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Saint Robert Bellarmin évêque confesseur et docteur

13 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Robert Bellarmin évêque confesseur et docteur

Collecte

O Dieu, pour repousser les pièges de l’erreur et défendre les droits du Siège apostolique, vous avez doté le bienheureux Robert, votre Pontife et Docteur, d’une science et d’une force admirable : faites, par ses mérites et son intercession ; que nous grandissions dans l’amour de la vérité et que les cœurs des égarés reviennent à l’unité de votre Église.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Robert, né à Montepulciano et de la noble famille des Bellarmin, avait pour mère la très pieuse Cynthia Cervin, sœur du pape Marcel II. Dès son plus jeune âge, il a brillé par sa piété exemplaire et ses chastes mœurs, désirant ardemment une seule chose, plaire à Dieu seul et gagner des âmes au Christ. Il a fréquenté le collège de la Compagnie de Jésus dans sa ville natale où il a été vivement félicité pour son intelligence et sa modestie. À l’âge de dix-huit ans il entra dans la même Société à Rome, et il a été un modèle de toutes les vertus religieuses. Après avoir traversé le cours de philosophie au Collège romain, il est envoyé d’abord à Florence, puis à Monreale, plus tard, à Padoue pour y enseigner la théologie sacrée, et ensuite à Louvain, où, alors qu’il n’était pas encore prêtre, il s’est habilement acquitté de la charge de prédicateur. Après son ordination, à Louvain, il a enseigné la théologie avec un tel succès qu’il a ramené beaucoup d’hérétiques à l’unité de l’Église, et il était considéré en Europe comme le plus brillant théologien ; Saint-Charles, évêque de Milan, et d’autres encore lui demandaient expressément ses avis.

Cinquième leçon. Rappelé à Rome à la volonté du Pape Grégoire XIII, il a enseigné la science de la théologie de controverse au Collège romain, et là, comme directeur spirituel, il a guidé le jeune angélique Louis de Gonzague sur les chemins de la sainteté. Il a gouverné le Collège romain, puis la province napolitaine de la Compagnie de Jésus en conformité avec l’esprit de saint Ignace. Encore une fois convoqué à Rome, il fut employé par Clément VIII dans les affaires les plus importantes de l’Église, avec le plus grand avantage pour l’État chrétien, puis contre sa volonté et en dépit de son opposition, il fut admis au nombre des cardinaux, parce que le Pontife déclara publiquement qu’il n’avait pas son égal parmi les théologiens dans l’Église de Dieu à l’époque. Il fut consacré évêque par le même Pape, et administra l’archidiocèse de Capoue d’une manière très sainte pendant trois ans : après avoir démissionné de cette charge, il a vécu à Rome jusqu’à sa mort, en tant que conseiller le plus impartial et fidèle au Pontife Suprême. Il écrivit beaucoup, et d’une manière admirable. Son principal mérite réside dans sa victoire complète dans la lutte contre les nouvelles erreurs, au cours de laquelle il se distingua comme un vengeur acharné de la tradition catholique et les droits du Siège romain. Il a obtenu cette victoire en suivant saint Thomas comme son guide et son maître, par une considération prudente des besoins de son temps, par son enseignement irréfragable, et par une richesse très abondante de témoignages bien choisis à partir des écrits sacrés puisés à la source riche des Pères de l’Église. Il est éminemment reconnu pour de très nombreuses œuvres courtes pour favoriser la piété, et en particulier pour ce Catéchisme d’or, qu’il ne manquait jamais d’expliquer à la jeunesse et aux ignorants à la fois à Capoue et à Rome, bien que préoccupé par d’autres affaires très importantes. Un cardinal contemporain a déclaré que Robert a été envoyé par Dieu pour l’instruction des catholiques, pour la gouverne du bien, et pour la confusion des hérétiques, saint François de Sales le considéraient comme une source d’apprentissage, le Souverain Pontife Benoît XIV l’appelait le marteau des hérétiques, et Benoît XV proclama en lui le modèle des promoteurs et des défenseurs de la religion catholique.

Sixième leçon. Il était le plus zélé dans la vie religieuse et il a continué dans son mode de vie après avoir été admis parmi les cardinaux. Il ne voulait pas la richesse au-delà de ce qui était nécessaire, il était satisfait d’un ménage moyen, même dans ses dépenses et ses vêtements. Il ne chercha pas à enrichir sa propre famille, et il ne pouvait guère être amené à soulager leur pauvreté, même occasionnellement. Il avait peu de sentiment de lui-même, et était d’une simplicité merveilleuse d’âme. Il avait un amour extraordinaire pour la Mère de Dieu, il a passé de nombreuses heures par jour dans la prière. Il mangeait en très petite quantité et jeûnait trois fois par semaine. Austère avec lui-même, il a brûlé avec la charité envers le prochain, et il était souvent appelé le père des pauvres. Il espérait sincèrement qu’il n’avait pas taché son innocence baptismale à la moindre faute. A près de quatre-vingts ans, il tomba dans sa dernière maladie à Saint-André sur la colline du Quirinal, et en elle il montra son habituelle vertu rayonnante. Le Pape Grégoire XV et de nombreux cardinaux lui ont rendu visite sur son lit de mort, déplorant la perte d’un grand pilier de l’Église. Il s’endormit dans le Seigneur en l’an 1621, le jour des sacrés stigmates de saint François, dont il avait contribué à ce que la mémoire en soit célébrée partout. La ville entière pleura sa mort, et à l’unanimité le déclara un Saint. Le Souverain Pontife Pie XI a inscrit son nom, d’abord, dans livre des Bienheureux, puis dans celui des Saints, et peu après, par un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, il le déclara Docteur de l’Église universelle. Son corps est honoré avec une vénération pieuse à Rome en l’église Saint-Ignace, près du tombeau de saint Louis de Gonzague, comme il l’avait souhaité.

Au troisième nocturne.

Homélie de Saint Robert Bellarmin, Évêque.

Septième leçon. Tout comme en Dieu, que nous vénérons comme un dans la Trinité et trine dans l’Unité, il ya trois choses en particulier qui sont particulièrement claires : le pouvoir, la sagesse et la bonté ; de même Dieu, auditeurs bien-aimé, aurait pu rendre ses amis particuliers et ses fils, nos pères et nos docteurs, très semblables à lui-même et ainsi être estimés et admirés par toutes les nations, il leur a souhaité d’être au plus haut degré puissants, sages, excellents, et saints. D’abord, il leur fournit cette puissance, par laquelle ils pourraient évidemment faire beaucoup de choses merveilleuses et extraordinaires, hors du cadre habituel et de l’ordre de la nature, en ce qui concerne les éléments, les arbres, les bêtes, et même l’humanité. Puis, il leur donna une telle sagesse, qu’ils ont vu non seulement le passé et le présent, mais encore ils prévoyaient l’avenir, bien avant, et le prédisaient. Enfin, il a élargi leur cœur de sa très grande et ardente charité, leur permettant non seulement d’entrer de tout cœur dans leurs travaux, mais aussi d’influencer ceux qu’ils étaient sur le point de se convertir, ainsi que par leur exemple et la vie sainte, que par leur la prédication et les miracles.

Huitième leçon. Et oui, tout le monde savait combien pieux, combien justes, combien religieux étaient les prédicateurs de notre loi, aussi bien ceux qui les premiers nous ont apporté la foi et l’Évangile, et ceux que Dieu par la suite, a suscité dans tous les temps afin de confirmer ou de propager cette même foi. Et d’abord, considérons les Apôtres. Que pourrait-il y avoir de meilleur et de plus sublime que la manière de vivre des Apôtres ? Ensuite, songez à ces hommes saints que nous appelons des Pères et des Docteurs, ces lumières les plus éclatantes que Dieu a voulu faire briller dans le firmament de l’Église, afin que toutes les ténèbres de l’hérésie soient dispersées, comme Irénée, Cyprien, Hilaire, Athanase, Basile, les deux Grégoire, Ambroise, Jérôme, Augustin, Chrysostome, et Cyril. Leur vie et leur comportement ne brillent-ils pas dans toutes les œuvres qu’ils nous ont laissées, comme dans une espèce particulière de miroir ? Car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.

Neuvième leçon. Considérez, je vous le demande, l’humilité, ainsi que l’érudition la plus grande, qui paraît dans les livres des saints Pères. Quelle modération ! Rien d’offensant là, rien d’inconvenant, aucune ruse, rien à supposer, rien de pompeux. Comment le travail multiforme de l’Esprit Saint, qui habitait dans leurs cœurs, se fait entendre dans leurs pages ! Qui peut lire attentivement sans Cyprien sans brûler immédiatement du désir du martyre ? Qui peut assidûment tourner les pages d’Augustin, sans apprendre l’humilité la plus profonde ? Qui peut ouvrir Jérôme fréquemment sans commencer à aimer la virginité et le jeûne ? Les écrits des saints exhalent la religion, la chasteté, l’intégrité et la charité. Tels sont nos évêques et pasteurs (pour reprendre les termes du céleste Augustin), nos savants, éminents, saints, intelligents défenseurs de la vérité, qui ont pris dans la foi catholique, comme le lait, et l’ont consommé dans l’alimentation : et ce lait et la nourriture qu’ils ont administrés aux grands et petits. Depuis les Apôtres, la sainte Église a prospéré par ces planteurs, des abreuvoirs, des constructeurs, des bergers, et les infirmières.

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Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

13 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Saint Robert Bellarmin

Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.

TROISIÈME CONTROVERSE GÉNÉRALE
LE SOUVERAIN PONTIFE

 

CHAPITRE 10

On propose une troisième question, et on prouve la monarchie de Pierre par l’évangile de Mt 16

 On a expliqué, jusqu'à présent, et suffisamment bien, si je ne m’abuse, que la monarchie est le meilleur régime, et que c’est cette forme de gouvernement qui doit exister dans l’Église. Il reste maintenant la troisième question.L’apôtre Pierre a-t-il été constitué par le Christ chef et prince de toute l’Église, en lieu et place du Christ ? Tous les hérétiques que nous avons cités nient cela explicitement. Or, ce n’est pas uniquement une simple erreur, mais une hérésie pernicieuse de nier que la primauté de Pierre a été instituée par le Christ. Nous nous efforcerons donc de confirmer cela de trois façons et par trois raisonnements. La première, à partir de deux passages de l’Évangile : un dans lequel elle est promise, et un autre dans lequel elle est manifestée. La deuxième : les nombreuses prérogatives et les privilèges de Pierre. La troisième : des citations des pères de l’Église, grecs et latins.

Commençant par la première, le premier texte est de Mt 16 : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Et, je te donnerai les clefs du royaume, et tout ce que lieras sur terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur terre sera délié dans les cieux. » Le sens clair et obvie de ces paroles, comme nous les comprenons, est que, par deux métaphores, la principauté de toute l’Église est promise à Pierre. La première métaphore porte sur un fondement et un édifice : sur ce qui dans un édifice est le fondement, c’est-à-dire la tête dans le corps, le maire dans une cité, le roi dans un royaume, le père de famille dans une maison. La deuxième métaphore est celle des clefs. Car, celui à qui on remet les clefs d’une cité est institué roi, ou gouverneur de la cité; il est celui qui admet dans la cité ceux qu’il veut faire entrer, et qui refuse l’admission à ceux qu’il veut exclure.

À la vérité, les hérétiques déforment ce texte par des tours de passe-passe. D’abord, ils ne veulent pas voir Pierre dans la pierre. Ils n’admettent pas non plus qu’à Pierre aient été concédées des clefs. Ils ne parviennent pas non plus à se persuader que ces métaphores se rapportent au pouvoir ecclésiastique suprême. Il nous faudra donc poser quatre questions. La première : Pierre est-il la pierre sur laquelle est fondée l’Église ? La seconde : être le fondement signifie-t-il être le gouverneur de toute l’Église ? La troisième : Pierre est-il celui à qui les clefs ont été données ? La quatrième : entendons-nous par clefs le plein pouvoir de gouverner l’Église ?

À la première question on donne quatre réponses différentes. La première, celle des catholiques : cette pierre est Pierre, i.e. celui qui s’appelait Pierre. Ce n’est pas à une personne qu’il a été donné, mais au pasteur et à la tête de l’église. La deuxième est celle d’Érasme (et d’Origène): tout homme fidèle est une pierre. La troisième est de Calvin (livre 4, institutions chap 6, verset 6) : cette pierre est le Christ. La quatrième, celle de Luther (livre du pouvoir du pape) et des centuriates (livre 1, centurie 1, chap 4, col 175, et le livre 1 smalchaldici,  du primat du pape) : la pierre dont parle le Seigneur est la foi, ou la confession de la foi.

La première réponse, qui est la seule vraie, s’explique par le texte lui-même. Quand le Seigneur dit cette pierre là, il indique une pierre dont il avait parlé un peu auparavant. Il venait de donner à Simon le nom de Pierre, Cephas, en syrien. Saint Jérôme (chapitre 2 aux Galates) enseigne qu’en langue syriaque, Cephas veut dire pierre. Et à chaque fois qu’en hébreu on a pierre, on a Cephas en syriaque. Le Seigneur a donc dit : « tu es une pierre, et sur cette pierre-là je bâtirai mon église ». Il est évident que ce « cette » ne peut se rapporter qu’à Pierre, qui venait d’être appelé ainsi. Et pourquoi le traducteur latin n’a-t-il pas écrit : tu es une pierre et sur cette pierre là ? C’est parce qu’il a suivi le texte grec. Il ne l’a pas traduit du syriaque, mais du grec, où nous lisons : « tu es Pierre, et sur cette pierre j’édifierai mon Église ». Pourquoi le traducteur grec n’a-t-il pas dit : tu es une pierre, et sur cette pierre-là ? La raison en est que, comme petros et petra signifient tous deux pierre, il a semblé plus convenable de donner à un homme un nom masculin. Ensuite, pour expliquer la métaphore, il n’a pas voulu dire « sur ton Pierre », --ce qui pouvait être ambigu--mais sur ta pierre, mot qui ne signifie rien d’autre que pierre.

Venons-en au consensus ecclésial des pères grecs et latins. Tout le concile de Calcédoine formé de 630 pères (actes 3) a appelé Pierre la tête et le fondement de toute l’Église. De même, on chante, dans l’Église, à tous les jours par la bouche d’un grand nombre, et on les chante depuis 1200 ans ces vers de saint Ambroise dans l’hymne des laudes du dimanche : « Quand le coq chanta, la pierre de l’Église confessa sa faute ». Saint Augustin le témoigne aussi (livre 1 retract, chap 21). Déjà à son époque ont avait commencé à chanter dans l’Église les vers de saint Ambroise professant que saint Pierre était la pierre sur laquelle il a édifié son Église.

 Les Pères grecs maintenant. Origène (homélie 5 sur l’exode) : « Vois pourquoi le Seigneur a dit : hommes de peu de foi, pourquoi doutez-vous ? C’est parce qu’il est grand le fondement de l’Église, et solide la pierre sur laquelle il a fondé son Église. » Saint Athanase, dans son épître à Félix, écrite par lui en son nom et au nom du synode d’Alexandrie : « Tu es une pierre, dit-il, et c’est sur ton fondement que les colonnes de l’Église, les évêques, sont confirmées.» Saint Athanase fait donc du pape le fondement sur lequel s’appuient les évêques pour être des colonnes de tout l’édifice. Saint Basile (livre 2, contre Eunome), dit : « Pierre, à cause de l’excellence de sa foi, a reçu en lui-même l’édification de l’ÉgliseSaint Grégoire de Naziance (dans la modération à conserver dans les débats oratoires) : « Pierre est appelé pierre, et c’est à lui qu’ont été confiés les fondements de l’Église.» Épiphane (dans ancor), dit : « Le Seigneur a constitué Pierre le premier des apôtres, une pierre solide, sur laquelle il a édifié son Église ».

Saint Jean Chrysostome (homélie 5 sur Mt) : « Le Seigneur a dit : tu es une pierre, et c’est sur toi que j’édifierai mon Église.» Et dans l’homélie 4 (sur le chapitre 6 d’Isaïe) : « Pourquoi saint Pierre est-il le fondement de l’Église ? Il aimait intensément le Christ; il ne connaissait pas l’art oratoire, mais triomphait des rhéteurs; il était un ignorant qui fermait la bouche aux philosophes; et il a dissout la sagesse des grecs avec rien d’autre qu’une toile d’araignées, lui qui a jeté son filet dans la mer, et qui a attrapé l’univers.» Saint Cyrille (livre 2, chapitre 12, sur saint Jean) : « Il lui a prédit que son nom ne serait pas Simon mais Pierre. Signifiant par ce mot imagé que c’est sur lui, comme sur une pierre très ferme, qu’il édifierait son Église ». Psellus (chapitre 4 du cantique des cantiques) : « Ses jambes sont comme des colonnes de marbre. Entends par jambes Pierre, le prince des apôtres, sur lequel, dans l’évangile, le Seigneur avait promis d’édifier son Église». Nous avons les notes de Psellus sur les commentaires de Théodoret sur les cantiques des cantiques, de Théophylacte (Lc, chap 22) : « Après moi, tu es la pierre de l’Église, et son fondement». Euthymius (cap 16, Mt) : « Je te placerai comme le fondement des croyants, j’édifierai sur toi mon Église ».

Parmi les latins, Tertullien (livre de la prescription, chap 22) écrit : « A-t-il manqué quelque chose à Pierre pour qu’on l’appelle la pierre sur laquelle serait édifiée l’Église ?» Saint Cyprien dans son épître à Quintus : « Pierre est celui que le Seigneur a élu pour être le premier, et c’est sur lui qu’il a édifié son Église». Il répète souvent des choses semblables. Saint Hilaire (Mt16) : « Ô heureux fondement de l’Église, par la réception d’un nouveau nom ! Ô pierre digne d’édifier l’Église, pierre  qui abolira les lois de l’enfer ! Ô bienheureux portier du ciel ! » Mais Érasme annota, là, en marge : « le fondement est la foi de l’Église ».  Comme si c’était le nom de la foi qu’on avait changé, et non celui de Simon ! Et comme si c’était la foi qui était le portier du ciel ! Et que de dire de ce que saint Hilaire n’ait même pas prononcé une seule fois le mot foi ? Saint Ambroise (sermon 47) : « Pour la solidité de la dévotion des églises il est appelé pierre, comme le Seigneur a dit : Tu es Pierre. Car, par pierre, on exprime ce qui a été placé comme fondement au tout début de la foi; et c’est cette pierre immobile qui contient toute la masse de toute l’œuvre chrétienne ». Saint Jérôme (Mt 16) : « Selon la métaphore de la pierre, c’est à bon droit qu’on lui a dit : j’édifierai sur toi mon Église.» Et dans sa lettre au pape Damase sur le mot hypostase, parlant du siège de Pierre : « Je sais que c’est sur cette pierre qu’a été édifiée l’ÉgliseSaint Augustin (dans les psaumes, contre le parti de Donat) : « Énumérez les prêtres à partir de ce siège de Pierre : c’est elle la pierre que ne vainquent pas les portes orgueilleuses de l’enfer. » Notez que ce que ces saints appellent pierre ce n’est pas tellement la personne de saint Pierre que son siège. C’est sur ce siège qu’est fondée l’Église, et c’est contre lui que ne prévaudront pas les portes de l’enfer, car Pierre est la pierre non en tant qu’homme particulier, mais en tant que pontife.

Le même saint Augustin (sermon 15 sur les saints) dit : « Le Seigneur a donc nommé Pierre le fondement de l’Église, sur lequel s’édifie l’édifice ecclésiastique.» Maxime (sermon 1 sur les saints Pierre et Paul) écrit : « Par le Christ Pierre a été fait une pierre, quand il lui a dit : Tu es la pierre etc.» Saint Paulin (épître 4 à Sévère) : « C’est le Christ qui est la pierre, mais il n’a pas refusé à son disciple la prérogative de ce nom quand il lui a dit : et sur cette pierre etc.» Saint Léon le grand (sermon 2, de l’anniversaire de son sacre) : « Demeure donc la disposition de la Vérité, et persévérant dans la fermeté de la pierre qu’il a reçue, saint Pierre n’a pas abandonné le gouvernement de l’Église qu’il avait assumé. Il est placé avant tous les autres, car, en le disant pierre on déclare qu’il est le fondement, et qu’il est le portier du royaume des cieux. C’est par le mystère de ces noms (pierre, clef) que nous apprenons ce qu’est l’association toute particulière de Pierre avec Jésus ». Saint Grégoire le grand (livre 6, épitre 37 à Euloge) enseigne :  « Qui ne sait que la sainte Église est fermement fondée sur la solidité du prince des apôtres ? »

Tous ces extraits nous font voir l’impudence des hérétiques. Car Calvin dit, à l’endroit cité, qu’il ne veut pas présenter de témoignages des pères, non parce qu’il ne le pourrait pas, mais parce qu’il ne veut pas ennuyer ses lecteurs en cherchant à démontrer quelque chose de si évident. Au sujet de ce passage de saint Matthieu, Érasme s’étonne qu’il y ait eu des gens qui aient détourné ce texte pour le rapporter à l’église romaine. Il devra pardonner à saint Cyprien et saint Jérôme, comme s’il s’agissait d’un paradoxe inouï, pour avoir dit que l’Église était fondée sur Pierre.  Surtout parce que c’est ce que tous les pères enseignent, et le plus grand nombre des théologiens et des canonistes récents, sans compter les anciens pontifes : Clément, Anaclet, Marcel, Pie, Jules, et d’autres que j’ai omis, pour faire bref, et aussi parce que nos adversaires ne les acceptent pas.

Venons-en donc à la deuxième opinion qui est celle d’Érasme. Il prouve que, par le mot pierre, on doit entendre tous les fidèles en citant Origène (traité 1, Matt) : « Est pierre tout imitateur du Christ, et c’est sur une pierre de cette sorte que l’Église est fondée. C’est dans chacun des parfaits qui témoignent par les paroles et les œuvres et la compréhension du sens des Écritures, qu’est édifiée  l’Église, sur laquelle  les portes de l’enfer ne prévaudront point. » Mais Origène donne de ce texte une interprétation non littérale, mais allégorique. Dans le lieu cité, il en a pourtant donné une interprétation littérale. Car, pour qui a le sens commun, ce passage ne peut pas signifier littéralement tous les fidèles, puisque le Seigneur ne parle qu’à Pierre, Et cela, il le montre de plusieurs façons. Il l’appelle Simon, qui était le prénom que ses parents lui avaient donné, et ajoute même le nom de son père, l’appelant fils de Jonas, pour le distinguer de Simon le zélote, et de Simon frère de Jacques et de Jude. Et ce n’est qu’après, qu’il ajoute le nom de Pierre qu’il lui donnait. Il s’est servi ensuite de pronoms qui désignent certaines personnes : moi et toi. S’il est donc permis de dire que ce texte ne se rapporte en rien à Pierre, il sera possible de détourner de leurs sens tous les textes de la Bible.

De plus, si tous les fidèles sont le fondement sur lequel est construite l’Église, tous seront donc un fondement.  Si tous sont le fondement, où sont les murs, et le toit de cet édifice? Comme le dit saint Paul (1 Cor 12) : si tout le corps est un œil, où est l’oreille, où sont les autres membres? Ajoutons qu’au même endroit, le même Érasme juge absurde que l’édifice ecclésial soit fondé sur l’homme Pierre. Comment pourrait-il alors être édifié sur les autres hommes ? Ne sont-ils pas tous des hommes eux aussi ?

