« Très doux Jésus, dont l'immense amour pour les hommes a été payée de tant d'ingratitude, d'oubli, de négligence, de mépris, nous voici prosternés devant vos autels. Nous voulons réparer par des témoignages particuliers d'honneur l'indigne froideur des hommes et les injures qui, de toutes parts, blessent votre Cœur très aimant.
Nous n'oublions pas, toutefois, que nous n'avons pas toujours été, nous-mêmes, exempts de reproches. Nous en ressentons une très vive douleur et nous implorons, pour nous d'abord, votre miséricorde, disposés à réparer par une expiation volontaire, non seulement les péchés que nous avons commis nous-mêmes, mais encore les fautes de ceux qui errent loin de la voie du salut, les infidèles obstinés qui refusent de vous suivre comme leur pasteur et leur guide et les chrétiens qui ont renié les promesses de leur baptême et secoué le joug très suave de votre loi.
Ces fautes déplorables, nous voulons les expier toutes, et nous nous proposons de réparer en particulier l'immodestie et l'impudeur de la conduite et de la toilette, les embûches tendues par la corruption aux âmes innocentes, la profanation des fêtes religieuses, les blasphèmes dont vous êtes l'objet, vous et vos Saints, les insultes adressées à votre Vicaire et à vos prêtres, la négligence envers le Sacrement du divin amour ou sa profanation par d'horribles sacrilèges, enfin les crimes publics des nations qui combattent les droits et le magistère de l’Église que vous avez instituée.
Ah ! pussions-nous laver ces crimes dans notre sang ! Du moins, pour réparer l'honneur divin outragé, nous vous présentons, en union avec les expiations de la Vierge votre Mère, de tous les Saints et des fidèles pieux, la réparation que vous avez un jour offerte au Père sur la croix et que vous continuez de renouveler chaque jour sur les autels. Nous vous promettons du fond de notre cœur de réparer, autant que nous le pourrons, et avec le secours de votre grâce, nos fautes passées et celles des autres, et l'indigne oubli de votre incomparable amour, par une foi inébranlable, par une vie pure, par l'observation parfaite de la loi évangélique, et particulièrement de la charité. Nous vous promettons d'empêcher selon nos forces les offenses dont vous serez menacé et d'amener le plus d'hommes possible à vous suivre.
Très doux Jésus, recevez, nous vous en prions, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Réparatrice, cet hommage volontaire d'expiation, et daignez nous accorder le don précieux de la persévérance, qui nous garde fidèles jusqu'à la mort dans votre obéissance et votre service, afin que nous puissions un jour parvenir à cette patrie où vous vivez et régnez, vrai Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »
Cette prière de consécration centrée sur la Réparation doit être récitée le jour de la fête du Sacré-Cœur, ainsi que les premiers vendredis du mois. Elle était jointe à l'Encyclique Miserentissimus Redemptor du 8 mai 1928.
Cœur immaculé de Marie
« Ayez compassion du Cœur de votre très sainte mère entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu'il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. Vois, ma fille, mon Cœur entouré d'épines que les hommes ingrats m'enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l'heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. »
Le Cœur immaculé de Marie c'est aussi la pure doctrine, la contemplation parfaite de la Très Sainte Vierge, en lequel nulle erreur, nulle ombre.
Marie conservait toutes ces choses, les repassant dans son cœur. Lc 2, 19
Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth ; et il leur était soumis. Or sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur. Lc 2, 51
Acte de Réparation au Sacré Cœur de Jésus
Saint Pie V pape et confesseur
Collecte
O Dieu, qui, afin d’écraser les ennemis de votre Église, et de réformer le culte divin, avez daigné choisir pour Pontife suprême le bienheureux Pie, faites que nous ressentions le secours de sa protection, et que nous nous attachions à votre service de telle sorte qu’après avoir triomphé de toutes les embûches de nos ennemis, nous goûtions les joies de l’éternelle paix.
Office
Quatrième leçon. Pie, né dans une ville du Piémont nommée Bosco, de la noble famille des Ghisleri, originaire de Bologne, entra à l’âge de quatorze ans dans l’Ordre des Frères Prêcheurs. On remarquait en lui une admirable patience, une profonde humilité, une très grande austérité de vie, une application continuelle à l’oraison, et le zèle le plus ardent pour l’observance régulière et la gloire de Dieu. Il s’adonna à l’étude de la philosophie et de la théologie, et excella tellement dans ces sciences, qu’il s’acquitta avec un grand succès de la charge de les enseigner. Il fit en plusieurs lieux des conférences sacrées très fructueuses, remplit longtemps avec une force d’âme inviolable les fonctions d’inquisiteur, et préserva, au péril même de sa vie, un grand nombre de villes de l’hérésie qui s’efforçait de les envahir.
Cinquième leçon. Paul IV, à qui ses vertus le rendaient cher, le promut d’abord à l’évêché de Népi et Sutri, et, deux ans après, le mit au rang des Cardinaux Prêtres de l’Église romaine. Transféré par Pie IV au siège de Mondovi, dans le Piémont, il reconnut que beaucoup d’abus s’étaient introduits dans cette Église, et fit la visite de son diocèse pour les extirper. Lorsque toutes choses furent remises en ordre, il revint à Rome, où il fut occupé des négociations les plus importantes dans l’expédition desquelles il prit toujours le parti de la justice, et déploya une liberté apostolique et une grande constance. A la mort de Pie IV, il fut élu Pape, contre l’attente générale ; mais, sauf l’extérieur, il ne changea rien à sa manière de vivre. Il eut un zèle incessant pour la propagation de la foi, une sollicitude infatigable pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, une vigilance assidue pour l’extirpation des erreurs, une bienfaisance inépuisable pour soulager les nécessités des indigents, un courage invincible pour défendre les droits du siège apostolique.
Sixième leçon. Le sultan des Turcs, Sélim, dont les succès avaient accru l’audace, ayant réuni une flotte nombreuse près des îles Cursolaires, fut vaincu, grâce à Pie V, et plus encore au moyen des prières adressées à Dieu qu’au moyen des armes. Ce Pontife connut cette victoire par une révélation divine à l’heure même où elle fut obtenue, et il l’annonça aux personnes qui se trouvaient avec lui. Il préparait une nouvelle expédition contre les Turcs lorsqu’il tomba gravement malade ; il supporta avec une grande patience de très cruelles douleurs, et étant arrivé à l’extrémité, reçut les sacrements selon l’usage, puis rendit son âme à Dieu dans une paix profonde, l’an mil cinq cent soixante-douze, âgé de soixante-huit ans, après avoir siégé six ans, trois mois et vingt-quatre jours. Son corps est l’objet d’une grande vénération de la part des fidèles dans la basilique de Sainte Marie-Majeure. Dieu opéra de nombreux miracles en faveur de ceux qui recouraient à l’intercession de Pie V, et ces prodiges ayant été prouvés juridiquement, il a été inscrit au nombre des Saints par le Souverain Pontife Clément XI.
Déjà de nombreux Pontifes ont paru sur le Cycle, où ils forment une éclatante constellation près du Christ ressuscité qui, en ces jours, donna à Pierre leur prédécesseur les clefs du ciel. Anicet, Soter, Caïus, Clet et Marcellin, tenaient en main la palme du martyre ; Léon seul avait combattu sans répandre son sang ; mais son grand cœur n’eût pas reculé devant ce suprême témoignage. Or voici qu’en ce jour un émule de Léon, donné à l’Église dans ces derniers siècles, vient s’unir à lui et se mêler au groupe triomphant. Comme Léon, Pie V a lutté avec ardeur contre l’hérésie ; comme Léon, il a sauvé son peuple du joug des barbares.
La vie entière de Pie V a été un combat. Dans les temps agités où il fut placé au gouvernail de la sainte Église, l’erreur venait d’envahir une vaste portion de la chrétienté, et menaçait le reste. Astucieuse et souple dans les lieux où elle ne pouvait développer son audace, elle convoitait l’Italie ; son ambition sacrilège était de renverser la chaire apostolique, et d’entraîner sans retour le monde chrétien tout entier dans les ténèbres de l’hérésie. Pie défendit avec un dévouement inviolable la Péninsule menacée. Avant d’être élevé aux honneurs du pontificat suprême, il exposa souvent sa vie pour arracher les villes à la séduction. Imitateur fidèle de Pierre Martyr, on ne le vit jamais reculer en présence du danger, et partout les émissaires de l’hérésie s’enfuirent à son approche. Placé sur la chaire de saint Pierre, il sut imprimer aux novateurs une terreur salutaire, il releva le courage des souverains de l’Italie, et, par des rigueurs modérées, il vint à bout de refouler au delà des Alpes le fléau qui allait entraîner la destruction du christianisme en Europe, si les États du Midi ne lui eussent opposé une barrière invincible. Le torrent de l’hérésie s’arrêta. Depuis lors, le protestantisme, réduit à s’user sur lui-même, donne le spectacle de cette anarchie de doctrines qui eût désolé le monde entier, sans la vigilance du Pasteur qui, soutenant avec un zèle indomptable les défenseurs de la vérité dans tous les États où elle régnait encore, s’opposa comme un mur d’airain à l’envahissement de l’erreur dans les contrées où il commandait en maître.
Un autre ennemi, profitant des divisions religieuses de l’Occident, s’élançait en ces mêmes jours sur l’Europe, et l’Italie n’allait être que sa première proie. Sortie du Bosphore, la flotte ottomane se dirigeait avec fureur sur la chrétienté ; et c’en était fait, si l’énergique Pontife n’eût veillé pour le salut de tous. Il sonne l’alarme, il appelle aux armes les princes chrétiens. L’Empire et la France, déchirés par les factions que l’hérésie a fait naître dans leur sein, entendent l’appel, mais ils restent immobiles ; l’Espagne seule, avec Venise et la petite flotte papale, répondent aux instances du Pontife, et bientôt la croix et le croissant se trouvent en présence dans le golfe de Lépante. Les prières de Pie V décidèrent la victoire en faveur des chrétiens, dont les forces étaient de beaucoup inférieures à celles des Turcs. Nous retrouverons ce grand souvenir sur le Cycle, en octobre, à la fête de Notre-Dame du Rosaire. Mais il faut rappeler aujourd’hui la prédiction que fit le saint Pape, sur le soir de la grande journée du 7 octobre 1 571. Depuis six heures du matin jusqu’aux approches de la nuit, la lutte durait entre la flotte chrétienne et la flotte musulmane. Tout à coup le Pontife, poussé par un mouvement divin, regarda fixement le ciel ; il se tint en silence durant quelques instants, puis se tournant vers les personnes qui étaient présentes : « Rendons grâces à Dieu, leur dit-il ; la victoire est aux chrétiens. » Bientôt la nouvelle arriva à Rome ; et dans toute la chrétienté on ne tarda pas à savoir qu’un Pape avait encore une fois sauvé l’Europe. La défaite de Lépante porta à la puissance ottomane un coup dont elle ne s’est jamais relevée ; l’ère de sa décadence date de cette journée fameuse.
Les travaux de saint Pie V pour la régénération des mœurs chrétiennes, l’établissement de la discipline du concile de Trente, et la publication du Bréviaire et du Missel réformés, ont fait de son pontificat de six années l’une des époques les plus fécondes dans l’histoire de l’Église. Plus d’une fois les protestants se sont inclinés d’admiration en présence de ce vigoureux adversaire de leur prétendue réforme. « Je m’étonne, disait Bacon, que L’Église Romaine n’ait pas encore canonisé ce grand homme. » Pie V ne fut, en effet, placé au nombre des Saints qu’environ cent trente ans après sa mort : tant est grande l’impartialité de l’Église Romaine, lors même qu’il s’agit de décerner les honneurs de l’apothéose à ses chefs les plus respectés.
