière est la sainteté, et c’est au dedans que la sainteté s’acquiert ; les œuvres du dehors n’entrent en compte, pour Dieu, que selon la pureté du souffle intérieur qui les inspire ; si l’occasion fait défaut pour ces œuvres, l’homme peut y suppléer en se rapprochant du Seigneur, dans le secret de son âme, autant et plus qu’il n’eût fait par elles. Ainsi l’aviez-vous compris ; et l’oraison, qui vous tenait absorbé dans ses inénarrables délices, en vint à égaler votre mérite à celui des martyrs. Aussi, de quel prix n’était pas à vos yeux ce céleste trésor de l’oraison, toujours à notre portée comme il le fut à la vôtre ! Mais pour y trouver comme vous la voie abrégée de toute perfection, selon vos propres paroles, il y faut la persévérance et le soin d’éloigner de l’âme, par une répression généreuse de la nature, toute émotion qui ne serait pas de Dieu. Comment une eau bourbeuse ou agitée par les vents, reproduirait-elle l’image de celui qui se tient sur ses bords ? Ainsi l’âme souillée, et celle-là même qui, sans être l’esclave des passions, n’est point maîtresse encore de toute agitation provenant de la terre, n’arrivera point au but de l’oraison qui est de reproduire en elle l’image tranquille de son Dieu.

La reproduction du grand modèle fut parfaite en vous ; et l’on put constater combien la nature en ce qu’elle a de bon, loin de pâtir et de perdre, gagne au contraire à cette refonte au divin creuset. Même en ce qui touche les plus légitimes affections, vous n’aviez plus de regards du côté de la terre ; mais voyant tout en Dieu, combien les sens n’étaient-ils pas dépasses dans leur infirmité menteuse, et combien aussi par là même croissait votre amour ! Témoin vos suaves prévenances, ici-bas et du haut du ciel, pour l’admirable mère que vous avait donnée le Seigneur : où trouver plus de tendresse que dans les épanchements de la lettre si belle écrite par vous à cette digne mère d’un saint, dans les derniers jours de votre pèlerinage ? Et quelle délicatesse exquise ne vous conduisait pas à lui réserver votre premier miracle, une fois dans la gloire ! Par ailleurs, l’Esprit-Saint, en vous embrasant de tous les feux de la divine charité, développait en vous pour le prochain un amour immense ; caria charité est une ; et on le vit bien, quand vous sacrifiâtes votre vie pour les malheureux pestiférés.

Ne cessez pas, illustre Saint, d’assister nos misères ; soyez propice à tous. Conduite par le successeur de Pierre au pied de votre trône, la jeunesse surtout se réclame de votre puissant patronage. Dirigez ses pas sollicités en tant de sens contraires ; que la prière et le travail pour Dieu soient sa sauvegarde ; éclairez-la, lorsque s’impose à elle le choix d’un état de vie. Puissiez-vous, durant ces critiques années de l’adolescence, user pour elle largement de votre beau privilège et protéger dans vos dévots clients l’angélique vertu ! Enfin, ô Louis, que ceux-là même qui ne vous auront pas imité innocent, vous suivent du moins dans la pénitence, ainsi que l’Église le demande au Seigneur en ce jour de votre fête.

 

 

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Sainte Julienne Falconieri vierge mémoire de saint Gervais et saint Protais martyrs

19 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Julienne Falconieri vierge mémoire de saint Gervais et saint Protais martyrs

Collecte

Dieu, vous avez daigné réconforter admirablement par le Corps précieux de votre Fils la bienheureuse Julienne, votre Vierge, peinant sous le poids de sa dernière maladie : accordez-nous, nous vous en prions, par l’intercession de ses mérites, d’être nous aussi nourris et fortifiés dans l’agonie de la mort et ainsi de parvenir à la patrie céleste.

Office

Quatrième leçon. Julienne, de la noble famille des Falconiéri, eut pour père l’illustre fondateur de l’église dédiée à la Mère de Dieu saluée par l’Ange, monument splendide dont il fit tous les frais et qui se voit encore à Florence. Il était déjà avancé en âge, ainsi que Reguardata, son épouse, jusque-là stérile, lorsqu’on l’année mil deux cent soixante-dix, leur naquit cette enfant. Au berceau, elle donna un signe non ordinaire de sa sainteté future, car on l’entendit prononcer spontanément de ses lèvres vagissantes les très doux noms de Jésus et de Marie. Dès l’enfance, elle s’adonna tout entière aux vertus chrétiennes et y excella de telle sorte que saint Alexis, son oncle paternel, dont elle suivait les instructions et les exemples, n’hésitait pas à dire à sa mère qu’elle avait enfanté un ange et non pas une femme. Son visage, en effet, était si modeste, son cœur resta si pur de la plus légère tache, que jamais, dans tout le cours de sa vie, elle ne leva les yeux pour considérer le visage d’un homme, que le seul mot de péché la faisait trembler et qu’il advint un jour qu’au récit d’un crime, elle tomba soudain presque inanimée. Elle n’avait pas encore achevé sa quinzième année, que, renonçant aux biens considérables qui lui venaient de sa famille et dédaignant les alliances d’ici-bas, elle voua solennellement à Dieu sa virginité entre les mains de saint Philippe Béniti, et la première reçut de lui, l’habit dit des Mantellates.

Cinquième leçon. L’exemple de Julienne fut suivi par beaucoup de nobles femmes, et l’on vit sa mère elle-même se ranger sous la direction de sa fille. Aussi, leur nombre augmentant peu à peu, elle établit ces Mantellates en Ordre religieux, leur donnant pour vivre pieusement, des règles qui révèlent sa sainteté et sa haute prudence. Saint Philippe Béniti connaissait si bien ses vertus que, sur le point de mourir, il ne crut pouvoir recommander à personne mieux qu’à Julienne non seulement les religieuses, mais l’Ordre entier des Servîtes, dont il avait été le propagateur et le chef. Cependant elle n’avait sans cesse que de bas sentiments d’elle-même ; maîtresse des autres, elle servait ses sœurs dans toutes les occupations domestiques même les plus viles. Passant des jours entiers à prier, elle était très souvent ravie en extase. Elle employait le temps qui lui restait, à apaiser les discordes des citoyens, à retirer les pécheurs de leurs voies mauvaises et à soigner les malades, auxquels, plus d’une fois, elle rendit la santé en exprimant avec ses lèvres le pus qui découlait de leurs ulcères. Meurtrir son corps par les fouets, les cordes à nœuds, les ceintures de fer, prolonger ses veilles ou coucher sur la terre nue lui était habituel. Chaque semaine, pendant deux jours, elle n’avait pour seule nourriture que le pain des Anges ; le samedi, elle ne prenait que du pain et de l’eau, et, les quatre autres jours, elle se contentait d’une petite quantité d’aliments grossiers.

