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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Le Très Saint Nom de Marie

12 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Le Très Saint Nom de Marie

Collecte

Nous vous en prions, ô Dieu tout-puissant, accordez à vos fidèles, qui mettent leur joie dans le nom et la protection de la très sainte Vierge Marie, d’être par un effet de sa maternelle intercession, préservés de tous les maux sur la terre, et d’arriver dans le ciel aux joies de l’éternité.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Bernard, Abbé.
Quatrième leçon. « Et le nom de la Vierge était Marie, » dit l’Évangile. Parlons aussi un peu de ce nom que l’on dit signifier étoile de la mer et qui convient parfaitement à la Vierge Mère. Celle-ci est fort à propos comparée à l’étoile ; car, de même que l’astre émet son rayon sans en éprouver aucune altération, ainsi la Vierge a enfanté un fils sans dommage pour sa virginité. Le rayon n’amoindrit pas l’éclat de l’astre et le fils de la Vierge n’ôte rien à l’intégrité de sa mère. Marie est donc l’illustre étoile qui s’est levée de Jacob et dont le rayonnement illumine tout l’univers ; sa splendeur brille dans les cieux et pénètre les abîmes, luit partout sur la terre fait sentir sa chaleur aux âmes plutôt qu’aux corps, favorise l’épanouissement des vertus et réduit les vices. Elle est, dis-je, la très brillante et remarquable étoile qu’il était nécessaire d’élever au-dessus cette mer profonde et vaste, étoile étincelante par ses mérites, lumineuse en ses exemples.
Cinquième leçon. Ô vous, qui que vous soyez, qui vous sentez ici-bas ballotté au milieu des orages et des tempêtes, et non placé sur une terre ferme, ne détournez point vos yeux de cet astre plein d’éclat, si vous ne voulez pas être englouti par les flots. Si le vent des tentations se lève, si vous touchez les écueils des tribulations, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si vous êtes secoué par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si la colère, ou l’avarice, ou les séductions de la chair agitent le frêle esquif de votre âme, jetez un regard vers Marie. Si, troublé par l’énormité de vos crimes, confus de la laideur de votre conscience, effrayé des sévérités du jugement, vous vous sentez entraîné dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pensez à Marie.
Sixième leçon. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, songez à Marie, invoquez Marie. Qu’elle soit constamment sur vos lèvres, qu’elle soit constamment dans votre cœur, et pour obtenir l’appui de ses prières, ne perdez jamais de vue les exemples de sa vie. En suivant Marie, on ne s’égare point ; en la priant, on ne tombe pas dans le désespoir ; en pensant à elle, on n’erre point. Si elle vous soutient, vous ne tomberez pas ; si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre ; si elle vous accompagne, vous ne connaîtrez pas la fatigue ; sa protection vous conduira au terme et vous expérimenterez ainsi en vous-même avec quelle vérité il a été dit : « Et le nom de la Vierge était Marie ». Ce nom vénérable était déjà honoré depuis longtemps par un culte spécial dans quelques parties du monde chrétien ; lorsqu’une insigne victoire fut remportée à Vienne en Autriche, par le secours de la sainte Vierge Marie, sur le cruel sultan des Turcs, qui menaçait avec insulte de soumettre les peuples chrétiens à sa tyrannie. Le Pape Innocent XI, voulant donc perpétuer la mémoire d’un tel bienfait, ordonna que cette Fête serait célébrée chaque année dans l’Église universelle.


AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Pierre Chrysoloque.
Septième leçon. Aujourd’hui, frères bien-aimés, vous avez entendu un Ange traiter avec une femme de la réhabilitation de l’homme. Vous avez entendu qu’il s’agissait de ramener l’homme à la vie, par le même chemin qui l’avait conduit à la mort. C’est un Ange qui traite avec Marie du salut du genre humain, parce qu’un ange avait traité de sa perte avec Eve. Vous avez entendu cet Ange révéler le moyen ineffable de construire, du limon de notre chair, un temple à la divine Majesté. Vous avez entendu comment un mystère incompréhensible place Dieu sur la terre et l’homme dans le ciel. Vous avez entendu par quelle combinaison merveilleuse Dieu s’unit à l’homme dans un seul corps. Vous avez entendu comment la frêle nature de notre corps est affermie par l’exhortation d’un Ange, l’animant à porter toute la gloire de la divinité.
Huitième leçon. Enfin, de peur qu’en Marie le limon friable de notre corps ne s’affaissât sous le poids énorme du céleste édifice ; de peur que cette branche délicate qui devait porter le fruit de tout le genre humain ne se rompit, l’Ange a bientôt pris les devants et dit à la Vierge : « Ne craignez pas, Marie. » Avant d’énoncer le motif de sa mission, il lui fait entendre par ce nom, quelle est sa dignité. Car le mot hébreu de Marie, en latin Domina, signifie souveraine. L’Ange l’appelle souveraine, pour lui ôter la crainte qui appartient à la servitude, destinée qu’elle est à devenir la Mère du Dominateur, celui qu’elle doit enfanter ayant obtenu, par son autorité même, qu’elle naquît et fût appelée souveraine. « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce. » C’est vrai : celui qui a trouvé grâce ne saurait craindre. Or, vous avez trouvé grâce.
Neuvième leçon. Bienheureuse celle qui, seule parmi les êtres humains et de préférence à tous, mérita d’entendre ces paroles : « Vous avez trouvé grâce. » Quel degré de grâce ? Une grâce aussi entière que le donne à entendre ce terme employé auparavant par l’Ange : « pleine. » Et vraiment elle était en sa plénitude, la grâce dont les flots abondants s’étaient versés sur cette créature, l’avaient pénétrée et remplie. « Vous avez trouvé grâce devant Dieu. » Disant ces choses, l’Ange lui-même s’étonne, ou de ce qu’une femme l’ait méritée seule, ou de ce que tous les hommes aient mérité la vie par une femme ; oui, l’Ange est comme frappé de stupeur, en voyant venir se renfermer tout entier dans les étroites bornes d’un sein virginal, le Dieu pour qui toutes les choses créées réunies ne sont que petitesse. C’est pourquoi l’Ange tarde à préciser le but de sa mission ; de là vient qu’il nomme la Vierge par ce qui exprime son mérite, et la salue en mentionnant la grâce. A celle qui l’écoute, il ne livre que peu à peu son message, sans doute afin d’en faire ressortir la signification ; c’est aussi peu à peu qu’il achève de calmer sa crainte prolongée.

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XVème Dimanche après la Pentecôte

10 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

XVème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Inclinez votre oreille vers moi, Seigneur, et exaucez-moi. Sauvez, mon Dieu, votre serviteur qui espère en vous. Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que j’ai crié vers vous tout le jour. Réjouissez l’âme de votre serviteur, parce que j’ai élevé mon âme vers vous, Seigneur.

Collecte

Seigneur, purifiez et fortifiez votre Église par le continuel effet de votre miséricorde ; et puisqu’elle ne peut subsister sans vous, conduisez-la toujours au moyen de votre grâce.

Épitre Ga. 5, 25-26 ; 6, 1-10

Mes frères, si nous vivons par l’esprit, marchons aussi selon l’esprit. Ne devenons pas avides d’une vaine gloire, nous provoquant les uns les autres, et nous portant mutuellement envie. Mes frères, si un homme est tombé par surprise dans quelque faute, vous qui êtes spirituels, relevez-le avec un esprit de douceur ; prenant garde à toi-même, de peur que, toi aussi, tu ne sois tenté. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. Car si quelqu’un s’imagine être quelque chose, alors qu’il n’est rien, il se séduit lui-même. Mais que chacun examine son œuvre, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport aux autres. Car chacun portera son propre fardeau. Que celui à qui on enseigne la parole de Dieu, fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne. Ne vous y trompez point : on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l’homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème dans sa chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème dans l’esprit moissonnera de l’esprit la vie éternelle. Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, le moment venu, nous moissonnerons, si nous ne nous lassons pas. C’est pourquoi, pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux qui sont de la famille de la foi.

Évangile Lc. 7, 11-16.

En ce temps-là, Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu’une foule nombreuse. Et comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; et il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. Lorsque le Seigneur l’eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleure point. Puis il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. Et le mort se mit sur son séant, et commença à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

Secrète

Que vos sacrements nous gardent, ô Seigneur, et nous protègent toujours contre les attaques des démons.

Postcommunion

Que l’action de votre don céleste s’exerce parfaitement, ô Seigneur, en nos âmes et en nos corps, en sorte que ce ne soit pas notre propre sens, mais son influence qui prédomine toujours en nous.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Une mère, veuve, fut dans la joie lors de la résurrection de ce jeune homme. Une mère, l’Église, est dans la joie chaque jour lors de la résurrection spirituelle des hommes. Celui-là était mort dans son corps mais ceux-ci, dans leur âme. La mort visible était pleurée par des larmes visibles. Quant à la mort invisible, nul n’en prenait souci, nul ne l’apercevait, Celui-là qui connaissait les morts prit souci d’eux. Celui-là seul connaissait les morts qui pouvait les rendre à la vie. S’il n’était pas venu pour ressusciter les morts, l’Apôtre ne dirait pas : « Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi luira le Christ »

Huitième leçon. Trois morts furent, à notre connaissance, ressuscités visiblement par le Seigneur. Des milliers, invisiblement. Combien de morts a-t-il, en fait, ressuscités visiblement ? Qui le sait ? Tout ce qu’il a fait ne fut pas écrit. Voici ce que dit Jean : « Jésus a accompli encore bien d’autres actions. Si on les relatait, le monde entier ne suffirait pas, je pense, à en contenir les livres » (Jn 21, 25). On peut en conclure que beaucoup d’autres, sans doute, furent ressuscités, mais ce n’est pas en vain qu’il est fait mention de trois. Notre Seigneur Jésus-Christ voulait que ses actions corporelles soient comprises aussi dans un sens spirituel. Il ne faisait pas seulement des miracles pour les miracles, mais afin que ceux qu’ils faisaient soient tout à la fois merveilles pour les regards et vérités pour l’intelligence.

Neuvième leçon. A titre de comparaison : celui qui voit des lettres dans un livre très bien écrit, et qui ne sait point lire, loue la main du copiste, admire la beauté des caractères mais il ne sait ce que veulent dire, ce que signifient ces caractères. Par ses regards, il est louangeur, par son esprit, il n’est pas connaisseur. Un autre, tout au contraire, louera l’écriture et saisira le sens de l’écrit. Tel est celui qui non seulement est capable de voir – cela tous le peuvent – mais aussi de lire – et cela, celui qui ne l’a pas appris, ne le peut. Ainsi ceux qui les ont vu et n’ont pas compris ce que les miracles du Christ leur voulaient dire, et les signes qu’ils faisaient en quelque sorte si on les comprend, ceux-là ont admiré seulement les actions, mais d’autres ont aussi admiré les actions et ils en ont obtenu l’intelligence. Tels devons-nous être à l’école du Christ.

L’épisode si touchant de la veuve de Naïm donne aujourd’hui son nom au quinzième Dimanche après la Pentecôte. L’Introït nous présente la forme des prières que nous devons adresser au Seigneur dans tous nos besoins. L’Homme-Dieu a promis, Dimanche dernier, d’y pourvoir toujours, à la condition d’être servi par nous fidèlement dans la recherche de son royaume. En lui adressant nos supplications, montrons-nous confiants dans sa parole, comme il est juste de l’être, et nous serons exaucés.

L’humilité de l’Église dans les supplications qu’elle adresse au Seigneur est pour nous un exemple. Si l’Épouse en use ainsi avec Dieu, quelles ne doivent pas être nos dispositions d’abaissement quand nous paraissons en présence de la souveraine Majesté ? Nous pouvons bien dire à cette tendre Mère, comme les disciples au Sauveur : Montrez-nous comment prier ! Unissons-nous à elle dans la Collecte.

ÉPÎTRE.

La sainte Église reprend la lecture de saint Paul où elle l’avait laissée il y a huit jours. C’est la vie spirituelle, la vie produite par l’Esprit-Saint dans nos âmes pour remplacer celle de la chair, qui continue d’être l’objet des instructions apostoliques.

La chair une fois domptée, nous ne devons pas croire achevé pour cela l’édifice de notre perfection ; outre que la lutte doit continuer après la victoire, sous peine d’en voir compromettre les résultats, il faut veiller à ce que l’une ou l’autre des têtes de la triple concupiscence ne profite point du moment où l’effort de l’âme est porté ailleurs, pour se redresser, et faire des blessures d’autant plus dangereuses souvent qu’on songerait moins à s’en préserver. La vaine gloire principalement, toujours prête à infecter de son venin subtil jusqu’aux actes eux-mêmes de l’humilité et de la pénitence, demande à l’homme qui veut servir Dieu, et non se plaire à lui-même dans sa vertu, une surveillance des plus actives.

Quelle folie ne serait-ce pas à un condamné racheté par la flagellation de la peine capitale qu’il avait méritée, de se glorifier des coups marqués dans sa chair par le fouet à châtier les esclaves ? Que cette folie ne soit jamais la nôtre ! Il parait bien cependant qu’elle pourrait l’être, puisque l’Apôtre fait suivre immédiatement ses avis sur la mortification des passions de la recommandation d’éviter la vaine gloire. Et en effet, nous ne serons assurés pleinement de ce côté, qu’autant que l’humiliation physique infligée au corps aura chez nous pour principe l’humiliation réfléchie de l’âme devant sa misère. Les anciens philosophes avaient, eux aussi, des maximes sur la répression des sens ; et la pratique de ces maximes célèbres était le marchepied dont s’aidait leur orgueil pour s’élever jusqu’aux cieux. C’est qu’ils étaient loin en cela des sentiments de nos pères dans la foi, lesquels, sous le cilice et prosternés en terre, s’écriaient du fond de l’humaine bassesse, dans l’intime de leur cœur : « Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde ; car j’ai été conçu dans l’iniquité et mon péché est toujours devant moi. »

Imposer des souffrances au corps pour en tirer vanité, qu’est-ce autre chose que ce que saint Paul appelle aujourd’hui semer dans la chair, pour récolter au temps venu, c’est-à-dire au jour où seront manifestées les pensées des cœurs, non la gloire et la vie, mais la confusion et la honte éternelle ? Parmi les œuvres de la chair énumérées dans l’Épître précédente se trouvent, en effet, non seulement les actes impurs, mais encore les contentions, les dissensions, les jalousies, qui naissent trop souvent de cette vaine gloire sur laquelle l’Apôtre appelle en ce moment notre attention. La production de ces fruits détestables serait un signe trop certain que la sève de la grâce aurait fait place à la fermentation du péché dans nos âmes, que, redevenus esclaves, il nous faudrait compter avec la loi et ses sanctions terribles. On ne se moque pas de Dieu ; et la confiance que donne justement à quiconque vit de l’Esprit la fidélité surabondante de l’amour, ne serait plus, dans ces conditions, qu’une contre-façon hypocrite de la liberté sainte des fils du Très-Haut. Car ceux-là seuls sont ses enfants que l’Esprit-Saint conduit dans la charité ; les autres sont dans la chair, et ne peuvent plaire à Dieu.

Si nous voulons au contraire un signe non moins certain sous les obscurités de la foi que l’union divine est notre partage, au lieu de prendre occasion, pour nous enfler vainement, des défauts et des fautes de nos frères, soyons indulgents pour eux dans la considération de notre propre misère ; tendons-leur, quand ils tombent, une main secourable et discrète ; portons mutuellement nos fardeaux dans le chemin de la vie : et alors, ayant t ainsi rempli la loi du Christ, nous saurons que NOUS DEMEURONS EN LUI ET LUI EN NOUS. Car ces ineffables paroles employées par Jésus pour marquer son intimité future avec quiconque mangerait la chair du fils de l’homme et boirait son sang au banquet divin, saint Jean qui les avait rapportées les reprend mot pour mot, dans ses Épîtres, afin d’en faire l’application à quiconque observe dans l’Esprit-Saint le commandement de l’amour des frères].

Oh ! Puisse-t-elle donc résonner sans cesse à nos oreilles cette parole de l’Apôtre : Tandis que nous en avons le temps, faisons du bien à tous ! Car un jour viendra, qui n’est plus éloigné, où l’ange portant le livre mystérieux, un pied sur la terre et l’autre sur la mer, fera retentir dans les espaces sa voix puissante comme celle du lion, et, la main levée au ciel, jurera par Celui qui vit dans les siècles sans fin que le temps n’est plus ! C’est alors que l’homme recueillera dans l’allégresse ce qu’il avait semé dans les larmes ; il ne s’était point lassé de faire le bien dans les ténébreuses régions de l’exil, il se lassera moins encore de récolter sans fin dans la vivante lumière du jour éternel.

ÉVANGILE

C’est la seconde fois que la sainte Église présente l’Évangile qu’on vient d’entendre à nos méditations, et nous ne devons pas nous en étonner ; car les Pères choisis par elle pour en donner l’interprétation] nous apprennent, dans les deux circonstances, que cette mère désolée qui suit en pleurs le convoi de son fils est l’Église même.

Nous la vîmes une première fois apparaître à nos yeux, sous ce touchant symbole, dans les jours consacrés à la pénitence quadragésimale, lorsqu’elle préparait par ses jeûnes, unis aux souffrances de l’Époux, la résurrection de ceux de nos frères qui étaient morts et que nous pûmes voir ensuite s’asseoir près de nous pleins de vie au banquet de la Pâque. Quelles ne furent pas, en ce grand jour, les joies maternelles s’unissant dans son cœur aux allégresses de l’Épouse ! Car, du même coup, Jésus, doublement vainqueur de la mort, mettait fin à son veuvage en sortant du tombeau et lui rendait ses fils. Et les disciples de Jésus qui le suivent de plus près en s’attachant à sa personne dans la voie des conseils, et toute la foule accompagnant l’Église chantaient à l’envi ces étonnants prodiges et célébraient la visite de Dieu à son peuple.