La troisième explication de ce texte de Matthieu 16 est de Jean Calvin, qui même s’il ne le dit pas en mots clairs, semble bien, par pierre, entendre le Christ. Car, sur quelle pierre est édifiée l’Église c’est, selon lui, une chose évidente puisque l’apôtre dit (I Cor 3, 11) : « Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé : le Christ Jésus ».  Il cite aussi saint Augustin (traité ultime sur saint Jean) qui dit : « Sur cette pierre que tu as confessée j’édifierai mon Église ». Le sermon 13 sur la parole de Dieu dit la même chose, et (dans le livre de ses rétractations, chapitre 21), il rétracte ce qu’il avait dit avant sur Pierre comme fondement de l’Église, et enseigne que c’est plutôt sur le Christ qu’elle a été fondée, et que c’est ainsi qu’il faut comprendre ce texte de Matthieu.

Personne ne doute que le Christ soit la pierre, et le premier fondement de l’Église. Et ce passage-là le démontre également, car si Pierre est fondement de l’Église en remplacement du Christ, le Christ l’est beaucoup plus. Mais, néanmoins, le sens propre, obvie, immédiat et littéral est que l’Église est édifiée sur Pierre. Ce que nous prouverons sans répéter ce qui a déjà été dit. D’abord le mot « cette » ne peut pas se rapporter à la pierre Christ, mais à la pierre qu’est Pierre. Car ce démonstratif doit indiquer une chose rapprochée, non une chose éloignée. Or le mot qui venait d’être prononcé n’était pas Christ, mais Pierre. Ensuite, bien que l’on puisse appeler le Christ pierre, ce n’est pas le nom que lui donne saint Pierre en le confessant, mais Christ Fils du Dieu vivant. Ce « cette » doit donc être référé à celui qui est appelé pierre, et non à celui qui ne reçoit pas ce nom. De plus, si le Christ était la pierre, comment aurait-il pu dire : « Je te dis que tu es pierre ».  Il aurait parlé pour ne rien dire, à moins que les paroles qu’il prononçait ne s’adressassent pas vraiment à Pierre. Ensuite, si ces paroles s’appliquaient au Christ, il n’aurait pas dit j’édifierai, mais j’édifie mon Église, car il avait déjà édifié en lui les apôtres et beaucoup d’autres. Il dit j’édifierai, car Pierre n’avait pas encore été institué fondement de l’Église. C’est après la résurrection qu’il le deviendrait.

À l’argument de Calvin je réponds que saint Paul ne parle pas de n’importe lequel fondement, mais du fondement premier. Autrement il se contredirait lui-même puisqu’il a dit (Ép 2) : « surédifié sur le fondement des apôtres et des prophètes.» Il contredirait aussi saint Jean qui, dans l’Apocalypse, décrit les douze fondements de l’Église du Christ, et explique que ces fondements sont les apôtres. Pour saint Augustin, je dis qu’il ne réprouve pas notre sentence, mais qu’il donne la priorité à une autre. Car, voici ce qu’il dit dans les rétractations (1, chap 21) : « J’ai dit, en un certain endroit, au sujet de l’apôtre Pierre, que c’était sur lui comme sur une pierre qu’était fondée l’Église, ce qui est chanté par les bouches d’un grand nombre dans les vers de saint Ambroise, où, il dit en parlant d’un coq : « pendant qu’il chantait, la pierre de l’Église a effacé sa faute ». Mais je sais que très souvent après,  j’ai expliqué que par « sur celui-ci » il fallait entendre celui que confessait Pierre. Car, il ne lui a pas été dit : tu es la pierre, mais tu es Pierre, car la pierre était le Christ. Je laisse au lecteur le soin de choisir quelle est la plus probable des deux explications. » Voilà donc quelle est son opinion, Il ne pense donc pas, comme Calvin, que ce soit un blasphème de déclarer que l’Église ait été édifiée sur Pierre.

J’ajoute que saint Augustin a été trompé par sa seule ignorance de la langue hébraïque. Car, son argument tient tout entier là-dessus : il n’a pas été appelé pierre mais Pierre. Il a pensé que la pierre sur laquelle était construite l’Église n’était pas Pierre, parce qu’il croyait que cephas ne signifiait pas pierre, mais un dérivé de la pierre, comme le mot chrétien ne signifie pas le Christ, mais quelqu’un qui est en lien avec le Christ. Donc, parce que l’Église doit être fondée sur une pierre et non sur un dérivé de la pierre, saint Augustin a pensé que cette pierre ne signifiait pas pierre mais le Christ. Mais, s’il s’était rendu compte que le mot cephas ne signifie rien d’autre que pierre, et que ce que le Seigneur a dit c’est : « tu es une pierre et sur cette pierre », il n’aurait eu aucun doute sur la vérité de notre opinion.

Il reste la quatrième, qui est celle de presque tous les luthériens, et qui semble pouvoir être confirmée par des témoignages d’anciens pères. Hilaire (livre 6, de la trinité) : « C’est sur la pierre de cette confession que s’édifie l’Église ».  De même : « Cette foi de l’Église est le fondement. C’est par cette foi que sont rendues faibles les portes de l’enfer. C’est cette foi qui a les clefs du royaume céleste». Saint Ambroise (livre 6, chap 9 sur Luc) : « Le fondement de l’Église est la foi». De la même façon (livre 4, de la Trinité), saint Cyrille : «Je pense que, par pierre, il n’a pas nommé autre chose que la foi inébranlable et très ferme du disciple ».  Ilirycus ajoute : « Si l’Église était fondée sur Pierre et non pas plutôt sur la profession de foi, elle se corromprait bientôt, car Pierre a cherché à détourner le Christ de sa passion. En effet, en Matthieu, on lit : « Va derrière moi, Satan, car tu ne comprends pas les choses de Dieu ! » Ensuite, il a renié trois fois le Christ, et non sans serment (Mt 26).

Je réponds qu’on peut considérer la foi ou la confession de deux façons. La première façon : absolument, telle qu’elle est en elle-même, sans relation à la personne de Pierre. La seconde : en relation à la personne de Pierre. C’est de la première façon que les adversaires voudraient que la foi soit le fondement de l’Église. Mais ils se trompent sûrement, car s’il en était ainsi, le Seigneur n’aurait pas dit : sur cette pierre j’édifierai, mais j’édifie ou j’ai édifié mon Église. Car, plusieurs avaient déjà cru qu’il était le Fils du Dieu vivant, comme les bergers, la sainte Vierge, saint Siméon, Zacharie, saint Jean Baptiste, les apôtres et les autres disciples. De plus, la foi au sens strict est correctement appelée le fondement de la justification et de toutes les vertus, comme le dit saint Augustin (sermon de la parole apostolique) :  « La maison de Dieu est fondée en croyant, elle est érigée en espérant, et elle se parfait en aimant».  Mais la foi n’est pas le fondement premier de l’Église, car les fondements doivent être de même nature qu’elle. Or l’Église est une assemblée d’hommes qui sont comme des pierres vivantes, comme le dit 1 P. 2. La pierre qui est le fondement doit donc être un homme, non une vertu.

Ensuite ce « cette » montre clairement qu’on ne peut, par pierre, entendre la foi, car ce mot se réfère au mot pierre qui vient juste d’être prononcé. C’est à Simon qu’il a été dit « tu es la pierre », non à la foi. Il faut donc entendre la foi de la deuxième façon, et dire qu’il ne s’agit pas ici de la foi en général ou de n’importe qui, mais de la foi de celui qui est le fondement, la foi de Pierre, non en tant qu’homme privé, mais en tant que pasteur. Cela se rapporte donc à ce que nous avons expliqué jusqu’ici, au sujet du fondement de l’Église.  Car, on dit que c’est la foi de Pierre qui est le fondement de l’Église, pour deux raisons.  D’abord parce que c’est en récompense de sa foi qu’il est advenu à Pierre d’être le fondement de l’Église, comme l’expliquent saint Jérôme, saint Hilaire, saint Jean Chrysostome, et d’autres commentateurs de ce passage. Ensuite, il est le fondement très solide de l’Église du fait que sa foi ne peut errer, et qu’il doit confirmer et soutenir la foi des autres. Car, c’est ce que le Seigneur lui a dit en Lc 22 : « J’ai prié pour toi, pour que ne défaille pas ta foi. Et quand, tu seras revenu à toi, confirme tes frères ».

Donc, dire que, à cause de sa foi indéfectible, Pierre est la pierre très solide qui soutient toute l’Église, c’est dire que c’est sur cette pierre et sur cette foi que l’Église a été fondée. Et c’est ainsi que l’ont compris les pères cités. Car, saint Hilaire, après avoir dit, à l’endroit déjà cité, que la foi de Pierre est le fondement de l’Église, et qu’il avait reçu les clefs du ciel, ajoute, au sujet de ce même Pierre : « C’est un lieu suréminent qu’il a mérité par la bienheureuse profession de sa foi ». Et un peu après : « C’est à cause d’elle qu’il a les clefs du royaume du ciel, que ses jugements terrestres sont célestes ». Donc, comme il avait dit que c’est la foi qui est le fondement et qui a les clefs, il dit maintenant que c’est à cause de sa foi que Pierre a mérité un lieu suréminent, c’est-à-dire être la tête ou le fondement, et avoir les clefs. Et lui-même, dans Mt 16, dit clairement de saint Pierre : « Sois heureux d’être devenu le fondement de l’Église par la réception d’un nouveau nom ! »

Pour une raison semblable, saint Ambroise (saint Luc, livre 6, chapitre 9) enseigne que c’est la foi de Pierre qui est le fondement de l’Église. Il dit au même endroit : « Il n’a pas nié à son disciple la grâce de ce mot, à savoir, qu’il soit lui-même un Pierre, quelqu’un qui, de la pierre, a la solidité de la constance et la fermeté de la foi ». Saint Jean Chrysostome, dans les deux textes cités, expliquant ce que c’est qu’édifier l’Église sur la confession de Pierre, nous présente un Seigneur qui parle ainsi : « Moi, c’est sur toi que j’édifierai mon Église ».  Enfin, saint Cyrille, même dans le lieu cité, ne dit pas que c’est la foi de n’importe qui, qui est le fondement de l’Église, mais celle de Pierre. Et (au livre 2, chapitre 12 de saint Jean), il écrit Pierre est la pierre sur laquelle l’Église a été fondée.

Et à l’objection d’Illyricus, je réponds d’abord avec saint Jérôme, dans son commentaire de ce chapitre. Quand il entendit Jésus lui dire : « arrière Satan », et quand il le renia trois fois, Pierre n’était pas encore le fondement. Car, dans ce passage, Jésus lui promit que c’est après sa résurrection qu’il lui donnerait de l’être. J’ajoute que saint Pierre n’a pas erré dans la foi, mais qu’il n’a fait qu’ignorer quelque chose quand il entendit : « arrière Satan » ! Et quand il l’a renié, il a péché contre la charité, non contre la foi. Nous traiterons ce sujet explicitement dans le traité de l’Église.


CHAPITRE 11

Que veut dire : édifier l’Église sur la pierre :  Mt 16

Nous avons une autre difficulté à tirer au clair : que veut dire édifier l’Église sur la pierre ? Les adversaires réfléchissent peu là-dessus. Car, comme ils ont déjà nié que Pierre est le fondement de l’Église, ils estiment qu’il est peu important de se demander ce que signifie cette construction. Le rôle propre de la pierre fondamentale est de soutenir tout l’édifice. Et c’est ce de cette façon que le présentent les pères. Saint Jean Chrysostome (homélie 55 sur saint Matthieu) écrit, en commentant ce texte : « Il l’a constitué le pasteur de l’Église ».  Et, plus bas : « Il a établi Jérémie le père d’un peuple. Mais, Pierre c’est de tout l’univers qu’il l’a fait père.» Saint Ambroise (sermon 17) : « Pierre est appelé une pierre du fait que, comme une pierre immobile, il soutient la construction de toute l’ÉgliseSaint Grégoire (livre 4, épître 32) : « Il est évident à tous ceux qui connaissent l’Évangile que, par la parole du Seigneur, a été confié à saint Pierre, le prince des apôtres, le soin de toute l’Église. Car, c’est à lui qu’il a été dit : tu es une pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église

Je réponds que c’est pour cela que nous disons que l’Église n’est pas fondée sur la foi en général. Mais, même si nous le disions, l’argument ne prouverait rien, car on doit comprendre toutes les choses en tenant compte de leurs natures. Si donc on dit que l’Église est édifiée sur la foi, le sens devrait être que l’Église dépend de la foi en tant que principe de la justification, et en tant qu’un don sans lequel l’épouse du Christ n’existe pas. Si on dit qu’elle est édifiée sur Pierre, le sens sera qu’elle dépend de Pierre comme de son chef, car ce type de dépendance est celui de la dépendance d’un homme envers un homme.

L’autre argument est plus difficile. Pierre, en ce lieu, est appelé fondement de l’Église de la même façon que les autres apôtres sont ailleurs appelés fondements de l’Église. Le psaume 86 : « Ses fondements sont sur la montagne sainte », c’est-à-dire comme l’explique saint Augustin, sur les apôtres et les prophètes. Et Apocalypse 21 : « Et le mur de la cité ayant douze fondements, et sur eux, les douze noms des apôtres de l’Agneau. »  Et Éphésiens 2 : « Surédifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes. » Faisant allusion à ces textes, saint Jérôme (dans son livre sur Jovinien 1) : « Mais tu dis que c’est sur Pierre que l’Église est fondée, bien qu’on dise ailleurs que c’est sur tous les apôtres qu’elle soit fondée, et que c’est sur eux tous, à part égale, que se solidifie et se fortifie l’Église. » Pierre n’a donc rien reçu de spécial qui lui appartînt en propre.

Je réponds que tous les apôtres ont été fondements de l’Église de trois façons, sans porter préjudice au privilège de saint Pierre. Une première manière. Ils ont été les premiers à fonder des églises. Saint Pierre n’a pas converti, à lui seul, tout l’univers, mais certains pays ont été amenés à la foi dans le Christ par certains autres, d’autre par d’autres. C’est ce que reconnaît saint Paul : « J’ai prêché là où on ne prononçait pas le nom du Christ, pour ne pas édifier sur le fondement d’un autre ». Cor 3 : «Comme un sage architecte j’ai posé un fondement, et un autre a édifié l’Église dessus.» De cette manière, tous les apôtres sont également des fondements. Nous croyons que c’est ce que veut nous faire comprendre l’Apocalypse.

L’autre manière. On appelle fondements de l’Église les apôtres et les prophètes à cause de la doctrine révélée par Dieu. En effet, la foi de l’Église s’appuie sur la révélation de Dieu qu’eurent les apôtres et les prophètes. Car ne sont pas toujours révélés à l’Église de nouveaux articles de foi, mais l’Église donne son assentiment à la doctrine que les apôtres et les prophètes ont apprise du Seigneur, et qu’ils ont communiquée à la postérité par leur prédication ou leurs écrits. De cette façon nous sommes surédifiés, comme le dit saint Paul (Ep 2) sur les fondements des apôtres et des prophètes. Selon ces deux manières de comprendre le mot fondement, saint Pierre n’est pas plus grand que les autres, mais, comme dit saint Jérôme, c’est en tous, à part égale, qu’est solidifiée et fortifiée l’Église.

 La troisième façon. Tous les apôtres sont appelés fondements sous l’aspect du gouvernement. Car tous furent têtes, dirigeants et pasteurs de l’Église universelle, mais pas de la même manière que Pierre. Car les autres apôtres eurent le pouvoir suprême et étendu en tant qu’apôtres ou légats; Pierre, lui, en tant que pasteur ordinaire. En somme, ils eurent la plénitude du pouvoir en ayant Pierre comme leur chef, et en dépendant de lui, non lui d’eux. Et c’est ce qui a été promis à Pierre, quand le Seigneur lui a dit, à lui seul, devant tous les autres : « Sur cette pierre j’édifierai mon Église.» C’est ce que, en plus des passages cités, enseigne saint Jérôme dans son livre contre Jovinien, expliquant ce que veut dire édifier l’Église sur Pierre : « Bien que la force de l’Église soit solidifiée à part égale par tous les apôtres, un est choisi parmi les douze comme chef, pour enlever toute occasion à un schisme. »

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Saints Nérée Achille et Domitille vierge, et Pancrace martyrs

12 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saints Nérée Achille et Domitille vierge, et Pancrace martyrs

Collecte

Que toujours, nous vous en supplions, Seigneur, l’heureuse fête de vos Martyrs Nérée, Achillée, Domitille et Pancrace nous soutienne, et nous rende dignes de votre service.

Office

Quatrième leçon. Nérée et Achillée, son frère, étaient officiers de la maison de Flavie Domitille ; saint Pierre les baptisa en même temps qu’elle et que Plautille, sa mère. Comme ils avaient inspiré à Domitille le dessein de consacrer à Dieu sa virginité, Aurélien à qui elle était fiancée, les accusa d’être chrétiens. Ils confessèrent glorieusement leur foi, et furent pour ce motif relégués dans l’île Ponza ; là on les soumit de nouveau à la torture et on les battit de verges. Conduits ensuite à Terracine, Minutius Rufus les fit tourmenter sur le chevalet, et brûler avec des torches enflammées. Comme ils déclaraient constamment qu’on ne pourrait les contraindre par aucun tourment à sacrifier aux idoles, ils eurent la tête tranchée. Leurs corps furent apportés à Rome par Auspice, leur disciple, qui avait instruit Domitille, et ils furent ensevelis sur la voie Ardéatine.

Cinquième leçon. Flavie Domitille, vierge romaine nièce des empereurs Titus et Domitien, avait reçu des mains du bienheureux Pape Clément le voile sacré de la virginité. Dénoncée comme chrétienne par Aurélien, son fiancé, fils du consul Titus Aurélus, elle fut reléguée par l’empereur Domitien dans l’île Ponza, où elle souffrit en prison un long martyre. On la conduisit enfin à Terracine ; elle y confessa de nouveau le Christ, et comme elle paraissait toujours plus ferme dans sa résolution, le juge ordonna de mettre le feu à la maison où elle était enfermée, et elle acheva ainsi, avec les vierges Théodora et Euphrosyne, ses sœurs de lait, le cours de son glorieux martyre, aux nones de mai, sous l’empereur Trajan. Leurs corps furent trouvés entiers, et ensevelis par le Diacre Césaire. Or ce jour est celui où les corps des deux frères et de Domitille furent transportés ensemble de la diaconie de Saint-Adrien, et rendus à la basilique des saints Martyrs, du titre de Fasciola.

Sixième leçon. Pancrace, né en Phrygie, était de noble race ; il vint à Rome à l’âge de quatorze ans, sous les empereurs Dioclétien et Maximien. Baptisé et instruit dans la foi chrétienne par le Pontife romain, il fut peu après arrêté pour cette même foi. Ayant refusé constamment de sacrifier aux dieux, et présenté sa tête au bourreau avec un courage viril, il parvint à la glorieuse couronne du martyre. Une saint femme, nommée Octavie, en leva son corps pendant 1a nuit, l’embauma, et l’ensevelit sur la voie Aurélienne.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Jean. Cap. 4, 46-53.
En ce temps-là : il y avait un officier du roi, dont le fils était malade à Capharnaüm. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Comment entendre ceci : le Seigneur prié par un officier de venir auprès de son Fils, refuse de s’y rendre corporellement, et sans y être invité, il promet d’aller auprès lu serviteur du centurion. Il ne daigne point accorder l’honneur de sa présence corporelle au fils d’un seigneur, et il ne dédaigne pas d’accourir auprès de l’esclave d’un centurion. Que veut-il en ceci, sinon abattre notre orgueil, à nous qui honorons dans les hommes, non leur nature en laquelle ils ont été faits à l’image de Dieu, mais leur rang et leurs richesses ? Notre Rédempteur nous enseigne à mépriser ce que les hommes estiment grandeur, et à ne point mépriser ce que les hommes méprisent. Il n’a point voulu se rendre auprès du fils du seigneur ; il est prêt à se rendre auprès de l’esclave du centurion.

Huitième leçon. Il condamne donc notre orgueil qui ne sait point estimer les hommes en tant qu’ils sont des hommes. Comme nous l’avons dit, cet orgueil n’estime que ce qui est extérieur aux hommes, et sans égard à la nature elle-même, il ne sait pas reconnaître en eux l’œuvre de Dieu et son honneur Voilà donc que le Fils de Dieu ne veut point aller auprès du fils d’un Seigneur et se montre prêt à venir trouver un esclave et à le guérir. Si quelque esclave nous priait de venir à lui, certes aussitôt notre orgueil répondrait intérieurement à son appel : N’y va pas ; ce serait t’abaisser, faire mépriser ta noblesse, avilir ton rang. Voilà qu’il descend du ciel, celui qui sur la terre ne dédaigne pas de visiter un esclave, et pourtant nous qui sommes de la terre, nous dédaignons de nous humilier sur la terre.

Neuvième leçon. Dans votre pensée, ne considérez donc point ce .que vous possédez, mais ce que vous êtes. Voilà qu’il s’enfuit, ce monde que l’on aime. Ces Saints au tombeau desquels nous sommes assemblés, ont foulé aux pieds avec mépris ce monde alors dans sa fleur. De leur temps, il leur offrait une vie longue, une santé sans déclin, de riches possessions, une postérité nombreuse, la sécurité d’une longue paix, et pourtant ce monde qui en lui-même semblait dans sa fleur, était déjà comme flétri pour leur cœur. Voilà qu’aujourd’hui le monde est flétri en lui-même, et pour nos cœurs il est comme en fleur. Partout la mort, partout le deuil, partout la désolation. Nous sommes frappés de tous les côtés ; de toute part nous viennent les amertumes, et pourtant, aveuglés par les convoitises de la chair, nous aimons ces amertumes, nous poursuivons ce monde qui nous échappe, nous nous attachons à ce monde qui s’écroule.

 

Le chœur des Vierges martyres n’avait pas encore offert à Jésus triomphant ses couronnes de rosés mêlées de lis. Il le fait aujourd’hui en députant vers l’Époux divin la noble et gracieuse Flavia Domitilla, la plus belle fleur que le glaive du martyre moissonna dans le champ fertile de l’Église de Rome au premier siècle de notre foi. C’est sous la persécution de Domitien, dans les jours où Jean l’Évangéliste était plongé dans l’huile bouillante devant la Porte Latine, que Flavia Domitilla eut la gloire de souffrir l’exil suivi plus tard de la mort pour la cause du Rédempteur des hommes qu’elle avait choisi pour époux. Issue du sang impérial, nièce de Flavius Clémens, qui unit aux faisceaux consulaires la couronne du martyre, elle fait partie de ce groupe de chrétiens que l’on aperçoit à la cour de Domitien, et qui nous révèle avec quelle rapidité la religion des humbles et des pauvres s’était élancée jusqu’aux plus hauts sommets de la société romaine-Peu d’années auparavant, saint Paul avait adressé aux chrétiens de la ville de Philippes les salutations des chrétiens du palais de Néron. De nos jours, non loin des murs de Rome, sur la Voie Ardéatine, on visite encore le magnifique cimetière souterrain que Flavia Domitilla fit creuser dans son Praedium, et dans lequel furent ensevelis les deux martyrs Nérée et Achillée, que l’Église réunit aujourd’hui dans un même culte à la noble vierge qui leur fut redevable de sa couronne.