La gloire des miracles couronna dès ce monde le vertueux Pontife : nous rappellerons ici deux de ses prodiges les plus populaires. Traversant un jour, avec l’ambassadeur de Pologne, la place du Vatican, qui s’étend sur le sol où fut autrefois le cirque de Néron, il se sent saisi d’enthousiasme pour la gloire et le courage des martyrs qui souffrirent en ce lieu dans la première persécution. Il se baisse, et prend dans sa main une poignée de poussière dans ce champ du martyre, foulé par tant de générations de fidèles depuis la paix de Constantin. Il verse cette poussière dans un linge que lui présente l’ambassadeur ; mais lorsque celui-ci, rentré chez lui, ouvre le linge, il le trouve tout imprégné d’un sang vermeil que l’on eût dit avoir été versé à l’heure même : la poussière avait disparu. La foi du Pontife avait évoqué le sang des martyrs, et ce sang généreux reparaissait à son appel pour attester, en face de l’hérésie, que l’Église Romaine, au XVIe siècle, était toujours celle pour laquelle ces héros avaient donné leur vie sous Néron.
La perfidie des hérétiques tenta plus d’une fois de mettre fin à une vie qui laissait sans espoir de succès leurs projets pour l’envahissement de l’Italie. Par un stratagème aussi lâche que sacrilège, secondés par une odieuse trahison, ils enduisirent d’un poison subtil les pieds du crucifix que le saint Pontife avait dans son oratoire, et sur lequel il collait souvent ses lèvres. Pie V, dans la ferveur de sa prière, se prépare à donner cette marque d’amour au Sauveur des hommes sur son image sacrée ; mais tout à coup, ô prodige ! Les pieds du crucifix se détachent de la croix, et semblent fuir les baisers respectueux du vieillard. Pie V comprit alors que la malice de ses ennemis avait voulu transformer pour lui en instrument de mort jusqu’au bois qui nous a rendu la vie.
Un dernier trait encouragera les fidèles, par l’exemple du grand Pontife, à cultiver la sainte Liturgie dans le temps de l’année où nous sommes. Au lit de la mort, jetant un dernier regard sur l’Église de la terre qu’il allait quitter pour celle du ciel, et voulant implorer une dernière fois la divine bonté en faveur du troupeau qu’il laissait exposé à tant de périls, il récita d’une voix presque éteinte cette strophe des Hymnes du Temps pascal : « Créateur des hommes, daignez, en ces jours remplis des allégresses de la Pâque, préserver votre peuple des assauts de la mort. » Ayant achevé ces paroles sacrées, il s’endormit paisiblement dans le Seigneur.
Sainte Monique veuve
Collecte
O Dieu, consolateur des affligés et salut de ceux qui mettent en vous leur espérance, vous qui avez miséricordieusement agréé les pieuses larmes que répandait la bienheureuse Monique pour la conversion de son fils Augustin, donnez-nous, à la pieuse intercession de l’un et de l’autre, la grâce de déplorer nos péchés et d’en trouver le pardon en votre indulgence.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Monique, deux fois mère de saint Augustin, puisqu’elle l’enfanta pour le monde et pour le ciel, ayant perdu son mari, qu’elle avait gagné à Jésus-Christ dans sa vieillesse, sanctifia son veuvage par la continence et la pratique des œuvres de miséricorde. Dans les prières assidues qu’elle adressait à Dieu pour son fils, tombé dans la secte des Manichéens, Monique répandait des larmes abondantes. Elle le suivit même à Milan, et là elle l’exhortait fréquemment à aller voir l’Évêque Ambroise. Il le fit, et, instruit de ta vérité de la foi catholique, tant par les discours publics du saint Prélat que par des entretiens particuliers, il reçut de lui le baptême.
Cinquième leçon. Monique et Augustin partirent peu après pour retourner en Afrique ; mais quand ils s’arrêtèrent à Ostie, la Sainte fut prise de la fièvre. Durant sa maladie, il lui arriva un jour de tomber en défaillance. « Où étais-je ? » dit-elle, dès qu’elle reprit ses sens. Puis, regardant ceux qui l’assistaient : « Ensevelissez ici votre mère ; je vous demande seulement de vous souvenir de moi à l’autel du Seigneur ». Le neuvième jour, cette bienheureuse femme rendit son âme à Dieu. Son corps fut inhumé en l’église de Sainte-Aure, à Ostie ; dans la suite, on le transféra à Rome, sous le pontificat de Martin V ; il a été placé avec honneur dans l’église de Saint-Augustin.
Sixième leçon. Du IXe Livre des Confessions, c. 12.
Augustin, après avoir parlé de la mort de sa mère, ajoute : « Nous ne pensions pas qu’il fût juste de mener le deuil avec des sanglots et des gémissements, car sa mort n’était ni malheureuse ni entière : nous en avions pour garants sa vertu, sa foi sincère et les raisons les plus certaines. Peu à peu, ô Dieu, je rentrai dans mes premières pensées sur votre servante, et me rappelant sa sainte vie, son pieux amour pour vous, et cette tendresse prévenante qui tout à coup me manquait, je goûtai la douceur de pleurer en votre présence sur elle et pour elle. Et si quelqu’un m’accuse comme d’un péché d’avoir donné à peine une heure de larmes à ma mère, morte pour un peu de temps à mes yeux, ma mère qui m’avait pleuré tant d’années pour me faire vivre devant vous, qu’il se garde de rire, mais que plutôt, s’il est de grande charité, lui-même vous offre ses pleurs pour mes péchés, à vous, Père de tous les frères de votre Christ ».
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Si la résurrection de ce jeune homme, comble de joie la veuve, sa mère, notre mère la sainte Église se réjouit aussi en voyant chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. Le fils de la veuve était mort de la mort du corps, ceux-ci sont morts de la mort de l’âme. On pleurait visiblement la mort visible du premier, mais on ne s’occupait, on ne s’apercevait même pas de la mort invisible de ces derniers. Celui qui connaissait ces morts s’occupa d’eux, et celui-là seul les connaissait qui pouvait leur rendre la vie. En effet, si le Seigneur n’était pas venu pour ressusciter ces morts, l’Apôtre ne dirait pas : « Lève-toi, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ».
Huitième leçon. Nous trouvons dans l’Évangile trois morts ressuscites visiblement par le Seigneur, mais il a ressuscité par milliers, des hommes frappés d’une mort invisible. Qui peut savoir combien de morts il a rendus visiblement à la vie ? Car tout ce qu’il a fait n’est pas écrit. « Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites, dit saint Jean ; si elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde lui-même pût contenir les livres qu’il faudrait écrire ». Beaucoup d’autres, sans doute, ont donc été ressuscites, mais ce n’est pas sans raison qu’il n’est fait mention que de trois. Notre Seigneur Jésus-Christ voulait qu’on entendît dans un sens spirituel, les miracles qu’il opérait sur les corps. Il ne faisait pas des miracles pour les miracles seulement, mais il voulait qu’en excitant l’admiration de ceux oui les voyaient, ils fussent encore pleins de vérité pour ceux qui en comprenaient le sens.
Neuvième leçon. Celui qui il voit des caractères dans un livre parfaitement écrit, et qui ne sait point lire, loue, il est vrai, l’habileté du copiste, en admirant la beauté des caractères, mais il en ignore la destination et le sens ; il loue ce qui frappe ses yeux, mais son esprit ne le pénètre pas. Un autre, au contraire, non content de louer l’adresse de l’écrivain, comprend le sens des caractères : non seulement il voit ce que tout le monde peut voir, mais il sait lire ces caractères ; ce que ne peut le premier qui n’a point appris à le faire. De même, ceux qui ont été les témoins oculaires des miracles de Jésus-Christ, sans saisir la signification de ces miracles et ce qu’ils font, d’une certaine manière, entendre à ceux qui comprennent, ceux-là n’ont admiré que le fait matériel du miracle ; mais d’autres, non contents d’admirer les faits extérieurs, ont compris ce qu’ils signifiaient. Nous devons être comme ceux-ci à l’école du Christ.
Dans la compagnie de Jésus ressuscité, deux femmes, deux mères, attireront aujourd’hui notre attention : Marie, mère de Jacques le Mineur et de Thaddée, et Salomé, mère de Jacques le Majeur et de Jean le Bien-Aimé. Elles sont allées au tombeau avec Madeleine, au matin de la résurrection, portant des parfums ; elles ont entendu les Anges, et comme elles s’en retournaient, Jésus s’est tout à coup présenté à elles, il les a saluées, et il a daigné leur donner à baiser ses pieds sacrés. Maintenant il récompense leur amour en se manifestant fréquemment à elles, jusqu’à ce que le jour soit venu où bientôt il leur fera les adieux sur le mont des Oliviers, où elles se trouveront avec Marie et les Apôtres. Honorons ces deux fidèles compagnes de Madeleine, nos modèles dans l’amour envers le divin Ressuscité, et glorifions en elles deux mères fécondes pour la sainte Église, à qui elles ont donné quatre de ses Apôtres.
Or voici qu’aujourd’hui, aux côtés de Marie et de Salomé, se présente une autre femme, une autre mère, éprise aussi de l’amour de Jésus, et offrant à la sainte Église le fruit de ses entrailles, le fils de ses larmes, un Docteur, un Pontife, un des plus illustres saints que la loi nouvelle ait produits. Cette femme, cette mère, c’est Monique, deux fois mère d’Augustin. La grâce a produit ce chef-d’œuvre sur la terre d’Afrique ; et les hommes l’eussent ignoré jusqu’au dernier jour, si la plume du grand évoque d’Hippone, conduite par son cœur saintement filial, n’eût révélé à tous les siècles cette femme dont la vie ne fut qu’humilité et amour, et qui désormais, immortelle même ici-bas, est proclamée comme le modèle et la protectrice des mères chrétiennes.
L’un des principaux attraits du livre des Confessions est dans les épanchements d’Augustin sur les vertus et le dévouement de Monique. Avec quelle tendre reconnaissance il célèbre, dans tout le cours de son récit, la constance de cette mère qui, témoin des égarements de son fils, « le pleurait avec plus de larmes que d’autres mères n’en répandent sur un cercueil » ! Le Seigneur, qui laisse de temps en temps luire un rayon d’espérance aux âmes qu’il éprouve, avait dans une vision montré à Monique la réunion future du fils et de la mère ; elle-même avait entendu un saint évêque lui déclarer avec autorité que le fils de tant de larmes ne pouvait périr ; mais les tristes réalités du présent oppressaient son cœur, et l’amour maternel s’unissait à sa foi pour la troubler au sujet de ce fils qui la fuyait, et qu’elle voyait s’éloigner infidèle à Dieu autant qu’à sa tendresse. Toutefois les amertumes de Ce cœur si dévoué formaient un fonds d’expiation qui devait plus tard être appliqué au coupable ; une prière ardente et continue, jointe à la souffrance, préparait le second enfantement d’Augustin. Mais « combien plus de souffrances, nous dit-il lui-même, coûtait à Monique le fils de son esprit que l’enfant de sa chair ! »
Après de longues années d’angoisses, la mère a enfin pu retrouver à Milan ce fils qui l’avait si durement trompée, le jour où il fuyait loin d’elle pour s’en aller courir les hasards de Rome. Elle le trouve incertain encore sur la foi chrétienne, mais déjà dégoûté des erreurs qui l’avaient séduit. Augustin avait fait un pas vers la vérité, bien qu’il ne la reconnût pas encore. « Dès lors, nous a dit-il, l’âme de ma mère ne portait plus le deuil d’un fils perdu sans espoir ; mais ses pleurs coulaient toujours pour obtenir de Dieu sa résurrection. Sans être encore acquis à la vérité, j’étais du moins soustrait à l’erreur. Certaine que vous n’en resteriez pas à la moitié du don que vous aviez promis tout entier, ô mon Dieu ! elle me dit, d’un grand calme et d’un cœur plein de confiance, qu’elle était persuadée dans le Christ, qu’avant de sortir de cette vie, elle me verrait catholique fidèle. »
Monique avait rencontré à Milan le grand Ambroise, dont Dieu voulait se servir pour achever le retour de son fils. « Elle chérissait le saint évoque, nous dit encore Augustin , comme l’instrument de mon salut ; et lui, l’aimait pour sa vie si pieuse, son assiduité à l’église, sa ferveur dans les bonnes œuvres ; il ne pouvait se taire de ses louanges lorsqu’il me voyait, et il me félicitait d’avoir une telle mère. » Enfin le moment de la grâce arriva. Augustin, éclairé de la lumière de la foi, songea à s’enrôler dans l’Église chrétienne ; mais l’attrait des sens auquel il avait cédé si longtemps le retenait encore sur le bord de la fontaine baptismale. Les prières et les larmes de Monique obtinrent de la divine miséricorde ce dernier coup qui abattit les dernières résistances de son fils.