La Mère ne pleurait plus. Mais, depuis, l’Époux a disparu de nouveau, remontant vers son Père ; l’Épouse a repris les sentiers du veuvage, et les souffrances de son exil s’accroissent chaque jour immensément. Car des pertes nombreuses n’ont point tardé de se produire parmi les fils ingrats qu’elle avait engendrés, une seconde fois], dans la douleur et les larmes. Ces soins multipliés naguère autour des pécheurs, cet enfantement nouveau sous l’œil de son Époux expirant avaient fait de chacun d’eux, dans la grande semaine, comme l’enfant unique de l’Église. Combien, après la communion de tels mystères, dit saint Jean Chrysostome, n’est-il pas douloureux pour sa tendresse de les voir retourner d’eux-mêmes au péché qui les tue ! « Épargnez-moi, » a-t-elle bien droit de dire selon la parole que le saint Docteur met en la bouche de l’Apôtre : « quel autre enfant, une fois au monde, vient imposer derechef de telles douleurs au sein maternel ? » Car les chutes des fidèles, pour être réparées, ne lui causent pas un moindre travail que l’enfantement de ceux qui n’ont pas cru encore].

Et si nous comparons nos temps à cet âge où la bouche des pasteurs faisait entendre par tout l’univers ses accents respectés, est-il un seul des enfants restés fidèles à l’Église, qu’un tel rapprochement ne pousse à se serrer davantage autour d’une Mère si outrageusement délaissée ? « Resplendissante alors de tout l’éclat des joyaux spirituels dont l’Époux l’avait ornée au jour de ses noces, dit saint Laurent Justinien, elle tressaillait de l’accroissement de ses fils en vertu comme en nombre, les appelant à monter plus haut toujours, les offrant à son Dieu, les portant dans ses bras jusqu’aux cieux. Obéie d’eux, elle était bien la mère du bel amour et de la crainte], belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille. Comme le térébinthe elle étendait ses rameaux], et, sous leur ombre, protégeait ceux qu’elle avait engendrés contre la chaleur du jour, la tempête et la pluie. Tant qu’elle put donc elle travailla, nourrissant dans son sein tous ceux qu’elle parvenait à rassembler. Mais son zèle, tout incessant qu’il fût, a redoublé depuis qu’elle en a vu plusieurs, et des multitudes, abandonner la ferveur première. Depuis nombre d’années, elle gémit en voyant s’étendre chaque jour l’offense de son Créateur, ses propres pertes et la mort de ses fils. Celle qui se revêtait de pourpre a pris la robe de deuil, et ses parfums n’exhalent plus leur odeur ; une corde a remplacé sa ceinture d’or, on ne voit plus sa brillante chevelure, et le cilice tient lieu d’ornement sur son sein. Aussi ne peut-elle arrêter maintenant ses lamentations et ses pleurs. Sans cesse elle prie, cherchant si par quelque manière elle n’arrivera point à retrouver dans le présent sa beauté passée, quoiqu’elle défaille presque en sa supplication, regardant comme impossible de redevenir ce qu’elle était. La parole prophétique s’est accomplie pour elle : Tous ils se sont détournés de la voie, ensemble ils sont devenus inutiles ; il n’y en a point qui fassent le bien, il n’y en a pas même un seul  !... Les œuvres multipliées par les enfants de l’Église contre les préceptes divins montrent bien, dans ceux qui les font, des membres pourris et étrangers au corps du Christ. L’Église, cependant, se souvient de les avoir engendrés dans le bain du salut ; elle se souvient des promesses par lesquelles ils s’étaient engagés à renoncer au démon, aux pompes du siècle et à tous les crimes. Elle pleure donc leur chute, comme étant leur vraie mère, et elle espère toujours obtenir leur résurrection par ses larmes. O quelle pluie de larmes est répandue ainsi tous les jours en présence du Seigneur ! que de prières ferventes cette vierge très pure envoie, parle ministère des saints anges, au Christ salut des pécheurs ! Elle crie dans le secret des cœurs, dans les retraites isolées, comme dans ses temples au grand jour, afin que la divine miséricorde rappelle à la vie ceux qui sont ensevelis dans le bourbier des vices. Qui dira son intime allégresse, quand elle reçoit vivants ceux qu’elle pleurait comme morts ? Si la conversion des pécheurs réjouit tellement le ciel, combien aussi la Mère ! Selon la mesure de la douleur qu’elle avait conçue de leur perte, la consolation déborde alors en son cœur. »

Chrétiens préservés de la défection par la miséricorde du Seigneur, il nous appartient de compatir aux angoisses de l’Église, et d’aider en tout les démarches de son zèle pour sauver nos frères. Il ne peut nous suffire de n’être point de ces fils insensés qui sont la douleur de leur mère et méprisent le sein qui les a portés. Quand nous ne saurions pas de l’Esprit-Saint lui-même que c’est thésauriser que d’honorer sa mère le souvenir de ce que lui a coûté notre naissance nous porterait assez à ne manquer aucune occasion de sécher ses pleurs. Elle est l’Épouse du Verbe, aux noces duquel prétendent aussi nos âmes ; s’il est vrai que cette union soit la nôtre également, prouvons-le comme l’Église, en manifestant dans nos œuvres l’unique pensée, l’unique amour que communique l’Époux dans ses intimités, parce qu’il n’en est point d’autre en son cœur : la pensée de la gloire de son Père à restaurer dans le monde, l’amour des pécheurs à sauver.

 

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Super He., cap. 4 l. 3

9 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super He., cap. 4 l. 3

 

Lectio 3

Super He., cap. 4 l. 3 Supra apostolus monuit ad festinandum ingredi in requiem Dei, et ad hoc inducendum posuit magnitudinem Christi quantum ad divinam naturam, hic ostendit idem quantum ad humanam naturam, et circa hoc tria facit. Primo enim ponit eius dignitatem; secundo ostendit eius pietatem, ibi non enim habemus; tertio inducit ad habendum de eo fiduciam, ibi adeamus. Dicit ergo: ita dictum est, quod nobis est sermo ad eum, qui est vivus sermo, verus iudex et pontifex, ergo habentes pontificem magnum. Ps. CIX, 5: tu es sacerdos in aeternum, et cetera. Nec tantum pontifex, sed etiam magnus. Za. III, 1: et ostendit mihi Dominus Iesum sacerdotem magnum, stantem coram Angelo, et cetera. Hic autem dicitur magnus, quia non est pontifex tantum bonorum temporalium, sed et futurorum. Infra IX, 11: Christus assistens pontifex futurorum bonorum, et cetera. Duo autem pertinebant ad magnum pontificem: unum quo ad officium, scilicet semel in anno cum sanguine intrare in sancta sanctorum, sicut habetur infra IX, 7, et Lv. XVI, 2 s. Hoc autem praecipue convenit Christo. Ille enim intrat cum sanguine in sancta figuralia; sed Christus per proprium sanguinem intravit in sancta, id est, sacra caelestia. Et ideo dicit qui penetravit caelos, id est, propria virtute penitus intravit. Secundum est quod debebat esse ex certa tribu, scilicet de stirpe Aaron, sicut dicitur Ex. XXIX, et Nm. XVI et XVII. Hoc autem competit Christo, qui est nobilioris originis: unde dicitur filius Dei. Mt. III, 17: hic est Filius meus dilectus. Ps. II, 7: Filius meus es tu, et cetera. Quia ergo habemus hunc pontificem, teneamus confessionem, id est, inhaereamus corde, quia, ut dicitur Rm. X, 10: corde creditur ad iustitiam, ore autem confessio fit ad salutem. Hanc autem confessionem requirit a nobis Christus pontifex maximus. Mt. X, 32: qui me confessus fuerit coram hominibus, et cetera. Sed dicit spei nostrae, quod dupliciter potest intelligi: uno modo, quod confessio prout hic sumitur, sit confessio fidei. Fides autem est principium spei, sicut habetur ex Glossa. Mt. I, 2: Abraham autem genuit Isaac, id est, fides genuit spem, non quidem quantum ad habitum, sed quantum ad ordinem actus. Nullus enim potest sperare, nec debet, nisi quod potest consequi. Quod autem possimus consequi aeterna, habemus per fidem. Vel confessionem spei, id est, eius de quo speramus, scilicet videre primam veritatem. Deinde cum dicit non enim habemus pontificem, ne forte credatur, quod non possit aliquid agere praeter id quod exigit eius iustitia, ostendit in ipso etiam esse misericordiam et pietatem, et ista respiciunt miseriam, et hoc praecipue convenit Christo. Unde dicit qui non possit compati infirmitatibus nostris. Sciendum est autem, quod ly posse aliquando importat non nudam potentiam, sed promptitudinem et aptitudinem Christi ad subveniendum, et hoc quia scit, per experientiam, miseriam nostram, quam, ut Deus, ab aeterno scivit per simplicem notitiam. Ps. CII, 14: misericors est Deus timentibus se, quoniam ipse cognovit figmentum nostrum. Unde subdit pro similitudine, scilicet nostri, tentatum. Est autem triplex tentatio. Una quae est a carne, quando scilicet caro concupiscit adversus spiritum, ut dicitur Ga. V, 17. Et ista non est sine peccato, quia, ut dicit Augustinus, nonnullum peccatum est, cum caro concupiscit adversus spiritum, quia hoc est carnem concupiscere. Sed hoc non fuit in Christo. Et ideo dicit absque peccato, id est, absque minimo motu peccati. I P. II, 22: qui peccatum non fecit, nec inventus est dolus in ore eius. Et ideo dicitur agnus Dei, Jn. I, 29. Alia est tentatio ab hoste et a mundo, et hoc dupliciter: vel alliciendo per prospera, vel terrendo per adversa. Et his duobus modis fuit tentatus Christus. Prosperis. Quicquid enim pertinet ad prosperitatem huius vitae, vel pertinet ad concupiscentiam carnis, vel ad concupiscentiam oculorum, vel ad superbiam vitae. De primo enim tentavit eum Diabolus, quando tentavit eum de gula, quae est mater luxuriae. Mt.. IV, 3: si filius Dei es, dic ut lapides isti panes fiant. Item de inani gloria, cum dicit: mitte te deorsum. Item de concupiscentia oculorum, dicens: haec omnia tibi dabo, et cetera. Lc. IV, 13: consummata omni tentatione, Diabolus recessit ab illo usque ad tempus. Item fuit tentatus per adversa et insidias a Pharisaeis, quia volebant eum capere in sermone, Mt. XXII, 15, item per contumelias, Mt. XXVII, 40: vah, qui destruis templum Dei, etc., item per flagella et tormenta. Excepta ergo tentatione, quae est cum peccato, per omnia similis nobis tentatus est. Dicit autem secundum similitudinem, quod potest dupliciter exponi. Uno modo, quod ly secundum denotet causam finalem, quasi dicat: ideo tentatus est, ut daret nobis exemplum, ut secundum similitudinem eius, tentationem sustineremus et omnia conaremur vincere. I P. II, 21: Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, et cetera. Vel potest denotare consequentiam, quasi dicat: ideo tentatus est, ut per omnia tam in temporalibus quam in omnibus aliis, nisi in solo peccato, similis esset nobis. Si enim fuisset sine tentationibus, non fuisset eas expertus, et sic non compateretur. Si vero habuisset peccatum, non potuisset nos iuvare, sed magis indiguisset adiutorio. Deinde cum dicit adeamus ergo cum fiducia, etc., inducit ad habendam fiduciam de ipso, quasi dicat: ex quo sic potest compati, adeamus cum fiducia. Is. XII, 2: ecce Deus salvator meus, fiducialiter agam, et cetera. Adeamus dico ad thronum. Thronus dicitur sedes regis: Christus autem rex est. Jr. XXIII, 5: regnabit rex et sapiens erit, et cetera. Hic autem thronus duplicem habet statum. Unum iustitiae in futuro. Ps. IX, 4: sedisti super thronum, qui iudicas iustitiam. Hoc erit in futuro. Ps. LXXIV, 2: cum accepero tempus, ego iustitias iudicabo. Est alius thronus gratiae, de quo hic. Ideo additur gratiae eius, scilicet in praesenti, quando est tempus miserendi. Za. IV, 7: exaequabit gratiam gratiae. Per gratiam autem Christi liberamur ab omni miseria, quia liberamur a peccato, quod facit miseros populos, Pr. XIV, 34, et ideo dicit ut misericordiam consequamur. Item per gratiam Christi iuvamur ad bona operanda. Et ideo dicit et gratiam inveniamus. Lc. I, 30: invenisti gratiam apud Dominum. Et hoc in auxilio opportuno, quo adiuvemur ad bene operandum. Ps. CXX, 2: auxilium meum a Domino, istud autem auxilium est per gratiam. I Cor. XV, 10: abundantius illis laboravi, non autem ego, sed gratia Dei mecum. Hoc autem oportet esse congruo tempore, ideo dicit auxilio opportuno. Omni enim negotio tempus et opportunitas. Eccle. VIII, 6. Hoc est tempus praesens, quod est tempus miserendi.

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Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie mémoire de Saint Adrien Martyr

8 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie mémoire de Saint Adrien Martyr

Collecte

Seigneur, nous vous prions d’accorder à vos serviteurs le don de la grâce céleste ; et, comme l’enfantement de la bienheureuse Vierge a été le principe de leur salut, qu’ainsi la pieuse solennité de sa Nativité leur procure un accroissement de paix.

Lecture Pr. 8, 22-35; Pr. 8, 22-35

Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant de faire quoi que ce soit, dès le principe. J’ai été établie dès l’éternité, et dès les temps anciens, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue ; les sources des eaux n’avaient pas encore jailli ; les montagnes ne s’étaient pas encore dressées avec leur pesante masse ; j’étais enfantée avant les collines. Il n’avait pas encore fait la terre, ni les fleuves, ni les bases du globe terrestre. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais là ; lorsqu’il environnait les abîmes de leurs bornes, par une loi inviolable ; lorsqu’il affermissait l’air dans les régions supérieures, et qu’il équilibrait les sources des eaux ; lorsqu’il entourait la mer de ses limites, et qu’il imposait une loi aux eaux, pour qu’elles ne franchissent point leurs bornes, lorsqu’il posait les fondements de la terre, j’étais avec lui, réglant toutes choses, et j’étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant sur le globe de la terre, et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies. Écoutez mes instructions et soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux l’homme qui m’écoute, et qui veille tous les jours à ma porte, et qui se tient à la porte de ma maison. Celui qui me trouvera, trouvera la vie, et puisera le salut dans le Seigneur.

Office

AU PREMIER NOCTURNE.
Commencement du Cantique des cantiques.
Première leçon. Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche, car tes mamelles sont meilleures que le vin, odorantes comme les parfums les plus précieux. C’est une huile répandue que ton nom : c’est pour cela que les jeunes filles t’ont chéri. Entraîne-moi ; après toi nous courrons à l’odeur de tes parfums. Le roi m’a introduite dans ses celliers ; nous exulterons et nous tressaillirons d’allégresse en toi, nous souvenant de tes mamelles supérieures au vin ; les cœurs droits te chérissent. Je suis noire, mais je suis belle, ô filles de Jérusalem, comme les tabernacles de Cédar, comme les pavillons de Salomon.
Deuxième leçon. Ne considérez pas que je suis hâlée, parce que le soleil m’a décolorée, les fils de ma mère se sont élevés contre moi, ils m’ont placée à la garde des vignes, je n’ai pas gardé ma propre vigne. Indique-moi, ô toi que chérit mon âme, où tu fais paître, où tu te reposes à midi, afin que je ne m’expose pas à m’égarer à la suite des troupeaux de tes compagnons. Si tu ne te connais pas, ô la plus belle d’entre les femmes, sors et va sur les traces des troupeaux, et pais tes chevreaux près des tabernacles des pasteurs. A mes coursiers attelés aux chars de Pharaon, je t’ai comparée, mon amie, tes joues sont belles comme le plumage de la tourterelle ; ton cou est comme des colliers.
Troisième leçon. Nous vous ferons des chaînes d’or, marquetées d’argent. Tandis que le roi était sur son lit de table, mon nard a répandu son odeur. Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe ; il demeurera entre mes mamelles. Mon bien-aimé est pour moi comme une grappe de raisin de cypre dans les vignes d’Engaddi. Vois que tu es belle, mon amie ; vois que tu es belle ; tes yeux sont ceux des colombes. Vois que tu es beau, mon bien-aimé, et plein de grâces. Notre lit est couvert de fleurs ; les poutres de nos maisons sont de cèdres, nos lambris de cyprès.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de S. Augustin, Évêque.
Quatrième leçon. Nous voici, mes très chers frères, au jour désiré, le jour de la bienheureuse et vénérable Marie, toujours vierge. Que notre terre, illustrée par la naissance d’une telle Vierge, se livre donc aux plus joyeux transports. Car elle est cette fleur des champs, d’où est sorti le précieux lis des vallées ; et c’est par son enfantement que le sort de nos premiers parents a été changé, et leur faute effacée. La sentence de malédiction prononcée contre Eve : « C’est dans la douleur que tu mettras au monde tes enfants, » Marie ne l’a point subie, puisque c’est dans la joie qu’elle a enfanté le Seigneur.
Cinquième leçon. Eve a gémi, Marie a tressailli d’allégresse ; Eve a porté dans son sein un fruit de larmes, et Marie un fruit de joie, attendu que l’une a enfanté un pécheur, et l’autre l’Innocent. La mère du genre humain a introduit le châtiment dans le monde, la Mère de notre Seigneur a apporté le salut. Eve a été la source du péché, et Marie, la source du mérite. Eve nous a été funeste, elle nous a donné la mort ; Marie nous a fait du bien, elle nous a rendu la vie. Celle-là nous a blessés, celle-ci nous a guéris. La désobéissance a été remplacée par l’obéissance, et l’incrédulité par la foi.
Sixième leçon. Que Marie touche maintenant les instruments d’harmonie, et que les doigts agiles de la Vierge-Mère frappent les tambourins sonores. Que nos chœurs joyeux lui répondent, et que le doux concert de nos voix alterne avec ses mélodieux cantiques. Écoutez donc ce que chanta notre musicienne inspirée : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur ; parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante ; et voici que toutes les générations me diront bienheureuse ; car celui qui est puissant m’a fait de grandes choses. » Ainsi donc le prodige d’un enfantement tout nouveau a remédié à une faute qui nous avait perdus, et le chant de Marie a mis fin aux lamentations d’Eve.


AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Septième leçon. Nous lisons dans Isaïe : « Qui racontera sa génération ? » De ce que saint Matthieu, au début même de son Évangile, entreprend de raconter ce qui est ineffable, au dire d’Isaïe, ne pensons pas pour cela que l’Évangéliste contredit le Prophète ; car Isaïe parle de la génération divine, et saint Matthieu de l’incarnation. Or celui-ci commence par ce qui regarde la chair, afin que, par l’homme, nous commencions à connaître Dieu. « Fils de David, fils d’Abraham. » L’ordre est interverti, mais ce renversement est nécessaire. Car si l’Évangéliste avait nommé d’abord Abraham et en second lieu David, il aurait dû revenir à Abraham, pour enchaîner la suite de la généalogie.
Huitième leçon. Or il a donné Jésus-Christ comme fils de ces deux Patriarches, sans mentionner les autres, parce que le Christ avait été particulièrement promis à ces deux-là ; promis à Abraham en ces termes : « Toutes les nations seront bénies en ta postérité, » c’est-à-dire dans le Christ ; promis à David par ces paroles : « Je mettrai un fils du fruit de tes entrailles sur ton trône. » « De Thamar, Juda engendra Phares et Zara. » Il faut noter que, dans la généalogie du Sauveur, on ne nomme aucune des saintes femmes, mais seulement celles que l’Écriture juge répréhensibles : c’est afin de montrer que celui qui venait pour les pécheurs, en naissant des pécheurs, devait effacer les péchés de tous. Et c’est pour cela que Ruth la Moabite, et Bethsabée, femme d’Urie, sont nommées aux versets qui suivent.
Neuvième leçon. « Jacob engendra Joseph » A cette occasion, l’empereur Julien nous a objecté une dissonance dans les évangélistes, en ce que Matthieu appelle Joseph fils de Jacob, tandis que Luc le dit fils d’Héli. Il ne comprenait pas que d’après la coutume des Écritures, l’un était père selon la nature, et l’autre selon la loi. Nous savons, en effet, que, selon l’ordre de Dieu, il a été prescrit par Moïse, que lorsqu’un frère ou un parent mourait sans enfants, un autre prenait son épouse pour donner des descendants à son frère ou à son parent. « Joseph époux de Marie ». En entendant le mot de mari, écartez toute idée de noces, mais rappelez-vous que c’est l’habitude des Écritures d’appeler les fiancés mari et épouse.

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Saint Laurent Justinien évêque et confesseur

5 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Laurent Justinien évêque et confesseur

Office

Quatrième leçon. Laurent, né à Venise de l’illustre famille des Justinien, montra dès son enfance une très grande gravité de mœurs. Les pratiques d’une piété fervente sanctifièrent son adolescence, et l’appel de la Sagesse divine ayant convié son âme aux chastes fiançailles du Christ, il s’appliqua à connaître dans quel institut religieux il se consacrerait à Dieu. Voulant donc se préparer en secret à cette nouvelle milice, il se mit, entre autres mortifications, à coucher sur des planches nues. Un jour qu’il considérait, d’une part les plaisirs du monde et une alliance négociée par sa mère à son intention, et d’autre part les rudes austérités du cloître, il jeta les yeux sur la croix du Christ souffrant et s’écria : « C’est vous, Seigneur, qui êtes mon espérance, et c’est en vous que se trouve la consolation et la force. » Laurent dirigea ses pas vers la communauté des Chanoines de Saint-Georges in Alga, où, ingénieux à trouver de nouveaux moyens de se mortifier, il engagea contre lui-même le plus opiniâtre des combats, comme s’il se fût agi de son ennemi le plus redoutable. Ne s’accordant aucune satisfaction, il s’interdit même l’entrée du jardin de la maison paternelle, et ne franchit jamais le seuil de cette demeure, si ce n’est pour remplir auprès de sa mère mourante les derniers devoirs de la piété, ce qu’il fit sans verser de larmes. Égal à son esprit de pénitence se montrait son zèle pour la pratique de l’obéissance, de la douceur et surtout de l’humilité, qui lui faisait rechercher les emplois les plus abjects du monastère, mendier dans les endroits les plus fréquentés de la ville, en y recueillant moins de vivres que de moqueries, et supporter, impassible et silencieux, les injures ainsi que les calomnies. C’était principalement dans une oraison assidue, où souvent l’extase le ravissait en Dieu, que s’enflammait la grande ardeur dont son cœur brûlait, ardeur telle qu’elle excitait à la persévérance les frères chancelants et les embrasait d’amour pour Jésus-Christ
Cinquième leçon. Désigné par Eugène IV pour occuper le siège épiscopal de Venise, Laurent fit tous ses efforts pour décliner cette dignité, dont il remplit les devoirs d’une manière digne des plus grands éloges. Il ne changea absolument rien à son genre de vie accoutumé ; conserva dans ses repas, ses meubles et son coucher, la même pauvreté qu’il avait toujours pratiquée et ne prit qu’un petit nombre de domestiques, disant qu’il possédait une grande famille, les pauvres du Christ. A quelque heure du jour qu’on l’abordât, il était tout à tous, prodiguant à chacun sa charité paternelle et n’hésitant même pas à se charger de dettes pour venir en aide à l’indigence du prochain. Quand on lui demandait sur quoi il comptait : « Sur mon Seigneur, qui pourra facilement acquitter mes dettes, répondait-il. » Sa confiance n’avait jamais été trompée par la divine Providence, comme le montraient les secours inespérés qui lui arrivaient. Il construisit plusieurs monastères de vierges, qu’il forma par sa vigilance à la pratique de la vie parfaite, s’appliqua avec grand soin à arracher les dames aux pompes du siècle et à la vanité des parures, et n’apporta pas moins d’ardeur à la réforme de la discipline et des mœurs dans le clergé, se montrant digne assurément d’être proclamé par le Pape Eugène III, devant les Cardinaux, la gloire et l’honneur de l’épiscopat, et d’être nommé par Nicolas V, son successeur, le premier Patriarche de Venise, quand ce titre eut été transféré de Grado dans cette cité.
Sixième leçon. Favorisé du don des larmes, Laurent offrait chaque jour au Dieu tout-puissant l’hostie de propitiation. Une fois même, la nuit de la Nativité du Seigneur, en accomplissant les saints Mystères, il mérita de contempler Jésus-Christ sous la forme d’un gracieux petit enfant. Si grande était l’efficacité de ses prières pour le troupeau confié à ses soins, que la République devait son salut à l’intercession et au mérite de son Pontife, d’après un témoignage qu’en a rendu le ciel. Doué de l’esprit prophétique, il prédit plusieurs fois des événements qu’on ne pouvait humainement prévoir. Ses prières eurent souvent pour effet de guérir les malades et de chasser les démons. Il composa des ouvrages remplis d’une doctrine toute céleste et respirant la piété, bien qu’il sût à peine les règles du style. Enfin une maladie mortelle étant venue l’atteindre, comme ses domestiques lui préparaient un lit plus commode pour un vieillard et pour un malade, il refusa des soulagements qui lui semblaient trop contraster avec la très dure croix sur laquelle avait expiré son Seigneur, et voulut qu’on le déposât sur sa couche habituelle. Puis voyant sa fin approcher, il leva les yeux au ciel, et dit ces paroles : « Je vais à vous, ô bon Jésus. » Et le huitième jour du mois de janvier, il s’endormit dans le Seigneur. Sa mort fut précieuse devant Dieu. Ce qui le prouve ce sont les concerts angéliques entendus par des religieux Chartreux ; c’est aussi la conservation de son saint corps, qui demeura dans toute son intégrité et sans trace de corruption, exhalant une odeur suave, conservant un visage vermeil, durant plus de deux mois qu’il resta sans sépulture ; ce sont enfin les nouveaux miracles qui suivirent cette mort. En considération de ces prodiges, le souverain Pontife Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints, et Innocent XII fixa la célébration de sa Fête au cinq septembre, jour où le Saint était monté sur la chaire épiscopale.

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Ecce Rex

4 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Ecce Rex

Pars 1

Ecce Rex, pars 1 Ecce rex tuus venit tibi mansuetus. Multa sunt mirabilia divinorum operum. Psalmus: mirabilia opera tua. Sed nullum opus Dei est ita mirabile sicut adventus Christi in carnem, et est ratio quia in aliis Dei operibus Deus impressit suam similitudinem creaturae, sed in opere incarnationis impressit Deus seipsum et univit se naturae humanae in unitate personae vel univit nostram naturam sibi; et ideo cum alia Dei opera non sint perfecte scrutabilia, illud opus, scilicet incarnationis, est omnino supra rationem. Unde Job: qui facis magna et mirabilia et discrutabilia absque numero. Unum opus est quod videre non possum: si venerit ad me non videbo eum. Et in Malachia: ecce venit Dominus exercituum et quis poterit cogitare diem adventus ejus? Quasi dicat quod illud excedit cognitionem humanam. Sed apostolus docet quis poterit cogitare diem adventus ejus dicens: non sumus sufficientes cogitare aliquid a nobis quasi ex nobis, sed omnis sufficientia nostra ex Deo est. Igitur in principio rogabimus Dominum ut ipse det mihi aliquid dicere et cetera.

Pars 2

Ecce Rex, pars 2 Ecce rex tuus et cetera. Verba ista sumuntur ex Evangelio quod hodie apud nos legitur et sunt sumpta de Zacharia, licet aliquantulum sub aliis verbis ibi recitentur. In verbis autem istis manifeste praenuntiatur nobis Christi adventus. Ne super ambiguo procedamus, scire debetis quod quadruplex legitur Christi adventus. Primus est quo venit in carnem. Secundus ejus adventus est quo venit in mentem. Tertius Christi adventus est quo venit in morte justorum. Sed quartus Christi adventus est quo venit ad judicandum. Primo dico adventus Christi est in carnem. Et non est intelligendum quod venerit in carnem mutando locum, quia dicit in Jeremia: coelum et terram ego impleo. Quomodo ergo venit in carnem? Dico quod venit in carnem descendens de coelo, non dereliquendo coelum, sed assumendo nostram naturam. Unde in Johanne: in propria venit. Et quomodo dico quod erat in mundo? Quando verbum caro factum est. Et videte quod iste adventus inducit alium Christi adventum qui est in mentem. Nihil prodesset nobis quod Christus venisset in carnem nisi cum hoc venisset in mentem scilicet nos sanctificando. Unde in Johanne: si quis diligit me sermonem meum servabit et Pater meus diliget eum et ad eum veniemus et mansionem apud eum faciemus. In primo adventu venit solum Filius. In secundo adventu venit Filius cum Patre ad inhabitandum animam. Per istum adventum qui est per gratiam justificantem, anima liberatur a culpa, non ab omni poena, quia confertur gratia, sed nondum confertur gloria, et propter hoc necessarius est tertius Christi adventus quando ipsos recipit ad seipsum. Unde in Johanne: si abiero, in passione, et paravero vobis locum, tollendo obstaculum, iterum veniam ad vos, scilicet in morte, et tollam vos ad meipsum, scilicet in gloria, ut ubi sum ego illic et vos sitis. Item in Johanne dicit: ego veni ut vitam habeant, scilicet praesentiam in animabus, et abundantius habeant, scilicet per gloriae participationem. Quartus Christi adventus erit ad judicandum, scilicet quando Dominus veniet ad judicium, et tunc gloria sanctorum redundabit usque ad corpus et resurgent mortui. Unde in Johanne: venit hora et nunc est quando omnes quis sunt in monumentis audient vocem filii Dei et procedent qui bona egerunt in resurrectionem vitae. Et propter istos quatuor Christi adventus celebrat forte Ecclesia quatuor dominicas de Christi adventu. In ista autem dominica celebrat de primo Christi adventu, et possumus in verbis propositis quatuor videre: primo adventus Christi demonstrationem ibi: ecce; secundo venientis conditionem ibi: rex tuus; tertio venientis utilitatem: venit tibi, quarto veniendi modus ibi: mansuetus. Primo dico possumus videre adventus Christi demonstrationem ibi: ecce. Et notandum quod per ecce quatuor solemus intelligere: primo rei certificationem: de rebus quae nobis constant dicimus: ecce; secundo intelligimus per ecce temporis determinationem; tertio rei manifestationem, et quarto hominum confortationem. Primo dico per ecce solemus intelligere rei certificationem. Quando aliquis vult certificare dicit: ecce. Unde in Genesi dicit Dominus: ecce statuam pactum meum vobiscum et cum semine vestro post vos. Arcum meum ponam inter me et vos scilicet in signum pacis. Per arcum istum significatur Dei filius, quia sicut arcus generatur ex reverberatione solis ad nubem aquosam, sic Christus generatus est ex verbo Dei et ex natura humana quae est sicut nubes, et sicut anima et caro unus est homo, ita Deus et homo unus est Christus; et de Christo dicitur quod ascendit super nubem levem, id est super naturam humanam sibi eam uniendo. Et venit nobis Christus in signum pacis, et fuit necessarium quod ita fieret quia modo sunt aliqui qui dubitant de secundo Christi adventu. Unde apostolus: in novissimis quidem temporibus venient illusores discedentes a fide, juxta proprias concupiscentias ambulantes et dicentes: ubi est nunc promissio et adventus ejus. Dicent enim tales quod anima non erit post corpus, et propter hoc ad certificationem adventus Christi dicit propheta: ecce et cetera. Et in Habacuc: apparebit Dominus in finem et non mentietur. Et Isaias: Dominus exercituum veniet. Secundo per ecce solemus intelligere temporis determinationem. In adventu Christi ad judicium non est nobis tempus determinatum. Unde Job: nescio quamdiu subsistam et quando tollet me factor meus. Et in Luca: regnum Dei non veniet cum observatione. Et quare non fuit in isto adventu tempus nobis determinatum? Forte quia Dominus voluit nos esse semper vigilantes. Sed in adventu Christi in carnem fuit nobis tempus determinatum. Unde Jeremias: ecce dies venient et suscitabo David germen justum et regnabit et sapiens erit. Tertio per ecce solemus intelligere rei manifestationem. Quidam adventus Dei ad nos est occultus, scilicet adventus quo venit in mentem, et iste non potest sciri per certificationem. Unde Job: si venerit ad me non videbo eum et si abierit non intelligam. Sed in adventu in carnem Christus manifestus et visibilis venit. Unde Isaias: propter hoc intelliget populus meus nomen meum, quia ego ipse qui loquebar ecce adsum. Et Johannes digito eum demonstravit ut praesentem dicens: ecce agnus Dei. Zacharias vero demonstravit eum per ecce ut futurum. Quarto per ecce solemus intelligere hominum confortationem et hoc in duobus. Si homo patitur molestias ab inimicis suis et inimici ejus subjuguntur ei, dicit: ecce. Unde in threnis: aperuerunt inimici mei os suum, en venit dies quam desideravi. Similiter quando homo consequitur ecce dicit. Unde Psalmus: ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum et cetera. Ista duo consecuti sumus in adventu Christi quia liberatus est homo de insultibus Daemonum et gaudet de spe adepta. Isaias: dicite pusillanimis confortamini; nolite timere: ecce Deus vester ultionem adducet de inimicis vestris, ipse veniet et salvabit vos. Videamus modo de conditione advenientis. Adventus personae requiritur, expectatur vel praenuntiatur cum solemnitate propter personae magnitudinem, si est rex vel legatus domini Papae, vel propter amicitiam et affinitatem; et iste qui venit est rex et propinquus noster et amicus. Propter hoc cum solemnitate ipsum expectare debemus. Scitis quod rex imperat auctoritate Dominii, sed non quicumque habet auctoritatem Dominii dicitur rex, sed requiruntur quatuor ad hoc quod aliquis dicatur rex, quorum si aliquid defuerit non dicitur rex. Debet enim rex habere primo unitatem, secundo plenariam potestatem, tertio amplam jurisdictionem et quarto justitiae aequitatem. Primo dico rex debet habere unitatem, quia si in regno fuerint plures dominantes et non pertineat dominium ad unum, non dicitur rex. Unde regnum est sicut monarchia quaedam et Christus habet unitatem. Unde in Ezechiele: rex unus erit omnium nostrum. Dicit rex unus ad significandum quod non alienus, non alius Dominus, sed unus Dominus Filius cum Patre erit rex noster. Unde dicit Christus: ego et Pater unus sumus quod est contra Arium qui dixit quod alius esset Pater, alius Filius. Apostolus: et si dii multi et domini multi, nobis unus Deus et Dominus est. Secundo rex importat plenitudinem potestatis. Qui principaretur non cum plenitudine potestatis sed secundum leges impositas non diceretur rex sed consul vel potestas. Futurum autem erat ut Christo veniente, lex a Deo mutaretur quantum ad leges caeremoniales. Unde ipse Christus est qui potest legem condere. Unde dicit: dictum est antiquis: non occides; ego autem dico, quasi dicat: habeo potestatem et possum leges condere. Unde Isaias: Dominus judex noster, legifer noster, ipse veniet et salvabit nos. Legitur quod Pater omne judicium Filio dedit, et Dominus est legifer noster et per consequens rex noster. Unde in Esther: Domine rex omnipotens, in ditione tua cuncta posita sunt. Unde dicit Filius: data est mihi omnis potestas in coelo et in terra. Tertio rex importat amplitudinem jurisdictionis. Paterfamilias habet plenitudinem potestatis in domo sua, non tamen dicitur rex. Similiter qui habet villam unam non propter hoc dicitur rex, sed qui habet dominium super multas terras et super civitatem magnam, talis dicitur rex. Illud videmus in isto qui venit nobis quia omnis creatura est ei subdita, quia rex omnis terrae Deus, et oportuit quod talis veniret qui talem potestatem haberet, quia olim lex fuit solum data Judaeis et dicebantur Judaei populus peculiaris Dei, sed oportuit omnes adduci ad salutem, ideo oportuit quod esset rex omnium qui omnes posset salvare. Talis fuit iste qui venit nobis. Unde Psalmus: postula a me et dabo tibi gentes hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terrae. Quarto oportet quod rex habeat aequitatem quia aliter esset tyrannus, quia tyrannus omnia quae sunt in regno convertit ad suam utilitatem; sed rex regnum suum ordinat ad bonum commune. Unde in proverbiis: rex justus erigit terram, vir avarus destruit eam. Sed iste venit non quaerens utilitatem propriam sed tuam, quia non venit Filius hominis ministrari, sed ministrare. Et qui venit ministrare certe venit animam suam dare in redemptionem multorum, et ut redemptos duceret ad gloriam aeternam ad quam nos perducat et cetera.