Nérée et Achillée, officiers de la maison de Domitilla, lui révélèrent un jour le prix de la virginité ; et tout aussitôt la jeune fille, disant pour jamais adieu aux joies de ce monde, n’aspira plus qu’à l’honneur de devenir l’épouse de Jésus-Christ. Elle reçut le voile des vierges consacrées par les mains du’ pape saint Clément ; Nérée et Achillée avaient reçu le baptême des mains de saint Pierre lui-même. Quels souvenirs en ce jour dédié à de telles mémoires !

La vierge et les autres martyrs reposèrent durant plusieurs siècles dans la basilique appelée Fasciola, sur la Voie Appienne ; mais nous avons encore une Homélie que saint Grégoire le Grand prononça dans l’église souterraine qui s’éleva d’abord sur leur tombe même au siècle du triomphe. Le saint Pontife insista dans ce discours sur la fragilité des biens de ce monde, et fit appel au souvenir des héros qui reposaient sous l’autel autour duquel les fidèles de Rome se trouvaient rassemblés. « Ces saints, dit-il, au tombeau desquels nous sommes réunis en ce moment, ont dédaigné ce monde dans sa fleur, ils l’ont foulé aux pieds. Ils avaient devant eux une vie longue, une santé assurée, une fortune opulente, l’espérance d’une famille en laquelle ils auraient perpétué leur nom ; ces jouissances, ils étaient à même de les goûter longtemps dans la tranquillité et la paix ; mais le monde eut beau fleurir à leurs yeux, il était déjà fané dans leur cœur. »

Plus tard, la basilique Fasciola étant presque tombée en ruine par suite des désastres de Rome, les corps des trois saints furent transférés, au XIIIe siècle, dans l’Église Saint-Adrien, au Forum. Ils y restèrent jusqu’aux dernières années du XVIe siècle, où le grand Baronius ayant été élevé aux honneurs de la pourpre romaine, et pourvu du Titre des saints Nérée et Achillée, songea à restaurer la basilique confiée désormais à sa garde. Par sa munificence, les nefs se relevèrent, l’histoire des trois martyrs y fut peinte sur les murailles ; la chaire de marbre sur laquelle on raconte que saint Grégoire avait prononcé son Homélie fut rétablie dans cette église, et l’Homélie elle-même gravée tout entière sur le dossier ; enfin la Confession, décorée de mosaïques et de marbres précieux, attendit le moment où elle allait recevoir les dépouilles sacrées dont elle était veuve depuis trois siècles.

Baronius avait compris qu’il était temps de terminer le trop long exil des saints martyrs, à l’honneur desquels il se sentait obligé de veiller désormais ; et il prépara tout un triomphe pour leur retour à leur antique demeure. Rome chrétienne excelle à unir dans ses pompes les souvenirs de l’antiquité classique avec les sentiments qu’inspiré la religion du Christ. Une solennelle procession conduisit d’abord au Capitole le char sur lequel reposaient à l’ombre d’un dais somptueux les corps sacrés des trois martyrs. Deux inscriptions parallèles frappèrent les regards, au moment où le cortège arrivait au sommet du clivus Capitolinus. Sur l’une on lisait : « A sainte Flavia Domitilla, vierge romaine et martyre, le Capitole, purifié du culte funeste des démons, et restauré plus dignement qu’il ne le fut par Flavius Vespasien et par Donatien Augustes, parents de la vierge chrétienne. » L’autre portait ces paroles : « Le Sénat et le peuple romain à sainte Flavia Domitilla, vierge romaine et martyre, qui, en se laissant consumer dans un incendie pour la foi du Christ, a plus apporté de gloire à Rome que ses parents Flavius Vespasien et Domitien Augustes, lorsqu’ils restaurèrent à leurs frais le Capitule deux fois incendié. »

On reposa un moment les châsses des martyrs sur un autel élevé près de la statue équestre de Marc-Aurèle, et après qu’ils eurent reçu l’hommage, ils furent replacés sur le char, et on descendit l’autre revers du Capitole. La procession ne tarda pas à rencontrer l’arc de triomphe de Septime-Sévère, II portait ces deux inscriptions : « Aux saints martyrs Flavia Domitilla, Nérée et Achillée, excellents citoyens, le Sénat et le peuple de Rome, pour avoir illustré le nom romain par leur glorieuse mort, et acquis par leur sang la paix à la république romaine. » « A Flavia Domitilla, à Nérée et Achillée, invincibles martyrs de Jésus-Christ, le Sénat elle peuple romain, pour avoir glorifié la Ville par le noble témoignage qu’ils ont rendu à la foi chrétienne. »

En suivant la Voie Sacrée, le cortège se trouva bientôt en face de l’arc de triomphe de Titus, monument de la victoire de Dieu sur la nation déicide. On y lisait, d’un côté, cette inscription : « Cet arc triomphal, décerné et érigé autrefois à Titus Flavius Vespasien Auguste, pour avoir ramené la Judée révoltée sous le joug du peuple romain, le Sénat et le peuple romain le décernent et le consacrent d’une manière plus heureuse à la nièce du même Titus, Flavia Domitilla, pour avoir, par son trépas, accru et propage la religion chrétienne. »

De l’autre côté de l’arc de triomphe étaient ces paroles : « A Flavia Domitilla, vierge romaine et martyre, nièce de Titus Flavius Vespasien Auguste, le Sénat et le peuple romain, parce qu’elle a, par l’effusion de son sang et le sacrifice de sa vie pour la foi, rendu hommage à la mort du Christ avec plus de gloire que n’en a acquis le même Titus, lorsque, pour venger cette mort, il a renversé Jérusalem par « l’inspiration divine. »

On laissa sur la gauche le Colysée, dont l’arène avait été le théâtre des combats de tant de martyrs, et l’on passa sous l'arc de triomphe de Constantin, monument qui parle si haut de la victoire du christianisme dans Rome et dans l’empire, et qui répète encore le nom de la famille Flavia, à laquelle appartenait le premier empereur chrétien. Voici les deux inscriptions dont était décoré l’arc triomphal : « A Flavia Domitilla, à Nérée et Achillée, le Sénat et le peuple romain. Sur cette Voie Sacrée où plusieurs empereurs romains, augustes, ont obtenu les honneurs du triomphe pour avoir soumis à l’empire du peuple romain diverses provinces, ces martyrs triomphent aujourd’hui avec d’autant plus de gloire, qu’ils ont vaincu par la supériorité de leur courage les triomphateurs eux-mêmes. » « A Flavia Domitilla, le Sénat et le peuple romain. Si douze empereurs ses parents augustes ont illustré par leurs hauts faits la famille Flavia et Rome elle-même, la vierge, en sacrifiant pour le Christ les honneurs et la vie, a répandu sur l’une et sur l’autre un lustre plus éclatant encore. »

On prit ensuite la Voie Appienne, et on arriva enfin à la basilique. Sur le seuil, Baronius, accompagné d’un grand nombre de cardinaux, accueillit avec un profond respect les trois martyrs, et les conduisit vers l’autel, où la Confession les reçut, pendant que le chœur chantait cette Antienne du Pontifical : « Entrez, saints de Dieu ; votre demeure a été préparée ici par le Seigneur ; le peuple fidèle a suivi joyeusement votre marche ; il vous demande de prier pour lui la majesté du Seigneur. Alléluia ! »

Quel sublime triomphe, ô saints martyrs, Rome vous avait prépare, après tant de siècles écoulés depuis votre glorieux trépas ! Qu’il est vrai de dire que rien ici-bas n’est comparable à la gloire des saints ! Où sont maintenant les Flaviens, ces douze empereurs de votre sang, ô Domitilla ? Qui s’inquiète de leurs cendres ? Qui conserve même leur souvenir ? L’un d’eux fut appelé « les délices du genre humain » ; et le peuple ignore jusqu’à son nom ! Un autre, le dernier de tous, eut la gloire d’être choisi pour proclamer la victoire de la croix sur le monde romain ; Rome chrétienne garde sa mémoire avec honneur et reconnaissance ; mais le culte religieux n’est pas pour lui ; c’est à vous, ô Domitilla, que Rome le réserve, à vous et aux deux martyrs dont le nom est en ce jour associé au vôtre.

Qui ne sentirait la puissance du mystère de la résurrection de notre divin Chef dans l’amour et l’enthousiasme qu’inspirent à tout ce peuple la vue et la possession de vos saintes reliques, ô martyrs du Dieu vivant ? Quinze siècles avaient passe sur vos membres refroidis, et les fidèles les saluent avec transport, comme s’ils les sentaient encore pleins de vie. C’est que le peuple chrétien sait que Jésus, « le premier-né d’entre les morts », est déjà ressuscité, et que vous devez un jour ressusciter glorieux comme lui. Il salue par avance cette immortalité qui doit être le partage de vos corps immolés à la gloire du Rédempteur ; il contemple déjà par la foi l’éclat dont vous brillerez un jour ; il proclame la dignité de l’homme racheté, pour qui la mort n’est plus que le passage à la vie véritable, et le tombeau un sillon qui reçoit le grain pour le rendre plus riche et plus beau.

« Heureux, dit la prophétie, ceux qui auront lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau ! » Mais plus heureux encore, nous dit la sainte Église, ceux qui, après avoir été purifiés, ont mêlé leur propre sang à celui de la victime divine ! car « ils ont accompli dans leur chair ce qui manquait aux souffrances du Christ ». C’est pour cela qu’ils sont puissants par leur intercession, et nous devons nous adresser à eux avec amour et confiance. Nérée, Achillée, Domitilla, soyez-nous propices. Faites-nous aspirer à Jésus ressuscité ; conservez en nous la vie qu’il nous a communiquée ; détachez-nous des charmes du présent ; disposez-nous à les fouler aux pieds, s’il est à craindre qu’ils ne nous séduisent. Rendez-nous forts contre tous nos ennemis, prompts à la défense de la foi, ardents à la conquête de ce royaume que nous devons a ravir par la violence ». Soyez aussi les défenseurs de cette Église Romaine qui, chaque année, renouvelle en ce jour votre culte avec tant de ferveur. Nérée et Achillée, vous fûtes la fille de Clément, son successeur ; protégez le Pontife en qui Pierre réside, le Pontife qui succède à Clément et à tant d’autres. Dissipez les orages qui menacent la croix sur le Capitole, et conservez la foi dans le cœur des Romains.

Un quatrième martyr vient s’adjoindre à ceux que nous avons déjà fêtés. C’est de Rome aussi qu’il monte pour aller partager la gloire du vainqueur de la mort. Les précédents furent moissonnés dans les premiers temps de notre foi ; celui-ci a combattu dans la grande persécution de Dioclétien, au moment où le paganisme livrait à l’Église le dernier assaut dans lequel il devait succomber lui-même. Notre jeune héros ne comptait pas au delà de quatorze ans ; mais il n’en a pas moins cueilli la palme, et il orne à son tour la couronne de notre divin Ressuscité. Une basilique décorée d’un Titre cardinalice s’est élevée dès les premiers siècles sur le cimetière où fut déposé son corps.

La grâce divine qui vous appelait à la couronne du martyre alla vous chercher jusqu’au fond de la Phrygie, ô Pancrace, pour vous conduire dans la capitale de l’empire, au centre de tous les vices et de toutes les erreurs du paganisme. Votre nom, confondu avec tant d’autres plus éclatants ou plus obscurs, ne semblait pas devoir laisser de trace dans la mémoire des hommes ; à quatorze ans, votre carrière était déjà terminée. Aujourd’hui cependant, votre nom est prononcé par toute la terre avec l’accent de la vénération ; il retentit à l’autel dans les prières qui accompagnent le Sacrifice de l’Agneau. D’où vous vient, ô jeune martyr, cette célébrité qui durera autant que le monde ? C’est qu’il était juste qu’ayant été associé à la mort sanglante de notre Christ, la gloire de son immortalité rejaillît jusque sur vous. Gloire soit donc à lui qui honore ainsi ses compagnons d’armes ! et gloire à vous, ô martyr, qui avez mérité une telle couronne ! En retour de nos hommages, daignez, ô Pancrace, jeter un regard de protection sur nous. Parlez de nous à Jésus votre chef et le nôtre. Dans cette vallée d’exil, nous chantons l’Alléluia pour sa résurrection qui nous a remplis d’espérances ; obtenez qu’un jour nous répétions avec vous au ciel ce même Alléluia, devenu éternel, et qui alors signifiera non plus l’espérance, mais la possession.

 

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MIRARI VOS

12 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

MIRARI VOS

MIRARI VOS

Lettre encyclique de S.S. le pape GREGOIRE XVI du 15 AOUT 1832

 

 

 

SUR LE LIBÉRALISME ET LES MAUX DE L'ÉGLISE

 

À tous les patriarches, primats, archevêques et évêques,

Grégoire XVI, pape

Vénérables Frères, Salut et bénédiction apostolique.

 

Vous êtes sans doute étonnés que, depuis le jour où le fardeau du gouvernement de toute l’Église a été imposé à notre faiblesse, Nous ne vous ayons pas encore adressé nos lettres comme l’auraient demandé, soit la coutume introduite même dès les premiers temps, soit notre affection pour vous. C’était bien, il est vrai, le plus ardent de nos vœux de vous ouvrir tout d’abord notre cœur, et de vous faire entendre, dans la communion de l’esprit, cette voix avec laquelle, selon l’ordre reçu par nous dans la personne du bienheureux Pierre, Nous devons confirmer nos frères (Lc. 22, 32). Mais vous savez assez quels maux, quelles calamités, quels orages Nous ont assailli dès les premiers instants de notre pontificat, comment Nous avons été lancé tout à coup au milieu des tempêtes. Ah ! si la droite du Seigneur n’avait manifesté Sa puissance, vous auriez eu la douleur de Nous y voir englouti, victime de l’affreuse conspiration des impies. Notre cœur se refuse à renouveler, par le triste tableau de tant de périls, la douleur qu’ils Nous ont causée, et Nous bénissons plutôt le Père de toute consolation d’avoir dispersé les traîtres, de Nous avoir arraché au danger imminent, et de Nous avoir accordé en apaisant la plus terrible tempête de respirer après une si grande crainte. Nous Nous proposâmes aussitôt de vous communiquer nos desseins pour la guérison des plaies d’Israël, mais le poids énorme de soucis dont Nous fûmes accablé pour le rétablissement de l’ordre public, retarda encore l’exécution. À ce motif de silence, s’en joignit un nouveau : l’insolence des factieux qui s’efforcèrent de lever une seconde fois l’étendard de la rébellion. À la vue de tant d’opiniâtreté de leur part, en considérant que leur fureur sauvage, loin de s’adoucir, semblait plutôt s’aigrir et s’accroître par une trop longue impunité et par les témoignages de notre paternelle indulgence, Nous avons dû enfin, quoique l’âme navrée de douleur, faire usage de l’autorité qui Nous a été confiée par Dieu, les arrêter la verge à la main (I Cor. 4, 21), et depuis, comme vous pouvez bien conjecturer, notre sollicitude et nos fatigues n’ont fait qu’augmenter de jour en jour. Mais puisque, après des retards nécessités par les mêmes causes, Nous avons pris possession du pontificat dans la basilique de Latran, selon l’usage et les institutions de nos prédécesseurs, Nous courons à vous sans aucun délai, vénérables frères, et comme un témoignage de nos sentiments pour vous, Nous vous adressons cette lettre écrite en ce jour d’allégresse, où nous célébrons, par une fête solennelle, le triomphe de la très sainte Vierge, et son entrée dans les cieux. Nous avons ressenti sa protection et sa puissance au milieu des plus redoutables calamités : Ah ! qu’elle daigne Nous assister aussi dans le devoir que nous remplissons envers vous, et inspirer d’en haut à notre âme les pensées et les mesures qui seront les plus salutaires au troupeau de Jésus-Christ !

C’est, il est vrai, avec une profonde douleur et l’âme accablée de tristesse, que Nous venons à vous ; car Nous connaissons votre zèle pour la religion et les cruelles inquiétudes que vous inspire le malheur des temps où elle est jetée. Nous pouvons dire en toute vérité, c’est maintenant l’heure accordée à la puissance des ténèbres pour cribler, comme le froment, les enfants d’élection (Lc. 22, 53). "La terre est vraiment dans le deuil ; elle se dissout, infectée par ses habitants ; ils ont en effet transgressé les lois, changé la justice et rompu le pacte éternel" (Is. 24, 5). Nous vous parlons, vénérables frères, de maux que vous voyez de vos yeux, et sur lesquels par conséquent nous versons des larmes communes.

La perversité, la science sans pudeur, la licence sans frein s’agitent pleines d’ardeur et d’insolence ; la sainteté des mystères n’excite plus que le mépris, et la majesté du culte divin, si nécessaire à la foi et si salutaire aux hommes, est devenue, pour les esprits pervers, un objet de blâme, de profanation, de dérision sacrilège. De là, la sainte doctrine altérée et les erreurs de toute espèce semées partout avec scandale. Les rites sacrés, les droits, les institutions de l’Église, ce que sa discipline a de plus saint, rien n’est plus à l’abri de l’audace des langues d’iniquité.

On persécute cruellement notre Chaire de Rome, ce Siège du bienheureux Pierre sur lequel le Christ a posé le fondement de Son Église ; et les liens de l’unité sont chaque jour affaiblis de plus en plus, ou rompus avec violence. La divine autorité de l’Église est attaquée ; on lui arrache ses droits ; on la juge d’après des considérations toutes terrestres, et à force d’injustice, on la dévoue au mépris des peuples, on la réduit à une servitude honteuse. L’obéissance due aux évêques est détruite et leurs droits sont foulés aux pieds. On entend retentir les académies et les universités d’opinions nouvelles et monstrueuses ; ce n’est plus en secret ni sourdement qu’elles attaquent la foi catholique ; c’est une guerre horrible et impie qu’elles lui déclarent publiquement et à découvert. Or dès que les leçons et les examens des maîtres pervertissent ainsi la jeunesse, les désastres de la religion prennent un accroissement immense, et la plus effrayante immoralité gagne et s’étend. Aussi, une fois rejetés les liens sacrés de la religion, qui seuls conservent les royaumes et maintiennent la force et la vigueur de l’autorité, on voit l’ordre public disparaître, l’autorité malade, et toute puissance légitime menacée d’une révolution toujours plus prochaine. Abîme de malheurs sans fonds, qu’ont surtout creusé ces sociétés conspiratrices dans lesquelles les hérésies et les sectes ont, pour ainsi dire, vomi comme dans une espèce de sentine, tout ce qu’il y a dans leur sein de licence, de sacrilège et de blasphème.

Telles sont, vénérables frères, avec beaucoup d’autres encore et peut-être plus graves, qu’il serait aujourd’hui trop long de détailler et que vous connaissez tous, les causes qui Nous condamnent à une douleur cruelle et sans relâche, puisqu’établi sur la Chaire du prince des apôtres, Nous devons plus que personne être dévoré du zèle de la maison de Dieu tout entière. Mais la place même que Nous occupons Nous avertit qu’il ne suffit pas de déplorer ces innombrables malheurs, si Nous ne faisons aussi tous nos efforts pour en tarir les sources. Nous réclamons donc l’aide de votre foi, et pour le salut du troupeau sacré Nous faisons un appel à votre zèle, vénérables frères, vous dont la vertu et la religion si connues, vous dont l’admirable prudence et la vigilance infatigable augmentent notre courage et répandent le baume de la consolation dans notre âme affligée par tant de désastres.

Car c’est à nous d’élever la voix, d’empêcher par nos efforts réunis que le sanglier de la forêt ne bouleverse la vigne et que les loups ne ravagent le troupeau du Seigneur. C’est à nous de ne conduire les brebis que dans des pâturages qui leur soient salutaires et où l’on n’ait pas à craindre pour elles une seule herbe malfaisante. Loin de nous donc, nos très chers frères, au milieu de fléaux, de dangers si multipliés et si menaçants, loin de nous l’insouciance et les craintes de pasteurs qui abandonneraient leurs brebis ou qui se livreraient à un sommeil funeste sans aucun souci de leur troupeau ! Agissons en unité d’esprit pour notre cause commune, ou plutôt pour la cause de Dieu ; et contre de communs ennemis unissons notre vigilance, pour le salut de tout le peuple, unissons nos efforts. C’est ce que vous ferez parfaitement si, comme votre charge vous en fait un devoir, vous veillez sur vous et sur la doctrine, vous redisant sans cesse à vous-mêmes que "toute nouveauté bat en brèche l’Église universelle" (S. Célestin, pape Epist. 21 ad Episc. Gall), et d’après l’avertissement du saint pape Agathon, "rien de ce qui a été régulièrement défini ne supporte ni diminution, ni changement, ni addition, repousse toute altération du sens et même des paroles" (Epist. ad Imper). C’est ainsi que demeurera ferme, inébranlable, cette unité qui repose sur le Siège de saint Pierre comme sur sa base ; et le centre d’où dérivent, pour toutes les Églises, les droits sacrés de la communion catholique, "sera aussi pour toutes un mur qui les protégera, un asile qui les couvrira, un port qui les préservera du naufrage et un trésor qui les enrichira de biens incalculables" (S. Jean Chrys., Epist. 11 ad Innocent). Ainsi donc pour réprimer l’audace de ceux qui s’efforcent, ou d’anéantir les droits du Saint-Siège, ou d’en détacher les Eglises dont il est le soutien et la vie, inculquez sans cesse aux fidèles de profonds sentiments de confiance et de respect envers lui, faites retentir à leurs oreilles ces paroles de saint Cyprien : "C’est une erreur de croire être dans l’Église lorsqu’on abandonne le Siège de Pierre, qui est le fondement de l’Église" (De Unitate Eccles ).

Le but de vos efforts et l’objet de votre vigilance continuelle, doit donc être de GARDER LE DEPOT DE LA FOI au milieu de cette vaste conspiration d’hommes impies que nous voyons, avec la plus vive douleur, formée pour le dissiper et le perdre. Que tous s’en souviennent : le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, le gouvernement et l’administration de l’Église entière appartiennent au Pontife romain, "à qui a été confié, par Notre-Seigneur Jésus-Christ comme l’ont si clairement déclaré les Pères du concile de Florence, le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle" (Sess. 25, in definit). Quant aux évêques en particulier, leur devoir est de rester inviolablement attachés à la Chaire de Pierre, de garder le saint dépôt avec une fidélité scrupuleuse, et de paître le troupeau de Dieu qui leur est soumis. Pour les prêtres, il faut qu’ils soient soumis aux évêques et "qu’ils les honorent comme les pères de leurs âmes" (S. Jérôme Epist. 3 ad Nepot, I, 24), selon l’avis de saint Jérôme ; qu’ils n’oublient jamais qu’il leur est défendu, même par les anciens canons, de rien faire dans le ministère qui leur a été confié, et de prendre sur eux la charge d’enseigner et de prêcher, "sans l’approbation de l’évêque, à qui le soin des fidèles a été remis et qui rendra compte de leurs âmes" (Ex can. Ap. 38). Qu’on tienne enfin pour une vérité certaine et incontestable, que tous ceux qui cherchent à troubler en quoi que ce soit cet ordre ainsi établi, ébranlent autant qu’il est en eux la constitution de l’Église.

