Dimanche de la Pentecôte
Introït
L’esprit du Seigneur remplit l’univers, alléluia, et comme il contient tout, il connaît tout ce qui se dit, alléluia, alléluia, alléluia. Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient devant sa face.
Collecte
Dieu, qui avez instruit en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit : donnez-nous, par le même Esprit, de goûter ce qui est bien ; et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même Esprit.
Lecture Ac. 2, 1-11
Lorsque le jour de la Pentecôte fut arrivé, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Tout à coup il se produisit, venant du ciel, un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître des langues séparées les unes des autres, qui étaient comme de feu, et qui se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer. Or il y avait à Jérusalem des Juifs pieux qui y séjournaient, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Après que ce bruit se fut fait entendre, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous hors d’eux-mêmes ; et dans leur étonnement ils disaient : Tous ces hommes qui parlent ne sont-ils pas Galiléens ? Comment donc chacun de nous les entend-il parler la langue de son pays ? Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Egypte et le territoire de la Libye qui est près de Cyrène, des étrangers résidant à Rome, Juifs ou prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler en nos langues des merveilles de Dieu.
Séquence
| Veni, Sancte Spíritus, et emítte cǽlitus lucis tuæ rádium. |
Venez, ô Saint-Esprit, Et envoyez du ciel Un rayon de votre lumière. |
| Veni, pater páuperum ; veni, dator múnerum ; veni, lumen córdium. |
Venez, père des pauvres, Venez, distributeur de tous dons, Venez, lumière des cœurs. |
| Consolátor óptime, dulcis hospes ánimæ, dulce refrigérium. |
Consolateur suprême, Doux hôte de l’âme, Douceur rafraîchissante. |
| In labóre réquies, in æstu tempéries, in fletu solácium. |
Repos dans le labeur, Calme, dans l’ardeur, Soulagement, dans les larmes. |
| O lux beatíssima, reple cordis íntima tuórum fidélium. |
0 lumière bienheureuse, Inondez jusqu’au plus intime, Le cœur de vos fidèles. |
| Sine tuo númine nihil est in hómine, nihil est innóxium. |
Sans votre secours, Il n’est en l’homme, rien, Rien qui soit innocent. |
| Lava quod est sórdidum, riga quod est áridum, sana quod est sáucium. |
Lavez ce qui est souillé, Arrosez ce qui est aride, Guérissez ce qui est blessé. |
| Flecte quod est rígidum, fove quod est frígidum, rege quod est dévium. |
Pliez ce qui est raide, Échauffez ce qui est froid. Redressez ce qui dévie. |
| Da tuis fidélibus, in te confidéntibus, sacrum septenárium. |
Donnez à vos fidèles, qui en vous se confient Les sept dons sacrés. |
| Da virtútis méritum, da salútis éxitum, da perénne gáudium. Amen. Allelúia. |
Donnez-leur le mérite de la vertu, Donnez une fin heureuse, Donnez l’éternelle joie. Ainsi soit-il. Alléluia. |
Évangile Jn. 14, 23-31
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. Celui qui ne m’aime point ne garde pas mes paroles ; et la parole que vous avez entendue n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé, du Père. Je vous ai dit ces choses pendant que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, et qu’il ne s’effraye pas. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais auprès du Père, parce que le Père est plus grand que moi. Et je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent, afin que, lorsqu’elles seront arrivées, vous croyiez. Je ne vous parlerai plus guère désormais ; car le prince de ce monde vient, et il n’a aucun droit sur moi ; mais il vient afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et que je fais ce que le Père m’a ordonné.
Postcommunion
Seigneur, que l’infusion de l’Esprit-Saint purifie nos cœurs et qu’elle les féconde en les pénétrant de sa rosée. Par N.-S ... en l’unité du même.
Office
1ère leçon
Homélie de saint Grégoire, Pape.
Je préfère, mes très chers frères, passer brièvement sur les paroles de cette lecture de l’Évangile, afin que nous puissions nous arrêter plus longtemps à considérer les mystères d’une si grande solennité. Car c’est en ce jour que l’Esprit-Saint est descendu avec un bruit soudain sur les disciples, et que, transformant les esprits de ces hommes charnels, il les a conduits à son amour. Tandis que des langues de feu apparaissaient à l’extérieur, au dedans les cœurs des disciples s’enflammèrent, et comme ils voyaient Dieu sous l’aspect du feu, ils devinrent avec une suavité ineffable tout brûlants d’amour. Car le Saint-Esprit est amour, et c’est pourquoi saint Jean dit : « Dieu est charité ». Celui donc qui désire Dieu de tout son esprit, possède certes déjà celui qu’il aime. Car personne ne pourrait aimer Dieu, s’il ne possédait celui qu’il aime.
2e leçon
Si l’on questionne chacun de vous et qu’on lui demande : Aimez-vous Dieu ? Il répond d’un esprit assuré et avec pleine confiance : Je l’aime. Vous avez entendu au commencement de la lecture de l’Évangile, ce que dit la Vérité même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». La preuve de l’amour, c’est l’action. Aussi saint Jean dit-il encore dans son Épître : « Celui qui dit : J’aime Dieu, et ne garde pas ses commandements est un menteur ». Mais nous aimons vraiment Dieu et nous gardons ses commandements, si nous nous efforçons de réprimer en nous l’attrait des plaisirs. Car celui qui continue à s’abandonner à des désirs illicites n’aime assurément pas Dieu, puisqu’il s’oppose à lui dans sa volonté.
3e leçon
« Et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Considérez, mes très chers frères, quel grand honneur c’est de posséder pour hôte, dans notre cœur, Dieu venant à nous. Certes, si quelque ami riche ou très puissant devait entrer dans notre maison, la maison tout entière serait rendue nette avec la plus grande hâte, de crainte qu’il n’y eût quelque chose qui blessât les yeux de cet ami qui arrive. Qu’il ait donc soin de se purifier des souillures du péché, celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme. Mais voyez ce que dit la Vérité même : « Nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Il vient en effet dans les cœurs de quelques-uns, cependant il n’y fait pas sa demeure, car ils ont attiré le regard divin par la componction, mais au moment de la tentation, ils oublient aussitôt ce qui les a amenés à la pénitence, et ainsi ils retournent au péché, comme s’ils ne l’avaient jamais pleuré.
ÉPÎTRE.
Quatre grands événements signalent l’existence de la race humaine sur la terre, et tous les quatre témoignent de la bonté infinie de Dieu envers nous. Le premier est la création de l’homme et sa vocation à l’état surnaturel, qui lui donne pour fin dernière la vision et la possession éternelle de Dieu. Le deuxième est l’incarnation du Verbe divin qui, unissant la nature humaine à la nature divine dans le Christ, élevé l’être créé à la participation de la divinité, et fournit en même temps la victime nécessaire pour racheter Adam et sa race de leur prévarication. Le troisième événement est la descente du Saint-Esprit, dont nous célébrons l’anniversaire en ce jour. Enfin le quatrième est le second avènement du Fils de Dieu qui viendra délivrer l’Église son épouse, et l’emmènera au ciel pour célébrer avec elle les noces éternelles. Ces quatre opérations divines, dont la dernière n’est pas accomplie encore, sont la clef de l’histoire humaine ; rien n’est en dehors d’elles ; mais l’homme animal ne les voit même pas, il n’y songe pas. « La lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise ».
Béni soit donc le Dieu de miséricorde qui « nous a appelés des ténèbres à l’admirable lumière de la foi » . Il nous a faits enfants de cette génération « qui n’est ni de la chair et du sang, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu ». Par cette grâce, nous voici aujourd’hui attentifs à la troisième des opérations divines sur ce monde, à la descente de l’Esprit-Saint, et nous avons entendu le récit émouvant de sa venue. Cette tempête mystérieuse, ce feu, ces langues, cette ivresse sacrée, tout nous transporte au centre même des divins conseils, et nous nous écrions : « Dieu a-t-il donc tant aimé ce monde ? » Jésus, quand il était avec nous sur la terre, nous le disait : « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique ». Aujourd’hui il nous faut compléter cette sublime parole et dire : « Le Père et le Fils ont tant aimé le monde, qu’ils lui ont donné leur Esprit-Saint. »
Acceptons un tel don, et comprenons enfin ce qu’est l’homme. Le rationalisme, le naturalisme, prétendent le grandir en s’efforçant de le captiver sous le joug de l’orgueil et de la sensualité ; la foi chrétienne nous impose l’humilité et le renoncement ; mais pour prix elle nous montre Dieu lui-même se donnant à nous.
ÉVANGILE.
La venue de l’Esprit-Saint n’est pas seulement un événement qui intéresse la race humaine considérée en général ; chaque homme est appelé à recevoir cette même visite qui aujourd’hui « renouvelle la face de la terre entière ». Le dessein miséricordieux du souverain Seigneur de toutes choses s’étend jusqu’à vouloir contracter une alliance individuelle avec chacun de nous. Jésus ne demande de nous qu’une seule chose : il veut que nous l’aimions et que nous gardions sa parole. A cette condition, il nous promet que son Père nous aimera, et viendra avec lui habiter notre âme. Mais ce n’est pas tout encore. Il nous annonce la venue de l’Esprit-Saint, qui par sa présence complétera l’habitation de Dieu en nous. L’auguste Trinité tout entière se fera comme un nouveau ciel de cette humble demeure, en attendant que nous soyons transportés après cette vie au séjour même où nous contemplerons l’hôte divin, Père, Fils et Saint-Esprit, qui a tant aimé sa créature humaine.
Jésus nous enseigne encore dans ce passage, tiré du discours qu’il adressa à ses disciples après la Cène, que le divin Esprit qui descend sur nous aujourd’hui est envoyé par le Père, mais par le Père « au nom du Fils » ; de même que dans un autre endroit Jésus dit que « c’est lui-même qui enverra l’Esprit-Saint ». Ces diverses manières de s’exprimer ont pour but de nous révéler les relations qui existent dans la Trinité divine entre les deux premières personnes et le Saint-Esprit. Ce divin Esprit est du Père, mais il est aussi du Fils ; c’est le Père qui l’envoie ; mais le Fils l’envoie aussi ; car il procède de l’un et de l’autre comme d’un même principe. En ce grand jour de la Pentecôte, notre reconnaissance doit donc être la même envers le Père qui est la Puissance, et envers le Fils qui est la Sagesse ; car le don qui nous arrive du ciel vient de tous les deux. Éternellement le Père a engendré son Fils, et quand la plénitude des temps fut venue, il l’a donné aux hommes pour être dans la nature humaine leur médiateur et leur sauveur ; éternellement le Père et le Fils ont produit l’Esprit-Saint, et, à l’heure marquée, ils l’ont envoyé ici-bas pour être dans les hommes le principe d’amour, comme il l’est entre le Père et le Fils. Jésus nous enseigne que la mission de l’Esprit est postérieure à la sienne, parce qu’il a fallu que les hommes fussent d’abord initiés à la vérité par celui qui est la Sagesse. En effet, ils n’auraient pu aimer ce qu’ils ne connaissaient pas. Mais lorsque Jésus a consommé son œuvre tout entière, qu’il a fait asseoir son humanité sur le trône de Dieu son Père, de concert avec le Père il envoie l’Esprit divin pour conserver en nous cette parole qui est « esprit et vie » , et qui est en nous la préparation de l’amour.
Vigile de la Pentecôte
Introït
Lorsque j’aurai été sanctifié en vous, je vous rassemblerai de tous les pays, et je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés de toutes vos souillures : je vous donnerai un esprit nouveau, alléluia, alléluia.
Collecte
Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant : que la splendeur de votre clarté brille sur nous ; et que l’éclat de votre lumière confirme, par l’illumination de l’Esprit-Saint, les cœurs de ceux que votre grâce a fait renaître. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même.
Lecture Ac. 19, 1-8.
En ces jours-là : pendant qu’Apollo était à Corinthe, Paul, ayant parcouru les provinces supérieures, vint à Éphèse et trouva quelques disciples. Et il leur dit : Avez-vous reçu l’Esprit-Saint en devenant croyants ? Mais ils lui répondirent : Nous n’avons pas même entendu dire s’il y a un Esprit-Saint. Il leur dit : Quel baptême avez-vous donc reçu ? Ils dirent : Le baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé le peuple du baptême de pénitence en disant de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. Lorsqu’ils eurent entendu cela, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et après que Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit-Saint vint sur eux ; et ils parlaient diverses langues et prophétisaient. Ils étaient en tout environ douze hommes. Étant entré dans la synagogue, il parla avec assurance pendant trois mois, discutant et persuadant au sujet du royaume de Dieu.
Évangile
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu’il demeure éternellement avec vous : l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas, et qu’il ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera avec vous, et qu’il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai à vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous me verrez, parce que je vis, et que vous vivrez. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi, et moi en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai aussi, et je me manifesterai à lui.
Secrète Jn. 14, 15-21
Rendez saints, nous vous en supplions, Seigneur, les dons qui vous sont offerts : et purifiez nos cœurs au moyen de la lumière du Saint-Esprit. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même...
Communion
Le dernier jour de la fête, Jésus disait : celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein : Il dit cela de l’Esprit-Saint que devaient recevoir ceux qui croyaient en lui, alléluia, alléluia.
Postcommunion
Seigneur, que l’infusion de l’Esprit-Saint purifie nos cœurs : et qu’elle les féconde en les pénétrant de sa rosée. Par Notre-Seigneur … l’unité du même.
Office
1ère leçon
Commencement de l’Épître catholique du bienheureux Apôtre Jude.
Jude, serviteur de Jésus-Christ, et frère de Jacques, à ceux qui sont aimés de Dieu le Père et conservés et appelés en Jésus-Christ. Que la miséricorde, la paix et la charité abondent en vous. Mes bien-aimés, me sentant pressé de vous écrire touchant votre salut commun, j’ai dû écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi, qui a été déjà transmise aux saints. Car il s’est introduit parmi vous quelques hommes impies (qui depuis longtemps ont été prédestinés à ce jugement), changeant la grâce de notre Dieu en luxure, reniant notre seul Maître et Seigneur Jésus-Christ.
2e leçon
Or je veux vous rappeler, à vous qui savez déjà toutes ces choses, que Jésus, ayant délivré le peuple de la terre d’Égypte, perdit ensuite ceux qui ne crurent point ; que, quant aux anges qui ne conservèrent pas leur première dignité, mais qui abandonnèrent leur propre demeure, il les mit en réserve pour le jugement du grand jour, dans des chaînes éternelles et de profondes ténèbres. C’est ainsi que Sodome et Gomorrhe, et les villes voisines livrées aux mêmes excès, et courant après d’infâmes débauches, sont devenues un exemple, en souffrant la peine d’un feu éternel. Et cependant, c’est de la même manière que ceux-ci se souillent encore, qu’ils méprisent la domination, et qu’ils blasphèment la majesté.
3e leçon
Lorsque l’Archange Michel, disputant avec le diable, lui contestait le corps de Moïse, il n’osa pas le condamner avec des paroles de malédiction, mais il dit : Que le Seigneur te commande. Mais ceux-ci blasphèment tout ce qu’ils ignorent, et dans tout ce qu’ils connaissent naturellement comme les animaux muets, ils se corrompent. Malheur à eux, parce qu’ils sont entrés dans la voie de Caïn, et que, s’égarant comme Balaam, ils ont, pour le gain, rompu toute digue, et se sont perdus dans la rébellion de Coré. Ils font le déshonneur de leurs festins ; nuées sans eaux que les vents emportent ça et là ; arbres qui ne fleurissent qu’en automne, stériles, deux fois morts, déracinés ; vagues furieuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ; astres errants auxquels une tempête de ténèbres est réservée pour l’éternité.
