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Regnum Galliae Regnum Mariae
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O Radix Iesse

19 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

O Radix Iesse

O Radix Iesse, qui stas in signum populórum, super quem continébunt reges os suum, quem Gentes deprecabúntur : veni ad liberándum nos, iam noli tardáre.

O Racine de Jessé, qui êtes comme l’étendard des peuples, devant qui les rois fermeront leur bouche, et dont les Nations imploreront le secours : venez nous délivrer, maintenant ne tardez plus

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“N'OUBLIONS PAS LES TROIS P”

19 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

“N'OUBLIONS PAS LES TROIS P”

Or, sans contredit, c'est l'inférieur qui est béni par le supérieur. Hé 7, 7

Qui suis-je pour me faire bénir par un laïc, déguisé en évêque, marié, hérétique et schismatique ?

Tout catholique sait, depuis Léon XIII et son encyclique Apostolicae curae du 13 septembre 1893, que les ordinations anglicanes sont nulles et invalides.

Quant à "Saint" Jean-Paul II "le Grand", lui, se faisait bénir par des rabbins ;

http://www.nostra-aetate.org/JP_II_JUIFS_3/18janvier2005%20%282%29.html

FRANÇOIS À JUSTIN WELBY: “N'OUBLIONS PAS LES TROIS P”

Source La Vie 17/06/2014

Recevant en audience l'archevêque de Cantorbéry ce lundi au Vatican, le pape François a demandé aux catholiques et aux anglicans de travailler ensemble en faveur de la paix et de la pleine communion entre leurs Eglises, en n'oubliant pas les “trois P”: “prière, paix, pauvreté”.

“Nous devons travailler ensemble”. C’est l’appel lancé (en anglais) par le pape à l’archevêque de Cantorbéry (primat de l'Eglise d'Angleterre et chef de la Communion anglicane) qu'il recevait au Vatican ce lundi matin. “N’oublions pas les 3 P”, a-t-il ajouté avant de les énumérer conjointement avec Justin Welby: “prière, paix, pauvreté”.

Dans son discours, le pape a insisté sur le scandale de la division entre chrétiens, déclarant qu’il est “si bon que des frères vivent ensemble”, reprenant le psaume 133, ou “encore une fois nous nous rencontrons comme des compagnons de voyage qui suivent le Seigneur, collaborateurs dans sa vigne, pèlerins sur le chemin vers Son Règne”.

Le “scandale” de la division

“Devant le regard miséricordieux du Christ, nous ne pouvons feindre que notre division ne soit pas un scandale, un obstacle à l’annonce de l’Évangile du Salut au monde. Notre vision est souvent embuée par le poids de l’histoire de nos divisions et notre volonté n’est pas toujours libre de cette ambition humaine qui accompagne parfois même notre désir d’annoncer l’Evangile.” Une rencontre placée, comme leur première l'an dernier, sous le signe des valeurs communes.

Le pape a prié pour que sa rencontre avec le primat de la Communion anglicane contribue à renforcer leurs liens d’amitié et leur “engagement pour la grande cause de la réconciliation et de la communion entre les croyants dans le Christ”. Il a aussi mis en avant les préoccupations communes entre les deux Églises, notamment “le fléau du trafic des personnes et les diverses formes d’esclavage moderne, cause pour laquelle les deux dirigeants sont fermement engagés avec le lancement, en mars dernier, du réseau Global Freedom Network.

Evangelii Gaudium, “une inspiration pour tous les croyants”

Avant le discours du pape, Justin Welby avait salué l’implication du pontife en faveur des pauvres. “Votre Exhortation apostolique Evangelii Gaudium est une inspiration pour tous les chrétiens”, a également souligné l’archevêque de Cantorbéry avant de rappeler qu’il existe toujours des sujets qui séparent l’église anglicane de l’Église catholique.

Le pape et le primat anglican se sont rendus dans la chapelle Urbain VIII du palais apostolique pour un temps de prière commune. Cette seconde rencontre entre les deux hommes, exactement un an après la première, ponctuait la visite de trois jours à Rome de l’archevêque de Cantorbéry.

À la veille de sa visite au Vatican, Justin Welby avait rencontré l’équipe de cricket du Vatican, créée en octobre dernier, et qui doit affronter une équipe de l’église anglicane en septembre prochain. Nul doute que Dieu sera du côté des Anglicans”, a-t-il alors blagué, en guise de pronostic.

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ENFANTS DE DIEU

18 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

« ….Pourquoi, ô bienheureux évangéliste, ne nous racontez-vous pas le supplice auquel ont été livrés ceux qui ne l'ont point reçu? Vous vous contentez de nous apprendre qu'ils étaient les siens, et que le maître étant venu chez soi, les siens ne l'avaient point reçu mais vous n'avez point ajouté, ni à quelle peine ils sont destinés, ni quel sera leur supplice. Cependant, si vous le leur aviez découvert, vous les auriez rendus plus timides et plus retenus, et par la menace que vous leur auriez faite, vous auriez pu amollir la dureté de leur coeur orgueilleux et superbe. Pourquoi donc êtes-vous demeuré dans le silence?

Mais est-il un plus grand supplice, répondra-t-il, que de n'avoir pas voulu soi-même être fait enfant de Dieu, en ayant reçu le pouvoir; et de s'être volontairement privé d'une si éminente dignité et d'un si grand honneur? Et toutefois, de n'avoir pas reçu ce don et cette grâce, ce n'est point en cela seul que consiste le supplice qu'ils subiront, ils seront aussi jetés dans un feu qui ne s'éteindra point. L'évangéliste l'a dans la suite plus ouvertement déclaré.

En attendant, il raconte les biens ineffables que recevront ceux qui l'ont reçu, et il les explique dans ce peu de paroles : " Il a donné à tous ceux qui l'ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu " : soit serviteurs, soit libres, soit Grecs, soit Barbares, soit Scythes, soit ignorants, soit savants, soit hommes, soit femmes, soit enfants, soit vieillards, soit ceux qui sont honorés, soit ceux qui sont méprisés, soit riches, soit pauvres, soit princes, soit particuliers : tous, dit-il, tous reçoivent le même honneur. La foi et la grâce du Saint-Esprit ôtant l'inégalité des conditions humaines, les réduit toutes en un même état, n'en fait qu'une seule, marquée du même sceau royal. Est-il rien d'égal à cette bonté?

Un roi, formé de la même boue que nous, ne daigne pas enrôler dans son armée royale, s'ils ont été dans la servitude, ses pareils, ses semblables , dont beaucoup peuvent valoir mieux que lui : mais le fils unique de Dieu ne dédaigne pas d'écrire au livre de ses enfants les publicains, les magiciens, les esclaves et les. plus vils de tous les hommes, avec une foule d'estropiés et d'infirmes. Tant est efficace la foi en Jésus-Christ ! Tant sa grâce est grande et puissante et de même que le feu n'a qu'à toucher un minerai pour en faire aussitôt de l'or: ainsi, et encore mieux, le baptême change la boue en or chez ceux qu'il purifie; l'Esprit-Saint, comme un feu, tombant alors dans nos âmes et consumant l'image de boue, la refond, pour ainsi dire, et en forme une image nouvelle, céleste et brillante.

Et pourquoi l'évangéliste n'a-t-il pas dit : il les a faits enfants de Dieu, mais : " Il leur a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu? " C'est pour montrer que nous avons besoin de beaucoup d'attention et de soin pour conserver pure et sans tache l'image de l'adoption, qui a été imprimée en nous dans le baptême, et pour faire connaître en même temps que personne ne peut nous ôter ce pouvoir, si nous ne nous en dépouillons pas nous-mêmes les premiers. Si ceux qui ont reçu mandat des hommes pour traiter quelque affaire, ont presque autant de pouvoir que ceux qui leur ont donné commission, à combien plus forte raison nous, qui avons reçu de Dieu cette dignité, si nous ne faisons rien qui nous en rende indignes, serons-nous puissants et les plus puissants de tous les hommes, puisque celui qui nous y a élevés est lui-même tout ce qu'il y a de plus grand et de plus excellent. Saint Jean veut encore nous apprendre que la grâce même ne se répand pas indifféremment sur toutes sortes de personnes, mais seulement sur les hommes de bonne volonté : c'est à eux qu'est donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu : car s'ils ne le veulent point, ce don n'arrive pas, et l'effet est nul.

Partout le saint évangéliste rejette la nécessité pour y substituer le libre arbitre et la volonté c'est ce qu'il fait ici même. Car, dans ces mystérieuses opérations, une chose est de Dieu, c'est-à-dire, de donner la grâce; l'autre est de l'homme, à savoir, de donner sa foi; mais on a besoin ensuite d'une grande attention et de beaucoup de soin. Pour conserver la pureté de l'âme, il ne suffit pas seulement d'être baptisé et de croire, mais il faut, si nous voulons jouir toujours de cet aimable don, il faut mener une vie qui en soit digne et Dieu a voulu que cela fût en notre pouvoir. Le baptême nous fait renaître par une génération mystique et spirituelle, et lave les péchés que nous avons commis auparavant: mais il est en notre pouvoir, et il dépend de notre attention et de nos soins, de demeurer purs dans la suite et de ne plus contracter de souillures. Voilà pourquoi saint Jean raconte la manière dont se fait la génération spirituelle; et par la comparaison qu'il en fait avec la naissance charnelle, il en démontre l'excellence en ces termes : " Qui ne sont point nés a du sang, ni de la volonté de la chair, ni de a la volonté de l'homme, mais de Dieu a même ". Et il l'a ainsi racontée, afin que, connaissant la bassesse de la première qui vient du sang et de la volonté de la chair, et qu'ayant compris la dignité et la sublimité de la seconde que la grâce produit, nous concevions de celle-ci une grande et une juste idée, répondant à la majesté de celui qui l'opère, et que nous apportions ensuite beaucoup de soin à la conserver dans toute sa pureté.

Nous avons, en effet, extrêmement à craindre que, ayant souillé cette belle robe par notre paresse et par nos crimes, nous ne soyons chassés de la chambre nuptiale, comme les cinq vierges folles (Mt. XXV, 2), et aussi comme celui qui n'avait point de robe nuptiale (Mt. XXII, 11). Cet homme était du nombre des conviés, il avait été invité aux noces, mais étant appelé, ayant reçu un si grand honneur, il fit un affront, une injure à celui qui l'avait invité. Ecoutez la suite, vous apprendrez combien fut déplorable et digne de larmes la peine qu'il subit. Venu pour s'asseoir à cette magnifique et somptueuse table, non-seulement il en fut chassé et exclu du festin, mais encore, pieds et poings liés, il fut jeté dans les ténèbres extérieures, où il y a des pleurs et des grincements de dents sans fin (Mt. XXII, 13).

Ne croyons donc pas, mes chers frères, que la foi nous suffise seule pour le salut; si nous ne rendons notre vie pure et sainte, et si nous approchons du roi vêtus d'une robe indigne de notre heureuse vocation, rien n'empêchera que nous ne soyons traités comme ce misérable. Il est absurde que celui qui est Dieu et Roi tout ensemble, ne rougissant pas d'appeler des hommes vils et méprisables, et de les faire chercher dans les carrefours pour les inviter à sa table, nous soyons encore si lâches et si insensés, qu'après un si grand honneur même, nous ne devenions pas meilleurs, et que, quoiqu'ainsi appelés, nous persévérions dans notre méchanceté, nous méprisions, nous foulions aux pieds l'ineffable bonté de celui qui a bien voulu nous inviter. Le Seigneur ne nous a point appelés et invités à la participation spirituelle et terrible des saints mystères, pour que nous nous y présentions chargés de nos anciens vices; il veut que, changeant de vie, et nous purifiant de nos iniquités, nous nous revêtions de la robe que doivent porter les convives d'un roi.

Que si nous ne voulons pas nous rendre dignes d'une si grande vocation, c'est à nous que nous devons nous en imputer toute la faute, et non pas à celui qui nous a fait l'honneur de nous inviter. Ce n'est pas lui qui nous chasse, mais c'est nous qui nous excluons nous-mêmes de cette admirable compagnie de conviés. Le roi a fait de son côté tout ce qu'il pouvait : il a fait les noces, il a préparé le festin, il a envoyé ses serviteurs appeler et inviter, il a reçu ceux qui sont venus, et les a comblés de toutes sortes d'honneurs : mais nous, nous étant présentés avec des robes sales, c'est-à-dire souillés par nos mauvaises couvres, nous avons fait un outrage à sa personne et aux conviés, et nous avons déshonoré les noces. Voilà pourquoi nous en sommes enfin justement exclus. Le roi, chassant de la sorte les téméraires et les insolents, a honoré et les noces et les conviés : il eût paru lui-même leur faire outrage, s'il avait laissé parmi eux ceux qui étaient revêtus de robes sales.