Ce serait donc un attentat, une dérogation formelle au respect que méritent les lois ecclésiastiques, de blâmer, par une liberté insensée d’opinion, la discipline que l’Église a consacrée, qui règle l’administration des choses saintes et la conduite des fidèles, qui détermine les droits de l’Église et les obligations de ses ministres, de la dire ennemie des principes certains du droit naturel, incapable d’agir par son imperfection même, ou soumise à l’autorité civile. Mais puisqu’il est certain, pour Nous servir des paroles des Pères de Trente, que "l’Église a été instruite par Jésus-Christ et par Ses Apôtres, et que l’Esprit Saint, par une assistance de tous les jours, ne manque jamais de lui enseigner toute vérité" (Sess. 13, decr. de Eucharist., in proem), c’est le comble de l’absurdité et de l’outrage envers elle de prétendre qu’une restauration et qu’une régénération lui sont devenues nécessaires pour assurer son existence et ses progrès, comme si l’on pouvait croire qu’elle aussi fût sujette, soit à la défaillance, soit à l’obscurcissement, soit à toute autre altération de ce genre.

Et que veulent ces novateurs téméraires, sinon donner de nouveaux fondements à une institution qui ne serait plus, par là même, que l’ouvrage de l’homme "et réaliser ce que saint Cyprien ne peut assez détester, en rendant l’Église toute humaine de divine qu’elle est ?" (Epist. 52). Mais que les auteurs de semblables manœuvres sachent et retiennent qu’au seul Pontife romain, d’après le témoignage de saint Léon "a été confié la dispensation des canons, que lui seul, et non pas un simple particulier, a le pouvoir de prononcer sur les règles sanctionnées par les Pères, et qu’ainsi, comme le dit saint Gélase, c’est à lui de balancer entre eux les divers décrets des canons, et de limiter les ordonnances de ses prédécesseurs, de manière à relâcher quelque chose de leur rigueur et à les modifier après mûr examen, selon que le demande la nécessité des temps, pour les nouveaux besoins des Eglises" (Epist. ad Episcop. Lucaniæ).

Nous réclamons ici la constance de votre zèle en faveur de la religion contre les ennemis du célibat ecclésiastique, contre cette ligue impure qui s’agite et s’étend chaque jour, qui se grossit même par le mélange honteux de plusieurs transfuges de l’ordre clérical et des plus impudents philosophes de notre siècle. Oublieux d’eux-mêmes et de leur devoir, jouets de passions séductrices, ces transfuges ont poussé la licence au point d’oser, en plusieurs endroits, présenter aux princes des requêtes, même publiques et réitérées, pour obtenir l’abolition de ce point sacré de discipline. Mais Nous rougissons d’arrêter longtemps vos regards sur de si honteuses tentatives, et plein de confiance en votre religion, Nous Nous reposons sur vous du soin de défendre de toutes vos forces, d’après les règles des saints canons, une loi de si haute importance, de la conserver dans toute son intégrité, et de repousser les traits dirigés contre elle de tous côtés par des hommes que tourmentent les plus infâmes passions.

Un autre objet appelle notre commune sollicitude, c’est le mariage des chrétiens, cette alliance honorable que saint Paul a appelée "un grand sacrement en Jésus-Christ et en Son Église" (Ep. 5, 32). Étouffons les opinions hardies et les innovations téméraires qui pourraient compromettre la sainteté de ses liens et leur indissolubilité. Déjà cette recommandation vous avait été faite d’une manière toute particulière par les lettres de notre prédécesseur Pie VIII, d’heureuse mémoire. Cependant les attaques de l’ennemi vont toujours croissant ; il faut donc avoir soin d’enseigner au peuple que le mariage, une fois légitimement contracté, ne peut plus être dissous ; que Dieu a imposé aux époux qu’Il a unis l’obligation de vivre en perpétuelle société, et que le nœud qui les lie ne peut être rompu que par la mort. N’oubliant jamais que le mariage est renfermé dans le cercle des choses saintes et placé par conséquent sous la juridiction de l’Église, les fidèles auront sous les yeux les lois qu’elle-même a faites à cet égard ; ils y obéiront avec un respect et une exactitude religieuse, persuadés que, de leur exécution, dépendent absolument les droits, la stabilité et la légitimité de l’union conjugale. Qu’ils se gardent d’admettre en aucune façon rien de ce qui déroge aux règles canoniques et aux décrets des conciles ; sachant bien qu’une alliance sera toujours malheureuse, lorsqu’elle aura été formée, soit en violant la discipline ecclésiastique, soit avant d’avoir obtenu la bénédiction divine, soit en ne suivant que la fougue d’une passion qui ne leur permet de penser ni au sacrement, ni aux mystères augustes qu’il signifie.

Nous venons maintenant à une cause, hélas ! trop féconde des maux déplorables qui affligent à présent l’Église. Nous voulons dire l’indifférentisme, ou cette opinion funeste répandue partout par la fourbe des méchants, qu’on peut, par une profession de foi quelconque, obtenir le salut éternel de l’âme, pourvu qu’on ait des mœurs conformes à la justice et à la probité. Mais dans une question si claire et si évidente, il vous sera sans doute facile d’arracher du milieu des peuples confiés à vos soins une erreur si pernicieuse. L’Apôtre nous en avertit : "Il n’y a qu’un Dieu, qu’une foi, qu’un baptême" (Ep. 4 , 5) ; qu’ils tremblent donc ceux "qui s’imaginent que toute religion conduit par une voie facile au port de la félicité ; qu’ils réfléchissent sérieusement sur le témoignage du Sauveur lui-même : qu’ils sont contre le Christ dès lors qu’ils ne sont pas avec le Christ" (Lc. 11, 23) ; qu’ils dissipent misérablement par là même qu’ils n’amassent point avec Lui, et que par conséquent, "ils périront éternellement, sans aucun doute, s’ils ne gardent pas la foi catholique et s’ils ne la conservent entière et sans altération" (Symb. S. Athanas). Qu’ils écoutent saint Jérôme racontant lui-même, qu’à l’époque où l’Église était partagée en trois partis, il répétait sans cesse et avec une résolution inébranlable, à qui faisait effort pour l’attirer à lui : "Quiconque est uni à la chaire de Pierre est avec moi" (Epist. 58). En vain essayerait-on de se faire illusion en disant que soi-même aussi on a été régénéré dans l’eau, car saint Augustin répondrait précisément : "Il conserve aussi sa forme, le sarment séparé du cep ; mais que lui sert cette forme, s’il ne vit point de la racine ?" (Psalm. contra part. Donat).

De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Église et de l’État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d’impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! "quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l’erreur !" disait saint Augustin (Epist. 166). En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu’ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c’est en vérité que Nous disons qu’il est ouvert ce "puits de l’abîme" (Ap. 9, 3), d’où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens ; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États ; car l’expérience nous l’atteste et l’antiquité la plus reculée nous l’apprend : pour amener la destruction des États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n’a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations.

À cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains hommes osent avec tant de bruit et tant d’insistance, demander et étendre partout. Nous frémissons, vénérables frères, en considérant de quels monstres de doctrines, ou plutôt de quels prodiges d’erreurs nous sommes accablés ; erreurs disséminées au loin et de tous côtés par une multitude immense de livres, de brochures, et d’autres écrits, petits il est vrai en volume, mais énormes en perversité, d’où sort la malédiction qui couvre la face de la terre et fait couler nos larmes. Il est cependant, ô douleur ! des hommes emportés par un tel excès d’impudence, qu’ils ne craignent pas de soutenir opiniâtrement que le déluge d’erreurs qui découle de là est assez abondamment compensé par la publication de quelque livre imprimé pour défendre, au milieu de cet amas d’iniquités, la vérité et la religion. Mais c’est un crime assurément, et un crime réprouvé par toute espèce de droit, de commettre de dessein prémédité un mal certain et très grand, dans l’espérance que peut-être il en résultera quelque bien ; et quel homme sensé osera jamais dire qu’il est permis de répandre des poisons, de les vendre publiquement, de les colporter, bien plus, de les prendre avec avidité, sous prétexte qu’il existe quelque remède qui a parfois arraché à la mort ceux qui s’en sont servis ?

Mais bien différente a été la discipline de l’Église pour l’extinction des mauvais livres, dès l’âge même des apôtres. Nous lisons, en effet, qu’ils ont brûlé publiquement une grande quantité de livres (Act. Apost. 19). Qu’il suffise, pour s’en convaincre, de lire attentivement les lois données sur cette matière dans le Vè Concile de Latran et la constitution publiée peu après par Léon X, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, pour empêcher "que ce qui a été heureusement inventé pour l’accroissement de la foi et la propagation des arts utiles, ne soit perverti en un usage tout contraire et ne devienne un obstacle au salut des fidèles" (Act. conc. Lateran. V. sess. X). Ce fut aussi l’objet des soins les plus vigilants des Pères de Trente ; et pour apporter remède à un si grand mal, ils ordonnèrent, dans le décret le plus salutaire, la confection d’un Index des livres qui contiendraient de mauvaises doctrines (Conc. Trid. sess. XVIII et XXV). "Il faut combattre avec courage", disait Clément XIII, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, dans sa lettre encyclique sur la proscription des livres dangereux, "il faut combattre avec courage, autant que la chose elle-même le demande, et exterminer de toutes ses forces le fléau de tant de livres funestes ; jamais on ne fera disparaître la matière de l’erreur, si les criminels éléments de la corruption ne périssent consumés par les flammes" (Litt., Christianæ, 25 nov. 1766).

Par cette constante sollicitude avec laquelle, dans tous les âges, le Saint Siège apostolique s’est efforcé de condamner les livres suspects et dangereux et de les arracher des mains des hommes, il apparaît clairement combien est fausse, téméraire, injurieuse au Siège Apostolique, et féconde en grands malheurs pour le peuple chrétien, la doctrine de ceux qui, non contents de rejeter la censure comme trop pesante et trop onéreuse, ont poussé la perversité jusqu’à proclamer qu’elle répugne aux principes de la justice, et jusqu’à refuser audacieusement à l’Église le droit de la décréter et de l’exercer.

Nous avons appris que, dans des écrits répandus dans le public, on enseigne des doctrines qui ébranlent la fidélité, la soumission due aux princes et qui allument partout les torches de la sédition ; il faudra donc bien prendre garde que trompés par ces doctrines, les peuples ne s’écartent des sentiers du devoir. Que tous considèrent attentivement que selon l’avertissement de l’Apôtre, "il n’est point de puissance qui ne vienne de Dieu ; et celles qui existent ont été établies par Dieu ; ainsi résister au pouvoir c’est résister à l’ordre de Dieu, et ceux qui résistent attirent sur eux-mêmes la condamnation" (Rm. 13, 2). Les droits divins et humains s’élèvent donc contre les hommes, qui, par les manœuvres les plus noires de la révolte et de la sédition, s’efforcent de détruire la fidélité due aux princes et de les renverser de leurs trônes. C’est sûrement pour cette raison et pour ne pas se couvrir d’une pareille honte, que malgré les plus violentes persécutions, les anciens chrétiens ont cependant toujours bien mérité des empereurs et de l’empire ; ils l’ont clairement démontré, non seulement par leur fidélité à obéir exactement et promptement dans tout ce qui n’était pas contraire à la religion, mais encore par leur constance et par l’effusion même de leur sang dans les combats. "Les soldats chrétiens, dit saint Augustin, ont servi l’empereur infidèle; mais s’agissait-il de la cause du Christ ? Ils ne reconnaissaient plus que celui qui habite dans les cieux. Ils distinguaient le Maître éternel du maître temporel, et cependant à cause du Maître éternel, ils étaient soumis au maître même temporel" (In Psalm. 124, n. 7). Ainsi pensait Maurice, l’invincible martyr, le chef de la légion thébaine, lorsqu’au rapport de saint Eucher, il fit cette réponse à l’empereur : "Prince, nous sommes vos soldats ; mais néanmoins nous le confessons librement, les serviteurs de Dieu... Et maintenant ce péril extrême ne fait point de nous des rebelles ; voyez, nous avons les armes à la main, et nous ne résistons point, car nous aimons mieux mourir que de tuer" (Act. SS. MM. de SS. Maurit. et soc. n. 4). Cette fidélité des anciens chrétiens envers les princes apparaît plus illustre encore, si l’on considère, avec Tertullien, que la force du nombre et des "troupes ne leur manquait pas alors, s’ils eussent voulu agir en ennemis déclarés. Nous ne sommes que d’hier, dit-il lui-même, et nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos forteresses, vos municipes, vos assemblées, les camps eux-mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum... À quelle guerre n’eussions-nous pas été propres et disposés même à forces inégales, nous qui nous laissons égorger avec tant de facilité, si, par la foi que nous professons, il n’était pas plutôt permis de recevoir la mort que de la donner ? Nombreux comme nous le sommes, si, nous étant retirés dans quelque coin du monde, nous eussions rompu avec vous, la perte de tant de citoyens, quel qu’eût été leur caractère, aurait certainement fait rougir de honte votre tyrannie. Que dis-je ? Cette seule séparation eût été votre châtiment. Sans aucun doute, vous eussiez été saisis d’effroi à la vue de votre solitude... Vous eussiez cherché à qui commander ; il vous fût resté plus d’ennemis que de citoyens ; mais maintenant vos ennemis sont en plus petit nombre, grâce à la

multitude des chrétiens" (Apolog. Cap.37).

Ces éclatants exemples d’une constante soumission envers les princes, tiraient nécessairement leur source des préceptes sacrés de la religion chrétienne ; ils condamnent l’orgueil démesuré, détestable de ces hommes déloyaux qui, brûlant d’une passion sans règle et sans frein pour une liberté qui ose tout, s’emploient tout entiers à renverser et à détruire tous les droits de l’autorité souveraine, apportant aux peuples la servitude sous les apparences de la liberté. C’était vers le même but, aussi, que tendaient de concert les extravagances coupables et les désirs criminels des Vaudois, des Béguards, des Wicléfistes et d’autres semblables enfants de Bélial, la honte et l’opprobre du genre humain, et pour ce motif ils furent, tant de fois et avec raison, frappés d’anathème par le Siège Apostolique. Si ces fourbes achevés réunissent toutes leurs forces, c’est sûrement et uniquement afin de pouvoir dans leur triomphe se féliciter, avec Luther, d’être libres de tout ; et c’est pour l’atteindre plus facilement et plus promptement qu’ils commettent avec la plus grande audace les plus noirs attentats.

Nous ne pourrions augurer des résultats plus heureux pour la religion et pour le pouvoir civil, des désirs de ceux qui appellent avec tant d’ardeur la séparation de l’Église et de l’État, et la rupture de la concorde entre le sacerdoce et l’empire. Car c’est un fait avéré, que tous les amateurs de la liberté la plus effrénée redoutent par-dessus tout cette concorde, qui toujours a été aussi salutaire et aussi heureuse pour l’Église que pour l’État.

Aux autres causes de notre déchirante sollicitude et de la douleur accablante qui nous est en quelque sorte particulière au milieu du danger commun, viennent se joindre encore certaines associations et réunions, ayant des règles déterminées. Elles se forment comme en corps d’armée, avec les sectateurs de toute espèce de fausse religion et de culte, sous les apparences, il est vrai, du dévouement à la religion, mais en réalité dans le désir de répandre partout les nouveautés et les séditions, proclamant toute espèce de liberté, excitant des troubles contre le pouvoir sacré et contre le pouvoir civil, et reniant toute autorité, même la plus sainte.

C’est avec un cœur déchiré, mais plein de confiance en Celui qui commande aux vents et rétablit le calme, que Nous vous écrivons ainsi, vénérables Frères, pour vous engager à vous revêtir du bouclier de la foi, et à déployer vos forces en combattant vaillamment les combats du Seigneur. À vous surtout, il appartient de vous opposer comme un rempart à toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu. Tirez le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et donnez la nourriture à ceux qui ont faim de la justice. Choisis pour cultiver avec soin la vigne du Seigneur, n’agissez que dans ce but et travaillez tous ensemble à arracher toute racine amère du champ qui vous a été confié, à y étouffer toute semence de vices et à y faire croître une heureuse moisson de vertus. Embrassez avec une affection toute paternelle ceux surtout qui appliquent spécialement leur esprit aux sciences sacrées et aux questions philosophiques : exhortez-les et amenez-les à ne pas s’écarter des sentiers de la vérité pour courir dans la voie des impies, en s’appuyant imprudemment sur les seules forces de leur raison. Qu’ils se souviennent que "c’est Dieu qui conduit dans les routes de la vérité et qui perfectionne les sages" (Sg. 7, 15), et qu’on ne peut, sans Dieu, apprendre à connaître Dieu, le Dieu qui, par Son Verbe, enseigne aux hommes à Le connaître (S. Irénée, lib. 4, cap. 10). C’est à l’homme superbe, ou plutôt à l’insensé de peser dans des balances humaines les mystères de la foi, qui sont au-dessus de tout sens humain, et de mettre sa confiance dans une raison qui, par la condition même de la nature de l’homme, est faible et débile. Au reste que les Princes nos très chers fils en Jésus-Christ favorisent de leur puissance et de leur autorité les vœux que nous formons avec eux pour la prospérité de la religion et des États ; qu’ils songent que le pouvoir leur a été donné, non seulement pour le gouvernement du monde, mais surtout pour l’appui et la défense de l’Église ; qu’ils considèrent sérieusement que tous les travaux entrepris pour le salut de l’Église, contribuent à leur repos et au soutien de leur autorité. Bien plus, qu’ils se persuadent que la cause de la foi doit leur être plus chère que celle même de leur empire, et que leur plus grand intérêt, Nous le disons avec le pape saint Léon, "est de voir ajouter, de la main du Seigneur, la couronne de la foi à leur diadème". Établis comme les pères et les tuteurs des peuples, ils leur procureront un bonheur véritable et constant, l’abondance et la tranquillité, s’ils mettent leur principal soin à faire fleurir la religion et la piété envers le Dieu qui porte écrit sur son vêtement : "Roi des rois, Seigneur des seigneurs".

 

Mais pour que toutes ces choses s’accomplissent heureusement, levons les yeux et les mains vers la très sainte Vierge Marie. Seule elle a détruit toutes les hérésies ; en elle nous mettons une immense confiance, elle est même tout l’appui qui soutient notre espoir (S. Bernard, Serm. de Nat.B.M.V., § 7). Ah ! que dans la nécessité pressante où se trouve le troupeau du Seigneur, elle implore pour notre zèle, nos desseins et nos entreprises les plus heureux succès. Demandons aussi, par d’humbles prières, à Pierre, prince des apôtres, et à Paul l’associé de son apostolat, que vous soyez tous comme un mur inébranlable, et qu’on ne pose pas d’autre fondement que celui qui a été posé. Appuyé sur ce doux espoir, nous avons confiance que l’auteur et le consommateur de notre foi, Jésus-Christ, nous consolera tous enfin, au milieu des tribulations extrêmes qui nous accablent, et comme présage du secours céleste, Nous vous donnons avec amour, vénérables Frères, à vous et aux brebis confiées à vos soins, la bénédiction apostolique.

 

Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le 18 des calendes de septembre, le jour solennel de l’Assomption de cette bienheureuse Vierge Marie, l’an 1832 de l’incarnation de Notre-Seigneur, de notre pontificat le deuxième.

GRÉGOIRE XVI, PAPE

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Saints Philippe et Jacques apôtres

11 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saints Philippe et Jacques apôtres

Collecte

Dieu qui nous réjouissez en la solennité annuelle de vos de vos Apôtres Philippe et Jacques ; faites, nous vous en prions, que nous soyons instruits aux exemples de ceux dont les mérites nous remplissent d’allégresse.

Lecture Sg. 5, 1-5

Les justes se lèveront avec une grande assurance contre ceux qui les auront mis dans l’angoisse, et qui auront ravi le fruit de leurs travaux. A cette vue les méchants seront troublés par une horrible frayeur, et ils seront stupéfaits en voyant tout à coup ceux dont ils n’attendaient pas le salut ; ils diront en eux-mêmes, saisis de remords, et gémissant dans l’angoisse de leur cœur : Voici ceux dont nous avons fait autrefois un objet de risée, et un thème d’outrages. Insensés que nous étions, nous regardions leur vie comme une folie, et leur mort comme une honte ; et voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu, et que leur partage est avec les saints.

Évangile Jn. 14. 1-13

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Que votre cœur ne se trouble point. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. Si cela n’était pas, Je vous l’aurais dit ; car je vais vous préparer une place. Et lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. Vous savez où je vais, et vous en savez le chemin. Thomas Lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où vous allez ; comment pourrions-nous en savoir le chemin ?

Jésus lui dit : Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père, si ce n’est par moi. Si vous m’aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père ; et bientôt vous Le connaîtrez, et vous l’avez déjà vu.

Philippe Lui dit : Seigneur, montrez-nous le Père, et cela nous suffit.

Jésus lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ? Philippe, celui que me voit, voit aussi le Père. Comment peux-tu dire : Montrez-nous le Père ? Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais le Père, qui demeure en moi, fait lui-même mes œuvres. Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Croyez-le du moins à cause de ces œuvres. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui-même les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais auprès du Père. Et tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

Office

Quatrième leçon. Philippe, né à Bethsaïde, est l’un des douze Apôtres appelés d’abord par le Christ notre Seigneur. Il apprit à Nathanaël que le Messie promis dans la loi était venu, et le conduisit au Seigneur. Les faits montrent clairement avec quelle familiarité le Christ accueillait Philippe ; des Gentils désirant voir le Sauveur s’adressèrent à cet Apôtre, et le Seigneur, voulant nourrir dans le désert une multitude de personnes, lui parla ainsi : « Où achèterons-nous des pains, pour que ceux-ci mangent » ? Philippe, après avoir reçu le Saint-Esprit, se rendit dans la Scythie, qui lui était échue en partage, pour y prêcher l’Évangile, et il convertit cette nation presque tout entière à la foi chrétienne. Enfin, étant venu à Hiérapolis en Phrygie, il fut attaché à la croix pour le nom du Christ, et accablé à coups de pierres, le jour des calendes de mai. Les Chrétiens ensevelirent son corps dans le même lieu, mais il a été ensuite transporté à Rome et déposé, avec celui du bienheureux Apôtre Jacques, dans la basilique des douze Apôtres.

Cinquième leçon. Jacques, frère du Seigneur, surnommé le Juste, s’abstint dès son jeune âge, de vin, de cervoise, et de chair ; il ne coupa jamais ses cheveux et n’usa ni de parfums, ni de bains. Il n’était permis qu’à lui seul d’entrer dans le Saint des saints ; il portait des vêtements de lin, et était si assidu à la prière que ses genoux étaient devenus aussi durs que la peau d’un chameau. Après l’ascension du Christ, les Apôtres le créèrent Évêque de Jérusalem ; et c’est à lui que Pierre envoya un messager annoncer qu’un Ange l’avait délivré de prison. Une controverse s’étant élevée au concile de Jérusalem, au sujet de la loi et de la circoncision, Jacques fut de l’avis de Pierre, et fit aux frères un discours dans lequel il prouva la vocation des Gentils, et dit qu’il fallait écrire aux frères absents de ne pas imposer aux Gentils le joug de la loi mosaïque. C’est de lui que parle l’Apôtre, quand il écrit aux Galates : « Je ne vis aucun Apôtre, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur ».