4e leçon
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Du Traité de saint Augustin, Évêque, du symbole aux Catéchumènes. Alors que par le signe sacré de la croix, notre mère la sainte Église vous a reçus dans son sein, elle qui va vous donner spirituellement naissance comme à vos frères, avec la joie la plus grande, vous êtes devenus la future génération d’une mère glorieuse, en attendant qu’elle vous régénère dans le bain sacré du baptême et vous rende à la lumière véritable. Jusqu’à ce jour, qu’elle nourrisse avec des aliments convenables ceux qu’elle porte dans son sein, et qu’elle les conduise joyeux au jour de sa délivrance, joyeuse elle aussi. Car l’Église n’est pas sous le coup de la sentence dont a été frappée Ève, qui enfante, dans la tristesse et les gémissements, des enfants qui ne sont eux-mêmes pas dans la joie, mais pleurent plutôt. L’Église délie au contraire ce que la première femme avait lié, afin que, par son obéissance, elle rende à la vie ceux que la désobéissance d’Ève a donnés à la mort. Toutes les cérémonies mystérieuses qui ont été faites et qui se font encore sur vous par le ministère des serviteurs de Dieu : les exorcismes, les prières, les cantiques spirituels, les insufflations, le cilice, l’inclination de tête, les prosternements, cette crainte même qu’il faut désirer avec une assurance entière ; toutes ces choses sont, comme je l’ai dit, les aliments dont cette mère vous nourrit dans son sein, afin que, régénérés par le baptême, elle vous présente tout joyeux au Christ. 5e leçon Vous avez aussi reçu le symbole comme protection de celle qui va vous enfanter, contre le venin du serpent. Il est écrit dans l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean que le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer son enfant dès qu’il serait né. Aucun de vous n’ignore que ce dragon est le diable. Cette femme représentait la Vierge Marie, qui, demeurant vierge, a enfanté notre chef vierge, et qui, de plus, était dans sa personne la figure de la sainte Église ; car de même qu’en enfantant son Fils elle resta vierge, ainsi l’Église enfante en tout temps les membres de Jésus-Christ, sans perdre sa virginité. Nous avons entrepris de vous exposer, avec le secours du Seigneur, les articles du très auguste symbole, afin de graver dans vos cœurs les vérités contenues dans chaque article. Vos cœurs sont préparés, car l’ennemi en a été chassé. 6e leçon C’est à cet ennemi que vous avez fait profession de renoncer, et dans cette profession, ce n’est pas aux hommes, mais à Dieu et à ses Anges qui l’inscrivaient, que vous avez dit : Je renonce. N’y renoncez pas seulement en paroles, mais encore dans votre conduite ; non seulement par le son de votre langue, mais encore par la direction de votre vie ; non seulement par le bruit des lèvres, mais encore par le témoignage des œuvres. Sachez que vous avez entrepris de combattre un ennemi rusé, ancien, et qui semble parfois assoupi ; qu’après votre renoncement il ne trouve plus en vous de ses œuvres, qu’il n’ait pas le droit de vous entraîner dans son esclavage. Tu es en effet pris sur le fait, tu es démasqué, ô chrétien, quand tu fais une chose et que tu en professes une autre, fidèle de nom, te démentant dans tes œuvres, ne gardant pas la foi de ta promesse ; tantôt entrant à l’église pour y répandre des prières, et un moment après dans les spectacles pour mêler impudemment ta voix à celle des histrions. Qu’as-tu de commun avec les pompes du diable, auxquelles tu as renoncé ? 7e leçon Homélie de saint Augustin, Évêque Notre Seigneur, en disant : « Je prierai mon Père et il vous donnera un autre Paraclet », fait voir que lui-même est aussi un Paraclet. Paraclet se traduit en latin par advocatus (avocat) ; or, il a été dit du Christ : « Nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste ». Le Sauveur déclare que le monde ne peut recevoir l’Esprit-Saint, dans le même sens où il a été dit : « La prudence de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est pas soumise à la loi et ne peut l’être ». C’est comme si nous disions : L’injustice ne peut être la justice. Par ces mots « le monde ». il désigne ici ceux qui sont pleins de l’amour du monde, amour qui ne vient pas du Père. C’est pourquoi, à l’amour de ce monde, que nous avons tant de peine à diminuer et à détruire en nous, est opposé « l’amour de Dieu, que répand dans nos cœurs l’Esprit-Saint, qui nous a été donné » 8e leçon « Le monde ne peut donc recevoir cet Esprit, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît point ». L’amour mondain est dépourvu de ces yeux invisibles au moyen desquels on peut voir l’Esprit-Saint, qui ne peut être vu que d’une manière invisible. « Mais vous, dit notre Seigneur, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera au milieu de vous et qu’il sera en vous ». Il sera en eux pour y demeurer ; il ne demeurera pas au milieu d’eux pour y être ; car le fait d’être en un lieu est antérieur à celui d’y demeurer. Mais afin que les disciples n’entendissent pas ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », d’un séjour visible, comme celui que fait d’ordinaire un hôte chez celui qui lui donne l’hospitalité, il a expliqué ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », en ajoutant : « Il sera en vous ». 9e leçon L’Esprit-Saint se voit donc d’une manière invisible ; et s’il n’est pas en nous, nous ne pouvons en avoir la connaissance. C’est ainsi que nous voyons aussi en nous-mêmes notre propre conscience. Nous voyons bien le visage d’un autre, et nous ne pouvons voir le nôtre ; au contraire, nous voyons notre propre conscience, et nous ne voyons pas celle d’autrui. Mais notre conscience ne peut jamais exister qu’en nous-mêmes, tandis que l’Esprit-Saint peut être sans nous. Il nous est donné afin qu’il soit aussi en nous ; et, s’il n’est point en nous, il nous est impossible de le voir, de le connaître, comme il doit être vu et connu. Après avoir promis le Saint-Esprit, notre Seigneur ne voulant pas qu’on pût croire qu’il donnerait ce divin Paraclet pour le remplacer lui-même et qu’il cesserait ainsi d’être avec ses disciples, ajouta : « Je ne vous laisserai point orphelins ; je viendrai à vous ». Non content donc de nous avoir rendus les fils adoptifs de son Père, et d’avoir voulu que nous ayons pour Père, par un effet de la grâce, celui qui est son Père par nature, le Fils de Dieu fait preuve encore lui-même à notre égard d’une tendresse en quelque sorte paternelle, lorsqu’il dit : « Je ne vous laisserai point orphelins » |
La lumière éblouissante de la solennité de demain illumine déjà cette journée qui en est la veille. Les fidèles se disposent par le jeûne à célébrer dignement le mystère ; mais, comme à la Vigile de Pâques, la messe des néophytes, qui autrefois avait lieu dans la nuit, est maintenant anticipée, et dès avant le milieu du jour la louange de l’Esprit-Saint, dont l’effusion est si proche, a retenti avec éclat dans toute église pourvue d’une fontaine baptismale. Sur le soir, l’Office des premières Vêpres ouvre à son heure l’auguste solennité. Le règne du divin Esprit est donc proclamé dès aujourd’hui par la sainte Liturgie. Unissons-nous aux pensées et aux sentiments des habitants du Cénacle, dont l’attente est au moment d’être remplie.
Dans toute la série des mystères que nous avons vus se dérouler jusqu’ici durant le cours de l’Année liturgique, nous avons souvent pressenti l’’action de la troisième personne de l’auguste Trinité. Les lectures des livres saints, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, ont éveillé plus d’une fois notre attention respectueuse sur ce divin Esprit qui semblait s’environner de mystère, comme si le temps de sa manifestation n’était pas venu encore. Les opérations de Dieu dans les créatures sont successives ; mais elles arrivent infailliblement en leur temps. L’historien sacré nous raconte comment le Père céleste, agissant par son Verbe, disposa en six journées ce monde qu’il avait créé ; mais il nous montre en même temps, dans un lointain mystérieux, l’Esprit-Saint planant sur les eaux et les fécondant silencieusement, en attendant que le Fils de Dieu les séparât de la terre qu’elles inondaient.
Si donc le règne patent du Saint-Esprit sur le monde a été différé jusqu’à l’établissement de l’Homme-Dieu sur son trône éternel, n’allons pas croire que ce divin Esprit soit demeuré jusqu’alors inactif. Toutes ces Écritures sacrées dont nous avons rencontré tant de sublimes fragments dans la sainte Liturgie, que sont-elles sinon l’œuvre cachée de celui qui, comme nous dit l’antique Symbole, « a parlé par les Prophètes » ? C’est lui qui nous donnait le Verbe, Sagesse de Dieu, au moyen de l’Écriture, comme il devait nous le donner plus tard dans la chair de l’humanité. Il n’a pas été oisif un moment dans la durée des siècles. Il préparait le monde au règne du Verbe incarné, rapprochant et mêlant les races, produisant cette attente universelle qui s’étendit des peuples les plus barbares aux nations les plus avancées dans la civilisation. Il ne s’était pas encore nommé à la terre ; mais il planait sur l’humanité avec amour, comme il avait plané avec mystère, au commencement, sur les eaux muettes et insensibles.
En attendant sa venue, les prophètes l’annonçaient dans les mêmes oracles où ils prédisaient l’arrivée du Fils de Dieu. Le Seigneur disait par la bouche de Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair ». Ailleurs il s’énonçait ainsi par l’organe d’Ézéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je placerai au milieu de vous un esprit nouveau ; et j’enlèverai le cœur de pierre qui est dans votre chair, et je vous donnerai un cœur de chair, et je placerai au milieu de vous l’Esprit qui est le mien ».
Mais avant sa propre manifestation, l’Esprit-Saint avait à opérer directement pour celle du Verbe divin. Lorsque la puissance créatrice fît sortir du néant le corps et l’âme de la future mère d’un Dieu, ce fut lui qui prépara l’habitation de la souveraine Majesté, en sanctifiant Marie dès le premier instant de sa conception, prenant possession d’elle comme du temple divin où le Fils de Dieu s’apprêtait à descendre. Au moment fortuné de l’Annonciation, l’Archange déclare à la Vierge que l’Esprit-Saint va survenir en elle et que la Vertu du Très-Haut va la couvrir de son ombre. A peine la Vierge a-t-elle prononcé son acquiescement au décret éternel, que soudain l’opération du divin Esprit a produit en elle le plus ineffable des mystères : « le Verbe est fait chair, et il habite parmi nous. »
Sur cette fleur sortie de la branche émanée du tronc de Jessé, sur cette humanité produite divinement en Marie, l’Esprit du Père et du Fils se repose avec délices ; il la comble de ses dons, il l’adapte à sa fin glorieuse et éternelle. Lui qui avait doué la mère de tant de trésors de la grâce, dépasse encore pour le fils d’une manière incommensurable la mesure qui semblait la plus voisine de l’infini. Et toutes ces merveilles, le divin et puissant Esprit les accomplit silencieusement comme toujours ; car l’heure où doit éclater sa venue n’est pas arrivée encore. La terre ne fera que l’entrevoir au jour où sur le lit du Jourdain, dans les eaux duquel Jésus est descendu, il étendra ses ailes et viendra se reposer sur la tête de ce Fils bien-aimé du Père. Jean pénètre le mystère dans son ravissement, comme, avant de naître, il avait senti au sein de Marie le fruit divin qui habitait en elle ; mais les hommes n’ont vu qu’une colombe, et la colombe n’a pas révélé les secrets de l’éternité.
Le règne du Fils de Dieu, de notre Emmanuel, s’assied sur ses fondements prédestinés. Nous avons en lui notre frère, car il a pris notre chair avec ses infirmités ; nous avons en lui notre docteur, car il est la Sagesse du Père, et il nous initie par ses leçons à toute vérité ; nous avons en lui notre médecin, car il guérit toutes nos langueurs et toutes nos infirmités ; nous avons en lui notre médiateur, car il ramène en son humanité sainte toute l’œuvre créée à son divin auteur ; nous avons en lui notre réparateur, et dans son sang notre rançon : car le péché de l’homme avait brisé le lien entre Dieu et nous, et il nous fallait un rédempteur divin ; nous avons en lui un chef qui ne rougit pas de ses membres, si humbles qu’ils soient, un roi que nous venons de voir couronner à jamais, un Seigneur que le Seigneur a fait asseoir à sa droite.
Mais s’il nous gouverne pour toujours, c’est maintenant du haut des cieux, jusqu’au moment où il apparaîtra de nouveau pour briser contre terre la tête des pécheurs, lorsque la voix tonnante de l’Ange criera : « Le temps n’est plus ». En attendant, des siècles nombreux doivent se dérouler, et ces siècles ont été destinés à l’empire de l’Esprit divin, « Mais l’Esprit ne pouvait encore être donné, nous dit saint Jean, tant que Jésus a n’avait pas été glorifié ». Notre beau mystère de l’Ascension forme donc la limite entre les deux règnes divins ici-bas : le règne visible du Fils de Dieu et le règne visible de l’Esprit-Saint. Afin de les unir et d’en préparer la succession, ce ne sont plus seulement des prophètes mortels qui parlent ; c’est notre Emmanuel lui-même, durant sa vie mortelle, qui se fait le héraut du règne prochain du divin Esprit.
Ne l’avons-nous pas entendu nous dire : « Il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne me retirais pas, le Paraclet ne viendrait pas à vous ? » Le monde a donc un grand besoin de ce divin hôte, dont le propre Fils de Dieu se fait ainsi le précurseur ! Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châtiments qu’attireront sur eux ceux qui l’offenseront. « Quiconque, dit-il, aura proféré une parole contre le Fils, elle lui sera pardonnée ; mais celui qui aura dit cette parole contre le Saint-Esprit, il n’en obtiendra le pardon ni en ce monde, ni en l’autre ». Cependant cet Esprit divin ne prendra pas la nature humaine comme le Fils ; il n’aura point à racheter le monde comme l’a racheté le Fils ; mais il viendra avec une immensité d’amour qui ne saurait être méprisée impunément. C’est à lui que Jésus confiera l’Église son Épouse pendant les longs siècles que doit durer son veuvage, à lui qu’il remettra son œuvre, afin qu’il la maintienne et la dirige en toutes choses.
Nous donc, appelés à recevoir sous peu d’heures l’effusion de cet Esprit d’amour qui vient « renouveler la face de la terre », soyons attentifs comme nous le fûmes à Bethléem, dans les moments qui précédèrent la naissance de notre Emmanuel. Le Verbe et l’Esprit-Saint sont égaux en gloire et en puissance, et leur venue sur la terre procède du même décret éternel et pacifique de la glorieuse Trinité, qui a résolu, par cette double visite, de nous « rendre participants de la nature divine ». Nous les fils du néant, nous sommes appelés à devenir, par l’opération du Verbe et de l’Esprit, les fils du Père céleste. Maintenant, si nous désirons connaître en quelle manière doit être préparée l’âme fidèle à l’arrivée du divin Paraclet, retournons par la pensée au Cénacle où nous avons laissé les disciples rassemblés, persévérant dans la prière, selon l’ordre de leur Maître, et attendant que la Vertu d’en haut descende sur eux et vienne les couvrir comme une armure pour les combats qu’ils auront à livrer.
Dans cet asile sacre du recueillement et de la paix, notre œil respectueux cherche d’abord Marie, mère de Jésus, chef-d’œuvre de l’Esprit-Saint, Église du Dieu vivant, de laquelle sortira demain, comme du sein d’une mère, par l’action du même Esprit, l’Église militante que cette nouvelle Ève représente et contient encore en elle. Va-t-elle pas droit à tous nos hommages en ce moment, cette créature incomparable que nous avons vue associée à tous les mystères du Fils de Dieu, et qui tout à l’heure va devenir le plus digne objet de la visite de l’Esprit-Saint ? Nous vous saluons, ô Marie pleine de grâce, nous tous qui sommes encore renfermés en vous et goûtons l’allégresse dans votre sein maternel. N’est-ce pas pour nous qu’a parlé l’Église dans la sainte Liturgie, lorsqu’elle commente à votre gloire le divin cantique de votre aïeul David ? En vain votre humilité veut se soustraire aux honneurs qui demain vous attendent. Créature immaculée, temple du Saint-Esprit, il faut que ce divin Esprit vous soit communiqué d’une nouvelle manière ; car une nouvelle œuvre vous attend, et la terre doit vous posséder encore.
Autour de Marie est rassemblé le collège apostolique, contemplant avec ravissement celle dont les traits augustes lui rappellent le Seigneur absent. Dans les jours précédents un grave événement a eu lieu au Cénacle sous les yeux de la Mère de Dieu et des hommes. De même que pour l’établissement du peuple Israélite, Dieu avait fait choix des douze fils de Jacob comme d’autant de fondements de cette race privilégiée, de même Jésus avait choisi douze hommes au sein de ce même peuple pour être les bases de l’édifice de l’Église chrétienne dont il est, et Pierre avec lui et en lui, la pierre angulaire. La chute lamentable de Judas avait réduit à onze ces élus du choix divin ; le nombre sacré n’existait plus, et l’Esprit-Saint était au moment de descendre sur le collège des Apôtres. Avant de monter au ciel, Jésus n’avait pas jugé à propos de faire lui-même le choix du successeur du disciple déchu ; mais il fallait que le nombre sacré fût complété avant l’effusion de la Vertu d’en haut. L’Église ne devait rien avoir à envier à la Synagogue. Qui donc remplirait l’office du Fils de Dieu dans la désignation d’un Apôtre ? Un tel droit ne pouvait appartenir qu’à Pierre, nous dit saint Jean Chrysostome ; mais dans sa modestie, il déclina l’honneur, ne voulant se souvenir que de l’humilité. Une élection fut la suite du discours de Pierre, et Mathias mêlé aux autres Apôtres compléta le nombre mystérieux, et attendit avec eux la descente promise du Consolateur.
Dans le Cénacle et sous les yeux de Marie, sont réunis aussi les disciples qui, sans avoir eu l’honneur d’être admis dans le duodénaire sacré, n’en ont pas moins été les témoins des œuvres et des mystères de l’Homme-Dieu ; ils sont mis à part, et réservés pour la prédication de la bonne nouvelle. Madeleine enfin et les autres saintes femmes attendent dans le recueillement que leur a prescrit le Maître, cette visite d’en haut dont elles connaîtront bientôt la puissance. Rendons nos hommages à cette assemblée sainte, à ces cent vingt disciples qui nous sont donnés pour modèles dans cette grande circonstance ; car l’Esprit divin doit d’abord venir en eux ; ils sont ses prémices. Plus tard il descendra aussi sur nous, et c’est afin de nous préparer à sa venue que la sainte Église nous impose un jeûne solennel aujourd’hui.
Dans l’antiquité, cette journée ressemblait à celle de la veille de Pâques. Sur le soir les fidèles se rendaient à l’église pour prendre part aux solennités de l’administration du baptême. Dans la nuit qui suivait, le sacrement de la régénération était conféré aux catéchumènes que l’absence ou quelque maladie avait empêchés de se joindre aux autres dans la nuit de Pâques. Ceux qu’on n’avait pas jugés suffisamment éprouvés encore, ou dont l’instruction n’avait pas semblé assez complète, ayant satisfait aux justes exigences de l’Église, contribuaient aussi à former le groupe des aspirants à la nouvelle naissance qui se puise dans la fontaine sacrée. Au lieu des douze prophéties qui se lisaient dans la nuit de Pâques pendant que les piètres accomplissaient sur les catéchumènes les rites préparatoires au baptême, on n’en lisait ordinairement que six ; ce qui amène à conclure que le nombre des baptisés dans la nuit de la Pentecôte était moins considérable.
Le cierge pascal reparaissait durant cette nuit de grâce, afin d’inculquer à la nouvelle recrue que faisait l’Église, le respect et l’amour envers le Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour être « la lumière du monde ». Tous les rites que nous avons détaillés et expliqués au Samedi saint s’accomplissaient dans cette nouvelle occasion où paraissait la fécondité de l’Église, et le divin Sacrifice auquel prenaient part les heureux néophytes commençait dès avant le point du jour.
