Sainte Marthe vierge mémoire des saints Félix Simplice Faustin et Béatrice
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Exaucez-nous, ô Dieu, notre salut ; afin que, comme nous nous réjouissons de la fête de votre bienheureuse vierge Marthe, nous y puisions aussi les sentiments d'une tendre dévotion. Par...
Épitre II Cor 10, 17-18 ; 11, 1-2
Mes frères, que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. Ce n'est pas, en effet, celui qui se recommande soi-même qui est approuvé, mais celui que le Seigneur recommande. Oh, si vous pouviez supporter de ma part un peu de folie ! Mais supportez-moi : j'éprouve à votre égard une divine jalousie, car je vous ai fiancés à un seul époux pour vous présenter au Christ comme une vierge pure.
Évangile Lc 10, 28-42
En ce temps-là, Jésus entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, elle, était tout occupée aux soins nombreux du service. Elle s'arrêta et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir seule ? Dis-lui donc de m'aider ! » Le Seigneur répondit : « Marthe, Marthe, tu te fais du souci et tu t'inquiètes de trop de choses ; or une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas ôtée. »
Saints Nazaire et Celse, martyrs, Victor Ier, pape et martyr et Innocent Ier, pape et confesseur
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Que la bienheureuse profession de foi de vos saints Nazaire, Celse, Victor et Innocent nous fortifie, Seigneur, et obtienne de votre bonté des secours pour notre faiblesse. Par...
Selon le martyrologe (catalogue des saints) ils étaient des militaires romains convertis au christianisme, qui ont dû donner leur vie pour garder la foi en Jésus Christ.
Nazaire et Celse sont honorés en même temps parce qu'ils furent unis dans la vie et dans la mort. Toujours selon ce martyrologe, Nazaire était fils de Perpétue qui avait été convertie par saint Pierre il fut baptisé par saint Lin qui était le successeur de St Pierre. Parti en apôtre pour la Gaule, il rencontra Celse encore adolescent, il le convertit le baptisa et l'amena avec lui à Trèves. Sous Néron ils échappèrent miraculeusement à une première persécution; mais ils furent mis à mort à Milan en 73. Leurs corps ensevelis séparément dans les jardins furent découverts lus tard par saint Ambroise, grâce à des traces de sang aussi fraîches que s'ils avaient été tués la veille. Dans sa chronique sur Saint Ambroise, Paulin indique qu'après la mort de Théodose (395), saint Ambroise fit porter à Milan, dans la basilique des Apôtres, le corps de saint Nazaire qui reposait en un jardin hors des murs de la ville. C’est St Ambroise qui transporta Nazaire avec honneur dans l'église des Saints-Apôtres.
Celse aurait également reposé dans un jardin près de Milan, mais dans cette ville on pensait toujours que son corps ne fut point porté à la Basilique des Apôtres, mais qu'il se trouvait dans l'église près de laquelle l'évêque Landulphe au Xème siècle fonda un monastère.
Nous ne disposons pas de renseignements sur la date exacte à laquelle nos ancêtres ont choisi saints Nazaire et Celse mais on peut supposer que c'était déjà lors de la consécration d'une des toute premières églises de Bettenhoffen au XIVe ou XVème siècle.
Contra Gentiles, lib. 4
Contra Gentiles, lib. 4 cap. 26 n. 2 Praeter has tres personas non est quartam in divina natura ponere. Personae enim divinae, cum in essentia conveniant, non possunt distingui nisi per relationem originis, ut ex dictis patet. Has autem originis relationes accipere oportet, non secundum processionem in exteriora tendentem, sic enim procedens non esset coessentiale suo principio: sed oportet quod processio interius consistat. Quod autem aliquid procedat manens intra suum principium, invenitur solum in operatione intellectus et voluntatis, ut ex dictis patet. Unde personae divinae multiplicari non possunt nisi secundum quod exigit processio intellectus et voluntatis in Deo. Non est autem possibile quod in Deo sit nisi una processio secundum intellectum: eo quod suum intelligere est unum et simplex et perfectum, quia intelligendo se intelligit omnia alia. Et sic non potest esse in Deo nisi una Verbi processio. Similiter autem oportet et processionem amoris esse unam tantum: quia etiam divinum velle est unum et simplex, amando enim se amat omnia alia. Non est igitur possibile quod sint in Deo nisi duae personae procedentes: una per modum intellectus ut verbum, scilicet Filius; et alia per modum amoris, ut Spiritus Sanctus. Est etiam et una persona non procedens, scilicet Pater. Solum igitur tres personae in Trinitate esse possunt.
Contra Gentiles, lib. 4 cap. 11 n. 7 Cum ergo in Deo sit idem esse et intelligere, intentio intellecta in ipso est ipse eius intellectus. Et quia intellectus in eo est res intellecta, intelligendo enim se intelligit omnia alia, ut in primo ostensum est; relinquitur quod in Deo intelligente seipsum sit idem intellectus, et res quae intelligitur, et intentio intellecta.
Contra Gentiles, lib. 4 cap. 11 n. 12 Non sic autem natura Dei est in Verbo ut sit una specie et numero differens. Sic enim Verbum habet naturam Dei sicut intelligere Dei est ipsum esse eius, ut dictum est. Intelligere autem est ipsum esse divinum. Verbum igitur habet ipsam essentiam divinam non solum specie, sed numero eandem. Item, natura quae est una secundum speciem, non dividitur in plura secundum numerum nisi propter materiam. Divina autem natura omnino immaterialis est. Impossibile est igitur quod natura divina sit una specie et numero differens. Verbum igitur Dei in eadem natura numero communicat cum Deo. Propter quod Verbum Dei, et Deus cuius est Verbum, non sunt duo dii, sed unus Deus. Nam quod apud nos duo habentes humanam naturam sint duo homines, ex hoc contingit quod natura humana numero dividitur in duobus. Ostensum est autem in primo libro ea quae in creaturis divisa sunt, in Deo simpliciter unum esse: sicut in creatura aliud est essentia et esse; et in quibusdam est etiam aliud quod subsistit in sua essentia, et eius essentia sive natura, nam hic homo non est sua humanitas nec suum esse; sed Deus est sua essentia et suum esse.
IXe Dimanche après la Pentecôte mémoire Sainte Anne, mère de la Sainte Vierge
Introït
Voici que Dieu m'aide et que le Seigneur est le soutien de mon âme. Faites retomber les maux sur mes ennemis et, dans votre vérité, anéantissez-les, Seigneur, mon protecteur. Ô Dieu, par votre nom sauvez-moi, et par votre puissance délivrez-moi. ℣. Gloire...
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Que les oreilles de votre miséricorde, Seigneur, soient ouvertes aux prières des fidèles suppliants ; et pour accorder leur désir à ceux qui demandent, faites-leur demander les choses qui vous plaisent. Par...
Épitre I Cor 10, 6-13
Mes frères, ne convoitons pas les choses mauvaises, comme nos pères l'ont fait. Et ne devenez pas non plus idolâtres, comme quelques-uns d'entre eux dont il est écrit : Le peuple s'assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir. Ne nous livrons point à la débauche, comme quelques-uns d'entre eux s'y livrèrent ; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour. Ne tentons point le Christ comme le tentèrent quelques-uns d'entre eux, et ils périrent par les serpents. Ne murmurez point comme murmurèrent quelques-uns d'entre eux, et ils périrent sous les coups de l'exterminateur.
Toutes ces choses leur sont arrivées en figure, et elles ont été écrites pour notre instruction à nous qui sommes arrivés à la fin des temps. C'est pourquoi, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Aucune tentation ne vous est survenue qui n'ait été humaine : Dieu est fidèle et il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces, mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue, afin que vous puissiez persévérer.
Graduel
Seigneur, notre Seigneur, que votre nom est admirable par toute la terre ! ℣. Car votre magnificence est élevée au-dessus des cieux
Évangile Lc 19, 41-47
En ce temps-là, comme Jésus s'approchait de Jérusalem, voyant la ville il pleura sur elle en disant : « Si tu avais connu, toi aussi, au moins en ce jour qui t'est donné, ce qui te procurerait la paix ! Mais tout cela est maintenant caché à tes yeux. Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t'environneront de tranchées et t'encercleront : ils te presseront de toutes parts et ils te jetteront à terre, toi et tes enfants qui sont dans tes murs, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre : parce que tu n'as pas connu le temps où tu étais visitée. »
Étant entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs et les acheteurs en leur disant : « Il est écrit : Ma maison est une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. » Et il enseignait tous les jours dans le Temple.
Offertoire
Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent les cœurs ; ses jugements sont plus doux que le miel et son rayon ; c'est pourquoi votre serviteur les garde.
