SORTIR DE L’ILLUSION
« Des lois comme l'avortement, l'euthanasie ou le mariage homosexuel ont été étudiées et mûries dans les loges avant d'être votées par les députés », confirme Serge Abad-Gallardo, ancien franc-maçon.
Ils sont nombreux à quitter la franc-maçonnerie, mais rares sont ceux qui osent le raconter. C'est le cas de Serge Abad-Gallardo, architecte français âgé aujourd'hui de 60 ans, et qui en a passé 24 au sein d'une des obédiences les plus importantes de France, celle du Droit Humain (une émanation du Grand Orient de France). Son livre Pourquoi j'ai cessé d'être franc-maçon (Éd. Pierre Téqui) est un témoignage passionnant sur les années que l'auteur a passé dans la franc-maçonnerie. Après sa conversion au christianisme (il était déjà baptisé, mais s'était éloigné de l'Église), il a compris que la religion catholique et l'idéologie maçonnique étaient incompatibles et a décidé d'en sortir. Le processus de son retour à la foi a été très long.
Pour quelle raison êtes-vous entré dans la franc-maçonnerie?
Serge Abad-Gallardo : J'avais l'âge et la situation sociale idéales pour être franc-maçon : à 33 ans, j'étais haut-fonctionnaire municipal, en tant que directeur de l'urbanisme. À cette époque, je m'étais éloigné de l'Église et ma foi était bien tiède. Un ami que je ne savais pas franc-maçon m'a proposé d'y entrer. J'étais curieux de découvrir les prétendus secrets de cette organisation.
Quand avez-vous commencé à prendre conscience de ses aspects dérangeants ?
S.A.-G. : Au début, certaines paroles du rituel maçonnique (rite écossais ancien et accepté) m'ont fait reconnaître des liens entre la franc-maçonnerie et l'Église. À titre d'exemple, dans le rituel d'initiation on retrouve des phrases comme : « Cherchez et vous trouverez » ou « Frappez, et l'on vous ouvrira » qui sont dans les Évangiles. Petit à petit, je me suis rendu compte que le sens n'était pas le même. J'ai entendu aussi des expressions très anticléricales. Cela ne m'a pas plu, mais je me suis adapté car j'étais éloigné de la foi, et surtout de l'Église. En outre, dans la franc-maçonnerie on parlait beaucoup de fraternité, mais j'ai pris conscience que derrière cette fraternité apparente il y avait quelques arrangements et des luttes pour le pouvoir au sein même de la franc-maçonnerie. Enfin, quand je suis revenu à la foi, j'ai compris que le catholicisme et la franc-maçonnerie étaient incompatibles.
Comment s'est déroulé ce processus de conversion ?
S.A.-G. : Il a duré près de neuf ans ! Je crois que Dieu m'a laissé si longtemps dans l'erreur de la franc-maçonnerie (24 ans, jusqu'à être Vénérable Maître et accéder aux plus hauts grades) afin qu'aujourd'hui aucun maçon ne puisse me dire – comme certains ont tenté de le faire, en toute mauvaise foi – que je n'ai rien compris. Je suis passé par divers stades. Tout d'abord, comme je l'explique dans mon livre, j'ai pris conscience de la présence du Christ à mes côtés. Cela a débuté en 2002, quand j'ai rencontré un prêtre franciscain près d'Aix-en-Provence. Ses paroles m'ont paru maçonniques et m'ont plu parce que je pensais qu'il existait des liens entre la franc-maçonnerie et le catholicisme, mais j'ai compris au fur et à mesure que le sens de ses paroles était fondamentalement différent.
Par exemple ?
S.A.-G. : Lorsque la franc-maçonnerie parle de « Lumière », elle parle d'une « Connaissance », d'un savoir ésotérique, hermétique et occulte. Alors que ce Franciscain me parlait de « Lumière » comme étant l'Amour de Dieu pour nous. Un autre exemple : quand la franc-maçonnerie dit : « Cherchez et vous trouverez », il s'agit d'aller chercher et de trouver au fond de soi-même, c'est la parole hermétique maçonnique « V.I.T.R.I.O.L. » (Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem : Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée). Mais les paroles de l'Évangile ne signifient rien de tout cela : elles disent que Dieu nous cherche avant même que nous pensions à Le chercher. C'est Dieu qui donne l'Amour à l'homme, non le contraire. L'amour de l'homme est une image de l'Amour de Dieu. Dieu nous a faits à son image. Tout ceci n'a rien à voir avec la magie, l'occultisme ou des formules symboliques ! Je suis sorti de cette rencontre avec le Franciscain complètement bouleversé, et j'ai senti la présence du Christ à mes côtés. Je ne pouvais imaginer qu'Il m'aimait de cet Amour immense que maintenant je ressentais. Il n'y a pas de mo
Saint Stanislas évêque et martyr
Bréviaire
Quatrième leçon. Stanislas était polonais, il naquit à Cracovie de parents nobles et pieux qui l’obtinrent de Dieu par leurs prières après une stérilité de trente années. Il donna dès son enfance des indices de sa sainteté future. Dans son adolescence, il s’appliqua avec ardeur aux études libérales et fit de grands progrès dans la science des saints Canons et de la théologie. Ses parents étant morts, il distribua aux pauvres son patrimoine, qui était considérable ; il désirait embrasser la vie monastique, mais la providence de Dieu voulut que Lampert, Évêque de Cracovie, le fît chanoine et prédicateur de son Église ; et plus tard, il succéda, quoique malgré lui, à ce Prélat. Dans l’accomplissement des devoirs de sa charge, il se distingua par l’éclat de toutes les vertus pastorales, et particulièrement par sa grande charité envers les pauvres.
Cinquième leçon. Boleslas était alors roi de Pologne, Stanislas tomba dans la disgrâce de ce prince pour l’avoir repris publiquement de son libertinage, qui était connu de tous. C’est pourquoi le roi suscita des calomniateurs qui, dans une assemblée solennelle du royaume, appelèrent Stanislas en justice devant lui, comme possesseur illégitime d’une terre qu’il avait achetée au nom de son Église. Comme l’Évêque ne pouvait prouver son innocence par les pièces nécessaires, et que les témoins craignaient de dire la vérité, il s’engagea à faire comparaître, trois jours après, devant les juges, celui qui lui avait vendu la propriété : cet homme, appelé Pierre, était mort depuis trois ans. On accepte avec risée la proposition : l’homme de Dieu passe ces trois jours entiers dans le jeûne et la prière ; et au jour marqué, après avoir offert le sacrifice de la Messe, il ordonne à Pierre de sortir du tombeau. Le mort est aussitôt rendu à la vie, il suit l’Évêque au tribunal royal, et là, en présence du roi et de l’assemblée frappés de stupeur, il dépose avoir vendu la terre dont il s’agissait, et en avoir reçu le prix convenu des mains de l’Évêque. Après avoir rendu ce témoignage, il s’endormit de nouveau dans le Seigneur.
Sixième leçon. Mais Boleslas ne profitant pas des fréquents avertissements de Stanislas, ce Prélat le sépare enfin de la communion des fidèles. Dans la fureur de son ressentiment, le prince envoie des soldats à l’église pour égorger le saint Évêque : trois fois ils tentent de consommer le crime, trois fois ils sont repoussés par une force divine et invisible. Enfin le roi impie frappe de sa propre main le Prêtre du Seigneur, au moment où il offrait à l’autel l’hostie immaculée. Son corps mis en pièces et jeté dans la campagne, fut défendu miraculeusement par des aigles contre les bêtes sauvages. La nuit venue, les chanoines de Cracovie recueillirent, à la faveur d’une lumière céleste, ses membres dispersés, et ils les déposèrent suivant leur place naturelle : on les vit aussitôt se réunir les uns aux autres, si bien qu’il ne parut plus aucune trace de blessure. Dieu manifesta encore la sainteté de son serviteur par beaucoup de miracles qui suivirent sa mort et décidèrent le souverain Pontife Innocent IV à le mettre au nombre des Saints.
Le XIe siècle, siècle de luttes pour le Sacerdoce contre la barbarie, envoie aujourd’hui un nouveau martyr à Jésus ressuscité. C’est Stanislas, que la noble Pologne place aux premiers rangs de ses défenseurs. Un prince chrétien dont il reprenait les vices l’a immolé à l’autel ; le sang du courageux Pontife s’est mêlé à celui du Rédempteur dans un même Sacrifice. Quelle invincible force dans ces agneaux que Jésus a envoyés au milieu des loups ! Tout à coup le lion se révèle en eux, comme il s’est montré dans notre divin Ressuscité. Pas de siècle qui n’ait eu ses martyrs, les uns pour la foi, les autres pour l’unité de l’Église, d’autres pour sa liberté, d’autres pour la justice, d’autres pour la charité, d’autres pour le maintien de la sainteté des mœurs, comme notre grand Stanislas. Le XIXe siècle a vu aussi ses martyrs ; il les voit chaque année dans l’extrême Orient ; est-il appelé, avant de finir son cours, à en voir dans l’Europe ? Dieu le sait. Le siècle dernier, à son début, ne semblait pas destiné à fournir l’abondante moisson que produisit le champ de la France catholique. Quoi qu’il advienne, soyons assurés que l’Esprit de force ne ferait pas défaut aux athlètes de la vérité. Le martyre est un des caractères de l’Église, et il ne lui a manqué à aucune époque. Les Apôtres qui entourent en ce moment Jésus ressuscité ont bu tour à tour le calice après lui ; et nous admirions hier comment le disciple de prédilection est lui-même entré dans la voie préparée à tous.
Vous fûtes puissant en œuvres et en paroles, ô Stanislas ! et le Seigneur vous a donné pour récompense la couronne de ses martyrs. Du sein de la gloire dont vous jouissez, jetez un regard sur nous, et demandez au Seigneur le don de force qui brilla en vous, et dont nous avons tant besoin pour vaincre les obstacles qui entravent notre marche. Notre divin Ressuscité ne veut à sa suite que des soldats vaillants. Le royaume eu il est sur le point d’entrer, il l’a pris d’assaut ; et il nous avertit que si nous prétendons l’y suivre, nous devons nous préparer à la violence. Fortifiez-nous, soldat du Dieu vivant, soit qu’il nous faille à force ouverte soutenir la lutte pour la foi ou l’unité de l’Église, soit que le combat doive se passer contre les ennemis invisibles de notre salut. Bon pasteur, qui n’avez ni reculé, ni tremblé devant le loup, obtenez-nous des pasteurs semblables à vous. Soutenez la sainte Église, qui est en butte à ses ennemis par toute la terre. Convertissez ses persécuteurs, comme vous avez converti Boleslas votre meurtrier, qui a trouvé le salut dans votre sang. Souvenez-vous de votre chère Pologne, qui vous honore d’un culte si fervent. Brisez enfin, ô Stanislas, le joug de fer qui l’accable. N’est-il pas temps qu’elle reprenne son rang parmi les nations ? Dans les épreuves que ses fautes avaient méritées, elle a conservé le lien sacré de la foi et de l’unité catholique, elle a été patiente et fidèle ; suppliez le divin Ressuscité d’avoir pitié d’elle, de récompenser sa patience et sa fidélité. Qu’il daigne lui donner part à sa résurrection ; et ce jour sera un jour de joie pour toutes les Églises qui sont sous le ciel ; car elle est leur sœur chérie ; et si elle revit, nous chanterons partout au Seigneur un cantique nouveau.
Saint Pie V
Collecte
O Dieu, qui, afin d’écraser les ennemis de votre Église, et de réformer le culte divin, avez daigné choisir pour Pontife suprême le bienheureux Pie, faites que nous ressentions le secours de sa protection, et que nous nous attachions à votre service de telle sorte qu’après avoir triomphé de toutes les embûches de nos ennemis, nous goûtions les joies de l’éternelle paix.
Bréviaire
Quatrième leçon. Pie, né dans une ville du Piémont nommée Bosco, de la noble famille des Ghisleri, originaire de Bologne, entra à l’âge de quatorze ans dans l’Ordre des Frères Prêcheurs. On remarquait en lui une admirable patience, une profonde humilité, une très grande austérité de vie, une application continuelle à l’oraison, et le zèle le plus ardent pour l’observance régulière et la gloire de Dieu. Il s’adonna à l’étude de la philosophie et de la théologie, et excella tellement dans ces sciences, qu’il s’acquitta avec un grand succès de la charge de les enseigner. Il fit en plusieurs lieux des conférences sacrées très fructueuses, remplit longtemps avec une force d’âme inviolable les fonctions d’inquisiteur, et préserva, au péril même de sa vie, un grand nombre de villes de l’hérésie qui s’efforçait de les envahir.
Cinquième leçon. Paul IV, à qui ses vertus le rendaient cher, le promut d’abord à l’évêché de Népi et Sutri, et, deux ans après, le mit au rang des Cardinaux Prêtres de l’Église romaine. Transféré par Pie IV au siège de Mondovi, dans le Piémont, il reconnut que beaucoup d’abus s’étaient introduits dans cette Église, et fit la visite de son diocèse pour les extirper. Lorsque toutes choses furent remises en ordre, il revint à Rome, où il fut occupé des négociations les plus importantes dans l’expédition desquelles il prit toujours le parti de la justice, et déploya une liberté apostolique et une grande constance. A la mort de Pie IV, il fut élu Pape, contre l’attente générale ; mais, sauf l’extérieur, il ne changea rien à sa manière de vivre. Il eut un zèle incessant pour la propagation de la foi, une sollicitude infatigable pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, une vigilance assidue pour l’extirpation des erreurs, une bienfaisance inépuisable pour soulager les nécessités des indigents, un courage invincible pour défendre les droits du siège apostolique.
Sixième leçon. Le sultan des Turcs, Sélim, dont les succès avaient accru l’audace, ayant réuni une flotte nombreuse près des îles Cursolaires, fut vaincu, grâce à Pie V, et plus encore au moyen des prières adressées à Dieu qu’au moyen des armes. Ce Pontife connut cette victoire par une révélation divine à l’heure même où elle fut obtenue, et il l’annonça aux personnes qui se trouvaient avec lui. Il préparait une nouvelle expédition contre les Turcs lorsqu’il tomba gravement malade ; il supporta avec une grande patience de très cruelles douleurs, et étant arrivé à l’extrémité, reçut les sacrements selon l’usage, puis rendit son âme à Dieu dans une paix profonde, l’an mil cinq cent soixante-douze, âgé de soixante-huit ans, après avoir siégé six ans, trois mois et vingt-quatre jours. Son corps est l’objet d’une grande vénération de la part des fidèles dans la basilique de Sainte Marie-Majeure. Dieu opéra de nombreux miracles en faveur de ceux qui recouraient à l’intercession de Pie V, et ces prodiges ayant été prouvés juridiquement, il a été inscrit au nombre des Saints par le Souverain Pontife Clément XI.
Déjà de nombreux Pontifes ont paru sur le Cycle, où ils forment une éclatante constellation près du Christ ressuscité qui, en ces jours, donna à Pierre leur prédécesseur les clefs du ciel. Anicet, Soter, Caïus, Clet et Marcellin, tenaient en main la palme du martyre ; Léon seul avait combattu sans répandre son sang ; mais son grand cœur n’eût pas reculé devant ce suprême témoignage. Or voici qu’en ce jour un émule de Léon, donné à l’Église dans ces derniers siècles, vient s’unir à lui et se mêler au groupe triomphant. Comme Léon, Pie V a lutté avec ardeur contre l’hérésie ; comme Léon, il a sauvé son peuple du joug des barbares.
La vie entière de Pie V a été un combat. Dans les temps agités où il fut placé au gouvernail de la sainte Église, l’erreur venait d’envahir une vaste portion de la chrétienté, et menaçait le reste. Astucieuse et souple dans les lieux où elle ne pouvait développer son audace, elle convoitait l’Italie ; son ambition sacrilège était de renverser la chaire apostolique, et d’entraîner sans retour le monde chrétien tout entier dans les ténèbres de l’hérésie. Pie défendit avec un dévouement inviolable la Péninsule menacée. Avant d’être élevé aux honneurs du pontificat suprême, il exposa souvent sa vie pour arracher les villes à la séduction. Imitateur fidèle de Pierre Martyr, on ne le vit jamais reculer en présence du danger, et partout les émissaires de l’hérésie s’enfuirent à son approche. Placé sur la chaire de saint Pierre, il sut imprimer aux novateurs une terreur salutaire, il releva le courage des souverains de l’Italie, et, par des rigueurs modérées, il vint à bout de refouler au delà des Alpes le fléau qui allait entraîner la destruction du christianisme en Europe, si les États du Midi ne lui eussent opposé une barrière invincible. Le torrent de l’hérésie s’arrêta. Depuis lors, le protestantisme, réduit à s’user sur lui-même, donne le spectacle de cette anarchie de doctrines qui eût désolé le monde entier, sans la vigilance du Pasteur qui, soutenant avec un zèle indomptable les défenseurs de la vérité dans tous les États où elle régnait encore, s’opposa comme un mur d’airain à l’envahissement de l’erreur dans les contrées où il commandait en maître.
Un autre ennemi, profitant des divisions religieuses de l’Occident, s’élançait en ces mêmes jours sur l’Europe, et l’Italie n’allait être que sa première proie. Sortie du Bosphore, la flotte ottomane se dirigeait avec fureur sur la chrétienté ; et c’en était fait, si l’énergique Pontife n’eût veillé pour le salut de tous. Il sonne l’alarme, il appelle aux armes les princes chrétiens. L’Empire et la France, déchirés par les factions que l’hérésie a fait naître dans leur sein, entendent l’appel, mais ils restent immobiles ; l’Espagne seule, avec Venise et h petite flotte papale, répondent aux instances du Pontife, et bientôt la croix et le croissant se trouvent en présence dans le golfe de Lépante. Les prières de Pie V décidèrent la victoire en faveur des chrétiens, dont les forces étaient de beaucoup inférieures à celles des Turcs. Nous retrouverons ce grand souvenir sur le Cycle, en octobre, à la fête de Notre-Dame du Rosaire. Mais il faut rappeler aujourd’hui la prédiction que fit le saint Pape, sur le soir de la grande journée du 7 octobre 1 571. Depuis six heures du matin jusqu’aux approches de la nuit, la lutte durait entre la flotte chrétienne et la flotte musulmane. Tout à coup le Pontife, poussé par un mouvement divin, regarda fixement le ciel ; il se tint en silence durant quelques instants, puis se tournant vers les personnes qui étaient présentes : « Rendons grâces à Dieu, leur dit-il ; la victoire est aux chrétiens. » Bientôt la nouvelle arriva à Rome ; et dans toute la chrétienté on ne tarda pas à savoir qu’un Pape avait encore une fois sauvé l’Europe. La défaite de Lépante porta à la puissance ottomane un coup dont elle ne s’est jamais relevée ; l’ère de sa décadence date de cette journée fameuse.
Les travaux de saint Pie V pour la régénération des mœurs chrétiennes, l’établissement de la discipline du concile de Trente, et la publication du Bréviaire et du Missel réformés, ont fait de son pontificat de six années l’une des époques les plus fécondes dans l’histoire de l’Église. Plus d’une fois les protestants se sont inclinés d’admiration en présence de ce vigoureux adversaire de leur prétendue réforme. « Je m’étonne, disait Bacon, que L’Église Romaine n’ait pas encore canonisé ce grand homme. » Pie V ne fut, en effet, placé au nombre des Saints qu’environ cent trente ans après sa mort : tant est grande l’impartialité de l’Église Romaine, lors même qu’il s’agit de décerner les honneurs de l’apothéose à ses chefs les plus respectés.
La gloire des miracles couronna dès ce monde le vertueux Pontife : nous rappellerons ici deux de ses prodiges les plus populaires. Traversant un jour, avec l’ambassadeur de Pologne, la place du Vatican, qui s’étend sur le sol où fut autrefois le cirque de Néron, il se sent saisi d’enthousiasme pour la gloire et le courage des martyrs qui souffrirent en ce lieu dans la première persécution. Il se baisse, et prend dans sa main une poignée de poussière dans ce champ du martyre, foulé par tant de générations de fidèles depuis la paix de Constantin. Il verse cette poussière dans un linge que lui présente l’ambassadeur ; mais lorsque celui-ci, rentré chez lui, ouvre le linge, il le trouve tout imprégné d’un sang vermeil que l’on eût dit avoir été versé à l’heure même : la poussière avait disparu. La foi du Pontife avait évoqué le sang des martyrs, et ce sang généreux reparaissait à son appel pour attester, en face de l’hérésie, que l’Église Romaine, au XVIe siècle, était toujours celle pour laquelle ces héros avaient donné leur vie sous Néron.
La perfidie des hérétiques tenta plus d’une fois de mettre fin à une vie qui laissait sans espoir de succès leurs projets pour l’envahissement de l’Italie. Par un stratagème aussi lâche que sacrilège, secondés par une odieuse trahison, ils enduisirent d’un poison subtil les pieds du crucifix que le saint Pontife avait dans son oratoire, et sur lequel il collait souvent ses lèvres. Pie V, dans la ferveur de sa prière, se prépare à donner cette marque d’amour au Sauveur des hommes sur son image sacrée ; mais tout à coup, ô prodige ! Les pieds du crucifix se détachent de la croix, et semblent fuir les baisers respectueux du vieillard. Pie V comprit alors que la malice de ses ennemis avait voulu transformer pour lui en instrument de mort jusqu’au bois qui nous a rendu la vie.
Un dernier trait encouragera les fidèles, par l’exemple du grand Pontife, à cultiver la sainte Liturgie dans le temps de l’année où nous sommes. Au lit de la mort, jetant un dernier regard sur l’Église de la terre qu’il allait quitter pour celle du ciel, et voulant implorer une dernière fois la divine bonté en faveur du troupeau qu’il laissait exposé à tant de périls, il récita d’une voix presque éteinte cette strophe des Hymnes du Temps pascal : « Créateur des hommes, daignez, en ces jours remplis des allégresses de la Pâque, préserver votre peuple des assauts de la mort. » Ayant achevé ces paroles sacrées, il s’endormit paisiblement dans le Seigneur.
Bienheureux les nazis, les soviets ?
Vous avez aimé l’annonce de la béatification de Mgr Romero (ce sera le 23 mai), vous adorerez l’annonce de l’ouverture du procès en béatification de Mgr Helder Camara…
Demain dimanche 3 mai, l’archevêque d’Olinda et Recife, Mgr Fernando Saburido, ouvrira en effet officiellement, en la cathédrale d’Olinda, la phase diocésaine de l’enquête en vue de la béatification de Dom Helder Camara.
La demande date de juin 2014. Rome a donné son accord dans un document signé le 25 février dernier, arrivé à Recife le 6 avril.
De Mgr Romero il n’y a pas grand-chose à dire. C’était un évêque de gauche, comme il y en a tellement, dont le discours était essentiellement social, comme c’est si souvent le cas. Sa dernière « homélie » était dépourvue de toute allusion à la religion. On ne voit pas en quoi il pourrait être un martyr de la foi, mais il n’était pas directement lié à la soi-disant théologie de la libération.
En revanche Dom Helder Camara, l’« évêque rouge », était l’icône même de la « théologie de la libération » téléguidée par les Soviétiques via des intellectuels européens (surtout allemands et français).
On rappellera seulement que, pour le remplacer à la tête du diocèse de Recife, Jean-Paul II avait écarté les deux poulains de l’archevêque pour nommer Mgr José Cardoso Sobrinho, lequel fut chargé d’éradiquer la propagande de la soi-disant théologie de la libération : fermeture de l’Institut de théologie de Recife et du séminaire régional, renvoi des prêtres étrangers, mise sous le boisseau des travaux de la « commission Justice et Paix »…
Ainsi la béatification de Helder Camara sonnera-t-elle comme un désaveu de Mgr Sobrinho (histoire de lui faire payer aussi ses propos lors de l’affaire de l’avortement d’une fillette en 2009), de Jean-Paul II, et de Joseph Ratzinger qui était l’homme du combat contre la « théologie » de la libération. Bref, d’une pierre au moins trois coups… Et qui fera une méchante tache sur l’histoire de l’Eglise.
Pour mieux connaître le personnage
On a beaucoup parlé ces derniers jours de Dom Helder Câmara, dont le procès en béatification a été récemment approuvé par le Vatican. Pour l'italien moyen la figure de Mgr Helder Pessoa Câmara (1909-1999), évêque auxiliaire de Rio de Janeiro, ensuite archevêque métropolite de Olinda-Recife, est presque inconnue.
Qui était Dom Helder?
UNE PROPAGANDE À LA LIMITE DU RIDICULE
Les seules informations sur Mgr Câmara qui filtrent de la presse locale proviennent de fabriques de propagande tellement partiales que je ne crains pas de les définir à la limite du ridicule.
Je me souviens très bien, par exemple, de la réaction de la presse à l'époque de la disparition de Dom Helder en aoȗt 1999. Les médias italiens rivalisèrent en panégyriques, lui conférant des titres grandiloquants comme "Prophète des pauvres", le "Saint des favélas", "voix du Tiers Monde", "Saint Helder d'Amérique", et ainsi de suite. Ce fut une sorte de canonisation médiatique .
Cette machine de propagande semble s'être réactivée avec l'ouverture du procès en béatification, signé au Vatican le 25 février dernier. Quelques informations à ce sujet ne feraient aucun mal.
MILITANT PHILO-NAZI
Peu de gens le savent, peut-être, mais Helder Câmara débuta sa vie publique comme militant de la droite philo-nazie.
Il fut en effet gérarque de la Ação Integralista Brasileira (AIB), le mouvement philo-nazi fondé par Plinio Salgado. En 1934, le père Câmara entra dans le Conseil Suprême de l'AIB. Deux ans plus tard il devint secrétaire personnel de Salgado, et ensuite Secrétaire national de l'AIB, participant comme protagoniste aux rassemblements et aux marches para-militaires qui singeaient celles des nazis en Allemagne. Ses convictions pro-nazies étaient tellement profondes, qu'il s'était fait ordonner prêtre portant sous la soutane l'uniforme des milices intégristes, la tristement célèbre "chemise verte".
En 1949 l'archevêque de Rio de Janeiro voulut le nommer comme son évêque auxiliaire mais le Saint Siège refusa à cause de son passé philo-nazi. La nomination n'arriva que six ans plus tard. En attendant, Helder Câmara avait mûri son passage de l'intégrisme philo-nazi au progressisme philo-marxiste. Lorsqu'en 1968 l'écrivain brésilien Otto Engel écrivit une biographie de Mgr Câmara, il reçut une "injonction" de la Curie d'Olinda-Recife l'invitant à ne pas la publier. L'archevêque ne voulait pas faire connaître son passé philo nazi...
DE LA JUD AU PC. L'ACTION CATHOLIQUE BRÉSILIENNE
En 1947 le père Câmara fut nommé Assistant général de l'Action Catholique brésilienne qui, sous son impulsion, se mit à glisser vers la gauche jusqu'à embrasser, dans certains cas, le marxisme léninisme. La migration fut évidente surtout dans la JUD (Juventude Universitaria Catòlica), dont Câmara était particulièrement proche. Luiz Alberto Gomez de Souza, ancien secrétaire de la JUD, écrit: "L'action des militants de la JUD (…) aboutissait à un engagement qui s'est progressivement révélé socialiste".
La révolution communiste de Cuba (en 1959) fut saluée avec enthousiasme par la JUD. D'après Haroldo Lima et Aldo Arantes, dirigeants de la JUD, "la recrudescence des luttes populaires et le triomphe de la révolution cubaine en 1959 ouvrirent la JUD à l'idée d'une révolution brésilienne".
La dérive vers la gauche fut facilitée par l'implication de la JUD avec l'UNE (União Nacional de Estudiantes), proche du Parti Communiste. "Comme résultat de son militantisme dans le mouvement estudiantin - poursuivent Lima et Arantes - la JUD fut poussée à définir un agenda politique plus large pour les chrétiens d'aujourd'hui. Au congrès de 1960 elle finit par approuver un document (…) dans lequel elle annonçait son adhésion au socialisme démocratique et à l'idée d'une révolution brésilienne".
Pendant le gouvernement de gauche du président João Goulart (1961-1964), une faction radicale se forma à l'intérieur de la JUD, initialement appelée "O Grupão", (le Grand Groupe), qui se transforma ensuite en "Ação Popular" (AP) qui finit par se définir socialiste en 1962. Au congrès de 1963, l'AP approuva ses propres Statuts, dans lesquels "le socialisme était adopté et la socialisation des moyens de productions était proposée". Les Statuts contenaient, entre autre, un éloge de la révolution soviétique et une reconnaissance de l'"Importance décisive du marxisme dans la théorie et la pratique révolutionnaire".
La dérive, toutefois, ne s'arrêta pas là. Au congrès national de 1968, Ação Popular se proclama marxisme léniniste, changeant son nom en Ação Popular Marxista-Leninista (APML). Et puisque rien ne la séparait plus du Parti communiste, en 1972 elle finit par se dissoudre et s'incorporer au Partido Comunista do Brasil. À travers cette migration, de nombreux militants de l'Action Catholique finirent par participer à la lutte armée pendant les années de plomb brésiliennes.
Contre l'avis de nombreux évêque brésiliens, Mgr Helder Câmara fut un des défenseurs les plus enthousiastes et les plus convaincus de la migration à gauche au sein de la JUD.
CONTRE PAUL VI ET AUTRES BIZARRERIES
En 1968, au moment où le Pape Paul VI publiait l'encyclique Humanae Vitae, Mgr Helder Câmara prit ouvertement position contre le Pontife, qualifiant sa doctrine sur les contraceptifs d' "erreur destinée à tourmenter les épouses et à troubler la paix de nombreux foyers".
Dans un poème qui fit vraiment scandale, l'archevêque de Olinda-Recife ironisait aussi sur les femmes "victimes" de la doctrine de l'Église, contraintes, selon son avis, de générer de "petits monstres":
«Enfants, Enfants, enfants! Si tu veux le coït, tu dois procréer! Même si ton enfant naît sans entrailles, les jambes rachitiques, la tête énorme, moche à en mourir!».
Helder Câmara défendait aussi le divorce, approuvant la position des églises orthodoxes qui "ne préjugent pas de la possibilité d'un nouveau mariage religieux à ceux qui ont été abandonnés [par leur conjoint]". Interrogé si cela ne donnerait pas raison aux laïcistes, il répondit: "Qu'importe de crier victoire, puisqu'on a raison?".
Le turbulent archevêque réclamait aussi haut et fort l'ordination sacerdotale des femmes. S'adressant à un groupe d'évêques pendant le Concile Vatican II, il leurs demandait avec insistance: "Dites-moi, s'il vous plaît, s'il existe des arguments réellement décisifs qui empêchent l'accès aux femmes à la prêtrise, ou bien s'agit-il d'un préjugé masculin?".
Et qu'importe si le Concile Vatican II a ensuite écarté cette possibilité. De l'avis de Câmara, "nous devons dépasser les textes conciliaires, dont l'interprétation revient à nous".
Les excentricités ne s'arrêtaient pas là. Dans une conférence tenue devant les Pères Conciliaires en 1965, il déclarait: "Je pense que l'homme créera artificiellement la vie, il parviendra à la résurrection des morts et (…) il obtiendra des résultats miraculeux dans le revitalisation de patients mâles par la greffe de prostates de singes".
DU CÔTÉ DE L'URSS, DE LA CHINE ET DE CUBA
Les prises de position concrètes de Dom Helder en faveur du communisme (même si parfois il en critiquait l'athéisme) furent nombreuses et cohérentes.
Tristement célèbre est par exemple son intervention du 27 janvier 1969 à New York, au cours de la IVe conférence annuelle du Programme Catholique de coopération interaméricaine. Une intervention tellement alignée avec le communisme international qu'elle lui valut l'épithète d' "Archevêque rouge", appellation qui resta par la suite indissociablement liée à son nom.
Après avoir durement reproché aux USA leur politique anti-soviétique, Dom Helder proposa une diminution drastique des forces armées américaines, alors qu'il appelait l'URSS à garder ses capacités militaires afin de pouvoir faire face à l'"impérialisme". Conscient des conséquences de cette stratégie, il s'en défendit à l'avance: " Ne me racontez pas que cette approche mettrait le monde en proie au communisme!".
Après l'attaque aux Etats-Unis, Helder Câmara fit le panégyrique de la Chine de Mao Tse-Tung, alors au milieu de la "révolution culturelle" qui provoqua des millions de morts. L'Archevêque Rouge demanda formellement l'admission de la Chine communiste à l'ONU, avec comme corollaire l’expulsion de Taïwan. Il termina son intervention avec un appel en faveur du dictateur cubain Fidel Castro, qui à l'époque aidait les sanglantes guérillas de l'Amérique Latine. Il demanda aussi que Cuba fût ré-admise au sein de l'OEA (Organisation des États Américains), dont elle avait été expulsée en 1962.
Cette intervention, si ouvertement pro-communiste et anti-occidentale, fut dénoncée par le Prof. Plinio Corrêa de Oliveira dans le manifeste "L'Archevêque Rouge ouvre la porte de l'Amérique et du monde au communisme":
"Les déclarations contenues dans le discours de Dom Helder dessinent les contours d'une politique de reddition sans conditions du monde au communisme. Nous sommes en face d'une réalité choquante: un évêque de Sainte Église Romaine engage le prestige dérivant de sa dignité de successeur des Apôtres pour démanteler les remparts de la défense militaire et stratégique du monde libre face au communisme. Le communisme, à savoir le plus radical, implacable, cruel et insidieux ennemi qui s’en soit jamais pris à l'Église et à la civilisation chrétienne".
UN PROJET DE RÉVOLUTION COMMUNISTE POUR L'AMÉRIQUE LATINE
L'épisode le plus consternant fut la dite "affaire Comblin".
En juin 1968 fut révélé à la presse un document explosif préparé sous l'égide de Mgr Helder Câmara par le prêtre belge Joseph Comblin, professeur de l'Institut Théologique (Séminaire) de Recife. Le document proposait, ouvertement, un plan subversif pour démanteler l'État et établir une "dictature populaire" de matrice communiste. En voici quelques points:
> Contre la propriété. Dans le document, Comblin soutient une triple réforme, agraire, urbaine et d'entreprise, partant du principe que la propriété privée et donc le capital sont par leur nature injustes. Toute utilisation privée du capital devrait être interdite par la loi.
> Égalité totale. L'objectif, affirme Comblin, est de rétablir l'égalité totale. Toute hiérarchie, aussi dans le domaine politique et sociale que dans celui ecclésiastique, doit être abolie.
> Révolution politique et sociale. Dans le domaine politique et social, cette révolution égalitaire préconise la destruction de l'État à l'aide de "groupes de pression" radicaux qui, après avoir pris le pouvoir, devront établir une "dictature populaire" de fer afin de museler la majorité, considérée "indolente".
> Révolution dans l'Église. Pour consentir à cette minorité radicale de gouverner sans entraves, le document propose l'annulation virtuelle de l'autorité des Évêques, qui seraient assujettis au pouvoir d'un organe composé uniquement d'extrémistes, une sorte de "Politburo" ecclésiastique.
> Abolition des forces armées. Les forces armées doivent être dissoutes et leurs armes distribuées au peuple.
> Censure de la presse, radio et télévision. Presse, radio et télévision seront étroitement contrôlées jusqu'à ce que le peuple soit parvenu à un niveau acceptable de "conscience révolutionnaire". Les élites qui ne sont pas d'accord doivent quitter le Pays.
> Tribunaux populaires. Accusant le Pouvoir Judiciaire d'être "corrompu par la bourgeoisie", Comblin propose l'institution de "tribunaux populaires extraordinaires" afin d'instituer des jugements sommaires à l'encontre de ceux qui s'opposeraient à ce vent révolutionnaire.
> Violence. Au cas où il ne serait pas possible de réaliser ce plan subversif avec des moyens normaux, le professeur du séminaire de Recife considérait légitime le recours aux armes afin d'établir, manu militari, le régime qu'il théorisait.
LE SOUTIEN DE HELDER CÂMARA
Le "Document Comblin" fit au Brésil l'effet d'une bombe atomique. Au milieu de la vive controverse qui s'ensuivit, le père Comblin ne nia pas l'authenticité du document, mais affirma qu'il ne s'agissait que d'un brouillon" (sic!). De son côté, la Curie de Olinda-Recife admit qu'il provenait bien du séminaire diocésain, mais qu'il "ne s'agissait pas d'un document officiel" (encore sic!).
Se faisant l'interprète de la légitime indignation du peuple brésilien, le Prof. Plinio Corrêa de Oliveira écrivit alors une lettre ouverte à Mgr Helder Câmara, qui fut publiée par 25 journaux. Dans la lettre on lit: "Je suis convaincu d'interpréter le sentiment de millions de brésiliens en demandant à Votre Excellence qu'elle expulse de l'Institut Théologique de Recife et de l'archidiocèse l'agitateur qui profite du sacerdoce pour poignarder l'Église, et qui abuse de l'hospitalité brésilienne pour prêcher le communisme, la dictature et la violence au Brésil".
Helder Câmara répondit de manière évasive. "Tous ont le droit d'être en désaccord. Moi j'écoute tout simplement toutes les opinions". Il confirma toutefois en même temps le père Comblin dans sa fonction de professeur du séminaire, le soutenant par son autorité épiscopale. Finalement, le gouvernement brésilien révoqua le permis de séjour du prêtre belge, qui dut quitter le Pays.
THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION
Mgr Helder Câmara est aussi resté dans l'histoire pour être un des paladins de la dite "Théologie de la Libération", condamnée par le Vatican en 1984.
Deux déclarations résument cette théologie.
La première, du compatriote de Dom Helder, Léonardo Boff: "Ce que nous proposons est le marxisme, le matérialisme historique, dans la théologie.
La deuxième, du péruvien Gustavo Gutierrez, père fondateur du même courant: "Ce que nous entendons par théologie de la libération est la participation au processus politique révolutionnaire". Gutierrez nous explique aussi la signification de cette participation: "Ce n’est que dans le dépassement d'une société divisée en classes, (…) et dans l'élimination de la propriété privée de la richesse créée par le travail humain, que nous serons en condition de jeter les bases d'une société plus juste. C'est pourquoi les efforts pour programmer une société plus juste en Amérique Latine s'orientent de plus en plus vers le socialisme".
AMI DES PAUVRES OU DE LA LIBERTÉ?
Le plus grand mensonge sur Helder Câmara a été peut-être celui de le présenter comme un ami des pauvres et défenseur de la liberté.
Le titre de défenseur de la liberté sied très mal à quelqu'un qui a célébré quelques-unes des dictatures les plus sanguinaires qui ont émaillé le 20ème siècle, le nazisme d'abord, le communisme ensuite, en toutes ses variantes: soviétique, cubaine, chinoise…
Mais celui d'ami des pauvres ne convient vraiment pas à celui qui a soutenu des régimes qui ont provoqué une pauvreté tellement épouvantable qu'ils ont été qualifiés par le cardinal Joseph Ratzinger de "honte de notre temps".
Une analyse attentive de l'Amérique Latine - pays après pays - montre clairement que là où les politiques proposées par Dom Helder ont été mises en pratique, le résultat a été une augmentation considérable de la pauvreté et du mécontentement populaire. Là où des politiques contraires ont été appliquées, le résultat a été une croissance générale de la richesse.
Un exemple vaut pour tous: la réforme agraire, dont Dom Helder Câmara fut le promoteur principal et qui s'est au contraire révélée "le pire échec de la politique publique de notre Pays", selon les paroles non suspectes de Francisco Graziano Neto, président de l'INCRA (Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrària), c'est à dire le dicastère en charge de la mise en œuvre de la réforme agraire.
Indro Montanelli (*) avait raison lorsqu'il disait: "La gauche aime tellement les pauvres que chaque fois qu'elle va au pouvoir elle en augmente le nombre".
La vraie liberté
SERMON CXXXIV sur l’évangile selon Saint Jean. LA VRAIE LIBERTÉ.
1. Votre charité n'ignore pas que tous nous avons un seul et même Maître et que sous son autorité nous sommes tous condisciples. Pour vous adresser la parole d'un lieu plus élevé, nous ne sommes pas vos maîtres : notre maître à tous est Celui qui habite en chacun de nous. C'est lui qui vient de nous parler dans l'Évangile ; il nous y disait ce que je vous répète ; car c'est de nous qu'il était question et il me disait comme à vous : « Si vous demeurez dans ma parole, » non pas dans la mienne, de moi qui vous prêche en ce moment; mais dans la sienne, de lui qui vient de nous enseigner dans l'Évangile. « Si vous demeurez dans ma parole, dit-il, vous êtes véritablement mes disciples. » Il ne suffit pas pour un disciple d'entendre la parole du maître, il doit s'y attacher. Aussi le Sauveur ne dit-il pas Si vous entendez ma parole, si vous cherchez à la recueillir, si vous y applaudissez; mais, remarquez bien ; « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes véritablement mes disciples; et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera. »
Quelle observation faire ici, mes frères? Il y a peine ou il n'y a pas peine à demeurer dans la parole de Dieu, Si c'est une peine, considère la grandeur de la récompense ; et si ce n'en est pas une, la récompense t'est accordée gratuitement. Ah! demeurons dans Celui qui demeure en nous. Ne pas demeurer en Lui, pour nous c'est tomber; et pour Lui, s'il ne demeure pas en nous, Il n'en a pas moins une demeure; car Il sait demeurer en Lui-même, puisqu'il n'en sort jamais. L'homme au contraire, après s'être perdu, doit se garder de demeurer en soi; et si le besoin nous porte à demeurer en Lui, c'est la compassion qui le détermine à demeurer en nous.
2. Maintenant, qu'il nous a montré ce que nous devons faire, examinons quelle récompense nous est offerte. Car si Jésus a commandé, il a aussi promis. Qu'a-t-il commandé? « Si vous demeurez dans ma parole, » a-t-il dit. C'est peu de chose, peu de chose à dire, mais beaucoup à faire. « Si vous demeurez. » Que signifie « Si vous demeurez ? » Si vous bâtissez sur la pierre. O mes frères, qu'il est important, qu'il est important de bâtir sur la pierre! « Les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé, la pluie est descendue, tout est venu fondre sur cette maison, et elle n'est pas tombée, parce qu'elle était bâtie sur la pierre. » Qu'est-ce donc que demeurer dans la parole de Dieu, sinon ne céder devant aucune tentation ?
Et quelle récompense recevra-t-on ? « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera. » — Vous me plaignez parce que vous vous apercevez que ma voix est voilée; aidez-moi par votre silence. « Vous connaîtrez la vérité : » quelle récompense ! On pourrait dire : Que me sert de connaître la vérité? « Et la vérité vous délivrera. » Si tu n'aimes pas la vérité, aime la liberté. Le mot délivrer, dans notre langue, peut s'entendre de deux manières: on le prend le plus ordinairement pour exprimer que l'on sauve d'un danger, que l'on tire d'embarras. Mais dans le sens propre délivrer signifie rendre libre. Qu'est-ce que sauver, sinon assurer le salut ? Qu'est-ce que guérir, sinon rendre la santé ? Ainsi délivrer signifie rendre libre, et voilà pourquoi je disais : Si tu n'aimes pas la vérité, aime la liberté. Le mot grec exprime ce sens plus clairement encore, et on ne peut l'entendre autrement. Ce qui le prouve, c'est que les Juifs répondirent au Seigneur. « Nous n'avons été jamais esclaves de personne ; comment dites-vous: La vérité vous délivrera? » la vérité vous rendra libres ? Comment nous dites-vous cela puisque nous n'avons jamais été esclaves de personne ? Vous savez que nous ne sommes assujettis à aucun esclavage ; comment donc nous promettez-vous la liberté ?
3. Ils comprenaient bien, mais ils agirent mal. Comment comprirent-ils ? — « La vérité vous délivrera, » ai-je dit; et considérant que vous n'êtes esclaves d'aucun homme, vous vous êtes écriés: «Jamais nous n'avons été esclaves. » Mais « quiconque » Juif ou Gentil, riche ou pauvre homme privé ou homme public, empereur ou mendiant, « quiconque fait le péché, est esclave du péché. » Oui, «quiconque fait le péché, est esclave du péché, » et si on reconnaît cet esclavage, on saura à qui demander la liberté.
Un homme libre est saisi parles barbares, de libre qu'il était il devient esclave. Un riche compatissant l'apprend ; il considère qu'il a de la fortune et il veut le racheter. II va trouver les barbares, leur donne de l'argent et rachète l'esclave. Mais l'affranchir complètement, ce serait le délivrer du péché. Qui en délivre ? Est-ce un homme qui en affranchit l'homme ? Cet homme que nous venons de voir sous le joug des barbares a été racheté par son bienfaiteur, et il y a de l'un à l'autre une grande différence : il est possible pourtant que tous deux soient également esclaves de l'iniquité. Je demande à l'esclave racheté : As-tu quelque péché ? — J'en ai, répond-il. — Et toi, rédempteur, en as-tu ? — J'en ai aussi, reprend-il. — Donc ne vous vantez ni l'un ni l'autre, ni toi d'être racheté, ni toi d'avoir racheté; mais courez tous deux au Libérateur véritable.
Ce n'est pas même assez d'appeler esclaves ceux qui sont assujettis au péché ; ils sont morts; l'iniquité a fait contre eux ce qu'ils craignent de la captivité. S'ils paraissent vivants, s'ensuit-il que le Sauveur n'a pas eu raison de dire : « Laisse les morts ensevelir leurs morts (Mt. VIII, 22) » Ainsi tous ceux qui sont en état de péché, sont morts, ce sont des esclaves morts: ils sont morts parce qu'ils sont esclaves, et ils sont esclaves parce qu'ils sont morts.
4. Qui peut délivrer de la mort et de l'esclavage, sinon Celui qui est resté libre parmi les morts ? Et quel autre est resté libre parmi les morts, que Celui qui est resté sans péché au milieu des pécheurs? « Voici venir le prince du monde, » dit notre Rédempteur, notre Libérateur; « voici venir le prince du monde et il ne trouvera rien en moi (Jn, XIV, 30). » Il tient captifs ceux qu'il a trompés, ceux qu'il a séduits, ceux qu'il a portés au péché et à la mort « mais en moi il ne trouvera rien. » Venez, Seigneur, venez; ô Rédempteur, venez. Soyez reconnu de l'esclave et que devant vous le tyran prenne la fuite. Ah ! Soyez mon libérateur.
J'étais perdu quand m'a rencontré Celui en qui le démon n'a rien trouvé des œuvres de la chair. Le prince de ce siècle a bien trouvé la chair en lui, et quelle chair ? Une chair mortelle qu'il pouvait saisir, crucifier, mettre à mort. Mais tu t'égares, ô séducteur; dans le Rédempteur il n'y a aucune faute, tu te méprends. Tu vois dans le Seigneur une chair mortelle, mais ce n'est point une chair de péché; ce n'en est que la ressemblance. Car « Dieu a envoyé son Fils dans une chair semblable à la chair de péché. » C'est une chair véritable, une chair mortelle, mais non pas une chair de péché. Oui « Dieu a envoyé son Fils dans une chair semblable à la chair de péché, afin de condamner dans la chair le péché par le péché même. » Oui « Dieu a envoyé son Fils dans une chair semblable à la chair de péché » c'est bien dans la chair, mais non pas dans une chair de péché; c'est seulement « dans une chair semblable à la chair de péché. » Et pourquoi? «Afin de condamner dans la chair le péché par le péché même, » qui néanmoins n'existait pas en lui; « afin que la justification de la loi s'accomplit en nous, qui ne marchons point selon la chair, mais selon l'esprit (Rm, VIII, 3-4). »
5. Si pourtant le Christ avait, non pas une chair de péché, mais une chair semblable à la chair de péché, comment a-t-il pu « condamner dans la chair le péché par le péché même ? » — On donne ordinairement à une image le nom de ce qu'elle représente. On connaît ce qui s'appelle homme dans le sens propre; mais si tu demandes le nom de cette peinture que tu montres sur la muraille, on te répondra aussi que c'est un homme. C'est ainsi que l'Apôtre appelle péché, la chair qui ressemble à la chair de péché et qui doit être sacrifiée pour effacer le péché. Le même Apôtre dit ailleurs : Dieu « a rendu péché pour l'amour de nous Celui qui ne connaissait pas le péché (II Cor. V, 21). » — « Celui qui ne connaissait point le péché. » Quel est celui-là, sinon Celui qui a dit : « Voici venir le prince de ce monde, et il ne trouvera rien en moi? » — « Il a rendu péché pour l'amour de nous Celui qui ne connaissait pas, le péché. » Oui, c'est le Christ même, le Christ étranger au péché, que « Dieu a rendu péché pour l'amour de nous. » Que signifie cela, mes frères ?
S'il était dit: Dieu a péché contre lui ou l'a fait tomber dans le péché, la chose semblerait intolérable; comment donc souffrons-nous ces mots Dieu « l'a rendu péché? » Le Christ est-il le péché même? Ceux qui connaissent les livres de l'ancien Testament comprennent ce langage. Il n'est par rare en effet, il arrive même fort souvent que les péchés y signifient les sacrifices offerts pour effacer les péchés. Offrait-on, par exemple, un bouc, un bélier, tout autre chose pour le péché? La victime, quelle qu'elle fût alors, était désignée sous le nom de péché : et le péché était pris dans le sens de sacrifice pour le péché. Aussi la loi dit-elle quelque part que les prêtres doivent mettre la main sur le péché (1). Conséquemment ces mots de l'Apôtre: Dieu « a rendu péché pour l'amour de nous Celui qui ne connaissait pas le péché, » veulent dire que le Sauveur s'est fait victime pour nos péchés. Le péché s'est offert, et le péché a été effacé; le sang du Rédempteur a coulé, et il n'a plus été question des obligations du débiteur. Ce sang n'est-il pas celui qui a été répandu pour la rémission des péchés?
6. Pourquoi donc, ô mon tyran, cette joie insensée à la vue de la chair mortelle dont était revêtu mon Libérateur? Vois s'il était coupable, et si tu trouves en lui quelque chose qui t'appartienne, arrête-le. Le Verbe s'est fait chair. Qui dit Verbe, dit Créateur: et qui dit chair, dit créature. Qu'y a-t-il là qui t'appartienne, cruel ennemi ? Le Verbe est Dieu; quant à son âme humaine, quant à sa chair et même à sa chair mortelle, ce sont des créatures de Dieu. Cherches-y le péché. Mais pourquoi le chercher? La Vérité même a dit : « Voici venir le prince de ce monde, et il ne trouvera rien en moi. » Ce n'est pas la chair qu'il ne trouve pas, c'est son bien, c'est le péché. Tu as séduit des innocents et tu en as fait des coupables; mais aussi tu as mis à mort l'Innocent, tu l'as mis à mort sans avoir aucun droit sur lui; rends alors ce dont tu étais le possesseur. Ah! Fallait-il ces transports d'un moment pour avoir découvert dans le Christ une chair mortelle? Pour toi c'était un piège, et, ce qui faisait ta joie, a fait ta perte. Tu tressaillais en le trouvant, et tu gémis maintenant d'y avoir tout perdu.
Pour nous, mes frères, pour nous qui croyons au Christ, demeurons dans sa parole. En y demeurant, nous serons véritablement ses disciples; car il n'a pas pour disciples que ses douze Apôtres, il a encore tous ceux qui demeurent dans sa parole. Ainsi nous connaîtrons la vérité, et la Vérité, c'est-à-dire le Christ, le Fils de Dieu qui a dit : « Je suis la Vérité » la Vérité nous délivrera : elle nous rendra libres, elle nous affranchira, non pas du joug des barbares, mais de la tyrannie du démon, non pas de la captivité qui pèse sur le corps, mais de l'iniquité qui enchaîne l'âme. Seul d'ailleurs il peut nous procurer cette liberté. Que nul donc ne se croie libre, s'il ne veut rester esclave. Mais notre âme ne restera point dans l'esclavage, puisque chaque jour lui remet ses dettes.
Sainte Monique veuve
Collecte
O Dieu, consolateur des affligés et salut de ceux qui mettent en vous leur espérance, vous qui avez miséricordieusement agréé les pieuses larmes que répandait la bienheureuse Monique pour la conversion de son fils Augustin, donnez-nous, à la pieuse intercession de l’un et de l’autre, la grâce de déplorer nos péchés et d’en trouver le pardon en votre indulgence.
Epître
Mon bien-aimé : Honore les veuves qui sont vraiment veuves. Si une veuve a des fils ou des petits-fils, qu’elle apprenne avant tout à gouverner sa maison et à rendre la pareille à ses parents ; car cela est agréable à Dieu. Mais que celle qui est vraiment veuve et délaissée, espère en Dieu, et persévère nuit et jour dans les supplications et les prières. Car celle qui vit dans les délices est morte, quoique vivante. Rappelle-leur également cela, pour qu’elles soient irréprochables. Si quelqu’un n’a pas soin des siens et surtout de ceux de sa maison, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. Qu’une veuve, pour être admise, n’ait pas moins de soixante ans, qu’elle ait été la femme d’un seul mari, qu’on rende témoignage à ses bonnes œuvres : si elle a élevé des enfants, exercé l’hospitalité, lavé les pieds des saints, secouru les affligés, si elle s’est appliquée à toute sorte de bonnes œuvres.
Evangile
En ce temps-là, Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu’une foule nombreuse. Et comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; et il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. Lorsque le Seigneur l’eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleure point. Puis il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. Et le mort se mit sur son séant, et commença à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.
Bréviaire
Quatrième leçon. Monique, deux fois mère de saint Augustin, puisqu’elle l’enfanta pour le monde et pour le ciel, ayant perdu son mari, qu’elle avait gagné à Jésus-Christ dans sa vieillesse, sanctifia son veuvage par la continence et la pratique des œuvres de miséricorde. Dans les prières assidues qu’elle adressait à Dieu pour son fils, tombé dans la secte des Manichéens, Monique répandait des larmes abondantes. Elle le suivit même à Milan, et là elle l’exhortait fréquemment à aller voir l’Évêque Ambroise. Il le fit, et, instruit de ta vérité de la foi catholique, tant par les discours publics du saint Prélat que par des entretiens particuliers, il reçut de lui le baptême.
Cinquième leçon. Monique et Augustin partirent peu après pour retourner en Afrique ; mais quand ils s’arrêtèrent à Ostie, la Sainte fut prise de la fièvre. Durant sa maladie, il lui arriva un jour de tomber en défaillance. « Où étais-je ? » dit-elle, dès qu’elle reprit ses sens. Puis, regardant ceux qui l’assistaient : « Ensevelissez ici votre mère ; je vous demande seulement de vous souvenir de moi à l’autel du Seigneur ». Le neuvième jour, cette bienheureuse femme rendit son âme à Dieu. Son corps fut inhumé en l’église de Sainte-Aure, à Ostie ; dans la suite, on le transféra à Rome, sous le pontificat de Martin V ; il a été placé avec honneur dans l’église de Saint-Augustin.
Sixième leçon. Du IXe Livre des Confessions, c. 12.
Augustin, après avoir parlé de la mort de sa mère, ajoute : « Nous ne pensions pas qu’il fût juste de mener le deuil avec des sanglots et des gémissements, car sa mort n’était ni malheureuse ni entière : nous en avions pour garants sa vertu, sa foi sincère et les raisons les plus certaines. Peu à peu, ô Dieu, je rentrai dans mes premières pensées sur votre servante, et me rappelant sa sainte vie, son pieux amour pour vous, et cette tendresse prévenante qui tout à coup me manquait, je goûtai la douceur de pleurer en votre présence sur elle et pour elle. Et si quelqu’un m’accuse comme d’un péché d’avoir donné à peine une heure de larmes à ma mère, morte pour un peu de temps à mes yeux, ma mère qui m’avait pleuré tant d’années pour me faire vivre devant vous, qu’il se garde de rire, mais que plutôt, s’il est de grande charité, lui-même vous offre ses pleurs pour mes péchés, à vous, Père de tous les frères de votre Christ ».
4ème Dimanche après Pâques
Collecte
Dieu, qui donnez aux cœurs de vos fidèles une même volonté : accordez à vos peuples d’aimer ce que vous leur commandez, de désirer ce que vous leur promettez ; afin qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs demeurent fixés là où sont les joies véritables.
Epître
Mes bien-aimés, toute grâce excellente et tout don parfait descend d’en haut, et vient du Père des lumières, chez qui il n’y a pas de variation, ni d’ombre, ni de changement.
De sa propre volonté il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures.
Vous le savez, mes frères bien-aimés. Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère, car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de méchanceté, recevez avec douceur la parole entrée en vous qui peut sauver vos âmes.
Evangile
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Cependant, je vous dis la vérité : il vous est utile que je m’en aille ; car, si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. Et lorsqu’il sera venu, il convaincra le monde ne ce qui concerne le péché, la justice et le jugement. En ce qui concerne le péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ; en ce qui concerne la justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus ; en ce qui concerne le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera l’avenir. Il me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.
Secrète
O Dieu, qui, par les échanges admirables de ce sacrifice, nous avez rendus participants de votre divinité une et souveraine : faites, nous vous en supplions, que comme nous connaissons votre vérité, de même nous la suivions par une conduite digne d’elle.
Bréviaire
Jacques, serviteur de Dieu et de notre Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dans la dispersion, salut. Considérez comme sujet d’une joie complète, mes frères, lorsque vous tombez en diverses tentations, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience ; or la patience rend les œuvres parfaites de manière que vous soyez parfaits, accomplis, et ne manquant de rien. Que celui à qui manque la sagesse, la demande à Dieu qui donne à tous en abondance et ne reproche rien, et elle lui sera donnée ; mais qu’il demande avec foi, sans aucun doute.
Car celui qui doute est semblable au flot de la mer, qui est agité et poussé ça et là par le vent. Que cet homme donc ne s’imagine pas recevoir quelque chose de Dieu. L’homme double d’esprit est inconstant dans toutes ses voies. Que celui de nos frères qui est dans l’abaissement se réjouisse de son élévation, et le riche de son abaissement, parce qu’il passera comme la fleur de l’herbe, car le soleil s’est levé avec ses ardeurs, et il a desséché l’herbe, et sa fleur est tombée, et le charme de sa beauté s’est évanoui : ainsi le riche, lui aussi, se flétrira dans ses voies.
Bienheureux l’homme qui supporte la tentation, parce qu’après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l’aiment. Que nul, lorsqu’il est tenté, ne dise que c’est Dieu qui le tente ; car Dieu ne tente point pour le mal, et il ne tente lui-même personne ; mais chacun est tenté par sa concupiscence, qui l’entraîne et le séduit. Puis la concupiscence, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché, et le péché, quand il a été consommé, engendre la mort. Ne vous y trompez donc point, mes frères bien-aimés.
Du Traité de saint Cyprien, Évêque et Martyr ‘Du bien de la patience’.
Voulant, bien-aimés frères, vous entretenir de la patience, et vous en montrer les services et les avantages, puis-je mieux commencer que par la patience dont je vois que vous avez besoin pour m’écouter maintenant encore ? En effet, l’action même d’écouter et d’apprendre, vous ne la pouvez faire sans patience. Car l’enseignement et la doctrine du salut ne s’apprennent efficacement que si l’on écoute patiemment ce qui s’enseigne. Et, parmi tous les moyens que nous offre la loi céleste, et qui dirigent notre vie vers l’acquisition des récompenses divines, objet de notre espérance et de notre foi, je ne trouve rien de plus utile pour la vie, ni de meilleur pour obtenir la gloire, que de garder la patience avec un soin extrême, nous qui nous attachons aux préceptes du Seigneur, avec un culte de crainte et d’amour. Les philosophes païens aussi font profession de pratiquer cette vertu, mais leur patience est aussi fausse que leur sagesse. Car comment pourrait-il être sage ou patient, celui qui ne connaît ni la sagesse, ni la patience de Dieu ?
Pour nous, mes chers frères, qui sommes philosophes non dans nos paroles, mais dans nos actions ; qui préférons la sagesse, non dans ses dehors, mais dans sa réalité ; qui connaissons mieux la pratique des vertus que leur ostentation ; qui ne disons pas de grandes choses, mais qui les réalisons dans notre vie ; serviteurs et adorateurs de Dieu, montrons par la soumission de notre esprit cette patience que de divins exemples nous enseignent. Car cette vertu nous est commune avec Dieu. C’est de lui qu’elle vient, qu’elle tire son éclat et sa gloire. L’origine et la grandeur de la patience viennent de Dieu. L’homme doit aimer ce qui est cher à Dieu, car ce qu’ a aimé la majesté divine, elle le recommande. Si Dieu est notre Seigneur et notre père, imitons la patience de notre Seigneur et en même temps de notre père, puisqu’il convient que des serviteurs soient obéissants, et que des fils ne soient point dégénérés.
C’est la patience qui nous rend agréables à Dieu et nous retient dans son service ; c’est elle qui calme la colère, enchaîne la langue, gouverne l’esprit, garde la paix, règle la discipline, brise l’impétuosité des passions, comprime les emportements de l’orgueil, éteint l’incendie de la haine, contient la tyrannie des grands, ranime l’indigence du pauvre, protège la bienheureuse pureté de la vierge, la laborieuse chasteté de la veuve, la tendresse sans partage des époux. Elle inspire l’humilité dans le bonheur, le courage dans l’adversité, la douceur au milieu des injustices et des affronts. Elle nous apprend à pardonner sans délai à ceux qui ont mal fait ; si nous avons commis une faute, à en implorer longtemps et instamment le pardon. Les tentations, elle en triomphe ; les persécutions, elle les endure ; les souffrances et le martyre, elle les couronne. C’est elle qui élève l’édifice de notre foi sur des fondements inébranlables.
Nous avons vu Jésus constituer son Église, et confier aux mains de ses Apôtres le dépôt des vérités qui seront l’objet de notre foi. Il est une autre œuvre non moins importante pour le monde, à laquelle il donne ses soins durant cette dernière période de son séjour sur la terre : c’est l’institution définitive des Sacrements. Il ne nous suffit pas de croire ; il faut encore que nous soyons rendus justes, c’est-à-dire conformes à la sainteté de Dieu ; il faut que la grâce, fruit de la Rédemption, descende en nous, s’incorpore à nous ; afin qu’étant devenus les membres vivants de notre divin Chef, nous puissions être les cohéritiers de son Royaume. Or, c’est au moyen des Sacrements que Jésus doit opérer en nous cette merveille de la justification, en nous appliquant les mérites de son incarnation et de son Sacrifice par les moyens qu’il a décrétés dans sa puissance et dans sa sagesse.
Souverain maître de la grâce, il est libre de déterminer les sources par lesquelles il la fera descendre sur nous ; c’est à nous de nous conformer a ses volontés. Chacun des Sacrements sera donc une loi de sa religion, en sorte que l’homme ne pourra prétendre aux effets que le Sacrement est destiné à produire, s’il dédaigne ou néglige de remplir les conditions selon lesquelles il opère. Admirable économie, qui concilie, dans un même acte, l’humble soumission de l’homme avec la plus prodigue largesse de la munificence divine.
Nous avons montré, il y a quelques jours, comment la sainte Église, société spirituelle, était en même temps une société visible et extérieure, parce que l’homme auquel elle est destinée est composé d’un corps et d’une âme. Jésus, en instituant ses Sacrements, leur assigne à chacun un rite essentiel ; et ce rite est extérieur et sensible. Le Verbe divin, en prenant la chair, en a fait l’instrument de notre salut dans sa Passion sur la croix : c’est par le sang de ses veines qu’il nous a rachetés ; poursuivant ce plan mystérieux, il prend les éléments de la nature physique pour auxiliaires dans l’œuvre de notre justification. Il les élève à l’état surnaturel, et en fait jusqu’au plus intime de nos âmes les conducteurs fidèles et tout-puissants de sa grâce. Ainsi s’appliquera jusqu’à ses dernières conséquences le mystère de la divine incarnation, qui a eu pour but de nous élever, par les choses visibles, à la connaissance et à la possession des choses invisibles. Ainsi est brisé l’orgueil de Satan, qui dédaignait la créature humaine, parce que l’élément matériel s’unit en elle à la grandeur spirituelle, et qui refusa, pour son éternel malheur, de fléchir le genou devant le Verbe fait chair.
En même temps, les divins Sacrements étant autant de signes sensibles, formeront un lien de plus entre les membres de l’Église, déjà unis entre eux par la soumission à Pierre et aux Pasteurs qu’il envoie, et par la profession d’une même foi. L’Esprit-Saint nous dit dans les divines Écritures que « le lien tressé en trois ne se rompt pas aisément » ; or, tel est celui qui nous retient dans la glorieuse unité de l’Église : Hiérarchie, Dogme et Sacrements, tout contribue à faire de nous un seul corps. Du septentrion au midi, de l’orient à l’occident, les Sacrements proclament la fraternité des chrétiens ; ils sont en tous lieux leur signe de reconnaissance, et la marque qui les désigne aux yeux des infidèles. C’est dans ce but que ces Sacrements divins sont identiques pour toutes les races baptisées, quelle que soit la variété des formules liturgiques qui en accompagnent l’administration : partout le fond est le même, et la même grâce est produite sous les mêmes signes essentiels.
Notre divin ressuscité choisit le septénaire pour le nombre de ses Sacrements. Il empreint ce nombre sacré sur son œuvre la plus sublime, de même qu’il l’avait marqué au commencement, en créant ce monde visible et inaugurant la semaine par six jours d’action et un jour de repos. Sagesse éternelle du Père, il nous révèle, dès l’Ancien Testament, qu’il se bâtira une maison qui est la sainte Église, et il ajoute qu’il la fera reposer sur sept colonnes. Cette Église, il la figure d’avance dans le tabernacle de Moïse, et il ordonne qu’un superbe chandelier qui lance sept branches chargées de fleurs et de fruits, éclaire jour et nuit le sanctuaire. S’il transporte au ciel, dans un ravissement, son disciple bien-aimé, c’est pour se montrer à lui environné de sept chandeliers, et tenant sept étoiles dans sa main. S’il se manifeste sous les traits de l’Agneau vainqueur, cet Agneau porte sept cornes, symbole de sa force, et sept yeux qui marquent l’étendue infinie de sa science. Près de lui est le livre qui contient les destinées du genre humain, et ce livre est scellé de sept sceaux que l’Agneau seul peut lever. Devant le trône de la Majesté divine, le disciple aperçoit sept Esprits bienheureux ardents comme sept lampes, attentifs aux moindres ordres de Jéhovah, et prêts à porter sa parole jusqu’aux dernières limites de la création.
Si maintenant nous tournons nos regards vers l’empire des ténèbres, nous voyons l’esprit de malice occupé à contrefaire l’œuvre divine, et usurpant le septénaire pour le souiller en le consacrant au mal. Sept péchés capitaux sont l’instrument de sa victoire sur l’homme ; et le Seigneur nous avertit que lorsque, dans sa fureur, Satan s’élance sur une âme, il prend avec lui sept esprits des plus méchants de l’abîme. Nous savons que Madeleine, l’heureuse pécheresse, ne recouvra la vie de l’âme qu’après que le Sauveur eut expulsé d’elle sept démons. Cette provocation de l’esprit d’orgueil forcera la colère divine, lorsqu’elle tombera sur le monde pécheur, à empreindre le septénaire jusque dans ses justices. Saint Jean nous apprend que sept trompettes, sonnées par sept Anges, annonceront les convulsions successives de la race humaine, et que sept autres Anges verseront tour à tour sur la terre coupable sept coupes remplies de la colère de Dieu.
Nous donc qui voulons être sauvés, et jouir de la grâce en ce monde, et en l’autre de la vue de notre divin ressuscité, accueillons avec un souverain respect et une tendre reconnaissance le Septénaire miséricordieux de ses Sacrements. Sous ce nombre sacré il a su renfermer toutes les formes de sa grâce. Soit qu’il veuille dans sa bonté nous faire passer de la mort à la vie, par le Baptême et la Pénitence ; soit qu’il s’applique à soutenir en nous la vie surnaturelle, et à nous consoler dans nos épreuves, par la Confirmation, l’Eucharistie et l’Extrême-Onction ; soit enfin qu’il pourvoie au ministère de son Église et à sa propagation par l’Ordre et le Mariage : on ne saurait trouver un besoin de l’âme, une nécessite de la société chrétienne auxquels il n’ait satisfait au moyen des sept sources de régénération et de vie qu’il a ouvertes pour nous, et qu’il ne cesse de faire couler sur nos âmes. Les sept Sacrements suffisent à tout ; un seul de moins, l’harmonie serait rompue. Les Églises de l’Orient, séparées de l’unité catholique depuis tant de siècles, confessent avec nous le septénaire sacramentel ; et le protestantisme, en portant sur ce nombre sacré sa main profane, a montré en cela, comme en toutes ses autres réformes prétendues, que le sens chrétien lui faisait défaut. Ne nous en étonnons pas ; la théorie des Sacrements s’impose tout entière à la foi ; l’humble soumission du fidèle doit l’accueillir d’abord comme venant du souverain Maître : c’est lorsqu’elle s’applique à l'âme que sa magnificence et son efficacité divine se révèlent ; alors nous comprenons, parce que nous avons cru. Credite et intelligetis.
Aujourd’hui, consacrons notre admiration et notre reconnaissance au premier des Sacrements, au Baptême. Le Temps pascal nous le montre dans toute sa gloire. Nous l’avons vu, au Samedi saint, comblant les vœux de l’heureux catéchumène, et enfantant à la patrie céleste des peuples entiers. Mais ce divin mystère avait eu sa préparation. En la fête de l’Épiphanie, nous adorâmes notre Emmanuel descendant dans les flots du Jourdain, et communiquant à l’élément de l’eau, par le contact de sa chair sacrée, la vertu de purifier toutes les souillures de l’âme. L’Esprit-Saint, colombe mystique, vint reposer sur la tête de l’Homme-Dieu, et féconder par sa divine influence l’élément régénérateur, tandis que la voix du Père céleste retentissait dans la nue, annonçant l’adoption qu’il daignerait faire des baptisés, en son Fils Jésus, l’objet de son éternelle complaisance.
Durant sa vie mortelle, le Rédempteur s’explique déjà devant un docteur de la loi sur ses mystérieuses intentions. « Celui, dit-il, qui ne sera pas rené de l’eau et du Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume de Dieu. » Selon son usage presque constant, il annonce ce qu’il doit faire un jour, mais il ne l’accomplit pas encore ; nous apprenons seulement que notre première naissance n’ayant pas été pure, il nous en prépare une seconde qui sera sainte, et que l’eau en sera l’instrument.
Mais en ces jours le moment est venu où notre Emmanuel va déclarer la puissance qu’il a donnée aux eaux de produire la sublime adoption projetée par le Père. S’adressant à ses Apôtres, il leur dit tout à coup avec la majesté d’un roi qui promulgue la loi fondamentale de son empire : « Allez ; enseignez toutes les nations ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Le salut par l’eau, avec l’invocation de la glorieuse Trinité, tel est le bienfait capital qu’il annonce au monde ; car, dit-il encore : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. » Révélation pleine de miséricorde pour la race humaine ; inauguration des Sacrements, par la déclaration du premier, de celui qui, selon le langage des saints Pères, est la porte de tous les autres !
Nous qui lui devons la vie de nos âmes, avec le sceau éternel et mystérieux qui fait de nous les membres de Jésus, saluons avec amour cet auguste mystère. Saint Louis, baptisé sur les humbles fonts de Poissy, se plaisait à signer Louis de Poissy, considérant la fontaine baptismale comme une mère qui l’avait enfanté à la vie céleste, et oubliant son origine royale pour ne se souvenir que de celle d’enfant de Dieu. Nos sentiments doivent être les mêmes que ceux du saint roi.
Mais admirons avec attendrissement la condescendance de notre divin ressuscité, lorsqu’il institua le plus indispensable de ses Sacrements. La matière qu’il choisit est la plus commune, la plus aisée à rencontrer. Le pain, le vin, l’huile d’olives, ne sont pas partout sur la terre ; l’eau coule en tous lieux ; la providence de Dieu l’a multipliée sous toutes les formes, afin qu’au jour marqué, la fontaine de régénération fût accessible de toutes parts à l’homme pécheur.
Ses autres Sacrements, le Sauveur les a confiés au sacerdoce qui seul a pouvoir de les administrer ; il n’en sera pas ainsi du Baptême. Tout fidèle pourra en être le ministre, sans distinction de sexe ni de condition. Bien plus, tout homme, ne fût-il pas même membre de l’Église chrétienne, pourra conférer à son semblable, par l’eau et l’invocation de la sainte Trinité, la grâce baptismale qui n’est pas en lui, à la seule condition de vouloir, en cet acte, accomplir sérieusement ce que fait la sainte Église, quand elle administre le sacrement du Baptême.
Ce n’est pas tout encore. Ce ministre du sacrement peut manquer à l’homme qui va mourir ; l’éternité va s’ouvrir pour lui sans que la main d’autrui se lève pour répandre sur sa tête l’eau purificatrice ; le divin instituteur de la régénération des âmes ne l’abandonne pas dans ce moment suprême. Qu’il rende hommage au saint Baptême, qu’il le désire de toute l’ardeur de son âme, qu’il entre dans les sentiments d’une componction sincère et d’un véritable amour ; après cela qu’il meure : la porte du ciel est ouverte au baptisé de désir.
Mais l’enfant qui n’a pas encore l’usage de sa raison, et que la mort va moissonner dans quelques heures, a-t-il donc été oublié dans cette munificence générale ? Jésus a dit : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé » ; comment alors obtiendra-t-il le salut, cet être faible qui va s’éteindre, chargé de la faute originelle, et incapable de la foi ? Rassurez-vous. La puissance du saint Baptême s’étendra jusqu’à lui. La foi de l’Église qui le veut pour fils, lui va être imputée ; qu’on répande l’eau sur sa tête au nom des trois divines Personnes, et le voilà chrétien pour jamais. Baptisé dans la foi de l’Église, cette foi est maintenant personnelle en lui, avec l’Espérance et la Charité ; l’eau sacramentelle a produit cette merveille. Qu’il expire maintenant, ce tendre rejeton de la race humaine ; le royaume du ciel est à lui.
Tels sont, ô Rédempteur, les prodiges que vous opérez dans le premier de vos Sacrements, par l’effet de cette volonté sincère que vous avez du salut de tous ; en sone que ceux en qui cette volonté ne s’accomplit pas, n’échappent à la grâce de la régénération que par suite du péché commis antérieurement, péché que votre éternelle justice ne vous permet pas toujours de prévenir en lui-même, ou de réparer dans ses suites. Mais votre miséricorde est venue au secours ; elle a tendu ses filets, et d’innombrables élus y sont tombés. L’eau sainte est venue couler jusque sur le front de l’enfant qui s’éteignait entre les bras d’une mère païenne, et les Anges ont ouvert leurs rangs pour recevoir cet heureux transfuge. A la vue de tant de merveilles, que nous reste-t-il à faire, sinon de nous écrier avec le Psalmiste : « Nous qui possédons la vie, bénissons le Seigneur » ?
La France minée satellite des USA
Président de la République et ministres de droite ou de gauche issus des programmes franco-américains, franc-maçonnerie dans les rang de l’Assemblée et du Gouvernement qui défend « sa » conception républicaine, d’autant plus fortement que la « mondialisation républicaine » se trouve, par hasard et par accident ralentie …
On se croirait dans un mauvais film d’espionnage. L’on est simplement dans la France moderne et contemporaine. Cette France qui n’est plus française, qui en a même semble-t-il honte, comme d’un parent pauvre que l’on veut cacher. Et l’on comprend beaucoup mieux pourquoi la politique menée par les élites, de droite comme de gauche, ne défend pas les intérêts de notre pays.
Comme le processus de destruction de ce qui reste de l’identité française allait bien, la construction européenne aidant, l’on n’entendait pas trop les membres de la franc-maçonnerie française, il n’était pas nécessaire de faire du bruit.
La multiplication des conflits au Moyen Orient, la crise économique et financière importée en Europe de celle des subprimes aux Etats Unis, les printemps arabes sanglants et destructurant, ont jeté vers les pays européens une foule de population aux aboies. Une foule que les pays européens ne peuvent assumer, surtout en période de crise et parce que de toute manière il n’est pas possible pour l’Europe, sauf à se détruire, d’ingérer tout le malheur du monde. C’est une politique irresponsable et inefficace, notamment pour les pays en conflits concernés. Or, maintenant que la tension monte, l’on voit se réactiver les réseaux. Cela est d’autant plus facile lorsqu’ils sont au Gouvernement, dans le sens direct du terme. Comme l’écrit le Figaro, sans en être pour le moins choqué:
« En mai 2012, le GODF, traditionnellement orienté à gauche, a vu d’un bon œil la victoire de François Hollande et l’arrivée de frères au gouvernement, qu’il s’agisse de Manuel Valls, qui a fréquenté les loges durant huit ans, de Jean-Yves Le Drian, Victorin Lurel, Frédéric Cuvillier ou Jérôme Cahuzac – ce dernier étant finalement suspendu du GODF après le mensonge avoué sur son compte bancaire à l’étranger. De plus, la charte de la laïcité et les projets d’enseignement de «morale laïque» mis en avant par le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, qui n’est pas initié, ont séduit les frères du GODF. »
Et si l’on se demandait pourquoi des lois impopulaires passaient, sans qu’un réel débat social ait eu lieu sur des questions aussi importantes que le mariage pour tous ou la laïcité, c’est parce que, en plus du Gouvernement, les rangs de l’Assemblée sont également pris d’assaut. Volonté affichée ouvertement par le Grand Maître José Gulino dès 2012. Et ça marche.
« Le GODF a aussi repris fin 2012 le contrôle de la Fraternelle parlementaire (Frapar), en faisant élire l’un des siens, le député socialiste du Nord Christian Bataille à la tête de cette amicale des francs-maçons de l’Assemblée nationale et du Sénat. Celle-ci compte plus de 400 membres, dont 150 élus, soit 15 % du total des parlementaires. Christian Bataille sait s’y prendre pour pousser ses pions: il a déjà présidé la Frapar et il professe une foi de charbonnier dans les valeurs maçonniques. Celles-ci le conduisent à se transformer en avocat de causes aussi controversées que la lutte contre les langues régionales, au nom du jacobinisme, et en faveur de l’exploration des gaz de schiste, au nom de la science. Cette première offensive liée au retour de la gauche au pouvoir a produit quelques résultats, que ce soit pour promouvoir le mariage pour tous, défendre les réformes fiscales ou contrer la récupération du thème de la laïcité par l’extrême droite. »
Ainsi, la Fraternelle parlementaire, qui rassemble des députés et des sénateurs s’est largement emparée du thème de prédilection de la laïcité. L’on comprend mieux pourquoi aujourd’hui elle se traduit en montée de la haine pure et simple contre le christianisme, cette religion qui a le malheur d’avoir posé les bases de la société française.
Pour compléter le tableau, en restant dans la même ligne idéologique, l’on voit également l’affermissement des intérêts américains dans la gouvernance française. En 1981, la French American Foundation créé le programme Young Leader, financé par AIG, Lazard et Footprint consultants. Sorte de version moderne, plus neutre, moins marquée et connue dans la société que la franc-maçonnerie. Aujourd’hui, il comprend plus de 400 dirigeants issus de la haute fonction publique, du monde de l’entreprise, des médias, de la recherche et même de l’armée. Chaque année 20 français et américains sont sélectionnés. En 2014, Alain Juppé, lui même ancien Young leader, a organisé le séminaire à Bordeaux pour la promotion 2014 avec des anciens comme le directeur général d’Alcatel Lucent Michel Combes, par exemple.
La formation 2014 comprend:
French Young Leaders
Gwenhaël Le Boulay, Partner and Managing Director au Boston Consulting Group
Nicolas Escoulan, Directeur de la Rédaction d’Europe 1
Frank Gervais, Président-Directeur Général de Thalys International
Dr Pierre-Antoine Gourraud, PhD MPH, Professeur Assistant en charge de la médecine digitale translationnelle, Faculté de Médecine, Département de Neurologie de l’Université de Californie à San Francisco
Fatima Hadj, Associate Director à Standard & Poor’s
Cyril Kammoun, Managing Partner and CEO d’Aforge Degroof Finance
Julia Minkowski, Associée du Cabinet Temime et Associés
Le Lieutenant-Colonel Jean de Monicault, Rédacteur du Chef d’Etat-Major des Armées en charge des affaires stratégiques au Ministère de la Défense
Alexis Morel, Directeur de la Stratégie de Thales
Abdel Malek Riad, Conseiller économique du Président de l’Assemblée Nationale
Lubomira Rochet, Chief Digital Officer et membre du Comité Exécutif de L’Oréal
Alexandre Zapolsky, Fondateur et Président de Linagora
American Young Leaders
Elizabeth Askren, Freelance Conductor (Théâtre du Châtelet, Théâtre de St Quentin), Cultural Attaché, Fondation des Etats-Unis
Major Jordan Baker, Defense Policy Advisor, United States Mission to NATO
Emma Fuerst Frelinghuysen, Senior Director, Private Brands, FreshDirect
Guy Mounier, Chief Executive Officer, CustomerMatrix
Anna « Anya » Neistat, Associate Director, Program/Emergencies, Human Rights Watch
Reshma Saujani, Chief Executive Officer and Founder, Girls Who Code
Dana Stroul, Senior Professional Staff member, Middle East and North Africa, U.S. Senate Foreign Relations Committee
Joseph « Jay » Truesdale, Chief of Staff, U.S. Embassy, Islamabad
Dans cette France américaine, on retrouve des hommes et des femmes, de droite comme de gauche, cela n’a plus strictement aucune importance, formés à composer avec l’intérêt national. Car il y a semble-t-il plus important. Et ils détiennent les rênes du pouvoir. Comme l’écrit très justement Atlantico:
« Exit Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab… Place à François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Aquilino Morelle (plume du Président), etc. « Enfin des têtes nouvelles ! » entend-t-on ici ou là. Nouvelles ? Tout est relatif, quand on sait décrypter la liste ci-dessus : en fait, tous ces « Young Leaders » de l’UMP ont laissé la place à des « Young Leaders » du Parti socialiste. Car François Hollande et Pierre Moscovici depuis 1996, Marisol Touraine et Aquilino Morelle depuis 1998, Arnaud Montebourg depuis 2000 et Najat Vallaud-Belkacem depuis 2006, sont tous des « Young Leaders ». »
Et la notion de clan joue directement lors de la composition des équipes gouvernantes, même si l’information n’est manifestement pas trop diffusée en France:
« sur les 8 socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, 6 rentrent dans son gouvernement cette semaine. (Ne restent sur la touche, pour le moment, que Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », et Olivier Ferrand, l’ambitieux président du think-tank Terra Nova ayant permis l’élection de François Hollande aux élections primaires ; deux candidats impatients de rejoindre leurs camarades Young Leaders au gouvernement). Beau tir groupé, comme s’en enorgueillit à juste titre le site américain («The French-American Foundation is proud to have five Young Leader in the cabinet of President François Hollande, himself a Young Leader in 1996”), tandis que le site français n’en dit pas un mot. «
Comme le souligne très justement A. Latsa, même si quelques hommes politiques de droite sont favorables à de bons rapports avec la Russie, la plupart sont focalisés sur un axe exclusivement américano-centré:
« En effet, environ 25% de nos députés sont membres du groupe d’amitié France-Amérique. Dans ce groupe relativement discret qui est dirigé, c’est tout un symbole, par Louis Giscard d’Estaing, fils de l’ancien président français Valery Giscard d’Estaing, on trouve un bon nombre de députés de droite, en compagnie de députés socialistes. »
Trois conclusions principales en découlent toutes seules, logiquement.
Sur le plan de la politique intérieure, on comprend mieux les sources de cette dissociation croissante entre les élites et la population. Fossé qui oblige à une radicalisation des élites, d’une minorité dirigeante, qui doit, pour faire imposer ses points de vues, discréditer ceux des autres. Autrement dit, il ne peut plus y avoir de pluralisme d’idées, car il n’y a plus de respect de l’autre. Par exemple, celui qui défend la famille traditionnelle est un extrémiste, et l’on ne parle pas avec les extrémistes.
Lorsque le pluralisme d’idées est mis à bas, il ne peut y avoir de pluralisme politique, car les différents partis politiques doivent justement représenter et défendre des visions différentes de la société. Ce qui est inconcevable aujourd’hui. « L’autre politique » est hors du champ démocratique, donc hors du champ du débat politique. Pour autant, il est tout autant inconcevable de déclarer l’instauration du parti unique, car la politique serait morte. La France ne peut pas encore l’accepter, s’enterrer vivante tant qu’il reste un souffle, donc il faut maintenir les apparences.
Et pour maintenir les apparences, il faut maintenir une alternance entre des personnes, qui ont été plus ou moins canalisées et formatées au préalables pour ne pas prendre de risques. Le changement de visage, s’interroger sur Cécilia et ensuite passer à Valérie, permet de donner l’impression d’un changement politique. Et l’essentiel est préservé: le cap, lui, est gardé.
Enfin, il en découle que la politique étrangère française ne peut être, dans ce contexte, autre chose que ce qu’elle est. La France ne peut que soutenir, contre toute logique, contre ses valeurs et son histoire, les sanctions contre la Russie parce qu’un Gouvernement d’extrême droite massacre sa propre population civile sur les terres d’Ukraine. Parce que la France et l’UE se moquent de l’Ukraine et de sa population comme de leur première liquette.
La France ne peut qu’aller vers une ratification du traité transatlantique TTIP qui lui retire sa souveraineté économique, notamment. La France ne peut que se dissoudre dans une Union européenne qui détruit ce qui reste de culture européenne. La France ne peut avoir de politique étrangère, elle ne peut qu’être un pays aligné ou satellite, selon la terminologie préférée.
Saint Athanase
Epître
Mes Frères : Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais Jésus-Christ notre Seigneur, et nous, nous sommes vos serviteurs en Jésus ; parce que le Dieu qui a dit à la lumière de resplendir du sein des ténèbres, a fait luire aussi sa clarté dans nos coeurs, pour que nous fassions briller la connaissance de la gloire de Dieu en la personne du Christ Jésus. Mais nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que la grandeur appartienne à la puissance de Dieu, et non pas à nous. En toutes choses nous souffrons la tribulation, mais nous ne sommes pas accablés ; nous sommes en perplexité, mais non désespérés ; nous sommes persécutés, mais non pas abandonnés ; nous sommes abattus, mais non perdus ; portant toujours dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps. Car, nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort pour Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. La mort agit donc en nous, et la vie en vous. Et comme nous avons le même esprit de foi, selon qu’il est écrit : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé, nous croyons aussi, et c’est pour cela que nous parlons, sachant que celui qui a ressuscité Jésus, nous ressuscitera nous aussi avec Jésus, et nous placera avec vous.
Evangile
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Lorsqu’ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans une autre. En vérité, Je vous le dis, vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël, avant que le Fils de l’homme ne vienne. Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit au disciple d’être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S’ils ont appelé le Père de famille Béelzébub, combien plus ceux de Sa maison ! Ne les craignez donc point ; car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être connu. Ce que Je vous dis dans les ténèbres, dites-le dans la lumière, et ce qui vous est dit à l’oreille, prêchez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui qui peut perdre et l’âme et le corps dans la géhenne.
Bréviaire
Quatrième leçon. Athanase, l’énergique défenseur de la religion catholique, était né à Alexandrie ; ordonné Diacre par l’Évêque de cette ville, nommé Alexandre, il devint dans la suite son successeur. Il avait accompagné ce Prélat au concile de Nicée, où, ayant confondu l’impiété d’Arius, il s’attira tellement la haine des Ariens que, depuis lors, ils ne cessèrent jamais de lui dresser des embûches. Dans un concile réuni à Tyr, et composé en grande partie d’Évêques ariens, ils subornèrent une femme pour qu’elle accusât Athanase, d’avoir par violence, porté atteinte à son honneur, abusant de son hospitalité. Athanase fut donc introduit, et avec lui un Prêtre nommé Timothée, qui, feignant d’être Athanase, dit à cette femme : « C’est donc moi qui ai logé chez vous, moi qui vous ai outragée ? — Oui, répondit-elle effrontément, c’est vous qui m’avez fait violence » ; et elle affirmait le fait avec serment, invoquant l’autorité des juges, pour qu’ils vengeassent une telle infamie. La fourberie étant découverte, l’impudence de cette femme fut confondue.
Cinquième leçon. Les Ariens firent aussi courir le bruit qu’un Évêque, nommé Arsène, avait été assassiné par Athanase. Tandis qu’Arsène était secrètement détenu, ils produisirent devant les juges la main d’un mort, accusant Athanase d’avoir coupé cette main à Arsène, pour s’en servir dans des opérations magiques. Mais Arsène s’enfuit la nuit et vint se présenter devant tout le concile, ce qui dévoila la scélératesse des ennemis d’Athanase. Ils attribuèrent néanmoins la justification d’Athanase à des artifices de magie, et ne cessèrent pas de conspirer contre sa vie. Condamné à l’exil, il fut relégué à Trêves, dans les Gaules. Sous le règne de l’empereur Constance, qui favorisait les Ariens, il vit se soulever contre lui de longues et violentes tempêtes, souffrit d’incroyables épreuves, et parcourut de nombreuses contrées, souvent expulsé de son Église, souvent aussi rétabli sur son siège, et par l’autorité du Pape Jules, et par la protection de l’empereur Constant, frère de Constance, ou encore en vertu des décrets des conciles de Sardique et de Jérusalem. Pendant ce temps les Ariens continuaient à lui demeurer hostiles ; pour se soustraire à leur fureur opiniâtre et éviter la mort, il demeura caché pendant cinq ans dans une citerne desséchée, sans que personne connût sa retraite, sauf un de ses amis qui lui apportait en secret sa nourriture.
Sixième leçon. Constance étant mort, Julien l’Apostat, son successeur, permit aux Évêques exilés de rentrer dans leurs Églises. Athanase revint donc à Alexandrie, où il fut reçu avec les plus grands honneurs. Mais bientôt les intrigues des mêmes Ariens le firent persécuter par Julien, et il fut de nouveau forcé à s’éloigner Les satellites de ce prince le cherchant pour le mettre à mort, Athanase fit retourner le bateau sur lequel il s’enfuyait, et vint à la rencontre des émissaires lancés à sa poursuite. Ceux-ci demandant à quelle distance se trouvait Athanase, il leur répondit qu’il n’était pas loin. Il échappa ainsi à ses ennemis qui continuèrent leur route et, rentrant à Alexandrie, il y demeura caché jusqu’à la mort de Julien. Quelque temps après, une nouvelle tempête s’étant élevée contre lui à Alexandrie, il resta enfermé quatre mois dans le tombeau de son père. Enfin, délivré par le secours divin de tant de périls de tous genres, il mourut dans son lit, à Alexandrie, sous Valens. Sa vie et sa mort furent illustrées par de grands miracles, il a écrit beaucoup d’ouvrages pleins de piété et de clarté pour expliquer la foi catholique, et il a gouverné très saintement l’Église d’Alexandrie durant quarante-six ans, au milieu des plus grandes vicissitudes.
Le cortège de notre divin Roi, qui s’accroît chaque jour d’une manière si brillante, se renforce aujourd’hui par l’arrivée de l’un des plus valeureux champions qui aient jamais combattu pour sa gloire. Est-il un nom plus illustre que celui d’Athanase parmi les gardiens de la Parole de vérité que Jésus a confiée à la terre ? ce nom n’exprime-t-il pas à lui seul le courage indomptable dans la garde du dépôt sacré, la fermeté du héros en face des plus terribles épreuves, la science, le génie, l’éloquence, tout ce qui peut retracer ici-bas l’idéal de la sainteté du Pasteur unie à la doctrine de l’interprète des choses divines ? Athanase a vécu pour le Fils de Dieu ; la cause du Fils de Dieu fut la même que celle d’Athanase ; qui bénissait Athanase bénissait le Verbe éternel, et celui-là maudissait le Verbe éternel qui maudissait Athanase.
Jamais notre sainte foi ne courut sur la terre un plus grand péril que dans ces tristes jours qui suivirent la paix de l’Église, et furent témoins de la plus affreuse tempête que la barque de Pierre ait jamais essuyée. Satan avait en vain espéré éteindre dans des torrents de sang la race des adorateurs de Jésus ; le glaive de Dioclétien et de Galérius s’était émoussé dans leurs mains, et la croix paraissant au ciel avait proclamé le triomphe du christianisme. Tout à coup l’Église victorieuse se sent ébranlée jusque dans ses fondements ; dans son audace l’enfer a vomi sur la terre une hérésie qui menace de dévorer en peu de jours le fruit de trois siècles de martyre. L’impie et obscur Arius ose dire que celui qui fut adoré comme le Fils de Dieu par tant de générations depuis les Apôtres, n’est qu’une créature plus parfaite que les autres. Une immense défection se déclare jusque dans les rangs de la hiérarchie sacrée ; la puissance des Césars se met au service de cette épouvantable apostasie ; et si le Seigneur lui-même n’intervient, les hommes diront bientôt sur la terre que la victoire du christianisme n’a eu d’autre résultat que de changer l’objet de l’idolâtrie, en substituant sur les autels une créature à d’autres qui avaient reçu l’encens avant elle.
Mais celui qui avait promis que les portes de l’enter ne prévaudraient jamais contre son Église, veillait à sa promesse. La foi primitive triompha ; le concile de Nicée reconnut et proclama le Fils consubstantiel au Père ; mais il fallait à l’Église un homme en qui la cause du Verbe consubstantiel fut, pour ainsi dire, incarnée, un homme assez docte pour déjouer tous les artifices de l’hérésie, assez fort pour attirer sur lui tous ses coups, sans succomber jamais. Ce fut Athanase ; quiconque adore et aime le Fils de Dieu doit aimer et glorifier Athanase. Exilé jusqu’à cinq fois de son Église d’Alexandrie, poursuivi à mort par les ariens, il vint chercher tantôt un refuge, et tantôt un lieu d’exil dans l’Occident, qui apprécia l’illustre confesseur de la divinité du Verbe. Pour prix de l’hospitalité que Rome s’honora de lui accorder, Athanase lui fit part de ses trésors. Admirateur et ami du grand Antoine, il cultivait avec une tendre affection l’élément monastique, que la grâce de l’Esprit-Saint avait fait éclore dans les déserts de son vaste patriarcat ; il porta à Rome cette précieuse semence, et les moines qu’il y amena furent les premiers que vit l’Occident. La plante céleste s’y naturalisa ; et si sa croissance fut lente d’abord, elle y fructifia dans la suite au delà de ce qu’elle avait fait en Orient.
Athanase, qui avait su exposer avec tant de clarté et de magnificence dans ses sublimes écrits le dogme fondamental du christianisme, la divinité de Jésus-Christ, a célébré le mystère de la Pâque avec une éloquente majesté dans les Lettres festales qu’il adressait chaque année aux Églises de son patriarcat d’Alexandrie. La collection de ces lettres, que l’on regardait comme perdues sans retour, et qui n’étaient connues que par quelques courts fragments, a été retrouvée presque tout entière, dans le monastère de Sainte-Marie de Scété, en Égypte. La première, qui se rapporte à l’année 329, débute par ces paroles qui expriment admirablement les sentiments que doit réveiller chez tous les chrétiens l’arrivée de la Pâque : « Venez, mes bien-aimés, dit Athanase aux fidèles soumis à son autorité pastorale, venez célébrer la fête ; l’heure présente vous y invite. En dirigeant sur nous ses divins rayons, le Soleil de justice nous annonce que l’époque de la solennité est arrivée. A cette nouvelle, faisons fête, et ne laissons pas l’allégresse s’enfuir avec le temps qui nous l’apporte, sans l’avoir goûtée. » Durant ses exils, Athanase continua d’adresser à ses peuples la Lettre pascale ; quelques années seulement en furent privées. Voici le commencement de celle par laquelle il annonçait la Pâque de l’année 338 ; elle fut envoyée de Trêves à Alexandrie. « Bien qu’éloigné de vous, mes Frères, je n’ai garde de manquer à la coutume que j’ai toujours observée à votre égard, coutume que j’ai reçue de la tradition des Pères. Je ne resterai pas dans le silence, et je ne manquerai pas de vous annoncer l’époque de la sainte Fête annuelle, et le jour auquel vous en devez célébrer la solennité. En proie aux tribulations dont vous avez sans doute entendu parler, accablé des plus graves épreuves, placé sous la surveillance des ennemis de la vérité qui épient tout ce que j’écris, afin d’en faire une matière d’accusation et d’accroître par là mes maux, je sens néanmoins que le Seigneur me donne de la force et me console dans mes angoisses. J’ose donc vous adresser la proclamation annuelle, et c’est au milieu de mes chagrins, à travers les embûches qui m’environnent, que je vous envoie des extrémités de la terre l’annonce de la Pâque qui est notre salut. Remettant mon sort entre les mains du Seigneur, j’ai voulu célébrer avec vous cette fête : la distance des lieux nous sépare, mais je ne suis pas absent de vous. Le Seigneur qui accorde les fêtes, qui est lui-même notre fête, qui nous fait don de son Esprit, nous réunit spirituellement par le lien de la concorde et de la paix. »
Qu’elle est magnifique, cette Pâque célébrée par Athanase exilé sur les bords du Rhin, en union avec son peuple qui la fêtait sur les rives du Nil ! Comme elle révèle le lien puissant de la sainte Liturgie pour unir les hommes et leur faire goûter au même moment, et en dépit des distances, les mêmes émotions saintes, pour réveiller en eux les mêmes aspirations de vertu ! Grecs ou barbares, l’Église est notre patrie commune ; mais la Liturgie est, avec la Foi, le milieu dans lequel nous ne formons tous qu’une même famille, et la Liturgie n’a rien de plus expressif dans le sens de l’unité que la célébration de la Pâque. Les malheureuses Églises de l’Orient et de l’empire russe, en s’isolant du reste du monde chrétien pour fêter à un jour qui n’est qu’à elles la Résurrection du Sauveur, montrent déjà par ce seul fait qu’elles ne font pas partie de l’unique bergerie dont il est l’unique pasteur.
Fête de Saint Marcouf
Marculphe ou Marcouf, est né à Bayeux de parents nobles et riches. Prêtre à trente ans, il évangélise le Cotentin, insistant sur la nécessité de croire et « d'adorer en esprit et en vérité ». Il exhorte avec force au mépris des richesses et des faux honneurs. Il part évangéliser aussi la Bretagne pour y établir la vraie foi et fonder des monastères. Plein de douceur, il guérit aveugles, sourds, muets, boiteux, paralytiques. Un ange en songe lui demande d'aller voir le Roi Childebert pour obtenir la concession de Nanteuil, actuel Saint Marcouf, afin d'y installer un monastère où l'on prierait pour le Roi, la nation des Francs et la Sainte Eglise.
Marcouf, pour remercier le Roi du don de la terre de Nanteuil, entreprend les pénitences les plus austères afin d'obtenir de Dieu la grâce, pour les Rois de France, de guérir les écrouelles.
Après leur sacre, les Rois viennent ainsi à Corbeny prier devant les reliques de Saint Marcouf, déposées en ce lieu après les invasions normandes. Ils entendent une messe, commencent une neuvaine, passent devant les malades, les bénissant du signe de la croix en disant : « le Roi te touche, Dieu te guérit. » Jeanne d'Arc y accompagne Charles VII. Cet usage est maintenu jusqu'à Charles X. Pour le sacre de Louis XV, Louis XVI, Charles X, les reliques du saint sont portées à Reims et placées à côté de l'Evangile. « Le privilège des Rois de France de guérir les écrouelles est une grâces donnée gratuitement » affirme Benoît XIV.
« Autant la France a eu des monarques sacrés, autant saint Marcouf a vu des couronnes prosternées à ses pieds pour y honorer le glorieux protecteur de leur sceptre. »Dom Oudard Bourgeois, prieur de Corbeny, au XIIème siècle
Il meurt à Nanteuil, le 1er mai 558, assisté de saint Lô. Après sa mort, les miracles sont nombreux et durent jusqu'à nos jours.
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