Sixième leçon. Cette vie si dure lui occasionna une maladie d’estomac qui s’aggrava et la réduisit à l’extrémité alors qu’elle était dans sa soixante-dixième année. Elle supporta d’un visage joyeux et d’une âme ferme les souffrances de cette longue maladie ; la seule chose dont elle se plaignit, c’était que, ne pouvant retenir aucune nourriture, le respect dû au divin Sacrement la tint éloignée de la table eucharistique. Dans son angoisse, elle pria le Prêtre de consentir au moins à lui apporter ce pain divin que sa bouche ne pouvait recevoir et à l’approcher de sa poitrine. Le Prêtre, ayant acquiescé à son désir, à l’instant même, ô prodige ! Le pain sacré disparut et Julienne expira, le visage plein de sérénité et le sourire aux lèvres. On connut le miracle lorsque le corps de la Vierge dut être préparé selon l’usage pour la sépulture : on trouva, en effet, au côté gauche de la poitrine, imprimée sur la chair comme un sceau, la forme d’une hostie représentant l’image de Jésus crucifié. Le bruit de cette merveille et de ses autres miracles lui attira la vénération non seulement des habitants de Florence, mais de tout l’univers chrétien ; et cette vénération s’accrut tellement pendant près de quatre siècles entiers, qu’enfin le Pape Benoît XIII ordonna qu’au jour de sa Fête il y eût un Office propre dans tout l’Ordre des servites de la Bienheureuse Vierge Marie. Sa gloire éclatant de jour en jour par de nouveaux miracles, Clément XII, protecteur généreux du même Ordre, inscrivit Julienne au catalogue des saintes Vierges.

Miraculeusement munie du viatique sacré, Julienne achève aujourd’hui son pèlerinage ; elle se présente aux portes du ciel, montrant sur son cœur l’empreinte laissée par l’Hostie. Florence, où elle naquit, voit briller d’un éclat nouveau le lis qui resplendit sur ses armes ; d’autres sont déjà venus, d’autres viendront encore manifester, par les sublimes vertus pratiquées en ses murs, que l’Esprit d’amour se complaît dans la ville des fleurs. Qui dira la gloire des montagnes formant à la noble cité cette couronne que les hommes admirent, et que les anges trouvent plus splendide encore ? Vallombreuse, et, par delà, Camaldoli, l’Alverne : forteresses saintes, au pied desquelles tremble l’enfer ; réservoirs sacrés des grâces de choix, gardés par les séraphins ! De là, plus abondantes et plus pures que les flots de l’Arno, s’épanchent sur cette heureuse contrée les eaux vives du salut.

Trente-sept années avant la naissance de Julienne, il sembla que Florence allait devenir, sous l’influence d’un tel voisinage, un paradis nouveau : tant la sainteté y parut commune, tant les prodiges s’y vulgarisèrent. Sous les yeux de l’enfer en furie, la Mère de la divine grâce, aimée, chantée par ses dévots clients, multipliait ses dons. Au jour de son Assomption, sept personnages des plus en vue par la noblesse, la fortune et les charges publiques, avaient été soudain remplis d’une flamme céleste qui les portait à se consacrer sans partage au culte de Notre-Dame ; bientôt, sur le passage de ces hommes disant adieu au monde, les enfants à la mamelle s’écriaient tout d’une voix dans la ville entière : « Voici les serviteurs de la Vierge Marie ! » Parmi les innocents dont la langue se déliait ainsi pour annoncer les mystères divins, était un nouveau-né de l’illustre famille des Benizi ; on le nommait Philippe, et il avait vu le jour en cette fête même de l’Assomption où Marie venait de fonder, pour sa louange et celle de son Fils, le très pieux Ordre des Servîtes.

Nous aurons à revenir sur cet enfant, qui fut le propagateur principal du nouvel Ordre ; car l’Église célèbre sa naissance dans le ciel au lendemain de l’Octave de la grande fête qui le vit naître ici-bas. Il devait être devant Dieu le père de Julienne. En attendant, les sept conviés de Marie au festin de la pénitence, tous fidèles jusqu’à la mort, tous inscrits eux-mêmes au catalogue des Saints, s’étaient retirés à trois lieues de Florence au désert du mont Senario. Là, Notre-Dame mit sept années à les former au grand dessein dont ils étaient, à leur insu, les instruments prédestinés. Durant un si long temps, selon le procédé divin tant de fois relevé par nous en ces jours, l’Esprit-Saint commença par éloigner d’eux toute autre pensée que celle de leur propre sanctification, les employant à la mortification des sens et de l’esprit dans l’exclusive contemplation des souffrances du Seigneur et de sa divine Mère. Deux d’entre eux descendaient chaque jour à la ville, pour y mendier leur pain et celui de leurs compagnons. L’un de ces mendiants illustres était Alexis Falconiéri, le plus avide d’humiliations parmi les sept. Son frère, qui continuait d’occuper un des principaux rangs parmi les citoyens, était digne du bienheureux et s’honorait de ces héroïques abaissements. Aussi le vit-on, avec le concours de la religieuse cité sans distinction de classes, doter d’une magnifique église la pauvre retraite que les solitaires du mont Senario avaient fini par accepter, comme pied-à-terre, aux portes de Florence.

