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Regnum Galliae Regnum Mariae
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L’Ascension du Seigneur

29 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

L’Ascension du Seigneur

Introït

Hommes de Galilée, pourquoi vous étonnez-vous en regardant le ciel ? Alléluia. De la même manière que vous l’avez vu monter au ciel, il reviendra, alléluia, alléluia, alléluia. Nations, frappez toutes des mains ; célébrez Dieu par des cris d’allégresse.

Collecte

Nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, faites-nous cette grâce : nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux ; que nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Lecture Ac. 1, 1-11

Dans mon premier livre, ô Théophile, j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où, après avoir donné ses ordres, par l’Esprit-Saint, aux apôtres qu’il avait choisis, il fut enlevé au ciel. Il s’était aussi montré à eux vivant, après sa passion, par des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu. Comme il mangeait avec eux, il leur ordonna de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, que vous avez, dit-il, entendue de ma bouche ; car Jean a baptisé dans l’eau, mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint dans peu de jours. Ceux donc qui se trouvèrent réunis l’interrogèrent en disant : Seigneur, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d’Israël ? Il leur répondit : Ce n’est point à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Après qu’il eut dit ces paroles, sous leurs regards il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils contemplaient attentivement le ciel pendant qu’il ’en allait, voici que deux hommes se présentèrent en vêtements blancs, et dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui du milieu de vous a été élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel.

Évangile Mc. 16, 14-20.

En ce temps-là, Jésus se montra aux Onze eux-mêmes, tandis qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui avaient vu qu’il était ressuscité. Et il leur dit : Allez dans le monde entier, et prêchez l’évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront les serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains sur les malades, et ils seront guéris. Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé dans le ciel, et il est assis à la droite de Dieu. Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles dont elle était accompagnée.

Secrète

Agréez, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons en l’honneur de la glorieuse ascension de votre Fils et concédez-nous avec bonté d’être délivrés des périls de la vie présente, puis de parvenir à la vie éternelle.

Postcommunion

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant et miséricordieux, accordez-nous que ce que nous avons reçu en nourriture durant ces mystères visiblement célébrés, nous en obtenions l’effet invisible.

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape

Aujourd’hui, mes bien-aimés, s’achève le nombre de quarante jours sacrés écoulés depuis la résurrection bienheureuse et glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ, par laquelle, dans l’espace de trois jours, la puissance divine releva le vrai temple de Dieu, que l’impiété des Juifs avait détruit. Ce nombre de jours, la très sainte disposition de la Providence l’a accordé en vue de notre utilité et de notre instruction, pour que le Seigneur, prolongeant durant cet espace de temps sa présence corporelle ici-bas, notre foi en la résurrection y pût trouver les preuves et la confirmation nécessaires. La mort du Christ avait beaucoup troublé le cœur des disciples, et l’engourdissement de la défiance avait pénétré dans leurs esprits, alourdis par le chagrin causé par son supplice sur la croix, par son dernier soupir, par la sépulture de son corps inanimé.

5e leçon

Les bienheureux Apôtres et tous les disciples, qui avaient été alarmés par la mort de Jésus sur la croix, et avaient hésité dans la foi à sa résurrection, furent tellement affermis par l’évidence de la vérité, que, loin d’être attristés en voyant le Seigneur s’élever dans les hauteurs des cieux, ils furent au contraire remplis d’une sainte joie. Et certes, il y avait là une grande et ineffable cause de joie, alors qu’en présence de cette multitude sainte, une nature humaine s’élevait au-dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, pour dépasser les ordres angéliques, pour être élevée plus haut que les Archanges, et ne s’arrêter dans ses élévations sublimes que, lorsque reçue dans la demeure du Père éternel, elle serait associée au trône et à la gloire de Celui à la nature duquel elle se trouvait déjà unie en son Fils.

6e leçon

Puisque l’ascension du Christ est notre propre élévation, et que le corps a l’espérance d’être un jour où l’a précédé son glorieux chef, tressaillons donc, mes bien-aimés, dans de dignes sentiments de joie, et réjouissons-nous par de pieuses actions de grâces. Car nous n’avons pas seulement été affermis aujourd’hui comme possesseurs du paradis ; mais en la personne du Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux ; et nous avons plus obtenu par sa grâce ineffable, que nous n’avions perdu par l’envie du diable. En effet, ceux que le venimeux ennemi avait bannis de la félicité de leur première demeure, le Fils de Dieu se les est incorporés, et il les a placés à la droite du Père, avec qui étant Dieu, il vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Le retard que les disciples mirent à croire à la résurrection du Seigneur, n’a pas tant été leur faiblesse, qu’elle n’a été, pour ainsi dire, notre assurance future. La résurrection, en effet, à raison de leur doute, fut démontrée par beaucoup de preuves ; et, lorsque nous lisons ces faits dans l’Évangile, ne sommes-nous pas affermis par leur hésitation même ? L’histoire de Madeleine qui crut très vite, m’est moins utile que celle de Thomas qui douta longtemps. Car cet Apôtre en doutant, toucha les cicatrices du Sauveur, et enleva ainsi de notre cœur la plaie du doute.

8e leçon

Pour faire pénétrer en nous la vérité de la résurrection du Seigneur, il nous faut aussi remarquer ces paroles de saint Luc : « Mangeant avec eux, il leur commanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem. » Et un peu plus loin : « Eux le voyant, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. » Notez ces paroles, remarquez ces mystères. Après avoir mangé avec eux, il s’éleva ; il mangea et il monta, afin de nous rendre manifeste par l’action d’absorber de la nourriture, la réalité de sa chair. Saint Marc rapporte que le Seigneur, avant de monter au ciel, reprocha à ses disciples la dureté de leur cœur et leur incrédulité. Que remarquer en cela, sinon que le Seigneur adressa des reproches à ses disciples au moment où il les quittait corporellement, afin que ces paroles, dites en se séparant d’eux, restassent plus profondément imprimées dans le cœur de ceux qui les entendaient ?

9e leçon

Écoutons ce que le Sauveur commande à ses disciples, après leur avoir reproché leur endurcissement : « Allez dans tout l’univers, et prêchez l’Évangile à toute créature. » Est-ce à dire, mes frères, que le saint Évangile dût être annoncé aux choses inanimées, ou aux animaux dépourvus de raison, et que ce soit à leur sujet que cette parole ait été dite aux disciples : « Prêchez à toute créature ? » Mais c’est l’homme qui est désigné ici par ces mots : toute créature. L’homme a, en effet, quelque chose de toute créature. L’être lui est commun avec les pierres, la vie avec les arbres, la sensibilité avec les animaux, et l’intelligence avec les Anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, on peut dire, en quelque sorte, que l’homme est toute créature, et par conséquent l’Évangile est prêché à toute créature, lorsqu’il est prêché à l’homme seul.

 

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Vigile de l’Ascension

28 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de l’Ascension

Collecte

Dieu, vous de qui procèdent tous les biens, accordez à vos serviteurs suppliants, que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien, et que notre volonté, guidée par vous, l’accomplisse.

Épitre Ep. 4, 7-13

Mes frères, à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ. C’est pourquoi l’Écriture dit : Étant monté en haut, il a emmené des captifs, il a donné des dons aux hommes. Or, que signifie : Il est monté, sinon qu’il était descendu d’abord dans les parties inférieures de la terre ? Celui qui est descendu est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les deux, afin de remplir toutes choses. Et c’est lui qui a donné les uns comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, d’autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état l’homme parfait, à la mesure de ’âge de la plénitude du Christ.

Évangile Jn. 17, 1-11

En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel, et dit : Père, l’heure est venue ; glorifiez votre il Fils, afin que votre Fils vous glorifie, en donnant, selon la puissance que vous lui ayez accordée, sur toute chair, la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés. Or la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. Je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai accompli l’œuvre que vous m’aviez donnée à faire. Et maintenant, glorifiez- moi, vous, Père, auprès de vous même, de la gloire que j’ai eue auprès de vous, avant que le monde fût. J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous m’avez donnés du milieu du monde. Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés ; et ils ont gardé votre parole. Maintenant, ils savent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car je leur ai donné les paroles que vous m’avez données, et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m’avez envoyé. C’est pour eux que je prie ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous. Tout ce qui est à moi est à vous, et ce qui est à vous est à moi ; et j’ai été glorifié en eux. Et déjà je ne suis plus dans te monde ; mais eux, ils sont dans le monde, et moi je viens à vous.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Notre Seigneur, Fils unique du Père, et coéternel avec lui, « ayant pris la forme d’esclave » pouvait, en cette forme d’esclave, prier en silence s’il le fallait ; mais il a voulu se présenter en suppliant devant son Père, de telle manière qu’il montra se souvenir qu’il était notre docteur. C’est pourquoi il a voulu que la prière qu’il a faite pour nous, nous fût connue ; car l’édification des disciples ressort non seulement des leçons que leur donne un si grand maître, mais encore de la prière qu’il adresse à son Père en leur faveur. Et si ces paroles étaient l’édification de ceux qui se trouvaient présents pour les entendre, Jésus voulait certainement qu’elles devinssent aussi la nôtre, à nous qui devions les lire, recueillies dans son Évangile.

2e leçon

C’est pourquoi lorsqu’il nous dit : « Père, l’heure est venue, glorifiez votre Fils ; » il nous enseigna que ce qu’il ferait ou laisserait se faire, en quelque temps que ce fût, est disposé d’avance par celui qui n’est point sujet au temps ; car les événements qui se déroulent dans la suite des temps, ont leurs causes efficientes dans la sagesse de Dieu, en laquelle ne se trouve rien de temporaire. Gardons-nous donc de croire que cette heure soit venue amenée par la fatalité, car elle a été fixée par Dieu qui dispose les temps. Les lois des astres n’ont pas non plus régi la passion du Christ ; il est inadmissible que les astres puissent forcer à mourir le Créateur des astres.

3e leçon

Il en est qui entendent que le Fils a été glorifié par le Père en ce sens qu’il ne l’a pas épargné mais l’a livré pour nous tous. Mais si l’on dit que le Christ a été glorifié par sa passion, combien plus par sa résurrection ? Dans sa passion, en effet, son humilité se manifeste plutôt que sa gloire ; l’Apôtre l’atteste lorsqu’il dit : « Il s’est humilié lui-même, s’étant fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». Ensuite il ajoute, au sujet de sa glorification : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ; afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ». Voilà la glorification de notre Seigneur Jésus-Christ, elle a commencé à sa résurrection.

La troisième matinée des Rogations s’est écoulée, l’heure de midi se fait entendre ; elle vient ouvrir la dernière journée que le Fils de Dieu doit passer sur la terre avec les hommes. Nous avons semblé perdre de vue, durant ces trois jours, le moment si proche de la séparation ; toutefois, le sentiment de la perte qui nous menace vivait au fond de nos cœurs, et les humbles supplications que nous présentions au ciel, en union avec la sainte Église, nous préparaient à célébrer le dernier des mystères de notre Emmanuel.

A ce moment, les disciples sont tous rassemblés à Jérusalem. Groupés autour de Marie dans le Cénacle, ils attendent l’heure à laquelle leur Maître doit se manifester à eux pour la dernière fois. Recueillis et silencieux, ils repassent dans leurs cœurs les divines marques de bonté et de condescendance qu’il leur a prodiguées durant ces quarante jours, et les solennels enseignements qu’ils ont reçus de sa bouche. C’est maintenant qu’ils le connaissent, qu’ils savent qu’il est sorti de Dieu ; quant à ce qui les concerne, ils ont appris de lui la mission à laquelle il les a destinés : ce sera d’enseigner, eux ignorants, les peuples de la terre ; mais, ô regret inconsolable ! Il s’apprête à les quitter ; « encore un peu de temps, et ils ne le verront plus. »

Par un touchant contraste avec leurs tristes pensées, la nature entière semble s’être mise en devoir d’offrir à son auteur le plus splendide triomphe ; car ce départ doit être un départ triomphant. La terre s’est parée des prémices de sa fécondité, la verdure des campagnes le dispute à l’émeraude, les fleurs embaument l’air de leurs parfums, sous le feuillage des arbres les fruits se hâtent de mûrir, et les moissons grandissent de toutes parts. Tant d’heureux dons sont dus à l’influence de l’astre qui brille au ciel pour vivifier la terre, et qui a reçu le noble privilège de figurer par son royal éclat, et dans ses phases successives, le passage de l’Emmanuel au milieu de nous.

Rappelons-nous ces jours sombres du solstice d’hiver, où son disque pâle, tardif vainqueur des ténèbres, ne montait dans le ciel que pour y parcourir une étroite carrière, dispensant la lumière avec mesure, et n’envoyant à la terre aucun rayon assez ardent pour résoudre la constriction qui tenait glacée toute sa surface. Tel se leva, comme un astre timide, notre divin Soleil, dissipant à peine les ombres autour de lui, tempérant son éclat, afin que les regards des hommes n’en fussent pas éblouis. Comme le soleil matériel, il élargit peu à peu sa carrière ; mais des nuages vinrent souvent dissimuler son progrès. Le séjour en la terre d’Égypte, la vie obscure de Nazareth, dérobèrent sa marche aux yeux des hommes ; mais l’heure étant venue où il devait laisser poindre les rayons de sa gloire, il brilla d’un souverain éclat sur la Galilée et sur la Judée, lorsqu’il se mit à parler « comme ayant puissance » , lorsque ses œuvres rendirent témoignage de lui, et que l’on entendit la voix des peuples qui faisait retentir « Hosannah au fils de David ».

Il allait atteindre à son zénith, quand tout à coup l’éclipse momentanée de sa passion et de sa mort persuada pour quelques heures à ses ennemis jaloux que leur malice avait suffi pour éteindre à jamais sa lumière importune à leur orgueil. Vain espoir ! Notre divin Soleil échappait dès le troisième jour à cette dernière épreuve ; et il plane maintenant au sommet des cieux, versant sa lumière sur tous les êtres qu’il a créés, mais nous avertissant que sa carrière est achevée. Car il ne saurait descendre ; pour lui, pas de couchant ; là s’arrête son rapport avec l’humble flambeau qui éclaire nos yeux mortels. C’est du haut du ciel qu’il brille désormais, et pour toujours, ainsi que l’avait annoncé Zacharie, lors de la naissance de Jean ; et comme l’avait prédit encore auparavant le sublime Psalmiste, en disant : « Il a fourni sa carrière comme un géant, il est arrivé au sommet des cieux, d’où il était parti, et nul ne peut se soustraire à l’action de sa puissante chaleur ».

Cette Ascension, qui établit l’Homme-Dieu centre de lumière pour les siècles des siècles, il en a fixé le moment précis à l’un des jours du mois que les hommes appellent Mai, et qui révèle dans son plus riant éclat l’œuvre que ce Verbe divin trouva belle lui-même, au jour où, l’ayant fait sortir du néant, il la disposa avec tant de complaisance. Heureux mois, non plus triste et sombre comme Décembre, qui vit les joies modestes de Bethléem, non plus sévère et lugubre comme Mars, témoin du Sacrifice sanglant de l’Agneau sur la croix, mais radieux, épanoui, surabondant de vie et digne d’être offert, chaque année, en hommage à Marie, Mère de Dieu ; car c’est le mois du triomphe de son fils.

O Jésus, notre créateur et notre frère, nous vous avons suivi des yeux et du cœur depuis le moment de votre aurore ; nous avons célébré, dans la sainte liturgie, chacun de vos pas de géant par une solennité spéciale ; mais en vous voyant monter ainsi toujours, nous devions prévoir le moment où vous iriez prendre possession de la seule place qui vous convienne, du trône sublime où vous serez assis éternellement à la droite du Père. L’éclat qui vous entoure depuis votre résurrection n’est pas de ce monde ; vous ne pouvez plus demeurer avec nous ; vous n’êtes resté durant ces quarante jours, que pour la consolidation de votre œuvre ; et demain, la terre qui vous possédait depuis trente-trois années sera veuve de vous. Avec Marie votre mère, avec vos disciples soumis, avec Madeleine et ses compagnes, nous nous réjouissons du triomphe qui vous attend ; mais à la veille de vous perdre, permettez à nos cœurs aussi de ressentir la tristesse ; car vous étiez l’Emmanuel, le Dieu avec nous, et vous allez être désormais l’astre divin qui planera sur nous ; et nous ne pourrons plus « vous voir, ni vous entendre, ni vous toucher de nos mains, ô Verbe de vie ! ». Nous n’en disons pas moins : Gloire et amour soient à vous ! Car vous nous avez traités avec une miséricorde infinie. Vous ne nous deviez rien, nous étions indignes d’attirer vos regards, et vous êtes descendu sur cette terre souillée par le péché ; vous avez habité parmi nous, vous avez payé notre rançon de votre sang, vous avez rétabli la paix entre Dieu et les hommes. Oui, il est juste maintenant que « vous retourniez à celui qui vous a envoyé ». Nous entendons la voix de votre Église, de votre Épouse chérie qui accepte son exil, et qui ne pense qu’à votre gloire : « Fuis donc, ô mon bien-aimé, vous dit-elle ; fuis avec la rapidité du chevreuil et du faon de la biche, jusqu’à ces montagnes où les fleurs du ciel exhalent leurs parfums » . Pourrions-nous, pécheurs que nous sommes ne pas imiter la résignation de celle qui est à la fois votre Épouse et notre mère ?

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Saint Bède le vénérable confesseur et docteur mémoire de Saint Jean Ier Pape et Martyr

27 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Bède le vénérable confesseur et docteur mémoire de Saint Jean Ier Pape et Martyr

Collecte

Dieu, qui illustrez votre Église par la science du bienheureux Bède votre Docteur et Confesseur, accordez dans votre bonté à vos serviteurs d’être toujours éclairés de sa sagesse et aidés de ses mérites.

Office

Quatrième leçon. Bède, prêtre de Jarrow, né sur les confins de la Grande-Bretagne et de l’Écosse, n’avait que sept ans quand son éducation fut confiée à saint Benoît Biscop, abbé de Wearmouth. Devenu moine, il régla sa vie de telle sorte que, tout en se donnant entièrement à l’étude des arts et des sciences, il n’a jamais rien omis des règles monastiques. Il n’est pas de science qu’il n’ait acquise, grâce à des études approfondies ; mais il apporta surtout ses soins les plus assidus aux divines Écritures ; et, pour les posséder plus pleinement, il apprit le grec et l’hébreu. A trente ans, sur l’ordre de son supérieur, il fut ordonné prêtre et aussitôt, à la demande d’Acca, évêque d’Exham, il donna des leçons d’Écriture sainte ; il les appuyait si bien sur la doctrine des Saints Pères, qu’il n’avançait rien qui ne fût fortifié par leur témoignage, se servant souvent presque des mêmes expressions. Le repos lui était en horreur il passait de ses leçons à l’oraison pour retourner de l’oraison à ses leçons ; il était si enflammé par les sujets qu’il traitait, que souvent les larmes accompagnaient ses explications. Pour ne pas être distrait par les soucis temporels, il ne voulut jamais accepter la charge d’abbé qui lui fut bien des fois offerte.

