Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Regnum Galliae Regnum Mariae
Articles récents

Baptême du Seigneur

13 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

Baptême du Seigneur

Collecte

O Dieu, dont le Fils Unique a paru dans la substance de notre chair ; faites s’il vous plaît, que nous méritions d’être réformés intérieurement par celui que nous avons reconnu semblable à nous extérieurement.

Lecture Is. 60, 1-6

Lève-toi, et resplendis, Jérusalem ! Car ta lumière paraît, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et une sombre obscurité les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, et sa gloire se manifeste sur toi. Les nations marchent vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever. Lève tes regards autour de toi, et vois : Tous se rassemblent, ils viennent à toi ; tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Tu le verras alors, et tu seras radieuse ; ton cœur tressaillira et se dilatera ; car les richesses de la mer se dirigeront vers toi, les trésors des nations viendront à toi. Des multitudes de chameaux te couvriront, les dromadaires de Madian et d’Epha ; tous ceux de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens, et publieront les louanges du Seigneur.

Évangile Jn. 1, 29-34

En ce temps là : Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde. C’est celui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui a été placé au dessus de moi, parce qu’il était avant moi. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c’est pour qu’il soit manifesté en Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. Et Jean rendit témoignage en disant : J’ai vu l’esprit descendre du ciel comme une colombe, et se reposer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur qui tu verras l’esprit descendre et se reposer, c’est celui qui baptise dans l’Esprit-Saint. Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le fils de Dieu.

 

 

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, des hosties en mémoire de la manifestation de votre fils qui est né sur la terre et nous vous adressons d’ardentes supplications, afin que comme Jésus-Christ, Notre-Seigneur, est lui même l’auteur de nos dons, ainsi encore il les reçoivent miséricordieusement.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Grégoire de Nazianze..

Quatrième leçon. Je ne puis contenir les élans de ma joie, mais j’ai le cœur ému et transporté : oublieux de ma propre faiblesse, je brûle d’envie de m’acquitter de la charge du grand Jean-Baptiste ; et quoique je ne sois pas le précurseur, je viens cependant du désert. Le Christ reçoit donc le sacrement de l’illumination ; ou plutôt c’est lui qui nous illumine de son éclat. Le Christ est baptisé ; descendons, nous aussi, avec lui, pour monter également avec lui.

Cinquième leçon. Jean baptise, et Jésus vient à lui. Le Christ sanctifie assurément celui qui le baptise ; mais son but est plutôt d’ensevelir le vieil Adam dans les eaux, et, avant tout, de sanctifier par son baptême les eaux du Jourdain, afin que, comme il était esprit et chair, de même ceux qui seraient baptisés dans la suite, fussent sanctifiés par la vertu de l’Esprit et par l’élément de l’eau. Jean refuse, Jésus insiste. « C’est moi qui dois être baptisé par vous, dit Jean ». Le flambeau parle au Soleil, la voix au Verbe.

Sixième leçon. Jésus sort de l’eau, tirant en quelque sorte à sa suite et élevant avec lui le monde, (jusqu’alors) plongé dans l’abîme. Il voit le ciel, non se déchirer, mais s’ouvrir. Le premier Adam l’avait autrefois fermé pour lui-même et pour nous, comme il s’était vu fermer aussi le Paradis terrestre, dont un glaive de feu défendit l’entrée. L’Esprit-Saint rend témoignage : les similitudes et les rapprochements se trouvent en parfaite harmonie : le témoignage vient du Ciel, car il est descendu du Ciel, celui auquel l’Esprit rend témoignage.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Avant que le Sauveur vînt pour recevoir le baptême de Jean dans te Jourdain, le Précurseur le connaissait, comme il le marque par ces paroles : « Vous venez à moi pour être baptisé ; c’est moi qui dois être baptisé par vous. » Vous voyez qu’il connaissait le Seigneur, qu’il connaissait le Fils de Dieu. Comment prouvons-nous qu’il savait déjà que Jésus baptiserait dans le Saint-Esprit ? Avant que le Christ vînt au fleuve, plusieurs accouraient auprès de Jean pour être baptisés, et il leur dit : « Pour moi, je vous baptise dans l’eau ; mais celui qui vient après moi est plus grand que moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure ; c’est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu. » Il savait déjà cela aussi.

Huitième leçon. Qu’est-ce que le précurseur a appris au moyen de la colombe ? Examinons-le, afin que, plus tard, il ne nous semble pas avoir été menteur, (ce que Dieu nous garde de penser). N’est-ce pas une certaine propriété devant exister dans le Christ, propriété en vertu de laquelle la sainteté du baptême, quoique beaucoup de ministres justes ou injustes dussent le conférer, serait attribuée à Jésus-Christ seul, sur qui est descendue la colombe et dont il a été dit à Jean : « C’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint » ? Que Pierre baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise. Car si la sainteté du baptême est en proportion des mérites de ceux qui le confèrent, il y aura diversité de baptêmes comme il y a diversité de mérites, et chacun croira avoir reçu un sacrement d’autant meilleur, que le ministre en semblera plus méritant.

Neuvième leçon. Les saints eux-mêmes, (comprenez bien ceci, mes frères, les bons appartenant à la colombe, à cette cité qui est la vraie Jérusalem, ces bons qui font partie de l’Église, et dont l’Apôtre a dit : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui », ont reçu des grâces différentes : tous n’ont pas les même mérites. Les uns sont plus saints que les autres, les uns meilleurs que les autres. Comment donc, par exemple, si l’un est baptisé par un ministre juste et saint, l’autre par un ministre inférieur en mérite devant Dieu, inférieur en élévation, en sainteté de vie, comment tous deux cependant reçoivent-ils une même et pareille grâce, une grâce égale, sinon parce que c’est « Celui-là qui baptise » ?

 Le second Mystère de l’Épiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd’hui tout spécialement l’attention de l’Église. L’Emmanuel s’est manifesté aux Mages après s’être montré aux bergers ; mais cette manifestation s’est passée dans l’enceinte étroite d’une étable à Bethléem, et les hommes de ce monde ne l’ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d’éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s’empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Épiphanie ?

Elle a pour objet, comme la première, l’avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères. L’étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l’eau. « Celui qui a croira et qui sera baptisé sera sauvé » : il est donc temps qu’une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l’eau pour l’instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C’est pourquoi, à l’origine des choses, l’Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l’Église au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d’être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l’exception d’une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l’arche du salut, y rentra, ponant un rameau d’olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l’effusion de l’eau. Mais l’accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l’attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d’Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

Mais le contact des membres humains d’un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l’homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c’était au sein de cet élément sacré qu’il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

Jésus donc, âgé de trente ans, s’avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l’enlevait pas. Notre divin Roi s’avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d’enfanter, comme chante l’Église, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l’environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l’élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Échauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.

Mais, dans ce prélude d’une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s’ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l’Esprit d’amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s’arrête et se repose sur la tête de l’Emmanuel, planant à la fois sur l’humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.

Cependant le Dieu-Homme n’était pas manifesté encore avec assez d’éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu’avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l’orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge, un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui f ai mis toutes mes complaisances.

Ainsi fut manifestée la Sainteté de l’Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père, comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l’Étoile. Le mystère accompli, l’élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.

Elle est grande, cette fête de l’Épiphanie, dont l’objet est d’honorer de si hauts mystères ; et nous n’avons pas lieu de nous étonner que l’Église orientale ait fait de ce jour une des époques de l’administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l’Église des Gaules nous apprennent que cet usage s’observa aussi chez nos aïeux ; et plus d’une fois dans l’Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d’une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l’administration du Baptême. L’Église Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l’honneur d’être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l’usage se conserva et dure encore, en plusieurs lieux de l’Occident, de bénir l’eau avec une solennité toute particulière, au jour de l’Épiphanie.

L’Église d’Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l’ordinaire, dans l’Église ; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d’un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d’une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l’action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c’est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s’observe pareillement dans les Églises de l’Occident qui ont retenu l’usage de bénir l’eau à la Fête de l’Épiphanie.

Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.

Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Église, de nous avoir donné, après l’Étoile de la foi qui nous illumine, l’Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l’humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d’un homme mortel, afin d’accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu’il en portât l’humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l’Église de la terre et de l’Église du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissanc

Lire la suite
Publicité

VIème jour dans l’Octave de l’Épiphanie mémoire de Saint Hygin pape et martyr

11 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

VIème jour dans l’Octave de l’Épiphanie mémoire de Saint Hygin pape et martyr

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Fulgence, Évêque.

Quatrième leçon. Dieu lui-même, qui avait ordonné dans la loi qu’on lui offrît les prémices, s’étant fait homme, demanda aussi les prémices des peuples. Les pasteurs furent les prémices des Juifs ; les Mages devinrent les prémices des Gentils. Ceux-là sont attirés de près, ceux-ci amenés de loin. « Où est, disent-ils, celui qui est né Roi des Juifs ? » Hérode, roi des Juifs, avait déjà des fils. Archélaos était né dans un palais ; le Christ, dans un logis qui ne lui appartenait pas. Archélaos, à sa naissance, fut couché dans un lit d’argent ; mais le Christ nouveau-né est déposé dans une crèche étroite : et cependant on néglige celui qui est né dans un palais, et l’on recherche celui qui est né sous un abri emprunté. Les Mages ne nomment même pas le premier ; mais, ayant trouvé le second, ils se prosternent et l’adorent.

Cinquième leçon. Quel est donc ce Roi des Juifs ? Il est pauvre et riche, humble et grand. Quel est donc, ce Roi des Juifs que l’on porte comme un enfant, et que l’on adore comme un Dieu ? Il est petit dans la crèche, immense dans le Ciel : vil dans les langes, et glorieusement manifesté dans le firmament. O Hérode, pourquoi te troubler ainsi ? Ce roi qui est né, ne vient pas pour vaincre les rois en leur faisant la guerre ; mais il va les subjuguer d’une manière merveilleuse en mourant. II n’est pas né pour te succéder ; mais pour que le monde croie fidèlement en lui. Il vient, non pour combattre durant sa vie ; mais pour triompher par sa mort.

Sixième leçon. Cet enfant que les Mages appellent en ce moment le Roi des Juifs, est aussi le Créateur et le Seigneur des Anges. Si tu crains l’enfance muette de ce nouveau-né, tu dois redouter bien davantage sa toute-puissance pour le jour où il sera ton Juge. Ne le crains pas comme un successeur à ton trône, mais redoute en lui le juste Juge qui condamnera ton infidélité. « Allez, leur dit-il, et puis venez me rapporter ce que vous aurez trouvé, afin que moi aussi, j’aille l’adorer. » O ruse artificieuse ! ô incrédulité impie ! ô perversité hypocrite ! Le sang des Innocents que tu as si cruellement répandu, atteste ce que tu voulais faire de cet enfant.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. Quels sont ces présents d’une foi vraie ? De l’or est offert, comme à un Roi ; de l’encens, comme à un Dieu ; de la myrrhe, comme pour un mort. Autre est, en effet, insigne d’un roi ; autre le symbole de la puissance divine ; et autre l’honneur d’une sépulture, qui, loin de laisser corrompre le corps du mort, le conserve. Nous aussi, qui comprenons et lisons ces choses, tirons, mes frères, de nos trésors, de semblables présents. « Car nous avons un trésor dans des vases d’argile. » Et si vous devez estimer ce que vous êtes en vous-mêmes, non comme un bien qui vient de vous, mais comme un don qui vous a été fait par le Christ, combien, à plus forte raison, ne devez-vous pas estimer dans le Christ, ce qui est, non pas à vous, mais au Christ ?

Huitième leçon. Les Mages puisent donc dans leurs trésors pour offrir des présents. Voulez-vous savoir la grâce qu’ils ont méritée ? Ils voient l’étoile ; mais où est. Hérode on ne la voit pas : là où est le Christ on la voit de nouveau, et elle montre le chemin. Cette étoile est donc une voie, et la voie est Jésus-Christ ; car à propos du mystère de l’Incarnation le Christ est appelé étoile : « Il se lèvera une étoile de Jacob et il s’élèvera (un homme) d’Israël. » Assurément là où est le Christ, est aussi l’étoile. Il est lui-même en effet, une étoile resplendissante, l’étoile du matin. Lui-même se désigne donc par sa lumière.

Neuvième leçon. Recevez encore un autre enseignement. Les Mages vinrent par un chemin et s’en retournèrent par un autre, car ils avaient vu le Christ, ils avaient reconnu le Christ ; ils s’en retournèrent certainement meilleurs qu’ils n’étaient venus. Il y a deux voies : l’une qui conduit à la mort, l’autre qui conduit au royaume. L’une est celle des pécheurs et elle mène à Hérode ; l’autre est le Christ lui-même, et par elle on retourne dans sa patrie. Ici-bas, en effet, notre exil est temporaire, selon qu’il est écrit : « Mon âme a beaucoup séjourné dans une terre étrangère. »

Les Mages ne se contentèrent pas d’adorer le grand Roi que Marie présentait à leurs hommages. A l’exemple de la Reine de Saba qui vint honorer le Roi pacifique, en la personne du sage et opulent fils de David, les trois Rois de l’Orient ouvrirent leurs trésors et en tirèrent de riches offrandes. L’Emmanuel daigna agréer ces dons mystérieux ; mais, à l’exemple de Salomon son aïeul, il ne laissa point partir les Princes sans les combler lui-même de présents qui dépassaient infiniment en richesse ceux qu’il avait daigné agréer. Les Mages lui présentaient les offrandes de la terre ; et Jésus les comblait des dons célestes. Il confirmait en eux la foi, l’espérance et la charité ; il enrichissait, en leurs personnes, son Église tout entière qu’ils représentaient ; et les paroles du divin Cantique de Marie recevaient leur accomplissement sur eux, et aussi sur la Synagogue qui les avait laissés seuls marcher à la recherche du Roi d’Israël : « Ceux qui avaient faim, il les a remplis de biens ; et ceux qui étaient opulents, il les a renvoyés dans la disette. »

Mais considérons ces présents des Mages, et reconnaissons, avec l’Église et les Pères, les Mystères qu’ils exprimaient. Ces dons étaient au nombre de trois, afin d’honorer le nombre sacré des Personnes dans l’Essence divine ; mais le nombre inspiré trouvait une nouvelle application dans le triple caractère de l’Emmanuel. Ce Fils de Dieu venait régner sur le monde : il convenait de lui offrir l’Or qui marque la puissance suprême. Il venait exercer le souverain Sacerdoce, et réconcilier, par sa médiation, le ciel et la terre : il convenait de lui présenter l’Encens qui doit fumer dans les mains du Prêtre. Sa mort pouvait seule le mettre en possession du trône préparé à son humanité glorieuse ; cette mort devait inaugurer le Sacrifice éternel de l’Agneau divin : la Myrrhe était là pour attester la mort et la sépulture d’une victime immortelle. L’Esprit-Saint qui inspira les Prophètes avait donc dirigé les Mages dans le choix de ces mystérieuses offrandes ; et c’est ce que nous dit éloquemment saint Léon, dans un de ses Sermons sur l’Épiphanie : « O admirable foi qui mène à la science parfaite, et qui n’a point été instruite à l’école d’une sagesse terrestre, mais éclairée par l’Esprit-Saint lui-même ! Car où avaient-ils découvert la nature inspirée de ces présents, ces hommes qui sortaient de leur patrie, sans avoir encore vu Jésus, sans avoir puisé dans ses regards la lumière qui dirigea si sûrement le choix de leurs offrandes ! Tandis que l’Etoile frappait les yeux de leur corps, plus pénétrant encore, le rayon de la vérité instruisait leurs cœurs. Avant d’entreprendre les fatigues d’une longue route, ils avaient déjà connu Celui à qui étaient dus, par l’Or, les honneurs de Roi ; par l’Encens, le culte divin ; par la Myrrhe, la foi dans sa mortalité. » Si ces présents représentent merveilleusement les caractères de l’Homme-Dieu, ils ne sont pas moins remplis d’enseignements par les vertus qu’ils signifient, et que le divin Enfant reconnaissait et confirmait dans l’âme des Mages. L’Or signifie pour nous, comme pour eux, la charité qui unit à Dieu ; l’Encens, la prière qui appelle et conserve Dieu dans le cœur de l’homme ; la Myrrhe, le renoncement, la souffrance, la mortification, par lesquels nous sommes arrachés à l’esclavage de la nature corrompue. Trouvez un cœur qui aime Dieu, qui s’élève à lui par la prière, qui comprenne et goûte la vertu de la croix : vous aurez en ce cœur l’offrande la plus digne de Dieu, celle qu’il agréera toujours.

Nous ouvrons donc aussi notre trésor, ô Jésus ! et nous mettons à vos pieds nos présents. Après avoir confessé votre triple gloire de Dieu, de Prêtre et d’Homme, nous vous supplions d’agréer le désir que nous avons de répondre par l’amour à l’amour que vous nous témoignez ; nous osons môme vous dire que nous vous aimons, ô Dieu ! ô Prêtre ! ô Homme ! Augmentez cet amour que votre grâce a fait naître. Recevez aussi notre prière, tiède et imparfaite, mais cependant unie à celle de votre Église. Enseignez-nous à la rendre digne de vous, et proportionnée aux effets que vous voulez qu’elle produise ; formez-la en nous, et qu’elle s’élève sans cesse de notre cœur, comme un nuage de parfums. Recevez enfin l’hommage de nos cœurs contrits et pénitents, la volonté que nous avons d’imposer à nos sens le frein qui les règle, l’expiation qui les purifie.

Illuminés par les hauts mystères qui nous révèlent la profondeur de notre misère et l’immensité de votre amour, nous sentons qu’il nous faut, plus que jamais, nous éloigner du monde et de ses convoitises, et nous attacher à vous. L’Etoile n’aura pas lui en vain sur nous ; elle ne nous aura pas en vain conduits jusqu’à Bethléhem, où vous régnez sur les cœurs. Quand vous vous donnez vous-même, ô Emmanuel ! Quels trésors pourrions-nous avoir que nous ne devions être prêts à déposer à vos pieds ?

Protégez notre offrande, ô Marie ! Celle des Mages, accompagnée de votre médiation, fut agréable à votre Fils ; la nôtre, présentée par vous, trouvera grâce, malgré son imperfection. Aidez notre amour par le vôtre ; soutenez notre prière par l’intervention de votre Cœur maternel ; fortifiez-nous dans la lutte avec le monde et la chair. Pour assurer notre persévérance, obtenez-nous de ne jamais oublier les doux mystères qui nous occupent présentement ; qu’à votre exemple, nous les gardions toujours gravés dans notre cœur. Qui oserait offenser Jésus dans Bethléhem ? Qui pourrait refuser quelque chose à son amour, en ce moment où, sur vos genoux maternels, il attend notre offrande ? O Marie ! ne nous laissez jamais oublier que nous sommes les enfants des Mages, et que Bethléhem nous est toujours ouverte.

Pour épancher les sentiments de joie et d’admiration que nous causent de si ineffables merveilles, empruntons la voix de la Liturgie ; et chantons d’abord cette Hymne de la Naissance que nous a laissée le saint Évêque de Poitiers, Venance Fortunat :

HYMNE.
Que le monde entier se réjouisse en apprenant l’arrivée de Celui qui est la récompense de vie ; après le joug d’un ennemi farouche , la rédemption nous apparaît.
Ce qu’avait chanté Isaïe, s’accomplit dans la Vierge : l’Ange lui a annoncé le mystère ; l’Esprit-Saint l’a remplie de sa vertu.
Marie conçoit dans ses entrailles ; sa foi dans la parole a été féconde ; Celui que le monde entier ne peut contenir est contenu au sein d’une Vierge.
La tige de Jessé a fleuri, la branche a porté son fruit ; la Mère féconde a mis au jour son Fils, et la Vierge a gardé son intégrité.
Il s’est laissé placer dans une crèche, Celui qui est l’auteur de la lumière ; avec son Père il a créé les cieux ; la main de sa Mère l’a enveloppé de langes.
Celui qui donna la Loi au monde, Celui qui promulgua les dix préceptes, a daigné, devenu homme, se placer sous le joug de la Loi.
La souillure du vieil Adam, le nouvel Adam l’a lavée ; ce que le premier, dans son orgueil, avait renversé, le second, dans son humilité, le relève.
La lumière et le salut viennent de naître, la nuit s’enfuit, la mort est vaincue ; venez, nations, visiter avec foi le Dieu que Marie nous enfante.
Amen.
Méditation

CHAPITRE III. O GALATES INSENSÉS, QUI VOUS A ENSORCELÉS, VOUS A QUI ON A MIS DEVANT LES YEUX JÉSUS-CHRIST CRUCIFIÉ.

 

1. Dès lors il passe à un autre ordre d'idées. D'abord il avait prouvé qu'il n'était apôtre ni par les hommes, ni de la part des hommes, et qu'il n'avait pas eu besoin des enseignements des autres apôtres : puis, après avoir bien établi qu'il était lui aussi digne d'enseigner, il s'exprime avec une assurance encore plus grande, compare et discute la foi et la loi. Au début il dit : « Je m'étonne que vous ayez changé si promptement » (Ga. I, 6), et maintenant il s'écrie : « O Galates insensés ! » C'est qu'alors l'indignation couvait chez lui, mais après s'être justifié, il la laisse éclater, une fois ses preuves données. S'il traite les Galates d'insensés, ne vous en étonnez pas, car en agissant ainsi il ne viole pas la loi de Jésus-Christ qui défend de traiter son frère de fou, il l'observe avec soin au contraire. Car il n'a pas été dit purement et simplement : « Celui qui appelle son frère fou », mais bien : « Celui qui sans nécessité appelle son frère «fou ». (Mt. V, 22.) Or, qui, plus que les Galates, méritait cette épithète, eux qui après tant et de si grands miracles, restaient attachés à l'ancienne loi, comme si de rien n'était? Si pour cela vous regardez Paul comme un insulteur, vous traiterez Pierre d'homicide pour ce qui est arrivé à Saphire et à Ananie. Si c'est être absurde que de parler ainsi, ce serait l'être encore bien plus que d'en dire autant de Paul. Examinez, je vous prie, comme il se garde bien de montrer cette âpreté dans son exorde. Il ne le fait qu'après avoir donné ses preuves et ses arguments, et quand le reproche qui les frappe vient non pas directement de lui, mais des preuves mêmes. Car c'est après leur avoir démontré qu'ils repoussaient la foi, et qu'ils rendaient inutile le sacrifice que Jésus-Christ avait fait de sa vie, c'est alors qu'il fait intervenir les reproches, et encore pas autant qu'ils le méritaient, car ils méritaient certes de s'entendre traiter bien plus durement. Mais voyez comme il adoucit aussitôt le coup qu'il a porté. Il n'a pas dit : Qui vous a trompés? qui vous a abusés? qui a troublé votre jugement? Mais : « Qui vous a fascinés? » Parole de blâme qui emporte en même temps une idée d'éloge, car elle montre que leur conduite antérieure était digne d'envie, et que la perte de leur bonheur était le fait du démon, qui avait déchaîné la tempête sur la sérénité de leurs âmes.

