Mercredi de la IIème semaine de Carême mémoire de Saint Jean de Dieu confesseur
Collecte
Nous vous en supplions, Seigneur, regardez favorablement votre peuple, et accordez à ceux auxquels vous ordonnez de s’abstenir de chair, de renoncer aussi aux vices qui nuisent à leurs âmes. Par N.-S.
Lecture Est. 13, 8-11 et 15-17
En ces jours-là, Mardochée pria le Seigneur, se souvenant de toutes ses œuvres, et il dit : Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, toutes choses sont soumises à votre pouvoir, et nul ne peut résister à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël. Vous avez fait le ciel et la terre, et tout ce qui est contenu dans l’enceinte du ciel. Vous êtes le Seigneur de, toutes choses, et nul ne peut résister a votre majesté. Maintenant donc, Seigneur, roi, Dieu d’Abraham, ayez pitié de votre peuple parce que nos ennemis veulent nous perdre et détruire votre héritage. Ne méprisez pas ce peuple qui est votre partage, que vous avez racheté de l’Égypte pour vous. Exaucez ma prière, et soyez propice à une nation qui est votre part et votre héritage, et changez, Seigneur, notre deuil en joie, afin que pendant notre vie nous glorifiions votre nom, et ne fermez pas la bouche de ceux qui vous louent, ô Seigneur notre Dieu.
Évangile Mt. 20, 17-28
En ce temps-là, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part les douze disciples, et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort ; et ils le livreront aux gentils, pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; et il ressuscitera le troisième jour. Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de lui avec ses deux fils, et se prosterna en lui demandant quelque chose. Il lui dit : Que veux-tu ? Ordonnez, lui dit-elle, que mes deux fils, que voici, soient assis l’un à votre droite, et l’autre à votre gauche, dans votre royauté. Mais Jésus répondit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? Ils lui dirent : Nous le pouvons. Il leur dit : Oui, vous boirez mon calice ; quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous le donner ; ce sera pour ceux auxquels mon Père l’a préparé. Les dix, ayant entendu cela, s’indignèrent contre les deux frères. Mais Jésus les appela à lui, et leur dit : Vous savez que les princes des nations les dominent, et que les grands exercent la puissance sur elles. Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais que celui qui voudra devenir le plus grand parmi vous soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier parmi vous soit votre esclave ; de même que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie comme la rançon d’un grand nombre.
Secrète
Regardez avec bonté, Seigneur, les hosties que nous vous offrons, et au moyen de cet échange saint, brisez les liens dont nous chargent nos péchés. Par Notre-Seigneur.
Office
1ère leçon
Homélie de saint Ambroise, évêque
Considérez ce que la mère des fils de Zébédée demande avec eux et pour eux. C’est bien une mère : sa sollicitude pour l’honneur de ses fils lui inspire des désirs dont la mesure est exagérée, sans doute, mais digne d’indulgence. Et c’est une mère avancée en âge, soucieuse des choses de Dieu, privée de secours. A ce moment où elle aurait dû recevoir de ses fils en pleine force d’âge assistance et soutien, elle consent à leur éloignement et préfère à son propre bien-être la récompense qui leur reviendra, à eux, pour avoir suivi le Christ. En effet, dès le premier appel du Seigneur, nous l’avons lu, « laissant leur barque et leur père ils le suivirent. »
2e leçon
Cette femme donc, trop prompte à écouter sa tendresse maternelle, supplie le Sauveur en disant : « Ordonne que mes deux fils qui sont ici, s’asseyent l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Si faute il y a, elle part cependant du dévouement maternel. C’est que le cœur d’une mère est incapable de patience ; son désir traduit la soif de posséder, mais cette avidité est excusable : ce n’est pas à l’argent qu’elle aspire, mais bien plutôt à la grâce. Et sa demande n’est pas inconvenante : ce n’est pas à elle-même qu’elle pense mais à ses enfants. Elle est mère, songez-y, elle est mère, ne l’oubliez pas.
3e leçon
Le Christ est attentif à la tendresse de cette mère qui trouve dans la récompense de ses fils la consolation de son grand âge et, tourmentée de soucis maternels, supporte l’absence d’enfants très chers. N’oubliez pas qu’elle est femme, qu’elle appartient à ce sexe faible que le Seigneur n’a pas encore fortifié par sa propre Passion. Voyez, dis-je, cette héritière d’Ève, de la première femme : elle succombe à la convoitise immodérée qui s’est transmise à toutes par voie de succession. Le Seigneur ne l’avait pas encore rachetée par son propre sang, le Christ n’avait pas encore lavé dans l’effusion de son sang cette recherche désordonnée d’honneurs excessifs, implantée dans le cœur de toutes. C’est donc sous l’effet d’un égarement héréditaire que la femme péchait.
La Station est dans la basilique de Sainte-Cécile. Ce temple auguste, l’un des plus vénérables de Rome, fut autrefois la maison de l’illustre Vierge et Martyre dont il porte le nom. Le corps de sainte Cécile y repose sous l’autel majeur, avec ceux des saints Valérien, Tiburce et Maxime, et des pontifes martyrs Urbain et Lucius.
LEÇON.
Ce cri, poussé vers le ciel en faveur d’un peuple condamné à périr tout entier, représente les supplications des justes de l’Ancien Testament pour le salut du monde. Le genre humain était en butte à la rage de l’ennemi infernal figuré par Aman. Le Roi des siècles avait prononcé l’arrêt fatal : Vous mourrez de mort. Qui pouvait désormais faire révoquer la sentence ? Esther l’osa auprès d’Assuérus, et elle fut écoutée. Marie s’est présentée devant le trône de l’Éternel ; et c’est elle qui, par son Fils divin, écrase la tête du serpent auquel nous devions être livrés. L’arrêt sera donc annulé, et nul ne mourra, si ce n’est ceux qui voudront mourir. L’Église aujourd’hui, émue des dangers auxquels est en proie un si grand nombre de ses enfants, qui si longtemps ont vécu dans le poché, intercède pour eux, en empruntant la prière de Mardochée. Elle supplie son Époux de se rappeler qu’autrefois il les tira de la terre d’Égypte ; qu’ils sont devenus par le baptême les membres de Jésus-Christ, l’héritage du Seigneur. Elle le conjure de remplacer leur deuil par les joies pascales, et de ne pas fermer par la mort ces bouches trop souvent coupables, mais qui aujourd’hui ne s’ouvrent que pour demander grâce, et qui, lorsque le pardon sera descendu, éclateront en cantiques de reconnaissance envers le divin libérateur.
ÉVANGILE.
Le voici devant nous celui qui s’est dévoué pour apaiser la colère du Roi des siècles et pour sauver son peuple de la mort. C’est lui, le fils de la nouvelle Esther et aussi le Fils de Dieu, qui s’approche pour briser l’orgueil d’Aman, au moment même où ce perfide croit triompher. Il se dirige vers Jérusalem, car c’est là que doit se donner le grand combat. Il avertit ses disciples de tout ce qui va se passer. Il sera livré aux princes des prêtres, qui le déclareront digne de mort ; ceux-ci le mettront au pouvoir du gouverneur et des soldats romains. Il sera couvert d’opprobres, flagellé et crucifié ; mais, le troisième jour, il ressuscitera glorieux. Les Apôtres entendirent tous cette prophétie que Jésus leur fit, les ayant tirés à part ; car l’Évangile nous dit que ce fut aux douze qu’il parla. Judas était présent, et aussi Pierre, Jacques et Jean, que la transfiguration de leur Maitre sur le Thabor avait mieux instruits que les autres de la sublime dignité qui résidait en lui. Et cependant tous l’abandonnèrent. Judas le vendit, Pierre le renia, et la terreur dispersa le troupeau tout entier, lorsque le Pasteur fut en butte à la violence de ses ennemis. Nul ne se souvint qu’il avait annoncé sa résurrection pour le troisième jour, si ce n’est peut-être Judas, que cette pensée rassura, quand une basse cupidité lui fit commettre la trahison. Tous les autres ne virent que le scandale de la croix ; et c’en fut assez pour éteindre leur foi et pour les faire rompre avec leur Maître. Quelle leçon pour les chrétiens de tous les siècles ! Combien elle est rare, cette estime de la croix qui la fait considérer, pour soi-même et pour les autres, comme le sceau de la prédilection divine !
Hommes de peu de foi, nous nous scandalisons des épreuves de nos frères, et nous sommes tentés de croire que Dieu les a abandonnés parce qu’il les afflige ; hommes de peu d’amour, la tribulation de ce monde nous semble un mal, et nous regardons comme une dureté de la part du Seigneur ce qui est pour nous le comble de sa miséricorde. Nous sommes semblables à la mère des fils de Zébédée : il nous faut près du Fils de Dieu une place glorieuse, apparente, et nous oublions que, pour la mériter, il faut boire le calice qu’il a bu lui-même, le calice de la Passion. Nous oublions aussi la parole de l’Apôtre, « que pour entrer en part avec Jésus dans sa gloire, il faut avoir goûté à ses souffrances » ! Le Juste n’est point entré dans son repos par les honneurs et parles délices ; le pécheur ne l’y suivra point sans avoir traversé la voie de l’expiation.
St Thomas d’Aquin, confesseur et docteur
Collecte
O Dieu, qui éclairez votre Église par la science admirable du bienheureux Thomas, votre Confesseur, et qui la rendez féconde en œuvres de sainteté, faites-nous la grâce d’avoir l’intelligence de ce qu’il a enseigné, et d’accomplir à son exemple ce qu’il a pratiqué.
Lecture Sg. 7, 7-14
J’ai demandé l’intelligence et elle me fut donnée. J’ai prié, et l’Esprit de Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée à la puissance et aux dignités. J’ai estimé qu’auprès d’elle les richesses n’étaient rien et que les pierres précieuses étaient sans valeur ; oui, tout l’or du monde n’était qu’un peu de sable, et l’argent ne valait pas plus que la boue. Je l’ai aimée plus que la santé et la beauté. J’ai choisi sa lumière pour me guider, car sa flamme ne s’éteint jamais. Avec elle me sont venus tous les biens ; de ses mains, j’ai reçu d’innombrables richesses ; et, avec tous ces biens, la joie qu’elle apporte, car la Sagesse marchait devant moi, et j’ignorais qu’elle en était la mère. Je l’ai apprise avec désintéressement, je ne la garde pas jalousement pour moi, et je ne cache pas aux autres ses trésors. Car elle est pour les hommes une richesse inépuisable. Ceux qui viennent y puiser acquièrent ces dons de la science qui leur ouvrent l’amitié de Dieu.
Évangile Mt. 5, 13-19
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le candélabre, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir. Car, en vérité, je vous le dis, jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, un seul iota ou un seul trait ne disparaîtra pas de la loi, que tout ne soit accompli. Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera les hommes à le faire, sera appelé le plus petit dans le royaume des deux ; mais celui qui fera et enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.
Office
Quatrième leçon. Le bienheureux Thomas, l’insigne ornement du monde chrétien et la lumière de l’Église, était fils de Landulphe, comte d’Aquin, et de Théodora de Naples, tous deux de noble extraction. Petit enfant, il donna une marque de la tendre dévotion qu’il devait avoir pour la Mère de Dieu. Ayant trouvé un papier sur lequel était écrite la salutation angélique, il le retint serré dans sa main, malgré les efforts de sa nourrice pour le lui enlever ; et quand sa mère le lui eut ravi de force, il le réclama par ses pleurs et par ses gestes, et l’avala sitôt qu’il lui eut été rendu. A l’âge de cinq ans, on le conduisit au Mont-Cassin et on le confia aux moines de saint Benoît. De là, il fut envoyé à Naples, pour y achever ses études, et il n’était encore qu’adolescent lorsqu’il s’engagea dans l’Ordre des Frères Prêcheurs. Sa mère et ses frères en conçurent une vive indignation : ceux-ci s’emparèrent de lui, comme il se rendait à Paris, et l’enfermèrent au château de Saint-Jean. Là, on n’omit aucune vexation pour le faire renoncer à sa sainte résolution ; on alla jusqu’à introduire auprès de Thomas une courtisane, mais il la chassa avec un tison ardent. Aussitôt après, le bienheureux jeune homme, priant à genoux devant l’image de la croix, entra dans un doux sommeil, pendant lequel il lui sembla que les Anges lui ceignaient les reins. Depuis ce moment il fut exempt des révoltes de la chair. Il persuada à ses sœurs, venues dans ce château pour le détourner de son pieux dessein, de mépriser les embarras du siècle et de se consacrer aux exercices d’une vie toute céleste.
Cinquième leçon. On l’aida à s’échapper du château par une fenêtre, et on le ramena à Naples. Ce fut de là que frère Jean le Teutonique, Maître général de l’Ordre des Frères Prêcheurs, le conduisit à Rome, puis à Paris, où il étudia la philosophie et la théologie sous Albert le Grand. Ayant atteint sa vingt-cinquième année, il reçut le titre de Maître, et il expliqua publiquement avec le plus grand succès, les écrits des philosophes et des théologiens. Jamais il ne se livra à l’étude ou à la composition, sans avoir prié auparavant. Lorsque certains passages de la sainte Écriture lui offraient des difficultés, il ajoutait le jeûne à l’oraison. Il avait même coutume de dire à frère Reginald, son compagnon, que ce qu’il savait, il l’avait plutôt appris par inspiration divine qu’il ne l’avait acquis par l’étude et par son travail. Un jour qu’il priait avec ardeur, à Naples, devant l’image de Jésus crucifié, il entendit cette parole : « Tu as bien écrit de moi, Thomas, quelle récompense désires-tu ? » Il répondit : « Point d’autre, Seigneur, que vous-même ». Il lisait assidûment les recueils des Pères, et il n’y avait point d’auteur qu’il n’eût approfondi avec soin. Ses ouvrages, remarquables par leur multitude et leur variété, sont si excellents, les difficultés y sont si bien éclaircies, que sa doctrine féconde, exempte de toute erreur et admirablement d’accord avec les vérités révélées, est plus efficace que toute autre pour combattre victorieusement les erreurs de tous les temps.
Sixième leçon. Appelé à Rome par le souverain Pontife Urbain IV, Thomas composa, sur son ordre, l’Office ecclésiastique qui devait se célébrer dans la solennité du corps du Christ. Mais il refusa les honneurs qu’on lui offrit et même l’archevêché de Naples que lui proposa Clément IV. Il ne cessait d’annoncer la parole de Dieu : un jour dans l’Octave de Pâques, après un de ses sermons à la basilique de Saint-Pierre, une femme toucha le bord de sa robe, et fut ainsi guérie d’un flux de sang. Envoyé par le bienheureux Grégoire X au concile de Lyon, il tomba malade au monastère de Fosse-Neuve ; c’est là qu’il a commenté, au milieu de ses souffrances, le Cantique des cantiques. Il mourut en ce lieu, dans la cinquantième année de son âge, l’an du salut mil deux cent soixante-quatorze, le jour des nones de mars. Des miracles le rendirent encore illustre après sa mort, et quand ils eurent été examinés et prouvés, Jean XXII le mit au nombre des Saints en l’année mil trois cent vingt-trois. Plus tard son corps fut transporté à Toulouse par ordre du Pape Urbain V. Comparé aux esprits angéliques, tant à cause de son innocence que de son génie, Thomas a obtenu à juste titre le nom de Docteur angélique, qui lui a été confirmé par l’autorité de saint Pie V. Enfin, pour répondre favorablement aux suppliques et aux vœux de presque tous les Prélats du monde catholique, pour combattre surtout la contagion de tant de systèmes philosophiques éloignés de la vérité, pour l’accroissement des sciences et l’utilité commune du genre humain, Léon XIII, après avoir consulté la Congrégation des Rites sacrés, l’a déclaré et institué, par lettres apostoliques, le céleste patron de toutes les écoles catholiques.
Saluons aujourd’hui l’un des plus sublimes et des plus lumineux interprètes de la Vérité divine. L’Église l’a produit bien des siècles après l’âge des Apôtres, longtemps après que la parole des Ambroise, des Augustin, des Jérôme et des Grégoire, avait cessé de retentir ; mais Thomas a prouvé que le sein de la Mère commune était toujours fécond ; et celle-ci, dans sa joie de l’avoir mis au jour, l’a nommé le Docteur Angélique. C’est donc parmi les chœurs des Anges que nos yeux doivent chercher Thomas ; homme par nature, sa noble et pure intelligence l’associe aux Chérubins du ciel ; de même que la tendresse ineffable de Bonaventure, son émule et son ami, a introduit ce merveilleux disciple de François dans les rangs des Séraphins. La gloire de Thomas d’Aquin est celle de l’humanité, dont il est un des plus grands génies ; celle de l’Église, dont ses écrits ont exposé la doctrine avec une lucidité et une précision qu’aucun Docteur n’avait encore atteintes ; celle du Christ lui-même, qui daigna de sa bouche divine féliciter cet homme si profond et si simple d’avoir expliqué dignement ses mystères aux hommes. En ces jours qui doivent nous ramener à Dieu, le plus grand besoin de nos âmes est de le connaître, comme notre plus grand malheur a été de ne l’avoir pas assez connu. Demandons à saint Thomas « cette lumière sans tache qui convertit les âmes, cette doctrine qui donne la sagesse même aux enfants, qui réjouit le cœur et éclaire les yeux ». Nous verrons alors la vanité de tout ce qui est hors de Dieu, la justice de ses préceptes, la malice de nos infractions, la bonté infinie qui accueillera notre repentir.