Mais Dieu n’avait pas voulu laisser son ouvrage imparfait. Transpercé par le trait vainqueur, Augustin se relevait, aspirant non plus seulement à la profession de la foi chrétienne, mais à la noble vertu de continence. Le monde avec ses attraits n’était plus rien pour cette âme, objet d’une intervention si puissante. Dans les jours qui avaient précédé, Monique s’occupait encore avec sollicitude à préparer une épouse pour son fils, dont elle espérait fixer ainsi les inconstances ; et tout à coup ce fils se présentait à elle, accompagné de son ami Alypius, et venait lui déclarer que, dans son essor vers le souverain bien, il se vouait désormais à la recherche de ce qui est le plus parfait. Mais écoutons encore Augustin lui-même. « A l’instant nous allons trouver ma mère, nous lui disons ce qui se passe en nous ; elle est dans la joie ; nous lui racontons en quelle manière tout s’est passé ; elle tressaille de bonheur, elle triomphe. Et elle vous bénissait, ô vous qui êtes puissant à exaucer au delà de nos demandes, au delà de nos pensées ! car vous lui aviez bien plus accordé en moi que ne vous avaient demandé ses gémissements et ses larmes. Son deuil était changé par vous en une allégresse qui dépassait de beaucoup son espérance, en une joie plus chère à son cœur et plus pure que celle qu’elle eût goûtée à voir naître de moi des enfants selon la chair. » Peu de jours s’écoulèrent, et bientôt un spectacle sublime s’offrit à l’admiration des Anges et des hommes dans l’Église de Milan : Ambroise baptisant Augustin sous les yeux de Monique.
La pieuse femme avait accompli sa mission ; son fils était né à la vérité et à la sainteté, et elle avait doté l’Église du plus grand de ses docteurs. Le moment approchait où, après le labeur d’une longue journée, elle allait être appelée à goûter le repos éternel en celui pour l’amour duquel elle avait tant travaillé et tant souffert. Le fils et la mère, prêts à s’embarquer pour l’Afrique, se trouvaient à Ostie, attendant le navire qui devait les emporter l’un et l’autre. « Nous étions seuls, elle et moi, dit Augustin, appuyés contre une fenêtre d’où la vue s’étendait sur le jardin de la maison. Nous conversions avec une ineffable douceur et dans l’oubli du passé, plongeant dans les horizons de l’avenir, et nous cherchions entre nous deux quelle sera pour les saints cette vie éternelle que l’œil n’a pas vue, que l’oreille n’a pas entendue, et où n’atteint pas le cœur de l’homme. Et en parlant ainsi, dans nos élans vers cette vie, nous y touchâmes un instant d’un bond de notre cœur ; mais bientôt nous soupirâmes en y laissant enchaînées les prémices de l’esprit, et nous redescendîmes dans le bruit de la voix, dans la parole qui commence et finit. Alors elle me dit : « Mon fils, pour ce qui est de moi, rien ne m’attache plus à cette vie. Qu’y ferais-je ? Pourquoi y suis-je encore ? Mon espérance est désormais sans objet en ce monde. Une seule chose me faisait désirer de séjourner quelque peu dans cette vie : c’était de te voir chrétien catholique avant de mourir. Cette faveur, mon Dieu me l’a accordée avec surabondance, à cette heure où je te vois dédaigner toute félicité terrestre pour le servir. Que fais-je encore ici ? »
O mère, illustre entre toutes les mères, la chrétienté honore en vous l’un des types les plus parfaits de l’humanité régénérée par le Christ. Avant l’Évangile, durant ces longs siècles où la femme fut tenue dans l’abaissement, la maternité ne put avoir qu’une action timide et le plus souvent vulgaire sur l’homme ; son rôle se borna pour l’ordinaire aux soins physiques ; et si le nom de quelques mères a triomphé de l’oubli, c’est uniquement parce qu’elles avaient su préparer leurs fils pour la gloire passagère de ce monde. On n’en rencontre pas dans l’antiquité profane qui se soient donné la tâche de les enfanter au bien, de s’attacher à leurs pas pour les soutenir dans la lutte contre l’erreur et les passions, pour les relever dans leurs chutes ; on n’en trouve pas qui se soient vouées à la prière et aux larmes continuelles pour obtenir leur retour à la vérité et à la vertu. Le christianisme seul a révélé à la mère et sa mission et sa puissance.
Quel oubli de vous-même, ô Monique, dans cette poursuite incessante du salut d’un fils ! Après Dieu, c’est pour lui que vous vivez ; et vivre de cette manière pour votre fils, n’est-ce pas vivre encore pour Dieu qui daigne s’aider de vous pour le sauver ? Que vous importent la gloire et les succès d’Augustin dans le monde, lorsque vous songez aux périls éternels qu’il encourt, lorsque vous tremblez de le voir éternellement séparé de Dieu et de vous ? Alors il n’est pas de sacrifice, il n’est pas de dévouement dont votre cœur de mère ne soit capable envers cette rigoureuse justice dont votre générosité n’entend pas frustrer les droits. Durant de longs jours, durant de longues nuits, vous attendez avec patience les moments du Seigneur ; votre prière redouble d’ardeur ; et espérant contre toute espérance, vous arrivez à ressentir, au fond de votre cœur, l’humble et solide confiance que le fils de tant de larmes ne périra pas. C’est alors que le Seigneur, « touché de compassion » pour vous, comme il le fut pour la mère éplorée de Naïm, fait entendre sa voix à laquelle rien ne résiste. « Jeune homme, s’écrie-t-il, je te le dis, lève-toi » ; et il rend plein de vie à sa mère celui dont elle pleurait le trépas, mais dont elle n’avait pas voulu se séparer.
Mais quelle récompense pour votre cœur maternel, ô Monique ! Le Seigneur ne s’est pas contenté de vous rendre Augustin plein de vie ; du fond des abîmes de l’erreur et des passions, voici qu’il l’élève sans intermédiaire jusqu’au bien le plus parfait. Vos instances demandaient qu’il fût chrétien catholique, qu’il rompît enfin des liens humiliants et funestes ; et voici que d’un seul bond la grâce l’a porté jusque dans la région sereine des conseils évangéliques. Votre tâche est plus que remplie, heureuse Mère ! Montez au ciel : c’est de là qu’en attendant l’éternelle réunion, vous contemplerez désormais la sainteté et les œuvres de ce fils dont le salut est votre ouvrage, et dont la gloire si éclatante et si pure entoure dès ici-bas votre nom d’une douce et touchante auréole.
Du sain de la félicité que vous goûtez avec ce fils qui vous doit la vie du temps et celle de l’éternité, jetez un regard, ô Monique, sur tant de mères chrétiennes qui accomplissent en ce moment sur la terre la dure et noble mission que vous avez remplie vous-même. Leurs fils aussi sont morts de la mort du péché, et elles voudraient à force d’amour leur rendre la seule vie véritable. Après la Mère de miséricorde, c’est à vous qu’elles s’adressent, ô Monique, à vous dont les prières et les larmes furent si puissantes et si fécondes. Prenez en main leur cause ; votre cœur si tendre et si dévoué ne peut manquer de compatir à des angoisses dont il éprouva si longtemps lui-même toute la rigueur. Daignez joindre votre intercession à leurs vœux ; adoptez ces nouveaux fils qu’elles vous présentent, et elles seront rassurées. Soutenez leur courage, apprenez-leur à espérer, fortifiez-les dans les sacrifices au prix desquels Dieu a mis le retour de ces âmes si chères. Elles comprendront alors que la conversion d’une âme est un miracle d’un ordre plus élevé que la résurrection d’un mort ; elles sentiront que la divine justice, pour relâcher ses droits, exige une compensation, et que cette compensation, c’est à elles de la fournir. Leur cœur se dépouillera de l’égoïsme secret qui se mêle si souvent dans les sentiments en apparence les plus purs. Qu’elles se demandent à elles-mêmes si elles se réjouiraient comme vous, ô Monique, en voyant leur fils revenu au bien leur échapper pour se donner au Seigneur. S’il en est ainsi, qu’elles soient sans crainte ; elles sont puissantes sur le cœur de Dieu ; tôt ou tard la grâce tant désirée descendra du ciel sur le prodigue, et il revient à Dieu et à sa mère.
Super Ave Maria
Prooemium
In salutatione ista continentur tria. Unam partem fecit Angelus, scilicet ave gratia plena, dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. Aliam partem fecit Elisabeth, mater Ioannis Baptistae, scilicet benedictus fructus ventris tui. Tertiam partem addidit Ecclesia, scilicet Maria: nam Angelus non dixit, ave Maria, sed ave, gratia plena. Et hoc nomen, scilicet Maria, secundum suam interpretationem convenit dictis Angeli, sicut patebit.