Pour honorer le mystère où leur auguste Souveraine s’était elle-même déclarée la servante du Seigneur, les Servites de Marie voulurent qu’on y représentât sur la muraille la scène où Gabriel salua pleine de grâce dans son humilité l’impératrice de la terre et des cieux. L’Annonciade fut le nom du nouveau monastère, qui devint le plus considérable de l’Ordre. Entre les merveilles que la richesse et l’art des siècles suivants ont réunies dans son enceinte, le principal trésor reste toujours cette fresque primitive dont le peintre, moins habile que dévot à Marie, mérita d’être aidé par les anges. D’insignes faveurs, descendant sans interruption de l’image bénie, amènent jusqu’en nos temps la foule à ses pieds ; si la ville des Médicis et des grands-ducs, englobée dans le brigandage universel de la maison de Savoie, a gardé mieux que plusieurs autres l’ardente piété des beaux temps de son histoire, elle le doit à son antique madone, et à ses saints qui semblent composer à Notre-Dame un cortège d’honneur.

Ces détails étaient nécessaires pour faire mieux comprendre le récit abrégé où l’Église renferme la vie de notre Sainte. Née d’une mère stérile et d’un père avancé en âge, Julienne fut la récompense du zèle que ce père, Carissimo Falconiéri, avait déployé pour l’Annonciade. C’est près de la sainte image qu’elle devait vivre et mourir ; c’est près d’elle encore que reposent aujourd’hui ses reliques sacrées. Élevée par saint Alexis, son oncle, dans l’amour de Marie et de l’humilité, elle se dévoua dès son plus jeune âge à l’Ordre qu’avait fondé Notre-Dame, n’ambitionnant qu’un titre d’oblate, qui lui permît de servir au dernier rang les serviteurs et servantes de la Mère de Dieu ; c’est ainsi que, plus tard, elle fut reconnue comme institutrice du tiers-ordre des Servites, et se vit à la tête de la première communauté des Mantelées ou tertiaires de son sexe. Mais son influence auprès de Dieu s’étendit bien plus, et l’Ordre entier la salue comme sa mère ; car ce fut elle qui véritablement acheva l’œuvre de sa fondation, et lui donna stabilité pour les siècles à venir.

L’Ordre, en effet, que quarante années de miraculeuse existence et le gouvernement de saint Philippe Benizi avaient merveilleusement étendu, traversait alors une crise suprême, d’autant plus redoutable que de Rome même partait la tempête. Il s’agissait d’appliquer partout les canons des conciles de Latran et de Lyon, qui prohibaient l’introduction d’Ordres nouveaux dans l’Église ; l’établissement des Servites étant postérieur au premier de ces conciles, Innocent V résolut leur suppression. Déjà défense avait été faite aux supérieurs de recevoir aucun novice à la profession ou à la vêture ; et, en attendant la sentence définitive, les biens de l’Ordre étaient considérés d’avance comme dévolus au Saint-Siège. Philippe Benizi allait mourir, et Julienne n’avait pas quinze ans. Toutefois, éclairé d’en haut, le saint n’hésita pas : il confia l’Ordre à Julienne, et s’endormit dans la paix du Seigneur. L’événement justifia sa confiance : à la suite de péripéties qu’il serait long de rapporter, Benoît XI, en 1304, donnait aux Servîtes la sanction définitive de l’Église. Tant il est vrai que dans les conseils de la Providence ne comptent ni le rang, ni le sexe, ni l’âge ! La simplicité d’une âme qui a blessé le cœur de l’Époux, est plus forte en son humble soumission que l’autorité la plus haute, et sa prière ignorée prévaut sur les puissances même établies de Dieu.

Servir Marie était, ô Julienne, la seule noblesse qui arrêtât vos pensées ; partager ses douleurs, la récompense unique qu’ambitionnât en ses abaissements votre âme généreuse. Vos vœux furent satisfaits. Mais, du haut de ce trône où elle règne maintenant sur les hommes et les anges, celle qui se confessa la servante du Seigneur et vit Dieu regarder sa bassesse voulut aussi vous exalter comme elle-même au-dessus des puissants. Trompant l’obscurité silencieuse où vous aviez résolu de faire oublier l’éclat humain de votre naissance, votre gloire sainte éclipsa bientôt l’honneur, pourtant si pur, qui s’attachait dans Florence au nom de vos pères ; c’est à vous, humble tertiaire, servante des serviteurs de Notre-Dame, que le nom des Falconiéri doit d’être aujourd’hui connu dans le monde entier. Bien mieux : au pays des vraies grandeurs, dans la cité céleste où l’Agneau, par ses rayons inégalement distribués sur le front des élus, constitue les rangs de la noblesse éternelle, vous brillez d’une auréole qui n’est rien moins qu’une participation de la gloire de Marie. Comme elle fit en effet pour l’Église après l’Ascension du Seigneur, vous-même, en ce qui touche l’Ordre glorieux des Servîtes, laissant à d’autres l’action qui paraît au dehors et l’autorité qui régit les âmes, n’en fûtes pas moins dans votre humilité la maîtresse et la mère de la famille nouvelle que Dieu s’était choisie. Plus d’une fois dans le cours des âges la divine Mère voulut ainsi glorifier ses imitatrices, en faisant d’elles jusque-là, contre leur attente, ses copies très fidèles. Dans la famille confiée à Pierre par son divin Fils, Notre-Dame était la plus soumise au gouvernement du vicaire de l’Homme-Dieu et des autres Apôtres ; tous cependant savaient qu’elle était leur reine, et la source des grâces d’affermissement et d’accroissement répandues sur l’Église. De même, ô Julienne, la faiblesse du sexe et de l’âge n’empêcha point un Ordre puissant de vous proclamer sa lumière et sa gloire, parce que le Très-Haut, libre en ses dons, voulut accorder à votre jeunesse les résultats refusés à la maturité, au génie, à la sainteté de Philippe Benizi votre père.

Continuez votre aide à la famille pieuse des Servîtes de Marie. Étendez votre assistance bénie à tout l’Ordre religieux si éprouvé de nos jours. Que Florence garde par vos soins, comme son souvenir le plus précieux, celui des faveurs de Notre-Dame et des saints qu’a produits en elle la foi des vieux âges. Que toujours l’Église ait à chanter, pour des bienfaits nouveaux, la puissance que l’Époux divin daigna vous octroyer sur son Cœur. En retour de la faveur insigne par laquelle il voulut couronner votre vie et consommer en vous son amour, soyez propice à nos derniers combats ; obtenez-nous de ne point mourir sans être munis du viatique sacré. L’Hostie sainte, proposée par une autre Julienne à nos adorations plus spéciales en ces jours, illumine de ses feux toute cette partie du Cycle. Qu’elle soit l’amour de notre vie entière ; qu’elle nous fortifie dans la lutte suprême. Puisse notre mort être aussi le passage heureux du banquet divin d’ici-bas aux délices de l’union éternelle.