La Liturgie Dominicaine a consacré les trois Hymnes suivantes au grand Docteur qui est une des premières gloires de l’Ordre des Frères-Prêcheurs :
Que l’assemblée des fidèles se livre à l’allégresse ; qu’elle fasse entendre un chant de louange ; qu’elle célèbre le nouveau soleil dont les rayons dissipent les nuages de l’erreur. Thomas, sur le soir du monde, a répandu des trésors de grâce ; rempli des dons célestes, la sainteté et la sagesse ont éclaté en lui. Source de lumière, il nous fait connaître les splendeurs du Verbe, les Écritures que Dieu même a dictées, et les règles de la Vérité. Ceint de l’auréole de la doctrine, il brille par la pureté de sa vie ; la gloire des miracles l’environne ; il est la joie du monde entier. Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas, nous réunir aux chœurs, célestes ! Amen.
HYMNE.
Thomas, issu de noble race, embrasse en un âge encore tendre la milice des Prêcheurs. Semblable à l’astre du matin, il resplendit du sein des nues ; il réfute les erreurs des Gentils plus pleinement que ne l’avaient fait avant lui les docteurs. Il sonde la profondeur des abîmes, il met au jour les choses les plus cachées ; il éclaircit les saintes obscurités qui dépassent l’intelligence de l’homme. Il est un fleuve de Paradis qui s’épanche en quatre rameaux ; il possède l’armure complète de Gédéon : le glaive, la trompette, le vase et le flambeau. Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas, nous réunir aux chœurs célestes ! Amen.
HYMNE.
Célèbre, ô Église Mère, l’heureuse mort de Thomas, lorsqu’il fut admis à l’éternel bonheur par les mérites du Verbe de vie. Fosse-Neuve reçut la dépouille mortelle de celui qui était un trésor de grâces, au jour où le Christ appela Thomas à l’héritage du royaume de gloire. Sa doctrine de vérité nous reste avec son corps précieux, le parfum merveilleux qu’il exhale, et la santé qu’il rend aux infirmes. Ses prodiges le rendent digne des louanges de la terre, des mens et des cieux ; qu’il daigne nous aider par ses prières, nous recommander à Dieu par ses mérites. Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas, nous réunir aux chœurs célestes ! Amen.
Gloire à vous, Thomas, lumière du monde ! vous avez reçu les rayons du Soleil de justice, et vous les avez rendus à la terre. Votre œil limpide a contemplé la vérité, et en vous s’est accomplie cette parole : Heureux ceux dont le cœur est pur ; car ils verront Dieu. Vainqueur dans la lutte contre la chair, vous avez obtenu les délices de l’esprit ; et le Sauveur, ravi des charmes de votre âme angélique, vous a choisi pour célébrer dans l’Église le divin Sacrement de son amour. La science n’a point tari en vous la source de l’humilité ; la prière fut toujours votre secours dans la recherche de la vérité ; et après tant de travaux vous n’aspiriez qu’à une seule récompense, celle de posséder le Dieu que votre cœur aimait.
Votre carrière mortelle fut promptement interrompue, et vous laissâtes inachevé le chef-d’œuvre de votre angélique doctrine ; mais, ô Thomas, Docteur de vérité, vous pouvez luire encore sur l’Église de Dieu. Assistez-la dans les combats contre l’erreur. Elle aime à s’appuyer sur vos enseignements, parce qu’elle sait que nul ne connut plus intimement que vous les secrets de son Époux. En ces jours où les vérités sont diminuées parmi les enfants des hommes, fortifiez, éclairez la foi des croyants. Confondez l’audace de ces vains esprits qui croient savoir quelque chose, et qui profitent de l’affaissement général des intelligences, pour usurper dans la nullité de leur savoir le rôle de docteurs. Les ténèbres s’épaississent autour de nous ; la confusion règne partout ; ramenez-nous à ces notions qui dans leur divine simplicité sont la vie de l’esprit et la joie du cœur.
Protégez l’Ordre illustre qui se glorifie de vous avoir produit ; fécondez-le de plus en plus ; car il est un des premiers auxiliaires de l’Église de Dieu. N’oubliez pas que la France a eu l’honneur de vous posséder dans son sein, et que votre chaire s’est élevée dans sa capitale : obtenez pour elle des jours meilleurs. Sauvez-la de l’anarchie des doctrines, qui a enfanté pour elle cette désolante situation où elle périra, si la véritable science, celle de Dieu et de sa Vérité, ne lui est rendue.
La sainte Quarantaine doit voir les enfants de l’Église se disposer à rentrer en grâce avec le Seigneur leur Dieu ; révélez-nous, ô Thomas, cette souveraine Sainteté que nos péchés ont offensée ; faites-nous comprendre l’état d’une âme qui n’est plus en rapport avec la justice éternelle. Saisis d’une sainte horreur à la vue des taches qui nous couvrent, nous aspirerons à purifier nos cœurs dans le sang de l’Agneau immaculé, et à réparer nos fautes par les œuvres de la pénitence.
Super Heb., cap. 12
Caput 12
Lectio 1
Super Heb., cap. 12 l. 1 Supra apostolus multipliciter commendavit fidem, per quam membra Christo capiti coniunguntur, hic ponit moralem monitionem, exhortans ut fidem, quam tenent corde, operibus demonstrent, sicut etiam monet Iacobus, cap. II canonicae suae. Et primo docet quomodo se debeant habere circa mala, secundo quomodo debeant se habere circa bona, cap. XIII, ibi charitas fraternitatis. Est autem duplex malum, scilicet poenae et culpae. Primo ergo docet quomodo se debent habere circa mala poenalia toleranda; secundo circa mala culpae vitanda, ibi propter quod remissas, et cetera. Ad tolerandum autem malum poenae, primo inducit exemplo antiquorum; secundo, exemplo Christi, ibi aspicientes in auctorem; tertio auctoritate Scripturae, ibi et obliti estis. Quantum ergo ad primum dicit ideoque nos habentes tantam nubem testium interpositam. Quasi dicat: ita dictum est, quod sancti testimonio fidei probati, nec tamen habuerunt repromissiones, et tamen cum hoc non defecerunt in expectando; ergo nos qui habemus tantam nubem testium interpositam, et cetera. Sancti dicuntur testes Dei, quia verbo et facto glorificabatur Deus per eos. Mt. V, 16: sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bona, et glorificent patrem vestrum, qui in caelis est. Is. XLIII, 10: vos testes mei, dicit Dominus. Dicuntur autem sancti nubes, primo propter conversationis sublimitatem. Is. LX, 8: qui sunt isti, qui ut nubes volant? Secundo propter doctrinae foecunditatem. Jb XXVI, 8: qui ligat aquas in nubibus suis, ut non erumpant pariter deorsum. Et XXXVI, 28: effundit imbres ad instar gurgitum, qui de nubibus fluunt. Tertio propter spiritualis consolationis utilitatem. Sicut enim nubes praestant refrigerium, sic exempla sanctorum. Is. XVIII, 4: et sicut nubes roris in die messis. Hanc ergo nubem testium habemus impositam, quia ex vita sanctorum quodammodo inducitur nobis necessitas ad imitandum. Jc. V, 10: exemplum accipite, fratres, exitus mali et longanimitatis, laboris, et patientiae prophetas. Augustinus: sicut Spiritus Sanctus loquitur in Scriptura, ita in gestis sanctorum, quae nobis sunt forma et praeceptum vitae. Hoc est ergo exemplum sanctorum, quod inducit. Sed quia ad conformandum se ad aliquod exemplar, interdum ex impedimento superveniente impeditur homo, ideo removet illud quod potissime potest impedire. Illud autem est pondus peccati. Tribulatio autem est quasi quidam agone. I Cor. IX, 25: omnis qui in agone contendit, ab omnibus se abstinet. Sicut autem in cursu et certamine oportet omnia aggravantia deponere, ita et in agone tribulationis. II Tm. IV, 7: bonum certamen certavi, cursum consummavi. Qui ergo in tribulatione vult bene ad Deum currere, oportet impedimenta deponere. Ista impedimenta vocavit ipse apostolus pondus et circumstans peccatum. Per pondus autem potest intelligi peccatum perpetratum; quod dicitur pondus, quia animam deprimit ad infima, et inclinat ad aliud. Ps. XXXVII, 5: sicut onus grave gravatae sunt super me. Gregorius: peccatum quod per poenitentiam non diluitur, mox suo pondere ad aliud trahit. Per circumstans peccatum, potest intelligi occasio peccandi, quae quidem est in omni quod circumstat, scilicet in mundo, carne, proximo, Daemone. Deponentes ergo omne pondus, id est, peccatum perpetratum, quod dicitur pondus, et circumstans nos peccatum, scilicet occasionem peccandi. I P. II, 1: deponentes omnem malitiam et omnem dolum. Vel pondus potest intelligi taedium tribulationis. Sic enim frequenter tribulatio dicitur onus per prophetas, sicut onus Damasci, id est tribulatio; quasi dicat: non sit vobis grave pati pro Christo. Circumstans peccatum dicitur tentatio nobis immissa ex circuitu hostis. I P. V, 8: adversarius vester Diabolus, et cetera. Vel pondus affectio terrena; per circumstans autem peccatum affectio carnalis, quae scilicet causatur in nobis a carne circumstante; quasi dicat: deponatis affectionem tam temporalium, quam carnalium, si vultis libere currere. Unde subdit monitionem, dicens curramus per patientiam ad certamen nobis propositum, non solum illatum, quod tamen sustineamus patienter. Sed nos ipsi voluntarie curramus. Ps. CXVIII, 32: viam mandatorum tuorum cucurri. Hoc autem certamen vobis propositum est cum iustitia. Eccli. IV, 33: usque ad mortem certa pro iustitia. Deinde cum dicit aspicientes, etc., ponit exemplum Christi. Et circa hoc duo facit. Primo enim ostendit quare passio Christi habenda est in exemplum, et quid in ipsa considerandum est; secundo ostendit fructum istius considerationis, ibi recogitate eum. Sicut enim dicitur Ep. II, 8: gratia salvati estis per fidem, Christus autem est auctor fidei, si ergo vis salvari, debes intueri exemplar illud. Unde dicit aspicientes in Iesum passum. Hoc significatum fuit per serpentem aeneum elevatum pro signo, in quem aspicientes curabantur. Nm. XXI, 9, et Jn. III, 14: sicut Moyses exaltavit serpentem in deserto, ita exaltari oportet filium hominis, ut omnis qui credit in ipsum, non pereat, sed habeat vitam aeternam. Si ergo vis salvari, respice in faciem Christi tui. Ipse enim est auctor fidei dupliciter. Primo eam docendo verbo. Supra I, 2: locutus est nobis in filio. Jn. I, 18: unigenitus, qui est in sinu Patris, ipse enarravit. Secundo eam in corde imprimendo. Ph. I, 29: vobis donatum est pro Christo non solum ut in ipsum credatis, et cetera. Item ipse est consummatio fidei dupliciter. Uno modo ipsam miraculis confirmando. Jn. X, 38: si mihi non vultis credere, operibus credite. Item fidem praemiando. Cum enim fides sit imperfecta cognitio, eius praemium consistit in ipsius cognitionis perfectione. Jn. XIV, 21: ego diligam eum, et manifestabo ei meipsum. Hoc autem significatum fuit Za. IV, 9, ubi dicitur: manus Zorobabel fundaverunt domum istam, scilicet Ecclesiam, cuius fundamentum est fides, et manus eius perficient eam. Nam manus Christi, qui de genere Zorobabel descendit, fundat Ecclesiam in fide, et fidem gloria consummat. Videmus enim nunc in speculo, et aenigmate; tunc autem facie ad faciem, I Cor. XIII, 12. Augustinus, I de Trinit. X: contemplatio est merces fidei, cui mercedi per fidem corda mundantur, sicut scriptum est: fide mundans corda eorum. In passione enim Christi tria consideranda sunt. Primo quid contempsit; secundo quid sustinuit; tertio quid promeruit. Quantum ad primum dicit qui proposito sibi gaudio; istud autem gaudium fuit istud gaudium terrenum quo a turba quam paverat quaerebatur, ut facerent eum regem, quo ipse contempsit fugiendo in montem, Jn. VI, 15. Unde Eccle. II, 2: risum reputavi errorem, et gaudio dixi: quid frustra deciperis? Vel proposito sibi gaudio aeternae vitae pro praemio. Sustinuit crucem, hoc est secundum, scilicet quid sustinuit, quia crucem. Ph. II, 8: humiliavit semetipsum factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. In quo ostenditur et cruciatus acerbitas, quia ibi affixus fuit manibus et pedibus, et mortis vilitas et ignominia, quia hoc erat ignominiosum genus mortis. Sg. II, 20: morte turpissima condemnemus eum. Quantum autem ad tertium, scilicet quod promeruit, quia sessionem ad dexteram Patris. Unde dicit atque in dextera sedis Dei sedet. Exaltatio enim humanitatis Christi fuit praemium passionis eius. He. I, 3: sedet ad dexteram maiestatis in excelsis. Deinde cum dicit recogitate eum, ostendit quis sit fructus huius considerationis. Et primo monet ad diligentem exempli considerationem; secundo ostendit utilitatem, ibi ut non fatigemini; tertio subdit rationem, ibi non enim usque. Dicit ergo: ita dictum est, aspicientes, etc., nec hoc solum, sed etiam recogitate eum, id est iterum cogitate. Pr. III, 6: in omnibus viis tuis cogita illum. Et huius ratio est, quia in quacumque tribulatione invenitur eius remedium in cruce. Ibi enim est obedientia ad Deum. Ph. II, 8: humiliavit semetipsum factus obediens. Item pietatis affectus ad parentes; unde ibi gessit curam de matre sua. Item charitas ad proximum; unde ibi pro transgressoribus oravit. Lc. XXIII, 34: Pater, dimitte illis, non enim sciunt quid faciunt. Ep. V, 2: ambulate in dilectione, sicut Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis. Item fuit ibi patientia in adversis. Ps.: obmutui et humiliatus sum, et silui a bonis, et dolor meus renovatus est. Is. LIII, 7: sicut ovis ad occisionem ducetur, et quasi agnus coram tondente se obmutescet, et non aperiet os suum. Item in omnibus finalis perseverantia; unde usque ad mortem perseveravit. Lc. XXIII, 46: Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. Unde in cruce invenitur exemplum omnis virtutis, Augustinus: crux non solum fuit patibulum patientis; sed etiam cathedra docentis. Recogitate ergo eum qui sustinuit. Sed quid cogitandum? Tria, scilicet genus passionis, unde sustinuit contradictionem, id est, afflictionem in verbis. Unde dicebant: vah qui destruis templum Dei. Ps. XVII, 44: eripies me de contradictionibus populi. Rm. X, 21: expandi manus meas ad populum non credentem, sed contradicentem mihi. Lc. II, 34: et in signum cui contradicetur. Et contradictionem talem, id est, tam gravem et ignominiosam. Thren. I, 12: o vos omnes, qui transitis per viam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus. Secundo a quibus passus est, quia a peccatoribus, pro quibus patiebatur. I P. III, 18: Christus semel pro peccatis nostris mortuus est, iustus pro iniustis. Tertio persona patientis. Ante passionem enim ab origine mundi passus est in membris suis, sed tunc in propria persona. Unde dicit adversus semetipsum. Is. XLVI, 4: ego feci et ego feram. Ps. LXVIII, 5: quae non rapui tunc exsolvebam. I P. II, 24: peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum. Utilitatem ostendit cum dicit ut non fatigemini. Consideratio enim passionis Christi facit nos non deficere. Gregorius: si passio Christi ad memoriam revocatur, nihil adeo durum est, quod non aequanimiter toleretur. Unde non deficiatis, tamquam fatigati animo, a veritate fidei. Is. XL, 31: current et non laborabunt, ambulabunt et non deficient. II Th. III, 13: nolite deficere benefacientes. Rationem autem huius ponit, dicens nondum enim usque ad sanguinem restitistis. Quasi dicat: non debetis deficere in tribulationibus vestris pro vobis, quia nondum tantum sustinuistis sicut Christus. Ipse enim sanguinem suum fudit pro nobis. Mt. XXVI, 28: hic est sanguis novi testamenti, qui pro multis effundetur. Vos autem rapinam bonorum vestrorum sustinuistis. Maius autem est de genere operis vitam dare, quam substantiam corporalem, licet aliquando ex radice operis, scilicet ex charitate, possit esse minus, sicut supra dictum est. Unde dicit: nondum enim restitistis repugnantes adversus peccatum, usque ad sanguinem, scilicet fundendum pro Christo.