Pars 3

Ecce Rex, pars 3 Ecce rex tuus venit et cetera. Dictum fuit quod in verbis istis possumus videre adventus demonstrationem cum dicit: ecce; secundo adventus utilitatem ibi venit; tertio et quarto modum veniendi ibi: mansuetus. Dictum etiam fuit quod per hoc quod dico: ecce, quatuor solemus intelligere: primo rei certificationem, secundo temporis determinationem, tertio rei manifestationem et quarto confortationem. De conditione etiam advenientis, quae notatur cum dicit rex tuus, dictum fuit quod adventus personae requiritur, expectatur vel annuntiatur cum solemnitate propter ejus magnitudinem si est rex vel legatus vel propter personae amicitiam et affinitatem, et ista fuerunt in isto qui venit. Considerandum autem quod ipse est rex universae creaturae. Unde in Judith: creator aquarum et rex universae creaturae, specialiter autem dicitur rex tuus, scilicet hominis propter quatuor: primo propter imaginis suae similitudinem, secundo propter specialem dilectionem, tertio propter specialem curam et sollicitudinem et quarto propter naturae humanae societatem. Primo dico Christus dicitur rex tuus, id est hominis, propter imaginis suae similitudinem. Scitis quod specialiter ad regem pertinere dicuntur qui insignia regis portant quasi ejus imaginem, et cum omnis creatura Dei sit, specialiori tamen modo creatura Dei dicitur qui imaginem Dei portat, et hic est homo. Unde in Genesi: faciamus hominem ad imaginem, et similitudinem nostram. In quo consistit ista similitudo? Dico quod non attenditur secundum similitudinem corporalem, sed secundum intelligibile lumen mentis. In Deo autem est fontalitas intelligibilis luminis et nos habemus signum hujus luminis. Unde Psalmus: signatum est super nos lumen vultus tui Domine. Lucis hujus habet homo sigillum, unde in homine creata est ista imago sed contingit quod derugatur et obscuratur per peccatum. Psalmus: et imagines eorum ad nihilum rediges. Propter hoc misit Deus Filium suum ut imaginem istam per peccatum deformatam reformaret. Studemus igitur reformari secundum apostolum qui dicit: exuentes veterem hominem induite novum hominem qui secundum Deum creatus est et qui renovatur in imagine ejus qui creavit eum. Et quomodo renovamur? Certe quando imitamur Christum. Ista autem imago quae in nobis est deformata, in Christo est perfecta. Debemus igitur imaginem Christi portare. Unde apostolus ad Corinthios: sicut portavimus imaginem terreni, ita portemus imaginem coelestis et in epistola hodierna: induimini Christum, id est imitamini Christum. In hoc consistit perfectio vitae Christianae. Secundo dicitur Christus rex tuus, id est hominis, propter specialem amorem. Consuetum est in collegio quando episcopus diligit aliquos specialiori modo quam alios quod dicitur episcopus eorum. Deus diligit omnia quae sunt, sed specialiori modo diligit homines. Unde Isaias: ubi est zelus tuus et fortitudo tua, multitudo viscerum tuorum super me. Videte quod specialiter diligit Deus naturam humanam. Invenimus enim diversos gradus naturae, sed non invenimus quod Deus gradum inferioris naturae transferat in gradum superioris naturae ut gradum stellae in gradum solis, vel gradus inferiorum Angelorum in gradus superiorum Angelorum; sed hominem Deus transtulit in gradum et equalitatem Angelorum. Unde in Luca: filii resurrectionis, sancti, equales erunt Angelis. Deus igitur dilexit homines specialiter. Igitur non debemus esse ingrati tantae dilectioni, sed debemus nostrum amorem totaliter in ipsum transferre. Si diligeret aliquem pauperem, miserum se reputaret ille pauper si non recompensaret regi amorem suum pro posse suo. Dominus ex infinitate amoris ad hominem dixit: deliciae meae sunt esse cum filiis hominum. Ergo debemus ei recompensare amorem istum. Tertio dicitur Christus rex tuus, id est hominis, propter singularem curam et sollicitudinem. Verum est quod Deus habet curam de omnibus. Unde XII libri sapientiae: est ei cura de omnibus. Non est res ita parva quod subtrahatur a divina providentia, quia sicut res est a Deo, ita et ordo est a Deo, et providentia idem est quod ordo. Specialiter autem homines subduntur divinae providentiae. Unde Psalmus: homines et jumenta salvabis domine, scilicet salute corporali, filii hominis in tegmine alarum tuarum sperabunt. Et quomodo sperant? Dico quod non solum spiritualia bona, immo etiam aeterna praeparantur eis a Deo quos perducit ad vitam aeternam, et quantum ad hoc non est Deo cura de aliis. Unde apostolus: non est Deo cura de bobus. Deus actum hominis non permittit indiscussum. Unde in libro sapientiae: tu autem dominator peccatum cum magna tranquilitate judicas. Quarto dicitur Christus rex tuus, scilicet hominis, propter naturae humanae societatem. Unde in Deuteronomio: non poteris alterius gentis regem facere qui non sit frater tuus. In hac enim prophetia de Christo Dominus disponebat quod hominibus regem constitueret. Noluit quod esset alterius gentis, id est alterius naturae, qui non esset frater noster. Unde apostolus dicit de Christo: nunquam Angelos apprehendit, sed semen Abrahae, in quo videtur homo habere privilegium super Angelos. Christus rex est Angelorum, et est homo, non Angelus. Angeli etiam serviunt homini. Unde apostolus: omnes sunt administratorii spiritus. Oportuit etiam quod Christus esset homo ad hoc quod salvaret quia dicit apostolus ad Hebraeos: qui sanctificat et sanctificatur ex uno sunt, propter quod compungitur nos fratres dicens: narrabo nomen meum fratribus meis. Patet modo de adventus demonstratione et advenientis conditione. Sequitur videre advenientis utilitatem, quae notatur cum dicit: venit tibi; scilicet non compulsus propter suam utilitatem, sed propter nostram. Venit autem propter quatuor: primo venit ad manifestandam divinam majestatem, secundo ad reconciliandum nos Deo, tertio ad liberandum nos a peccato, et quarto ad donandum nobis vitam aeternam. Primo dico venit Christus ad manifestandam nobis divinam majestatem. Homo maxime desiderat habere cognitionem veritatis, et praecipue veritas considerata est de Deo. Homines autem in tanta erant ignorantia quod ignoraverunt quod esset Deus. Aliqui dicebant quod esset corpus, alii dixerunt quod non habebat curam de singulis, et ideo venit Filius Dei ut nos veritatem doceret. Unde dicit: in hoc natus sum, ad hoc veni in mundo ut testimonium perhibeam veritati. Et in Johanne: Deum nemo vidit unquam, et propter hoc Filius Dei venit ut tu veritatem cognosceres. Parentes nostri in tanto errore fuerunt quod divinam veritatem ignoraverunt. Sed nos per adventum filii Dei reducti sumus ad veritatem fidei. Secundo venit Christus ad reconciliandum nos Deo. Poteras dicere: Deus erat mihi inimicus propter peccatum; melius igitur fuit mihi ipsum ignorare quam cognoscere. Propter hoc venit Christus non solum ad manifestandum nobis divinam majestatem, sed ad reconciliandum nos Deo. Unde apostolus ad Ephesios et veniens evangelizabit pacem iis qui prope et iis qui longe sunt. Et alibi dicit apostolus: reconciliati sumus Deo per mortem filii ejus et propter hoc in nativitate Christi cantabant Angeli: gloria in excelsis Deo, et post resurrectionem Dominus portavit pacem discipulis suis dicens: pax vobis. Tertio venit ut nos a servitute peccati liberaret. Unde apostolus: Jesus Christus venit in mundum peccatores salvos facere. Qui facit peccatum servus est peccati, indiget dicitur: si filius vos liberaverit, vere liberi eritis. Et: filius hominis venit quaerere et salvum facere quod perierat. Quarto venit Christus ut in praesenti nobis daret vitam gratiae et in futuro vitam gloriae. Unde in Johanne: ego veni ut vitam habeant, scilicet vitam gratiae in praesenti, et quia justus ex fide vivit et abundantius habeant, scilicet vitam gloriae in futuro per caritatem. Unde in Johanne: nos scimus quia translati sumus de morte ad vitam quia diligimus fratres, et vivamus per bona opera. Item in Johanne: haec est vita aeterna ut cognoscant te Deum verum et quem misisti Jesum Christum. Patet modo de advenientis utilitate. Sed quomodo venit? Dico quod venit mansuetus hoc est multum. Unde in proverbiis: sicut fremitus leonis, ita et ira regis et hilaritas ejus sicut ros super herbam. Mansuetudo est ira mitigata. Modo Deus venit cum mansuetudine, sed in futuro veniet cum ira. Unde Isaias: ecce nomen Domini veniet de longinquo quasi ardens furor ejus. Job: nunc enim non infert furorem nec ulciscitur zelus valde. Modo enim venit Christus cum mansuetudine et nos cum mansuetudine debemus ipsum recipere. Unde beatus Jacob: in mansuetudine suscipite insitum verbum quod salvare potest animas vestras. Videte mansuetudinem Christi possumus considerare in quatuor: primo in ejus conversationem, secundo in ejus correctionem, tertio in ejus gratiosam hominis susceptionem, et quarto in ejus passionem. Primo dico possumus videre mansuetudinem Christi in ejus conversationem quia tota conversatio ejus pacifica fuit; non quaesivit jurgiorum materias, sed omnia vitavit quae litem poterant inducere. Unde dixit: discite a me quia mitis sum et humilis corde. Et in hoc debemus ipsum imitari. Christus ascendens Jerosolymam sedit super asinum qui est animal mansuetum, non super equum, et fuit filius subjugalis. Debemus igitur esse mansueti. Unde in Ecclesiastico: fili in mansuetudine perfice opera tua et super hominum gloriam dirigeris. Item apparet mansuetudo Christi in ejus correctionem. Multa opprobria a persecutoribus suis sustinuit, non tamen cum ira aut jurgio eis respondebat. Super illud: propter veritatem et mansuetudinem et cetera. Dicit Augustinus in expositione quod cum Christus loqueretur, veritas agnoscebatur; cum inimicis patienter respondebat, mansuetudo laudabatur. Psalmus: supervenit mansuetudo et corripiemur. Isaias: non contendit neque clamabat. Tertio apparet mansuetudo Christi in gratiosa hominum susceptione. Aliqui homines nesciunt recipere cum mansuetudine. Sed Christus peccatores benigne recipiebat et cum eis comedebat et ipsos ad sua convivia admittebat vel ad eorum convivia ibat, ita quod mirabantur Pharisaei dicentes: quare magister vester manducat cum publicanis. Fuit igitur mansuetus. Unde potest dicere de ipso Ecclesia illud II regum: mansuetudo tua multiplicavit me. Igitur qui alios habent regere debent esse mansueti. Quarto apparet mansuetudo Christi in ejus passione quia tamquam agnus ad passionem ivit et cum malediceretur non maledicebat; omnes tamen poterat morti tradere. Unde dicit in Jeremia: ego quasi agnus qui portatur ad victimam. In mansuetudine vero bene imitatus est ipsum beatus Andreas qui cum positus esset in cruce et populus ipsum vellet deponere de cruce precibus obtinuit et rogavit ne ipsum de cruce deponerent, sed quod ipsi per passionem sequerentur ipsum. Unde impletum est in ipso: vir iste mitissimus in populo apparuit. Mansuetudo facit hereditare terram beatam. Unde in Matthaeo: beati mites quoniam ipsi hereditabunt terram, quod nobis praestare dignetur qui cum Deo patre et spiritu sancto et cetera.


 

 

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XIVème Dimanche après la Pentecôte

3 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

XIVème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Dieu, notre protecteur, jetez les yeux sur nous, et regardez la face de votre Christ ; car un jour passé dans vos parvis vaut mieux que mille autres. Que vos tabernacles sont aimés, ô Dieu des vertus ! mon âme est consumée d’un ardent désir et défaille en pensant aux parvis du Seigneur.

Collecte

O Seigneur, gardez votre Église par l’assistance continuelle de votre miséricorde ; et puisque, sans vous, la faiblesse humaine ne peut que faillir, daignez, par votre assistance, la préserver sans cesse de tout ce qui peut lui nuire, et la diriger vers ce qui est salutaire.

Épitre Ga. 5, 16-24

Mes Frères : Marchez selon l’esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. Car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ; en effet, ils sont opposés l’un à l’autre, pour que vous ne fassiez pas tout ce que vous voudriez. Si vous êtes conduits par l’esprit, vous n’êtes point sous la loi. Or les œuvres de la chair sont manifestes : c’est la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, l’idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les rixes, les dissensions, les factions, l’envie, les meurtres, l’ivrognerie, les débauches, et les choses semblables, dont je vous prédis, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui les commettent ne seront point héritiers du royaume de Dieu. Mais les fruits de l’esprit sont : la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. Contre de pareilles choses il n’y a pas de loi. Or ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises.

Graduel

Mieux vaut se confier dans le Seigneur que dans les hommes. Mieux vaut espérer dans le Seigneur que dans les princes. Venez, réjouissons-nous dans le Seigneur, faisons éclater notre joie devant Dieu, notre Sauveur.

Évangile Mt. 6, 24-33

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Nul ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ; ni pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent pas dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui de vous, en se tourmentant, peut ajouter une coudée à sa taille ? Et au sujet du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent. Cependant je vous dis que Salomon lui-même dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Mais si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui, et qui demain sera jetée dans le four, combien plus vous-mêmes hommes de peu de foi ! Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous ? Car ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

Offertoire

L’ange du Seigneur environnera de son assistance ceux qui craignent Dieu et les arrachera au danger ; goûtez et voyez combien le Seigneur est doux.

Postcommunion

Que vos sacrements, ô Dieu, nous purifient toujours ; qu’ils nous munissent de secours et qu’ils nous conduisent au salut éternel.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. « Nul ne peut servir deux maîtres. » A cette même intention, bonne ou mauvaise, se rapporte ce que notre Seigneur expose en conséquence de son assertion : « Ou il haïra l’un et il aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » Il faut examiner attentivement ce passage ; le Seigneur lui-même indique quels sont ces deux maîtres, en ajoutant : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » Les Hébreux donnent, dit-on, aux richesses le nom de Mammona. En langue punique, ce mot a le même sens ; car mammon signifie gain.

Huitième leçon. Servir Mammon, c’est être l’esclave de celui que sa perversité a préposé aux choses terrestres, et que le Seigneur appelle « prince de ce monde ». Donc : « ou l’homme le haïra et aimera l’autre », c’est-à-dire Dieu ; « ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » En effet, quiconque est esclave des richesses s’attache à un maître dur et à une domination funeste ; enchaîné par sa cupidité, il subit la tyrannie du démon, et certes, il ne l’aime pas ; car qui peut aimer le démon ? Mais cependant il le supporte.

Neuvième leçon. « C’est pourquoi, continue le Sauveur, je vous dis : Ne vous inquiétez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez. » Il ne veut pas que notre cœur se partage à la recherche, non seulement du superflu, mais même du nécessaire, et que, pour nous le procurer, notre intention se détourne de sa véritable fin, dans les actions que nous paraissons faire par un motif de miséricorde. C’est-à-dire qu’il ne veut pas que, tout en paraissant nous dévouer aux intérêts du prochain, nous ayons moins en vue son utilité que notre avantage personnel, et que nous nous regardions comme exempts de fautes, parce que nous ne voulons obtenir que le nécessaire et non le superflu.

Ce Dimanche s’appelle aujourd’hui, dans l’Église d’Occident, le Dimanche des deux maîtres en raison de son Évangile.

A LA MESSE.