 

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L'hérésie au pouvoir

19 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

L'hérésie au pouvoir

 

DU TEMPS DES ARIENS L’ON ENTENDAIT DIRE QU’ILS AVAIENT LES ÉGLISES, MAIS QUE NOUS AVIONS LA FOI ; AU TEMPS DES NOUVEAUX « ARIENS » L’ON DIT, ILS ONT LES ÉGLISES ET ILS ONT L’AUTORITÉ, QU’ILS NOUS LAISSENT FAIRE L’EXPÉRIENCE DE LA FOI

 

Transcription de l'interview-vidéo accordée par Mgr Antonio Livi (professeur émérite de philosophie à l'Université Pontificale du Latran) à « The Wanderer » et publiée le 3 mai dernier sur le site espagnol http://caminante-wanderer. blogspot.it/ ainsi que sur Gloria Tv.

Nous avons maintenu le style parlé de l'interview, n'apportant que quelques minimes corrections formelles pour une formulation écrite plus fluide.

Question : La pastorale du Pape François déjà appliquée depuis des décennies au nord des Alpes mène à une Église moribonde. Pourquoi le Pape François ne s'en rend-il pas compte ?

A. Livi : Parce qu'il a été élu précisément pour cela. Il l'a dit : « mes frères cardinaux m'ont élu pour que je m'occupe des pauvres, pour que je fasse avancer la Réforme. » En réalité, c'est ce groupe de théologiens de Saint-Gall, en Suisse, Godfrie Danneels, Walter Kasper et d'autres, qui déjà lors de l'élection de Benoît XVI, avaient l'idée que le Pape qui allait pouvoir faire avancer une Réforme de l'Église au sens luthérien du terme, ce pourrait être lui, Bergoglio. Une réforme au sens luthérien. Parce que la pastorale ou la politique d'entente interreligieuse avec les luthériens puis avec tous les autres vise à faire en sorte que les luthériens soient appréciés et approuvés, et que le catholicisme soit toujours plus réduit et se repente de tous ses péchés. Officiellement, le théologien du Pape François, le plus à portée de main, Antonio Spadaro, le directeur de « Civiltà Cattolica », publie des articles de l'un de ses confrères jésuites, Giancarlo Pani, qui dit toujours : « L'Église, au XVIe siècle, s'est trompée, elle a péché à l'égard de Luther. Luther avait raison et maintenant il faut le remettre en valeur et faire ce qu'il voulait. Une Église sans sacerdoce, une Église sans magistère, une Église sans dogmes, une Église sans une interprétation officielle de l'Écriture Sainte, laissée aux mains des personnes qui l'interprètent selon l'esprit présumé qu'elle leur suggère. Une Église synodale, où prêtres, évêques, papes, ne sont pas des expressions du Sacré, mais de la politique, de la communauté qui élit, qui nomme.

Le Pape lui-même dit ceci : « Il faut arriver à une Église du peuple. » Mais le peuple est une image purement rhétorique.[révolutionnaire : « la cause du peuple »] On ne peut jamais savoir ce que veut le peuple, c'est-à-dire une multitude de personnes différentes. En politique aussi, l'expression « le peuple » est purement rhétorique, et encore davantage en théologie. Dire que le peuple a voulu changer la Messe – par exemple – est une sottise, cela n'a jamais été ni possible ni attesté. Dans le peuple il y a ceux qui, comme le Padre Pio en son temps, sont pleins de foi, et ceux qui n'ont aucune foi. Il y avait ceux qui, simplement, voulaient réformer les choses parce que la Messe en latin ne leur plaisait pas et qu'ils la voulaient en italien, mais ils ne comprenaient pas les paroles de la Messe, ni en latin, ni en italien. L'Église n'a jamais fait d'opération à caractère « démocratique », comme élire des personnes avec l'accord d'une base, et elle n'a jamais tiré ce qu'elle doit enseigner de ce que les gens pensent. L'Église doit enseigner ce qu'a dit Jésus. C'est tellement simple.

 

Q : Êtes-vous certain que l'élection du Pape François a été orchestrée ?

A. Livi : Oui, oui, j'en suis absolument certain. J'en suis certain entre autres à cause de nombreux témoignages. C'est une certitude historique. Les certitudes historiques se sont toujours fondées sur les témoignages. Les témoignages sont faillibles, mais pour moi il est très probable qu'il en soit ainsi. Personne n'a jamais proposé une thèse différente. Ce que l'on dit parfois, en revanche, et c'est une chose absurde, c'est que le Pape François a été élu parce que le Saint-Esprit l'a voulu. C'est une sottise. Le Saint-Esprit inspire tous les hommes afin qu'ils fassent le bien, mais tous les hommes ne font pas ce que le Saint-Esprit leur inspire : certains font de bonnes choses et certains font de mauvaises choses. Si je pense au cardinal Kasper, qui était déjà hérétique avant et voulait détruire la sainte Messe, le mariage, la communion et le droit canon, et maintenant le Pape dit qu'il est son théologien par excellence et il lui fait organiser le Synode sur la famille, je me dis : c'est quelque chose de complètement orchestré. Car après cela se répercute sur tout : la reconnaissance de Luther, préparer une Messe dans laquelle la consécration n'est plus la consécration, où l'on élimine le terme de « sacrifice » et que cela plaise aux luthériens. C'est la même chose que ce qui s'était passé avec Paul VI qui, dans la Commission du Concile Vatican II présidée par Annibale Bugnini, qui devait préparer le Novus Ordo Missæ, avait fait entrer des luthériens, qui avaient pour mission de dire ce qui leur plaisait et ce qui ne leur plaisait pas dans la Messe catholique. C'est absurde ! On voit alors que c'est un plan très bien orchestré, qui ne date pas de maintenant. Cela vient du début des années soixante. Pendant plus de cinquante ans les théologiens hérétiques, mauvais, ont tenté de conquérir le pouvoir et maintenant ils l'ont conquis. C'est pourquoi je dis : l'hérésie au pouvoir. Ce ne sont pas les Papes qui sont hérétiques. Je n'ai jamais dit cela d'aucun Pape. Ce sont les Papes qui ont subi cette influence et ne s'y sont pas opposés. Ils ont écouté cette idée folle de Jean XXIII, qui disait : affirmons la doctrine de toujours, mais sans condamner personne. C'est impossible : la condamnation fait partie de l'explication du dogme, c'est l'autre face de la même médaille. Si l'on veut appliquer le dogme aux temps modernes, où il y a des hérésies, il faut forcément les condamner. Ne rien condamner revient à tout approuver. Tout approuver signifie qu'il n'y a plus de foi catholique.