Lectio 2
Super Heb., cap. 12 l. 2 Supra induxit apostolus ad mala patienter sustinenda exemplo antiquorum patrum et Christi, hic monet ad idem ex auctoritate Scripturae, unde circa hoc tria facit. Primo enim ponit auctoritatem; secundo ostendit sensus eius, ibi in disciplina perseverate; tertio arguit ad propositum ex praemissis, ibi quod si extra disciplinam. Ponit auctoritatem, quae habetur Pr. III, 11; sed sub aliis verbis, quam littera nostra habeat. Ibi enim habemus sic: disciplinam Domini, fili mi, ne abiicias, nec deficias cum ab eo corriperis. Quem enim diligit Dominus, corripit et quasi pater in filio complacet sibi. Quia vero apostolus inducit auctoritatem istam causa consolationis, ideo utitur aliis verbis. Unde dicit et obliti estis consolationis, quasi dicat: mirum est si obliti estis. Ps. XCIII, 19: secundum multitudinem dolorum meorum in corde meo consolationes tuae laetificaverunt animam meam. Idem: in aeternum non obliviscar iustificationes tuas. Dicit autem, consolationis, id est Dei consolantis, et est emphatica locutio. II Cor. I, 3 s.: benedictus Deus et Pater domini nostri Iesu Christi, Pater misericordiarum, et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. Sequitur quae vobis, id est Deus consolationis, loquitur tamquam filiis. Ergo si punit, non odit: sed eius punitio ordinatur ad bonum, quia loquitur vobis tamquam filiis. Verba autem auctoris ponit, dicens fili mi, et cetera. Et subdit rationem, ibi quem enim diligit, et cetera. In auctoritate vero prohibet duo; quia prohibet odium disciplinae, et impatientiam ad ipsam. Propter primum dicit fili mi, noli negligere, sicut quidam qui odiunt disciplinam, de quibus dicitur, Pr. IX, 8: noli arguere derisorem, ne oderit te. Am V, 10: odio habuerunt loquentem in porta, et corripientem perfecte abominati sunt. Dicit ergo apostolus noli negligere disciplinam Domini, quasi dicat: cum Deus te flagellat causa disciplinae, noli negligere, id est, negligenter habere fastidiendo. Sg. III, 11: sapientiam et disciplinam qui abiicit infelix est. Propter secundum dicit et ne fatigeris dum ab eo argueris. Quidam enim etsi correctionem duram non odiant, tamen impatienter portant, et ideo dicit neque fatigeris, et cetera. Tunc enim homo spiritualiter fatigatur, quando contristatur intantum, quod deficit. Supra eodem: ut non fatigemini animis vestris deficientes. Eccli. VI, 26: ne acidieris in vinculis illius. Deinde cum dicit quem enim diligit Dominus, castigat, assignat causam. Sicut autem dicit philosophus, verbum castigationis communiter accipitur in pueris et in concupiscentia. Dicimus enim castum, cuius concupiscentia castigata est. Similiter puer dicitur castigatus, qui est bene disciplinatus. Quod enim de se habet pronitatem ad malum, indiget refraenante. Talis autem est concupiscentia, et pueri, qui de se sequuntur impetus suos, ideo indigent castigante. Ille ergo, qui castigat, ideo hoc facit ne tendant in malum. Et quia sensus nostri, et cogitatio nostra prona sunt ad malum, ut dicitur Gn. VIII, 21, ideo Dominus castigat nos, ut retrahat nos a malo. Ps. CXVII, 18: castigans castigavit me Dominus, et morti non tradidit me. Jr. XXXI, 18: castigasti me, et eruditus sum quasi iuvenculus indomitus. In hoc autem castigat, quia flagellat, non quidem ad condemnationem, sed ad salutem. Unde dicit, quod flagellat omnem filium quem recipit. Et ideo, qui non flagellantur non sunt de numero filiorum. Ps. LXXII, 5: in labore hominum non sunt, et cum hominibus non flagellabuntur, unde est signum quasi aeternae reprobationis. Ez. XVI, 42: auferetur zelus meus a te. Nec mirum si flagellat omnem filium quem recipit per adoptionem: quia proprio filio suo non pepercit. Lc. ult. 26: oportuit Christum pati. Consequenter cum dicit in disciplina perseverate, ostendit sensum auctoritatis praeallegatae: et primo ostendit sensum monitionis; secundo sensum rationis assignat, ibi tamquam filiis; tertio ostendit rationem istam esse convenientem, ibi quis enim filius. Monitio autem apostoli fuerat, quod non debebant negligere disciplinam Domini, nec etiam fatigari. Utrumque autem comprehendit in his verbis. Non negligere enim, nec etiam fatigari sub disciplina, non est aliud quam in disciplina perseverare. Unde Jb VI, 10: haec mihi sit consolatio, ut affligens me dolore, non parcat. Ps. II, 12: apprehendite disciplinam, et cetera. Quare autem non debemus negligere, dixerat quia quem diligit Dominus, etc., unde hic dicit tamquam filiis vobis se offert Deus. Quasi dicat: ideo perseverate, quia offert se tamquam filiis. Jr. III, 19: Patrem vocabis me, et post me ingredi non cessabis. Consequenter ostendit istam rationem esse convenientem, dicens quis enim filius quem non corripit pater? Ad patrem enim pertinet corrigere filium suum. Pr. XIII, 24: qui parcit virgae, odit filium suum: qui autem diligit illum, instanter erudit. Eccli. XXX, 8: equus indomitus evadet durus, et filius remissus evadet praeceps. Et ideo necessaria est correctio: sicut Paulo datus stimulus carnis, ne per superbiam corrueret, II Cor. XII, 7. Deinde cum dicit quod si extra disciplinam, etc., arguit ex praemissis, et primo deducendo ad inconveniens; secundo ex quodam exemplo, ibi deinde patres, etc.; tertio ex utilitate consequente, ibi omnis autem disciplina, et cetera. Circa primum facit talem rationem: omnes sancti, qui Deo placuerunt per multas tribulationes transierunt, per quas filii Dei facti sunt. Ergo qui in disciplina non perseverat, non est filius, sed magis adulter, id est, adulterio natus. Istius rationis ponit tantum conclusionem, dicens: si estis extra disciplinam, non estis filii, sed adulteri: quia disciplinae facti sunt participes omnes, scilicet sancti. II Tm. III, 12: omnes qui pie vivere volunt in Christo, persecutionem patientur. Jdt VIII, 23: omnes qui Deo placuerunt, per multas tribulationes transierunt fideles. Nec oportet quod semper sancti habeant exteriores tribulationes, cum interius affliguntur ex mala conversatione perversorum. II P. II, 8: habitans Lot apud eos, qui de die in diem animam iustam iniquis operibus cruciabant. Filius autem proprie dicitur, qui est ex legitimo patre. Mater nostra est Ecclesia, cuius sponsus est ipse Deus. Os. II, 20: sponsabo te mihi in fide. Adulter autem est Diabolus et mundus. Qui ergo nati sunt ex spiritu Diaboli, vel mundi, sunt filii adulterini. Is. LVII, 3: accedite huc, filii auguratricis, et adulteri, et fornicariae. Patet ergo, quod proprie non sunt filii, nisi de legitimo patre nati. Consequenter cum dicit deinde patres, etc., ponit secundam rationem sumptam ex eo quod experti sumus, scilicet ex correctione paterna. Quae quidem ratio procedit ex duplici differentia, quae est inter Deum Patrem, et patrem carnalem. Est autem haec prima differentia Dei Patris ad patrem carnalem. Homo enim generat hominem quantum ad corpus, non quantum ad animam, quae est per creationem, et non traducitur. II M. VII, 22: neque enim ego spiritum et animam donavi vobis. Unde dicit quod nos habuimus patres carnis nostrae eruditores. Eccli. VII, 25: filii tibi sunt? Erudi illos. Et reverebamur eos. Ex. XX, 12: honora patrem tuum, et matrem, et cetera. Deus autem excellentius est Pater noster, scilicet quantum ad animam, quam immediate creat. Eccle. ult.: spiritus redeat ad Deum, qui dedit illum. Item iustificat animam, adoptando nos in filios. Rm. VIII, 16: Spiritus testimonium reddit spiritui nostro, quod sumus filii Dei. Ideo dicit num multo magis obtemperabimus Patri spirituum, id est, animarum nostrarum, quae dicuntur spiritus, quia non sunt ex materia, et vivemus? Finis enim obedientiae est vita aeterna. Jn.VIII, 52: si quis sermonem meum servaverit, mortem non gustabit in aeternum. Supra V, 9: factum est omnibus obtemperantibus sibi causa salutis aeternae. Secunda vero differentia est correctionis humanae ad divinam, quae in duobus differunt, et, primo quantum ad finem, quia finis humanae correctionis est aliquid transitorium: est enim ad bene conversandum in hac vita, quae est paucorum dierum. Secundo quantum ad rationem, quia homo corrigit secundum voluntatem, quae falli et errare potest, et tamen obedimus ei. In correctione autem divina, non sic: quia erudit nos ad aliquid utile in sempiternum, scilicet ad recipiendum sanctificationem, quae scilicet est ipsemet Deus. Is. VIII, 13 s.: Dominus exercituum, ipsum sanctificate. Ipse pavor vester, ipse terror vester, et erit vobis in sanctificationem. Et ideo dicit et illi quidem erudiebant nos in tempore paucorum dierum, et hoc quantum ad primum; et secundum voluntatem suam, et hoc quantum ad secundum; hic autem ad id quod utile est. Is. XLVIII, 17: ego Dominus docens te utilia. Et hoc in recipiendo sanctificationem, id est, in sanctificationem ab ipso recipiendam; et ideo debemus magis recipere disciplinam eius. Sequitur omnis autem disciplina, et cetera. Haec est tertia ratio, quae sumitur ex utilitate correctionis. Cum autem poenae sint quaedam medicinae, idem iudicium videtur esse de correctione et de medicina. Sicut autem medicina in sumptione amara est quidem et abominabilis, tamen eius finis est valde dulcis et desiderabilis, ita et disciplina, quia gravis est ad sustinendum sed adducit fructum optimum. Sciendum est autem, quod disciplina dicitur a discendo. Pueri autem, qui addiscunt, flagellis erudiuntur. Et ideo disciplina aliquando sumitur pro scientia, ut in principio primi posteriorum: omnis doctrina, et omnis disciplina, etc., quae Graece dicitur epistemon. Aliquando autem sumitur pro correctione, et Graece dicitur paedia, sed in Latino non habet nomina ita distincta. Dicit ergo, quod omnis disciplina, scilicet quae est eruditio per flagella et molestias, in praesenti videtur esse non gaudii, sed maeroris, quia exterius habet tristitiam in sustinendo, sed interius habet dulcedinem ex intentione finis. Et ideo dicit videtur, et non dicit est. II Cor. VI, 10: quasi tristes, semper autem gaudentes. Jn. XVI, 21: mulier cum parit, tristitiam habet, et cetera. II Cor. IV, 17: id enim quod in praesenti est momentaneum, et leve tribulationis nostrae, supra modum in sublimitate aeternum gloriae pondus operatur in nobis. Et ideo dicit postea reddit fructum. Fructus enim importat dulcedinem; unde frui est delectari in fine adepto. Pacatissimum. Fructus enim habetur hic cum perturbatione exteriorum incommodorum, et tentationum interiorum, et ideo non est pacatissimus, sicut ibi. In gloria siquidem nihil erit interius remordens conscientiam, nec impellens ad culpam, nec exterius contristans. Ibi enim, ut dicit Augustinus, erit quidquid voles: ergo ille fructus est pacatissimus. Pacatus quidem in tranquillitate conscientiae, pacatior in susceptione primae stolae, sed pacatissimus in susceptione secundae. Is. XXXII, 18: sedebit populus meus in pulchritudine pacis, in tabernaculis fiduciae, in requie opulenta. Pr. III, 14: primi et purissimi fructus eius. Reddet ergo fructum iustitiae, id est, quem meretur iustitia. Seminanti enim iustitiam merces fidelis, Prov. XI, 18; ibid.: fructus iusti, lignum vitae. Vel iustitiae, ad iustitiam apprehendendam. Os. X, 12: seminate vobis in veritate iustitiam, et metite in ore misericordiae. Ps. CXXV, 7: euntes ibant et flebant, et cetera. Sed non redditur fructus, nisi exercitatis per eam, id est, per disciplinam. Supra V, 14: perfectorum est cibus solidus eorum, qui pro consuetudine exercitatos habent sensus.
Lectio 3
Super Heb., cap. 12 l. 3 Supra monuit apostolus qualiter nos debemus habere ad mala poenalia sustinenda, hic monet qualiter nos debemus habere ad mala culpae vitanda. Et circa hoc duo facit. Primo enim ponit monitiones suas; secundo assignat rationes ipsorum, ibi non enim accessistis. Circa primum duo facit. Primo enim monet hominem peccantem; secundo nondum peccantem, ibi pacem sequimini. Est autem duplex peccatum, scilicet omissionis, et transgressionis. Primo ergo monet ad dimittendum peccatum omissionis; secundo ad dimittendum peccatum transgressionis, ibi et gressus rectos. Peccatum autem omissionis duplex est. Unum quando quis omittit bonum facere; aliud, omittendo mala et adversa tolerare. Quantum ad primum dicit propter quod, scilicet quia disciplina affert fructum pacatissimum, ideo ut vos hunc fructum percipere possitis, erigite manus remissas. Manus enim, cum sit organum organorum, remissa dicitur, quando vacat a bonis operibus, et ideo erigenda est per rectam intentionem ad operandum, quae Deo placent. Thr. III, 41: levemus corda nostra cum manibus ad Deum. Ps. CXL, 2: elevatio manuum, et cetera. Manus enim remissa inducit egestatem et servitutem. Pr. X, 4: egestatem operata est manus remissa: manus autem fortium divitias parat. Item XII, 24: manus fortium dominabitur, quae autem remissa est, tributis serviet. In huius signum quando Moyses elevabat manus, vincebat Israel; quando vero remittebat, superabat Amalec, Ex. XVII, 11. Quantum ad illud peccatum omissionis dicitur erigite genua dissoluta. In genibus totum pondus corporis sustentatur. Habent ergo genua dissoluta qui non habent fortitudinem fortiter tolerandi adversa; haec ergo remissio abiicienda est. Jb IV, 3: manus lassas roborasti, et genua trementia confortasti, vacillantes confirmaverunt sermones tui. Is. XXXV, 3: confortate manus dissolutas, et genua debilia roborate. Manus ergo et genua erigite, ut nec otio torpeatis, nec debilitate haesitetis. Deinde cum dicit et gressus rectos, improbat peccatum transgressionis. Istud autem peccatum est obliquitas quaedam et curvitas. Rectum enim dicitur cuius medium non exit ab extremis, id est, cuius operatio non recedit ab intentione et fine debito. Triplex autem est obliquitas, scilicet in affectu, in operatione et intellectu. Istas tres monet declinare. Ex affectione autem iniqua sequitur obliquitas in intellectu, et depravatio in affectu. Et ideo quantum ad primum, quod est aliorum radix, dicit facite gressus rectos pedibus vestris, id est, rectas affectiones. Sicut enim pedes portant corpus, ita mentem portant affectiones. Recti ergo pedes sunt affectiones rectae. Ez. I, 7: pedes eorum, pedes recti. Rectificate ergo affectiones, quibus totum corpus portatur spiritualiter. Is. XL, 3: rectas facite in solitudine semitas Dei vestri. Hoc est, quantum in vobis est date operam ad hoc. Sed proprie rectificare est solius Dei. Ps. XVI, 5: dirige gressus meos in semitis tuis. Quantum ad secundum dicit ut ne claudicans quis, quantum ad actionem exteriorem. Sicut enim tibia dicitur clauda, quando non sequitur regulam potentiae gressivae, ita operatio claudicat quando sive ad dexteram, id est in prosperis, sive ad sinistram, id est in adversis, non sequitur regulam legis divinae. Is. XXX, 21: haec est via, ambulate in ea, et non declinetis neque ad dexteram, neque ad sinistram. Vel, claudicat, qui caeremonialia observat cum Evangelio. Quantum ad obliquitatem intellectus, dicit erret. Malam enim operationem sequitur error intellectus. Pr. XIV, 22: errant omnes qui operantur malum. Sg. II, 21: hoc cogitaverunt, et erraverunt, excaecavit enim eos malitia eorum. Qui ergo vult illas duas curvitates cavere, habeat pedes et affectiones rectas. Et ideo dicit magis autem sanetur. Sicut enim sanitas corporis consistit in contemperatione humorum, ita sanitas spiritualis in ordinatione affectuum. Jr. XVII, 14: sana me, Domine, et sanabor. Deinde cum dicit pacem sequimini, etc., monet non peccantem ad vitandum peccatum. Et circa hoc duo facit. Primo enim praemittit quaedam remedia, quae valent ad omnia peccata vitanda; secundo specialiter monet ad vitationem eorum, ibi ne qua radix. Circa primum sciendum est, quod actionum humanarum sunt diversi fines. Quaedam enim ordinantur ad alium, sicut iustitia, quae ordinat hominem ad proximum. Et istarum finis est pax. Unde Is. XXXII, 17: erit opus iustitiae pax. Quaedam ad ipsum operantem, sicut ieiunare, et istorum finis est puritas. Non enim ieiunamus nisi propter munditiam et puritatem. Quantum ergo ad primum dicit pacem sequimini, id est, non solum habete, sed quaeratis quomodo cum aliis habeatis. Rm. XII, 18: si fieri potest quod in vobis est, cum omnibus hominibus pacem habentes. Ps. XXXIII, 15: inquire pacem, et persequere eam. Quantum ad secundum dicit et sanctimoniam. II Cor. VII, 1: mundemus nos ab omni inquinamento carnis, et spiritus. Quod autem ista remedia sint necessaria, ostendit per duo damna, quae incurrimus sine ipsis, scilicet damnum gloriae in futuro, et gratiae in praesenti. Quantum ad primum dicit, quod sine pace et sanctimonia nemo videbit Deum, in quo consistit beatitudo. Jn. XVII, 3: haec est vita aeterna, et cetera. Quasi dicat: sine pace quo ad proximum, et munditia et puritate quo ad seipsum, nemo potest esse beatus. Mt. V, 9: beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur. Solum autem filiis debetur haereditas divinae visionis. Item Ap. XXI, 27: non intrabit in ea aliquid coinquinatum. Ps. XIV, 