Quand vous entendez ici parler de l'envie, et dans l’Évangile « De l’œil mauvais» (expressions synonymes), (Mt. VI, 23), n'allez pas croire que le regard ait la propriété de nuire, car l’œil, considéré comme un organe de notre corps, ne saurait être mauvais. Mais le Christ se sert de cette expression pour désigner l'envie. Les yeux ont seulement la faculté de voir, mais le regard mauvais n'appartient qu'à la pensée dépravée qui est en nous. Comme c'est par le sens de la vue que les objets que nous regardons laissent leur empreinte dans notre âme, et que le plus souvent la richesse engendre l'envie, et que la richesse se voit par le ministère des yeux, et, qu'il en est de même de la puissance et du brillant entourage de la puissance, il disait que celui-là avait l’œil mauvais qui, non seulement regardait, mais encore regardait avec envie par suite d'une disposition mauvaise de son âme. En disant : « Quel envieux vous a « fascinés? » il fait entendre que ceux qui ont ainsi agi n'avaient en vue ni de pourvoir à leurs intérêts, ni de compléter leur bonheur, mais voulaient au contraire le diminuer et le gâter. Car le propre de l'envie est non pas d'ajouter à ce qui manque, mais de soustraire une partie de ce qui est complet, et de gâter le tout. Il dit cela, non pour faire croire que l'envie puisse agir par elle-même, mais pour leur faire comprendre que ceux qui leur ont donné de, tels enseignements étaient poussés par l'envie. « Après que je vous ai fait voir « Jésus-Christ crucifié devant vous ». Mais il a été crucifié à Jérusalem et non dans le pays des Galates. Pourquoi donc dit-il : « Crucifié devant vous? » Il montre la puissance de la foi qui est capable de voir même ce qui se passe au loin. Et il ne dit pas : « Qui a été crucifié », mais : « Qui a été mis sous vos yeux crucifié », indiquant ainsi que les yeux de la foi sont de plus fidèles témoins que ceux des quelques hommes qui étaient présents à la mise en croix du Sauveur, et qui avaient vu ce spectacle. Car bon nombre d'entre eux n'en avaient retiré aucun profit, tandis que les, premiers qui n'avaient pas vu avec les yeux du corps avaient cependant mieux vu par les yeux de la foi. Ce langage contient à la fois le blâme et l'éloge : l'éloge, parce qu'ils avaient accepté avec une foi complète tout ce qui leur avait été répété à ce sujet; le blâme, parce que, après avoir vu, mieux que les assistants, Jésus mis à nu, étendu et cloué sur la croix, sali de crachats, bafoué, forcé de boire du vinaigre, insulté par des malfaiteurs, percé d'un coup de lance (et ce spectacle, il le leur peignait par ces mots : « Que je vous ai fait voir crucifié devant vous »), ils l'avaient abandonné pour retourner à la loi, sans rougir au souvenir des souffrances qu'il avait endurées. D'un autre , côté, remarquez comment lorsqu'il publie la puissance de Jésus, Paul laisse de côté le ciel et la terre, et la mer et le reste, pour ne parler que de la croix, de cette croix le signe le plus éclatant de l'amour de Dieu pour nous.

« Je ne veux savoir de vous qu'une seule chose. Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu le Saint-Esprit, ou par l'audition de la foi ? » Puisque vous ne prêtez point votre attention à de longs discours, dit-il, et que vous ne voulez pas voir la grandeur de l’œuvre de Jésus, je veux, maintenant que je vous vois descendus au plus bas degré de l'ingratitude, vous persuader en peu de mots et par la démonstration la plus rapide. Plus haut il répétait dans ce but les observations qu'il avait fait entendre à Pierre, maintenant, il s'adresse directement à eux, et fait servir à son argumentation non ce qui s'est passé ailleurs, mais ce qui s'est passé chez eux, et non pas seulement les bienfaits dont ils avaient profité tous ensemble, mais encore ceux qu'ils avaient reçus chacun en particulier. Voilà sur quoi il s'appuie pour les persuader. Et c'est pour cela qu'il dit : « Je ne veux savoir de vous qu'une seule chose. Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu le Saint-Esprit, ou par l'audition de la foi? » Vous avez reçu le Saint-Esprit, dit-il, vous avez fait de grandes choses, vous avez opéré des miracles en ressuscitant des morts, en guérissant des lépreux, en prophétisant, en parlant toutes les langues, sans doute vous teniez cette puissance de la loi ? Mais elle n'avait jamais rien produit de semblable auparavant. Vous la teniez donc de la foi ?

Eh bien, n'est-ce pas le comble de la démence que d'abandonner la foi après qu'elle a opéré en vous de tels prodiges, et de vous enfuir comme des transfuges auprès de cette loi qui n'a pu rien faire de pareil ? — « Êtes-vous si insensés qu'après avoir commencé par l'esprit vous finissiez maintenant par la chair ? » Il emploie de nouveau les paroles amères et avec le même à propos. Au lieu d'augmenter, comme vous le deviez, ce précieux trésor avec le temps, non-seulement, leur dit-il, vous ne l'avez pas fait, mais encore vous êtes revenus sur vos pas. Ceux qui commencent avec peu, savent augmenter leur richesse avec le temps, tandis que vous qui avez commencé avec des trésors, vous arrivez au résultat contraire. Si vous n'aviez d'abord obtenu que les biens de la chair, vous auriez dû vous élever vers les biens de l'esprit maintenant, après avoir commence par les biens de l'esprit, vous les perdez pour vous en tenir à ceux de la chair, car faire des miracles provient de l'Esprit, et la circoncision ne concerne que la chair. Vous, après avoir fait des miracles, vous recherchez la circoncision, après avoir possédé la réalité, vous revenez aux figures, après avoir aperçu la lumière du soleil, vous recherchez celle de la lampe, après avoir vécu d'aliments solides, vous recourez au lait. Et il n'a pas dit: « Vous finissez par la chair », mais : « Vous finissez ensuite par la chair », montrant qu'après s'être emparés d'eux comme de bêtes brutes ces faux apôtres, auxquels ils s'étaient livrés pour souffrir toutes leurs volontés, les mutilaient à leur gré. Ce serait comme si un général ou un homme distingué pour son courage venait après des milliers de trophées et de victoires, s'offrir pour partager le déshonneur des déserteurs, et soumettre son corps aux marques infamantes qu'on voudrait y graver.

« Est-ce donc en vain que vous avez tant souffert? Si toutefois c'est en vain». Cet argument devait avoir bien plus d'effet que les précédents. Car la simple mention des miracles opérés ne pouvait pas produire autant d'effet que le récit des luttes qu'ils avaient soutenues, des souffrances qu'ils avaient endurées pour Jésus-Christ. Après que vous avez souffert toutes ces épreuves, les faux apôtres veulent vous en faire perdre le fruit et vous ravir la couronne que vous avez méritée. Ensuite, pour ne pas bouleverser leur âme, et pour soulager leur inquiétude, il n'insiste pas sur l'arrêt qu'il vient de prononcer, et ajoute: « Si toutefois c'est en vain ». Si vous voulez, dit-il, revenir à résipiscence et reprendre possession de vous-mêmes, ce, ne sera pas en vain. Où sont-ils maintenant ceux qui nient les effets du repentir? Voilà des hommes qui avaient reçu le Saint-Esprit, qui avaient fait des miracles, avaient confessé le Christ, et supporté pour lui mille dangers et mille persécutions, et qui après tant de prodiges s'étaient laissé priver de la grâce. Cependant, leur dit-il, si vous le voulu, vous pouvez reprendre possession de vous-mêmes.

« Celui donc qui vous communique son  Esprit, et qui fait des miracles parmi vous, le fait-il par les œuvres de la loi ou par la foi que vous avez ouï prêcher ? » Ces dons abondants dont vous avez été comblés, tous ces prodiges que vous avez accomplis, en êtes-vous redevables à la loi ou bien à la foi ? — A la foi, évidemment. Comme les faux apôtres s'étaient ingéniés à leur faire croire que la foi n'a point de puissance, si la loi ne se joint à elle, il prouve au contraire qu'en s'adjoignant les prescriptions de la loi, la foi n'aura plus aucune efficacité; la foi a précisément toute son efficacité lorsqu'elle est pure de tout mélange avec la loi : « Vous qui voulez être justifiés parla loi, vous êtes déchus de la grâce ». (Ga. V, 4) Mais cette parole il ne la prononce que plus tard, quand il s'exprime plus librement, et qu'il s'appuie sur les résultats qu'il a déjà produits, pour en obtenir de nouveaux, jusque-là il ne prend pour texte de ses observations que les événements passés. Car, leur dit-il, quand vous vous montriez fidèles non à la loi, mais à la foi, alors vous receviez le Saint-Esprit et vous faisiez des miracles. Ensuite, comme il était question de la Loi, il mettait en avant un argument qui était une arme excellente, et faisait intervenir Abraham avec beaucoup d'à-propos et une grande autorité, et disait : « Selon qu'il est écrit d'Abraham, qu'il crut ce que Dieu lui avait dit, et que sa foi lui fut imputée à justice ».

Les prodiges opérés par vous, dit-il, montrent bien la puissance de la foi, mais, si vous le voulez, je vous la démontrerai aussi d'après les anciens textes. Comme on leur avait souvent parlé de ce patriarche, il le fait intervenir dans le débat, et montre que lui aussi a opéré, sa justification par la foi. S'il a pu être justifié avant la grâce qui résulte de la foi, (il est vrai qu'il était riche en bonnes œuvres), combien cela vous est-il plus facile à vous ! Quel dommage a-t-il éprouvé pour n'avoir pas vécu sous la foi ! Aucun, mais sa foi a suffi pour le justifier. Car la loi n'existait pas alors, dit-il, et elle n'existe pas plus aujourd'hui qu'elle n'existait alors. Pour démontrer l'inefficacité de la loi, il présente Abraham justifié avant l'établissement de la loi, et il gagne à cela de n'avoir pas à se défendre contre cette objection. S'il est vrai que la loi n'avait pas encore été donnée alors , et qu'elle ne le fut que depuis, il est vrai aussi que son règne a cessé maintenant. Voyant qu'ils étaient fiers d'appartenir à la postérité d'Abraham, et qu'ils craignaient, en abandonnant la loi, de lui devenir étrangers, Paul se sert de cet argument pour les ramener à des sentiments tout contraires, il met fin à leurs craintes, et montre que la foi est le meilleur moyen de se rapprocher de lui. Et cela il l'avait déjà prouvé avec beaucoup d'évidence dans son épître aux Romains (Rm. IV, 3) ; il revient à la même démonstration dans l'épître de ce jour et avec autant de force : « Sachez donc », dit-il, « que ceux qui sont enfants  de la foi sont les vrais enfants d'Abraham». Cette assertion même il l'appuie sur le témoignage de l'Ancien Testament : « Aussi Dieu dans l'Écriture prévoyant qu'il justifierait les nations par la foi, l'a annoncé par avance comme une bonne nouvelle à Abraham, en lui disant : Toutes les nations de la terre seront bénies en vous ». Si donc ceux qui lui sont attachés par les liens de la parenté physique, ne sont pas en réalité ses enfants, et si ce privilège appartient à ceux qui imitent sa foi (tel est en effet le sens de ces mots, « Toutes les nations de la terre seront bénies  en vous) », il est évident que les nations entrent par la foi dans la postérité d'Abraham.

Cette argumentation le conduit à un autre résultat très important. Comme ils se troublaient en songeant que la loi était plus ancienne, que la foi était venue après elle, il dissipe encore ces craintes, en leur faisant voir, par l'exemple d'Abraham, que la foi est plus vieille que la loi, puisque ce patriarche a été justifié avant que celle-ci n'ait été établie. Il montre que ce qui arrive maintenant est conforme aux prophéties : « Car Dieu dans l'Écriture, prévoyant qu'il justifierait les nations par la foi, l'a annoncée par avance comme une bonne nouvelle à Abraham ». Quel est le sens de ces paroles ? Celui-là même, dit-il, qui a donné la loi, avait décidé, avant même de la donner, que les nations se justifieraient par la foi. Et l'Écriture n'a pas dit: « L'annonça par avance », mais « L'annonça par avance comme une bonne nouvelle », afin de nous faire comprendre que le patriarche se réjouissait de ce moyen de justification, et qu'il en désirait l'avènement. Comme ils étaient obsédés par une autre crainte (car il était écrit : « Maudit soit quiconque ne demeure pas dans les préceptes de cette loi et ne les accomplit pas dans ses œuvres) » (Dt. XXVII, 26); il les rassure encore et fait servir simplement et habilement ce passage à leur prouver le contraire, en leur démontrant qu'ils sont bénis au lieu d'être maudits pour avoir abandonné la loi, tandis que ceux qui l'observent toujours ne sont pas bénis, mais maudits. Les faux apôtres prétendaient que celui qui n'observe pas la loi est maudit, et lui, prouve que celui qui l'observe est maudit, que celui qui ne l'observe pas est béni. Les faux apôtres prétendaient. encore que celui qui s'en tient uniquement à la foi est maudit, lui, prouve que celui qui s'en tient uniquement à la foi est béni. Comment donc vient-il à bout de prouver tout cela? Car il ne faut pas supposer que nous avancions cela à la légère. Pour vous en convaincre, écoutez avec soin ce qui va suivre.

Cette preuve, il l'avait déjà donnée auparavant quand il avait fait remarquer que l’Écriture avait dit au patriarche: «Toutes les nations de la terre seront bénies en vous ». Alors ce n'était pas la loi, mais la foi qui agissait, aussi poursuit-il son raisonnement en disant: « Ceux qui s'appuient sur la foi sont donc bénis avec le fidèle Abraham ». Afin qu'on ne retourne pas cet argument contre lui et qu'on ne lui dise pas : Il était naturel qu'il fût justifié par la foi, puisque la loi n'existait pas encore ; montre-nous la foi justifiant après que la loi a été établie, il va droit de ce côté, et prouve plus qu'on ne lui demande, en faisant voir que non seulement la foi justifiait, mais que la loi était une cause de malédiction pour ceux qui l'observaient. Et pour vous bien pénétrer de ce que j'avance, écoutez les propres paroles de l'apôtre : « Au lieu que tous ceux qui s'appuient sur les œuvres de la loi sont dans la malédiction». Mais ce n'est là qu'une affirmation, ce n'est pas encore une preuve. Vous demandez la preuve ? La loi elle-même nous la fournit : « Maudit soit quiconque ne demeure pas dans les préceptes de cette loi et ne les accomplit pas dans ses œuvres. Et il est clair que nul par la loi n'est justifié devant Dieu ». Car tous ont péché, et tous sont sous le coup de la malédiction. Mais il ne s'exprime pas en ces termes, pour ne pas paraître se contenter d'une simple affirmation, il a de nouveau recours au témoignage de l'Écriture qui, en peu de mots, porte une double conclusion, à savoir que nul n'a strictement observé la loi (ce qui entraîne comme conséquence la malédiction), et que la foi a le pouvoir de justifier. Ce témoignage où le prend-il? Chez le prophète Habacuc, qui a dit: « Le juste vivra de la foi ». (Ha. II, 4) Ce passage montre non seulement que la foi a le pouvoir de justifier, mais encore que la loi n'a pas le pouvoir de sauver. Nul, dit Paul, n'avait observé la loi, et tous par cela même étaient sous le coup de la malédiction, c'est alors que la foi vint nous offrir un moyen facile d'échapper au sort qui nous menaçait, et c'est là une preuve considérable que la loi était impuissante à nous fournir des moyens de justification. Car le prophète n'a pas dit : Le juste vivra de la loi, mais bien : « Vivra de la foi ».

« Or, la loi ne s'appuie point sur la foi; au contraire elle dit : Celui qui observera ces préceptes y trouvera la vie ». La loi, dit-il, n'exige pas seulement la foi, mais aussi les œuvres, tandis que la grâce résultant de la foi sauve et justifie. Avez-vous remarqué comme il a prouvé que ceux qui s'attachent à la loi se trouvent, par l'impossibilité où ils sont de l'observer exactement, sous le coup de la malédiction? Comment se fait-il que la foi ait cette puissance de justifier? C'est ce qu'il a expliqué auparavant, et en s'appuyant sur des considérations très fortes. Comme la loi ne pouvait fournir à l'homme les moyens de se justifier, la foi vint nous offrir un remède singulièrement efficace en rendant possible ce qui par l'effet de la loi ne l'était pas. Si donc l’Écriture dit que « Le juste vivra de la foi », dénonçant ainsi l'insuffisance de la loi pour ce qui concerne le salut, et si Abraham a pu se justifier par la foi, il est évident que l'efficacité de la foi est grande. Il est clair aussi que celui qui ne sort pas de la loi est maudit, et que celui qui s'attache à la foi est justifié. Mais, dira-t-on, comment pourras-tu nous prouver que la malédiction ne subsiste plus? — Abraham vivait avant la loi, mais nous qui avons été ses esclaves, qui avons vécu sous son joug, nous avons à lui rendre compte de notre conduite et nous méritons d'être frappés de la malédiction. Quel est donc celui qui nous a soustrait à ce danger? — Voyez comme il s'empresse de répondre à cette observation, et sa réponse est décisive. Celui qui a été une fois justifié, qui est mort à la loi, qui s'est fait une vie nouvelle, comment pourrait-il encourir la malédiction ? Cependant il ne se contente pas de cette réponse, et s'y prenant d'une autre manière pour réfuter ses adversaires, il écrit : « Mais Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, s'étant rendu lui-même malédiction pour nous, selon qu'il est écrit : Maudit est celui qui est pendu au bois ».

Le peuple pouvait encourir une autre malédiction, celle qui est conçue en ces termes « Maudit soit quiconque ne demeure pas dans les préceptes de cette loi, et qui ne les accomplit pas dans ses œuvres ». (Dt. XXVII, 26) Que prouve cela? Que le peuple avait encouru la malédiction, car il n'était pas resté dans les préceptes de la loi, et il n'y avait pas un homme qui l'eût observée en entier. A la place de cette malédiction le Christ a substitué l'autre : « Maudit soit celui qui est pendu au bois ». Celui qui était pendu au bois était maudit, celui qui transgressait la loi était aussi maudit, or Jésus qui se préparait à nous délivrer de la malédiction ne devait pas l'encourir, et à la place de celle-ci, il fallait qu'il en encourût une autre. Ce qu'il fit, il se soumit à la première et par elle détruisit la seconde, celle qui résultait de la non observation de la loi. Et, de même qu'un homme innocent s'offrant pour mourir à la place d'un homme condamné à mort, le soustrait au châtiment, de, même Jésus s'est dévoué pour nous. Comme il n'avait pas encouru la malédiction. de la transgression de la loi, il se soumit à l'autre genre de malédiction pour délivrer les hommes de celte qu'ils avaient encourue : « Car il n'avait pas commis de péché, et la ruse n'avait pas trouvé place sur ses lèvres». (Is. LIII, 9)

De même que par sa mort il a préservé de la mort ceux qui allaient mourir, de même en attirant sur lui-même la malédiction, il l'a détournée de dessus la tête des hommes. « Afin que la bénédiction donnée à Abraham fût communiquée aux gentils. » Comment aux gentils? « En ta postérité », dit le Seigneur, « toutes les nations seront bénies » (Gn. XXII, 18), c'est-à-dire en Jésus-Christ. Si cela était dit des Juifs, serait-il rationnel que ceux qui, ont encouru la malédiction pour avoir violé la loi pussent transmettre la bénédiction aux autres hommes? Car nul parmi ceux qui sont maudits ne peut communiquer la bénédiction dont lui-même est exclu. Il est donc évident que ces paroles se rapportent entièrement à Jésus-Christ, c'est lui qui est la postérité d'Abraham, c'est par lui que les gentils ont été bénis, c'est ainsi que se réalise la promesse qui nous avait été faite au sujet du Saint-Esprit, et c'est ce que Paul voulait faire entendre quand il ajoutait : « Afin, qu'ainsi nous reçussions par la foi le Saint-Esprit qui avait été promis ». Comme il n'était pas possible que la grâce du Saint-Esprit parvînt aux gentils qui n'étaient en état ni de la recevoir, ni de la comprendre, Jésus commencé par les bénir et par les délivrer de la malédiction après quoi, une fois qu'ils sont justifiés par la foi, ils attirent à eux la grâce du Saint-Esprit. Ainsi donc la croix a détruit la malédiction, la foi a introduit la justification, et la justification nous a procuré la grâce du Saint-Esprit.

« Mes frères, je vais me servir du langage des hommes : Lorsqu'un homme a fait un  contrat en bonne forme, nul ne peut ni le casser, ni y introduire de nouveaux articles ». Que signifie ces mots : « Je vais me servir du langage des hommes? » Cela signifie qu'il va emprunter ses exemples à la vie commune. Comme il a jusqu'à présent appuyé ses raisonnements sur les Écritures, sur les miracles opérés par eux-mêmes, sur les épreuves du Christ, et sur les actes du patriarche Abraham, il va désormais prendre ses exemples dans la vie commune. C'est son invariable habitude, il donne ainsi plus de charme à sa parole, la rend plus accessible, plus intelligible pour les intelligences obtuses. Tel est aussi le tour qu'il prend dans sa lettre aux Corinthiens : « Quel est celui qui mène paître un troupeau, et n'en mange pas du lait? Qui est-ce qui plante une vigne et n'en mange point du fruit? » (I Cor. IX, 7) C'est encore de la même manière qu'il parle aux Hébreux : « Parce que le testament n'a lieu que par la mort, n'ayant point de force tant que le testateur est encore en vie». (Hé. IX, 17) Il serait facile de s'assurer qu'il s'est plu souvent à employer ce genre de preuves. C'est aussi de ce procédé que se sert continuellement le Seigneur dans l'Écriture, comme quand il dit : « Est-ce que la femme pourrait oublier son fils? » Et ailleurs : « Le vase dit-il au potier : Que fais-tu?» (Is XLIX, 45, et XXIX, 16.) Dans le livre d'Osée il parle comme un époux dédaigné par sa femme (Os. I, 2). Souvent il emprunte ses images à la vie humaine, comme lorsque le prophète reçoit une ceinture, ou pénètre sous le toit du potier (Jr. XVIII, 2). Que peut donc prouver Paul par cet exemple? Que la foi est plus ancienne, la loi plus nouvelle et seulement provisoire, et donnée aux hommes pour frayer la route à la foi. Voilà pourquoi il dit : « Frères, je vais me servir du langage des hommes». Plus haut, il les traitait d'insensés, et maintenant il les appelle ses frères, les consolant en même temps qu'il les frappe. « Lorsqu'un homme a fait un contrat en bonne forme ». Si un homme, dit-il, fait un testament, se trouvera-t-il quelqu'un qui vienne ensuite le modifier ou y ajouter quelque chose?, car tel est le sens de ces mots : « On y introduit de nouveaux articles ». Si cela est vrai des hommes, combien plus quand il s'agit de Dieu ! Et en faveur de qui Dieu avait-il fait son testament?