 

Q : Vous avez parlé d'hérésie au pouvoir. Que voulezvous dire ?

A. Livi : Je veux dire hérésie non pas de personnes qui professent l'hérésie formellement parce que celles-ci, si elles sont des autorités ecclésiastiques, seraient toutes excommuniées et perdraient leur rôle, mais des hérésies qui sont formellement et avec insistance professées par des théologiens qui ont eu beaucoup de pouvoir au début du Concile Vatican II, grâce ou à cause de Jean XXIII, puis dans l'après Concile car tous les Papes de l'après Concile ont continué de traiter avec respect les théologiens hérétiques. Certains, même, comme Benoît XVI, tant comme Préfet de la CDF que comme Pape, maintenaient une position orthodoxe et pieuse dans l'adoration de Dieu et dans le respect de la sacralité de l'Incarnation, mais ensuite, affectivement, ils étaient très unis à ces théologiens (hérétiques). Quand Benoît XVI, en tant que Pape, parle de Karl Rahner, il dit simplement que tous deux étaient d'accord pour aider les évêques à orienter le Concile dans une certaine direction, une direction horrible, et qu'ensuite ils se sont séparés seulement pour certains désaccords.

Benoît XVI, en tant que Pape, a même dit que Hans Küng lui a demandé de changer le dogme de l'infaillibilité et qu'il lui a répondu : « Oui, nous y réfléchirons. » Je veux dire : tous les Papes ont eu non pas une attitude sévère de condamnation des théologiens néo-modernistes mais d'estime et de compréhension. Je n'ai jamais fait dans mes livres de condamnations de personnes. Je condamne les théories, quand les théories sont objectivement incompatibles avec le dogme catholique. Les intentions et le lien avec la personnalité ne m'intéressent pas. Je suis un expert de logique et je peux seulement examiner une proposition, une méthode, et en cela je dis des choses qui sont absolument vraies et incontestables. Quand je critique les tendances à l'hérésie de Benoît XVI, je n'ignore pas qu'il est un saint et qu'il a fait beaucoup de bonnes choses dans la pastorale pour l'Église, et qu'il a eu toujours de bonnes intentions. Mais cela n'enlève rien au fait qu'il a toujours manifesté de la sympathie pour le néo-modernisme qui consiste substantiellement en deux choses : - Ignorer la métaphysique et vouloir expliquer le dogme avec des critères herméneutiques portant de l'existentialisme et de la phénoménologie. - Ignorer – chose terrible et très laide – les prémisses rationnelles de la foi, c'est-à-dire ce que saint Thomas appelle les « præambula Fidei ». Par conséquent, quand on parle de Dieu, il y a seulement la Foi, il n'y a pas le savoir qu'il y a Dieu, comme le Dogme du Concile Vatican I l'affirme en consolidant toute la doctrine de l'Église.

 

Q : Jean XXIII a dit que l'Église ne condamne personne, mais aujourd'hui l'hérésie au pouvoir condamne ceux qui défendent la doctrine catholique. Que s'est-il passé ?

A. Livi : Depuis Jean XXIII, il y a l'idée que la pastorale de l'Église consiste à traduire le dogme en un langage compréhensible, acceptable par l'homme moderne – ce qui est un mythe, une fantaisie – et à trouver le bien même dans les positions théorétiques les plus contraires au dogme. C'est une pastorale, et en tant que pastorale, je considère qu'elle est erronée et nocive pour l'Église, mais en tant que théorie, c'est une activité, une praxis erronée mais qui n'est pas soutenue par l'infaillibilité comme la doctrine. La praxis peut être erronée parce que c'est un acte dérivant d'un jugement prudentiel qui peut être jugé erroné par qui fait d'autres jugements prudentiels, comme les miens, qui ne sont pas des jugements soutenus par l'infaillibilité. Ainsi quand je critique cette pastorale qui me semble désastreuse, j'utilise des jugements, des adjectifs et des adverbes qui font comprendre quelles sont mes opinions. Dieu jugera mais il n'y a rien de dogmatique dans le fait de juger l'opportunité d'une ligne pastorale. Ceux qui font du mal à l'Église, ce sont ceux qui considèrent dogmatiquement la pastorale du Concile et des Papes suivants comme la seule nécessaire et parlent de « nouvelle Pentecôte de l'Église » et d'« événements du Saint-Esprit », comme si ces jugements prudentiels, que je considère erronés, étaient au contraire dogmatiquement infaillibles et même saints, et la seule chose que l'Église puisse faire.

C'est pourquoi ensuite il y a une oppression envers ceux qui critiquent. Ils critiquent une opinion légitime, au nom d'une opinion illégitime, qui est de penser que l'Église devrait forcément appliquer ce type de pastorale fondée sur des choses absurdes comme la notion d'« homme moderne », qui n'existe pas. Il y a une grande diversité d'hommes modernes en Europe. La culture de la Pologne, celle de la Hongrie, celle de la Slovénie, celle de Paris, sont complètement différentes. Ils pensent que l'homme moderne serait le parisien, l'homme de Francfort… ignorant complètement l'Afrique, l'Amérique latine, une grande partie de l'Asie, ignorant que dans les consciences de tous les hommes, il y a beaucoup plus que ce qu'on lit dans les journaux, dans les magazines, dans les publications académiques. Par exemple penser que l'homme moderne est athée, c'est faux, me semble-t-il. Tout homme a la certitude que Dieu existe sur la base du sens commun. Ensuite il peut s'éloigner de lui. Un pasteur d'âmes qui confesse les mourants le sait très bien. Même Voltaire, au dernier moment, a demandé un prêtre pour l'absoudre. Il savait très bien que Dieu existe et que Jésus-Christ est Dieu.