Secrète
Accordez-nous, Seigneur, nous vous en prions, de participer dignement à ces mystères ; car à chaque fois que se célèbre la commémoration de cette victime, c'est l'œuvre de notre rédemption qui s'accomplit.
Communion
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, dit le Seigneur.
Postcommunion
Seigneur, nous vous en prions : que la communion à votre sacrement opère notre purification et nous donne l'unité. Par...
Épître
« Ma tristesse est grande, » s’écriait l’Apôtre des nations à la pensée de la réprobation qui s’apprêtait à frapper les Juifs ; « mon cœur est oppressé d’une douleur sans fin au sujet de mes frères, de ces hommes de mon sang pour qui j’eusse voulu être moi-même anathème. À eux, descendance d’Israël, appartenaient par héritage l’adoption des enfants, la gloire du peuple élu, le Testament, la Loi, le culte saint, les promesses d’en haut. Les patriarches formaient leur tige, et de leur race était le Christ selon la chair, le Christ Dieu béni dans les siècles (Rm. 9, 2-5) ! » Et maintenant, dévoyés par leur faute, ils ne voient plus, ils n’entendent plus (Is. 6, 9 ; Mt. 13, 14-15). La table somptueuse des Écritures, qui nourrissait leurs pères ( Mt. 4, 4), n’est plus pour eux qu’une occasion de chute et un piège où ils se prennent eux-mêmes ; la nuit s’étend sur leur intelligence, et leur dos se courbe sous le châtiment pour des siècles (Ps. 68, 23-24).
O vous, gentils, qui avez pris la place de ces rameaux brisés sur la tige de l’alliance (Rom. 11, 17), que du moins leur chute vous serve d’exemple. Le Dieu qui se montrait pour vous prodigue d’une bonté toute gratuite, dans le temps même où il exerçait contre eux ses jugements, ne permettra pas sans doute que rien prévale en vous, malgré vous, contre les intentions de son amour. Si vous êtes fidèles à l’appel de sa grâce, il le sera de même pour éloigner les tentations que vous ne sauriez porter, ou faire en sorte que le secours divin élève toujours votre âme plus haut que l’épreuve ; vous trouverez en tout combat, non la défaite, mais le profit méritoire d’un triomphe d’autant plus glorieux qu’il aura semblé surpasser davantage les forces humaines. N’oubliez point toutefois que les mêmes causes qui ont amené la perte des Juifs pourraient aussi vous conduire à la ruine. Ils sont tombés à cause de leur incrédulité (Ibid. 20) ; vous qui, autrefois, ne croyiez pas davantage et avez cependant obtenu miséricorde (Ibid. 3o), c’est par la foi que vous êtes debout aujourd’hui : ne vous élevez donc point dans une vaine complaisance ; mais craignez que Dieu qui a pu rompre les branches naturelles de son arbre de choix ne vous épargne pas non plus, et considérez toujours, en même temps que sa bonté, l’inexorable rigueur de ses justices (Rm. 11, 20-22).
C’est donc bien opportunément que l’Église nous rappelle, dans l’Épître du jour, les antécédents lamentables du peuple déicide, et cette série de fautes et de châtiments qui préparèrent, avec le crime final, l’effondrement complet de la nation prévaricatrice. L’avantage de ceux qui vivent, comme nous le faisons, sur le soir du monde (Hymn. Adv. ad Vesp.), est de pouvoir mettre à profit les leçons du passé. L’Esprit-Saint n’avait point d’autre but en écrivant, pour les âges futurs, l’histoire de l’ancien peuple ; il voulait nous manifester par les divers épisodes de cette histoire, groupés comme en autant de figures prophétiques, les règles de la Providence de Dieu sur le gouvernement du monde et de son Église. L’Église, établie par son Époux dans la vérité immuable, gardée par l’Esprit dans une sainteté indéfectible et toujours croissante, n’a point à craindre assurément de s’abîmer un jour, comme la synagogue, dans l’affreux naufrage dont nous sommes aujourd’hui les témoins ; la ruine des Juifs est l’annonce et l’image du renversement du monde ( Mt. 24, 3) qui aura rejeté l’Église, non de l’Église qui, alors, montera vers l’Époux consommée dans l’amour et la sainteté par les épreuves des derniers temps (Ap. 22, 17). Mais l’infaillible garantie de salut octroyée à la grande Épouse du Fils de Dieu ne s’étend point à ses membres individuels ou collectifs, qui sont les hommes et les nations. C’est à ceux-là, c’est à nous tous qu’il convient de méditer, pour l’éviter, le sort de Jérusalem et de ces pères du peuple juif qui, si longtemps avant la ruine de la ville sainte, couvraient déjà de leurs cadavres maudits toutes les routes du désert et ne parvenaient point à la terre promise (Hé. 3, 17).
Tous cependant, nous dit l’Apôtre, ils voyageaient, sur le chemin de la vie, protégés par la nuée mystérieuse sous laquelle la Sagesse les abritait durant le jour et les éclairait dans la nuit (Sg. 10, 17). Sous la conduite de Moïse figurant le chef divin du vrai peuple élu, tous ils avaient passé la mer. Baptisés dans les flots qui avaient englouti leurs ennemis, comme l’onde sainte engloutit les péchés des hommes, tous encore ils étaient nourris du même mets spirituel et s’abreuvaient à la même source divine sortant de la pierre qui était le Christ. Pourtant, si nombreux qu’ils fussent, il y en eut bien peu en qui Dieu se complût (1 Cor. 10, 1-6). Mais combien les crimes des chrétiens ne l’emporteraient-ils pas en gravité sur les désirs mauvais, l’idolâtrie, la fornication, les murmures d’Israël, maintenant que les brillantes et substantielles réalités de la loi de la grâce remplacent partout les figures et les ombres ?
Évangile
Le passage qu’on vient de lire dans le saint Évangile se rapporte au jour de l’entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. Ce triomphe, que Dieu le Père ménageait à son Christ avant les jours de sa passion, n’était point, hélas! on le vit bientôt, la reconnaissance de l’Homme-Dieu par la synagogue. Ni la douceur de ce roi qui venait à la fille de Sion monté sur l’ânesse (Za. 9, 9), ni sa sévérité miséricordieuse contre les profanateurs du Temple, ni ses derniers enseignements dans la maison de son Père, ne devaient ouvrir des yeux obstinément fermés à la lumière du salut et de la paix. Les pleurs mêmes du fils de l’homme ne pouvaient donc arrêter la vengeance divine : il faut bien qu’enfin la justice ait son tour.
« Malheur, s’écrient pour Dieu les prophètes, à la cité provocatrice, à la cité rachetée en vain qui n’a point écouté la voix de son Seigneur ! Ses princes, ses juges, ses prophètes et ses prêtres ont violé ma loi, faussé mes oracles, rempli ma maison d’iniquité et de tromperie (Sph. 3, 1-4 ; 1, 9). Broyez la ville (Ibid. 2), exterminez ses habitants ; quiconque ne sera pas marqué du Tau (Le Temps pascal), tuez-le sans pitié. Mais commencez par mon sanctuaire, frappez les prêtres et les anciens ; souillez le Temple, et remplissez de cadavres ses parvis (Éz. 9, 5-7). »
La priorité dans le châtiment était bien due à ces chefs du peuple qui l’avaient eue dans le crime, à ces pontifes, à ces anciens qui avaient décrété la mort du juste et poussé la foule au reniement du prétoire (Mt. 27, 20). Jaloux des miracles de l’Homme‑Dieu, ils disaient dans leur hypocrisie perfide : « Si nous le laissons faire ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils détruiront notre ville (s. Jean 11, 47-53). » Dieu a retourné contre Israël leur politique impie. Mais du moins, en ce qui les concerne, ils seront satisfaits : pas un d’eux ne verra les Romains ; dès avant l’arrivée des légions, Jean de Giscala et Simon fils de Gioras auront fait justice de cette aristocratie déicide, odieuse à la terre comme au ciel. Quand Titus, après ses combats, rentrera dans la ville éternelle, ces deux chefs de brigands, les vrais princes de la guerre, orneront son triomphe ; ils tiendront la place de la noblesse de Juda devant le char du vainqueur ; deux bandits représenteront Jérusalem dans les rues de Rome, sa rivale ! Justes représailles d’en haut pour les larrons dont la synagogue fit l’escorte de son Roi sur la voie douloureuse, et les compagnons du Christ au Calvaire ! Mais il convient de reprendre la suite des événements brièvement et par ordre.