Sixième leçon. Telle était la sainteté de sa vie, que les hommes souhaitaient à l’envi de toucher le bord de ses vêtements. Étant parvenu à l’âge de quatre-vingt-seize ans, ayant gouverné très saintement l’Église de Jérusalem pendant trente années, comme il annonçait avec courage et fermeté le Christ, Fils de Dieu, il fut d’abord assailli à coups de pierres, et ensuite mené à l’endroit le plus élevé du temple, d’où on le précipita. Gisant à demi mort, les jambes brisées, il levait les mains au ciel, et priait Dieu pour le salut de ses bourreaux, en disant : « Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Pendant qu’il faisait cette prière, on lui brisa la tête d’un coup de fouloir, et il rendit son âme à Dieu en la septième année de Néron. Il fut enseveli près du temple, au lieu même où il avait été précipité. Il a écrit une lettre qui est une des sept Épîtres catholiques.

Au troisième nocturne.

Homélie de S. Augustin, Évêque.

Septième leçon. Il faut, mes frères, élever avec plus d’énergie nos pensées vers Dieu, afin que notre esprit puisse comprendre, autant qu’il est possible, les paroles du saint Évangile que vous venez d’entendre. Notre Seigneur Jésus-Christ dit à ses disciples : « Que votre cœur ne se trouble point. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Il veut prévenir la crainte tout humaine que sa mort pourrait produire dans l’âme de ses disciples et le trouble qui devrait s’ensuivre, et il les console en leur déclarant qu’il est Dieu lui-même : « Vous croyez en Dieu, leur dit-il, croyez aussi en moi ». Car si vous croyez en Dieu, par une conséquence nécessaire, vous devez croire en moi : conséquence qui ne serait point légitime, si Jésus-Christ n’était pas Dieu.

Huitième leçon. Croyez donc en Dieu, et croyez en celui.qui est par nature, et non par usurpation, l’égal de Dieu. Il s’est anéanti lui-même sans perdre la nature divine, mais en prenant la nature de serviteur. Vous craignez la mort pour cette forme de serviteur, « que votre cœur ne se trouble point », la nature divine la ressuscitera. Mais pourquoi les paroles suivantes : « IL y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père », sinon parce que les disciples craignaient pour eux-mêmes ? C’est pour cela qu’ils eurent besoin d’entendre le Sauveur leur dire : « Que votre cœur ne se trouble point ». En effet, quel est celui des Apôtres qui ne devait être saisi de crainte en entendant Jésus dire à Pierre, celui d’entre eux qui avait le plus de confiance et d’ardeur : « Le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois » ?

Neuvième leçon. Ils craignaient eux-mêmes de périr éloignés de lui, et leur trouble était bien légitime ; mais ces paroles : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père ; autrement je vous l’aurais dit, car je vais vous préparer une place », ces paroles calment le trouble et l’agitation de leur âme, en leur donnant l’espérance certaine qu’après les périls et les épreuves de cette vie, ils seront pour toujours réunis à Dieu avec Jésus-Christ. Si l’un est supérieur à l’autre en force, en sagesse, en justice, en sainteté, « il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père » ; aucun ne sera exclu de cette maison, où chacun sera placé selon son mérite.

Deux des heureux témoins de la résurrection de notre bien-aimé Sauveur se présentent à nous aujourd’hui. Philippe et Jacques viennent nous attester que leur Maître est véritablement ressuscité d’entre les morts, qu’ils l’ont vu, qu’ils l’ont touché, qu’ils se sont entretenus avec lui durant ces quarante jours ; et afin que nous ne doutions pas de la sincérité de leur témoignage, ils tiennent en main les instruments du martyre qu’ils ont subi pour attester que Jésus, après avoir souffert la mort, est sorti vivant du tombeau. Philippe s’appuie sur la croix où il a été attaché comme son Maître ; Jacques nous montre la massue sous les coups de laquelle il expira.

La prédication de Philippe s’exerça dans les deux Phrygies, et son martyre eut lieu à Hiérapolis. Il était dans les liens du mariage lorsqu’il fut appelé par le Christ, et nous apprenons des auteurs du second siècle qu’il avait eu trois filles qui s’élevèrent à une haute sainteté, et dont l’une jeta un grand éclat sur l’Église d’Éphèse à cette époque primitive.

Plus connu que Philippe, Jacques a été appelé le Frère du Seigneur, parce qu’un lien étroit de parenté unissait sa mère à celle de Jésus ; mais dans ces jours de la Pâque il se recommande d’une manière spéciale à notre admiration. Nous savons, par l’Apôtre saint Paul, que le Sauveur ressuscité daigna favoriser saint Jacques d’une apparition particulière. Une telle distinction répondait, sans aucun doute, à un dévouement particulier de ce disciple envers son Maître. Nous apprenons de saint Jérôme et de saint Épiphane que le Sauveur, en montant aux cieux, recommanda à Jacques l’Église de Jérusalem, et que ce fut pour répondre à la pensée du Maître que cet Apôtre fut établi premier Évêque de cette ville. Au IVe siècle, les chrétiens de Jérusalem conservaient encore avec respect la chaire sur laquelle Jacques siégeait, quand il présidait l’assemblée des fidèles. Nous savons également par saint Épiphane qu’il portait au front une lame d’or, symbole de sa dignité ; son vêtement était une tunique de lin.

La renommée de sa vertu fut si grande que, dans Jérusalem, tout le monde l’appelait le Juste ; et les Juifs assez aveugles pour ne pas comprendre que l’affreux désastre de leur ville était le châtiment du déicide, en cherchèrent la cause dans le meurtre de Jacques qui avait succombé sous leurs coups en priant pour eux. Nous sommes à même de pénétrer l’âme si sereine et si pure du saint Apôtre, en lisant l’admirable Épître où il nous parle encore. C’est là que, dans un langage tout céleste, il nous enseigne que les œuvres doivent accompagner la foi, si nous voulons être justes de cette justice qui nous rendra semblables à notre Chef ressuscité.

Le corps de saint Jacques et celui de saint Philippe reposent à Rome dans la Basilique appelée des Saints-Apôtres. Ils forment un des trésors les plus sacrés de la ville sainte, et l’on a lieu de croire que ce jour est l’anniversaire même de leur Translation. Sauf les fêtes de saint Jean l’Évangéliste et de saint André, frère de saint Pierre, l’Église de Rome fut longtemps sans célébrer les fêtes particulières des autres Apôtres ; elle les réunissait dans la solennité de saint Pierre et de saint Paul, et nous retrouverons encore un reste de cet antique usage dans l’Office du 29 juin. La réception des corps de saint Philippe et de saint Jacques, apportés d’Orient vers le VIe siècle, donna lieu à l’institution de la fête d’aujourd’hui en leur honneur ; et cette dérogation amena insensiblement sur le Cycle l’insertion des autres Apôtres et des Évangélistes.

Saints Apôtres, vous avez vu notre divin Ressuscite dans toute sa gloire ; il vous a dit au soir de la Pâque : « La paix soit avec vous ! » et durant ces quarante jours il vous a apparu, afin de vous rendre certains de sa résurrection. Votre joie fut grande de revoir ce Maître chéri qui avait daigné vous choisir pour ses confidents les plus intimes, et votre amour pour lui devint plus ardent que jamais. Nous nous adressons à vous comme aux initiateurs des fidèles au divin mystère de la Pâque ; vous êtes aussi nos intercesseurs spéciaux en ce saint temps. Faites-nous connaître et aimer Jésus ressuscité. Dilatez nos cœurs dans l’allégresse pascale, et ne permettez pas que nous perdions jamais la vie que nous avons recouvrée avec Jésus.

Votre dévouement pour lui, ô Philippe, se montra dès les premiers jours de votre vocation. A peine aviez-vous connu ce divin Messie, que vous couriez tout aussitôt l’annoncer à Nathanaël votre ami. Jésus vous laissait approcher de sa personne avec une douce familiarité. Au moment d’opérer le grand miracle de la multiplication des pains, c’est à vous qu’il s’adressait, et qu’il disait avec une adorable bonté : « Où achèterons-nous des pains pour nourrir tout ce monde ? » Peu de jours avant la Passion de votre Maître, des hommes de la gentilité ayant désiré voir de leurs veux ce grand prophète dont on racontait tant de merveilles, ce fut à vous qu’ils s’adressèrent pour les conduire vers lui. Avec quelle ardeur, à la dernière Cène, vous demandiez à Jésus qu’il vous fît connaître le Père céleste ! Votre âme aspirait à la lumière divine ; et quand les feux de l’Esprit-Saint retirent embrasée, rien ne fut au-dessus de votre courage. Pour récompense de vos labeurs, Jésus vous fit partager les honneurs de sa croix. Demandez, ô saint Apôtre, que nous imitions voire recherche empressée auprès de notre commun Maître, et que sa croix nous soit douce quand il lui plaît de la partager avec nous.

Et vous qui êtes appelé Frère du Seigneur, vous dont le noble visage retraçait ses traits, Pasteur de l’Église de Jérusalem, nous honorons aussi votre amour pour le divin Rédempteur. Si vous avez faibli un moment avec les autres, au moment de la Passion, votre repentir l’attira près de vous : après Pierre, vous fûtes le premier des Apôtres auquel il daigna se manifester en particulier. Recevez aujourd’hui nos félicitations, ô Jacques, pour cette faveur si digne d’envie, et en retour faites-nous goûter combien le Seigneur ressuscité est doux. Votre cœur, ô saint Apôtre, n’aspira plus qu’à montrer à Jésus la reconnaissance tient il était rempli ; et le dernier témoignage que vous rendîtes à sa divinité dans la cité infidèle, lorsque les Juifs vous eurent élevé sur le sommet du temple, vous ouvrit par le martyre la voie qui devait vous réunir à lui pour toujours. Obtenez, généreux Apôtre, que nous le confessions aussi avec la fermeté qui convient à ses disciples ; que nous n’hésitions jamais lorsqu’il s’agit de proclamer ses droits sur toute créature.

Nous vous réunissons dans une prière commune, ô saints Apôtres, et nous vous demandons d’avoir pitié des Églises de l’Orient que vous avez évangélisées. Priez pour Jérusalem que profanent le schisme et l’hérésie, que l’infidèle retient encore sous son joug. Obtenez que nos yeux la voient bientôt purifiée et affranchie, que ses Lieux saints cessent d’être souillés chaque jour par le sacrilège. Suscitez chez les chrétiens de l’Asie-Mineure le désir de rentrer dans l’unité du bercail que gouverne le souverain Pasteur. Enfin, ô saints Apôtres, priez pour Rome, votre seconde patrie. C’est dans son sein que vous attendez la résurrection glorieuse ; pour prix de la religieuse hospitalité qu’elle vous donne depuis tant de siècles, couvrez-la de votre protection, et ne permettez pas que la cité de Pierre, votre auguste Chef, voie plus longtemps dans ses murs l’abaissement de la Chaire apostolique.

 

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De la justice et de la miséricorde de Dieu

10 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

De la justice et de la miséricorde de Dieu

Ia Question 21 : De la justice et de la miséricorde de Dieu

Après avoir parlé de l’amour de Dieu nous avons à nous occuper de sa justice et de sa miséricorde. A cet égard quatre questions se présentent : — 1° Y a-t-il justice en Dieu ? (Cet article est une réfutation de l’erreur des gnostiques, d’Apelle et des albigeois, qui prétendaient que Dieu est méchant, et que, par conséquent, il n’est pas juste.) — 2° Peut-on dire que sa justice est la vérité ? (Dans les saintes Écritures, la justice de Dieu est souvent appelée vérité (Ps. 24, 10) : Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité ; (Ps. 60, 8) : Qui scrutera sa miséricorde et sa vérité ? ; (Ps. 56, 11) : votre miséricorde s’est élevée jusqu’aux cieux, et votre vérité jusqu’aux nues.

 

Article 1 : Y a-t-il justice en Dieu ?

Objection N°1. Il semble qu’il n’y ait pas de justice en Dieu. Car la justice dans la division des vertus est opposée à la tempérance. Or, la tempérance n’existe pas en Dieu ; donc la justice n’y existe pas non plus.

Réponse à l’objection N°1 : Il y a des vertus morales qui se rapportent aux passions. Ainsi la tempérance se rapporte à la concupiscence, le courage à la crainte et à l’audace, la mansuétude à la colère. Ces vertus ne peuvent être attribuées à Dieu que par métaphore, parce qu’en Dieu il n’y a pas de passions, comme nous l’avons dit (Q. 20, a. 1), et qu’il n’y a pas l’appétit sensitif qui est le sujet de ces vertus, comme le dit Aristote (Eth., l. 3, c. 2). Mais il y a les vertus morales qui ont pour objet les actions, telles que celles qui se rapportent aux dons et aux largesses, comme la justice, la libéralité et la magnificence. Ces vertus n’existant pas dans la partie sensitive de l’être, mais dans la volonté, rien n’empêche de les admettre en Dieu, pourvu qu’on ne les applique pas à des actions civiles, mais à des œuvres qui conviennent à la nature divine. Car il serait ridicule de faire à Dieu l’hommage de vertus purement humaines, comme les vertus civiles ou politiques, d’après l’observation que fait à si juste titre Aristote (Eth., liv. 10, chap. 8).

Objection N°2. Celui qui fait tout selon le bon plaisir de sa volonté n’agit pas selon la justice. Or, comme le dit l’Apôtre, Dieu fait tout d’après le conseil de sa volonté (Ep. 1, 11). Donc on ne doit pas lui attribuer la justice.

Réponse à l’objection N°2 : Le bien que l’intelligence perçoit étant l’objet de la volonté, il est impossible que Dieu veuille quelque chose qui ne soit pas conforme à sa sagesse. Et sa sagesse étant la règle même de la justice, sa volonté est nécessairement droite et juste. Par conséquent, en faisant sa volonté il observe la justice comme nous l’observons en suivant la loi. Mais pour nous la loi émane toujours de quelque supérieur, tandis que Dieu est à lui-même sa loi.

Objection N°3. La justice consiste à payer ce qui est dû. Or, Dieu ne doit rien à personne. Donc la justice n’est pas un de ses attributs.

Réponse à l’objection N°3 : On doit à chaque être ce qui lui revient. Or, on regarde comme la propriété d’un être ce qui se rapporte à lui comme à sa fin. Ainsi l’esclave appartient au maître et non réciproquement. Car l’homme libre est maître de sa personne et de ses actes. Par conséquent le mot de dette implique l’idée d’une exigibilité et d’une nécessité quelconque, par rapport à l’être auquel l’objet dû se rapporte. Or, ce rapport peut être considéré de deux manières. 1° Il peut exister d’un être créé à un autre être créé. C’est ainsi que les parties se rapportent au tout, les accidents aux substances, tous les êtres à leur fin. 2° Il peut exister des créatures à Dieu. Dans les œuvres divines la dette peut être encore considérée de deux manières. Ainsi il peut y avoir dette par rapport à Dieu et dette par rapport à la créature, et sous ce double rapport Dieu s’acquitte de sa dette. Car Dieu se doit à lui-même d’accomplir dans les créatures ce qui est conforme à sa sagesse et à sa volonté, et ce que la manifestation de sa bonté réclame, et dans ce sens sa justice rentre dans le respect de lui-même qui exige qu’il s’acquitte de tout ce qu’il se doit. De son côté, la créature a droit à tout ce que sa fin suppose. Ainsi l’homme doit avoir des mains et les autres animaux doivent le servir. Dieu fait donc un acte de justice en donnant à chaque être ce que demande sa nature et sa condition. Mais ce qui est dû à la créature revient à ce que Dieu se doit à lui-même ; car il ne doit à un être que ce que sa sagesse éternelle a déterminé en le créant pour telle ou telle fin. Et quoique Dieu doive en ce sens quelque chose à ses créatures, il n’est cependant le débiteur de personne, parce qu’il ne se rapporte pas aux autres êtres, mais que ce sont plutôt les autres êtres qui se rapportent à lui. C’est pourquoi en parlant de la justice de Dieu quelquefois on dit qu’elle n’est qu’une application de sa bonté et d’autres fois on la regarde comme rendant à chacun selon ses mérites. Saint Anselme la considère sous ce double point de vue quand il dit au Seigneur : Lorsque vous punissez les méchants c’est une justice, puisque vous les traitez comme ils le méritent ; mais quand vous les épargnez c’est également juste, parce que vous faites ce qui convient à votre bonté.

Objection N°4. Tout ce qui est en Dieu est son essence. Or, la justice n’est pas son essence. Car Boëce dit (liv. de Heb) que le bien se rapporte à l’essence, mais que le juste se rapporte à l’acte. Donc il n’y a pas de justice en Dieu.

Réponse à l’objection N°4 : Quoique la justice se rapporte à l’acte, elle n’en est pas moins l’essence de Dieu ; parce que ce qui est de l’essence d’une chose peut être un principe d’action. Or, le bien ne se rapporte pas uniquement à l’acte ; car on appelle bonne une chose, non seulement d’après son action, mais encore d’après la perfection de son essence. C’est pour cela qu’il est dit au même endroit que le bon est au juste ce que le général est au particulier (Ou plus littéralement, ce que le genre est à l’espèce.).

Mais c’est le contraire. Car il est dit dans les Psaumes : Le Seigneur est juste, et il aime la justice (Ps. 10, 8).

Conclusion Puisque tout ce que nous avons vient de Dieu et que personne ne lui a rien donné pour mériter ce qu’il a reçu, c’est avec raison qu’on dit qu’il n’y a pas en lui de justice commutative, mais qu’il y a une justice distributive par laquelle il accorde à chaque être ce qui est nécessaire au complément de son existence, de telle sorte que l’ordre de l’univers soit par là même conservé.

Il faut répondre qu’il y a deux sortes de justice. L’une consiste à donner pour recevoir, comme l’achat et la vente, et les autres commerces ou échanges de cette nature. Cette justice est appelée par Aristote (Eth., liv. 5, chap. 4) commutative (La justice commutative consiste à donner pour recevoir ou pour avoir reçu ; elle n’existe pas en Dieu, parce qu’il ne peut rien recevoir de personne.), parce qu’elle dirige les échanges et les autres espèces de commerce ; elle ne convient pas à Dieu, car, comme le dit saint Paul (Rm. 2, 35) : Qui a donné le premier à Dieu pour en prétendre une récompense ? L’autre justice consiste à distribuer ce qui revient à chacun suivant son mérite. On l’appelle pour ce motif distributive. Elle est le propre des rois et des juges. Comme l’ordre parfait, qui règne dans une famille ou dans une multitude bien gouvernée, fait voir cette justice dans celui qui en est le chef ; de même l’ordre général qui brille dans les choses de la nature aussi bien que dans le monde moral est une manifestation de la justice de Dieu. C’est ce qui fait dire à saint Denis (De div. nom., chap. 8) : Il faut reconnaître la justice de Dieu, en ce qu’il accorde à tous les êtres les dons qui conviennent spécialement à leur dignité, et en ce qu’il conserve la nature de chaque chose dans l’ordre et le rang qui lui est propre.

Article 2 : La justice de Dieu est-elle vérité ?

Objection N°1. Il semble que la justice de Dieu ne soit pas vérité. Car la justice est dans la volonté, puisque saint Anselme la définit une certaine droiture de volonté (Dial. verit., chap. 13). Or, la vérité est dans l’entendement, comme le dit Aristote (Met., liv. 6, text. 8 ; Eth. liv. 6, chap. 2 et 6). Donc la justice et la vérité ne rentrent pas l’une dans l’autre.

Réponse à l’objection N°1 : La justice considérée comme la loi qui doit régir les êtres existe dans la raison et dans l’intelligence ; mais si on la considère comme l’autorité qui règle tous les actes conformément à la loi, elle existe dans la volonté.

Objection N°2. La vérité est, d’après Aristote (Eth., liv. 4, chap.7), une autre vertu que la justice. Donc la vérité n’est pas la même chose que la justice.

Réponse à l’objection N°2 : La vérité dont parle Aristote dans le passage cité est la vertu par laquelle on se montre dans ses actes et ses paroles tel qu’on est. Dans ce sens la vérité consiste dans la conformité du signe avec la chose signifiée, mais non dans la conformité de l’effet avec sa cause et sa règle, comme nous l’avons dit dans le corps de cet article en parlant de la vérité de la justice.

Mais c’est le contraire. Il est écrit : La miséricorde et la vérité se sont rencontrées en lui (Ps. 84, 11). Évidemment dans ce passage on prend la vérité pour la justice.

Conclusion La justice, telle qu’elle existe en Dieu, est avec raison appelée vérité, pourvu qu’on entende par vérité le rapport de conformité qui existe entre l’intelligence et les choses qu’elle perçoit.

Il faut répondre que la vérité consiste dans la conformité de l’intelligence et de la chose qu’elle a perçue, comme nous l’avons dit plus haut (Q. 16, a. 1). Or, l’intelligence qui est la cause des êtres se rapporte à eux comme leur règle, leur mesure. Il en est autrement de l’intelligence qui reçoit des objets extérieurs sa science. Quand les choses sont la mesure et la règle de l’intelligence, la vérité consiste dans la conformité de l’entendement avec les choses qu’il perçoit. Car suivant qu’une chose existe ou n’existe pas, nos pensées et nos paroles sont vraies ou fausses. Mais quand l’entendement est la règle ou la mesure des choses, la vérité consiste dans la conformité des choses avec l’entendement lui-même ; c’est ainsi qu’on dit qu’un artisan fait un ouvrage vrai, quand cet ouvrage est conforme aux règles de son art. Or, ce que les œuvres d’art sont à l’art lui-même, les actions justes le sont à la loi avec laquelle elles s’accordent. Par conséquent la justice de Dieu, qui établit dans le monde un ordre conforme à sa sagesse qui est sa loi, peut être appelée vérité, et c’est aussi ce qui nous fait dire que la vérité de la justice est en nous, quand nous agissons selon la loi de la raison.

 

Article 3 : La miséricorde est-elle un attribut de Dieu ?

Objection N°1. Il semble que la miséricorde ne soit pas un attribut de Dieu. Car, d’après saint Jean Damascène (De orth. fid., liv. 2, chap. 14), la miséricorde est une espèce de tristesse. Or, la tristesse n’existe pas en Dieu. Donc la miséricorde n’y existe pas non plus.

Réponse à l’objection N°1 : Cette objection suppose que la miséricorde est une affection passionnelle, ce que nous avons eu soin d’exclure.

Objection N°2. La miséricorde de Dieu n’est que le relâchement de sa justice. Or, Dieu ne peut rien sacrifier de ce qui appartient à sa justice. En effet il est dit : Si nous ne croyons pas, il demeure fidèle et ne peut se nier lui-même (2 Tm., chap. 2, 13). Or, comme le dit la glose à propos de ce passage, Dieu se nierait lui-même s’il niait ce qu’il a dit. Donc il n’y a pas en lui de miséricorde.

Réponse à l’objection N°2 : Dieu agit par miséricorde sans aller contre la justice, mais en faisant quelque chose de plus qu’elle ne demande. Ainsi celui qui donne deux cents deniers à un homme auquel il n’en doit que cent n’agit pas contre la justice, mais il agit avec libéralité et miséricorde. Il en est de même si on pardonne à quelqu’un l’offense qu’on en a reçue. Car celui qui remet une offense fait une sorte de don. C’est pourquoi saint Paul appelle la rémission des offenses une donation : vous pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonnés dans le Christ (Ep., 4, 32). D’où il est manifeste que la miséricorde ne détruit pas la justice, mais qu’elle en est la plénitude. C’est ce qui fait dire à saint Jacques que la miséricorde surpasse la justice (Jc. 2, 13).

Mais c’est le contraire. Car il est écrit : Le Seigneur est bon et miséricordieux (Ps. 110, 4).