Fasse le ciel que personne ni de nous, ni des autres ne soit du nombre de ces indignes conviés, et n'éprouve leur triste sort ! En effet, ces choses ont été écrites avant qu'elles arrivent, afin que les menaces que nous en font les saintes Écritures, nous portant et nous engageant à changer de vie, et à devenir gens de bien, nous ne tombions pas dans une si grande honte, ni dans un si terrible supplice, mais que nous ne les connaissions que par ouï dire, et que nous nous présentions revêtus d'une belle robe au lieu où nous sommes appelés. C'est ce que je vous souhaite, mes frères, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui la gloire, l'honneur et l'empire soient au Père et au Saint-Esprit, aujourd'hui et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. » SAINT JEAN CHRYSOSTOME EXTRAIT HOMÉLIE X SUR L’ÉVANGILE DE SAINT JEAN



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Saint Hypace priez pour nous

17 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

Bulle CUM EX APOSTOLATUS

du Pape Paul IV (1559)

Fixant à jamais les règles canoniques qui permettent de discerner le vrai Pape de l'intrus.

Par M. l'Abbé Henri Mouraux †

Le 23 mai 1555, en pleine crise protestante, le Sacré Collège porte au Souverain Pontificat le Cardinal Jean-Pierre Carafa. C'est un Religieux à la volonté de fer, au sacerdoce d'une pureté angélique, un prélat savant et énergique à souhait. Il va incarner dans sa personne et son gouvernement la Contre-Réforme catholique en face des hérésies de Luther. Il coiffe la tiare sous le non de Paul IV. Le 15 février 1559, il publie la Bulle " Cum ex Apostolatus " qui, dans une fidélité absolue à la tradition, fixe à jamais les règles canoniques qui permettent de discerner le prélat légitime de l'intrus. Deux principes dominent le texte dont nous reproduisons l'essentiel ci-dessous, à savoir :

. Si le Pape ne peut être jugé par aucun tribunal humain, on DOIT cependant " le contredire s'il dévie dans les matières de FOI " ; Si le Souverain Pontife lui-même a, avant son élection au trône de Saint Pierre, dévié dans la FOI, ou est tombé dans l'hérésie," son ÉLECTION EST NULLE, SANS VALEUR ET NON AVENUE son pontificat ne peut être tenu comme légitime, en aucun de ses actes ".

Voici la traduction des passages essentiels de la Bulle : § 1 - Nous considérons la situation actuelle assez grave pour que le Pontife romain, Vicaire de Dieu sur la terre, revêtu de la plénitude du pouvoir sur les nations et les royaumes, juge de tous les hommes et ne pouvant être jugé lui-même en ce monde par personne, puisse toutefois être contredit s'il dévie dans la foi.

§ 6 - Si jamais un jour il apparaissait qu'un évêque, faisant même fonction d'archevêque, de patriarche ou de prélat ; qu'un cardinal de l'Église romaine, même légat ; qu'un souverain pontife, lui-même, avant sa promotion et élévation au cardinalat ou au souverain pontificat, déviant de la foi catholique, soit tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et avec l'assentiment unanime des cardinaux, est nulle, sans valeur, non avenue son entrée en charge, gouvernement, administration, tout devra être tenu pour illégitime.

S'il s'agit du Souverain Pontife, on ne pourra prétendre que son intronisation, l'agenouillement devant lui, l'obéissance à lui jurée, même une courte durée de règne, que tout cela a convalidé son pontificat ; car celui-ci ne peut être tenu pour légitime en aucun de ses actes. De tels hommes, évêques, archevêques, patriarches, primats, cardinaux ou même SOUVERAIN PONTIFE, ne peuvent être censé avoir reçu ou pouvoir recevoir AUCUN DROIT, ni dans le domaine spirituel, ni dans le domaine temporel. Toutes leurs paroles, faits et gestes, toute leur administration, tout est dénué de valeur, et ne confère par conséquent AUCUNE AUTORITÉ, AUCUN DROIT A PERSONNE. Ces hommes ainsi promus seront donc, sans besoin d'aucune déclaration ultérieure, privés par le fait même de toute dignité, place, honneur, titre, fonction, et pouvoir.

EN FACE DE TEXTES AUSSI NETS, AUSSI CONFORMES A LA TRADITION, RAISONNONS ET RÉFLÉCHISSONS.

Le Pape Paul IV déclare que sa Bulle sera valable à perpétuité, qu'elle est promulguée en vertu de son pouvoir apostolique. Les mots dont il se sert sont précis, et ne laissent aucune place à l'équivoque. Les voici : " Nous décidons, statuons, décrétons et définissons ". De plus, il n'invente rien. Il est en accord avec la tradition constante de l'Église et en accord parfait avec l'Évangile. Jésus, en effet, a établi Pierre chef de son Église seulement après lui avoir fait confesser sa FOI en ces termes : " Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant " (Mt. XV, 13-19 ). Et ce n'est qu'après cet acte solennel qu'il devient le fondement inébranlable de l'Église et reçoit le pouvoir des Clefs. Ajoutons qu'il serait illogique et indigne de Dieu de supposer que Celui qui dit à saint Jean " être venu pour donner sa vie pour ses brebis " les livres " au voleur "(Jn. X, 10), c'est-à-dire, pour parler clairement : à l'Hérétique, au Démagogue, qui se fait ovationner par des foules dépourvues de sens religieux, qui se coudoie avec les Ennemis de la Foi catholique, fréquente leurs temples ou leurs synagogues...Et pourtant, Pie IX a découvert dans les documents qu'il fit saisir dans les Loges, que c'était d'un tel pape que rêvait la Maçonnerie, pour ruiner l'Église catholique. Heureusement, Dieu donna à son fidèle serviteur Paul IV une science prophétique qui lui fit écrire un texte qui empêche à jamais pareil malheur, car il dégage les Fidèles de l'obéissance à un Pontife qui n'est pas en communion de Foi avec son Maître, Notre Seigneur Jésus-Christ.

Saint Pie X avait inséré cette bulle dans le corps même du Code du Droit canonique. La mort le surprit avant qu'il n'ait pût le publier. Ce fut son successeur Benoît XV qui fit cette promulgation. Mais, dans l'ombre du pape, le cardinal Gaspari, imbu de l'esprit de Rampolla retira, avant la publication, du corps des lois canoniques la Bulle de Paul IV et la plaça dans le corps des lieux canoniques. Substitution gravissime, dont la confidence m'a été faite par un Prélat du Vatican... C'est un acte de forfaiture. Mais un acte parfaitement nul en droit puisque, nous le redisons, la bulle est quand même placée dans le corps des lieux canoniques. Mais si l'effet juridique est nul, l'effet psychologique fut et demeure réel chez ceux qui connaissent peu ou pas le droit canonique. Ajoutons que pour qu'une loi dans l'Église soit supprimée, il faut qu'un document le déclare expressément. Cela ressort des 30 premiers chapitres du Code publié par Benoît XV. Or, aucun document officiel ne supprima la Bulle de Paul IV.

Persévérants, les adversaires de la Bulle de Paul IV insistent en disant que Pie XII a publié une Constitution " Sede vacante ", en 1945, qui stipule que " aucun cardinal ne peut être exclu de l'élection du Souverain Pontife, sous le prétexte d'excommunication, de suspense ou empêchement ecclésiastique ; que toutes ces censures sont levées à l'occasion du Conclave ; mais restent en vigueur, par ailleurs "...La lecture de cette phrase montre à l'évidence que l'objection est sans valeur. Il ne s'agit pas ici, en effet, comme dans la Bulle de Paul IV, d'hérésie, mais de censures disciplinaires.

De plus, cette bulle a été confirmée par Saint Pie V le 21 décembre 1566 par son motu proprio intitulé " Inter multiplices curas " (Cf. Bull, Rom. volume VII, pp. 499-502). Et qu'on ne dise pas que le canon 6 du Code de Benoît XV annule toutes les lois antérieures aux siennes. Car il annule uniquement les lois disciplinaires qu'il ne reprend pas, lui, mais sans toucher à celles qu'a conservé la liturgie, ni aux lois qui reposent sur le droit naturel et divin. Voici le texte : " Si qua ex ceteris disciplinaribus legibus, quae usque adhuc viguerunt, nec explicite nec implicite in Codice contineatur, ea vim omnem amississe dicenda est, nisi in probatis liturgicis libris reperiatur, aut lex sit juris divini, sive positivi, sive naturalis " (Toute loi disciplinaire en vigueur jusqu'ici qui n'est ni explicitement ni implicitement reprise, est abrogée, à moins qu'elle ne soit de droit divin, positif ou naturel, ou qu'elle ne se trouve dans quelque livre liturgique approuvé).

En outre, le code reprend au canon 188/4° l'essentiel de la bulle de Paul IV : ..." Ob tacitam renutiationem ab ipso jure admissam quaelibet officia vacant ipso facto et sine ulla declaratione,si clericus a fide catholica publice defecerit (4°)" ( Un office est vacant par tacite renonciation, si le sujet qui l'occupe fait publiquement un acte opposé à la foi catholique ).

C'est là l'enseignement du pape Innocent III qui déclare " Un pape qui tomberait dans l'hérésie et s'y obstinerait cesserait du même coup d'être membre de l'Église, et par conséquent cesserait d'être pape. Il se déposerait lui-même " (Cf. DTC T IV, col. 520).

Certains ont cru échapper à ces lois en disant qu'elles n'auraient aucune valeur d'application sur un Pontife qui aurait la conscience faussée, et qui croirait accomplir son devoir en enseignant l'hérésie ou en coudoyant les hérétiques et les païens jusque dans leurs rites impies. Une telle opinion est totalement fausse et condamnée " de Fide " par Vatican I ( Dz. 1794 ) : " Si quelqu'un dit...que les Catholiques peuvent avoir une juste cause pour suspendre leur adhésion à la foi qu'ils ont reçue du Magistère de l'Église ou pour la révoquer en doute, qu'il soit anathème ".

Qu'après avoir étudié ce texte le catholique soucieux de s'éclairer sur la légitimité des successeurs de Sa Sainteté le Pape Pie XII, lise leurs écrits et examine leurs actes antérieurs à leur promotion. Ils y trouveront les racines des hérésies de leurs gouvernements, et tireront, pour leur conduite personnelle, une conclusion appuyée solidement sur la bulle du Pape Paul IV.

De plus, puisqu'un Pontife perd toute autorité s'il est avéré qu'il a erré dans la Foi avant son élection, il est évident que s'il propage l'hérésie comme pape, il se dépose lui-même.

" Non UNA CUM " en 431. " Vie des Pères du Désert d’Orient ", par le Père Michel-Ange Marin (tome 9, édition de 1856)

Ou l’on voit qu’en 431, un religieux comme Saint Hypace se refusait à entacher la sainte Messe en continuant à y nommer dans le saint Canon son évêque ou son patriarche devenu hérésiarque.

... Mais une des plus remarquables prophéties du Saint fut celle qu’il fit au sujet de l’hérésiarque Nestorius, et que nous allons rapporter comme son historien nous l’a apprise. Lorsque Denis, qui commandait la milice d’Orient, conduisit Nestorius, en 428, pour prendre possession de la chaire de Constantinople, et qu’il approchait de la ville, saint Hypace eut une révélation dans laquelle il lui sembla voir que plusieurs séculiers plaçaient ce nouvel évêque sur le trône pontifical, et en même temps il entendit une voix qui dit : " Encore trois ans et demi, et ces ivraies seront arrachées ". Il comprit aisément le sens de ces paroles, et dit à ses religieux et à quelques personnes de confiance : " Je crains que ce nouveau prélat ne tombe dans l’erreur ; mais son gouvernement ne durera que trois ans et demi "...

...Au bout de trois ans, cet hérésiarque commença à manifester ses erreurs : ce que saint Hypace ayant appris, effaça son nom des sacrés diptyques dans son Église (una cum.....), et n’en fit plus mémoire dans la célébration des saints Mystères. Eulale, évêque de Chalcédoine, qui ne l’aimait point, lui en fit des reproches menaçants ; mais il lui répondit avec fermeté, que depuis que Nestorius avait commencé de publier sa doctrine impie, il s’était séparé de sa communion ; et que quand aux menaces qu’il lui faisait, il pouvait les exécuter, parce qu’il était prêt à tout souffrir pour le soutient de la véritable Foi.

On ne tarda pas de tenir le Concile œcuménique d’Éphèse, et Nestorius y fut déposé précisément au temps qui avait été révélé à notre Saint. C’est ainsi que la vision qu’il avait eue se vérifia sans qu’on pût le soupçonner d’illusion, comme l’impie Nestorius avait voulu le faire croire.