Après la rupture avec Rome et la retraite de Cestius Gallus, le gouvernement de Jérusalem s’était trouvé remis aux soins du pontife Ananus (Jos. De bell. 2, 20, et seq.), beau-frère de Caïphe et le dernier des cinq fils d’Anne, le grand-prêtre, tous grands‑prêtres eux-mêmes successivement comme l’avait été leur père. Par une disposition évidente de la justice souveraine, la famille coupable entre toutes du forfait du Calvaire devenait la tête de la nation au moment final, pour indiquer nettement le sens des vengeances de Jéhovah sur son peuple. Indépendamment du grand crime dont la responsabilité pesait sur sa race, Ananus d’ailleurs, personnellement, avait à expier la mort de saint Jacques le Mineur, martyrisé par ses ordres en l’année 62. Rationaliste ou Sadducéen comme ses proches, il déplorait la guerre et eût voulu renouer la paix (Jos. De bell. 4, 5). Mais il n’avait pas été libre de se soustraire à l’obligation d’organiser la défense : prince quoiqu’il en eût, selon l’expression d’Isaïe, toute cette ruine était dans ses mains (Isaï. 3,6) ; il fallait qu’il en fût écrasé.
Bientôt les fanatiques qui avaient amené la guerre et se faisaient appeler les Zélateurs, mécontents des ménagements d’Ananus, se soulevèrent et répandirent le sang des plus illustres personnages. Renforcés par tous les exaltés des autres villes et les pillards des campagnes qui affluaient chaque jour dans la ville sainte, ils s’emparèrent du Temple ; et, changeant par haine des vieilles familles sacerdotales l’ordre ancien de la sacrificature, ils établirent grand-prêtre un paysan, descendant obscur d’Aaron, si indigne d’une telle charge, qu’il ne savait même pas ce que c’était que le pontificat (Jos De bell. 4, 3).
Vers le même temps, les débris des bandes galiléennes conduites par Jean de Giscala apportaient dans la capitale l’exaspération des premières défaites ; ils firent alliance avec les révoltés et accrurent encore leur rage insensée contre quiconque semblait vouloir pactiser avec Rome. Sur le conseil de Jean, les Zélateurs, pressés vivement par les troupes d’Ananus, et déjà refoulés dans le Temple intérieur, appelèrent à leur aide les pâtres de l’Idumée. Ces farouches auxiliaires, tombant sur Jérusalem à la faveur d’une nuit d’orage, taillèrent en pièces les gardes endormies. La terre, dit Josèphe, avait tremblé à leur approche, la veille au soir, et poussé des mugissements (Jos. De bell. 4, 41). Jusqu’au matin, sous le vent et la pluie, à la lueur des éclairs, mêlant leurs vociférations au bruit de la tempête, aux cris des blessés, aux hurlements des femmes, ils tuèrent sans pitié tout ce qui se trouva sous leurs pas. Quand le jour vint enfin porter sa lumière sur les désastres de cette nuit terrible, huit mille cinq cents corps apparurent jonchant la terre et inondant de leur sang le pourtour du Temple. Le cadavre d’Ananus, insulté, dépouillé de ses vêtements, foulé aux pieds, fut jeté aux chiens. Les jours suivants, douze mille hommes, choisis parmi les premiers des habitants, périrent dans les tortures ou sous les coups des Iduméens. Après le départ de ces derniers, les Zélateurs, devenus maîtres de la ville, renchérirent encore sur leurs cruautés. Tous ceux dont le caractère indépendant, l’influence ou la naissance illustre excitaient les soupçons, étaient incontinent massacrés, sans qu’il fût permis aux survivants d’enterrer ou de pleurer leurs morts. Le menu peuple, les pauvres, les inconnus, échappaient seuls à ces atroces poursuites. La justice de Dieu passait sur les chefs de Juda (Is. 3, 11). Leur sang mêlé à la poussière, leurs corps sans sépulture, abandonnés comme le fumier sur les places (Sph. 1, 8, 17), rappelèrent-ils à Sion les oracles qui avaient prédit ces jours de tribulation et d’angoisse, ces jours amers pour les puissants et les forts (Ibid. 14-16 ; Éz. 24, 3-5) ? La chrétienté de Jérusalem, retirée au delà du Jourdain, se souvint alors, elle du moins, des paroles inspirées que saint Jacques, son évêque, adressait, huit ans auparavant, aux douze tribus de la dispersion (s. Jac. 1, 1) : « Allez, riches ; pleurez maintenant ; hurlez sous le poids des misères qui vont fondre sur vous. Vos richesses ont pourri ; vous n’avez plus qu’un trésor de colère. Vos délices, vos festins somptueux vous ont engraissés pour le jour vengeur. Vous avez condamné le juste, et vous l’avez tué, sans qu’il vous résistât ; mais voici que le Seigneur approche (Ibid. 5, 1-8). » C’était bien lui, en effet, qui se vengeait lui-même (Jér. 5, 5, 9) ; et Vespasien le comprenait, lorsqu’il répondait à ceux qui le pressaient de profiter de ces dissensions pour attaquer la ville : « Dieu est un plus grand général que moi ; laissons-le livrer les Juifs aux Romains sans travail de notre part, et nous donner sans danger la victoire (Jos. De bell. 4, 6). »
Jérusalem n’était encore qu’au commencement de ses douleurs et de ses guerres intestines. L’ambition de Jean de Giscala ne le laissa point rester longtemps en paix avec les Zélateurs. Séparé d’eux, il donna toute licence aux Galiléens qui soutenaient son pouvoir. Aux brigandages et aux tueries se joignirent les épouvantables débordements de cette race à moitié idolâtre qui avait remplacé, au temps des rois Assyriens, les tribus d’Israël (4 Reg. 15, 29 ; 17, 6, 18, 23-41), et n’avait pris souvent du judaïsme qu’un fonds de superstition mélangé aux coutumes et aux vices de ses pères. La fille de Sion subit alors et vit s’étaler au grand jour les ignominies dont l’avaient menacée les prophètes du Seigneur. Humiliée, révoltée, la malheureuse cité voulut chercher à secouer son joug (Jos. De bell. 4, 7, 9).
Or, en ces jours, un voleur fameux ravageait l’Idumée, ruinant les villes et les bourgades, piétinant et brûlant les moissons, scrutant Édom, selon l’expression du prophète Abdias (Abd. 5, 6), et le fouillant jusqu’en ses entrailles. C’était Simon, fils de Gioras. Appelant à lui les esclaves, les malfaiteurs, les proscrits de toute sorte, les mécontents de tous les partis, il s’était fait une troupe de plus de vingt mille hommes pesamment armés, sans compter quarante mille autres qui le suivaient. Tel fut l’étrange Messie sur lequel Jérusalem jeta les yeux pour lui venir en aide. Une députation, présidée par un pontife, vint offrir la principauté au fils de Gioras. Celui-ci daigna consentir ; fier et hautain, raconte Josèphe (Ubi supra), il agréa l’hommage de Sion suppliante, et fut introduit dans la ville de David, aux acclamations d’un peuple enthousiaste proclamant défenseur et sauveur Simon le meurtrier, Simon le bandit ! O Jésus, fils de David et Fils de Dieu, comme vous êtes vengé à cette heure ! Ils le voulaient, ils l’avaient dit : « Non pas lui, mais Barabbas (s. Jean 17, 40) ! » Le choix fait par les fils répond aux préférences des pères ; Bar-Gioras acquittera dignement la dette de son prédécesseur et la sienne. Une fois entré dans la place, il traite en ennemis indistinctement ceux qui l’ont appelé et ceux contre lesquels ils avaient imploré sa venue. Massacrant jour et nuit, sa horde sauvage achève d’enlever à la population de Jérusalem ce qui pouvait lui rester encore d’hommes de mérite ou d’un crédit quelconque (Jos. De bell. 7, 8).
Cependant les Galiléens, chassés de Sion et de la ville basse par les nouveaux arrivants, s’étaient repliés sur le Temple, dont ils occupaient la première enceinte. Les Zélateurs, de plus en plus en désaccord avec Jean de Giscala, se fortifièrent de leur côté dans le Temple intérieur. Moins nombreux que les deux autres partis, ils étaient défendus par leur situation dominante au sommet de la sainte montagne, et ne manquaient de rien, grâce aux prémices et aux oblations livrées sans défense à leurs mains souillées ; on les voyait passer le temps à s’enivrer et à faire bonne chère, pendant que les pierres lancées par les machines des Galiléens venaient devant eux frapper les prêtres jusque sur l’autel, et remplissaient de morts et de mourants les parvis sacrés. Sacrilège et ivrognerie, tel était donc le dernier mot de ces descendants des austères Pharisiens (Jos. De bell. 5, 1) ! Ici encore le Christ était vengé.