Conclusion Puisqu’il n’est pas dans la nature de Dieu de s’attrister sur les misères des autres et qu’il lui convient plutôt de les repousser, sa miséricorde n’est pas une passion sensible et corporelle, mais plutôt un effet de sa bonté.

Il faut répondre que la miséricorde doit être tout particulièrement attribuée à Dieu, non toutefois comme une affection passionnelle, mais comme un effet de sa bonté. — Pour rendre la vérité de cette réponse évidente, il faut observer que le mot miséricordieux signifie avoir le cœur compatissant (cor miserum), c’est-à-dire être affecté des douleurs et des peines d’autrui aussi vivement que si on les ressentait soi-même. D’où il suit que quand quelqu’un travaille à détruire la misère des autres comme si elle lui était propre il fait une œuvre de miséricorde. Or, Dieu ne peut pas s’attrister de la misère d’autrui, mais il lui convient par excellence de soulager la misère, et par misère nous entendons tout ce qui manque à ses créatures. Ce soulagement ne pouvant être que l’effet de sa bonté, Dieu est souverainement miséricordieux par là même qu’il est la source de toute bonté, comme nous l’avons dit plus haut (Q. 6, a. 4). — Il faut observer en outre que les perfections dont la Divinité gratifie la créature appartiennent à sa bonté, à sa justice, à sa libéralité ou à sa miséricorde, sous des rapports divers. Ainsi quand Dieu communique une perfection absolument parlant, c’est un effet de sa bonté, comme nous l’avons prouvé plus haut (Q. 6, a. 2 et 4) ; quand il communique à la créature une perfection qui est en rapport avec sa nature, c’est un effet de sa justice, comme nous l’avons dit (a. 2) ; quand il lui communique une perfection uniquement par l’effet de sa bonté sans qu’il en retire aucun avantage, c’est un effet de sa libéralité ; quand il lui donne les choses dont elle manque, c’est un effet de sa miséricorde.

 

Article 4 : Dans toutes les œuvres de Dieu y a-t-il miséricorde et justice ?

Objection N°1. Il semble qu’il n’y ait pas dans toutes les œuvres de Dieu miséricorde et justice. Car il y a des œuvres qu’on attribue à la miséricorde de Dieu, comme la justification des impies, et il y en a d’autres qui se rapportent à sa justice comme leur damnation. Ainsi saint Jacques dit : Celui qui n’a pas été miséricordieux sera jugé sans miséricorde (Jc. 2, 13). Donc il n’y a pas dans toutes les œuvres de Dieu miséricorde et justice.

Réponse à l’objection N°1 : Il y a des œuvres qu’on attribue à la justice de Dieu et d’autres à sa miséricorde, parce que dans les unes c’est la justice qui se montre avec le plus d’éclat, tandis que dans les autres c’est la miséricorde. Cependant la miséricorde se montre même dans la damnation des réprouvés, non pas en leur faisant la remise entière du châtiment, mais en l’allégeant sous un rapport, par exemple en punissant le coupable moins qu’il ne le mérite. Dans la justification de l’impie la justice se montre aussi, puisque Dieu ne remet les fautes qu’en vue de l’amour que sa miséricorde a répandu dans le cœur du coupable. Ainsi il est dit de Madeleine dans saint Luc : Il lui a été beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé (Lc, 7, 47).

Objection N°2. Saint Paul attribue la conversion des juifs à la justice et à la vérité, celle des gentils à la miséricorde (Rm. c. 15). Donc il n’y a pas dans toutes les œuvres de Dieu miséricorde et justice.

Réponse à l’objection N°2 : Il y a miséricorde et justice de la part de Dieu dans la conversion des juifs et des gentils. Mais il y a pour la conversion des juifs une raison de justice qu’on ne peut apporter pour la conversion des gentils. Ainsi, ils ont été sauvés en vue des promesses qui ont été faites à leurs pères.

Objection N°3. Beaucoup de justes sont affligés en ce monde. Or, c’est là une chose injuste. Donc il n’y a pas justice et miséricorde dans toutes les œuvres de Dieu.

Réponse à l’objection N°3 : Dans la punition des justes en ce monde il y a justice et miséricorde, parce que ces afflictions les purifient de leurs fautes légères et les élèvent vers Dieu en les détachant de la terre. Car, comme le dit saint Grégoire (Moral. l. 26, chap. 9), les maux qui nous accablent en ce monde nous forcent à aller vers Dieu.

Objection N°4. Il est de la justice de donner ce que l’on doit, et il est de la miséricorde de soulager les malheureux. Ainsi la justice et la miséricorde présupposent quelque chose dans leur exercice. Or, la création ne présuppose rien. Donc dans la création il n’y a ni justice, ni miséricorde.

Réponse à l’objection N°4 : A la vérité la création ne présuppose rien dans la nature des choses, mais elle présuppose quelque chose dans l’entendement divin. C’est ainsi qu’elle est une œuvre de justice, parce que Dieu accorde aux êtres qu’il crée ce que sa sagesse et sa bonté exigent, et elle est une œuvre de miséricorde, parce qu’elle fait passer les choses du non-être à l’être.

Mais c’est le contraire. Car il est écrit : Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité (Ps., 24, 10).

Conclusion Puisque Dieu ne peut dans aucune de ses œuvres se dispenser de ce qu’il se doit à lui-même et de ce qu’il doit à sa créature, et que d’ailleurs ce qu’il doit n’est toujours en dernière analyse qu’un effet de sa bonté, il faut nécessairement que dans tout ce qu’il fait on retrouve sa justice et sa miséricorde.

Il faut répondre que dans toutes les œuvres de Dieu on doit trouver sa miséricorde et sa vérité, pourvu que par le mot miséricorde on entende l’éloignement de tout défaut, bien que tout défaut ne puisse être considéré comme une misère, mais que la misère n’existe que dans la créature raisonnable qui est faite pour être heureuse. Car la misère est le contraire de la félicité. — La preuve qu’il y a nécessairement en Dieu justice et miséricorde, c’est que la dette que la justice divine doit remplir se rapporte à Dieu ou à la créature, et que dans l’un et l’autre cas il est obligé de s’en acquitter. Car Dieu ne peut pas faire quelque chose qui ne soit pas conforme à sa sagesse et à sa bonté. Et c’est dans ce sens que nous avons entendu que Dieu se devait quelque chose à lui-même. De même tout ce que Dieu fait dans les créatures, il le fait dans l’ordre et la proportion qui convient, c’est-à-dire il observe par rapport à elles ce que la justice exige. Il faut donc qu’il y ait justice dans toutes les œuvres de Dieu. Or, toute œuvre de justice divine présuppose toujours une œuvre de miséricorde et se fonde sur elle. Car la créature ne peut avoir de droit qu’autant qu’il y aurait en elle quelque chose de préexistant et d’antérieur. Et si ce qui préexiste à la créature lui est dû, ce doit être pour quelque chose encore d’antérieur à lui. Et il faudrait ainsi remonter indéfiniment jusqu’à un don primitif qui n’aurait d’autre motif que la bonté de Dieu qui est la fin dernière de toutes choses. Par exemple, si nous disons que l’homme doit avoir des mains parce qu’il a une âme raisonnable, qu’il doit avoir une âme raisonnable parce qu’il est homme, il faudra avouer qu’il n’est homme que par l’effet de la bonté divine. Et ainsi dans toutes les œuvres de Dieu on retrouve la miséricorde comme la cause première de leur détermination. Cette cause a son influence sur tous les effets plus ou moins éloignés qui sont la conséquence de sa première action, et même elle agit plus fortement que toutes les autres causes, parce que la cause première a toujours plus de puissance qu’une cause seconde. C’est pourquoi Dieu par un surcroît de bonté donne toujours à ses créatures beaucoup plus que n’exige strictement leur nature. Car la justice est loin de demander tout ce que la bonté divine accorde, puisque celle-ci va toujours au-delà de ce que la créature a le droit d’obtenir en raison de sa condition.


 


 

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Saint Antonin évêque et confesseur mémoire des Saints Gordien et Epimaque Martyrs

10 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Antonin évêque et confesseur mémoire des Saints Gordien et Epimaque Martyrs

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Que les mérites de saint Antonin, votre Confesseur et Pontife, nous soient en aide, ô Seigneur ; et comme nous vous proclamons admirable dans votre serviteur, faites que nous puissions aussi nous glorifier de votre miséricorde à notre égard.

Office

Quatrième leçon. Antonin, né à Florence de parents honnêtes, donna dès. son enfance des indices remarquables de sa sainteté future. Entré dans l’Ordre des Frères Prêcheurs à l’âge de seize ans, il commença dès lors à briller de l’éclat des plus hautes vertus. Il déclara une guerre perpétuelle à l’oisiveté : après un court sommeil, il était le premier à l’Office des Matines ; l’Office terminé, il employait le reste de la nuit à la prière ou à la lecture et à la composition de ses ouvrages ; et si quelquefois un sommeil importun venait surprendre ses membres fatigués, il appuyait un moment sa tête contre le mur, puis s’arrachant à l’assoupissement, il reprenait ses saintes veilles avec plus d’ardeur.

Cinquième leçon. Très sévère observateur de la discipline régulière, il ne mangea jamais de chair, si ce n’est lorsqu’il fut gravement malade. Il couchait sur la terre ou sur des planches nues ; il portait constamment le cilice, et souvent il y ajoutait une ceinture de fer sur sa chair ; il garda toujours la chasteté la plus entière. Sa prudence parut tellement dans les conseils qu’il donnait, que tous lui décernaient avec éloge le nom d’Antonin des conseils. L’humilité brilla en lui d’un tel éclat que, remplissant les charges de supérieur local et même de provincial, il se livrait avec empressement aux plus bas emplois du monastère. Promu à l’archevêché de Florence par Eugène IV, il donna, mais non sans regret, son acquiescement, dans la crainte des peines spirituelles dont le Pontife le menaçait s’il n’acceptait l’Épiscopat.

Sixième leçon. Il est difficile de dire à quel point il excella dans la charge pastorale par sa prudence, sa piété, sa chanté, sa mansuétude et son zèle sacerdotal Chose admirable, la puissance de son intelligence fut telle qu’il apprit à fond presque toutes les sciences sans 1e secours d’aucun maître. Enfin après beaucoup de travaux après avoir publié un grand nombre d’écrits remarquables par la doctrine qu’ils renferment, ayant reçu les sacrements d’Eucharistie et d’Extrême-onction, et embrassé l’image du crucifix, il vit venir sa mort avec joie, le six des nones de mai, l’an mil quatre cent cinquante-neuf. Illustre par ses miracles pendant sa vie et après a mort, Antonin fut inscrit au nombre des Saints par Adrien VI, l’an du Seigneur mil cinq cent vingt-trois.

L’ordre des Frères-Prêcheurs, qui a déjà présenté à Jésus triomphant Pierre le Martyr et la céleste Catherine, lui envoie aujourd’hui l’un des nombreux Pontifes qu’il a nourris et préparés dans son sein. Au XVe siècle, époque où la sainteté était rare sur la terre, Antonin fit revivre en sa personne toutes les vertus qui avaient brillé dans les plus grands évêques de l’antiquité. Son zèle apostolique, les œuvres de sa charité, l’austérité de sa vie, sont la gloire de l’Église de Florence qui fut confiée à ses soins. L’état politique de cette ville ne lui fut pas moins redevable pour sa grandeur et pour sa prospérité ; et Côme de Médicis, qui honorait son archevêque comme un père, confessa plus d’une fois que les mérites et les services d’Antonin étaient le plus ferme appui de Florence. Le saint prélat ne s’illustra pas moins par sa doctrine que par ses œuvres. On le vit tour à tour défendre la papauté attaquée dans le concile de Bâle par des prélats séditieux, et soutenir le dogme catholique dans le concile œcuménique de Florence contre les fauteurs du schisme grec. Admirons la fécondité de l’Église, qui n’a cessé de produire, selon les temps, des docteurs pour toutes les vérités, des adversaires contre toutes les erreurs.

Nous rendons gloire à Jésus ressuscité pour les dons sublimes qu’il vous avait départis, ô Antonin ! En vous confiant une portion de son troupeau, il avait doué votre âme des qualités qui font les pasteurs selon son cœur. Comme il savait qu’il pouvait compter sur votre amour, il commit ses agneaux à votre garde. Dans un siècle qui par ses désordres faisait déjà présager les scandales du siècle suivant, vous avez brillé de la plus pure lumière sur le chandelier de la sainte Église. Florence chérit encore votre mémoire ; dans ses murs, vous fûtes l’homme de Dieu et le père de la patrie. Aidez-la encore aujourd’hui du haut du ciel. Les prédicants de l’hérésie ne sont plus seulement à ses portes ; ils ont pénétré dans son enceinte. Veillez, ô saint Pontife, sur le champ que vos mains ont semé, et ne permettez pas que l’ivraie y prenne racine. Défenseur du Siège Apostolique, suscitez dans la malheureuse Italie des émules de votre zèle et de votre doctrine. Dans votre auguste basilique, sous son imposante coupole, vos yeux virent la réunion de l’Église byzantine à l’Église mère et maîtresse ; votre science et votre charité avaient eu leur part dans cette solennelle réconciliation qui devait, hélas ! durer si peu. Priez, ô Antonin, pour les fils de ceux qui furent infidèles à la promesse scellée sur l’autel même où vos mains ont tant de fois offert le divin Sacrifice de l’unité et de la paix.

Disciple du grand Dominique, héritier de son zèle ardent, soutenez le saint Ordre qu’il a fondé, et dont vous êtes l’une des principales gloires. Montrez que vous l’aimez toujours ; multipliez ses rejetons, et faites-les fleurir et fructifier comme aux jours anciens. Saint Pontife, souvenez-vous aussi du peuple chrétien qui vous implore en ces jours. Chaque année votre bouche éloquente annonçait la Pâque aux fidèles de Florence, et les conviait à prendre part à la résurrection de notre divin chef. La même Pâque, la Pâque immortelle, a de nouveau lui sur nous. Nous Pavons célébrée, nous la célébrons encore ; obtenez que ses fruits soient durables en nous ; que Jésus ressuscité, qui nous a donné la vie, la conserve dans nos âmes par sa grâce jusqu’à l’éternité.

 

 

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Saint Grégoire de Nazianze évêque, confesseur et docteur

9 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Saint Grégoire de Nazianze évêque, confesseur et docteur

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O Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Grégoire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Office

Quatrième leçon. Grégoire, noble Cappadocien, qui fut surnommé le Théologien à cause de sa science profonde des lettres divines, naquit à Nazianze, dans la Cappadoce. Instruit à Athènes dans toutes sortes de sciences, en même temps que saint Basile le Grand, il s’appliqua ensuite à l’étude de l’Écriture sainte. Les deux amis s’y exercèrent durant quelques années dans un monastère, ayant pour méthode d’interpréter les livres sacrés, non selon les lumières de leur esprit propre, mais selon le raisonnement et l’autorité des anciens. Tandis qu’ils florissaient par leur science et la sainteté de leur vie, ils furent appelés à la charge de prêcher la vérité évangélique, et enfantèrent à Jésus-Christ un grand nombre d’âmes.

Cinquième leçon. Grégoire, étant retourné chez lui, fut d’abord créé Évêque de Sasime ; il administra ensuite l’Église de Nazianze. Appelé plus tard à Constantinople pour en gouverner l’Église, il purgea cette ville des hérésies dont elle était infectée, et la ramena à la foi catholique ; mais son zèle, qui aurait dû lui concilier la profonde affection de tous, lui attira l’envie d’un grand nombre. Un grave dissentiment s’étant élevé à son sujet entre les Évêques, il renonça spontanément à l’épiscopat, s’appliquant ces paroles d’un Prophète : « Si c’est à cause de moi que cette tempête s’est élevée, jetez-moi dans la mer, afin que vous cessiez d’être agités par l’orage ». Grégoire revint donc à Nazianze, et ayant fait donner le gouvernement de cette Église à Eulalius, il se livra tout entier à la contemplation des choses divines et à la composition d’ouvrages théologiques.

Sixième leçon. Il écrivit beaucoup, et en prose, et en vers, avec une piété et une éloquence admirables ; il a mérité cet éloge, au jugement d’hommes doctes et saints, que l’on ne trouve dans ses écrits rien qui ne soit conforme aux règles de la vraie piété et de la foi catholique, rien qui puisse être contesté raisonnablement. Il fut le ferme et zélé défenseur de la consubstantialité du Fils. De même qu’il n’était inférieur à personne pour la sainteté de sa vie, il surpassait tous les autres par la gravité de son style. Occupé à la lecture, l’étude et fa composition, il vécut dans la solitude de la campagne à la manière d’un moine ; enfin, accablé de vieillesse, il passa à ta vie bienheureuse du ciel, sous l’empire de Théodose.

Aux côtés d’Athanase, un second Docteur de l’Église se présente pour faire hommage de son génie et de son éloquence à Jésus ressuscité. C’est Grégoire de Nazianze, l’ami et l’émule de Basile, l’orateur insigne, le poète qui, dans la plus étonnante fécondité, a su joindre l’énergie à l’élégance ; celui qui entre tous les Grégoires a mérité et obtenu le grand nom de Théologien par la sûreté de sa doctrine, l’élévation de s’a pensée, la, splendeur de son exposition. La sainte Église le voit avec bonheur étinceler en ces jours sur le Cycle ; car nul n’a parlé avec plus de magnificence que lui du mystère de la Pâque. On en peut juger par le début de son deuxième discours pour cette auguste solennité. Écoutons.

« Je me tiendrai en observation comme la sentinelle », nous dit l’admirable prophète Habacuc ; et mot aujourd’hui, à son exemple, éclairé par l’Esprit-Saint, je fais aussi le guet, j’observe le spectacle qui se découvre à moi, j’écoute les paroles qui vont retentir. Et tandis que debout je considère, je vois assis sur les nuées un personnage dont les traits sont ceux d’un Ange, et dont le vêtement est éblouissant comme l’éclair. Sa voix retentit comme la trompette, et les rangs pressés de l’armée céleste l’environnent ; et il dit : « Ce jour est le jour du salut pour le monde visible et pour le monde invisible. Le Christ se lève d’entre les morts, vous aussi levez-vous. Le Christ reprend possession de lui-même, imitez-le. Le Christ s’élance du sépulcre, arrachez-vous aux liens du péché. Les portes de l’enfer sont ouvertes, la mort est écrasée, le vieil Adam est anéanti, et un autre lui est substitué : vous qui faites partie de la création nouvelle dans le Christ, soyez renouvelés. »

« C’est ainsi qu’il parlait, et les autres Anges répétaient ce qu’ils chantèrent au jour où le Christ nous apparut dans sa naissance terrestre : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté ! A moi maintenant de parler sur toutes ces merveilles : que n’ai-je la voix des Anges, une voix capable de retentir jusqu’aux confins de la terre !

« La Pâque du Seigneur ! La Pâque ! Encore la Pâque, en l’honneur de la Trinité ! C’est la fête des fêtes, la solennité des solennités, qui l’emporte sur toutes les autres autant que le soleil sur les étoiles. Dès hier combien fut auguste la journée, avec ses robes blanches et ses nombreux néophytes portant des flambeaux ! Nous avions double Fonction, publique et particulière ; toutes les classes d’hommes, des magistrats et des dignitaires en grand nombre, dans cette nuit illuminée de mille feux ; mais aujourd’hui combien ces allégresses et ces grandeurs sont dépassées ! Hier n’était que l’aurore de la grande lumière qui s’est levée aujourd’hui ; la joie que l’on ressentait n’était qu’un prélude de celle que l’on éprouve en ce moment ; car en ce jour c’est la résurrection elle-même que nous célébrons, non plus seulement espérée, mais accomplie, et s’étendant au monde entier. »

Ainsi préludait à la harangue sacrée le sublime orateur, le poète divin qui ne fit que passer sur le siège de Constantinople. Homme de retraite et de contemplation, les agitations du siècle usèrent vite son courage ; la bassesse et la méchanceté des hommes froissèrent son noble cœur ; et laissant à un autre le dangereux honneur d’occuper un trône si disputé, il s’envola de nouveau vers sa chère solitude, où il aimait tant à goûter Dieu et les saintes lettres. Il avait pu, dans son rapide passage, malgré tant de traverses, raffermir pour longtemps la foi ébranlée dans la capitale de l’empire, et tracer un sillon de lumière qui n’était pas effacé, lorsque Jean Chrysostome vint s’asseoir sur cette chaire de Byzance où tant d’épreuves l’attendaient à son tour.

L’Église grecque, dans ses Menées, consacre à la mémoire de saint Grégoire de Nazianze les plus magnifiques éloges. Nous en empruntons quelques traits.

 Célébrons par nos louanges le prince des pontifes, le grand docteur de l’Église du Christ, celui dont la voix est semblable au plus riche concert, à la harpe la plus mélodieuse, à la lyre la plus habile et la plus suave. Disons-lui : Salut, ô abîme de la grâce divine ! Salut, docteur aux pensées sublimes et célestes, Grégoire, Père des Pères ! Par quels hymnes et quels cantiques pourrons-nous te célébrer, nomme égal aux Anges, toi qui as vécu sur la terre au-dessus de l’humanité ? Tu fus le héraut de la divine parole, l’ami de la chaste Vierge, le compagnon des Apôtres sur leur trône, l’honneur des martyrs et des saints, l’adorateur de l’éternelle Trinité, ô pontife très saint.

Fidèles rassemblés pour sa fête, célébrons dans nos chants spirituels le prince des pontifes, la gloire des patriarches, l’interprète des plus profonds enseignements du Christ, l’intelligence la plus sublime. Disons-lui : Salut, source de la théologie, fleuve de la sagesse, initiateur aux connaissances divines ! Salut, astre lumineux qui éclaires le monde entier par ta doctrine ! Salut, ô puissant défenseur de la piété, adversaire généreux de l’impiété.

Tu as su éviter dans ta sagesse les périls et les embûches de la chair, ô Grégoire notre père ; sur un char conduit par les quatre vertus, tu es monté par le milieu du ciel, et tu t’es envolé vers l’ineffable beauté. Elle t’enivre maintenant de délices, et tu implores pour nos âmes la miséricorde et la paix.

Ouvrant ta bouche à la parole de Dieu, tu as attiré l’Esprit de sagesse, et rempli de la grâce, tu as fait retentir les dogmes divins, ô Grégoire trois fois heureux ! Placé aux rangs des Puissances angéliques, tu as prêché la triple et indivisible Lumière ; éclairés par ta divine doctrine, nous adorons la Trinité, nous confessons en elle une seule divinité, afin d’obtenir le salut de nos âmes !

O Grégoire inspiré de Dieu, ta langue enflammée a consumé les formules captieuses des hérétiques ennemis du Seigneur. Tu as paru comme une bouche divine, exposant dans l’Esprit-Saint les grandeurs de Dieu ; dans tes écrits tu nous as manifesté la puissance et la substance même de la Trinité mystérieuse et impénétrable. Comme un triple soleil tu as éclairé ce monde terrestre ; et maintenant tu intercèdes sans relâche pour nos âmes.

Salut, ô fleuve de Dieu, toujours rempli des eaux de la grâce ! Tu baignes la cité du Christ roi, et tu la réjouis par ta parole et tes enseignements divins : torrent de délices, mer sans fond, gardien fidèle et juste de la doctrine, défenseur courageux de la Trinité, organe de l’Esprit-Saint, génie attentif et vigilant, langue harmonieuse , interprète des mystères les plus profonds de l’Écriture, supplie maintenant le Christ de répandre sur nous s’a grande miséricorde.