 

Bulle constitution

CUM EX APOSTOLATUS

Paul IV (1554- 1559)

(Bullarium Romanum, tome IV, I. p 551, Ch XXVII ) An. Can. 15 février 1559.

Une Bulle est le document le plus solennel publié par un Pape ; elle s'adresse à toute la chrétienté et est rigoureusement obligatoire en conscience.

( Cf. J. Ciampini, du Vice-Chancelier de l'Église romaine )

XXVII. Innovatio quarumcumque censurarum et poenarum contra haereticos et schismaticos quomodolibet promulgatarum ; et aliarum poenarum ipositio in cuiuscumque gradus et dignitatis praelatos et principes, haereticae vel schismaticae pravitatis reos

PAULUS EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI, AD PERPETUAM REI MEMORIAM.

Cum ex apostolatus officio nobis, meritis licet imparibus, divinitus credito....

De notre charge apostolique, à nous confiée par Dieu, nonobstant la faiblesse de nos mérites, découle pour nous le souci constant du troupeau du Seigneur. En conséquence, pour le garder fidèlement et le diriger salutairement, tel un berger vigilant, nous devons veiller avec assiduité et pourvoir avec attention à ce que soient repoussés loin de la bergerie du Christ tous ceux qui, à notre époque, pécheurs invétérés, s'appuient sur leurs propres lumières, s'insurgent avec une insolence perverse contre l'enseignement de la foi orthodoxe, pervertissent par des inventions superstitieuses et factices l'intelligence des saintes Écritures, se démènent pour déchirer l'unité de l'Église et de la tunique sans couture du Seigneur ; à ce qu'ils puissent continuer l'enseignement de l'erreur au mépris de l'état de disciple de la Vérité.

§ 1. Nous considérons la situation actuelle assez grave et dangereuse pour que le Pontife Romain, Vicaire de Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ sur terre, revêtu de la plénitude du pouvoir sur les nations et les royaumes, juge de tous les hommes et ne pouvant être jugé par personne en ce monde, puisse toutefois être contredit s'il dévie de la Foi catholique.

Et, puisque là où le danger s'étend, là aussi il devient plus profond, il faut y veiller avec plus de diligence de telle sorte que des pseudo-prophètes ou des hommes revêtus d'une juridiction séculière ne puissent prendre misérablement dans leurs actes les âmes des gens simples, entraîner avec eux à la perdition et à la damnation éternelle des peuples innombrables soumis à leur soin et à leur autorité, soit spirituelle, soit temporelle. Et, pour que nous puissions ne jamais voir dans le lieu-Saint l'abomination de la désolation prédite par le Prophète Daniel, nous voulons autant que nous le pourrons avec l'aide de Dieu et selon notre charge pastorale, capturer les renards occupés à saccager la vigne du Seigneur et écarter les loups des bergeries, afin de ne pas sembler être comme les chiens muets, impuissants à aboyer, pour ne pas nous perdre avec les mauvais serviteurs et ne pas être assimilé à un mercenaire.

§ 2. Après mûre délibération à ce sujet avec nos vénérables frères des Cardinaux de la sainte Église Romaine, sur leur conseil et avec leur assentiment unanime, de part notre autorité apostolique, nous approuvons et renouvelons toutes et chacune des sentences, censures et peines d'excommunication, interdit et privation et autres, quelles qu'elles soient, portées et promulguées par les Pontifes Romains nos prédécesseurs ou tenus pour tels, soit par leurs lettres circulaires (même paraissant extravagantes), reçues par l'Église de Dieu dans les saints conciles, soit par les saints canons et constitutions et ordonnances apostoliques portés et promulgués, de quelque façon que ce soit, contre les hérétiques et les schismatiques. Nous voulons et décrétons qu'elles soient observées perpétuellement. Si peut-être elles ne le sont pas, qu'elles soient rétablies en pleine observance et doivent le rester. En outre, quiconque serait arrêté, avouant ou convaincu d'avoir dévié de la foi catholique, être tombé en quelque hérésie ou schisme, l'avoir suscité ou y avoir adhéré, ou encore (que Dieu dans sa clémence et sa bonté envers tous les hommes, daigne l'empêcher !) si quelqu'un devait à l'avenir dévier et tomber dans l'hérésie ou le schisme, les susciter ou y adhérer, et qu'il soit pris sur le fait de cette déviation, incitation ou adhésion, qu'il l'avoue ou en soit convaincu, de quelque état, dignité, ordre, condition et prééminence qu'il soit, même évêque, archevêque, patriarche, primat, de dignité ecclésiastique encore supérieure, honoré du cardinalat, et ou que ce soit, investi de la charge de légat du Siège apostolique, perpétuelle ou temporaire, ou qu'il resplendisse d'une excellence et autorité séculière, conte, baron, marquis, duc, roi empereur, qui que ce soit parmi eux, il encourra les sentences, censures, peines susdites, nous le voulons et le décrétons.

§ 3. Considérant toutefois qu'il est bien de détourner du mal par la crainte des peines, ceux qui ne s'en abstiennent pas pour l'amour de la vertu; que les évêques, archevêques, ... etc. qui doivent guider les autres et leur servir d'exemples afin de les garder dans la foi catholique, pèchent plus gravement que les autres s'ils viennent à prévariquer, puisque non seulement ils se perdent eux-mêmes, mais de plus ils entraînent avec eux à la perdition et à l'abîme de la mort éternelle d'innombrables peuples confiés à leur soin et à leur autorité ou leurs sujets de quelque autre façon, sur un semblable conseil et assentiment (des cardinaux), en vertu de cette constitution nôtre valide a perpétuité, par haine d'un si grand crime, le plus grave et pernicieux possible dans l'Église de Dieu, dans la plénitude de notre pouvoir apostolique, nous décidons, statuons, décrétons et définissons les sentences, censures et peines susdites...etc.

§ 4. Quiconque prétend....etc.

§ 5. En outre, quiconque oserait....etc.

§ 6. De plus, si jamais un jour il apparaissait qu'un évêque, faisant même fonction d'archevêque, de patriarche ou de primat ; qu'un cardinal de l'Église Romaine, même légat ; qu'un SOUVERAIN PONTIFE LUI-MÊME, avant sa promotion et élévation au cardinalat ou au souverain pontificat, déviant de la foi catholique, est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et avec l'assentiment unanime de tous les cardinaux, est NULLE , SANS VALEUR, NON AVENUE. Son entrée en charge, consécration, gouvernement, administration, tout devra être tenu pour illégitime.

S'il s'agit du souverain Pontife, on ne pourra prétendre que son intronisation, adoration (agenouillement devant lui), l'obéissance à lui jurée, le cours d'une durée quelle qu'elle soit (de son règne), que tout cela a convalidé ou peut convalidé son pontificat ; celui-ci ne peut être tenu pour légitime jamais et en aucun de ses actes.

De tels hommes, promus évêques, archevêques, patriarches, primats, cardinaux ou souverain pontife, ne peuvent être censés avoir reçu ou pouvoir recevoir aucun droit d'administration, ni dans le domaine spirituel, ni dans le domaine temporel. tous leurs dits, faits, et gestes, leur administration et tous ses effets, tout est dénué de valeur et ne confère, par conséquent, aucune autorité, aucun droit à personne. Ces hommes ainsi promus seront donc, sans besoin d'aucune déclaration ultérieure, privés de toute dignité, place, honneur, titre, autorité, fonction et pouvoir, même si tous et chacun de ces hommes n'a dévié de la foi catholique, tombant dans le schisme ou l'hérésie, qu'après son élection, soit en suscitant soit en embrassant ces erreurs.

§ 7. Quand aux personnes assujetties au Pontife, aussi bien clercs séculiers et réguliers que laïcs, cardinaux y compris, qui auraient participé à l'élection du Pontife Romain déjà hors de la foi catholique, par hérésie ou schisme, ou qui y consentiraient de quelque autre manière, qui lui auraient promis obéissance, qui se seraient agenouillées devant lui...etc. de même quiconque se lierait à de telles personnes par hommage, serment ou caution, au lieu de renoncer en tout temps à leur obéir, les servir impunément, de les éviter comme des magiciens, des païens et des publicains et hérésiarques, toutes ses personnes assujetties, si elles prétendent néanmoins rester attachées fidèles et obéissantes... toutes ces personnes seront soumises au châtiment des censures et des peines qui frappent les gens qui déchirent la tunique du Seigneur.

§ 8. Non obstantibus constitutionibus...etc.

§ 9. Ut autem praesentes literae...etc.

§ 10. Nulli ergo omnino hominum liceat... Que personne donc ne se permette d'enfreindre ce document qui exprimant notre décision, innovation, sanction, statut, dérogation, décret, interdiction ou d'y contrevenir avec une audace téméraire. Si quelqu'un avait cette outrecuidance, il encourrait, qu'il le sache, l'indignation du Dieu Tout-puissant et des bienheureux Apôtres Saint Pierre et Saint Paul.

Donné à Rome, à Saint Pierre, le 15 des kalandes de mars, l'an 1559, la quatrième année de notre pontificat.

† Ego Paulus, catholicae Ecclesiae episcopus.

† Ego Io. Bellayus, episcopus Ostiensis.

† Ego R. cardinalis de Carpo, episcopus Tusculanus. Etc.

Suivent les 52 signatures des cardinaux " subscriptiones "
 

Dominus mihi adjutor.

 







 



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ACTUALITÉ DE SAINT PAUL

16 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

ACTUALITÉ DE SAINT PAUL

LA COLÈRE DE DIEU CONTRE L’IMPIÉTÉ ET L’INJUSTICE CONTRE CEUX QUI RETIENNENT LA VÉRITÉ CAPTIVE

En effet, la colère de Dieu éclate du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui, par leur injustice, retiennent la vérité captive;

car ce qui se peut connaître de Dieu, est manifeste parmi eux: Dieu le leur a manifesté. En effet ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l'intelligence par le moyen de ses œuvres.

Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces; mais ils sont devenus vains dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence s'est enveloppé de ténèbres.

LA FOLIE DE L’IDOLÂTRIE ENTRAÎNE TOUS LES DÉSORDRES MORAUX

Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous; et ils ont échangé la majesté du Dieu incorruptible pour des images représentant l'homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles.

Aussi Dieu les a-t-il livrés, au milieu des convoitises de leurs cœurs, à l'impureté, en sorte qu'ils déshonorent entre eux leurs propres corps, eux qui ont échangé le Dieu véritable pour le mensonge, et qui ont adoré et servi la créature de préférence au Créateur, lequel est béni éternellement. Amen!

C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions d'ignominie: leurs femmes ont changé l'usage naturel en celui qui est contre nature; de même aussi les hommes, au lieu d'user de la femme selon l'ordre de la nature, ont, dans leurs désirs, brûlé les uns pour les autres, ayant hommes avec hommes un commerce infâme, et recevant dans une mutuelle dégradation, le juste salaire de leur égarement.

Et comme ils ne se sont pas souciés de bien connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens pervers pour faire ce qui ne convient pas, étant remplis de toute espèce d'iniquité, de malice, de fornication, de cupidité, de méchanceté, pleins d'envie, de pensées homicides, de querelle, de fraude, de malignité, semeurs de faux bruits, calomniateurs, haïs de Dieu, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, sans intelligence, sans loyauté, implacables, sans affection, sans pitié.

Et bien qu'ils connaissent le jugement de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font. Rm 1, 18-32

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GAUDETE

14 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

LA JOIE ET LA PAIX DE DIEU

Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps; je le répète, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes: le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien; mais en toute circonstance faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâce. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus. Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est de bonne renommée, s'il est quelque vertu et s'il est quelque louange, que ce soit là l'objet de vos pensées; ce que vous avez appris et reçu, ce que vous m'avez entendu dire et vu faire à moi-même, pratiquez-le, et le Dieu de paix sera avec vous. Ph 4, 4-9

 

Saint Jean Chrysostome HOMÉLIE XIV.

RÉJOUISSEZ-VOUS SANS CESSE DANS LE SEIGNEUR; JE LE DIS ENCORE UNE FOIS, RÉJOUISSEZ-VOUS. (IV, 4-10.)