L’abomination de la désolation prédite par Daniel régnait dans le lieu saint (Mt. 24, 15). Jean de Giscala, assuré contre un retour offensif des Zélateurs par l’engourdissement où les plongeaient leurs festins copieux, tombait pendant ce temps comme un oiseau de proie sur la ville pour y chercher sa subsistance, mettant le feu, par haine de Simon, à ce qu’il ne pouvait emporter. Simon alors, au lieu d’éteindre l’incendie, l’étendait au contraire à tous les quartiers qui se trouvaient à portée des incursions de Jean, dans l’espoir de rendre impossible une autre fois le ravitaillement des Galiléens. D’immenses magasins de blé et d’autres provisions que la prudence des chefs de la nation avait entassées dans la pensée du siège à venir, furent ainsi anéantis par ces deux hommes plus funestes à leur patrie que les Romains eux-mêmes. Ainsi se passa cette année 69, année de répit du côté de Rome déchirée par ses propres dissensions, et qui eût pu être si précieuse (Jos. ubi supra).
Il ne restait plus dans la ville que des vieillards et des femmes en dehors des bandes armées, lorsque l’approche de la Pâque de 70 produisit comme une trêve entre les partis. Jérusalem, épuisée d’habitants, se remplit de nouveau d’une multitude immense dépassant de beaucoup le chiffre de sa population ordinaire. À la suite du saccagement par l’ennemi des provinces juives, après les douleurs de Sion punie de ses mains plus cruellement encore, c’était la nation tout entière (Jos. De bell. 6, 9) qui accourait des quatre vents du monde au rendez-vous de la vengeance suprême. Tout entière elle avait de même été présente à la consommation du déicide ; la prédication des Apôtres n’avait pu lui arracher le désaveu de sa complicité dans le crime du Calvaire, et l’effrayante leçon des derniers événements ne l’avait pas éclairée davantage. Comme dans les jours de cette Pâque si salutaire aux hommes, si fatale à Juda, comme à la Pentecôte qui suivit, elle se retrouvait rassemblée de tous les pays qui sont sous le ciel (Ac. 2, 5) ; non plus cette fois pour entendre prêcher la pénitence (Ac. 2, 38), mais pour subir l’extermination annoncée par Moïse et rappelée par saint Pierre à quiconque refuserait d’écouter le Messie du Seigneur (Ibid. 3, 22-23).
Ainsi que l’Homme-Dieu l’avait dit, le jour fatal tomba subitement et comme un filet sur cette foule (s. Luc 21, 34-35). L’empire était aux mains de Vespasien, la fortune romaine se rétablissait partout aux frontières, et Titus venait d’arriver à Césarée, chargé d’en finir du côté de l’Orient. Il envoya aux légions de Judée l’ordre d’opérer simultanément, des divers points qu’elles occupaient, leur concentration sur la capitale. Quand la dixième légion, venant de Jéricho, parut sur le mont des Oliviers, à la place même d’où Jésus pleurant sur Jérusalem avait prédit ce siège qui devait être sa ruine, la soudaineté imprévue de l’arrivée des Romains jeta la stupeur dans les rangs des pèlerins de la Pâque et changea les apprêts de la fête en dispositions belliqueuses. Mais vainement les partis, oubliant pour ce jour-là leurs querelles et unissant leurs forces, essayèrent-ils en deux sorties furieuses d’empêcher l’ennemi d’établir son camp sur la montagne : ils furent deux fois rejetés sur la ville (Jos. De bell. 5, 2).
La Pâque qui se lève est bien pourtant toujours, et plus que jamais, le passage du Seigneur ; mais le Seigneur n’y conduit plus les fils de Jacob à la délivrance. Juda s’est fait l’ennemi de l’Agneau dont le sang doit marquer les rachetés de la Pâque. Quand le sang de cet Agneau divin inonde déjà toute la terre délivrée, quand la lumière du vainqueur de la mort illumine le monde, Juda n’en prétend pas moins garder encore ses figures et ses ombres ; plus endurci que l’Égyptien, plus criminel que Pharaon, s’il le pouvait, il enserrerait le véritable Israël dans les réseaux de sa loi d’esclavage, comme naguère il eût voulu retenir captif au tombeau le vrai Fils de Dieu. Mais le Seigneur s’est délivré dès longtemps, et, plus terrible qu’en Mesraïm, il passe aujourd’hui comme le vengeur de lui-même et de son Église ; et la Pâque, la fête des fêtes, dont chaque Dimanche ramène le vivant souvenir, reçoit aujourd’hui son dernier complément. « Qu’il sera terrible, disions-nous, le passage du Seigneur dans Jérusalem, lorsque l’épée romaine le suivra, exterminant à droite et à gauche un peuple tout entier (Au mardi de Pâques) ! »
« Malheur à toi, Ariel! Ariel, ville de David, qui fus longtemps comme l’autel du Seigneur, tes années ont passé, tes fêtes ont fini leur cours (Is. 29, 1). Les Psaumes, dans ta bouche, ont perdu leur sens ; ta lyre est faussée ; silence au bruit discordant de ces vains cantiques (Amos 5, 23) ! Le chant du deuil a retenti dans Israël (Ibid. 1) ; voix de lamentation dans toutes les places ! partout on entend : Malheur, malheur (Ibid. 16) ! »
Présage en effet terrible entre tous, sinistre annonce de l’accomplissement des anciens oracles : depuis la fête des Tabernacles de l’année 62, un homme étrange venu de la campagne, le paysan qu’appelait le prophète Amos, l’homme habile dans la science des lamentations (Ibid.), n’a point cessé de parcourir les rues de la cité maudite, criant jour et nuit : « Voix de l’Orient, voix de l’Occident, voix des quatre vents, voix sur Jérusalem et sur le Temple, voix sur les nouveaux époux et les nouvelles épouses, voix sur tout le peuple ! » Poursuivi, interrogé, frappé de verges, on a vu sa chair voler en lambeaux, ses os mis à nu, sans qu’il défaillît dans l’accomplissement de son effrayant ministère. Mais c’était surtout dans les fêtes, que le lugubre enthousiasme de ce précurseur des vengeances du fils de l’homme redoublait d’énergie, et donnait une vigueur surhumaine à ses accents. À chaque parole de bienveillance ou d’injure, à tout traitement bon ou mauvais, sans remercier ni se plaindre, il reprenait d’un ton toujours plus lamentable : « Malheur, malheur à Jérusalem ! » Enfin après sept ans et cinq mois durant lesquels jamais sa voix ne fut affaiblie ni enrouée, parcourant les murailles en vue des Romains dans les premiers jours du siège, et répétant toujours : « Malheur à la ville et au Temple, malheur au peuple », on l’entendit ajouter : « Malheur aussi sur moi ! » et il fût tué sur le coup d’une pierre lancée par une baliste (Jos. De bell. 6, 5).
Jérusalem a bu de la coupe d’assoupissement, et rien ne l’éclaire ; elle s’est enivrée au calice de la colère du Seigneur, et elle l’absorbe jusqu’à la lie (Is. 29, 9-14 ; 51, 17). Quelle hideuse journée que cette dernière célébration de la Pâque juive, telle que l’historien nous la montre, sacrilège et sanglante, et marquée sous l’œil de l’ennemi par le réveil des dissensions factieuses ! Les Galiléens, profitant de l’ouverture des portes aux pèlerins, s’introduisent déguisés dans le Temple intérieur, et, démasquant soudain leurs armes, ils tombent sur la foule rangée autour de l’autel ; bâtonnant, égorgeant, foulant aux pieds mourants et morts, ils la repoussent en dehors des parvis dans un tumulte indescriptible, tandis que les Zélateurs surpris, épouvantés, sont contraints eux-mêmes de céder la place et s’enfuient dans les égouts (Jos. De bell. 5, 3). Fête odieuse, et que Dieu visiblement a rejetée (Amos 5, 21) ! Malheureux peuple accouru des extrémités de la terre à cette fatale solennité ! avant de céder à son empressement, que ne s’était-il appliqué la parole du Prophète disant : « Malheur à ceux qui désirent voir le jour du Seigneur ! qu’y gagnerez-vous à ce jour ? Ce jour du Seigneur, il sera de ténèbres et non de lumière. Vous y serez comme l’homme qui, fuyant de la face du lion, rencontre un ours, et qui, s’il entre dans la maison et appuie sa main sur la muraille, est mordu d’un serpent (Ibid 18-19). » Les Romains dans leur camp, Simon dans la ville, et Jean, désormais seul maître au Temple, ont vérifié la prophétie.