Cinquième leçon. Bède s’acquit un tel renom de science et de piété, que la pensée vint à Saint Sergius, pape, de le faire venir à Rome, pour qu’il travaillât à la solution des difficiles questions que la science sacrée avait alors à étudier. Il fit plusieurs ouvrages, dans le but de corriger les mœurs des fidèles, d’exposer et de défendre la foi, ce qui lui valut à un tel point l’estime générale que saint Boniface, évêque et martyr, l’appelait la lumière de l’Église ; Lanfranc, docteur des Angles, et le concile d’Aix-la-Chapelle, docteur admirable. Bien plus, ses écrits étaient lus publiquement dans les églises, même de son vivant. Et quand le fait avait lieu, comme il n’était pas permis de lui donner le nom de saint, on l’appelait vénérable, et ce titre lui a été attribué dans les siècles suivants. Sa doctrine avait d’autant plus de force et d’efficacité qu’elle était confirmée par la sainteté de sa vie et la pratique des plus belles vertus religieuses. Aussi, grâce à ses leçons et à ses exemples, ses disciples, qui étaient nombreux et remarquables, se distinguèrent-ils autant par leur sainteté que par leurs progrès dans les sciences et dans les lettres.

Sixième leçon. Enfin, brisé par l’âge et les travaux, il tomba dangereusement malade. Cette maladie, qui dura plus de cinquante jours, n’interrompit ni ses prières, ni ses explications ordinaires des Saintes Écritures : c’est pendant ce temps, en effet, qu’il traduisit en langue vulgaire, à l’usage du peuple des Angles, l’Évangile de Saint Jean. La veille de l’Ascension, sentant sa fin approcher, il voulut se fortifier par la réception des derniers sacrements de l’église. Puis il embrassa ses frères, se coucha à terre sur son cilice, répéta deux fois : Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit et s’endormit dans le Seigneur. On rapporte qu’après sa mort, son corps exhalait l’odeur la plus suave : il fut enseveli dans le monastère de Jarrow et ensuite transporté à Dublin avec les reliques de Saint Cuthbert. Les Bénédictins, d’autres familles religieuses et quelques diocèses l’honoraient comme docteur : le Saint Père Léon XIII, d’après un décret de la sacrée congrégation des Rites, le déclara Docteur de l’Église universelle et rendit obligatoires pour tous, au jour de sa fête, la Messe et l’Office des Docteurs.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bède le Vénérable, Prêtre.

Septième leçon. Par la terre, entendez la nature humaine ; par le sel, la sagesse. Le sel, de sa nature, fait perdre à la terre sa fécondité. Nous lisons de certaines villes, qui ont passé par la colère des vainqueurs, qu’elles ont été ensemencées de sel. Et ceci convient bien à la doctrine apostolique : le sel de la sagesse, semé sur la terre de notre chair, empêche de germer, et le luxe du siècle, et la laideur des vices. S’il n’y a plus de sel, avec quoi salera-t-on ? C’est-à-dire, si vous, qui devez servir aux peuples de condiment, vous perdez le royaume des cieux par crainte de la persécution, par une vaine terreur, il n’est pas douteux que, sortis de l’Église, vous ne deveniez le jouet de vos ennemis.

Huitième leçon. « Vous êtes la lumière du monde » : c’est-à-dire, vous qui avez été éclairés de la vraie lumière, vous devez être la lumière de ceux qui sont dans le monde. « Une cité bâtie sur la montagne ne peut se cacher » : il s’agit de la doctrine apostolique, fondée sur le Christ ; ou de l’Église, bâtie sur le Christ, formée de beaucoup de nations unies par la foi, et cimentée par la charité. Elle offre un asile sûr à ceux qui entrent, elle est d’un accès difficile à ceux qui approchent ; elle garde ceux qui l’habitent et elle refoule tous ses ennemis.

Neuvième leçon. « Et on n’allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier ». Or celui-là met la lumière sous le boisseau qui obscurcit, voile la lumière de la doctrine en la faisant servir à des avantages temporels. Et celui-là met la lumière sur le chandelier qui se soumet de telle sorte au ministère de-Dieu, qu’il mette bien au-dessus de la servitude du corps la doctrine de la vérité. Ou bien encore : le Sauveur allume la lumière, lui qui a éclairé notre nature humaine par la flamme de la divinité ; et il a placé cette lumière sur le chandelier, c’est-à-dire sur l’Église, en marquant sur notre front la foi de son Incarnation. Cette lumière n’a pu être placée sous le boisseau, c’est-à-dire enfermée dans les dimensions de la foi et dans la Judée seulement, mais elle a éclairé le monde tout entier.

La bénédiction que le Seigneur donnait à la terre en s’élevant au ciel atteint les plus lointaines frontières de la gentilité. Trois jours de suite, le Cycle nous montre les grâces qu’elle annonçait concentrant sur l’extrême Occident leurs énergies : c’est le fleuve de Dieu, dont les eaux débordées se font plus impétueuses à la limite qu’elles ne dépasseront pas.

Hier, l’expédition évangélique que le roi Lucius avait sollicitée du Pontife Éleuthère quittait Rome pour la future Ile des Saints. Demain, dans la terre des Bretons devenue celle des Angles, elle sera suivie par le chef du second apostolat, Augustin, l’envoyé de Grégoire le Grand. Aujourd’hui, impatiente de justifier ces célestes prodigalités, Albion produit devant les hommes son illustre fils, Bède le Vénérable, l’humble et doux moine dont la vie se passe à louer Dieu, à le chercher dans la nature et dans l’histoire, mais plus encore dans l’Écriture étudiée avec amour, approfondie à la lumière des plus sûres traditions. Lui qui toujours écouta les anciens prend place aujourd’hui parmi ses maîtres, devenu lui-même Père et Docteur de l’Église de Dieu. Entendons-le, dans ses dernières années, résumer sa vie :

« Prêtre du monastère des bienheureux Pierre et Paul, Apôtres, je naquis sur leur territoire, et je n’ai point cessé, depuis ma septième année, d’habiter leur maison, observant la règle, chantant chaque jour en leur église, faisant mes délices d’apprendre, d’enseigner ou d’écrire. Depuis que j’eus reçu la prêtrise, j’annotai pour mes frères et pour moi la sainte Écriture en quelques ouvrages, m’aidant des expressions dont se servirent nos Pères vénérés, ou m’attachant à leur manière d’interprétation. Et maintenant, bon Jésus, je vous le demande : vous qui m’avez miséricordieusement donné de m’abreuver à la douceur de votre parole, donnez-moi bénignement d’arriver à la source, ô fontaine de sagesse, et de vous voir toujours. »

La touchante mort du serviteur de Dieu ne devait pas être la moins précieuse des leçons qu’il laisserait aux siens. Les cinquante jours de la maladie qui l’enleva de ce monde s’étaient passés comme toute sa vie à chanter des psaumes ou à enseigner. Comme on approchait de l’Ascension du Seigneur, il redisait avec des larmes de joie l’Antienne de la fête : « O Roi de gloire qui êtes monté triomphant par delà tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins, mais envoyez-nous l’Esprit de vérité selon la promesse du Père. » A ses élèves en pleurs il disait, reprenant la parole de saint Ambroise : « Je n’ai pas vécu de telle sorte que j’eusse à rougir de vivre avec vous ; mais je ne crains pas non plus de mourir, car nous avons un bon Maître. » Puis revenant à sa traduction de l’Évangile de saint Jean et à un travail qu’il avait entrepris sur saint Isidore : « Je ne veux pas que mes disciples après ma mort s’attardent à des faussetés et que leurs études soient sans fruit. »

Le mardi avant l’Ascension, l’oppression du malade augmentait les symptômes d’un dénouement prochain se montrèrent. Plein d’allégresse, il dicta durant toute cette journée, et passa la nuit en actions de grâces. L’aube du mercredi le retrouvait pressant le travail de ses disciples. A l’heure de Tierce, ils le quittèrent pour se rendre à la procession qu’on avait dès lors coutume de faire en ce jour avec les reliques des Saints. Resté près de lui :»Bien-aimé Maître, dit l’un d’eux, un enfant, il n’y a plus à dicter qu’un chapitre ; en aurez-vous la force ? » — « C’est facile, répond souriant le doux Père : prends ta plume, taille-la, et puis écris ; mais hâte-toi. » A l’heure de None, il manda les prêtres du monastère, et leur rit de petits présents, implorant leur souvenir à l’autel du Seigneur. Tous pleuraient. Lui, plein de joie, disait : « Il est temps, s’il plaît à mon Créateur, que je retourne à Celui qui m’a fait de rien quand je n’étais pas ; mon doux Juge a bien ordonné ma vie ; et voici qu’approche maintenant pour moi la dissolution ; je la désire pour être avec le Christ : oui, mon âme désire voir mon Roi, le Christ, en sa beauté. »

Ce ne furent de sa part jusqu’au soir qu’effusions semblables ; jusqu’à ce dialogue plus touchant que tout le reste avec Wibert, l’enfant mentionné plus haut : « Maître chéri, il reste encore une phrase.— Écris-la vite. » Et après un moment : « C’est fini, dit l’enfant. —Tu dis vrai, répartit le bienheureux : c’est fini ; prends ma tête dans tes mains et soutiens-la du côté de l’oratoire, parce que ce m’est une grande joie de me voir en face du lieu saint où j’ai tant prié. » Et du pavé de sa cellule où on l’avait déposé, il entonna : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; quand il eut nommé l’Esprit-Saint, il rendit l’âme.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ! C’est le chant de l’éternité ; l’ange et même n’étaient pas, que Dieu, dans le concert des trois divines personnes, suffisait à sa louange : louange adéquate, infinie, parfaite comme Dieu, seule digne de lui. Combien le monde, si magnifiquement qu’il célébrât son auteur par les mille voix delà nature, demeurait au-dessous de l’objet de ses chants ! Toutefois la création elle-même était appelée à renvoyer au ciel un jour l’écho de la mélodie trine et une ; lorsque le Verbe fut devenu par l’Esprit-Saint fils de l’homme en Marie comme il l’était du Père, la résonance créée du Cantique éternel répondit pleinement aux adorables harmonies dont la Trinité gardait primitivement le secret pour elle seule. Depuis, pour l’homme qui sait comprendre, la perfection fut de s’assimiler au fils de Marie afin de ne faire qu’un avec le Fils de Dieu, dans le concert auguste où Dieu trouve sa gloire.

Vous fûtes, ô Bède, cet homme à qui l’intelligence est donnée. Il était juste que le dernier souffle s’exhalât sur vos lèvres avec le chant d’amour où s’était consumée pour vous la vie mortelle, marquant ainsi votre entrée de plain-pied dans l’éternité bienheureuse et glorieuse. Puissions-nous mettre à profit la leçon suprême où se résument les enseignements de votre vie si grande et si simple !

Gloire à la toute-puissante et miséricordieuse Trinité ! N’est-ce pas aussi le dernier mot du Cycle entier des mystères qui s’achèvent présentement dans la glorification du Père souverain par le triomphe du Fils rédempteur, et l’épanouissement du règne de l’Esprit sanctificateur en tous lieux ? Qu’il était beau dans l’Ile des Saints le règne de l’Esprit, le triomphe du Fils à la gloire du Père, quand Albion, deux fois donnée par Rome au Christ, brillait aux extrémités de l’univers comme un joyau sans prix de la parure de l’Épouse ! Docteur des Angles au temps de leur fidélité, répondez à l’espoir du Pontife suprême étendant votre culte à toute l’Église en nos jours, et réveillez dans l’âme de vos concitoyens leurs sentiments d’autrefois pour la Mère commune.

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Saint Philippe Neri confesseur mémoire de Saint Eleuthère Pape et Martyr

26 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Philippe Neri confesseur mémoire de Saint Eleuthère Pape et Martyr

Collecte

Dieu, qui avez élevé le bienheureux Philippe, votre Confesseur, à la gloire de vos Saints, accordez-nous, dans votre miséricorde, que, célébrant avec joie cette solennité, nous mettions à profit l’exemple de ses vertus.

Office

Quatrième leçon. Philippe de Néri, né à Florence de parents pieux et honorables, donna dès son jeune âge de clairs indices de sa future sainteté. Encore adolescent, il renonça à une succession importante qui lui venait d’un oncle, et vint se retirer à Rome, où s’étant instruit dans la philosophie et les saintes lettres, il se donna tout à Jésus-Christ. Son abstinence était telle qu’il passait souvent trois jours sans prendre aucun aliment. Adonné aux veilles, assidu à l’oraison, Philippe visitait fréquemment les sept basiliques de la Ville, et prit l’habitude de passer la nuit au cimetière de Calixte dans la contemplation des choses célestes Devenu prêtre par obéissance, il s’employa tout entier procurer le salut des âmes persévérant jusqu’à son dernier jour à entendre les confessions il engendra à Jésus-Christ un nombre presque incalculable d’enfants ; mû par le vif désir de leur assurer l’aliment quotidien de la parole de Dieu, la fréquentation des sacrements, l’assiduité à la prière, et d’autres exercices de piété, il institua la congrégation de l’Oratoire.

Cinquième leçon. Blessé de l’amour de Dieu, Philippe semblait en une continuelle langueur, et son cœur brûlait d’un feu si ardent que, sa poitrine étant devenue trop étroite pour le contenir, le Seigneur l’élargit en brisant et soulevant miraculeusement deux de ses côtes. Lorsqu’il célébrait le saint Sacrifice ou priait avec grande ferveur, Philippe fut aperçu élevé de terre et environné d’une lumière éclatante. Ceux qui se trouvaient dans la misère ou le besoin furent de sa part l’objet d’une charité très étendue ; il mérita que, sous les traits d’un pauvre, un Ange vint lui demander l’aumône, et tandis qu’il portait une nuit du pain à des indigents, ce fut encore un Ange qui vint le tirer sain et sauf d’une fosse où il était tombé. Voué à l’humilité, il eut toujours de l’aversion pour les honneurs ; et des dignités ecclésiastiques, même très élevées, lui ayant été offertes à différentes reprises, il les refusa invariablement.

Sixième leçon. Philippe fut célèbre par le don de prophétie et brilla merveilleusement par celui de pénétration des cœurs. Il conserva toujours une inviolable virginité, et parvint à distinguer par leur bonne ou mauvaise odeur, ceux qui étaient chastes et ceux qui ne l’étaient pas Parfois il apparut à des personnes absentes et leur vint en aide dans le danger. A sa parole, beaucoup de malades et de mourants revinrent à la santé, un mort même fut rappelé à la vie. Les esprits célestes et la Vierge mère de Dieu elle-même l’honorèrent souvent de leurs apparitions, et plusieurs âmes lui furent montrées montant au ciel, environnées de splendeur. Enfin, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-quinze, le huitième jour des calendes de juin, en la fête du Saint-Sacrement, Philippe, ayant célébré la Messe avec les plus grands transports de joie spirituelle, et s’étant acquitté des autres fonctions de son ministère, s’endormit dans le Seigneur, après minuit, à l’heure qu’il avait prédite. Ses miracles éclatants ont porté Grégoire XV à le mettre au nombre des Saints.

La joie est, ainsi que nous l’avons dit, le caractère principal du Temps pascal : joie surnaturelle, motivée à la fois par le triomphe si éclatant de notre Emmanuel et par le sentiment de notre heureuse délivrance des liens de la mort. Or, ce sentiment de l’allégresse intérieure a régné d’une manière caractéristique dans le grand serviteur de Dieu que nous honorons aujourd’hui ; et c’est bien d’un tel homme, dont le cœur fut toujours dans la jubilation et dans l’enthousiasme des choses divines, que l’on peut dire, avec la sainte Écriture, « que le cœur du juste est comme un festin continuel ». Un de ses derniers disciples, l’illustre Père Faber, fidèle aux doctrines de son maître, enseigne, dans son beau livre du Progrès spirituel, que la bonne humeur est l’un des principaux moyens d’avancement dans la perfection chrétienne. Nous accueillerons donc avec autant d’allégresse que de respect la figure radieuse et bienveillante de Philippe Néri, l’Apôtre de Rome et l’un des plus beaux fruits de la fécondité de l’Église au XVIe siècle.

L’amour de Dieu, un amour ardent, et qui se communiquait comme invinciblement à tous ceux qui l’approchaient, fut le trait particulier de sa vie. Tous les saints ont aimé Dieu ; car l’amour de Dieu est le premier et le plus grand commandement-, mais la vie de Philippe réalise ce divin précepte avec une plénitude, pour ainsi dire, incomparable. Son existence ne fut qu’un transport d’amour envers le souverain Seigneur de toutes choses ; et sans un miracle de la puissance et de la bonté de Dieu, cet amour si ardent au cœur de Philippe eût consumé sa vie avant le temps. Il était arrivé à la vingt-neuvième année de son âge, lorsqu’un jour, dans l’Octave de la Pentecôte, le feu de la divine charité embrasa son cœur avec une telle impétuosité que deux côtes de sa poitrine éclatèrent, laissant au cœur l’espace nécessaire pour céder désormais sans péril aux transports qui l’agitaient. Cette fracture ne se répara jamais ; la trace en était sensible par une proéminence visible à tout le monde ; et grâce à ce soulagement miraculeux, Philippe put vivre cinquante années encore, en proie à toutes les ardeurs d’un amour qui tenait plus du ciel que de la terre.

Ce séraphin dans un corps d’homme fut comme une réponse vivante aux insultes dont la prétendue Réforme poursuivait l’Église catholique. Luther et Calvin avaient appelé cette sainte Église l’infidèle et la prostituée de Babylone ; et voici que cette même Église avait à montrer de tels enfants à ses amis et à ses ennemis : une Thérèse en Espagne, un Philippe Néri dans Rome. Mais le protestantisme s’inquiétait beaucoup de l’affranchissement du joug, et peu de l’amour. Au nom de la liberté des croyances, il opprima les faibles partout où il domina, il s’implanta par la force là même où il était repoussé ; mais il ne revendiquait pas pour Dieu le droit qu’il a d’être aimé. Aussi vit-on disparaître des pays qu’il envahit ce dévouement qui produit le sacrifice à Dieu et au prochain. Un long intervalle de temps s’est écoulé depuis la prétendue Réforme, avant que celle-ci ait songé qu’il existe encore des infidèles sur la surface du globe ; et si plus tard elle s’est fastueusement imposé l’œuvre des missions, on sait assez quels apôtres elle choisit pour organes de ses étranges sociétés bibliques. C’est donc après trois siècles qu’elle s’aperçoit que l’Église catholique n’a pas cessé de produire des corporations vouées aux œuvres de charité. Émue d’une telle découverte, elle essaie en quelques lieux ses diaconesses et ses infirmières. Quoi qu’il en soit du succès d’un effort si tardif, on peut croire raisonnablement qu’il ne prendra jamais de vastes proportions ; et il est permis de penser que cet esprit de dévouement qui sommeilla trois siècles durant au cœur du protestantisme, n’est pas précisément l’essence de son caractère, quand on l’a vu, dans les contrées qu’il envahit, tarir jusqu’à la source de l’esprit de sacrifice, en arrêtant avec violence la pratique des conseils évangéliques qui n’ont leur raison d’être que dans l’amour de Dieu.