 
Jésus-Christ a déclaré bienheureux ceux qui pleurent, malheureux ceux qui rient. Quel est donc le sens de ces paroles de son apôtre : " Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur? " Il ne contredit point son maître, oh non ! Jésus-Christ, en effet, annonce malheur à ceux qui rient de ce rire mondain qui a sa raison dans les choses du temps, et il proclame bienheureux ceux qui pleurent, mais non pas ceux qui le font pour quelque raison humaine, comme la perte d'un bien temporel, mais ceux qui ont la componction chrétienne, pleurant leurs misères, expiant leurs péchés et même ceux d'autrui. La joie recommandée ici, loin d'être contraire à ces larmes, s'engendre à leur source pure et féconde. Pleurer ses véritables misères, et les confesser, c'est se créer une joie et un bonheur. D'ailleurs il est bien permis de gémir sur ses péchés et de se réjouir en l'honneur de Jésus-Christ. Les Philippiens souffraient de rudes épreuves, comme le rappelle l'apôtre : " Il vous a été donné ", leur disait-il, " non seulement de croire en Jésus-Christ, mais de souffrir pour lui " (Ph. I, 29); pour cette raison , il ajoute : " Réjouissez-vous dans le Seigneur ". C'est dire en d'autres termes Vivez de manière à goûter une joie pure. Tant que rien n'empêchera vos progrès dans le service de Dieu, réjouissez-vous en lui. C'est là le sens, à moins que cette préposition " en " ne soit synonyme de " avec "; le sens alors serait: Réjouissez-vous sans cesse d'être " avec le Seigneur ".

" Je vous le dis encore une fois, réjouissez-vous ". Expression qui prouve la confiance de saint Paul, et par laquelle il montre que, tant qu'on s'appuie sur Dieu, on doit sans cesse être dans la joie; fût-on d'ailleurs accablé, frappé de toute manière, on la possède toujours. Écoutez, en effet, saint Luc nous raconter au sujet des apôtres " qu'ils sortaient du conseil des juifs en se réjouissant d'avoir été trouvés dignes de recevoir pour son nom la flagellation ". (Ac. V, 41.) Si les coups et les fers, que chacun regarde comme ce qu'il y a de plus affreux, engendrent une telle joie, quelle autre douleur au monde pourra enfin nous créer la peine? — " Je vous le répète, réjouissez-vous ". L'apôtre a eu raison de réitérer cette recommandation ; la nature des événements commandait la douleur; maïs cette répétition de termes encourageants leur impose le devoir de se réjouir en dépit des événements.

" Que votre modestie et modération soit connue de tous les hommes ". Paul avait parlé un peu auparavant de ceux " qui ont pour Dieu leur ventre, dont la gloire est dans leur honte même, qui n'ont de goût que pour les choses de la terre ". Ces paroles étant de nature à inspirer à ses néophytes de la haine pour les méchants, Paul les avertit de n'avoir rien de commun avec eux, mais cependant de traiter avec modestie et modération non pas seulement leurs frères, mais même leurs ennemis et leurs adversaires.

" Le Seigneur est proche; ne vous inquiétez de rien ". Car quelle pourrait être, dites-moi, la raison de votre découragement? Serait-ce parce qu'ils se dressent contre vous, ou parce que vous les voyez vivre dans les délices? " Ne vous inquiétez de rien ". L'heure du jugement va sonner; dans peu, ils rendront compte de leurs oeuvres. Vous êtes dans l'affliction, eux dans les délices? Tout cela finira bientôt. Ils complotent, ils menacent? Mais leurs coupables desseins ne réussiront pas toujours; le jugement est suspendu sur leurs têtes, tout va changer ! " Ne vous inquiétez de rien ". Déjà la part de chacun est faite. Montrez seulement votre patience et modération envers ceux qui vous préparent sans cesse les persécutions; et tout va s'évanouir comme un songe, pauvreté, mort, fléaux de tout genre qui vous menacent, tout finira : " Ne vous inquiétez de rien ".

" Mais qu'en tout, par la prière et par la supplication, avec action de grâces, vos demandes et vos vœux soient connus devant Dieu. Dieu est proche; je serai avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde " c'était déjà une consolation; en voilà une seconde; voilà un antidote capable de dissiper toute peine, tout chagrin, tout ennui. Mais quel est ce médicament? Prier, en toutes choses rendre grâces. Ainsi Dieu ne veut pas que nos prières soient de simples demandes; il les exige unies à l'action de grâces pour les bienfaits que nous avons déjà reçus. Comment, en effet, demander quelques faveurs pour l'avenir, si nous ne sommes pas reconnaissants des faveurs passées? — " En tout ", dit-il, c'est-à-dire en toutes choses, recourez à " la prière et à la supplication ". Donc il faut remercier Dieu de tout, même de ce qui paraît fâcheux. C'est vraiment là que se reconnaît le coeur reconnaissant. La nature des choses l’exige; ce sentiment sort spontanément d'une âme vraiment reconnaissante et pleine d'amour pour Dieu. Demandez-lui donc des faveurs qu'il puisse approuver et connaître; car il dispose tout pour notre plus grand bien, même à notre insu ; et une preuve que tout se fait pour notre plus grand bien, c'est cette ignorance même où il nous laisse du succès de nos prières.

" Et que ta paix de Dieu, qui surpasse toutes nos pensées, garde vos esprits et vos coeurs en Jésus-Christ ". Qu'est-ce à dire? Entendez, dit l'apôtre, que la paix de Dieu, celle qu'il a faite avec les hommes, surpasse toute pensée. Qui jamais, en effet, attendit et osa espérer ces biens de l'avenir? Ils surpassent non seulement toute parole, mais toute pensée humaine. Pour ses ennemis, pour ceux qui le haïssaient, qui le fuyaient, pour eux Dieu n'a pas refusé de livrer son Fils unique pour faire la paix avec nous. Telle est la paix, ou, si vous voulez, telle notre délivrance; telle la charité de Dieu.

" Que cette paix garde vos coeurs et vos intelligences ". On reconnaît un bon maître, non seulement à ses avis, mais surtout à ses prières, au secours que ses suppliques auprès de Dieu implorent pour ses disciples, afin qu'ils ne soient ni accablés par les tentations, ni ballotés par les erreurs. Ici donc saint Paul semble dire : Que celui qui vous a délivrés si merveilleusement; que celui qu'âme qui vive ne peut comprendre, oui, que lui-même vous garde, vous fortifie contre tout malheur. — Tel est le sens de saint Paul, ou bien le voici Cette paix dont Jésus-Christ a dit : " Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix", elle-même vous gardera. Car cette paix surpasse toute intelligence humaine; et si vous demandez comment, écoutez : quand Dieu nous ordonne d'avoir la paix avec nos ennemis, avec ceux qui nous font un mal injuste, qui nous provoquent, qui nous gardent de la haine, une loi semblable n'est-elle pas au-dessus de tout esprit humain ? Il y a plus : s'il vous plaît, comprenons d'abord ce mot profond : " La paix de Dieu surpasse toute intelligence ". Si la paix de Dieu surpasse toute intelligence, combien plus le Dieu qui nous la donne, surpassera non seulement toutes nos pensées, mais même toutes celles des anges et des puissances même célestes ! — " En Jésus- Christ ", qu'est-ce à dire? Que la paix de Dieu vous maintiendra sous l'empire de Jésus-Christ pour vous y faire persévérer, pour que votre foi en lui ne chancelle même pas.

" Au reste, mes frères... " — Que signifie " au reste?" J'ai dit tout ce que j'avais à dire. C'est le mot de quelqu'un qui se presse et n'a plus rien de commun avec les choses temporelles. "Au reste, mes frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est saint, tout ce qui est juste, tout ce qui est pudique, tout ce qui est aimable, tout ce qui est édifiant, tout ce qui est vertueux et louable, fasse l'entretien de vos pensées".

" Tout ce qui est aimable ", qu'est-ce à dire? Aimable aux fidèles, aimable à Dieu. — " Tout ce qui est vrai ", le mot " vrai " est éminemment bien choisi, car il désigne la vertu même; tout vice, au contraire, est mensonge. La volupté, compagne du vice, la gloire et toutes les choses de ce bas monde ne sont plus que mensonge. — "Tout ce qui est pudique", c'est l'opposé glu péché qu'il stigmatisait dans ceux qui n'ont de goût que pour les choses de la terre. — " Tout ce qui est saint" est dit contre ceux qui n'ont d'autre Dieu que leur ventre. — "Tout ce qui est juste et édifiant", ou, comme il le répète en finissant, "tout ce qui est vertueux et louable", est mis pour rappeler aux Philippiens leurs devoirs envers les hommes. — Vous le voyez : le dessein de Paul est de bannir de nos coeurs toute mauvaise pensée. Car des pensées mauvaises procèdent nécessairement les mauvaises actions.

Et comme c'est une méthode excellente que de se proposer soi-même comme modèle de l'accomplissement des avis qu'on a donnés, il va dire: " Pratiquez ce que vous avez appris et reçu de moi ", dans le même sens qu'il leur écrivait déjà: " Comme vous avez notre exemple ". Il déclare donc: Faites selon ce que je vous ai enseigné, selon ce que "vous avez vu et appris en moi", c'est-à-dire, imitez-moi pour les paroles, les actions, la conduite. Vous voyez que cette recommandation emporte tous les détails de la vie. En effet, comme il est absolument impossible de définir par le menu tous les devoirs, nos allées et venues, nos conversations, notre extérieur, nos habitudes intimes, et que toutefois le chrétien doit tout régler, saint Paul les résume et dit : " Faites selon ce que vous avez vu et appris en moi" ; comme pour dire: Je vous ai instruits par mes actions autant que par mes paroles. " Pratiquez ", a-t-il écrit; faites, et ne vous contentez pas de parler. " Et le Dieu de paix sera avec vous "; c'est-à-dire, si vous gardez ces règles, si vous avez la paix avec tout le monde, vous aurez pris ainsi le poste le plus sûr et le plus tranquille ; il ne vous arrivera rien qui vous afflige, rien qui soit contraire à vos désirs. — En effet, toutefois que nous aurons la paix avec Dieu, et nous l'avons toujours par la vertu, bien plus encore Dieu aura-t-il la paix avec nous. Car puisqu'il nous a aimés jusqu'à nous rechercher quand nous l'évitions, combien plutôt, nous voyant courir à lui, nous offrira-t-il spontanément son amitié.

Le plus grand ennemi de notre nature, c'est le vice. Que le vice soit notre ennemi, et la vertu notre amie, bien des preuves le démontrent. Et, si vous le voulez, la fornication, une des grandes plaies de l'homme, nous fournira le premier exemple. La fornication attire sur ses victimes un déshonneur complet, la pauvreté, le ridicule; elle en fait la fable et le mépris de tout le monde : à ces ruines, reconnaissez un ennemi. Souvent d'ailleurs elle apporte et maladies et dangers extérieurs, puisque l'on a vu maints débauchés périr par les suites naturelles du libertinage ou par des blessures. Si tels sont les fruits de la fornication, quels ne seront pas ceux de l'adultère? En est-il ainsi de l'aumône? Tant s'en faut, qu'au contraire, pareille à une mère, elle gagne à son enfant chéri la grâce, l'honneur, la gloire; elle lui fait aimer à remplir ses devoirs d'état; loin de nous délaisser, loin de nous détourner des obligations nécessaires, elle rend nos coeurs plus prudents, tandis que les débauchés sont l'imprudence même.

Mais préférez-vous étudier l'avarice? Elle aussi nous traite en ennemie. Comment? C'est qu'elle nous attire la haine universelle; elle nous fait détester de tous, des victimes de l'injustice et de ceux mêmes que nos injustices n'ont point foulés. Ceux-ci plaignent les autres et craignent pour eux-mêmes. Aussi tous n'ont contre l'avare qu'un regard de colère . l'avare est l'ennemi commun, une bête féroce, presque un démon. De là contre lui mille accusations, complots, jalousies : autant de fruits d'inimitiés. Au contraire, la justice nous fait de tous nos semblables autant d'amis, autant de serviteurs dévoués, autant de coeurs bienveillants, tous répandent pour nous leurs prières; de là pour nous un état tranquille et sûr; point de danger, point de soupçon; le sommeil même nous arrive calme et heureux; aucune inquiétude, aucune plainte amère.

Voyez-vous que la justice est préférable au vice contraire? Quoi ! dites-moi; est-on plus heureux à être envieux des autres qu'à prendre sa part dans le bonheur d'autrui? Faisons ces réflexions, et nous nous convaincrons que la vertu est une mère aimante, qui nous apporte la sécurité; le vice nous jette en proie aux dangers; de sa nature, il est plein de périls. Ecoutez cette parole du Prophète : " Dieu est une base solide pour ceux qui le craignent; il aime à montrer son alliance avec eux ". (Ps. XXIV, 14.) On ne craint personne, quand la conscience ne reproche rien; mais aussi on ne se fie à personne, quand on vit dans l'iniquité, on craint jusqu'à ses serviteurs; on les regarde avec un oeil soupçonneux. Et que parlé-je de serviteurs? Le méchant ne peut affronter même le tribunal de sa conscience; il a des comptes terribles à régler avec ses juges du dehors comme avec ses bourreaux du dedans, qui ne lui laissent aucun repos.