« Or les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L'Écriture ne dit pas:  A ceux de sa race, comme s'il en eût voulu  marquer plusieurs, mais, à sa race, c'est-à-dire à l'un de sa race, qui est Jésus-Christ. Ce que je veux donc dire est que Dieu ayant fait et autorisé comme un contrat en faveur de Jésus-Christ, la loi qui n'a été donnée que quatre cent trente ans après, n'a pu le rendre nul, ni en abroger la promesse. Car si c'est par la loi que l'héritage nous est donné; ce n'est donc plus par la promesse. Or, c'est, par la promesse que Dieu l'a donné à Abraham (16-18) ». Vous le voyez donc, Dieu a fait un contrat en faveur d'Abraham, en disant que les bénédictions parviendraient aux gentils par l'intermédiaire de sa race. Eh bien ! comment la loi peut-elle le défaire? Comme cet exemple ne convenait au sujet qu'en partie, l'apôtre avertit pour cette raison qu'il va « Se servir du langage des hommes ». C'est-à-dire, ne jugez pas de la générosité de Dieu par cet exemple seul, vous vous en feriez une idée trop étroite. Examinez et remontez plus haut, Dieu n'a-t-il pas annoncé à Abraham que les gentils seraient bénis par l'intermédiaire de sa race? Et sa race selon la chair, n'est-elle pas représentée par Jésus-Christ ? La loi n'est-elle pas venue quatre cent trente ans après? Or, si 1a loi transmet la bénédiction, et la vie, et la justification, la promesse reste sans effet. Quoi ! nul ne pourra casser le testament fait par un homme, et le testament du Seigneur sera cassé au bout de quatre cent trente ans ! Car si les dispositions contenues dans ce testament ne se réalisent pas par l'effet de ce testament, mais par une autre cause, c'est qu'il a été annulé, ce testament. Cela est-il admissible?

« Pourquoi donc », dit-il, « la loi a-t-elle été établie? à cause des prévarications ». Car la loi non plus n'a pas été créée en vain. Voyez-vous comme ses regards embrassent tout. On dirait qu'il a des yeux par milliers. Après avoir exalté la foi, et avoir montré qu'elle est plus ancienne, il ne veut pas que les Galates regardent la loi comme ayant été inutile, et il rectifie leur opinion à ce sujet, en expliquant qu'elle avait eu sa raison d'être et qu'elle avait eu une véritable utilité, à cause des prévarications, c'est-à-dire, parce qu'elle empêchait les Juifs de vivre sans rien qui les retînt, et de se laisser entraîner aux derniers excès du vice. Elle leur servait de frein, elle les formait, réglait leur conduite, les empêchait de violer, sinon toutes, au moins quelques-unes de ses prescriptions. De sorte que la loi n'a pas procuré peu d'avantages aux hommes. Mais jusqu'à quelle époque cela doit il durer? « Jusqu'à l'avènement de ce Fils que la promesse regarde », et ce Fils, c'est Jésus-Christ. Si donc elle a été donnée pour durer jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ, pourquoi vouloir mal à propos lui faire dépasser ce terme ? « Et cette loi a été donnée par les anges par l'entremise d'un médiateur ». Ou bien ce sont les prêtres qu'il appelle des anges, ou bien il veut dire que les anges eux-mêmes ont prêté. leur ministère à l'établissement de la loi. Pour lui le médiateur est le Christ, et il fait entendre qu'il existait avant la loi, et que c'est lui-même qui l'a donnée. « Or, un médiateur n'est pas d'un seul, et il n'y a qu'un, seul Dieu ».

Que vont répondre à cela les hérétiques? Si ces mots : « Le seul vrai Dieu » (Jn, XVII, 3) ne permettent pas de croire que le Fils soit le vrai Dieu, il faut aussi en conclure qu'il n'est pas Dieu, puisqu'il a été dit : « Il n'y a qu'un seul Dieu ». (Dt. VI, 4) Mais si, malgré ces mots : « Un seul Dieu, le Père » (I Cor. VIII, 6), le Fils ne laisse pas d'être Dieu, il est évident que le Père étant le vrai Dieu, le Fils est aussi le vrai Dieu. Mais un médiateur, dit-il, est le médiateur de deux personnes. De qui donc le Christ était-il le médiateur ? Bien évidemment il servait de médiateur entre Dieu et les hommes. Voyez-vous comme Paul démontre que le Christ lui-même a donné la loi? Si donc il a donné la loi lui-même, il a le droit de l'annuler. — « La loi donc est-elle contre les promesses de Dieu? » Car si les bénédictions nous ont été données. par l'intermédiaire de la race d'Abraham, et que la loi ait fait peser sa malédiction sur elle, elle s'est mise en contradiction avec les promesses de Dieu. Comment réfute-t-il cette objection ? D'abord il la repousse avec dégoût et s'écrie : « Loin de nous une telle supposition », puis il continue l'enchaînement de ses preuves et dit : « Car si la loi qui a été donnée avait pu donner la vie, on pourrait dire alors avec vérité que la justification s'obtiendrait par la loi ». Voici le sens de ses paroles : Si nous avions compté sur elle, dit-il, pour obtenir la vie, et si elle avait eu le pouvoir d'opérer notre salut, on aurait peut-être raison de parler ainsi ; mais si c'est la foi qui sauve, et que la loi attire la malédiction, nous ne pourrions rien perdre à l'avènement de la foi qui nous affranchit de tout. Si la promesse devait s'accomplir par l'intermédiaire dé la loi, on n'aurait pas tort de croire que s'écarter de la loi serait s'écarter de la justification. Mais si elle à été donnée pour nous circonscrire tous dans de certaines limites, c'est-à-dire, pour confondre notre négligence, pour nous faire sentir nos fautes, non seulement elle n'empêche pas l'effet de la promesse, mais encore elle en favorise l'accomplissement. C'est ce qu'il veut prouver quand il dit : « Mais l'Écriture a comme renfermé tous les hommes sous le péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi de Jésus-Christ à ceux qui croiraient en lui ».

Comme les Juifs n'avaient pas conscience de leurs propres péchés, et que dans cet état ils ne. désiraient pas s'en faire absoudre, Dieu leur donna la loi qui leur révéla leurs blessures, et leur fit désirer l'intervention du médecin. « L'Écriture », dit-il, « les enferma sous le péché », c'est-à-dire, qu'elle les convainquit de péché, et les retint, en faisant naître la crainte chez eux. Vous voyez donc que la loi, au lieu d'être contraire aux promesses de Dieu, n'a fait qu'en hâter l'accomplissement. Si la loi en revendiquait pour elle seule l'exécution et la responsabilité, on serait fondé à présenter cette objection; mais si elle ne fait qu'obéir à une autre influence, à laquelle son action tout entière soit subordonnée, en quoi est-elle contraire aux promesses de Dieu? Sans elle, tous les hommes auraient abouti au vice, et parmi les Juifs il n'y en aurait pas eu un seul qui eût voulu écouter le Christ, tandis que, du jour où elle leur a été donnée, elle a produit un double résultat : elle a développé chez ceux qui l'observaient des germes suffisants de vertu, elle leur a donné conscience de leurs péchés, ce qui était le meilleur moyen de leur faire désirer la venue du Fils de Dieu. Aussi ceux qui n'ont pas cru en lui, n'ont pas cru, parce qu'ils ignoraient leurs propres péchés. Et voilà pourquoi Paul disait : « Parce que ne connaissant point la justification qui vient de Dieu, et s'efforçant d'établir leur propre justification, ils ne se sont point soumis à Dieu pour recevoir cette justification qui vient de lui ». (Rm. X, 3)

« Or, avant que la foi fût venue, nous étions sous la garde de la loi, qui nous tenait renfermés pour nous disposer à cette foi qui devait nous être. révélée un jour ». Voyez-vous avec quelle clarté il résume nos explications? S'il se sert de ces expressions : « Nous étions sous la garde, qui nous tenait renfermés », c'est qu'il ne veut pas prouver autre chose que ceci, à savoir qu'en observant les prescriptions de la loi on était en sûreté. Car la loi, en retenant les Juifs derrière la crainte, comme derrière un rempart, et en leur imposant un genre de vie en rapport avec elle-même, les conservait pour la foi. « Ainsi la loi nous a servi de conducteur, pour nous mener comme des enfants à Jésus-Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi ». Celui qui conduit les enfants. n'est pas le rival de celui qui les instruit, mais son coopérateur, car il préserve de tous les vices le jeune homme qui lui est confié, et fait tous ses efforts pour le rendre apte à profiter des leçons du maître. Mais quand le jeune homme est arrivé en pleine possession de lui-même, celui qui le conduisait s'éloigne pour toujours. Ce qui fait dire à Paul : « Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un conducteur comme des enfants, puisque vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ (25, 26) ». Si donc la loi remplissait l'office de pédagogue, et si elle nous a gardés et contenus, elle n'a pas été l'ennemie de la grâce, elle l'a aidée au contraire, mais si, après la venue de la grâce, elle persistait à nous garder sous sa direction, c'est alors qu'elle serait son ennemie. Si elle nous tenait enfermés, quand nous devons nous éloigner d'elle, c'est alors qu'elle nuirait à notre salut. Qu'une lampe, après nous avoir éclairés pendant la nuit, continue de briller pendant le jour de manière à nous empêcher de voir le soleil, elle nous importunera au lieu de nous rendre service; il en serait de même de la loi, si elle nous empêchait d'acquérir des biens plus grands. Par conséquent ceux qui l'observent aujourd'hui sont ceux qui la déprécient le plus. En effet, le pédagogue rend son élève ridicule quand il s'obstine, hors de propos, à le retenir près de lui. C'est pourquoi Paul a dit : « Mais la foi étant venue, vous n'êtes plus sous un conducteur comme des enfants ». Ainsi donc nous ne sommes plus sous un conducteur comme des enfants. « Car vous êtes tous enfants de Dieu ». Oh ! combien est grande la puissance de la foi, et comme il l'a fait ressortir à mesure qu'il avance ! D'abord il a prouvé aux Galates que la foi les rendait enfants d'Abraham : « Vous savez », leur dit-il, « que ceux qui observent la foi sont les fils d'Abraham ». Et maintenant il leur déclare qu'ils sont aussi les enfants de Dieu : « Car tous vous êtes enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ »,  par la foi et non par la loi. Ensuite, après avoir prononcé cette grande et admirable parole, il expose de quelle manière ils sont devenus les enfants de Dieu.

Car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ ». Pourquoi n'a-t-il pas dit Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous êtes nés de Dieu? Car il semble que cela eût dû faire suite aux raisonnements par lesquels il leur prouve qu'ils sont enfants de Dieu. — Parce qu'il veut faire sur eux une impression plus forte. Car si Jésus-Christ est le Fils de Dieu, et que vous, vous soyez revêtus de Jésus-Christ, vous le possédez en vous-mêmes, vous devenez semblables à lui, vous êtes réunis dans une seule et même parenté, sous une seule et même forme. « Il n'y a plus maintenant ni Juif ni gentil, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme; mais vous n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ ». Voyez-vous l'inépuisable ambition de ce grand cœur ? Il a dit : « Nous sommes les enfants de « Dieu par le moyen de la foi», il ne s'en tient pas là, il s'efforce à trouver quelque chose de plus, une parole qui exprime plus clairement notre étroite union avec Jésus-Christ. Il a dit « Vous avez été revêtus de Jésus-Christ»; cela ne lui suffit pas, il développe encore sa pensée, il resserre encore plus cette intime communion du chrétien avec Jésus-Christ, et dit « Vous n'êtes tous qu'un en Jésus ». C'est-à-dire, vous n'êtes qu'une seule forme, qu'un seul type en Jésus-Christ. Quoi de plus imposant qu'une telle parole? Le gentil et le Juif, et celui qui naguère encore était esclave, se trouvent posséder la même forme, non pas que celle de l'ange ou celle de l'archange, mais que celle du Maître du monde, et portent en eux Jésus-Christ. « Que si vous êtes à Jésus-Christ, vous êtes donc la race d'Abraham, et les héritiers selon la promesse ». Voyez-vous comme il fait ressortir maintenant ce qu'il disait d'abord au sujet de la race d'Abraham, que les bénédictions de Dieu lui avaient été données à lui, ainsi qu'à sa race ?

Lire la suite

La Sainte Famille

9 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

La Sainte Famille

Introït

Le père du juste tressaille d’allégresse ; que ton père et ta mère se réjouisse, et que celle qui t’a enfanté tressaille d’allégresse. Que votre demeure est aimable, Seigneur des armées ; mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur.

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, qui étant soumis à Marie et à Joseph, avez consacré la vie domestique par des vertus ineffables, faites que, grâce au secours de l’un et de l’autre, nous soyons instruits par les exemples de votre sainte famille, et que nous obtenions d’être en sa compagnie pendant l’éternité.

Épitre Col. 3, 12-17

Mes Frères : comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, et patience, vous supportant les uns les autres et vous pardonnant réciproquement, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre. Comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos cœurs ; soyez reconnaissants. Que la parole du Christ demeure en vous avec abondance, de telle sorte que vous vous instruisiez et vous avertissiez les uns les autres en toute sagesse : sous l’inspiration de la grâce que vos cœurs s’épanchent vers Dieu en chants, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels. En quoi que ce soit que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.

Évangile Lc. 2, 42-52

Quand Jésus eut douze ans, comme ils étaient montés selon la coutume de la fête, et qu’ils s’en retournaient, le temps étant passé, l’enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne le surent pas. Pensant qu’il était avec la caravane, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils s’en retournèrent à Jérusalem en le recherchant. Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ils furent stupéfaits, et sa mère lui dit : "Mon enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela ? Voyez, votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés." Et il leur répondit : "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans les choses de mon Père ?" Mais ils ne comprirent pas la parole qu’il leur dit. Et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses en son cœur. Et Jésus progressait en sagesse, en taille et en grâce, auprès de Dieu et des hommes.

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, cette hostie de propitiation avec d’ardentes supplications, afin que nos familles soient fermement établies dans votre paix et votre grâce en vertu de l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et du bienheureux Joseph.

Office

Au deuxième nocturne.

Des Lettres apostoliques de Léon XIII, Pape.

Quatrième leçon. Quand vint le temps fixé par ses décrets pour l’accomplissement de la grande œuvre du relèvement de l’humanité, que les siècles depuis longtemps attendaient, le Dieu de miséricorde en disposa l’ordre et l’économie de telle sorte que les débuts de cette œuvre offrissent au monde l’auguste spectacle d’une famille divinement constituée, en laquelle tous les hommes pussent contempler l’exemplaire le plus parfait de la société domestique, ainsi que de toute vertu et sainteté. Telle fut en effet cette famille de Nazareth, où, (avant de répandre sur toutes les nations la splendeur de sa pleine lumière), le Soleil de justice, c’est-à-dire le Christ, Dieu, notre Sauveur, demeura caché avec la Vierge sa Mère et Joseph, l’homme très saint qui remplissait à l’égard de Jésus la charge paternelle. Quant aux mutuelles preuves d’amour, à la sainteté des mœurs, à l’exercice de la piété dans la société familiale et dans les rapports habituels de ceux qui vivent sous un même toit, on ne peut sans nul doute trouver à célébrer aucune vertu qui n’ait brillé en cette sainte famille destinée à en devenir le modèle pour les autres. Et la providence l’a ainsi établi selon son dessein plein de bonté, pour que tous les chrétiens quelle que soit leur condition ou leur patrie puissent facilement, s’ils tournent vers elle leur attention, avoir et l’exemple de a vertu, et une invitation à la pratiquer.
Cinquième leçon. Les pères de famille trouvent assurément en Joseph un modèle admirable de la vigilance et de la sollicitude paternelles ; les mères ont en la très sainte Vierge, mère de Dieu, un exemple insigne d’amour, de respect modeste et de la soumission d’une âme de foi parfaite ; les enfants auront au sein des familles, en Jésus soumis à ses parents, un divin exemple d’obéissance qu’ils admireront, honoreront, imiteront. Ceux qui sont nés dans la noblesse apprendront de cette famille de sang royal, à garder la modération dans la prospérité et la dignité dans les afflictions ; les riches reconnaîtront à son école qu’il faut estimer bien moins les richesses que les vertus. Quant aux ouvriers et à tous ceux qui ont tant à souffrir des soucis angoissants du soutien d’une famille ou d’une condition pauvre, s’ils jettent un regard sur les membres très saints de cette société domestique, il ne leur manquera, ni motif ni occasion de se réjouir du sort qui leur est échu plutôt que de s’en attrister. Leurs labeurs leur sont en effet communs avec la Sainte Famille et communs avec elle, les soins que leur imposent la vie quotidienne : Joseph lui aussi dût pourvoir, en gagnant son pain, à la subsistance des siens et, ce qui est plus admirable encore, des mains divines s’exercèrent elles-mêmes aux travaux d’un art mécanique. Il n’est donc pas très étonnant que des hommes pleins de sagesse ayant des richesses en abondances aient voulu y renoncer pour choisir la pauvreté et s’y trouver unis à Jésus, Marie et Joseph.
Sixième leçon. C’est à bon droit que pour tous ces motifs le culte de la Sainte Famille qui s’est promptement établi parmi les catholiques, prend chaque jour de nouveaux accroissements comme le prouvent, soit les associations chrétiennes instituées sous le vocable de la Sainte Famille, soit les honneurs singuliers qui lui sont rendus et surtout les privilèges et les faveurs spirituelles accordés par nos prédécesseurs pour exciter envers elle le zèle de la piété. Ce culte a donc été en grand honneur depuis le dix-septième siècle et propagé de tous côtés dans l’Italie la France et la Belgique ; il s’est répandu dans presque toute l’Europe, puis il a passé les vastes plaines de l’Océan et s’est étendu par la région canadienne dans l’Amérique pour y fleurir sous les plus heureux auspices. C’est qu’en effet on ne peut rien envisager de plus salutaire et de plus utile aux familles chrétiennes que l’exemple de la sainte Famille, lequel comprend la perfection et l’ensemble de toutes les vertus domestiques. Implorés ainsi au sein des familles, Jésus, Marie et Joseph, leur viendront en aide ; ils y entretiendront la charité, y régleront les mœurs et en provoqueront les membres à l’imitation de leur vertu ; leur secours adoucira et rendra supportables les mortelles épreuves qui de tous côtés nous menacent. – Pour augmenter encore le culte de la sainte Famille, le Pape Léon XIII a ordonné de consacrer les familles chrétiennes à cette famille sacrée, et Benoît .XV a étendu son office et sa messe à l’Église universelle.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bernard, Abbé.

Septième leçon. « Et il leur était soumis ». Qui était soumis ? et à qui ? Un Dieu, à des hommes ! Oui, le Dieu à qui les Anges sont soumis, à qui les Principautés et les Puissances obéissent, était soumis à Marie ; et non seulement à Marie, mais aussi à Joseph à cause de Marie. Admire donc l’un et l’autre, et vois ce qui te paraît plus admirable, de la très gracieuse condescendance du Fils ou de la très glorieuse dignité de ses parents. Dés deux côtés, sujet d’étonnement ; des deux côtés, miracle. Qu’un Dieu obéisse à la créature humaine, voilà une humilité sans exemple, et que la créature humaine commande à un Dieu, voilà une sublimité sans égale. Dans les louanges décernées aux vierges, on chante ceci en particulier qu’elles suivent l’Agneau partout où il va. Eh bien, de quelles louanges ne jugez-vous pas digne celui qui va même devant lui ?
Huitième leçon. Homme, apprends à obéir ! Terre, apprends à accepter la subordination ! Poussière, apprends à te soumettre ! L’évangéliste a dit en parlant de ton Créateur : « Et il leur était soumis » ; il n’est pas douteux que ce ne soit à Marie et à Joseph. Rougis, cendre orgueilleuse ! Un Dieu s’abaisse, et toi, tu t’élèves ! Un Dieu se soumet aux hommes et toi, cherchant à dominer les hommes, tu te mets au-dessus de ton Créateur ! En effet, chaque fois que je désire parmi les hommes la prééminence, chaque fois je m’efforce de passer avant Dieu ; et alors vraiment je ne goûte pas ce qui est de Dieu. Car c’est de lui qu’il a été dit : « Et il leur était soumis ». O homme, si tu ne daignes pas imiter l’exemple d’un homme, il ne sera certes pas indigne de toi de suivre ton Créateur. Si tu ne peux, sans doute, le suivre partout où il ira, daigne au moins le suivre jusqu’où il a voulu descendre pour toi.
Neuvième leçon. Si tu ne peux marcher dans le sentier sublime de la virginité, suis au moins ton Dieu dans la voie très sûre de l’humilité. Si quelques-uns, tout en étant vierges, se sont écartés de cette voie droite, eux non plus, pour dire la vérité, ne suivent pas l’Agneau partout où il va. L’humble qui est souillé suit l’Agneau, l’orgueilleux qui est vierge le suit aussi, mais aucun des deux ne le suit partout où il va : le premier ne pouvant s’élever à la pureté de l’Agneau qui est sans tache, et le second ne daignant pas descendre à la douceur de cet Agneau qui s’est tu, non seulement devant celui qui le tondait, mais encore devant son bourreau. Et pourtant le pécheur, en s’humiliant, a choisi un meilleur parti que celui de l’orgueilleux qui est vierge, puisque l’humble satisfaction de celui-là efface sa souillure, tandis que l’orgueil de celui-ci souille sa pureté.

Tertullien observe que la première et la plus ancienne Église est au ciel, où, dans la divine Trinité, nous trouvons les deux notes essentielles de notre Église, c’est-à-dire l’unité dans la pluralité : l’unité d’essence et la trinité de personnes.

Descendu parmi nous pour le salut du genre humain, le Verbe de Dieu ne voulut pas adopter un genre de vie solitaire qui le mît en dehors de la société des hommes, mais, reproduisant ici-bas ce que la Trinité était de toute éternité dans les cieux, il se forma, au moyen du mariage virginal de Marie et de Joseph, une société ou église domestique au seul de laquelle il daigna naître et passer la plus grande partie de sa vie mortelle. Les descendants d’Adam étaient solidaires du péché de leur premier père et cela avait été la cause de la ruine du monde ; il convenait donc que la Rédemption se fît elle aussi en vertu de la solidarité unissant les croyants au Rédempteur et que les fidèles en expérimentassent les fruits, grâce à une société nouvelle et surnaturelle, qui est l’Église.

Pour cette raison, quand saint Paul traite du pacte conjugal entre les fidèles, il l’appelle un grand mystère ou sacrement, qu’il explique immédiatement en disant qu’il se rapporte à cette première union entre le Christ et l’Église, prototype et modèle de l’union de l’homme et de la femme dans la grâce du Nouveau Testament. Sacramentum hoc magnum est ; ego autem dico in Christo et in Ecclesia. Le Christ et l’Église, voilà le mystère ou sacrement qui s’appuie et se forme précisément, comme à son point de départ, sur la société domestique de Jésus, Marie et Joseph, dont notre Église n’est que la continuation.