Gloire donc à Philippe Néri, l’un des plus dignes représentants de la divine charité au XVIe siècle ! Par son impulsion, Rome et bientôt la chrétienté reprirent une vie nouvelle dans la fréquentation des sacrements, dans les aspirations d’une piété plus fervente. Sa parole, sa vue même électrisaient le peuple chrétien dans la cité sainte ; aujourd’hui encore la trace de ses pas n’est point effacée. Chaque année, le vingt-six mai, Rome célèbre avec transport la mémoire de son pacifique réformateur. Philippe partage avec les saints Apôtres les honneurs de Patron dans la ville de saint Pierre. Les travaux sont suspendus, et la population en habits de fête se presse dans les églises pour honorer le jour où Philippe naquit au ciel, après avoir sanctifié la terre. Le Pontife romain en personne se rend en pompe à l’église de Sainte-Marie in Vallicella, et vient acquitter la dette du Siège Apostolique envers l’homme qui releva si haut la dignité et la sainteté de la Mère commune.

Philippe eut le don des miracles, et tandis qu’il ne cherchait que l’oubli et le mépris, il vit s’attacher à lui tout un peuple qui demandait et obtenait par ses prières la guérison des maux de la vie présente, en même temps que la réconciliation des âmes avec Dieu. La mort elle-même obéit à son commandement, témoin ce jeune prince Paul Massimo que Philippe rappela à la vie, lorsque l’on s’apprêtait déjà à lui rendre les soins funéraires. Au moment où cet adolescent rendait le dernier soupir, le serviteur de Dieu dont il avait réclamé l’assistance pour le dernier passage, célébrait le saint Sacrifice. A son entrée dans le palais, Philippe rencontre partout l’image du deuil : un père éploré, des sœurs en larmes, une famille consternée ; tels sont les objets qui frappent ses regards. Le jeune homme venait de succomber après une maladie de soixante-cinq jours, qu’il avait supportée avec la plus rare patience. Philippe se jette à genoux, et après une ardente prière, il impose sa main sur la tête du défunt et l’appelle à haute voix par son nom. Paul, réveillé du sommeil de la mort par cette parole puissante, ouvre les yeux, et répond avec tendresse : « Mon Père ! » Puis il ajoute : « Je voudrais seulement me confesser. » Les assistants s’éloignent un moment, et Philippe reste seul avec cette conquête qu’il vient de faire sur la mort. Bientôt les parents sont rappelés, et Paul, en leur présence, s’entretient avec Philippe d’une mère et d’une sœur qu’il aimait tendrement, et que le trépas lui a ravies. Durant cette conversation, le visage du jeune homme, naguère défiguré par la fièvre, a repris ses couleurs et sa grâce d’autrefois. Jamais Paul n’avait semblé plus plein de vie. Le saint lui demande alors s’il mourrait volontiers de nouveau. — « Oh ! oui, très volontiers, répond le jeune homme ; car je verrai en paradis ma mère et ma sœur. » — « Pars donc, répond Philippe ; pars pour le bonheur, et prie le Seigneur pour moi. » A ces mots, le jeune homme expire de nouveau, et entre dans les joies de l’éternité, laissant l’assistance saisie de regret et d’admiration.

Tel était cet homme favorisé presque constamment des visites du Seigneur dans les ravissements et les extases, doué de l’esprit de prophétie, pénétrant d’un regard les consciences, répandant un parfum de vertu qui attirait les âmes par un charme irrésistible. La jeunesse romaine de toute condition se pressait autour de lui. Aux uns il faisait éviter les écueils ; aux autres il tendait la main dans le naufrage. Les pauvres, les malades, étaient à toute heure l’objet de sa sollicitude. Il se multipliait dans Rome, employant toutes les formes du zèle, et ayant laissé après lui une impulsion pour les bonnes œuvres qui ne s’est pas ralentie.

Philippe avait senti que la conservation des mœurs chrétiennes dépendait principalement d’une heureuse dispensation de la parole de Dieu, et nul ne se montra plus empressé à procurer aux fidèles des apôtres capables de les attirer par une prédication solide et attrayante. Il fonda sous le nom d’Oratoire une institution qui dure encore, et dont le but est de ranimer et de maintenir la piété dans les populations. Cette institution, qu’il ne faut pas confondre avec l’Oratoire de France, a pour but d’utiliser le zèle et les talents des prêtres que la vocation divine n’appelle pas à la vie du cloître, et qui, en associant leurs efforts, arrivent cependant à produire d’abondants fruits de sanctification.

En fondant l’Oratoire sans lier les membres de cette association par les vœux de la religion, Philippe s’accommodait au genre de vocation que ceux-ci avaient reçu du ciel, et leur assurait du moins les avantages d’une règle commune, avec le secours de l’exemple si puissant pour soutenir l’âme dans le service de Dieu et dans la pratique des œuvres du zèle. Mais le saint apôtre était trop attaché à la foi de l’Église pour ne pas estimer la vie religieuse comme l’état de la perfection. Durant toute sa longue carrière, il ne cessa de diriger vers le cloître les âmes qui lui semblèrent appelées à la profession des vœux. Par lui les divers ordres religieux se recrutèrent d’un nombre immense de sujets qu’il avait discernes et éprouvés : en sorte que saint Ignace de Loyola, ami intime de Philippe et son admirateur, le comparaît agréablement à la cloche qui convoque les fidèles à l’Église, bien qu’elle n’y entre pas elle-même.

La crise terrible qui agita la chrétienté au XVIe siècle, et enleva à l’Église catholique un si grand nombre de ses provinces, affecta douloureusement Philippe durant toute sa longue vie. Il souffrait cruellement de voir tant de peuples aller s’engloutir les uns après les autres dans le gouffre de l’hérésie. Les efforts tentés par le zèle pour reconquérir les âmes séduites par la prétendue Réforme faisaient battre son cœur, en même temps qu’il suivait d’un œil attentif les manœuvres à l’aide desquelles le protestantisme travaillait à maintenir son influence. Les Centuries de Magdebourg. vaste compilation historique destinée à donner le change aux lecteurs, en leur persuadant, à l’aide de passages falsifiés, de faits dénaturés et souvent même inventés, que l’Église Romaine avait abandonné l’antique croyance et substitué la superstition aux pratiques primitives ; cet ouvrage sembla à Philippe d’une si dangereuse portée, qu’un travail supérieur en érudition, puisé aux véritables sources, pouvait seul assurer le triomphe de l’Église catholique. Il avait deviné le génie de César Baronius, l’un de ses compagnons à l’Oratoire. Prenant en main la cause de la foi, il commanda à ce savant homme d’entrer tout aussitôt dans la lice, et de poursuivre l’ennemi de la vraie foi en s’établissant sur le terrain de l’histoire. Les Annales ecclésiastiques furent le fruit de cette grande pensée de Philippe ; et Baronius lui-même en rend le plus touchant témoignage en tête de son huitième livre. Trois siècles se sont écoulés sur ce grand œuvre. Avec les moyens de la science dont nous disposons aujourd’hui, il est aise d’en signaler les imperfections ; mais jamais l’histoire de l’Église n’a été racontée avec une dignité, une éloquence et une impartialité supérieures à celles qui règnent dans ce noble et savant récit dont le parcours est de douze siècles. L’hérésie sentit le coup ; l’érudition malsaine et infidèle des Centuriateurs s’éclipsa en présence de cette narration loyale des faits, et l’on peut affirmer que le flot montant du protestantisme s’arrêta devant les Annales de Baronius, dans lesquelles l’Église apparaissait enfin telle qu’elle a été toujours, « la colonne et l’appui de la vérité. » La sainteté de Philippe et le génie de Baronius avaient décidé la victoire ; de nombreux retours à la foi romaine vinrent consoler les catholiques si tristement décimés ; et si de nos jours d’innombrables abjurations annoncent la ruine prochaine du protestantisme, il est juste de l’attribuer en grande partie au succès de la méthode historique inaugurée dans les Annales.

Vous avez aimé le Seigneur Jésus, ô Philippe, et votre vie tout entière n’a été qu’un acte continu d’amour ; mais vous n’avez pas voulu jouir seul du souverain bien. Tous vos efforts ont tendu à le faire connaître de tous les hommes, afin que tous l’aimassent avec vous et parvinssent à leur fin suprême. Durant quarante années, vous fûtes l’apôtre infatigable de la ville sainte, et nul ne pouvait se soustraire à l’action du feu divin qui brûlait en vous. Nous qui sommes la postérité de ceux qui entendirent votre parole et admirèrent les dons célestes qui étaient en vous, nous osons vous prier de jeter aussi les regards sur nous. Enseignez-nous à aimer notre Jésus ressuscité. Il ne nous suffit pas de l’adorer et de nous réjouir de son triomphe ; il nous faut l’aimer : car la suite de ses mystères depuis son incarnation jusqu’à sa résurrection, n’a d’autre but que de nous révéler, dans une lumière toujours croissante, ses divines amabilités. C’est en l’aimant toujours plus que nous parviendrons à nous élever jusqu’au mystère de sa résurrection, qui achève de nous révéler toutes les richesses de son cœur. Plus il s’élève dans la vie nouvelle qu’il a prise en sortant du tombeau, plus il apparaît rempli d’amour pour nous, plus il sollicite notre cœur de s’attacher à lui. Priez, ô Philippe, et demandez que « notre cœur et notre chair tressaillent pour le Dieu vivant. » Après le mystère delà Pâque, introduisez-nous dans celui de l’Ascension ; disposez nos âmes à recevoir le divin Esprit de la Pentecôte ; et lorsque l’auguste mystère de l’Eucharistie brillera à nos regards de tous ses feux dans la solennité qui approche, vous, ô Philippe, qui l’ayant fêté une dernière fois ici-bas, êtes monté à la fin de la journée au séjour éternel où Jésus se montre sans voiles, préparez nos âmes à recevoir et à goûter « ce pain vivant qui donne la vie au monde ».

La sainteté qui éclata en vous, ô Philippe, eut pour caractère l’élan de votre âme vers Dieu, et tous ceux qui vous approchaient participaient bientôt à cette disposition, qui seule peut répondre à l’appel du divin Rédempteur. Vous saviez vous emparer des âmes, et les conduire à la perfection par la voie de la confiance et la générosité du cœur. Dans ce grand œuvre votre méthode fut de n’en pas avoir, imitant les Apôtres et les anciens Pères, et vous confiant dans la vertu propre de la parole de Dieu. Par vous la fréquentation fervente des sacrements reparut comme le plus sûr indice de la vie chrétienne. Priez pour le peuple fidèle, et venez au secours de tant d’âmes qui s’agitent et s’épuisent dans des voies que la main de l’homme a tracées, et qui trop souvent retardent ou empêchent l’union intime du créateur et de la créature.

Vous avez aimé ardemment l’Église, ô Philippe ; et cet amour de l’Église est le signe indispensable de la sainteté. Votre contemplation si élevée ne vous distrayait pas du sort douloureux de cette sainte Épouse du Christ, si éprouvée dans le siècle qui vous vit naître et mourir. Les efforts de l’hérésie triomphante en tant de pays stimulaient le zèle dans votre cœur : obtenez-nous de l’Esprit-Saint cette vive sympathie pour la vérité catholique qui nous rendra sensibles à ses défaites et à ses victoires. Il ne nous suffit pas de sauver nos âmes ; nous devons désirer avec ardeur et aider de tous nos moyens l’avancement du règne de Dieu sur la terre, l’extirpation de l’hérésie et l’exaltation de notre mère la sainte Église : c’est à cette condition que nous sommes enfants de Dieu Inspirez-nous par vos exemples, ô Philippe, cette ardeur avec laquelle nous devons nous associer en tout aux intérêts sacrés de la Mère commune. Priez aussi pour cette Église militante qui vous a compté dans ses rangs comme un de ses meilleurs soldats. Servez vaillamment la cause de cette Rome qui se fait honneur de vous être redevable de tant de services. Vous l’avez sanctifiée durant votre vie mortelle ; sanctifiez-la encore et défendez-la du haut du ciel. 

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Vème Dimanche après Pâques

25 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Vème Dimanche après Pâques

Introït

Avec des cris de joie, publiez-le, faites-le savoir, alléluia ; proclamez-le jusqu’aux extrémités de la terre : le Seigneur a délivré son peuple, alléluia, alléluia. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.

Collecte

Dieu, de qui procèdent tous les biens, accordez à vos serviteurs suppliants : que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien ; et que notre volonté, guidée par vous, l’accomplisse.

Épitre Jc. 1, 22-27

Mes bien-aimés, mettez cette parole en pratique, et ne vous contentez pas de l’écouter, vous trompant vous-mêmes. Car si quelqu’un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s’être regardé s’en va, et oublie aussitôt quel il était. Mais celui qui aura considéré attentivement la loi parfaite de la liberté, et qui l’aura fait avec persévérance, arrivant ainsi, non à écouter pour oublier, mais à pratiquer l’œuvre prescrite celui-là trouvera le bonheur dans son activité. Si quelqu’un croit être religieux, et ne met pas un frein à sa langue, mais trompe son propre cœur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur tribulation, et à se conserver pur du siècle présent.

Évangile Jn. 16, 23-30

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. Je vous ai dit ces choses en paraboles. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement du Père. En ce jour-là, vous demanderez en mon nom ; et je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous ; car le Père vous aime lui-même, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais auprès du Père. Ses disciples lui dirent : Voici que, maintenant, vous parlez ouvertement, et vous ne dites plus de parabole. Maintenant nous savons que vous savez toutes choses, et que vous n’avez pas besoin que personne ne vous interroge ; voilà pourquoi nous croyons que vous êtes sorti de Dieu.

Offertoire

Nations, bénissez notre Dieu et faites entendre les accents de sa louange ; c’est lui qui a conservé la vie à mon âme, et qui n’a point permis que mes pieds soient ébranlés. Béni soit Dieu qui n’a pas rejeté ma prière ni éloigné de moi sa miséricorde, alléluia.

Secrète

Recevez, Seigneur les prières des fidèles avec l’oblation de ces hosties, afin que, par ces pieux témoignages de notre dévotion, nous parvenions à la gloire céleste.

Postcommunion

Accordez-nous, Seigneur, après nous avoir rassasiés par la vertu du céleste banquet, de désirer ce qui est juste, et de recevoir ce que nous désirons.

Office

4e leçon

Du livre de saint Ambroise, Évêque ‘De la Foi en la Résurrection’.

Comme la sagesse de Dieu ne pouvait pas mourir, et comme on ne peut ressusciter que si l’on meurt, le Verbe a pris une chair mortelle, afin de mourir en cette chair sujette au trépas, et d’y ressusciter une fois mort. La résurrection ne pouvait avoir lieu, en effet, qu’au moyen d’un homme, puisqu’il est dit : « Par un homme, la mort ; par un homme aussi, la résurrection des morts ». Jésus-Christ donc est ressuscité en tant qu’homme, parce qu’il est mort en tant qu’homme : il est tout ensemble, et homme ressuscité et Dieu ressuscitant ; il s’est alors montré homme en ce qui regarde la chair, il se montre maintenant Dieu en toutes choses, car nous ne le connaissons plus tel qu’il était selon la chair ; mais sa chair est cause que nous le connaissons comme prémices de ceux qui ont fermé les yeux, comme premier-né d’entre les morts.

5e leçon

Les prémices sont de la même espèce et de la même nature que le reste des fruits, dont on offre à Dieu la première récolte, en reconnaissance d’une production abondante : présent sacré pour tous ses dons, offrande pour ainsi dire de la nature renouvelée. Les prémices donc de ceux qui sont dans le repos, c’est le Christ. Mais l’est-il seulement de ceux qui reposent en lui, qui, débarrassés de la mort, sont sous l’empire d’un doux sommeil, ou l’est-il de tous les morts ? « Tous meurent en Adam, tous aussi recevront la vie dans le Christ ». C’est pourquoi de même que les prémices de la mort se trouvaient en Adam, de même, les prémices de la résurrection sont dans le Christ : tous ressusciteront. Que personne donc ne désespère, et que le juste ne s’afflige pas de cette résurrection commune, alors qu’il a à attendre une récompense toute spéciale de sa vertu. « Tous ressusciteront, dit l’Apôtre, mais chacun en son rang. » Le fruit de la clémence divine est commun à tous, mais on distinguera l’ordre des mérites.

6e leçon

Remarquons combien est grave le sacrilège de ne pas croire à la résurrection. Car si nous ne ressuscitons pas, c’est donc en vain que le Christ est mort, le Christ n’est donc pas ressuscité. En effet, si ce n’est pas pour nous que le Christ est ressuscité, il n’est ressuscité en aucune manière, lui qui n’avait aucune raison de ressusciter pour lui-même. Le monde est ressuscité en lui, le ciel est ressuscité en lui, la terre est ressuscitée en lui ; il y aura un ciel nouveau, et une terre nouvelle. A celui que les liens de la mort ne retenaient pas, la résurrection n’était point nécessaire ; car bien qu’il soit mort comme homme, il demeurait néanmoins libre jusque dans les enfers. Voulez-vous savoir combien il y était libre ? « Je suis devenu, nous dit-il, comme un homme sans secours, libre entre les morts ». Et certes, il était libre, lui qui avait le pouvoir de se ressusciter, selon ce qui est écrit : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours ». Et certes, il était libre, celui qui était descendu pour racheter les autres.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Il nous faut maintenant expliquer ces paroles du Seigneur : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. » Déjà, en traitant des premières parties de ce discours du Seigneur, nous avons dit, pour l’instruction de ceux qui adressent à Dieu le Père, au nom de Jésus-Christ, des prières qui ne sont pas exaucées, que toute prière contraire aux intérêts du salut, n’est point faite au nom du Sauveur. Car par ces paroles : « En mon nom ; » il faut entendre non pas un bruit de lettres et de syllabes, mais ce que ce son signifie et ce que l’on doit comprendre avec justesse et vérité par ce son.