Regardez-nous, ô Dieu notre protecteur, jetez les yeux sur la face de votre Christ. Ainsi débute aujourd’hui l’Église s’avançant vers l’autel. L’Église est l’Épouse de l’Homme-Dieu et sa gloire ; mais l’Époux, dit saint Paul, est à la fois l’image et la gloire de Dieu et la tête de l’Épouse. C’est donc en toute vérité, comme avec une pleine assurance d’être exaucée, que l’Église, s’adressant au Dieu trois fois saint, le prie de jeter les yeux, en la regardant, sur la face de son Christ.

Les gloires futures à la pensée desquelles l’Église tressaille, la dignité de l’union divine qui la rend dès ce monde véritablement Épouse, ne l’empêchent point de sentir le besoin continuel qu’elle a du secours d’en haut. Un seul moment d’abandon du côté du ciel, et elle verrait l’humaine fragilité emporter ses membres à l’abîme de vice que décrit l’Apôtre dans l’Épître, bien loin des vertus qu’il célèbre. Demandons avec notre Mère, dans la Collecte, cette assistance miséricordieuse de tous les instants qui nous est si nécessaire.

EPÎTRE.

L’Épouse venue pour être couronnée des hauteurs de Sanir et d’Hermon ne connaît point la servitude du Sinaï  Bien moins encore est-elle soumise à l’esclavage des sens. Sur la montagne où sa tente est fixée jusqu’aux derniers jours l’Époux a brisé, avec les liens de la loi juive, la chaîne plus terrible encore qui liait tout les peuples, la trame de péché enveloppant les nations. Ses fils sont rois comme elle ; le lait qu’elle leur donne infuse en eux la liberté. Remplis de l’Esprit-Saint qui fait leur noblesse et leur force], ils grandissent sous l’œil du Dieu des armées dans les combats qui conviennent à des princes. Satan a vu leurs luttes glorieuses restreindre son empire. Deux cités se partagent la terre désormais ; et la cité sainte, composée des vainqueurs du démon, du monde et de la chair, tressaille de voir affluer dans son sein l’élite des nations. L’amour supplée à toute loi dans ses murs ; car l’Esprit, qui conduit ses heureux citoyens, dirige leur marche bien au delà des prescriptions ou des défenses d’une loi quelconque. Avec la charité, la joie et tous ces fruits divins qu’énumère l’Apôtre, y nais sent, comme d’eux-mêmes, sur un sol imbibé des eaux du fleuve qui n’est autre encore que l’Esprit sanctificateur inondant de ses flots la cité de Dieu. Ne nous étonnons point que la nouvelle Sion soit plus aimée du Seigneur que ne le furent toutes les tentes de Jacob autrefois si belles. Depuis que la bénédiction a remplacé la loi sur terre, les serviteurs de Dieu ont fait place à ses fils. Prouvant dans la chair même leur céleste origine, ils vont de vertu en vertu ; sans quitter la vallée des larmes, ils montent incessamment, atteignant les plus hauts sommets de la sainteté, retraçant ici-bas la perfection du Père céleste qui apparaît véritablement comme le Dieu des dieux, entouré qu’il est dans Sion de leur noble cour.

La chair et le sang n’ont eu nulle part à leur divine naissance; la chair et le sang n’en ont point davantage en leur vie renouvelée]. Nés de la chair primitivement, ils étaient chair, et faisaient les œuvres de honte citées dans l’Épître, montrant bien en tout qu’ils sortaient du limon ; nés de l’Esprit, ils sont esprit, et font les œuvres de l’Esprit malgré la chair qui les enveloppe toujours. Car l’Esprit en leur donnant la vie, les a soustraits, par la force de l’amour, à l’empire du péché qui régnait dans leurs membres ; et, greffés sur le Christ, ils fructifient maintenant pour Dieu.

L’homme, asservi par la concupiscence, a donc retrouvé sur la croix de l’Homme-Dieu l’équilibre de son être avec la liberté. La suprématie que l’âme avait perdue en punition de sa révolte contre Dieu lui a été rendue sous les eaux de la fontaine sacrée ; redevenue reine, qu’a-t-elle à faire qu’à châtier l’esclave qui, si longtemps, tyrannisa sa légitime maîtresse ? Certes, de lui-même déjà, l’homme ne doit rien à la chair. Mais de plus, Dieu, insulté par tant d’ignominies commises sous ses yeux trois fois saints, réclame aussi sa vengeance ; et il daigne faire alliance avec l’homme affranchi, en lui confiant la mission d’exercer sur l’usurpatrice ennemie leurs communes représailles. Au reste il y va, dans la continuation de la lutte, de la sûreté même des résultats acquis. Car, bien que réduite à l’impuissance de nuire à ceux qui sont en Jésus-Christ et ne suivent point ses honteuses suggestions, l’ancienne révoltée n’en demeure pas moins toujours en état de rébellion ouverte contre l’esprit, n’épargnant qu’à de rares privilégiés ses importunes attaques, suivant Antoine au désert, souffletant Paul au sortir de ses révélations sublimes.

C’est pourquoi, n’eussions-nous aucune faute à expier, la plus élémentaire sagesse nous dicterait encore, contre cette persévérante et trop intime ennemie, des mesures de répression préventive. « Je châtie mon corps, disait l’Apôtre, et je le réduis en servitude, de peur que je ne devienne réprouvé. »

La pénitence est une dette de justice, qui s’impose au pécheur ; la mortification est un devoir de haute prudence, qui regarde quiconque ne peut se vanter d’avoir éteint en lui sans retour les feux de la concupiscence. Et qui donc se rendra le double témoignage d’être quitte envers Dieu, et d’avoir étouffé dans son sein tous les germes des basses convoitises ? C’est pourquoi tous les auteurs qui traitent de la conduite des âmes professent, sans exception, qu’aucun homme soucieux de la perfection et du salut ne doit se borner à l’observation des règles de la simple tempérance, qui prohibe l’excès dans l’usage des jouissances de tout genre ; il faut que, s’armant de force, il sache de temps en temps se refuser des plaisirs permis d’ailleurs, s’imposer des privations qui n’étaient pas commandées, aller même au-devant de la souffrance proprement dite, selon le mode et dans la mesure que conseillera un sage directeur.

Écoutons entre mille, sur ce sujet, l’aimable et doux saint François de Sales : « Si vous pouvez supporter le jeûne », dit-il, dans l’Introduction à la vie dévote, à sa chère Philothée, « vous ferez bien de jeûner quelques jours outre les jeûnes que l’Église nous commande... ; bien qu’on ne jeûne pas beaucoup, l’ennemi néanmoins nous craint davantage quand il connait que nous savons jeûner. Les mercredi, vendredi et samedi sont les jours lesquels les anciens chrétiens s’exerçaient le plus à l’abstinence. Prenez-en donc de ceux-là pour jeûner, autant que votre dévotion et la discrétion de votre directeur vous le conseilleront..... La discipline a une merveilleuse vertu pour réveiller l’appétit de la dévotion, étant prise modérément. La haire matte puissamment le corps... ; ès jours plus signalés de la pénitence, on la peut employer avec l’avis d’un discret confesseur. »

Ainsi s’exprime le docte et pieux évêque de Genève, malgré sa douceur ; et c’est aux personnes vivant dans le monde que s’adressent ses instructions. C’est qu’en effet, dans le monde comme dans le cloître, la vie chrétienne, dès qu’on la prend au sérieux, exige cet incessant combat de l’esprit contre la chair, faute duquel celle-ci reprend bientôt son empire usurpé et réduit l’âme à l’impuissance, en éteignant ses premières aspirations vers la vertu dans la torpeur d’un engourdissement fatal, quand elle ne la replonge pas d’un seul bond dans la fange.

Qu’on ne craigne point, au reste, que l’affabilité des rapports sociaux ait rien à souffrir de cette énergie que le chrétien saura déployer contre lui-même : la vertu qui repose sur l’oubli de soi jusqu’à aimer pour Dieu la souffrance et la gêne, n’enlève rien aux grâces de qui la possède, ni aux charmes de la société où elle se rencontre ; et il n’est point de parure, quand c’est J’amour du Christ Jésus qui préside à son agencement, où les bijoux de la pénitence ne sachent très bien trouver leur place sans faire nul tort à ceux du siècle. Quelle leçon ne réserve pas le jour du jugement à tant de chrétiens, tièdes et lâches, qui pensent que tout autour d’eux partage sur ce point la mollesse où ils s’endorment si volontiers ! Alors ils verront, révélées au grand jour, les pieuses industries que le culte de la croix suggérait, pour crucifier leur chair au sein même des plaisirs, à tels et telles dont l’aménité faisait le plus bel ornement de leurs fêtes mondaines.

Et ne faut-il pas reconnaître qu’il en doit être ainsi d’ailleurs, à moins de dire que le christianisme et l’amour divin ne sont plus de ce monde ? Comment aimer Jésus, l’homme de douleurs, sans aimer ses souffrances ? Comment prétendre marcher après lui, si l’on n’est pas dans la voie du Calvaire ? Si quelqu’un veut venir après moi, dit l’Homme-Dieu, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix tous les jours, et qu’il me suive. Et l’Église qui ne fait qu’un avec son Époux, qui le complète en toutes choses, poursuivant et développant sa vie d’expiation et de réparation à travers les siècles, l’Église demande à ses fils l’accomplissement de cette tâche sublime que l’Apôtre exprimait par ces mots : Je supplée à ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant dans ma chair pour son corps qui est l’Église. Tâche sublime en effet, toute filiale du côté qui regarde l’Église, mais aussi toute divine et déifiante, considérée entre le Verbe et l’âme qu’il daigne élever au-dessus des anges à ce point de l’appeler en part du calice réservé par le Père souverain à son humanité-sainte. C’est là vraiment l’intimité de l’Épouse ; c’est le breuvage dont la vertu confond leurs deux vies en une seule ; et l’on ne doit pas s’étonner si l’ivresse douloureuse qu’ils puisent à l’envi dans la coupe sacrée donne une telle force à leur union, que la créature redescend parfois de l’extase marquée dans son âme, et dans sa chair même, des plaies du divin Crucifié. Mais que le Seigneur daigne ou non communiquer d’une manière invisible ou visible à sa bien-aimée les stigmates de son amour, la souffrance, sous ses mille formes, est le sceau royal qui donne ici-bas son cachet d’authenticité le plus sûr au contrat de l’union divine. Plusieurs, qui tressaillent d’une pieuse envie au récit des faveurs gratuitement accordées à quelques âmes saintes, reculeraient terrifiés devant l’exposé des épreuves qu’elles ont dû traverser pour gagner ces sommets mystérieux. Après même que les épreuves purifiantes dont nous avons parlé ailleurs sont accomplies, le rendez-vous du Cantique n’en demeure pas moins fixé toujours au mont de la myrrhe qui signifie la souffrance ; la myrrhe est le premier des parfums que le Verbe divin recueille au jardin symbolique, le seul qu’il nomme entre tous ; la myrrhe découle des mains de l’Épouse et remplit ses doigts ; il est lui-même au sein de son élue le bouquet de myrrhe, et c’est la myrrhe que distillent pour elle ses lèvres d’Époux.

Ne prétendons point, dans notre misère, être emportés jamais par l’Esprit jusqu’aux cimes élevées de la vie mystique où l’union divine produit les merveilleux résultats cités plus haut ; mais rappelons-nous que ni l’intensité, ni le mérite de l’amour, ni la réalité même de l’union effective ne dépendent de ces manifestations extérieures. Il doit nous suffire, pour aimer, pour rechercher la souffrance, de nous souvenir par la foi qu’elle a été toute la vie de Celui qui désire et mérite si bien être l’unique objet de nos affections et de nos pensées. Nous sommes les membres d’un Chef couronné d’épines : pourrions-nous ne rêver que délices et fleurs ? N’oublions point que tous les saints, au ciel, doivent reproduire les traits de l’Adam nouveau ; le Père éternel n’admet dans sa maison que des images de son Fils].

ÉVANGILE.

La vie surnaturelle, pour arriver à son plein épanouissement dans les âmes, doit triompher de trois ennemis que saint Jean a nommés la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie. Nous venons de voir, dans l’Épître du jour, l’obstacle opposé par le premier de ces ennemis à l’Esprit-Saint et la manière de le surmonter ; l’humilité, sur laquelle l’Église a ramené plus d’une fois notre attention dans les Dimanches précédents, est le renversement de l’orgueil de la vie ; la concupiscence des yeux, ou l’attache aux biens de ce monde qui n’ont de biens que le faux nom et l’apparence trompeuse, est l’objet de l’Évangile qu’on vient d’entendre.

« Personne, dit l’Homme-Dieu, ne peut servir deux maîtres ; » et ces deux maîtres dont il parle sont Dieu et Mammon, c’est-à-dire la richesse. Non que la richesse soit mauvaise par elle-même. Acquise légitimement et employée suivant la volonté du Seigneur suprême, elle sert à gagner les vrais biens, à entasser par avance dans l’éternelle patrie des trésors qui ne craignent point les voleurs ou la rouille. Quoique la pauvreté soit la noblesse des cieux depuis que le Verbe divin Fa épousée, c’est une grande mission que celle du riche, établi pour faire valoir, au nom du Très-Haut, les diverses parties de la création matérielle. Dieu daigne remettre à ses soins la nourriture et l’entretien de ses fils les plus aimés, des membres dénués et souffrants de son Christ ; il l’appelle à se faire le soutien des intérêts de son Église, le promoteur des œuvres du salut ; il lui confie la splendeur de ses temples. Heureux et digne de toute louange est celui qui ramène directement ainsi à la gloire de leur auteur les fruits de la terre et les métaux qu’elle renferme en son sein ! Qu’il ne craigne point : ce n’est pas à lui que s’adressent les anathèmes tombés si souvent de la bouche de l’Homme-Dieu sur les riches et les heureux du siècle. Lui n’a qu’un maître : le Père qui est aux cieux, dont il se reconnaît humblement l’économe. Mammon ne le domine pas ; car, au contraire, il en a fait son esclave et l’a mis au service de son zèle. Le soin qu’il prend pour administrer ses biens dans la justice et la charité, n’est point celui que condamne l’Évangile ; car en cela même il suit la parole du Seigneur, cherchant d’abord le royaume de Dieu ; et la richesse qui passe par ses mains en bonnes œuvres ne distrait point ses pensées du ciel où est son trésor et son cœur.

Tout autrement en est-il, quand la richesse n’est plus envisagée comme un simple moyen, mais devient le but de l’existence, au point défaire négliger et parfois oublier à l’homme sa fin dernière. Les voies de l’avare ravissent son âme, dit l’Esprit-Saint. C’est qu’en effet, explique l’Apôtre à son disciple Timothée, l’amour de l’argent précipite l’homme dans la tentation et les filets du diable par la multitude des désirs pernicieux et vains qu’il engendre ; il l’enfonce toujours plus avant dans l’abîme, lui faisant vendre au besoin jusqu’à sa foi. Et cependant plus l’avare amasse, et moins il dépense. Garder chèrement son trésor, le contempler, ne penser qu’à lui quand la nécessité l’en éloigne, c’est là toute sa vie ; sa passion tourne en idolâtrie. Mammon bientôt, en effet, n’est plus seulement pour lui un maître aux ordres primant tous les autres ; c’est un dieu devant qui, courbé jour et nuit, l’avare immole amis, parents, patrie et lui-même, dévouant son âme à son idole, et lui jetant tout vivant, dit l’Ecclésiastique, ses propres entrailles. Ne soyons point étonnés que notre Évangile représente Dieu et Mammon comme d’irréconciliables rivaux : quel autre que Mammon a vu Dieu en personne sacrifié pour trente pièces d’argent sur son vil autel ? Est-il un ange déchu dont la hideuse gloire rayonne d’un plus sinistre éclat sous les voûtes infernales, que le démon du gain, auteur du marché qui livra aux bourreaux le Verbe éternel ? Le déicide est à la charge des avares ; leur misérable passion, que l’Apôtre qualifie de racine de tous les maux, revendique légitimement le plus grand des crimes que le monde ait commis.

Mais, sans aller jusqu’aux excès qui firent dire aux auteurs inspirés des livres eux-mêmes de l’ancienne alliance : « Rien de plus criminel que l’avare, rien de plus inique que d’aimer l’argent, » il est facile de se laisser entraîner, au sujet des biens de ce monde, à une sollicitude exagérée, dépassant celle que permet la prudence. Le Créateur qui ne néglige ni les oiseaux du ciel, ni les lis des champs, oublierait-il, soit de nourrir, soit de vêtir l’homme même, pour qui furent faits les oiseaux et les lis ? Depuis surtout que l’homme peut dire à Dieu : Mon Père, l’inquiétude que condamne la simple raison serait pour des chrétiens une injure à Celui dont ils sont les fils. Leur bassesse d’âme mériterait l’abandon du Seigneur de toutes choses. Si répondant au contraire à leur noblesse de race, ils cherchent avant tout ce royaume de Dieu dont la couronne est pour eux dans la vraie patrie, les biens de la vallée d’exil leur sont assurés par la parole expresse du Seigneur même, dans la mesure utile au voyage qui les conduit au ciel. Quelle ineffable suavité dans ces déductions du Sauveur ! Vouloir y ajouter d’humaines paroles serait en diminuer le charme et la force à la fois.