1: Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo, et cetera. Item: quis ascendet in montem Domini, et cetera. Quantum ad secundum damnum, scilicet gratiae Dei in praesenti, dicit contemplantes, ne quis desit gratiae Dei. Gratia enim per discordiam et immunditiam amittitur. I Cor. XIV, 33: non est Deus dissensionis, sed Cor. XIV, 33: non est Deus dissensionis, sed pacis. Ps. LXXV, 3: in pace factus est locus eius. Ha. I, 13: mundi sunt oculi tui, Domine, ne videant malum, et respicere ad iniquitatem non poteris. Sg. I, 5: Spiritus Sanctus disciplinae effugiet fictum, et corripietur a superveniente iniquitate. Figurative autem loquitur apostolus. Gratia enim etsi non habeatur ex meritis, alioquin gratia non esset gratia, tamen oportet quod homo faciat quod in se est. Deus autem, voluntate sua liberalissima, dat eam omni praeparanti se. Ap. III, 20: ecce sto ad ostium et pulso, si quis aperuerit mihi, intrabo ad eum. I Tm. II, 4: qui vult omnes homines salvos fieri. Et ideo gratia Dei nulli deest, sed omnibus, quantum in se est, se communicat: sicut nec sol deest oculis caecis. Dicit ergo contemplantes ne quis desit gratiae Dei. Sed contra. Quia si gratia non datur ex operibus sed tantum ex hoc quod aliquis non ponit obstaculum, ergo habere gratiam dependet ex solo libero arbitrio, et non ex electione Dei, quod est error Pelagii. Respondeo. Dicendum est quod hoc ipsum, quod aliquis non ponit obstaculum, ex gratia procedit. Unde si aliquis ponat, et tamen moveatur cor eius ad removendum illud, hoc est ex dono gratiae Dei vocantis per misericordiam suam. Ga. I, 15: cum autem placuit ei qui me segregavit ex utero matris meae, et vocavit per gratiam suam, et cetera. Hoc autem donum gratiae non est gratum faciens. Quod ergo a quibusdam removetur istud obstaculum, hoc est ex misericordia Dei: quod autem non removetur, hoc est ex iustitia eius. Non autem dicit, ne tu desis, sed ne quis, idest quicumque, quia quilibet debet esse sollicitus de proximo. Eccli. XVII, 12: unicuique mandavit de proximo suo. Deinde cum dicit ne qua radix, specialiter descendit ad monitionem vitationis peccatorum contrariorum unicuique praedictorum remediorum. Et primo monet vitare peccata contraria paci; secundo contraria sanctimoniae, ibi ne quis fornicator. Dicit ergo ne qua radix amaritudinis, et cetera. Illud dicitur amarum, quod non potest gustari nisi cum offensa. Conversatio ergo alicuius dicitur amara, quando non potest esse sine offensa eorum cum quibus conversatur. Quod contra dicitur de sapientia. Sg. VIII, 16: non habet amaritudinem conversatio illius, nec taedium convictus eius, sed laetitiam et gaudium. Qui ergo in sapientia scit conversari, non est amarae conversationis, quod fit quando non habet dura verba vel facta. Et ideo dicit contemplantes ne qua radix amaritudinis, id est, amaritudo paulatim inchoata et in corde radicata, sursum germinans impediat pacem, et per consequens gratiam et visionem Dei. Dt. XXIX, 18: ne sit inter vos radix germinans fel et amaritudinem. Os. XII, 14: ad iracundiam provocavit me Ephraim in amaritudinibus suis. Vel radix amaritudinis est mala cogitatio noxiae delectationis, quae sursum germinat, quando per consensum ad opus venitur. Et per illam inquinantur multi, quia non solum ille in quo est, sed et alii malo eius exemplo. I Cor. V, 6: modicum fermentum totam massam corrumpit. Deinde cum dicit ne quis fornicator, monet vitare peccata contraria sanctimoniae, cui specialiter opponuntur peccata carnalia, scilicet luxuria et gula, quae perficiuntur in delectatione carnali, per quam mens inquinatur. Unde ista mentem et carnem inquinant. Et ideo specialiter monet ista vitari. Et primo luxuriam, dicens contemplantes. Et non solum quilibet in seipso, sed ne quis fornicator, ita quod quilibet in proximo suo hoc contempletur. Augustinus: invicem vestram pudicitiam custodite, et cetera. Ep. V, 3: fornicatio autem et omnis immunditia aut avaritia nec nominetur in vobis, sicut decet sanctos. Tb. IV, 13: attende tibi ab omni fornicatione. Secundo prohibet gulam, dicens aut profanus, et dicitur quasi procul a fano, et tales sunt gulosi qui de ventre suo Deum faciunt. Sicut Esau. Quod dixerat, ostendit in exemplo Esau, qui propter gulam vendidit primogenita. Sic etiam gulosus pro minima esca vendit haereditatem aeternam. Pr. VI, 26: pretium scorti vix est unius panis. Esau autem non solum fuit gulosus, sed etiam luxuriosus: quia contra voluntatem parentum duxit uxores alienigenas. Ius autem primogeniti erat, quod habebat duplicem portionem, et ante sacerdotium Aaron habebat honorem sacerdotalem. Unde in hoc commisit ipse simoniam. Ergo videtur quod etiam Iacob qui illud emit, similiter commisit simoniam, quod falsum est. Iacob enim per Spiritum Sanctum intellexit illud sibi deberi, iuxta illud Ma. I, 2 s.: Iacob dilexi, Esau autem odio habui. Et ideo non emit, sed quod sibi debebatur ab iniusto possessore redemit. Et hoc est quod dicit qui, scilicet Esau, propter unam escam vendidit primitiva sua, vel primogenita, ut dicitur Gn. XXV et XXVII. Et poenam consecutam ostendit, subdens scitote enim quoniam et postea cupiens haereditare benedictionem, reprobatus est. Sicut enim dicitur Gn. XXVII, 30 ss., postquam Isaac benedixerat Iacob, venit Esau et petiit benedictionem, quod tamen non obtinuit, licet pater fecisset ignorans, quia in illo stupore quem habuit, factus in extasi, edoctus est a Spiritu Sancto, quod non retractaret quod fecerat. Unde dicit: benedixi ei, et erit benedictus. Et sic Esau, consilio Spiritus Sancti, reprobatus fuit. In quo datur intelligi quod nullus debet negligere dum adhuc vivit benefacere, quantumcumque sit reprobatus in praescientia divina, quia post vitam ad haereditatem Dei, etiam si desideretur, naturaliter non pervenitur. Sequitur non enim invenit poenitentiae locum, quamquam cum lacrymis inquisisset eam. Sicut enim dicitur Gn. XXVII, 34, irrugiit clamore magno, et cetera. Sed contra, quia dicitur Ez. XVIII, 27: quacumque hora ingemuerit peccator, et cetera. Respondeo. Dicendum est quod quamdiu praesens vita agitur, potest agi vera poenitentia. Interdum tamen aliquis poenitet, non propter amorem iustitiae, sed propter timorem poenae, vel damni temporalis. Et sic poenituit Esau, non quia vendiderat primogenita, sed quia perdiderat. Unde non dolebat de peccato venditionis, sed de damno perditionis. Et ideo poenitentia eius non fuit accepta, quia non erat vera. Sic enim poenitent damnati in Inferno, ut dicitur Sg. V, 3: poenitentiam agentes, non quia peccaverunt, sed quia exclusi sunt. Tamen secundum Glossam hoc quod dicit hic fornicator et profanus, aliter intelligi potest, ut fornicator dicatur, qui cum fide carnales caeremonias observat: sicut habens concubinam cum uxore propria. Sed profanus, id est, procul a fano, sicut penitus infidelis.
IIª-IIae q. 33 a. 4
Articulus 4
IIª-IIae q. 33 a. 4 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod aliquis non teneatur corrigere praelatum suum. Dicitur enim Ex. XIX, bestia quae tetigerit montem lapidabitur, et II R. VI dicitur quod Oza percussus est a Domino quia tetigit arcam. Sed per montem et arcam significatur praelatus. Ergo praelati non sunt corrigendi a subditis.
IIª-IIae q. 33 a. 4 arg. 2 Praeterea, Ga. II, super illud, in faciem ei restiti, dicit Glossa, ut par. Ergo, cum subditus non sit par praelato, non debet eum corrigere.
IIª-IIae q. 33 a. 4 arg. 3 Praeterea, Gregorius dicit, sanctorum vitam corrigere non praesumat nisi qui de se meliora sentit. Sed aliquis non debet de se meliora sentire quam de praelato suo. Ergo praelati non sunt corrigendi.
IIª-IIae q. 33 a. 4 s. c. Sed contra est quod Augustinus dicit, in regula, non solum vestri, sed etiam ipsius, idest praelati, miseremini, qui inter vos quanto in loco superiore, tanto in periculo maiore versatur. Sed correctio fraterna est opus misericordiae. Ergo etiam praelati sunt corrigendi.
IIª-IIae q. 33 a. 4 co. Respondeo dicendum quod correctio quae est actus iustitiae per coercionem poenae non competit subditis respectu praelati. Sed correctio fraterna, quae est actus caritatis, pertinet ad unumquemque respectu cuiuslibet personae ad quam caritatem debet habere, si in eo aliquid corrigibile inveniatur. Actus enim ex aliquo habitu vel potentia procedens se extendit ad omnia quae continentur sub obiecto illius potentiae vel habitus, sicut visio ad omnia quae continentur sub obiecto visus. Sed quia actus virtuosus debet esse moderatus debitis circumstantiis, ideo in correctione qua subditi corrigunt praelatos debet modus congruus adhiberi, ut scilicet non cum protervia et duritia, sed cum mansuetudine et reverentia corrigantur. Unde apostolus dicit, I ad Tm. V, seniorem ne increpaveris, sed obsecra ut patrem. Et ideo Dionysius redarguit Demophilum monachum quia sacerdotem irreverenter correxerat, eum percutiens et de Ecclesia eiiciens.
IIª-IIae q. 33 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod tunc praelatus inordinate tangi videtur quando irreverenter obiurgatur, vel etiam quando ei detrahitur. Et hoc significatur per contactum montis et arcae damnatum a Deo.
IIª-IIae q. 33 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum quod in faciem resistere coram omnibus excedit modum fraternae correctionis, et ideo sic Paulus Petrum non reprehendisset nisi aliquo modo par esset, quantum ad fidei defensionem. Sed in occulto admonere et reverenter, hoc potest etiam ille qui non est par. Unde apostolus, ad Col. ult., scribit ut praelatum suum admoneant, cum dicit, dicite Archippo, ministerium tuum imple. Sciendum tamen est quod ubi immineret periculum fidei, etiam publice essent praelati a subditis arguendi. Unde et Paulus, qui erat subditus Petro, propter imminens periculum scandali circa fidem, Petrum publice arguit. Et sicut Glossa Augustini dicit, ad Ga. II, ipse Petrus exemplum maioribus praebuit ut, sicubi forte rectum tramitem reliquissent, non dedignentur etiam a posterioribus corrigi.
IIª-IIae q. 33 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum quod praesumere se esse simpliciter meliorem quam praelatus sit, videtur esse praesumptuosae superbiae. Sed aestimare se meliorem quantum ad aliquid non est praesumptionis, quia nullus est in hac vita qui non habeat aliquem defectum. Et etiam considerandum est quod cum aliquis praelatum caritative monet, non propter hoc se maiorem existimat, sed auxilium impartitur ei qui, quanto in loco superiori, tanto in periculo maiori versatur, ut Augustinus dicit, in regula.
IIème dimanche de Carême
Introït
Souvenez-vous de vos bontés, Seigneur, et de votre miséricorde qui datent des siècles passés. Que nos ennemis ne triomphent jamais de nous. Dieu d’Israël, délivrez-nous de toutes nos tribulations. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir.
Collecte
O Dieu, qui voyez que nous n’avons de nous-mêmes aucune force, gardez-nous au dedans et au dehors, afin que notre corps soit préservé de toute Adversité, et notre âme purifiée de toute pensée mauvaise. Par Notre-Seigneur.
Épitre 1 Th. 4, 1-7
Mes frères, nous vous demandons et vous conjurons dans le Seigneur Jésus, qu’ayant appris de nous comment vous devez marcher et plaire à Dieu, vous marchiez ainsi, de manière à progresser de plus en plus. En effet, vous savez quels préceptes je vous ai donnés de la part du Seigneur Jésus ! Car la volonté de Dieu est que vous soyez saints ; que vous vous absteniez de la fornication ; que chacun de vous sache posséder le vase de son corps dans la sainteté et l’honnêteté, et non en suivant les convoitises de la passion, comme les païens, qui ne connaissent pas Dieu ; et que personne à cet égard ne trompe son frère, et ne lui fasse tort, parce que le Seigneur tire vengeance de toutes ces choses, comme nous l’avons déjà dit et attesté. Car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la sanctification en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Évangile Mt, 17, 1-9
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec lui. Alors Pierre prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit ; et voici qu’une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. Les disciples, l’entendant, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Lorsqu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de ce que vous avez vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Postcommunion
Nous vous adressons d’ardentes supplications, Dieu tout-puissant, afin qu’à ceux que vous nourrissez de vos sacrements, vous accordiez aussi de vous servir dignement en ayant une conduite qui vous soit agréable. Par Notre-Seigneur.
Office
1ère leçon
Du livre de la Genèse
Isaac était devenu vieux et ses yeux avaient faibli jusqu’à ne plus voir. Il appela son fils aîné Ésaü : « Mon fils ! » lui- dit-il, et celui-ci répondit : « Me voici ! » Il reprit : « Tu vois, je suis vieux et je ne connais pas le jour de ma mort. Maintenant, prends tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi une pièce de gibier. Prépare un plat savoureux comme je les aime et apporte-le-moi, que je mange, afin que mon âme te bénisse avant que je meure. » – Or Rébecca écoutait pendant qu’Isaac parlait à son fils Ésaü –. Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père. Rébecca dit à son fils Jacob : « J’ai entendu ton père parler à ton frère Ésaü et lui dire : ‘Apporte-moi du gibier, et prépare un plat savoureux. J’en mangerai et je te bénirai devant Dieu avant ma mort’. Maintenant, mon fils, écoute-moi et fais comme je te l’ordonne. Va donc au troupeau et rapporte-moi deux beaux chevreaux. J’en ferai un plat savoureux, comme ton père les aime. Tu l’apporteras à ton père, et il en mangera ; alors il te bénira avant sa mort. »
2e leçon
Jacob dit à Rébecca, sa mère : « Tu sais que mon frère Ésaü est un homme velu, tandis que ma peau est douce. Peut-être mon père me touchera-t-il ! Il verra que je me suis moqué de lui, et j’attirerai sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction ! » Mais la mère de Jacob lui répondit : « Ta malédiction serait sur moi, mon fils ! Écoute-moi seulement, va, et apporte ce que j’ai dit. » Il s’en alla donc prendre les chevreaux et les apporta à sa mère qui en fit un plat savoureux, comme l’aimait son père. Puis Rébecca prit les habits d’Ésaü, son fils, les plus beaux qu’elle avait à la maison, et en revêtit Jacob, son fils cadet. Avec la peau des chevreaux, elle lui couvrit les mains la partie lisse du cou. Elle mit ensuite dans les mains de Jacob, son fils, le plat et le pain qu’elle avait préparés. Il vint donc près de son père et dit : « Mon père. » Celui-ci répondit : « Je suis là ! Qui es-tu, mon fils ? » Jacob dit à son père : « Je suis Ésaü, ton premier-né ; j’ai fait ce que tu m’avais dit. Lève-toi, je te prie, assieds-toi, et mange de mon gibier afin que toi, tu me bénisses. » Isaac dit à son fils : « Comme tu as trouvé vite ! » Il répondit : « C’est que le Seigneur, ton Dieu, a fait venir le gibier devant moi. »
3e leçon
Isaac dit à Jacob : « Approche donc, mon fils, que je te touche, pour savoir si, oui ou non, tu es mon fils Ésaü ! » Jacob s’approcha d’Isaac, son père. Celui-ci le palpa et dit : « La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d’Ésaü ! » Il ne le reconnut pas, car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü, et il le bénit. Puis il dit : « C’est bien toi mon fils Ésaü ? » Jacob répondit : « C’est moi. » Isaac reprit : « Apporte, et que je mange du gibier de mon fils, afin que moi, je te bénisse. » Il le servit, et il mangea. Puis il lui présenta du vin, et il but. Isaac son père lui dit : « Approche, mon fils, et embrasse-moi. » Il s’approcha et l’embrassa. Isaac respira l’odeur de ses vêtements et le bénit en disant : « Voici que l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne la rosée des cieux et la fertilité de la terre, froment et vin en abondance ! Que les nations te servent, que les peuples se prosternent devant toi. Sois le maître de tes frères, et que les fils de ta mère se
2e Nocturne
4e leçon
Du livre de saint Augustin, évêque, contre le Mensonge
Ce que fit Jacob, sous l’influence maternelle, de façon à paraître tromper son père, se révèle, au regard attentif de la foi diligente, non pas comme un mensonge, mais comme un mystère. Si nous disons : « Mensonges que tout cela », alors, toutes les paraboles, toutes ces figures pour exprimer n’importe quelles réalités qui ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais qui veulent faire comprendre une chose par une autre, seront aussi des mensonges ? Ah ! non, vraiment, non ! Celui qui pense ainsi va-t-il étendre cette calomnie à toutes les locutions figurées qui sont tellement nombreuses ? Il en est une qui porte le nom même de métaphore, c’est-à-dire « emprunt d’un terme propre à une chose pour le transférer à une autre à laquelle il n’appartient pas en propre ». Alors, pourrait-on, à ce compte, parler de mensonge ?