8e leçon

Aussi celui qui pense de Jésus-Christ ce qui ne doit pas être pensé du Fils unique de Dieu ne demande pas en son nom, bien qu’il prononce les lettres et les syllabes qui forment le nom de Jésus-Christ ; car il prie au nom de celui qui est présent à sa pensée au moment de sa prière. Celui, au contraire, qui pense de Jésus-Christ ce qu’il en doit penser, celui-là prie en son nom, et reçoit ce qu’il demande, si toutefois il ne demande rien de contraire à son salut éternel : il reçoit lorsqu’il est bon pour lui qu’il reçoive. Il est des grâces qui ne nous sont point refusées, mais qui sont différées, pour nous être accordées au temps opportun. On doit donc entendre que, par ces paroles : « Il vous donnera, » notre Seigneur a voulu désigner les bienfaits particuliers à ceux qui les demandent. Tous les saints, en effet, sont toujours exaucés pour eux-mêmes, mais ils ne le sont pas toujours pour tous, pour leurs amis, pour leurs ennemis ou pour d’autres ; car notre Seigneur ne dit pas absolument : « Il donnera, » mais : « Il vous donnera. »

9e leçon

« Jusqu’à présent, dit notre Seigneur, vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit complète. » Cette joie qu’il appelle une joie pleine, n’est pas une joie des sens, mais une joie spirituelle, et quand elle sera si grande qu’on ne pourra plus rien y ajouter, alors, sans le moindre doute, elle sera pleine. Nous devons donc demander au nom du Christ ce qui tend à nous procurer cette joie si nous comprenons bien la nature de la grâce divine, si l’objet de nos prières est la vie véritablement heureuse. Demander toute autre chose, c’est ne rien demander : non pas qu’il n’existe absolument autre chose, mais parce qu’en comparaison d’un si grand bien, tout ce que l’on désire en dehors de lui n’est rien.

Encore quatre jours, et le divin Ressuscité, dont la société nous était si chère et si précieuse, aura disparu de la terre. C’est par cette annonce que ce cinquième dimanche après la joyeuse Pâque semble nous préparer à la séparation. Le dimanche suivant ouvrira la longue série de ceux qui doivent se succéder d’ici qu’il revienne pour juger le monde. A cette pensée, le cœur du chrétien se serre ; car il sait qu’il ne verra son Sauveur qu’après cette vie ; et il s’unit à la tristesse que ressentirent les Apôtres à la dernière Cène, lorsqu’il leur dit cette parole : « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ».

Mais après la résurrection de leur Maître, quelle dut être l’angoisse de ces hommes privilégiés qui comprenaient enfin ce qu’il était, lorsqu’ils s’aperçurent comme nous que l’heureuse quarantaine, si rapidement écoulée, touchait bientôt à sa fin ! Avoir vécu, pour ainsi dire, avec Jésus glorifié, avoir ressenti les effets de sa divine condescendance, de son ineffable familiarité, avoir reçu de sa bouche tous les enseignements qui devaient les mettre en état d’accomplir ses volontés, en fondant sur la terre cette Église qu’il était venu choisir pour son Épouse ; et se trouver tout d’un coup livrés à eux-mêmes, privés de sa présence visible, ne plus voir ses traits, ne plus entendre sa voix, et mener jusqu’au bout leur carrière avec de tels souvenirs : c’est le sort qui attendait les Apôtres et qu’ils avaient à accepter.

Nous éprouverons quelque chose de ce qu’ils durent ressentir, si nous nous sommes tenus unis à notre mère la sainte Église. Depuis le jour où elle ouvrit en notre faveur la série des émotions qui la transportent chaque année, lorsqu’elle repasse successivement tant de sublimes anniversaires, à partir de celui de la Naissance de son Emmanuel, jusqu’à celui de sa triomphante Ascension au ciel, n’est-il pas vrai que nous aussi nous avons vécu en société avec son divin Époux, qui est en même temps notre Rédempteur, et qu’au moment de le voir disparaître aux regards de notre foi attentive jusqu’à cette heure à le suivre dans tous ses états, l’émotion que ressentirent les Apôtres vient nous gagner nous-mêmes ?

Mais il est sur la terre, à la veille du jour où Jésus doit la quitter pour le ciel, une créature dont nous ne pourrons jamais sonder ni décrire les sentiments ; c’est Marie qui avait retrouvé son fils, et qui voit approcher le moment où il va s’éloigner encore. Jamais cœur ne fut plus soumis aux volontés de son Maître souverain ; mais jamais aussi semblable sacrifice ne fut demandé à une créature. Jésus veut que l’amour de Marie croisse encore, et c’est pour cela qu’il la soumet à l’épreuve de l’absence. Il veut en outre qu’elle coopère à la formation de l’Église, qu’elle ait la main dans ce grand œuvre qui ne devait s’élever qu’avec son concours. C’est en cela que se montre encore l’amour de Jésus pour sa mère ; il désire pour elle le mérite le plus grand, afin de déposer sur sa tète le diadème le plus glorieux, au jour où elle montera au ciel à son tour pour y occuper le trône qui a été préparé pour elle au-dessus de toute la création glorifiée.

Ce n’est plus, il est vrai, un glaive de douleur qui transpercera le cœur de Marie ; c’est le feu d’un amour que nul langage ne saurait décrire qui consumera ce cœur dans une angoisse à la fois poignante et délicieuse, sous l’effort de laquelle elle tombera un jour, comme le fruit mûr que la branche de l’arbre ne soutient plus, parce qu’elle n’a plus rien à lui donner. Mais à ces instants suprêmes où nous sommes, dans les dernières étreintes de ce fils divin qui va la laisser en exil, quel serrement au cœur d’une telle mère qui n’a joui que durant quarante jours du bonheur de le voir glorieux et triomphant, et de recevoir ses divines et filiales caresses !

C’est la dernière épreuve de Marie ; mais en face de cette épreuve elle n’a encore que sa même réponse : « Voici la servante du Seigneur. ; qu’il me soit fait selon votre parole. » Sa vie tout entière est dans le bon plaisir de Dieu, et c’est ainsi qu’elle devient toujours plus grande, plus rapprochée de Dieu. Une sainte âme du XVIIe siècle, favorisée des plus sublimes révélations, nous a appris que le choix fut donné à Marie d’entrer dans le repos de la gloire avec son fils, ou de demeurer encore sur la terre dans les labeurs de l’enfantement de la sainte Église ; mais qu’elle préféra retarder les joies maternelles que lui réservait l’éternité, et servir, aussi longtemps qu’il plairait à la divine Majesté, au grand œuvre qui importait tant à l’honneur de son fils et au bien de la race humaine, dont elle était devenue aussi la mère.

Si un tel dévouement éleva la coopératrice de notre salut au plus haut degré de la sainteté, en lui faisant atteindre le point culminant de sa mission, on est en droit de conclure que l’amour de Jésus pour sa mère s’accrut encore, lorsqu’il reçut d’elle une marque si sensible de l’union qu’elle avait aux plus intimes désirs de son cœur sacré. De nouveaux témoignages de sa tendresse furent pour Marie la récompense de cet oubli d’elle-même, et de cette conformité aux desseins qui l’appelaient à être véritablement dès ici-bas la Reine des Apôtres, comme l’appelle l’Église, et la coadjutrice de leurs travaux.

Le Seigneur, durant ces dernières heures, allait multipliant les témoignages de sa bonté envers tous ceux qu’il avait daigné admettre dans sa familiarité. Pour plusieurs d’entre eux la séparation devait être longue. Jean le bien-aimé aurait à attendre plus de cinquante années sa réunion à son Maître divin. Ce ne serait qu’après trente ans que Pierre monterait à son tour sur l’arbre de la croix, pour se réunir à celui qui lui avait confié les clefs du royaume des cieux. Le même intervalle de temps devait être rempli par les soupirs enflammés de Madeleine ; mais aucun d’eux ne murmurait ; car tous sentaient qu’il était juste que le divin Rédempteur du monde, ayant suffisamment établi la foi de sa résurrection, « entrât enfin dans sa gloire ».

Jésus avait fait donner ordre à ses disciples par les Anges, le jour même de sa résurrection, de se rendre en Galilée pour y jouir de sa présence. Nous avons vu comment ils obéirent à cet ordre, et en quelle manière le Sauveur se manifesta à sept d’entre eux sur les bords du lac de Génésareth ; ce fut la huitième des manifestations que les Évangiles ont enregistrées. La neuvième eut lieu pareillement dans la Galilée. Jésus aimait cette contrée, au sein de laquelle il avait pris la plupart de ses disciples, où Marie et Joseph avaient habité, et où lui-même avait passé tant d’années dans le travail et l’obscurité. La population, plus simple et plus morale que celle de la Judée, l’attirait davantage. Saint Matthieu nous révèle que la plus solennelle des manifestations de Jésus ressuscité, celle que nous compterons pour la dixième de fait, et pour la neuvième de celles que rapportent les Évangélistes, eut lieu sur une montagne de cette contrée.

Selon le sentiment de saint Bonaventure et celui du pieux et savant Denys le Chartreux, cette montagne fut le Thabor, dont le sommet avait déjà été honoré par le mystère de la Transfiguration. Là se trouvèrent réunis, comme nous l’apprenons de saint Paul, plus de cinq cents disciples de Jésus, assemblée formée en grande partie des habitants de la Galilée qui avaient cru en Jésus dans le cours de sa prédication, et qui avaient mérité d’être témoins de ce nouveau triomphe du Nazaréen. Jésus se montra à leurs regards, et leur donna une telle certitude de sa résurrection que l’Apôtre des Gentils, écrivant aux chrétiens de Corinthe, invoque leur témoignage à l’appui de ce mystère fondamental de notre foi.

Désormais nous demeurons sans renseignements positifs sur ce qui se passa encore dans la Galilée, quant à ce qui est des manifestations du Sauveur ressuscité ; mais nous savons qu’il intima à ses disciples l’ordre de se rendre à Jérusalem, où il devait bientôt reparaître à leurs yeux une dernière fois, avant de monter aux cieux. Suivons en ces jours la marche des disciples vers la ville coupable. Combien de fois, dans cette même ville, Jésus avait voulu réunir ses fils comme la poule ramasse ses poussins sous ses ailes, et elle ne l’a pas voulu ! Il va revenir dans ses murs ; mais elle ne le saura pas. Il ne se montrera pas à elle, il ne se révélera qu’à ses amis, et il partira en silence, pour ne plus revenir qu’au jour où il viendra juger ceux qui n’ont pas connu le temps de sa visite.

Le cinquième dimanche après Pâques, dans l’Église grecque, est appelé le dimanche de l’Aveugle-né, parce qu’on y lit le récit de l’Évangile où est rapportée la guérison de cet aveugle. On l’appelle aussi le dimanche de l’Épisozomène, qui est un des noms par lesquels les Grecs désignent le mystère de l’Ascension, dont la solennité, chez eux comme chez nous, interrompt le cours de cette semaine liturgique.

 

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Super Heb., cap. 1 l. 4

24 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb., cap. 1 l. 4

Lectio 4

Super Heb., cap. 1 l. 4 Supra probavit apostolus per auctoritatem Angelos esse ministros, hic probat hoc per rationem sumptam ex parte ipsius Christi. Unde intendit hic probare regiam dignitatem Christi; ubi duo facit. Primo enim commendat regiam dignitatem ipsius Christi; secundo eius ad illam dignitatem ostendit idoneitatem, ibi propterea unxit te Deus. Circa primum tria facit; primo commendat Christi regiam auctoritatem; secundo eius regiminis aequitatem, ibi virga aequitatis; tertio regiminis bonitatem, ibi dilexisti iustitiam. Dicit ergo: ad filium autem dicit thronus tuus, et cetera. Et sunt verba Dei Patris loquentis per linguam prophetae, sicut per calamum Scribae. Dicit ergo: o Deus fili, thronus tuus, et cetera. In quo denotatur regia maiestas. Est enim thronus regis sedes, sed cathedra magistri, tribunal autem sedes iudicis. Quae omnia conveniunt Christo, quia ipse est rex noster: Lc. I, 32: regnabit in domo Iacob et ideo convenit ei thronus. Ps. LXXXVIII, 30: thronus eius sicut sol. Ipse est magister, Jn. III, 2: scimus, quia a Deo venisti magister, ideo competit ei cathedra. Ipse iudex noster, Is. XXXIII, 22: Dominus iudex noster, Dominus legifer noster, et ideo congruit sibi tribunal. II Cor. V, 10: omnes nos oportet manifestari ante tribunal Christi et cetera. Competit autem thronus Christo secundum naturam divinam, inquantum est Deus, Ps. XLVI, 8: rex omnis terrae Deus, sed secundum quod homo, convenit sibi ex merito passionis, victoriae, et resurrectionis. Ap. III, 21: qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo, sicut ego vici et sedi in throno patris mei cum eo. Hic thronus est perpetuus. Lc. I, 33: et regni eius non erit finis. Dn. VII, 14: potestas eius potestas aeterna, quae non auferetur. Patet autem quod regnum illud est aeternum, et inquantum sibi convenit ex natura, quia est Deus. Ps. CXLIV, 13: regnum tuum, regnum omnium saeculorum. Item, inquantum sibi convenit ut homo, et hoc duplici ratione. Una, quia regnum illud non ordinatur ad temporalia, sed ad aeterna. Jn. XVIII, 36: regnum meum non est de hoc mundo. Ad hoc enim regnat, ut homines dirigat ad vitam aeternam. Non autem sic est de regno hominum; unde regnum illorum finitur cum vita praesenti. Alia ratio est, quia Ecclesia, quae est regnum eius, durat usque ad finem mundi, et tunc tradet Christus regnum Deo et Patri consummandum et perficiendum. Consequenter commendat regnum eius ab aequitate, cum dicit virga aequitatis, et cetera. Convenienter autem describitur regnum per virgam. Differt enim regimen tyrannicum a regimine regis, quia regimen tyrannicum est ad utilitatem suam cum gravamine subditorum; regimen autem regis principaliter ordinatur ad utilitatem subditorum. Et ideo rex est Pater et Pastor. Pastor enim non corrigit cum gladio, sed cum virga. Ps. LXXXVIII, 33: visitabo in virga iniquitates eorum. Item pastor utitur virga in directione gregis. Mi. VII, 14: pasce populum tuum in virga tua. Virga etiam sustentat infirmos. Ps. XXII, 4: virga tua et baculus tuus ipsa me consolata sunt. Item virga conturbat hostes. Nm. XXIV, 17: consurget virga de Israel, et percutiet duces Moab. Sed est haec virga aequitatis. Is. XI, 4: arguet in aequitate pro mansuetis terrae. Sed sciendum est, quod aliquando aliquis regit in rigore iuris, sicut quando servat ea quae iusta sunt secundum se. Contingit autem, quod aliquid de se iustum est, quod tamen comparatum ad aliquid inducit detrimentum si servetur; et ideo oportet, quod ius commune ad hoc applicetur, et si hoc fiat, tunc est regimen aequitatis. Regnum veteris testamenti erat secundum rigorem iustitiae. Ac. XV, 10: onus quod nec nos, nec patres nostri portare potuimus. Sed regnum Christi est regnum aequitatis et iustitiae, quia in ipso non imponitur nisi suavis observantia. Mt. XI, 30: iugum enim meum suave est et onus meum leve. Et Ps. XCV, 13: iudicabit orbem terrae in aequitate. Consequenter cum dicit dilexisti, etc., bonitatem regentis commendat. Quidam enim servant aequitatem, non tamen propter amorem iustitiae, sed magis propter timorem, vel gloriam, vel metum, et tale regimen non durat. Sed iste servat aequitatem propter amorem iustitiae. Dicit ergo dilexisti iustitiam, quasi dicat: hoc quod virga est aequa et directa, hoc est quia dilexisti iustitiam. Sg. I, 1: diligite iustitiam, qui iudicatis terram. Non autem est iustus, qui non amat iustitiam. Mt. V, 6: beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Sed aliqui quidem diligunt iustitiam, sed sunt remissi in correctione iniquitatis; sed Christus odit, id est, reprobat iniquitatem. Ps. CXVIII, 113: iniquos odio habui. Sg. XIV, 9: similiter odio sunt Deo impius et impietas eius. Eccli. XII, 3: altissimus odio habet peccatores, et misertus est poenitentibus. Et ideo dicit et odisti iniquitatem. Deinde cum dicit propterea unxit te Deus, ostendit Christi idoneitatem ad exequendum et gubernandum, ubi dubitatio est de hoc, quod dicit propterea, et cetera. In verbis istis agitur de spirituali unctione, quia Christus est repletus Spiritu Sancto. Numquid enim ideo repletus est, quia dilexit iustitiam? Ergo meruit gratiam, quod est contra illud Rm. XI, 6: si ex operibus, iam non ex gratia; et haec est ratio communis. Sed specialiter ad propositum, quia Christus in ipsa conceptione fuit plenus Spiritu Sancto, Jn. I, 14: plenum gratia et veritate, non ergo meruit. Respondeo. Hic est cavendus error Origenis. Voluit enim, quod omnes spirituales creaturae, etiam anima Christi, a principio creatae fuerunt, et secundum quod plus vel minus adhaeserunt Deo, vel diverterunt ab ipso per libertatem arbitrii sui, facta est distinctio inter Angelos et etiam animas. Unde in periarchon dicit, quod anima Christi quia vehementius adhaesit Deo, diligendo iustitiam, et odiendo iniquitatem, quod meruit maiorem plenitudinem gratiae prae cunctis substantiis spiritualibus. Sed hoc est haereticum dicere, quod scilicet quaecumque anima, vel etiam anima Christi, creata fuerit ante corpus, quod etiam specialem rationem in Christo habet, quia in primo instanti simul creata fuit anima, et formatum corpus, et totum est assumptum a filio Dei. Quid ergo dicit propterea? Una Glossa videtur sentire cum Origene. Sed si volumus eam salvare, dicemus quod in Scriptura dicitur aliquid fieri quando innotescit; sicut cum dicitur Ph. II, 8 s.: factus est obediens, etc., propter quod et Deus exaltavit illum, et dedit illi nomen, et cetera. Numquid Christus merito passionis meruit esse Deus? Absit: hic enim est error Photini. Dicendum est ergo, quod Christum esse Deum, excedit omne meritum, sed per passionem meruit, quod manifestetur ubique esse Deum, et quod Deus dederat illi tale nomen, et cetera. Ita hoc quod dicit hic propterea unxit te Deus, et cetera. Ut sit sensus: ex hoc quod tu dilexisti iustitiam, meruisti quod hoc innotescat. Vel aliter et melius ita quod ly propterea, non dicat causam meritoriam, sed finalem; quasi dicat: ad hoc quod illa haberes, scilicet thronum perpetuum, virgam aequitatis, etc., quae dicta sunt, propterea unxit te Deus oleo, scilicet sanctificationis, quod Dominus mandavit fieri, Ex. XXX, 24 ss.: quo ungebantur vasa et sacerdotes, Lv. VIII, 2 et IX, 1 s., et reges, ut patet de David, I R. XVI, 13, et Salomone, III R. I, 39; item prophetae, ut patet de Eliseo, III R. XIX, 16. Sed quare fiebat ista sanctificatio per unctionem? Ratio est litteralis. Homines enim Orientales pro celebritate ungebantur, ne consumerentur, eo quod sunt in regione multum calida. Pauperes etiam ungebantur ad festivitatem. IV R. IV, 2: non habeo ancilla tua nisi parum olei quo ungar. In Scriptura autem divina traduntur nobis per modum quo homines solent uti. Quia ergo tunc ungebantur homines, vel propter celebritatem festi, vel propter celebritatem personae, ideo ad ostendendum excellentiam Christi, dicit eum unctum oleo exultationis. Ipse enim est rex. Is. XXXII, 1: ecce in iustitia regnabit rex. Et XXXV: Dominus enim iudex noster, Dominus legifer noster, Dominus rex noster, ipse veniet et salvabit nos. Est etiam sacerdos. Ps. CIX, 4: tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech. Fuit etiam propheta. Dt. XVIII, 15: prophetam de gente tua et de fratribus tuis sicut me suscitabit tibi Dominus. Et convenit sibi ungi oleo sanctificationis et exultationis. Ab ipso autem sunt sacramenta, quae sunt vasa gratiae. Is. XXII, 24: suspendam super eum omnem gloriam domus Patris eius vasorum diversa genera, et cetera. Convenit etiam ista unctio Christianis. Sunt enim reges et sacerdotes. I P. II, 9: vos estis genus electum, regale sacerdotium. Ap. V, 10: fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdotes. Item habet spiritum sanctum, qui est prophetiae spiritus. Jl II, 28: effundam de spiritu meo super omnem carnem, et cetera. Et ideo omnes uncti sunt, invisibili unctione. II Cor. I, 21: qui autem confirmat nos vobiscum in Christo, et qui unxit nos Deus, et qui signavit nos, et dedit, et cetera. I Jn. II, 20: vos unctionem habetis a sancto, et nostis omnia. Sed quae comparatio est inter Christum unctum, et Christianos unctos? Ista, scilicet quia ipse habet eam principaliter et primo, nos autem et alii ab ipso effusam. Ps. CXXVII: sicut unguentum in capite, et cetera. Et dicit prae participibus tuis. Jn. I, 16: de plenitudine eius omnes accepimus. Unde alii dicuntur sancti, ipse vero sanctus sanctorum. Ipse enim est radix omnis sanctitatis. Dicit autem oleo laetitiae, vel exultationis, quia ex ista unctione procedit spiritualis laetitia. Rm. XIV, 17: non est regnum Dei esca et potus, sed iustitia et pax et gaudium in spiritu sancto. Ga. V, 22: fructus autem Spiritus est charitas, pax, gaudium. Ps. CIII, 15: ut exhilaret faciem in oleo. Is. LXI, 3: oleum gaudii pro luctu, et cetera. Illud autem, quod bis dicit Deus, Deus, dupliciter exponitur. Uno modo, quod repetatur nominativus casus, ut sit sensus: unxit te Deus per seipsum Deum, nos autem per te, mediatorem Dei et hominum, hominem Christum. II P. I, 4: per quem magna et pretiosa nobis promissa donavit. Alio modo, quia, secundum Augustinum in Glossa, alterum est nominativi casus, alterum vocativi, ut sit sensus: o Christe, qui es Deus filius, Deus Pater unxit te, et cetera. Et quod debeat sic exponi magis patet in Graeco. Sed cum Christus non sit unctus secundum quod Deus, quia sic non convenit sibi recipere Spiritum Sanctum, sed magis aliis dare, secunda expositio non videtur esse vera. Respondeo. Dicendum est, quod idem est in persona et Deus et homo, tamen unctus est inquantum homo. Et cum dicitur: o Deus, etc., et ungens est Deus et homo, et unctus similiter est Deus et homo, et unum cum ipso in persona.