Articulus 1
Ave Maria gratia plena, dominus tecum
Super Ave Maria, a. 1 Est ergo circa primum considerandum, quod antiquitus erat valde magnum quod Angeli apparerent hominibus; vel quod homines facerent eis reverentiam, habebant pro maxima laude. Unde et ad laudem Abrahae scribitur, quod recepit Angelos hospitio, et quod exhibuit eis reverentiam. Quod autem Angelus faceret homini reverentiam, nunquam fuit auditum, nisi postquam salutavit beatam virginem, reverenter dicens, ave. Quod autem antiquitus non reverebatur hominem Angelus, sed homo Angelum, ratio est, quia Angelus erat maior homine; et hoc quantum ad tria. Primo quantum ad dignitatem: ratio est, Angelus est naturae spiritualis. Ps. CIII, 4: qui facit Angelos suos spiritus; homo vero est naturae corruptibilis: unde dicebat Abraham (Gn. XVIII, 27): loquar ad Dominum meum, cum sim pulvis et cinis. Non ergo erat decens ut spiritualis et incorruptibilis creatura reverentiam exhiberet corruptibili, scilicet homini. Secundo quantum ad familiaritatem ad Deum. Nam Angelus est Deo familiaris, utpote assistens. Dn. VII, 10: millia millium ministrabant ei, et decies millies centena millia assistebant ei. Homo vero est quasi extraneus, et elongatus a Deo per peccatum. Ps. LIV, 8: elongavi fugiens. Ideo conveniens est ut homo revereatur Angelum, utpote propinquum et familiarem regis. Tertio praeeminebat propter plenitudinem splendoris gratiae divinae: Angeli enim participant ipsum lumen divinum in summa plenitudine. Jb. XXV, 3: nunquid est numerus militum eius, et super quem non surget lumen eius? Et ideo semper apparet cum lumine. Sed homines, etsi aliquid participent de ipso lumine gratiae, parum tamen, et in obscuritate quadam. Non ergo decens erat ut homini reverentiam exhiberet, quousque aliquis inveniretur in humana natura qui in his tribus excederet Angelos. Et haec fuit beata virgo. Et ideo ad designandum quod in his tribus excedebat eum, voluit ei Angelus reverentiam exhibere: unde dixit, ave. Unde beata virgo excessit Angelos in iis tribus. Et primo in plenitudine gratiae, quae magis est in beata virgine quam in aliquo Angelo; et ideo ad insinuandum hoc, Angelus ei reverentiam exhibuit, dicens, gratia plena, quasi diceret: ideo exhibeo tibi reverentiam, quia me excellis in plenitudine gratiae. Dicitur autem beata virgo plena gratia quantum ad tria. Primo quantum ad animam, in qua habuit omnem plenitudinem gratiae. Nam gratia Dei datur ad duo: scilicet ad bonum operandum, et ad vitandum malum; et quantum ad ista duo perfectissimam gratiam habuit beata virgo. Nam ipsa omne peccatum vitavit magis quam aliquis sanctus post Christum. Peccatum enim aut est originale, et de isto fuit mundata in utero; aut mortale aut veniale, et de istis libera fuit. Unde Ct. IV, 7: tota pulchra es, amica mea, et macula non est in te. Augustinus in libro de natura et gratia: excepta sancta virgine Maria, si omnes sancti et sanctae cum hic viverent, interrogati fuissent utrum sine peccato essent, omnes una voce clamassent: si dixerimus quia peccatum non habemus, ipsi nos seducimus, et veritas in nobis non est. Excepta, inquam, hac sancta virgine, de qua propter honorem Domini, cum de peccato agitur, nullam prorsus volo quaestionem habere. Scimus enim quod ei plus gratiae collatum fuerit ad peccatum ex omni parte vincendum quae illum concipere et parere meruit quem constat nullum habuisse peccatum. Sed Christus excellit beatam virginem in hoc quod sine originali conceptus et natus est. Beata autem virgo in originali est concepta, sed non nata. Ipsa etiam omnium virtutum opera exercuit, alii autem sancti specialia quaedam: quia alius humilis, alius castus, alius misericors; et ideo ipsi dantur in exemplum specialium virtutum, sicut beatus Nicolaus in exemplum misericordiae et cetera. Sed beata virgo in exemplum omnium virtutum: quia in ea reperis exemplum humilitatis: Lc. I, 38: ecce ancilla Domini, et post, vers. 48: respexit humilitatem ancillae suae, castitatis, quoniam virum non cognosco, vers. 34, et omnium virtutum; ut satis patet. Sic ergo plena est gratia beata virgo et quantum ad boni operationem, et quantum ad mali vitationem. Secundo plena fuit gratia quantum ad redundantiam animae ad carnem vel corpus. Nam magnum est in sanctis habere tantum de gratia quod sanctificet animam; sed anima beatae virginis ita fuit plena quod ex ea refudit gratiam in carnem, ut de ipsa conciperet filium Dei. Et ideo dicit Hugo de s. Victore: quia in corde eius amor Spiritus Sancti singulariter ardebat, ideo in carne eius mirabilia faciebat, intantum quod de ea nasceretur Deus et homo. Lc. I, 35: quod enim nascetur ex te sanctum, vocabitur filius Dei. Tertio quantum ad refusionem in omnes homines. Magnum enim est in quolibet sancto, quando habet tantum de gratia quod sufficit ad salutem multorum; sed quando haberet tantum quod sufficeret ad salutem omnium hominum de mundo, hoc esset maximum: et hoc est in Christo, et in beata virgine. Nam in omni periculo potes salutem obtinere ab ipsa virgine gloriosa. Unde Ct. IV, 4: mille clypei, (idest remedia contra pericula), pendent ex ea. Item in omni opere virtutis potes eam habere in adiutorium; et ideo dicit ipsa, Eccli. XXIV, 25: in me omnis spes vitae et virtutis. Sic ergo plena est gratia, et excedit Angelos in plenitudine gratiae; et propter hoc convenienter vocatur Maria quae interpretatur illuminata in se; unde Is. LVIII, 11: implebit splendoribus animam tuam; et illuminatrix in alios, quantum ad totum mundum; et ideo assimilatur soli et lunae. Secundo excellit Angelos in familiaritate divina. Et ideo hoc designans Angelus dixit: Dominus tecum; quasi dicat: ideo exhibeo tibi reverentiam, quia tu familiarior es Deo quam ego, nam Dominus est tecum. Dominus, inquit, Pater cum eodem Filio; quod nullus Angelus, nec aliqua creatura habuit. Lc. I, XXXV: quod enim nascetur ex te sanctum, vocabitur filius Dei. Dominus filius in utero. Is. XII, 6: exulta et lauda habitatio Sion, quia magnus in medio tui sanctus Israel. Aliter est ergo Dominus cum beata virgine quam cum Angelo; quia cum ea ut Filius, cum Angelo ut Dominus. Dominus Spiritus Sanctus, sicut in templo; unde dicitur: templum Domini, sacrarium Spiritus Sancti, quia concepit ex Spiritu Sancto: Lc. I, 35: Spiritus Sanctus superveniet in te. Sic ergo familiarior cum Deo est beata virgo quam Angelus: quia cum ipsa Dominus Pater, Dominus Filius, Dominus Spiritus Sanctus, scilicet tota Trinitas. Et ideo cantatur de ea: totius Trinitatis nobile triclinium. Hoc autem verbum, dominus tecum, est nobilius verbum quod sibi dici possit. Merito ergo Angelus reveretur beatam virginem, quia mater Domini, et ideo domina est. Unde convenit ei hoc nomen Maria, quod Syra lingua interpretatur domina. Tertio excedit Angelos quantum ad puritatem: quia beata virgo non solum erat pura in se, sed etiam procuravit puritatem aliis. Ipsa enim purissima fuit et quantum ad culpam, quia ipsa virgo nec mortale nec veniale peccatum incurrit. Item quantum ad poenam. Tres enim maledictiones datae sunt hominibus propter peccatum. Prima data est mulieri, scilicet quod cum corruptione conciperet, cum gravamine portaret, et in dolore pareret. Sed ab hac immunis fuit beata virgo: quia sine corruptione concepit, in solatio portavit, et in gaudio peperit salvatorem. Is. XXXV, 2: germinans germinabit exultabunda et laudans. Secunda data est homini, scilicet quod in sudore vultus vesceretur pane suo. Ab hac immunis fuit beata virgo: quia, ut dicit apostolus, I Cor. VII, virgines solutae sunt a cura huius mundi, et soli Deo vacant. Tertia fuit communis viris et mulieribus, scilicet ut in pulverem reverterentur. Et ab hac immunis fuit beata virgo, quia cum corpore assumpta est in caelum. Credimus enim quod post mortem resuscitata fuerit, et portata in caelum. Ps. CXXXI, 8: surge, domine, in requiem tuam; tu, et arca sanctificationis tuae.
Articulus 2
Benedicta tu in mulieribus
Super Ave Maria, a. 2 Sic ergo immunis fuit ab omni maledictione, et ideo benedicta in mulieribus: quia ipsa sola maledictionem sustulit, et benedictionem portavit, et ianuam Paradisi aperuit; et ideo convenit ei nomen Maria, quae interpretatur stella maris; quia sicut per stellam maris navigantes diriguntur ad portum, ita Christiani diriguntur per Mariam ad gloriam.
Articulus 3
Benedictus fructus ventris tui
Super Ave Maria, a. 3 Peccator aliquando quaerit in aliquo quod non potest consequi, sed consequitur illud iustus. Pr. XIII, 22: custoditur iusto substantia peccatoris. Sic Eva quaesivit fructum, et in illo non invenit omnia quae desideravit; beata autem virgo in fructu suo invenit omnia quae desideravit Eva. Nam Eva in fructu suo tria desideravit. Primo id quod falso promisit ei Diabolus, scilicet quod essent sicut dii, scientes bonum et malum. Eritis (inquit ille mendax) sicut dii, sicut dicitur Gn. III, 5. Et mentitus est, quia mendax est, et pater eius. Nam Eva propter esum fructus non est facta similis Deo, sed dissimilis: quia peccando recessit a Deo salutari suo, unde et expulsa est de Paradiso. Sed hoc invenit beata virgo et omnes Christiani in fructu ventris sui: quia per Christum coniungimur et assimilamur Deo. I Jn. III, 2: cum apparuerit, similes ei erimus, quoniam videbimus eum sicuti est. Secundo in fructu suo Eva desideravit delectationem, quia bonus ad edendum; sed non invenit, quia statim cognovit se nudam, et habuit dolorem. Sed in fructu virginis suavitatem invenimus et salutem. Jn. VI, 55: qui manducat meam carnem, habet vitam aeternam. Tertio fructus Evae erat pulcher aspectu; sed pulchrior fructus virginis, in quem desiderant Angeli prospicere. Ps. XLIV, 3: speciosus forma prae filiis hominum: et hoc est, quia est splendor paternae gloriae. Non ergo potuit invenire Eva in fructu suo quod nec quilibet peccator in peccatis. Et ideo quae desideramus, quaeramus in fructu virginis. Est autem hic fructus benedictus a Deo, quia sic replevit eum omni gratia quod pervenit ad nos exhibendo ei reverentiam: Ep. I, 3: benedictus Deus et Pater Domini nostri Iesu Christi, qui benedixit nos in omni benedictione spirituali in Christo: ab Angelis: Ap. VII, 12: benedictio et claritas et sapientia et gratiarum actio, honor et virtus et fortitudo Deo nostro; ab hominibus: apostolus, Ph. II, 11: omnis lingua confiteatur, quia Dominus Iesus Christus in gloria est Dei Patris. Ps. CXVII, 26: benedictus qui venit in nomine Domini. Sic ergo est virgo benedicta; sed et magis benedictus fructus eius.