Tu t’es élevé sur la montagne des vertus, ayant abdiqué les choses de la terre, étant devenu étranger aux œuvres de mort ; tu as reçu les tables écrites de la main de Dieu, et le dogme de ta très pure théologie, et tu nous enseignes les mystères célestes, ô Grégoire rempli ’de sagesse.

La Sagesse de Dieu a eu ton amour, tu as recherché la beauté de sa parole, et tu l’as estimée au-dessus de tout ce qui charme les hommes sur la terre ; c’est pourquoi le Seigneur a orné ta tête d’une couronne de grâces, ô Bienheureux, et t’ayant mis à part, il t’a choisi pour être le Théologien.

Afin que ton âme s’éclairât tout entière des rayons de l’auguste Trinité , tu l’as polie, ô Père, la rendant sans tache par ta noble profession de toutes les vertus, et semblable à un miroir nouveau et préparé avec le plus grand soin ; alors la réfraction du divin éclat t’a fait paraître semblable à un Dieu.

Tu as paru comme un nouveau Samuel donné de Dieu ; avant d’être conçu tu fus donné à Dieu, ô bienheureux ! La prudence et la continence ont été ta parure, et, orné de la robe sacrée des pontifes, tu as été établi, ô Père, comme le médiateur entre le Créateur et la créature.

Tu as approché tes lèvres vénérables de la coupe qui contient la sagesse, ô Grégoire notre père ! tu as aspiré les eaux divines de la théologie, et tu les as fait couler avec abondance sur les fidèles ; tu as arrêté le torrent pernicieux de l’hérésie, ce torrent qui roule le blasphème. L’Esprit-Saint a trouvé en toi un pasteur gouvernant avec sainteté, repoussant et soulevant contre lui les audacieuses fureurs des impies, semblables aux violents orages des vents sur la mer ; un pasteur prêchant la Trinité dans l’unité de substance.

Brebis de la sainte Église, célébrons dans nos divins cantiques la lyre de l’Esprit-Saint, la faux des hérésies, les délices des orthodoxes, un second disciple reposant sur la poitrine de Jésus, le contemplateur du Verbe, le patriarche rempli de sagesse. Disons-lui : Tu es un bon pasteur, ô Grégoire ! tu t’es livré pour nous, comme le Christ notre maître, et maintenant tu tressailles d’allégresse avec Paul, et tu intercèdes pour nos âmes.

Nous vous saluons, ô Grégoire, docteur immortel, vous à qui l’Orient et l’Occident ont décerné de concert le titre de Théologien par excellence ! Illuminé des rayons de la glorieuse Trinité, vous nous en avez manifesté les splendeurs, autant que notre œil mortel les peut entrevoir à travers le nuage de cette vie. En vous s’est accomplie cette parole : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu! » La pureté de votre âme l’avait préparée à recevoir la lumière divine, et votre plume inspirée a su rendre une partie de ce que votre âme avait goûté. Obtenez-nous, ô grand Docteur, le don de la foi, qui met la créature en rapport avec Dieu, et le don de l’intelligence, qui lui fait entendre ce qu’elle croit. Tous vos labeurs eurent pour but de prémunir les fidèles contre les séductions de l’hérésie, en faisant luire à leurs yeux les dogmes divins dans toute leur magnificence ; rendez-nous attentifs, afin que nous évitions les pièges de l'erreur, et ouvrez notre œil à la lumière ineffable des mystères, à cette lumière qui, comme dit saint Pierre, est pour nous « semblable à une lampe « allumée dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le « jour commence à briller, et que l’étoile du ma- »tin se lève dans nos cœurs ».

En ces temps où l’Orient, si longtemps en proie à la triste immobilité de l’erreur séculaire et de la servitude, semble à la veille d’une crise qui doit modifier profondément ses destinées, tandis qu’une politique profane songe à exploiter au profit de l’ambition humaine les changements qui se préparent, souvenez-vous, ô Grégoire, de l’infortunée Byzance. Demain peut-être les puissances du monde se la disputeront comme une proie. O vous qui fûtes un moment son pasteur, vous dont le souvenir n’est pas encore effacé de sa mémoire, arrachez-la à l’esprit de schisme et d’erreur. Elle n’est tombée sous le joug de l’infidèle qu’en punition de sa révolte contre le vicaire du Christ. Bientôt ce joug sera brisé ; obtenez, ô Grégoire, qu’en même temps celui de l’erreur et du schisme, plus dangereux et plus humiliant encore, se rompe et soit anéanti pour jamais. Déjà un mouvement de retour se manifeste ; des provinces entières s’ébranlent et semblent vouloir jeter un regard d’espérance vers la mère commune des Églises, qui leur ouvre ses bras. O Grégoire ! Du haut du ciel, aidez à la réconciliation. L’Orient et l’Occident vous honorent comme l’un des plus sublimes organes de la vérité divine ; par vos prières, obtenez que l’Orient et l’Occident soient encore une fois réunis dans un même bercail, sous un même pasteur, avant que l’Agneau immolé et ressuscité d’entre les morts redescende du ciel pour séparer l’ivraie du bon grain, et pour emmener avec lui dans sa gloire l’Église son épouse et notre mère, hors du sein de laquelle il n’y a pas de salut.

Aidez-nous, en ces jours, à contempler les grandeurs de notre divin Ressuscité ; faites-nous tressaillir d’un saint enthousiasme dans cette Pâque qui vous inondait de ses joies, et vous inspirait les sublimes accents que nous venons d’entendre. Ce Christ, sorti triomphant du tombeau, vous l’avez aimé dès vos plus tendres années, et dans votre vieillesse son amour faisait encore battre votre cœur. Priez, afin que, nous aussi, nous lui demeurions fidèles, que ses divins mystères ravissent toujours nos âmes, que cette Pâque demeure toujours en nous, que le renouvellement qu’elle nous a apporté persévère dans notre vie, qu’à ses retours successifs elle nous retrouve attentifs et vigilants pour l’accueillir avec une ardeur toute nouvelle, jusqu’à ce que la Pâque éternelle nous accueille et nous ouvre ses allégresses sans fin.

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Super I Cor. [reportatio vulgata], cap. 13 l. 3

8 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

Super I Cor. [reportatio vulgata], cap. 13 l. 3

Lectio 3

Super I Cor. [reportatio vulgata], cap. 13 l. 3 Postquam apostolus ostendit quod charitas excellit alia dona Spiritus Sancti necessitate et fructuositate, hic ostendit excellentiam charitatis ad alia dona quantum ad permanentiam. Et circa hoc tria facit. Primo proponit differentiam charitatis ad alia dona Spiritus Sancti, quantum ad permanentiam; secundo probat quod dixerat, ibi ex parte enim cognoscimus, etc.; tertio infert conclusionem intentam, ibi nunc autem manent, et cetera. Circa primum duo facit. Primo proponit permanentiam charitatis; secundo cessationem aliorum donorum, ibi sive prophetiae, et cetera. Dicit ergo primo charitas numquam excidit. Quod quidem male intelligentes, in errorem ceciderunt, dicentes, quod charitas semel habita, numquam potest amitti, cui videtur consonare quod dicitur I Jn. III, 9: omnis qui natus est ex Deo, peccatum non facit, quoniam semen ipsius in eo manet. Sed huius dicti primo quidem sententia falsa est. Potest enim aliquis charitatem habens, a charitate excidere per peccatum, secundum illud Ap. II, 4 s.: charitatem tuam primam reliquisti. Memor esto itaque unde excideris, et age poenitentiam. Et hoc ideo est, quia charitas recipitur in anima hominis secundum modum ipsius, ut scilicet possit ea uti, vel non uti. Dum vero ea utitur homo, peccare non potest: quia usus charitatis est dilectio Dei super omnia, et ideo nihil restat propter quod homo Deum offendat. Et per hunc modum intelligitur verbum Ioannis inductum. Secundo, praedicta sententia non est secundum intentionem apostoli, quia non loquitur hic de cessatione donorum spiritualium, per peccatum mortale, sed potius de cessatione donorum spiritualium, quae pertinent ad hanc vitam per gloriam supervenientem. Unde sensus apostoli est charitas numquam excidit, quia scilicet sicut est in statu viae, ita permanebit in statu patriae et cum augmento, secundum illud Is. XXXI, 9: dixit Dominus cuius ignis est in Sion, scilicet in Ecclesia militante et caminus eius in Ierusalem, id est in pace caelestis patriae. Deinde cum dicit sive prophetiae, etc., proponit cessationem aliorum donorum spiritualium, et specialiter eorum quae praecipua videntur. Primo quantum ad prophetiam, dicit sive prophetiae evacuabuntur, id est cessabunt, quia scilicet in futura gloria prophetia locum non habebit, propter duo. Primo quidem quia prophetia respicit futurum, status autem ille non expectabit aliquid in futurum, sed erit finale complementum omnium eorum quae ante fuerant prophetata. Unde in Ps. XLVII, 9 dicitur: sicut audivimus, scilicet per prophetas, ita et vidimus, praesentialiter, in civitate Domini virtutum. Secundo quia prophetia est cum cognitione figurali et aenigmatica, quae cessabit in patria. Unde dicitur Nm. XII, 6: si quis fuerit inter vos propheta Domini, per somnium aut in visione apparebo ei, vel per somnium loquar ad illum. Et Os XII, 10: in manibus prophetarum assimilatus sum. Secundo quantum ad donum linguarum, dicit sive linguae cessabunt. Quod quidem non est intelligendum quantum ad ipsa membra corporea, quae linguae dicuntur, ut dicitur infra XV, 52: mortui resurgent incorrupti, id est, absque diminutione membrorum. Neque autem intelligendum est quantum ad usum linguae corporeae. Est enim futura in patria laus vocalis, secundum illud Ps. CXLIX, 6: exultationes Dei in gutture eorum, ut Glossa ibidem exponit. Est ergo intelligendum quantum ad donum linguarum, quo scilicet aliqui in primitiva Ecclesia linguis variis loquebantur, ut dicitur Ac. II, 4. In futura enim gloria, quilibet quamlibet linguam intelliget. Unde non erit necessarium variis linguis loqui. Nam etiam a primordio generis humani, ut dicitur Gn. XI, 1: unus erat sermo, et unum labium omnibus, quod multo magis erit in ultimo statu, in quo erit unitas consummata. Tertio quantum ad scientiam, subdit: sive scientia destruetur. Ex quo quidam accipere voluerunt quod scientia acquisita totaliter perditur cum corpore. Ad cuius veritatis inquisitionem considerare oportet, quod duplex est vis cognitiva, scilicet vis sensitiva et vis intellectiva. Inter quas est differentia, quia vis sensitiva est actus organi corporalis, et ideo necesse est quod desinat corpore corrupto; vis autem intellectiva non est actus alicuius organi corporei, ut probatur in III de anima, et ideo necesse est quod maneat corpore corrupto. Si ergo aliquid scientiae acquisitae conservetur in parte animae intellectivae, necesse est quod id permaneat post mortem. Quidam ergo posuerunt quod species intelligibiles non conservantur in intellectu possibili, nisi quamdiu intelligit. Conservantur autem species phantasmatum in potentiis animae sensitivae, puta in memorativa et imaginativa; ita scilicet quod semper intellectus possibilis quando de novo vult intelligere, etiam quae prius intellexit, indiget abstrahere a phantasmatibus per lumen intellectus agentis, et secundum hoc consequens est quod scientia hic acquisita non remaneat post mortem. Sed haec positio est primo quidem contra rationem. Manifestum est enim quod species intelligibiles in intellectu possibili recipiuntur ad minus dum actu intelligit. Quod autem recipitur in aliquo, est in eo per modum recipientis. Cum ergo substantia intellectus possibilis sit immutabilis et fixa, consequens est, quod species intelligibiles remaneant in eo immobiliter. Secundo est contra auctoritatem Aristotelis in III de anima, qui dicit quod cum intellectus possibilis est sciens unumquodque, tunc etiam est intelligens in potentia. Et sic patet quod habet species intelligibiles per quas dicitur sciens, et tamen adhuc est in potentia ad intelligendum in actu, et ita species intelligibiles sunt in intellectu possibili, etiam quando non intelligit actu. Unde etiam, ibidem, philosophus dicit, quod anima intellectiva est locus specierum, quia scilicet in ea conservantur species intelligibiles. Indiget tamen in hac vita convertere se ad phantasmata, ad hoc quod actu intelligat, non solum ut abstrahat species a phantasmatibus, sed etiam ut species habitas phantasmatibus applicet: cuius signum est quod laeso organo virtutis imaginativae, vel etiam memorativae, non solum impeditur homo ab acquisitione novae scientiae, sed etiam ab usu scientiae prius habitae. Sic ergo remanet scientia in anima post corporis mortem, quantum ad species intelligibiles, non autem quantum ad inspectionem phantasmatum, quibus anima separata non indigebit, habens esse et operationem absque corporis communione. Et secundum hoc apostolus hic dicit, quod scientia destruetur, scilicet secundum conversionem ad phantasmata. Unde et Is. XXIX, 14 dicitur: peribit sapientia a sapientibus, et intellectus prudentium eius abscondetur. Deinde cum dicit ex parte enim cognoscimus, probat quod dixerat: et primo inducit probationem; secundo manifestat ea, quae in probatione continentur, ibi cum essem parvulus, et cetera. Inducit ergo primo ad probandum propositum talem rationem: adveniente perfecto cessat imperfectum; sed dona alia praeter charitatem habent imperfectionem; ergo cessabunt superveniente perfectione gloriae. Primo ergo proponit minorem propositionem quo ad imperfectionem scientiae, cum dicit ex parte enim cognoscimus, id est imperfecte. Nam pars habet rationem imperfecti. Et hoc praecipue verificatur quantum ad cognitionem Dei, secundum illud Jb XXXVI, 26: ecce Deus magnus vincens scientiam nostram; et XXVI, 14: ecce haec ex parte dicta sunt viarum eius. Proponit etiam imperfectionem prophetiae, cum subdit et ex parte id est imperfecte, prophetamus. Est enim prophetia cognitio cum imperfectione, ut dictum est. Tacet autem de dono linguarum, quod est imperfectius his duobus, ut infra XIV, 2 patebit. Secundo ponit maiorem, dicens cum autem venerit quod perfectum est, id est, perfectio gloriae, evacuabitur quod ex parte est, id est, omnis imperfectio tolletur. De qua perfectione dicitur I P. ult.: modicum passos ipse perficiet. Sed secundum hoc videtur, quod etiam charitas evacuetur per futuram gloriam, quia ipsa est imperfecta in statu viae per comparationem ad statum patriae. Dicendum ergo, quod imperfectio dupliciter se habet ad id quod dicitur imperfectum. Quandoque enim est de ratione eius, quandoque vero non, sed accidit ei; sicut imperfectio est de ratione pueri, non autem de ratione hominis, et ideo, adveniente perfecta aetate, cessat quidem pueritia: sed humanitas fit perfecta. Imperfectio est ergo de ratione scientiae, prout hic de Deo habetur, inquantum scilicet cognoscitur ex sensibilibus; et similiter de ratione prophetiae, inquantum est cognitio figuralis et in futurum tendens. Non est autem de ratione charitatis ad quam cognitum bonum diligere pertinet. Et ideo superveniente perfectione gloriae, cessat prophetia et scientia; charitas autem non cessat, sed magis perficitur, quia quanto perfectius cognoscetur Deus, tanto etiam perfectius amabitur. Deinde cum dicit cum essem parvulus, etc., manifestat ea quae praemissa sunt. Et primo manifestat maiorem, scilicet quod veniente perfecto cessat imperfectum; secundo manifestat minorem, scilicet quod scientia, et prophetia sint imperfecta, ibi videmus nunc, et cetera. Ostendit autem primum per similitudinem perfecti et imperfecti, quod invenitur in aetate corporali. Unde et primo describit imperfectum aetatis corporalis, dicens cum essem parvulus, scilicet aetate, loquebar ut parvulus, id est prout congruit parvulo, scilicet balbutiendo. Unde propter naturalem defectum locutionis, qui est in parvulis, commendatur sapientia quod linguas infantium facit disertas, Sg. X, 21; et ut parvulus loquitur, qui vana loquitur. Ps. XI, 3: vana locuti sunt unusquisque ad proximum suum. Quantum vero ad iudicium subdit sapiebam ut parvulus, id est, approbabam vel reprobabam aliqua stulte, ut faciunt parvuli, qui quandoque pretiosa contemnunt, et vilia appetunt, ut dicitur Pr. I, 22: usquequo, parvuli, diligitis infantiam, et stulti ea quae sunt sibi noxia cupient? Sapiunt ergo ut parvuli, qui, spiritualibus contemptis, terrenis inhaerent; de quibus dicitur Ph. III, 19: gloria in confusione eorum, qui terrena sapiunt. Quantum autem ad rationis discursum, dicit cogitabam ut parvulus, id est aliqua vana. Unde et in Ps. XCIII, 11 dicitur: Dominus scit cogitationes hominum, quoniam vanae sunt. Et videtur apostolus ordine praepostero haec tria ponere. Nam locutio praeexigit iudicium sapientiae: iudicium vero praesupponit cogitationes rationis. Et hoc satis congruit imperfectioni puerili, in qua est locutio sine iudicio, et iudicium sine deliberatione. Potest autem referri, quod dicit loquebar ut parvulus, ad donum linguarum; cum dicit sapiebam ut parvulus, ad donum prophetiae; quod autem subdit cogitabam ut parvulus, ad donum scientiae. Secundo ponit id quod pertinet ad perfectionem aetatis, dicens quando autem factus sum vir, id est quando perveni ad perfectam et virilem aetatem, evacuavi, id est abieci, quae erant parvuli; quia, ut dicitur Is. LXV, 20, puer centum annorum morietur, et peccator centum annorum maledictus erit. Et est attendendum, quod apostolus hic comparat statum praesentem pueritiae propter imperfectionem; statum autem futurae gloriae propter perfectionem, virili aetati.

Lectio 4

Super I Cor. [reportatio vulgata], cap. 13 l. 4 Hic loquitur de visione, quae est cognitio Dei. Unde omnia praecedentia dona evacuanda, sunt intelligenda secundum quod ordinantur ad cognitionem Dei. Circa hoc duo facit. Primo enim probat id quod intendit in generali; secundo in speciali de seipso, ibi nunc cognosco, et cetera. Dicit ergo: dixi quod ex parte cognoscimus, quia nunc videmus per speculum in aenigmate, sed tunc, scilicet in patria videbimus facie ad faciem. Ubi primo considerandum est, quid sit videre per speculum in aenigmate; secundo quid sit videre facie ad faciem. Sciendum est ergo, quod sensibile aliquid potest tripliciter videri, scilicet aut per sui praesentiam in re vidente, sicut ipsa lux, quae praesens est oculo; aut per praesentiam suae similitudinis in sensu immediate derivatam ab ipsa re, sicut albedo quae est in pariete videtur, non existente ipsa albedine praesentialiter in oculo, sed eius similitudine, licet ipsa similitudo non videatur ab eo; aut per praesentiam similitudinis non immediate derivatae ab ipsa re, sed derivatae a similitudine rei in aliquid aliud, sicut cum videtur aliquis homo per speculum. Non enim similitudo hominis immediate est in oculo, sed similitudo hominis resultantis in speculo. Per hunc ergo modum loquendo de visione Dei, dico quod naturali cognitione solus Deus videt seipsum: quia in Deo idem est sua essentia et suus intellectus. Et ideo sua essentia est praesens suo intellectui. Sed secundo modo forte Angeli naturali cognitione Deum vident, inquantum similitudo divinae essentiae relucet immediate in eos. Tertio vero modo cognoscimus nos Deum in vita ista, inquantum invisibilia Dei per creaturas cognoscimus, ut dicitur Rm. I, 20. Et ita tota creatura est nobis sicut speculum quoddam: quia ex ordine, et bonitate, et magnitudine, quae in rebus a Deo causata sunt, venimus in cognitionem sapientiae, bonitatis et eminentiae divinae. Et haec cognitio dicitur visio in speculo. Ulterius autem sciendum est, quod huiusmodi similitudo, quae est similitudinis in alio relucentis, est duplex: quia aliquando est clara et aperta, sicut illa quae est in speculo; aliquando obscura et occulta, et tunc illa visio dicitur aenigmatica, sicut cum dico: me mater genuit, et eadem gignitur ex me. Istud est per simile occultum. Et dicitur de glacie, quae gignitur ex aqua congelata, et aqua gignitur ex glacie resoluta. Sic ergo patet, quod visio per similitudinem similitudinis est in speculo per simile occultum in aenigmate, sed per simile clarum et apertum facit aliam speciem allegoricae visionis. Inquantum ergo invisibilia Dei per creaturas cognoscimus, dicimur videre per speculum. Inquantum vero illa invisibilia sunt nobis occulta, videmus in aenigmate. Vel aliter, videmus nunc per speculum, id est per rationem nostram, et tunc ly per, designat virtutem tantum. Quasi dicat videmus per speculum, id est virtute animae nostrae. Circa secundum vero sciendum est, quod Deus, secundum quod Deus, non habet faciem, et ideo hoc, quod dicit, facie ad faciem, metaphorice dicitur. Cum enim videmus aliquid in speculo, non videmus ipsam rem, sed similitudinem eius; sed quando videmus aliquid secundum faciem, tunc videmus ipsam rem sicut est. Ideo nihil aliud vult dicere apostolus, cum dicit: videbimus in patria facie ad faciem, quam quod videbimus ipsam Dei essentiam. I Jn. III, 2: videbimus eum sicuti est, et cetera. Sed contra est, quia Gn. XXXII, 30 dicitur: vidi Dominum facie ad faciem, et cetera. Sed constat, quod tunc non vidit essentiam Dei; ergo videre facie ad faciem, non est videre essentiam Dei. Responsio. Dicendum est quod illa visio fuit imaginaria; visio autem imaginaria est quidam gradus altior, scilicet videre illud quod apparet: in ipsa imagine in qua apparet et alius gradus infimus scilicet audire tantum verba. Unde Iacob, ut insinuaret excellentiam visionis imaginariae sibi ostensae, dicit vidi Dominum facie ad faciem, id est vidi Dominum imaginarie apparentem in sua imagine et non per essentiam suam. Sic enim non fuisset visio imaginaria. Sed tamen quidam dicunt, quod in patria ipsa divina essentia videbitur per similitudinem creatam. Sed hoc est omnino falsum et impossibile, quia numquam potest aliquid per essentiam cognosci per similitudinem, quae non conveniat cum re illa in specie. Lapis enim non potest cognosci secundum illud quod est, nisi per speciem lapidis, quae est in anima. Nulla enim similitudo ducit in cognitionem essentiae alicuius rei, si differat a re illa secundum speciem, et multo minus si differt secundum genus. Non enim per speciem equi, vel albedinis potest cognosci essentia hominis, et multo minus essentia Angeli. Multo ergo minus per aliquam speciem creatam, quaecumque sit illa, potest videri divina essentia, cum ab essentia divina plus distet quaecumque species creata in anima, quam species equi, vel albedinis ab essentia Angeli. Unde ponere quod Deus videatur solum per similitudinem, seu per quamdam refulgentiam claritatis suae, est ponere divinam essentiam non videri. Et, praeterea, cum anima sit quaedam similitudo Dei, visio illa non magis esset specularis et aenigmatica, quae est in via, quam visio clara et aperta, quae repromittitur sanctis in gloria, et in qua erit beatitudo nostra. Unde Augustinus dicit hic in Glossa, quod visio Dei, quae est per similitudinem, pertinet ad visionem speculi et aenigmatis. Sequeretur etiam quod beatitudo hominis ultima esset in alio, quam in ipso Deo, quod est alienum a fide. Naturale etiam hominis desiderium, quod est perveniendi ad primam rerum causam, et cognoscendi ipsam per seipsam, esset inane. Sequitur nunc cognosco ex parte, et cetera. Hic, illud quod probavit in generali, probat in speciali de cognitione sui ipsius, dicens nunc, id est in praesenti vita, ego Paulus cognosco ex parte, id est obscure et imperfecte; tunc autem, scilicet in patria, cognoscam sicut et cognitus sum, id est: sicut Deus cognovit essentiam meam, ita Deum cognoscam per essentiam; ita quod ly sicut, non importat hic aequalitatem cognitionis, sed similitudinem tantum. Consequenter infert principalem conclusionem cum dicit nunc autem manent, et cetera. Causa autem quare non facit mentionem de omnibus donis, sed de istis tribus tantum est quia haec tria coniungunt Deo, alia autem non coniungunt Deo, nisi mediantibus istis; alia etiam dona sunt quaedam disponentia ad gignendum ista tria in cordibus hominum. Unde et solum ista tria, scilicet fides, spes et charitas, dicuntur virtutes theologicae, quia habent immediate Deum pro obiecto. Sed cum dona sint ad perficiendum vel affectum vel intellectum, et charitas perficiat affectum, fides intellectum: non videtur quod spes sit necessaria, sed superflua. Ad hoc sciendum, quod amor est quaedam vis unitiva, et omnis amor in unione quadam consistit. Unde et secundum diversas uniones, diversae species amicitiae a philosopho distinguuntur. Nos autem habemus duplicem coniunctionem cum Deo. Una est quantum ad bona naturae, quae hic participamus ab ipso; alia quantum ad beatitudinem, inquantum nos hic sumus participes per gratiam supernae felicitatis, secundum quod hic est possibile, speramus etiam ad perfectam consecutionem illius aeternae beatitudinis pervenire et fieri cives caelestis Ierusalem. Et secundum primam communicationem ad Deum, est amicitia naturalis secundum quam unumquodque, secundum quod est, Deum ut causam primam et summum bonum appetit et desiderat, ut finem suum. Secundum vero communicationem secundam est amor charitatis, qua solum creatura intellectualis Deum diligit. Quia vero nihil potest amari nisi sit cognitum, ideo ad amorem charitatis exigitur primo cognitio Dei. Et quia hoc est supra naturam, primo exigitur fides, quae est non apparentium. Secundo ne homo deficiat, vel aberret, exigitur spes, per quam tendat in illum finem, sicut ad se pertinentem. Et de his tribus dicitur Eccli. II, 8: qui timetis Deum, credite in illum, quantum ad fidem; qui timetis Deum, sperate in illum, quantum ad spem; qui timetis Deum, diligite eum, quantum ad charitatem. Ista ergo tria manent nunc, sed charitas maior est omnibus, propter ea quae dicta sunt supra.


 


 

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IVème Dimanche après Pâques

7 Mai 2023 , Rédigé par Ludovicus

IVème Dimanche après Pâques

Introït

Chantez au Seigneur un cantique nouveau, alléluia ; car le Seigneur a opéré des merveilles, alléluia, Il a révélé sa justice aux yeux des nations, alléluia, alléluia, alléluia. Sa droite et son saint bras l’ont fait triompher.

Collecte

Dieu, qui donnez aux cœurs de vos fidèles une même volonté : accordez à vos peuples d’aimer ce que vous leur commandez, de désirer ce que vous leur promettez ; afin qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs demeurent fixés là où sont les joies véritables.

Épitre Jc. 1, 17-21

Mes bien-aimés, toute grâce excellente et tout don parfait descend d’en haut, et vient du Père des lumières, chez qui il n’y a pas de variation, ni d’ombre, ni de changement. De sa propre volonté il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures. Vous le savez, mes frères bien-aimés. Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère, car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de méchanceté, recevez avec douceur la parole entrée en vous qui peut sauver vos âmes.

Évangile Jn. 16, 5-14

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Cependant, je vous dis la vérité : il vous est utile que je m’en aille ; car, si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. Et lorsqu’il sera venu, il convaincra le monde ne ce qui concerne le péché, la justice et le jugement. En ce qui concerne le péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ; en ce qui concerne la justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus ; en ce qui concerne le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé. J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera l’avenir. Il me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.

Secrète

O Dieu, qui, par les échanges admirables de ce sacrifice, nous avez rendus participants de votre divinité une et souveraine : faites, nous vous en supplions, que comme nous connaissons votre vérité, de même nous la suivions par une conduite digne d’elle.

Postcommunion

Assistez-nous, Seigneur notre Dieu, afin qu’au moyen de ce sacrement reçu par nous avec foi, nous soyons purifiés de nos vices et arrachés à tous les périls.

Office

4e leçon

Du Traité de saint Cyprien, Évêque et Martyr ‘Du bien de la patience’.

Voulant, bien-aimés frères, vous entretenir de la patience, et vous en montrer les services et les avantages, puis-je mieux commencer que par la patience dont je vois que vous avez besoin pour m’écouter maintenant encore ? En effet, l’action même d’écouter et d’apprendre, vous ne la pouvez faire sans patience. Car l’enseignement et la doctrine du salut ne s’apprennent efficacement que si l’on écoute patiemment ce qui s’enseigne. Et, parmi tous les moyens que nous offre la loi céleste, et qui dirigent notre vie vers l’acquisition des récompenses divines, objet de notre espérance et de notre foi, je ne trouve rien de plus utile pour la vie, ni de meilleur pour obtenir la gloire, que de garder la patience avec un soin extrême, nous qui nous attachons aux préceptes du Seigneur, avec un culte de crainte et d’amour. Les philosophes païens aussi font profession de pratiquer cette vertu, mais leur patience est aussi fausse que leur sagesse. Car comment pourrait-il être sage ou patient, celui qui ne connaît ni la sagesse, ni la patience de Dieu ?

5e leçon

Pour nous, mes chers frères, qui sommes philosophes non dans nos paroles, mais dans nos actions ; qui préférons la sagesse, non dans ses dehors, mais dans sa réalité ; qui connaissons mieux la pratique des vertus que leur ostentation ; qui ne disons pas de grandes choses, mais qui les réalisons dans notre vie ; serviteurs et adorateurs de Dieu, montrons par la soumission de notre esprit cette patience que de divins exemples nous enseignent. Car cette vertu nous est commune avec Dieu. C’est de lui qu’elle vient, qu’elle tire son éclat et sa gloire. L’origine et la grandeur de la patience viennent de Dieu. L’homme doit aimer ce qui est cher à Dieu, car ce qu’aimé la majesté divine, elle le recommande. Si Dieu est notre Seigneur et notre père, imitons la patience de notre Seigneur et en même temps de notre père, puisqu’il convient que des serviteurs soient obéissants, et que des fils ne soient point dégénérés.

6e leçon

C’est la patience qui nous rend agréables à Dieu et nous retient dans son service ; c’est elle qui calme la colère, enchaîne la langue, gouverne l’esprit, garde la paix, règle la discipline, brise l’impétuosité des passions, comprime les emportements de l’orgueil, éteint l’incendie de la haine, contient la tyrannie des grands, ranime l’indigence du pauvre, protège la bienheureuse pureté de la vierge, la laborieuse chasteté de la veuve, la tendresse sans partage des époux. Elle inspire l’humilité dans le bonheur, le courage dans l’adversité, la douceur au milieu des injustices et des affronts. Elle nous apprend à pardonner sans délai à ceux qui ont mal fait ; si nous avons commis une faute, à en implorer longtemps et instamment le pardon. Les tentations, elle en triomphe ; les persécutions, elle les endure ; les souffrances et le martyre, elle les couronne. C’est elle qui élève l’édifice de notre foi sur des fondements inébranlables.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Lorsque le Seigneur Jésus eut prédit à ses disciples les persécutions qu’ils auraient à souffrir après son éloignement, il ajouta : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous ; mais maintenant je vais à celui qui m’a envoyé. » Il faut d’abord voir ici s’il ne leur avait pas prédit auparavant les souffrances futures. Les trois autres Évangélistes montrent qu’il les leur avait suffisamment annoncées avant la cène, tandis que saint Jean place cette prédiction après le repas lorsqu’il leur dit : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous. »

8e leçon

Ne peut-on pas résoudre cette difficulté, en disant que les autres Évangélistes font observer que sa passion était proche, au moment où il parlait ainsi ? Il ne leur avait donc pas dit ces choses dès le commencement, lorsqu’il était avec eux, puisqu’il ne les leur dit qu’au moment de s’éloigner d’eux et de retourner à son Père. Ainsi donc, même selon ces Évangélistes, se trouve confirmée la vérité de ces paroles du Sauveur : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement. » Mais que penser de la véracité de l’Évangile selon saint Matthieu, qui rapporte que ces prédictions ont été faites par le Seigneur, non seulement à la veille de sa passion lorsqu’il allait célébrer la Pâque avec ses disciples, mais dès le commencement, à l’endroit où les douze Apôtres sont expressément désignés par leurs noms et où on les voit envoyés pour exercer le saint ministère ?

9e leçon

Que veulent donc dire ces paroles : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous », si ce n’est que les prédictions qu’il leur fait ici du Saint-Esprit, à savoir qu’il viendrait à eux et rendrait témoignage au moment où ils auraient à souffrir les maux qu’il leur annonçait, il ne les leur avait pas faites dès le commencement, parce qu’il était avec eux ? Ce consolateur ou cet avocat (car le mot grec Paraclet veut dire l’un et l’autre) n’était donc nécessaire qu’après le départ du Christ ; il ne leur en avait point parlé dès le commencement lorsqu’il était avec eux, parce qu’il les consolait lui-même par sa présence.

Nous avons vu Jésus constituer son Église, et confier aux mains de ses Apôtres le dépôt des vérités qui seront l’objet de notre foi. Il est une autre œuvre non moins importante pour le monde, à laquelle il donne ses soins durant cette dernière période de son séjour sur la terre : c’est l’institution définitive des Sacrements. Il ne nous suffit pas de croire ; il faut encore que nous soyons rendus justes, c’est-à-dire conformes à la sainteté de Dieu ; il faut que la grâce, fruit de la Rédemption, descende en nous, s’incorpore à nous ; afin qu’étant devenus les membres vivants de notre divin Chef, nous puissions être les cohéritiers de son Royaume. Or, c’est au moyen des Sacrements que Jésus doit opérer en nous cette merveille de la justification, en nous appliquant les mérites de son incarnation et de son Sacrifice par les moyens qu’il a décrétés dans sa puissance et dans sa sagesse.

Souverain maître de la grâce, il est libre de déterminer les sources par lesquelles il la fera descendre sur nous ; c’est à nous de nous conformer a ses volontés. Chacun des Sacrements sera donc une loi de sa religion, en sorte que l’homme ne pourra prétendre aux effets que le Sacrement est destiné à produire, s’il dédaigne ou néglige de remplir les conditions selon lesquelles il opère. Admirable économie, qui concilie, dans un même acte, l’humble soumission de l’homme avec la plus prodigue largesse de la munificence divine.

Nous avons montré, il y a quelques jours, comment la sainte Église, société spirituelle, était en même temps une société visible et extérieure, parce que l’homme auquel elle est destinée est composé d’un corps et d’une âme. Jésus, en instituant ses Sacrements, leur assigne à chacun un rite essentiel ; et ce rite est extérieur et sensible. Le Verbe divin, en prenant la chair, en a fait l’instrument de notre salut dans sa Passion sur la croix : c’est par le sang de ses veines qu’il nous a rachetés ; poursuivant ce plan mystérieux, il prend les éléments de la nature physique pour auxiliaires dans l’œuvre de notre justification. Il les élève à l’état surnaturel, et en fait jusqu’au plus intime de nos âmes les conducteurs fidèles et tout-puissants de sa grâce. Ainsi s’appliquera jusqu’à ses dernières conséquences le mystère de la divine incarnation, qui a eu pour but de nous élever, par les choses visibles, à la connaissance et à la possession des choses invisibles. Ainsi est brisé l’orgueil de Satan, qui dédaignait la créature humaine, parce que l’élément matériel s’unit en elle à la grandeur spirituelle, et qui refusa, pour son éternel malheur, de fléchir le genou devant le Verbe fait chair.

En même temps, les divins Sacrements étant autant de signes sensibles, formeront un lien de plus entre les membres de l’Église, déjà unis entre eux par la soumission à Pierre et aux Pasteurs qu’il envoie, et par la profession d’une même foi. L’Esprit-Saint nous dit dans les divines Écritures que « le lien tressé en trois ne se rompt pas aisément » ; or, tel est celui qui nous retient dans la glorieuse unité de l’Église : Hiérarchie, Dogme et Sacrements, tout contribue à faire de nous un seul corps. Du septentrion au midi, de l’orient à l’occident, les Sacrements proclament la fraternité des chrétiens ; ils sont en tous lieux leur signe de reconnaissance, et la marque qui les désigne aux yeux des infidèles. C’est dans ce but que ces Sacrements divins sont identiques pour toutes les races baptisées, quelle que soit la variété des formules liturgiques qui en accompagnent l’administration : partout le fond est le même, et la même grâce est produite sous les mêmes signes essentiels.

Notre divin ressuscité choisit le septénaire pour le nombre de ses Sacrements. Il empreint ce nombre sacré sur son œuvre la plus sublime, de même qu’il l’avait marqué au commencement, en créant ce monde visible et inaugurant la semaine par six jours d’action et un jour de repos. Sagesse éternelle du Père, il nous révèle, dès l’Ancien Testament, qu’il se bâtira une maison qui est la sainte Église, et il ajoute qu’il la fera reposer sur sept colonnes. Cette Église, il la figure d’avance dans le tabernacle de Moïse, et il ordonne qu’un superbe chandelier qui lance sept branches chargées de fleurs et de fruits, éclaire jour et nuit le sanctuaire. S’il transporte au ciel, dans un ravissement, son disciple bien-aimé, c’est pour se montrer à lui environné de sept chandeliers, et tenant sept étoiles dans sa main. S’il se manifeste sous les traits de l’Agneau vainqueur, cet Agneau porte sept cornes, symbole de sa force, et sept yeux qui marquent l’étendue infinie de sa science. Près de lui est le livre qui contient les destinées du genre humain, et ce livre est scellé de sept sceaux que l’Agneau seul peut lever. Devant le trône de la Majesté divine, le disciple aperçoit sept Esprits bienheureux ardents comme sept lampes, attentifs aux moindres ordres de Jéhovah, et prêts à porter sa parole jusqu’aux dernières limites de la création.

Si maintenant nous tournons nos regards vers l’empire des ténèbres, nous voyons l’esprit de malice occupé à contrefaire l’œuvre divine, et usurpant le septénaire pour le souiller en le consacrant au mal. Sept péchés capitaux sont l’instrument de sa victoire sur l’homme ; et le Seigneur nous avertit que lorsque, dans sa fureur, Satan s’élance sur une âme, il prend avec lui sept esprits des plus méchants de l’abîme. Nous savons que Madeleine, l’heureuse pécheresse, ne recouvra la vie de l’âme qu’après que le Sauveur eut expulsé d’elle sept démons. Cette provocation de l’esprit d’orgueil forcera la colère divine, lorsqu’elle tombera sur le monde pécheur, à empreindre le septénaire jusque dans ses justices. Saint Jean nous apprend que sept trompettes, sonnées par sept Anges, annonceront les convulsions successives de la race humaine, et que sept autres Anges verseront tour à tour sur la terre coupable sept coupes remplies de la colère de Dieu.

Nous donc qui voulons être sauvés, et jouir de la grâce en ce monde, et en l’autre de la vue de notre divin ressuscité, accueillons avec un souverain respect et une tendre reconnaissance le Septénaire miséricordieux de ses Sacrements. Sous ce nombre sacré il a su renfermer toutes les formes de sa grâce. Soit qu’il veuille dans sa bonté nous faire passer de la mort à la vie, par le Baptême et la Pénitence ; soit qu’il s’applique à soutenir en nous la vie surnaturelle, et à nous consoler dans nos épreuves, par la Confirmation, l’Eucharistie et l’Extrême-Onction ; soit enfin qu’il pourvoie au ministère de son Église et à sa propagation par l’Ordre et le Mariage : on ne saurait trouver un besoin de l’âme, une nécessite de la société chrétienne auxquels il n’ait satisfait au moyen des sept sources de régénération et de vie qu’il a ouvertes pour nous, et qu’il ne cesse de faire couler sur nos âmes. Les sept Sacrements suffisent à tout ; un seul de moins, l’harmonie serait rompue. Les Églises de l’Orient, séparées de l’unité catholique depuis tant de siècles, confessent avec nous le septénaire sacramentel ; et le protestantisme, en portant sur ce nombre sacré sa main profane, a montré en cela, comme en toutes ses autres réformes prétendues, que le sens chrétien lui faisait défaut. Ne nous en étonnons pas ; la théorie des Sacrements s’impose tout entière à la foi ; l’humble soumission du fidèle doit l’accueillir d’abord comme venant du souverain Maître : c’est lorsqu’elle s’applique à rame que sa magnificence et son efficacité divine se révèlent ; alors nous comprenons, parce que nous avons cru. Credite et intelligetis.

Aujourd’hui, consacrons notre admiration et notre reconnaissance au premier des Sacrements, au Baptême. Le Temps pascal nous le montre dans toute sa gloire. Nous l’avons vu, au Samedi saint, comblant les vœux de l’heureux catéchumène, et enfantant à la patrie céleste des peuples entiers. Mais ce divin mystère avait eu sa préparation. En la fête de l’Épiphanie, nous adorâmes notre Emmanuel descendant dans les flots du Jourdain, et communiquant à l’élément de l’eau, par le contact de sa chair sacrée, la vertu de purifier toutes les souillures de l’âme. L’Esprit-Saint, colombe mystique, vint reposer sur la tête de l’Homme-Dieu, et féconder par sa divine influence l’élément régénérateur, tandis que la voix du Père céleste retentissait dans la nue, annonçant l’adoption qu’il daignerait faire des baptisés, en son Fils Jésus, l’objet de son éternelle complaisance.

Durant sa vie mortelle, le Rédempteur s’explique déjà devant un docteur de la loi sur ses mystérieuses intentions. « Celui, dit-il, qui ne sera pas rené de l’eau et du Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume de Dieu. » Selon son usage presque constant, il annonce ce qu’il doit faire un jour, mais il ne l’accomplit pas encore ; nous apprenons seulement que notre première naissance n’ayant pas été pure, il nous en prépare une seconde qui sera sainte, et que l’eau en sera l’instrument.

Mais en ces jours le moment est venu où notre Emmanuel va déclarer la puissance qu’il a donnée aux eaux de produire la sublime adoption projetée par le Père. S’adressant à ses Apôtres, il leur dit tout à coup avec la majesté d’un roi qui promulgue la loi fondamentale de son empire : « Allez ; enseignez toutes les nations ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Le salut par l’eau, avec l’invocation de la glorieuse Trinité, tel est le bienfait capital qu’il annonce au monde ; car, dit-il encore : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. » Révélation pleine de miséricorde pour la race humaine ; inauguration des Sacrements, par la déclaration du premier, de celui qui, selon le langage des saints Pères, est la porte de tous les autres !

Nous qui lui devons la vie de nos âmes, avec le sceau éternel et mystérieux qui fait de nous les membres de Jésus, saluons avec amour cet auguste mystère. Saint Louis, baptisé sur les humbles fonts de Poissy, se plaisait à signer Louis de Poissy, considérant la fontaine baptismale comme une mère qui l’avait enfanté à la vie céleste, et oubliant son origine royale pour ne se souvenir que de celle d’enfant de Dieu. Nos sentiments doivent être les mêmes que ceux du saint roi.

Mais admirons avec attendrissement la condescendance de notre divin ressuscité, lorsqu’il institua le plus indispensable de ses Sacrements. La matière qu’il choisit est la plus commune, la plus aisée à rencontrer. Le pain, le vin, l’huile d’olives, ne sont pas partout sur la terre ; l’eau coule en tous lieux ; la providence de Dieu l’a multipliée sous toutes les formes, afin qu’au jour marqué, la fontaine de régénération fût accessible de toutes parts à l’homme pécheur.

Ses autres Sacrements, le Sauveur les a confiés au sacerdoce qui seul a pouvoir de les administrer ; il n’en sera pas ainsi du Baptême. Tout fidèle pourra en être le ministre, sans distinction de sexe ni de condition. Bien plus, tout homme, ne fût-il pas même membre de l’Église chrétienne, pourra conférer à son semblable, par l’eau et l’invocation de la sainte Trinité, la grâce baptismale qui n’est pas en lui, à la seule condition de vouloir, en cet acte, accomplir sérieusement ce que fait la sainte Église, quand elle administre le sacrement du Baptême.

Ce n’est pas tout encore. Ce ministre du sacrement peut manquer à l’homme qui va mourir ; l’éternité va s’ouvrir pour lui sans que la main d’autrui se lève pour répandre sur sa tête l’eau purificatrice ; le divin instituteur de la régénération des âmes ne l’abandonne pas dans ce moment suprême. Qu’il rende hommage au saint Baptême, qu’il le désire de toute l’ardeur de son âme, qu’il entre dans les sentiments d’une componction sincère et d’un véritable amour ; après cela qu’il meure : la porte du ciel est ouverte au baptisé de désir.

Mais l’enfant qui n’a pas encore l’usage de sa raison, et que la mort va moissonner dans quelques heures, a-t-il donc été oublié dans cette munificence générale ? Jésus a dit : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé » ; comment alors obtiendra-t-il le salut, cet être faible qui va s’éteindre, chargé de la faute originelle, et incapable de la foi ? Rassurez-vous. La puissance du saint Baptême s’étendra jusqu’à lui. La foi de l’Église qui le veut pour fils, lui va être imputée ; qu’on répande l’eau sur sa tête au nom des trois divines Personnes, et le voilà chrétien pour jamais. Baptisé dans la foi de l’Église, cette foi est maintenant personnelle en lui, avec l’Espérance et la Charité ; l’eau sacramentelle a produit cette merveille. Qu’il expire maintenant, ce tendre rejeton de la race humaine ; le royaume du ciel est à lui.

Tels sont, ô Rédempteur, les prodiges que vous opérez dans le premier de vos Sacrements, par l’effet de cette volonté sincère que vous avez du salut de tous ; en sorte que ceux en qui cette volonté ne s’accomplit pas, n’échappent à la grâce de la régénération que par suite du péché commis antérieurement, péché que votre éternelle justice ne vous permet pas toujours de prévenir en lui-même, ou de réparer dans ses suites. Mais votre miséricorde est venue au secours ; elle a tendu ses filets, et d’innombrables élus y sont tombés. L’eau sainte est venue couler jusque sur le front de l’enfant qui s’éteignait entre les bras d’une mère païenne, et les Anges ont ouvert leurs rangs pour recevoir cet heureux transfuge. A la vue de tant de merveilles, que nous reste-t-il à faire, sinon de nous écrier avec le Psalmiste : « Nous qui possédons la vie, bénissons le Seigneur » ?

 

 

 

 

 

 

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