5e leçon
Ce qui est signifié, voilà certes ce qui est dit. Telles paroles sont jugées mensonges parce que la vraie signification n’en est pas comprise parce que l’on croit dites des choses fausses. Pour que ceci devienne plus clair par des exemples, prête attention à l’action même de Jacob. Certes, il couvre ses membres de peaux de chevreau. Si nous recherchons le motif immédiat, nous penserons : il a menti. Il agit ainsi afin d’être pris pour celui qu’il n’est pas. Mais si ce fait est rapporté à cette signification figurée qui est la cause même de son accomplissement alors, les peaux de chevreau représentent les péchés, et celui qui s’en est recouvert est la figure de celui-là même qui a porté, non ses péchés, mais ceux des autres.
6e leçon
En aucune façon, la signification vraie ne peut donc être dite mensonge. Il en est ainsi pour l’action, ainsi de même pour les paroles. Car lorsque son père lui demanda : « Qui es-tu, mon fils ? » celui-ci répondit : « Je suis Ésaü, ton premier-né. » Si nous rapportons ceci à ces deux jumeaux, il semblera qu’il y ait mensonge, si au contraire, nous les rapportons à cette réalité en vue de laquelle ces paroles et ces gestes figuratifs ont été consignés par écrit, c’est lui qu’il faut comprendre ici, dans son corps qui est son Église, lui qui a dit, en parlant de cet événement : « Vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, tandis que vous-mêmes serez jetés dehors... » et « L’on viendra du levant et du couchant du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers »]. C’est ainsi que le frère plus jeune d’une certaine manière a enlevé à son aîné la priorité et en a transféré les droits sur lui-même.
3e Nocturne
7e leçon
Homélie de saint Léon, pape
« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère » et, ayant gravi avec eux une haute montagne, à l’écart, il leur manifesta l’éclat de sa gloire. Car ils avaient certes reconnu en lui la majesté de Dieu, mais ils ignoraient encore la puissance détenue par ce corps qui cachait la divinité. Et voilà pourquoi il avait promis en termes formels et précis que certains des disciples présents « ne goûteraient pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son royaume » ], c’est-à-dire avec l’éclat royal qui convenait spécialement à la nature humaine assumée et qu’il voulut rendre visible à ces trois hommes. Car, pour ce qui est de la vision ineffable et inaccessible de la Divinité elle-même, - vision réservée aux purs de cœur, pour la vie éternelle, des êtres encore revêtus d’une chair mortelle ne pouvaient en aucune façon la contempler ni même la voir.
8e leçon
Lorsque le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me complais, écoutez-le », n’entendit-on pas clairement : « Celui-ci est mon Fils » pour qui être de moi et être avec moi est une réalité qui échappe au temps ? Car ni celui qui engendre n’est antérieur à l’engendré, ni l’engendré n’est postérieur à celui qui l’engendre. « Celui-ci est mon Fils » : de moi ne le sépare pas la divinité, ne le divise pas la puissance, ne le distingue pas l’éternité. « Celui-ci est mon Fils », non adoptif, mais propre, non créé d’ailleurs, mais engendré de moi, non d’une autre nature et rendu comparable à moi, mais né de mon essence, égal à moi.
9e leçon
« Celui-ci est mon Fils »], « toutes choses ont été faites par lui, et rien n’a été fait sans lui » : il fait comme moi tout ce que je fais, et quelle que soit l’œuvre que j’opère, il opère avec moi d’une action inséparable et nullement différente de la mienne. « Celui-ci est mon Fils » qui ne convoita pas de ravir le rang qui l’égalait à moi et ne s’en est pas emparé par usurpation ; mais demeurant dans la condition de ma gloire pour exécuter notre commun dessein de réparer la race humaine il abaissa jusqu’à la condition d’esclave l’immuable divinité (cf. Ph 2, 6-7). Celui-ci en qui je prends pour tout ma complaisance, dont la prédication me manifeste, dont l’humilité me glorifie, écoutez-le sans hésitation, car il est, lui vérité et vie, il est ma puissance et ma sagesse.
La sainte Église propose aujourd’hui à nos méditations un sujet d’une haute portée pour le temps où nous sommes. La leçon que le Sauveur donna un jour à trois de ses Apôtres, elle nous l’applique à nous-mêmes, en ce second Dimanche de la saint Quarantaine. Efforçons-nous d’y être plus attentifs que ne le furent les trois disciples de notre Évangile, lorsque leur Maître daigna les préférer aux autres pour les honorer d’une telle faveur.
Jésus s’apprêtait à passer de Galilée en Judée pour se rendre à Jérusalem, où il devait se trouver pour la fête de Pâques. C’était cette dernière Pâque qui devait commencer par l’immolation de l’agneau figuratif, et se terminer par le Sacrifice de l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Jésus ne devait plus être inconnu à ses disciples. Ses œuvres avaient rendu témoignage de lui, aux yeux même des étrangers ; sa parole si fortement empreinte d’autorité, sa bonté si attrayante, sa patience à souffrir la grossièreté de ces hommes qu’il avait choisis pour sa compagnie : tout avait dû contribuera les attacher à lui jusqu’à la mort. Ils avaient entendu Pierre, l’un d’entre eux, déclarer par un mouvement divin qu’il était le Christ, Fils du Dieu vivant] ; mais cependant l’épreuve qui se préparait allait être si redoutable pour leur faiblesse, que Jésus voulut, avant de les y soumettre, leur accorder encore un dernier secours, afin de les prémunir contre la tentation.
Ce n’était pas seulement, hélas ! pour la synagogue que la Croix pouvait devenir un sujet de scandale ; Jésus, à la dernière Cène, disait devant ses Apôtres réunis autour de lui : « Vous serez tous scandalisés, en cette nuit, à mon sujet ». Pour des hommes charnels comme eux, quelle épreuve de le voir traîné chargé de chaînes par la main des soldats, conduit d’un tribunal à l’autre, sans qu’il songe même à se défendre ; de voir réussir cette conspiration des Pontifes et des Pharisiens si souvent confondus par la sagesse de Jésus et par l’éclat de ses prodiges ; de voir le peuple qui tout à l’heure lui criait hosannah demander sa mort avec passion ; de le voir enfin expirer sur une croix infâme, entre deux larrons, et servir de trophée à toutes les haines de ses ennemis !
Ne perdront-ils pas courage, à l’aspect de tant d’humiliations et de souffrances, ces hommes qui depuis trois années se sont attachés à ses pas ? Se souviendront-ils de tout ce qu’ils ont vu et entendu ? La frayeur, la lâcheté ne glaceront-elles pas leurs âmes, au jour où vont s’accomplir les prophéties qu’il leur a faites sur lui-même ? Jésus du moins veut tenter un dernier effort sur trois d’entre eux qui lui sont particulièrement chers : Pierre, qu’il a établi fondement de son Église future, et à qui il a promis les clefs du ciel ; Jacques, le fils du tonnerre, qui sera le premier martyr dans le collège apostolique, et Jean son frère, qui est appelé le disciple bien-aimé. Jésus veut les mener à l’écart, et leur montrer, durant quelques instants, l’éclat de cette gloire qu’il dérobe aux yeux des mortels jusqu’au jour de la manifestation.
Il laisse donc les autres disciples dans la plaine, près de Nazareth, et se dirige, avec les trois préférés, vers une haute montagne appelée le Thabor, qui tient encore à la chaîne du Liban, et dont le Psalmiste nous a dit qu’elle devait tressaillir au nom du Seigneur. A peine Jésus est-il arrivé sur le sommet de cette montagne que tout à coup, aux yeux étonnés des trois Apôtres, son aspect mortel disparaît ; sa face est devenue resplendissante comme le soleil ; ses vêtements si humbles ont pris l’éclat d’une neige éblouissante. Deux personnages dont la présence était inattendue sont là sous les yeux des Apôtres, et s’entretiennent avec leur Maître sur les souffrances qui l’attendent à Jérusalem. C’est Moïse, le législateur, couronné de rayons ; c’est Élie, le prophète, enlevé sur un char de feu, sans avoir passé par la mort. Ces deux grandes puissances de la religion mosaïque, la Loi et la Prophétie, s’inclinent humblement devant Jésus de Nazareth. Et non seulement les yeux des trois Apôtres sont frappés de la splendeur qui entoure leur Maître et qui sort de lui ; mais leur cœur est saisi d’un sentiment de bonheur qui les arrache à la terre. Pierre ne veut plus descendre de la montagne ; avec Jésus, avec Moïse et Élie, il désire y fixer son séjour. Et afin que rien ne manque à cette scène sublime, où les grandeurs de l’humanité de Jésus sont manifestées aux Apôtres, le témoignage divin du Père céleste s’échappe du sein d’une nuée lumineuse qui vient couvrir le sommet du Thabor, et ils entendent Jéhovah proclamer que Jésus est son Fils éternel.
Ce moment de gloire pour le Fils de l’homme dura peu ; sa mission de souffrances et d’humiliations l’appelait à Jérusalem. Il retira donc en lui-même cet éclat surnaturel ; et lorsqu’il rappela à eux les Apôtres, que la voix tonnante du Père avait comme anéantis, ils ne virent plus que leur Maître. La nuée lumineuse du sein de laquelle la parole d’un Dieu avait retenti s’était évanouie ; Moïse et Elie avaient disparu. Se souviendront-ils du moins de ce qu’ils ont vu et entendu, ces hommes honorés d’une si haute faveur ? La divinité de Jésus demeurera-t-elle désormais empreinte dans leur souvenir ? Quand l’heure de l’épreuve sera venue, ne désespéreront-ils pas de sa mission divine ? Ne seront-ils pas scandalisés de son abaissement volontaire ? La suite des Évangiles nous répond.
Peu de temps après, ayant célébré avec eux sa dernière Cène, Jésus conduit ses disciples sur une autre montagne, sur celle des Oliviers, à l’orient de Jérusalem. Il laisse à l’entrée d’un jardin le plus grand nombre d’entre eux ; et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il pénètre avec eux plus avant dans ce lieu solitaire. « Mon âme est triste jusqu’à la mort, leur dit-il ; demeurez ici, veillez un peu avec moi]. » Et il s’éloigne à quelque distance pour prier son Père. Nous savons quelle douleur oppressait en ce moment le cœur du Rédempteur. Quand il revient vers ses trois disciples, une agonie affreuse avait passé sur lui ; une sueur de sang avait traversé jusqu’à ses vêtements. Au milieu d’une crise si terrible, les trois Apôtres veillent-ils du moins avec ardeur, dans l’attente du moment où ils vont avoir à se dévouer pour lui ? Non ; ils se sont endormis lâchement ; car leurs yeux sont appesantis. Encore un moment, et tous s’enfuiront, et Pierre, le plus ferme de tous, jurera qu’il ne le connaît pas.
Plus tard, les trois Apôtres, témoins de la résurrection de leur Maître, désavouèrent par un repentir sincère cette conduite honteuse et coupable ; et ils reconnurent la prévoyante bonté avec laquelle le Sauveur les avait voulu prémunir contre la tentation, en se faisant voir à eux dans sa gloire, si peu de temps avant les jours de sa Passion. Nous, chrétiens, n’attendons pas de l’avoir abandonné et trahi, pour reconnaître sa grandeur et sa divinité. Nous touchons à l’anniversaire de son Sacrifice ; nous aussi, nous allons le voir humilié par ses ennemis et écrasé sous la main de Dieu. Que notre foi ne défaille pas à ce spectacle ; l’oracle de David qui nous le représente semblable à un ver de terre] que l’on foule aux pieds, la prophétie d’Isaïe qui nous le dépeint comme un lépreux, comme le dernier des hommes, l’homme de douleurs : tout va s’accomplir à la lettre. Souvenons-nous alors des splendeurs du Thabor, des hommages de Moïse et d’Elie, de la nuée lumineuse, de la voix du Père immortel des siècles. Plus Jésus va s’abaissera nos yeux, plus il nous faut le relever par nos acclamations, disant avec la milice des Anges, et avec les vingt-quatre vieillards que saint Jean, l’un des témoins du Thabor, a entendus dans le ciel : « Il est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir la puissance et la divinité, la sagesse et la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction] ! »
Le deuxième Dimanche de Carême est appelé Reminiscere, du premier mot de l’Introït de la Messe, et quelquefois aussi le Dimanche de la Transfiguration, à cause de l’Évangile que nous venons d’exposer.
La Station, à Rome, est dans l’Église de Sainte-Marie in Domnica, sur le mont Cœlius. Une tradition nous représente cette Basilique comme l’antique Diaconie où présidait saint Laurent, et dans laquelle il distribuait les aumônes de l’Église.
Samedi des Quatre-Temps
Oraison
Regardez, Seigneur, votre peuple d’un œil favorable, et, dans votre clémence, détournez de lui les fléaux de votre colère.
Lecture Dt. 26, 12-19
En ces jours-là, Moïse parla au peuple en ces termes : Lorsque tu auras achevé de lever toute la dîme de tes produits, la troisième année, l’année de la dîme, et que tu la donneras au lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve, pour qu’ils la mangent dans tes portes et qu’ils se rassasient, tu diras devant le Seigneur, ton Dieu : "J’ai ôté de ma maison ce qui est consacré, et je l’ai donné au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve, selon tous vos préceptes que vous m’avez donnés ; je n’ai transgressé ni oublié aucun de vos préceptes. Je n’ai pas mangé de ces choses pendant mon deuil, je n’en ai rien transporté hors de ma maison dans l’état d’impureté, et je n’en ai rien donné à l’occasion d’un mort ; j’ai obéi à la voix du Seigneur, mon Dieu, j’ai agi selon tout ce vous m’avez prescrit. Regardez de votre demeure sainte, du ciel, et bénissez votre peuple d’Israël et le sol que vous nous avez donné, comme vous l’avez juré à nos pères, ce pays où coulent le lait et le miel." Aujourd’hui le Seigneur, ton Dieu, te commande de mettre en pratique ces lois et ces ordonnances ; tu les observeras et les mettras en pratique de tout ton cœur et de toute ton âme. Tu as fait déclarer aujourd’hui au Seigneur qu’il sera ton Dieu, toi t’engageant de ton côté à marcher dans ses voies, à observer ses lois, ses commandements et ses ordonnances, et à obéir à sa voix. Et le Seigneur t’a fait déclarer aujourd’hui que tu lui serais un peuple particulier, comme il te l’a dit, observant tous ses commandements, lui s’engageant de son côté à te donner la supériorité sur toutes les nations qu’il a faites, en gloire, en renom et en splendeur, en sorte que tu sois un peuple saint le Seigneur, ton Dieu, comme il l’a dit.
Oraison
O Dieu, notre protecteur, abaissez vos regards sur nous qui sommes écrasés sous le poids de nos maux, afin que, par l’effet de votre miséricorde, nous servions avec un esprit libre.
Lecture Dt. 11, 22-25
En ces jours-là, Moïse dit aux enfants d’Israël : si vous observez soigneusement tous ces commandements que je vous prescris d’accomplir, aimant le Seigneur, votre Dieu, marchant dans toutes ses voies et vous attachant à lui, le Seigneur chassera toutes ces nations devant vous, et vous vous rendrez maîtres de nations plus grandes et plus puissantes que vous. Tout lieu que foulera la plante de vos pieds sera à vous ; votre frontière s’étendra du désert au Liban, et du fleuve de l’Euphrate jusqu’à la mer occidentale. Nul ne tiendra devant vous ; le Seigneur, votre Dieu, répandra devant vous, comme il vous l’a dit, la crainte et l’effroi sur tout le pays où vous mettrez le pied, selon que vous l’a promis le Seigneur votre Dieu.
Oraison
Daignez, nous vous en supplions, Seigneur, être attentif à nos supplications, afin que par votre grâce, nous puissions rester humbles dans la prospérité, et confiants dans l’adversité.
Lecture
En ces jours-là, pendant que se consumaient les victimes, les prêtres firent une prière, et avec eux tous les assistants ; ce fut Jonathan qui commença, et les autres unirent leurs voix à la sienne, ainsi que Néhémie. Cette prière était ainsi conçue : "Seigneur, Seigneur, Dieu, créateur de toutes choses, terrible et fort, juste et compatissant, qui êtes seul roi et bon, seul libéral et seul juste, tout-puissant et éternel, qui délivrez Israël de tout mal, qui avez fait de nos pères vos élus et les avez sanctifiés, recevez ce sacrifice pour tout votre peuple d’Israël ; gardez votre héritage et sanctifiez-le, afin que les nations sachent que vous êtes notre Dieu.
Oraison
Nous vous en supplions, Seigneur, exaucez dans votre clémence les prières de votre peuple, afin que nous qui sommes justement affligés pour nos péchés, nous soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre nom.