Insistons seulement pour faire observer que la préoccupation blâmée ici comme un manque de confiance envers le Père qui est aux cieux, serait, en outre, la preuve d’une attache incompatible avec la perfection de la vie chrétienne et le désir d’avancer dans les voies de l’union divine. La Vie unitive n’est fermée à aucun des états de ce monde ; mais c’est à la condition pour l’âme de se dégager des liens qui l’empêchent de monter vers son Dieu. Le religieux brise ces liens par ses trois vœux, qui répondent directement aux efforts de la triple concupiscence ; le séculier qui désire, quoique dans le monde, répondre autant que possible à l’appel du Seigneur, doit arriver, sans l’aide de cette séparation effective, à se détacher non moins complètement de sa volonté propre, de ses sens et des biens qu’il possède, pour n’avoir plus de regards et d’aspirations qu’au ciel où réside son amour. S’il ne fait pas en sorte d’être, au sein même des richesses, aussi pauvre d’esprit que l’est de fait le religieux, sa marche se trouve arrêtée dès le premier degré de l’échelle contemplative ; tant qu’il n’aura pas triomphé de l’obstacle, il ne doit pas compter s’élever, dans la vie et l’amour, au-dessus des sentiers du grand nombre.

 

 

 

 

 

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Saint Etienne roi confesseur

2 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Etienne roi confesseur

Collecte

Nous vous en prions, ô Dieu tout-puissant, accordez à votre Église, qu’après avoir été propagée par le bienheureux Étienne, quand il régnait sur la terre, elle mérite de l’avoir pour défenseur, maintenant qu’il est glorieux dans le ciel.

 

Office

Quatrième leçon. Étienne introduisit en Hongrie la foi chrétienne et le titre de roi. Après avoir obtenu du souverain Pontife la couronne royale, et avoir été sacré par son ordre, il fit hommage de son royaume au Siège apostolique. Sous l’inspiration d’une piété, et avec une munificence admirables, il fonda à Rome, à Jérusalem et à Constantinople, divers établissements hospitaliers ; en Hongrie, l’archevêché de Strigonie et dix évêchés. Vénérant le Christ lui-même dans les pauvres, Étienne était également plein d’amour et de libéralité pour eux, et jamais il n’en renvoya un seul sans l’avoir consolé et secouru. Bien plus, après d’immenses sommes distribuées pour soulager leur indigence, on le vit souvent donner aussi, avec une bénignité extrême, le mobilier de son palais Il avait coutume de laver de ses mains les pieds aux pauvres, d’aller la nuit, seul et sans se faire connaître, visiter les hôpitaux, servir les malades et accomplir tous les autres devoirs de la charité ; c’est en témoignage de ses vertus que sa main demeura sans corruption, lorsque son cadavre fut tombé en poussière.
Cinquième leçon. Son amour de la prière l’amenait à veiller des nuits presque entières ; et pendant qu’il avait l’esprit fixé dans la contemplation des choses célestes, il advint qu’on le vit ravi en extase et élevé de terre. Par le secours de l’oraison, il échappa plus d’une fois miraculeusement aux conspirations des méchants et aux attaques d’ennemis puissants. De son mariage avec Gisèle de Bavière, sœur de l’empereur saint Henri, il eut un fils nommé Émeric, qu’il éleva avec tant de vigilance et une si solide piété, que, dans la suite, la sainteté remarquable de ce prince en fut la conséquence et la preuve. Étienne sut si bien conduire les affaires de son royaume, qu’il s’entoura d’hommes d’une prudence et d’une sainteté consommées, et ne décida jamais rien sans leur avis. Sous la cendre et le cilice il demandait à Dieu, par de très humbles prières, la grâce de voir, avant de mourir, la Hongrie tout entière acquise à la foi catholique. Son grand zèle à propager la foi lui valut d’être appelé l’apôtre de cette nation et le souverain Pontife l’autorisa, ainsi que ses successeurs, à faire porter la croix devant eux.
Sixième leçon. Animé d’une ardente dévotion envers la Mère de Dieu, il construisit une vaste église en son honneur, et l’établit patronne de la Hongrie. En retour, la Vierge Marie l’introduisit au ciel le jour même de son Assomption, que les Hongrois appellent le jour de la Grande Souveraine, d’après une institution de ce saint roi. Quand il fut mort, son corps répandit une odeur suave et une liqueur céleste. Le Pontife romain voulut qu’on le transférât dans un lieu plus digne de lui, où on l’ensevelit avec beaucoup d’honneur. Cette translation fut accompagnée de nombreux miracles de tous genres. Le jour de sa fête a été fixé, par le souverain Pontife Innocent XI, au quatre des nones de septembre, en mémoire d’une victoire éclatante : celle que l’armée de Léopold, empereur des Romains et roi de Hongrie, remporta à la même date sur les Turcs, leur reprenant, avec le secours de Dieu, la ville de Budapest.

Saint Etienne roi confesseur
Bienheureux Martyrs des Carmes

Martyrs de la révolution (+ 1792)

Ils sont 191: 3 évêques, 127 prêtres séculiers, 56 religieux et 5 laïcs qui furent arrêtés par les révolutionnaires comme ennemis de la Patrie et rebelles à la Constitution civile du clergé. On les entasse dans diverses maisons religieuses transformées en prisons improvisées: les Carmes, l'Abbaye, la Force.
Le 2 septembre 1792, elles sont investies par des 'sans culottes' exaltés. Les assassinats qui inaugurent le carnage sont suivis d'un simulacre de jugement: "J'appartiens à l'Église catholique, apostolique et romaine." A ce titre, exécution immédiate. Plus d'un millier d'entre ces prisonniers sont tombés en ces jours sous une fureur populaire incontrôlée. Pour 191 d'entre eux on a pu établir qu'ils sont morts certainement à cause de leur foi, mais tous les autres partagèrent leurs souffrances et leur témoignage pour le Christ.
Après la chute de la Monarchie le 10 août 1792, la fièvre monte à Paris. De nombreux suspects sont arrêtés: laïcs, prêtres séculiers, religieux, souvent réputés réfractaires, même si ce n'est pas le cas de tous. Environ 350 ecclésiastiques sont ainsi incarcérés, dont plus de la moitié étrangers à la capitale. Entre le 2 et le 5 septembre, des bandes armées d'hommes et de femmes envahissent les prisons parisiennes pour se livrer à l'exécution collective des détenus au couvent des Carmes, à l'abbaye de Saint-Germain, au séminaire Saint-Firmin, aux prisons de la Force, rue Saint-Antoine.
Le couvent des Carmes, avec son très vaste enclos, est le premier et le plus symbolique théâtre des tueries. Au témoignage de l'abbé Saurin, jésuite rescapé, le contraste est saisissant entre la sérénité qui règne au-dedans, parmi les ecclésiastiques prisonniers, groupés autour de trois évêques, et, au dehors, le hurlement de la foule, les canonnades, les roulements de tambour, et finalement, le 2, vers quatre heures du soir, le tocsin de Saint-Sulpice qui donne le signal aux émeutiers. La tuerie qui a commencé dans le jardin s'achève, après un simulacre de jugement, au pied du petit escalier faisant communiquer la chapelle, où les prisonniers ont d'abord reflué et se sont mutuellement donné l'absolution, et le jardin.
«Je n'ai entendu se plaindre aucun de ceux que j'ai vu massacrés» écrira l'abbé de la Pannonie, blessé et rescapé de la tragédie des Carmes.
Parmi les 3 000 victimes de septembre 1792, 191 personnes mortes pour leur foi ont été béatifiées par Pie XI le 17 octobre 1926.
86 prêtres étaient membres du clergé parisien. Les quatre laïcs et de nombreux religieux béatifiés appartenaient aussi à l'Église de Paris.
(diocèse de Paris)
Martyrologe romain: À Paris, en 1792, la passion des bienheureux martyrs Jean-Marie du Lau d'Allemans, François-Joseph et son frère Pierre-Louis de la Rochefoucauld, évêques, respectivement d'Arles, de Beauvais et de Saintes et quatre-vingt-douze compagnons Prêtres : Vincent Abraham, de Charleville, curé de Sept-Saulx, au diocèse de Reims ; André Angar, de Paris, vicaire à la paroisse Saint-Sauveur ; Jean-Baptiste-Claude Aubert, de Paris, curé de Notre-Dame de Pontoise, au diocèse de Rouen ; François Balmain, de Luzy, au diocèse de Nevers, ancien jésuite, confesseur des Filles de Sainte-Croix de Rueil ; Jean-Pierre Bangue, de Vuillafans, au diocèse de Besançon, chapelain de l'hôpital Saint-Jacques, à Paris ; Louis Barreau de La Touche, du Mans, bénédictin de Saint-Maur, prieur de Saint-Baudile à Nîmes ; Louis-François-André Barret, de Carpentras, vicaire à la paroisse Saint-Roch à Paris ; Joseph Bécavin, de Carquefou, au diocèse de Nantes, ordonné le 15 avril précédent ; Charles-Jérémie Béraud du Pérou, de Meursac, au diocèse de Saintes, ancien jésuite, vicaire général de Saintes ; Jacques-Jules Bonnaud, du Cap-Français, à Saint-Domingue, ancien jésuite, vicaire général de Lyon ; Jean-Antoine-Hyacinthe Boucharenc de Chaumeils, de Pradelles, au diocèse du Puy, vicaire général de Viviers ; Jean-François Bousquet, de Ginestas, au diocèse de Narbonne, demeurant à Paris dans la maison des Eudistes ; Jean-François Burté, de Rambervillers, au diocèse de Saint-Dié, supérieur des Cordeliers, à Paris ; Claude Cayx, dit Dumas, de Martel, au diocèse de Cahors, ancien jésuite, directeur des Ursulines de Saint-Cloud ; Jean Charton de Millou, de la paroisse Saint-Nizier, à Lyon, ancien jésuite, confesseur des Religieuses du Saint-Sacrement, rue Cassette, à Paris ; Claude Chaudet, du diocèse d'Aix, au service de la paroisse Saint-Nicolas des Champs, à Paris ; Ambroise-Augustin Chevreux, d'Orléans, bénédictin, supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur, député à l'assemblée nationale ; Nicolas Cléret, de Barfleur, au diocèse de Coutances, chapelain des Incurables, à Paris ; Claude Colin, de Charenton, "maître spirituel" de l'Hôtel-Dieu de Paris ; Bernard-François de Cucsac, de Toulouse, sulpicien, supérieur du séminaire de philosophie de Saint-Sulpice, à Paris ; François Dardan, d'Isturitz, au diocèse de Bayonne, confesseur au Collège de Sainte-Barbe, à Paris ; Guillaume-Antoine Delfaut, de Daglan, au diocèse de Sarlat(*) , ancien jésuite, curé de Daglan, député à l'assemblée nationale ; Mathurin-Victor Deruelle, de Paris, chapelain des Filles de la Charité, sur la paroisse Saint-Gervais ; Gabriel Desprez de Roche, de Decize, au diocèse de Nevers, vicaire général de Paris, membre de la Société du Coeur de Jésus ; Thomas-Nicolas Dubray, de Beauvais, au service de la paroisse Saint-Sulpice à Paris ; Thomas-René Dubuisson, de Laval, au diocèse du Mans, curé de Barville, au diocése d'Orléans ; François Dumasrambaud de Calandelle, de La Chaussade, au diocèse de Limoges, aumônier de l'évêque de Limoges ; Henri-Hippolyte Ermès, de Paris, vicaire à Saint-André des Arts ; Armand de Foucauld de Pontbriand, de Celles, au diocèse de Périgueux, vicaire général d'Arles, abbé commendataire de Solignac ; Jacques Friteyre-Durvé, de Marsac, au diocèse de Clermont, ancien jésuite, chanoine de Saint-Paul d'Estrées, missionnaire à Paris ; Claude-François Gagnères des Granges, de Chambéry, ancien jésuite, pensionnaire de la maison Saint-François de Sales, à Issy ; Jacques-Gabriel Gallais, de Longué, au diocèse d'Angers, sulpicien, supérieur du séminaire des Robertins, à Vaugirard ; Pierre Gauguin, d'Esvres, au diocèse de Tours, sulpicien, au séminaire d'Issy ; Louis-Laurent Gaultier, de Bazouges-la-Pérouse, au diocèse de Rennes, ancien jésuite, pensionnaire de la maison Saint-François de Sales, à Issy ; Georges Girault, de Rouen, du Tiers-Ordre régulier de Saint-François (Père Séverin), confesseur des franciscaines de Sainte-Élisabeth, résidant au couvent de Nazareth à Paris ; Jean Goizet, de Niort, au diocèse de Poitiers, curé de Notre-Dame de Niort ; André Grasset de Saint-Sauveur de Montréal (Canada), chanoine de Sens ; Pierre-Michel Guérin, de La Rochelle, sulpicien, directeur au séminaire de Nantes ; Jean-Antoine Guilleminet, de Bédarieux, au diocèse de Béziers, au service de la paroisse Saint-Roch, à Paris ; François-Louis Hébert, de Crouttes, au diocèse de Bayeux, eudiste, coadjuteur du supérieur général des eudistes et confesseur du roi Louis XVI ; Jacques-Étiene-Philippe Hourier, de Mailly-Maillet, au diocèse d'Amiens, sulpicien, directeur au séminaire de Laon, à Paris ; Jean-Baptiste Janin, de Sourdeval-la-Barre, au diocèse de Coutances, aumônier de l'hôpital de la Salpétrière, à Paris ; Jean Lacan, du diocèse de Rodez, aumônier de l'hôpital de la Pitié, à Paris ; Pierre Landry, de Niort, au diocèse de Poitiers, vicaire à Notre-Dame de Niort ; Claude-Antoine-Raoul de La Porte, de Brest, au diocèse de Léon, ancien jésuite, curé de Saint-Louis de Brest ; Robert Le Bis, de Saint-Amand, au diocèse de Coutances, curé de Saint-Denis de Bris-en-Josas, au diocèse de Paris ; Mathurin-Nicolas Le Bous de Villeneuve de La Ville-Crohain, de Rennes, confesseur des bénédictines de la rue de Bellechasse, à Paris ; Olivier Lefebvre, de Grentheville, au diocèse de Bayeux, chapelain des Dames de la Miséricorde, à Paris, membre de la Société du Coeur de Jésus ; Urbain Lefèvre, de Tours, ancien membre de la Société des Missions étrangères de Paris, retiré à Athis-Mons ; François Lefranc, de Vire, au diocèse de Bayeux, eudiste, professeur au Collège de Lisieux, à Paris ; Charles-François Le Gué, de Rennes, ancien jésuite, résidant à Paris ; Jacques-Joseph Le Jardinier Delandes, de Laigle, au diocèse de Séez, curé de Saint-Nicolas de La Feuillie, au diocèse de Coutances ; Jacques-Jean Lemounier, de Mortagne, au diocèse de Séez, vicaire à Notre-Dame de Mortagne ; Vincent-Joseph Le Rousseau de Rosencoat, de Châteauneuf, au diocèse de Cornouaille, ancien jésuite, confesseur des religieuses de la Visitation de la rue du Bac, à Paris ; François-César Londiveau, de Saint-Calais, au diocèse de Mans, vicaire à Saint-Martin d'Évaillé, au même diocèse ; Louis Longuet, de Saint-Germain-Langot, au diocèse de Bayeux, chanoine de Saint-Martin de Tours ; Jacques-François de Lubersac Saint-Germain, de Chalais, au diocèse de Limoges, aumônier de Madame Victoire, tante du roi Louix XVI ; Marie-Auguste Luzeau de la Mulonnière, de Sucé, au diocèse de Nantes, sulpicien, ancien directeur au séminaire d'Angers, retiré au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris ; Gaspard-Claude Maignien, d'Amance, au diocèse de Besançon, curé de Villeneuve-les-Sablons, au diocèse de Rouen ; Jean-Philippe Marchand, de Marçay, au diocèse de Saintes, vicaire à Notre-Dame de Niort, au diocèse de Poitiers ; René-Julien Massey, de Rennes, bénédictin de Saint-Maur, procureur du monastère Saint-Florent de Saumur ; Louis Mauduit, de Chevillon, au diocèse d'Orléans, vicaire général de Sens ; François-Louis Méallet de Fargues, de Vitrac, au diocèse de Saint-Flour, vicaire général de Clermont ; Jacques-Alexandre Menuret, de Montélimar, au diocèse de Valence, supérieur de la maison de retraite Saint-François de Sales, à Issy ; Jean-Jacques Morel, de Prez-sous-Noréaz, du canton de Fribourg en Suisse, capucin (frère Apollinaire), vicaire des Allemands à la paroisse Saint-Sulpice, à Paris ; Jean-Baptiste Nativelle, de Guilberville, au diocèse de Bayeux, vicaire à Saint-Martin de Longjumeau, au diocèse de Paris ; René Nativelle, frère aîné du précédent, vicaire à Saint-Denis d'Argenteuil, au diocèse de Paris ; Antoine-Matthias-Augustin Nogier, du Puy, chapelain des Ursulines de la rue Saint-Jacques, à Paris ; Joseph-Thomas Pazery de Thorame, d'Aix, chanoine de Blois ; Jules-Honoré-Cyprien Pazery de Thorame, frère cadet du précédent, chanoine et vicaire général de Toulon ; Pierre-François Pazery de Thorame, oncle des deux précédents, vicaire général d'Arles ; Pierre Ploquin, de Villandry, au diocèse de Tours, vicaire à Druye, dans le même diocèse ; Jean-Baptiste-Michel Pontus, de Néville, au diocèse de Coutances, sulpicien, vicaire à la paroisse Saint-Sulpice, à Paris ; René-Nicolas Poret, du Mesnil-Touffray, au diocèse de Bayeux, curé de Saint-Martin de Boitron, au diocèse de Séez ; Julien Poulain-Delaunay, de Ver-sur-mer, au diocèse de Bayeux, assistant du curé de Saint-Gilles de Caen ; Pierre-Nicolas Psalmon, de Rouen, sulpicien, vicaire général de Troyes pour les prêtres de ce diocèse vivant à Paris, et doyen de Saint-Pierre de Varen ; Jean-Robert Queneau, d'Angers, curé de Saint-Doucelin d'Allones, au même diocèse ; Claude Rousseau, de Paris, sulpicien, directeur au séminaire de Laon, à Paris ; François-Urbain Saline de Niart, de Neuf-Brissach, au diocèse de Strasbourg, chanoine de Saint-Lizier de Couserans ; Jean-Henri-Louis Samson, d'Avranches, vicaire à Saint-Gilles de Caen, au diocèse de Bayeux ; Jean-Antoine Savine, d'Embrun, sulpicien, supérieur des Clercs de Saint-Sulpice, à Paris ; Jean-Antoine-Barnabé Seguin, de Carpentras, vicaire et supérieur des clercs à Saint-André des Arts, à Paris ; Jean-Baptiste Tessien, de Fontaine-les-Ribouts, au diocèse de Chartres, sulpicien, prédicateur à Paris ; Loup Thomas, dit Bonnotte, d'Entrains-sur-Nohain, au diocèse d'Auxerre, ancien jésuite, confesseur des Ursulines à Paris ; François Vareilhe-Duteil, de Felletin, au diocèse de Limoges, ancien jésuite, pensionnaire à la maison Saint-François de Sales, à Issy ; Pierre-Louis-Joseph Verrier, de Douai, au diocèse de Cambrai, retiré à la maison Saint-François de Sales, à Issy.
Diacres : Louis-Alexis-Matthias Boubert, d'Amiens, économe des Clercs de Saint-Sulpice, à Paris ; Antoine-François-Dieudonné de Ravinel, de Bayon, au diocèse de Nancy, séminariste à Saint-Sulpice, à Paris ; Jacques-Augustin-Robert de Lézardières, de Challans, au diocèse de Luçon, séminariste à Saint-Sulpice, à Paris.
Religieux : Guillaume-Louis-Nicolas Leclercq, de Boulogne-sur-mer, frère des Écoles chrétiennes (frère Salomon), secrétaire général de l'Institut, à Paris.
Clerc : Auguste-Denis Nézol, de Paris, professeur à la Maison Dubourg, à Issy.
Laïc : Charles-Régis Mathieu de la Calmette, comte de Valfons, de Nîmes, ancien officier, retiré à Paris chez le bienheureux Jean-Antoine Guilleminet, pour la plupart prêtres ou religieux, qui, pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé sous la Révolution française, furent rassemblés au Couvent des Carmes et massacrés en haine de la religion.

(*)la Paroisse "Bienheureux Guillaume Delfaud en Pays Dommois" au diocèse de Périgueux et Sarlat garde son souvenir.
- Parmi eux, plusieurs Eudistes trouvèrent la mort et certains subirent le martyre dans la tourmente révolutionnaire; il s'agit des bienheureux François Louis Hébert, Claude Pottier, supérieur du Séminaire de Rouen, et François Lefranc, supérieur du Séminaire de Coutances, massacrés aux Carmes.
- Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XX° siècle: La Révolution (1791-1794)
- Parmi ces martyrs, le diocèse de Quimper et Léon honore plus particulièrement les Bienheureux Claude, Vincent, Nicolas et François.
- le diocèse de Bayonne honore le Bienheureux François Dardan, texte de soeur Pascale du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, extrait de son ouvrage 'Témoins du Christ en Béarn et au Pays Basque' (1.6Mo) - pour avoir l'édition imprimée.
- au diocèse d'Evreux, le Bienheureux Jacques de la Lande
- Parmi les prêtres martyrs se trouvaient un avignonnais et trois carpentrassiens qui exerçaient leur ministère dans des paroisses parisiennes: Jean Capeau, né vers 1730, chanoine coadjuteur de Saint-Pierre d'Avignon, prêtre auxiliaire à Saint-Paul, Louis-François Barret, né le 23 novembre 1758, vicaire à Saint-Roch, Jean Antoine Seguin, né le 12 juin 1754, vicaire à Saint-André-des-Arts, Pierre Vitalis, né le 11 juillet 1759, vicaire à Saint-Merry. (Jean Capeau et ses compagnons - diocèse d'Avignon)
- C'est "avec douceur et respect" que les prêtres emprisonnés formulèrent leurs refus de rompre avec l'Église de Rome. Si "le monde les a pris en haine", ils savaient que le Christ avait prié pour les garder dans la fidélité. Au nombre de ces martyrs, on compte trois prêtres originaires du diocèse du Puy. Ce sont Claude Pons, né à Saint-Pierre-Le-Monastier, en 1729; Jean Boucharend de Chaumeils, né à Pradelles, en 1738, et Matthias Nogier, né en 1764, au Puy, paroisse Saint-Jean-Baptiste. (Saints du diocèse du Puy-en-Velay)

Saint Etienne roi confesseur
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Super Ps 13-14

2 Septembre 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super Ps 13-14

Super Psalmo 13

Super Psalmo 13 n. 1 Supra Psalmista exprobravit dolositatem inimicorum; hic ponit eorum malitiam. Titulus, in finem Psalmus David. Et circa hoc duo facit. Primo manifestat eorum malitiam. Secundo ponit spem liberationis suae ab eis, ibi, nonne cognoscent et cetera. Et circa primum duo facit. Primo proponit eorum malitiam. Secundo certificat hanc malitiam eis inesse, ibi, Dominus de caelo et cetera. Prima in duo. Primo proponit radicem malitiae eorum. Secundo processum malitiae, corrupti sunt etc. sicut dicitur Eccl. 10: initium omnis peccati superbia, et initium superbiae hominis apostatare a Deo. Quod homo ergo non habeat Deum in corde, principium malitiae est; et ideo dicit, dixit insipiens in corde suo, non est Deus: Sg. 1: in malevolam animam non introibit sapientia, aut habitabit in corpore subdito peccatis. Sed numquid potest dicere? Dicere in corde est cogitare. Sed numquid potest cogitare Deum non esse? Anselmus dicit, quod nullus potest. Item Damascenus. Cognitio Dei naturaliter omnibus est inserta: naturaliter cognita nullus potest cogitare non esse. Sed sciendum, quod de cognitione Dei dupliciter loqui possumus: scilicet secundum se, vel quoad nos. Si primo modo, sic procul dubio non potest cogitari non esse: nulla enim propositio potest cogitari falsa ex sua natura, cujus praedicatum includitur in definitione subjecti. Notandum est autem, quod in Deo est aliter esse quam in aliis; quia esse Dei est ejus substantia. Ergo qui dicit Deum secundum se, dicit ipsum esse; et ideo secundum se non potest cogitari non esse. Et verbum Damasceni solvitur: quia quod naturaliter insertum est, indeterminate scitur, scilicet quod Deus sit, sed non idem: quod Deus: sed per fidem habetur. Deus dicitur a Theos quod est ardere omnem malitiam. Tunc ergo dicit aliquis quod non est Deus, quando cogitat quod non est omnipotens: et quod non habet curam rerum humanarum: Jb 21: quis est omnipotens ut serviamus ei? Potest referri ad Judaeos dicentes Christum hominem purum esse, non Deum. Jn. 10: tu homo cum sis, facis teipsum Deum. Qui Judaei, non credentes ipsum qui promissus erat in lege, dicunt, non est Deus, iste scilicet qui nobis praedicat. Et hoc dixit, insipiens, quia Dei sapientiam recipere noluerunt habentes oculos mentis excaecatos; Ps. 81: nescierunt neque intellexerunt. Sg. 2: excaecavit enim eos malitia eorum. Vel hic reprehenditur peccator. Primo de peccato cordis in consensu, ibi, dixit insipiens. Secundo de peccato operis, ibi, corrupti sunt. Tertio de peccato consuetudinis, ibi, et abominabiles. Primo vocat peccatorem insipientem; quia sapientiam non habet, ut dicit et cetera. Item quia non sapiunt ei spiritualia; 1 Cor. 2: animalis homo non percipit quae Dei sunt. Consequenter ponitur processus malitiae, corrupti sunt et abominabiles. Sicut duae partes justitiae sunt facere bonum et vitare malum; sic injustitiae duae partes sunt, facere malum et vitare bonum. Et primo ponit primam partem. Secundo secundam. Circa primam duo ponit. Primo perversitatem vitiorum. Secundo abominationem eorum. In corporibus sequitur corruptio per exhalationem naturalis caloris expulsi ab extraneo calore. Calor namque naturalis animae est amor Dei. Quando ergo subintrat extraneus amor concupiscentiae, et aliorum peccatorum, recedit Deus. Et ideo cum dixit, non est Deus, statim subdit, corrupti sunt: Hier. 5: negaverunt Deum, et dixerunt, non est ipse, scilicet peccatorum damnator, justorum remunerator: Eccl. 21: cor fatui, scilicet peccatoris, quasi vas confractum. Corrupti ergo sunt, peccatores per malum actum: Jn. 3: erant autem eorum mala opera: quia postquam per consensum amittunt bona gratuita, corrumpuntur in eis naturalia; et ideo sequitur eos poena: Ps. 96: ignis ante ipsum praecedet, et inflammabit in circuitu inimicos ejus. Item quando corpus putrescit, redditur abominabile. Sic anima hominis, quamdiu amor Dei est in ea, est Deo accepta; sed quando corrumpitur per peccatum, fit abominabilis. Abominabile est quod humanus appetitus refugit: et ideo dicit, et abominabiles facti sunt, scilicet Deo et hominibus peccatores per consuetudinem peccandi: Hier. 2: quam vilis facta es nimis, iterans vias tuas. Os. 9: alienati sunt in confusione, et facti sunt abominabiles sicut ea quae dilexerunt. Et dixit: in studiis, quia per ea deveniunt abominabilia. Vel studiose faciunt, secundum Hieronymum. Plus enim abominatur Deus studiosam voluntatem peccandi, quam ipsum peccatum: Jb 34: quasi de industria recesserunt ab eo: et vias ejus intelligere noluerunt. Alia littera habet, corrumpunt et abominati sunt studium, scilicet sapientiae et disciplinae: Pr. 1: exosam habuerunt disciplinam, et timorem Domini non susceperunt: Ez. 8: adhuc videbis abominationes majores. Consequenter agit de vitatione boni. Non est qui faciat bonum, quia non est justus in terra qui faciat bonum, et non peccet, Eccl. 7. Usque ad unum, idest Christum, quia ipse solus nec peccatum contractum habuit, nec commissum. Beata virgo habuit contractum peccatum: Eccl. 7: virum de mille unum reperi, mulierem ex omnibus non inveni. Vel, usque ad unum, quia nec unus est qui perfecte faciat bonum. Verum est, supposito quod dixerunt, non est Deus, et corrupti sunt.

Super Psalmo 13 n. 2 Dominus. Hic primo certificat culpam. Secundo exponit, ibi, sepulcrum. Peccatum certificatur per iniquitatem; et ideo hic ponit Dei inquisitionem, dicens, vos dicitis quod non est Deus; sed falsum est, quia Dominus de caelo prospexit super filios hominum: Pr. 16: omnes viae hominis patent oculis ejus. Prospexit ergo mittendo filium suum Dominus Pater de caelo, idest de sinu pietatis suae: Is. ult. Caelum mihi sedes est. Vel de caelo, idest Christus per quem judicabit peccatores. Vel aliter. Dicunt aliqui quod Deus non cognoscit singularia et mutabilia, quia est immaterialis et simplex et aeternus. Et sic non cognoscit secundum motus rerum, et secundum modum suae cognoscibilitatis. Respondetur: immo: quia cognoscit materialia immaterialiter, ut Dionysius concludit. Et ita etiam cognoscit intellectus: et ideo dicit: de caelo, idest de altitudine suae dignitatis et naturae. Prospexit super filios hominum. Et vult invenire in nobis voluntate antecedente, qua vult omnes salvos fieri, id quod pertinet ad salutem, scilicet ut cognoscamus Deum per intellectum, et amemus per affectum, et desideremus. Et ideo dicit, ut videat, idest, ut videre faciat, quia ipse semper videt. Si est intelligens, per intellectum: Dt. 32: utinam saperent et intelligerent et cetera. Aut requirens Deum, per affectum. Quid inveniet, cum hic quaesivit? Contrarium: quia omnes declinaverunt; et ponit tria: scilicet declinationem a Deo, inutilem operationem, et cessationem a bono. Dicit ergo, omnes declinaverunt, scilicet a Deo: Dt. 21: novi quod post mortem meam inique agetis, et declinabitis de via quam praecepi vobis: Os. 4: non est veritas, non est scientia, non est misericordia Dei in terra: Hier. 8: nemo quod bonum est loquitur, nullus est qui agat poenitentiam de peccato suo. Item ex hoc quod declinat a Deo, efficitur inutilis: quia illud est inutile, quod non attingit ad id ad quod factum est. Homo autem factus est ad fruendum Deo: Sg. 4: multigena impiorum multitudo non erit utilis. Unde dicit: simul inutiles facti sunt. Item cessant a bono, quia non est qui faciat bonum et cetera. Hoc jam expositum est.

Super Psalmo 13 n. 3 Sepulcrum. Hieronymus dicit, quod apostolus utitur testimonio istorum versuum, sepulcrum patens et cetera. Et invenitur alibi in sacra Scriptura Rm. 3, ubi dicit quod aliquam partem accepit ex Is. 59, aliam ex aliis partibus Psalterii, et non ex isto Psalmo tantum, cum ipse Hebraeus esset, et sciret hoc in Hebraeo non haberi; habetur tamen in editione vulgata, qua vulgus utitur, vel quae non attribuitur alicui certae personae. A sepulcro patenti exhalat foetor; et ideo supra Psalmista certificavit malitiam, sive culpam inimicorum; hic autem exponit eam: et circa hoc duo facit. Primo ostendit, quomodo sunt peccatores inutiles aliis. Secundo quomodo sibi, ibi, contritio et infelicitas. Circa primum duo proponit. Primo quomodo noceant aliis verbo. Secundo quomodo facto, ibi, veloces et cetera. Circa primum duo facit. Primo ponit promptitudinem oris ad nocendum. Secundo modum nocendi, ibi, linguis suis dolose agebant. Dicit ergo: sepulcrum patens est guttur eorum. Tale autem ad nihil aliud est paratum nisi ut recipiat cadavera: sic os ejus qui semper est paratus ad mortificandum per detractionem, est sepulcrum patens. Ap. 9: de ore eorum procedebat ignis, et fumus et sulphur. Vel nota voracitatem eorum, quia guttur servit etiam ad comestionem. Sed quandoque nocet dolo, quandoque malitia, et quandoque injuria. Et primo ponit dolum quem habent in lingua. Linguis suis, exterius blande loquendo: Hier. 9: sagitta vulnerans lingua eorum dolum locuta est; secundo dolum in corde: venenum aspidum sub labiis eorum. Occultatum venenum mortificativum est, sed venenum aspidum insanabile est, et incantari non potest: Ps. 57: sicut aspidis surdae, et obturantis et cetera. Cujus venenum dormiendo interficit: Hier. 5: inventi sunt in populo meo impii insidiantes, quasi aucupes ad capiendos viros. Ibidem: sicut decipula plena avibus, sic domus eorum plenae dolo, qui dulci sono attrahunt ad laqueum aves. In quo designatur crudelitas, et pertinacia, et malitia: crudelitas, quia nituntur occidere: pertinacia, quia semper odium est in corde ipsorum; et ideo dicit, venenum et cetera.

Super Psalmo 13 n. 4 Quorum os maledictione. Hic ostendit quomodo aperte nocent, quia per verba detractoria: et amaritudine, idest amara verba: Lv. 19: non maledices surdo. Vel quando verba contra Deum dicit, provocativa ad injuriam vel iram: Is. 5: rugitus ejus ut leonis veloces. Hic ostendit quomodo noceant facto. Ad effundendum sanguinem: Pr. 1: pedes eorum ad malum currunt, et festinant ut effundant sanguinem.

Super Psalmo 13 n. 5 Contritio. Hic ostendit quomodo sint nocivi sibiipsis. Dupliciter aliquis sibi nocet: perdendo scilicet bonum quod habet, et deficiendo ab eo quod sperat. Dicit ergo: in viis eorum est contritio, quia conteritur bonum quod habent: et infelicitas, quia non perveniunt ad bonum speratum, scilicet felicitatem: Is. 39: vastitas et contritio in viis eorum, et viam pacis nescierunt; non est judicium gressibus eorum. Vel contritio in mundo isto: infelicitas post mortem, quae felicitati est opposita: Jb 21: in diem perditionis servatur malus, et ad diem furoris ducetur: hoc provenit ex uno quod est contra dilectionem proximi, quia viam pacis non cognoverunt, scilicet quid sit. Vel viam pacis non cognoverunt, scilicet Christum, quia viae ejus sunt viae pacis: Pr. 3: viae ejus, viae pulchrae; et omnes semitae illius pacificae. Non cognoverunt, quia ipsum Christum peccando occiderunt. Aliud contra dilectionem Dei; unde dicit, non est timor Dei ante oculos eorum: et ex hoc peccant: quia, ut dicitur Pr. 17, per timorem Domini declinat omnis homo a malo. Quia ergo hoc non habent, ideo sunt sepulcrum patens.