Dans la suite des temps, la coutume charitable de conférer le baptême aux enfants aussitôt après leur naissance, ayant pris force de loi, la Messe baptismale a été anticipée à la matinée du samedi veille de la Pentecôte, comme il est arrivé pour la veille de Pâques. Avant la célébration du Sacrifice, on lit les six prophéties dont nous avons parlé tout à l’heure ; après quoi a lieu solennellement la bénédiction de l’eau baptismale. Le cierge pascal se retrouve à cette fonction, à laquelle manque trop souvent l’assistance des fidèles.
Saint Norbert évêque et confesseur
Collecte
Dieu, vous avez fait du bienheureux Norbert, votre Confesseur et Pontife, un excellent prédicateur de votre parole, et vous avez donné par lui à votre Église une nouvelle famille : faites, nous vous en supplions, qu’aidés de ses mérites, nous puissions, grâce à votre secours, mettre en pratique ce qu’il a enseigné par ses paroles et par ses œuvres.
Office
Quatrième leçon. Norbert, issu de très nobles parents, reçut dans sa jeunesse une éducation distinguée. Placé ensuite à la cour même de l’empereur, il méprisa les attraits du monde et désira s’enrôler dans la milice ecclésiastique. Ayant été initié aux saints ordres, il ne voulut plus porter de vêtements qui sentissent la mollesse ou la somptuosité et, couvert d’une melote, se donna tout entier à la prédication de la parole de Dieu. Après avoir renoncé à des prébendes assez importantes et distribué son patrimoine aux pauvres, il commença un genre de vie d’une austérité remarquable, ne faisant par jour qu’un seul repas, le soir, et cela avec les seuls aliments permis pendant le carême, marchant nu-pieds et portant des vêtements en lambeaux, malgré les rigueurs de l’hiver. Ainsi puissant en œuvres et en paroles, il ramena quantité d’hérétiques à la foi, de pécheurs à la pénitence, d’ennemis à la paix et à la concorde.
Cinquième leçon. Comme il était à Laon, l’Évêque le pria de ne pas s’éloigner de son diocèse. S’étant alors choisi une retraite dans un lieu désert appelé Prémontré, et après y avoir réuni treize compagnons, il institua l’Ordre de Prémontré pour lequel, dans une vision miraculeuse, saint Augustin lui donna une règle. La renommée de sa sainteté se répandait de plus en plus et un grand nombre de disciples venant à lui tous les jours, son Ordre fut confirmé par Honorius II et d’autres Papes ; il construisit de nombreux monastères et son institut se propagea d’une façon admirable.
Sixième leçon. Appelé à Anvers, il y détruisit la détestable hérésie de Tanquelin. Son esprit prophétique et ses miracles le rendirent célèbre. Finalement, ayant été élevé, malgré sa résistance, sur le siège archiépiscopal de Magdebourg, il s’y montra ferme à défendre la discipline ecclésiastique et particulièrement le célibat des Prêtres. Au concile de Reims, il seconda singulièrement Innocent II, et s’étant rendu à Rome avec d’autres Évêques, il réprima le schisme de Pierre de Léon. Enfin cet homme de Dieu, plein de l’Esprit-Saint et chargé de mérites, s’endormit dans le Seigneur à Magdebourg, l’an du salut mil cent trente-quatre, le six juin.
L ’Esprit divin multiplie les secours sur la route de l’Église. Il semble vouloir nous montrer aujourd’hui que la puissance de son action ne doit point s’amoindrir avec les années ; voici que douze siècles après sa venue, éclatent dans le monde les mêmes miracles de conversion et de grâces qui signalèrent son glorieux avènement du ciel en terre.
Norbert, qui porte en ses veines le sang des empereurs et des rois, s’est vu convier surnaturellement, dès le sein de sa mère Hadwige, à une noblesse plus haute ; et cependant, trente-trois années d’une vie qui n’en doit guère compter plus de cinquante, ont été données par lui sans réserve aux plaisirs. Il est temps pour l’Esprit divin de hâter sa conquête. Un jour, dans un orage soudainement survenu, la foudre tombe au-devant du prodigue ; elle le précipite de son cheval, et creuse un abîme entre lui et le but où le porte une soif inassouvie de vanités qui n’arrivent pointa combler le vide de son cœur. Alors, au plus intime de son âme retentit la voix qu’entendit Saul sur le chemin de Damas : « Norbert, où vas-tu ? » Et le miséricordieux dialogue continue entre Dieu et ce nouveau Paul : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? — Éloigne-toi du mal, et fais le bien ; cherche la paix et poursuis-la ». Vingt ans après, Norbert est au ciel, occupant parmi les pontifes un trône illustre, et rayonnant de l’éclat qui marque dans la patrie les fondateurs des grands Ordres religieux.
Quelle trace profonde, durant les années de sa pénitence, il a laissée sur terre ! L’Allemagne et la France évangélisées, Anvers délivré d’une infâme hérésie, Magdebourg arraché par son archevêque aux dérèglements qui souillaient la maison de Dieu : tant d’œuvres dignes de remplir une longue et sainte vie, ne sont point pourtant les plus beaux titres de Norbert à la reconnaissance de l’Église. Avant d’être appelé malgré lui aux honneurs de l’épiscopat, l’ancien hôte de la cour impériale avait choisi dans les forêts du diocèse de Laon, pour prier Dieu et châtier son corps, une solitude inhabitable. Mais bientôt Prémontré a vu ses marécages envahis par des multitudes ; les plus beaux noms de la noblesse venaient demander au grand pénitent la science du salut. En même temps, Notre-Dame lui montrait l’habit blanc que ses disciples devaient revêtir ; saint Augustin leur donnait sa Règle. Une famille nouvelle de Chanoines réguliers, la plus illustre, était fondée ; ajoutant aux obligations du culte divin solennel les austérités de sa pénitence ininterrompue, elle dévouait également ses membres au service des âmes par la prédication et l’administration des paroisses.
Il fallait, dans l’Église de Dieu, ce complément à l’œuvre des moines qui avaient relevé, au siècle précédent, l’épiscopat et la papauté du servilisme féodal. Les moines, quoique n’excluant de leur vie aucune œuvre sainte, ne pouvaient cependant, aussi nombreux qu’il eût été nécessaire, quitter leurs cloîtres et prendre sur eux la charge des âmes, que tant de pasteurs indignes du second ordre continuaient de trahir, dans le douzième siècle, au profit de leurs passions simoniaques et concubinaires. Seule, néanmoins, la vie religieuse pouvait relever le sacerdoce, depuis les hauts sommets de la hiérarchie jusqu’aux derniers rangs de la milice sainte. Norbert fut élu de Dieu pour une part de cette œuvre immense ; et l’importance de sa mission explique la prodigalité sublime avec laquelle l’Esprit-Saint multiplia autour de lui les vocations. Le nombre et la rapidité des fondations permirent de porter bientôt partout le secours ; l’Orient lui-même vit presque aussitôt se lever sur lui la lumière de Prémontré. Au XVIIIe siècle, malgré les destructions des Turcs et les ravages de la prétendue Réforme dans les pays où sa diffusion avait été la plus grande, l’Ordre, divisé en vingt-huit provinces, renfermait encore dans presque toutes ses maisons de cinquante à cent vingt chanoines, et l’on comptait toujours par milliers les paroisses confiées à ses soins.
Les religieuses, dont la sainte vie et les prières sont l’ornement et le secours de l’Église militante, occupèrent dès l’origine la place qui leur était due dans cette innombrable famille ; au temps du fondateur ou peu après sa mort, on en comptait plus de mille à Prémontré même. Un tel chiffre pourra nous donner une idée de la propagation vraiment prodigieuse de l’Ordre à ses débuts. Norbert étendit également sa charité aux personnes qui, comme Thibault comte de Champagne, eussent voulu le suivre au désert, et que la volonté de Dieu retenait dans le monde ; il préluda aux pieuses associations que nous verrons saint Dominique et saint François organiser, au siècle suivant, sous le nom de tiers-ordres.
Vous sûtes racheter le temps comme il convenait, ô Norbert, en ces jours mauvais où vous-même, entraîné par l’exemple de la multitude insensée, aviez frustré Dieu si longtemps dans ses desseins d’amour. Les années refusées par vous d’abord au service du seul vrai Maître du monde lui sont revenues multipliées à l’infini, augmentées de toutes celles que lui ont données vos fils et vos filles. En vingt ans, vos œuvres personnelles ont, elles aussi, rempli le monde. Le schisme abattu, l’hérésie terrassée pour la plus grande gloire du divin Sacrement qu’elle attaquait dès lors, les droits de l’Église revendiqués intrépidement sur les princes de ce monde et tous les détenteurs injustes, le sacerdoce rendu à sa pureté première, la vie chrétienne affermie sur ses véritables fondements qui sont la prière et la pénitence : tant de triomphes en si peu d’années, sont dus à la générosité qui vous empêcha de regarder en arrière, même un instant, du jour où l’Esprit-Saint toucha votre cœur. Faites donc comprendre aux hommes qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à servir Dieu. Fût-on, comme vous, déjà sur le soir de la vie, ce qu’il reste de temps suffit à faire de nous des saints, si nous donnons pleinement ce reste au ciel.
Foi et patience furent vos vertus chéries ; répandez-les sur notre triste siècle, qui ne sait plus que douter et que jouir en allant stupidement à l’abîme. N’oubliez point dans le ciel, ô apôtre, les contrées que vous avez évangélisées, malgré leur oubli, malgré leur retour aux tromperies de l’enfer. Saint pontife, Magdebourg a perdu l’antique foi, et avec elle le dépôt qu’elle ne méritait plus de votre saint corps ; Prague possède aujourd’hui vos reliques sacrées ; en bénissant l’hospitalière cité, priez pour la ville ingrate qui n’a pas su garder son double trésor. Enfin, ô fondateur de Prémontré, souriez à la France qui se réclame de votre plus pure gloire. Obtenez de Dieu que, pour le salut de nos temps malheureux, il rende à votre puissant Ordre quelque peu de son ancienne splendeur. Bénissez dans leur trop petit nombre, ceux de vos fils et de vos filles qui cherchent, en dépit des hostilités ridicules et odieuses du pouvoir, à faire revivre chez nous vos bienfaits. Maintenez en eux votre esprit : qu’ils sachent trouver dans la paix avec eux-mêmes le secret du triomphe sur les forces de Satan ; que les splendeurs du culte divin soient toujours pour eux la montagne aimée d’où, comme Moïse, ils rapportent au peuple chrétien, nouvel Israël, la connaissance des volontés du Seigneur.
Saint Boniface évêque et martyr
Collecte
O Dieu, qui avez daigné appeler une multitude de peuples à la connaissance de votre nom par le zèle du bienheureux Boniface, votre Martyr et Pontife, accordez-nous, dans votre bonté, que, célébrant sa fête, nous ressentions les effets de sa protection.
Office
Quatrième leçon. Boniface, nommé d’abord Winfrid, naquit en Angleterre, à la fin du septième siècle. Dès son enfance, il n’eut que de l’éloignement pour le monde, et tourna ses vœux vers la vie monastique. Son père ayant tenté vainement de changer sa résolution en faisant valoir à ses yeux les attraits du siècle, il entra dans un monastère, et, sous la direction du bienheureux Wolfard, se forma à toute espèce de vertus et de sciences. A l’âge de trente ans il reçut le caractère sacerdotal. Prédicateur assidu de la parole divine, il n’était animé, dans cette fonction, que du désir de gagner des âmes. Ayant à cœur de voir s’étendre le règne de Jésus-Christ, il ne cessait de pleurer en pensant à la multitude de barbares qui, plongés dans l’ignorance, étaient asservis au démon. Comme ce zèle des âmes s’accroissait de jour en jour avec une ardeur inextinguible, il consulta la volonté divine par des prières accompagnées de larmes, et obtint du supérieur du monastère la permission de partir pour les rivages de la Germanie.
Cinquième leçon. Quittant l’Angleterre en bateau avec deux compagnons, il vint à la ville de Doreste en Frise ; mais comme une guerre très violente s’était déclarée entre Radbod, roi des Frisons, et Charles Martel, il prêcha l’Évangile sans résultat ; il revint donc en Angleterre, et retourna dans son monastère, au gouvernement duquel on l’éleva malgré lui. Deux ans après, il abdiqua sa charge du consentement de l’Évêque de Winchester, et partit pour Rome, afin que l’autorité apostolique le déléguât à la conversion des Gentils. Arrivé à Rome, Grégoire II le reçut avec bonté et changea son nom de Winfrid en celui de Boniface. Envoyé en Germanie, il annonça le Christ aux peuples de la Thuringe et de la Saxe ; et comme pendant ce temps-là le roi des Frisons, Radbod, ennemi acharné du nom chrétien, était mort, Boniface se dirigea de nouveau vers la Frise, où, en compagnie de saint Willibrod, il prêcha durant trois ans l’Évangile avec tant de fruit, que, les statues des idoles ayant été détruites, d’innombrables églises furent élevées au vrai Dieu.
Sixième leçon. Sollicité par saint Willibrod pour qu’il acceptât la dignité épiscopale, il s’y refusa afin de travailler plus librement et plus activement au salut des infidèles. S’étant avancé en Germanie, il détourna plusieurs milliers de Hessois du culte du démon. Appelé à Rome par le Pape Grégoire, il fut sacré Évêque, après avoir fait une admirable profession de foi. De là, il retourna vers les peuples germains et délivra presque entièrement la Hesse et la Thuringe des restes de l’idolâtrie. De si grand mérites valurent à Boniface d’être élevé par Grégoire III à la dignité archiépiscopale. S’étant rendu à Rome pour la troisième fois, il fut nommé par le souverain Pontife légat du Siège apostolique. Revêtu de cette autorité, il fonda quatre évêchés et réunit plusieurs synodes, parmi lesquels le mémorable concile de Leptines, dans le diocèse de Cambrai, en Belgique, et contribua alors puissamment à augmenter la foi parmi les Belges. Créé Archevêque de Mayence par le Pape Zacharie, il sacra par l’ordre du même Pontife, Pépin, roi des Francs. Après la mort de saint Willibrod, l’Église d’Utrecht lui fut confiée et il la gouverna d’abord par l’intermédiaire d’Eoban, ensuite par lui-même, lorsque, déchargé de l’Église de Mayence, il vint se fixer à Utrecht. Les Frisons étant retombés dans l’idolâtrie, il entreprit de nouveau de leur prêcher l’Évangile. Comme il était occupé de ce devoir pastoral, des hommes barbares et impies l’attaquèrent aux bords de la Burda. Enveloppé dans un sanglant massacre avec Eoban, associé à son épiscopat, et beaucoup d’autres, il eut comme eux les honneurs de la palme du martyre. Le corps de saint Boniface fut transporté à Mayence, puis enseveli, comme il l’avait demandé de son vivant, dans le monastère de Fulde, fondé par lui et devenu illustre par les nombreux miracles de ce Saint. Le souverain Pontife Pie IX a étendu son Office et sa Messe à l’Église universelle.
Le Fils de l’homme, proclamé Roi dans les hauteurs des cieux au jour de son Ascension triomphante, laisse à l’Épouse qu’il s’est donnée le soin et la gloire de faire reconnaître ici-bas son domaine souverain. La Pentecôte est le signal des conquêtes de l’Église ; c’est alors qu’elle s’éveille au souffle de l’Esprit-Saint ; toute remplie de cet Esprit d’amour, elle aspire comme lui aussitôt à posséder la terre. Les Anglo-Saxons et les Francs viennent de prêter en ses mains leur serment de foi et hommage au Christ, à qui toute puissance fut donnée sur la terre et au ciel. Winfrid aujourd’hui, réalisant le beau nom de Boniface ou bienfaisant que lui donna Grégoire II, se présente entouré des multitudes arrachées par lui du même coup au paganisme et à la barbarie. Grâce à l’apôtre de la Germanie, l’heure bientôt va venir pour l’Église de constituer dans ce monde à l’Époux, indépendamment de sa principauté sur les âmes, un empire plus puissant qu’aucun de ceux qui l’auront précédé ou suivi.
Le Père éternel attire à son Fils, non pas seulement les hommes, mais les nations ; elles sont dans le temps son héritage, non moins que le ciel l’est pour l’éternité. Or il ne suffit pas aux complaisances de Dieu pour son Verbe fait chair, que les nations viennent isolément chacune reconnaître en lui leur Seigneur et maître. C’est le monde qui lui fut promis comme possession, sans distinction de peuples, sans limites autres que les bornes de la terre ; reconnu ou non, son pouvoir est universel. Chez plusieurs sans doute, la méconnaissance ou l’ignorance du droit royal de l’Homme-Dieu doit durer jusqu’au delà du temps ; pour tous encore, nous le savons trop, la révolte sera possible. Il convenait cependant que l’Église, dès qu’elle le pourrait, mît à profit son influence sur les nations baptisées, pour les rassembler dans l’unité d’un même acquiescement extérieur à cette royauté source de toutes les autres. A côté du Pontife, vicaire de l’Homme-Dieu en ce qui touche les intérêts du ciel et des âmes, il y avait place, dans le domaine de la vie présente, pour un chef de la chrétienté qui ne fût tel qu’à titre de lieutenant du Christ Seigneur des seigneurs. Ainsi devait se trouver réalisée en toute plénitude, pour le fils de David, la principauté grandiose que les prophètes avaient annoncée.