De même qu’au temps de Jérémie, le glaive et la faim se disputent comme une proie toute cette multitude (Jr. 14, 18). Car dès le commencement, grâce aux déprédations antérieures, la famine s’est montrée ; son intensité, qui croît tous les jours, excite encore les instincts sauvages des bandes armées contre quiconque n’est pas dans leurs rangs. On tue maintenant dans Sion, non plus seulement par haine, mais aussi pour voler et pour vivre. Sous prétexte de conspiration, Simon et Jean traduisent les riches à leur barre ; joignant à l’injustice l’ironie sanglante, ces deux hommes, qui ne cessent point de se faire entre eux une guerre mortelle dans les intervalles des combats contre les Romains, s’envoient mutuellement, en signe de dérisoire entente, ceux qu’ils ont dépouillés de leurs biens pour qu’il soit statué sur leur vie (Jos. De bell. 5, 10). Moins de quarante ans auparavant, dans ces mêmes rues où tous les jours les principaux du peuple juif sont ainsi traînés ignominieusement de Simon à Jean et de Jean à Simon, une autre victime devenait de même, aux applaudissements des chefs de la nation, le gage d’une réconciliation hypocrite, et se voyait renvoyée d’Hérode à Pilate sous un vêtement de dérision pour chercher sa sentence (s. Luc 23, 7-12).
Pendant que les tyrans se jouaient de la misère publique, une foule d’infortunés, que la disette contraignait de sortir de nuit dans la campagne pour tacher d’en rapporter quelques herbes sauvages, tombaient aux mains des Romains qui, se refusant à garder tant de prisonniers, les crucifiaient en vue des murs. On en prenait par jour jusqu’à cinq cents et plus ; et, détail affreux mais significatif en face du Calvaire, il arriva de leur grand nombre, dit Josèphe, que l’espace manqua pour planter les croix, et le bois pour en faire (Jos. De bell. 5, 11).
Titus avait espéré pouvoir réduire en peu de temps Jérusalem. Sans tenir compte des prophéties qui annonçaient l’investissement de la ville déicide, il avait choisi la voie des négociations et des assauts de préférence aux lenteurs du blocus. Mais ses parlementaires ne recevaient en retour de leurs paroles de paix que des injures et des flèches ; et la valeur des légions restait impuissante contre les forteresses derrière lesquelles se retranchait la rage des factieux. Après deux mois d’efforts, la ville basse, ruinée d’avance par les partis, était seule encore au pouvoir des Romains, tandis que Sion et Moriah dressaient toujours au‑dessus d’eux leurs têtes inexpugnables. Il fallut donc se résigner à remettre à plus tard Rome et ses plaisirs (Tac. Hist. 5, 11), et enserrer Jérusalem dans cette ligne puissante de circonvallation que décrit l’Évangile. L’exécution littérale du plan tracé par Dieu primait l’impatience de Titus. Les légionnaires se mirent à l’œuvre ; la bêche et la pioche remplacèrent le javelot dans leurs mains. On eût dit qu’ils avaient conscience de la parole auguste dont ils étaient en ce moment les servants fidèles : une impulsion divine les animait, dit Josèphe (Jos. De bell, 5, 12). Dans l’espace de trois jours, ils achevèrent un mur en terrassement de près de deux lieues de circuit et flanqué de redoutes, qui eût semblé demander des mois. « J’investirai Ariel, avait dit Jéhovah ; je l’entourerai comme d’un cercle de forteresses, et elle sera triste et désolée, et elle sera vraiment pour moi comme Ariel, n’étant plus dans son étendue qu’un autel qui regorge (Is. 29, 2-3). »
La famine prit alors d’épouvantables proportions, toute possibilité de sortie dans la campagne étant désormais enlevée aux malheureux qui avaient pu jusque-là se nourrir tant bien que mal de graines et de racines rapportées des champs au péril de leur vie (Thren. 5, 9-10). Le boisseau de blé se vendait un talent (6,000 fr.). Pendant que ceux qui pouvaient y prétendre donnaient tout ce qu’ils avaient de plus précieux pour un morceau de pain (Thren. 1, 11), la multitude cherchait dans les cloaques. On dévorait gloutonnement des détritus immondes ; on réservait en grand secret, comme un trésor, des ordures sans nom, que l’époux disputait à l’épouse et la mère à ses enfants (Dt. 28, 56-57 ; Js. De bell. 5, 10, 12). Les factieux s’étaient ri jusque-là de la détresse du peuple ; bientôt ils sentirent eux-mêmes les atteintes du fléau. On les vit alors s’attaquer en furieux à tous ceux qui passaient pour garder des vivres ; taxant de feinte la faiblesse des mourants, dénonçant dans ceux qui marchaient encore le peu de forces qui leur restait comme un indice qu’ils détenaient par devers eux quelque aliment caché, ils torturaient d’une manière affreuse ces malheureux pour leur faire avouer leur prétendu crime. Pareils à des chiens affamés, selon l’expression commune de l’historien et du psalmiste (Js. Ibid. 6, 3 ; Ps. 58, 7, 15-16), ils couraient la ville, enfonçant les portes des maisons soupçonnées, furetant partout, et revenant jusqu’à deux et trois fois en une heure. Un jour, une odeur succulente, qui s’exhalait d’une maison plusieurs fois déjà visitée ainsi, frappa soudain quelques-uns d’eux ; ils se précipitent ; une femme était là, qu’ils menacent de tuer si elle ne leur livre aussitôt son festin : « C’est mon fils, leur dit-elle ; en voici les restes ! » La malheureuse était Marie, fille d’Eléazar, dame opulente naguère et d’une illustre naissance, qui, dans l’égarement de la faim, avait tué son enfant à la mamelle et s’en était nourrie (Js. Ibid. ; Dt. 28, 53-56).
Tant d’horreurs n’arrivaient point à fléchir l’obstination féroce de Jean de Giscala et de Simon fils de Gioras. En dépit néanmoins de leurs précautions et des cruautés qu’ils exerçaient contre quiconque était soupçonné de pensées d’évasion, une foule d’assiégés gagnaient chaque jour le camp romain en se jetant du haut des murs. Titus, ému d’une si grande misère, les recevait avec bienveillance et leur rendait la liberté. Mais « Dieu, c’est Josèphe qui parle, avait condamné tout ce peuple, et il faisait que les voies mêmes de salut tournaient à sa perte (Jos. De bell. 5, 13). » Plusieurs arrivaient tellement épuisés, qu’ils trouvaient la mort en prenant une nourriture trop longtemps différée. D’autres, en plus grand nombre, tombaient sous les coups des Arabes et des Syriens qui suivaient l’armée romaine. Car le bruit s’étant répandu que quelques transfuges avalaient leur or en quittant la ville, pour le cacher plus sûrement, ces auxiliaires, étrangers à la discipline des légions et ennemis héréditaires du peuple juif, attiraient les infortunés dans des guets-apens et les dépeçaient sans pitié, dans l’espoir de trouver de la sorte à satisfaire leur avarice monstrueuse. Pendant une seule nuit on en compta deux mille dont les entrailles palpitantes furent ainsi répandues (Jos. De bell. 5, 13). C’était la mort de Judas (Ac. 1, 18), le supplice de la trahison déicide. Tout ce peuple n’avait-il pas été traître, en effet, au même titre que l’apôtre infidèle ? Judas avait livré le fils de l’homme aux princes des prêtres et aux chefs de sa nation ; les Juifs le livrèrent aux païens ; et le prophète Zacharie fait porter sur eux tous la responsabilité du marché infâme qui ouvrit les scènes de la passion (Za. 11, 12-13).
Dans la ville, les ravages de la famine dépassaient toute idée. « Aucune ville en aucun temps, dit encore l’historien juif reprenant à son insu le mot du Seigneur, ne vit jamais tribulation pareille (Jos. De bell. 5, 10 ; Mt. 24, 21). » En quelques mois on releva le chiffre effroyable de six cent mille morts auxquels fut encore accordé un semblant de sépulture. Quant aux autres, on ne put les compter. Car la force manqua aux survivants, et on laissa les victimes de la faim pourrir pêle-mêle dans les maisons ou sur les places.
Cependant, le 12 juillet, une épreuve plus grande frappa Jérusalem et toute la nation : faute de victimes, le sacrifice perpétuel cessa comme au temps d’Antiochus (Dn. 8, 11-13) ; mais cette fois c’était pour toujours. C’était la fin : la fin ouvertement déclarée du mosaïsme et de son culte, remplacé désormais sans conteste par le Sacrifice de la loi d’amour ; la fin à bref délai d’un siège et d’une guerre qui n’avaient plus leur raison d’être. Une douleur immense, sans compensation, succéda dans les cœurs juifs à la vaine espérance qu’y avaient maintenue jusqu’au bout les faux prophètes (Jos. De bell. 6, 5).