Alors, direz-vous, il faut vivre pour mériter les éloges? — Non ! Paul n'a pas dit: Visez aux éloges; mais: Faites ce qui les mérite, sans vous soucier de les recevoir; cherchez "ce qui est vrai ", la gloire n'est que mensonge; " faites ce qui est saint"; à la lettre, le terme dont se sert l'apôtre signifie ce qui est sérieux, pratiquez la gravité, gardez même l'extérieur de la vertu; quant à " pureté ", elle est le propre de l'âme. Et comme il avait ajouté : " Faites tout ce qui est de bonne réputation ", pour que vous n'alliez pas croire qu'il ait égard à l'estime des hommes seulement, il se complète en disant : " S'il est une vertu, s'il est une vraie gloire, pratiquez-la, recherchez-la ".

En effet, si nous gardons la paix avec nous-mêmes, Dieu à son tour sera avec nous; si nous excitons la guerre, ce Dieu de paix nous fuira. Rien n'est aussi hostile à notre âme que le vice; rien ne lui donne vie et assurance comme la paix et la vertu. Commençons donc à apporter du nôtre, et nous gagnerons Dieu à notre cause. Dieu n'est pas un Dieu de guerre et de combat; dépouillez donc l'esprit de combat et de guerre tant à l'égard de Dieu qu'à l'égard du prochain. Soyez pacifique pour tout le monde. Pensez à qui Dieu accorde le salut : " Bienheureux les pacifiques ", dit-il, "parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu" (Mt. V, 9) ; avec ce caractère, en effet, ils sont les imitateurs perpétuels du Fils de Dieu; et vous aussi, copiez ce modèle, sauvez la paix à tout prix; plus vive sera l'attaque de votre frère, plus riche aussi sera votre récompense. Ecoutez cette parole du Prophète : "J'étais pacifique avec ceux qui haïssaient la paix ". (Ps. CXIX, 7.) Voilà la vertu, voilà où n'atteint pas la raison humaine, voilà ce qui nous fait approcher de Dieu même.

Rien ne réjouit le coeur de Dieu autant que l'oubli des injures. Par là vous êtes délivrés de vos péchés ; par là vos crimes s'effacent. Mais combattons, mais disputons, et déjà nous sommes loin et bien loin de Dieu. Le combat, en effet, amène les inimitiés, et les inimitiés entretiennent le souvenir des injures. Coupez la racine, et le fruit avortera. Ainsi, d'ailleurs, nous nous formerons à mépriser ce qui ne tient qu'à la vie présente. Car, dans les choses spirituelles, il n'y a, vous le savez, il n'y a point de guerres ; tout ce qui ressemble à la guerre, combats, jalousies, toutes misères pareilles ont leur cause et leur point de départ dans quelque intérêt temporel. C'est ou le désir injuste du bien d'autrui, ou l’envie, ou la vaine gloire qui engagent toutes les luttes. Si donc nous sauvons la paix, nous apprendrons à mépriser aussi toutes ces choses viles et terrestres.

Quelqu'un nous a ravi de l'argent? Il ne vous a pas nui s'il ne vous enlève pas les biens célestes. — Il aura fait obstacle à votre gloire? Mais non pas à celle que Dieu vous garde; il n'atteint donc qu'une gloire sans valeur, qui n'est pas même la gloire, mais un nom sonore, et au fond, une ombre et des ténèbres. — Il vous a ôté votre honneur? A lui-même, oui; à vous, non. Car comme celui qui fait du tort subit ce tort en réalité, et ne le fait pas, ainsi celui qui complote contre son prochain se perd le premier. Qui creuse une fosse à son prochain, y tombe tout d'abord. Aussi gardons-nous de tendre un piège à autrui, si nous craignons de nous nuire à nous-mêmes. Quand nous détruisons une réputation, pensons bien que le coup nous frappe, que le piège nous surprend. Que nous soyons assez forts pour nuire à d'autres devant les hommes, c'est chose possible ; mais, pour sûr, nous nous blessons devant Dieu et l'irritons contre nous. Cessons donc de nous nuire. En commettant l'injustice envers notre frère, nous la commettons contre nous-mêmes; comme en lui faisant du bien, nous sommes nos propres bienfaiteurs. Ainsi, lorsque votre ennemi vous aura causé quelque dommage, vous serez convaincus si vous êtes sage, qu'il vous a bien servi; et dès lors, loin de le payer d'un triste retour, vous lui ferez du bien. — Mais, direz-vous, je porte en mon coeur une blessure si légitime et si vive ! Eh bien ! alors pensez que vous ne lui faites aucun bien par le pardon, mais qu'au moins vous ajoutez à son supplice, tandis que tout le bienfait est pour -vous: cette idée vous déterminera à lui faire du bien. — Quoi donc ! est- ce là le but que vous devez vous proposer par votre générosité? Non certes. Mais si par hasard votre coeur ne peut se fléchir autrement, déterminez-le du moins par cette raison de votre propre intérêt, et bientôt vous arriverez à lui persuader aussi de déposer tout ressentiment; dès lors vous ferez du bien à votre ennemi comme à un ami, et vous gagnerez les biens à venir. Puissions-nous tous en jouir par Jésus-Christ, etc.


 

 

 

 

 

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De l'importance des principes

13 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

Une petite erreur dans les principes entraîne de graves conséquences, pour exemple, celle au sujet  du magistère infaillible du pape :

 « Il en est qui, soit ignorance, soit plutôt malice, prétendent que le magistère de l’Église n’est infaillible que lorsqu’il définit les dogmes révélés par Dieu ; ils disent que l’Église s’acquitte de ce magistère uniquement lorsque, par un jugement solennel, elle définit un point de foi ou de morale, soit au sein des Conciles, soit dans les décrets pontificaux. Ces affirmations sont toutes deux contraires à la vérité.

D’abord le magistère de l’Église est double : l’un extraordinaire, l’autre ordinaire.

Le premier est uniquement celui qui s’exerce par un jugement solennel, quand certains doutes ont surgi par rapport à l’intelligence des dogmes, ou bien encore à raison de quelque erreur pernicieuse menaçant la pureté de la croyance ou des mœurs.

Mais le magistère ordinaire est celui qui s’exerce, sous la vigilance du Pape, par les pasteurs sacrés répandus dans le monde entier, soit par la parole écrite ou parlée dans les prédications et dans les catéchismes, soit par l’exercice du culte et des rites sacrés, soit par l’administration des sacrements et toutes les autres pratiques et manifestations de l’Église.

Ces deux genres de magistères sont affirmés en termes exprès par le Concile Vatican I : « On est tenu de croire, de foi divine et catholique, tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par un enseignement ordinaire et universel, propose à notre croyance comme révélé de Dieu. »

Prétendre que le fidèle n’est obligé de croire que ces vérités qui ont été l’objet d’une définition solennelle de l’Église, ce serait aboutir à dire qu’avant le Concile de Nicée il n’y avait pas d’obligation de croire à la divinité du Verbe ; ni à la présence réelle de Jésus-Christ en la sainte Eucharistie, avant la condamnation de Béranger.

En second lieu, l’infaillibilité du magistère extraordinaire et du magistère ordinaire ne s’étend pas uniquement aux dogmes que Dieu a révélés, mais encore aux conséquences qui y sont renfermées, et généralement à tout ce qui est connexe avec eux, à tout ce qui est indispensable pour les conserver intacts et les protéger contre les attaques et les pièges de l’erreur. Sans cela, Dieu n’aurait pas pris des mesures suffisantes pour que les pasteurs sacrés fussent à même de préserver les fidèles contre les sources empoisonnées, il ne les aurait pas pourvus des moyens nécessaires pour garantir efficacement le dépôt de la foi qui leur est confié. » (R.P. M. Liberatore, S.J., Le Droit public de l’Église, éd. Retaux-Bray, Paris, 1888, p. 113 et ss.)

 

D’où l’on peut conclure que ceux qui, ni par la parole de la prédication, ni par l’exercice d’un culte nouveau, ni par l’administration nouvelle des sacrements, ne conservent les pratiques, les coutumes, la doctrine pure, inchangée et infaillible de la sainte Église, ne peuvent lui appartenir, ou même prétendre être Vicaire de la Vérité incarnée.

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NOUVELLE RELIGION : DE L’UTOPIE, ENCORE DE L’UTOPIE, TOUJOURS DE L’UTOPIE

10 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

MESSAGE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX 2015

"Non plus esclaves, mais frères", tel est le titre choisi par le Pape François pour le message pour la Journée mondiale de la paix 2015 (qui sera célébrée le 1 janvier prochain). En voici la version française intégrale:

"Au début d’une nouvelle année, que nous accueillons comme une grâce et un don de Dieu à l’humanité, je désire adresser à chaque homme et femme, ainsi qu’à chaque peuple et à chaque nation du monde, aux chefs d’état et de gouvernement ainsi qu’aux responsables des diverses religions, mes voeux fervents de paix, que j’accompagne de ma prière afin que cessent les guerres, les conflits et les nombreuses souffrances provoqués soit par la main de l’homme soit par de vieilles et nouvelles épidémies comme par les effets dévastateurs des calamités naturelles. Je prie de manière particulière pour que, répondant à notre vocation commune de collaborer avec Dieu et avec tous les hommes de bonne volonté pour la promotion de la concorde et de la paix dans le monde, nous sachions résister à la tentation de nous comporter de manière indigne de notre humanité. Dans le message pour le 1 janvier dernier, j’avais observé qu’au désir d’une vie pleine appartient une soif irrépressible de fraternité, qui pousse vers la communion avec les autres, en qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents, mais des frères à accueillir et à embrasser. L’HOMME ÉTANT UN ÊTRE RELATIONNEL, DESTINÉ À SE RÉALISER DANS LE CONTEXTE DE RAPPORTS INTERPERSONNELS INSPIRÉS PAR LA JUSTICE ET LA CHARITÉ, IL EST FONDAMENTAL POUR SON DÉVELOPPEMENT QUE SOIENT RECONNUES ET RESPECTÉES SA DIGNITÉ, SA LIBERTÉ ET SON AUTONOMIE [La relation principale qui permet son développement, c'est la relation au seul vrai Dieu, Créateur et Rédempteur]. Malheureusement, le fléau toujours plus répandu de l’exploitation de l’homme par l’homme blesse gravement la vie de communion et la vocation à tisser des relations interpersonnelles empreintes de respect, de justice et de charité. Cet abominable phénomène, qui conduit à piétiner la dignité et les droits fondamentaux de l’autre et à en anéantir la liberté et la dignité, prend de multiples formes sur lesquelles je désire réfléchir brièvement, afin que, à la lumière de la Parole de Dieu, NOUS PUISSIONS CONSIDÉRER TOUS LES HOMMES NON PLUS ESCLAVES, MAIS FRÈRES. [Cela, c’est oublier, que l’homme est blessé par le péché originel, et que sans la grâce, il est esclave des passions, esclave du péché, esclave de l’erreur, esclave des fausses religions, esclave des idéologies…esclave du prince de ce monde] Cité du Vatican, 10 décembre 2014 (VIS).

 

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Pour lutter contre la crèchophobie

10 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus

Pour lutter contre la crèchophobie

Pour préparer la venue du Sauveur en nos cœurs, en nos cités, en nos nations.

Se peut-il qu'il existe des malades, des esclaves, des prisonniers, des aveugles qui refusent la guérison, la liberté ? Des indigents, des voués à l'Enfer, qui refusent le salut ? Qui refusent l'amour infini de Dieu, qui s'abaisse pour venir nous sauver ?

Ceux qui refusent la crèche, refusent, méprisent cet amour de Dieu infini, quelle pourra être alors leur espérance ?

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COMMENTAIRE DES BÉATITUDES Saint Jean Chrysostome

9 Décembre 2014 , Rédigé par Ludovicus


15e homélie des 90 homélies prononcées à Antioche sur l'Évangile de Saint Matthieu.

 

"Jésus voyant les foules accourir gravit la montagne. Quand il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Ouvrant alors la bouche, il les instruisait, en disant : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des
cieux leur appartient..." (Mt., V, 1-2) Voyez quelle absence de faste et d'éclat. Il ne se fait pas accompagner par
un nombreux cortège ; lorsqu'il s'agit de guérir les maladies, c'est lui-même qui va partout, qui parcourt les villes et les bourgades ; lorsque la foule vient le trouver, il s'assoit à l'écart, non dans une ville ou sur l'agora, mais
dans la solitude, sur la montagne, nous apprenant ainsi que rien ne doit être fait pour l'ostentation, qu'il faut s'éloigner du tumulte et du bruit, surtout pour entendre les enseignements de la sagesse, pour méditer sur les choses nécessaires.