Dès l’antiquité, la liturgie romaine a consacré les premières semaines après Noël à la méditation des mystères de la vie domestique de Jésus. Aujourd’hui même, dans la messe dominicale, se présente la péricope évangélique du recouvrement de Jésus parmi les docteurs du temple. Toutefois le génie de la dévotion moderne qui, aux vastes synthèses des anciens, préfère l’étude particularisée de tous les détails du grand tableau de la Rédemption, ne pouvait manquer de créer une solennité distincte en l’honneur de la sainte Famille de Nazareth. La fête paraissait d’autant plus opportune que, depuis un demi-siècle, pour saper et supprimer le catholicisme par les bases, tout le travail des sectes et des gouvernements libéraux s’était concentré dans la déchristianisation de la famille. Pour paralyser un si grand mal, Léon XIII, après sa splendide encyclique sur le mariage chrétien, voulut aussi offrir aux familles catholiques un modèle à imiter et une céleste protection à qui elles devraient se confier ; il institua donc la fête de la sainte Famille de Nazareth, avec un appareil liturgique solennel d’hymnes et de lectures, et il la fixa au IIIe dimanche après l’Épiphanie.

Survint la réforme de Pie X qui en partie abrogea, en partie transféra à des dates fixes, toutes les solennités mobiles annexées au dimanche.

Lire la suite

IIIème jour dans l’Octave de l’Épiphanie

8 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

IIIème jour dans l’Octave de l’Épiphanie

Office

Au premier nocturne.

De l’Épître aux Romains. Cap. 12, 1-16.

Première leçon. Je vous conjure donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d’offrir vos corps en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu, pour que votre culte soit raisonnable. Et ne vous conformez point à ce siècle, mais réformez-vous par le renouvellement de votre esprit, afin que vous connaissiez combien la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite. Car je dis en vertu de la grâce qui m’a été donnée, à tous ceux qui sont parmi vous, de ne pas être sages plus qu’il ne faut, mais de l’être avec modération, et selon la mesure de la foi que Dieu a départie à chacun.
Deuxième leçon. Car, comme dans un seul corps nous avons beaucoup de membres, et que tous les membres n’ont point la même fonction, ainsi, quoique beaucoup, nous sommes un seul corps en Jésus-Christ, étant tous en particulier tes membres les uns des autres. C’est pourquoi, comme nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été donnée, que celui qui a reçu le don de prophétie (en use) selon l’analogie de la foi ; que celui qui est appelé au ministère, s’y applique ; que celui qui a reçu le don d’enseigner, enseigne ; que celui qui a te don d’exhorter, exhorte ; que celui qui fait l’aumône, (la fasse) avec simplicité ; que celui qui préside soit attentif ; que celui qui exerce les œuvres de miséricorde fies exerce) avec joie.

Troisième leçon. Charité sans déguisement, ayant le mal en horreur, vous attachant au bien ; vous aimant mutuellement d’un amour fraternel ; vous honorant les uns les autres avec prévenance ; empressés au devoir, fervents d’esprit ; servant le Seigneur ; vous réjouissant par l’espérance ; patients dans la tribulation ; persévérants dans la prière ; dans les besoins des saints, partageant avec eux ; aimant donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, et ne maudissez point ; réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent ; vous unissant tous dans les mêmes sentiments ; n’aspirant point à ce qui est élevé, mais vous inclinant vers ce qu’il y a de plus humble.

Au deuxième nocturne.

Du sermon de saint Augustin, évêque.

Quatrième leçon. De tant de rois qui sont nés et qui sont morts parmi les Juifs, en est-il aucun autre que des Mages aient cherché pour l’adorer ? Non, et c’est qu’il n’en est aucun autre que leur ait fait connaître le langage des cieux. N’oublions pas toutefois combien ce rayonnement de la vérité dans l’esprit des Mages atteste et fait ressortir l’aveuglement des Juifs. Les premiers venaient voir le Messie dans le pays de ceux-ci, et ceux-ci ne l’y reconnaissaient point.

Cinquième leçon. Les Mages le trouvèrent parmi les Juifs sous la forme d’un enfant, et les Juifs refusèrent de croire en lui quand ils le virent parmi eux. Accourus de loin, des étrangers adorèrent, dans la Judée, le Christ entant qui ne prononçait encore aucune parole ; et eux, ses concitoyens, le crucifièrent dans la vigueur de l’âge et lorsqu’il faisait des miracles. Les uns l’adorèrent comme leur Dieu, malgré la faiblesse de ses petits membres, et les autres n’épargnèrent pas même son humanité, malgré la grandeur de ses œuvres : ils restèrent incrédules, comme si c’eût été un moindre prodige de voir le soleil s’obscurcir au moment de sa mort, que de voir une nouvelle étoile briller à sa nativité.

Sixième leçon. Remarquons aussi que l’étoile qui conduisit les Mages au lieu où était le Dieu-enfant avec la Vierge sa mère, et qui pouvait assurément les conduire jusqu’à la ville où il était né, disparut néanmoins et ne se montra plus à eux, jusqu’à ce qu’ils eussent interrogé les Juifs au sujet de la cité où devait naître le Christ. Or ceux-ci la nommèrent d’après le témoignage des divines Écritures, et dirent eux-mêmes : A Bethléem de Juda, car voici ce qui est écrit : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre des principales villes de Juda, puisque de toi sortira le Chef qui conduira mon peuple d’Israël ». La divine Providence ne voulait-elle pas nous montrer par là que les Juifs ne conserveraient plus que les saints livres, et qu’ils s’en serviraient pour éclairer les Gentils, et s’aveugler eux-mêmes ?

Au troisième nocturne.

De l’Homélie de S.Grégoire, Pape.

Septième leçon. Les Mages offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or convient à un roi ; l’encens est offert à Dieu dans les sacrifices ; avec la myrrhe, on ensevelit les corps des défunts. Par ces présents mystiques, les Mages font connaître quel est celui qu’ils adorent : par l’or, ils déclarent qu’il est Roi ; par l’encens, qu’il est Dieu ; par la myrrhe, qu’il est mortel. Il y a des hérétiques qui croient à sa divinité, mais qui n’admettent point qu’il règne en tous lieux. Ceux-là, sans doute, lui offrent l’encens, mais ils ne veulent pas lui offrir aussi l’or. D’autres reconnaissent qu’il est Roi, mais nient qu’il soit Dieu. Ceux-ci, sans doute, lui offrent l’or, mais ils refusent d’offrir l’encens.

Huitième leçon. D’autres hérétiques encore confessent qu’il est Dieu et Roi, mais nient qu’il ait pris une chair mortelle. Ceux-là lui offrent, à la vérité, et de l’or et de l’encens, mais ils ne veulent pas offrir la myrrhe, emblème de l’humanité dont il s’est revêtu. Pour nous, offrons donc au Seigneur nouveau-né de l’or, en reconnaissant que c’est lui qui règne en tous lieux ; offrons-lui de l’encens, en tenant pour certain que celui qui a apparu dans le temps était Dieu dès avant tous les temps ; offrons-lui de la myrrhe, en croyant qu’impassible dans sa divinité, il a été mortel dans notre chair.

Neuvième leçon. On peut attribuer à l’or, l’encens et la myrrhe encore d’autres significations. Car l’or désigne aussi la sagesse ; Salomon l’atteste, lui qui dit : « Un trésor désirable repose dans la bouche du sage. » Par l’encens que l’on consume devant Dieu est exprimée la vertu de la prière, selon ces paroles du Psalmiste : « Que ma prière soit dirigée comme un encens en votre présence. » La myrrhe figure la mortification de notre chair ; d’où vient que la sainte Église dit au sujet de ses travailleurs qui ont combattu pour Dieu jusqu’à la mort : « Mes mains ont distillé la myrrhe. »

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Le grand Mystère de l’Alliance du Fils de Dieu avec son Église universelle, représentée dans l’Épiphanie par les trois Mages, fut pressenti dans tous les siècles qui précédèrent la venue de l’Emmanuel. La voix des Patriarches et des Prophètes le fit retentir par avance ; et la Gentilité elle-même y répondit souvent par un écho fidèle.

Dès le jardin des délices, Adam innocent s’écriait, à l’aspect de la Mère des vivants sortie de son côté : « C’est ici l’os de mes os, la chair de ma chair ; l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à son épouse ; et ils seront deux dans une même chair. » La lumière de l’Esprit-Saint pénétrait alors l’âme de notre premier père ; et, selon les plus profonds interprètes des mystères de l’Écriture, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme, il célébrait l’Alliance du Fils de Dieu avec l’Église, sortie par l’eau et le sang de son côté ouvert sur la croix ; avec l’Église, pour l’amour de laquelle il descendit de la droite de son Père, et s’anéantissant jusqu’à la forme de serviteur, semblait avoir quitté la Jérusalem céleste, pour habiter parmi nous dans ce séjour terrestre.

Le second père dû genre humain, Noé, après avoir vu l’arc de la miséricorde annonçant au ciel le retour des faveurs de Jéhovah, prophétisa sur ses trois fils l’avenir du monde. Cham avait mérité la disgrâce de son père ; Sem parut un moment le préféré : il était destiné à l’honneur de voir sortir de sa race le Sauveur de la terre ; cependant, le Patriarche, lisant dans l’avenir, s’écria : « Dieu dilatera l’héritage de Japhet ; et il habitera sous les tentes de Sem. » Et nous voyons peu à peu dans le cours des siècles l’ancienne alliance avec le peuple d’Israël s’affaiblir, puis se rompre ; les races sémitiques chanceler, et bientôt tomber dans l’infidélité ; enfin le Seigneur embrasser toujours plus étroitement la famille de Japhet, la gentilité occidentale, si longtemps délaissée, placer à jamais dans son sein le Siège de la religion, l’établir à la tête de l’espèce humaine tout entière.

Plus tard, c’est Jéhovah lui-même qui s’adresse à Abraham, et lui prédit l’innombrable génération qui doit sortir de lui. « Regarde le ciel, lui dit-il ; compte les étoiles, si tu peux : tel sera le nombre de tes enfants. » En effet, comme nous l’enseigne l’Apôtre, plus nombreuse devait être la famille issue de la foi du Père des croyants, que celle dont il était la source par Sara ; et tous ceux qui ont reçu la foi du Médiateur, tous ceux qui, avertis par l’Étoile, sont venus à lui comme à leur Seigneur, tous ceux-là sont les enfants d’Abraham.

Le Mystère reparaît de nouveau dans le sein même de l’épouse d’Isaac. Elle sent avec effroi deux fils se combattre dans ses entrailles. Rébecca s’adresse au Seigneur, et il lui est répondu : « Deux peuples sont dans ton sein ; ils s’attaqueront l’un l’autre ; le second surmontera le premier, et l’aîné servira le plus jeune. » Or, ce plus jeune, cet enfant indompté, quel est-il, selon l’enseignement de saint Léon et de l’Évêque d’Hippone, sinon ce peuple gentil qui lutte avec Juda pour avoir la lumière, et qui, simple fils de la promesse, finit par l’emporter sur le fils selon la chair ?

C’est maintenant Jacob, sur sa couche funèbre, ayant autour de lui ses douze fils, pères des douze tribus d’Israël, assignant d’une manière prophétique le rôle à chacun dans l’avenir. Le préféré est Juda ; car il sera le roi de ses frères, et de son sang glorieux sortira le Messie. Mais l’oracle finit par être aussi effrayant pour Israël, qu’il est consolant pour le genre humain tout entier. « Juda, tu garderas le sceptre ; ta race sera une race de rois, mais seulement jusqu’au jour où viendra Celui qui doit être envoyé, Celui qui sera l’attente des Nations. »

Après la sortie d’Égypte, quand le peuple d’Israël entra en possession de la terre promise, Balaam s’écriait, la face tournée vers le désert tout couvert des tentes et des pavillons de Jacob : « Je le verrai, mais non encore ; je le contemplerai, mais plus tard. Une Étoile sortira de Jacob ; une royauté s’élèvera au milieu d’Israël. » Interrogé encore par le roi infidèle, Balaam ajouta : « Oh ! Qui vivra encore quand Dieu fera ces choses ? Ils viendront d’Italie sur des galères ; ils soumettront les Assyriens ; ils dévasteront les Hébreux, et enfin ils périront eux-mêmes. » Mais quel empire remplacera cet empire de fer et de carnage ? Celui du Christ qui est l’Étoile, et qui seul est Roi à jamais.

David est inondé des pressentiments de ce grand jour. A chaque page, il célèbre la royauté de son fils selon la chair ; il nous le montre armé du sceptre, ceint de l’épée, sacré par le Père des siècles, étendant sa domination d’une mer à l’autre ; puis il amène à ses pieds les Rois de Tharsis et des îles lointaines, les Rois d’Arabie et de Saba, les Princes d’Éthiopie. Il célèbre leurs offrandes d’or et leurs adorations.

Dans son merveilleux épithalame, Salomon vient ensuite décrire les délices de l’union céleste de l’Époux divin avec l’Église ; et cette Épouse fortunée n’est point la Synagogue. Le Christ l’appelle avec tendresse pour la couronner ; mais sa voix s’adresse à celle qui habitait au delà des confins delà terre du peuple de Dieu. « Viens, dit-il, ma fiancée, viens du Liban ; descends des sommets d’Amana, des hauteurs de Sanir et d’Hermon ; sors des retraites impures des dragons, quitte les montagnes qu’habitent les léopards. » Et cette fille de Pharaon ne se trouble pas de dire : Je suis noire » ; car elle peut ajouter qu’elle a été rendue belle par la grâce de son Époux.

Le Prophète Osée se lève ensuite, et il dit au nom du Seigneur : « J’ai choisi un homme, et il ne m’appellera plus Baal désormais. J’ôterai de sa bouche ce nom de Baal, et il ne s’en souviendra plus. Je m’unirai à toi pour jamais, homme nouveau ! Je sèmerai ta race par toute la terre ; j’aurai pitié de celui qui n’avait point connu la miséricorde ; à celui qui n’était pas mon peuple, je dirai : mon peuple ! Et il me répondra : mon Dieu ! »

A son tour, le vieux Tobie, du sein de la captivité, prophétisa avec magnificence ; mais la Jérusalem qui doit recevoir les Juifs délivrés par Cyrus, disparaît à ses yeux, à l’aspect d’une autre Jérusalem plus brillante et plus belle. « Nos frères qui sont dispersés, dit-il, reviendront dans la terre d’Israël ; la maison de Dieu se rebâtira. Tous ceux qui craignent Dieu viendront s’y retirer ; les Gentils même laisseront leurs idoles, et viendront en Jérusalem, et ils y habiteront, et tous les rois de la terre y fixeront leur séjour avec joie, accourus pour adorer le Roi d’Israël. »

Et si les nations doivent être broyées, dans la justice de Dieu, pour leurs crimes, c’est pour arriver ensuite au bonheur d’une alliance éternelle avec Jéhovah. Car voici ce qu’il dit lui-même, par son Prophète Sophonie : « Ma justice est de rassembler les nations, de réunir en faisceau les royaumes, et je répandrai sur elles mon indignation, et tout le feu de ma colère ; la terre entière en sera dévorée. Mais ensuite je donnerai aux peuples une langue choisie, afin qu’ils invoquent tous le Nom du Seigneur, et qu’ils portent tous ensemble mon joug. Jusqu’au delà des fleuves de l’Éthiopie, ils m’invoqueront ; les fils de mes races dispersées viendront m’apporter des présents. »

Le Seigneur avait déjà dénoncé ses oracles de miséricorde par la bouche d’Ézéchiel : « Un seul Roi commandera à tous, dit Jéhovah ; il n’y aura plus deux nations, ni deux royaumes. Ils ne se souilleront plus avec leurs idoles ; dans les lieux mêmes où ils ont péché, je les sauverai ; ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu. Il n’y aura qu’un Pasteur pour eux tous. Je ferai avec eux une alliance de paix, un pacte éternel ; je les multiplierai, et mon sanctuaire sera au milieu d’eux à jamais. »

C’est pourquoi Daniel, après avoir prédit les Empires que devait remplacer l’Empire Romain, ajoute : « Mais le Dieu du ciel suscitera à son tour un Empire qui jamais ne sera détruit, et dont le sceptre ne passera point à un autre peuple. Cet Empire envahira tous ceux qui l’ont précédé ; et lui, il durera éternellement. »

Quant aux ébranlements qui doivent précéder rétablissement du Pasteur unique, et de ce sanctuaire éternel qui doit s’élever au centre de la Gentilité, Aggée les prédit en ces termes : « Encore un peu de temps, et j’ébranlerai le ciel, la terre et la mer ; je mêlerai toutes les nations ; et alors viendra le Désiré de toutes les nations. »

Il faudrait citer tous les Prophètes pour donner tous les traits du grand spectacle promis au monde par le Seigneur au jour où, se ressouvenant des peuples, il devait les appeler aux pieds de son Emmanuel. L’Église nous a fait entendre Isaïe dans l’Épître de la Fête, et le fils d’Amos a surpassé ses frères.

Si maintenant nous prêtons l’oreille aux voix qui montent vers nous du sein de la Gentilité, nous entendons ce cri d’attente, l’expression de ce désir universel qu’avaient annoncé les Prophètes hébreux. La voix des Sibylles réveilla l’espérance au cœur des peuples ; jusqu’au sein de Rome même, le Cygne de Mantoue consacre ses plus beaux vers à reproduire leurs consolants oracles : « Le dernier âge, dit-il, l’âge prédit par la Vierge de Cumes est arrivé ; une nouvelle série des temps va s’ouvrir ; une race nouvelle descend a du ciel. A la naissance de cet Enfant, l’âge de fer suspend son cours ; un peuple d’or s’apprête à couvrir la terre. Les traces de nos crimes seront effacées ; et les terreurs qui assiégeaient le monde se dissiperont. »

Et comme pour répondre aux vains scrupules de ceux qui craignent de reconnaître, avec saint Augustin et tant d’autres saints Docteurs, la voix des traditions antiques s’énonçant par la bouche des Sibylles : Cicéron, Tacite, Suétone, philosophes et historiens gentils, viennent nous attester que le genre humain, dans leurs temps, attendait un Libérateur ; que ce Libérateur devait sortir, non seulement de l’Orient, mais de la Judée ; que les destinées d’un Empire qui devait renfermer le monde entier étaient sur le point de se déclarer.

Ils partageaient cette universelle attente de votre arrivée, ô Emmanuel, ces Mages aux yeux desquels vous fîtes apparaître l’Étoile ; et c’est pour cela qu’ils ne perdirent pas un instant, et se mirent tout aussitôt en route vers le Roi des Juifs dont la naissance leur était annoncée. Tant d’oracles s’accomplissaient en eux ; mais s’ils en recevaient les prémices, nous en possédons le plein effet. L’alliance est conclue, et nos âmes, pour l’amour desquelles vous êtes descendu du ciel, sont à vous ; l’Église est sortie de votre flanc divin, avec le sang et l’eau ; et tout ce que vous faites pour cette Épouse prédestinée, vous l’accomplissez en chacun de ses enfants fidèles. Fils de Japhet, nous avons dépossédé la race de Sem qui nous fermait ses tentes ; le droit d’aînesse dont jouissait Juda nous a été déféré. Notre nombre, de siècle en siècle, tend à égaler le nombre des étoiles. Nous ne sommes plus dans les anxiétés de l’attente ; l’astre s’est levé, et la Royauté qu’il annonçait ne cessera jamais de répandre sur nous ses bienfaits. Les Rois de Tharsis et des îles, les Rois d’Arabie et de Saba, les Princes de l’Éthiopie sont venus, portant des présents ; mais toutes les générations les ont suivis. L’Épouse, établie dans tous ses honneurs, ne se souvient plus des sommets d’Amana, ni des hauteurs de Sanir et d’Hermon, où elle gémissait dans la compagnie des léopards ; elle n’est plus noire , mais elle est belle , sans taches, ni rides, et digne de l’Époux divin. Elle a oublié Baal pour jamais ; elle parle avec amour la langue que Jéhovah lui a donnée. L’unique Pasteur paît l’unique troupeau ; le dernier Empire poursuit ses destinées jusqu’à l’éternité.

C’est vous, ô divin Enfant, qui venez nous apporter tous ces biens et recevoir tous ces hommages. Croissez, Roi des rois, sortez bientôt de votre silence. Quand nous aurons goûté les leçons de votre humilité, parlez en maître ; César-Auguste règne depuis assez longtemps ; assez longtemps Rome païenne s’est crue éternelle. Il est temps que le trône de la force cède la place au trône de la charité, que la Rome nouvelle s’élève sur l’ancienne. Les nations frappent à la porte et demandent leur Roi ; hâtez le jour où elles n’auront plus à venir vers vous, mais où votre miséricorde doit les aller chercher par la prédication apostolique. Montrez-leur Celui à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre ; montrez-leur la Reine que vous leur avez choisie. De l’humble demeure de Nazareth, du pauvre réduit de Bethléhem, que l’auguste Marie s’élève bientôt, sur les ailes des Anges, jusqu’au trône de miséricorde, du haut duquel elle protégera tous les peuples et toutes les générations.

Nous emprunterons maintenant aux diverses Églises quelques-uns des Cantiques dans les quels elles célèbrent l’Épiphanie du Seigneur. Le Prince des poètes de la Liturgie latine, Prudence, va chanter le voyage des Mages à Bethléhem.

HYMNE.
Au sein de l’Empire persan, de cette contrée où se lève le soleil, des Mages, investigateurs habiles, aperçoivent l’étendard du Roi.
A peine a-t-il brillé aux cieux que les autres sphères pâlissent : l’étoile du matin, malgré sa beauté, n’ose se montrer auprès de lui.
« Quel est, disent les Mages, ce Roi qui commande aux astres, qui émeut les globes célestes, à qui la lumière et l’air obéissent ?
« Ce que nous voyons est le signe de Celui qui ne connaît pas de terme, le Dieu sublime, immense, sans limites, dont la durée précède celle du ciel et du chaos.
« Il est le Roi des nations, le Roi du peuple judaïque ; il fut promis au Patriarche Abraham et à sa race, dans les siècles.
« Ce premier Père des croyants, qui sacrifia son fils unique, connut que sa race serait un jour nombreuse comme les étoiles.
« Voici que la fleur de David s’élève sur la tige de Jessé ; la branche fleurit et devient un sceptre qui commande à l’univers. »
L’œil fixé au ciel, les Mages suivent en hâte le sillon de lumière que l’étoile leur traçait à l’horizon, pour régler sur la terre la voie qu’ils devaient suivre.
Le signe s’arrêta au-dessus de la tête de l’Enfant qu’ils cherchaient ; il abaissa son flambeau, et leur découvrit cette tête sacrée.
Les Mages le voient ; aussitôt ils ouvrent les trésors de l’Orient, et, prosternés, lui offrent i’encens, la myrrhe et l’or des rois.
Reconnais les illustres symboles de ta puissance et de ta royauté, Enfant, à qui le Père a conféré par avance une triple destinée.
L’or annonce le Roi, l’odeur suave de l’encens de Saba proclame le Dieu, la myrrhe présage le tombeau :
Tombeau par lequel ce Dieu, laissant périr son corps, et le ressuscitant après la sépulture, brisera la mort et ses cachots.