Lecture Eccli. 36, 1-10
Ayez pitié de nous, ô Dieu de l’univers et regardez ; et répandez votre terreur sur toutes les nations. Levez votre main contre les peuples étrangers, et qu’ils sentent votre puissance ! De même que vous avez montré devant eux votre sainteté en nous punissant, ainsi montrez votre grandeur devant nous en les châtiant ; et qu’ils apprennent, comme nous l’avons appris nous-mêmes, qu’il n’y a pas d’autre Dieu que vous, Seigneur ! Renouvelez les prodiges, et reproduisez les merveilles ; glorifiez votre main et votre bras droit. Réveillez votre courroux et répandez votre colère ; détruisez l’adversaire et anéantissez l’ennemi. Hâtez le temps et souvenez-vous du serment ; et qu’on célèbre vos hauts faits ô Seigneur notre Dieu.
Oraison
Nous vous prions, Seigneur, de prévenir nos actions par votre inspiration et de les conduire par votre grâce, afin que toutes nos prières et toutes nos œuvres aient toujours en vous leur principe et leur achèvement.
Lecture Dn. 3, 47-51
En ces jours-là, l’Ange du Seigneur descendit auprès d’Azarias et de ses compagnons dans la fournaise, et il écarta les flammes et le feu de la fournaise, et il fit au milieu de la fournaise comme un vent de rosée qui soufflait et la flamme s’élevait quarante-neuf coudées de haut au-dessus de la fournaise ; et elle s’élança et brûla ceux qu’elle trouva près de la fournaise, d’entre les Chaldéens, les serviteurs du roi, qui l’activaient. Mais le feu ne toucha même pas les trois jeunes Hébreux ; il ne les incommoda pas et ne leur causa aucune peine. Alors ces trois hommes, comme d’une seule bouche, louaient, glorifiaient et bénissaient Dieu dans la fournaise, en disant :
Hymne
Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Et le nom de votre gloire, qui est saint, est béni. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Vous êtes béni dans le temple saint de votre gloire. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Vous êtes béni sur le trône saint de votre royaume. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Vous êtes béni sur le sceptre de votre divinité. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Vous êtes béni, vous qui, étant assis sur les Chérubins, voyez le fond des abîmes. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Vous êtes béni, vous qui marchez sur les ailes des vents, et sur les flots de la mer. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Que tous les Anges et les Saints vous bénissent. Qu’ils vous louent et vous glorifient dans les siècles.
Que les cieux, la terre et la mer, et tout ce qu’ils renferment, vous bénissent. Qu’ils vous louent et vous glorifient dans les siècles.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Et à celui qui est digne de louange et de gloire dans les siècles.
Comme c’était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Et à celui qui est digne de louange et de gloire dans les siècles.
Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères. Et digne de louange et de gloire dans les siècles.
Oraison
O Dieu, qui avez enlevé leur ardeur aux flammes de la fournaise pour les trois jeunes gens, accordez-nous dans votre miséricorde que nous, vos serviteurs, nous ne soyons pas brûlés par le feu des passions.
Lecture 1 Th. 5, 14-23
Mes frères, nous vous en prions, reprenez ceux qui sont dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, soutenez les faibles, soyez patients envers tous. Prenez garde gué personne rende à autrui le mal pour le mal ; mais poursuivez toujours le bien, et entre vous, et envers vous. Soyez toujours dans la joie. Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses ; car c’est là ce que Dieu veut de vous tous en Jésus-Christ. N’éteignez pas l’Esprit. Ne méprisez pas les prophéties ; mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon. Abstenez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même de toute manière, afin que tout votre esprit, votre âme et votre corps soient conservés irréprochables lors de l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Secrète
Nous vous en supplions, Seigneur, daignez sanctifier nos jeûnes par le présent sacrifice, pour que le changement que leur observation marque extérieurement, s’accomplisse intérieurement en nos âmes.
Oraison super populum
Que votre bénédiction, ô Dieu, affermisse vos fidèles qui la désirent, qu’elle les retienne dans votre volonté et qu’elle leur donne de se réjouir sans cesse de vos bienfaits.
Office
1ère leçon
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Homélie de saint Léon, Pape Mes bien-aimés, cette lecture de l’Évangile, qui, par les oreilles de notre corps, a pénétré jusqu’à l’entendement intérieur de notre âme, nous appelle à l’intelligence d’un grand mystère, intelligence à laquelle nous parviendrons plus facilement, la grâce de Dieu aidant, si nous reportons notre attention sur les faits qui ont été racontés un peu plus haut. Le Sauveur du genre humain, Jésus-Christ, établissant cette foi qui rappelle les impies à la justice, et les morts à la vie, ne se bornait pas à enseigner de vive voix sa doctrine à ses disciples ; il les éclairait aussi par des actions miraculeuses, afin qu’ils crussent fermement que le Christ est tout ensemble, et le Fils unique de Dieu, et le fils de l’homme. L’un sans l’autre n’aurait point servi pour le salut, et il y aurait eu un égal péril à croire que notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu seulement sans être homme, ou à croire qu’il est seulement homme sans être Dieu. Il fallait reconnaître en même temps l’une et l’autre nature, puisque, effectivement la vraie divinité était unie en lui à l’humanité, comme la vraie humanité était en lui unie au Dieu. 2e leçon Pour confirmer la salutaire connaissance de cette foi, le Seigneur avait interrogé ses disciples, leur demandant ce qu’eux-mêmes, parmi tant d’opinions diverses, croyaient ou pensaient de lui. Ce fut alors que l’Apôtre Pierre, s’élevant par une révélation du Père céleste au-dessus des choses corporelles, et montant plus haut que tout ce qui n’est qu’humain, vit des yeux de l’esprit le Fils du Dieu vivant, et confessa la gloire de sa divinité, parce qu’il ne se borna pas à considérer la substance de la chair et du sang. Il fut si agréable au Sauveur, ce sublime témoignage de foi, que Pierre, déclaré bienheureux, reçut comme privilège la fermeté sacrée de cette pierre inviolable sur laquelle l’Église est fondée. Les portes de l’enfer et les lois de la mort ne peuvent prévaloir contre elle, et dans n’importe quelle cause, qu’il s’agisse de lier ou de délier, tout est ratifié au Ciel, conformément à la sentence de Pierre. 3e leçon Or il fallait, mes bien-aimés, que Pierre en qui le Fils de Dieu venait de louer cette haute connaissance, reçût une instruction du mystère qui se devait accomplir dans la substance inférieure unie au Verbe. Il le fallait pour que l’Apôtre, dont la foi avait été élevée jusqu’à ce degré de gloire de confesser la divinité du Christ, ne regardât pas comme indigne d’un Dieu impassible de prendre sur lui notre infirmité, et ne s’imaginât point que la nature humaine était déjà tellement glorifiée en la personne de Jésus-Christ, qu’elle ne pouvait plus ni souffrir, ni mourir. C’est pourquoi le Seigneur ayant dit qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens, des Scribes et des princes des prêtres, qu’il fût mis à mort, et que le troisième jour il ressuscitât ; comme le bienheureux Pierre, tout embrasé du feu allumé en lui par le témoignage Qu’une lumière d’en haut lui avait fait rendre à la divinité du Fils de Dieu, rejetait avec liberté, et avec une répugnance qu’il croyait religieuse, l’idée que son Maître pût endurer tous ces outrages et l’opprobre d’une mort très cruelle, il fut repris par Jésus avec une douce sévérité, et excité au désir de participer à ses souffrances. La Station est dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où le peuple se réunissait sur le soir pour assister à l’Ordination des Prêtres et des ministres sacrés. Ce jour était appelé le Samedi aux douze Leçons, parce qu’on lisait d’abord douze passages des saintes Écritures, comme au Samedi saint. La Messe à laquelle se conférait l’Ordination avait lieu dans la nuit, déjà sur le Dimanche. Dans la suite, on a anticipé au Samedi cette Messe de l’Ordination ; mais, en mémoire de l’antique usage, on n’a pas assigné d’autre Évangile pour le Dimanche que celui qui se lit maintenant au Samedi : ce qui amène la répétition de cet Évangile deux jours de suite. Nous avons observé la même particularité au Samedi des Quatre-Temps de l’Avent, parce que la Messe de l’Ordination y a été pareillement avancée d’un jour. LEÇON. Le Seigneur nous apprend, dans ce passage de Moïse, qu’une nation fidèle à garder toutes les prescriptions du service divin sera bénie entre toutes les autres. L’histoire est là pour attester la vérité de cet oracle. De toutes les nations qui ont péri, il n’en est pas une seule qui ne l’ait mérite par son oubli de la loi de Dieu ; et il en doit être ainsi. Quelquefois le Seigneur attend avant de frapper ; mais c’est afin que le châtiment soit plus solennel et plus exemplaire. Veut-on se rendre compte de la solidité des destinées d’un peuple ? Que l’on étudie son degré de fidélité aux lois de l’Église. Si son droit public a pour base les principes et les institutions du christianisme, cette nation peut avoir quelques germes de maladie ; mais son tempérament est robuste ; les révolutions l’agiteront sans la dissoudre. Si la masse des citoyens est fidèle à l’observation des préceptes extérieurs ; si elle garde, par exemple, le jour du Seigneur, les prescriptions du Carême, il y a là un fonds de moralité qui préservera ce peuple des dangers d’une dissolution. De tristes économistes n’y verront qu’une superstition puérile et traditionnelle, qui n’est bonne qu’à retarder le progrès ; mais que cette nation, jusqu’alors simple et fidèle, ait le malheur d’écouter ces superbes et niaises théories, un siècle ne se passera pas sans qu’elle ait à s’apercevoir qu’en s’émancipant de la loi rituelle du christianisme, elle a vu baisser chez elle le niveau de la morale publique et privée, et que ses destinées commencent à chanceler. L’homme peut dire et écrire tout ce qu’il voudra ; Dieu veut être servi et honoré par son peuple, et il entend être le maître des formes de ce service et de cette adoration. Tous les coups portés au culte extérieur, qui est le véritable lien social, retomberont de tout leur poids sur l’édifice des intérêts humains. Quand bien même la parole du Seigneur n’y serait pas engagée, il est de toute justice qu’il en soit ainsi. ÉVANGILE. Cette lecture du saint Évangile, qui nous sera proposée demain encore, est destinée à accompagner aujourd’hui l’Ordination ; les anciens liturgistes, à la suite du savant Abbé Rupert, nous en donnent l’intelligence. L’Église veut porter notre pensée sur la sublime dignité dont viennent d’être honorés les Prêtres qui ont reçu aujourd’hui l’onction sacrée. Ils sont figurés dans ces trois Apôtres que Jésus conduit avec lui sur la montagne, et qui seuls contemplent sa gloire. Les autres disciples du Sauveur sont demeurés dans la plaine ; Pierre, Jacques et Jean sont seuls montés sur le Thabor. C’est d’eux que les autres disciples, que le monde entier apprendront, quand il en sera temps, de quelle gloire Jésus a paru environné, et avec quel éclat la voix du Père céleste a tonné sur le sommet de la montagne pour déclarer la grandeur et la divinité du Fils de l’homme. « Cette voix du ciel, nous l’avons entendue, dit saint Pierre, quand nous étions avec lui sur la sainte montagne. Elle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. » De même, ces nouveaux Prêtres qui viennent d’être consacrés sous vos yeux, pour lesquels vous avez offert vos jeûnes et vos prières, ils entreront dans la nuée où réside le Seigneur. Ils sacrifieront la victime de votre salut dans le silence du Canon sacré. Dieu descendra pour vous entre leurs mains ; et, sans cesser d’être mortels et pécheurs comme vous, ils seront chaque jour en communication avec la divinité. Le pardon que vous attendez de Dieu, en ce temps de réconciliation, passera par leurs mains ; leur pouvoir surhumain ira le chercher pour vous jusque dans le ciel. C’est ainsi que Dieu a apporté le remède à notre orgueil. Le serpent nous dit aux premiers jours : « Mangez ce fruit, et vous serez comme des dieux. » Nous avons eu le malheur d’adhérer à cette perfide suggestion ; et la mort a été le seul fruit de notre prévarication. Dieu cependant voulait nous sauver ; mais pour abattre nos prétentions, c’est par des hommes qu’il nous applique ce salut. Son Fils éternel s’est fait homme, et il a laissé d’autres hommes après lui, auxquels il a dit : « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie ». Honorons donc Dieu en ces hommes qui viennent d’être aujourd’hui l’objet d’une si sublime distinction, et comprenons que le respect du sacerdoce fait partie de la religion de Jésus-Christ. |
Vendredi des Quatre-Temps
Collecte
Soyez, Seigneur, propice à votre peuple ; vous lui inspirez la piété envers vous, que votre miséricorde le soutienne de son bienfaisant secours.
Lecture Ez. 18, 20-28
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : L’âme qui pèche c’est celle qui mourra ; le fils ne portera pas l’iniquité du père, et le père ne portera pas l’iniquité du fils ; la justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui. Quant au méchant, s’il se détourne de tous ses péchés qu’il commis, s’il observe tous mes préceptes et agit selon le droit et la justice, il vivra, il ne mourra pas. De toutes les transgressions qu’il a commises, on ne se souviendra plus à cause de la justice qu’il a pratiquée, il vivra. Prendrai-je plaisir à la mort du méchant, dit le Seigneur Dieu ? N’est-ce pas plutôt à ce qu’il se détourne de ses voies et qu’il vive ? Et si le juste se détourne de sa justice et qu’il commette l’iniquité, selon toutes les abominations que le méchant commet, il les ferait et il vivrait !... de toutes ses œuvres de justice qu’il a pratiquées, on ne se souviendra plus ; à cause de la transgression dont il s’est rendu coupable et de son péché qu’il a commis, à cause de cela il mourra. Vous dites : "La voie du Seigneur n’est pas droite ?" Écoutez donc, maison d’Israël : Est-ce ma voie qui n’est pas droite ? Ne sont-ce pas vos voies qui ne sont pas droites ? Quand le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, et que là-dessus il meurt, c’est à cause de l’iniquité qu’il à commise qu’il meurt. Et si le méchant se détourne de sa méchanceté qu’il a pratiquée et qu’il agisse suivant le droit et la justice, il fera vivre son âme. S’il ouvre les yeux et se détourne de toutes ses transgressions qu’il a commises, il vivra certainement, et il ne mourra point, dit le Seigneur tout-puissant.
Évangile Jn. 5, 1-15
En ce temps-là, il y eut une fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu Béthesda, et qui a cinq portiques. Sous ces portiques étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, de boiteux et de paralytiques. Ils attendaient le bouillonnement de l’eau. Car un ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et agitait l’eau. Et celui qui y descendait le premier après l’agitation de l’eau, était guéri de son infirmité quelle qu’elle fut. Là se trouvait un homme malade depuis trente huit ans. Jésus l’ayant vu gisant et sachant qu’il était malade depuis longtemps, lui dit : "Veux-tu être guéri ?" Le malade lui répondit : "Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine dès que l’eau est agitée, et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi." Jésus lui dit "Lève-toi, prends ton grabat et marche." Et à l’instant cet homme fut guéri ; il prit son grabat et se mit à marcher. C’était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : "C’est le sabbat, il ne t’est pas permis d’emporter ton grabat." Il leur répondit : "Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton grabat et marche." Ils lui demandèrent : "Qui est l’homme qui t’a dit : Prends ton grabat et marche ?" Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était ; car Jésus s’était esquivé, grâce à la foule qui était en cet endroit. Plus tard, Jésus le trouva dans le temple et lui dit : "Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire." Cet homme s’en alla, et annonça aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.