 

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Super Heb., cap. 1 l. 3

23 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb., cap. 1 l. 3

Lectio 3

Super Heb., cap. 1 l. 3 Sicut supra dictum est, apostolus in toto capitulo intendit praeferre Christum Angelis quantum ad excellentiam, unde posuit quatuor pertinentia ad excellentiam Christi, scilicet quantum ad originem quia Filius, quantum ad dominationem quia haeres, quantum ad operationem quia ipse fecit saecula, quantum ad honorem quia sedet ad dexteram maiestatis. Modo apostolus in parte ista ostendit, quod Christus quantum ad ista quatuor excedit Angelos; et primo quantum ad filiationem; secundo quantum ad dominationem, ibi et cum iterum introducit; tertio quantum ad operationem creationis, ibi et tu in principio, Domine, terram fundasti; quarto quantum ad Patris confessionem, ibi ad quem autem Angelorum. Circa primum duo facit, quia primo praemittit intentum; secundo propositum probat, ibi cui enim dixit. Dicit ergo tanto melior Angelis, id est sanctior, et ideo propinquior, in quo proponit excellentiam Christi ad Angelos. Ep. I, 20: constituens eum ad dexteram suam in caelestibus super omnem principatum et potestatem. Sed tunc oritur quaestio quomodo apostolus hoc intelligit, utrum secundum divinam naturam, vel humanam, quia secundum divinam non videtur verum, quia secundum illam genitus est, non factus; secundum vero humanam non est melior Angelis, ut infra, II cap.: eum autem, qui modico quam Angeli, et cetera. Sed dicendum est, quod Christus secundum humanam naturam duo habuit in vita ista, scilicet infirmitatem carnis, et sic fuit minoratus ab Angelis. Infra II cap.: eum qui modico, et cetera. Item, habuit gratiae plenitudinem, et sic etiam in humanitate maior fuit Angelis in gratia et gloria. Jn. I, 14: vidimus eum quasi unigenitum a Patre, plenum gratiae et veritatis. Sed hic non est intellectus. Apostolus enim non intelligit, quod melior fuerit quantum ad gratiam, sed propter unionem humanae naturae ad divinam: et sic dicitur factus, inquantum per illius unionis factionem pervenit ad hoc quod esset melior Angelis, et diceretur et esset Filius Dei. Et ideo subdit quanto differentius prae illis nomen haereditavit. Et quantum ad hoc nomen, ostendit differentiam quantum ad tria, scilicet quantum ad nominis significationem, quia proprium nomen Angelorum est quod dicuntur Angeli, quod est nomen ministri. Angelus enim idem est quod nuntius. Nomen autem proprium Christi est, quod dicitur Filius Dei. Et hoc nomen est valde differentius ab illo, quia quantamcumque differentiam ponis, adhuc est maiorem dare, cum distent in infinitum. Pr. XXX, 4: quod nomen eius? Et quod nomen filii eius, si nosti? Est enim nomen Filii eius sicut et Patris incomprehensibile. Ph. II, 9: et dedit illi nomen, quod est super omne nomen. Sed forte dices, quod etiam Angeli dicuntur filii Dei. Jb I, 6 et II, 1: cum assisterent filii Dei coram Domino, et cetera. Dicendum est, quod si dicuntur filii Dei, hoc non est essentialiter et per naturam, sed per quamdam participationem. Ipse autem est essentialiter Filius Dei, et ideo habet nomen differentius prae illis: et hoc est secundum, quia differunt quantum ad modum. Ps. LXXXVIII, 7: quis est similis Deo in filiis Dei? Quasi dicat: nullus per naturam. Quantum ad tertium dicit, quod illud nomen haereditavit. Haereditas enim consequitur originem. Unde Christus, quod filius sit, habet ex origine, et per naturam; Angeli autem ex dono gratiae. Mt. XXI, 38: hic est haeres. Unde ipse nomen haereditavit, non autem Angeli, et haec est tertia differentia. Deinde cum dicit cui enim dixit aliquando Angelorum, probat quod dixit; et primo agit de nomine secundum quod convenit Christo secundum divinitatem; secundo secundum humanitatem, ibi et rursum, ego ero, et cetera. Quantum ad primum inducit auctoritatem Ps. II, 7: Dominus dixit ad me, et cetera. Et hoc est cui enim Angelorum, etc., quasi dicat: nulli Angelorum dicta sunt haec verba, sed tantum Christo. Ubi tria possunt notari. Primo modus originis in verbo dixit; secundo singularitas filiationis, ibi filius meus es tu; tertio eius auctoritas, ibi ego hodie. Modus iste non est carnalis, sed spiritualis et intellectualis. Deus enim spiritus est, Jn IV, 24, et ideo non generat carnaliter, sed spiritualiter et intellectualiter. Intellectus autem dicendo, generat verbum, quod est conceptus eius, et ideo signanter dixit, quod Dominus dixit ad me, id est, Pater dixit Filio. Dicere ergo intellectus Patris, nihil aliud est, quam in corde verbum concipere. Ps. XLIV, 2: eructavit cor meum verbum bonum. Jb XXXIII, 14: semel loquitur, et secundo idipsum non repetit. Eccli. XXIV, 5: ego ex ore altissimi prodii. Sed quantum ad secundum, generatio ista est singularis, quia dicit Filius meus es tu, quasi dicat: etsi multi alii filii dicuntur, tamen esse filium naturalem est sibi proprium; alii autem dicuntur filii Dei, quia sunt participes verbi Dei. Jn X, 35 illos dixit deos ad quos sermo Dei factus est; sed Christus est ipsum verbum. Mt. XVII, 5: hic est Filius meus dilectus. Sed quantum ad tertium, ista generatio non est temporalis, sed aeterna, quia hodie genui te. Differt autem tempus ab aeternitate, quia tempus variatur sicut motus, cuius mensura est in variatione et successione. Et ideo nominatur per successionem praeteriti et futuri. Aeternitas autem est mensura rei immobilis, et ideo non est ibi variatio per successionem, sed semper est praesens; et ideo notatur per adverbium praesentis temporis, scilicet hodie, id est, in aeternitate. Verum quia illud quod fit, quia nondum est, incompletum per consequens est; quod autem factum est, completum est, et ita perfectum; ideo non dicit genero te sed genui, quia perfectus est. Sed tamen ne putetur esse generatio eius tota in praeteritione, et per consequens in defectione, addit, hodie. Et coniungit praesenti praeteritum, scilicet hodie et genui, ut scias ipsam generationem semper esse, et perfectam esse, et sic in hodie permanentia, in genui vero perfectio designatur. Ut sit sensus: perfectus es, fili, et tamen generatio tua aeterna est, et semper a me generaris: sicut lumen in aere perfectum est, et tamen semper procedit a sole. Mi. V, 2: egressus eius a principio a diebus aeternitatis. Ps. CIX, 3: ex utero ante Luciferum genui te. Posset etiam hoc exponi de generatione temporali, ut dicat hodie, id est in tempore, genui te. Consequenter cum dicit et rursum: ego ero illi in patrem, etc., propositum ostendit, secundum quod convenit Christo secundum humanitatem, et hoc per aliam auctoritatem. Secundum Glossam istud dicitur in Isaia ego ero illi in patrem, sed tamen non invenitur aliquid huic simile in Isaia nisi illud: et filius datus est nobis. Sed II R. VII, 14 et I Par. XXII, 10 habentur ista eadem verba Domini dicentis ad David de Salomone, per quem figurabatur Christus. Sciendum est autem, quod in veteri testamento quaedam dicuntur de eo quod est figura, non inquantum quaedam res, sed inquantum est figura, et tunc non exponitur de illo, nisi inquantum refertur ad figuratum. Verbi gratia in Ps. LXXI quaedam dicuntur de David, vel de Salomone, inquantum figurabant Christum tantum. Quaedam vero etiam secundum quod sunt homines quidam, et istorum dicta de ipsis possunt exponi et de Christo; sicut illud: Deus, iudicium tuum regi da: quia illud potest convenire Salomoni. Illa vero quae dicuntur de ipsis inquantum sunt figura, numquam de ipsis possunt exponi, sicut illud: et dominabitur a mari usque ad mare, etc.; quia nullo modo verificari potest de Salomone. Sic et in proposito, licet ista dicta sint de Salomone, tamen possunt exponi de Christo, qui praefigurabatur per illum. Dicit ergo ero quod est futuri temporis, ad denotandum quod incarnatio filii futura erat in tempore. Ga. IV, 4: at ubi venit plenitudo temporis, et cetera. Supra vero cum loquebatur de aeterna generatione, dixit es tu, quasi sine motu; hic autem cum loquitur de temporali, dicit in Filium, quod denotat terminum alicuius motionis. Assumptio enim importat motum in filiationem. Et quia omnis motio fit per operationem alicuius terminatam ad aliquem effectum, ideo primo ponit operationem facientis, quia non virtute humanitatis facta est assumptio, sed divinitatis, cum dicit ego ero illi in Patrem, id est, assumam eum ad unionem personae Filii. Et subiungit effectum consecutum, quia scilicet est susceptus in unitatem personalem Filii, erit mihi in Filium. De primo dicitur Lc. I, 35: virtus altissimi, scilicet facientis assumptionem, obumbrabit tibi. De secundo Rm. I, 3: qui factus est ei ex semine David secundum carnem. Iterum ego ero illi, id est, ad honorem et utilitatem suam clarificabo ipsum. Jn. XVII, 5: clarifica me, Pater. Et ipse erit mihi, id est, ad honorem meum, manifestando nomen meum hominibus. Jn XVII, 6: manifestavi nomen tuum, et cetera. Deinde cum dicit et cum iterum, etc., agit de dominatione Christi, qua est haeres universorum. Ubi tria facit, quia primo ostendit dominium eius, et praecipue super Angelos; secundo ponit rationem dominii illius ex parte Angelorum, ibi et ad Angelos; tertio ex parte Christi, ibi ad filium autem. Quantum ad primum inducit auctoritatem Ps. XCVI, 7 cum dicit: adorate eum, omnes Angeli eius; hoc habetur in Ps. XCVI, 1: Dominus regnavit, exultet, et cetera. Adoratio enim non fit nisi Domino; ergo si Angeli eum adorant, Dominus illorum est. Volens apostolus inducere hanc auctoritatem, primo tangit intentionem Psalmistae, cum dicit et cum iterum introducit, etc., ut Psalmista loquatur de adventu Christi in mundum. Et ideo dicit: et cum Scriptura introducit, id est introducendum, dicit primogenitum, etc.; quasi dicat: iam dictum est, quod Christus est Filius prae Angelis; ergo est principaliter a patre genitus. Est ergo dicendus primogenitus. Rm. VIII, 29: ut sit ipse primogenitus in multis fratribus. Hic autem primogenitus debebat introduci in orbem, et cetera. Et vide quam ordinate loquatur apostolus. Primo enim dicit ipsum esse a Patre, ibi ego ero illi in Patrem; secundo assumptum in unitate personae, ibi et ipse erit mihi in Filium; sed modo proponit eum in notitiam hominum. Vocat autem incarnationem introductionem in mundum. Sed contra. Ipse Christus vocat eam exitum. Jn XVI, 28: exivi a Patre, et veni in mundum. Et dicendum est, quod exitus est etiam introductio. Sicut si aliquis reconciliandus sit principi, primo exit ad eum mediator et post introducit eum. Simile habetur I R. XX, 5 ss. de David ad Ionatham. Sic Christus mediator Dei et hominum, primo exiit ad homines, et postea introduxit eos reconciliatos. Infra II, 10: qui multos filios adduxerat in gloriam, et cetera. Vel introducit, id est, inducit eum usque in corda hominum, quia Scriptura loquens de adventu Christi, dicit eum suscipiendum intra corda hominum. Ista autem receptio fit per fidem. Ep. III, 17: habitare Christum per fidem in cordibus vestris. Ps. XCV, 3: annuntiate inter gentes gloriam eius. Quando enim Scriptura dicit, quod gentes debent credere, dicit quod Christus intraturus est in corde ipsorum. Hoc autem quod dicit iterum, multipliciter exponitur. Dicit enim Chrysostomus, quod de incarnatione verbi, quae dicitur introductio, non loquitur Scriptura semel, sed iterum atque iterum. Vel aliter, quia ipse primo erat in mundo per potentiam divinitatis invisibiliter, sed iterum introducit eum in mundum, secundum praesentiam humanitatis visibiliter. Vel aliter, quia supra dixerat ero illi in Patrem, id est, assumam in unitatem personalem mei. Et cum iterum introducit, eum, scilicet istum primogenitum et assumptum ad unitatem personae: quia non sufficeret dicere, quod introducitur, nisi dicatur qualiter introducatur, quia non quasi unus de mundo, nec sicut Angeli, sed super omnes. Ideo dicit adorent eum omnes Angeli. Ne IX, 6: exercitus caeli te adorat. Ap. VII, 11: omnes Angeli stabant in circuitu throni, et ceciderunt, et adoraverunt, et cetera. Deinde cum dicit et ad Angelos, etc., ponitur ratio ex parte Angelorum, quare eum adorant, quasi dicat: iustum est quod adorent, quia sunt ministri. Unde dicit qui facit Angelos suos spiritus, et ministros suos flammam ignis. Deus enim aliquando operatur illuminando intellectum. Jn I, 9: illuminat omnem hominem, et cetera. Aliquando vero movet ad opus. Is. XXVI, 12: omnia opera nostra operatus es in nobis. Et primum facit Deus in nobis, mediantibus Angelis. Ps. LXXV, 5: illuminans tu mirabiliter a montibus aeternis. Secundum etiam facit in nobis ipsis mediantibus, sicut dicit Dionysius IV cap. caelestis hierarchiae. Inquantum ergo illuminat per ipsos, dicuntur nuntii. Nuntii enim est nuntiare ea quae sunt in corde Domini sui. Inquantum vero sunt mediatores operum divinorum, dicuntur ministri. Ps. CII, 21: ministri eius, qui faciunt voluntatem eius. Sunt ergo et nuntii et ministri. Sed quales sint, describit eos per duas res corporales maxime ad hoc idoneas. Una est aer, cuius proprietas multum convenit nuntio, ministro autem proprietas ignis. Aer enim est receptibilis luminis et impressionis; item optime reddit recepta; item habet velocem motum. Haec autem debet habere bonus nuntius, ut scilicet bene recipiat dicta, bene referat recepta, et utrumque velociter faciat. Ista bene conveniunt Angelis. Optime enim recipiunt divinas illuminationes. Sunt enim Angeli specula munda, secundum Dionysium. Mt. XVIII, 10: et Angeli eorum in caelis, et cetera. Item optime reddunt, quod significatum est Ap. I, 1: significavit Deus, quae oportet fieri cito; loquens per Angelum suum servo suo Ioanni, et cetera. Item sunt veloces. Is. XVIII, 2: ite, Angeli veloces, et cetera. Isti autem dicuntur spiritus, quia omnis substantia invisibilis dicitur spiritus. Unde et aer dicitur spiritus. Item sunt ignis, inquantum ministri. Ignis autem, inter omnia elementa, est maxime activus et efficax ad agendum. Unde in Ps. CIII, 4 de Angelis ubi dicuntur ministri eius, ibi additur et ministros tuos ignem urentem. Item ignis calorem causat, per quod designatur charitas. Ct. VIII, 6: lampades ignis atque flammarum. Unde describuntur in igne, et dicuntur Seraphim, Is. VI, 2. Item ignis semper movetur sursum; ita Angeli et boni ministri, omnia quae agunt, semper referunt in gloriam Dei, sicut patet de Angelo Tb. XII, 6: benedicite Deum caeli, et cetera. Non dicit: benedicite me, sed Deum caeli. Non sic de malo Angelo, qui dicit Mt. IV, 9: si cadens adoraveris me. Sed Angelus bonus tamquam bonus minister dicit Ap. ult.: vide ne feceris, et sequitur: Deum adora.


 

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Super Heb., cap. 1 l. 2

22 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb., cap. 1 l. 2

Lectio 2

Super Heb., cap. 1 l. 2 Superius ostendit apostolus Christi excellentiam quantum ad originis proprietatem, quantum ad Dominii maiestatem, et quantum ad operationis virtutem, hic autem ostendit eius excellentiam quantum ad gloriae et dignitatis sublimitatem. Et pars ista dividitur in duas. Primo enim ostendit Christum esse idoneum ad dignitatem istam; secundo ponit ipsam dignitatem, ibi sedet ad dexteram. Idoneitatem vero ostendit ex duobus, quae reddunt aliquem idoneum ad aliquid magnum: unum est facilitas administrandi, aliud est industria et strenuitas exequendi. Primo ergo ostendit eius facilitatem; secundo eius strenuitatem, ibi purgationem peccatorum faciens. Circa primum sciendum est, quod tria requiruntur, quae faciunt facilitatem ad dignitatem aliquam ministrandam. Primum quidem sapientia, ne erret gubernando. Eccle. X, 5: est et malum quod vidi sub sole, quasi per errorem egrediens a facie principis: positum stultum in dignitate sublimi. Pr. VIII, 15: per me reges regnant. Secundum est generis prosapia, ne contemnatur praecipiendo. Pr. ult.: nobilis in portis vir eius, cum sederit cum senatoribus terrae. Tertium, virtutis potentia in exequendo. Eccli. VII, 6: noli quaerere fieri iudex, nisi valeas virtute irrumpere iniquitates. Et quantum ad ista tria apostolus ostendit in Christo facilitatem ad dignitatem praedictam. Primo quia non solum est sapiens, sed etiam ipsa sapientia; unde dicit cum sit splendor gloriae. Secundo quia non solum est nobilis, sed est ipsa nobilitas, quia est figura substantiae eius. Tertio quia non solum est potens, sed est ipsa potentia portans omnia verbo, et cetera. Tria autem sunt, ut supra dictum est, quae faciunt hominem idoneum ut magnam dignitatem assequatur. Primum est sapientiae claritas. Pr. III, 35: gloriam sapientes possidebunt. Et ideo ostendit Christi sapientiam, dicens qui cum sit splendor gloriae. Ubi est considerandum, quod, secundum Ambrosium, gloria est clara cum laude notitia, quasi quaedam manifesta notitia, quae de bonitate alicuius habetur. Sed, sicut dicitur Mt. XIX, 17: nemo bonus, nisi solus Deus, et etiam Lc. XVIII, 19, unde ipse est bonitas antonomastice et per essentiam. Alia vero bona sunt per participationem, et ita soli Deo convenit gloria antonomastice. Is. XLII, 8: gloriam meam alteri non dabo. I Tm. I, 17: regi autem saeculorum immortali, invisibili, soli Deo honor et gloria. Cognitio ergo divinae bonitatis, excellenter et antonomastice dicitur gloria, id est, clara cum laude notitia bonitatis divinae. Ista aliqualiter habetur ab homine, quia nunc cognosco ex parte, I Cor. XIII, 12, sed habetur excellentius ab Angelis, sed a solo Deo perfecte. Deum enim nemo vidit unquam, Jn. I, 18, verum est, nec Angeli comprehensive, sed ipse solus seipsum comprehendit. Ergo sola cognitio Dei de seipso perfecte dicitur gloria, quia perfectam notitiam habet et clarissimam de seipso. Quoniam autem splendor est illud quod a fulgente primo emittitur, sapientia vero est quiddam fulgens Eccli. VIII, 1: sapientia hominis lucet in vultu eius inde est quod prima conceptio sapientiae est quasi quidam splendor. Verbum ergo Patris, quod est quidam conceptus intellectus eius, est splendor sapientiae, qua se cognoscit. Et ideo apostolus Filium vocat splendorem gloriae, id est, divinae clarae notitiae. In quo ostendit ipsum non solum sapientem, sed sapientiam genitam. Is. LXII, 1: donec egrediatur ut splendor iustus eius, et cetera. Secundum quod facit hominem idoneum ad magnam dignitatem, est generis nobilitas. Et hoc ostendit esse in Christo, quia dicit, quod est figura substantiae eius. Decet enim cum sapientia esse nobilitatem in principe. Dt. I, 15: tulique de tribubus vestris sapientes et nobiles, et constitui eos principes, et cetera. Figura hic ponitur pro charactere, vel imagine; quasi dicat: imago substantiae. Sciendum tamen, quod licet imago dicat similitudinem, non tamen quaelibet similitudo est imago. Albedo enim in pariete non est imago albedinis meae, sed imago et similitudo in specie. Illud ergo proprie dicitur esse imago alicuius, quod habet similitudinem speciei eius, vel expressum signum speciei. Inter accidentia vero nihil ita est expressum signum, sicut speciei est figura. Unde qui describit figuram animalis, describit imaginem eius. Filius ergo, qui est imago invisibilis Dei, Col. I, 15, proprie dicitur figura. Sed cuius? Substantiae eius. Imago enim alicuius est multiplex. Aliquando enim est signum repraesentans speciem in nullo cum ipsa conveniens, sicut imago hominis in pariete, quae in nullo habet veram speciem hominis. Aliquando vero assimilatur ei in specie, non tantum in repraesentando, sed etiam in essendo, sicut Filius est imago vera Patris. Gn. V, 3: Adam genuit filium ad imaginem suam, id est, in natura speciei. Et ideo addit substantiae eius, quia, secundum Augustinum, Filius dicitur imago Patris, quia est eiusdem naturae cum ipso. Dicit ergo, quod est figura substantiae. Sed quare non dicit quod est figura naturae? Quia possibile est, quod natura speciei multiplicetur ad multitudinem individuorum in compositis ex materia et forma. Unde filius Socratis non habet eamdem naturam numero cum patre suo. Substantia vero numquam multiplicatur. Non enim alia est substantia Patris, alia Filii. Nec enim dividitur secundum diversa individua. Quia ergo una et eadem est numero natura in Patre et Filio Dei, ideo non dicit naturae, quae dividitur, sed substantiae indivisibilis. Jn. X, 30: ego et Pater unum sumus. Et XIV, 10: ego in Patre, et Pater in me est. Tertium quod facit hominem idoneum, est virtus et potestas. Unde Eccli. VII, 6: noli quaerere esse iudex, nisi valeas virtute irrumpere iniquitates. Et ideo ostendit virtutem, cum dicit portansque omnia verbo virtutis suae. Proprium autem principum et potentum est portare. Jb IX, 13: sub quo curvantur, qui portant orbem. Ipse ergo portat. Sed videndum est quid portat, et quo, vel per quid. Quantum ad primum sciendum est, quod id, quod de se nec stare nec ambulare potest, indiget portari. Omnis autem creatura de se nec subsistere, nec operari potest. Primum patet, quia remota causa, removetur effectus, Deus autem est causa omnis substantiae, quia non minus est causa substantiae rei quantum ad fieri, quam domificator est causa fieri domus, inde, sicut ad absentiam domificatoris cessat fieri domus et ad absentiam solis cessat fieri et esse luminis in aere: ita ad subtractionem virtutis divinae cessat et esse, et fieri, et subsistere omnis creaturae. Portat ergo omnia quantum ad suum esse. Portat etiam omnia quantum ad operari, quia subtracta influentia eius, cessat omnis motio causarum secundarum, cum ipse sit causa prima, et causa prima plus influit, quam secunda. Jb XXXVIII, 6: super quo bases illius solidatae sunt. Sic ergo patet, quod omnia portat. Sed per quid portat? Verbo virtutis suae. Quia enim apostolus loquens de creatione rerum dixit, quod Deus omnia fecit per Filium, quia scilicet dixerat, per quem fecit et saecula. Ille autem per quem aliquis operatur, non videtur virtute sua operari, sed virtute eius, qui per eum operatur; sicut balivus, per quem rex operatur, non operatur virtute propria. Ergo per hoc videtur, quod filius non operetur virtute propria. Ideo dicit apostolus quod portat verbo virtutis suae, quia, cum idem sit causa essendi et conservandi, cum dicit quod Filius virtute sua est causa conservationis, ostendit quod etiam est causa essendi. Sed numquid non virtute Patris? Utique, et eius virtute, quia eadem est virtus utriusque. Operatur ergo et virtute propria, et virtute Patris, quia virtutem suam habet a Patre. Nec tamen dicit apostolus virtute sua, sed verbo virtutis suae, ad ostendendum quod sicut Pater omnia per verbum produxit Ps. XXXII, 9: ipse dixit et facta sunt, etc., in quo ostenditur maxima virtus Patris ita Filius eodem verbo, quod est ipse, omnia fecit. Et in hoc ostendit apostolus potentiam virtutis suae, quia eamdem habet cum Patre, quia eadem operatur et per idem, quo ille. Sed tunc est dubium: quia Pater, cum dicit, producit verbum. Ergo Filius cum dicit, produceret verbum, et sic verbum Patris esset verbum Filii. Et ad hoc dicunt Graeci, quod sicut Filius est imago Patris, ita Spiritus Sanctus est imago Filii. Et sic exponit Basilius portans verbo virtutis suae, id est, Spiritu Sancto. Nam sicut Filius est verbum Patris, ita ut dicunt Spiritus Sanctus est verbum Filii. Et ideo per ipsum facit Filius, sicut per Filium Pater. Verumtamen proprie loquendo, verbum non dicitur nisi quod procedit ut conceptus ab intellectu, ad quod sequitur procedere in similitudinem speciei. Spiritus autem Sanctus, et si sit similis, non tamen habet hoc ex modo suae processionis, quia non procedit ut conceptus ab intellectu, sed ut amor a voluntate. Aliter autem exponit Glossa verbo virtutis suae, id est, imperio suo. Sed hic adhuc est dubium de isto verbo quid sit, quia imperium hominis vel est exterius per vocem prolatum: et hoc non potest dici in divinis, quia nihil est extrinsecum a natura divina, procedens a Filio, per quod omnia portentur; vel illud imperium est interius in corde conceptum: sed nec etiam hoc potest stare, quia nihil in mente Dei concipitur, nisi Verbum aeternum. Ergo istud imperium, sic conceptum in mente Filii, esset Verbum aeternum, et sic essent duo verba aeterna, quod nefas est dicere. Ideo ad argumentum est dicendum, sicut exponit Augustinus illud Jn. XII, 48: sermo quem locutus sum, ille iudicabit eum, id est, ipse ego, qui sum Verbum Patris, iudicabo eum. Et similiter, in proposito, Verbum virtutis suae, id est, seipso, qui est Verbum virtuosum. Per ista ergo tria, ostendit tria de Christo. Per hoc enim quod est splendor, ostendit eius coaeternitatem cum Patre. In creaturis enim splendor est coaevus, sed ille est coaeternus. Et hoc est contra Arrium. Sed cum dicit imago substantiae, ostendit eius consubstantialitatem. Quia enim splendor non est eiusdem naturae cum resplendente, ne forte aliquis credat, quod non sit similis in natura, dicit quod est imago, vel figura substantiae. Sed quia Filius, et si sit eiusdem naturae cum Patre, si tamen sit infirmus, deficit a virtute Patris; ideo subdit portans omnia verbo virtutis suae. Apostolus ergo in his tribus commendat Christum a tribus, scilicet a coaeternitate, a consubstantialitate, et ab aequalitate potestatis. Deinde cum dicit purgationem peccatorum faciens ostendit, secundum, quod facit ad idoneitatem dignitatis eius, scilicet strenuitas, et industria, quam habuit in operando. Fuit enim hoc magnae industriae, ut quod ei competebat ex natura, qua Deus est, ipse meruerit per passionem in natura assumpta. Unde Ph. II, 8 s.: factus est obediens usque ad mortem, propter quod et Deus exaltavit illum. Purgare ergo peccata, etsi conveniat ei ex natura divina, tamen convenit ei etiam ex merito passionis. Unde Eccli. XLVII, 13: Christus purgavit peccata eius, et exaltavit in aeternum cornu eius, et cetera. Mt. I, 21: ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum. Convenit etiam Christo purgare, ratione divinae naturae, et ratione proprietatis Filii. Ratione divinae naturae, quia culpa seu peccatum proprie est malum rationalis creaturae. Hoc autem malum, sive peccatum non potest reparari nisi per Deum. Nam peccatum in voluntate consistit, voluntatem autem solus Deus potest movere. Jr. XVII, 9 s.: pravum est cor hominis et inscrutabile, quis cognoscet illud? Ego Dominus, et cetera. Et huiusmodi ratio est, quia quod est immediatius fini, non reducitur ad ipsum finem, nisi a prima causa agente. Voluntas autem est ultimi finis, quia scilicet ad fruendum Deo: et ideo a Deo tantum movetur et reducitur. Cum ergo Christus sit verus Deus, manifestum est, quod purgationem peccatorum facere potest. Is. XLIII, 25: ego sum qui deleo iniquitates vestras propter me, et cetera. Lc. II, 7: quis potest peccata dimittere, nisi solus Deus? Ratione vero proprietatis competit etiam Christo. Ad cuius evidentiam sciendum est, quod in peccato, primo quidem est transgressio legis aeternae et iuris divini, cum omne peccatum sit iniquitas, quae est transgressio legis. Is. XXIV, 5: mutaverunt ius, dissipaverunt foedus sempiternum. Cum ergo lex aeterna et ius divinum sit a Verbo aeterno, manifestum est quod ad Christum competit purgatio peccatorum, inquantum est Verbum. Ps. CVI, 20: misit Verbum suum, et sanavit eos. Secundo est in peccato amissio luminis rationis, et per consequens sapientiae Dei in homine, cum huiusmodi lumen sit participatio quaedam divinae sapientiae. Ba. III, 28: et quia non habuerunt sapientiam, ideo perierunt. Pr. XIV, 22: errant omnes qui operantur malum. Et secundum philosophum, omnis malus est ignorans. Rectificatio autem ad divinam sapientiam, competit ei qui est divina sapientia. Hic autem est Christus. I Cor. I, 23 s.: praedicamus Christum, Dei virtutem, et Dei sapientiam. Sg. IX, 19: nam per sapientiam sanati sunt, quicumque placuerunt tibi, Domine, a principio. Tertio in peccato est deformatio similitudinis Dei in homine. Pr. XV, 7: cor stultorum dissimile erit. Unde dicitur Lc. XV, 13 de filio prodigo, quod abiit in regionem longinquam. De filio prodigo, quod abiit in regionem longinquam. Et ideo competit huiusmodi deformationi rectificari per Filium, qui est imago Patris. I Cor. XV, 49: sicut portavimus imaginem terreni, portemus imaginem caelestis. Quarto amissio aeternae haereditatis, in cuius signum homo post peccatum exclusus est a Paradiso, Gn. III, 23. Reparatio autem ad hoc proprie convenit Filio, qui est haeres. Rm. VIII, 17: si filii, et haeredes. Ga. IV, 4 s.: misit Deus Filium suum, natum ex muliere, factum sub lege, ut eos,qui sub lege erant, redimeret, et adoptionem filiorum Dei reciperemus. Sic ergo patet, quod Christo competit purgare peccata, et ratione humanae naturae, et ratione divinae. Sed quomodo fecit purgationem peccatorum? Ex hoc patet. In peccato enim primo est perversitas voluntatis, qua homo recedit a bono incommutabili, et ad hanc rectificandam, exhibuit Christus gratiam iustificantem. Rm. III, 24: iustificati gratis per gratiam ipsius. Secundo est macula relicta in anima ex perversitate voluntatis, et ad hanc lavandam praebuit sanguinem suum. Ap. I, 5: dilexit nos, et lavit nos a peccatis, et cetera. Tertio est reatus poenae cui homo addicitur ex culpa, et ad satisfaciendum per hanc obtulit semetipsum Dei hostiam in ara crucis. Ep. V, 2: Christus dilexit Ecclesiam, et tradidit semetipsum pro ea, ut illam sanctificaret. Quarto servitus Diaboli, cui homo efficitur obnoxius peccando, quia qui facit peccatum servus est peccati, et ad eripiendum nos ab hac, redemit nos. Ps. XXX, 6: redemisti me, Domine Deus veritatis. Consequenter cum dicit sedet ad dexteram, subiungit ipsam dignitatem, quasi dicat: non videtur indecens si sedet, et cetera. Quia ipse est splendor et figura, et portat omnia, et cetera. In verbo autem sessionis tria solent importari. Unum est sedentis auctoritas. Jb XXIX, 25: cumque sederem quasi rex circumstante exercitu, et cetera. In divina autem curia multi assistunt, quia Dn. VII, 10: millia millium ministrabant ei, et decies centena millia assistebant ei. Sed nullus legitur ibi sedere; quia omnes sunt ibi servi et ministri. Infra eodem: omnes sunt administratorii spiritus in ministerium missi. Sed solus iste habet regiam dignitatem. Dn. VII, 22: et usque ad antiquum dierum venit, et postea sequitur: et dedit ei potestatem, et honorem, et regnum, et cetera. Mt. XXV, 31: cum venerit Filius hominis in maiestate sua, et omnes Angeli eius cum eo, tunc sedebit super sedem maiestatis suae, et post sequitur: tunc dicet rex his, et cetera. Secundum est sedentis stabilitas. Lc. ult.: sedete in civitate, et cetera. Dn. VII, 14: potestas eius potestas aeterna, etc. et infra XIII, 8: Christus Iesus heri et hodie, ipse in saecula. Item aliquando sedere importat humilitatem, quia sedens inferior est stantibus. Ps. CXXXVIII, 2: tu cognovisti sessionem meam. Et sic non accipitur hic, sed primis duobus modis. Sed contra, Ac. VII, 56: ecce video caelos apertos, et Iesum stantem, et cetera. Et dicendum est, quod sedere, et stare, et huiusmodi dispositiones de Deo dicuntur, secundum similitudinem. Et ideo secundum diversa, dicitur et sedens, et stans. Sedens quidem propter immobilitatem; sed stans propter utilitatem ad fortiter resistendum. Unde stabat quasi paratus iuvare Stephanum, in agone constitutum. Sed addit apostolus, quod sedet ad dexteram. Quod, si referatur ad divinam naturam, est sensus: ad dexteram, id est ad aequalitatem Patris. Si vero ad humanam, est sensus: ad dexteram, id est in potioribus bonis Patris. Mc. ult.: sedet a dextris Dei. Ps. CIX, 1 et Mt. XXII, 44: dixit Dominus domino meo: sede a dextris meis. Sed inter eos qui habent assessores, quidam sunt simpliciter maiores, ut rex vel imperator; quidam vero non simpliciter maiores, sed secundum quid, ut praepositi, vel balivi. Sed Christus non sedet ad dexteram alicuius inferiorum iudicum, sicut alicuius praepositi, ut balivi, sed simpliciter maioris, quia ad dexteram maiestatis. Maiestas proprie est summa potestas. Is. VI, 3: plena erat omnis terra maiestate eius. Pr. XXV, 27: qui scrutator est maiestatis, opprimetur a gloria. Christus autem etsi sic sedeat ad dexteram maiestatis, habet tamen et ipse maiestatem, quia habet eamdem cum Patre. Mt. XXV, 31: cum venerit Filius hominis in maiestate sua. Lc. IX, 26: hunc Filius hominis erubescet cum venerit in maiestate sua et Patris. Dicit etiam non solum maiestatis, sed etiam in excelsis, id est, super omnem creaturam. Eccli. XXIV, 7: ego in altissimis habito. Sic ergo sedet in excelsis, quia elevatus est super omnem creaturam. Ps. VIII, 2: quoniam elevata est magnificentia tua super caelos. Et secundum quod dicit Chrysostomus, apostolus in loco isto tenet modum volentis instruere parvulum, qui non statim proponit ei summa, sed paulatim perducit eum, modo loquendo ardua, modo proponendo infima; ita etiam modo proponit divina, cum dicit in filio, modo humana, cum dicit quem constituit haeredem, et cetera. Et sic de aliis, ut patet in Glossa.

 

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Super Heb., cap. 1 l. 1

21 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb., cap. 1 l. 1

Caput 1

Lectio 1

Super Heb., cap. 1 l. 1 Scripsit autem epistolam istam contra errores quorumdam, qui ex Iudaismo ad fidem Christi conversi, volebant servare legalia cum Evangelio, quasi non sufficeret gratia Christi ad salutem. Unde et dividitur in duas partes. Primo enim multipliciter commendat excellentiam Christi, ut per hoc praeferat novum testamentum veteri; secundo agit de his per quae membra iunguntur capiti, scilicet de fide infra, XI cap., ibi est autem fides. Intendit autem ostendere excellentiam novi ad vetus testamentum per excellentiam Christi, quantum ad tres personas solemnes in ipso veteri testamento contentas, scilicet Angelos, per quos lex tradita est. Ga. III, 19: ordinata per Angelos in manu mediatoris, et cetera. Quantum ad Moysen, a quo, vel per quem data est. Jn. I, 17: lex per Moysen data est, et Deut. ult.: non surrexit ultra propheta, et cetera. Quantum ad sacerdotium per quod ministrabatur, infra: in priori tabernaculo semper introibant sacerdotes sacrificiorum, officia consummantes, et cetera. Unde primo praefert Christum Angelis; secundo Moysi, III cap., ibi unde fratres; sed tertio, sacerdotio veteris testamenti, V cap., ibi omnis namque pontifex. Circa primum duo facit, quia primo praefert Christum Angelis in isto capite; secundo concludit qualis reverentia exhibenda sit novae legi, II capite, ibi propter hoc abundantius. Adhuc circa primum duo facit, quia primo excellentiam Christi ostendit; secundo probat, quod hoc verum sit de Christo, et sic Angelos deficere ab illa excellentia, ibi tanto melior. Hoc autem est in hac epistola singulare quod singula verba habent singulas sententias, et servant ordinem suum. Excellentiam vero Christi denotat quantum ad quatuor. Primo quantum ad proprietatem originis, vocando eum verum Dei Filium naturalem, cum dicit locutus est nobis in Filio; secundo quantum ad magnitudinem dominationis, ibi quem constituit haeredem universorum; tertio quantum ad virtutem operationis, ibi per quem fecit et saecula; quarto quantum ad sublimitatem dignitatis, ibi qui cum sit splendor gloriae. Quia vero intendit commendare Christum, ut hoc redundet in novum testamentum, per hoc praefert novum testamentum veteri. Circa autem vetus testamentum quinque ponit. Primo modum tradendi, quia multifarie multisque modis, etc.; secundo tempus, cum dicit olim; tertio auctorem, sive datorem, quia Deus; quarto quibus sit traditum, quia patribus nostris; quinto quibus ministris, quia in prophetis. Dicit ergo multifarie, et hoc quantum ad divisionem, quae attenditur quantum ad tria. Primo quantum ad diversas personas, quia non uni personae, sed pluribus, scilicet Abrahae, Noe, et sic de aliis. Secundo quantum ad diversa tempora, et hoc totum ad eius certitudinem. Unde Mt. XX, 1 ss.: exiit primo mane (...) et circa horam tertiam, et cetera. Item quantum ad ea, quae ibi ostensa sunt, quia divina. Ex. III, 14: ego sum, qui sum, et cetera. Item eventus futuri. Sg. VIII, 8: signa et monstra scit antequam fiant, et cetera. Item promissiones futurorum bonorum, saltem in figura. Eccli. III, 25: plurima super sensum hominum monstrata sunt tibi. Item multifarie quantum ad diversas figuras, quia modo in figura leonis, modo in figura lapidis, sicut Dn. II, 34: abscissus est lapis de monte sine manibus. Jb XI, 6: et quod multiplex sit lex oris eius. Sequitur multisque modis, quod refertur ad tria diversa genera visionum, scilicet ad visionem corporalem, sicut Dn. V, 5: apparuerunt digiti quasi manus scribentis in pariete, et cetera. Aliquando aliquibus per visionem imaginariam. Is. VI, 1: vidi Dominum sedentem, et cetera. Aliquibus vero apparebat per visionem intellectualem, sicut David. Ps. CXVIII, 100: super senes intellexi. Unde de istis dicitur Os XII, 10: ego visionem multiplicavi eis. Refertur etiam ad diversos modos loquendi, quia aliquando plane loquebatur, aliquando vero obscure, nec est aliquis modus loquendi, quo Scriptura veteris testamenti non loquatur. Pr. XXII, 20: ecce descripsi eam tibi tripliciter, in cogitationibus et scientia, et cetera. Tertio, quia arguendo malos, alliciendo iustos, instruendo ignorantes. II Tm. III, 16: omnis Scriptura divinitus inspirata utilis est ad docendum, ad arguendum, et cetera. Secundo tangit tempus traditionis huius doctrinae, quod est tempus praeteritum, quia olim, id est, non subito, quia tam magna erant quae de Christo dicebantur, quod non poterant credi, nisi cum incremento temporum prius didicissent. Unde dicit beatus Gregorius: per successiones temporum crevit divinae cognitionis augmentum. Is. XLVIII, 3: priora ex tunc annuntiavi, et ex ore meo exierunt, et audita feci ea, et cetera. Tertio tangit auctorem, quia Deus, qui loquitur. Ps. LXXXIV, 9: audiam quid loquatur in me dominus. Hic est autem, qui non mentitur. Nm. XXIII, 19: non est Deus quasi homo, ut mentiatur. Ex his autem tribus commendat vetus testamentum, scilicet ab auctoritate, quia est a Deo, a subtilitate et a sublimitate, quia multifarie multisque modis, a firmitate, quia olim. Quarto ostendit quibus traditum sit, quia patribus. Et ideo est nobis familiare, et acceptum. Ac. XIII, 32: annuntiamus vobis eam, quae ad patres nostros repromissio facta est, et cetera. Sed quinto ostendit quibus ministris, quia non ioculatoribus, sed in prophetis, id est per prophetas. Rm. I, 2: quod ante promiserat per prophetas. Ac. X, 43: huic omnes prophetae testimonium perhibent. Deinde cum dicit novissime, describit doctrinam novi testamenti, et ponit quinque, quorum quatuor sunt diversa a quatuor praemissis; unum autem est idem utrobique. Quod enim dixerat, multifarie multisque modis, etc., ostendit quia omnis multitudo ordinata, ad unum debet referri. Ideo dicit, quod licet sit modus multiplex, tamen totum ordinatum est ad istud novissimum. Pr. XXIII, 17 s.: in timore Domini esto tota die, et habebis spem in novissimo. Is. X, 22 s.: consummatio abbreviata inundabit iustitiam. Consummationem enim et abbreviationem Dominus Deus exercituum faciet in medio omnis terrae. Item illud olim in tempore expectationis et tenebrarum, sed istud in diebus istis, id est, tempore gratiae. Rm. XIII, 12: nox praecessit, dies autem appropinquavit, et cetera. Ubi notandum est, quod ibi dicit loquens, hic autem dicit locutus est, ut designet locutionem novi testamenti perfectiorem illa, quae fuit in veteri. Ad cuius evidentiam sciendum est, quod tria requiruntur ad locutionem nostram. Primo, verbi conceptio, qua scilicet praeconcipiatur in mente id quod ore loquendum est; secundo ipsius verbi concepti expressio, qua insinuetur quod conceptum est; tertio ipsius rei expressae manifestatio, qua res expressa evidens fiat. Deus ergo loquendo, primo concepit, cuius conceptio una fuit, et ab aeterno Jb XXXIII, 14: semel loquitur Deus, et haec aeterna fuit Filii generatio, de qua in Ps. II, 7: Dominus dixit ad me: Filius meus es tu, ego hodie genui te. Secundo, huiusmodi conceptum expressit, et hoc tripliciter. Primo in creaturarum editione, cum scilicet verbum conceptum similitudo Patris existens, sit etiam similitudo ad quam omnes creaturae factae sunt. Gn. I, 3: dixit Deus: fiat lux, et cetera. Secundo per quasdam notiones, puta in mentibus Angelorum, in quibus species omnium rerum, quae in verbo latebant indidit, et in mentibus hominum sanctorum: et hoc per revelationes sensibiles, vel intellectuales, vel imaginarias. Et ideo omnis talis manifestatio procedens a Verbo aeterno, locutio nuncupatur. Jr. I, 2: factum est Verbum Domini, et cetera. Tertio per carnis assumptionem, de qua dicitur Jn. I, 14: verbum caro factum est, et vidimus gloriam eius, et cetera. Et ideo dicit Augustinus, quod hoc modo se habet verbum incarnatum ad verbum increatum, sicut verbum vocis ad verbum cordis. Prima autem expressio, scilicet in creatione, non ordinatur ad manifestationem, sed ad esse, Sg. I creavit Deus ut essent omnia. Cum ergo expressio non habeat rationem locutionis nisi prout ordinatur ad manifestationem, manifestum est, quod illa expressio non potest dici locutio, et ideo numquam dicitur, quod Deus loquatur creando creaturas, sed quod cognoscatur. Rm. I, 20: invisibilia Dei per ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur. Secunda vero expressio, quae est editio specierum in mente angelica, vel humana, ordinatur tantum ad cognitionem sapientiae divinae, et ideo potest dici locutio. Tertia vero, quae est per assumptionem carnis, ordinatur ad esse, et ad cognitionem, et ad expressam manifestationem, quia per assumptionem carnis, et Verbum factum est homo, et nos in cognitionem Dei perfecit. (Jn. XVIII, 37: ad hoc natus sum, ut testimonium perhibeam veritati). Et se nobis expresse manifestavit. Ba. III, 38: post haec in terris visus est, et cum hominibus conversatus est. Sic ergo, licet Deus loquatur in novo et veteri testamento, perfectius tamen in novo nobis loquitur, quia ibi per revelationes in mentibus hominum, hic per incarnationem Filii. Vetus vero testamentum traditum est patribus, aspicientibus a longe et intuentibus Deum procul; istud autem nobis, scilicet apostolis, qui vidimus eum in propria persona. I Jn. I, 1: qui audivimus, et vidimus oculis nostris, et manus nostrae contrectaverunt de verbo vitae. Dt. V, 3 s.: non cum patribus nostris iniit pactum, sed nobiscum, qui in praesentiarum sumus, et vidimus, et facie ad faciem locutus est nobis. Unde patet quod illa locutio fuit promissoria. Ga. III, 16: Abrahae dictae sunt repromissiones. Ista locutio est exhibitoria. Jn. I, 17: gratia et veritas per Iesum Christum facta est. Item, ibi locutus est in prophetis, hic in Filio, qui est Dominus prophetarum. Jn. I, 18: unigenitus, qui est in sinu Patris, ipse nobis narravit. Sed numquid omnes, per quos loquitur Deus, sunt prophetae? Ad quod dicendum est, quod quinque requiruntur ad hoc quod aliquis sit verus propheta. Primum est revelatio eorum, quae excedunt humanam cognitionem, alias non dicitur propheta, sed sapiens, sicut Salomon, cuius mens illuminata est ad ea quae sunt secundum rationem humanam. Unde nec a Iudaeis propheta dicitur, sed sapiens. Secundum est intelligentia revelatorum, alias, nisi revelata intelligeret, non esset propheta. Intelligentia opus est in visione, Dn. X, 1, et inde est, quod Nabuchodonosor revelationem sibi factam non intelligens, propheta non dicitur, sed Daniel, qui eam intellexit. Tertium est, quod propheta in rebus visis, quibus alienatur, non detineatur in ipsis rebus, sed tamquam in figuris, alias non esset propheta, sed phreneticus, qui imaginata apprehendit, ut ipsas res. Jr. XXIII, 28: qui habet somnium, narret somnium, et qui habet sermonem meum, narret sermonem meum. Quartum est, ut cum certitudine revelata percipiat, quasi per demonstrationem sciens, alias esset somnium, et non prophetia. Is. l, 5: Dominus aperuit mihi aurem, ego autem non contradico, retrorsum non abii. Quintum est, ut adsit voluntas annunciandi quae revelata sunt; unde et Daniel a quibusdam dicitur quod non est propheta, quia non accepit revelata per modum enunciabilem; unde non dicitur, quod factum est verbum Domini ad Danielem, sicut de aliis prophetis dicitur. Jr. XX, 8 s.: factum est verbum Domini mihi in opprobrium, et in derisum tota die, et dixi: non recordabor eius, neque loquar ultra in nomine illius, et factus est in corde meo sicut ignis aestuans. Sed rursum quaeritur quare dicit in prophetis, cum potius debuisset dicere per prophetas. Ad hoc dicendum est, quod hoc fecit, ut excluderet quorumdam errorem. Primo quidem errorem Porphyrii dicentis, quod prophetae ea, quae dixerunt fingendo, non ex Spiritu Sancto dixerunt. Et contra hoc dicit in prophetis, quasi non ipsi locuti sunt ex se, sed Deus locutus est in eis. II P. I, 21: non enim voluntate humana allata est prophetia, sed Spiritu Sancto inspirati, locuti sunt sancti Dei homines. Secundo ad excludendum errorem quorumdam, dicentium prophetiam esse quid naturale et haberi per naturalem dispositionem, sicut cum aliquis melancholicus est adeo fortis imaginationis, quod imaginata apprehendat ut certa et res ipsas. Et ideo dicit locutus est in prophetis; quasi dicat: non habetur prophetia per modum naturalis dispositionis et passionis, sed per locutionem internam a Deo. Jn. III, 8: spiritus ubi vult spirat. Tertio contra errorem dicentium haberi prophetiam per modum habitus sicut scientiam, ut scilicet quandocumque vult homo prophetet. Quod non est verum, cum prophetiae spiritus non adsit prophetis semper, sed cum eorum mens illustratur divinitus. Unde, IV R. IV, 27 dicit Eliseus: anima eius in amaritudine est, et Dominus celavit a me. Et ideo dicit in prophetis, quasi dicat: non habetur ab omnibus, et semper, ut habitus, sed ab illis, in quibus placet Deo loqui. Quarto ad excludendum errorem Priscillae, et Montani, dicentium prophetas non intelligere ea quae dicebant, quod non est verum. Unde dicitur Ag I, 3: factum est verbum Domini in manu Aggaei prophetae; in manu, id est, in potestate. Et I Cor. XIV, 32: spiritus prophetarum prophetis subiecti sunt. Et ideo dicit in prophetis, id est, in intellectu et potestate prophetarum. Sic ergo patet Christi proprietas, quia Filius est naturalis. Jn. XIV, 10: Pater in me est, et ego in Patre. Sed numquid est de illis filiis, de quibus dicitur in Ps. LXXXI, 6: ego dixi: dii estis, et filii excelsi omnes? Absit, quia illi dicuntur filii cum universitate, iste est constitutus haeres, et dominus universorum. Numquid est de illis filiis, de quibus dicitur Jn. I, 12: dedit eis potestatem filios Dei fieri? et cetera. Non quidem, quia illi dicuntur facti filii, iste vero est filius, per quem fecit et saecula. Numquid est de illis filiis, qui gloriantur in spe gloriae filiorum Dei? Rm. V, 2. Non quidem, quia illi sunt filii per spem gloriae Dei, quam habent, iste vero ipsius gloriae splendor. Alii dicuntur filii, quia facti ad imaginem huius filii. Rm. VIII, 29: quos praescivit conformes fieri imaginis Filii eius; iste autem est ipsa imago, et figura substantiae eius. Alii dicuntur filii, ut in se verbum Dei continentes, secundum illud Ph. II, 15: ut sint sine querela, et simplices filii Dei, sine reprehensione in medio nationis pravae et perversae, inter quos lucetis sicut luminaria in mundo, verbum vitae continentes. Iste autem Filius portat omnia verbo virtutis suae. Ergo patet Christi excellentia quantum ad proprietatem originis, et diffuse quantum ad alios filios Dei; per quod ostenditur eminentia novi testamenti ad vetus. Sed tamen utrobique dicit locutus est, vel loquens, et denotat eumdem esse actorem veteris et novi testamenti contra Manichaeum. Ep. II, 18: per ipsum habemus accessum ambo in uno spiritu, et cetera. Rm. III, 29: an Iudaeorum Deus tantum? Nonne et gentium? Item illud fuit traditum patribus nostris, sed istud nobis, id est, apostolis, qui Christum in propria persona vidimus. Dt. V, 3: non cum patribus nostris inivit pactum, sed nobiscum, qui in praesentiarum sumus et vivimus. Item illud per prophetas, sed istud in filio, id est, per Filium, qui est Dominus prophetarum. Jn. I, 18: unigenitus, qui est in sinu Patris, ipse enarravit. Et ista occasione apostolus introducit eum esse Filium. Consequenter ostendit magnitudinem dominationis Christi, cum dicit quem constituit haeredem; quia, ut dicitur Ga. IV, 7: si Filius, et haeres per Deum. In Christo autem sunt duae naturae, scilicet divina et humana. Secundum ergo, quod est filius naturalis, non est constitutus haeres, sed est naturalis; sed inquantum homo, factus est filius Dei. Rm. I, 3: qui factus est ei ex semine David secundum carnem. Et secundum hoc est constitutus haeres universorum, sicut verus Filius Patris. Mt. ult.: data est mihi omnis potestas. Et hoc quantum ad totam creaturam in qua accepit dominationem. Item non tantum quo ad unum genus hominum, sed universorum, scilicet tam Iudaeorum, quam gentium. Ps. II, 8: postula a me, et dabo tibi gentes haereditatem tuam, et cetera. Quem constituit haeredem universorum. Ostensa excellentia Christi quantum ad proprietatem originis, hic ostendit excellentiam eius quantum ad maiestatem dominii, et quidem congrue coniungit locutus est in Filio, et constitutus est haeres, quia si filii, et haeredes, Rm. VIII, 17. Sciendum est autem, quod in Christo sunt duae naturae, divina scilicet et humana; sed secundum divinam naturam, sicut non est constitutus filius cum sit filius naturalis ab aeterno; ita nec est constitutus haeres, sed ab aeterno est haeres naturalis. Secundum vero naturam humanam, sicut est factus Filius Dei Rm. I, 3: qui factus est ei ex semine David secundum carnem ita et factus est haeres universorum. Et quantum ad hoc dicit quem constituit haeredem, id est, Dominum, universorum. Mt. XXI, 38: hic est haeres, venite et occidamus eum. Mi. I, 15: adhuc haeredem adducam tibi, qui habitas in Maresa, usque ad Odollam, veniet gloria Israel. Et quidem secundum divinam naturam competit Christo, quod sit haeres genitus, et Dominus. Et primo quidem, quia ipse est Dei virtus, et Dei sapientia, I Cor. I, 24, per quem Pater omnia facit. Et ideo si Pater dicitur Dominus omnium, ratione creationis, similiter et Filius, per quem omnia producuntur in esse, Dominus est. Pr. VIII, 30: cum eo eram cuncta componens. Secundo quia Filius est Patris sapientia, qua omnia gubernat. Sg. VIII, 1 dicitur de sapientia: attingit a fine usque ad finem, et cetera. Si ergo Pater dicitur Dominus ratione gubernationis Sg. XIV, 3: tu autem, Pater, gubernas omnia, etc., et Filio competit dominium. Item Pater est Dominus, inquantum ad ipsum omnia ordinantur, sicut ad primum principium, et finem omnium; similiter et Filius, qui est Dei sapientia, praecedens omnia, Dominus est. Eccli. I, 3: sapientiam Dei praecedentem omnia, quis investigabit? Pr. XVI, 4: universa propter semetipsum operatus est Dominus. Secundum humanam vero naturam competit etiam Christo, quod sit constitutus haeres et Dominus universorum. Primo quidem ratione unionis, ex hoc scilicet ipso, quod assumptus est homo ille in persona filii Dei. Ac. V, 31: hunc Deus Dominum salvatorem constituit. Ep. I, 21: constituit eum super omnem principatum, et potestatem, et cetera. Secundo ratione potestatis, quia omnia ei obediunt, et serviunt. Mt. ult.: data est mihi omnis potestas in caelo, et cetera. Tertio ratione subiectionis. Ph. II, 10: in nomine Iesu omne genu flectatur, et cetera. Sed dicit universorum, quod refertur ad totius naturae universitatem, in qua accepit dominium, secundum illud Ps. VIII, 8: omnia subiecisti sub pedibus eius. Item refertur ad omne genus hominum, ut sit sensus: universorum, id est, tam Iudaeorum, quam etiam omnium aliorum hominum, secundum illud Ps. II, 8: postula a me, et dabo tibi gentes haereditatem tuam, et cetera. Et de hoc dicitur Est. XIII, 11: Dominus omnium tu es. Consequenter cum dicit per quem fecit et saecula, ostendit virtutem operationis Christi, quare sit constitutus haeres universorum, non quod ipse sit factus in tempore et hoc meruerit merito bonae vitae, sicut dicit Photinus, sed quod aeque omnia facta sunt per ipsum, sicut et per Patrem. Per ipsum enim fecit Pater saecula. Sed sciendum est, quod ista praepositio per denotat causam actus. Sed hoc est dupliciter: uno modo, quia est causa factionis ex parte facientis, ut cum scilicet causale cui adiungitur, est causa actionis secundum quod exit ab agente. Semper enim factio est medium inter faciens et factum. Potest ergo denotare circa agens causam finalem, ut artifex operatur per lucrum; aliquando causam formalem, ut ignis calefacit per calorem; aliquando vero causam efficientem, ut balivus operatur per regem. Nullo istorum modorum est Filius causa Patris, quod per illum operetur, sicut nec quod ab ipso sit. Aliquando vero causale est causa actionis, secundum quod terminatur ad factum, ut artifex operatur per martellum. Martellus enim non est causa artificis, quod agat; sed est causa artificiato, quod ab artifice procedat, ut ferro, quod recipiat operationem ab artifice, et sic Filius est causa facti, et Pater operatur per Filium. Sed numquid Filius est minor Patre? Videtur quod sic, quia illud quod est causa facti, ut fiat, videtur habere rationem instrumenti. Sed ad hoc dicendum est, quod si non esset eadem virtus numero in Filio et Patre, et eadem operatio, teneret obiectio. Nunc ergo eadem est virtus et operatio Patris et Filii, sicut et eadem natura et esse, et dicitur Pater per eum facere saecula, quia genuit eum operantem saecula. Jn. V, 19: quaecumque Pater facit, et Filius facit. Saeculum dicitur spatium rei temporalis. Saecula ergo sunt successiones temporum; non ergo fecit tantum tempora sempiterna, secundum quod philosophi aliqui dixerunt Deum tantum fecisse sempiternum, et Angelos creasse temporalia, sed etiam fecit temporalia, quae vocat hic saecula. Infra XI, 3: fide intelligimus aptata esse saecula. Jn. I, 3: omnia per ipsum facta sunt. In hoc ergo removet errorem Manichaei dupliciter. Primo in hoc quod dicit eum actorem veteris testamenti; secundo quod dicit ipsum fecisse temporalia.