In orationem dominicam, a. 7
Articulus 7
Sed libera nos a malo. Amen
In orationem dominicam, a. 7 Supra docuit nos Dominus petere veniam peccatorum, et quomodo possumus vitare tentationes: hic vero docet petere praeservationem a malis. Et haec petitio est generalis contra omnia mala; scilicet peccata, infirmitates et afflictiones, sicut dicit Augustinus. Sed quia de peccato et tentatione dictum est, dicendum est de aliis malis, scilicet adversitatibus et afflictionibus omnibus huius mundi; a quibus Deus liberat quadrupliciter. Primo ne superveniat afflictio. Sed hoc raro contingit: quoniam sancti in mundo isto affliguntur, quia, ut dicitur II Tm. III, 12: omnes qui pie volunt vivere in Christo Iesu, persecutionem patientur. Sed tamen alicui Deus concedit aliquando ut non affligatur a malo; quando scilicet cognoscit eum impotentem, et non posse resistere; sicut medicus infirmo debili non dat violentas medicinas. Ap. III, 8: ecce dedi coram te ostium apertum, quod nemo potest claudere, quia modicam habes virtutem. In patria autem erit generale hoc, quia nullus affligetur ibi. Jb V, 19: in sex tribulationibus, scilicet praesentis vitae, quae per sex aetates distinguitur, liberabit te; et in septima non tanget te malum. Ap. VII, 16: non esurient neque sitient amplius. Secundo liberat quando in afflictionibus consolatur. Nam nisi Deus consolaretur, non posset homo subsistere. II Cor. I, 8: supra modum gravati sumus supra virtutem nostram; et ibid. VII, 6: sed qui consolatur humiles, consolatus est nos Deus. Ps. XCIII: secundum multitudinem dolorum meorum in corde meo consolationes tuae laetificaverunt animam meam. Tertio quia afflictis tot bona facit quot tradunt mala oblivioni. Tb. III, 22: post tempestatem tranquillum facis. Sic ergo afflictiones et tribulationes huius mundi non sunt timendae, quia facile tolerantur et propter consolationem admixtam, et propter brevitatem. Apostolus, II Cor. IV, 17: id quod in praesenti est momentaneum et leve tribulationis nostrae, supra modum in sublimitate aeternum gloriae pondus operatur in nobis: quia ex his pervenitur ad vitam aeternam. Quarto quia tentatio et tribulatio convertitur in bonum: et ideo non dicit, libera nos a tribulatione, sed a malo: quia tribulationes sunt sanctis ad coronam; et inde est quod gloriantur de tribulationibus. Apostolus, Rm. V, 3: non solum autem, sed et gloriamur in tribulationibus, scientes quod tribulatio patientiam operatur. Tb. III, 13: in tempore tribulationis peccata dimittis. Liberat ergo Deus hominem a malo et tribulationibus, eas in bonum convertendo; quod est signum maximae sapientiae, quia sapientis est malum ordinare in bonum; et hoc fit per patientiam, quae habetur in tribulationibus. Ceterae vero virtutes bonis utuntur, sed patientia malis; et ideo solum in malis, idest in adversitatibus, est necessaria: Pr. XIX, 11: doctrina viri per patientiam noscitur. Et ideo Spiritus Sanctus per donum sapientiae facit nos petere: et per hoc pervenimus ad beatitudinem ad quam ordinat pax, quia per patientiam pacem habemus et in tempore prospero et adverso: et ideo pacifici dicuntur filii Dei, qui sunt similes Deo, quia sicut Deo nihil nocere potest, ita nec eis, quia nec prospera nec adversa; et ideo beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur, Mt. V, 9. Amen est confirmatio universalis omnium petitionum. Compendiosa expositio totius orationis pater noster. Ut in summa exponatur, sciendum est, quod in oratione dominica continentur omnia quae desiderantur, et omnia quae fugiuntur. Inter omnia autem desiderabilia illud plus desideratur quod plus amatur, et hoc est Deus; et ideo primo petis gloriam Dei, cum dicis: sanctificetur nomen tuum. A Deo autem desideranda sunt tria, quae pertinent ad te. Primum est quod pervenias ad vitam aeternam; et hoc petis cum dicis: adveniat regnum tuum. Secundum est quod facias voluntatem Dei et iustitiam; et hoc petis cum dicis: fiat voluntas tua sicut in caelo et in terra. Tertium est ut habeas necessaria ad vitam; et hoc petis cum dicis: panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et de his tribus dicit Dominus, Mt. VI, 33: primum quaerite regnum Dei, quantum ad primum; et iustitiam eius quantum ad secundum; et haec omnia adiicientur vobis, quantum ad tertium. Illa autem quae vitanda sunt et fugienda, sunt illa quae contrariantur bono. Bonum autem quod primo desiderabile est, est quadruplex, ut dictum est. Et primum est gloria Dei, et huic nullum malum est contrarium. Jb XXXV, 6: si peccaveris, quid ei nocebis (...) si iuste egeris, quid donabis ei? Nam et de malo in quantum punit, et de bono inquantum remunerat, resultat gloria Dei. Secundum bonum est vita aeterna; et huic contrariatur peccatum, quia per peccatum perditur: et ideo ad hoc removendum dicimus: dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Tertium bonum est iustitia et bona opera; et huic contrariatur tentatio, quia tentationes impediunt nos a bono operando: et ad hoc removendum petimus: et ne nos inducas in tentationem. Quartum bonum sunt bona necessaria; et huic contrariantur adversitates et tribulationes; et ad hoc removendum petimus: sed libera nos a malo. Amen.
Saint Athanase évêque confesseur et docteur
Collecte
Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Athanase, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.
Office
Quatrième leçon. Athanase, l’énergique défenseur de la religion catholique, était né à Alexandrie ; ordonné Diacre par l’Évêque de cette ville, nommé Alexandre, il devint dans la suite son successeur. Il avait accompagné ce Prélat au concile de Nicée, où, ayant confondu l’impiété d’Arius, il s’attira tellement la haine des Ariens que, depuis lors, ils ne cessèrent jamais de lui dresser des embûches. Dans un concile réuni à Tyr, et composé en grande partie d’Évêques ariens, ils subornèrent une femme pour qu’elle accusât Athanase, d’avoir par violence, porté atteinte à son honneur, abusant de son hospitalité. Athanase fut donc introduit, et avec lui un Prêtre nommé Timothée, qui, feignant d’être Athanase, dit à cette femme : « C’est donc moi qui ai logé chez vous, moi qui vous ai outragée ? — Oui, répondit-elle effrontément, c’est vous qui m’avez fait violence » ; et elle affirmait le fait avec serment, invoquant l’autorité des juges, pour qu’ils "vengeassent une telle infamie. La fourberie étant découverte, l’impudence de cette femme fut confondue.
Cinquième leçon. Les Ariens firent aussi courir le bruit qu’un Évêque, nommé Arsène, avait été assassiné par Athanase. Tandis qu’Arsène était secrètement détenu, ils produisirent devant les juges la main d’un mort, accusant Athanase d’avoir coupé cette main à Arsène, pour s’en servir dans des opérations magiques. Mais Arsène s’enfuit la nuit et vint se présenter devant tout le concile, ce qui dévoila la scélératesse des ennemis d’Athanase. Ils attribuèrent néanmoins la justification d’Athanase à des artifices de magie, et ne cessèrent pas de conspirer contre sa vie. Condamné à l’exil, il fut relégué à Trêves, dans les Gaules. Sous le règne de l’empereur Constance, qui favorisait les Ariens, il vit se soulever contre lui de longues et violentes tempêtes, souffrit d’incroyables épreuves, et parcourut de nombreuses contrées, souvent expulsé de son Église, souvent aussi rétabli sur son siège, et par l’autorité du Pape Jules, et par la protection de l’empereur Constant, frère de Constance, ou encore en vertu des décrets des conciles de Sardique et de Jérusalem. Pendant ce temps les Ariens continuaient à lui demeurer hostiles ; pour se soustraire à leur fureur opiniâtre et éviter la mort, il demeura caché pendant cinq ans dans une citerne desséchée, sans que personne connût sa retraite, sauf un de ses amis qui lui apportait en secret sa nourriture.
Sixième leçon. Constance étant mort, Julien l’Apostat, son successeur, permit aux Évêques exilés de rentrer dans leurs Églises. Athanase revint donc à Alexandrie, où il fut reçu avec les plus grands honneurs. Mais bientôt les intrigues des mêmes Ariens le firent persécuter par Julien, et il fut de nouveau forcé à s’éloigner Les satellites de ce prince le cherchant pour le mettre à mort, Athanase fit retourner le bateau sur lequel il s’enfuyait, et vint à la rencontre des émissaires lancés à sa poursuite. Ceux-ci demandant à quelle distance se trouvait Athanase, il leur répondit qu’il n’était pas loin. Il échappa ainsi à ses ennemis qui continuèrent leur route et, rentrant à Alexandrie, il y demeura caché jusqu’à la mort de Julien. Quelque temps après, une nouvelle tempête s’étant élevée contre lui à Alexandrie, il resta enfermé quatre mois dans le tombeau de son père. Enfin, délivré par le secours divin de tant de périls de tous genres, il mourut dans son lit, à Alexandrie, sous Valens. Sa vie et sa mort furent illustrées par de grands miracles, il a écrit beaucoup d’ouvrages pleins de piété et de clarté pour expliquer la foi catholique, et il a gouverné très saintement l’Église d’Alexandrie durant quarante-six ans, au milieu des plus grandes vicissitudes.
Le cortège de notre divin Roi, qui s’accroît chaque jour d’une manière si brillante, se renforce aujourd’hui par l’arrivée de l’un des plus valeureux champions qui aient jamais combattu pour sa gloire. Est-il un nom plus illustre que celui d’Athanase parmi les gardiens de la Parole de vérité que Jésus a confiée à la terre ? ce nom n’exprime-t-il pas à lui seul le courage indomptable dans la garde du dépôt sacré, la fermeté du héros en face des plus terribles épreuves, la science, le génie, l’éloquence, tout ce qui peut retracer ici-bas l’idéal de la sainteté du Pasteur unie à la doctrine de l’interprète des choses divines ? Athanase a vécu pour le Fils de Dieu ; la cause du Fils de Dieu fut la même que celle d’Athanase ; qui bénissait Athanase bénissait le Verbe éternel, et celui-là maudissait le Verbe éternel qui maudissait Athanase.
Jamais notre sainte foi ne courut sur la terre un plus grand péril que dans ces tristes jours qui suivirent la paix de l’Église, et furent témoins de la plus affreuse tempête que la barque de Pierre ait jamais essuyée. Satan avait en vain espéré éteindre dans des torrents de sang la race des adorateurs de Jésus ; le glaive de Dioclétien et de Galérius s’était émoussé dans leurs mains, et la croix paraissant au ciel avait proclamé le triomphe du christianisme. Tout à coup l’Église victorieuse se sent ébranlée jusque dans ses fondements ; dans son audace l’enfer a vomi sur la terre une hérésie qui menace de dévorer en peu de jours le fruit de trois siècles de martyre. L’impie et obscur Arius ose dire que celui qui fut adoré comme le Fils de Dieu par tant de générations depuis les Apôtres, n’est qu’une créature plus parfaite que les autres. Une immense défection se déclare jusque dans les rangs de la hiérarchie sacrée ; la puissance des Césars se met au service de cette épouvantable apostasie ; et si le Seigneur lui-même n’intervient, les hommes diront bientôt sur la terre que la victoire du christianisme n’a eu d’autre résultat que de changer l’objet de l’idolâtrie, en substituant sur les autels une créature à d’autres qui avaient reçu l’encens avant elle.
Mais celui qui avait promis que les portes de l’enter ne prévaudraient jamais contre son Église, veillait à sa promesse. La foi primitive triompha ; le concile de Nicée reconnut et proclama le Fils consubstantiel au Père ; mais il fallait à l’Église un homme en qui la cause du Verbe consubstantiel fut, pour ainsi dire, incarnée, un homme assez docte pour déjouer tous les artifices de l’hérésie, assez fort pour attirer sur lui tous ses coups, sans succomber jamais. Ce fut Athanase ; quiconque adore et aime le Fils de Dieu doit aimer et glorifier Athanase. Exilé jusqu’à cinq fois de son Église d’Alexandrie, poursuivi à mort par les ariens, il vint chercher tantôt un refuge, et tantôt un lieu d’exil dans l’Occident, qui apprécia l’illustre confesseur de la divinité du Verbe. Pour prix de l’hospitalité que Rome s’honora de lui accorder, Athanase lui fit part de ses trésors. Admirateur et ami du grand Antoine, il cultivait avec une tendre affection l’élément monastique, que la grâce de l’Esprit-Saint avait fait éclore dans les déserts de son vaste patriarcat ; il porta à Rome cette précieuse semence, et les moines qu’il y amena furent les premiers que vit l’Occident. La plante céleste s’y naturalisa ; et si sa croissance fut lente d’abord, elle y fructifia dans la suite au delà de ce qu’elle avait fait en Orient.