L’opiniâtreté de Simon et de Jean n’en rejeta pas moins, même alors, les avances de Titus qui offrait toujours d’épargner le Temple et la ville. La lutte reprit donc, implacable et sans merci. Mais la vigueur des soldats juifs ne répondait plus au fanatisme de leurs chefs ; épuisés par la faim, ils n’avaient plus la force persévérante qui eût été nécessaire pour repousser les assauts continus des Romains. Déjà la tour Antonia, qui commandait le Temple, était au pouvoir de ces derniers, et chaque jour les voyait serrer de plus près l’édifice sacré. Ses défenseurs voulurent tenter un dernier effort ; s’excitant par la considération de l’extrémité de leurs maux, ils se ruèrent par la vallée du Cédron sur la circonvallation ennemie et chargèrent avec rage le poste établi à la montagne des Oliviers. On eût dit que l’instinct de la vengeance divine qui pesait sur eux les ramenait fatalement, pour les derniers combats, à cette place de la prophétie et des pleurs du fils de l’homme où s’était de même engagée, nous l’avons vu, la première bataille. Repoussés, désespérés, en rentrant dans la ville pour n’en plus sortir, ils mirent eux-mêmes le feu aux portiques extérieurs du Temple et abandonnèrent aux Romains la première enceinte (Jos. De bell. 6, 1, 2).
Titus cependant voulait sauver le Temple à tout prix. « Mais, dit Josèphe, Dieu l’avait dès longtemps condamné au feu, et ce furent les Juifs qui de nouveau, quelque temps après, posèrent la cause de l’incendie, au jour fatal marqué par les décrets divins (Ibid. 4). » C’était le 4 août 70, un jour de sabbat, anniversaire de la première ruine du saint lieu sous Nabuchodonosor. Les gardiens du Temple exaspérés par la souffrance, hébétés par la faim, en vinrent aux prises avec les soldats qui, sur l’ordre de Titus, éteignaient à l’extérieur les restes des incendies allumés dans les jours précédents. Ils furent bientôt rejetés dans le Temple, mais cette fois n’y rentrèrent pas seuls. Pendant qu’ils tombent en foule sous le fer des Romains devenus à l’improviste les maîtres de l’enceinte intérieure, un soldat oubliant les instructions données, poussé, dit l’historien, par une force divine (Jos. De bell. 6, 4), s’empare d’un tison embrasé et le jette par une fenêtre dans une des salles attenantes au sanctuaire. La flamme éclate et se propage ; vainement Titus veut l’arrêter. De la montagne de Sion les soldats de Simon la voient s’élever jusqu’au ciel. À son apparition sinistre, affamés et blessés, tournés vers le Temple qui s’écroule, oublient leurs tortures. De toutes ces poitrines, remuées enfin d’un même sentiment, s’échappe une acclamation immense de désespoir, qui, s’unissant aux clameurs des soldats païens, retentit jusque dans les montagnes de la Pérée au delà du Jourdain et de la mer Morte. Tandis que Moriah tout en feu semble brûler jusqu’en ses fondements, le sang y lutte avec la flamme ; le nombre des tués est tel que nulle part on ne voit la terre, et qu’on marche partout sur des monceaux de cadavres. Les prêtres réfugiés sur le faite de leur Temple, les enfants et les femmes entassés par milliers dans les galeries, périssent dans les flammes avec les trésors du sanctuaire (Jos. de bell. 6, 5).
Jean de Giscala, rassemblant les débris de sa troupe, s’était fait jour à travers les bataillons ennemis et avait rejoint Simon dans la ville haute. La lutte devait s’y prolonger quelques semaines encore ; mais c’était l’agonie. Le 1er septembre, Sion était prise, saccagée et brûlée comme Moriah, comme la ville basse. La prédiction de notre Évangile était accomplie. Jérusalem, renversée à terre elle et ses fils, n’était plus qu’un amas de décombres fumants. Onze cent mille hommes avaient péri durant le siège. De quatre-vingt-dix-sept mille prisonniers faits dans toute la guerre, sept cents furent triés pour le triomphe du vainqueur ; ceux des autres qui passaient dix-sept ans furent envoyés aux mines ou réservés pour l’amphithéâtre ; le reste alimenta quelque temps les marchés d’esclaves de l’empire (Ibid. 9).
Saint Jacques apôtre mémoire de saint Christophe.
Collecte
Seigneur, soyez le sanctificateur et le gardien de votre peuple : afin que, soutenu par la protection de votre apôtre Jacques, il vous plaise par sa conduite et vous serve d'une âme sereine. Par...
Épitre I Cor 4, 9-15
Mes frères, il me semble que Dieu nous a fait paraître, nous les apôtres, comme les derniers des hommes, comme des condamnés à mort, car nous voici livrés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Nous sommes fous à cause du Christ, tandis que vous êtes sages dans le Christ. Nous sommes faibles, tandis que vous êtes forts ; vous êtes à l'honneur, nous dans le mépris. Jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité. Nous sommes maltraités et errants, nous nous épuisons à travailler de nos mains. Nous sommes maudits et nous bénissons ; nous souffrons persécution et nous supportons. Nous sommes diffamés et nous réconfortons. Jusqu'à maintenant nous sommes devenus comme les ordures du monde, le rebut de tous. J'écris cela non pour votre confusion, mais pour vous instruire comme mes enfants bien-aimés. Car vous pourriez avoir dix mille maîtres dans le Christ, vous n'avez pas cependant plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés dans le Christ Jésus, par l'Évangile.
Évangile Mt 20, 20-23
En ce temps-là, la mère des fils de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna devant lui pour lui faire une demande. Il lui dit : « Que voulez-vous ? » Elle répondit : « Ordonnez que mes deux fils, que voici, soient assis dans votre royaume, l'un à votre droite, l'autre à votre gauche. » Jésus leur dit : « Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? » « Nous le pouvons » dirent-ils. Il leur répondit : « Vous boirez en effet mon calice ; mais quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder, cela ne sera donné qu'à ceux à qui mon Père l'a réservé. »
De potentia, q. 9 a. 9 co
De potentia, q. 9 a. 9 co. Respondeo. Dicendum quod, secundum positionem haereticorum, nullo modo potest poni certus personarum numerus in divinis. Intellexit enim Arius personarum Trinitatem hoc modo, quod Filius et Spiritus Sanctus essent quaedam creaturae; quod etiam Macedonius de Spiritu Sancto sensit. Processio autem creaturarum a Deo non de necessitate certo numero terminatur, cum divina virtus ex sua infinitate hoc habeat quod omnem creaturae modum, speciem et numerum excedat. Unde si Deus Pater omnipotens creavit duas excellentissimas creaturas, quas Arius dicit Filium et Spiritum Sanctum, non est remotum quin alias aequales vel etiam maiores creare poterit. Sabellius autem posuit quod Pater et Filius et Spiritus Sanctus non distinguuntur nisi nomine et ratione; quae etiam patet in infinitum posse multiplicari, secundum quod ratio nostra infinitis modis de Deo cogitare potest ex variis effectibus, et eum diversimode nominare. Sola autem Catholica fides, quae ponit unitatem divinae naturae in personis realiter distinctis, ternarii numeri potest rationem in divinis assignare. Impossibile enim est quod una natura simplex sit nisi in uno sicut in principio. Unde Hilarius dicit, quod qui confitetur in divinis duos innascibiles, confitetur duos deos; unum enim Deum praedicari natura unius innascibilis Dei exigit. Unde et quidam philosophi dixerunt, quod in rebus quae sunt sine materia non potest esse pluralitas nisi secundum originem. Una enim natura potest in pluribus esse ex aequo propter materiae divisionem, quae in Deo locum non habet. Unde impossibile est ponere in divinis nisi unam personam innascibilem quae ab alio non procedat. Si autem ab eo aliae personae procedant, oportet quod hoc sit per aliquam actionem. Non autem per actionem transeuntem in id quod est extra agentem, sicut calefacere vel secare sunt actiones ignis et serrae, et creatio ipsius Dei; quia sic personae procedentes essent extra naturam divinam. Relinquitur ergo quod processio personarum in unam naturam divinam non sit nisi secundum operationes quae non transeunt extra, sed manent in operante. Hae autem in natura intellectuali sunt solum duae, scilicet intelligere et velle. Secundum autem utramque earum invenitur aliquid procedens cum hae operationes perficiuntur. Ipsum enim intelligere non perficitur nisi aliquid in mente intelligentis concipiatur, quod dicitur Verbum; non enim dicimur intelligere, sed cogitare ad intelligendum, antequam conceptio aliqua in mente nostra stabiliatur. Similiter etiam ipsum velle perficitur amore ab amante per voluntatem procedente, cum amor nihil sit aliud quam stabilimentum voluntatis in bono volito. Verbum autem et amor in creatura quidem non sunt personae subsistentes in natura intelligente et volente. Intelligere enim et velle creaturae non est esse eius. Unde verbum et amor sunt quaedam supervenientia creaturae intelligenti et volenti, sicut accidentia