L’ancienne Église Gallicane nous fournit cette belle prière que nous empruntons à son antique Sacramentaire :

ORATIO.

O Dieu, qui êtes riche en miséricorde dans toutes vos œuvres ; Père de gloire, qui avez donné votre Fils pour être la lumière des nations, pour annoncer la Rédemption aux captifs, la vue aux aveugles : vous qui répandez les bienfaits avec tant de largesse, daignez nous accorder, parla foi, la rémission des péchés et une part entre les saints. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

Célébrons le mystère de la Naissance de notre Roi et de son alliance avec l’humanité, par cette Séquence de nos vieux Missels Romains-Français.

SÉQUENCE.
Le cours de l’année a ramené les solennités qu’appelaient nos vœux.
Que notre voix s’unisse aux concerts des Anges.
En ce jour, le Christ, comme un époux, est sorti du sanctuaire maternel.
Il s’élance comme un géant, pour parcourir la carrière de cette vie.
La milice des Anges chante : Gloire au plus haut des cieux !
Paix aux hommes sur la terre, aux hommes de bonne volonté !
Déjà se déroule une longue série de siècles ; le dernier âge prédit par la prophétesse de Cumes, l’âge delà vérité, s’ouvre aujourd’hui.
La Vierge redescend des cieux, ramenant avec elle des siècles nouveaux ; l’âge de fer s’arrête dans son cours ; l’âge d’or refleurit pour le monde.
Le soleil rallumé recommence à parcourir les signes ; il éclairera de nouveaux mois.
L’étoile de Balaam chasse les ténèbres de la nuit ; à sa lumière, les Mages s’ébranlent.
Les oracles des deux peuples de la Gentilité et de la race des Hébreux, s’accomplissent tous dans la Naissance du Christ.
Toutes les traces qu’avait laissées le crime, soit dans les temps anciens, soit dans l’âge récent, s’effacent en ce jour.
Enfantement merveilleux et nouveau ! Une Vierge, fidèle dans sa foi, a conçu un fruit divin.
La porte toujours fermée, s’ouvre pour le Seigneur,
Au moment où la Divinité revêt la nature de l’homme.
Conservez-nous, ô Christ, ces immenses bienfaits, si longtemps implorés de votre clémence. Amen.

L’Hymnographe sublime de l’Église de Syrie, saint Éphrem, continue de chanter les doux mystères de la Naissance du Sauveur.

HYMNE.
Les laboureurs des campagnes de Bethléhem vinrent à leur tour ; ils vénérèrent Celui qui venait sauver leur vie, et, dans leur allégresse, ils prophétisaient ainsi : « Salut, ô toi qui es appelé à cultiver nos champs ; toi fertiliseras les guérets de nos cœurs, et tu en ramasseras le froment dans le grenier de la vie. »
Les vignerons se présentèrent ensuite ; ils célébrèrent la Vigne sortie du tronc de Jessé, la Vigne qui de son cep sacré a produit la grappe virginale : « Divin vigneron, chantaient-ils, rends-nous notre arôme, en nous versant dans des vases dignes de ton vin nouveau qui régénère toutes choses ; viens rétablir ta vigne ; jusqu’ici elle j n’a produit que d’amers raisins ; greffe tes propres » rameaux sur ces ceps sauvages.
Les charpentiers vinrent à leur tour au fils de Joseph, à cause de Joseph leur frère : « Nous saluons ton heureuse naissance, ô Prince des artisans ! C’est toi qui e donnas à Noé le plan de son arche ; tu fus l’architecte de ce tabernacle qui fut fait à la hâte, et qui ne devait durer qu’un temps ; nos travaux célèbrent tes louanges. Sois notre gloire ; daigne faire toi-même le joug que nous voulons porter, doux et léger fardeau. »
Les nouveaux mariés saluèrent de concert le nouveau-né ; ils disaient : « Salut, ô Enfant dont la Mère a été l’épouse du Dieu de sainteté ! Heureuses les noces auxquelles tu assisteras ! Heureux les époux qui, manquant de vin, le n verront tout à coup abonder sur un signe de ta puissance ! »
Les petits enfants crièrent à leur tour : « Heureux sommes-nous de t’avoir pour frère, pour compagnon dans nos ébats ! Heureux o jour ! Heureux enfants, auxquels il est donné de dire tes louanges, arbre de vie, qui as daigné mettre ta cime en rapport avec notre taille enfantine. »
L’oracle était parvenu jusqu’aux oreilles des femmes, qu’une Vierge devait enfanter un jour ; chacune espérait pour elle-même l’honneur d’un tel enfantement : « Les plus nobles, les plus belles se flattaient de devenir ta mère. O Très-Haut ! Nous te bénissons d’avoir choisi une mère pauvre. »
Les jeunes filles qui lui furent présentées, prophétisaient aussi ; elles disaient : « Que je sois belle, que je sois difforme, que je sois pauvre, je n’en serai pas moins à toi : à toi je m’attacherai. Le lit d’un mortel jamais ne sera pour moi préférable à ta couche. »

A la gloire de Marie, nous chanterons cette gracieuse Séquence de nos antiques Églises du moyen âge :

SÉQUENCE.
Faisons retentir ce Salut, parole heureuse et douce, Salut par lequel devient le sanctuaire du Christ la Vierge qui est à la fois sa mère et sa fille.
A peine entend-elle ce Salut, qu’elle conçoit son divin Fils, la Vierge issue de David, le lis entre les épines.
Salut ! Mère du vrai Salomon, toison de Gédéon, vous dont les Mages honorent l’enfantement par une triple offrande.
Salut ! Vous qui avez enfanté le soleil. Salut ! vous qui, en donnant votre fruit, avez rendu à l’homme tombé la vie et la puissance.
Salut ! Épouse du Verbe souverain, port du navigateur, buisson mystérieux, nuage de parfums, Reine des Anges.
Nous vous en supplions, amendez-nous et nous recommandez à votre Fils, qui daigne nous donner l’éternelle joie ! Amen.
Lire la suite
Publicité

La voix de Pierre

7 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

La voix de Pierre
Méditation

Mais il y eut aussi des prophètes de mensonge dans le peuple, comme il y aura parmi vous des maîtres de mensonge, qui introduiront des hérésies menant à la perdition et renieront le Maître souverain qui les a rachetés. Ils préparent pour bientôt leur perdition.

Beaucoup les suivront dans leurs débauches ; à cause d'eux, suivre le chemin de la vérité fera l'objet d'outrages, et dans leur cupidité, ils vous exploiteront par des discours factices ; leur condamnation est en cours depuis longtemps, et leur perdition n'est pas en sommeil.

Car Dieu n'a pas épargné les anges qui avaient péché, mais il les a livrés, enchaînés, aux ténèbres infernales, où ils sont gardés pour le jugement.

Il n'a pas non plus épargné le monde des origines, mais, quand il a fait venir le déluge sur le monde des impies, il a protégé huit personnes, dont Noé qui proclamait la justice.

Il a condamné aussi les villes de Sodome et Gomorrhe à la catastrophe en les réduisant en cendres ; il en a fait un exemple pour montrer aux impies ce qui les attend.

Mais il a délivré Loth, le juste, accablé par la conduite débauchée de ces gens dévoyés :
en effet, avec ce qu'il voyait et entendait, ce juste, en habitant au milieu d'eux, mettait, jour après jour, son âme de juste à la torture, à cause de leurs actions contraires à la loi.

Le Seigneur peut donc délivrer de l'épreuve ceux qui pratiquent la piété, mais les injustes, il les garde pour le jour du jugement afin de les punir, ceux-là surtout qui, par convoitise impure, suivent les inclinations de la chair et dédaignent la seigneurie de Dieu. Présomptueux, arrogants, ils outragent sans trembler les anges appelés « Gloires », alors que d'autres anges, supérieurs en force et en puissance, ne portent pas contre ceux-ci un jugement outrageant de la part du Seigneur.
Ces gens-là sont comme des bêtes privées de raison, engendrées par la nature pour être capturées et détruites ; outrageant ce qu'ils ignorent, ils seront détruits comme ces bêtes seront détruites ; ils subiront l'injustice comme salaire de leur injustice. Ils pensent trouver leur plaisir à vivre dans les délices en plein jour, ils ne sont que taches et défauts, en se délectant de leurs tromperies quand ils font bombance avec vous.

Ils ont les yeux remplis du désir d'adultère et sont insatiables de péchés. Ils séduisent les âmes mal affermies, ils ont le cœur exercé à la cupidité : ce sont des enfants de malédiction.

Abandonnant le droit chemin, ils se sont égarés en s'engageant sur le chemin de Balaam fils de Bosor ; celui-ci fut heureux de recevoir un salaire d'injustice, mais il reçut une leçon pour sa transgression : une bête de somme sans voix s'est mise à parler avec une voix humaine et s'est opposée à la folie du prophète.

Ces gens-là sont des sources sans eau, des brumes chassées par la tempête ; l'obscurité des ténèbres leur est réservée.

En proférant des énormités vides de sens, ils séduisent, par des convoitises nées de la chair, par les débauches, ceux qui viennent à peine d'échapper aux gens qui vivent dans l'égarement.
Ils leur promettent la liberté, alors qu'eux-mêmes sont esclaves de la corruption : on est, en effet, esclave de ce qui vous domine.

Car si des hommes, par la vraie connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, ont échappé aux souillures du monde, et qu'ils se trouvent à nouveau empêtrés et dominés par elles, leur état est pire à la fin qu'au début.

Il aurait mieux valu pour eux ne pas avoir connu le chemin de la justice que de l'avoir connu et de s'être détournés du saint commandement qui leur avait été transmis.

Il leur arrive ce que dit en vérité le proverbe : Le chien retourne à son vomissement, et : La truie, sitôt lavée, se vautre dans la boue.

 

 Bien-aimés, c'est déjà la deuxième lettre que je vous écris. Dans l'une et l'autre, je fais appel à votre mémoire, afin de réveiller en vous une intelligence claire, pour que vous vous souveniez des paroles dites à l'avance par les saints prophètes, et du commandement de vos apôtres, qui est celui du Seigneur et Sauveur.

Sachez d'abord que, dans les derniers jours, des moqueurs viendront avec leurs moqueries, allant au gré de leurs convoitises, et disant : « Où en est la promesse de son avènement ? En effet, depuis que les pères se sont endormis dans la mort, tout reste pareil depuis le début de la création. »
En prétendant cela, ils oublient que, jadis, il y avait des cieux, ainsi qu'une terre sortie de l'eau et constituée au milieu de l'eau grâce à la parole de Dieu.

Par ces mêmes éléments, le monde d'alors périt dans les eaux du déluge.

Mais les cieux et la terre de maintenant, la même parole les réserve et les garde pour le feu, en vue du jour où les hommes impies seront jugés et périront.

Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour.

Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu'il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion.

Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu'on a fait ici-bas, ne pourra y échapper.

Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l'avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion.

Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c'est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.

C'est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu'on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.

Et dites-vous bien que la longue patience de notre Seigneur, c'est votre salut, comme vous l'a écrit également Paul, notre frère bien-aimé, avec la sagesse qui lui a été donnée.

C'est ce qu'il dit encore dans toutes les lettres où il traite de ces sujets ; on y trouve des textes difficiles à comprendre, que torturent des gens sans instruction et sans solidité, comme ils le font pour le reste des Écritures : cela les mène à leur propre perdition.

Quant à vous, bien-aimés, vous voilà prévenus ; prenez garde : ne vous laissez pas entraîner dans l'égarement des gens dévoyés, et n'abandonnez pas l'attitude de fermeté qui est la vôtre.

Mais continuez à grandir dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur, Jésus Christ. À lui la gloire, dès maintenant et jusqu'au jour de l'éternité. Amen.  2 P. 2, 3



 

 

Lire la suite

Epiphanie du Seigneur

6 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

Epiphanie du Seigneur

Collecte

O Dieu, qui avez révélé en ce jour votre Fils unique aux païens par l’apparition d’une étoile : faites dans votre miséricorde que, vous connaissant déjà par la foi, nous soyons amenés à vous contempler dans l’éclat de votre majesté.

Lecture Is. 60, 1-6

Lève-toi, et resplendis, Jérusalem ! Car ta lumière paraît, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et une sombre obscurité les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, et sa gloire se manifeste sur toi. Les nations marchent vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever. Lève tes regards autour de toi, et vois : Tous se rassemblent, ils viennent à toi ; tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Tu le verras alors, et tu seras radieuse ; ton cœur tressaillira et se dilatera ; car les richesses de la mer se dirigeront vers toi, les trésors des nations viendront à toi. Des multitudes de chameaux te couvriront, les dromadaires de Madian et d’Epha ; tous ceux de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens, et publieront les louanges du Seigneur.

Évangile Mt. 2, 1-12

Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem, disant : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus l’adorer." Ce que le roi Hérode ayant appris, il fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et il s’enquit auprès d’eux où devait naître le Christ. Ils lui dirent : "A Bethléem de Judée, car ainsi a-t-il été écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un chef qui paîtra Israël, mon peuple." Alors Hérode, ayant fait venir secrètement les mages, s’enquit avec soin auprès d’eux du temps où l’étoile était apparue. Et il les envoya à Bethléem en disant : "Allez, informez-vous exactement au sujet de l’enfant, et lorsque vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j’aille l’adorer." Ayant entendu les paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient allait devant eux, jusqu’à ce que, venant au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s’arrêta. A la vue de l’étoile, ils eurent une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, (Ici on se met à genoux) et, se prosternant, ils l’adorèrent ; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Et ayant été avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Secrète

Jetez une regard bienveillant, nous vous en supplions, Seigneur, sur les dons de votre Église, laquelle ne vous offre plus ni l’or, ni l’encens, ni la myrrhe, mais Celui que figuraient ces offrandes, qui a été immolé et qui s’est fait notre nourriture, Jésus-Christ votre Fils, Notre-Seigneur.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. « Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes bien-aimés, je le dis encore, réjouissez-vous » ; puisque peu de temps après la solennité de la Nativité de Jésus-Christ, la fête de sa manifestation brille à son tour : et celui que la Vierge a enfanté le vingt-cinq décembre, le monde l’a reconnu aujourd’hui. Le Verbe fait chair a disposé son entrée dans le monde de telle manière que l’enfant Jésus fut manifesté aux fidèles et caché à ses persécuteurs. Alors déjà « les cieux racontèrent la gloire de Dieu, et le bruit de la vérité se répandit dans toute la terre, » quand une armée d’Anges apparut aux pasteurs pour leur annoncer la naissance du Sauveur, et qu’une étoile servit de guide aux Mages pour le venir adorer. L’avènement du véritable Roi fut ainsi manifesté avec éclat du levant au couchant, car les royaumes de l’Orient apprirent des Mages les éléments de la foi, et ils ne restèrent pas cachés à l’empire romain.
Cinquième leçon. La cruauté d’Hérode, voulant étouffer dans le berceau le Roi qui lui était suspect, servait, à son insu, à cette diffusion de la foi. Tandis qu’il s’appliquait à faire réussir un crime détestable, et qu’il cherchait à envelopper dans un massacre général l’enfant qui lui restait inconnu, le bruit de ce massacre divulguait en tous lieux la naissance du maître du ciel. La nouvelle s’en répandit d’autant plus promptement et d’autant mieux, que le prodige d’un signe dans le ciel était plus nouveau, et l’impiété du persécuteur plus cruelle. Alors aussi le Sauveur fut porté en Égypte, pour que ce peuple attaché à d’anciennes erreurs fût préparé, par une grâce secrète, à recevoir son prochain salut, et afin qu’avant même d’avoir banni ses vieilles superstitions, ce pays reçût pour hôte la vérité même.

Sixième leçon. Reconnaissons donc, mes bien-aimés, dans les Mages adorateurs du Christ, les prémices de notre vocation et de notre foi, et célébrons avec des cœurs pleins de joie les débuts de cette heureuse espérance. Car dès ce moment nous avons commencé à entrer dans l’héritage céleste ; depuis lors les passages mystérieux des saintes Écritures qui se rapportaient au Christ ont été découverts pour nous, et la vérité que l’aveuglement des Juifs n’accepte pas, a répandu sa lumière dans toutes les Nations. Honorons donc ce très saint jour en lequel l’Auteur de notre salut s’est fait connaître, et Celui que les Mages ont adoré petit enfant dans une crèche, adorons-le, tout-puissant dans les Cieux. Et, comme les Rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur, cherchons de même à trouver dans nos cœurs des dons qui méritent d’être offerts à Dieu.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Comme vous l’avez entendu, mes très chers frères, dans la lecture de l’Évangile, un roi de la terre se troubla à la naissance du Roi des Cieux : c’est parce que les grandeurs terrestres sont confondues, lorsque celles du Ciel viennent à paraître. Mais nous devons chercher pour quel motif, à la naissance du Rédempteur, un Ange apparut aux pasteurs dans la Judée, tandis que ce ne fut pas un Ange, mais une étoile, qui servit de guide aux Mages de l’Orient, pour venir l’adorer. Ce fut, sans doute, parce que les Juifs, usant de la raison pour connaître le vrai Dieu, il était juste qu’un Ange, c’est-à-dire une créature raisonnable, leur annonçât la nativité du Sauveur ; quant aux Gentils, qui ne savaient pas se servir de leur raison, ils sont amenés à connaître le Seigneur, non par une voix, mais par des signes matériels. C’est pourquoi saint Paul a dit : « Les prophéties sont données aux fidèles, non aux infidèles ; mais les signes sont pour les infidèles, non pour les fidèles. » Aussi les prophéties ont-elles été annoncées aux pasteurs qui étaient Juifs, comme à des fidèles, et les signes ont-ils été donnés aux Mages, comme à des infidèles et non comme à des fidèles.
Huitième leçon. Il faut remarquer que lorsque notre Rédempteur aura atteint l’âge d’homme parfait, les Apôtres le prêcheront à ces mêmes Gentils, tandis que lorsqu’il est enfant, et ne se sert pas encore pour parler de ses organes corporels, c’est une étoile qui l’annonce à la Gentilité. L’ordre de la raison voulait sans doute que ce fussent des prédicateurs qui parlassent pour nous faire connaître le Seigneur quand lui-même eut parlé, et que des éléments muets l’annonçassent lorsqu’il ne parlait pas encore. Mais nous devons considérer, au souvenir de tous les prodiges qui ont paru, et à la naissance et à la mort du Seigneur, quelle fut la dureté de cœur de ceux des Juifs qui ne le reconnurent, ni au don de prophétie ni à ses miracles.
Neuvième leçon. Tous les éléments ont rendu témoignage à la venue de leur Auteur. Et, pour en parler selon le langage usité parmi les hommes, les cieux ont reconnu qu’il était Dieu, puisqu’aussitôt ils ont envoyé l’étoile. La mer l’a reconnu, car elle s’est affermie sous ses pas. La terre l’a reconnu, puisqu’elle a tremblé, quand il expirait. Le soleil l’a reconnu puisqu’alors il a caché les rayons de sa lumière. Les rochers et les murailles l’ont reconnu, puisqu’au moment de sa mort, ils se sont fendus. L’enfer l’a reconnu, car il a rendu à la liberté les morts qu’il renfermait. Et cependant, celui que tous les éléments insensibles ont reconnu pour leur Seigneur, les cœurs des Juifs infidèles ne l’ont pas reconnu comme Dieu, et plus durs que les rochers ils n’ont pas voulu s’ouvrir à la pénitence.

 La Fête de l’Épiphanie est la suite du mystère de Noël ; mais elle se présente, sur le Cycle chrétien, avec une grandeur qui lui est propre. Son nom qui signifie Manifestation, indique assez qu’elle est destinée à honorer l’apparition d’un Dieu au milieu des hommes !

Ce jour, en effet, fut consacré durant plusieurs siècles à fêter la Naissance du Sauveur ; et lorsque, vers l’an 376, les décrets du Saint-Siège obligèrent toutes les Églises à célébrer désormais, avec Rome, le mystère de la Nativité au 25 décembre, le 6 janvier ne fut pas entièrement déshérité de son antique gloire. Le nom d’Épiphanie lui resta avec la glorieuse mémoire du Baptême de Jésus-Christ, dont une tradition fixe l’anniversaire à ce jour.

L’Église Grecque donne à cette Fête le vénérable et mystérieux nom de Théophanie, si célèbre dans l’antiquité pour signifier une Apparition divine. On trouve ce nom dans Eusèbe, dans saint Grégoire de Nazianze, dans saint Isidore de Péluse ; il est le propre titre de la Fête dans les livres liturgiques de l’Église Grecque.

Les Orientaux appellent encore cette solennité les saintes Lumières, à cause du Baptême que l’on conférait autrefois en ce jour, en mémoire du Baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain. On sait que le Baptême est appelé dans les Pères illumination, et ceux qui l’ont reçu illuminés.

Enfin, nous nommons familièrement, en France, cette fête la Fête des Rois, en souvenance des Mages, dont la venue à Bethléhem est particulièrement solennisée aujourd’hui.

L’Épiphanie partage avec les Fêtes de Noël, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, l’honneur d’être qualifiée de jour très saint, au Canon de la Messe ; et on la range parmi les fêtes cardinales, c’est-à-dire parmi les solennités sur lesquelles repose l’économie de l’Année liturgique. Une série de six Dimanches emprunte d’elle son nom, comme d’autres successions dominicales se présentent sous le titre de Dimanches après Pâques, Dimanches après la Pentecôte.

Par suite de la Convention faite en 1801 entre Pie VII et le Gouvernement français, le légat Caprara procéda à une réduction des fêtes, et la piété des fidèles en vit, à regret, supprimer un grand nombre. Il y eut des solennités qui ne furent pas supprimées, mais dont la célébration fut remise au Dimanche suivant. L’Épiphanie est de celles qui subirent ce sort ; et toutes les fois que le 6 janvier n’est pas un Dimanche, nos Églises voient retarder jusqu’au Dimanche suivant les pompes qui accompagnent un si grand jour dans tout l’univers catholique. Espérons que des jours meilleurs luiront enfin sur notre Église, et qu’un avenir plus heureux nous rendra les joies dont la sage condescendance du Saint-Siège nous a sevrés pour un temps.

Ce jour de l’Épiphanie du Seigneur est donc véritablement un grand jour ; et l’allégresse dans laquelle nous a plongés la Nativité du divin Enfant doit s’épanouir, tout de nouveau, dans cette solennité. En effet, ce second rayonnement de la Fête de Noël nous montre la gloire du Verbe incarné dans une splendeur nouvelle ; et sans nous faire perdre de vue les charmes ineffables du divin Enfant, il manifeste dans tout l’éclat de sa divinité le Sauveur qui nous a apparu dans son amour. Ce ne sont plus seulement les bergers qui sont appelés par les Anges à reconnaître le VERBE FAIT CHAIR, c’est le genre humain, c’est la nature entière que la voix de Dieu même convie à l’adorer et à l’écouter.