Athanase, qui avait su exposer avec tant de clarté et de magnificence dans ses sublimes écrits le dogme fondamental du christianisme, la divinité de Jésus-Christ, a célébré le mystère de la Pâque avec une éloquente majesté dans les Lettres festales qu’il adressait chaque année aux Églises de son patriarcat d’Alexandrie. La collection de ces lettres, que l’on regardait comme perdues sans retour, et qui n’étaient connues que par quelques courts fragments, a été retrouvée presque tout entière, dans le monastère de Sainte-Marie de Scété, en Égypte. La première, qui se rapporte à l’année 329, débute par ces paroles qui expriment admirablement les sentiments que doit réveiller chez tous les chrétiens l’arrivée de la Pâque : « Venez, mes bien-aimés, dit Athanase aux fidèles soumis à son autorité pastorale, venez célébrer la fête ; l’heure présente vous y invite. En dirigeant sur nous ses divins rayons, le Soleil de justice nous annonce que l’époque de la solennité est arrivée. A cette nouvelle, faisons fête, et ne laissons pas l’allégresse s’enfuir avec le temps qui nous l’apporte, sans l’avoir goûtée. » Durant ses exils, Athanase continua d’adresser à ses peuples la Lettre pascale ; quelques années seulement en furent privées. Voici le commencement de celle par laquelle il annonçait la Pâque de l’année 338 ; elle fut envoyée de Trêves à Alexandrie. « Bien qu’éloigné de vous, mes Frères, je n’ai garde de manquer à la coutume que j’ai toujours observée à votre égard, coutume que j’ai reçue de la tradition des Pères. Je ne resterai pas dans le silence, et je ne manquerai pas de vous annoncer l’époque de la sainte Fête annuelle, et le jour auquel vous en devez célébrer la solennité. En proie aux tribulations dont vous avez sans doute entendu parler, accablé des plus graves épreuves, placé sous la surveillance des ennemis de la vérité qui épient tout ce que j’écris, afin d’en faire une matière d’accusation et d’accroître par là mes maux, je sens néanmoins que le Seigneur me donne de la force et me console dans mes angoisses. J’ose donc vous adresser la proclamation annuelle, et c’est au milieu de mes chagrins, à travers les embûches qui m’environnent, que je vous envoie des extrémités de la terre l’annonce de la Pâque qui est notre salut. Remettant mon sort entre les mains du Seigneur, j’ai voulu célébrer avec vous cette fête : la distance des lieux nous sépare, mais je ne suis pas absent de vous. Le Seigneur qui accorde les fêtes, qui est lui-même notre fête, qui nous fait don de son Esprit, nous réunit spirituellement par le lien de la concorde et de la paix. »
Qu’elle est magnifique, cette Pâque célébrée par Athanase exilé sur les bords du Rhin, en union avec son peuple qui la fêtait sur les rives du Nil ! Comme elle révèle le lien puissant de la sainte Liturgie pour unir les hommes et leur faire goûter au même moment, et en dépit des distances, les mêmes émotions saintes, pour réveiller en eux les mêmes aspirations de vertu ! Grecs ou barbares, l’Église est notre patrie commune ; mais la Liturgie est, avec la Foi, le milieu dans lequel nous ne formons tous qu’une même famille, et la Liturgie n’a rien de plus expressif dans le sens de l’unité que la célébration de la Pâque. Les malheureuses Églises de l’Orient et de l’empire russe, en s’isolant du reste du monde chrétien pour fêter à un jour qui n’est qu’à elles la Résurrection du Sauveur, montrent déjà par ce seul fait qu’elles ne font pas partie de l’unique bergerie dont il est l’unique pasteur.
Vous vous êtes assis, ô Athanase, sur la chaire de Marc dans Alexandrie, et vous brillez non loin de lui sur le Cycle sacre. Il partit de Rome, envoyé par Pierre lui-même, pour aller fonder le second siège patriarcal ; et trois siècles après, vous arriviez vous-même à Rome, successeur de Marc, pour obtenir du successeur de Pierre que l’injustice et l’hérésie ne prévalussent pas contre ce siège auguste. Notre Occident vous a contemplé, sublime héros de la foi ; il vous a possédé dans son sein ; il a vénéré en vous le noble exilé, le courageux confesseur ; et votre séjour dans nos régions est demeuré l’un de leurs plus chers et de leurs plus glorieux souvenirs. Soyez l’intercesseur des contrées sur lesquelles s’étendit autrefois votre juridiction de Patriarche, ô Athanase ! Mais ayez souvenir aussi du secours et de l’hospitalité que vous offrit l’Occident. Rome vous protégea, elle prit en main votre cause, elle rendit la sentence qui vous justifiait et vous rétablissait dans vos droits ; du haut du ciel, rendez-lui ce qu’elle fit pour vous ; soutenez et consolez son Pontife, successeur de Jules qui vous secourut il y a quinze siècles. Une tempête affreuse s’est déchaînée contre le roc qui porte toutes les Églises, et l’arc-en-ciel ne paraît pas encore sur les nuées. Priez, ô Athanase, afin que ces tristes jours soient abrégés, et que le siège de Pierre cesse bientôt d’être en butte à ces attaques de mensonge et de violence qui sont en même temps un sujet de scandale pour les peuples.
Vos efforts, ô grand Docteur, étouffèrent l’odieux arianisme ; mais en nos temps et dans nos régions occidentales, cette audacieuse hérésie a levé de nouveau la tête. Elle étend ses ravages à la faveur de cette demi-science qui s’unit à l’orgueil, et qui est devenue le péril principal de nos jours. Le Fils éternel de Dieu, consubstantiel au Père, est blasphémé par les adeptes d’une pernicieuse philosophie, qui consent à voir en lui le plus grand des hommes, à la condition qu’on leur accordera qu’il fut seulement un homme. En vain la raison et l’expérience démontrent que tout est surnaturel en Jésus ; ils s’obstinent à fermer les yeux, et contre toute bonne foi ils osent mêler au langage d’une admiration hypocrite le dédain pour la foi chrétienne, qui reconnaît dans le fils de Marie le Verbe éternel incarné pour le salut des hommes. Confondez les nouveaux ariens, ô Athanase ! Mettez à nu leur faiblesse superbe et leur artifice ; dissipez l’illusion de leurs malheureux adeptes ; qu’il soit enfin reconnu que ces prétendus sages qui osent blasphémer la divinité du Christ, vont se perdre les uns après les autres dans les abîmes honteux du panthéisme, ou dans le chaos d’un désolant scepticisme, au sein duquel expire toute morale et s’éteint toute intelligence.
Conservez en nous, ô Athanase, par l’influence de vos mérites et de vos prières, le précieux don de la foi que le Seigneur a daigné nous confier ; obtenez-nous de confesser et d’adorer toujours Jésus-Christ comme notre Dieu éternel et infini, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non fait, qui pour notre salut, à nous hommes, a daigné prendre chair en Marie. Révélez-nous ses grandeurs jusqu’au jour où nous les contemplerons avec vous dans le séjour de gloire. En attendant, nous converserons avec lui par la foi sur cette terre témoin des splendeurs de sa résurrection. Vous l’avez aimé, ô Athanase ! ce Fils de Dieu, notre Créateur et notre Sauveur. Son amour a été l’âme de votre vie, le mobile de votre dévouement héroïque à son service. Cet amour vous a soutenu dans les luttes colossales où le monde entier semblait se soulever contre vous ; il vous a rendu plus fort que toutes les tribulations ; obtenez-le pour nous, cet amour qui ne craint rien parce qu’il est fidèle, cet amour que nous devons à Jésus, qui, étant la splendeur éternelle du Père, sa Sagesse infinie, a daigné « s’humilier jusqu’à prendre la forme d’esclave , et se rendre pour nous obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix ». Comment paierons-nous son dévouement, si ce n’est en lui donnant tout notre amour, à votre exemple, ô Athanase ! Et en exaltant d’autant plus ses grandeurs qu’il s’est lui-même plus abaissé pour nous sauver ?
Saint Joseph artisan
Collecte
Dieu créateur de toutes choses, qui avez imposé au genre humain la loi du travail : accordez-nous favorablement ; grâce à l’exemple et au patronage de saint Joseph, d’accomplir parfaitement le travail que vous nous fixez, et d’obtenir les récompenses que vous nous promettez.
Épitre Col. 3, 14-15, 17, 23-24
Mes Frères : Ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants. Quelque chose que vous fassiez, en parole, ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père. Tout ce que vous ferez, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur, et non pour les hommes, sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage pour récompense. Servez le Seigneur Christ.
Évangile Mt. 13,54-58
En ce temps-là : Jésus étant venu dans son pays, il les instruisait dans leurs synagogues, de sorte qu’ils étaient dans l’admiration et disaient : D’où viennent à celui-ci cette sagesse et ces miracles ? N’est-ce pas là le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ? Et Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où lui viennent donc toutes ces choses ? Et ils prenaient de lui un sujet de scandale. Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est sans honneur que dans son pays et dans sa maison. Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité.
Office
Au premier nocturne.
Du livre de la Genèse.
Première leçon. Cap. 1, 27-28, 31 ; 2, 1-3.
Au commencement, Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la. » Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre, avec toute leur armée. Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l’ouvrage qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait alors , chômé après tout son ouvrage de création.
Deuxième leçon. Cap. 2, 7-9, 15.
Alors le Seigneur modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de là connaissance du bien et du mal. Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder.
Troisième leçon. Cap. 3, 17-19, 23-24.
Et le Seigneur Dieu dit à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. » Et le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie.
Au deuxième nocturne.
Des Actes du Pape Pie XII.
Quatrième leçon. L’Église, mère très attentive de tous les hommes, a multiplié les efforts pour protéger et soulager les travailleurs, instituant et favorisant leurs associations que le Pontife Suprême Pie XII a voulu depuis longtemps confier au très puissant patronage de saint Joseph. En effet, saint Joseph, du fait qu’il était le père putatif du Christ qui daigna être appelé charpentier et fils du charpentier, à cause du lien étroit qui l’unissait à Jésus, puisa abondamment cet esprit par lequel le travail est ennobli et dépassé. De manière semblable, ces associations de travailleurs doivent tendre à ce que le Christ soit toujours présent en elles, dans leurs membres et dans les familles de ceux-ci et enfin en toute réunion de travailleurs ; en effet le but premier de ces associations est de garder et de nourrir la vie chrétienne chez leurs membres, et d’étendre le règne de Dieu, surtout chez les compagnons du même atelier.
Cinquième leçon. Cette sollicitude de l’Église envers la nouvelle union des ouvriers a fourni argument au Pape lorsque, saisissant l’occasion d’une assemblée de travailleurs réunie à Rome le Ier mai 1955, il s’adressa à une foule immense rassemblée sur la place Saint-Pierre et recommanda hautement la formation des travailleurs. Car celle-ci à notre époque réclame une place croissante, afin que les travailleurs, pleinement conscients de la doctrine chrétienne, évitent les erreurs qui pullulent relativement à la constitution de la société et aux problèmes économiques, qu’ils connaissent bien l’ordre moral institué par Dieu, que l’Église révèle et interprète, sur les droits et les devoirs des travailleurs, et, devenus participants à la gestion de l’entreprise, collaborent effectivement à son organisation. Car c’est le Christ qui, le premier au monde, a promulgué et transmis à son Église les principes qui demeurent immuables et très puissants pour la solution de ces problèmes.