quaedam. Cum autem in Deo idem sit esse, intelligere et velle, necessarium est quod Verbum et Amor in Deo non accidant, sed subsistant in natura divina. Non autem est in Deo nisi unum simplex intelligere et unum simplex velle, quia intelligendo essentiam suam, intelligit omnia; et volendo bonitatem suam, vult omnia quae vult. Non est ergo nisi unum Verbum et unus Amor in divinis. Ordo autem intelligendi et volendi aliter se habet in Deo et nobis. Nos enim cognitionem intellectivam a rebus exterioribus accipimus; per voluntatem vero nostram in aliquid exterius tendimus tamquam in finem. Et ideo intelligere nostrum est secundum motum a rebus in animam; velle vero secundum motum ab anima ad res. Deus autem non accipit scientiam a rebus, sed per scientiam suam causat res; nec per voluntatem suam tendit in aliquid exterius sicut in finem, sed omnia exteriora ordinat in se sicut in finem. Est ergo tam in nobis quam in Deo circulatio quaedam in operibus intellectus et voluntatis; nam voluntas redit in id a quo fuit principium intelligendi: sed in nobis concluditur circulus ad id quod est extra, dum bonum exterius movet intellectum nostrum, et intellectus movet voluntatem, et voluntas tendit per appetitum et amorem in exterius bonum; sed in Deo iste circulus clauditur in se ipso. Nam Deus intelligendo se, concipit Verbum suum, quod est etiam ratio omnium intellectorum per ipsum, propter hoc quod omnia intelligit intelligendo seipsum: et ex hoc Verbo procedit in amorem omnium et sui ipsius. Unde dixit quidam, quod monas monadem genuit, et in se suum reflectit ardorem. Postquam vero circulus conclusus est, nihil ultra addi potest; et ideo non potest sequi tertia processio in natura divina, sed sequitur ulterius processio in exteriorem naturam. Sic ergo oportet quod in divinis sit una tantum persona non procedens, et duae solae personae procedentes; quarum una persona procedit ut Amor, et alia ut Verbum; et sic est personarum ternarius numerus in divinis. Cuius quidem ternarii similitudo in creaturis apparet tripliciter: primo quidem sicut effectus repraesentat causam; et hoc modo principium totius divinitatis, scilicet Pater, repraesentatur per id quod est primum in creatura, scilicet per hoc quod est in se una subsistens; Verbum vero per formam cuiuslibet creaturae: nam in his quae ab intelligente aguntur, forma effectus a conceptione intelligentis derivatur; Amor vero in ordine creaturae. Nam ex eo quod Deus amat seipsum, omnia ordine quodam in se convertit; et ideo haec similitudo dicitur vestigii, quod repraesentat pedem sicut effectus causam. Alio modo secundum eamdem rationem operationis; et sic repraesentatur in creatura rationali tantum, quae potest se intelligere et amare, sicut et Deus, et sic Verbum et Amorem sui producere, et haec dicitur similitudo naturalis imaginis; ea enim imaginem aliorum gerunt quae similem speciem praeferunt. Tertio modo per unitatem obiecti, in quantum creatura rationalis intelligit et amat Deum; et haec est quaedam unionis conformitas, quae in solis sanctis invenitur qui idem intelligunt et amant quod Deus. De prima quidem similitudine dicitur Jb XI, 7: forsitan vestigia Dei comprehendes? De secunda Gn. I, 26: faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram; et dicitur imago creationis. De tertia II Cor. III, 18: nos enim omnes revelata facie gloriam Domini speculantes, in eamdem imaginem transformamur; et haec dicitur imago recreationis.
Saint Apollinaire évêque et martyr mémoire de saint Liboire
Collecte
Ô Dieu, qui récompensez les âmes fidèles et avez consacré ce jour par le martyre du bienheureux Apollinaire, votre prêtre, nous vous en prions : faites que, par les prières de celui dont nous célébrons la vénérable fête, nous, vos serviteurs, obtenions votre pardon. Par...
Épitre P I. 5, 1-11
Mes bien-aimés : j'exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin de la passion du Christ, et qui aurai part à la gloire qui doit être manifestée. Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui non par contrainte mais de bon gré, selon Dieu ; non dans un intérêt vil, mais spontanément ; non en dominant sur l'héritage du Seigneur, mais en devenant de tout votre cœur les modèles du troupeau. Et quand paraîtra le maître des pasteurs, vous recevrez une impérissable couronne de gloire. De même, vous qui êtes plus jeunes, soyez soumis aux anciens. Tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d'humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, et donne sa grâce aux humbles. Humiliez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu'il vous élève au temps de sa visite. Déchargez-vous sur lui de toutes vos sollicitudes, car lui-même prend soin de vous. Soyez sobres et veillez, parce que le diable, votre ennemi, rôde autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, forts dans la foi, sachant que les mêmes épreuves arrivent à vos frères qui sont dans le monde. Le Dieu de toute grâce qui nous a appelés dans le Christ Jésus à sa gloire éternelle, lui-même vous perfectionnera après une courte souffrance : il vous affermira et vous fortifiera. À lui la gloire et l'empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Sainte Marie-Madeleine pénitente
Introït
Les pécheurs m'attendent pour me faire périr ; j'ai compris vos enseignements, Seigneur ; j'ai vu la fin de toute perfection ; votre commandement s'étend à l'infini. Heureux ceux qui sont irréprochables dans leur voie et qui marchent selon la loi du Seigneur. ℣. Gloire.
Collecte
Nous vous en prions, Seigneur : puissions-nous être aidés par les suffrages de la bienheureuse Marie-Madeleine, puisque c'est à sa prière que vous avez ressuscité son frère Lazare, revenu vivant du séjour des morts après quatre jours. Vous qui...
Lecture Ct 3, 2-5 ; 8, 6-7
Je me lèverai et je ferai le tour de la ville : parcourant les rues et les places, je chercherai celui que mon cœur aime. Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé. Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » À peine les avais-je dépassés, que j'ai trouvé celui que mon cœur aime. Je l'ai saisi et je ne le lâcherai pas, jusqu'à ce que je l'aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m'a conçue.
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles et les biches des champs, n'éveillez pas, ne réveillez pas la bien-aimée avant qu'elle le veuille. Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l'amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ; ses ardeurs sont des ardeurs de feu et de flammes. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger. Si un homme donnait toutes les richesses de sa maison pour acheter l'amour, c'est comme s'il ne le comptait pour rien.
Évangile Lc 7, 36-50
En ce temps-là, un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien et se mit à table. Et voici qu'une femme, qui était une pécheresse de la ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum ; et se tenant derrière lui à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes et à les essuyer avec ses cheveux ; et elle embrassait ses pieds, et les oignait de parfum.
Le pharisien, qui l'avait invité, voyant cela, se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche : c'est une pécheresse. » Jésus prit la parole et dit : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. » Il dit : « Maître, parle. » « Un créancier avait deux débiteurs : l'un lui devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous les deux leur dette. Lequel l'aimera le plus ? » Simon répondit : « Celui, je pense, auquel il aura le plus remis. » Jésus lui dit : « Tu as bien jugé. » Et, se tournant vers la femme, il dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné de baiser ; mais elle, depuis que je suis entré, elle ne cesse de me baiser les pieds. Tu n'as pas versé d'huile sur ma tête ; mais elle a oint mes pieds de parfum. C'est pourquoi je te le dis, ses nombreux péchés lui sont remis ; car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui l'on remet moins, aime moins. » Et il dit à la femme : « Tes péchés te sont remis. » Ceux qui étaient à table se mirent à dire en eux-mêmes : « Quel est celui-ci qui remet même les péchés ? » Mais Jésus dit à la femme : « Ta foi t'a sauvée, va en paix. »
Secrète
Nous vous en prions, Seigneur : que nos présents vous soient rendus agréables par les glorieux mérites de la bienheureuse Marie-Madeleine, dont votre Fils unique accueillit avec clémence l'hommage et la généreuse offrande. Lui qui..
Communion
J'ai pratiqué l'équité et la justice, Seigneur : que les superbes cessent de me calomnier. Je me suis conformée à vos commandements, j'ai häï toute voie d'injustice.
Postcommunion
Ayant reçu l'unique et salutaire remède, votre corps et votre sang précieux, nous vous demandons, Seigneur, par le patronage de sainte Marie-Madeleine, d'être délivrés de tous les maux. Vous qui...
Saint Laurent de Brindes confesseur et docteur Mémoire de sainte Praxède.
Collecte
Dieu qui, en vue de rudes labeurs pour la gloire de votre nom et le salut des âmes, avez accordé au bienheureux Laurent, votre confesseur et docteur, l'Esprit de sagesse et de force ; donnez-nous, dans ce même Esprit, de connaître notre devoir, et d'accomplir grâce à son intercession ce que nous aurons connu. Par...
Leçon des Matines après 1960.
Laurent, né à Brindisi dans les Pouilles (1559), entré dès son adolescence dans l’Ordre des Frères Mineurs Capucins (1575), apprit à fond la philosophie et la théologie et posséda plusieurs langues anciennes et modernes. Ordonné prêtre, il se vit confier le ministère de la prédication, dont il s’acquitta inlassablement dans presque toute l’Italie et dans d’autres pays d’Europe. Favorisé d’une sagesse singulière et du don de conseil, il fut chargé du gouvernement de son Ordre tout entier et les Souverains Pontifes eurent souvent recours à lui pour des missions très importantes. C’est surtout grâce à ses efforts que les princes chrétiens associèrent leurs forces contre les hordes envahissantes des Turcs : l’armée chrétienne les affronta en Hongrie, Laurent marchant en tête avec la croix et exhortant les soldats et les chefs, et elle remporta une éclatante victoire. Cependant, parmi tant d’affaires si importantes, il pratiqua de manière héroïque les vertus d’un religieux. Il donnait à l’oraison tout le temps dont il pouvait disposer et il sut unir d’une façon admirable la vie intérieure avec l’activité extérieure. Enfin, à Lisbonne, où le peuple napolitain l’avait envoyé comme représentant auprès du roi d’Espagne, ce vaillant défenseur de la liberté chrétienne et de la justice succomba comme sur un champ de bataille, en 1619. Il laissa de nombreux écrits consacrés à la défense de la foi contre les hérésies et à l’explication des Saintes Écritures. Le Pape Léon XIII le mit au nombre des saints (1881) et le Pape Jean XXIII le déclara Docteur de l’Église universelle (1959).
Gloire de l’Ordre des Capucins, avec St Fidèle le martyr de l’hérésie protestante et Ste Véronique Giuliani la mystique stigmatisée. Général de l’Ordre, prédicateur infatigable contre les hérétiques, les juifs et les infidèles ; son Mariale est considéré comme un des plus grands exposé de la théologie mariale de l’Église.
Clément VIII dira de lui : « Ce capucin vaut une armée entière ! » (St Laurent était aumônier des armées impériales et participa aux luttes armées contre les infidèles).
Mort à Lisbonne le 22 juillet 1619. Béatifié par Pie VI en 1783. Canonisé par Léon XIII en 1881.
Il fut canonisé en 1881 et, en raison de son activité vigoureuse et intense, de sa science vaste et harmonieuse, il mérita le titre de Doctor apostolicus, « Docteur Apostolique », que lui donna le "Bienheureux" Pape Jean XXIII en 1959, à l'occasion du quatrième centenaire de sa naissance. Cette reconnaissance fut accordée à Laurent de Brindisi également parce qu'il fut l'auteur de nombreuses œuvres d'exégèse biblique, de théologie et d'écrits destinés à la prédication. Il y offre une présentation organique de l'histoire du salut, centrée sur le mystère de l'Incarnation, la plus grande manifestation de l'Amour divin pour les hommes. En outre, étant un mariologiste de grande valeur, auteur d'un recueil de sermons sur la Vierge intitulé « Mariale », il met en évidence le rôle unique de la Vierge Marie, dont il affirme avec clarté l'Immaculée Conception et la coopération à l’œuvre de la rédemption accomplie par le Christ.
Avec une fine sensibilité théologique, Laurent de Brindisi a également mis en évidence l'action de l'Esprit Saint dans l'existence du croyant. Il nous rappelle qu’avec ses Dons, la Troisième Personne de la Très Sainte Trinité, éclaire et aide notre engagement à vivre dans la joie le Message de l’Évangile. « L'Esprit Saint — écrit saint Laurent — rend doux le joug de la Loi divine et léger son poids, afin que nous observions les Commandements de Dieu avec une très grande facilité, et même avec plaisir ».
Je voudrais compléter cette brève présentation de la vie et de la doctrine de Saint Laurent de Brindisi en soulignant que toute son activité a été inspirée par un grand amour pour l’Écriture Sainte, qu'il savait presque par cœur, et par la conviction que l'écoute et l'accueil de la Parole de Dieu produit une transformation intérieure qui nous conduit à la sainteté. « La Parole du Seigneur — affirme-t-il — est lumière pour l'intelligence et feu pour la volonté, pour que l'homme puisse connaître et aimer Dieu. Pour l'homme intérieur, qui au moyen de la grâce vit de l'Esprit de Dieu, il est pain et eau, mais un pain plus doux que le miel et une eau meilleure que le vin et le lait... C'est un maillet contre un cœur durement obstiné dans les vices. C’est une épée contre la chair, le monde et le démon, pour détruire tout péché ». Saint Laurent de Brindisi nous enseigne à aimer l'Ecriture Sainte, à croître dans la familiarité avec elle, à cultiver quotidiennement le rapport d’amitié avec le Seigneur dans la prière, pour que chacune de nos actions, chacune de nos activités ait en Lui son commencement et son achèvement. Telle est la Source à laquelle puiser afin que notre témoignage chrétien soit lumineux et soit capable de conduire les hommes de notre temps à Dieu. Benoît XVI
Saint Jérôme Émilien confesseur mémoire de sainte Marguerite
Collecte
Ô Dieu, Père des miséricordes : par les mérites et l'intercession du bienheureux Jérôme, que vous avez donné pour soutien et pour père aux orphelins, accordez-nous de garder fidèlement l'esprit d'adoption par lequel nous sommes appelés vos fils et le sommes réellement. Par..
Quatrième enfant de la noble famille déchue des Emiliani, comme tous les jeunes vénitiens du XVI Jérôme rêvait la carrière militaire, aussi parce que c’était la plus rémunératrice. On sait très peu de choses sur sa vie avant l’enrôlement en 1509; cependant, on sait qu’â l’âge d’environ dix ans, son père se donna la mort.
En 1511, lors du siège de Castelnuovo de Quero, au bord du Piave, il est fait prisonnier par l’ennemi et l’expérience de la détention, même si elle n’a duré que trente jours, le transforme profondément. Dans la faim, la douleur, la peur pour sa vie, Jérôme retrouve les mots pour prier et adresse ses requêtes spécifiquement à la Vierge Marie, à laquelle il promet de se convertir en échange de la liberté. Une fois sorti de prison il trouve refuge à Trévise, mais il n’oublie pas le vœu fait à la Vierge Marie et, en se confiant à un prêtre et en commençant aussi à lire la Bible, il commence à changer son cœur.
La première occasion que Jérôme trouve pour mettre en pratique son nouvel être est l’épidémie de peste qui frappe Venise en 1528. Avec un groupe de volontaires il parcourt la ville pour porter réconfort aux malades, auxquels il consacre tous ses biens. Lui-même est contaminé par la maladie, mais il en guérit prodigieusement. Il commence ainsi son cheminement de charité qui sera toujours adressée aux plus besogneux, mais tout d’abord aux orphelins.
Quand son frère Luc meurt en laissant orphelins ses trois, neveux, Jérôme en prend la charge, et c’est là que naît l’ intuitions de sa vie: créer une association qui s’occupe expressément des jeunes restés sans famille et se charge de leur instruction. C’est ainsi qu’en 1533 naît à Bergame la Compagnie des Serviteurs des Pauvres, engagés dans la défense des orphelins de guerre, les plus faibles et sans-défense parmi les derniers; pour eux, Jérôme crée une école d’arts et métiers à laquelle il adjoint l’enseignement du catéchisme suivant une méthode innovatrice à l’époque qui avait comme programme fondamental prière et travail, les points cardinaux qui anoblissent l’homme.
La Compagnie de originale deviendra ensuite Congrégation, jusqu’au moment où Pie V l’élèvera en 1568 au rang d’Ordre, dont les religieux seront appelés Clercs Réguliers de Somasque, du nom de la localité que l’archevêque de Milan avait confiée à Jérôme et d’où tout était parti. Dans le charisme des Somasques il y a la dévotion à Marie, vénérée comme «Mater orphanorum». Cependant , Jérôme à ce moment était déjà mort de la peste en 1537. Canonisé en 1767, depuis 1928 il est le Saint Patron de la jeunesse abandonnée.
Source VaticanNews
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