Or, dans les mystères de sa divine Épiphanie, trois rayons du Soleil de justice descendent jusqu’à nous. Ce sixième jour de janvier, sur le cycle de Rome païenne, fut assigné à la célébration du triple triomphe d’Auguste, auteur et pacificateur de l’Empire ; mais lorsque notre Roi pacifique, dont l’empire est sans limites et pour jamais, eut décidé, par le sang de ses martyrs, la victoire de son Église, cette Église jugea, dans la sagesse du ciel qui l’assiste, qu’un triple triomphe de l’Empereur immortel devait remplacer, sur le Cycle régénéré, les trois triomphes du fils adoptif de César.

Le six janvier restitua donc au vingt-cinq décembre la mémoire de la Naissance du Fils de Dieu ; mais, en retour, trois manifestations de la gloire du Christ vinrent s’y réunir dans une même Épiphanie : le mystère des Mages, venus d’Orient sous la conduite de l’Étoile, pour honorer la Royauté divine de l’Enfant de Bethléhem ; le mystère du Baptême du Christ, proclamé Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la voix même du Père céleste ; enfin le mystère de la puissance divine de ce même Christ, transformant l’eau en vin, au festin symbolique des Noces de Cana. Le jour consacré à la mémoire de ces trois prodiges est-il en même temps l’anniversaire de leur accomplissement ? Cette question est débattue entre les savants. Dans ce livre, où notre but n’est autre que de favoriser la piété des fidèles, nous n’entrerons point dans ces discussions purement critiques ; nous nous contenterons de dire que l’adoration des Mages a eu lieu en ce jour même, d’après le sentiment si grave de Baronius, de Suarez, de Théophile Raynaud, d’Honoré de Sainte-Marie, du cardinal Gotti, de Sandini, et d’une infinité d’autres, à l’opinion desquels se joint expressément le suffrage éclairé de Benoît XIV. Le Baptême du Christ, au six janvier, est un fait reconnu par les critiques les plus exigeants, par Tillemont lui-même, et qui n’a été contesté que par une imperceptible minorité d’écrivains. Quant au miracle des Noces de Cana, la certitude du jour précis de son accomplissement est moins grande, bien qu’il soit impossible de démontrer que ce prodige n’ait pas eu lieu le six janvier. Mais il suffit aux enfants de l’Église que leur Mère ait fixé la mémoire de ces trois manifestations dans la Fête d’aujourd’hui, pour que leurs cœurs applaudissent aux triomphes du divin Fils de Marie.

Si nous considérons maintenant en détail le multiple objet de la solennité, nous remarquons d’abord que l’adoration des Mages est celui des trois mystères que la sainte Église Romaine honore aujourd’hui avec le plus de complaisance. La majeure partie des chants de l’Office et de la Messe est employée à le célébrer ; et les deux grands Docteurs du Siège Apostolique, saint Léon et saint Grégoire, ont paru vouloir y insister presque uniquement, dans leurs Homélies sur cette fête, quoiqu’ils confessent avec saint Augustin, saint Paulin de Nole, saint Maxime de Turin, saint Pierre Chrysologue, saint Hilaire d’Arles, et saint Isidore de Séville, la triplicité du mystère de l’Épiphanie. La raison de la préférence de l’Église Romaine pour le mystère de la Vocation des Gentils, vient de ce que ce grand mystère est souverainement glorieux à Rome, qui, de chef de la gentilité qu’elle était jusqu’alors, est devenue le chef de l’Église chrétienne et de l’humanité, par la vocation céleste qui appelle en ce jour tous les peuples à l’admirable lumière de la foi, en la personne des Mages.

L’Église Grecque ne fait point aujourd’hui une mention spéciale de l’adoration des Mages ; elle a réuni ce mystère à celui de la Naissance du Sauveur dans ses Offices pour le jour de Noël. Toutes ses louanges, dans la présente solennité, ont pour objet unique le Baptême de Jésus-Christ.

Ce second mystère de l’Épiphanie est célébré en commun avec les deux autres par l’Église latine, au six janvier. Il en est fait plusieurs fois mention dans l’Office d’aujourd’hui ; mais la venue des Mages au berceau du Roi nouveau-né attirant surtout l’attention de Rome chrétienne en cette journée, il a été nécessaire, pour que le mystère de la sanctification des eaux fût dignement honoré, d’en attacher la mémoire à un autre jour. L’Octave de l’Épiphanie a été choisie par l’Église d’Occident pour honorer spécialement le Baptême du Sauveur.

Le troisième mystère de l’Épiphanie étant aussi un peu offusqué par l’éclat du premier, quoiqu’il soit plusieurs fois rappelé dans les chants de la Fête, sa célébration spéciale a été pareillement remise à un autre jour, savoir au deuxième Dimanche après l’Épiphanie.

Plusieurs Églises ont réuni au mystère du changement de l’eau en vin celui de la multiplication des pains, qui renferme en effet plusieurs analogies avec le premier, et dans lequel le Sauveur manifesta pareillement sa puissance divine ; mais l’Église Romaine, en tolérant cet usage dans les rites Ambrosien et Mozarabe, ne l’a jamais reçu, pour ne pas déroger au nombre de trois qui doit marquer sur le Cycle les triomphes du Christ, au six janvier ; et aussi parce que saint Jean nous apprend, dans son Évangile, que le miracle de la multiplication des pains eut lieu aux approches de la Fête de Pâques : ce qui ne pourrait convenir en aucune façon à l’époque de l’année où l’on célèbre l’Épiphanie.

Pour la disposition des matières, dans cette solennité, nous garderons l’ordre suivant. Aujourd’hui, nous honorerons avec l’Église les trois mystères à la fois ; dans le cours de l’Octave, nous contemplerons le mystère de la venue des Mages ; nous vénérerons le Baptême du Sauveur, au jour même de l’Octave ; et nous traiterons le mystère des Noces de Cana, au deuxième Dimanche après la fête, jour auquel l’Église a réuni, dans ces derniers temps, avec une parfaite harmonie, la solennité du très saint Nom de Jésus.

 

 La Fête de l’Épiphanie est la suite du mystère de Noël ; mais elle se présente, sur le Cycle chrétien, avec une grandeur qui lui est propre. Son nom qui signifie Manifestation, indique assez qu’elle est destinée à honorer l’apparition d’un Dieu au milieu des hommes !

Ce jour, en effet, fut consacré durant plusieurs siècles à fêter la Naissance du Sauveur ; et lorsque, vers l’an 376, les décrets du Saint-Siège obligèrent toutes les Églises à célébrer désormais, avec Rome, le mystère de la Nativité au 25 décembre, le 6 janvier ne fut pas entièrement déshérité de son antique gloire. Le nom d’Épiphanie lui resta avec la glorieuse mémoire du Baptême de Jésus-Christ, dont une tradition fixe l’anniversaire à ce jour.

L’Église Grecque donne à cette Fête le vénérable et mystérieux nom de Théophanie, si célèbre dans l’antiquité pour signifier une Apparition divine. On trouve ce nom dans Eusèbe, dans saint Grégoire de Nazianze, dans saint Isidore de Péluse ; il est le propre titre de la Fête dans les livres liturgiques de l’Église Grecque.

Les Orientaux appellent encore cette solennité les saintes Lumières, à cause du Baptême que l’on conférait autrefois en ce jour, en mémoire du Baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain. On sait que le Baptême est appelé dans les Pères illumination, et ceux qui l’ont reçu illuminés.

Enfin, nous nommons familièrement, en France, cette fête la Fête des Rois, en souvenance des Mages, dont la venue à Bethléhem est particulièrement solennisée aujourd’hui.

L’Épiphanie partage avec les Fêtes de Noël, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, l’honneur d’être qualifiée de jour très saint, au Canon de la Messe ; et on la range parmi les fêtes cardinales, c’est-à-dire parmi les solennités sur lesquelles repose l’économie de l’Année liturgique. Une série de six Dimanches emprunte d’elle son nom, comme d’autres successions dominicales se présentent sous le titre de Dimanches après Pâques, Dimanches après la Pentecôte.

Par suite de la Convention faite en 1801 entre Pie VII et le Gouvernement français, le légat Caprara procéda à une réduction des fêtes, et la piété des fidèles en vit, à regret, supprimer un grand nombre. Il y eut des solennités qui ne furent pas supprimées, mais dont la célébration fut remise au Dimanche suivant. L’Épiphanie est de celles qui subirent ce sort ; et toutes les fois que le 6 janvier n’est pas un Dimanche, nos Églises voient retarder jusqu’au Dimanche suivant les pompes qui accompagnent un si grand jour dans tout l’univers catholique. Espérons que des jours meilleurs luiront enfin sur notre Église, et qu’un avenir plus heureux nous rendra les joies dont la sage condescendance du Saint-Siège nous a sevrés pour un temps.

Ce jour de l’Épiphanie du Seigneur est donc véritablement un grand jour ; et l’allégresse dans laquelle nous a plongés la Nativité du divin Enfant doit s’épanouir, tout de nouveau, dans cette solennité. En effet, ce second rayonnement de la Fête de Noël nous montre la gloire du Verbe incarné dans une splendeur nouvelle ; et sans nous faire perdre de vue les charmes ineffables du divin Enfant, il manifeste dans tout l’éclat de sa divinité le Sauveur qui nous a apparu dans son amour. Ce ne sont plus seulement les bergers qui sont appelés par les Anges à reconnaître le VERBE FAIT CHAIR, c’est le genre humain, c’est la nature entière que la voix de Dieu même convie à l’adorer et à l’écouter.

Or, dans les mystères de sa divine Épiphanie, trois rayons du Soleil de justice descendent jusqu’à nous. Ce sixième jour de janvier, sur le cycle de Rome païenne, fut assigné à la célébration du triple triomphe d’Auguste, auteur et pacificateur de l’Empire ; mais lorsque notre Roi pacifique, dont l’empire est sans limites et pour jamais, eut décidé, par le sang de ses martyrs, la victoire de son Église, cette Église jugea, dans la sagesse du ciel qui l’assiste, qu’un triple triomphe de l’Empereur immortel devait remplacer, sur le Cycle régénéré, les trois triomphes du fils adoptif de César.

Le six janvier restitua donc au vingt-cinq décembre la mémoire de la Naissance du Fils de Dieu ; mais, en retour, trois manifestations de la gloire du Christ vinrent s’y réunir dans une même Épiphanie : le mystère des Mages, venus d’Orient sous la conduite de l’Etoile, pour honorer la Royauté divine de l’Enfant de Bethléhem ; le mystère du Baptême du Christ, proclamé Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la voix même du Père céleste ; enfin le mystère de la puissance divine de ce même Christ, transformant l’eau en vin, au festin symbolique des Noces de Cana. Le jour consacré à la mémoire de ces trois prodiges est-il en même temps l’anniversaire de leur accomplissement ? Cette question est débattue entre les savants. Dans ce livre, où notre but n’est autre que de favoriser la piété des fidèles, nous n’entrerons point dans ces discussions purement critiques ; nous nous contenterons de dire que l’adoration des Mages a eu lieu en ce jour même, d’après le sentiment si grave de Baronius, de Suarez, de Théophile Raynaud, d’Honoré de Sainte-Marie, du cardinal Gotti, de Sandini, et d’une infinité d’autres, à l’opinion desquels se joint expressément le suffrage éclairé de Benoît XIV. Le Baptême du Christ, au six janvier, est un fait reconnu par les critiques les plus exigeants, par Tillemont lui-même, et qui n’a été contesté que par une imperceptible minorité d’écrivains. Quant au miracle des Noces de Cana, la certitude du jour précis de son accomplissement est moins grande, bien qu’il soit impossible de démontrer que ce prodige n’ait pas eu lieu le six janvier. Mais il suffit aux enfants de l’Église que leur Mère ait fixé la mémoire de ces trois manifestations dans la Fête d’aujourd’hui, pour que leurs cœurs applaudissent aux triomphes du divin Fils de Marie.

Si nous considérons maintenant en détail le multiple objet de la solennité, nous remarquons d’abord que l’adoration des Mages est celui des trois mystères que la sainte Église Romaine honore aujourd’hui avec le plus de complaisance. La majeure partie des chants de l’Office et de la Messe est employée à le célébrer ; et les deux grands Docteurs du Siège Apostolique, saint Léon et saint Grégoire, ont paru vouloir y insister presque uniquement, dans leurs Homélies sur cette fête, quoiqu’ils confessent avec saint Augustin, saint Paulin de Nole, saint Maxime de Turin, saint Pierre Chrysologue, saint Hilaire d’Arles, et saint Isidore de Séville, la triplicité du mystère de l’Épiphanie. La raison de la préférence de l’Église Romaine pour le mystère de la Vocation des Gentils, vient de ce que ce grand mystère est souverainement glorieux à Rome, qui, de chef de la gentilité qu’elle était jusqu’alors, est devenue le chef de l’Église chrétienne et de l’humanité, par la vocation céleste qui appelle en ce jour tous les peuples à l’admirable lumière de la foi, en la personne des Mages.

L’Église Grecque ne fait point aujourd’hui une mention spéciale de l’adoration des Mages ; elle a réuni ce mystère à celui de la Naissance du Sauveur dans ses Offices pour le jour de Noël. Toutes ses louanges, dans la présente solennité, ont pour objet unique le Baptême de Jésus-Christ.

Ce second mystère de l’Épiphanie est célébré en commun avec les deux autres par l’Église latine, au six janvier. Il en est fait plusieurs fois mention dans l’Office d’aujourd’hui ; mais la venue des Mages au berceau du Roi nouveau-né attirant surtout l’attention de Rome chrétienne en cette journée, il a été nécessaire, pour que le mystère de la sanctification des eaux fût dignement honoré, d’en attacher la mémoire à un autre jour. L’Octave de l’Épiphanie a été choisie par l’Église d’Occident pour honorer spécialement le Baptême du Sauveur.

Le troisième mystère de l’Épiphanie étant aussi un peu offusqué par l’éclat du premier, quoiqu’il soit plusieurs fois rappelé dans les chants de la Fête, sa célébration spéciale a été pareillement remise à un autre jour, savoir au deuxième Dimanche après l’Épiphanie.

Plusieurs Églises ont réuni au mystère du changement de l’eau en vin celui de la multiplication des pains, qui renferme en effet plusieurs analogies avec le premier, et dans lequel le Sauveur manifesta pareillement sa puissance divine ; mais l’Église Romaine, en tolérant cet usage dans les rites Ambrosien et Mozarabe, ne l’a jamais reçu, pour ne pas déroger au nombre de trois qui doit marquer sur le Cycle les triomphes du Christ, au six janvier ; et aussi parce que saint Jean nous apprend, dans son Évangile, que le miracle de la multiplication des pains eut lieu aux approches de la Fête de Pâques : ce qui ne pourrait convenir en aucune façon à l’époque de l’année où l’on célèbre l’Épiphanie.

Pour la disposition des matières, dans cette solennité, nous garderons l’ordre suivant. Aujourd’hui, nous honorerons avec l’Église les trois mystères à la fois ; dans le cours de l’Octave, nous contemplerons le mystère de la venue des Mages ; nous vénérerons le Baptême du Sauveur, au jour même de l’Octave ; et nous traiterons le mystère des Noces de Cana, au deuxième Dimanche après la fête, jour auquel l’Église a réuni, dans ces derniers temps, avec une parfaite harmonie, la solennité du très saint Nom de Jésus.  Livrons-nous donc tout entiers à l’allégresse d’un si beau jour ; et dans cette fête delà Théophanie, des saintes Lumières, des Rois Mages, considérons avec amour l’éblouissante lumière de notre divin Soleil qui monte à pas de géant, comme dit le Psalmiste, et qui verse sur nous les flots d’une lumière aussi douce qu’éclatante. Déjà les bergers accourus à la voix de l’Ange ont vu renforcer leur troupe fidèle ; le prince des Martyrs, le Disciple Bien-Aimé, la blanche cohorte des Innocents, le glorieux Thomas, Silvestre, le Patriarche de la paix, ne sont plus seuls à veiller sur le berceau de l’Emmanuel ; leurs rangs s’ouvrent pour laisser passer les Rois de l’Orient, porteurs des vœux et des adorations de l’humanité entière. L’humble étable est devenue trop étroite pour un tel concours ; et Bethléhem apparaît vaste comme l’univers. Marie, le Trône de la divine Sagesse, accueille tous les membres de cette cour avec son gracieux sourire de Mère et de Reine ; elle présente son Fils aux adorations de la terre et aux complaisances du ciel. Dieu se manifeste aux hommes, parce qu’il est grand ; mais il se manifeste par Marie, parce qu’il est miséricordieux.

Nous trouvons dans les premiers siècles de l’Église deux événements remarquables qui ont signalé la grande journée qui nous rassemble aux pieds du Roi pacifique. Le six janvier 361, le César Julien, déjà apostat dans son cœur, à la veille de monter sur le trône impérial que bientôt la mort de Constance allait laisser vacant, se trouvait à Vienne dans les Gaules. 11 avait besoin encore de l’appui de cette Église chrétienne dans laquelle on disait même qu’il avait reçu le degré de Lecteur, et que cependant il se préparait à attaquer avec toute la souplesse et toute la férocité du tigre Nouvel Hérode, artificieux comme l’ancien, il voulut aussi, dans ce jour de l’Épiphanie, aller adorer le Roi nouveau-né. Au rapport de son panégyriste Ammien Marcellin, on vit le philosophe couronné sortir de l’impie sanctuaire où il consultait en secret les aruspices, puis s’avancer sous les portiques de l’église, et au milieu de l’assemblée des fidèles, offrir au Dieu des chrétiens un hommage aussi solennel que sacrilège.

Onze ans plus tard, en 372, un autre Empereur pénétrait aussi dans l’église, en cette même solennité de l’Épiphanie. C’était Valens, chrétien par le Baptême comme Julien, mais persécuteur, au nom de l’Arianisme, de cette même Église que Julien poursuivait au nom de ses dieux impuissants et de sa stérile philosophie. La liberté évangélique d’un saint Évêque abattit Valens aux pieds du Christ Roi, en ce même jour où la politique avait contraint Julien de s’incliner devant la divinité du Galiléen.

Saint Basile sortait à peine de son célèbre entretien avec le préfet Modestus, dans lequel il avait vaincu toute la force du siècle par la liberté de son âme épiscopale. Valens arrive à Césarée, et, l’impiété arienne dans le cœur, il se rend à la basilique où le Pontife célébrait avec son peuple la glorieuse Théophanie. « Mais, comme le dit éloquemment saint Grégoire de Nazianze, à peine l’Empereur a-t-il franchi le seuil de l’enceinte sacrée, que le chant des psaumes retentit à ses oreilles comme un tonnerre. Il contemple avec saisissement la multitude du peuple fidèle, semblable à une mer. L’ordre, la pompe du sanctuaire éclatent à ses yeux d’une majesté plus angélique qu’humaine. Mais ce qui l’émeut plus que tout le reste, c’est cet Archevêque debout en présence de son peuple, le corps, les yeux, l’esprit aussi fermes que si rien de nouveau ne se fût passé ; tout entier à Dieu et à l’autel. Valens considère aussi les ministres sacrés, immobiles dans le recueillement, remplis de la sainte frayeur des Mystères. Jamais l’Empereur n’avait assisté à un spectacle si auguste ; sa vue s’obscurcit, sa tête tourne, son âme est saisie d’étonnement et d’horreur. »

Le Roi des siècles, Fils de Dieu et Fils de Marie, avait vaincu. Valens sentit s’évanouir ses projets de violence contre le saint Évêque ; et si, dans ce moment, il n’adora pas le Verbe consubstantiel au Père, du moins il confondit ses hommages extérieurs avec ceux du troupeau de Basile. Au moment de l’offrande, il s’avança vers la barrière sacrée, et présenta ses dons au Christ en la personne de son Pontife. La crainte que Basile ne les voulût pas recevoir agitait si violemment le prince, que la main des ministres du sanctuaire dut le soutenir pour qu’il ne tombât pas, dans son trouble, au pied même de l’autel.

Ainsi, dans cette grande solennité, la Royauté du Sauveur nouveau-né a-t-elle été honorée par les puissants de ce monde qu’on a vus, selon la prophétie du Psaume, abattus, et léchant la terre à ses pieds.

Mais de nouvelles générations d’empereurs et de rois devaient venir qui fléchiraient les genoux, et présenteraient au Christ-Seigneur l’hommage d’un cœur dévoué et orthodoxe. Théodose, Charlemagne, Alfred le Grand, Etienne de Hongrie, Édouard le Confesseur, Henri II l’Empereur, Ferdinand de Castille, Louis IX de France, tinrent ce jour en grande dévotion ; et leur ambition fut de se présenter avec les Rois Mages aux pieds du divin Enfant, et de lui ouvrir comme eux leurs trésors. L’usage s’était même conservé à la cour de France jusqu’à l’an 1378 et au delà, comme en fait foi le continuateur de Guillaume de Nangis, que le Roi très chrétien, venant à l’offrande, présentât de l’or, de l’encens et delà myrrhe, comme un tribut à l’Emmanuel.

Mais cette représentation des trois mystiques présents des Mages n’était pas seulement usitée à la cour des rois : la piété des fidèles au moyen âge présentait aussi au Prêtre pour qu’il les bénît, en la Fête de l’Épiphanie, de l’or, de l’encens et de la myrrhe ; et l’on conservait en l’honneur des trois Rois ces signes touchants de leur dévotion envers le Fils de Marie, comme un gage de bénédiction pour les maisons et pour les familles. Cet usage s’est conservé encore en quelques diocèses d’Allemagne, et il n’a disparu du Rituel Romain que dans l’édition de Paul V, qui crut devoir supprimer plusieurs bénédictions, que la piété des fidèles ne réclamait plus que rarement.

Un autre usage a subsisté plus longtemps, inspiré aussi par la piété naïve des âges de foi. Pour honorer la royauté des Mages venus de l’Orient vers l’Enfant de Bethléhem, on élisait au sort, dans chaque famille, un Roi pour cette fête de l’Épiphanie. Dans un festin animé d’une joie pure, et qui rappelait celui des Noces de Galilée, on rompait un gâteau ; et l’une des parts servait à désigner le convive auquel était échue cette royauté d’un moment. Deux portions du gâteau étaient détachées pour être offertes à l’Enfant Jésus et à Marie, en la personne des pauvres, qui se réjouissaient aussi en ce jour du triomphe du Roi humble et pauvre. Les joies de la famille se confondaient encore une fois avec celles de la Religion ; les liens de la nature, de l’amitié, du voisinage, se resserraient autour de cette table des Rois ; et si la faiblesse humaine pouvait apparaître quelquefois dans l’abandon d’un festin, l’idée chrétienne n’était pas loin, et veillait au fond des cœurs.