Super Psalmo 13 n. 6 Nonne. Hic agit de spe liberationis. Et primo ostendit quod impii non habent spem: quia nonne cognoscent. Secundo ostendit quae sit hujusmodi spes, ibi, quis dabit ex Sion. Circa primum duo facit. Primo ostendit quod non cognoscent spem hanc. Secundo ponit signum, ibi, consilium inopis. Movet primo quaestionem, et interponit in se culpam impiorum, et loquitur sic. Dico quod sunt sepulcrum patens, et quod non est Deus in corde eorum: sed numquid cognoscent, quod Dominus est in generatione justa? Quasi dicat: hoc debent cognoscere, et quod Dominus sit in ea: Hier. 14: tu in nobis es, Domine, et nomen sanctum tuum et cetera. Ps. 21: tu autem in sancto habitas, laus Israel. Est ergo Dominus in eo sicut in templo. Et omnes qui operantur iniquitatem, scilicet quantum ad Deum: et devorant plebem meam sicut escam panis, quantum ad proximos, quos devorant auferendo bona eorum: Za. 11: voret unusquisque carnem proximi sui: Mi. 3: comederunt carnem populi mei, et pellem eorum desuper excoriaverunt: Eccles. 24: panis egentium vita pauperis: qui defraudat illum, homo sanguinis est. Non invocaverunt Deum, idest non habent spem de Deo: Is. 59: Deum non invocaverunt. Et sequitur ex hoc, quod non habent securitatem: ideo dicit: illic trepidaverunt et cetera. Pr. 28: fugit impius nemine persequente: Jb 15: sonitus terroris semper in auribus illius, et pax cum sit illi, semper insidias suspicatur. Sed qui invocant Deum salvantur: Jl. 2: omnes qui invocaverunt nomen Domini, salvi erunt: Pr. 18: turris fortissima nomen Domini. Non ergo tales cognoscent, quia Dominus in generatione justa est. Et ostendit quod non, per signum; quia confudistis consilium inopis, idest confusibilem reputastis, et blasphemastis quantum in vobis est: et hoc est consilium inopis, ut sciat quoniam Dominus spes ejus est: Ps. 21: speravit in Domino, eripiat eum, salvum faciat eum, quoniam vult eum. Mt. 27. Qui dicit: si vis perfectus esse et cetera. Item 19. Hoc consilium semper divites contemnunt: Pr. 1: despexistis omne consilium meum, et increpationes meas neglexistis. Et unde? Quoniam Dominus spes ejus est: quia non habent in mundo unde sperent nisi in Deo, qui spes sanctorum est.

Super Psalmo 13 n. 7 Omnes antiqui expectabant hoc. Gn. 49: non auferetur sceptrum de Juda et cetera. Sed hoc expectabatur ex Sion, idest ex Judaeis: Jn. 4: salus ex Judaeis est. Sed quando? Responsio: hoc habebimus, cum averterit Dominus captivitatem plebis suae, qui sunt in captivitate peccati et carcere Inferni: Is. 49: equidem captivitas a forte tolletur, et quod captum fuerit a robusto. Et tunc laetetur Jacob, idest populus Dei interius: et exultet Israel exterius.

 

Super Psalmo 14

Super Psalmo 14 n. 1 Supra Psalmista egit de malitia et dolo adversariorum; hic agit de propria justitia. Et primo ostendit qualis sit justitia quam Deus acceptat. Secundo, quasi gratias agens, ostendit qualis sit sua justitia, ibi, conserva me. Titulus, Psalmus David. In Psalmo isto duo facit: nam quasi sacerdos existens coram Deo consulit Deum. Primo ponitur quaestio. Secundo responsio, ibi, qui ingreditur sine macula. Praemittit ergo duplicem quaestionem: quia duplex est status praesentis Ecclesiae et futurae. Primus est militantium: Ap. 14: amodo jam dicit spiritus ut requiescant. Et hi duo status signati sunt in veteri testamento. Quia primo habuerunt tabernaculum, Ex. 26, quamdiu habuerunt bella et labores. 2 R. 7: factum est cum dedisset Dominus requiem David ab universis inimicis suis, dixit ad Nathan: vides quod ego habitem in domo cedrina, et arca Dei posita est in medio pellium? Postea fecit templum, quando habuit pacem. Per tabernaculum designatur Ecclesia militans, per templum in monte factum status futurae vitae: et ideo dicit, quis habitabit in tabernaculo tuo? Idest in praesenti Ecclesia; quasi dicat: quis est dignus habitare? Peccatores enim habitant numero, non merito. Hieronymus habet, quis peregrinabitur? Ps. 67: habitare facit unanimes in domo. Secunda quaestio, quis requiescet in monte sancto tuo? Et dicitur mons sanctus, quia nihil est ibi coinquinatum: Hier. 31: benedicat tibi Dominus, pulchritudo justitiae, mons sanctus: Is. 35: via sancta vocabitur: Ex. 15: introduces eos, et plantabis in monte hereditatis tuae, firmissimo habitaculo tuo, quod operatus es, domine.

Super Psalmo 14 n. 2 Qui. Hic ponitur responsio: et circa hoc duo facit. Primo commemorat merita habitantium in praedictis locis, scilicet in tabernaculo et in monte sancto Dei. Secundo praemium, ibi, qui facit haec, non commovebitur in aeternum. Ponit autem decem effectus virtutum. Sed actio virtuosi consideratur dupliciter. Primo per comparationem ad se. Secundo per comparationem ad alios. Primo proponit ea per quae homo bene operatur in se. Secundo ea per quae se bene habet ad proximum, ibi, nec fecit proximo suo et cetera. In se, quantum ad exteriora, in opere, et in locutione. In opere, quantum ad duo. Primo, quod fugiat malum; et ideo dicit: qui ingreditur sine macula. Vita ista quaedam via est ad vitam aeternam; et ideo dicit, ingreditur, idest in via graditur: Ps. 41: ingrediar in locum tabernaculi. Item 118: beati immaculati in via. Sine macula, scilicet mortali, quia peccatum veniale non habet maculam proprie: Eccle. 31: beatus dives qui inventus est sine macula. Sed in Christo et in virgine Maria nulla omnino macula fuit, et istis appropriatur temperantia, quia contra temperantiam maculatur. Secundo, ut faciat bona; et ideo sequitur, et operatur justitiam, idest ea ad quae justitia inclinat; et reducuntur ad eam prout est specialis virtus. In sermone, primo, ut faciat bonum; qui loquitur veritatem, idest faciat bonum locutionis: Is. 33: quis poterit habitare ex vobis cum ardoribus sempiternis? Qui ambulat in justitiis, et loquitur veritatem. Et dicit, in corde, contra illos qui loquuntur veritatem, a casu, non ex proposito: Pr. 12: labium veritatis firmum erit: 1 P. 2: deponentes omne mendacium et omnem dolum, quasi modo geniti infantes. Secundo, ut vitet malum, scilicet dolositatem: Hier. 9: sagitta vulnerans lingua eorum dolum locuta est. Qui non egit dolum in lingua sua. Alia littera, qui non est facilis in lingua sua: Pr. 25: urbs patens et absque murorum ambitu, vir qui non potest in loquendo coercere spiritum suum. Alia littera, et non est accusatio in lingua ejus; quia scilicet non est detractor et relator; vel quia verba sua non sunt accusabilia: Ep. 4: omnis sermo malus de ore vestro non procedat.

Super Psalmo 14 n. 3 Nec fecit. Supra egit Psalmista de virtuosa operatione quam Deus acceptat, connumerando ea per quae homo bene operatur in se; hic autem connumerat ea per quae se bene habet ad proximum. Et hic quantum ad proximum petit tria. Primo, ut ei non noceat. Secundo, quod non consentiat nocenti: Rm. 1: qui talia agunt, regnum Dei non consequentur; sed digni sunt morte non solum qui faciunt ea, sed etiam qui consentiunt facientibus. Tertio, quod non decipiat ipsum. Dicit ergo quantum ad primum, nec fecit proximo suo malum, nec corporaliter nec spiritualiter: Rm. 12: nulli malum pro malo reddentes: Ga. 6: dum tempus habemus, operemur bonum. Quantum ad secundum dicit, et opprobrium non accepit adversus proximos suos. Aliquis dicit aliquid contra aliud, sed non est sustinendum; et ideo dicit, opprobrium non accepit, tunc scilicet, quando ille qui audit verba detractoria contra eum, et ex his detestatur illum de quo dicuntur, vel etiam ipse dicit aliis: Eccl. 19: audisti verbum contra proximum tuum, commoriatur in te et cetera. Eccl. 28: sepi aurem tuam spinis, et noli audire linguam nequam. Hieronymus: si non est auditor, non est detractor. Bernardus: detrahere aut detrahentem audire, quid horum damnabilius sit, non facile dixero: Pr. 25: ventus Aquilo dissipat pluviam, et facies tristis linguam detrahentem: quia, ad litteram, detrahens cessat cum audiens contristatur.

Super Psalmo 14 n. 4 Ad nihilum. Hic ostendit quod non despiciat. In homine sunt duo: scilicet vitium et virtus. Vitium est despiciendum; et ideo dicit malignus, inquantum talis, ad nihilum est deductus, idest nihil reputatur; et hoc est bonum: primo ad tollendum aemulationem: quandoque enim aliquis malus exaltatur: Hier. 12: via impiorum prosperatur et cetera. Sed propter hoc nullo modo debet eum reputare magnum, sed debet eum despicere: 1 M. 2: gloria hominis peccatoris stercus et vermis est: hodie extollitur et cras non invenitur, quia conversus est in terram suam, et cogitatio ejus periit. Vel aliquis magnus intendit nocere; sed ex quo est malignus, contemnas eum: quia talium derogatio est nostrae vitae adprobatio: Ps. 26: si consistant adversum me castra, non timebit cor meum, idest peccatores. Sed virtuosum hominem reputa magnum; ideo dicit, timentes autem Dominum glorificat: Eccl. 25: quam magnus est qui invenit sapientiam et scientiam, sed non est super timentem dominum. Glossa aliter exponit, ad nihilum deductus est in conspectu ejus malignus, idest Diabolus vinctus est ab eo: Jn. 2: vicistis malignum et cetera. Dominus glorificat timentes Dominum, scilicet se. Sed prima expositio est magis litteralis.

Super Psalmo 14 n. 5 Hic prohibet ne decipiat proximum. In tribus autem proximus decipitur. Videlicet in promissis, et hoc per juramentum; et ideo dicit, qui jurat etc. idest firmat ad decipiendum, quia non servat: Za. 8: juramentum mendax non diligas: Lv. 14: non perjurabis in nomine Dei tui, et non pollues illud. Jurare non pertinet ad virtutem, sed juramentum servare. Item in contractibus. Unde: qui pecuniam suam non dedit ad usuram: Lc. 6: mutuum date, nihil inde sperantes: et munera super innocentem non accepit: Pr. 17: munera de sinu, idest Ecclesiae, impius accepit, ut pervertat semitas judicii Dt. 23, prohibetur, quod non detur fratri ad usuram, quia vendit quod non est, cum non habeat usumfructum. Item in judiciis, quando dat sententiam contra innocentes; et ideo dicit, et munera: Isa. 5: vae qui justificatis impios propter munera: Jb 19: ignis devorabit tabernacula eorum, qui munera libenter accipiunt. Consequenter ponitur praemium. Qui facit, idest servat, haec, omnia praedicta: Jc. 1: estote factores verbi. Rm. 2: non auditores legis justi sunt apud Deum, sed factores: non commovebitur in aeternum idest hic habitabit in monte sancto meo: infra 124: qui confidunt in Domino sicut mons Sion, et cetera. Ps. 54: non dabis in aeternum fluctuationem justo.

 

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Saint Raymond Nonnat confesseur

31 Août 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Raymond Nonnat confesseur

Collecte

Dieu, vous avez rendu le bienheureux Raymond, votre Confesseur, admirable par son dévouement pour délivrer vos fidèles de la captivité des impies : accordez-nous, par son intercession, d’être délivrés des liens du péché, et d’accomplir d’une âme libre ce qui vous est agréable.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Raymond a été surnommé Nonnat, en raison d’un fait contraire aux lois ordinaires de la nature : sa mère étant morte avant de le mettre au monde, il fallut lui ouvrir le sein pour amener l’enfant à la lumière. Issu d’une pieuse et illustre famille, il vit le jour à Portel en Catalogne. Dès son enfance, il donna des marques de sa future sainteté. Étranger aux divertissements de son âge, insensible aux attraits du monde, il se donnait tellement à la piété, que tous admiraient dans cet enfant une vertu déjà mûre. En avançant en âge, il s’appliqua à l’étude des lettres ; mais bientôt, sur l’ordre de son père, il se retira à la campagne, où il visitait souvent une petite chapelle dédiée à saint Nicolas, aux environs de Portel, pour y vénérer une image de la sainte Vierge ; image que les fidèles continuent d’entourer encore aujourd’hui d’une très grande vénération. Là, se répandant en prières, il suppliait constamment la Mère de Dieu de l’adopter pour sou fils, de daigner lui enseigner la voie du salut et la science des Saints.

Cinquième leçon. La Vierge très clémente ne repoussa point sa demande ; car elle fit comprendre à Raymond, qu’il lui serait très agréable de le voir entrer dans l’ordre de la Merci ou du rachat des captifs, récemment fondé d’après son inspiration. Aussitôt cet avertissement reçu, il se rendit à Barcelone et embrassa cet institut, voué à une œuvre si excellente de charité envers le prochain. Enrôlé dans cette sainte milice, il garda toujours la virginité, qu’il avait déjà consacrée à Marie. Il se signala également par la pratique des autres vertus et surtout par sa charité envers les Chrétiens qui, tombés au pouvoir des païens, traînaient une vie misérable dans la captivité. Envoyé en Afrique pour racheter ces malheureux, il en délivra un grand nombre, et se constitua comme otage pour ne pas voir ceux qui restaient, faute de rançon, courir le risque d’apostasier. Mais comme, enflammé du zèle le plus ardent pour le salut des âmes, il réussit, par ses prédications à convertir à Jésus Christ un certain nombre de Musulmans, les barbares le jetèrent dans un étroit cachot, et le soumirent à différents supplices : il endura notamment le cruel martyre d’avoir les lèvres percées et tenues fermées par un cadenas de fer.

Sixième leçon. Ces choses, et d’autres actions pleines de courage, lui firent de tous côtés la réputation d’un saint et portèrent Grégoire IX à lui donner une place dans le sacré Collège des Cardinaux de la sainte Église romaine ; mais l’homme de Dieu, conservant dans cette dignité l’horreur qu’il avait de la pompe et du luxe, ne cessa de pratiquer strictement l’humilité religieuse. Il se mit en route pour aller à Rome, mais à peine arrivé à Cordoue il tomba dangereusement malade, et demanda instamment à être muni des sacrements de l’Église. La maladie s’aggravant et le Prêtre tardant à venir, Raymond reçut le saint viatique par le ministère des Anges, qui lui apparurent sous l’aspect de religieux de son Ordre. L’ayant reçu, il rendit grâces à Dieu, et s’en alla au Seigneur le dernier dimanche d’août, l’an douze cent quarante. Une discussion s’étant élevée au sujet du lieu de sa sépulture, son corps, enfermé dans un cercueil, fut placé sur une mule aveugle, qui le transporta, non sans une permission de Dieu à la chapelle de saint Nicolas, pour qu’il fût enseveli au lieu même où Raymond avait jeté les premiers fondements de sa très sainte vie. Un couvent de son Ordre, fut bâti en cet endroit et les fidèles y affluent de toutes les parties de la Catalogne, pour s’acquitter de leurs vœux en venant honorer le Saint, dont la gloire y est manifestée par différentes sortes de miracles et de choses merveilleuses.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 13 in Evang.

Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.

Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.

Août finit comme il a commencé, par une fête de délivrance : sceau divin de l’éternelle Sagesse sur ce mois qui lui est consacré. Depuis qu’au sortir d’Éden, elle fit son but de la rédemption du genre humain que poursuivait son amour, tous ses privilégiés ont eu leur part en ce grand œuvre : part de labeur, de prières, de souffrances, comme fut la sienne en la chair ; part féconde en la mesure même de l’association qu’elle daigne leur octroyer à ses renoncements miséricordieux. Pierre dans ses liens avança plus l’émancipation du monde que les conspirateurs soulevés contre la tyrannie des Césars ; Raymond Nonnat et ses frères, prenant sur eux les chaînes des captifs, firent plus que tous les philosophes égalitaires ou les déclamateurs de liberté pour l’abolition de l’esclavage et l’extinction de la barbarie.

Déjà les fêtes des saints Raymond de Pegnafort et Pierre Nolasque nous ont donné d’assister aux origines de l’Ordre illustre où Raymond Nonnat brille d’un éclat si grand. Bientôt sa fondatrice auguste elle-même, Notre-Dame de la Merci, daignera se prêter à l’expression de la reconnaissance du monde pour tant de bienfaits.

Jusqu’où, illustre Saint, n’avez-vous pas suivi le conseil du Sage! Les liens de la Sagesse sont des liens de salut, disait-il. Et, non content de livrer vos pieds à ses fers et votre cou à ses entraves, vos lèvres sont allées, dans l’allégresse de l’amour, au-devant du cadenas redoutable dont ne parlait pas le fils de Sirach. Mais quelle récompense n’est pas la vôtre, aujourd’hui que cette Sagesse du Père, si totalement embrassée par vous dans la plénitude de la divine charité en son double précepte, vous abreuve au torrent des éternelles délices, ornant votre front de cette gloire, de ces grâces qui sont le rayonnement de sa propre beauté ! Afin que nous puissions vous rejoindre un jour près de son trône de lumière, montrez-nous à marcher en ce monde par ses voies toujours belles, par ses sentiers où la paix n’est jamais troublée, fût-ce au fond des cachots. Délivrez nos âmes, si le péché les captive encore ; rompez leurs attaches égoïstes, et remplacez-les par ces liens heureux de la Sagesse qui sont l’humilité, le renoncement, l’oubli de soi, l’amour de nos frères pour Dieu, de Dieu pour lui-même.

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