Office
1ère leçon
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Homélie de saint Augustin, évêque Voyons ce que le Seigneur a voulu signifier par cet unique malade que, pour garder le mystère de l’unité, il a daigné guérir, – lui seul , – parmi tant de malades. Il a trouvé dans son âge un nombre qui semble indiquer la maladie. « Il était infirme depuis trente-huit ans. » Il nous faut expliquer avec un peu plus de soin comment ce nombre convient mieux à la maladie qu’à la santé. Je demande toute votre attention. Que le Seigneur soit présent, qu’il me donne de parler comme il convient, qu’il vous accorde de bien comprendre. Quarante est pour nous un nombre sacré. Il marque une certaine perfection. Je pense que la chose est bien connue de votre charité. Très souvent, les saintes Écritures l’attestent : le jeûne est consacré par ce nombre, vous le savez bien. Car Moïse a jeûné quarante jours ; Élie aussi, tout autant. Et notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ lui-même a rempli ce nombre du jeûne. Par Moïse est signifiée la Loi, par Élie sont signifiés les Prophètes, par le Seigneur est signifié l’Évangile. Voilà pourquoi tous trois apparurent sur cette montagne où Jésus se montra à ses disciples dans l’éclat de son visage et de ses vêtements. Il apparut au milieu, entre Moïse et Élie, comme l’Évangile qui reçoit le témoignage de la Loi et des Prophètes. 2e leçon Donc, soit dans la Loi, soit dans les Prophètes, soit dans l’Évangile, le nombre quarante nous est recommandé comme convenant au jeûne. Or, le grand jeûne, le jeûne qui oblige tous les hommes, consiste à s’abstenir du mal et des plaisirs illicites de ce monde. Tel est bien le jeûne parfait : « Rejeter l’impiété et les convoitises du monde pour vivre avec mesure, justice et piété dans le siècle d’ici-bas ». Quelle récompense l’Apôtre attache-t-il à ce jeûne ? Il le dit car il poursuit : « Attendant l’espérance bienheureuse et la manifestation de la gloire de notre bienheureux Dieu et Sauveur, Jésus le Christ ». Nous célébrons donc en ce monde comme un Carême d’abstinence lorsque notre vie est bonne, lorsque nous nous abstenons du mal et des plaisirs illicites. Mais comme cette abstinence ne sera pas sans récompense, nous attendons « l’espérance bienheureuse et la révélation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus le Christ. » En cette espérance, lorsque d’espérance, elle, sera devenue réalité, nous recevrons un denier pour salaire. C’est ce salaire qui, selon l’Évangile, est donné aux ouvriers qui travaillent dans la vigne, – vous vous en souvenez, je pense, et il n’est point nécessaire de tout vous rappeler comme si je m’adressais à des ignorants et à des incapables. Un denier donc, – qui tire son nom du nombre dix, – est donné. Joignons-le au nombre quarante, nous obtenons cinquante. Ainsi nous célébrons avec labeur le Carême avant Pâques, mais avec joie, les cinquante jours après Pâques comme si nous avions reçu notre salaire. 3e leçon Souvenez-vous de mon projet : je veux expliquer en cet infirme le nombre de trente-huit ans : pourquoi ce nombre trente-huit convient-il à la maladie plutôt qu’à la santé ? Donc, comme je le disais, la charité est l’accomplissement de la Loi. Le nombre quarante indique l’accomplissement de la Loi dans toutes les œuvres. Mais dans la charité, deux commandements nous sont enjoints : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit », et « tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi ainsi que les Prophètes ». Oui, cette veuve qui a donné deux petites pièces dans les offrandes faites à Dieu a bien donné tout ce qu’elle avait, et de même c’est à dessein que l’aubergiste a reçu deux deniers pour ce blessé, victime des brigands, ainsi pourra-t-il le guérir. A dessein aussi Jésus est demeuré deux jours auprès des Samaritains pour les affermir dans la charité. Et donc, lorsque par ce chiffre deux est signifié quelque bien, c’est la double charité qui nous est recommandée par-dessus tout. Par conséquent, si le nombre quarante a la perfection de la Loi et si la Loi n’est accomplie que par le double précepte de la charité, pourquoi t’étonnes-tu que soit atteint de langueur celui qui avait deux de moins que quarante ? La Station est dans la Basilique des Douze-Apôtres, l’une des plus augustes de Rome, enrichie des corps des deux Apôtres saint Philippe et saint Jacques le Mineur LEÇON. Portons nos regards sur les pénitents publics que l’Église se prépare à rétablir bientôt dans la participation des Mystères. Mais auparavant ils ont besoin d’être réconciliés avec Dieu qu’ils ont offensé. Leur âme est morte par le péché ; pourra-t-elle donc revivre ? Oui, le Seigneur nous l’atteste ; et la lecture du Prophète Ézéchiel, que l’Église commençait hier pour les Catéchumènes, elle la continue aujourd’hui en faveur des pénitents publics. « Que l’impie, dit le Seigneur, fasse pénitence de tous les péchés qu’il a commis ; qu’il garde désormais mes préceptes : il vivra certainement, et il ne mourra pas. » Cependant ses iniquités sont là, qui s’élèvent contre lui ; leur voix est montée jusqu’au ciel et provoque une vengeance éternelle. Assurément, il en est ainsi ; mais voici que le Seigneur qui sait tout, qui n’oublie rien, nous déclare qu’il ne se souviendra plus de l’iniquité rachetée par la pénitence. Telle est la tendresse de son cœur paternel, qu’il veut bien oublier l’outrage qu’il a reçu d’un fils, si ce fils revient sincèrement à son devoir. Ainsi nos pénitents seront réconciliés, et au jour de la Résurrection du Sauveur, ils se mêleront aux justes, parce que Dieu ne gardera plus souvenir de leurs iniquités ; ils seront devenus justes eux-mêmes. En remontant par la pensée le cours des âges, nous nous retrouvons ainsi en face de ce grand spectacle de la pénitence publique, dont la Liturgie, qui ne change pas, a seule conservé les traces aujourd’hui. De nos jours, les pécheurs ne sont plus mis à part ; la porte de l’église ne leur est plus fermée ; ils se tiennent souvent tout près des saints autels, mêlés aux justes ; et quand le pardon descend sur eux, l’assemblée des fidèles n’en est point avertie par des rites spéciaux et solennels. Admirons la miséricorde divine, et profitons de l’indulgence de notre mère la sainte Église. A toute heure et sans éclat, la brebis égarée peut rentrer au bercail : qu’elle use donc de la condescendance dont elle est l’objet, et qu’elle ne quitte plus désormais le Pasteur qui a daigné l’accueillir encore. Quant au juste, qu’il ne s’élève pas par une vaine complaisance, en se comparant à la pauvre brebis égarée ; qu’il médite ces paroles : « Si le juste se détourne de la justice, s’il commet l’iniquité, toutes les œuvres de justice qu’il avait faites, on ne s’en souviendra plus ». Craignons donc pour nous-mêmes, et ayons pitié des pécheurs. La prière des fidèles pour les pécheurs, durant le Carême, est un des grands moyens sur lesquels compte l’Église pour obtenir leur réconciliation. ÉVANGILE. Revenons encore sur nos pénitents de l’antiquité ; le passage sera facile à ceux d’aujourd’hui et à nous-mêmes. Nous venons devoir par le Prophète la disposition du Seigneur à pardonner au pécheur repentant. Mais comment ce pardon sera-t-il appliqué ? Par qui la sentence d’absolution sera-t-elle prononcée ? Notre Évangile nous l’apprend. Ce malheureux paralytique de trente-huit ans figure le pécheur invétéré ; cependant il est guéri, et le voici qui marche. Que s’est-il donc passé ? Écoutons-le d’abord : « Seigneur, dit-il, je n’ai point d’homme pour me « jeter dans la piscine ». L’eau de cette piscine l’eût sauvé ; mais il lui fallait un homme pour l’y plonger. Le Fils de Dieu sera cet homme ; c’est parce qu’il s’est fait homme que nous sommes guéris. Comme homme, il a reçu le pouvoir de remettre les péchés, et avant de monter aux cieux, il dit à d’autres hommes : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ». Nos pénitents seront donc réconciliés avec Dieu, en vertu de ce pouvoir surnaturel ; et le paralytique levant avec facilite son grabat, et l’emportant sur ses épaules, comme un trophée de sa guérison, est la figure du pécheur auquel l’Église de Jésus-Christ, en vertu du divin pouvoir des clefs, a remis ses iniquités. Au IIIe siècle du christianisme, un hérétique, Novatien, osa enseigner que l’Église n’avait pas le pouvoir de remettre les péchés commis depuis le baptême. Cette erreur désespérante fut proscrite par les conciles et les saints docteurs ; et, pour exprimer aux yeux des fidèles l’auguste puissance que le Fils de l’homme a reçue pour purifier toute âme pénitente, on peignit, dans les lieux où les chrétiens s’assemblaient, le paralytique de notre Évangile marchant libre et dégage, son grabat sur les épaules. Cette consolante image se rencontre fréquemment sur les fresques des Catacombes de Rome, contemporaines de l’âge des Martyrs. Nous apprenons sur ces monuments l’intention de cette lecture de l’Évangile que l’Église, depuis tant de siècles, a fixée à ce jour. L’eau de la piscine Probatique était aussi un symbole ; mais il était destiné à l’instruction des Catéchumènes. C’est par l’eau qu’ils devaient être guéris, et par une eau divinement fécondée d’en haut. Ce miracle, dont Dieu favorisait encore la Synagogue, ne servait chez les Juifs qu’à la guérison du corps, et seulement pour un seul homme, à rares intervalles ; mais depuis que l’Ange du grand Conseil est descendu des cieux et qu’il a sanctifie l’eau du Jourdain, la piscine est partout ; à chaque heure son eau rend la santé aux âmes, depuis l’enfant naissant jusqu’au vieillard. L’homme est le ministre de cette grâce ; mais c’est le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme qui opère. Disons aussi un mot des malades que l’Évangile nous représente comme rassemblés dans l’attente de la guérison. C’est l’image de la société chrétienne, en ces jours. Il y a des languissants, hommes tièdes qui ne rompent jamais franchement avec le mal ; des aveugles, chez lesquels l’œil de l’âme est éteint ; des boiteux, dont la marche dans la voie du salut est chancelante ; des malheureux dont les membres sont desséchés, impuissants à toute espèce de bien ; ils espèrent dans le moment favorable. Jésus va venir à eux ; il va leur demander, comme au paralytique : Voulez-vous être guéris ? Question remplie d’une charité divine ! Qu’ils y répondent avec amour et confiance, et ils seront guéris. |
Super Heb., cap. 10 l. 2
Lectio 2
Super Heb., cap. 10 l. 2 Postquam ostendit apostolus multiplicem eminentiam sacerdotii Christi respectu sacerdotii legalis, hic iuxta consuetudinem suam concludit, monendo quod isti sacerdotio fideliter inhaerendum est. Hoc enim semper supra fecit, quod post commendationem ponit admonitionem, quia ad hoc susceperat commendare gratiam Christi, ut alliciat eos ad obediendum Christo, et recedendum a caeremonialibus legis. Circa hoc ergo duo facit, quia primo ponit monitionem; secundo assignat rationem, ibi voluntarie enim. Sciendum est autem circa primum quod duo dixerat de sacerdotio Christi, scilicet virtutem ritus eius, quia per proprium sanguinem; item dignitatem ipsius, quia pontifex in aeternum. Et ideo in monitione sua resumit ista duo. Unde monendo, quod fideliter obediendum est Deo Christo, primo ponit illa duo; secundo ponit suam monitionem, ibi accedamus cum bono corde. Item prima in duas, quia primo resumit ritum sacerdotii eius; secundo dignitatem, ibi et sacerdotem magnum. Dicit ergo itaque, fratres, scilicet per mutuam charitatem, habentes fiduciam in introitu, et cetera. Ep. III, 12: in quo habemus fiduciam et accessum in confidentia, et cetera. Ex. XV, 17: introduces eos, et plantabis in monte haereditatis tuae firmissimo habitaculo, et cetera. Ps. CXXI, 1: laetatus sum in his quae dicta sunt mihi, in domum Domini ibimus. Et hoc in sanguine Christi, quia hic est sanguis novi testamenti, id est, novae promissionis, scilicet caelestium. Sed quomodo habeamus fiduciam introeundi ostendit, quia Christus per suum sanguinem initiavit, id est inchoavit, novam viam nobis. Mi. II, 13: ascendit pandens iter ante eos. Jn. XIV, 3: si abiero et praeparavero vobis locum, et cetera. Is. XXXV, 8: sancta via vocabitur, et pollutus non transibit per illam. Haec est ergo via eundi in caelum. Et est nova quia ante Christum nullus invenit eam, quia nemo ascendit in caelum nisi qui descendit de caelo, Jn. III, 13. Et ideo qui vult ascendere, debet ipsi tamquam membrum capiti suo adhaerere. Ap. II, 7: vincenti dabo edere de ligno vitae, quod est in Paradiso Dei mei. Et III, 12: et scribam super eum nomen novum, et nomen civitatis novae Ierusalem, quia scilicet de novo introducuntur. Viventem, id est, semper perseverantem, in quo apparuit virtus deitatis, quia semper vivit. Sed quae sit ista via ostendit subdens per velamen, id est, carnem suam. Sicut enim sacerdos per velum intrabat in sancta sanctorum, ita si volumus intrare sancta gloriae, oportet intrare per carnem Christi, qui fuit velamen deitatis. Is. XLV, 15: vere tu es Deus absconditus. Non enim sufficit fides de deitate, si non adsit fides de incarnatione. Jn. XIV, 1: creditis in Deum, et in me credite. Vel per velamen, id est, per carnem suam datam nobis sub velamento speciei panis in sacramento. Non enim proponitur nobis sub specie propria propter horrorem, et propter meritum fidei. Consequenter commendat dignitatem sacerdotis, cum dicit et sacerdotem magnum, qui scilicet nobis initiavit viam, quasi dicat: habentes fiduciam intrandi per sacerdotem, scilicet Iesum. Ps. CIX, 5: tu es sacerdos in aeternum. Qui dicitur magnus, quia sacerdotium eius non est tantum super unum populum, sicut Aaron, sed super domum Dei totam scilicet Ecclesiam militantem et triumphantem. I Tm. III, 15: ut scias quomodo oporteat te conversari in domo Dei, quae est Ecclesia. Et dicit super, quia Moyses fuit fidelis in omni domo, tamquam famulus, Nm. XII, 7; sed Christus super totam domum, sicut filius, qui est Dominus omnium. Mt. ult.: data est mihi omnis potestas in caelo et in terra. De hoc etiam supra III. Deinde cum dicit accedamus, ponit monitionem suam, ut scilicet ex quo talis et tantus est, fideliter est ei adhaerendum. Quod fit tribus modis, scilicet per fidem, spem, et charitatem. I Cor. XIII, 13: nunc autem manent fides, spes, charitas. Primo ergo monet ad ea, quae sunt fidei; secundo ad ea, quae sunt spei, ibi teneamus spei; tertio ad ea, quae sunt charitatis, ibi et consideremus. Sed quantum ad primum duo sunt necessaria, scilicet ipsa fides, quia sine fide impossibile est placere Deo, et fidei sacramentum. Quantum ad primum dicit accedamus, ad ipsum, cum vero, non ficto, corde. IV R. XX, 3 et Is. XXXVIII, 3: memento quomodo ambulaverim coram te in veritate, et in corde perfecto. Hoc autem fit quando opus concordat cordi. Accedamus etiam in plenitudine fidei. Infra XI, 6: accedentem ad Deum oportet credere, et cetera. Nec sufficit qualiscumque fides, sed requiritur fides plena, quod fit duobus modis, scilicet et quantum ad materiam fidei, ut credantur omnia quae proponuntur ad credendum, et quod sit fides formata, quod est per charitatem. Rm. XIII, 10: plenitudo enim legis est dilectio. Quantum ad sacramentum fidei dicitur aspersi corda vestra, quod alludit ei, quod dicitur Nm. XIX, ubi ponitur ritus vitulae rufae, de cuius aqua aspergebatur mundandus die tertio, sed die septimo alia aqua lavabatur corpus eius, et vestimenta. Per aspersionem aquae vitulae rufae figurabatur passio Christi, quia die tertia, scilicet in fide Trinitatis in Baptismo mundamur a peccatis. Et quantum ad hoc dicit aspersi corda, non corpora. Infra XII, 24: accessistis ad sanguinis aspersionem. Aspersi ergo corda non a tactu mortui, sicut per aquam vitulae rufae, sed a conscientia mala. De ablutione autem, quae fiebat septima die, dicit et abluti corpus aqua munda. Non enim in Baptismo operatur tantum virtus passionis, sed etiam infunduntur in ipso dona Spiritus Sancti. Unde in septima die, id est in plenitudine donorum Spiritus Sancti, totus homo abluitur intus et extra ab omni peccato tam actuali quam originali, quod est quasi corporale, quia anima ipsum contrahit per unionem ad carnem foedam. Dicitur autem Spiritus Sanctus aqua quia mundat. At. XV, 9: fide purificans corda ipsorum. Ez. XXXVI, 25: effundam super vos aquam mundam, et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris, et ab universis idolis vestris mundabo vos. Za. XIII, 1: erit fons patens domui David, et habitantibus Ierusalem, in ablutionem peccatoris et menstruatae. Tt. III, 5: per lavacrum regenerationis et renovationis Spiritus Sancti. Et in huius signum super Christum baptizatum descendit Spiritus Sanctus in corporali specie. Deinde cum dicit teneamus spei nostrae, ponit illud quod pertinet ad spem. Et circa hoc facit duo. Primo enim hortatur ad spei certitudinem; secundo subdit rationem, ibi fidelis enim est qui. Sciendum est autem, quod per fidem Christi datur nobis spes salutis aeternae, et introitus in caelum. I P. I, 3: regeneravit nos in spem vivam. Unde dicit teneamus, et non dicit spem, sed spei nostrae confessionem, quia non sufficit habere spem in corde, sed etiam oportet confiteri ore. Rm. X, 10: corde creditur ad iustitiam, ore autem confessio fit ad salutem. Item oportet confiteri eam non solum verbo, sed etiam factis, contra quosdam, de quibus Tt. I, 16: confitentur se nosse Deum, factis autem negant. Fit autem ista confessio per opera, per quae tenditur ad res speratas. Ap. III, 11: tene quod habes ne alius accipiat coronam tuam. Indeclinabilem, id est, ut ab ista confessione non declinemus, neque per prospera, neque per adversa. Ps. CXXIV, 5: declinantes autem in obligationes, adducet Dominus cum operantibus iniquitatem. Is. XXX, 21: haec est via, ambulate in ea, et non declinetis neque ad dexteram, neque ad sinistram. Et ratio huius est, quia ille qui repromisit, est fidelis, et ideo mentiri non potest. Ps. CXLIV, 13: fidelis Dominus in omnibus verbis suis. Dt. XXXII, 4: Deus fidelis, et absque ulla iniquitate. Consequenter cum dicit et consideremus, etc., ponit illud quod pertinet ad charitatem, et circa hoc facit tria. Primo enim facit, quod dictum est; secundo removet contrarium charitati, ibi non deserentes; tertio assignat rationem ex congruitate temporis, ibi et tanto magis, et cetera. Circa primum sciendum est, quod licet charitas principaliter inhaereat Deo, tamen manifestatur per charitatem proximi. I Jn. IV, 20: qui enim non diligit fratrem suum quem videt, Deum quem non videt, quomodo potest diligere? Ergo ad charitatem pertinet, quod diligatur proximus. Ideo dicit consideremus invicem, ut scilicet ea, quae proximi sollicite faciamus. Eccli. XVII, 12: et unicuique mandavit Deus de proximo suo. Sed quia aliqui ea quae sunt proximi considerant zelo invidiae, aliqui vero zelo odii, contra quos dicitur Pr. XXIV, 15: ne quaeras impietatem in domo iusti, ideo dicit in provocationem charitatis, id est, ut provocemus eos ad charitatem. Rm. XI, 13 s.: quamdiu apostolus gentium sum, ministerium meum honorificabo, si quo modo ad aemulandum provocem carnem meam, et salvos faciam aliquos ex illis. Ista autem provocatio procedit ex dilectione, quae extenditur ad opus exterius. I Jn. III, 18: non diligamus verbo neque lingua, sed opere et veritate. Sicut enim dicit Gregorius, non est amor Dei otiosus, operatur enim magna si est, si autem operari renuit, amor non est. Probatio ergo dilectionis, exhibitio est operis. Ideo subdit et bonorum operum. Col. I, 10: in omni opere bono fructificantes. Deinde removet contrarium charitati, cum dicit non deserentes, et cetera. Quia enim charitas est amor, proprium autem amoris est unire, quia, ut dicit Dionysius, amor est vis unitiva Jn. XVII, 22 s.: ut sint unum sicut et nos unum sumus, et cognoscat mundus, quia dilexisti eos, sicut et me dilexisti ideo recedere ab invicem, est directe oppositum charitati. Et ideo dicit non deserentes collectionem nostram, scilicet Ecclesiae, quam aliqui deserunt tripliciter. Scilicet propter persecutiones apostatantes a fide. Et isti significantur per illos, de quibus dicitur Jn. VI, 67, quod abierunt retro, et iam cum illo non ambulabant. Mt. XIII, 21: facta tribulatione et persecutionibus propter verbum continuo scandalizantur. Lc. VIII, 13: ad tempus credunt, et in tempore tentationis recedunt. Secundo, mali praelati qui dimittunt oves in periculo. Jn. X, 13: mercenarius fugit, quia mercenarius est. Aliqui vero ex superbia, quia cum possent esse utiles ad regendum, cum nota superbiae ab aliis se separant, Jd. V, 19: hi sunt qui segregant se ab aliis, animales, spiritum non habentes, quasi sub specie maioris perfectionis. Et forte tales erant in tempore illo. Ideo sequitur sicut consuetudinis est quibusdam. Contra quos dicitur I Cor. XI, 16: si quis videtur contentiosus esse, nos talem consuetudinem non habemus in Ecclesia Dei. Sed quid debent facere subdit sed consolantes, quasi dicat: si videas, quod socius tuus male se habet, non deseras eum, sed consolare, non sicut illi qui deserunt collectionem, de quibus dicit sicut est consuetudinis quibusdam, et cetera. Consequenter cum dicit et tanto magis, assignat causam huius. Posset enim aliquis dicere: quare debemus nos in fide proficere? Quia motus naturalis quanto plus accedit ad terminum, magis intenditur. Contrarium est de violento. Gratia autem inclinat in modum naturae; ergo qui sunt in gratia quanto plus accedunt ad finem, plus debent crescere. Et ideo dixit non deserentes, sicut quidam, sed consolantes. Et hoc, tanto magis quanto videritis appropinquantem diem, id est terminum. Rm. XIII, 12: nox praecessit, dies autem appropinquavit. Pr. IV, 18: iustorum semita, quasi lux splendens proficit, et crescit usque ad perfectum diem.