Heureuses encore aujourd’hui les familles au sein desquelles la fête des Rois se célèbre avec une pensée chrétienne ! Longtemps, un faux zèle a déclamé contre ces usages naïfs dans lesquels la gravité des pensées de la foi s’unissait aux épanchements de la vie domestique ; on a attaqué ces traditions de famille sous le prétexte du danger de l’intempérance , comme si un festin dépourvu de toute idée religieuse était moins sujet aux excès. Par une découverte assez difficile, peut-être, à justifier, on est allé jusqu’à prétendre que le gâteau de l’Épiphanie, et la royauté innocente qui l’accompagne, n’étaient qu’une imitation des Saturnales païennes : comme si c’était la première fois que les anciennes fêtes païennes auraient eu à subir une transformation chrétienne. Le résultat de ces poursuites imprudentes devait être et a été, en effet, sur ce point comme sur tant d’autres, d’isoler de l’Église les mœurs de la famille, d’expulser de nos traditions une manifestation religieuse, d’aider à ce qu’on appelle la sécularisation de la société. Dans une grande partie de la France, le festin des Rois est resté ; et l’intempérance a seule désormais la charge d’y présider.

Mais retournons contempler le triomphe du royal Enfant dont la gloire resplendit en ce jour avec tant d’éclat. La sainte Église va nous initier elle-même aux mystères que nous avons à célébrer. Revêtons-nous de la foi et de l’obéissance des Mages ; adorons, avec le Précurseur, le divin Agneau au-dessus duquel s’ouvrent les cieux ; prenons place au mystique festin de Cana, auquel préside notre Roi trois fois manifesté, et trois fois glorieux. Mais, dans les deux derniers prodiges, ne perdons pas de vue l’Enfant de Bethléhem, ne cessons pas non plus de voir le grand Dieu du Jourdain, et le maître des éléments.

Lire la suite

Vigile de l’Epiphanie mémoire de Saint Telesphore Pape et Martyr

5 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de l’Epiphanie mémoire de Saint Telesphore Pape et Martyr

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, imprimez à nos actes une direction conforme à votre bon plaisir, afin qu’au nom de votre Fils bien-aimé, nous méritions de produire en abondance les fruits des bonnes œuvres.

Lecture Ga. 4, 1-7

Mes frères : Aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, quoiqu’il soit le maître de tout ; mais il est soumis à des tuteurs et à des curateurs jusqu’au temps marqué par le père. De même, nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions sous l’esclavage des rudiments du monde. Mais lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, né sous la Loi, pour affranchir ceux qui sont sous la Loi, afin de nous conférer l’adoption. Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, tu es fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier grâce à Dieu.

ÉvangileMt. 2, 19-23

En ce temps-là : Hérode étant mort, voici qu’un Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, et dit : Lève-toi, prends l’Enfant et sa Mère, et va dans le pays d’Israël ; car ceux qui en voulait à la vie de l’Enfant sont morts. Joseph, s’étant levé, prit l’Enfant et sa Mère, et vint dans le pays d’Israël. Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée, à la place d’Hérode son père, il craignit d’y aller ; et, averti en songe, il se retira dans la province de Galilée. Et il vint habiter dans une ville appelée Nazareth, afin que s’accomplît ce qui avait été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

Office

Au premier nocturne.

De l’Épître aux Romains. Cap. 8, 1-11

Première leçon. Il n’y a donc pas maintenant de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne marchent pas selon la chair. Parce que la loi de l’esprit de vie, qui est dans le Christ Jésus, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort. Car ce qui était impossible à la loi, parce qu’elle était affaiblie par ta chair, Dieu, envoyant son Fils., dans une chair semblable à celle du péché, a condamné le péché dans la chair, à cause du péché même, afin que la justification de la loi s’accomplît en nous qui ne marchons point selon la chair, mais selon l’esprit.
Deuxième leçon. En effet, ceux qui sont selon la chair goûtent les choses de la chair ; mais ceux qui sont selon l’esprit ont le sentiment des choses de l’esprit. Or la prudence de la chair est mort ; mais la prudence de l’esprit est vie et paix ; parce que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est point soumise à la loi de Dieu, et elle ne le peut. Ceux donc qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. Pour vous, vous n’êtes point dans la chair, mais dans l’esprit, si toutefois l’esprit de Dieu habite en vous.
Troisième leçon. Or, si quelqu’un n’a point l’esprit du Christ, celui-là n’est point à lui. Mais si le Christ est en vous, quoique le corps soit mort à cause du péché, l’esprit vit par l’effet de la justification. Que si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Quatrième leçon. Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est éternellement, mes très chers frères, le Créateur de tous les hommes, est devenu aujourd’hui notre Sauveur, en naissant d’une mère. Il est né pour nous aujourd’hui dans le temps, par amour, afin de nous conduire à l’éternité du Père. Dieu s’est fait homme, afin de faire l’homme Dieu ; le Seigneur des Anges s’est fait homme aujourd’hui, afin que l’homme puisse manger le pain des Anges.
Cinquième leçon. Aujourd’hui a été accomplie cette prophétie, qui dit : « Cieux, versez d’en haut votre rosée, et que les nuées pleuvent un juste ; que la terre s’ouvre et qu’elle germe un Sauveur. » Le Créateur est donc devenu créature, afin de retrouver ce qui était perdu. Car l’homme le reconnaît ainsi dans les Psaumes : « Avant que je fusse humilié, j’ai péché. » L’homme a péché, et est devenu coupable ; Dieu est né homme, afin de délivrer le coupable. L’homme donc est tombé ; mais Dieu est descendu. L’homme est tombé misérablement, Dieu est descendu miséricordieusement. L’homme est tombé par son orgueil, Dieu est descendu avec sa grâce.
Sixième leçon. O miracle, ô prodige, mes frères ! Les lois de la nature sont changées pour l’homme ! Un Dieu naît, une vierge devient mère, la parole de Dieu la rend féconde ; elle est mère et vierge tout ensemble ; mère, elle conserve sa virginité ; vierge, elle enfante un fils ; elle reste pure, mais elle n est pas stérile. Elle met au monde celui qui seul est né sans péché, et qu’elle a conçu, non par la concupiscence de la chair, mais par l’obéissance de l’esprit.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Ce passage nous fait entendre que non seulement Hérode, mais aussi les prêtres et les Scribes méditaient en ce même temps la perte du Seigneur. « Joseph se levant, prit l’enfant et sa mère. » L’Évangéliste ne dit point : Il prit son fils et son épouse, mais « l’enfant et sa mère », parce qu’il est le nourricier et non le mari.
Huitième leçon. « Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode, son père, il appréhenda d’y aller. » Beaucoup tombent ici dans l’erreur, par ignorance de l’histoire. ils croient qu’Hérode dont on annonce la mort, est celui par qui fut raillé le Sauveur, au temps de sa passion. Or, cet Hérode qui, dans la suite, se lia d’amitié avec Pilate, est le fils de celui-ci, et le frère d’Archélaüs.
Neuvième leçon. « Il sera appelé Nazaréen. » Si l’Évangéliste avait en vue un passage précis des Écritures, il n’eût point dit : « selon qu’il a été dit par les Prophètes », mais, par le Prophète. En parlant ainsi au pluriel, il indique qu’il prend non les paroles, mais le sens des Écritures. Nazaréen signifie saint : que le Seigneur doive être saint, c’est ce que rappelle toute l’Écriture.

 

La fête de Noël est terminée ; les quatre Octaves ont achevé leur cours ; et nous voici en présence de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Une seule journée nous reste pour nous préparer à la Manifestation pleine de mystère que nous doit faire de sa gloire celui qui est l’Ange du grand Conseil. Encore quelques heures, et l’étoile se sera arrêtée, et les Mages frapperont à la porte de la maison de Bethléem.

Cette Vigile n’est pas, comme celle de Noël, un jour de pénitence. L’Enfant que nous attendions alors, dans la componction et dans l’ardeur de nos désirs, est venu ; il reste avec nous et nous prépare de nouvelles faveurs. Ce jour d’attente d’une nouvelle solennité est un jour de joie comme ceux qui l’ont précédé. Cette Vigile ne sera donc point marquée par le jeûne ; et la sainte Église n’y revêtira point ses habits de deuil. Aujourd’hui, elle se pare de la couleur blanche, comme elle le fera demain. Ce jour est le douzième de la Naissance de l’Emmanuel.

Si la Vigile de l’Épiphanie tombe le Dimanche, elle partage avec celle de Noël l’honneur de n’être pas anticipée comme les autres Vigiles. Elle jouit de tous les privilèges des Dimanches ; et la Messe est celle du Dimanche dans l’Octave de Noël. Célébrons donc cette Vigile dans l’allégresse de nos cœurs, et préparons nos âmes aux nouvelles faveurs qui leur sont réservées.

L’Église Grecque observe le jeûne aujourd’hui, en mémoire de la préparation au Baptême qui s’administrait autrefois, principalement en Orient, dans la nuit qui précédait le saint jour de l’Épiphanie. Elle bénit encore les eaux avec une grande solennité en cette fête ; nous parlerons avec détail de cette cérémonie dont les vestiges ne sont pas encore entièrement effacés dans l’Occident.

Pour couronnement des pièces liturgiques qui nous ont aidé si suavement à pénétrer le mystère de Noël, nous avons réservé les strophes suivantes. Nulles autres ne pouvaient mieux convenir à ce jour qui prépare l’introduction des Mages près de la Crèche. Elles sont tirées du poème que le prince des mélodes de l’Église Grecque, saint Romanus, consacra, comme prémices de son génie, à la Vierge Mère. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici le texte même, remis dans nos temps en honneur par un illustre prince de l’Église, et dont aucune traduction ne saurait rendre l’incomparable harmonie.

IN CHRISTI NATIVITATE. La Vierge aujourd’hui met au monde Celui qui dépasse la nature ; la terre donne une grotte pour gîte à l’inaccessible. Les Anges avec les bergers font assaut de louanges ; les Mages sont en route à la suite de l’étoile. Car pour nous voici qu’est né, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

Voici qu’en Bethléem Éden est ouvert ; venez donc, et voyons : quel mets suave est là caché pour nous ! Venez : dans cette grotte, abreuvons-nous des délices du paradis. Là fleurit, sans être arrosée, la tige qui produit la grâce. Là est le puits qu’aucune main n’a creusé, et dont David un jour eût voulu boire. Ici tout d’un coup, grâce à la Vierge qui enfante, d’Adam et de David la soif est apaisée. Donc hâtons-nous d’aller où vient de naître, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

Le père de la mère a voulu être son fils ; le sauveur des enfants gît enfant dans une crèche. Fixant ses yeux sur lui, celle qui l’enfante a dit : « Qu’est-ce cela, ô mon fils ! En quelle manière as-tu pris germe en moi ? en quelle manière as-tu trouvé en moi vie et croissance ? Je te vois, ô fruit de mes entrailles, et suis dans la stupeur ; mon sein s’emplit de lait, et je n’ai point connu d’homme. Et tante dis que je t’admire en ces langes, je contemple la fleur de ma virginité toujours sauve, ô toi qui l’as gardée, en daignant naître, enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles.

« Roi très-haut, qui t’attire au milieu des mendiants ? Créateur des cieux, pourquoi viens-tu chez les habitants de la terre ? Une grotte fait tes délices, une crèche est ton amour ! Voici bien que pour ta servante il n’y a point de place dans l’hôtellerie ; et non seulement pas de place : pas de grotte même, car celle-ci est à d’autres. Pourtant à Sara, quand elle eut un fils, beaucoup de terre fut donnée : à moi, pas une tanière ; pour tout j’ai cet antre où tu as voulu habiter, enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles. »

Tandis qu’elle formule ces pensées dans son cœur et s’adresse suppliante à Celui qui connaît les mystères, elle apprend que les Mages sont là, cherchant le nouveau-né. Venant à eux : « Qui êtes-vous ? » dit la Vierge. Ceux-ci lui répondent : « Bien plutôt, quelle est ta naissance, ô toi qui as mis au monde un tel enfant ? De quel père, de quelle mère es-tu descendue, toi qui nourris un fils dont tu es la mère sans qu’il ait eu de père ? A la vue de son étoile, nous avons prononcé de concert qu’elle annonçait, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

« Balaam en effet nous avait avec soin préparés à comprendre les oracles dont il fut le prophète, lorsqu’il prédit le lever d’une étoile : étoile éteignant toutes divinations et présages ; étoile résolvant les paraboles des sages, leurs énigmes et sentences ; étoile dont la lumière l’emporte d’autant mieux sur le soleil qui nous éclaire, qu’elle-même a créé tous les astres ; par elle il était annonce que de Jacob sortirait comme la lumière, l’enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles. »

Ayant entendu si merveilleux discours, Marie prosternée adora l’enfant né de ses entrailles, et dit en pleurs : « Grandes pour moi, ô mon fils, grandes sont toutes les choses que vous avez faites avec mon indigence. Car voici que dehors se tiennent les Mages, et ils vous cherchent ; les rois des nations de l’Orient désirent votre visage ; le contempler est la prière des riches de votre peuple. Ce peuple n’est-il pas vôtre, en effet, pour qui vous êtes né, enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles ?

« Puis donc qu’ils sont vôtres, ô mon fils, ordonnez qu’ils entrent sous votre toit, pour voir cette opulente pauvreté, cette noble indigence ; car je vous ai pour richesses et pour gloire, aussi n’ai-je point à rougir, en vous sont la grâce et la vérité ; et maintenant permettez qu’ils viennent en cet abri : comment m’inquiéterais-je de ma misère, vous possédant, vous le trésor que viennent contempler les princes, l’objet de l’étude des rois et des Mages cherchant où est né, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles ? »

Jésus le Christ et notre vrai Dieu se fit entendre intérieurement au cœur de sa mère, et lui dit : « Introduis ceux qu’amène ma parole ; car cette parole est la lumière de ceux qui me cherchent, étoile aux yeux, force pour l’âme intelligente. C’est elle qui, comme mon serviteur, a conduit les Mages, et maintenant elle s’est arrêtée pour remplir son office et désigner par ses rayons l’endroit où est né, enfant d’un jour, le Dieu d’avant tous les siècles.

« Maintenant donc reçois-les, ô toute belle, reçois ceux qui m’ont reçu ; car je suis en eux, comme je suis dans tes bras, et, en les accompagnant, je ne t’ai point quittée. » Elle donc ouvre la porte et reçoit l’assemblée des Mages ; elle ouvre, celle qui est la porte fermée à tous, que seul le Christ a traversée ; elle ouvre, celle qui fut toujours close, celle qui jamais rien ne perdit des trésors de la virginité ; elle ouvre, celle par qui fut donnée au monde, porte des cieux, l’enfant d’un jour, Dieu avant tous les siècles.

Les dernières paroles de notre Avent étaient celles de l’Épouse, dans la prophétie du Disciple bien-aimé : Venez, Seigneur Jésus ! venez ! Nous terminerons cette première partie du Temps de Noël par ces paroles d’Isaïe que la sainte Église a répétées avec triomphe : Un petit Enfant nous est né ! Les cieux ont envoyé leur rosée, le juste est descendu du ciel, la terre a enfanté son Sauveur, LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, la Vierge a produit son doux fruit, Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. Le Soleil de justice brille maintenant sur nous, les ténèbres sont passées ; au ciel, Gloire à Dieu ! sur la terre, Paix aux hommes ! Tous ces biens nous sont venus par l’humble et glorieuse Naissance de cet Enfant. Adorons-le dans son berceau, aimons-le pour tant d’amour ; et préparons les présents que nous irons demain lui offrir avec les Mages. L’allégresse de la sainte Église continue, la nature angélique est dans l’étonnement, toute la création tressaille de bonheur : Un petit Enfant nous est né !

Lire la suite

Sainte Geneviève vierge

3 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Geneviève vierge

Collecte

Répandez sur nous, Seigneur, l’esprit d’intelligence et d’amour qui remplissait votre servante Geneviève, afin que, vous obéissant par l’imitation fidèle et sincère de ses vertus, nous vous soyons agréables par notre foi et par nos œuvres

Communion

O Geneviève, abaissez sur nous un regard bienveillant, vous qui jouissez de la clarté angélique, rayonnante d’un titre céleste, admise à la contemplation du Roi, réconciliez-nous avec ce Roi, accordez-nous de jouir du céleste Époux, ô vous son épouse, la fille de l’Époux.

 

Contemporaine de Clovis et de saint Remi, Geneviève naît en 422 à Nanterre. À l’âge de sept ans, elle rencontre saint Germain, évêque d’Auxerre, et saint Loup, évêque de Troyes, qui faisaient halte dans cette bourgade avant de s’embarquer pour l’Angleterre pour y combattre, sur l’ordre du pape, l’hérésie de Pélage. La fillette est en prière dans l’église de Nanterre et Germain prophétise devant les parents de Geneviève le destin exceptionnel de l’enfant. Lorsque sa mère est frappée de cécité pour avoir donné un soufflet à Geneviève, celle-ci la guérit avec de l’eau qu’elle a bénite.

Geneviève promet à saint Germain de se consacrer au Christ, et, à quinze ans, elle reçoit le voile des vierges. À l’époque, en effet, il n’existait pas de monastères de femmes et celles qui souhaitaient se consacrer au Seigneur continuaient à vivre dans le monde, simplement distinguées par le voile de leur consécration. À la mort de ses parents, Geneviève vient habiter à Paris chez sa marraine. Elle vit dans le silence, la prière et la mortification, ne se nourrissant que deux fois par semaine. Elle est aussi favorisée de grâces extraordinaires, en lisant dans les consciences et en guérissant les corps au nom du Christ par des onctions d’huile.

Saint Germain la défend contre les calomnies. Geneviève fait construire la première basilique de Saint-Denis. Elle visite de nuit le chantier avec ses compagnes, quand le vent éteint le cierge qui éclairait le chemin du petit groupe. Geneviève prend le cierge, qui se rallume aussitôt, et sa flamme résiste à toutes les bourrasques.

En 451, Attila franchit le Rhin et envahit la Gaule. Les Parisiens prennent peur et veulent fuir. Geneviève les convainc de demeurer dans la ville. Elle rassemble les femmes de Paris dans l’église-baptistère près de Notre-Dame et leur demande de supplier le Ciel d’épargner leur ville. C’est ce qui se produit. Abandonnant la route de Paris, les Huns se dirigent vers Orléans qu’ils assiègent. Contraints par les armées du général romain Aetius, ils se replient vers le nord et sont définitivement vaincus aux Champs Catalauniques. Plus tard, lorsque les Francs assiègent Paris, Geneviève sauve cette fois la ville de la famine. Elle organise une expédition ingénieuse au moyen de bateaux qui, par la Seine, vont chercher le ravitaillement jusqu’en Champagne. Sa réputation s’étend jusqu’en Orient. Clovis et Clotilde lui voueront une grande vénération. Elle sera enterrée auprès du roi dans l’église des Saints-Apôtres que sainte Clotilde avait fait construire et qui prendra dès le VIIe siècle le nom de Sainte-Geneviève.

Geneviève meurt en 512 à près de 90 ans. Son corps est transporté en 845 à Marizy par crainte des Normands et rapporté à Paris en 890. À partir du XIIe siècle, la châsse contenant ses reliques est portée en procession à travers Paris. Des miracles ont lieu sur son passage en particulier lors du mal des ardents. Ses reliques sont brûlées par les révolutionnaires en 1793, mais son tombeau vide, transporté dans l’église Saint-Étienne-du-Mont continue d’être vénéré.

Sainte Geneviève est la patronne de Paris, et des gendarmes.

 

Sainte Geneviève vierge
Lire la suite
Publicité

Très saint Nom de Jésus

2 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

Très saint Nom de Jésus

Introït

Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue proclame que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. Seigneur, notre Maître, que votre nom est admirable dans toute la terre.

Collecte

O Dieu qui avez établi votre Fils unique Sauveur du genre humain, et avez ordonné qu’on l’appelât Jésus, faites, dans votre miséricorde, que nous jouissions dans les cieux de la vue de celui dont nous vénérons le saint nom sur la terre.

Lecture Ac. 4, 8-12

En ce jours là : Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : "Chefs du peuple et Anciens, puisqu’on nous interroge aujourd’hui sur un bienfait (accordé) à un infirme, (pour savoir) comment cet homme a été guéri, sachez-le bien, vous tous, et tout le peuple, d’Israël : C’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité des morts, c’est par lui que cet homme est présent devant vous en pleine santé. C’est lui, la pierre rejetée par vous les constructeurs, qui est devenue tête d’angle. Et le salut n’est en aucun autre, car il n’est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés."

Évangile Lc. 2, 21

En ce temps là, le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, que l’ange avait indiqué avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Secrète

Nous vous en supplions, Dieu très clément, que votre bénédiction, où toute créature puise la vie, sanctifie ce sacrifice qui est nôtre et que nous vous offrons pour glorifier le nom de votre Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ ; afin qu’il plaise à votre majesté comme une digne louange et qu’il nous soit profitable pour le salut.

Postcommunion

Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez créés et rachetés, soyez propice à nos vœux ; et daignez agréer avec un visage doux et bienveillant le sacrifice de l’hostie salutaire que nous avons offert à votre majesté en l’honneur du nom de votre Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ ; afin que votre grâce étant répandue dans nos âmes, nous nous réjouissions de ce que nos noms auront été écrits dans les cieux, au titre de l’éternelle prédestination, sous le glorieux nom de Jésus.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Bernard, Abbé.

Quatrième leçon. Ce n’est pas sans raison que l’Esprit-Saint compare à l’huile le nom de l’époux, et qu’il inspire à l’épouse de crier à l’époux : « Votre nom est une huile répandue. » En effet, l’huile éclaire, nourrit, et sert à oindre. Elle entretient le feu, elle nourrit le corps, elle adoucit la douleur : c’est une lumière, un aliment, un remède. Voyez maintenant s’il n’en est pas de même du nom de l’époux ? Prêché, il éclaire ; médité, il nourrit ; invoqué, il adoucit et fortifie. Examinons chacune de ces qualités. D’où pensez-vous qu’ait jailli dans le monde cette si grande et si soudaine lumière de la foi, sinon de la prédication du nom de Jésus ? N’est-ce pas par la lumière de ce nom béni que Dieu nous a appelés en son admirable lumière ? N’est-ce pas à ceux qui sont illuminés par l’éclat de ce nom, et qui voient en cette lumière une autre lumière, que saint Paul dit à bon droit : « Autrefois vous étiez ténèbres ; mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur ? »
Cinquième leçon. C’est ce nom que le même Apôtre a reçu ordre de porter devant les rois, les Gentils et les enfants d’Israël. Et il portait ce nom comme un flambeau, il en éclairait sa patrie, et il criait partout : « La nuit est déjà fort avancée, et le jour approche. Rejetons donc les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière ; comme durant le jour, marchons honnêtement. » Et il montrait à tous la lumière sur le chandelier. annonçant en tous lieux Jésus, et Jésus crucifié. Combien cette lumière a resplendi et frappé de son éclat les yeux de tous les spectateurs, lorsque, sortant comme un éclair de la bouche de Pierre, elle affermit les jambes et les pieds d’un boiteux et rendit la vue à beaucoup d’aveugles spirituels ? N’a-t-elle pas jeté des flammes lorsque Pierre dit : « Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi, et marche. »
Sixième leçon. Or, le nom de Jésus n’est pas seulement lumière, mais il est aussi nourriture. Ne vous sentez-vous pas fortifiés toutes les fois que vous vous en souvenez ? Qu’y a-t-il qui nourrisse autant l’esprit de celui qui y pense ? Qu’est-ce qui, de la même sorte, repose les cœurs agités, donne de l’énergie aux vertus, développe les habitudes bonnes et justes, entretient les chastes affections ? Toute nourriture de l’âme est sèche, si elle n’est arrosée de cette huile ; elle est insipide, si elle n’est assaisonnée de ce sel. Quand vous écrivez, votre récit n’a pour moi nulle saveur, si je n’y lis le nom de Jésus. Une conférence ou un entretien ne me plaît pas, si je n’y entends résonner le nom de Jésus. Jésus, c’est un miel à la bouche, une mélodie à l’oreille, une jubilation pour le cœur. Mais ce nom est encore un remède. L’un de nous est-il triste ? Que Jésus vienne en son cœur, que de là il passe à sa bouche, et aussitôt que ce divin nom a paru comme un astre qui se lève et répand sa lumière, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient. Quelqu’un tombe-t-il dans le crime ? Court-il même, en se désespérant, dans les filets de la mort ? S’il invoque ce nom de vie, ne recommencera-t-il pas sur-le-champ à respirer et à vivre ?
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bernard, Abbé.