Sixième leçon. Et pour que la dignité du travail humain, et les principes qui la fondent se gravent plus profondément dans les esprits, Pie XII institua la fête de saint Joseph travailleur, pour qu’il donne son exemple et sa protection à toutes les unions de travail. A son exemple, en effet, ceux qui exercent les professions laborieuses doivent apprendre selon quel plan et quel esprit ils doivent accomplir leur charge afin qu’en obéissant tout d’abord à l’ordre de Dieu, ils soumettent la terre et contribuent à la prospérité économique, tout en gagnant en même temps les récompenses de la vie éternelle. Et le gardien prévoyant de la Famille de Nazareth n’abandonnera pas ceux qui sont ses compagnons de métier et de travail : il les couvrira de sa protection et il enrichira leurs maisons par les richesses célestes. Très à propos, le Souverain Pontife a ordonné de célébrer cette fête le Ier mai, jour qu’ont adopté les associations de travailleurs. On peut donc en espérer que ce jour, consacré à saint Joseph travailleur, n’exaspérera plus les haines ni n’excitera les conflits désormais, mais que, revenant chaque année, il invitera tous les hommes à accomplir de plus en plus ce qui manque à la paix civile, et même qu’il stimulera les gouvernants à réaliser activement ce que réclame le bon ordre de la communauté humaine.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Albert le Grand, Évêque.
Septième leçon. Le jour du sabbat, il entra dans la synagogue où tous se réunissent afin d’écouter. Et tous, dans la synagogue, fixaient les yeux sur lui. Mais les uns le faisaient par dévotion, d’autres par curiosité, et d’autres l’observaient pour prendre en défaut ses paroles. Et les scribes et les pharisiens disaient au peuple qui avait déjà conçu pour lui de la foi et de la dévotion : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Ils marquent leur mépris en le désignant sans daigner le nommer. Le Fils de Joseph : l’évangéliste est moins complet ici que dans le texte qu’il avait connu chez Matthieu aussi bien que chez Marc : « N’est-ce pas là le fils du charpentier ? N’est-ce pas là le charpentier, le fils de Marie ? » Tout cela est dit avec mépris.
Huitième leçon. On dit que Joseph fut charpentier, gagnant sa vie par son métier et le travail de ses mains, au lieu de manger son pain dans le loisir et les délices, comme faisaient les scribes et les pharisiens. Marie aussi gagnait sa vie par sa quenouille et par l’habileté de ses mains. Le sens est donc celui-ci : Cet homme de méprisable et très pauvre extraction, ce ne peut être le Christ Seigneur, qui a reçu l’onction divine. Et par conséquent on ne doit pas ajouter foi à un homme aussi grossier et aussi bas.
Neuvième leçon. Cependant le Seigneur était charpentier. Car le prophète a dit de lui : « C’est toi gui agenças l’aurore et le soleil. » On trouve le même ton méprisant dans le livre des Rois, où des gens disent de Saül élevé à la royauté : « Qu’est-il arrivé au fils de Cis ? Saul est-il aussi parmi les prophètes ? » Une courte phrase contient donc un grand mépris. Or le Seigneur dit : « En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. » Le Seigneur, ici, se déclare prophète. Car lui qui connaît tout par sa divinité ne reçoit aucune révélation par l’inspiration. Ce qu’il appelle sa patrie c’est, au sens étroit, le lieu où il fut conçu et élevé. Il ne fut pas bien reçu par les gens de son village qui étaient animés de haine envers lui.
III ème Dimanche après Pâques
Introït
Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière, alléluia ; chantez un hymne à son nom, alléluia ; rendez glorieuse sa louange, alléluia, alléluia, alléluia. Dites à Dieu, que vos œuvres sont terribles, Seigneur. A cause de la grandeur de votre puissance, vos ennemis vous adressent des hommages menteurs.
Collecte
O Dieu, qui montrez à ceux qui errent la lumière de votre vérité, afin qu’ils puissent rentrer dans la voie de la justice : donnez à tous ceux qui sont placés dans les rangs de la profession chrétienne, la grâce de rejeter tout ce qui est contraire à ce nom, et d’embrasser tout ce qui lui convient.
Épitre 1. P 2, 11-19
Mes bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels qui combattent contre l’âme. Ayez une bonne conduite au milieu des païens, afin que, là même où ils vous calomnient comme des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes œuvres et glorifient Dieu au jour de sa visite. Soyez donc soumis à toute institution humaine, à cause de Dieu : soit au roi, comme au souverain, soit aux gouverneurs, comme étant envoyés par lui pour châtier les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. Car c’est la volonté de Dieu, qu’en faisant le bien vous réduisiez au silence l’ignorance des hommes insensés ; comme étant libres, non pour faire de la liberté une sorte de voile dont se couvre la méchanceté, mais comme des serviteurs de Dieu. Honorez tous les hommes ; aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres ; non seulement à ceux qui sont bons et humains, mais aussi à ceux qui sont difficiles. Car cela est agréable à Dieu ; en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Évangile Jn. 16, 16-22
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je m’en vais auprès du Père. Alors, quelques-uns de ses disciples se dirent les uns aux autres : Que signifie ce qu’il nous dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, et : Parce que je m’en vais auprès du Père ? Ils disaient donc : Que signifie ce qu’il dit : Encore un peu de temps ? Nous ne savons de quoi il parle. Jésus connut qu’ils voulaient l’interroger, et il leur dit : Vous vous demandez entre vous pourquoi j’ai dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, vous, et le monde se réjouira. Vous, vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse sera changée en joie. Lorsqu’une femme enfante, elle a de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu’elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de la souffrance, dans la joie qu’elle a d’avoir mis un homme au monde. Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie.
Secrète
Que grâce à ces mystères, ô Seigneur, nous soit accordé ce qui, en modifiant nos convoitises terrestres, nous apprendra à aimer les choses célestes.
Office
4e leçon
Sermon de saint Augustin, Évêque.
Durant ces jours consacrés à la résurrection du Seigneur, traitons, autant que nous le pourrons avec le secours de sa grâce, de la résurrection de la chair. Voici en effet notre croyance : la résurrection est un bienfait dont nous voyons la promesse et l’exemple dans la chair de Jésus-Christ notre Seigneur. Car il a voulu non seulement nous annoncer mais encore nous démontrer, en sa personne, l’accomplissement de ce qu’il nous a promis pour la fin des siècles. Ceux qui étaient alors avec lui l’ont contemplé, et comme ils étaient frappés de stupeur et croyaient voir un esprit, ils s’assurèrent en le touchant que c’était vraiment un corps matériel. Il parla non seulement à leurs oreilles, en s’entretenant avec eux ; mais encore à leurs yeux, en se manifestant à leurs regards ; et c’eût été peu pour lui de se faire voir, s’il n’eût aussi permis qu’on le touchât, qu’on le palpât.
5e leçon
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi ces pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs ? » Ils s’imaginaient voir un esprit. « Pourquoi êtes-vous troublés, leur dit-il, et pourquoi ces pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ; touchez et voyez : un esprit n’a ni os ni chair, comme vous voyez que j’ai ». En hommes qu’ils étaient, ils raisonnaient contre une telle évidence. Que feraient d’ailleurs des hommes qui ont des pensées humaines, et le goût des choses de la terre, s’ils ne disputaient de la sorte contre Dieu au sujet de Dieu ? Car Jésus est Dieu, et eux sont des hommes. « Mais Dieu sait que les pensées de l’homme sont vaines »
6e leçon
L’homme charnel n’a d’autre règle de son intelligence que le témoignage de ses yeux. Il croit ce qu’il a coutume de voir et refuse toute croyance à ce qu’il ne voit point. Dieu fait des miracles en dehors du cours ordinaire des choses, parce qu’il est Dieu. C’est un plus grand miracle, pourtant, de faire naître chaque jour un si grand nombre d’hommes qui ne possédaient pas l’existence, que d’en ressusciter quelques-uns qui déjà existaient ; et cependant ces faits merveilleux ne sont pas l’objet de notre attention, mais l’habitude de les voir les a dépréciés. Le Christ est ressuscité : c’est un fait incontestable. Il avait un corps, il était chair ; il a été suspendu à la croix, il a rendu le dernier soupir, son corps a été déposé dans le sépulcre. Celui qui vivait dans cette chair l’a ressuscitée et l’a montrée pleine de vie. Pourquoi nous en étonner ? Pourquoi ne pas croire ? Celui qui a fait ce prodige est Dieu.
7e leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque
Ce que notre Seigneur appelle un peu de temps, c’est tout l’espace que parcourt d’une aile rapide le siècle présent ; ce qui a fait dire au même Évangéliste dans son Épître. « C’est la dernière heure ». Notre Seigneur ajoute : « Parce que je vais à mon Père, » ce qui doit se rapporter à la première proposition : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus ; » et non à la seconde : « Et encore un peu de temps et vous me verrez. » En allant à son Père, il devait, en effet, se soustraire à leur vue, et c’est pourquoi ces paroles ne signifient point qu’il devait mourir et que jusqu’à sa résurrection il demeurerait caché à leurs yeux, mais qu’il devait aller vers son Père ; ce qu’il fit lorsque, après être ressuscité et avoir conversé avec eux pendant quarante jours, il monta au ciel.
8e leçon
En disant : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, » il s’adresse à ceux qui le voyaient alors corporellement présent, et leur parle ainsi parce qu’il devait aller vers son Père, et qu’après son ascension ses disciples n’allaient plus le voir comme homme mortel, tel qu’ils le voyaient lorsqu’il leur disait ces choses. Mais quand il ajouta : « Et encore un peu de temps et vous me verrez, » c’est à toute l’Église qu’il le promit ; comme c’est à toute l’Église qu’il a fait cette autre promesse : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle ». Le Seigneur ne retardera pas l’accomplissement de sa promesse : encore un peu de temps et nous le verrons, mais dans un état où nous n’aurons plus rien à demander, où nous n’aurons plus à interroger sur rien, parce qu’il ne nous restera rien à désirer, ni rien de caché à apprendre.
9e leçon
Ce peu de temps nous paraît long, parce qu’il dure encore ; mais lorsqu’il sera fini, nous comprendrons combien il était court. Que notre joie ne ressemble donc pas à celle du monde, dont il est dit : « Mais le monde se réjouira » ; et néanmoins, pendant l’enfantement du désir de l’éternité, que notre tristesse ne soit pas sans joie ; montrons-nous, comme dit l’Apôtre : « Joyeux par l’espérance, patients dans la tribulation ». En effet, la femme qui enfante, et à laquelle nous avons été comparés, éprouve plus de joie à mettre au monde un enfant, qu’elle ne ressent de tristesse à souffrir sa douleur présente. Mais finissons ici ce discours, car les paroles qui suivent présentent une question très épineuse ; il ne faut pas les circonscrire dans le court espace de temps qui nous reste, afin de pouvoir les expliquer plus à loisir, s’il plaît au Seigneur.
Saint Pierre de Vérone martyr
Collecte
Nous vous en prions, ô Dieu tout-puissant, accordez-nous d’imiter, avec la dévotion convenable, la foi du bienheureux Pierre, votre Martyr, qui, pour l’extension de cette même foi, mérita d’obtenir la palme du martyre.
Office
Quatrième leçon. Pierre, né à Vérone de parents infectés des erreurs des Manichéens, combattit les hérésies presque dès son enfance. A l’âge de sept ans, comme il fréquentait les écoles, se voyant un jour demander par son oncle paternel qui était hérétique ce qu’il y avait appris, il répondit qu’il y avait été instruit du symbole de la foi chrétienne : et, ni les caresses ni les menaces de son père et de son oncle, ne purent jamais ébranler sa constance dans la foi. Parvenu à l’adolescence, il vint à Bologne pour y continuer ses études ; c’est là, qu’appelé par le Saint-Esprit à un genre de vie plus élevé, il entra dans l’Ordre des Frères Prêcheurs.