Ses disciples approchent donc, après qu'il s'est élevé sur la montagne et qu'il s'est assis. Observez leur progrès dans la vertu, l'heureux changement qui s'est tout à coup produit en eux. Beaucoup n'aspiraient qu'à voir des miracles ; eux désiraient recueillir une grande et sublime doctrine : c'est même là ce qui détermine le Christ à les instruire, à commencer ce magnifique discours. Non content de guérir les corps, il redressait les âmes donnant tour à tour ses soins aux deux parties constitutives de l'être humain, multipliant et variant ses bienfaits, unissant l'enseignement des œuvres à celui de la parole : il réprimait ainsi l'impudence des hérétiques à venir, en accordant son attention à la matière comme à l'esprit, en montrant qu'il était le créateur de toutes les existences. Voilà pourquoi sa providence
s'étend à toutes sans exception, allant sans cesse des âmes aux corps.

Telle était donc alors sa conduite. " Ouvrant la bouche, est-il dit, il les instruisait. " Et pourquoi cette expression : " Ouvrant la bouche ". Pour vous apprendre qu'il enseignait en se taisant aussi bien qu'en parlant, que ses œuvres élevaient la voix, alors qu'il n'ouvrait pas la bouche. Quand vous entendez qu'il les instruisait, ne vous imaginez pas qu'il s'adressât uniquement à ses disciples ; par eux il s'adressait à tous. Comme devant lui se trouvait la multitude, en grande partie composée de personnes de la plus basse condition, il plaçait au premier rang le chœur de ses disciples ; et c'est à ces derniers principalement qu'il adressait la parole, de telle sorte néanmoins qu'elle pût parvenir à tous les autres, pour les arracher à leur ignorance et les familiariser avec les leçons de sa sublime philosophie. Ce même trait se lit dans saint Luc, ou du moins s'y trouve indiqué. (Lc, VI, 27) Voilà ce que Matthieu nous fait entendre en disant : " Ses disciples s'approchèrent, et il les instruisait. " Les autres devaient écouter avec d'autant plus d'attention que la parole ne semblait pas s'adresser à tous. Par où commence-t-il, quels fondements donne-t-il à sa législation nouvelle ? Écoutons bien ce qu'il va dire ; car, si la parole était pour les contemporains, l'écriture est pour toutes les générations suivantes. S'il paraît faire l'éducation spéciale de ses disciples, il ne circonscrit pas son enseignement dans un cercle aussi restreint ; c'est à vous indistinctement qu'il adresse ses béatitudes.

Il ne dit pas, en effet : " Vous serez bienheureux, vous, si vous êtes pauvres". Non; il dit : "Bienheureux les pauvres". Assurément, bien que son instruction eût une direction spéciale, elle était de nature à devenir un bien commun. Lorsqu'il disait encore : "Voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles", (Mt., XVIII, 20) ce n'est pas seulement aux disciples alors présent qu'il parlait, il voit en eux le monde entier. De même, lorsqu'il les proclame heureux parce qu'ils auront à souffrir la persécution, l'exil et toute sorte de traitements intolérables, ce n'est pas pour eux seuls, c'est aussi pour tous ceux qui subiront avec courage les mêmes maux qu'il tresse ses couronnes. Du reste, pour vous mieux assurer de cette vérité, pour que vous sachiez bien quelles choses dites vous regardent, regardent le genre humain tout entier, pourvu qu'on veuille y prêter une oreille attentive, voyez sous quelle forme se produit cet admirable discours : "Heureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient." (Mt., V, 3) Qui sont les pauvres en esprit? Les humbles, ceux dont le cœur est contrit. L'esprit désigne ici l'âme, l'intention, la volonté. Il y a des pauvres qui le sont involontairement et par nécessité; ce n'est pas de ceux-là qu'ils parle, vu qu'ils ne méritent aucun éloge: sa première béatitude est pour ceux qui s'humilient et s'abaissent de leur propre mouvement et par un libre choix.

Pourquoi met-il la pauvreté à la place de l'humilité? C'est parce que l'une de ces vertus est renfermée dans l'autre. Il désigne pas là les hommes qui craignent et respectent les préceptes du Seigneur; les mêmes que Dieu déclare par la bouche du prophète Isaïe mériter tout son amour: "Sur qui porterai-je un regard favorable, si ce n'est sur l'homme doux et paisible, qui reçoit mes paroles avec un religieux tremblement?" (Is, LXVI, 2).

L'humilité se présente sous différentes formes: Il y a des hommes qui sont modérément humbles, et d'autres qui le sont au suprême degré. C'est à ces derniers que s'appliquent les louanges du bienheureux prophète, et non à ceux dont l'âme est simplement humiliée, mais n'est pas entièrement contrite, quand il dit: "Un sacrifice agréable à Dieu, c'est une âme brisée; vous ne dédaignerez pas, Seigneur, un cœur contrit et humilié." (Ps., L. 19) Telle est la vertu que les trois enfants offraient à Dieu comme un grand sacrifice, en priant en ces termes: "Que nous soyons reçus avec une âme
contrite et un esprit humilié." (Dn III, 39). Voilà celle que le Christ proclame bienheureuse. Les plus grands maux qui ravagent le monde entier proviennent de l'orgueil, puisque le diable lui-même, qui ne méritait pas auparavant ce nom, est par là devenu diable, ce que que Paul nous fait entendre en disant: "De peur qu'en s'enorgueillissant il ne subisse la condamnation du diable." (I Tm., III, 6) Le premier homme également, poussé par la même ambition que le diable, tomba de sa hauteur réelle. Dieu lui reproche ce fol espoir et met à nu sa démence, quand il parle ainsi: "Voilà qu'Adam est devenu semblable à nous." (Gn., III, 32) Tous ceux qui vinrent après lui tombèrent dans l'impiété pour la même raison, en prétendant à la nature divine. Puisque c'était là le centre et le foyer de tous les maux, la source et
le principe de toutes les iniquités, le Christ nous donne un remède en rapport avec la maladie, lorsqu'il nous impose l'humilité comme le fondement inébranlable de toutes les vertus.

Celle-là posée, l'architecte peut en toute sécurité construire son édifice: si vous l'ôtez, au contraire, on aurait beau s'élever jusqu'au ciel par la sublimité de sa conduite, tout croule et doit avoir une malheureuse fin. Auriez-vous accumulé tous les biens possibles, le jeûne, l'oraison, l'aumône, la charité même et les autres, sans l'humilité, tous ces biens s'en iront en fumée. C'est ce qu'éprouva le Pharisien : après avoir atteint le faîte, il roula jusqu'au fond, ne possédant plus rien, parce que la mère des vertus n'était pas avec lui. De même donc que l'orgueil est la source de tous les vices, l'humilité est la base de toute philosophie. Vous comprenez maintenant pourquoi le Christ commence par là son œuvre: il arrache du cœur de ses auditeurs la mauvaise racine de la superbe..Que vous soyez esclave, mendiant, réduit à la dernière indigence, étranger, sans considération aucune, rien ne vous empêchera d'être heureux, pourvu que vous embrassiez cette vertu.

Après avoir commencé par ce qui devait nécessairement passer avant tout, il pose un autre principe, qui contredit aussi toutes les idées reçues dans le monde. Tous les hommes, en effet, regardent comme heureux ceux qui sont dans la joie, et comme malheureux ceux dont la vie s'écoule dans la tristesse, la misère et le deuil: et ce sont ces derniers qu'il proclame heureux en ces termes: "Heureux ceux qui pleurent." (Mt. V. 5) Mais tous les déclarent malheureux; aussi a-t-il accompli des prodiges pour accréditer de semblables lois. Il ne faut pas non plus croire ici qu'il béatifie simplement les larmes; il parle des larmes versées sur le péchés; car il est un deuil défendu, celui qui porte simplement sur les choses temporelles. C'est ce que Paul nous enseigne dans ce passage; "La tristesse selon le siècle opère la mort; la tristesse selon Dieu produit la pénitence et conduit sûrement au salut." (II Cor., VII, 10)

Le Sauveur proclame donc heureux ceux qui pleurent sous l'impression de cette dernière tristesse, mais qui pleurent abondamment, et non d'une manière quelconque. C'est pour cela qu'il emploie cette expression: "Qui pleurent", au lieu de celle-ci: "Qui sont tristes". Ce précepte enseigne éminemment toute philosophie. Ceux qui pleurent des enfants, une femme, ou quelque autre de leurs proches, sont insensibles dans un pareil moment aux attraits de la richesse ou de la beauté, à l'amour de la gloire, au sentiment même des injures, aux atteintes de l'envie, aux assauts d'une passion quelconque; ils sont tous entiers à leur deuil; à plus forte raison ceux qui pleurent leurs péchés comme les péchés doivent être pleurés, montreront-ils une philosophie supérieure.

Après cela quelle sera leur récompense? "Parce qu'ils seront consolés", ajoute le divin Maître. Mais où seront-ils consolés, je vous le demande? Dans cette vie et dans l'autre. Comme c'était là un précepte difficile et ardu, il a promis ce qui pouvait le mieux en adoucir les aspérités. Voulez-vous donc recevoir la consolation? pleurez. Et ne regardez pas cette parole comme une énigme. Dès que c'est Dieu qui vous consolera, seriez-vous assaillis de mille peines, vous les fouleriez toutes aux pieds. Les récompenses que Dieu donne l'emportent toujours sur les travaux: vous le voyez dans cette circonstance, puisqu'il béatifie les larmes non d'après le mérite de celui qui les répand, mais selon sa propre munificence; non d'après la grandeur de l'action, mais dans la mesure de son amour pour les hommes.

Ceux qui pleurent, en effet, pleurent leurs péchés; et dès lors il suffit pour leur récompense qu'ils en obtiennent le pardon et l'oubli; c'est la bonté divine qui ne s'en contente pas: elle ne s'en tient donc pas à remettre le supplice, à pardonner les péchés, elle rend l'homme heureux et lui prodigue ses consolations. À bien saisir la portée du précepte, il ne suffit pas de pleurer ses propres péchés, il faut encore pleurer ceux des autres. Ainsi sont disposées les âmes des saints, d'un Moïse, d'un Paul, d'un David: que de fois ces hommes ont pleuré les péchés de leurs frères!

"Heureux ceux qui sont doux parce qu'ils posséderont la terre" (Mt. V, 4) Quelle terre, dites-moi? Quelques-uns disent une terre purement intellectuelle. Mais il n'en est pas ainsi; nulle part dans l'Écriture il n'est question d'une semblable terre. Que signifie donc ce mot? Une récompense qui tombe sous les sens, comme celle dont parle l'Apôtre, lorsqu'il dit "Honore ton père et ta mère", et qu'il ajoute: "Ainsi tu vivras longtemps sur la terre"? (Ep. VI, 2-3). Le Seigneur lui-même disait dans le même sens au larron: "Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis." (Lc XXIII, 43) Il place en perspective non seulement les biens à venir, mais encore ceux de la vie présente, à cause de ces esprits terrestres qui cherchent ceux-ci plutôt que ceux-là. Aussi dira-t-il dans la suite de son discours: "Sois d'accord avec ton adversaire." Il montre immédiatement comment cette prudence sera récompensée: "De peur que ton adversaire ne te livre au juge et le juge au bourreau." (Mt V, 25).