Lectio 3
Super Heb., cap. 10 l. 3 Supra apostolus posita commendatione excellentiae sacerdotii Christi, et subiuncta admonitione ut illius sacerdotio adhaereant per fidem et charitatem, hic probat monitionem suam per rationem. Et hoc facit dupliciter, primo terrendo, secundo demulcendo, ibi rememoramini autem pristinos dies. Circa primum duo facit quia primo terret eos ad observandum monitionem suam propter subtractionem remedii; secundo propter expectationem iudicii, ibi terribilis autem. Dicit ergo voluntarie, etc., quod dupliciter exponitur: uno modo secundum Glossam quae videtur facere differentiam inter peccantes volentes et voluntarie; ita quod volens peccat, qui quasi passione ductus consentit in peccatum, de quo ante non cogitavit; voluntarie autem qui ex certa malitia, cuius voluntas prona est ad peccandum, ut statim cedat. Jr. VIII, 6: omnes conversi sunt ad cursum suum quasi equus vadens impetu ad proelium, nec postea poenitet. Pr. II, 14: laetantur cum malefecerint, et exultant in rebus pessimis. Ergo voluntarie peccantibus, id est, in voluntate peccandi permanentibus. Et exaggerando subdit post acceptam notitiam veritatis. II P. II, 21: melius erat illis viam iustitiae non agnoscere, quam post agnitionem retrorsum converti. Iam non relinquitur hostia pro peccatis, id est, hostia quam Christus obtulit pro remissione peccatorum, non est nobis utilis, quia illis dimittuntur peccata, qui de ipsis poenitent. Mt. XXVI, 28: hic est sanguis novi testamenti, qui pro multis effundetur, scilicet efficaciter. Sed de malis dicitur Is. XLIX, 4: in vacuum laboravi sine causa, et vane fortitudinem meam consumpsi. Jr. VI, 29: frustra conflavit conflator, malitiae eius non sunt consumptae. Sed melius potest dici, et secundum intentionem apostoli, quia, secundum Augustinum, liberum arbitrium habet multiplicem statum, quia in statu extra gratiam, antequam reparetur per gratiam, non est in potestate nostra peccare mortaliter vel non peccare, et hoc propter praeconceptionem finis, et habitum inclinantem; quod quidem verum est secundum magnum tempus, sed per aliquam moram, si operetur ex praemeditatione, potest vitare hoc peccatum vel illud. Sed postquam per gratiam reparatus est homo omnino, in potestate eius est vitare peccatum mortale, et etiam veniale in particulari, non autem omnino in universali, et hoc est propter auxilium gratiae salvantis. Et ideo dicit nobis peccantibus voluntarie post acceptam notitiam veritatis, id est, post acceptam gratiam, per quam habetur notitia peccati, quia ante notitiam peccati peccatum nostrum a Deo nobis non imputatur, unde quasi dicitur ipsum ignorare, quia non imputat nobis. Sed post, iam non est pro peccatis hostia. Ante enim reparationem, quae facta est per Christum, relinquebatur hostia ista quae expectatur, sed nunc iam non expectatur alia mors eius, ita nec post Baptismum semel acceptum expectatur alius Baptismus. Deinde cum dicit terribilis autem, deterret expectatione divini iudicii. Et circa hoc duo facit: primo enim terret, secundo subdit rationem, ibi irritam quis faciens. Sic ergo dictum est, quod non relinquitur ultra hostia. Quid ergo? Illud quod supra dictum est cap. IX quod post mortem est iudicium. Jb XIX, 29: scitote esse iudicium. Istius iudicii expectatio est valde terribilis, tum propter conscientiam peccatorum Jc. III, 2: in multis offendimus omnes, tum etiam propter imperfectionem iustitiarum nostrarum Is. LXIV, 6: iustitiae nostrae quasi pannus menstruatae. Ps. CXVIII, 120: a iudiciis tuis timui. Ab. III, 16: audivi et conturbatus est venter meus. Est afflictiva. Unde dicit et ignis aemulatio, id est poena ignis, quae infligitur ex zelo et aemulatione divinae iustitiae. Ex. XX, 5: ego sum Dominus Deus tuus fortis Zelotes, et cetera. Zelus autem est amor sponsi. Sicut ergo sponsus non parcit sponsae malae, sic nec Deus animae peccatrici. Pr. VI, 34: zelus et furor viri non parcet in die vindictae. Sequitur quae consumptura est adversarios. Ps. XCVI, 3: ignis ante ipsum praecedet et inflammabit in circuitu inimicos eius, quia ignis qui praecedet faciem iudicis, corpora viventium incinerabit, et reprobos detrudet in Infernum, et corpora eorum consumet, non totaliter consumendo, sed in perpetuum cruciando. Consequenter cum dicit irritam quis faciens, probat quod dixerat de terrore iudicii, et primo per locum a minori; secundo per auctoritatem, ibi scimus autem illum. Primum accipit ex lege. Tanto enim aliquis est reus maioris poenae, quanto rem magis sacram contemnit. Cum ergo vetus testamentum non sit ita sanctum sicut novum, et transgressor illius gravissime puniebatur; ergo transgressor novi longe gravius debet puniri. Circa istud argumentum duo facit: primo enim ponit istud quod fiebat in veteri; secundo illud quod fiendum est in novo, ibi quanto magis. Quantum ad vetus ponit culpam et poenam. Culpam, cum dicit irritam quis faciens legem Moysi. Irritum dicitur quod non sortitur debitum finem. Lex autem non solum vetus, sed etiam quaelibet, datur ut inducat homines ad virtutem, et faciat abstinentes a vitiis. Et ideo qui transgreditur legem, et vacat vitiis, quantum est in se, legem irritam facit. Mt. XV, 6: irritum fecistis mandatum Dei propter traditiones vestras. Gn. XVII, 14: masculus, cuius praeputii caro circumcisa non fuerit, peribit de populo suo, quia pactum meum irritum fecit. Et poenam ostendit, cum dicit sine ulla miseratione. Et ista poena est valde gravis, quia infligit mortem. Unde dicit moritur. Ex. XXII, 18: maleficos non patieris vivere. Item quia irremissibilis. Unde dicit sine ulla miseratione. Dt. XIX, 12 s.: morietur, nec misereberis eius. Sed numquid lex Dei excludit misericordiam? Constat quod non. Os. VI, 6: misericordiam volui, et non sacrificium. Respondeo. Dicendum est, quod differunt misericordia, clementia et venia: quia misericordia est quando homo ex quadam passione cordis et animi movetur ad remittendum poenam, et hoc aliquando est contra iustitiam, et istam prohibet. Venia autem est, quando propter aliquam utilitatem publicam remittit aliquid de poena debita. Clementia est quando non solum de poena aliquid, sed etiam de culpa remissius iudicat. Ista duo non prohibentur, sed misericordia primo modo dicta, quia est contra iustitiam, et inducit dissolutionem. Moritur ergo et hoc, duobus vel tribus testibus, supple convictus. Dt. XVII, 6: in ore duorum vel trium testium stat omne verbum. Causa autem quare lex numerum testium determinat secundum Augustinum est, ut per hoc designetur immobilitas veritatis, quae est in sancta Trinitate. Nec refert si nominentur duae personae vel tres, quia semper in duabus intelligitur tertia, scilicet Spiritus Sanctus, qui est nexus amborum. Ista ratio mystica est. Sed litteralis est, ut quia in iudicio unus affirmat, alter negat, non plus credendum est uni quam alteri. Multitudini autem est credendum. Omnis autem multitudo completur numero ternario. Et ideo sufficit, quod sint duo cum accusante, sed tertius testis superadditur ex abundanti. Deinde cum dicit quanto magis, ponitur id quod spectat ad novum testamentum. Et primo ponit poenam; secundo culpam, ibi qui Filium Dei. Quantum ad poenam dicit: quanto magis putatis deteriora mereri supplicia. Quia enim in novo testamento per Christum praedicatum est, ideo peccans in ipso, gravius punitur. Mt. XI, 22: verumtamen dico vobis, quod Tyro et Sidoni remissius erit quam vobis in die iudicii. Sed numquid plus punitur peccator Christianus, quam infidelis? Quia si sic, melius esset quod omnes essent infideles. Respondeo. Dicendum est, quod aliud est de illis qui fidem contemnunt, quia isti proprie sunt contemptores; aliud de illis, qui ex ignorantia fidem non annuntiatam, non tenent, et talibus peccatum infidelitatis non imputatur. Sed qui fidem annuntiatam contemnit, gravius punitur, quia peccatum infidelitatis maximum est. Si ergo comparamus Christianum et Iudaeum qui non contemnit, et uterque sit adulter, tunc gravius punietur Christianus quam Iudaeus, quia non solum pro adulterio, sed etiam quia magis ingratus est. Sed numquid universaliter verum est, quod semper idem peccatum in specie gravius punitur in maiori? Respondeo. Dicendum est, quod dupliciter peccatur. Uno modo ex surreptione. Et sic quando aliquis dat se operibus divinis, si ex surreptione peccat, minus punitur. II Par. XXX, 18 s.: Dominus bonus propitiabitur cunctis, qui in toto corde requirunt Deum patrum suorum. Ps. XXXVI, 24: cum ceciderit, non collidetur. Sed si ex contemptu, magis peccat, quia cum sit in statu altiori, magis contemnit. Et de talibus loquitur hic, qui sunt magis ingrati. Quantum vero ad culpam dicit qui filium Dei conculcaverit. Sciendum vero est, quod apostolus gravitatem culpae eorum, qui peccant in novo testamento, ostendit ex beneficiis nobis a Deo in illo collatis. Deus autem nobis dedit quicquid maximum et pretiosum habebat, scilicet Filium suum unigenitum. II P. I, 4: per quem maxima nobis et pretiosa promissa donavit. Dedit etiam Spiritum Sanctum. Jl II, 28: effundam de Spiritu meo super omnem carnem. Rm. V, 5: charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum, qui datus est nobis. Ingratitudo autem super tantis beneficiis aggravat peccatum. Circa ingratitudinem vero super datione Filii duo consideranda sunt ac ponderanda, scilicet mysterium incarnationis, in qua datus est nobis, et sacramentum passionis, in qua pro nobis se obtulit. Supra IX, 14: sanguis Christi, qui per Spiritum Sanctum semetipsum obtulit immaculatum Deo, et cetera. Et ideo quantum ad primum dicit qui filium Dei, scilicet pro nobis incarnatum, conculcaverit, id est vilipenderit, scilicet non credendo quod fides filii Dei sit sufficiens ad salutem, sicut illi qui legalia servabant, Ga. III, 1: ante quorum oculos Christus proscriptus est. Item non obediendo eius mandatis, nec vivendo secundum doctrinam eius. I R. II, 30: qui autem contemnunt me, erunt ignobiles. Quantum ad secundum dicit: et sanguinem testamenti, id est, Christi sanguinem confirmativum novi testamenti. Mt. XXVI, 28: hic est sanguis meus novi testamenti, et cetera. Pollutum duxerit, id est, reputaverit pollutum, ut scilicet non possit mundare, sicut pollutus in se non mundat. Eccli. XXXIV, 4: ab immundo quis mundabitur? Quasi dicat: nullus scilicet, secundum quod mundatio tantum fiebat per sanguinem animalium. Item pollutum duxit, qui virtute eius in Baptismo ablutus, peccat redeundo ad vomitum. Ap. I, 5: dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo. Et ideo dicit in quo sanctificatus est, id est, per quem sanctificatus est. I Cor. VI, 11: abluti estis, sanctificati estis in nomine Domini nostri Iesu Christi. Ma. I, 11: in omni loco offertur oblatio munda nomini meo, quia magnum est nomen meum in gentibus. Item qui peccat post alia sacramenta, etiam potest dici sanguinem Christi pollutum ducere. Item aggravatur peccatum ex contemptu Spiritus Sancti. Et ideo dicit et Spiritui gratiae iniuriam fecerit, id est, contumeliam, quam facit qui non credit, quod gratia spiritus sancti sit data per Christum, ut habetur Jn. XIV, 16: rogabo Patrem, et alium Paraclitum dabit vobis, et sufficiat ad salutem sine legalibus, ut scilicet remissionem peccatorum adscribat observantiis legis. Vel conculcat Christum, qui libere absque timore sanguinem Christi polluit, qui eo indigne communicat Spiritui gratis dato. Ep. II, 8: donum enim Dei est, et non ex operibus. Contumeliam, iniuriam, facit, qui Christum per peccatum a se abiicit. Sg. I, 5: corripietur, id est, expelletur, a superveniente iniquitate. Ep. IV, 30: nolite contristare Spiritum Sanctum Dei. I Th. 5, 19: Spiritum nolite extinguere. Deinde cum dicit scimus enim, etc., probat quod dixit per auctoritates. Et circa hoc facit duo: primo enim probat ponendo auctoritates; secundo concludit ex eis, ibi horrendum est. Dicit ergo scimus, illum, qui dixit (Dt. XXXII, 35, secundum aliam litteram): mihi vindictam, supple servate. Littera nostra habet: mea est ultio. Et numquid reddes? Immo et ego retribuam. Sed contra. Si soli Deo servatur vindicta, quare iudices vindicant? Respondeo. Ad hoc respondet apostolus, Rm. XIII, 4, quod iudex est minister Dei. Unde non iudicat propria auctoritate, sed Dei. Secunda auctoritas est ibidem iudicabit Dominus populum suum. Si suum, ergo multo magis inimicos. I P. IV, 18: si iustus vix salvatur, impius et peccator ubi parebit? Vel populum suum, id est qui fidem suam non contemnunt, quia infideles damnabuntur, et non iudicabuntur iudicio discussionis. In iudicio enim, ut dicit Gregorius, quatuor erunt ordines. Quidam qui non iudicabuntur, sed iudicabunt et salvabuntur, scilicet apostoli, et apostolici viri. Quidam qui iudicabuntur et salvabuntur, ut mediocriter boni. Quidam, qui iudicabuntur et damnabuntur, ut mali fideles. