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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Saint Alexis confesseur

17 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Saint Alexis confesseur

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Alexis, Romain de très noble origine, poussé par un vif amour de Jésus-Christ, et docile à un avertissement divin tout particulier, partit le premier soir de ses noces laissant son épouse vierge, et entreprit à travers le monde le pèlerinage des plus célèbres sanctuaires. Pendant ces voyages, il resta dix-sept ans inconnu, jusqu’au jour où une image de la sainte Vierge Marie divulgua son nom. C’était à Édesse, en Syrie. Ayant pris la mer pour s’éloigner, il aborda au port Romain et fut reçu chez son père, à titre de pauvre étranger. Il vécut dix-sept ans sous le toit paternel sans être connu de personne. Mais, en mourant, il laissa par écrit, avec l’indication de son nom et de sa naissance, le récit abrégé de toute sa vie. Il passa de la terre au ciel, sous le Pontificat d’Innocent 1er.

Du livre des Morales de saint Grégoire, Pape. (du commun)

Cinquième leçon. « La simplicité du juste est tournée en dérision ». La sagesse de ce monde consiste à employer toutes sortes de ruses pour cacher le fond de son cœur, à se servir de la parole pour déguiser sa pensée, à faire paraître vrai ce qui est faux et faux ce qui est vrai. Cette sagesse, les jeunes gens l’acquièrent par l’usage ; les enfants l’apprennent à prix d’argent ; ceux qui la savent s’enorgueillissent et méprisent le reste des hommes ; ceux qui l’ignorent sont un objet d’étonnement pour les autres, qui les regardent comme des êtres timides et dégradés. Ils aiment cette inique duplicité sous le nom qui la recouvre, car on qualifie d’urbanité une telle perversité d’esprit. La sagesse mondaine enseigne à ses disciples à rechercher le faîte des honneurs, à se réjouir, par vanité, de l’acquisition d’une gloire temporelle, à rendre abondamment aux autres le mal qu’ils nous ont fait ; à ne jamais céder, tant qu’ils sont assez forts pour cela, aux adversaires qui leur résistent ; mais, si le courage leur fait défaut, à dissimuler sous des apparences de bonté et de douceur, l’impuissance de leur malice.

Sixième leçon. La sagesse des justes consiste, au contraire, à ne jamais agir par ostentation, à dire ce que l’on pense, à aimer le vrai tel qu’il est, à éviter le faux, à faire le bien gratuitement, à souffrir très volontiers des peines plutôt que d’en causer aux autres, à ne pas tirer vengeance des injures reçues, à estimer comme un gain l’outrage qu’on endure pour J’amour de la vérité. « Mais cette simplicité des justes est tournée en dérision ». Car les sages de ce monde regardent la pureté de la vertu comme une sottise. Tout ce qu’on fait innocemment, ils le taxent de folie, tout ce que la vérité approuve dans nos œuvres paraît insensé à cette sagesse charnelle. Rien semble-t-il, en effet, plus stupide aux yeux du monde, que de montrer sa pensée .quand on parle, de ne rien feindre par d’habiles expédients, de ne pas rendre des affronts pour des injures, de prier pour ceux qui nous maudissent, de rechercher la pauvreté, d’abandonner ses biens, de ne pas résister à ceux qui nous pillent, de présenter l’autre joue à ceux qui nous frappent.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre. Lib. 3 in Matth. Cap. 19

Septième leçon. Confiance admirable ! Pierre était pêcheur, il était loin d’être riche, il gagnait sa vie par le travail de ses mains, et cependant il dit avec la plus grande assurance : « Nous avons tout quitté ». Et, comme tout quitter ne suffit pas, il ajoute ce qui est parfait : « Et nous vous avons suivi » ; nous avons fait ce que vous avez commandé, que nous donnerez-vous en récompense ? Jésus leur répondit : « Je vous dis en vérité que pour vous qui m’avez suivi, lorsqu’au temps de la régénération le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez aussi assis sur douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël. » Le Sauveur ne dit pas : vous qui avez tout quitté ; car cela le philosophe Cratès l’a fait, et une foule d’autres ont méprisé les richesses, mais il dit : « vous qui m’avez suivi », ce qui est le propre des Apôtres et des fidèles.

Huitième leçon. Lorsqu’au jour de la résurrection, le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, quand les morts sortiront, incorruptibles désormais, de la corruption du tombeau, vous serez, vous aussi, assis sur des trônes de juges et vous condamnerez les douze tribus d’Israël, parce que, tandis que vous embrassiez la foi, elles l’ont repoussée. « Et quiconque aura quitté pour moi, ou maison, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, ou terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle ». Ce passage concorde avec cette autre déclaration du Sauveur : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ; car je suis venu séparer le fils d’avec le père, la fille d’avec la mère, la belle-fille d’avec la belle-mère, et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison ». Ceux donc qui pour la foi de Jésus-Christ et la prédication de l’Évangile, auront sacrifié toutes les affections, renoncé aux richesses et aux plaisirs du monde, recevront le centuple et posséderont la vie éternelle.

Neuvième leçon. Certains esprits s’appuient sur cette promesse pour imaginer une période de mille ans après la résurrection, période pendant laquelle nous recevrions le centuple de ce que nous avons quitté et ensuite la vie éternelle ; ils ne réfléchissent pas que si cela paraît convenable pour la plupart des biens, il serait ridicule, sous le rapport des femmes, que celui qui aurait quitté son épouse pour le Seigneur, en reçoive cent dans la vie future. Voici dons le sens de cette promesse : celui qui, pour l’amour du Sauveur aura quitté les biens charnels recevra des biens spirituels, lesquels, par leur valeur propre et comparés aux premiers, leur sont aussi supérieurs que le nombre cent l’est à un petit nombre.

Le culte de saint Alexis vint à Rome de l’Orient où l’Homme de Dieu, ou Mar-Risà — ainsi en effet l’appellent les Syriens — fut l’objet d’une grande vénération. Ses Actes sont très douteux ; et quant à la résidence de saint Alexis à Rome, il semble qu’il s’agisse d’une adaptation de la légende importée de Syrie sur les rives du Tibre et localisée ensuite sur le Mont Aventin par un métropolite nommé Serge de Damas, qui s’y installa avec la permission de Benoît VII et y fonda un monastère gréco-latin. Le phénomène d’une vie cachée, passée dans la pénitence et les pèlerinages, et embrassée spontanément pour l’amour du Christ, n’est ni nouveau ni rare dans les fastes de l’Église. Au siècle dernier, saint Benoît-Joseph Labre reproduisit à Rome la vie héroïque décrite dans les Actes de saint Jean Calybite et de saint Alexis, — si toutefois ces deux saints sont deux personnages distincts.

L’homme de Dieu, selon la narration syriaque primitive qui semble postérieure d’un demi-siècle à peine aux événements, vécut à Édesse sous l’évêque Rabula (412-435). Sa sainteté fut reconnue seulement après sa mort, mais son culte se répandit immédiatement dans l’Orient grec, qui, nous ne savons pourquoi, donna au pèlerin anonyme le nom d’Alexis.

Son histoire fut chantée au IXe siècle par Joseph l’Hymnographe, et, transportée à Rome sur l’Aventin, elle trouva un panégyriste enthousiaste en saint Adalbert, évêque de Prague, devenu moine au monastère de Saint-Boniface.

Les Grecs célèbrent la fête d’Alexis le 17 mars : Ἀλεξίου τοῦ άνθρώπου τοῦ Θεοῦ.

La messe est du Commun, sauf les deux lectures. L’Évangile est celui de la fête des Abbés ; — le titre : homme de Dieu, chez les Syriens, désigne probablement la profession monastique du saint mendiant. Quant à l’épître (I Timot., VI, 6-12), l’Apôtre y traite des périls qu’entraîné la possession des richesses. Tel un hydropique altéré, plus le riche possède, plus il veut posséder. Il n’a jamais assez, et pour thésauriser davantage, il sacrifie parfois l’honnêteté, l’amitié, la santé corporelle et jusqu’à la religion et au salut de son âme. L’apôtre conclut donc en observant que l’intime racine de tout péché est la cupidité.

Voilà les motifs surnaturels sur quoi se fonde la pauvreté évangélique que professent par vœu les religieux. Selon l’observation du Docteur angélique, ceux-ci, moyennant un tel renoncement, éloignent efficacement d’eux-mêmes tout ce qui aurait pu créer un obstacle au développement de la charité et de la grâce de Dieu dans leur âme.

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Notre Dame du Mont Carmel

16 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Cette commémoraison fut instituée par les Carmes vers 1380.  Sixte-Quint approuva la fête pour tout l’ordre du Carmel en 1578. Elle s’étendit aux États espagnol, autrichiens et portugais au XVIIe siècle.  Benoît XIII l’inscrivit au calendrier romain en 1726 comme double-majeur. Jean XXIII la réduisit au rang de simple commémoraison en 1960.

Cette commémoraison fut instituée par les Carmes vers 1380. Sixte-Quint approuva la fête pour tout l’ordre du Carmel en 1578. Elle s’étendit aux États espagnol, autrichiens et portugais au XVIIe siècle. Benoît XIII l’inscrivit au calendrier romain en 1726 comme double-majeur. Jean XXIII la réduisit au rang de simple commémoraison en 1960.

Collecte

Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.

Epître

Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.

Bréviaire

Quatrième leçon. Le saint jour de la Pentecôte, les Apôtres, divinement inspirés, parlaient en diverses langues et faisaient beaucoup de prodiges par l’invocation du très auguste nom de Jésus. Or, on rapporte qu’en ce même jour, nombre d’hommes, qui avaient marché sur les traces des saints Prophètes Élie et Elisée, et que Jean-Baptiste, par sa prédication, avait préparés à l’avènement du Christ, ayant reconnu et constaté la vérité des choses, embrassèrent la foi de l’Évangile. Ayant eu le bonheur de jouir des entretiens et de l’intimité de la bienheureuse Vierge Marie, ils commencèrent à la vénérer et à l’aimer tout particulièrement. Les premiers d’entre les Chrétiens, ils construisirent un sanctuaire à la Vierge très pure, sur le mont Carmel, à l’endroit même où Élie avait jadis vu s’élever une nuée, figure de la Vierge.

Cinquième leçon. Ils se réunissaient donc plusieurs fois le jour dans le nouvel oratoire, et honoraient par de pieuses pratiques, des prières et des louanges, la très sainte Vierge, en qualité d’insigne protectrice de leur Ordre. Aussi, commença-t-on dès lors à les appeler partout : les Frères de la Bienheureuse Marie du Mont-Carmel. Non contents de ratifier cette dénomination, les souverains Pontifes accordèrent des indulgences spéciales à ceux qui désigneraient sous ce titre l’Ordre en général et les Frères en particulier. Avec l’honneur de son nom et sa tutélaire bienveillance, la sainte Vierge leur octroya généreusement la marque distinctive d’un scapulaire sacré. Elle le donna au bienheureux Simon, religieux anglais, pour distinguer cet Ordre saint de tous les autres, et le préserver des malheurs à venir. Mais, parce que cet Ordre n’était pas répandu en Europe, on multiplia les instances auprès d’Honorius III, afin qu’il le supprimât. C’est alors que la très bonne et compatissante Vierge Marie apparut pendant la nuit à ce Pape et lui signifia d’accorder sa bienveillance à l’Institut et à ses membres.

Sixième leçon. Ce n’est pas seulement en ce monde que la sainte Vierge a voulu combler de prérogatives un Ordre qui lui est si cher. Une pieuse croyance admet volontiers que, dans l’autre monde aussi (car sa puissance et sa miséricorde étendent en tous lieux leur influence), elle soulage, par un effet de son amour vraiment maternel, ceux de ses enfants qui subissent l’expiation du purgatoire, et les introduit le plus tôt possible dans la patrie céleste, grâce à son intervention, lorsque, enrôlés dans la confrérie du scapulaire, ils ont pratiqué de légères abstinences, récité les quelques prières prescrites et gardé la chasteté, eu égard à leur état de vie. Ainsi comblé de tant et de si grandes faveurs, cet Ordre institua une solennelle Commémoraison de la bienheureuse Vierge Marie, à célébrer perpétuellement chaque année en l’honneur de cette Vierge glorieuse.

Homélie de saint Bède le Vénérable. Lib. 4, cap. 49 in Luc. 11

Septième leçon. Cette femme fit bien voir la grandeur de sa dévotion et de sa foi. Tandis que les Scribes et les Pharisiens tentent le Seigneur et blasphèment contre lui, elle reconnaît avec tant de sincérité son incarnation, elle la proclame avec tant d’assurance qu’elle confond tout à la fois la calomnie dont les principaux d’entre les Juifs tâchaient alors de noircir le Fils de Dieu, et la perfidie des hérétiques qui devaient s’élever dans la suite des temps. De même qu’à cette époque les Juifs, blasphémant contre l’ouvrage du Saint-Esprit, niaient que Jésus-Christ fût le vrai Fils de Dieu, consubstantiel au Père ; ainsi les hérétiques devaient-ils plus tard, en niant que Marie, toujours Vierge, eût par l’opération du Saint-Esprit, fourni de sa propre chair au Fils de Dieu la matière de ses membres humains, prétendre qu’il ne faut pas le reconnaître pour le vrai fils de l’homme et de la même substance que sa mère.

Huitième leçon. Mais si la chair que le Verbe de Dieu a prise en s’incarnant, n’est pas formée de celle de la Vierge sa Mère, c’est sans motif qu’on appelle heureux le sein qui l’a porté et les mamelles qui l’ont allaité. L’Apôtre a dit : « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme soumise à la loi ». Il ne faut pas écouter ceux qui pensent qu’il faut lire : Né d’une femme assujettie à la loi ; mais on doit lire : « Formé d’une femme », parce qu’ayant été conçu dans le sein d’une Vierge, il n’a pas tiré sa chair de rien ; mais de la chair de sa mère. Autrement il ne serait pas appelé avec vérité, fils de l’homme puisqu’il ne tirerait pas son origine de l’humanité. Élevons donc, nous aussi, la voix contre Eutychès, avec l’Église catholique, dont cette femme était la figure, élevons aussi notre esprit au-dessus de la foule, et disons au Sauveur : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées ». Car elle est vraiment une Mère heureuse, celle qui, selon l’expression d’un auteur, « a enfanté le Roi qui gouverne dans tous les siècles le ciel et la terre ».

Neuvième leçon. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Le Sauveur approuve éminemment ce qu’avait dit cette femme, quand il affirme que non seulement celle qui a mérité d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’efforcent de concevoir spirituellement le même Verbe par l’audition de la foi, de l’enfanter et de le nourrir par la pratique des bonnes œuvres, soit dans leur cœur, soit en celui de leur prochain, sont véritablement heureux. Certes, la Mère de Dieu est bienheureuse d’avoir servi dans le temps, et contribué à l’incarnation du Verbe ; mais elle est encore plus heureuse d’avoir mérité, en l’aimant toujours, de le garder en elle éternellement.

Aujourd’hui toute l’Église latine s’unit aux Frères de la bienheureuse Vierge du Mont-Carmel, pour célébrer la munificence de la Mère de Dieu envers cet Ordre qui lui est dédié.

Les origines de cette insigne famille religieuse, qui a donné à l’Église un grand nombre de saints, entre autres saint André Corsini, saint Albert, sainte Madeleine de Pazzi, sainte Thérèse, etc., sont connues. Un peu avant 1185, un prêtre calabrais, ayant été l’objet d’une révélation d’Élie, — ainsi du moins l’affirmait-il, — gravit le Mont-Carmel et s’employa à restaurer un antique monastère (il y en avait trois autres) dont restaient seules les ruines. Ante aliquot annos — écrivait en 1185 le prêtre Jean de Pathmos—quidam monachus, dignitate sacerdos, capillitio albus, e Calabria oriundus, ex Prophetæ revelatione, in montem appellans, ea loca, monasterii nempe reliquias, vallo perparvo cinxit et turri ædificata, temploque non ingenti extructo, fratribus ferme decem collectis, etiam nunc sanctum illum ambitum colit.

Le nouvel institut prospéra et, quoique le dernier venu, il put heureusement se greffer à la grande tradition plusieurs fois séculaire de la vie monastique, que des cénobites orientaux et des moines bénédictins avaient menée sur le Carmel. Albert, patriarche de Jérusalem, donna quelques règles de vie à ces ermites qui vivaient alors sous un prévôt nommé Brocard, règles qui ensuite furent approuvées, en même temps que la récente institution, par Honorius III et par Grégoire IX.

La fête de la Commémoration de la bienheureuse Vierge du Mont-Carmel, avec le rite double-majeur, fut introduite dans le Calendrier beaucoup plus tard, par Benoît XIII.

L’introït est emprunté à la fête de sainte Agathe et semble être une version d’un texte grec. En effet, il a pénétré aussi dans le Missel Ambrosien, mais avec quelques variantes. « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, en célébrant la fête en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, dont la solennité réjouit aussi les anges qui en louent le Fils de Dieu ». Suit le premier verset du psaume 44.

Marie est appelée dans la liturgie causa nostræ lætitiæ, parce que son Enfantement sacro-saint a réparé les pertes et la tristesse occasionnées par le péché. Au ciel les Anges se réjouissent, parce qu’ils sont entrés en possession de leur Reine qui, par sa Maternité envers tous les chrétiens, comblera les vides produits dans les chœurs célestes par l’apostasie des anges rebelles. Sur la terre, toute l’Église militante se réjouit, parce que, au moyen de Marie, elle a obtenu Jésus, le fruit béni du sein virginal, qui neutralise le poison absorbé avec l’autre fruit présenté jadis par Ève à Adam.

Voici la collecte : « Seigneur, qui avez voulu honorer l’Ordre du Carmel en lui donnant le nom de Marie votre Mère elle-même, faites que, aidés par celle dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire solennelle, nous arrivions aux joies célestes ».

La première lecture est la même que pour la messe vigiliale de l’Immaculée Conception, le 7 décembre.