Septième leçon. Grand et admirable mystère ! L’enfant est circoncis, et on l’appelle Jésus. Que signifie ce rapprochement ? La circoncision semble faite, en effet, plutôt pour celui qui doit être sauvé que pour celui qui sauve ; n’est-ce pas le Sauveur qui devrait circoncire plutôt qu’être circoncis ? Mais reconnaissez ici le médiateur entre Dieu et les hommes, qui, dès les premiers jours de son enfance, rapproche les choses humaines des choses divines, ce qu’il y a de plus bas de ce qu’il y a de plus élevé. Il naît d’une femme, mais d’une femme en qui le fruit de la fécondité ne fait point tomber la fleur de la virginité. Il est enveloppé de langes, mais ces langes mêmes sont honorés par les cantiques des Anges, il est caché dans une crèche, mais il est annoncé par une étoile qui brille dans les cieux. En même temps que la circoncision prouve la vérité de l’humanité qu’il a prise, son nom, qui est au-dessus de tout nom, indique la gloire de sa majesté, il est circoncis comme un véritable fils d’Abraham, il est appelé Jésus comme le vrai Fils de Dieu.
Huitième leçon. Mon Jésus ne reçoit pas un nom vide et sans effet, à l’instar de ceux qui l’ont reçu auparavant : porté par lui, ce grand nom n’est plus une ombre, il exprime la vérité, L’Évangéliste assure qu’il fut apporté du ciel, ce nom que l’Ange lui avait donné avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère. Faites attention à la profondeur de ces paroles : « Après que Jésus fut né. » Il est appelé Jésus par les hommes, lui à qui l’Ange a donné ce nom avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère. Il est en effet tout à la fois et le Sauveur de l’Ange, et le Sauveur de l’homme : Sauveur de l’homme, depuis l’incarnation ; Sauveur de l’Ange depuis l’instant de sa création. « II fut, dit l’Évangéliste, nommé Jésus, nom que l’Ange lui avait donné. » « Toute parole est avérée sur la déposition de deux ou trois témoins. » Et cette parole même, abrégée dans les Prophètes, se lit ouvertement dans l’Évangile qui nous montre le Verbe fait chair.
Neuvième leçon. C’est avec raison que l’enfant qui nous est né est appelé Sauveur, à sa circoncision : c’est alors effectivement qu’il commence l’œuvre de notre salut en versant pour nous son sang immaculé. Les Chrétiens n’ont donc plus à chercher pourquoi le Seigneur Jésus-Christ a voulu être circoncis ; il l’a été pour la même raison qui l’a fait naître et souffrir. Rien de tout cela n’était pour lui, mais tout était pour les élus. Il n’est pas né dans le péché, il n’a pas été circoncis pour être guéri du péché, il n’est pas mort pour son péché, mais à cause de nos fautes. « C’est le nom, dit l’Évangile, dont l’Ange l’avait appelé avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère. » Il est appelé de ce nom ; ce nom ne lui est pas imposé, il lui appartient de toute éternité. C’est de sa nature propre qu’il tient d’être Sauveur : ce nom est à lui dès avant sa naissance : il ne le reçoit d’aucune créature angélique ou humaine.

La Séquence que nous donnons ensuite est de la composition du pieux franciscain Bernardin de Bustis, qui rédigea, sous Sixte IV, un Office et une Messe du saint Nom de Jésus.

SÉQUENCE.
Le doux Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, gracieux, débonnaire, beau et florissant :
Pour le salut de son peuple, il a subi la mort et les tourments, pâle et livide sur la croix.
Doux Nom, doux surnom ; c’est le Nom par excellence, qui surpasse tous les noms.
Il calme les pécheurs, il réchauffé les justes, il les fortifie, il les garde contre les attaques.
Sous l’étendard de ce Roi, tu vis dans un état tranquille, et tes ennemis s’éloignent.
Le Nom de Jésus, quand on le médite, dissipe l’appareil de la guerre ; l’adversaire vaincu s’enfuit.
C’est un Nom qu’il faut révérer, un Nom redoutable aux malins esprits.
C’est un Nom de salut, une consolation singulière qui soulage les affligés.
Il nous le faut honorer, le placer dans le trésor de notre cœur, le méditer, l’aimer, mais d’un héroïque amour.
Ce Nom, Ignace l’a publié, il l’a fait retentir au milieu des tourments ; son cœur ouvert a laissé voir Jésus, écrit en caractères célestes.
Que pouvons-nous souhaiter de plus que d’avoir Jésus pour intime ? De tous il est le plus aimant, et il désire nous aimer.
Il aime avec ardeur, il aime avec constance, il aime avec fidélité, et veut secourir les siens.
Tel il a fait son Nom, qu’il puisse être pour tous le charme du cœur, l’objet excellent et principal d’un amour intime.
Les droits de la nature l’exigent : nous devons aimer de toutes nos forces celui qui nous aime, prévenir ses désirs avec empressement.
Le Nom de Jésus renferme tout bien, il résonne avec douceur, il nous vaut un trône au royaume du ciel, il réjouit notre oreille.
En lui brille la splendeur du Père, en lui éclate la beauté de sa Mère ; en lui se reflète la gloire de son Père, il fait la grandeur de ses frères.
Si donc quelqu’un veut connaître pourquoi le Nom de Jésus fait si vivement souhaiter aux justes de s’attacher à lui :
C’est que Jésus est beau dans son éclat, que sa bonté est souveraine, qu’il est doux-, facile, plein de mansuétude, porté à la clémence.
Jésus est le Roi de gloire ; Jésus est brillant de beauté, Jésus est plein de grâce dans ses paroles, admirable dans ses œuvres.
Jésus est fort et vaillant ; Jésus est un athlète vigoureux ; Jésus est magnifique dans ses dons, il aime à les distribuer.
Jésus est tendre et compatissant, Jésus est un guide lumineux ; Jésus est rempli de délices et de la plus douce saveur.
Jésus est illustre et glorieux ; Jésus est pour tous abondant en fruits ; Jésus est la source des vertus ; aux siens il donne ses faveurs.
Le plus élevé dans les honneurs, le plus chéri dans l’amour ; toutes les gloires sont à lui.
Par sa science il connaît tout, dans son immensité il embrasse tout, par son amour il ravit les cœurs, et les retient dans ses liens.
Que ce Nom, le Nom du doux Jésus, nous soit donc toujours cher ; qu’il soit fixé dans notre cœur, et que rien ne l’en puisse arracher.
Qu’il enlève le mal du péché, qu’il inspire des chants d’allégresse, qu’il nous donne de jouir de la demeure des bienheureux !
Amen.

Nous empruntons aux anciens Missels d’Allemagne l’Hymne suivante, qui reproduit souvent les sentiments et les expressions de la Séquence de Bernardin de Bustis :

HYMNE.
Il est un Nom digne de tout honneur, adoré au plus haut des cieux, un Nom de gloire souveraine ; révélé à Gabriel, par lui sur terre il fut annoncé à la Mère de grâce.
Marie donne le nom de Sauveur à son Fils circoncis le huitième jour, selon la coutume de ses pères. Publié dans le monde entier, cet heureux Nom sauve ceux qui croient en lui.
En ce Nom brille la splendeur de la Trinité et de l’Unité ; il fait la joie du ciel. En ce Nom resplendit l’honneur du Père ; en ce Nom éclate la beauté de la Mère ; ce Nom fait la gloire des frères du Sauveur.
C’est là le Nom salutaire, la consolation singulière qui vient au secours des cœurs affligés. C’est le Nom qu’il nous faut honorer, bénir et louer, dans la joie constante de nos âmes.
Si on le prononce, c’est une mélodie ; si on l’invoque, c’est un doux miel ; il nous garde contre nos ennemis. Le cœur jubile, en songeant à ce Nom si formidable aux esprits de malice.
C’est le Nom plein de grâce, abondant en fruits, fécond en vertus, par-dessus tous les noms. C’est lui qui fait connaître aux hommes la face d’un Dieu toute gracieuse, remplie de beauté et d’amour.
Ce Nom est beau dans son éclat ; il est le souverain bien lui-même ; sa saveur intime est la plus douce. Tout-puissant en sa force, sublime en ses honneurs, il est le principe des délices et de la félicité.
Donc, ô Pasteur des âmes, leur lumière incessante, ô bon Jésus ! par votre Nom si cher, protégez-nous, et fermez sous nos pas le noir chaos des ténèbres.
Réformateur de toutes les nations humaines, Vie qui avez détruit la mort, restaurateur de la ruine qu’avaient soufferte les tribus angéliques, daignez vous donner à nous.
Amen.

 

 

Lire la suite

Octave de la Nativité Circoncision du Seigneur

1 Janvier 2022 , Rédigé par Ludovicus

Octave de la Nativité Circoncision du Seigneur

Collecte

O Dieu, qui, en rendant féconde la virginité de la bienheureuse Marie, avez procuré à l’humanité le salut éternel, accordez-nous, nous vous en supplions, de ressentir la puissante intercession de celle par laquelle nous avons reçu l’auteur de la vie Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils.

Lecture Tt. 2, 11-15

Très cher ami : elle s’est manifestée la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes ; elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et l’apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de se faire, en nous purifiant, un peuple qui lui appartienne, et qui soit zélé pour les bonnes œuvres. Voilà ce que tu dois prêcher, recommander et revendiquer avec une pleine autorité dans le Christ Notre Seigneur.

Évangile Lc. 2, 21

En ce temps là, le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, que l’ange avait indiqué avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Postcommunion

Seigneur, que cette communion nous purifie de tout péché, et que, par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, elle nous fasse participer aux fruits du remède céleste.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Le mystère de la fête de ce jour, mes bien-aimés, nul ne l’honore en vérité et ne le célèbre avec piété, s’il ne se garde de toute erreur quant à l’incarnation du Seigneur, et de toute pensée indigne de la Divinité. On commet la même faute, on s’expose au même péril, en niant que le Christ ait une nature semblable à la nôtre et en ne lui reconnaissant pas une gloire égale à celle de son Père. Lorsque nous cherchons à obtenir l’intelligence du mystère de la nativité du Christ, venant à nous du sein d’une mère vierge, écartons donc bien au loin les ténèbres des raisonnements terrestres, et que la fumée de la sagesse mondaine se retire de l’œil illuminé par la foi.
Cinquième leçon. Car c’est sur l’autorité divine qu’est appuyée notre foi, et c’est une doctrine divine que professons. Soit que nous prêtions l’oreille de notre âme au témoignage de la loi, ou aux oracles des Prophètes, ou à l’éclatante prédication de l’Évangile, elles restent vraies, ces paroles que Jean, rempli du Saint-Esprit, a fait retentir : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. C’est lui qui au commencement était en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui ; et sans lui rien n’a été fait de ce qui a été fait. » Et ce que le même prédicateur ajoute est également vrai : « Le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique du Père. »
Sixième leçon. Dans l’une et l’autre nature, le Fils de Dieu est donc le même ; prenant ce qui est de nous, sans rien perdre de ce qui lui est propre ; renouvelant l’homme dans l’homme, et restant en lui-même immuable. La divinité qui lui est commune avec le Père ne perd rien de sa toute-puissance, et la nature du serviteur ne déshonore pas en lui la nature de Dieu ; parce que l’Essence souveraine et éternelle, qui s’est inclinée pour le salut du genre humain, nous a élevés à la participation de sa gloire : mais elle n’a pas cessé d’être ce qu’elle était. C’est pourquoi, lorsque le Fils unique de Dieu confesse qu’il est inférieur à son père, auquel il se dit égal, il montre qu’il a véritablement en lui l’une et l’autre nature, car par l’inégalité dont il parle, il prouve qu’il a la nature humaine ; et par l’égalité qu’il affirme, il déclare posséder la nature divine.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. L’enfant est donc circoncis Quel est cet enfant, sinon celui dont il a été dit : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ? » Il s’est assujetti à la loi, pour gagner ceux qui étaient sous la loi. « Ils le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur. » Je dirais ici ce que c’est qu’être présenté au Seigneur dans Jérusalem, si je ne l’avais déjà expliqué dans mes Commentaires sur Isaïe. Celui qui est circoncis spirituellement par le retranchement de ses vices, est jugé digne du regard du Seigneur ; parce que « les yeux du Seigneur sont fixés sur les justes. » Vous voyez que toute la suite de la loi ancienne a été l’image de l’avenir ; car la circoncision signifie l’expiation des péchés.
Huitième leçon. Mais parce que la fragilité de la chair et de l’esprit de l’homme l’emporte, par une pente naturelle de cupidité, vers le mal, et l’embarrasse ici-bas dans des vices inextricables, le huitième jour de la circoncision est la figure du temps de la résurrection, et de notre future délivrance de tout péché. C’est en effet le sens des paroles suivantes : « Tout mâle premier-né sera appelé, consacré au Seigneur. » Les termes de la loi expriment la promesse du fruit de la Vierge, fruit vraiment saint, car il est immaculé. Que ce soit là le fruit désigné par la loi, les paroles de l’Ange nous l’assurent : « La chose sainte, dit-il, qui naîtra de vous, sera appelée le Fils de Dieu. »
Neuvième leçon. Car parmi il tous ceux qui sont nés de la femme, seul, le Seigneur Jésus est absolument saint ; lui qui, par la nouveauté d’un enfantement immaculé, n’a pas ressenti la contagion de la corruption terrestre, et l’a éloignée de lui par sa majesté céleste. Si nous nous en tenions à la lettre, comment tout enfant mâle serait-il saint ; puisqu’il est manifeste qu’il y en a eu beaucoup de très criminels ? Achab aurait-il été saint ? Seraient-ils saints ces faux prophètes que le feu, vengeur de l’injure faite au ciel, consuma à la prière d’Élie ? Mais il est saint celui que les pieux préceptes de la loi divine nous représentaient dans les figures du mystère à venir ; et c’est par lui seul que l’Église, qui est sainte et vierge, a le secret d’engendrer, dans son immaculée fécondité, les peuples à Dieu.

Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de Bethléem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos cœurs.

Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Église, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain (ou le dimanche entre le 2 et le 5 janvier). Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Église célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes.

Autrefois la sainte Église Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.

Pour payer son tribut d’hommages à celle qui nous adonné l’Emmanuel, l’Église Grecque n’attend pas le huitième jour de la Naissance de ce Verbe fait chair. Dans son impatience, elle consacre à Marie le propre lendemain de Noël, le 26 décembre, sous le titre de Synaxe de la Mère de Dieu, réunissant ces deux solennités en une seule, en sorte qu’elle n’honore saint Étienne que le 27 décembre.

Pour nous, fils aînés de la sainte Église Romaine, épanchons aujourd’hui tout l’amour de nos cœurs envers la Vierge-Mère, et réjouissons-nous de la félicité qu’elle éprouve d’avoir enfanté son Seigneur et le nôtre. Durant le saint Temps de l’Avent, nous l’avons considérée enceinte du salut du monde ; nous avons proclamé la souveraine dignité de cette Arche de la nouvelle alliance qui offrait dans ses chastes flancs comme un autre ciel à la Majesté du Roi des siècles. Maintenant, elle l’a mis au jour, ce Dieu enfant ; elle l’adore ; mais elle est sa Mère. Elle a le droit de l’appeler son Fils ; et lui, tout Dieu qu’il est, la nomme en toute vérité sa Mère.

Ne nous étonnons donc plus que l’Église exalte avec tant d’enthousiasme Marie et ses grandeurs. Comprenons au contraire que tous les éloges qu’elle peut lui donner, tous les hommages qu’elle peut lui offrir dans son culte, demeurent toujours beaucoup au-dessous de ce qui est dû à la Mère du Dieu incarné. Personne sur la terre n’arrivera jamais à décrire, pas même à comprendre tout ce que cette sublime prérogative renferme de gloire. En effet, la dignité de Marie provenant de ce qu’elle est Mère d’un Dieu, il serait nécessaire, pour la mesurer dans son étendue, de comprendre préalablement la Divinité elle-même. C’est à un Dieu que Marie a donné la nature humaine ; c’est un Dieu qu’elle a eu pour Fils ; c’est un Dieu qui s’est fait gloire de lui être soumis, selon l’humanité ; la valeur d’une si haute dignité dans une simple créature ne peut donc être estimée qu’en la rapprochant de la souveraine perfection du grand Dieu qui daigne ainsi se constituer sous sa dépendance. Anéantissons-nous donc en présence de la Majesté du Seigneur ; et humilions-nous devant la souveraine dignité de celle qu’il s’est choisie pour Mère.

Que si nous considérons maintenant les sentiments qu’une telle situation inspirait à Marie à l’égard de son divin Fils, nous demeurons encore confondus par la sublimité du mystère. Ce Fils, qu’elle allaite, qu’elle tient dans ses bras, qu’elle presse contre son cœur, elle l’aime, parce qu’il est le fruit de ses entrailles ; elle l’aime, parce qu’elle est mère, et que la mère aime son fils comme elle-même et plus qu’elle-même ; mais si elle vient à considérer la majesté infinie de Celui qui se confie ainsi à son amour et à ses caresses, elle tremble et se sent près de défaillir, jusqu’à ce que son cœur de Mère la rassure au souvenir des neuf mois que cet Enfant a passés dans son sein, et du sourire filial avec lequel il lui sourit au moment où elle l’enfanta. Ces deux grands sentiments de la religion et de la maternité se confondent dans ce cœur sur ce seul et divin objet. Se peut-il imaginer quelque chose de plus sublime que cet état de Mère de Dieu ; et n’avions-nous pas raison de dire que, pour le comprendre tel qu’il est en réalité, il nous faudrait comprendre Dieu lui-même, qui seul pouvait le concevoir dans son infinie sagesse, et seul le réaliser dans sa puissance sans bornes ?

Une Mère de Dieu ! Tel est le mystère pour la réalisation duquel le monde était dans l’attente depuis tant de siècles ; l’œuvre qui, aux yeux de Dieu, dépassait à l’infini, comme importance, la création d’un million de mondes. Une création n’est rien pour sa puissance ; il dit, et toutes choses sont faites. Au contraire, pour qu’une créature devienne Mère de Dieu, il a dû non seulement intervertir toutes les lois de la nature en rendant féconde la virginité, mais se placer divinement lui-même dans des relations de dépendance, dans des relations filiales, à l’égard de l’heureuse créature qu’il a choisie. Il a dû lui conférer des droits sur lui-même, accepter des devoirs envers elle ; en un mot, en faire sa Mère et être son Fils.

Il suit de là que les bienfaits de cette Incarnation que nous devons à l’amour du Verbe divin, nous pourrons et nous devrons, avec justice, les rapporter dans un sens véritable, quoique inférieur, à Marie elle-même. Si elle est Mère de Dieu, c’est qu’elle a consenti à l’être. Dieu a daigné non seulement attendre ce consentement, mais en faire dépendre la venue de son Fils dans la chair. Comme ce Verbe éternel prononça sur le chaos ce mot FIAT, et la création sortit du néant pour lui répondre ; ainsi, Dieu étant attentif, Marie prononça aussi ce mot FIAT, qu’il me soit fait selon votre parole, et le propre Fils de Dieu descendit dans son chaste sein. Nous devons donc notre Emmanuel, après Dieu, à Marie, sa glorieuse Mère.

Cette nécessité indispensable d’une Mère de Dieu, dans le plan sublime du salut du monde, devait déconcerter les artifices de l’hérésie qui avait résolu de ravir la gloire du Fils de Dieu. Selon Nestorius, Jésus n’eût été qu’un homme ; sa Mère n’était donc que la mère d’un homme : le mystère de l’Incarnation était anéanti. De là, l’antipathie de la société chrétienne contre un si odieux système. D’une seule voix, l’Orient et l’Occident proclamèrent le Verbe fait chair, en unité de personne, et Marie véritablement Mère de Dieu, Deipara, Theotocos, puisqu’elle a enfanté Jésus-Christ. Il était donc bien juste qu’en mémoire de cette grande victoire remportée au concile d’Ephèse, et pour témoigner de la tendre vénération des chrétiens envers la Mère de Dieu, des monuments solennels s’élevassent qui attesteraient aux siècles futurs cette suprême manifestation. Ce fut alors que commença dans les Églises grecque et latine le pieux usage de joindre, dans la solennité de Noël, la mémoire de la Mère au culte du Fils. Les jours assignés à cette commémoration furent différents ; mais la pensée de religion était la même.

A Rome, le saint Pape Sixte III fit décorer l’arc triomphal de l’Église de Sainte-Marie ad Praesepe, de l’admirable Basilique de Sainte-Marie-Majeure, par une immense mosaïque à la gloire de la Mère de Dieu. Ce précieux témoignage delà foi du cinquième siècle est arrivé jusqu’à nous ; et au milieu du vaste ensemble sur lequel figurent, dans leur mystérieuse naïveté, les événements racontés par les saintes Écritures et les plus vénérables symboles, on peut lire encore la noble inscription par laquelle le saint Pontife dédiait ce témoignage de sa vénération envers Marie, Mère de Dieu, au peuple fidèle : XISTUS EPISCOPUS PLEBI DEI.

Des chants spéciaux furent composés aussi à Rome pour célébrer le grand mystère du Verbe fait homme par Marie. De sublimes Répons, de magnifiques Antiennes, ornés d’un chant grave et mélodieux, vinrent servir d’expression à la piété de l’Église et des peuples, et ils ont porté cette expression à travers tous les siècles. Entre ces pièces liturgiques, il est des Antiennes que l’Église Grecque chante avec nous, dans sa langue, en ces mêmes jours, et qui attestent l’unité de la foi en même temps que la communauté des sentiments, en présence du grand mystère du Verbe incarné.

 

Lire la suite