Voyez-vous quelle crainte il suscite? La crainte d'un malheur corporel, comme il n'en arrive que trop souvent. Il avait déjà dit: "Quiconque dira à son frère, Raca, sera passible du conseil." (Mt. V, 22) Paul de même propose fréquemment des récompenses sensibles, appuie ses exhortations sur l'espoir des biens présents; comme, par exemple, quand il parle de la virginité, il n'est pas là question des cieux, mais bien des choses présentes; écoutez plutôt: "À cause de la nécessité qui vous presse...; mais je veux vous ménager...; j'exige que vous soyez sans sollicitude." (1 Cor., VII, 26, 28, 32) Le Christ mêle donc les objets sensibles aux objets spirituels. L'homme doux pourrait penser qu'il s'expose à tout perdre; c'est l'opposé qu'il lui promet: l'homme sans audace et sans jactance est celui-là même qui possède le plus sûrement ce qui lui appartient; tandis que ces deux vices nous font souvent perdre les biens paternels, et de plus notre âme elle-même. Ajoutez à cela que le prophète ayant dit dans l'Ancien Testament: "Les doux auront la terre pour héritage", (Ps., XXXVI, II) le Christ s'empare d'une expression connue, afin de rendre son discours plus accessible à ses auditeurs, et de ne pas les étonner à chaque parole. Par là néanmoins il n'entend pas circonscrire la récompense dans le temps
présent; il ajoute seulement le visible à l'invisible. En effet, s'il appelle notre attention sur les biens spirituels, il ne nous enlève pas pour cela les biens sensibles; et, d'un autre côté, s'il nous fait des promesses pour cette vie, son intention n'est pas de nous interdire d’autres espérances. Entendez ce qu'il dit: "Chercher d'abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par surcroît;" (Mt. VI, 38) puis encore: "Quiconque aura quitté pour moi, maison, frères, père, mère, femme, enfants et champs, recevra le centuple en ce monde, et possédera la vie éternelle dans l'autre." (Mt. XIX, 29 ; Mc. X, 29-30)

"Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice." (Mt. V, 6) Que faut-il entendre ici par justice? Ou bien l'essence même de la vertu prise dans son ensemble, ou bien cette vertu spéciale qui est l'opposé de l'avarice et de la
rapacité. Comme il allait donner un précepte touchant l'aumône, il nous apprend de quelle manière il faut l'exercer; et c'est ainsi qu'en béatifiant la justice il condamne la convoitise dans son but et ses moyens. Remarquez avec quelle force le Sauveur exprime sa pensée. Il ne se borne pas à dire: "Heureux ceux qui pratiquent la justice", mais il dit: "Heureux ceux qui ont faim et soif de justice". C'est nous signifier qu'il faut l'embrasser avec toute l'ardeur dont une âme est capable, et non par manière d'acquit. Comme c'est là surtout le propre de l'avarice, de vouloir acquérir et posséder plus encore que nous ne désirons manger et boire, il a voulu nous inspirer ce même désir pour le désintéressement. Une récompense sensible nous est également promise ici, puisqu'il ajoute: "Car ils seront rassasiés." On croit généralement que l'avarice enrichit; il nous affirme le contraire: c'est la justice qui produit cet effet. Lors donc que vous marchez dans les voies de la justice, ne craignez pas la pauvreté, vous n'aurez pas à souffrir la faim. C'est aux hommes rapaces à redouter d'être dépouillés de tout; les justes posséderont tout avec sécurité. Si les hommes qui ne désirent pas le bien d'autrui ont tant de richesses en partage, à plus forte raison ceux qui distribuent leur bien.    

"Heureux les miséricordieux." Ce n'est pas seulement ceux qui font l'aumône de leur argent que cette parole désigne; à mon avis, c'est encore ceux qui la font par leurs œuvres. La miséricorde revêt diverses formes, et ce précepte s'étend bien loin. Quelle en sera la récompense? "Car eux-mêmes obtiendront miséricorde." Dans les termes ce n'est que l'équivalent; mais en réalité, la récompense l'emporte de beaucoup sur la bonne œuvre. Eux exercent la miséricorde comme il est possible à des hommes de l'exercer, tandis qu'ils la reçoivent du Dieu de l'univers. Or, il n'existe aucune comparaison entre la divine miséricorde et la miséricorde humaine; elles diffèrent autant que la bonté diffère de la malice.

"Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu." (MtV, 8) Voici maintenant une récompense spirituelle. Les hommes au cœur pur, dans la pensée du divin Maître, sont ou bien ceux qui pratiquent toutes les vertus et dont la conscience est sans reproche, ou bien ceux qui vivent dans la chasteté; car il n'est pas de vertu qui nous conduise comme celle-ci à la vision divine. Voilà pourquoi Paul disait: "Vivez en paix avec tous et dans la continence, sans laquelle nul ne verra le Seigneur." (Hé. XII, 14) Mais la vision dont il s'agit est évidemment celle dont l'homme est capable. Comme il y en a beaucoup qui font l'aumône, qui ne sont ni rapaces ni cupides, et qui néanmoins commettent la fornication, s'adonnent à l'impureté, le Christ, en parlant de la sorte, a voulu nous montrer que ces premières vertus ne suffisent pas. Paul l'atteste aussi dans l'épître aux Corinthiens; il dit des Macédoniens qu'ils étaient riches non seulement par l'exercice de l'aumône, mais encore par les autres vertus. Après avoir parlé de la largesse de leurs dons, il dit qu'ils se sont dévoués au Seigneur, "et à nous". (II Cor. VIII, 5)

"Heureux les pacifiques." (Mt. V, 9) Il ne se contente pas là de proscrire les dissensions et les inimités, il exige quelque chose de plus: que nous tâchions de rétablir la concorde entre les ennemis; puis il promet encore une récompense: que nous tâchions de rétablir la concorde entre les ennemis; puis il promet encore une récompense spirituelle. Quelle est cette récompense? "Car ils seront appelés les enfants de Dieu." C'est l’œuvre par excellence du Fils unique, d'unir ce qui était disjoint, de substituer la paix à la guerre. De peur toutefois que vous ne regardiez la paix comme étant toujours un bien, il poursuit: "Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice" (Mt.V, 10) : c'est-à-dire pour la cause de la vertu, pour la défense du prochain, pour la religion. Il appelle constamment vertu la complète philosophie de l'âme. "Heureux serez-vous lorsque les hommes vous outrageront, vous persécuteront, diront contre vous à cause de moi, toutes sorte de mauvaises paroles, pourvu qu'elles soient fausses. Réjouissez-vous et tressaillez." (Mt. V, 11-12) C'est comme s'il disait: "Quand on vous traitera de séducteurs, d'artisans de prestiges et de maléfices, ou qu'on vous donnera tout autre nom semblable, c'est alors que vous serez heureux". Quoi de plus insolite que de pareils préceptes, qui proposent à nos désirs ce qu'on envisagea toujours avec crainte: mendier, pleurer, subir la persécution et l'insulte. Il l'a dit néanmoins, il l'a persuadé, non à deux, à dix, à vingt, à cent, à mille personnes, mais au monde entier. Et les foules restaient muettes d'étonnement en écoutant des choses si terribles, si contraires aux usages reçus; tant était grande la puissance de celui qui leur parlait. Il ne faudrait pas croire que ce bonheur consiste à recevoir simplement des injures; il faut à cela deux conditions que le Christ a posées: que ces injures soient souffertes par rapport à lui et qu'elles soient mensongères. Hors de là, non seulement on n'est pas heureux, mais encore on est à plaindre quand on les subit. Voici maintenant encore quel est ce bonheur: "Car votre récompense sera grande dans les cieux." Si vous n'entendez pas que le royaume soit promis à chaque béatitude, n'en soyez pas alarmés bien que les récompense portent différents noms, elles ont toutes pour effet de conduire au royaume. Lorsqu'il promet la consolation à ceux qui pleurent, la miséricorde aux miséricordieux, la vision divine à ceux dont le cœur est pur, aux pacifiques, le titre d'enfant de Dieu, il n'indique pas autre chose par là que le royaume céleste; car les premiers biens sont le gage assuré de ce dernier. Ne pensez donc pas qu'il doive seulement être le partage des pauvres en esprit, il appartient aussi à ceux qui sont affamés de justice, aux hommes doux, à tous les autres sans exception. Chacun a droit à la béatitude, vous l'avez entendu, ce qui ne saurait s'appliquer à des objets sensibles; car on n'est pas heureux par la
possession de ce qui s'évanouit avec la vie présente et passe avec plus de rapidité que l'ombre. À cette promesse pour l'avenir: "Votre récompense est grande", le Seigneur ajoute encore une précieuse consolation: "C'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui vécurent avant vous." Comme le royaume ne devait leur être accordé que plus tard et n'existait pour eux qu'en espérance, il les console en leur disant que leur sort est le même que celui des justes persécutés avant eux. N'allez pas croire, leur dit-il, que vous éprouverez ces mauvais traitements parce que vous enseignerez aux hommes une doctrine nouvelle et de nouvelles lois; qu'ils vous banniront comme leur ayant enseigné des choses iniques. Non, les embûches et les périls ne proviendront pas de la nature de vos paroles, mais bien de la perversité de vos auditeurs. Aussi les malédictions ne seront pas pour les victimes, elles seront pour les auteurs de vos maux. Contre eux s'élèveront en témoignage tous les siècles écoulés. Leurs devanciers n'accusaient pas les prophètes de transgresser la loi ou d'attaquer Dieu, lorsqu'ils lapidaient les uns, chassaient les autres, les accablaient de mille outrages. Que cela ne vous trouble donc pas; car leur conduite est aujourd'hui la même et s'inspire de la même pensée." Voyez-vous comme il relève le courage de ses disciples en les plaçât à côté de Moïse et d'Élie? C'est dans le même sens que Paul écrivait aux Thessaloniciens: "Vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont dans la Judée; car vous avez souffert de la part des Juifs, qui ont mis à mort le Seigneur Jésus et leurs propres prophètes, qui de plus nous ont persécutés, toujours en opposition avec Dieu, en lutte avec tous les hommes (I Th. II, 14-15) Voilà ce que fait ici le Christ. Ajoutez que dans les autres béatitudes, il parle d'une manière indéterminée: "Heureux les pauvres, heureux les miséricordieux"; tandis que dans cette dernière, il parle directement à ses disciples: "Heureux serez-vous lorsque les hommes vous outrageront, vous percuteront, diront de vous toute sorte de mauvaises paroles." Il ne veut pas leur laisser ignorer que cela doit surtout se réaliser en eux, et regarde les docteurs beaucoup plus que les simples fidèles. De plus, il manifeste sa grandeur et son égalité avec le Père. "Ce que les prophètes ont souffert pour le Père, leur dit-il, vous le souffrirez pour moi." en disant: "Les prophètes qui vécurent avant vous", Il déclare qu'eux-mêmes ont été déjà faits prophètes. Pour leur bien faire voir ensuite que les persécutions seront pour eux une source de bonheur et de gloire, il ne leur dit pas: "On se déchaînera contre vous par les paroles et par les actes; mais je l'empêcherai". Non, il ne l'empêchera pas; car ce n'est pas dans l'exemption des épreuves, et dans une généreuse conduite qui soit la leçon des tyrans: ceci l'emporte de beaucoup sur cela, tout comme recevoir des coups et n'en être pas ébranlé est une chose plus glorieuse que de n'avoir jamais reçu de coup. En cet endroit, il dit: "Votre récompense est grande dans les cieux"; dit saint Luc, il s'exprime avec plus de force, les consolations qu'il donne sont plus abondantes. Il ne se contente pas, en effet, de proclamer heureux ceux qui pour Dieu sont accablés d'injures; il déclare malheureux ceux que le monde comble de louanges: "Malheur à vous lorsque tous les hommes vous loueront". (Lc VI, 26) Les hommes cependant louaient les apôtres: mais tous ne les louaient pas. Aussi le maître a-t-il dit: "Tous les hommes", et non: Les hommes simplement. Il n'est pas possible, en effet, que les amis sincères de la vertu reçoivent des louanges universelles. Il dit de plus: "Quand ils rejetteront votre nom comme indigne, réjouissez-vous et tressaillez". La grand récompense qu'il leur a promise s'attache non seulement aux périls, mais encore aux outrages qu'ils auront encourus. De là vient qu'au lieu de leur dire: "Quand vous aurez subi l'exil de la mort", il leur dit: "Quand les hommes vous outrageront et diront de vous toute sorte de mauvaises paroles". Les paroles outrageuses blessent plus cruellement que les actions mêmes. Dans les périls, bien des circonstances allègent notre peine: ainsi, les encouragements qu'on nous donne de tous les côtés, les applaudissements, les couronnes qu'on nous décerne. Dans les outrages, cette consolation nous est refusée; car on ne regarde pas comme une grande vertu de les subir avec patience, bien que l'athlète y soit plus éprouvé que dans les périls. Beaucoup en sont venus à se donner la mort, ne pouvant supporter leur mauvaise réputation. Pourquoi vous étonner de tels exemples? Voyez ce traître impudent et abominable, qui ne rougissait de rien, et qui se pendit néanmoins à cause de cela. Et Job, cette âme de diamant, ce cœur plus ferme qu'un rocher, quand il perdait toutes ses richesses et se trouvait accablé de malheurs, quand il était privé tout à coup de ses enfants, quand il voyait son corps fourmilier de vermine, quand sa femme elle-même aggrave le poids de ses maux, il supportait tout avec un courage admirable; mais, lorsque ses amis vinrent lui faire des reproches, l'insulter, lui manifester leurs odieux soupçons, lui déclarer qu'il souffrit tout cela par suite de ses péchés, qu'il expiait ses iniquités; il tomba dans le trouble, cet homme si généreux et si grand. Oubliant toutes les autres choses qu'il avait souffertes, David ne demandait à Dieu que la récompense des malédictions lancées contre lui. "Laisse-le maudire David, parce que le Seigneur le veut ainsi; et le Seigneur verra mon humiliation, il me rendra le bien pour les malédictions que je subis en ce jour." (Hé. XVI, 11-12) Paul ne se borne pas non plus à louer ceux qui courent des dangers ou qui sont dépouillés de leur fortune; il loue ceux dont nous parlons ici. "Souvenez-vous des premiers jours, dit-il, alors que récemment illuminés, vous avez supporté de si grands combats de la part des passions: d'un côté, vous avez été donnés en spectacle par les opprobres et les tribulations; de l'autre, vous entriez en participation des épreuves de vos frères persécutés." (Hé. X, 32-33)

Voilà comment s'explique la grandeur de la récompense promise par le Christ. Et, pour qu'on ne puisse pas dire: "Vous n'exercez donc pas là votre vengeance, vous ne fermez pas la bouche aux calomniateurs, et vous ne faites que récompenser les victimes"; il invoque le souvenir des anciens prophètes, en montrant également que Dieu n'avait pas voulu les venger. Or, s'il les encourageait par l'espérance des rémunérations futures, dans un temps où le bien était immédiatement rémunéré; ne le peut-il pas encore mieux maintenant que cette espérance brille d'un plus vif éclat, et que règne une plus belle philosophie? Remarquez après quel préceptes il pose une telle sanction. Ce n'est pas sans besoin et sans but; il veut nous apprendre qu'on ne saurait aborder les combats de la vertu sans s'être disposé d'avance à toutes ces tribulations. Il y prépare notre esprit en le conduisant d'un précepte à l'autre, si bien qu'ils forment une chaîne d'or. Quand on est humble, on sait aussi pleurer ses péchés; quand on pleure on est doux, modeste, compatissant; quand on est miséricordieux, on est juste, contrit, pur de cœur; et l'homme au cœur pur ne saurait manquer d'être pacifique. Enfin, toutes ces vertus acquises, on sera prêt à braver tous les dangers, on ne se laissera pas troubler par les injures, on ne reculera pas devant des maux sans nombres. Après leur avoir adressé de semblables exhortations, il les fortifie de nouveau par ses louanges. Comme il leur imposait des préceptes ardus, sublimes, et bien supérieurs à ceux de l'ancienne loi, il prévient chez eux la surprise et le découragement; il ne veut pas qu'ils puissent dire: "Comment pourrons-nous les accomplir?" Écoutez donc comment il leur parle: "Vous êtes le sel de la terre". (Mt. V, 13) C'est leur montrer qu'il doit nécessairement leur imposer de tels préceptes. Ma parole vous est confiée non pour votre vie seule, mais dans l'intérêt du monde entier. Je ne vous envoie pas à deux villages, à dix ou même à vingt, votre mission n'est pas limitée comme celle des anciens prophètes; elle embrasse la terre, la mer, tous les peuples de l'univers sans exception, en dépit de l'opposition que vous y rencontrerez. En leur disant, en effet: "Vous êtes le sel de la terre", il leur déclare que la nature humaine est entièrement affadie, qu'elle est corrompue par le péché. Aussi leur demande-t-il surtout les vertus que suppose la sollicitude pour le salut du prochain. Celui qui pratique la douceur, la modestie, la miséricorde et la justice, ne renferme pas en lui-même les bonnes œuvres qu'il accomplit; il a soin que ces sources pures coulent aussi pour l'avantage et le bien des autres. Quiconque également a le cœur pur, l'homme pacifique et celui qui souffre persécution pour la vérité, dirige sa vie d'une manière utile à tous. Ne pensez pas, semble-t-il leur dire, que je vous appelle à des combats sans importance, que je vous charge de médiocres intérêts: "Vous êtes le sel de la terre". Quoi donc? rétablirent-ils les chairs gangrenés? Non certes; car le sel ne fait plus rien à ce qui déjà tombe en pourriture. Leur puissance n'allait pas jusque-là; mais, ce que le Seigneur avait renouvelé, délivré de la corruption, et puis remis à leur dévouement, ils y répandirent le sel, afin de tout conserver dans cet état de rénovation, œuvre directe de la puissance divine. Affranchir les hommes de la puanteur du péché, ce fut le prodige opéré par le Christ; les empêcher de la contracter de nouveau, c'était le devoir que les disciples avaient à remplir par leur zèle et leurs fatigues.

Vous voyez comme il leur découvre par degrés qu'ils ont une mission supérieure à celle des prophètes. Il ne les établit pas les docteurs de la Palestine, il leur confie toutes les contrées de l'univers; et cette doctrine, ils doivent l'enseigner en inspirant une crainte salutaire. Chose admirable, ce n'est pas en flattant, ce n'est pas en ménageant qu'ils gagnent l'affection des hommes, c'est en agissant d'une manière vive et forte comme le sel. "Ne soyez donc pas étonnés, semble-t-il dire encore, que je m'adresse à vous, de préférence aux autres lorsqu'il s'agit d'aborder de si grands dangers. Songez à combien de cités et de peuples, à quelles nations diverses je vais vous envoyer et vous préposer. Aussi ne faut-il que vous soyez seuls sages, je veux que vous rendiez les autres tels. Ils doivent avoir une grande prudence, ceux qui reçoivent une pareille mission, puisque le salut des autres périclite en eux, et de plus une vertu surabondante, qui puisse dérober sur le prochain. Si vous n'étiez pas ainsi disposés, vous ne vous suffiriez pas à vous-mêmes." "Ne vous attristez pas comme si je vous disais des choses trop pénibles. En voici la raison: Quand les autres sont tombés dans l'affadissement, vous pouvez les relever par votre ministère; mais vous, si la même chose vous arrive, vous exposez les autres à périr avec vous. Par conséquent, plus ont d'importance les intérêts qui vous sont confiés, plus vous devez déployer de zèle". C'est pour cela que le Christ ajoute: "Si le sel vient à perdre sa
saveur, avec quoi salera-t-on? Il ne vaut plus pour rien, si ce n'est pour être jeté dehors et foulé aux pieds". (Mt. V, 13) Les autres, tomberaient-ils mille fois, peuvent aisément obtenir pardon; mais celui dont le devoir est d'enseigner n'a pas d'excuse dans ses chutes et subira le dernier châtiment.

De peur qu'en entendant ces paroles: "Quand les hommes vous outrageront, vous persécuteront, diront de vous toute espèce de mal", ils n'osent pas aborder leur ministère, le Sauveur leur dit ceci: Si vous n'êtes pas prêts à supporter tous ces mauvais traitements, votre élection est inutile. Vous n'avez pas à craindre les malédictions, c'est l'apparence de l'hypocrisie que vous avez à craindre; car la dissimulation vous affadit et vous jette sous les pieds des hommes. Si vous persistez à remplir envers eux votre devoir dans toute sa rigueur, et s'ils vous récompensent par des injures, c'est alors que vous devez vous réjouir; il est dans la nature du sel de stimuler la mollesse et de la mordre au cœur. Il ne faut donc pas s'étonner si vous soulevez les malédictions; mais elles ne sauraient vous nuire, elles attestent même votre fermeté. Si la crainte d'en être assaillis vous enlève l'énergie de votre ministère, vous tombez dans un bien plus grand mal, vous encourez le blâme et le mépris de tous les hommes. C'est ce que l'Évangile appelle être foulé aux pieds.

Il prend ensuite un terme de comparaison plus élevé: "Vous êtes la lumière du monde". (Mt. V, 15) Du monde, encore ici, du monde entier, et non d'une nation seule ou de vingt cités; il s'agit d'une lumière intellectuelle, dont les rayons du soleil sont loin d'égaler la beauté, tout comme il s'agissait d'un sel spirituel. D'abord donc le sel, puis la lumière, pour que vous compreniez quel bien résulte d'une parole vive et sévère, l'utilité d'un grave enseignement. En l'entendant, les âmes se raffermissent, résistent à la tentation, et s'acheminent vers la vertu sous la conduite d'un tel guide, contractent la force de voir. "La cité ne peut pas rester cachée quand elle est placée sur une montagne: on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau." (Mt. V, 14-15) Il ne pouvait pas mieux les exciter à mener une conduite irréprochable, à veiller constamment sur eux, qu'en leur représentant ainsi qu'ils sont placés sous les yeux de tous les hommes, qu'ils combattent dans une lice aperçue de tout l'univers. Ne vous bercez pas de cette idée que vous pouvez désormais vous asseoir immobiles, que vous êtes cachés dans un petit recoin du monde; non, vous paraîtrez à tous les yeux, comme paraît une ville placée sur le sommet d'une montagne, comme brille dans la maison, une lumière qu'on a mise sur le chandelier...

Dans les paroles qui nous occupent, il me paraît surtout vouloir leur inspirer une noble confiance. En disant, en effet: "Elle ne peut pas se dérober aux regards, la ville placée sur une montagne", c'est sa puissance qu'il entend leur manifester; la prédication de sa doctrine ne pourra pas plus être tenue dans le silence que cette ville ne saurait demeurer cachée. Comme il leur avait d'abord parlé de persécutions, d'injures, de pièges et de guerres, ne voulant pas qu'ils aient la pensée que ces tribulations leur fermeront la bouche, il leur annonce, afin de relever leur courage, non seulement que la prédication ne sera pas étouffée, mais encore qu'elle illuminera l'univers entier. Et de là viendront leur éclat et leur gloire. Il leur montre donc ainsi sa puissance; et par ce qui suit il leur fait un voir d'agir avec confiance et fermeté: "On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; on la place sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière brille ainsi devant tous les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux". (Mt. V, 15-16) Pour moi, dit-il, je vous ai porté la lumière; il appartient maintenant à votre zèle de la conserver dans tout son éclat, non seulement pour vous-mêmes, mais encore pour le bien de ceux qui l'apercevront et seront ainsi conduits à la vérité. Les injures ne porteront aucune atteinte à votre honneur, si vous exercez sur vous une infatigable vigilance, si vous vivez comme étant appelés à convertir l'univers. Que votre vie soit donc à la hauteur d'une telle grâce, afin qu'elle concoure à son action, quand cette grâce est partout annoncée. Le salut du genre humain n'est pas le seul avantage qu'il leur propose; il en est un autre bien capable de stimuler et d'enflammer leur ardeur; en donnant à votre vie cette sage direction, non seulement vous ramènerez au bien le monde, mais encore vous ferez que Dieu soit glorifié; par une conduite opposée, vous perdrez les hommes et vous ferez blasphémer Dieu. Et comment, m'objecterez-vous, procurerons-nous la gloire du Christ, si nous devons être injuriés par les hommes? Tous ne vous traiteront pas ainsi, et ceux-là même dont telle sera la conduite, y seront poussés par l'envie; mais ces envieux eux-mêmes seront forcer de vous estimer dans leur conscience et de vous admirer, tout comme les adulateurs des méchants les méprisent en leur âme. Que nous ordonnez-vous donc? que nous vivions pour capter l'approbation des hommes et leurs applaudissements? Gardez-vous bien de le croire; je ne dis pas cela. Je ne vous ai pas tenu ce langage: "Faites en sorte d'étaler vos bonnes œuvres à tous les yeux; faites-en parade". Je vous ai dit: "Que votre lumière brille; pratiquez de grandes vertus, qu'il s'en dégage une chaleur abondante, une vive et merveilleuse clarté. Quand la vertu dépasse certaines limites, il n'est pas possible qu'elle reste cachée, celui dont elle est le partage voudrait-il la couvrir des voiles les plus épais. Menez devant eux une conduite irréprochable, ne leur laissez aucun motif sérieux de vous accuser, et les accusateurs seraient-ils sans nombre qu'ils ne réussiraient pas à vous tenir dans l'obscurité. Ce mot de lumière est admirable ici. Rien, en effet, ne met un homme en lumière, malgré tous les efforts de son humilité, comme la splendeur de la vertu. Il brillerait moins s'il était revêtu des rayons même du soleil; car ses rayons à lui ne se projettent pas seulement sur la terre, ils s'élancent par-dessus les cieux. Pouvait-il mieux les consoler?Si les injures vous affligent, beaucoup vous admireront par amour pour Dieu. Vous aurez une double récompense, et parce que Dieu sera glorifié par rapport à vous, et parce que vous serez outragés par rapport à Dieu. De peur, néanmoins, qu'on ne recherchât les injures, en voyant qu'elles peuvent être l'occasion d'une récompense, le Christ ne dit pas cela d'une manière absolue, il y met deux conditions: que les mauvais discours dirigés contre nous soient sans fondement, et que nous les souffrions pour la gloire de Dieu. Il ne s'en tient pas là; mais il déclare que les louanges aussi nous méritent une grande rémunération, pourvu que la gloire en revienne à Dieu. Il les soutient donc par les meilleures espérances. Non, les invectives des méchants n'auront jamais la force d'aveugler les autres au point qu'ils ne voient plus votre lumière. Affadis, c'est alors seulement que vous serez foulés aux pieds, et non quand on vous accusera tandis que vous ferez le bien. Au contraire, vous serez dans ce cas un objet d'admiration pour beaucoup, et non seulement vous-mêmes, mais encore votre Père à cause de vous.

 

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