Le répons-graduel est commun à la fête de la Visitation, le 2 juillet. Le verset alléluiatique est spécial. « Alléluia. Par vous, ô Mère de Dieu, nous a été restituée la vie que nous avions perdue ; en effet, vous avez reçu du Ciel votre Fils et vous avez donné le jour au Sauveur du monde ».

La lecture évangélique est tirée de saint Luc (XI, 27-28), et fait partie de celle qui est assignée au troisième dimanche de Carême, jour où la station est fixée dans la basilique Mariale de l’Agro Verano. Une femme, admirant l’éloquence et la puissance de Jésus, bénit celle qui l’a engendré et allaité petit enfant. Le Sauveur, qui veut rendre plus spirituelle cette admiration enthousiaste, révèle mystérieusement la source intime de toute la grandeur et de la sublimité de la sainte Vierge : Bienheureux ceux qui reçoivent et gardent dans leur cœur le Verbe de Dieu !

Le verset pour l’offertoire a été adapté d’un texte de Jérémie (XVIII, 20) : « Souvenez-vous de nous, ô Vierge et Mère, en présence de Dieu. Parlez en notre faveur et écartez de nous son courroux ».

La Vierge s’est trouvée déjà une première fois en présence de Dieu dans le rôle d’Avocate quand elle assista à l’agonie de son Fils au pied de la Croix. Maintenant Marie est au ciel devant le trône de Dieu, et, avec Jésus, semper vivens interpellat pro nobis, elle plaide notre cause.

Suit la collecte sur les offrandes : « Sanctifiez, Seigneur, ces oblations ; et, par le puissant patronage de Marie, Mère de Dieu, faites qu’elles deviennent pour nous un gage de salut ». Ce ne sont pas tant les offrandes en soi qui doivent être sanctifiées, que les intimes dispositions du sacrificateur, afin que le Sacrifice eucharistique soit fructueux pour ceux qui, avec une foi sincère, y participent.

Voici l’antienne pour la Communion des fidèles : « O très digne Reine du monde, et toujours Vierge, Marie ! Intercédez pour notre paix et notre salut, vous qui avez donné le jour au Christ, Seigneur et Sauveur de tous ».

Marie est la Reine du monde, parce qu’elle est corédemptrice du genre humain avec Jésus et par Jésus, à qui après sa résurrection fut conférée par le Père omnis potestas in cælo et in terra.

Suit la prière d’action de grâces : « Que la vénérable intercession de votre glorieuse Mère la Vierge Marie nous protège. Seigneur, et comme elle ne cesse de nous combler de ses faveurs, ainsi délivrez-nous de tout péril, et, à cause d’elle, établissez entre nous la concorde ».

La concorde fraternelle est un des plus grands biens des communautés, et constitue une faveur spéciale de Dieu ; pour obtenir cette faveur et pour la conserver, il faut de grandes vertus, de grands renoncements et de grands sacrifices.

 

 

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Saint Henri empereur et confesseur

15 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Saint Henri empereur et confesseur

Quatrième leçon. Henri, surnommé le Pieux, duc de Bavière, puis roi de Germanie, et enfin empereur des Romains, ne se contenta point des bornes étroites d’une domination temporelle. Aussi pour obtenir la couronne de l’immortalité, se montra-t-il le serviteur dévoué du Roi Éternel. Une fois maître de l’empire, il mit son application et ses soins à étendre la religion, réparant avec beaucoup de magnificence les églises détruites par les infidèles et les enrichissant de largesses et de propriétés considérables, érigeant lui-même des monastères et d’autres établissements religieux, ou augmentant leurs revenus. L’évêché de Bamberg, fondé avec ses ressources patrimoniales, fut rendu par lui tributaire de Saint-Pierre et du Pontife romain. Benoît VIII étant fugitif, il le recueillit et le rétablit sur son Siège. C’est de ce Pape qu’il avait reçu la couronne impériale.

Cinquième leçon. Retenu au Mont-Cassin par une grave maladie, il en fut guéri d’une manière toute miraculeuse, grâce à l’intercession de saint Benoît. Il publia une charte importante spécifiant de grandes libéralités en faveur de l’Église romaine, entreprit pour la défendre une guerre contre les Grecs, et recouvra la Pouille, qu’ils avaient longtemps possédée. Ayant coutume de ne rien entreprendre sans avoir prié, il vit plus d’une fois l’Ange du Seigneur et les saints combattre aux premières lignes, pour sa cause. Avec le secours divin, il triompha des nations barbares plus par les prières que par les armes. La Pannonie était encore infidèle ; il sut l’amener à la foi de Jésus-Christ, en donnant sa sœur comme épouse au roi Etienne, qui demanda le baptême. Exemple rare : il unit l’état de virginité à l’état du mariage et sur le point de mourir, il remit sainte Cunégonde, son épouse, entre les mains de ses proches, dans son intégrité virginale.

Sixième leçon. Enfin après avoir disposé avec la plus grande prudence tout ce qui se rapportait à l’honneur et à l’utilité de l’empire, laissé ça et là, en Gaule, en Italie et en Germanie, des marques éclatantes de sa religieuse munificence, répandu au loin la plus suave odeur d’une vertu héroïque, et consommé les labeurs de cette vie, il fut appelé par le Seigneur à la récompense du royaume céleste, l’an du salut mil vingt-quatre. Sa sainteté l’a rendu plus célèbre que le sceptre qu’il a porté. Son corps fut déposé à Bamberg, dans l’église des saints Apôtres Pierre et Paul. Dieu le glorifia bientôt après par de nombreux miracles opérés auprès de son tombeau ; ces prodiges ayant été canoniquement prouvés, Eugène III l’a inscrit au catalogue des Saints.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homelia 13 in Evang.

Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.

Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.

Un empereur du Saint-Empire romain-germanique, qui monte au sommet de la perfection chrétienne et de la sainteté, ce n’est pas un fait commun ; aussi la fête de ce jour appelle-t-elle toute notre pieuse attention sur les fastes glorieux de saint Henri.

Il semble en effet que les vertus, les béatitudes du sermon sur la montagne, rencontrent une difficulté spéciale quand on les doit pratiquer sur un trône glorieux, au milieu du faste des richesses, de la puissance, des triomphes, et non dans une situation humble et pénible.

L’Écriture elle-même traite d’extraordinaire le cas d’un riche qui n’a pas couru après l’or, et la liturgie, dans les rares occasions où elle a dû célébrer les louanges des saints rois, n’a pas manqué de faire remarquer combien est plus ardue et plus glorieuse la victoire remportée par eux contre les vaines séductions de la puissance mondaine.

Il sembla qu’au XIe siècle Henri II ressemblait à Constantin. A plusieurs reprises il descendit en Italie pour défendre contre les factions le Pontife légitime. Par amour pour l’Église romaine, il prit les armes contre les Grecs qui avaient occupé le sud de l’Italie. Il employa ses trésors à fonder des sièges épiscopaux, à enrichir des églises, à doter des monastères ; bien plus : il envoya un jour à l’abbaye de Cluny, pour qu’ils fussent offerts au Sauveur, ses insignes impériaux eux-mêmes. Saint Henri mourut le 13 juillet 1024 et fut canonisé par le bienheureux Eugène III en 1145. Voici son épitaphe primitive :

HENRIC • AVGVSTVS • VIRTVTVM • GERMINE • IVSTVS
HÆC • SERVAT • CVIVS • VISCERA • PVTRIS • HVMVS
SPLENDOR • ERAT • LEGVM • SPECVLVM • LVX • GEMMAQVE • REGVM
AD • CÆLOS • ABIIT • NON • MORIENS • OBIIT
IDIBVS • IN • TERRIS • VEXANTEM • PONDERA • CARNIS
IVLIVS • ÆTHEREO • SVMPSERAT • IMPERIO
Cette urne conserve la dépouille mortelle et corrompue
de l’empereur Henri, juste et auteur d’œuvres vertueuses.
Il était la splendeur du droit, le miroir, la lumière, la perle des monarques.
Il est parti pour le ciel et il est mort pour ne plus mourir.
Il s’est envolé à l’empire céleste aux ides de juillet,
ainsi libéré du poids de la chair.

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Le blasphémateur de la Très Sainte Vierge

14 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Le blasphémateur de la Très Sainte Vierge

FRANÇOIS LE BLASPHÉMATEUR PERTINAX DE LA TRÈS SAINTE VIERGE

« A l’exemple de Marie, chaque vie humaine est recouverte par une « ombre de Dieu », qui « aide à découvrir le mystère : le mystère de la rencontre avec le Seigneur, le mystère du chemin de vie avec le Seigneur », propre à chacun. « Chacun sait comment le Seigneur agit mystérieusement dans son cœur, dans son âme » : « cette nuée » en l'homme « s’appelle le silence. Le silence est la nuée qui couvre le mystère de sa relation avec le Seigneur, de sa sainteté et de ses péchés ». « Le silence est ce qui préserve le mystère » : grâce à lui le mystère « de sa relation à Dieu, de son cheminement, de son salut, ne peut être ébruité, on ne peut en faire la publicité ». Au contraire, « un mystère qui fait sa propre publicité n’est pas chrétien, ce n’est pas le mystère de Dieu ; c’est un faux mystère », a estimé le pape. « Le mystère ne peut être expliqué. Mais lorsqu’il n’y pas de silence dans la vie [de l'homme], le mystère se perd, il s’en va », a-t-il poursuivi, exhortant à « veiller sur le mystère dans le silence ». Le pape a donné le modèle de la Vierge comme icône du silence, évoquant « toutes les fois où elle s’est tue pour préserver le mystère de sa relation avec son fils », jusqu’au silence « au pied de la Croix ». « Elle était silencieuse, mais dans son cœur, que de choses elle disait au Seigneur : ‘Toi, ce jour-là tu m’as dit qu’il serait grand, tu m’as dit que tu lui donnerais le trône de David, son père, qu’il règnerait pour toujours, et maintenant, je le vois là. La Vierge Marie était humaine ! Et elle avait peut-être envie de dire : Mensonge ! J’ai été trompée ! » « Mais dans le silence, elle a couvert le mystère qu’elle ne comprenait pas et, par ce silence, elle a permis que ce mystère grandisse et fleurisse dans l’espérance ». « Que le Seigneur nous donne à tous la grâce d’aimer le silence, de le rechercher et de garder notre cœur dans la nuée du silence », a conclu le pape. Rome, ZENIT

Or voici que François récidive, cette fois dans un sanctuaire marial, devant des foules. Et trois fois. C’est ainsi qu’il parlé des « moments difficiles de la vie de Marie » :

1. La naissance de Jésus. Il n’y avait pas de place pour eux. Ils n’avaient pas de maison, d’habitation pour accueillir leur fils. Il n’y avait pas de place pour pouvoir le mettre au monde. Et pas de famille proche non plus, ils étaient seuls. L’unique place disponible était une étable d’animaux. Et dans sa mémoire résonnait sûrement les paroles de l’Ange: «Réjouis-toi, Marie, le Seigneur est avec toi». Et il se peut qu’elle se soit demandé: Où est-il maintenant?

2. La fuite en Égypte. Ils durent partir, aller en exil. Là non seulement ils n’avaient pas de place, ni de famille, mais encore leurs vies étaient en danger. Ils durent se mettre en chemin et aller en terre étrangère. Ils ont été des migrants en raison de la convoitise et de l’avarice de l’empereur (sic !). Et là, il se peut qu’elle se soit demandé: Où est ce que m’a dit l’Ange?

3. La mort sur la croix. Il ne devait pas exister de situation plus difficile pour une mère que d’accompagner la mort d’un fils. Ce sont des moments déchirants. Là, nous voyons Marie au pied de la croix, comme toute mère (?), solide, sans faiblir, qui accompagne son Fils jusqu’à l’extrême de la mort et de la mort de la croix. Et là encore il se peut qu’elle se soit demandé : Où est ce que m’a dit l’Ange ?

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Saint Bonaventure évêque confesseur et docteur

14 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Saint Bonaventure évêque confesseur et docteur

Epître

Mon bien-aimé : je t’adjure, devant Dieu et Jésus-Christ, qui doit juger les vivants et les morts, par son avènement et par son règne, prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, supplie, menace, en toute patience et toujours en instruisant. Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils amasseront autour d’eux des docteurs selon leurs désirs ; et éprouvant aux oreilles une vive démangeaison, ils détourneront l’ouïe de la vérité, et ils la tourneront vers des fables. Mais toi, sois vigilant, travaille constamment, fais l’œuvre d’un évangéliste, acquitte-toi pleinement de ton ministère ; sois sobre. Car pour moi, je vais être immolé, et le temps de ma dissolution approche, j’ai combattu le bon combat, j’ai achève ma course, j’ai gardé la foi. Reste la couronne de justice qui m’est réservée, que le Seigneur, le juste juge, me rendra en ce jour-là ; et non seulement à moi, mais aussi à ceux qui aiment son avènement.

Evangile

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le candélabre, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir.

Car, en vérité, je vous le dis, jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, un seul iota ou un seul trait ne disparaîtra pas de la loi, que tout ne soit accompli. Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera les hommes à le faire, sera appelé le plus petit dans le royaume des deux ; mais celui qui fera et enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.

Bréviaire

Quatrième leçon. Bonaventure, né à Bagnorea, en Étrurie, fut arraché, dans son enfance à une maladie mortelle, par les prières du bienheureux François, à l’ordre duquel sa mère avait fait vœu de le consacrer s’il se rétablissait. Aussi, parvenu à l’adolescence, résolut-il d’entrer dans l’ordre des Frères Mineurs ; il y parvint, sous la direction d’Alexandre de Hales, à un tel degré de science que, sept ans plus tard, après avoir remporté à Paris les palmes de « Maître », il expliqua publiquement avec le plus grand succès les livres des Sentences, que, dans la suite, il illustra aussi de commentaires célèbres. Mais ce ne fut pas seulement par la profondeur de sa science, ce fut encore par la pureté de ses mœurs, l’innocence de sa vie, son humilité, sa douceur, son mépris des choses terrestres et son désir des biens célestes, qu’il excella merveilleusement : bien digne, en vérité, d’être considéré comme un modèle de perfection et d’être appelé saint par le bienheureux Thomas d’Aquin, son ami intime. En effet, celui-ci le trouvant à écrire la vie de saint François : « Laissons, dit-il, un saint travailler pour un saint. »

Cinquième leçon. Embrasé du feu de l’amour divin, il était porté par un sentiment tout particulier de piété à honorer la passion de notre Seigneur Jésus-Christ, qui faisait l’objet constant de sa méditation, et la Vierge Mère de Dieu, à laquelle il s’était consacré tout entier ; et cette même dévotion, il s’appliqua de toutes ses forces à l’exciter en d’autres par ses paroles et ses exemples, puis à la développer par des ouvrages et des opuscules. De sa piété provenaient la suavité de ses rapports avec le prochain, la grâce qui s’attachait à sa parole, et cette charité débordante par laquelle il s’attachait étroitement tous les cœurs. Ces vertus firent, qu’à peine âgé de trente-cinq ans, on l’élut à Rome, du commun consentement de tous, ministre général de l’Ordre, et pendant vingt-deux ans, Bonaventure s’acquitta de cette fonction avec une admirable prudence et une grande réputation de sainteté. Il prit plusieurs mesures utiles à la discipline régulière et au développement de son Ordre, qu’il défendit avec succès, en même temps que les autres Ordres mendiants, contre les calomnies de leurs détracteurs.

Sixième leçon. Mandé au concile de Lyon par le bienheureux Grégoire X, et créé cardinal-évêque d’Albano, le saint déploya, dans les affaires ardues du concile, une remarquable activité. Par ses soins, les discordes schismatiques furent apaisées et les dogmes de l’Église triomphèrent. C’est au milieu même de ces labeurs, la cinquante-troisième année de son âge, l’an du salut douze cent soixante-quatorze, que la mort l’atteignit, causant de profonds et unanimes regrets. La présence de tout le concile et celle du Pontife Romain lui-même, rehaussa ses funérailles. De nombreux et éclatants miracles l’ayant rendu célèbre, Bonaventure fut mis au nombre des saints par Sixte IV. Il a écrit beaucoup d’ouvrages, où son ardente piété, jointe à une érudition profonde, émeut le lecteur tout en l’instruisant. Aussi Sixte-Quint lui a-t-il décerné à bon droit le nom de Docteur Séraphique.

Saint Jean Chrysostome

Septième leçon. Remarquez ce que dit Jésus-Christ : « Vous êtes le sel de la terre ». Il montre par là combien il est nécessaire qu’il donne ces préceptes à ses Apôtres. Car, ce n’est pas seulement, leur dit-il, de votre propre vie, mais de l’univers entier que vous aurez à rendre compte. Je ne vous envoie pas comme j’envoyais les Prophètes, à deux, à dix, ou à vingt villes ni à une seule nation, mais à toute la terre, à la mer, et au monde entier, à ce monde accablé sous le poids de crimes divers.

Huitième leçon. En disant : « Vous êtes le sel de la terre », il montre que l’universalité des hommes était comme affadie et corrompue par une masse de péchés ; et c’est pourquoi il demande d’eux les vertus qui sont surtout nécessaires et utiles pour procurer le salut d’un grand nombre. Celui qui est doux, modeste, miséricordieux et juste, ne peut justement se borner à renfermer ces vertus en son âme, mais il doit avoir soin que ces sources excellentes coulent aussi pour l’avantage des autres. Ainsi celui qui a le cœur pur, qui est pacifique et qui souffre persécution pour la vérité, dirige-sa vie d’une manière utile à tous.

Neuvième leçon. Ne croyez donc point, dit-il, que ce soit à de légers combats que vous serez conduits, et que ce soient des choses de peu d’importance dont il vous faudra prendre soin et rendre compte, « vous êtes le sel de la terre ». Quoi donc ? Est-ce que les Apôtres ont guéri ce qui était déjà entièrement gâté ? Non certes ; car il ne se peut faire que ce qui tombe déjà en putréfaction soit rétabli dans son premier état par l’application du sel. Ce n’est donc pas cela qu’ils ont fait, mais ce qui était auparavant renouvelé et à eux confié, ce qui était délivré déjà de cette pourriture, ils y répandaient le sel et le conservaient dans cet état de rénovation qui est une grâce reçue du Seigneur. Délivrer de la corruption du péché, c’est l’effet de la puissance du Christ ; empêcher que les hommes ne retournent au péché, voilà ce qui réclame les soins et les labeurs des Apôtres.

 

Quatre mois après l’Ange de l’École, voici qu’à son tour Bonaventure paraît au ciel comme un astre éclatant réfléchissant les feux du Soleil de justice. Inséparables au pied du trône de Dieu comme ils le furent ici-bas dans la doctrine et l’amour, la terre les honore de litres glorieux empruntés au monde des célestes esprits. Écoutons le Docteur séraphique justifier à l’avance, pour son compagnon de gloire et pour lui, ces appellations de la reconnaissante admiration des peuples.

Aux trois célestes hiérarchies comprenant les neuf chœurs des Anges, correspondent sur la terre trois ordres d’élus. Les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, qui se divisent la première hiérarchie, sont en ce monde ceux que rapproche dans la divine contemplation la meilleure part, et que distinguent entre eux plus spécialement l’intensité de l’amour, la plénitude de la science, la fermeté de la justice ; aux Dominations, Vertus et Puissances répondent les prélats et les princes, aux derniers chœurs enfin les divers rangs des sujets de la sainte Église adonnés à la vie active. C’est le triple partage indiqué parmi les hommes en saint Luc au dernier des jours : Deux seront dans le repos, deux au champ, deux à la meule à savoir le repos des divines suavités, le champ du gouvernement, la meule du labeur de la vie Quant à l’association mutuelle ici marquée, on doit savoir en effet que les Séraphins eux-mêmes, unis à Dieu plus immédiatement que tous autres, s’acquittent à deux en Isaïe du ministère du sacrifice et de la louange ; car pour l’ange aussi bien que pour l’homme, la plénitude de l’amour, part plus spéciale du Séraphin, ne saurait exister sans l’accomplissement du double précepte de la charité embrassant Dieu et son semblable. Aussi est-il observé du Seigneur qu’il envoie ses disciples deux à deux devant sa face, et voyons-nous également Dieu dans la Genèse envoyer deux anges là où un seul pouvait suffire. Il vaut donc mieux être deux ensemble qu’un seul, dit l’Ecclésiaste ; car ils tirent avantage de leur société [Ec. IV, 9].

Nous venons d’entendre l’enseignement de Bonaventure en son livre de la Hiérarchie ; il nous donne le secret des procédés divins où l’éternelle Sagesse s’est complue souvent, dans la poursuite du salut du monde et de la sanctification des élus. Au XIIIe siècle en particulier, l’historien qui recherche les causes des événements déroulés sous ses yeux n’arrivera point à les connaître pleinement, s’il oublie la vision prophétique où Notre-Dame nous est montrée, au commencement de ce siècle, présentant à son Fils irrité ses deux serviteurs Dominique et François pour lui ramener par leur union puissante l’humanité dévoyée. Quel spectacle plus digne des Séraphins que la rencontre de ces deux anges de la terre, au lendemain de l’apparition mystérieuse ! « Tu es mon compagnon, tu courras avec moi d’un même pas, dit dans une étreinte du ciel le descendant des Guzman au pauvre d’Assise ; tenons-nous ensemble, et nul ne prévaudra contre nous ». Mais ne doit-ce pas être aussi la devise, n’est-ce pas, sur le terrain de la doctrine sacrée, l’histoire de leurs deux nobles fils Thomas et Bonaventure ? L’étoile qui brille au front de Dominique a dirigé vers Thomas ses rayons ; le Séraphin qui imprima sur la chair de François les stigmates divins touche de son aile de feu l’âme de Bonaventure ; mais, de même que leurs incomparables pères, tous deux n’ont qu’un but : amener les hommes par la science et l’amour à cette vie éternelle qui consiste à connaître le seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ.

Lampes ardentes et luisantes] combinant leur flamme dans les cieux en des proportions que nul œil mortel ne saurait spécifier d’ici-bas, la Sagesse éternelle a voulu pourtant que l’Église de la terre empruntât plus particulièrement à Thomas sa lumière, et à Bonaventure ses feux. Que ne pouvons-nous ici montrer à l’œuvre en chacun d’eux cette Sagesse, unique lien dès ce monde de leur commune pensée, et dont il est écrit que, toujours immuable en son adorable unité, elle ne se répète jamais dans les âmes qu’elle choisit parmi les nations pour en faire les prophètes et les amis de Dieu ! Mais nous ne devons parler aujourd’hui que de Bonaventure.

Voué tout enfant par sa pieuse mère à saint François qui l’avait sauvé d’une mort imminente, ce fut dès le berceau et sous les traits de la divine pauvreté, compagne aimée du patriarche séraphique, que l’éternelle Sagesse voulut prévenir notre saint et se montrer à lui la première. Promis dès lors à l’Ordre des Frères Mineurs, c’était donc bien littéralement qu’au premier éveil de ses facultés, il la trouvait assise aux portes de son âme, attendant l’ouverture de ces portes qui sont, nous dit-il lui-même, l’intelligence et l’amour. La très douce âme de l’enfant, prévenue de tous les dons de nature et de grâce, ne pouvait hésiter entre les tumultueuses vanités de ce monde et l’auguste amie qui s’offrait à lui dans le calme rayonnement de sa sublime noblesse et de ses charmes divins. De ce premier instant, sans lutte aucune, elle fut sa lumière ; aussi tranquillement que le rayon de soleil entrant par une fenêtre jusque-là close, la Sagesse remplit cette demeure devenue sienne, comme l’épouse au jour des noces prend possession de la maison de son époux et y apporte toute joie, en pleine communauté de biens et surtout d’amour.

Pour sa part de contribution à la table nuptiale, elle apportait les substantielles clartés des cieux ; Bonaventure lui servait en retour les lis de la pureté, qu’elle recherche, assure-t-il, pour premier aliment. Le festin ne devait plus cesser dans cette âme ; et la lumière et les parfums s’en échappant, allaient au loin tout attirer, éclairer et nourrir. Presque encore un enfant, lorsqu’au sortir des premières années de sa vie religieuse, il fut selon l’usage envoyé aux cours de la célèbre Université de Paris, tous les cœurs furent gagnés à cet ange de la terre dans lequel il semblait, disait-on, qu’Adam n’eût point péché : parole d’admiration que n’avait pu retenir, à la vue de tant de qualités rassemblées, le grand Alexandre de Halès. Comme ces montagnes dont la cime se perd au delà des nues, dont la base envoie au loin les eaux fécondantes, Frère Alexandre, selon l’expression du Pontife suprême, semblait alors contenir en soi la source vive du paradis, d’où le fleuve de la science du salut s’échappait à flots pressés sur la terre. Bien peu de temps néanmoins allait s’écouler avant que celui qu’on nommait le Docteur irréfragable et le Docteur des docteurs, cédât la place au nouveau venu qui devait être sa plus pure gloire en l’appelant son Père et son Maître. Si jeune encore investi d’un pareil héritage, Bonaventure cependant pouvait dire de la Sagesse divine plus justement que de l’illustre Maître qui n’avait eu qu’à assister au développement prodigieux de cette âme : « C’est elle qui m’a tout appris ; elle m’a enseigné la science de Dieu et de ses ouvrages, et la justice et les vertus, et les subtilités du discours et le nœud des plus forts arguments ».

Tel est bien tout l’objet de ces Commentaires sur les quatre Livres des Sentences, qui nous ont conservé les leçons de Bonaventure en cette chaire de Paris où sa parole gracieuse, animée d’un souffle divin, tenait captives les plus nobles intelligences : inépuisable mine, que la famille franciscaine se doit à elle-même d’exploiter toujours plus comme son vrai trésor ; monument impérissable de la science de ce Docteur de vingt-sept ans, qui, distrait bientôt de l’enseignement par les soins du gouvernement d’un grand Ordre, n’en partagera pas moins toujours, à cause de cette exposition magistrale, l’honneur du principat de la Théologie sacrée avec son illustre ami Thomas d’Aquin, plus heureux et plus libre de poursuivre ses études saintes.

Mais combien déjà le jeune Maître répondait à son titre prédestiné de Docteur séraphique, en ne voyant dès ce temps dans la science qu’un moyen de l’amour, en répétant sans fin que la lumière qui illumine l’intelligence reste stérile et vaine si elle ne pénètre jusqu’au cœur, où seulement la Sagesse se repose et festoie ! Aussi, nous dit saint Antonin, toute vérité perçue par l’intellect en lui passait par les affections, devenant ainsi prière et divine louange. Son but était, dit un autre historien, d’arriver à l’incendie de l’amour, de s’embraser lui-même au divin foyer et d’enflammer ensuite les autres ; indifférent aux louanges comme à la renommée, uniquement soucieux de régler ses mœurs et sa vie, il entendait brûler d’abord et non seulement luire, être feu pour ainsi approcher de Dieu davantage étant plus conforme à celui qui est feu : toutefois, comme le feu ne va pas sans lumière, ainsi fut-il du même coup un luisant flambeau dans la maison de Dieu ; mais son titre spécial de louange, est que tout ce qu’il put rassembler de lumière il en fit l’aliment de sa flamme et de la divine charité.

On sut à quoi s’en tenir au sujet de cette direction unique de ses pensées, lorsqu’inaugurant son enseignement public, il dut prendre parti sur la question qui divisait l’École touchant la fin de la Théologie : science spéculative pour les uns, pratique au jugement des autres, selon que les uns et les autres étaient frappés davantage du caractère théorique ou moral des notions qu’elle a pour objet. Bonaventure, cherchant à unir les deux sentiments dans le principe qui était à ses yeux l’universelle et seule loi, concluait que «la Théologie est une science affective, dont la connaissance procède par contemplation spéculative, mais tend principalement à nous rendre bons ». La Sagesse de la doctrine en effet, disait-il, doit être ce que l’indique son nom, savoureuse à l’âme ; et, ajoutait-il, non sans quelque pointe de suave ironie comme en connaissent les saints, il y a différence dans l’impression produite par cette proposition : Le Christ est mort pour nous, et semblables, ou cette autre, je suppose : La diagonale et le coté d’un carré sont incommensurables entre eux.

En même temps, de quelle ineffable modestie n’étaient pas relevés dans notre saint le charme du discours et la profondeur de la science ! « Soit dit sans préjudice du sentiment d’autrui, concluait-il dans les questions obscures. Si quelqu’un pense autrement ou mieux, ainsi qu’il est possible, sur ce point comme sur tous les autres, je n’en suis point envieux ; mais s’il se rencontre quelque chose digne d’approbation dans ce petit ouvrage, qu’on en rende grâces à Dieu auteur des bonnes choses : pour le faux, le douteux ou l’obscur qui peut s’y trouver en d’autres endroits, que la bienveillance du lecteur le pardonne à l’insuffisance de l’écrivain, auquel sa conscience rend témoignage à coup sûr d’avoir désiré ne rien dire que de vrai, de clair et de reçu communément ». Dans une circonstance pourtant, l’inaltérable dévouement de Bonaventure à la Reine des vierges tempère l’expression de son humilité avec une grâce non moins remplie de force que de douceur : « Que si quelqu’un, dit-il, préfère s’exprimer autrement, pourvu que ce ne soit pas au détriment de la Vierge vénérée, je ne lutterai guère à l’encontre ; mais il faut éviter diligemment que l’honneur de Notre-Dame soit en rien diminué par personne, dût-il en coûter la tête ». Enfin, terminant le troisième Livre de cette admirable exposition des Sentences : « Mieux vaut la charité que toute science, déclare-t-il. Il suffit dans le doute de savoir ce qu’ont pensé les sages ; la dispute sert de peu. Nombreuses sont nos paroles, et les mots nous trahissent et nous manquent. Grâces immenses à celui qui parfait tout discours, à notre Seigneur Jésus-Christ dont l’aide m’a donné de parvenir à l’achèvement de cette œuvre médiocre, ayant pris en pitié ma pauvreté de science et de génie ! Je lui demande qu’il en provienne pour moi le mérite de l’obéissance et profit pour mes Frères, double but dans la pensée duquel ce travail a été entrepris ». Cependant le temps était venu où le mérite de l’obéissance allait faire place pour notre saint à un autre moins envié de lui, mais non moins profitable aux Frères. A trente-cinq ans il fut élu Ministre Général. Thomas d’Aquin, plus jeune de quelques années, montait comme un soleil puissant à l’horizon. Bonaventure, contraint d’abandonner le champ de l’enseignement scolastique, laissait à son ami le soin de le féconder plus complètement et plus longuement qu’il n’avait pu faire. L’Église ne devait donc rien perdre ; et, fortement et suavement comme toujours, l’éternelle Sagesse poursuivait en cela sa pensée : ainsi prétendait-elle obtenir que ces deux incomparables génies se complétassent ineffablement l’un par l’autre, en nous donnant, réunis, la plénitude de la vraie science qui non seulement révèle Dieu, mais conduit à lui.

Donnez au sage l’occasion, et la sagesse croîtra en lui. Bonaventure devait justifier cette parole placée par lui en tête du traité des six ailes du Séraphin, où il expose les qualités requises dans l’homme appelé à porter la charge des âmes. L’espace nous manque, on le comprendra, pour suivre le détail infini et parfois les difficultés da ce gouvernement immense, que les missions franciscaines si répandues étendaient pour ainsi dire à l’Église entière. Le traité même que nous venons de citer, fruit de son expérience, et que le Père Claude Aquaviva tenait en si haute estime qu’il en avait fait comme un guide obligé des supérieurs de la Compagnie de Jésus, dit assez ce que fut notre saint dans cette dernière partie de son existence.

Son âme était arrivée à ce point qui n’est autre que le sommet de la vie spirituelle, où le plus vertigineux tourbillon du dehors ne trouble en rien le repos du dedans ; où l’union divine s’affirme dans la mystérieuse fécondité qui en résulte pour les saints, et qui se manifeste à la face du monde, quand il plaît à Dieu, par des œuvres parfaites dont la multiplicité reste inexplicable pour les profanes. Si nous voulons comprendre Bonaventure à cette heure de sa vie, méditons ce portrait tracé par lui-même : Les Séraphins influent sur ceux qui sont au-dessous d’eux pour les amener vers les hauteurs ; ainsi l’amour de l’homme spirituel se porte au prochain et à Dieu, à Dieu pour s’y reposer lui-même, au prochain pour l’y ramener avec lui. Non seulement donc ils embrasent ; ils donnent aussi la forme du parfait amour, chassant toutes ténèbres, montrant la manière de s’élever progressivement et d’aller à Dieu par les sommets.

Tel est le secret de la composition de toute cette série d’admirables opuscules où, n’ayant pour livre que son crucifix, comme il l’avouait à saint Thomas, sans plan préconçu, mais prenant occasion des demandes ou du besoin des frères et des sœurs de sa grande famille, d’autres fois ne voulant qu’épancher son âme, Bonaventure se trouve avoir traité tout ensemble et des premiers éléments de l’ascèse et des sujets les plus élevés de la vie mystique, avec une plénitude, une sûreté, une clarté, une force divine de persuasion, qui font dire au Souverain Pontife Sixte IV que l’Esprit-Saint lui-même semble parler en lui. Écrit au sommet de l’Alverne, et comme sous l’influence plus immédiate des Séraphins du ciel, l’Itinéraire de l’âme à Dieu ravissait à tel point le chancelier Gerson, qu’il déclarait « cet opuscule, ou plutôt, disait-il, cette œuvre immense, au-dessus de la louange d’une bouche mortelle » ; il eût voulu qu’en le joignant au Breviloquium, abrégé merveilleux de la science sacrée, on l’imposât comme manuel indispensable aux théologiens. C’est qu’en effet, dit pour l’Ordre bénédictin le grand Abbé Trithème, par ses paroles de feu l’auteur de tous ces profonds et dévots opuscules n’embrase pas moins la volonté du lecteur qu’il n’éclaire son intelligence. Pour qui considère l’esprit de l’amour divin et de la dévotion chrétienne qui s’exprime en lui, il surpasse sans peine tous les docteurs de son temps quant à l’utilité de ses ouvrages. Beaucoup exposent la doctrine, beaucoup prêchent la dévotion, peu dans leurs livres enseignent les deux ; Bonaventure surpasse et ce grand et ce petit nombre, parce que chez lui la science forme à la dévotion, et la dévotion à la science. Si donc vous voulez être et savant et dévot, pratiquez ses œuvres.

Mais, mieux que personne, Bonaventure nous révélera dans quelles dispositions il convient de le lire pour le faire avec fruit. En tête de son Incendium amoris, où il enseigne le triple chemin qui conduit par la purification, l’illumination et l’union à la véritable sagesse : « J’offre, dit-il, ce livre, non aux philosophes, non aux sages du monde, non aux grands théologiens embarrassés de questions infinies, mais aux simples, aux ignorants qui s’efforcent plus d’aimer Dieu que de beaucoup savoir. Ce n’est point en discutant, mais en agissant qu’on apprend à aimer. Pour ces hommes pleins de questions, supérieurs en toute science, mais inférieurs dans l’amour du Christ, j’estime qu’ils ne sauraient comprendre le contenu de ce livre ; à moins que laissant de côté la vainc ostentation du savoir, ils ne s’appliquent, dans un très profond renoncement, dans la prière et la méditation, à faire jaillir en eux l’étincelle divine qui, échauffant leur cœur et dissipant toute obscurité, les guidera par delà les choses du temps jusqu’au trône de la paix. Car par cela même pourtant qu’ils savent plus, ils sont plus aptes, ou ils le seraient, à aimer, s’ils se méprisaient véritablement eux-mêmes et avaient joie d’être méprisés par autrui ».

Si longues que soient déjà ces pages, nous ne résistons pas au désir de citer les dernières paroles qu’on nous ait conservées de Bonaventure. De même que l’Ange de l’École allait bientôt, à Fosse-Neuve, terminer ses œuvres et sa vie par l’explication du divin Cantique, le Séraphin son émule et son frère exhalait avec ces mots de l’épithalame sacré la dernière note de ses chants : « Le roi Salomon s’est fait un trône en bois du Liban ; les colonnes en sont d’argent, le siège en est d’or, les degrés tout de pourpre. Le siège d’or, ajoutait notre saint, est la sagesse contemplative : elle n’appartient qu’à quiconque possède aussi les colonnes d’argent, à savoir les vertus affermissant l’âme ; les degrés de pourpre sont la charité par où l’on monte vers les hauteurs et l’on descend dans les vallées ».

Conclusion digne de Bonaventure ; fin d’un ouvrage sublime et pourtant inachevé, que déjà il n’avait pu rédiger lui-même ! « Hélas ! hélas ! hélas ! s’écrie plein de larmes le pieux disciple à qui nous devons ce dernier trésor, une dignité plus haute, et bientôt le départ de cette vie de notre seigneur et Maître ont arrêté la continuation de cette œuvre ». Et nous révélant d’une façon touchante les précautions prises par les fils pour ne rien laisser perdre des conférences que faisait le père : « Ce que je donne ici, déclare-t-il, est ce que j’ai pu d’une plume rapide dérober tandis qu’il parlait. Deux autres avec moi pendant ce temps recueillaient des notes, mais leurs cahiers sont restés difficilement lisibles pour autrui ; au lieu que quelques-uns des auditeurs ont pu relire mon exemplaire, et que le Maître lui-même et beaucoup d’autres en ont fait usage, ce dont m’est due reconnaissance. Et maintenant, après bien des jours, la permission et le temps m’en étant accordés, j’ai revu ces notes, ayant toujours dans l’oreille et devant les yeux la voix et les gestes du Maître ; je les ai mises en ordre, sans rien ajouter toutefois qu’il n’eût dit, sauf l’indication de quelques autorités ».

La dignité rappelée par le fidèle secrétaire est celle de cardinal évoque d’Albano, que Grégoire X, élu pour succéder à Clément IV après trois ans qu’avait duré le veuvage de l’Église, imposa en vertu de l’obéissance à notre Saint dont le crédit près du sacré Collège avait obtenu cette élection. Chargé de préparer les travaux du concile indiqué à Lyon pour le printemps de l’année 1274, il eut la joie d’assister à la réunion des deux Églises latine et grecque que plus que personne il avait procurée. Mais Dieu voulut lui épargner l’amertume de constater combien peu devait durer un rapprochement qui eût été le salut de cet Orient qu’il aimait, et où le nom de Bonaventure, transformé en celui d’Eutychius, gardait encore son ascendant, deux siècles plus tard, au temps du concile de Florence. Le 15 juillet de cette année 1274, en plein concile et sous la présidence du Pontife suprême, eurent lieu les plus solennelles funérailles que la terre eût jamais contemplées : J’ai grande douleur à ton sujet, mon frère Jonathas, s’écriait, devant l’Occident et l’Orient rassemblés dans une commune lamentation, le cardinal Pierre de Tarentaise, de l’Ordre de saint Dominique. Le séraphin avait rejeté son manteau de chair, et déployant ses ailes, après cinquante-trois ans donnés au monde, il rejoignait Thomas d’Aquin qui venait à peine de le précéder dans les cieux.

Vous êtes entré dans la joie de votre Seigneur, ô Bonaventure ; quelles ne doivent pas être maintenant vos délices puisque, selon la règle que vous avez rappelée, « autant quelqu’un aime Dieu ici-bas, autant là-haut il se réjouit en lui ! » Si le grand saint Anselme, auquel vous empruntiez cette parole, ajoutait que l’amour se mesure à la connaissance, ô vous qui fûtes l’un des princes de la science sacrée en même temps que le Docteur de l’amour, montrez-nous qu’en effet toute lumière, dans l’ordre de grâce et dans celui de nature, n’a pour but que d’amener à aimer. En toute chose se cache Dieu ; et toutes les sciences ont son Christ pour centre ; et le fruit de chacune est d’édifier la foi, d’honorer Dieu, de régler les mœurs, de conduire à l’union divine par la charité sans laquelle toute notion reste vaine. Car, disiez-vous, toutes ces sciences ont leurs règles certaines et infaillibles, qui descendent comme autant de rayons de la loi éternelle en notre âme ; et notre âme, entourée, pénétrée de tant de splendeurs, est par elle-même amenée, si elle n’est aveugle, à contempler cette lumière éternelle. Irradiation merveilleuse des montagnes de la patrie jusqu’aux plus lointaines vallées de l’exil ! Noblesse véritable du monde aux yeux de François votre séraphique père, et qui lui faisait appeler du nom de frères et de sœurs, comme vous le racontez, les moindres créatures ; dans toute beauté il découvrait la Beauté suprême, et aux traces laissées dans la création par son auteur il poursuivait partout le Bien-Aimé, se faisant de toute chose un échelon pour monter jusqu’à lui.

Ouvre donc toi aussi les yeux, ô mon âme ! Prête l’oreille, délie tes lèvres, dispose ton cœur, pour qu’en toute créature tu voies ton Dieu, tu l’entendes, tu le loues, tu l’aimes et l’honores, de peur que tout entier l’univers ne se lève contre toi pour ne t’être point réjouie dans les œuvres de ses mains. Du monde ensuite qui est au-dessous de toi, qui n’a de Dieu que des vestiges et sa présence en tant qu’il est partout, passe en toi-même, son image de nature, réformée dans le Christ-Époux ; puis de l’image monte à la vérité du premier principe dans l’unité de l’essence et la trinité des personnes, pour arriver au repos de la nuit sacrée où s’oublient, dans l’amour absorbant tout, le vestige et l’image. Mais tout d’abord sache bien que le miroir de ce monde extérieur te servira de peu, si le miroir intérieur de l’âme n’est purifié et brillant, si le désir ne s’aide en toi de la prière et de la contemplation pour aviver l’amour. Sache que ne suffisent point ici la lecture sans l’onction, la spéculation sans la dévotion, le travail sans la piété, la science sans la charité, l’intelligence sans l’humilité, l’étude sans la grâce ; et lorsqu’enfin t’élevant graduellement par l’oraison, la sainteté de la vie, les spectacles de la vérité, tu seras parvenue à la montagne où se révèle le Dieu des dieux : avertie par l’impuissance de ta vue d’ici-bas à porter des splendeurs dont la trop faible création n’a pu te révéler nulle trace, laisse assoupie ton intelligence aveuglée, passe par delà dans le Christ qui est la porte et la voie, interroge non plus le Maître mais l’Époux, non l’homme mais Dieu, non la lumière mais le feu totalement consumant. Passé de ce monde avec le Christ au Père qui te sera montré, dis alors comme Philippe : Il nous suffit.

Docteur séraphique, conduisez-nous par cette montée sublime dont chaque ligne de vos œuvres nous manifeste les secrets, les labeurs, les beautés, les périls. Dans la poursuite de cette divine Sagesse que, même en ses reflets les plus lointains, personne n’aperçoit sans extase, préservez-nous de la tromperie qui nous ferait prendre pour le but la satisfaction trouvée dans les rayons épars descendus vers nous pour nous ramener des confins du néant jusqu’à elle. Car ces rayons qui par eux-mêmes procèdent de l’éternelle beauté, séparés du foyer, détournés de leur fin, ne seraient plus qu’illusion, déception, occasion de vaine science ou de faux plaisirs. Plus élevée même est la science, plus elle se rapproche de Dieu en tant qu’objet de théorie spéculative, plus en un sens l’égarement reste à craindre ; si elle distrait l’homme dans ses ascensions vers la Sagesse possédée et goûtée pour elle seule, si elle l’arrête à ses propres charmes, vous ne craignez pas de la comparer à la vile séductrice qui supplanterait dans les affections d’un fils de roi la très noble fiancée qui l’attend. Et certes un tel affront, qu’il provienne de la servante ou de la dame d’honneur, en est-il moins sanglant pour une auguste souveraine ? C’est pourquoi vous déclarez que « dangereux est le passage de la science à la Sagesse, si l’on ne place au milieu la sainteté ». Aidez-nous à franchir le périlleux défilé ; faites que toute science ne soit jamais pour nous qu’un moyen de la sainteté pour parvenir à plus d’amour.

Telle est bien toujours votre pensée dans la lumière de Dieu, ô Bonaventure. S’il en était besoin, nous en aurions comme preuve vos séraphiques prédilections plus d’une fois manifestées dans nos temps pour les milieux où, en dépit de la fièvre qui précipite à l’action toutes les forces vives de ce siècle, la divine contemplation reste appréciée comme la meilleure part, comme le premier but et l’unique fin de toute connaissance. Daignez continuer à vos dévots et obligés clients une protection qu’ils estiment à son prix. Défendez comme autrefois, dans ses prérogatives et sa vie, tout l’Ordre religieux plus que jamais battu en brèche de nos jours. Que la famille franciscaine vous doive encore de croître en sainteté et en nombre ; bénissez les travaux entrepris dans son sein, aux applaudissements du monde, pour illustrer comme elles le méritent votre histoire et vos œuvres. Une troisième fois, et pour jamais s’il se peut enfin, ramenez l’Orient à l’unité et à la vie. Que toute l’Église s’échauffe à vos rayons ; que le feu divin si puissamment alimenté par vous embrase de nouveau la terre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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La vocation chrétienne de la France

13 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

La vocation chrétienne de la France
Cardinal Pacelli, futur Pie XII, sur la vocation chrétienne de la France.

Cette allocution est prononcée à Notre-Dame de Paris, il y a 78 ans, par le futur Pie XII, lors du voyage pour l'inauguration de la basilique de sainte Thérèse à Lisieux, où il représente le pape Pie XI. Ce discours est plus que jamais d'actualité ! En voici de larges extraits, tant il est difficile d'en retirer des phrases :

 « […] Mais voici que le parfum dont mon âme était tout embaumée me suivait, m'accompagnait au cours de mon voyage de retour à travers la luxuriante fécondité des plaines et des collines de France, de la douce terre de France, souriante dans la splendeur de sa parure d'été. Et ce parfum m'accompagne encore ; il m'accompagnera désormais partout. Mais, à me trouver aujourd'hui en cette capitale de la grande nation, au cœur même de cette patrie, toute chargée des fruits de la terre, toute émaillée des fleurs du ciel, du sein de laquelle a germé, sous le soleil divin, la fleur exquise du Carmel, si simple en son héroïque sainteté, si sainte en sa gracieuse simplicité ; à me trouver ici en présence de toute une élite des fils et des filles de France, devant deux cardinaux qui honorent l'Église et la patrie, l'un pasteur dont la sagesse et la bonté s'emploient à garder la France fidèle à sa vocation catholique, l'autre, docteur, dont la science illustra naguère ici même cette glorieuse vocation, mon émotion redouble encore et la première parole qui jaillit de mon cœur à mes lèvres est pour vous porter à vous et, en vous, à tous les autres fils et filles de France, le salut, le sourire de la grande « petite sainte », flos campi et lilium convallium (Ct. 2, 1), decor Carmeli (Is. 35, 2), messagère de la miséricorde et de la tendresse divines pour transmettre à la France, à l'Église, à tout le monde, à ce monde trop souvent vide d'amour, sensuel, pervers, inquiet, des effluves d'amour, de pureté, de candeur et de paix.

[…] Comment dire, mes frères, tout ce qu'évoque en mon esprit, en mon âme, comme dans l'âme et dans l'esprit de tout catholique, je dirais même dans toute âme droite et dans tout esprit cultivé, le seul nom de Notre-Dame de Paris ! Car ici c'est l'âme même de la France, l'âme de la fille aînée de l'Église, qui parle à mon âme.

Âme de la France d'aujourd'hui qui vient dire ses aspirations, ses angoisses et sa prière; âme de la France de jadis dont la voix, remontant des profondeurs d'un passé quatorze fois séculaire, évoquant les Gesta Dei per Francos, parmi les épreuves aussi bien que parmi les triomphes, sonne aux heures critiques comme un chant de noble fierté et d'imperturbable espérance. Voix de Clovis et de Clotilde, voix de Charlemagne, voix de saint Louis surtout, en cette île où il semble vivre encore et qu'il a parée, en la Sainte Chapelle, de la plus glorieuse et de la plus sainte des couronnes ; voix aussi des grands docteurs de l'Université de Paris, des maîtres dans la foi et dans la sainteté…

Leurs souvenirs, leurs noms inscrits sur vos rues, en même temps qu'ils proclament la vaillance et la vertu de vos aïeux, jalonnent comme une route triomphale l'histoire d'une France qui marche et qui avance en dépit de tout, d'une France qui ne meurt pas ! Oh ! Ces voix ! j'entends leur innombrable harmonie résonner dans cette cathédrale, chef-d'œuvre de votre génie et de votre amoureux labeur qui l'ont dressée comme le monument de cette prière, de cet amour, de cette vigilance, dont je trouve le symbole parlant en cet autel où Dieu descend sous les voiles eucharistiques, en cette voûte qui nous abrite tous ensemble sous le manteau maternel de Marie, en ces tours qui semblent sonder l'horizon serein ou menaçant en gardiennes vigilantes de cette capitale. Prêtons l'oreille à la voix de Notre-Dame de Paris.

Au milieu de la rumeur incessante de cette immense métropole, parmi l'agitation des affaires et des plaisirs, dans l'âpre tourbillon de la lutte pour la vie, témoin apitoyé des désespoirs stériles et des joies décevantes, Notre-Dame de Paris, toujours sereine en sa calme et pacifiante gravité, semble répéter sans relâche à tous ceux qui passent : Orate, fratres, Priez, mes frères ; elle semble, dirais-je volontiers, être elle-même un Orate fratres de pierre, une invitation perpétuelle à la prière.

Nous les connaissons les aspirations, les préoccupations de la France d'aujourd'hui ; la génération présente rêve d'être une génération de défricheurs, de pionniers, pour la restauration d'un monde chancelant et désaxé ; elle se sent au cœur l'entrain, l'esprit d'initiative, le besoin irrésistible d'action, un certain amour de la lutte et du risque, une certaine ambition de conquête et de prosélytisme au service de quelque idéal.

[…] Mais ces aspirations mêmes que, malgré la grande variété de leurs manifestations, nous retrouvons à chaque génération française depuis les origines, comment les expliquer ? Inutile d'invoquer je ne sais quel fatalisme ou quel déterminisme racial. À la France d'aujourd'hui, qui l'interroge, la France d'autrefois va répondre en donnant à cette hérédité son vrai nom : la vocation.

Car, mes frères, les peuples, comme les individus, ont aussi leur vocation providentielle ; comme les individus, ils sont prospères ou misérables, ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles, selon qu'ils sont dociles ou rebelles à leur vocation.

Fouillant de son regard d'aigle le mystère de l'histoire universelle et de ses déconcertantes vicissitudes, le grand évêque de Meaux écrivait : « Souvenez-vous que ce long enchaînement des causes particulières, qui font et qui défont les empires, dépend des ordres secrets de la Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes ; il a tous les cœurs en sa main ; tantôt il retient les passions ; tantôt il leur lâche la bride, et par là il remue tout le genre humain… C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune ; ou parlons-en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance » (Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, III, 8).

Le passage de la France dans le monde à travers les siècles est une vivante illustration de cette grande loi de l'histoire de la mystérieuse et pourtant évidente corrélation entre l'accomplissement du devoir naturel et celui de la mission surnaturelle d'un peuple.

Du jour même où le premier héraut de l'Évangile posa le pied sur cette terre des Gaules et où, sur les pas du Romain conquérant, il porta la doctrine de la Croix, de ce jour-là même, la foi au Christ, l'union avec Rome, divinement établie centre de l'Église, deviennent pour le peuple de France la loi même de sa vie. Et toutes les perturbations, toutes les révolutions, n'ont jamais fait que confirmer, d'une manière toujours plus éclatante, l'inéluctable force de cette loi.

L'énergie indomptable à poursuivre l'accomplissement de sa mission a enfanté pour votre patrie des époques mémorables de grandeur, de gloire, en même temps que de large influence sur la grande famille des peuples chrétiens. Et si votre histoire présente aussi ses pages tragiquement douloureuses, c'était aux heures où l'oubli des uns, la négation des autres, obscurcissaient, dans l'esprit de ce peuple, la conscience de sa vocation religieuse et la nécessité de mettre en harmonie la poursuite des fins temporelles et terrestres de la patrie avec les devoirs inhérents à une si noble vocation.

Et, néanmoins, une lumière resplendissante ne cesse de répandre sa clarté sur toute l'histoire de votre peuple ; cette lumière qui, même aux heures les plus obscures, n'a jamais connu de déclin, jamais subi d'éclipse, c'est toute la suite ininterrompue de saints et de héros qui, de la terre de France, sont montés vers le ciel. Par leurs exemples et par leur parole, ils brillent comme des étoiles au firmament, quasi stellae in perpetuas aeternitates (Dn. 12, 3) pour guider la marche de leur peuple, non seulement dans la voie du salut éternel, mais dans son ascension vers une civilisation toujours plus haute et plus délicate.

Saint Remi qui versa l'eau du baptême sur la tête de Clovis ; saint Martin, moine, évêque, apôtre de la Gaule ; saint Césaire d'Arles ; ceux-là et tant d'autres, se profilent avec un relief saisissant sur l'horizon de l'histoire, dans cette période initiale qui, pour troublée qu'elle fût, portait cependant en son sein tout l'avenir de la France. Et, sous leur action, l'Évangile du Christ commence et poursuit, à travers tout le territoire des Gaules, sa marche conquérante, au cours d'une longue et héroïque lutte contre l'esprit d'incrédulité et d'hérésie, contre les défiances et les tracasseries de puissances terrestres, cupides et jalouses. Mais, de ces siècles d'effort courageux et patient, devait sortir enfin la France catholique, cette Gallia sacra, qui va de Louis, le saint Roi, à Benoît-Joseph Labre, le saint mendiant ; de Bernard de Clairvaux, à François de Sales, à l'humble Curé d'Ars ; de Geneviève, la bergère de Nanterre, à Bernadette, l'angélique pastourelle de Lourdes ; de Jeanne d'Arc, la vierge guerrière, la sainte de la patrie, à Thérèse de l'Enfant-Jésus, la vierge du cloître, la sainte de la « petite voie ».

La vocation de la France, sa mission religieuse ! Mes frères, mais cette chaire même ne lui rend-elle pas témoignage ? Cette chaire qui évoque le souvenir des plus illustres maîtres, orateurs, théologiens, moralistes, apôtres, dont la parole, depuis des siècles, franchissant les limites de cette nef, prêche la lumineuse doctrine de vérité, la sainte morale de l'Évangile, l'amour de Dieu pour le monde, les repentirs et les résolutions nécessaires, les luttes à soutenir, les conquêtes à entreprendre, les grandes espérances de salut et de régénération.

À monter, même pour une seule fois et par circonstance, en cette chaire après de tels hommes, on se sent forcément, j'en fais en ce moment l'expérience, bien petit, bien pauvre ; à parler dans cette chaire, qui a retenti de ces grandes voix, je me sens étrangement confus d'entendre aujourd'hui résonner la mienne.

Et malgré cela, quand je pense au passé de la France, à sa mission, à ses devoirs présents, au rôle qu'elle peut, qu'elle doit jouer pour l'avenir, en un mot, à la vocation de la France, comme je voudrais avoir l'éloquence d'un Lacordaire, l'ascétique pureté d'un Ravignan, la profondeur et l'élévation théologique d'un Monsabré, la finesse psychologique d'un Mgr d'Hulst avec son intelligente compréhension de son temps ! Alors, avec toute l'audace d'un homme qui sent la gravité de la situation, avec l'amour sans lequel il n'y a pas de véritable apostolat, avec la claire connaissance des réalités présentes, condition indispensable de toute rénovation, comme je crierais d'ici à tous les fils et filles de France : « Soyez fidèles à votre traditionnelle vocation ! Jamais heure n'a été plus grave pour vous en imposer les devoirs, jamais heure plus belle pour y répondre. Ne laissez pas passer l'heure, ne laissez pas s'étioler des dons que Dieu a adaptés à la mission qu'il vous confie; ne les gaspillez pas, ne les profanez pas au service de quelque autre idéal trompeur, inconsistant ou moins noble et moins digne de vous ! »

Mais, pour cela, je vous le répète, écoutez la voix qui vous crie : « Priez, Orate, fratres ! » Sinon, vous ne feriez qu'œuvre humaine, et, à l'heure présente, en face des forces adverses, l'œuvre purement humaine est vouée à la stérilité, c'est-à-dire à la défaite ; ce serait la faillite de votre vocation.

Oui, c'est bien cela que j'entends dans le dialogue de la France du passé avec la France d'aujourd'hui. Et Notre-Dame de Paris, au temps où ses murs montaient de la terre, était vraiment l'expression joyeuse d'une communauté de foi et de sentiments qui, en dépit de tous les différends et de toutes les faiblesses, inséparables de l'humaine fragilité, unissait tous vos pères en un Orate, fratres dont la toute-puissante douceur dominait toutes les divergences accidentelles. À présent, cet Orate, fratres la voix de cette cathédrale ne cesse pas de le répéter ; mais combien de cœurs dans lesquels il ne trouve plus d'écho ! Combien de cœurs pour lesquels il ne semble plus être qu'une provocation à renouveler le geste de Lucifer dans l'orgueilleuse ostentation de leur incrédulité ! Cette voûte sous laquelle s'est manifestée en des élans magnifiques l'âme de la France d'autrefois et où, grâce à Dieu, se manifestent encore la foi et l'amour de la France d'aujourd'hui ; cette voûte qui, il y a sept siècles, joignait ses deux bras vers le ciel comme pour y porter les prières, les désirs, les aspirations d'éternité de vos aïeux et les vôtres, pour recevoir et vous transmettre en retour la grâce et les bénédictions de Dieu ; cette voûte sous laquelle en un temps de crise, l'incrédulité, dans son orgueil superbe, a célébré ses éphémères triomphes par la profanation de ce qu'il y a de plus saint devant le ciel ; cette voûte, mes frères, contemple aujourd'hui un monde qui a peut-être plus besoin de rédemption qu'en aucune autre époque de l'histoire et qui, en même temps, ne s'est jamais cru plus capable de s'en passer.

Aussi, tandis que je considère cet état de choses et la tâche gigantesque qui, de ce chef, incombe à la génération présente, je crois entendre ces pierres vénérables murmurer avec une pressante tendresse l'exhortation à l'amour ; et moi-même, avec le sentiment de la plus fraternelle affection, je vous la redis, à vous qui croyez à la vocation de la France : « Mes frères, aimez! Amate, fratres ! »

[…] Que d'hommes n'ont perdu la foi au Père qui est dans les cieux que parce qu'ils ont perdu d'abord la confiance dans l'amour de leurs frères qui sont sur la terre, même de ceux qui font profession de vie chrétienne ! Le réveil de ces sentiments fraternels et la claire vue de leurs relations avec la doctrine de l'Évangile reconduiront les fils égarés à la maison du Père.

Au malheureux gisant sur la route, le corps blessé, l'âme plus malade encore, on n'aura que de belles paroles à donner et rien qui fasse sentir l'amour fraternel, rien qui manifeste l'intérêt que l'on porte même à ses nécessités temporelles, et l'on s'étonnera de le voir demeurer sourd à toute cette rhétorique ! Qu'est-elle donc, cette foi qui n'éveille au cœur aucun sentiment qui se traduise par des œuvres ? Qu'en dit saint Jean, l'apôtre et l'évangéliste de l'amour ? « Celui qui jouit des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le besoin, ne lui ouvre pas tout grand son cœur, à qui fera-t-on croire qu'il porte en lui l'amour de Dieu ? » (1 Jn 3, 17.)

La France catholique qui a donné à l'Église, à l'humanité tout entière un saint Vincent de Paul et tant d'autres héros de la charité, ne peut pas ne pas entendre ce cri : Amate, fratres ! Et elle sait que les prochaines pages de son histoire, c'est sa réponse à l'appel de l'amour qui les écrira.

À sa fidélité envers sa vocation, en dépit de toutes les difficultés, de toutes les épreuves, de tous les sacrifices, est lié le sort de la France, sa grandeur temporelle aussi bien que son progrès religieux. Quand j'y songe, de quel cœur, mes frères, j'invoque la Providence divine, qui n'a jamais manqué, aux heures critiques, de donner à la France les grands cœurs dont elle avait besoin, avec quelle ardeur je lui demande de susciter aujourd'hui en elle les héros de l'amour, pour triompher des doctrines de haine, pour apaiser les luttes de classes, pour panser les plaies saignantes du monde, pour hâter le jour où Notre-Dame de Paris abritera de nouveau sous son ombre maternelle tout son peuple, pour lui faire oublier comme un songe éphémère les heures sombres où la discorde et les polémiques lui voilaient le soleil de l'amour, pour faire résonner doucement à son oreille, pour graver profondément dans son esprit la parole si paternelle du premier Vicaire de Jésus-Christ : « Aimez-vous les uns les autres d'une dilection toute fraternelle, dans la simplicité de vos cœurs » In fraternitatis amore, simplici ex corde invicem diligite ! (1 P.1, 22).

Ce que je connais, mes frères, de ce pays et de ce peuple français, des directions que lui donnent ses chefs religieux et de la docilité du grand nombre des fidèles ; ce que m'apprennent les écrits des maîtres catholiques de la pensée, les rapports des Congrès et Semaines où les problèmes de l'heure présente sont étudiés à la lumière de la foi divine ; ce que je constate aussi de l'idéalisme avec lequel la jeunesse croyante de la France s'intéresse à la question capitale du prolétariat et à sa solution juste et chrétienne, tout cela certes me remplit d'une ferme confiance que cette même jeunesse, grâce à la rectitude de sa bonne volonté, à son esprit de dévouement et de sacrifice, à sa charité fraternelle, si noble en ses intentions, si loyale en ses efforts, cheminera toujours par les voies droites et sûres. Aussi, loin de moi de douter jamais de si saintes dispositions ; mais, à la généreuse ardeur de la jeune France vers la restauration de l'ordre social chrétien, Notre-Dame de Paris, témoin au cours des siècles passés de tant d'expériences, de tant de désillusions, de tant de belles ardeurs tristement fourvoyées, vous adresse, après son exhortation à l'amour : - Amate, fratres ! – son exhortation à la vigilance, exhortation empreinte de bonté maternelle, mais aussi de gravité et de sollicitude : « Veillez, mes frères ! Vigilate, fratres ! »

Vigilate ! C'est qu'il ne s'agit plus aujourd'hui, comme en d'autres temps, de soutenir la lutte contre des formes déficientes ou altérées de la civilisation religieuse et la plupart gardant encore une âme de vérité et de justice héritée du christianisme ou inconsciemment puisée à son contact ; aujourd'hui, c'est la substance même du christianisme, la substance même de la religion qui est en jeu ; sa restauration ou sa ruine est l'enjeu des luttes implacables qui bouleversent et ébranlent sur ses bases notre confinent et avec lui le reste du monde.

Le temps n'est plus des indulgentes illusions, des jugements édulcorés qui ne voulaient voir dans les audaces de la pensée, dans les errements du sens moral qu'un inoffensif dilettantisme, occasion de joutes d'écoles, de vains amusements de dialecticiens. L'évolution de ces doctrines, de ces principes touche à son terme ; le courant, qui insensiblement a entraîné les générations d'hier, se précipite aujourd'hui et l'aboutissement de toutes ces déviations des esprits, des volontés, des activités humaines, c'est l'état actuel, le désarroi de l'humanité, dont nous sommes les témoins, non pas découragés, certes ! Mais épouvantés.

Une grande partie de l'humanité dans l'Europe actuelle est, dans l'ordre religieux, sans patrie, sans foyer. Pour elle, l'Église n'est plus le foyer familial ; Dieu n'est plus le Père ; Jésus-Christ n'est plus qu'un étranger. Tombé des hauteurs de la révélation chrétienne, d'où il pouvait d'un coup d'œil contempler le monde, l'homme ne peut plus voir l'ordre dans les contrastes de sa fin temporelle et éternelle ; il ne peut plus entendre et goûter l'harmonie en laquelle viennent se résoudre paisiblement les dissonances. Quel tragique travail de Sisyphe que celui qui consiste à poursuivre la restauration de l'ordre, de la justice, de la félicité terrestre, dans l'oubli ou la négation même des relations essentielles et fondamentales !

Quelle désillusion amère, quelle douloureuse ironie que la lecture des fastes de l'humanité dans laquelle les noms de ceux que, tour à tour, elle a salués comme des précurseurs, des sauveurs, les maîtres de la vie, les artisans du progrès – et qui parfois le furent à certains égards – apparaissent aujourd'hui comme les responsables, inconscients peut-être, des crises dont nous souffrons, les responsables d'un retour, après vingt siècles de christianisme, à un état de choses, à certains égards, plus obscur, plus inhumain que celui qui avait précédé !

Une organisation économique gigantesque a étonné le monde par le fantastique accroissement de la production, et des foules immenses meurent de misère en face de ces producteurs qui souffrent souvent d'une détresse non moins grande, faute de la possibilité d'écouler l'excès monstrueux de leur production. Une savante organisation technique a semblé rendre l'homme définitivement maître des forces de la nature et, dans l'orgueil de sa vie, devant les plus sacrées lois de la nature, l'homme meurt de la fatigue et de la peur de vivre et, lui qui donne à des machines presque l'apparence de la vie, il a peur de transmettre à d'autres sa propre vie, si bien que l'ampleur toujours croissante des cimetières menace d'envahir de tombes tout le sol laissé libre par l'absence des berceaux.

À tous les maux, à toutes les crises, peuvent s'opposer les projets de solution les plus divers, ils ne font que souligner l'impuissance, tout en suscitant de nouveaux antagonismes qui dispersent les efforts. Et ces efforts ont beau s'intensifier jusqu'au sacrifice total de soi-même, pour la réalisation d'un programme pour le salut de la communauté, la disproportion entre le vouloir et le pouvoir humains, entre les plans les plus magnifiques et leur réalisation, entre la fin que l'on poursuit et le succès que l'on obtient, va toujours s'accentuant. Et tant d'essais stériles et malheureux n'aboutissent en fin de compte qu'à exaspérer toujours davantage ceux qui sont las d'expériences vaines et qui réclament impérieusement, farouchement parfois et avec menaces, de vivre et d'être heureux.

Vigilate ! Eh ! oui, il en est tant qui, pareils aux apôtres à Gethsémani, à l'heure même où leur Maître allait être livré, semblent s'endormir dans leur insouciance aveugle, dans la conviction que la menace qui pèse sur le monde ne les regarde pas, qu'ils n'ont aucune part de responsabilité, qu'ils ne courent aucun risque dans la crise où l'univers se débat avec angoisse. Quelle illusion ! Ainsi jadis, sur le mur du palais où Balthasar festoyait, la main mystérieuse écrivait le Mane, Thécel, Pharès. Encore Balthasar eut-il la prudence et la curiosité d'interroger Daniel, le prophète de Dieu ! Combien aujourd'hui n'ont même pas cette prudente curiosité ! Combien restent sourds et inertes à l'avertissement du Christ à ses apôtres : Vigilate et orate ut non intretis in tentationem ).

Vigilate ! Et pourtant l'Église, répétant la parole même du Christ, les avertit. Depuis les derniers règnes surtout, les avertissements se sont faits plus précis ; les encycliques se succèdent ; mais à quoi bon les avertissements, les cris d'alarme, la dénonciation documentée des périls menaçants, si ceux-là mêmes qui, régulièrement et correctement assis au pied de la chaire, en entendent passivement la lecture, s'en retournent chez eux continuer tranquillement leur habituel train de vie sans avoir rien compris ni du danger commun ni de leur devoir en face du danger !

Vigilate ! Ce n'est pas aux seuls insouciants que ce cri s'adresse. Il s'adresse aussi à ces esprits ardents, à ces cœurs généreux et sincères, mais dont le zèle ne s'éclaire pas aux lumières de la prudence et de la sagesse chrétienne. Dans l'impétueuse fougue de leurs préoccupations sociales, ils risquent de méconnaître les frontières au-delà desquelles la vérité cède à l'erreur, le zèle devient fanatisme et la réforme opportune passe à la révolution. Et quand, pour mettre l'ordre et la lumière dans cette confusion, le Vicaire de Jésus-Christ, quand l'Église, en vertu de sa mission divine, élève la voix sur les grandes questions du jour, sur les problèmes sociaux, faisant la part du vrai et du faux, du licite et de l'illicite, elle n'entend favoriser ni combattre aucun camp ou parti politique, elle n'a rien d'autre en vue que la liberté et la dignité des enfants de Dieu ; de quelque côté qu'elle rencontre l'injustice, elle la dénonce et la condamne ; de quelque côté qu'elle découvre le bien elle le reconnaît et le signale avec joie. Mais il est une chose qu'elle exige de tous ses enfants, c'est que la pureté de leur zèle ne soit pas viciée par des erreurs, admises sans doute de bonne foi et dans la meilleure intention du monde, mais qui n'en sont pas moins dangereuses en fait et qui, en fin de compte, viennent tôt ou tard à être attribuées non seulement à ceux qui les tiennent, mais à l'Église elle-même. Malheur à qui prétendrait faire pactiser la justice avec l'iniquité, concilier les ténèbres avec la lumière ! Quae enim participatio justitiae cum iniquitate ? Aut quae societas luci ad tenebras ? (2 Cor. 6,14.)

C'est aux heures de crises, mes frères, que l'on peut juger le cœur et le caractère des hommes, des vaillants et des pusillanimes. C'est à ces heures qu'ils donnent leur mesure et qu'ils font voir s'ils sont à la hauteur de leur vocation, de leur mission.

Nous sommes à une heure de crise. À la vue d'un monde qui tourne le dos à la croix, à la vraie croix du Dieu crucifié et rédempteur, d'un monde qui délaisse les sources d'eau vive pour la fange des citernes contaminées ; à la vue d'adversaires, dont la force et l'orgueilleux défi ne le cèdent en rien au Goliath de la Bible, les pusillanimes peuvent gémir d'avance sur leur inévitable défaite ; mais les vaillants, eux, saluent dans la lutte l'aurore de la victoire ; ils savent très bien leur faiblesse, mais ils savent aussi que le Dieu fort et puissant, Dominus fortis et potens, Dominus potens in praelio (Ps 23, 8 ) se fait un jeu de choisir précisément la faiblesse pour confondre la force de ses ennemis. Et le bras de Dieu n'est pas raccourci ! Ecce non est abbreviata manus Domini ut salvare nequeat (Is. 59, 1.

Dans un instant, quand, debout à l'autel, j'élèverai vers Dieu la patène avec l'hostie sainte et immaculée pour l'offrir au Père éternel, je lui présenterai en même temps la France catholique avec l'ardente prière que, consciente de sa noble mission et fidèle à sa vocation, unie au Christ dans le sacrifice, elle lui soit unie encore dans son œuvre d'universelle rédemption.

Et puis, de retour auprès du trône du Père commun pour lui faire part de tout ce que j'aurai vu et éprouvé sur cette terre de France, oh ! comme je voudrais pouvoir faire passer dans son cœur si aimant, pour le faire déborder de joie et de consolation, mon inébranlable espérance que les catholiques de ce pays, de toutes classes et de toutes tendances, ont compris la tâche apostolique que la Providence divine leur confie, qu'ils ont entendu la voix de Notre-Dame de Paris qui leur chante l'Orate, l'Amate, le Vigilate, non comme l'écho d'un « hier » évanoui, mais comme l'expression d'un « aujourd'hui » croyant, aimant et vigilant, comme le prélude d'un « demain » pacifié et béni.

Ô Mère céleste, Notre Dame, vous qui avez donné à cette nation tant de gages insignes, de votre prédilection, implorez pour elle votre divin Fils ; ramenez-la au berceau spirituel de son antique grandeur, aidez-la à recouvrer, sous la lumineuse et douce étoile de la foi et de la vie chrétienne, sa félicité passée, à s'abreuver aux sources où elle puisait jadis cette vigueur surnaturelle, faute de laquelle les plus généreux efforts demeurent fatalement stériles, ou tout au moins bien peu féconds ; aidez-la aussi, unie à tous les gens de bien des autres peuples, à s'établir ici-bas dans la justice et dans la paix, en sorte que, de l'harmonie entre la patrie de la terre et la patrie du ciel, naisse la véritable prospérité des individus et de la société tout entière.

« Mère du bon conseil », venez au secours des esprits en désarroi devant la gravité des problèmes qui se posent, des volontés déconcertées dans leur impuissance devant la grandeur des périls qui menacent ! « Miroir de justice », regardez le monde où des frères, trop souvent oublieux des grands principes et des grands intérêts communs qui les devraient unir, s'attachent jusqu'à l'intransigeance aux opinions secondaires qui les divisent ; regardez les pauvres déshérités de la vie, dont les légitimes désirs s'exaspèrent au feu de l'envie et qui parfois poursuivent des revendications justes, mais par des voies que la justice réprouve ; ramenez-les dans l'ordre et le calme, dans cette tranquillitas ordinis qui seule est la vraie paix !

Regina pacis ! Oh ! Oui ! En ces jours où l'horizon est tout chargé de nuages qui assombrissent les cœurs les plus trempés et les plus confiants, soyez vraiment au milieu de ce peuple qui est vôtre la « Reine de la Paix » ; écrasez de votre pied virginal le démon de la haine et de la discorde ; faites comprendre au monde, où tant d'âmes droites s'évertuent à édifier le temple de la paix, le secret qui seul assurera le succès de leurs efforts : établir au centre de ce temple le trône royal de votre divin Fils et rendre hommage à sa loi sainte, en laquelle la justice et l'amour s'unissent en un chaste baiser, justitia et pax osculatae sunt (Ps 74, 11).

Et que par vous la France, fidèle à sa vocation, soutenue dans son action par la puissance de la prière, par la concorde dans la charité, par une ferme et indéfectible vigilance, exalte dans le monde le triomphe et le règne du Christ Prince de la paix, Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Amen ! »

 

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Septième Dimanche après la Pentecôte

12 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Septième Dimanche après la Pentecôte

Collecte

Dieu, votre providence ne se trompe jamais dans ce qu’elle dispose : nous vous prions en suppliant ; détournez de nous tout ce qui nous serait nuisible, et accordez-nous tout ce qui doit nous être avantageux.

Epître

Mes frères : Je parle à la manière des hommes, à cause de la faiblesse de votre chair. Car de même que vous avez livré vos membres comme esclaves à l’impureté et à l’injustice, pour arriver à l’injustice, de même livrez maintenant vos membres comme esclaves à la justice, pour arriver à la sainteté. Car, lorsque vous étiez les esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice. Quel fruit aviez-vous alors des choses dont vous rougissez aujourd’hui ? Car la fin de ces choses, c’est la mort. Mais maintenant, affranchis du péché et devenus les esclaves de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté, et pour fin la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de Dieu c’est la vie éternelle en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Evangile

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, mais au dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez : cueille-t-on du raisin sur les épines, ou des figues sur les ronces ? Ainsi tout arbre bon porte de bons fruits, et tout arbre mauvais porte de mauvais fruits. Un arbre bon ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits, on le coupe et on le jette au feu. Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Ce n’est pas celui qui m’aura dit : « Seigneur, Seigneur ! » qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Bréviaire Saint Hilaire

Le Seigneur nous recommande d’évaluer aux fruits des œuvres les paroles de flatterie et les apparences de douceur et de n’apprécier personne tel qu’il se dépeint en paroles, mais bien tel qu’il se présente par ses actes ; car la rage du loup se couvre chez plus d’un de la peau du mouton. Les épines ne produisent, pas de raisins, ni les chardons des figues, et les arbres mauvais ne donnent pas de bons fruits : le Seigneur nous enseigne par là que la réalité des bonnes œuvres ne consiste pas en de telles apparences, et qu’il faut donc reconnaître chacun à ses fruits. Car ce n’est pas uniquement le zèle en paroles qui obtiendra le Royaume des Cieux et ce n’est pas celui qui dit : « Seigneur, Seigneur » qui en recueillera l’héritage.

Quel mérite y a-t-il en effet à dire « Seigneur, Seigneur » au Seigneur ? Ne serait-il pas Seigneur si nous ne l’appelions ainsi ? Et quelle marque de sainteté y a-t-il à lui donner ce nom ? C’est en obéissant à la volonté de Dieu bien plus qu’en lui décernant un titre qu’on trouvera l’accès au Royaume des Cieux. « Beaucoup me diront en ce jour-là : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ?”« Ici encore, c’est la fourberie des faux prophètes que le Seigneur condamne ainsi que les artifices des hypocrites qui tirent présomptueusement gloire de la vertu de leurs paroles, de la prédication de la doctrine, de la mise en fuite des démons et d’autres prodiges semblables.

Et ils se promettent ainsi le Royaume des Cieux, comme s’ils tenaient d’eux-mêmes ce qu’ils disent et réalisent, et comme si tout bien ne procédait pas de la puissance de Dieu qu’ils ont invoquée : car la science de la doctrine se tire de la lecture et le nom du Christ met en fuite les démons. L’éternité bienheureuse requiert donc notre effort, il nous faut nous dépenser un peu nous-mêmes : nous attacher au bien, éviter tout mal, obéir de tout cœur aux préceptes divins, et en accomplissant semblables devoirs, nous serons connus de Dieu. Faisons ce qu’il veut au lieu de tirer gloire de ce qu’il peut, lui qui rejette et repousse ceux dont les œuvres sont impies : il ne les connaît pas.

ÉVANGILE.

Le peuple juif, en repoussant l’Évangile, a rejeté la lumière. Pendant que le Soleil de justice, salué par les nations, illumine de ses feux toujours croissants l’ancienne région des ombres de la mort la nuit s’étend sur la terre autrefois bénie des patriarches, et les ténèbres s’épaississent à toute heure en Jérusalem. Dans l’aveuglement qui la pousse à sa perte, la synagogue justifie pleinement la parole du Sauveur : Celui gui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Elle précipite par ses démarches insensées la catastrophe qui doit l’engloutir.

Les faux prophètes et les faux christs abondent en Israël, depuis que le vrai Messie qu’annonçaient les Prophètes, s’est vu méconnu et traité par les siens, comme les Prophètes eux-mêmes. Ses témoins, les Apôtres, ont tenté en vain d’obtenir de Juda la rétractation du fatal reniement du prétoire. Juda cependant sait mieux que personne que les temps sont accomplis, depuis que le sceptre est tombé de ses mains ; et Juda, qui repousse dédaigneusement la royauté spirituelle du Sauveur des hommes, n’en continue pas moins d’attendre sans cesse et de chercher partout le christ qu’il a rêvé, le messie qui lui rendra sa puissance. Les docteurs juifs n’ont point encore, pour écarter l’autorité écrasante d’oracles qui les confondent, inventé la sentence de leur Talmud : « Maudit soit celui qui suppute les temps de la venue du Messie ! » Quels sentiments ne doivent donc pas s’agiter dans l’âme d’un peuple qui, tant de siècles durant, vécut de l’attente d’une heure solennelle entre toutes : lorsqu’enfin il se rend compte que la dernière limite des temps annoncés lui échappe et va le contraindre à renier son passé, ou le forcer d’avouer, au pied de la croix qu’il a dressée, son erreur lamentable !

Une étrange anxiété s’empare alors de la nation déicide. L’esprit de vertige préside à ses conseils. Dans l’effarement de la fébrile démence qui remplace en son cœur l’attente sereine et soumise des patriarches, elle voit le Christ en tous les révoltés ; elle qui n’a point voulu du fils de David se livre à des hommes sans nom, et s’abandonne à tous les aventuriers qui se la disputent au nom de l’insurrection contre Rome et de l’indépendance chimérique de la patrie terrestre. Bientôt l’anarchie et la confusion sont au comble dans la Judée ; les partis hostiles portent leurs querelles sanglantes jusqu’au fond du sanctuaire. La fille de Sion suit ses faux christs au désert, et s’y dresse à l’émeute ; elle en revient, pour remplir la ville sainte des voleurs de grand chemin et de tous les sicaires errants dans les solitudes. Longtemps à l’avance, Ezéchiel avait dit : « Tes prophètes, Israël, sont devenus pareils aux renards du désert ; malheur aux prophètes insensés qui ne débitent que des visions menteuses ! » Et Isaïe s’écriait : « A cause de cela, le Seigneur frappera ce peuple ; il n’aura pitié ni des jeunes gens, ni des enfants, ni des veuves, parce qu’ils sont tous hypocrites et criminels, et que leur bouche ne profère que folies » Le temps est proche ; l’heure vient, pour ceux qui sont dans la Judée, de fuir aux montagnes

C’était la recommandation du Seigneur ; et, en effet, l’histoire nous montrera bientôt les chrétiens de Jérusalem quittant la ville réprouvée, sous la conduite de Siméon leur évêque. Avec eux s’enfuit la dernière espérance de Sion ; Dieu va venger son Christ. Déjà le signal de ruine, le coup de sifflet divin qu’entendait le prophète, a retenti au delà des mers ; et ils accourent, ils viennent d’Italie sur les navires qu’avait vus Balaam ceux qui doivent dévaster les Hébreux. Le chef annoncé par Daniel aborde enfin l’ancienne terre des promesses ; la désolation et la ruine qui l’accompagnent resteront après lui. Laissons les Juifs hâter leur perte et revenons à l’Église qui s’élève, au même temps, si grande et si belle sur la pierre d’angle rejetée de la synagogue. A cause de l’absence de cette pierre, où les ouvriers de Sion n’ont point su reconnaître la base nécessaire qui portait leur ville, Jérusalem tombe en Judée ; mais elle reparaît plus brillante sur les collines où Céphas, prince des Apôtres, a transplanté son fondement éternel. Affermie sur le roc divin, elle ne craindra plus la violence des flots ni les vents déchaînés contre ses murailles. Les faux prophètes et tous ces ouvriers de mensonge, qui sapèrent si fatalement les murs de l’ancienne, ne manqueront point cependant à la nouvelle Jérusalem. « Car il est nécessaire que le scandale arrive », disait le Seigneur ; et l’Apôtre, parlant de l’hérésie, le plus grand des scandales : « Il faut, dit-il de même, qu’il y ait des hérésies,pour que la vertu des bons soit manifestée dans l’épreuve de leur foi. »

Pour chaque chrétien, en effet, comme pour l’Église entière, la garantie de l’édifice de la sainteté repose sur la fermeté de la foi qui en est le fondement. L’Esprit-Saint se refuse à bâtir sur un fondement ruineux ou mal assuré. Quand surtout il doit conduire une âme jusqu’aux régions supérieures de l’union divine, il exige d’elle tout d’abord une foi non moins supérieure, dont l’héroïsme puisse affronter victorieusement les luttes purificatrices au prix desquelles se conquièrent la lumière et l’amour. A tous les degrés de la vie chrétienne d’ailleurs, c’est la foi qui fournit à l’amour son aliment et sa substance, comme c’est elle aussi qui donne aux vertus leurs motifs surnaturels et les rend dignes de former le cortège royal de la sainte charité. Le développement d’une âme ne saurait donc point dépasser la mesure de sa foi. L’ampleur de celle-ci, sa plénitude croissante, sa rectitude en tout, assurent les progrès que le juste doit accomplir ; tandis que la sainteté qui prétend marcher de concert avec une croyance amoindrie, n’est elle-même qu’une sainteté bien équivoque et sujette aux plus redoutables illusions. Il était donc véritablement bon et salutaire que la foi fût tentée, parce qu’elle rayonne davantage et s’affermit dans l’épreuve. Saint Paul a célébré magnifiquement, dans l’Épître aux Hébreux, les triomphes de la foi des anciens. L’alliance nouvelle pouvait-elle se trouver dépourvue des luttes glorieuses qui furent le mérite de nos pères au temps des figures ?

C’est par leur foi victorieuse dans la parole de la promesse, que tous ces dignes ancêtres du peuple chrétien ont mérité que Dieu même leur rendît témoignage, Pour nous qui possédons dans la joie l’objet de leurs héroïques espérances, l’épreuve sans doute n’est plus comme pour eux dans l’attente. Mais l’hérésie, née de l’orgueil de l’homme et de la malice de l’enfer, l’hérésie et ses annexes variées, qui sont les multiples diminutions de la vérité dans le monde, sauront nous faire un mérite de la bienheureuse possession des réalités qu’ils saluaient de loin dans leurs larmes. L’homme voudra, malgré l’Église, mêler à la révélation d’en haut ses vaines pensées ; et le prince du monde appuiera ces tentatives audacieuses d’altération du Verbe. Mais la Sagesse, jamais vaincue, y trouvera pour les siens l’occasion des plus belles victoires ; de là cette permission si large laissée par Dieu aux sectes ennemies, dès les premiers jours du christianisme et dans tous les temps, de se produire au grand jour. C’est dans le champ des combats contre l’erreur que l’Église, produisant au soleil sa divine armure, apparaît toute resplendissante de cette vérité absolue qui est la splendeur du Verbe son Époux ; c’est par le triomphe personnel sur l’esprit de mensonge et l’adhésion spontanée aux enseignements du Christ et de son Église, que le chrétien se manifeste en toute vérité fils de la lumière, et devient lui-même la lumière du monde.

Le combat n’est point sans périls pour le chrétien qui veut garder dans son intégrité la foi de sa mère l’Église. Les ruses de l’ennemi, son hypocrisie calculée et patiente, l’adresse perfide avec laquelle il sait mouvoir dans l’âme, presque à l’insu de l’âme même, mille ressorts secrets qui l’inclinent à l’erreur, finissent souvent par prévaloir contre la lumière en diminuant ses rayons, s’ils ne l’éteignent entièrement. La victoire néanmoins reste assurée à ceux qui s’inspirent des enseignements de notre Évangile. Méditons-les dans la reconnaissance et l’amour ; car c’est par eux que l’éternelle Sagesse exauce la prière que nous lui adressions au temps de l’Avent, la suppliant de venir nous enseigner le chemin de la prudence. La prudence, amie du sage, gardienne de ses trésors et sa très sûre défense, n’a point en effet de danger plus grand à écarter de celui qui la prend pour compagne, que le danger du naufrage de la foi, dont la perte entraîne tout le reste dans l’abîme. Acquérons à tout prix cette prudence du serpent qui s’allie si bien, dans les disciples de Jésus-Christ, avec la simplicité de la colombe. Quand nous l’aurons, la distinction se fera pour nous d’elle-même entre les docteurs que nous devons fuir et ceux qu’il convient d’écouter, entre les faussaires du Verbe et ses interprètes fidèles.

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », dit l’Évangile ; et l’histoire justifie la parole du Sauveur. Sous la peau de brebis dans laquelle ils veulent tromper les simples, les apôtres du mensonge exhalent toujours une odeur de mort. Leurs habiletés de paroles et leurs flatteries intéressées ne dissimulent point le vide de leurs œuvres. N’ayez donc rien de commun avec eux. Les fruits inutiles ou impurs des ténèbres, les arbres d’automne et deux fois morts qui les portent sur leurs branches desséchées, auront le feu pour partage. Si vous avez été vous-mêmes ténèbres autrefois, maintenant que vous êtes devenus lumière dans le Seigneur par le baptême ou le retour d’une conversion sincère, montrez-vous tels : produisez les fruits de la lumière en toute bonté, justice et vérité. A cette condition seulement vous pourrez espérer le royaume des cieux, et vous dire dès ce monde les disciples de cette Sagesse du Père qui réclame pour elle aujourd’hui notre amour.

En effet, dit l’Apôtre saint Jacques, semblant commenter l’Évangile de ce jour, « est-ce que le figuier peut porter des raisins, ou la vigne produire des figues ? Est-ce que la fontaine peut donner de l’eau amère et de l’eau douce à la fois ? Et maintenant qui d’entre vous prétend passer pour sage ? Qu’il le prouve en montrant dans ses œuvres et toute sa vie la douceur de la Sagesse. Car il y a une sagesse amère et trompeuse qui n’est point d’en haut, mais de la terre et de l’enfer. La Sagesse qui est d’en haut est d’abord toute chaste et pure, ensuite amie de la paix, modeste, sans attache à son sens, toujours d’accord avec les bons, pleine de miséricorde et de fruits de bonnes œuvres, ne jugeant point les autres et sans arrière-pensée. Les fruits de justice qu’elle produit se sèment dans la paix au sein des pacifiques. »

 

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Arrachons le masque

11 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Arrachons le masque

Sans être philomarxiste, teilhardien, héritique, en pensant nous assimiler au « Nous » divin…, comme François on peut comme catholiques dénoncer les puissances occultes qui nous asservissent et nous gouvernent dans la coulisse au moyen du monopole sur les devises et sur l’usure.

 

LA BRI (BÂLE) – LA BANQUE CENTRALE DES BANQUES CENTRALES. COMMENT LES ROTHSCHILDS CONTRÔLENT SECRÈTEMENT LE MONDE !

Oligarchie financière : La « Banque des Règlements Internationaux » ossature du Nouvel Ordre Mondial

La banque centrale des banques centrales.

Comment les Rothschilds contrôlent secrètement le monde !

Une organisation internationale immensément puissante dont la plupart des gens n’a jamais entendu parler contrôle secrètement toute la source monétaire mondiale. Elle est appelée la Banque des Règlements Internationaux (ou BRI, BIS en anglais pour Bank for International Settlements) et elle est la banque centrale des banques centrales. Elle est localisée à Bâle en Suisse et possède des succursales à Hong Kong et à Mexico City. Elle est essentiellement une banque centrale du monde dont les membres ne sont pas élus et ne sont responsables devant personne ; elle possède une immunité totale contre toute imposition que ce soit ainsi que contre les lois nationales. La BRI fut utilisée pour blanchir l’argent des nazis durant la seconde guerre mondiale, mais de nos jours, le but de la BRI est de guider et de diriger le système financier global et sa planification centralisée.

Aujourd’hui, la BRI se compose de 58 banques centrales et elle a bien plus de pouvoir sur la performance de l’économie américaine (et au delà de toute autre économie) dans l’année à venir que n’importe quel politicien. Tous les deux mois, les banquiers centraux du monde se réunissent à Bâle pour une nouvelle “réunion sur l’économie mondiale”. Durant ces réunions, des décisions sont prises qui affecteront la vie de chaque personne sur la planète et pourtant personne d’entre nous n’a quoi que ce soit à dire ou y redire. La Banque des Règlements Internationaux est une banque qui fut créée par l’élite mondialiste et elle opère pour son bénéfice; elle est supposée être une des pierres angulaires du système économique unique mondial émergeant. Il est primordial que nous éduquions les gens sur cette organisation, sur ce qu’elle est, ses plans de domination de l’économie mondiale.

Malheureusement, seulement un tout petit nombre de personnes est au courant de ce que la BRI est en realité et encore moins de gens sont au courant des réunions sur l’économie mondiale qui se tiennent à Bâle tous les deux mois.

Ces réunions firent l’objet d’un article récent du Wall Street Journal (in the Wall Street Journal…)

Chaque deux mois, plus d’une douzaine de banquiers se rencontrent ici un dimanche soir pour discuter et dîner ensemble au 18ème étage de ce bâtiment cylindrique contemplant le Rhin.

Les discussions qui s’y tiennent sur l’argent et l’économie sont plus qu’académiques. A la table se tiennent les patrons des plus grosses banques centrales mondiales, représentant des pays qui produisent annuellement plus de 51 000 milliards de dollars en PIB, les trois-quarts de l’économie mondiale.

L’article poursuit sur le descriptif de la pièce où se tiennent ces réunions sur l’économie mondiale. Cela semble sorti tout droit d’un roman…

Le patron de la Banque d’Angleterre Mr King mène les discussions du dîner dans une pièce décorée par la firme aerchitecturale suisse Herzog & de Meuron, la même entreprise qui a créée le “nid d’oiseau”, stade olympique des JO de Pékin. (NdT: Nous avons dit à maintes reprises ici même que la City de Londres, où siège la Banque d’Angleterre, est le véritable centre de l’économie mondiale et que Wall Street n’existerait pas sans la City, cette disposition des réunions et sa hiérarchie ne fait que confirmer cet état de fait..). Les hommes ont des places désignées autour d’une table ronde qui trône au milieu d’une pièce parfumée d’orchidées blanches, encadrée de murs blancs, d’un plafond noir et de vues panoramiques.

Les banquiers centraux qui se rassemblent lors de ces réunions ne sont pas là seulement pour socialiser. Aucun membre du personnel des banques n’est admis à ces réunions et celles-ci s’effectuent dans une atmosphère de secret absolu…

Les affaires sérieuses suivent les entrées, le vin et les petites discussions, d’après des personnes familières avec ces dîners. Mr King traditionnellement demande à ses collègues de parler des conditions économiques de leur pays respectif. D’autres posent des questions. Les réunions n’ont aucun transcrit, compte-rendus officiels ou officieux, aucun personnel des banques n’y est admis. Ainsi donc, la destinée de l’économie mondiale est-elle exclusivement déterminée par un groupe de banquiers centraux, personnes non élues, non-représentatives, au cours de réunions secrètes dont personne n’entend jamais parler ?

Cela ne semble pas très “démocratique”.

Néanmoins, ceci est la direction vers laquelle la “gouvernance mondiale” nous emmène. L’élite (NdT: auto-proclamée il va sans dire…) croit que les “grandes décisions” sont bien trop importantes pour être laissée “aux gens” et donc la vaste majorité des “institutions internationales” qui ont été établies par cette “élite”, opèrent de manière totalement indépendante du processus démocratique.

Il est bien triste de constater que tout ceci a été planifié de la sorte depuis bien longtemps.

Dans un récent article intitulé: “Who Runs The World? Solid Proof That A Core Group Of Wealthy Elitists Is Pulling The Strings“, j’ai inclus une citation du professeur d’histoire de l’université de Georgie, Carroll Quigley, citation d’un livre qu’il écrivit en 1966 et dans lequel il parlait des grands plans que l’”élite” avait pour la Banque des Règlements Internationaux:

“Les puissances du capitalisme financier avaient un but plus ambitieux, rien de moins que de créer un système de contrôle financier mondial, qui serait mis dans des mains privées et qui serait capable de dominer le sytème politique de chaque nation ainsi que l’économie mondiale dans son entièreté. Ce système devait être contrôlé de manière féodale par les banques centrales mondiales agissant de concert par le biais de réunions secrètes fréquentes au cours lesquelles des accords seraient établis pour y parvenir. Le summum de ce système serait la Banque des Règlements Internationaux (BRI) de Bâle en Suisse, une banque privée possédée et contrôlée par les banques centrales mondiales, étant elles-mêmes des entreprises privées.”

A cette époque, la BRI commençait seulement son rôle majeur dans les affaires internationales. Mais au fil des ans, la BRI devint de plus en plus importante. Ce qui suit est un extrait d’un article de Ellen Brown :

“Pendant des années la BRI tint profil bas, opérant de derrière le rideau depuis un hôtel abandonné. Ce fut là que des décisions importantes telles que dévaluer ou réévaluer des monnaies furent prises, ou fixer le prix de l’or, réguler les paradis fiscaux, augmenter ou baisser les taux directeurs. En 1977, la BRI abandonna son anonymité en échange d’un QG plus efficace. Le nouveau bâtiment fut décrit comme “une tour circulaire de 18 étages s’élevant au dessus de la cité médiévale comme un réacteur nucléaire complètement déplacé.” Le bâtiment fut vite reconnu comme “La tour de Bâle”. Aujourd’hui la BRI a une immunité gouvernementale, ne paie aucun impôt et possède sa propre force de police privée. Elle est, comme l’avait envisionné Mayer Rothschild, au dessus des lois.

Oui, ceci ressemble beaucoup à la Tour de Babel comme vous pouvez le constater sur la photo de cette article ( in this article). Une fois de plus, l’”élite”mondialiste essaie d’unifier l’humanité sous un système unique et ceci n’est certainement pas une bonne chose.

Beaucoup de ces élitistes sont totalement convaincus que la “gouvernance mondiale” correspond à ce dont l’humanité a désespérément besoin. Ils nous disent même publiquement ce qu’ils comptent faire, mais les gens n’écoutent pas.

Ceci par exemple, est un extrait du discours que l’ancien président de la Banque Centrale Européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, fît au Council on Foreign Relations (CFR) à New York…

“Dans le domaine de la coopération de la banque centrale, la réunion sur l’économie mondiale constitue le forum principal, qui se réunit au QG de la BRI à Bâle. Ces dernières années, ce forum a réuni 31 gouverneurs de banques centrales comme membres permanents plus un certain nombre de gouverneurs se rendant aux réunions sur une base de rotation. La réunion sur l’économie mondiale, à laquelle tous les gouverneurs de Banque Centrale des économies systémiques émergentes participent, est devenue le groupe principal de gouvernance mondiale parmi les banques centrales.”

Le discours s’appelait “La gouvernance mondiale aujourd’hui”, et vous pouvez trouver le transcript complet ici. La plupart des gens n’ont jamais entendu parler d’une chose telle qu’ “une réunion sur l’économie mondiale” pour la simple et bonne raison que les médias n’en parlent que très, très rarement. Ils sont trop occupés à mettre sous les feux de la rampe les derniers scandales des célébrités ou les dernières escarmouches entre les démocrates et les républicains.

Si vous allez sur le site internet de la BRI, vous y verrez que les objectifs de l’organisation paraissent pour le moins innocents et même un peu ennuyeux…

La mission de la Banque pour les Règlements Internationaux (BRI) est de servir les banques centrales dans leur recherche de stabilité monétaire et financière, de développer la coopération internationale dans ces domaines et d’agir comme une banque pour les banques centrales

De manière générale, la BRI remplit sa mission en:

Promouvant la discussion et en facilitant la collaboration entre les banques centrales Soutenant le dialogue avec les autres autorités qui sont responsables de la stabilité financière.

Conduisant des recherches sur les problèmes politiques confrontant les banques centrales et les autorité de supervison financières.
Agissant comme contre-partie principale pour les banques centrales dans leurs transactions financiéres et
Servant d’agent ou de trustee en connexion avec les opérations financières internationales.

Le bureau principal est à Bâle en Suisse et il existe deux bureaux de représentation internationale: un dans la région administrative spéciale de Hong Kong pour la République Populaire de Chine et un autre à Mexico City.

Mais quand vous commencez à regarder aux détails de l’opération, les choses deviennent bien plus intéressantes.

Comment donc la BRI parvient-elle à réaliser la “stabilité monétaire et financière” ? Un article publié sur Invertor Insight ( on investorsinsight.com) décrit comment cela est accompli…

C’est fait par le contrôle des devises. Elle détient actuellement 7% de toutes les devises du monde, dont l’unité de mesure a été changée en Mars 2003 du Franc suisse or aux Special Drawing Rights (SDR), une monnaie artificielle dont la velur est basée sur un panier de monnaies (44% de US$, 34% d’Euros, 11% de Yen japonais et 11% de Livres britanniques)

La banque contrôle également une énorme quantité d’or, qu’elle à la fois stocke et prête, lui donnant un très bon levier sur le prix des métaux et la puissance que cela apporte sur le marché, car l’or demeure toujours la seule monnaie universelle. Les réserves d’or de la BRI ont été listées dans le dernier rapport en date (2005) à 712 tonnes. Quel est la quantité d’or en stock et la quantité prêtée ? Information non divulguée.

En contrôlant les changes ainsi que l’or, la BRI peut s’engager sur du long terme à déterminer les conditions économiques de tout pays. Rappelez-vous que la prochaine fois que Ben Bernanke (NdT:patron de la Réserve Fédérale américaine) ou le président de la BCE annoncent un hausse des intérêts, vous pouvez parier que cela ne s’est pas fait sans l’accord du bureau de la BRI.

Ces dernières années, il est devenu de plus en plus évident qui possède véritablement le pouvoir.

Quand Barack Obama parle, les marchés bougent en général très peu.

Quand Ben Bernake parle, les marchés répondent souvent avec de vastes mouvements.

Un article récent publié sur CNBC et intitulé: ““Central Banks: How They Are Ruling the Financial World” détaillait l’impact énorme qu’ont eu les banques centrales sur le système financier mondial en 2012…

En tout, 13 autres banques centrales dans le monde ont suivi la Fed et ramené leur taux d’intérêt très proche de zéro dans un effort de conserver les liquidités et de doper leurs économie malades. Ces 14 économies représentent un incroyable 65 000 milliards de dollars en obligations de capitalisation de marché et d’équités combinés d’après Bank of America Merrill Lynch.

Plus loin dans le même article, l’auteur parle des sommes très importantes d’argent que les banques centrales ont créé de l’air du temps…

Quand vous additionez toutes les banques centrales du monde, cela représente 9000 milliards de dollars”, a dit Marc Doss, investisseur en chef pour la banque privée de la Wells Fargo. “Cela revient à créer la seconde plus grande économie mondiale de rien, de l’air du temps”.

De fait, la banque centrale est un fait économique par lui-même, un empire représentant un marché de multi-trillions dollars qui massage et manipule les marchés, qui répond au doigt et à l’œil à la moindre nouvelle émanant des comités décisionnaires de ces entités.

Qui contrôle l’argent alors ? Les banques centrales du monde le font. Et qui donc contrôle ces banques centrales ? La Banque pour les Règlements Internationaux le fait. Si nous n’aimons pas ce que fait la BRI, que pouvons-nous y faire ?Rien. La Banque des Règlements Internationaux est au-dessus des lois…

Peut-être nous sentirions mieux à propos de la BRI si elle était un plus transparente, mais la vaste majorité de ce qu’elle fait, incluant la réunion bimestrielle de ses membres, est enveloppée du mystère du secret. Peut-être plus inquiétant encore, est que la BRI échappe à tout contrôle. De par les droits qui lui sont accordés par la grâce du Conseil Fédéral Suisse, toutes les archives de la banque, tous ses documents et “toute donnée médiatique” sont “inviolables en tout lieu et en tout temps”. De plus, les employés et officiers de la BRI “jouissent de l’immunité de toute jurisdiction criminelle et administrative, dans la mesure où cette immunité n’est pas levée de manière formelle… et ce même après qu’une personne ait cessé d’être officiellement employée de la banque”. Finalement, aucune plainte contre la BRI ou ses dépositaires ne peut être appliquée “sans l’accord préalable de la banque.”

En d’autres termes, elle peut faire absolument ce qu’elle veut, sans conséquence aucune. Que dites-vous de ce parapluie administratif complètement étanche ? Si la BRI veut “intervenir” dans les marchés financiers, elle le fait tout simplement. Si la BRI désire sauver de grosses banques ou des nations entières, elle le fait tout simplement. La BRI me rappelle cette vieille blague: Q: Où s’assoit un gorille de 400 kg ? R: Absolument où il le veut.

Alors, quel est le futur pour la BRI ?

Beaucoup ont spéculé que le but n’est éventuellement que d’obtenir une monnaie mondiale unique, qui ne sera administrée que par une banque centrale unique. La BRI utilise déjà les SDR, considérés comme un précurseur de la monnaie unique à venir. La BRI a joué un grand rôle dans l’adoption de l’Euro et une intégration plus avant des monnaies est certainement dans l’agenda des années à venir…

Au bout du compte, la façon dont vous ressentirez la BRI ne sera que le reflet de ce que vous ressentirez pour une monnaie unique. La banque fut un participant important de la création de l’Euro comme la monnaie commune de l’Europe. Il y a des rumeurs que le prochain projet est de persuader les Etats-Unis, le Canada et le Mexique de passer à une monnaie régionale similaire, qui sera peut-être appelée “l’Amero” et il est logique d’assumer que le but ultime de la banque est une monnaie unique mondiale. Ceci simplifierait les transactions et solidifierait vraiment le contrôle des banques sur l’économie planétaire.

Mais si les Etats-Unis abandonnaient un jour le dollar, ceci constituerait une gifle majeure à notre souveraineté nationale. Quand quelqu’un d’autre contrôle votre monnaie, il importe peu qui fait les lois. (NdT: Ceci est pourtant déjà en cours aux Etats-Unis puisque la Banque de la Réserve Fédérale est un cartel de banques privées transnational, la monnaie bidon qu’est le dollar US est déà contrôlé par les banques transnationales depuis 1913…)

Malheureusement, l’élite mondialiste semble être absolument obsédée par l’idée d’une monnaie unique mondiale, un système économique unique mondial et un gouvernement mondial le régissant.

Rien de tout ceci ne va se produire cette année, mais les choses bougent en ce sens. Avec chaque nouvelle crise qui émerge, les solutions qui nous seront imposées impliqueront toujours plus de centralisation et toujours plus de mondialisation.

 

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Les sept frères martyrs Saintes Ruffine et Seconde

10 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Les sept frères martyrs Saintes Ruffine et Seconde

Quatrième leçon. A Rome, pendant la persécution de Marc-Aurèle Antonin, sept frères, fils de sainte Félicité, furent mis à l’épreuve par le préfet Publius, qui eut recours à la flatterie, puis à d’effrayantes menaces pour les amener à renoncer au Christ, et à vénérer les faux dieux ; mais les Martyrs persévérèrent dans la profession de la vraie foi, grâce à leur propre courage et aux exhortations de leur mère, et subirent la mort de différentes façons. On déchira Janvier à coups de fouets garnis de plomb ; Félix et Philippe succombèrent à la bastonnade ; Silvain fut précipité d’un lieu très élevé ; Alexandre, Vital et Martial eurent la tête tranchée. Quatre mois après, leur mère obtint la même palme du martyre. Pour eux, ils rendirent leur âme au Seigneur le six des ides de juillet.

Cinquième leçon. Les deux sœurs, Rufine et Seconde, vierges romaines, avaient été fiancées par leurs parents, l’une à Armentarius et l’autre à Vénirus. Elles refusèrent ces alliances pour garder la virginité qu’elles avaient vouée à Jésus-Christ, et furent arrêtées sous le règne de Valérien et de Gallien. Le préfet Junius ne pouvant leur faire abandonner leur résolution ni par les promesses ni par la crainte des châtiments, donna l’ordre que Rufine, la première, fût bat tue de verges ; pendant qu’on la frappait, Seconde interpella ainsi le juge : « Pourquoi réserver tout l’honneur à ma sœur, et à moi l’ignominie ? Commande que nous soyons frappées en même temps, puisque nous confessons également la divinité du Christ. » Irrité de ces paroles, le juge les fit jeter dans un cachot ténébreux et fétide : la prison s’étant aussitôt remplie d’une vive lumière et d’une suave odeur, on les renferma dans un bain d’eau bouillante d’où elles sortirent saines et sauves ; alors on leur attacha une pierre au cou et on les jeta dans le Tibre ; mais un Ange les délivra de ce nouveau péril. Enfin on leur trancha la tête en dehors de la Ville, au dixième mille sur la voie Aurélia. Leurs corps ensevelis par la matrone Plautilla dans l’une de ses terres, furent transférés plus tard dans la Ville, et déposés dans la basilique Constantinienne, près le baptistère.

Sermon de saint Augustin, Évêque. Sermo 110 de diversis.

Sixième leçon. Mes frères, un grand spectacle a été offert aux yeux de notre foi. Notre oreille a entendu et notre âme a contemplé une mère qui, par des sentiments bien opposés aux vœux ordinaires de la nature, souhaite voir ses fils mourir avant elle. Tous les hommes veulent, en quittant ce monde, précéder leurs enfants, et non les suivre. Mais elle, elle a formé le souhait de mourir la dernière. C’est qu’elle ne perdait pas ses fils, elle ne faisait que les envoyer en avant, considérant, non point quelle vie finissait, mais quelle vie commençait pour eux. Car ils cessaient de vivre ici-bas, où ils devaient mourir un jour ou l’autre, et ils commençaient de vivre pour ne jamais cesser de vivre. Pour elle, c’est peu d’assister à leur mort : nous l’avons admirée les exhortant à mourir ; plus féconde en vertus qu’en enfants, en les voyant au combat, elle-même combattait avec eux tous ; en les voyant remporter la victoire, elle-même en eux tous était victorieuse.

 

Homélie de saint Grégoire, Pape.. Homilia 3 in Evangelia.

Septième leçon. Très chers frères, la leçon que l’on vient de lire dans le saint Évangile est courte, mais elle est importante par les grands mystères qu’elle contient. En effet, Jésus, notre Créateur et notre Rédempteur, ayant feint de ne pas connaître sa mère, donne à entendre qui est sa mère, et qui sont ses proches, non par le lien du sang, mais par l’union de l’esprit. « Qui est ma mère, dit-il, et qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère ». En s’exprimant ainsi que veut-il signifier, sinon qu’il trouve chez les Gentils à rassembler beaucoup de cœurs dociles, et que les Juifs, dont il est frère par le sang, il ne les connaît plus ?

Huitième leçon. Rien d’étonnant à ce que celui qui fait la volonté du Père céleste soit appelé sœur et frère du Seigneur, eu égard aux deux sexes qui tous deux sont appelés à la foi ; mais qu’il soit aussi appelé sa mère, voilà une chose surprenante. Comme Jésus daigna donner à ses fidèles disciples le nom de frères, quand il a dit : « Allez, annoncez à mes frères » ; il nous faut examiner comment celui qui, en se convertissant à la foi, est devenu le frère du Seigneur, peut encore être sa mère.

Neuvième leçon. Apprenons-le donc : celui qui est sœur et frère du Christ par le fait de croire en lui, devient sa mère en le prêchant. C’est comme l’enfanter que de le déposer dans l’âme de celui qui vous écoute, et on est devenu sa mère par la prédication, lorsque l’amour du Seigneur a pris naissance dans un cœur à la voix de celui qui exhorte. Cette vérité, l’exemple de sainte Félicité dont nous célébrons aujourd’hui la fête vient opportunément la confirmer ; par la foi, elle a été la servante du Christ ; par la parole, elle est devenue sa mère. Les Actes de son martyre les plus autorisés nous disent qu’elle a eu autant de crainte de laisser ses sept fils lui survivre dans la chair, que les parents charnels en ont d’ordinaire de voir leurs enfants mourir avant eux.

Dies Martyrorum. Les saints Sept Frères, et sainte Félicité.

Une inscription du cimetière des saints Processus et Martinien donne à ce jour le nom significatif de dies Martyrorum par antonomase. A Rome en effet, si grande était l’antique vénération pour sainte Félicité et ses fils, que les Sacramentaires assignent quatre messes stationnales à ce jour et on les célébrait dans les quatre différents cimetières où reposaient leurs reliques.

Dès le temps de saint Grégoire le Grand, la critique avait essayé de s’exercer sur ce groupe de saints, du martyre desquels nous ne possédons plus les Actes originaux. A cette lacune suppléent d’ailleurs amplement les monuments liturgiques et épigraphiques que nous trouvons dans les cimetières romains ; ils confirment tous entièrement la substance de l’actuelle recension de la Passio, de saveur assez antique.

Sainte Félicité et ses sept fils furent donc immolés pour la foi vers 162 sous Marc-Aurèle. Ses fils la précédèrent au ciel, elle les y suivit un peu plus tard. Pour terroriser les chrétiens, l’exécution capitale ne se fit pas en un seul lieu, car Janvier mourut sous les fouets plombés et fut enseveli au cimetière de Prétextat ; Félix et Philippe succombèrent à la bastonnade et furent ensevelis dans celui de Priscille ; Silain fut précipité d’une hauteur et enseveli avec sa Mère dans le cimetière de Maxime ; Alexandre, Vital et Martial furent décapités et obtinrent l’honneur du sépulcre dans le cimetière des Jordani.

D’accord avec la Passio, le Calendrier Philocalien assigne au 10 juillet : VI id. Felicis et Philippi in Priscillæ, et in Iordanorum : Martialis, Vitalis, Alexandri ; et in Maximi : Silani. Hunc Silanum martyrem Novati furati sunt ; et in Prætextati : Ianuari [26].

Cependant au IIIe siècle le corps de Silain avait été soustrait par les Novatiens, qui ambitionnaient eux aussi la gloire de posséder les reliques de quelque martyr. Plus tard, les ossements sacrés furent cependant restitués à leur tombeau primitif, d’où à la fin du VIIIe siècle, Léon III les transféra avec ceux de sainte Félicité dans le Titre de Sainte-Susanne où on les conserve encore.

Du Calendrier Philocalien, le groupe de nos martyrs est passé dans le Martyrologe Hiéronymien, mais la leçon des manuscrits est inexacte et pleine de confusions.

Félicité et ses fils y apparaissent en effet le 9 et le 10 juillet. Le 9 ils sont indiqués ad guttam iugiter manantem, après la martyre Anatolie de Tora en Sabine, et les fils ne deviennent rien moins que sept prêtres : Anatoliæ, Felicitatis cum presbyteris VII.

Le 10 au contraire, les Martyrs sont bien répartis entre les divers cimetières de Rome, mais, ici encore, en désordre : Romæ, in cimiterio Priscillæ via Salaria : natale sanctorum VII germanorum, idest Felicis, Filippi, in cimiterio Vitalis, Marcialis, Maximi, sancti Silani, Prætextati via Appia, sancti lanuarii via Cornelia, miliario VIIII, Rufine, Secundæ Filiorum eius, Felicitatis etc.

Le Sacramentaire Léonien, au contraire, rétablit l’ordre voulu : VI id. luliarum. Natale sanctorum martyrum Felicis, Philippi, in cœmeterio Priscillæ ; Vitalis et, Martialis et Alexandri, in cœmeterio lordanorum ; et Silani in cœmeterio Maximi via Salaria ; et Ianuarii in cœmeterio Prætextati via Appia.

Dans le même manuscrit, la fête est précédée d’un jeûne et d’une messe vigiliale, et la solennité stationnale du lendemain est riche de diverses formules de rechange. La messe de sainte Félicité se présente le 23 novembre, et cette fois encore elle est associée à ses sept fils.

Le Gélasien omet au contraire notre groupe de Martyrs qui reprend sa place dans le Sacramentaire d’Hadrien où se trouve déjà la messe insérée dans le Missel de la réforme de Trente, actuellement en usage.

Le Capitulaire des Évangiles de Würzbourg reflète une période liturgique un peu plus ancienne. Il conserve trois des quatre messes du Sacramentaire Léonien, tandis qu’il garde à peine une trace de la quatrième :

Die X mensis iuli, natale VII Fratrum. Appia, Salaria...
Prima Missa ad aquilonem, secunda ad sanctum Alexandrum etc.
Ad Sanctam Felicitatem etc.

Nous suivrons nous aussi l’ordre traditionnel des Sacramentaires romains.

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Le révolutionnaire

9 Juillet 2015 , Rédigé par Ludovicus

Le président Bolivien a pris François au mot

Le président Bolivien a pris François au mot

ÉQUATEUR : NOTRE FOI EST TOUJOURS RÉVOLUTIONNAIRE !

Texte intégral de l’homélie du pape François pour la messe au Parc du Bicentenaire de Quito, ce 7 juillet, sur le thème de l'évangélisation, de l'unité, de la communion fraternelle: une révolution!

La parole de Dieu nous invite à vivre l’unité [de la foi ?] pour que le monde croie.

J’imagine ce susurrement de Jésus lors de la dernière Cène comme un cri en cette messe que nous célébrons au “Parc du Bicentenaire”. Imaginons-le ensemble. Le bicentenaire de ce Cri de l’Indépendance de l’Amérique hispanique. C’était un cri, né de la conscience de manque de libertés, la conscience d’être objet d’oppression et de pillages, « sujets aux convenances contingentes des puissants du moment » (Evangelii gaudium, n. 213).

Je voudrais qu’aujourd’hui les deux cris coïncident sous le beau défi de l’évangélisation. Non pas par des paroles pompeuses, ni par des termes compliqués, mais qu’il jaillisse, ce cri, de la « joie de l’Évangile » qui « remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement » (Evangelii gaudium, n. 1), de la conscience isolée. Nous autres, ici réunis, tous ensemble autour de la table avec Jésus, nous sommes un cri, une clameur née de la conviction que sa présence nous incite à l’unité,[Mais cette unité se produit lors de la communion] « indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable » (Evangelii gaudium, n.14).

Père, qu’ils soient un pour que le monde croie”, c’est ainsi qu’il l’a souhaité en regardant le ciel. Cette demande jaillit chez Jésus dans un contexte d’envoi : comme tu m’as envoyé dans monde, moi aussi, je les envoie dans le monde. En ce moment, le Seigneur est en train de faire l’expérience dans sa propre chair de ce qui est pire dans ce monde qu’il aime, même ainsi, à la folie : intrigues, méfiances, trahison, mais il ne cache pas la tête, il ne se lamente pas. Nous aussi nous constatons chaque jour que nous vivons dans un monde lacéré par les guerres et la violence. Ce serait superficiel de penser que la division et la haine affectent seulement les tensions entre les pays ou les groupes sociaux. En réalité, elles sont la manifestation de cet “individualisme diffus” qui nous sépare et nous oppose (cf. Evangelii gaudium, n. 99), de la blessure du péché dans le cœur des personnes, dont la société et la création entière souffrent les conséquences. Précisément, c’est à ce monde rebelle, avec ses égoïsmes,  que Jésus nous envoie, et notre réponse n’est pas de faire les distraits, d’arguer que nous n’avons pas les moyens ou que la réalité nous dépasse. Notre réponse répète le cri de Jésus et accepte la grâce ainsi que la tâche de l’unité.

A ce cri de liberté lancé il y a un peu plus de 200 ans, il n’a manqué ni conviction ni force, mais l’histoire nous relate qu’il a été indiscutable seulement quand il a laissé de côté les individualismes, la volonté de leadership uniques, le manque de compréhension d’autres processus de libération ayant des caractéristiques différentes mais pas pour autant antagoniques.

Et l’évangélisation peut être le véhicule d’unité des aspirations, des sensibilités, des espoirs et même de certaines utopies. Bien sûr que oui ; nous le croyons et le crions. Je l’ai déjà dit : « Tandis que dans le monde, spécialement dans certains pays, réapparaissent diverses formes de guerre et de conflits, nous, les chrétiens, nous insistons sur la proposition de reconnaître l’autre, de soigner les blessures, de construire des ponts, de resserrer les relations et de nous aider ‘‘à porter les fardeaux les uns des autres’’ » (Evangelii gaudium, n. 67). Le désir d’unité suppose la joie douce et réconfortante d’évangéliser, la conviction d’avoir un bien immense à communiquer[C'est la vie de la grâce, l'adoption divine par Jésus-Christ] et qu’en le communiquant, il s’enracine ; et quiconque a vécu cette expérience acquiert plus de sensibilité pour les besoins des autres (cf. Evangelii gaudium, n. 9). D’où la nécessité de lutter pour l’inclusion à tous les niveaux, en évitant des égoïsmes, en promouvant la communication et le dialogue, en encourageant la collaboration. Il faut ouvrir le cœur au compagnon de route sans craintes, sans méfiances. « Se confier à l’autre est quelque chose d’artisanal ; la paix est artisanale » (Evangelii gaudium, n. 244) ; il est impensable que brille l’unité si la mondanité spirituelle fait que nous sommes en guerre entre nous, dans une recherche stérile de pouvoir, de prestige, de plaisir ou de sécurité économique. Et ceci au détriment des plus pauvres, des plus exclus, des plus sans défense,  de ceux qui perdent leur dignité bien qu’elle soit frappée tous les jours.

Cette unité est déjà une action missionnaire “pour que le monde croie”. L’évangélisation ne consiste pas à se livrer au prosélytisme, - le prosélytisme est une caricature de l’évangélisation - mais à attirer à travers notre témoignage ceux qui sont éloignés, à s’approcher humblement de ceux qui se sentent loin de Dieu et de l’Église, se rapprocher de ceux qui se sentent jugés et condamnés a priori par ceux qui se sentent parfaits et purs, nous rapprocher de ceux qui sont craintifs ou de ceux qui sont indifférents pour leur dire : « Le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec grand respect et amour » (Evangelii gaudium, n.113). Parce que notre Dieu nous respecte jusqu’à nos bassesses et à notre péché. Cet appel du Seigneur, avec quelle humilité et quel respect le décrit le texte de l’Apocalypse : « Je suis à la porte et je frappe » ! Si tu veux ouvrir, il ne force pas, il ne fait pas sauter la serrure, il sonne simplement, il frappe suavement et il attend. Voilà notre Dieu.

La mission de l’Église, comme sacrement de salut, correspond à son identité comme Peuple en chemin, ayant pour vocation d’incorporer dans sa marche toutes les nations de la terre. Plus intense est la communion entre nous, plus s’en trouve favorisée la mission (cf. Jean-Paul II, Pastores gregis, n. 22). Mettre l’Église en état de mission nous demande de recréer la communion, car il ne s’agit pas d’une action uniquement vers l’extérieur ... nous réalisons la mission aussi à l’intérieur et nous sommes en mission vers l’extérieur « comme une mère qui va à la rencontre, une maison accueillante, une école permanente de communion missionnaire » (Document d’Aparecida, n. 370).

Ce rêve de Jésus est possible parce qu’il nous a consacrés, pour “eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité” (Jn 17, 19). La vie spirituelle de l’évangélisateur naît de cette vérité si profonde, qui ne se confond pas avec quelques moments religieux qui apportent un certain soulagement ; Jésus nous consacre pour susciter une rencontre personnelle avec lui, qui alimente la rencontre avec les autres, l’engagement dans le monde, la passion évangélisatrice (cf. Evangelii Gaudium, n. 78).

L’intimité de Dieu, incompréhensible pour nous, se révèle à nous à travers des images qui nous parlent de communion, de communication, de don, d’amour. Voilà pourquoi l’union que Jésus demande n’est pas une uniformité mais l’« harmonie multiforme qui attire » (Evangelii gaudium, n. 117). L’immense richesse de ce qui est varié, de ce qui est multiple, atteignant l’unité chaque fois que nous faisons mémoire de ce Jeudi saint, nous éloigne de la tentation de propositions unicistes plus proches des dictatures, des idéologies ou des sectarismes. La proposition de Jésus est concrète, elle est concrète, ce n’est pas une idée. Allez et faites de même, dit-il à celui qui lui a demandé : « qui est mon prochain ? », après le récit de la parabole du Bon Samaritain.  Allez et faites de même. La proposition de Jésus n’est pas non plus un arrangement fait à notre mesure, dans lequel nous posons les conditions, choisissons les composantes et excluons les autres. Cette religiosité d’élite. Jésus prie pour que nous fassions partie d’une grande famille, dans laquelle Dieu est notre Père et tous nous sommes frères. Personne n’est exclu [Celui qui ne croit pas est déjà condamné]. Cela ne se fonde pas sur le fait d’avoir les mêmes goûts, les mêmes inquiétudes, les mêmes talents. Nous sommes frères parce que, par amour, Dieu nous a créés et nous a destinés, de sa propre initiative, à être ses enfants (cf. Ep 1, 5). Nous sommes frères parce que « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie ‘‘Abba’’, c’est-à- dire : Père ! » (Ga 4, 6). Nous sommes frères parce que, justifiés par le sang de Christ Jésus (cf. Rm 5, 9), nous sommes passés de la mort à la vie, devenus “cohéritiers” de la promesse (cf. Ga 3, 26- 29; Rm 8, 17). C’est le salut que Dieu réalise et que l’Église annonce avec joie : FAIRE PARTIE DU “NOUS” DIVIN.

Notre cri, en ce lieu qui rappelle ce premier cri de la liberté, actualise celui de saint Paul : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !» (1 Co 9, 16). Ce cri est si urgent et pressant comme celui de ceux qui désirent l’indépendance. Il a une fascination semblable, le même feu qui attire. Mes frères, ayez les sentiments de Jésus ! Soyez des témoins d’une communion fraternelle qui devient resplendissante !

Qu’il serait beau que tous puissent admirer comment nous prenons soin les uns des autres. Comment mutuellement nous nous encourageons et comment nous nous accompagnons. Le don de soi est celui qui établit la relation interpersonnelle qui ne se génère pas en donnant des “choses”, mais en se donnant soi-même. Dans tout don, s’offre la personne même. “Se donner” signifie laisser agir en soi-même toute la puissance de l’amour qui est l’Esprit de Dieu et ainsi faire place à sa force créatrice. Et se donner même dans les moments les plus difficiles, comme ce Jeudi Saint de Jésus, où il savait comment se tissaient les trahisons et les intrigues mais il a continué et il s’est donné, il s’est donné à nous même avec son projet de salut. En se donnant, l’homme se retrouve lui-même avec sa véritable identité de fils de Dieu, semblable au Père et, comme lui, donneur de vie, frère de Jésus, auquel il rend témoignage. C’est cela évangéliser, c’est cela notre révolution – parce que notre foi est toujours révolutionnaire -, c’est cela notre cri le plus profond et le plus constant. Rome, 7 juillet 2015 ZENIT

 

 

 

 

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