 

 

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Saint Bernardin de Sienne confesseur

20 Mai 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Bernardin de Sienne confesseur

Collecte

Seigneur Jésus, qui avez accordé au bienheureux Bernardin, votre Confesseur, un très ardent amour pour votre saint nom, nous vous supplions, par ses mérites et son intercession, de daigner, dans votre bonté, répandre en nous l’esprit de votre charité.

Office

Quatrième leçon. Bernardin Albizesca, issu d’une noble famille de Sienne, donna dès son enfance des marques éclatantes de sainteté. Il reçut de ses pieux parents une éducation très soignée ; négligeant les amusements puérils, on le vit, dès ses premières études de grammaire s’adonner aux œuvres pies, au jeûne, à la prière, et particulièrement au culte de la très sainte Vierge. Sa chanté envers les pauvres était admirable. Plus tard, afin de mieux pratiquer encore toutes ces vertus, il voulut être inscrit au nombre des serviteurs de Dieu de Notre-Dame de la Scala de Sienne, d’où sont sortis plusieurs personnages illustres par leur sainteté. C’est là que le soin des malades, durant une peste qui sévissait cruellement dans la ville, lui donna l’occasion de mortifier son corps et d’exercer une charité vraiment incroyable. Entre autres vertus, il garda inviolablement la chasteté, malgré les dangers auxquels l’exposait la rare beauté de ses traits ; à tel point que les plus licencieux n’auraient osé-prononcer le moindre mot malsonnant en sa présence.

Cinquième leçon. Après l’épreuve d’une grave maladie, endurée pendant quatre mois avec la plus entière résignation, il conçut enfin le projet d’embrasser la vie religieuse. Pour s’y acheminer, il loua une petite maison à l’extrémité de la ville ; il vécut là inconnu, menant la vie la plus austère, et priant Dieu continuellement de lui faire connaître le parti qu’il devait prendre. Ce fut donc d’après l’inspiration divine qu’il choisit l’Ordre de saint François, où il excella en humilité, en patience et en toutes les vertus religieuses. Le supérieur du couvent le remarqua, et comme il le savait déjà arrivé à un haut degré de connaissance des textes sacrés, il lui imposa le devoir de prêcher. Bernardin accepta humblement ce ministère, bien qu’il s’y reconnût peu apte en raison de la faiblesse et de l’enrouement de sa voix. Il implora le secours de Dieu, et il fut, non sans miracle, délivré de cet obstacle à son zèle.

Sixième leçon. Il y avait à cette époque un débordement de crimes en Italie, et de sanglantes factions y foulaient aux pieds toutes les lois divines et humaines. Bernardin parcourut les villes et les villages au nom de Jésus, qu’il avait toujours à la bouche et dans le cœur, et rétablit presque entièrement la piété et les bonnes mœurs qui avaient disparu. Sa réputation fit que plusieurs villes considérables le demandèrent au Pape en qualité d’Évêque ; mais il refusa constamment cette charge avec une humilité invincible. Enfin cet homme de Dieu, après de grands travaux, de nombreux et éclatants miracles, et après avoir laissé des écrits pleins de science et de piété, termina une vie de soixante-six années par une mort de prédestiné, à Aquila, ville de l’Abruzze. De nouveaux miracles le rendirent célèbre, et six ans après sa mort, le Pape Nicolas V le mit au nombre des Saints.

Dans une autre saison de l’année liturgique, lorsque nous apportions nos hommages et nos vœux au berceau de l’Enfant divin, une de nos journées fut consacrée à célébrer la gloire et à goûter la douceur de son nom. La sainte Église tressaillait de bonheur en prononçant ce nom chéri que son céleste Époux a choisi de toute éternité, et le genre humain respirait à l’aise, en songeant que le grand Dieu qui pourrait s’appeler le Juste et le Vengeur, consentait à se nommer désormais le Sauveur. Le pieux Bernardin de Sienne, que nous fêtons aujourd’hui, nous apparut alors portant dans ses mains et élevant aux regards des hommes ce nom béni entouré de rayons. Il invitait toute la terre à vénérer avec amour et confiance cette appellation sacrée sous laquelle se révèle divinement toute l’économie de notre salut. L’Église attentive acceptait ce signe sacré ; elle encourageait ses fidèles à recevoir des mains de l’homme de Dieu un bouclier si puissant contre les traits de l’esprit des ténèbres, à goûter surtout un nom qui nous apprend jusqu’à quel excès Dieu a aimé le monde ; et lorsque le saint nom de Jésus eut enfin conquis par son adorable beauté tous les cœurs chrétiens, elle lui consacra une des plus touchantes solennités du Temps de Noël.

Aujourd’hui le noble enfant de saint François a reparu, et ses mains tiennent toujours la glorieuse effigie du nom sacré. Mais ce n’est plus l’appellation prophétique de l’Enfant nouveau-né, le doux nom que la Vierge-mère murmurait avec tendresse et respect, penchée sur son berceau ; c’est un nom qui retentit plus fort que tous les tonnerres, c’est le trophée de la plus éclatante des victoires, c’est la prophétie accomplie en son entier. Le nom de Jésus promettait au genre humain un Sauveur ; Jésus a sauvé le genre humain en mourant et en ressuscitant pour lui ; il est maintenant Jésus dans toute la plénitude de son nom. Parcourez la terre, et dites-nous en quel lieu ce nom n’est pas connu ; dites-nous quel autre nom a jamais réuni les hommes en une seule famille.

Les princes de la Synagogue ont voulu arrêter l’essor de ce nom victorieux, l’étouffer dans Jérusalem ; ils ont dit aux Apôtres : « Nous vous défendons d’enseigner en ce nom » ; et c’est pour leur répondre que Pierre a prononcé cette forte sentence qui résume toute l’énergie de la sainte Église : « Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes. » Autant eût valu essayer d’arrêter le soleil dans son cours ; et lorsque bientôt la puissance romaine s’est mise en devoir de mettre obstacle par ses édits à la marche triomphante de ce nom devant lequel tout genou doit fléchir, elle s’est vue réduite à l’impuissance. Au bout de trois siècles le nom de Jésus planait sur le monde romain tout entier.

Armé de ce signe sacré, Bernardin parcourut au XVe siècle les villes de l’Italie armées les unes contre les autres, et souvent même divisées jusque dans leur propre sein. Le nom de Jésus entre ses mains devenait l’arc-en-ciel de la paix ; tout genou fléchissait, tout cœur ulcéré et vindicatif s’apaisait, tout pécheur courait aux sources du pardon, dans tous les lieux où Bernardin avait arboré ce puissant symbole. Les trois lettres qui représentent ce nom à jamais béni devenaient familières à tous les fidèles ; on les sculptait, on les gravait, on les peignait partout ; et la catholicité acquérait pour jamais une expression nouvelle de sa religion et de son amour envers le Sauveur des hommes.

Prédicateur inspiré, Bernardin a laissé de nombreux écrits qui révèlent en lui un docteur de premier ordre dans la science de Dieu. Il nous serait agréable, si l’espace nous le permettait, de le laisser exposer ici les grandeurs du mystère de la Pâque ; donnons du moins son sentiment sur l’apparition du Sauveur ressuscité à sa sainte mère. Le lecteur catholique verra avec joie l’unité de doctrine sur ce point si important régner entre l’école franciscaine représentée par saint Bernardin, et l’école dominicaine dont nous avons produit le témoignage à la fête de saint Vincent Ferrier.

« De ce que l’histoire évangélique ne donne aucun détail sur la visite que le Christ fit à sa mère pour la consoler, après qu’il fut ressuscité, on ne saurait conclure que le très miséricordieux Jésus, source de toute grâce et de toute consolation, si empressé à réjouir les siens par sa présence, aurait oublié sa mère qu’il savait avoir été si pleinement abreuvée des amertumes de sa Passion. Mais il a plu à la providence de Dieu de ne pas nous manifester cette particularité par le texte même de l’Évangile, et cela pour trois raisons.

En premier lieu, à cause de la fermeté de la foi qui était en Marie. La certitude qu’avait la Vierge-mère de la résurrection de son fils ne fut ébranlée en rien, même pas par le doute le plus léger. On le croira aisément, si l’on veut réfléchir à la grâce très particulière dont fut remplie la mère du Christ-Dieu, la reine des Anges, la maîtresse de l’univers. Le silence de l’Écriture à ce sujet en dit plus que l’affirmation même aux âmes vraiment éclairées. Nous avons appris à connaître Marie lors de la visite de l’Ange, au moment où l’Esprit-Saint la couvrit de son ombre ; nous l’avons retrouvée au pied de la croix, mère de douleurs, se tenant près de son fils mourant. Si donc l’Apôtre a pu dire : « En proportion de ce que vous aurez eu part aux souffrances, vous participerez aux consolations » ; calculez d’après cela la mesure selon laquelle la Vierge-mère dut être associée aux joies de la résurrection. On doit donc tenir pour certain que son très doux fils ressuscité l’a consolée avant tous les autres. C’est ce que la sainte Église Romaine semble vouloir exprimer en célébrant à Sainte-Marie-Majeure la Station du jour de Pâques. Autrement si, de ce que les Évangélistes n’en disent rien, vous vouliez conclure que son fils ressuscité ne lui est pas apparu en premier lieu, il faudrait aller jusqu’à dire qu’il ne s’est pas du tout montré à elle, puisque les mêmes Évangélistes, dans les diverses apparitions qu’ils rapportent, n’en signalent pas une seule qui la concerne. Une telle conclusion aurait quelque chose d’impie.

En second lieu, le silence de l’Évangile s’explique par l’infidélité des hommes. Le but de l’Esprit-Saint, en dictant les Évangiles, était de décrire celles des apparitions qui pouvaient enlever tout doute aux hommes charnels au sujet de la croyance en la résurrection du Christ. La qualité de mère eût diminué à leurs yeux le témoignage de Marie ; et c’est pour ce motif qu’elle n’a pas été alléguée, bien qu’il ne pût y avoir, assurément, parmi tous les êtres nés ou à naître, si l’on en excepte l’humanité de son fils, aucune créature dont l’assertion méritât mieux d’être admise par toute âme vraiment pieuse. Mais il fallait que le texte évangélique ne nous produisît que des témoignages qui fussent de nature à être émis en présence de tout le monde ; quant à l’apparition de Jésus à sa mère, l’Esprit-Saint l’a laissée à ceux qui sont éclairés de sa lumière.

En troisième lieu, ce silence s’explique par la sublimité même de l’apparition. Après la résurrection, les Évangiles ne disent plus rien sur la mère du Christ, par cette raison que ses relations de tendresse avec son fils furent désormais tellement sublimes, tellement ineffables, qu’il n’y aurait pas de termes pour les exprimer. Il est deux sortes de visions : l’une purement corporelle, et faible en proportion ; l’autre qui a son siège principal dans l’âme, et qui ne convient qu’aux âmes déjà transformées. Admettez, si vous voulez, que Madeleine a eu part avant les autres à la vision purement corporelle, pourvu que vous reconnaissiez que la Vierge a vu avant elle, et d’une manière bien autrement sublime, son fils ressuscité, qu’elle l’a reconnu, et qu’elle a joui tout d’abord de ses délicieux embrassements dans son âme plus encore que dans son corps. »

Qu’ils sont beaux, ô Bernardin, les rayons qui forment nom de Jésus ! Que leur lumière est douce, au moment où le Fils de Dieu reçoit ce nom sauveur, le huitième jour après sa naissance ! Mais quel œil mortel pourrait supporter leur éclat, lorsque Jésus opère notre salut, non plus dans l’humilité et la souffrance, mais par le triomphe de sa résurrection ? C’est au milieu des splendeurs pascales du nom de Jésus que vous nous apparaissez, ô Bernardin ! Ce nom que vous avez aimé et glorifié vous associe désormais à son immortelle victoire. Maintenant donc répandez sur nous, plus abondamment encore que vous ne le faisiez sur la terre, les trésors d’amour, d’admiration et d’espérance dont ce divin nom est la source, et purifiez les yeux de notre âme, afin que nous puissions un jour contempler avec vous ses magnificences.

Apôtre de la paix, l’Italie, dont vous avez si souvent apaisé les factions, a droit de vous compter au rang de ses protecteurs. Voyez-la en ces jours livrée en proie aux ennemis du Sauveur des hommes, rebelle à la voix de la sainte Église, et tristement abandonnée à son sort. Ne vous souviendrez-vous pas que c’est dans son sein que vous avez pris naissance, qu’elle fut docile à votre voix, et que longtemps votre mémoire lui fut chère ? Intervenez en sa faveur ; arrachez-la à ceux qui l’oppriment, et montrez qu’au défaut des armées de la terre, les milices célestes peuvent toujours sauver les villes et les provinces.

Illustre fils du grand patriarche d’Assise, l’Ordre séraphique vous vénère comme l’une de ses principales colonnes. Vous avez ravivé dans son sein l’observance primitive ; continuez du haut du ciel à protéger l’œuvre commencée par vous ici-bas. La famille de saint François est l’un des plus fermes appuis de la sainte Église ; faites-la fleurir toujours, soutenez-la dans les tempêtes, multipliez-la en proportion des besoins du peuple fidèle ; car vous êtes le second père de cette famille sacrée, et vos prières sont puissantes auprès du Rédempteur dont vous avez confessé le nom glorieux sur la terre.

Saint Bernardin de Sienne confesseur
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