Institution vraiment digne du nom qui lui sera donné de Saint-Empire ; dernier résultat de la glorieuse Pentecôte, comme étant la consommation du témoignage rendu par l’Esprit à Jésus pontife et roi. Aussi, quelques jours encore ; et Léon III, l’auguste Pontife appelé par l’Esprit-Saint à poser le couronnement de son œuvre divine, proclamera, aux applaudissements du monde, l’établissement de cet empire nouveau sous le sceptre de l’Homme-Dieu, dans la personne de Charlemagne représentant du Roi des rois. Telle que nous pouvions la prévoir jusqu’ici néanmoins par les enseignements de la sainte Liturgie, cette œuvre merveilleuse n’était pas encore suffisamment préparée ; de vastes régions, celles-là même qui doivent former l’apanage principal du futur empire, ne connaissaient pas même le nom du Seigneur Jésus, ou ne conservaient d’une prédication première, étouffée sous le tumulte des invasions, qu’un mélange confus de pratiques chrétiennes et de superstitions idolâtriques. Et c’est pourquoi, précurseur de Léon III, Boniface se lève, revêtu de la force d’en haut. Descendant de ces Angles à figure d’anges, par qui l’ancienne Bretagne est devenue l’île des Saints, il brûle de porter à la Germanie d’où sortirent ses aïeux, la lumière qui est venue les trouver dans la terre de leur conquête.
Trente ans d’une vie monastique commencée dès l’enfance malgré les caresses et les larmes d’un père, ont préparé son âme ; mûri dans la retraite et le silence d’un si long temps, rempli de la science divine, accompagné des prières de ses frères, il peut en toute sécurité suivre l’attrait qui l’appelle. Rome le voit d’abord soumettant ses vues au vicaire de l’Homme-Dieu, source féconde autant qu’unique de toute mission dans l’Église. Grégoire II, digne en tout des grands papes honorés du même nom, exerçait alors sur le monde chrétien la vigilance apostolique ; entre les écueils dressés par l’astuce lombarde et l’hérétique démence de Léon l’Isaurien, sa ferme et prudente main conduisait sûrement la barque de Pierre aux gloires souveraines qui l’attendaient en ce siècle huitième. Dans l’humble moine prosterné à ses pieds, l’immortel Pontife a bientôt reconnu l’auxiliaire puissant que lui envoie le ciel ; et, muni de la bénédiction apostolique, Winfrid, devenu Boniface, sent l’Esprit-Saint l’entraîner à des conquêtes que Rome même autrefois n’avait point rêvées.
Par les sentiers qu’il trace au delà du Rhin dans les régions non frayées de la terre barbare, l’Épouse du Fils de Dieu pénètre plus avant que ne firent les légions, renversant les dernières idoles des faux dieux, civilisant et sanctifiant les hordes farouches, fléau du vieux monde. Fils de saint Benoît, le moine anglo-saxon donne à son œuvre une stabilité qui défiera les siècles. Partout s’élèvent des monastères, prenant pour Dieu possession du sol même, fixant autour d’eux par la force de l’exemple et leurs bienfaits les tribus nomades. Sur tous les fleuves, du sein des forêts, en guise des cris de vengeance et de guerre, monte maintenant l’accent de la prière et de la louange au Dieu très-haut. Disciple chéri de Boniface, Sturm préside à cette colonisation pacifique, qui laisse loin derrière elle les colonies de vétérans dans lesquelles Rome païenne mettait la principale force de son empire.
Voici qu’à la même heure, en ces sauvages régions où la violence jusque-là régnait en souveraine, s’organise la milice sainte des épouses du Seigneur. L’Esprit de la Pentecôte a soufflé dans la terre des Angles, et, comme au Cénacle, les saintes femmes en ont eu leur part ; les vierges consacrées, obéissant à l’impulsion céleste, ont quitté leur patrie et le monastère où s’abrita leur enfance. Après avoir pourvu de loin d’abord aux besoins de Winfrid, copié pour lui en lettres d’or les livres saints, elles rejoignent l’apôtre ; intrépides, elles ont passé la mer, et sont venues, sous la garde de l’Époux, prendre leur part des travaux entrepris pour sa gloire. Lioba les conduit : Lioba, dont la douce majesté, dont les traits célestes élèvent la pensée au-dessus de la terre ; qui, par sa science des Écritures, des Pères et des saints Canons, égale les plus célèbres docteurs ; mais l’Esprit divin a plus encore enrichi son âme d’humilité et de saint héroïsme. Elle sera mère de la nation allemande. Les hères Germaines, avides de sang, qui, au jour de leurs noces, n’agréaient pour dons qu’un cheval de bataille avec le bouclier et la framée, apprendront d’elle les qualités de la femme forte. On ne les verra plus s’enivrer de carnage et ramener au combat leurs maris vaincus ; mais les vertus de l’épouse et de la mère remplaceront en elles la fureur des camps ; la famille sera fondée sur le sol germanique, et, avec elle, la patrie.
C’est ce qu’avait compris Boniface, en appelant à lui Lioba, Walburge, et leurs compagnes. Épuisé de travaux, fatigué plus encore, hélas ! Comme il arrive à tous les hommes de Dieu, par de mesquines jalousies se couvrant d’un faux zèle, l’athlète du Christ ne dédaignait pas de venir lui-même trouver près de sa fille bien-aimée conseil et réconfort. Appréciant à sa valeur la part qu’elle avait eue dans son œuvre, il la voulut pour compagne de son repos dans la tombe, en sa chère abbaye de Fulda.
Mais l’apôtre est loin encore d’être au soir de sa vie. Il doit assurer le sort spirituel des convertis sans nombre qu’a faits sa parole, et placer à leur tête ceux que l’Esprit-Saint désigne gouverner l’Église de Dieu. Par ses soins, la hiérarchie sacrée se constitue et se développe ; le sol se couvre d’églises ; et sous la houlette d’évêques élus de Dieu, des peuples nouveaux, créés comme par enchantement, vivent à la gloire de la Trinité sainte en ces contrées hier païennes, où Satan avait cru pouvoir éterniser sa domination.
Vainement d’autre part, Arius, Manès, divers corrupteurs de la foi sainte anciens et nouveaux, chassés de partout, végètent encore sur les confins ignorés du paganisme germain ; vainement la cupidité d’indignes ministres du Seigneur se flatte d’exploiter toujours l’ignorance de chrétientés trop éloignées du centre vital, et jusque-là forcément délaissées. L’éclat inaltéré du Verbe divin, qui revêt Boniface comme une robe de gloire, rayonne de lui jusqu’au fond des retraites obscures où l’hérésie se dérobe ; le fouet dont l’Homme-Dieu s’arma pour expulser les vendeurs du temple est dans les mains de son apôtre, et il chasse loin de leurs troupeaux sacrilègement abusés les prêtres infâmes qui, à prix égal, offrent au Dieu très-haut l’hostie du salut, ou immolent des bœufs et des boucs aux divinités vaincues de la Germanie. Au bout de quarante années d’un fécond apostolat, l’Allemagne, convertie ou délivrée des pasteurs mercenaires, est acquise au Christ.
Mais le vaillant précurseur du Saint-Empire ne doit pas borner son action puissante à préparer la race germanique aux grandes destinées qui l’attendent. La France, fille aînée de l’Église, est, dans ses princes, appelée la première à porter le globe d’or surmonté de la croix, auguste emblème de l’universelle royauté du Fils de Dieu. Or, si la France de Clotilde, pure d’hérésie, reste fidèle à son baptême, elle-même cependant réclame du ciel à cette heure le secours nécessaire au salut des nations dans les périodes critiques de leur histoire. Les descendants de Clovis n’ont conservé de son royal héritage que le titre vain d’un pouvoir qu’ils n’ont plus, tandis que la vraie puissance est passée aux mains d’une famille nouvelle : race vigoureuse, qui vient de donner sa mesure en écrasant près de Poitiers l’immense armée des Maures. Mais en sauvant la chrétienté, Charles Martel conduit l’Église de France à deux doigts de sa ruine par la distribution qu’il fait des sièges épiscopaux, des abbayes, aux compagnons de sa victoire. Sous peine d’une situation non moins désastreuse que ne l’eût faite la victoire d’Abdrame, il faut déposséder de leurs crosses usurpées ces étranges titulaires, et renvoyer du moins leurs fils aux armées franques ; avec autant de douceur que de fermeté, par l’ascendant de la vertu, il faut amener le héros de Poitiers et sa descendance au respect du droit des Églises.
Victoire plus glorieuse que la défaite des Maures, et qui fut celle de notre Boniface ! Triomphe de la sainteté désarmée, aussi profitable aux vaincus qu’à l’Église même ; car il devait faire du farouche soldat, bâtard de Pépin d’Herstal, la souche pour les Francs d’une deuxième dynastie dont la gloire allait surpasser l’illustration des rois de la première race.
Légat de saint Zacharie comme il l’avait été de Grégoire III son prédécesseur, Boniface avait fixé à Mayence son siège épiscopal, pour mieux garder au Christ en même temps et la Germanie, conquête de son premier apostolat, et la France sauvée par ses derniers labeurs. Comme un autre Samuel, lui-même consacra de ses mains la nouvelle royauté, en conférant, par un rite nouveau chez les Francs, l’onction sacrée à Pépin le Bref, fils de Charles Martel. On était arrivé à l’année 752. Encore enfant, un autre Charles, héritier futur du trône qu’il venait d’affermir ainsi par la force de l’huile sainte, attirait les bénédictions du vieillard. Mais Fonction royale de cet enfant était réservée au Pontife suprême ; et un diadème plus auguste encore que celui des rois francs devait plus tard se poser sur son front, pour manifester en lui, à la tète de l’Empire romain renouvelé, le lieutenant du Christ.
L’œuvre personnelle de Boniface était achevée ; comme le vieillard Siméon, il avait vu l’objet des ambitions et des labeurs de sa vie, le salut préparé par Dieu au nouvel Israël. Lui aussi ne songe plus qu’à s’en aller dans la paix du Seigneur ; mais l’entrée dans la paix pour un tel apôtre, et il l’entend bien ainsi, ne saurait être que le martyre. L’heure va sonner ; le vieil athlète a choisi son dernier champ de bataille. C’est la Frise, encore à demi païenne ; il y a un demi-siècle, au début de sa carrière apostolique, il avait fui cette contrée pour échapper à l’épiscopat que saint Willibrord voulait lui imposer dès lors ; aujourd’hui qu’elle n’a plus que la mort à lui offrir, il aspire à s’y rendre. Dans une lettre d’humilité sublime, il se prosterne aux pieds d’Etienne III qui vient de succéder à Zacharie, et remet au Siège apostolique la correction de ce qu’il appelle les maladresses et les fautes de sa longue vie ; il laisse à Lull, son très cher fils, l’Église de Mayence ; il recommande au roi des Francs les prêtres disséminés dans toute la Germanie, les moines, les vierges qui l’ont suivi dans ces lointaines contrées. Puis, faisant disposer parmi les quelques livres qu’il emporte avec lui le suaire qui doit envelopper son corps, il désigne les compagnons de son dernier voyage, et part avec eux pour cueillir la couronne.
Vous avez été, grand apôtre, le serviteur fidèle de Celui qui vous avait choisi comme ministre de sa parole sainte et propagateur de son règne. En quittant la terre afin d’aller faire reconnaître sa royauté des célestes phalanges, le Fils de l’homme n’en restait pas moins le roi de ce monde qu’il abandonnait pour un temps. Il comptait sur l’Église pour lui garder sa principauté d’ici-bas.
Bien faible encore était, à l’heure de son Ascension, le nombre de ceux qui voyaient en lui leur Seigneur et Maître. Mais la foi déposée dans les âmes de ces premiers élus était un trésor qu’ils firent valoir en banquiers habiles, et surent multiplier par le commerce apostolique. Transmis de génération en génération jusqu’au retour de l’Homme-Dieu, le précieux dépôt devait produire au Seigneur absent des intérêts toujours plus considérables. Il en fut bien ainsi, ô Winfrid, dans le siècle où vous apportâtes à l’Église le tribut de labeurs qu’elle réclame de tous ses fils à cette fin, quoique en des proportions différentes. Vos œuvres parurent bonnes et profitables entre toutes à la Mère commune ; dans sa reconnaissance, prévenant la gratitude de l’Époux lui-même, elle voulut vous appeler dès ce monde du nom nouveau sous lequel vous êtes maintenant connu dans les cieux.
Et, en effet, jamais richesses pareilles à celles que vous lui préparâtes, affluèrent-elles dans les mains de l’Épouse ? Jamais l’Époux apparut-il mieux et plus pleinement le chef du monde, qu’en ce huitième siècle où les princes francs, formés par vous à leurs grandes destinées, constituèrent la souveraineté temporelle de l’Église, et se firent gloire d’être, à côté du vicaire de l’Homme-Dieu, les lieutenants du Seigneur Jésus ? Le Saint-Empire vous doit d’avoir été possible, ô Boniface. Sans vous, la France s’abîmait dans les hontes d’un clergé simoniaque, et périssait avant même d’avoir vu Charlemagne ; sans vous, l’Allemagne restait aux barbares et à leurs dieux ennemis de toute civilisation et de tout progrès. Sauveur des Germains et des Francs, recevez nos hommages.
Devant la grandeur de vos œuvres, au souvenir des grands papes et de ces princes à la taille colossale dont la gloire relève de la vôtre en toute vérité, l’admiration égale en nous la reconnaissance. Mais pardonnez si, à la pensée des grands siècles, hélas ! si loin de nous, un retour sur nos temps amoindris vient mêler la tristesse aux joies de votre triomphe. Les pygmées qui s’admirent aujourd’hui parce qu’ils savent détruire et souiller, ne méritent sans doute que le mépris. Mais combien, à la lumière de votre politique sainte et de ses résultats, ô précurseur de la glorieuse confédération des peuples chrétiens, apparaissent malhabiles et coupables ces faux grands princes, ces hommes d’État de l’avant-dernier siècle, sottement admirés d’un monde qu’ils ont acheminé vers sa ruine ! Les nations catholiques, s’isolant l’une de l’autre, ont dénoué les liens qui les groupaient autour du vicaire de l’Homme-Dieu ; leurs princes, oubliant qu’ils étaient, eux aussi, les représentants du Verbe divin sur la terre, ont traité avec l’hérésie pour afficher leur indépendance à l’égard de Rome ou s’abaisser mutuellement. Aussi la chrétienté n’est plus. Sur ses débris, contre-façon odieuse du Saint-Empire, Satan dresse, à la honte de l’Occident, son faux empire évangélique, formé d’empiétements successifs, et reconnaissant pour première origine l’apostasie du chevalier félon Albert de Brandebourg.
Les complicités qui l’ont rendu possible ont reçu leur châtiment. Puisse la justice de Dieu être enfin satisfaite ! O Boniface, criez avec nous miséricorde au Dieu des armées. Suscitez à l’Église des serviteurs puissants comme vous le fûtes, en paroles et en œuvres. Venez de nouveau sauver la France de l’anarchie. Détruisez l’empire de Satan, et rendez à l’Allemagne le sentiment de ses vraies grandeurs avec la foi des anciens jours.
Super Heb., cap. 1 l. 5
Lectio 5
Super Heb., cap. 1 l. 5 Supra praemiserat apostolus quatuor, in quibus Christus excellit Angelos, et probavit duo illorum, scilicet et quod excedit eos, quia est Filius, et quia est haeres, nunc probat tertium, scilicet quod excedit eos in virtute operationis, quia per eum Pater fecit et saecula. Hoc autem probat apostolus ex auctoritate eiusdem prophetiae, et circa hoc duo facit. Primo ostendit virtutem operationis inquantum creator; secundo quantum ad differentiam creatoris ad creaturam, ibi ipsi peribunt. Circa primum duo facit, quia primo ponit creationem terrae; secundo caelorum, ibi et opera manuum. Sciendum est autem circa primum, quod hoc potest dupliciter legi: uno modo, ut sit sermo prophetae directus ad Patrem, ut sit sensus tu, Domine, scilicet Deus Pater, fundasti terram in principio, id est in Filio tuo, qui est principium. Jn. VIII, 25: ego principium, qui et loquor vobis. Et hoc tantum valet ac si dixisset: tu fundasti terram per filium: Ps. CIII, 24: omnia in sapientia fecisti. Filius autem est sapientia genita, unde supra dixit eum splendorem gloriae. Et hoc quod dicit hic, respondet huic quod supra dixit per quem fecit et saecula. Alio modo, quod sit sermo directus ad Filium, sic: et tu, Domine, scilicet Fili, fundasti terram in principio, scilicet temporis, ut excludat opinionem ponentium aeternitatem mundi; vel in principio, scilicet productionis rerum, ut excludat opinionem dicentium, corporalia non fuisse creata cum spiritualibus, sed post. Gn. I, 1: in principio creavit Deus caelum et terram. Eccli. XVIII, 1: qui vivit in aeternum, creavit omnia simul. Sciendum est autem, quod tripliciter potest distingui terra a caelo. Uno modo et ad litteram quod per terram intelligatur elementum terrae, per caelum autem superiora corpora; ut sicut Moyses non facit mentionem de aere, quia est cum aqua, ita hic intelligit per caelum, ipsum caelum et alia duo elementa, scilicet aerem et ignem, quae magis accedunt ad naturam caeli, quod patet ex loco ipsorum. Sic etiam accipit Moyses. Et dicit fundasti, ut ostendat tria ad terram pertinere, primo quidem terrae quietem; omnia enim alia participant motum, sola autem terra secundum totalitatem suam immobilis perseverat, ut sit sensus fundasti, id est, firmasti. Ps. CIII, 5: qui fundavit terram super stabilitatem suam. Secundo, ut ostendat terrae perpetuitatem, nam fundamentum aedificii inter alias eius partes stabilius est. Terra autem in aeternum stat, Eccle. I, 4. Et secundum hoc dicit fundasti terram, id est, perpetuo solidasti. Tertio, ut ostendat terrae ordinem, quia sicut fundamentum, quod est prima pars aedificii, est in imo, ita terra inter omnia elementa tenet locum imum. Is. XLVIII, 13: manus mea fundavit terram. Ps.: aridam fundaverunt manus eius. Non autem dicit fecisti caelos, sed opera manuum tuarum sunt caeli, quia illud quod aliquis facit manibus, magis diligenter videtur facere. Et ideo sic loquitur ad designandum nobilitatem et pulchritudinem ipsorum. Is. XLVIII, 13: dextera mea mensa est caelos. Aliter vero quod per terram intelligat totam naturam corporalem. Et sic terram fundasti, quia materia est locus et fundamentum formarum; per caelos autem, spirituales substantias. Ps. CXLVIII, 4: laudate eum, caeli caelorum. Et hi sunt opera manuum eius, quia fecit eos ad imaginem et similitudinem suam. Vel per terram imperfecti in Ecclesia, quia sunt fundamentum aliorum; quia nisi esset activa in Ecclesia, contemplativa non subsisteret. Per caelos contemplativi. Et haec facta in Ecclesia in principio, id est per Filium. Is. LI, 16: posui verba mea in ore tuo, ut fundes terram, id est, imperfectos, et plantes caelos, id est, perfectos. Quantum autem ad caelos dicit opera manuum tuarum sunt caeli. Dicit autem opera manuum tuarum, et non simpliciter, caelos fecisti, propter quatuor rationes. Primo, ut excludat errorem dicentium Deum esse animam caeli, et per consequens totum mundum et partes eius debere coli ut Deus, quod et idololatrae faciebant; et hoc excludit, cum dicit opera manuum tuarum sunt caeli, quasi dicat: non sunt proportionati tibi, ut corpus animae, sed subiecti et proportionati virtuti, et voluntati tuae. Dt. IV, 19: ne forte oculis ad caelum elevatis, videas solem et lunam et omnia astra caeli, et errore deceptus, adores ea. Secundo ut designet caelorum dignitatem et pulchritudinem, quia illud dicimus manibus facere, quod diligenter facimus; ut ergo ostendat caelos excellentiori modo quam alias creaturas corporales divina sapientia conditos esse, dicit opera manuum tuarum sunt caeli. Et hoc patet; quia diversitas in istis inferioribus potest reduci ad dispositionem materiae, sed diversitas corporum caelestium nullo modo potest reduci nisi ad sapientiam divinam. Et inde est, quod quandocumque fit mentio de creatione caeli, additur ibi, prudenter, vel intellectus vel aliquid huiusmodi, secundum illud Jr. IV: stabilivit caelos prudenter, et secundum illud Ps. CXXXV, 5: qui fecit caelos intellectu. Tertio ut ostendat, quod in caelis magis refulget virtus divina creatoris, secundum Glossam; nihil enim est in creaturis, in cuius conditione appareat tantum virtutis Dei, et hoc propter magnitudinem ipsorum et ordinem. Sg. XIII, 5: a magnitudine enim speciei et creaturae, cognoscibiliter poterit horum creator videri. Quarto ad ostendendum, quod inter omnia corpora, corpus caeleste immediatius recipit influentiam a Deo, et per ista derivatur in ista inferiora. Jb XXXVIII, 33: numquid nosti ordinem caeli, et pones rationem eius in terra? Quasi dicat: si bene consideras dispositionem caeli, non potes attribuere causam dispositionis eius alicui rei terrenae, sed Deo. Alio modo potest exponi, ut per terram accipiatur tota materia corporalis, per caelos vero spirituales substantiae. Et sic est sensus: in principio temporis terram, id est, materiam corporalem, fundasti, id est, quasi fundamentum formarum stabilisti; et sic intelligitur illud Ps. CXLVIII, 7: laudate Dominum de terra, et cetera. Sed caeli, id est substantiae spirituales, Ps. CXLVIII, 4: laudent illum caeli, etc., sunt opera manuum tuarum, quia scilicet fecisti eos ad imaginem et similitudinem tuam. Tertio modo potest exponi, ut per terram intelligantur infimi in Ecclesia, per caelos vero supremi, et sic est sensus in principio, id est per Filium, terram fundasti, id est activos et infimos in Ecclesia; et dicuntur fundati, quia sunt quasi fundamentum aliorum, nam nisi essent activi in Ecclesia, viri contemplativi non sustentarentur. Sed caeli, id est contemplativi et perfectiores, sunt opera manuum tuarum, id est, excellentiori praeeminentia praediti. Ps. XVIII, 2: caeli enarrant gloriam Dei; et Is. I, 2: audite, caeli, id est, maiores; auribus percipe, terra, id est, minores. Consequenter cum dicit ipsi peribunt, ostendit differentiam inter creatorem et creaturam, et hoc quantum ad duo, quae sunt propria creatori; primum est aeternitas; secundum est immutabilitas, de qua ibi et omnes ut vestimentum veterascent, et cetera. Circa primum duo facit, quia primo ponit terminationem creaturae; secundo interminationem Dei, ibi tu autem permanebis. Dicit ergo primo: ipsi, scilicet caeli, peribunt. Sed contra Eccle. I, 4: terra in aeternum stat; ergo videtur, quod multo plus caeli. Respondeo. Dicendum est, quod secundum Augustinum et philosophum, in qualibet mutatione est generatio et corruptio. Unde quicquid mutatur, perit a statu in quo erat. Ergo quod dicit quod caeli peribunt, non intelligitur quantum ad substantiam, de qua Jb XXXVII, 18: qui solidissimi quasi aere fusi sunt, sed quantum ad statum quem nunc habent. Ap. XXI, 1: vidi caelum novum et terram novam. I Cor. VII, 31: praeterit figura mundi huius. Sed quomodo mutabunt statum? Diversimode, quia caeli superiores moventur quidem secundum locum, sed non alterantur. Inferiores vero, scilicet ignis et aer, et moventur et alterantur, et corruptioni sunt subiecti. Sic ergo status omnium caelorum est mutabilis; sed tunc motus cessabit in superioribus, et corruptio in inferioribus, quia aer igne conflagrationis purgabitur. II P. III, 7: caeli qui nunc sunt et terra eodem verbo repositi sunt, igni reservati in diem iudicii, et cetera. Omnes peribunt a statu in quo nunc sunt, et sic quodammodo peribunt, sed tu, Domine, permanebis. Ps. ci, 13: tu autem, Domine, in aeternum permanebis. Hic ostendit permanentiam creatoris, quasi dicat: in te nulla est transmutatio nec vicissitudinis obumbratio, ut Jc. I, 17 dicitur, et Thren. V, 19: tu autem, Domine, in aeternum permanebis, solium tuum in generatione et generationem, quod potest etiam intelligi de Christo homine. Infra ult.: Iesus Christus heri et hodie ipse et in saecula. Deinde cum dicit et omnes, etc., ostendit differentiam Dei ad creaturam quantum ad immutabilitatem. Et circa hoc duo facit. Primo enim ponit mutabilitatem creaturae; secundo immutabilitatem Dei, ibi tu autem idem. Et adhuc circa primum duo facit, quia primo describit rationem mutabilitatis creaturae; secundo subdit illam mutabilitatem, ibi et velut amictum. Circa primum autem sciendum est, quod vetus et novum consequuntur tempus. Unde veterascere non potest, nisi quod aliqualiter mensuratur tempore. Motus autem caelorum mensuratur tempore, sed ipsum mobile mensuratur ipso nunc temporis; ergo in caelo possunt inveniri novitas et vetustas. Unde non veterascent caeli, quasi substantia eorum minuatur, vel corrumpatur in aliquo, sed tantum quantum ad diuturnitatem temporis, quo amplius non mensurabuntur. Et ideo dicit sicut vestimentum, etc., quia causa mutationis caelorum non erit propter defectum virtutis ipsorum, quae in aliquo minuatur. Quia si motus ipsorum cessaret propter defectum virtutis, iam cessatio haberet causam naturalem, et posset deprehendi ratione naturali, cuius contrarium dicitur Mt. XXIV, 36: de die autem et hora illa nemo scit, neque Angeli in caelo, et cetera. Ergo erit propter necessitatem finis: quia omnes creaturae corporales ordinantur ad spirituales, et totus motus deserviens generationi et corruptioni ordinatur ad generationem hominis. Cessante ergo generatione hominis, quod erit quando completus erit numerus electorum et praedestinatorum, cessabit motus ille. Et ideo dicitur vestimentum, quod sumitur ad usum, et cessante usu deponitur, sicut homo calidum vestimentum deponit, veniente aestate, et frigidum, veniente hieme. Sic ergo status mundi, qui nunc est commodatus isti fini, cum completus fuerit numerus ille electorum, iam amplius non erit accommodatus nec necessarius, et ideo sicut vestimentum deponetur. Lc. XXI, 33: caelum et terra transibunt. Consequenter ponit ipsam mutabilitatem, cum dicit et velut amictum mutabis eos, scilicet caelos. Et bene dicit, mutabis tu, Deus, quia non propria virtute, nec per se, sed virtute Dei mutabuntur a motu, sicut amictum, qui ad usum sumitur, et post usum deponitur secundum congruentiam temporis et finis. Et dicit amictum, quia per amictum gloria hominis et manifestatur et tegitur. Ita etiam Deus per creaturas et occultatur nobis et manifestatur. Rm. I, 20: invisibilia Dei per ea quae facta sunt intellecta conspiciuntur. Sg. XIII, 5: a magnitudine enim speciei et creaturae cognoscibiliter poterit horum creator videri, et cetera. Et dicit mutabuntur, quia in perpetuum mutati permanebunt. Item quantum ad caelos spirituales, qui pereunt a vita praesenti per mortem corporis. Rm. XIV: omnes morimur, et quasi aquae dilabimur in terram, quae non revertentur. Is. LVII, 1: iustus perit, et nemo est, et cetera. Item veterascent, quia, ut dicitur infra VIII, 13, quod antiquatur et senescit, prope interitum est. Et mutabis, scilicet secundum corpora, quando corporale hoc induet incorruptionem. I Cor. XV, 54. Et mutabuntur secundum mentem, quando a visione aenigmatica assumentur ad speciei visionem. Jb XIV, 14: cunctis diebus quibus nunc milito, expecto donec veniat immutatio mea. Deinde subiungit immutabilitatem Dei, cum dicit tu autem idem ipse es. Ubi duo facit. Primo enim ponit intentum; secundo ostendit hoc per signum, ibi et anni tui. Dicit ergo ipsi peribunt, tu autem, scilicet Dei Filius, et hoc contra Arrianos, idem ipse es, id est, idem perseveras, et numquam mutaris. Ma. III, 6: ego Deus, et non mutor. Jc. I, 17: apud quem non est transmutatio, et cetera. Et signum huius immutabilitatis ponit, cum dicit anni tui non deficient. Ubi sciendum est, quod anni Dei dicuntur duratio eius, sicut anni hominis duratio hominis: duratio autem hominis deficit dupliciter, scilicet secundum partes, et secundum totum; secundum partes quidem, quia cum sit temporalis, una pars succedit alteri, et una adveniente, deficit altera. Deficit etiam secundum totum, quia ex toto desinit esse. In duratione vero Dei neutrum horum est, quia non deficit secundum totum, quia est semper. Ps. XCI, 9: tu autem altissimus in aeternum, Domine. Item nec secundum partes, quia aeternitas est tota simul, et quid stans. Jb XXXVI, 26: numerus annorum eius inaestimabilis, et cetera. Sed cum sit una et immutabilis, quare anni vocantur in plurali, et non annus in singulari? Ratio huius est, quia intellectus noster accipit cognitionem intelligibilium per sensibilia, quia omnis nostra cognitio incipit a sensu. Unde et Deus, qui est omnino simplex, describitur sub similitudine corporalium, Is. VI, 1: vidi Dominum sedentem, et cetera. Ita etiam duratio eius a nobis describitur per aliqua nobis nota, cum tamen sit uniformis et simplex. Unde aliquando dicitur annus, aliquando dies et mensis, quia omnes differentias temporis includit.
Sainte Clotilde Reine et Veuve
Collecte
Regardez avec bonté, Seigneur, le peuple de France ; Vous qui lui avez fait le don de la foi sur les instances de sainte Clotilde, accordez-lui maintenant, par son intercession, un attachement sincère à la religion chrétienne.
Lecture 1 Cor 7, 13-17
Frères, si une femme croyante a un mari incroyant, et qu’il accepte d’habiter avec elle, qu’elle ne quitte pas son mari. Car l’homme incroyant est sanctifié par sa femme croyante, et la femme incroyante est sanctifiée par le mari croyant. S’il en était autrement, vos enfants seraient impurs, alors que maintenant ils sont saints. Cependant, si l’incroyant veut se séparer, qu’il se sépare : en pareil cas, le frère ou la sœur ne sont pas liés. Dieu vous a appelés dans la paix. Sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari ? Sais-tu, homme, si tu sauveras ta femme ? Cependant, que chacun continue de vivre dans la condition que le Seigneur lui a donnée en partage, tel qu’il était lorsque Dieu l’a appelé.
Évangile Mt 13, 44-52
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole : "Le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ. Quand un homme le trouve, il le cache, puis, dans sa joie, il s’en va, il vend tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. Ou encore : Le Royaume des Cieux est comparable à un marchand qui recherche des perles fines. Quand il trouve une perle de grand prix, il s’en va, il vend tout ce qu’il possède, et il l’achète. Ou encore : Le Royaume des Cieux est comparable à un filet qu’on jette dans la mer et qui ramasse des poissons de toutes sortes. Quand il est rempli, on le tire sur le rivage ; on s’assied, et on recueille dans des paniers ce qui est bon, mais le mauvais, on le jette. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront, ils sépareront les méchants d’avec les justes, et ils les jetteront dans la fournaise de feu. Là, seront les pleurs et les grincements de dents. Avez-vous compris tout cela ?" Ils répondirent : "Oui". Il leur dit : "C’est pourquoi tout scribe instruit du Royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien."
Office
Quatrième leçon. Clotilde, fille du roi Chilpéric, après le meurtre de sus parents, fut élevée par son oncle Gondebaud, roi de Bourgogne, qui la donna en mariage à Clovis encore païen. Étant devenue mère, elle fit baptiser son premier-né, avec la tolérance plutôt que l’assentiment de Clovis. L’enfant, à qui on avait donné le nom d’Ingomer, étant venu à mourir lorsqu’il portait encore la robe blanche des néophytes, Clovis se plaignit vivement à Clotilde, attribuant la perte de son fils à la vengeance des dieux de ses pères irrités du mépris qu’on avait fait de leur divinité. Mais Clotilde disait : Je rends grâces au tout-puissant Créateur de toutes choses, de ce qu’il ne m’a pas jugée indigne de mettre au monde un fils appelé à partager son royaume.
Cinquième leçon. Ayant mis au monde un second fils, elle voulut aussi qu’il fût baptisé ; on lui donna le nom de Clodomir. L’enfant étant tombé malade, le roi affirmait déjà qu’il allait avoir le même sort que son frère, lorsqu’il fut guéri par les prières de sa mère. Cependant la reine ne cessait d’exhorter son époux à repousser l’idolâtrie pour adorer le Dieu unique en trois personnes ; mais Clovis se tenait attaché aux superstitions des Francs, jusqu’à ce qu’un jour, dans une expédition contre les Allemands, ayant vu son armée fléchir, il se souvint des conseils de Clotilde, et implora le Christ qui lui donna la victoire. Clotilde, pleine de joie, vint au-devant de lui jusqu’à Reims, ayant su la manière dont tout s’était passé. Appelé par elle, saint Rémi instruisit Clovis des mystères de la foi, le baptisa et lui conféra l’onction du saint chrême.
Sixième leçon. Après la mort de Clovis, Clotilde se fixa à Tours, où elle passa le reste de sa vie au tombeau de saint Martin, se livrant aux veilles, à l’aumône et aux autres œuvres de la piété, exerçant sa munificence envers les églises et les monastères. Clodomir ayant été tué dans la guerre de Bourgogne, elle éleva près d’elle ses petits-fils, Théobald, Gontaire et Clodoald. Enfin, pleine de jours, elle rendit son âme au Seigneur, à Tours, et son corps fut transféré à Paris, escorté do chœurs qui chantaient des psaumes. Les rois Childebert et Clotaire ses fils l’ensevelirent à côté de Clovis, dans le sanctuaire de la basilique de Saint-Pierre qui a reçu depuis le nom de Sainte-Geneviève.
En cette saison où l’Office du Temps nous amène à considérer les premiers développements de la sainte Église, il entrait dans les vues de l’éternelle Sagesse que les fêtes des Saints complétassent, comme toujours, les enseignements du Cycle mobile. Le Paraclet, dont l’avènement est si près de nous, doit remplir la terre ; l’Homme-Dieu l’envoie conquérir l’espace et assurer les temps à son Église. Or, c’est en soumettant les royaumes par la foi, qu’il doit former au Christ son empire ; c’est en faisant que l’Église s’assimile les nations, qu’il donne à l’Épouse croissance et durée. Voici donc qu’au temps même où il vient de nouveau s’emparer du monde, les coopérateurs de l’Esprit dans son œuvre de conquête apparaissent de toutes parts au ciel de la sainte Liturgie. Mais l’Occident surtout concourt à former la constellation qui vient mêler ses clartés radieuses aux feux puissants de la Pentecôte. Et, en effet, l’établissement de la chrétienté latine ne manifestera-t-il pas plus que nulle part ailleurs, dans ces lointaines contrées, la toute-puissance de l’Esprit du Christ ? Aussi voyez comme, partis d’Orient, les deux astres incomparables des princes des Apôtres se hâtent, sur notre horizon, vers le zénith glorieux qu’ils atteindront en ce mois même ; hier Jean, le disciple bien-aimé, projetait sur la Gaule ses derniers, ses plus durables rayons ; quelques jours plus tôt, c’était le pape Éleuthère et le moine Augustin joignant leur action à travers les siècles, pour porter la lumière du salut dans l’extrême Occident, chez les Bretons et les Angles ; après-demain, Boniface illuminera la Germanie.