Cinquième leçon. Ses vertus brillèrent avec un grand éclat en religion ; il conserva son corps et son âme dans une telle pureté, que jamais il ne se sentit souillé d’aucun péché mortel. Il macérait sa chair par des jeûnes et des veilles, et il exerçait son esprit par la contemplation des choses divines. Il s’appliquait assidûment à procurer le salut des âmes, et réfutait les hérétiques avec une force qui était un don particulier de la grâce. Il exerçait, en prêchant, une tell influence, qu’une multitude innombrable d’hommes accouraient pour l’entendre, e que beaucoup se convertissaient et faisaient pénitence.
Sixième leçon. L’ardeur de sa foi l’enflammai tellement qu’il souhaitait de subir la mort pour elle, et demandait constamment cette grâce à Dieu. Il fut exaucé les hérétiques le firent mourir ainsi qu’il l’avait prédit peu auparavant dans un sermon. Comme il exerçait la charge d’inquisiteur et revenait de Côme à Milan, un impie sicaire lui déchargea sur la tête deux coups d’épée. Le Saint, à demi-mort, prononça avant de rendre le dernier soupir le symbole de la foi qu’il avait dès l’enfance confessé avec un courage déjà viril : le meurtrier, le frappant de nouveau, lui perça le côté de son arme, et Pierre s’en alla au ciel recevoir la palme du martyre, l’an du salut mil deux cent cinquante-deux. Son nom devint bientôt illustre par beaucoup de miracles, et c’est pourquoi Innocent IV l’inscrivit l’année suivante au nombre des saints Martyrs.
Le héros que la sainte Église députe aujourd’hui vers Jésus ressuscité, a combattu si vaillamment que le martyre a couronné jusqu’à son nom. Le peuple chrétien l’appelle saint Pierre Martyr, en sorte que son nom et sa victoire ne se séparent jamais. Immolé par un bras hérétique, il est le noble tribut que la chrétienté du XIIIe siècle offrit au Rédempteur. Jamais triomphe ne recueillit de plus solennelles acclamations. Au siècle précédent, la palme cueillie par Thomas de Cantorbéry fut saluée avec transport par les peuples qui n’aimaient rien tant alors que la liberté de l’Église ; celle de Pierre fut l’objet d’une ovation pareille. Rien ne surpasse l’enthousiasme du grand Innocent IV, dans la Bulle pour la canonisation du martyr. « La foi chrétienne appuyée sur tant de prodiges, s’écrie-t-il, brille aujourd’hui d’un éclat nouveau. Voici qu’un nouvel athlète vient par son triomphe raviver nos allégresses. Les trophées de la victoire éclatent à nos regards, le sang répandu élève sa voix, la trompette du martyre retentit, la terre arrosée d’un sang généreux fait entendre son langage, la contrée qui a produit un si noble guerrier proclame sa gloire, et jusqu’au glaive parricide qui l’a immolé acclame sa victoire. Dans sa joie, l’Église-mère entonne au Seigneur un cantique nouveau, et le peuple chrétien va trouver matière à des chants d’allégresse qui n’avaient pas retenti encore. Un fruit délicieux cueilli dans le jardin de la foi vient d’être placé sur la table du Roi éternel. Une grappe choisie dans la vigne de l’Église a rempli de son suc généreux le calice royal ; la branche dont elle a été détachée par le fer était des plus adhérentes au cep divin. L’Ordre des Prêcheurs a produit une rose vermeille dont le parfum réjouit le Roi céleste. Une pierre choisie dans l’Église militante, taillée et polie par l’épreuve, a mérité sa place dans l’édifice du ciel. »
Ainsi s’exprimait le Pontife suprême, et les peuples répondaient en célébrant avec transport le nouveau martyr. Sa fête était gardée comme les solennités antiques par la suspension des travaux, et les fidèles accouraient aux églises des Frères-Prêcheurs, portant des rameaux qu’ils présentaient pour être bénits en souvenir du triomphe de Pierre Martyr. Cet usage s’est maintenu jusqu’à nos temps dans l’Europe méridionale, et les rameaux bénits en ce jour par les Dominicains sont regardés comme une protection pour les maisons où on les conserve avec respect.
Quel motif avait donc enflammé le zèle du peuple chrétien pour la mémoire de cette victime d’un odieux attentat ? C’est que Pierre avait succombé en travaillant à la défense de la foi, et les peuples n’avaient alors rien de plus cher que la foi. Pierre avait reçu la charge de rechercher les hérétiques manichéens, qui depuis longtemps infectaient le Milanais de leurs doctrines perverses et de leurs mœurs aussi odieuses que leurs doctrines. Sa fermeté, son intégrité dans l’accomplissement d’une telle mission, le désignaient à la haine des Patarins ; et lorsqu’il tomba victime de son noble courage, un cri d’admiration et de reconnaissance s’éleva dans la chrétienté. Rien donc de plus dépourvu de vérité que les déclamations des ennemis de l’Église et de leurs imprudents fauteurs, contre les poursuites que le droit public des nations catholiques avait décrétées pour déjouer et atteindre les ennemis de la foi. Dans ces siècles, aucun tribunal ne fut jamais plus populaire que celui qui était chargé de protéger la sainte croyance, et de réprimer ceux qui avaient entrepris de l’attaquer. Que l’Ordre des Frères-Prêcheurs, chargé principalement de cette haute magistrature, jouisse donc, sans orgueil comme sans faiblesse, de l’honneur qu’il eut de l’exercer si longtemps pour le salut du peuple chrétien. Que de fois ses membres ont rencontre une mort glorieuse dans l’accomplissement de leur austère devoir ! Saint Pierre Martyr est le premier des martyrs que ce saint Ordre a fournis pour cette grande cause ; mais les fastes dominicains en produisent un grand nombre d’autres, héritiers de son dévouement et émules de sa couronne. La poursuite des hérétiques n’est plus qu’un fait de l’histoire ; mais, à nous catholiques, il n’est pas permis de la considérer autrement que ne la considère l’Église. Aujourd’hui elle nous prescrit d’honorer comme martyr un de ses saints qui a rencontré le trépas en marchant à l’encontre des loups qui menaçaient les brebis du Seigneur ; ne serions-nous pas coupables envers notre mère, si nous osions apprécier autrement qu’elle le mérite des combats qui ont valu à Pierre la couronne immortelle ? Loin donc de nos cœurs catholiques cette lâcheté qui n’ose accepter les courageux efforts que rirent nos pères pour nous conserver le plus précieux des héritages ! Loin de nous cette facilité puérile à croire aux calomnies des hérétiques et des prétendus philosophes contre une institution qu’ils ne peuvent naturellement que détester ! Loin de nous cette déplorable confusion d’idées qui met sur le même pied la vérité et l’erreur, et qui, de ce que l’erreur ne saurait avoir de droits, a osé conclure que la vérité n’en a pas à réclamer !
Nous empruntons les Antiennes et le Répons suivants au Bréviaire dominicain, à la louange du glorieux champion de la foi.
Ant. Du sein de la fumée la flamme lumineuse s’élance ; la rose fleurit sur les épines du buisson : ainsi Pierre, docteur et martyr, naît d’une famille infidèle.
Ant. D’abord soldat dans l’armée des Prêcheurs, il brille aujourd’hui dans les rangs de la milice céleste.
Ant. Son âme fut tout angélique, sa langue féconde, sa vie apostolique, sa mort précieuse.
V/. Tandis qu’il est à la recherche des renards de Samson, il est immole par un bras impie ; un meurtrier frappe sa tête sacrée ; le sang du juste est répandu : * Ainsi le martyr cueille la palme du triomphe, en succombant pour la foi.
V/. Athlète invincible, il confesse encore en mourant la loi pour laquelle il verse son sang. * Ainsi le martyr cueille la palme triomphale, en succombant pour la foi.
Vous avez vaincu, ô Pierre ! et votre zèle pour la défense de la foi a obtenu sa récompense. Vous désiriez ardemment répandre votre sang pour la plus sainte des causes, et confirmer par votre sacrifice les fidèles du Christ dans la fermeté de leur croyance. Le Seigneur a comblé vos vieux, et il a voulu que votre immolation coïncidât avec les têtes de notre divin Agneau pascal, que vous suivez dans son triomphe comme vous l’avez suivi dans son immolation. Le fer parricide s’abattit sur votre tète vénérable, votre sang généreux coulait en ruisseaux sur la terre, et de votre doigt vous traciez encore sur le sable, en mourant, les premières paroles du Symbole pour lequel vous donniez votre vie.
Protecteur du peuple chrétien, quel autre mobile que celui de la charité vous dirigea dans vos travaux ? Soit que votre parole vive et lumineuse reconquit sur l’erreur les âmes abusées, soit que marchant droit à l’ennemi, votre vigueur le forçât à fuir loin des pâturages qu’il venait empoisonner, vous n’eûtes qu’un but, celui de préserver les faibles de la séduction. Combien d’âmes simples auraient joui avec délices de la vérité divine que la sainte Église faisait arriver jusqu’à elles, et qui, misérablement trompées par les prédicants de l’erreur, sans défense contre le sophisme et le mensonge, perdent le don de la foi et s’éteignent dans l’angoisse ou dans la dépravation ! La société catholique avait prévenu de tels dangers. Elle ne souffrait pas que l’héritage conquis au prix du sang des martyrs fût en proie aux ennemis jaloux qui avaient résolu de s’en emparer. Elle savait que l’attrait de l’erreur se rencontre souvent au fond du cœur de l’homme déchu, et que la vérité, immuable en elle-même, n’est assurée de demeurer en possession de notre intelligence qu’autant qu’elle y est défendue par la science ou par la foi : la science qui est le partage du petit nombre, la foi contre laquelle l’erreur conspire sans cesse, sous les apparences de la vérité. Dans les âges chrétiens, on eût regardé comme coupable autant qu’absurde de garantir à l’erreur la liberté qui n’est due qu’à la vérité, et les pouvoirs publics se considéraient comme investis du devoir de veiller au salut des faibles, en écartant d’eux les occasions de chute, comme le père de famille prend soin d’éloigner de ses enfants les périls qui leur seraient d’autant plus funestes que leur inexpérience ne les soupçonne pas.
Obtenez-nous, ô saint martyr, une estime toujours plus grande de ce don précieux de la foi qui nous maintient dans le chemin du ciel. Veillez avec sollicitude à sa conservation en nous et en tous ceux qui sont confiés à notre garde. L’amour de cette sainte foi s’est refroidi chez plusieurs ; le contact de ceux qui ne croient pas les a accoutumés à des complaisances de pensée et de parole qui les ont énervés. Rappelez-les, ô Pierre, à ce zèle pour la vérité divine qui doit être le trait principal du chrétien. Si, dans la société où ils vivent, tout conspire pour égaliser les droits de l’erreur et ceux de la vérité, qu’ils se sentent d’autant plus obligés à professer la vérité et à détester l’erreur. Réchauffez donc en nous tous, ô saint martyr, l’ardeur de la foi, « sans laquelle il est impossible à l’homme d’être agréable à Dieu ». Rendez-nous délicats sur ce point de première importance pour le salut, afin que, notre foi prenant toujours de nouveaux accroissements, nous méritions de voir éternellement au ciel ce que nous aurons cru fermement sur la terre.
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