 

Q : Pensez-vous que la théologie de Joseph Ratzinger pourrait être une voie de sortie de la crise actuelle ?

A. Livi : Absolument pas, à cause de ce que j'ai déjà dit. Déjà dans « Introduction au Christianisme » il montrait une culture catholique sous l'emprise de la culture protestante, et il agissait déjà dans la théologie avec le choix de combattre le néo-thomisme et la néo-scolastique, avec leurs præambula fidei et la théologie naturelle. Pour lui on passe directement de l'athéisme à la foi, ce que, dogmatiquement, l'Église n'accepte pas, comme l'affirme le Concile Vatican I ; l'Encyclique Fides et Ratio dit elle aussi le contraire. On ne passe pas de l'athéisme à la foi. On passe de la connaissance naturelle de Dieu à la foi seulement s'il y a les præambula fidei, si l'on cherche le salut et que l'on a la possibilité de comprendre la justesse du message du Christ.

Quoi qu'il en soit, il me semble que la pensée de Ratzinger peut être critiquée comme théologien ; autre chose est son action pastorale comme Préfet de la CDF puis comme Pape. Comme Pape, il a fait très peu de pastorale dogmatique. Il a fait de la pastorale que j'appelle « littéraire ». Il a produit des documents qui relèvent plus de la théologie que du magistère. Si l'on fait de la théologie et si l'on met son travail sur le même plan que celui des théologiens, on ne fait plus de magistère, qui consiste à reproposer le dogme et à l'expliquer. Ses encycliques sont à 90 % de la pure théologie, et il a employé une grande partie de son pontificat à écrire les trois volumes de « Jésus de Nazareth ».

 

Q : En 2005 le cardinal Ratzinger a proposé que les non croyants vivent eux aussi comme si Dieu existait. Comment peut-on faire cela ?

A. Livi : Avec le plus grand respect pour le cardinal Ratzinger – qui ensuite a répété cela en tant que Pape – c'est une sottise. On ne peut pas présenter aux hommes l'existence de Dieu comme une hypothèse. Ce n'est que du fidéisme. L'existence de Dieu est une certitude et il faut rappeler les hommes à la sincérité de leur coeur qui leur dit que Dieu existe et qu'ils ont le devoir de chercher toujours le vrai Dieu qui se manifeste dans l'histoire. Ce discours, Ratzinger l'a toujours tenu en parlant aux institutions politiques, économiques et sociales, car il a une juste préoccupation pour la doctrine sociale de l'Église et pour le bien commun, c'est-à-dire pour la justice sociale. Il disait donc que les personnes qui travaillent en politique, en économie, pour la justice sociale – si elles n'acceptent pas l'existence de Dieu et encore moins la foi chrétienne – devraient rester dans cette hypothèse (de l'existence). Ce qui n'a ni queue ni tête ! Celui qui admet l'hypothèse – tant le Pape que les athées – nie une vérité en sachant que c'est une vérité. Personne ne peut me convaincre qu'il y a vraiment quelqu'un qui, apodictiquement, nie l'existence de Dieu.

En France, dans les années soixante, Étienne Gilson, mon maître, écrivit un livre, L'Athéisme difficile, dans lequel il affirme qu'il est impossible pour un philosophe d'affirmer que Dieu n'existe pas. La source de la philosophie mondiale, qui vient de Grèce, part du présupposé que Dieu existe.

 

Q : L'année dernière, vous avez dénoncé la persécution (1) contre votre personne et contre ceux qui ne s'alignent pas sur la dictature du relativisme. Cette persécution continue-telle ?

A. Livi : C'est de pire en pire, et cette persécution se justifie par certaines affirmations imprudentes du Pape actuel. Tous ceux qui sont fidèles à la doctrine, au droit canon, et veulent que les certitudes de la Foi ne soient pas mises de côté, sont carrément accusés d'hérésie. Hérésie pélagienne et gnostique.[l’inversion accusatoire] En vérité le Pape en a après ceux qui sont animés de bonnes intentions et qui ont signé d'abord les Dubia, puis la Correctio Filialis, et à qui il répond en disant : « vous êtes des fanatiques ». Le Pape et tous les autres ignorent que dans la foi de l'Église il y a deux niveaux. Il y a le niveau du dogme, les certitudes absolues, qui sont peu nombreuses. Et il y a le niveau des explications et des applications du dogme qui arrivent jusqu'à la pastorale ; celles-ci sont nombreuses mais elles concernent uniquement ce qui est accidentel. Sur ce qui est substantiel, en revanche, il ne peut pas y avoir des écoles de pensée. La Foi de l'Église est toujours la même, et ceux qui lui sont attachés ne doivent pas être réprimandés, ils ne doivent pas être persécutés ; on doit les aider à accomplir leur devoir et il faut leur rendre raison. Il arrivera un temps où un Pape le fera. Quand Dieu le voudra.

 

Q : Qu'arrive-t-il à ceux qui ne s'alignent pas ? En quoi consistent les persécutions ?

A. Livi : Et bien désormais tout le monde a pu le voir. Nous pensons à ce qui est arrivé aux Franciscains de l'Immaculée et à tous ceux qui, en écrivant des livres et en faisant une pastorale de clarification et de dépassement de la désorientation pastorale, ont vu leurs publications et leurs conférences interdites dans beaucoup de diocèses. Moi, par exemple, je dirige une collection de livres intitulée « Divinitas Verbi », qui a déjà produit six numéros. Ils ont été refusés par les librairies catholiques, qui ne les mettent même pas en vitrine. La « Civiltà Cattolica » ne les cite même pas parmi les livres qu'elle a reçus. C'est significatif. « Avvenire » les combat carrément.

En Italie, toute la presse catholique officielle (Civiltà Cattolica, Avvenire, Famiglia Cristiana, les Edizioni Paoline…) pratique un ostracisme envers cette bonne doctrine, ou bien la nomme de façon péjorative comme si elle avait été produite par un fou. Le quotidien de la CEI, qui reçoit tous les pires traîtres à la foi et les exalte comme des exemples qui font avancer la réforme de l'Église, lorsque j'ai écrit que je n'aimais pas qu'Avvenire publie une catéchèse d'Enzo Bianchi – qui pratique un athéisme déguisé en « bonisme » et dit expressément que Jésus est une créature ; que Dieu est devenu homme donc qu'il n'y a plus Dieu, mais seulement l'homme – m'a vigoureusement attaqué. Dans la page du courrier, que tout le monde lit, le directeur du journal a affirmé que j'étais un fou, un menteur, un méchant… moi qui ai écrit dans ce journal pendant plus de trente ans avant le « virage ».

Cette « conjuration du silence » envers les hommes comme moi devient limitante pour cet ostracisme qui nuit grandement au travail académique et éditorial, car si les livres ne sont pas mis en librairie et ne se vendent pas, il est inutile de les écrire. Ce qui compte, quoi qu'il en soit, c'est reconnaître l'hérésie et la pastorale qui la favorise. C'est ce qui est écrit dans la Correctio filialis « de hæresibus propagatis », c'est-à-dire que nous corrigeons le Pape, non pas parce qu'il est hérétique – chose que je ne dirai jamais – mais parce qu'il favorise par sa pastorale la propagation de l'hérésie. [pas hérétique mais complice…..ce qui revient quasi au même avec l’abus de son autorité qui aggrave la chose] Du reste il a mis au sommet de l'Église les pires hérétiques, auxquels il fait écrire ses encycliques.

 

Q : François a dit à Eugenio Scalfari que l'enfer n'existe pas. Cela fait-il de François un hérétique ?

A. Livi : Non. Il y aurait hérésie chez le Pape seulement s'il affirmait ces choses formellement. Il les laisse dire. Comme il l'a fait, par exemple, en laissant le Général des Jésuites dire qu'on ne sait pas quelle est la doctrine historique de Jésus parce qu'il n'y avait pas de magnétophones, ou que le démon est un symbole du mal. Ce ne sont donc pas des doctrines prononcées par lui qui, au contraire, dans Gaudete et exultate affirme que le démon est une personne vivante et vraie. Il les fait dire par d'autres dans le cadre d'une praxis. Une praxis fonctionnelle qui crée de la confusion et l'environnement favorable aux réformes qu'il veut réaliser, et quiconque veut s'y opposer est accusé d'être janséniste ou gnostique.

Entretien de Mgr Antonio Livi du 2 mai 2018, publié le 3 mai.

Sources : The Wanderer / Courrier de Rome n° 611 de juin 2018

 

Note de la rédaction: Une analyse claire, mais qui omet de conclure que celui, qui favorise, qui enseigne, qui ne condamne pas l'hérésie, qui s'entourent des pires hérétiques, ne peut être lui-même exempt d'hérésie et cela est parfaitement incompatible avec le Souverain Pontificat.

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Saint Ephrem le Syrien diacre confesseur et docteur mémoire des saints Marc et Marcellin martyrs

18 Juin 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ephrem le Syrien diacre confesseur et docteur mémoire des saints Marc et Marcellin martyrs

Collecte

O Dieu, vous avez voulu illustrer votre Église par l’admirable érudition et les mérites éclatants du bienheureux Éphrem, votre Confesseur et Docteur : nous vous en supplions, daignez à son intercession la défendre par votre constant secours contre les embûches de l’erreur et de la dépravation.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Éphrem de nationalité syrienne naquit à Nisibi, ville de Mésopotamie. Son père, qui était prêtre des idoles en même temps qu’il s’adonnait aux travaux des champs le chassa de sa demeure. Il était alors jeune encore, et il se rendit chez l’évêque saint Jacques de qui il reçut le baptême. Il fit en peu de temps de tels progrès dans la sainteté et dans la science, qu’il ne tarda pas à être chargé d’enseigner dans la florissante école de Nisibi. Après la mort de l’évêque Jacques, les Perses s’étant emparés de Nisibi, Éphrem partit pour Édesse : il y demeura quelque temps parmi les moines de la montagne, puis, pour se soustraire à des visites trop nombreuses, embrassa la vie érémitique. Ordonné diacre de l’Église d’Édesse et refusant par humilité le sacerdoce, il brilla de l’éclat de toutes les vertus et s’appliqua à acquérir, par la vraie pratique de la sagesse, la piété et la religion. Fixant en Dieu seul toute son espérance, il dédaignait tout ce qui est humain et éphémère, et aspirait assidûment à ce qui est divin et éternel.

Cinquième leçon. Une inspiration divine le conduisit à Césarée, en Cappadoce. Là il rencontra Basile le porte-parole de l’Église, et tous deux se lièrent d’une heureuse amitié. A cette époque, d’innombrables erreurs assaillaient l’Église de Dieu. Pour les réfuter et pour expliquer avec soin les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Éphrem publia de nombreux travaux écrits en syrien et presque tous traduits en grec ; saint Jérôme atteste qu’il s’acquit ainsi une telle célébrité que, dans certaines églises, on faisait la lecture publique de ses écrits après celle des Saintes Écritures.

Sixième leçon. Ces publications, pleines d’une doctrine si lumineuse, méritèrent à ce grand Saint que, de son vivant déjà, on l’honora comme un Docteur de l’Église. Il composa aussi des hymnes poétiques en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie et des Saints, ce qui lui valut d’être justement appelé par les Syriens, la cithare du Saint-Esprit, et se fit surtout remarquer par son extraordinaire et tendre dévotion à la Vierge immaculée. Il mourut plein de mérites à Édesse, en Mésopotamie, le quatorze des calendes de juillet, sous le règne de Valens. Cédant aux instances de nombreux Cardinaux, Patriarches, Archevêques, Évêques, abbés et familles religieuses, le Pape Benoît XV, après avoir pris l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, le déclara Docteur de l’Église universelle.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Éphrem de Syrie, Diacre.

Septième leçon. C’est une grande chose que d’entreprendre une bonne œuvre et de lui donner son achèvement, d’être agréable à Dieu et utile au prochain, de plaire enfin à notre souverain et très doux Maître le Christ Jésus qui a dit : Vous êtes le sel de la terre et les colonnes des cieux. Le labeur que tu poursuis dans l’affliction, très cher [frère, passe] comme un songe, mais le repos qui suivra ton labeur est indescriptible et inestimable. Veille donc attentivement sur toi-même, afin de ne point repousser l’un et perdre l’autre, en ne recherchant ni l’un ni l’autre, à savoir le contentement présent et la joie éternelle. Efforce-toi plutôt d’acquérir la vertu parfaite, ornée et caractérisée par toutes les dispositions que Dieu aime. Si tu y parviens, jamais tu ne provoqueras la colère de Dieu, ni ne feras tort à ton prochain. ’

Huitième leçon. Cette vertu [de charité] est appelée la seule vertu ; elle est dite d’une beauté unique car elle possède en soi la splendeur des diverses vertus. Le diadème des rois ne peut être achevé sans que des pierres précieuses et des perles brillantes y soient enchâssées et entrelacées, ainsi cette vertu unique ne peut-elle subsister sans l’éclat de vertus variées. Elle est assurément comparable à un diadème royal. Car de même que celui-ci ne peut scintiller entièrement sur la tête royale si une pierre ou une perle y fait défaut, de même cette unique vertu ne peut être appelée vertu parfaite, si elle n’a la gloire de réunir les autres vertus. Et semblablement dans un somptueux festin où les condiments les plus exquis ont été préparés mais où le sel fait défaut, comme ces mets précieux ne sauraient être mangés sans sel, ainsi, une vertu qui paraîtrait complète et posséder l’honneur et la gloire d’autres vertus variées, resterait assurément vile et méprisable, si l’amour de Dieu et du prochain en était absent.

Neuvième leçon. Quelques-uns sont parvenus à cette vertu et cherchant à l’orner comme on orne tout alentour un diadème royal, ils ont possédé en grande partie la parure qui lui convient. Mais, dans la suite, à l’occasion d’un objet quelconque, sûrement très méprisable, ils ont laissé décliner entièrement une vertu si précieuse. Leur âme s’est trouvée attachée aux sollicitudes terrestres et leur vertu arrêtée par des liens si vils, n’a pu entrer au ciel. Sois donc plein d’attention et de vigilance, mon très cher [frère], de peur qu’en t’embarrassant dans des entraves analogues, tu n’ouvres à l’ennemi en quête d’une proie et-que tu ne perdes cette vertu admirable et illustre recherchée par toi au prix de tant de labeurs ; de peur encore que tu ne la rendes incapable, ta vertu, de pénétrer dans les parvis célestes et que tu ne la places plutôt avec le rouge de la confusion devant le trône de l’époux divin, ou enfin que tu la laisses fixée à la terre par un cheveu. Donne-lui au contraire, l’essor d’une confiance, que rien n’empêche, ainsi qu’une voix élevée, afin qu’elle parvienne avec exultation au lieu du repos et puisse réclamer à haute voix sa récompense.

Cette fête a été introduite dans le Missel par Benoît XV, après que, dans une touchante encyclique, il eut orné saint Éphrem de l’auréole des docteurs. A la vérité, cet illustre champion de l’orthodoxie en Syrie contre les trompeuses menées des Ariens, avait obtenu dès l’antiquité, surtout en Orient, la renommée de Maître de l’Église universelle ; et non seulement les Syriens, mais aussi les Byzantins, les Slaves, les Arméniens et les Coptes avaient accueilli, dans leurs livres liturgiques, les compositions mélodiques du célèbre diacre d’Édesse, appelé pour cela la « cithare du Saint-Esprit ».

A la gloire de saint Éphrem manquait pourtant le dernier sceau que seule la Rome papale peut donner ; il vint enfin et y mit le comble. Benoît XV, en proclamant à la face du monde les mérites de saint Éphrem, en cette année 1920 où se célébraient les fêtes centenaires de saint Jérôme, compara entre eux ces deux grands personnages et fit remarquer que tous deux furent moines et vécurent en Syrie. — Jérôme est, de peu, postérieur à Éphrem dont il célébra les mérites et la gloire. — L’un comme l’autre firent des saintes Écritures l’objet de leurs études assidues, ils s’en nourrirent, jusqu’à les transformer en leur propre substance. Le prêtre de Bethléem et le diacre d’Édesse devinrent ainsi par leur science comme deux magnifiques flambeaux, destinés à illuminer, l’un l’Occident, et l’autre l’Orient.

Dès le XVIIe siècle, Rome chrétienne avait dédié à saint Éphrem — et l’encyclique papale le rappelle — un oratoire, maintenant détruit, sur l’Esquilin. L’extension de la fête du célèbre diacre syrien à l’Église universelle a pour but de montrer aux Orientaux, et surtout aux dissidents, la vénération dont le pontificat romain entoure les gloires et les fastes catholiques de ces très anciennes Églises. D’autre part, voici que l’on comptera désormais des docteurs de l’Église à tous les degrés de la hiérarchie sacrée, puisque Benoît XV, en donnant à saint Éphrem le titre de docteur, a résolu la controverse dont l’objet était de savoir si les diacres peuvent ou non atteindre ce suprême degré d’autorité et de magistère dans l’Église de Dieu. Jusqu’alors, seuls des évêques et des prêtres y avaient accédé.

"Le Seigneur vint en elle pour se faire serviteur.
 
Le Verbe vint en elle
 
pour se taire dans son sein.
 
La foudre vint en elle
 
pour ne faire aucun bruit.
 
Le pasteur vint en elle
 
et voici l'Agneau né, qui pleure sans bruit.
 
Car le sein de Marie
 
a renversé les rôles:
 
Celui qui créa toutes choses
 
est entré en possession de celles-ci, mais pauvre.
 
Le Très-Haut vint en Elle,
 
mais il y entra humble.
 
La splendeur vint en elle,
 
mais revêtue de vêtements humbles.
 
Celui qui dispense toutes choses
 
connut la faim.
 
Celui qui étanche la soif de chacun
 
connut la soif.
 
Nu et dépouillé il naquit d'elle,
 
lui qui revêt (de beauté) toutes choses"
 
(Hymne "De Nativitate" 11, 6-8)
 

 

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