Mais aujourd’hui, quelle autre étoile se lève en nos régions ? Son doux éclat rivalise en vertu avec la lumière des plus puissants flambeaux du Christ. La ville de Lyon, préparée par le sang des martyrs à cette seconde gloire, vit grandir dans son sein l’astre nouveau ; comme d’eux-mêmes, après trois siècles, ses rayons se mêlent à ceux de Blandine. Comme Blandine en effet, Clotilde est mère ; et la maternité de l’esclave, engendrant pour le ciel dans sa virginité les martyrs gaulois, préparait la naissance des Francs au Christ-Dieu du sein de leur première reine. Clotilde n’eut point comme Blandine à verser son sang ; mais d’autres tortures l’atteignirent cruellement toute jeune encore, et mûrirent son âme pour les grandes destinées que Dieu réserve aux privilégiés de la souffrance. La mort violente de son père Chilpéric détrôné par un usurpateur fratricide, la vue de ses frères massacrés, de sa mère noyée dans le Rhône, sa longue captivité à la cour arienne du meurtrier qui amenait avec lui l’hérésie sur le trône des Burgondes, développèrent en elle le même héroïsme de foi qui soutenait Blandine dans l’enfantement douloureux de l’amphithéâtre, et devait faire également de la nièce de Gondebaud la mère de tout un peuple. Unissons donc leurs noms dans un même hommage ; et, prosternés aux pieds du Père souverain de qui découle toute paternité sur la terre et au ciel adorons ses voies remplies pour nous de tendresse et d’amour.
Dieu, qui n’a tiré du néant l’univers visible que pour manifester sa bonté, a voulu que l’homme, sortant de ses mains sans pouvoir encore contempler directement son auteur, rencontrât comme première traduction de l’amour infini la tendresse d’une mère : traduction sublime, irrésistible dans sa douceur, et dont l’exquise pureté donne à la mère cette facilité qui n’appartient qu’à elle seule d’achever par l’éducation, dans l’âme de son enfant, la reproduction complète de l’idéal divin qui doit s’imprimer en lui. Mais la fête d’aujourd’hui nous révèle combien plus sublime encore, plus puissante et plus étendue que dans l’ordre de la nature, est la maternité dans l’ordre supérieur de la grâce. Lorsque Dieu en effet, venant parmi nous, voulut prendre chair au sein d’une fille d’Adam, la maternité s’éleva jusqu’à la limite extrême qui sépare les dons d’une simple créature des attributs divins. En même temps qu’elle s’élevait par delà les cieux, elle embrassait le monde, rapprochant tous les hommes, sans distinction de familles ou de nations, dans la filiation de la Vierge-Mère. Car l’Adam nouveau, modèle parfait de la race humaine et notre premier-né, nous voulait pour frères en toute plénitude, frères en Marie comme en Dieu[Mt. I, 25 ; He. I, 6.]]. La Mère de Dieu fut donc proclamée celle des hommes au Calvaire ; du haut de sa croix, l’Homme-Dieu replaçait sur la tète de Marie la couronne d’Ève, brisée près de l’arbre fatal. Constituée l’unique mère des vivants par cette auguste investiture, Notre-Dame entrait une fois de plus en communication des privilèges du Père qui est aux cieux. Non seulement elle était, par nature comme lui, mère de son Fils éternel ; mais de même que toute paternité découle ici-bas de ce Père souverain, et lui emprunte sa dignité suréminente : toute maternité ne fut plus dès lors, dans un sens très vrai, qu’un écoulement de celle de Marie, une délégation de son amour, et la communication de son auguste privilège d’enfanter à Dieu les hommes qui doivent être ses fils.
Les mères chrétiennes ont bien le droit de s’en glorifier, car c’est là leur grandeur ; leur dignité s’est accrue par Marie jusqu’à un point que n’aurait pu soupçonner la nature. Mais en même temps, sous l’égide de Marie, comme hier en notre Blandine, non moins réelle pour Dieu que la leur apparaîtra maintes fois, désormais, la maternité des vierges ; comme Clotilde aujourd’hui, souvent aussi l’épouse, préparée par l’appel de Dieu et la souffrance, se verra douée d’une fécondité plus grande mille fois que celle qui lui venait de la terre. Heureux les hommes issus, par la faveur de Marie, de cette fécondité surnaturelle qui réunit toutes les grandeurs ! Heureux les peuples auxquels une mère fut donnée par la divine munificence !
L’histoire nous apprend que les fondateurs des empires ont toujours eu la prérogative redoutable d’imprimer aux nations le caractère, néfaste ou bienfaisant, qui marque leur existence à travers les siècles. Combien parfois on sent, dans l’impulsion qui leur fut donnée pour détruire plutôt que pour édifier, le manque d’un contrepoids à la prépondérance du pouvoir ! C’est que les peuples anciens n’avaient point de mères ; on ne peut donner ce titre aux héroïnes qui n’ont transmis leurs noms à la postérité, que pour avoir rivalisé d’ambition et de faste avec les conquérants. Il était réservé aux temps chrétiens de voir s’introduire dans la vie des nations cet élément de la maternité, plus salutaire, plus efficace en son humble douceur, que celui qui résulte des qualités ou des vices, de la puissance ou du génie de leurs premiers princes.
Dans le christianisme même, la sainteté que demande chez la créature qui en est investie cette maternité sublime, en fait l’apanage exclusif de l’Église catholique, seule sainte, et des nations qui sont dans l’Église ; les empires issus du schisme ou de l’hérésie n’ont point à y prétendre. Rejetés par ce côté au rang des nations païennes, ils pourront exceller comme elles dans la richesse ou la force, être appelés même d’en haut au sinistre honneur d’être les fléaux de Dieu contre des enfants indociles ; mais il restera toujours dans leur formation sociale, dans leur vie entière, un vide immense : sortis de la terre directement, fils de leurs œuvres, comme on dit aujourd’hui, ils n’ont point bénéficié des prières et des larmes d’une mère ; son sourire n’a point éclairé leurs premiers pas, adouci leur enfance. En conséquence, selon le mot du poète latin, ils ne seront point admis à la table divine, ni aux intimités d’une alliance véritable avec le ciel ; et jamais la vraie civilisation n’avancera par leurs mains.
Les peuples fidèles, au contraire, sont pour l’Église, qui est le royaume de Dieu, comme les familles dont le rapprochement sous une même unité sociale forme la nation ; leur vocation, d’ordre avant tout surnaturel, appelle en eux une plénitude de vie au développement de laquelle s’emploient, dans l’éternelle Trinité, la Toute-Puissance, la Sagesse et l’Amour. Aussi, bien que la nature ait l’honneur de fournir ici les termes du langage et les points de comparaison, ses procédés et sa puissance sont tellement surpassés à ces hauteurs divines, qu’elle n’y apparaît plus que comme une faible image, presque fautive à force d’être incomplète. Mais parmi les nations baptisées dans la foi au Christ et la soumission à son vicaire, c’est à la France surtout qu’il appartient de s’écrier avec le Psalmiste ; « O Seigneur qui avez prévu mes voies et longtemps à l’avance fixé mes destinées, votre science, dans le travail de ma formation, a été merveilleuse ! Mes reins vous appartiennent ; avec ses aspirations et ses pensées, tout mon être est à vous ; car vous m’avez reçu dans vos bras comme votre œuvre, lorsque je sortais du sein même de ma mère. Aucun de mes os qui vous soit caché, à vous qui l’avez façonné dans le secret des entrailles maternelles et qui connaissez l’imperfection de mes premières origines ».
Il fallut du temps pour dompter les instincts farouches des guerriers de Clovis, et préparer leur épée à la noble mission dont elle était appelée à devenir, dans la main de Charlemagne et de saint Louis, l’instrument glorieux. On a dit avec raison que ce travail fut l’honneur des évêques et des moines. Mais, pour être complet et faire preuve d’une science plus approfondie des voies de la Providence, il eût convenu d’oublier moins la part que devait avoir la femme, et qu’elle eut en effet, dans l’œuvre de la conversion et de l’éducation qui firent du peuple franc le premier-né de l’Église. C’est Clotilde qui conduit les Francs au baptistère de Reims, et présente à Rémi le fier Sicambre transformé beaucoup moins par les exhortations du saint évêque, que par la vertu des prières de la femme forte élue de Dieu pour enlever cette riche dépouille à l’enfer. Quelle virile énergie, quel dévouement à Dieu nous révèlent les démarches de cette noble fille du roi détrôné des Burgondes, qui, sous l’œil soupçonneux de l’usurpateur meurtrier de sa famille, attend l’heure du ciel dans l’exercice de la charité et le silence de l’oraison : jusqu’à ce que, le moment venu enfin, ne prenant conseil que de l’Esprit-Saint et d’elle-même, elle s’élance pour conquérir au Christ cet époux, qu’elle ne connaît pas encore, avec une vaillance qui dépasse celle des guerriers formant son escorte ! La force et la beauté sont véritablement sa parure au jour des noces ; le cœur de Clovis a bientôt compris que les conquêtes réservées à cette épouse, l’emporteront sur le butin ravi jusque-là par ses armes. Clotilde, au reste, a trouvé sur les rives de la Seine son œuvre préparée ; depuis cinquante ans, Geneviève est debout, défendant Paris contre l’invasion des hordes païennes, et n’attendant que le baptême du roi des Francs pour lui ouvrir ses portes.
Toutefois, lorsque dans cette même nuit de Noël qui vit Notre-Dame donner au monde l’Enfant divin, Clotilde a enfanté pour Marie à l’Église son peuple premier-né, l’œuvre est loin d’être achevée ; il s’agit de faire maintenant de ce peuple nouveau, dans les labeurs d’une lente éducation, la nation très chrétienne. L’élue de Dieu et de Notre-Dame ne défaille point à sa tâche maternelle. Que de larmes pourtant il lui faudra verser encore ! que d’angoisses sur des fils dont la violence de race semble indomptable, livrés par l’exubérance même de leur riche nature à la fougue des passions qui les pousse en aveugles aux crimes les plus atroces ! Les petits-fils qui grandissaient près d’elle, massacrés dans un infâme guet-apens par des oncles perfides ; des guerres fratricides, promenant la dévastation sur tout ce territoire de la vieille Gaule qu’elle avait purgé du paganisme et de l’hérésie ; et, comme pour compenser l’amertume des discordes intestines par une autre douleur du moins plus glorieuse, sa fille chérie, Clotilde la jeune, mourant d’épuisement à la suite des sévices endurés pour sa foi de la part d’un époux arien : tout montre assez à la reine des Francs que si le ciel l’a choisie pour être leur mère, il entend lui en laisser la peine aussi bien que l’honneur. Ainsi le Christ traite les siens, quand ils ont sa confiance. Clotilde l’a compris : depuis longtemps déjà, veuve de son époux, privée de l’assistance de Geneviève qui a suivi de près Clovis au tombeau, elle s’est retirée près du sépulcre de son glorieux précurseur, le thaumaturge des Gaules, pour y continuer avec l’aide de Martin, dans le secret de la prière et l’héroïsme de la foi qui soutint son enfance, la préparation du nouveau peuple à ses grandes destinées.
Travail immense, auquel une seule vie ne pourrait suffire ! Mais la vie de Clotilde, qui ne doit point voir s’achever la transformation tant désirée, ne se clora pas qu’elle n’ait, à Tours, serré dans ses bras Radegonde, son illustre belle-fille ; investie de sa sublime maternité dans une étreinte suprême, elle l’envoie poursuivre près de la tombe d’Hilaire, cet autre vrai père de la patrie, l’intercession toute-puissante qui fera la nation. Puis, lorsque Radegonde elle-même, sa tâche de souffrance et d’amour accomplie, devra quitter la terre, Bathilde bientôt paraîtra, consommant l’œuvre en ce siècle septième, dont on a pu dire qu’il sembla comme celui où, prêt enfin pour sa mission, « le Franc fut fiancé à l’Église et armé chevalier de Dieu ».
Clotilde, Radegonde, Bathilde, mères de la France, se présentent à nous reconnaissables toutes les trois aux mêmes traits pour leurs fils : préparées toutes trois, dès le début de la vie, au dévouement qu’exige leur grande mission, par les mêmes épreuves, la captivité, l’esclavage, par le massacre ou la perte des leurs ; toutes trois ne portant sur le trône que l’indomptable amour du Christ-Roi et le désir de lui donner leur peuple ; toutes trois enfin déposant le diadème au plus tôt, afin de pouvoir, prosternées devant Dieu dans la retraite et la pénitence, atteindre plus sûrement l’unique but de leur ambition maternelle et royale. Héritières d’Abraham en toute vérité, elles ont trouvé dans sa foi la fécondité qui les rendit mères des multitudes que si longtemps notre sol, arrosé de leurs larmes, produisit sans compter pour le ciel. En nos temps amoindris eux-mêmes, ils sont nombreux encore, ceux que, chaque jour, la terre des Francs envoie rejoindre dans la vraie patrie les heureux combattants des jours meilleurs ; et tous, n’étant plus soumis aux distractions d’ici-bas, ont vite, là-haut du moins, reconnu leurs mères. A la vue de cette affluence toujours croissante de nouveaux fils pressant leurs rangs dans l’allégresse autour de leurs trônes, leur cœur débordant d’amour renvoie au Père souverain la parole du Prophète : « Qui donc m’a engendré ceux-ci ? Moi la stérile et qui n’enfantais pas, moi la captive et l’exilée, qui m’a nourri tous ces fils ? J’étais seule, abandonnée ; et tous ceux-là, où étaient-ils ? » — « En vérité, répond le Seigneur, tous ceux-là seront ta parure, et tu en seras entourée comme l’épouse de ses joyaux. Tes déserts, tes solitudes, la terre de ruines qui vit ta souffrance, seront remplis des fils de ta stérilité, jusqu’à en être trop étroits pour les contenir. Les rois seront tes nourriciers, et les reines tes nourrices. Et tu sauras que c’est moi, le Seigneur, au sujet de qui ne seront point confondus ceux qui l’attendent ».
L’éclat des miracles ayant illustré le tombeau de la sainte reine, on leva de bonne heure son corps pour l’honorer, et il fut placé dans une châsse. Toutes les fois que la ville de Paris éprouvait quelque calamité, nos pères avaient coutume de porter ce saint corps en procession avec un pieux appareil. A la fin du dix-huitième siècle, les impies s’étant emparés du gouvernement, tandis que les reliques des Saints étaient profanées dans toute la France par une fureur sacrilège, les ossements de la bienheureuse reine, grâce à une admirable providence de Dieu, furent soustraits par des personnes pieuses. La paix ayant été enfin rendue à l’Église, les saintes reliques furent placées dans une nouvelle châsse et déposées dans l’église des Saints-Leu-et-Gilles à Paris, où elles sont entourées des honneurs d’un culte fervent.
Votre gloire est grande sur la terre et au ciel, Clotilde, mère des peuples. Non seulement vous avez donné à l’Église la nation très chrétienne ; mais elles-mêmes, la catholique Espagne et l’île des Saints remontent jusqu’à vous devant Dieu par Ingonde et Berthe, vos illustres petites-filles. Plus heureuse que Clotilde la jeune, Ingonde, soutenue par Léandre de Séville, ramène à l’intégrité de la foi son royal époux Herménégilde, et l’élève jusqu’au martyre ; Berthe accueille Augustin sur la terre des Angles, et, selon la parole de l’Apôtre qui avait annoncé que le mari infidèle serait sanctifié par la femme fidèle, Ethelbert est conduit des ténèbres du paganisme au baptême et à la sainteté. Depuis, en combien de lieux dans notre Europe et sur combien de lointains rivages, les fils de la nation dont vous êtes mère directement n’ont-ils pas propagé cette lumière de la foi que vous leur aviez donnée : soit que l’épée fût en leurs mains la protectrice du droit qui convient à l’Épouse de l’Homme-Dieu d’enseigner librement partout et toujours ; soit qu’eux-mêmes, se faisant missionnaires et apôtres, portassent, loin de toute protection possible, aux peuples infidèles leurs sueurs et leur sang ? Heureuse êtes-vous d’avoir, la première, engendré au Christ-Roi une nation pure de toute tache hérétique et vouée à l’Église dès son premier instant ! C’est à bon droit que, par un juste hommage envers la Mère de Dieu, l’église Sainte-Marie de Reims fut, au jour de Noël 496, choisie comme lieu de cette insigne naissance ; car Notre-Dame vous fit part alors de sa glorieuse maternité sur la race humaine en des proportions admirables.
Et c’est là ce qui nous rassure, ô Clotilde, en recourant à vous. Beaucoup de vos fils ne sont plus, hélas ! ce qu’ils devraient être à l’égard de leur mère. Mais Notre-Dame, en vous communiquant les droits de sa maternité, ne l’a pu faire sans vous communiquer aussi sa tendre compassion pour des enfants abusés qui n’écoutent plus la voix maternelle. Prenez en pitié les malheureux que des doctrines étrangères ont entraînés bien loin de leur point de départ. La monarchie chrétienne que vous aviez fondée n’est plus. Vous l’aviez établie sur la reconnaissance des droits de Dieu dans son Christ et dans le vicaire de son Christ. Des princes à courte vue sur leurs propres intérêts, traîtres à la mission qu’ils avaient reçue de maintenir votre œuvre, ont cru faire merveille en laissant pénétrer chez nous des maximes proclamant l’indépendance du pouvoir civil à l’égard de l’Église ; et la société, par un juste retour, a proclamé son indépendance à l’égard des princes. Mais, en même temps, le peuple affolé n’entend plus avoir d’autre souverain que lui-même, et, dans l’ivresse de la fausse liberté qu’il a prétendu conquérir, il méconnaît jusqu’au domaine suprême que garde sur lui son Créateur. Les droits de l’homme ont remplacé les droits de Dieu, comme base du pacte social ; évangile nouveau que la France, dans son prosélytisme égaré, prétend maintenant imposer au monde, à la place de l’ancien !
Tel est, dans notre pauvre pays empoisonné par une philosophie menteuse, l’excès de la déraison, que plusieurs qui déplorent l’apostasie du grand nombre et veulent rester chrétiens, croient pouvoir le faire en admettant le principe de libéralisme destructeur qui forme l’essence de la révolution : au Christ le ciel et les âmes ; à l’homme la terre, avec le droit de la gouverner comme il l’entend et de penser à sa guise. A genoux devant la divinité du Seigneur Jésus dans le sanctuaire de leur conscience, ils scrutent les Écritures et n’y découvrent point que l’Homme-Dieu soit le roi du monde ; en de savantes études ils ont, disent-ils, approfondi l’histoire et n’y ont rien vu qui les contredise. Si le gouvernement de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, ne répond pas en tout aux données de leur politique, il faut faire, assurent-ils, la part de ces temps primitifs : ce n’est pas en un jour qu’on arrive à l’âge parfait où nous établit enfin la loi du progrès. Pitié, ô mère, pour ces insensés ! Ressuscitez en nous la foi des Francs. Que le Dieu de Clotilde, Seigneur des armées et Roi des nations, se montre à nous ramenant la victoire, sous le vrai nom que Clovis lui donnait à Tolbiac : Jésus-Christ !
Saint Pothin et Sainte Blandine Martyrs de Lyon
Dimanche après l’Ascension
Introït
Exaucez, Seigneur, ma voix, qui a crié vers vous, alléluia ; mon cœur vous a dit : mes yeux vous ont cherché ; votre visage, Seigneur, je le rechercherai, ne détournez pas de moi votre face, alléluia, alléluia.Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ?
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère
Lecture 1. P 4, 7-11
Mes bien-aimés : soyez prudents et veillez dans la prière. Mais surtout ayez les uns pour les autres une charité persévérante, car la charité couvre une multitude de péchés. Exercez entre vous l’hospitalité sans murmurer. Que chacun mette au service des autres le don spirituel qu’il a reçu, comme doivent faire de bons dispensateurs de la grâce de Dieu aux formes multiples. Si quelqu’un parle, que ce soit selon les oracles de Dieu ; si quelqu’un exerce un ministère, que ce soit comme employant une force que Dieu donne, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Évangile Jn. 15, 26-27 ; 16, 1-4
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues, et l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu. Et ils vous traiteront ainsi parce qu’ils ne connaissent ni le Père ni moi. Je vous ai dit ces choses afin que, lorsque l’heure en sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites.
Secrète
Que ce sacrifice sans tache nous purifie, Seigneur, et qu’il donne à nos âmes la vigueur de la grâce surnaturelle.
Communion
Père, lorsque j’étais avec eux, je les gardais en votre nom, eux que vous m’avez donnés, alléluia. Mais maintenant je viens à vous ; je ne vous prie point de les ôter du monde, mais de les préserver du mal, alléluia, alléluia.
Postcommunion
Nourris de vos dons sacrés, ô Seigneur, nous vous en supplions, donnez-nous de demeurer toujours dans l’action de grâces.
Office
4e leçon
Sermon de saint Augustin, Évêque
Notre Sauveur, mes très chers frères, est monté au ciel, ne nous troublons donc pas sur la terre. Que nos pensées soient là où il est, et ici-bas ce sera le repos. Montons maintenant avec le Christ par le cœur ; lorsque son jour promis sera venu, nous le suivrons aussi de corps. Cependant, mes frères, nous devons savoir que ni l’orgueil, ni l’avarice, ni la luxure ne s’élèvent avec le Christ ; aucun de nos vices ne s’élève avec notre médecin. Et c’est pourquoi si nous voulons suivre le médecin dans son ascension, nous devons déposer le fardeau de nos vices et de nos péchés. Ils nous chargent, pour ainsi dire, tous de chaînes, ils s’efforcent de nous retenir captifs dans les filets de nos fautes : c’est pourquoi avec le secours de Dieu, et comme le dit le Psalmiste : « Rompons leurs liens », afin qu’en toute sécurité nous puissions dire au Seigneur : « Vous avez rompu mes liens, c’est à vous que je sacrifierai une hostie de louange »
5e leçon
La résurrection du Seigneur est notre espérance ; l’ascension du Seigneur, notre glorification. Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Ascension. Si donc nous célébrons l’ascension du Seigneur avec droiture, avec fidélité, avec dévotion, avec sainteté et avec piété, montons avec lui et tenons en haut nos cœurs. Mais, en montant, gardons-nous de nous enorgueillir et de présumer de nos mérites, comme s’ils nous étaient propres. Nous devons tenir nos cœurs en haut attachés au Seigneur ; car le cœur en haut, mais non auprès du Seigneur, c’est l’orgueil ; le cœur en haut près du Seigneur, c’est le refuge. Voici, mes frères, un fait surprenant : Dieu est élevé, tu t’élèves et il fuit loin de toi ; tu t’humilies et il descend vers toi. Pourquoi cela ? C’est que « le Seigneur est élevé, et il regarde ce qui est bas, et ce qui est haut, c’est de loin qu’il le connaît ». Il regarde de près ce qui est humble, pour l’attirer à lui, et il regarde de loin ce qui s’élève, c’est-à-dire les superbes, pour les abaisser.
6e leçon
Le Christ est ressuscité pour nous donner l’espérance, car tout homme qui meurt ressuscite ; et il nous a donné cette assurance, afin qu’en mourant nous ne désespérions pas et que nous ne pensions pas que notre vie finit dans la mort. Nous étions dans l’anxiété au sujet de notre âme elle-même, et le Sauveur, en ressuscitant, nous a donné la foi en la résurrection de la chair. Crois donc, afin d’être purifié. Il te faut d’abord croire, afin de mériter par ta foi de voir Dieu un jour. Veux-tu voir Dieu ? Écoute-le lui-même : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu ». Pense donc avant tout à purifier ton cœur ; enlève tout ce que tu y vois qui puisse déplaire à Dieu.
7e leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque
Le Seigneur, dans le discours qu’il tint à ses disciples après la cène, aux approches de sa passion, alors qu’il allait partir et les quitter quant à sa présence corporelle, quoiqu’il dût néanmoins rester avec tous les siens par sa présence spirituelle jusqu’à la consommation des siècles ; le Seigneur Jésus, dans ce discours, les exhorta à supporter les persécutions des impies, qu’il désignait sous le nom de monde. Du sein de ce même monde il avait tiré ses disciples : il le leur déclara, afin qu’ils sussent que la grâce de Dieu les faisait ce qu’ils se trouvaient être, tandis que leurs vices les avaient rendus ce qu’ils étaient auparavant.
8e leçon
Ensuite il leur annonça clairement que les Juifs devaient être et ses persécuteurs et les leurs, de façon qu’il fût absolument évident que ceux qui persécutent les saints sont compris, eux aussi, sous cette appellation de monde condamnable. Or, après avoir dit des Juifs qu’ils ne connaissaient pas celui qui l’avait envoyé, et que cependant ils haïssaient et le Fils et le Père, c’est-à-dire celui qui avait été envoyé et celui par qui il était envoyé (toutes choses dont nous avons déjà parlé dans d’autres sermons), il en vint à cet endroit où il leur dit : « C’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï gratuitement »
9e leçon
Ensuite il ajouta, comme conséquemment, ces paroles que nous avons entrepris d’expliquer aujourd’hui. « Mais lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que, dès le commencement, vous êtes avec moi ». Quel rapport ces paroles ont-elles avec ce qu’il vient de dire : « Mais maintenant ils ont vu mes œuvres ; et ils ont haï et moi et mon Père, mais c’est afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï gratuitement ». Quand le Paraclet est venu, cet Esprit de vérité a-t-il convaincu par un témoignage plus évident ceux qui avaient vu ses œuvres et le haïssaient encore ? Il a fait bien plus ; car, en se manifestant à eux, il a converti à la foi, qui opère par la charité, plusieurs de ceux qui avaient vu, et dont la haine persévérait encore.
Jésus est monté aux cieux. Sa divinité n’en avait jamais été absente, mais aujourd’hui son humanité y est intronisée, elle y est couronnée d’un diadème de splendeur ; et c’est là encore une nouvelle face du glorieux mystère de l’Ascension. A cette humanité sainte le triomphe ne suffisait pas ; le repos lui était préparé sur le trône même du Verbe éternel auquel elle est unie éternellement dans une même personnalité, et c’est du haut de ce trône qu’elle doit recevoir les adorations de toute créature. Au nom de Jésus Fils de l’homme et Fils de Dieu, de Jésus assis à la droite du Père tout-puissant, « tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers ».
Habitants de la terre, c’est là cette nature humaine qui apparut autrefois dans l’humilité des langes, qui parcourut la Judée et la Galilée n’ayant pas où reposer sa tête, qui fut enchaînée par des mains sacrilèges, flagellée, couronnée d’épines, clouée à une croix ; mais tandis que les hommes qui l’avaient méconnue la foulaient aux pieds comme un ver de terre, elle acceptait le calice des douleurs avec une entière soumission et s’unissait à la volonté du Père ; elle consentait, devenue victime, à réparer la gloire divine en donnant tout son sang pour la rançon des pécheurs. Cette nature humaine, issue d’Adam par Marie l’immaculée, est le chef d’œuvre de la puissance de Dieu. Jésus, « le plus beau des enfants des hommes », est l’objet de l’admiration extatique des Anges ; sur lui se sont reposées les complaisances de la suprême Trinité ; les dons de la grâce déposés en lui surpassent ce qui a été accordé à tous les hommes et à tous les esprits célestes ensemble ; mais Dieu l’avait destiné à la voie de l’épreuve, et Jésus qui aurait pu racheter l’homme à moins de frais, s’est plongé volontairement dans une mer d’humiliations et de douleurs, afin de payer avec surabondance la dette de ses frères. Quelle sera la récompense ? L’Apôtre nous le dit dans ces fortes paroles : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix ; à cause de cela Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ».
O vous donc qui compatissez ici-bas aux douleurs par lesquelles il nous a rachetés, vous qui aimez à le suivie dans les stations de son pèlerinage jusqu’au Calvaire, levez la tête aujourd’hui, et regardez au plus haut des cieux. Le voici, « parce qu’il a souffert la mort, le voici couronné de gloire et d’honneur. Plus il s’est anéanti sous la forme d’esclave, lui qui dans son autre nature pouvait sans injustice se dire égal à Dieu » ; plus le Père prend plaisir à l’élever en gloire et en puissance. La couronne d’épines qu’il a portée ici bas est remplacée par le diadème d’honneur. La croix qu’il laissa imposer sur son épaule est désormais le signe de sa principauté. Les plaies que les clous et la lance ont imprimées sur son corps resplendissent comme des soleils. Gloire soit donc rendue à la justice du Père envers Jésus son Fils ! Mais réjouissons-nous aussi de voir en ce jour « l’Homme des douleurs » devenu le Roi de gloire, et répétons avec transport l’Hosannah que la cour céleste fait retentir à son arrivée.
Toutefois n’allons pas croire que le Fils de l’homme établi désormais sur le trône de la divinité reste inactif dans son glorieux repos. C’est une souveraineté, mais une souveraineté active que le Père lui a concédée. Il l’a d’abord établi « juge des vivants et des morts, et nous devons tous comparaître devant son tribunal ». A peine notre âme aura-t-elle quitté son corps, qu’elle se trouvera transportée au pied de ce tribunal sur lequel le Fils de l’homme s’est assis aujourd’hui, et elle entendra sortir de sa bouche la sentence qu’elle aura méritée. O Sauveur couronné en ce jour, soyez-nous miséricordieux à cette heure décisive pour notre éternité.
Mais la judicature exercée par le Seigneur Jésus ne se bornera pas à l’exercice silencieux de ce souverain pouvoir ; les Anges nous l’ont dit aujourd’hui : il doit se montrer de nouveau à la terre, redescendre à travers les airs, ainsi qu’il est monté, et alors se tiendront les solennelles assises où le genre humain comparaîtra tout entier. Assis sur les nuées du ciel, entouré des milices angéliques, le Fils de l’homme apparaîtra à la terre dans toute sa majesté. Les hommes verront « Celui qu’ils ont percé », et les traces de ses blessures, qui ajouteront encore à sa beauté, seront pour les uns un objet de terreur et pour les autres la source d’ineffables consolations. Pasteur encore sur son trône aérien, il séparera ses brebis des boucs, et sa voix souveraine que la terre ne connaissait plus depuis tant de siècles, retentira pour commander aux pécheurs impénitents de descendre aux enfers, et pour inviter les justes à venir occuper, en corps et en âme, le séjour des délices éternelles.
En attendant ce dénouement final des destinées de la race humaine, Jésus reçoit aussi du Père, en ce jour, l’investiture visible du pouvoir royal sur toutes les nations de la terre. Nous ayant tous rachetés au prix de son sang, nous sommes à lui ; qu’il soit donc désormais notre Seigneur. Il l’est en effet, et il s’intitule le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Les rois de la terre ne règnent légitimement que par lui, et non par la force, ou en vertu d’un prétendu pacte social dont la sanction ne serait que d’ici-bas. Les peuples ne s’appartiennent pas à eux-mêmes : ils sont à lui. Sa loi ne se discute pas ; elle doit planer au-dessus de toutes les lois humaines comme leur règle et leur maîtresse : « Les nations frémiront sous son sceptre, nous dit le Roi-prophète ; les peuples, pour lui échapper, méditeront de vains systèmes ; les princes de la terre se ligueront contre lui ; ils diront : Brisons son joug, et jetons-le loin de nous ». Inutiles efforts ! Car, ainsi que nous ledit l’Apôtre, « il faut qu’il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous les pieds », jusqu’à ce qu’il apparaisse une seconde fois pour abattre la puissance de Satan et l’orgueil des hommes.
Ainsi donc, le Fils de l’homme couronné dans son Ascension doit régner sur le monde jusqu’à ce qu’il revienne. Mais, direz-vous, règne-t-il donc dans un temps où les princes confessent tenir leur autorité du mandat de leurs peuples, où les peuples séduits par ce prestige qu’ils nomment liberté ont perdu jusqu’au sens même de l’autorité ? Oui, il règne, mais dans la justice, puisque les hommes ont dédaigné d’être conduits par sa bonté. Ils ont effacé sa loi de leurs codes, ils ont accordé droit de cité à l’erreur et au blasphème ; alors il les a livrés à leur sens absurde et mensonger. Chez eux le pouvoir éphémère, que l’onction sainte ne rend plus sacré, échappe à tout moment aux mains qui s’efforcent de le retenir, et lorsque les peuples, après avoir roulé dans les abîmes de l’anarchie, essayent de le constituer de nouveau, c’est pour le voir crouler encore, parce que princes et peuples veulent se tenir en dehors du domaine du Fils de l’homme. Et il en sera ainsi, jusqu’à ce que princes et peuples, lassés de leur impuissance, le rappellent pour régner sur eux, jusqu’à ce qu’ils aient repris la devise de nos pères : « Le Christ est vainqueur ! Le Christ règne ! Le Christ commande ! Daigne le Christ préserver son peuple de tout malheur ! » En ce jour de votre couronnement, recevez donc les hommages de vos fidèles, ô notre souverain Roi, notre Seigneur et notre juge ! Nous qui fûmes par nos péchés les auteurs de vos humiliations et de vos souffrances dans le cours de votre vie mortelle, nous nous unissons aux acclamations que firent entendre les Esprits célestes au moment où le diadème royal fut placé sur votre divin Chef. Nous ne faisons encore qu’entrevoir vos grandeurs ; mais l’Esprit-Saint que vous nous avez promis achèvera de nous révéler tout ce que nous pouvons connaître ici-bas sur votre souverain pouvoir, dont nous voulons être à jamais les humbles et fidèles sujets.
Le Dimanche dans l’Octave de l’Ascension était appelé à Rome, au moyen âge, le Dimanche des Roses, parce que l’on avait coutume en ce jour de joncher de roses le pavé des basiliques, comme un hommage au Christ qui s’élevait au ciel dans la saison des fleurs. On sentait alors toutes les harmonies. La fête de l’Ascension si riante et si remplie de jubilation, lorsqu’on la considère sous son principal aspect, qui est le triomphe du Rédempteur, venait embellir les radieuses journées du printemps sous un ciel fortuné. On cessait un moment de sentir les tristesses de la terre, veuve de son Emmanuel, pour ne se souvenir que de la parole qu’il a dite à ses Apôtres, afin qu’elle nous fût répétée : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais à mon Père ». Imitons cet exemple ; offrons à notre tour la rose à celui qui l’a faite pour l’embellissement de notre séjour, et sachons nous aider de sa beauté et de son parfum pour nous élever jusqu’à lui, qui nous dit dans le divin Cantique : « Je suis la fleur des champs et le lis des vallons ». Il voulut être appelé Nazaréen, afin que ce nom mystérieux réveillât en nous le souvenir qu’il retrace, le souvenir des fleurs dont il n’a pas dédaigné d’emprunter le symbole, pour exprimer le charme et la suavité que ceux qui l’aiment trouvent en lui.
La bienheureuse Vierge Marie Reine mémoire de Sainte Pétronille Vierge
Collecte
Accordez-nous, nous vous en prions, Seigneur : alors que nous célébrons la solennité (commémoraison) de la bienheureuse Vierge Marie notre Reine ; faites que nous soyons fortifiés par sa protection et que nous méritions d’obtenir la paix dans le présent et la gloire dans le futur.
Lecture Eccli. 24, 5 et 7, 9-11, 30-31
Je suis sortie de la bouche du Très-Haut ; je suis née avant toute créature ; j’ai habité sur les lieux les plus élevés, et mon trône était sur une colonne de nuée. J’ai parcouru toute la terre : sur tous les peuples, et sur toutes les nations j’ai exercé l’empire, j’ai foulé aux pieds par ma puissance les cœurs de tous les grands et des petits. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
Évangile Lc. 1, 26-33.
En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. L’ange, étant entré auprès d’elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. Elle, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait quelle pouvait être cette salutation. Et l’ange lui dit : Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu 1ui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n’aura pas de fin.
Office
Au deuxième nocturne
Sermon de saint Pierre Canisius Prêtre
Quatrième leçon. Pourquoi n’adresserions-nous pas à la très Sainte Vierge Marie le titre de Reine, à la suite de Damascène, d’Athanase et des autres, puisque son père David, roi illustre, aussi bien que son fils, Roi des rois et Seigneur des seigneurs dont l’empire est sans fin, reçoivent dans les Écritures la louange la plus éclatante ? Elle est reine, en outre, si nous la comparons à ceux qui, pareils à des rois, ont obtenu la royauté céleste avec le Christ, souverain Roi, à titre de cohéritiers et, selon la parole de l’Écriture, établis avec lui comme sur le même trône. Et elle est la Reine qui ne le cède à aucun des élus, mais elle l’emporte en dignité sur les Anges aussi bien que sur les hommes, d’autant plus que rien ne peut l’emporter sur elle en sublimité et en sainteté, puisque seule elle a le même Fils que Dieu le Père et que, n’ayant au-dessus d’elle que Dieu et le Christ, elle voit tout le reste au-dessous d’elle.
Cinquième leçon. Le grand Athanase a dit de façon remarquable : Marie est tenue non seulement pour Mère de Dieu, mais encore, exactement et véritablement, pour Reine et Souveraine, puisque le Christ, né de cette Vierge Mère, demeure Dieu et Seigneur tout autant que Roi. C’est donc à cette Reine qu’on rapporte la parole du Psalmiste : La Reine s’est tenue à ta droite, dans son vêtement d’or. On a donc raison d’appeler Marie non seulement Reine du ciel, mais encore Reine des cieux, comme mère du Roi des Anges, comme amie et épouse du Roi des cieux. C’est donc bien toi, très auguste Reine, c’est toi, Mère très fidèle, ô Marie, que nul n’implore pieusement en vain, à qui tous les mortels sont liés par le souvenir éternel de tes bienfaits, c’est toi que je prie et supplie inlassablement et avec respect de vouloir bien ratifier et agréer tous les témoignages de ma dévotion envers toi, de daigner mesurer les faibles hommages que je te présente selon le zèle avec lequel ma volonté les offre, et de daigner les recommander à ton Fils tout-puissant.
De l’Encyclique du Pape Pie XII
Sixième leçon. Les monuments de l’antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d’art, nous ont fourni des témoignages qui affirment l’excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale. Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité. De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l’écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême de la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au-dessus des chœurs angéliques. » ; Ayant acquis, après de mûres et longues réflexions, la conviction que de grands avantages en découleront pour l’Église si cette vérité solidement démontrée resplendit avec plus d’évidence aux yeux de tous, comme une lampe brille davantage posée sur son candélabre, par Notre Autorité Apostolique, Nous décrétons et instituons la Fête de Marie Reine que l’on célébrera chaque année dans le monde entier le 31 mai.
Au troisième nocturne
Homélie de saint Bonaventure Évêque.
Septième leçon. La bienheureuse Vierge Marie est mère du souverain Roi parce qu’elle l’a noblement conçu, comme l’annonce le message que l’Ange lui apporta. Voici, dit-il, que tu vas concevoir et enfanter un fils. Et plus loin : Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin. C’est comme s’il disait expressément : Voici que tu vas concevoir et enfanter pour fils le Roi qui siège éternellement sur le trône royal, et de ce fait tu régneras comme Mère du Roi, et comme Reine tu siégeras sur le trône royal. S’il convient en effet qu’un fils honore sa mère, il convient qu’il lui donne accès au trône royal. Aussi la Vierge Marie, parce qu’elle a conçu celui qui porte inscrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs, aussitôt qu’elle conçut le Fils de Dieu, fut Reine, non seulement de la terre, mais encore du ciel, ce qui est signifié dans l’Apocalypse par ces paroles : Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.
Huitième leçon. Marie est la Reine la plus illustre par sa gloire, ce que signifie bien le Prophète dans le psaume qui concerne spécialement le Christ et la Vierge Marie, où l’on dit d’abord au sujet du Christ : Ton trône, ô Dieu, dans les siècles des siècles, et un peu plus loin au sujet de la Vierge : La reine s’est tenue à ta droite, c’est-à-dire à la place d’honneur, ce qui s’applique à sa gloire spirituelle. Puis : dans son vêtement d’or, qui représente le vêtement de l’immortalité glorieuse, qui fut attribuée à la Vierge dans son Assomption. Car on ne peut accepter que ce vêtement dont le Christ fut couvert, et qui en outre fut parfaitement sanctifié ici-bas par le Verbe incarné, devienne la pâture des vers. De même qu’il a convenu au Christ de donner à sa Mère la grâce en plénitude dans sa conception, ainsi a-t-il convenu qu’il attribuât la plénitude de gloire en l’Assomption de cette Mère. Et c’est pourquoi il faut affirmer que la Vierge, glorieuse dans son âme et dans son corps, trône auprès de son Fils.
Neuvième leçon. Marie Reine est encore dispensatrice de la grâce, ce qui fut signifié dans le livre d’Esther, où il est dit : C’est la petite source qui devient un fleuve et s’est transformée en lumière et en soleil. La Vierge Marie, sous la figure d’Esther, est comparée à la diffusion de la source et de la lumière, à cause de la diffusion de la grâce quant à son double fruit : l’action et la contemplation. Car la grâce de Dieu, qui guérit le genre humain, descend jusqu’à nous à travers elle comme par un aqueduc, parce que la dispensation de la grâce appartient à la Vierge non pas par mode de principe, mais par mode de mérite. Par son mérite, donc, la Vierge Marie est la Reine très éminente, par rapport au peuple, puisqu’elle obtient le pardon, triomphe dans le combat et distribue la grâce, et par suite, conduit jusqu’à la gloire.

Lors de la cérémonie du couronnement de la Vierge « Salus populi Romani », qui fut le complément de l’institution de la fête de la royauté de Marie, Pie XI déclara dans un discours prononcé dans la basilique Saint-Pierre :
« L’origine des gloires de Marie, le moment solennel qui illumine toute sa personne et sa mission, est celui où, pleine de grâce, elle répondit à l’archange Gabriel le « Fiat » qui exprimait son acquiescement aux dispositions divines. C’est ainsi qu’elle devenait Mère de Dieu et Reine, et recevait la charge royale de veiller sur l’unité et la paix du genre humain. Par elle, Nous avons la ferme confiance que l’humanité s’engagera peu à peu sur cette voie du salut ; elle guidera les chefs des nations et les cœurs des peuples vers la concorde et la charité...
Si la royauté de Marie peut suggérer à ceux qui régissent les nations des attitudes et des desseins qui répondent aux exigences de l’heure — où, en tant de régions, la juste liberté est opprimée, la vérité offusquée par l’action d’une propagande mensongère et les forces du mal semblent comme déchaînées sur terre, — la Vierge ne cesse aussi de déverser sur tous les peuples de la terre et sur toutes les classes sociales l’abondance de ses grâces.
Après l’atroce spectacle de la Passion au pied de la croix où elle avait offert le plus dur des sacrifices qui puissent être demandés à une mère, elle continua à répandre sur les premiers chrétiens, sur ses fils d’adoption, les témoignages de sa sollicitude maternelle. Reine plus que toute autre par l’élévation de son âme et par l’excellence des dons divins, elle ne cesse de prodiguer tous les trésors de son affection et de ses douces attentions à la pauvre humanité » (1 novembre 1954).
Reine parce qu’unie intimement au Christ-Roi par sa maternité divine, Marie l’est donc aussi parce qu’elle fut étroitement associée à son Fils lorsqu’il consomma notre rédemption sur la croix.
C’est ce que nous rappelle l’alléluia de la messe de ce jour : « Bienheureuse êtes-vous, ô Vierge Marie, d’être restée debout au pied de la croix du Seigneur. Voici qu’à présent vous régnez avec lui à jamais ».
Toute la liturgie de la fête de Marie Reine résume parfaitement les raisons d’être et l’efficacité de cette royauté mariale.
« La sainte liturgie, dit Pie XII, est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges... Elle a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux » (Ad cœli Reginam).
En mettant en œuvre dans son culte officiel tous les mystères du Christ auxquels fut associée la Vierge, la Sainte Église nous y associe à son tour et nous en applique les mérites.
C’est ce qui ressort d’une façon particulière pour les fidèles qui assistent au saint Sacrifice de la messe. On y magnifie les gloires de Marie Reine, et on en remercie Dieu par Jésus-Christ. C’est lui qui est la source de cette royauté de sa mère, c’est lui qui l’a méritée par sa passion et qui l’a fait asseoir à sa droite dans le ciel.
A chaque messe on évoque plusieurs fois le nom de la Vierge, et l’on évoque par là-même, en renouvelant sacramentellement le Calvaire, le rôle que Marie a joué au pied de la croix et qu’elle continue à exercer du haut du ciel dans l’application des mérites du Sauveur dont le Sacrifice et la communion eucharistique sont pour nous le signe spécialement efficace.
C’est donc avec confiance qu’on termine la messe en saluant Marie reine et en lui demandant de nous faire bénéficier des effets de sa miséricorde : « Salve Regina, mater misericordiae ».
But final du drame rédempteur : l’apothéose céleste dont la liturgie est l’annonce, la préparation et le prélude ici-bas.
Glorifiant Marie comme reine, assise à la droite du Christ roi dans le ciel, c’est vers la patrie céleste que nous fait tendre la liturgie de ce jour.
On y demande à Dieu : « Accordez-nous. Seigneur, grâce à l’appui de la bienheureuse Vierge Marie, notre Reine, dont nous célébrons la fête, de pouvoir obtenir la paix en cette vie et la gloire dans l’autre » (Collecte).
On y implore Marie pour qu’elle nous accueille dans le ciel à la fin de notre vie sur terre : « Salut, ô Reine de miséricorde, protégez-nous de l’ennemi et accueillez-nous à l’heure de la mort » (Alléluia).
Notre engagement personnel et communautaire dans la célébration liturgique de la fête de Marie Reine.
Tout ce, qu’en union intime avec Jésus, Marie a fait au cours de sa vie, a eu pour but d’assurer notre salut. Sa royauté lui confère un pouvoir universel comme médiatrice de toutes grâces.
Pour obtenir ici-bas la paix et assurer notre salut éternel, contemplons Marie Reine dans sa gloire et recourons à elle en faisant nôtres toutes les pensées de l’Église dans la messe de ce jour.
Sainte Jeanne d’Arc vierge et martyr mémoire de Saint Félix Pape et Martyr
Collecte
O Dieu, qui avez merveilleusement appelé sainte Jeanne d’Arc pour défendre la foi et la patrie, daignez accorder à votre Église, par son intercession, de vaincre les ruses de l’ennemi pour jouir d’une paix durable.
Lecture Sg. 8, 9-15
J’ai résolu de prendre la Sagesse pour compagne de ma vie, sachant qu’elle serait ma conseillère aux jours heureux, mon réconfort dans les soucis et dans la peine. J’aurai, grâce à elle, la gloire auprès des foules, et malgré mon jeune âge, l’honneur auprès des anciens. Dans le jugement, on reconnaîtra ma finesse, devant les puissants j’exciterai l’admiration, et les princes me regarderont avec étonnement : si je me tais, ils m’attendront ; si je parle, ils prêteront l’oreille ; si je prolonge mon discours, ils se mettront la main sur la bouche. J’obtiendrai aussi, grâce à elle, l’immortalité, et je laisserai à la postérité un souvenir éternel. Je gouvernerai des peuples, et des nations me seront soumises. Devant ma renommée, des rois terribles prendront peur. Je me montrerai capable dans l’assemblée du peuple, et brave dans la guerre.
Évangile Mt. 16, 24-27
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, et qu’il porte sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera. Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme ? Ou qu’est-ce que l’homme donnera en échange de son âme ? Car le Fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Jeanne d’Arc est née à Domrémy, autrefois du diocèse de Toul, maintenant de Saint-Dié, de parents remarquables par leur foi et l’intégrité de leurs mœurs, en 1412. Elle avait à peine treize ans et ne connaissait que les occupations du foyer, le travail des champs et les premiers éléments de la religion, quand elle fut avertie qu’elle était choisie par Dieu pour délivrer la France et la rendre à l’ancienne autorité royale. Après que, pendant cinq ans, l’Archange saint Michel et les saintes vierges Catherine et Marguerite, dont elle recevait de fréquentes visites, lui eurent appris comment elle exécuterait ce qui lui était ordonné, elle reconnut qu’elle devait obéir à Dieu. Elle demanda au gouverneur de Vaucouleurs et, après quelques refus, en obtint des hommes qui devaient la conduire au roi Charles. Elle se rend d’abord à Toul, où elle assure devant l’évêque qu’elle a fait le vœu de virginité ; ensuite elle visite par un pieu pèlerinage la basilique de saint Nicolas de Port, pour confier au patron des Lorrains le périple qu’elle a préparé ; ensuite elle gagne Nancy, où le duc Charles reçoit favorablement la pieuse jeune fille bien qu’elle l’ait accusé d’une mauvaise conduite morale, et il se recommande à ses prières.
Cinquième leçon. Obéissant aux avertissements divins, après avoir surmonté les difficultés d’un long voyage, elle arriva au château de Chinon, en Touraine, et, ayant convaincu le roi Charles de la vérité de sa mission divine, elle partit pour Orléans. En peu de jours, par un terrible assaut, elle infligea trois défaites aux ennemis, prit leurs places fortes et fit triompher son étendard. De là, après quelques faits de guerre où le secours de Dieu se manifesta de façon merveilleuse, elle conduisit Charles à Reims pour y recevoir l’onction du sacre royal. Elle ne pensa pas pour autant qu’elle devait se reposer ; mais comme elle avait reçu du ciel l’annonce que, par la permission de Dieu, elle devait tomber au pouvoir de l’ennemi, elle accepta de bon cœur ce qui devait nécessairement arriver.
Sixième leçon. Jeanne, faite prisonnière à Compiègne, vendue aux ennemis, bientôt conduite à Rouen, y fut traduite en jugement et accusée de toutes sortes de crimes, sauf de fautes contre la chasteté. Pour Jésus, elle supporta tout avec patience. Le procès ayant été conduit par des juges très corrompus, la vierge innocente et douce fut condamnée à la peine du feu. Ayant donc reçu le réconfort de la sainte Eucharistie qu’elle avait désirée si longtemps, les yeux tournés vers la croix et répétant très souvent le nom de Jésus, elle s’envola au ciel, le 30 mai, n’ayant pas encore accompli sa vingtième année. L’Église Romaine, qu’elle avait toujours aimée et à qui elle en avait souvent appelé, prit soin de la justifier de tout crime, sous le pontificat de Calixte III. Vers la fin du dix-neuvième siècle, Léon XIII permit d’introduire la cause de la Pucelle d’Orléans. Puis le Souverain Pontife Pie X la mit au rang des Bienheureuses, et Benoît XV au nombre des saintes Vierges. Enfin Pie XI, accédant aux vœux des évêques français, la déclara et institua patronne secondaire de la France, après la Très Sainte Vierge en son Assomption.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Hilaire, Évêque.
Septième leçon. O bienheureux dommage, ô bienheureuse perte ! Le Seigneur a voulu nous enrichir au détriment de la vie et du corps, et il nous incite à lui devenir semblables. Car, étant de la nature de Dieu, il est devenu humble et obéissant jusqu’à la mort et, par là, il a reçu la puissance souveraine sur toute chose, celle qui est en Dieu. Il nous faut donc le suivre en prenant la croix, et, si ce n’est dans la réalité, du moins par notre volonté, l’accompagner dans sa passion. A quoi bon avoir acquis la puissance sur le monde, pourquoi tendre vers les richesses du siècle et par elles dominer la terre entière, si c’est pour perdre notre âme et nuire à notre vie ?
Huitième leçon. Quelle compensation chercher pour la perte de l’âme ? Lorsque le Christ, au milieu des anges, sera devant nous pour rendre à chacun selon son mérite, qu’offrirons-nous pour avoir la vie ? Croirai-je à la possibilité d’une transaction, préparée dès la vie terrestre, par les richesses, les hautes fonctions, la célébrité, les quartiers de noblesse ? Pour avoir en abondance des biens meilleurs, il faut renier toutes ces choses, suivre le Christ en méprisant tout cela et peser la possession éternelle des biens spirituels en comparaison avec la perte des biens terrestres.
Neuvième leçon. Quelle lourde charge imposée à la faiblesse humaine : dès que les hommes commencent à apprécier la vie, il leur faut perdre ce qui fait la joie de la nature humaine, se refuser à eux-mêmes, c’est-à-dire ne plus vouloir être ce qu’ils ont commencé d’être, alors que cette appréciation de la vie provient du désir. Il fallait donc une autorité indiscutable pour que, malgré la réaction du jugement, la perte des biens terrestres devienne désirable en raison du gain certain des biens futurs. Aussi, après avoir averti qu’il faut porter sa croix, perdre sa vie et obtenir la vie éternelle en échange de la perte de ce monde, Jésus s’adresse à ses disciples : « Quelques-uns qui sont ici présents ne subiront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme dans la gloire de son royaume »
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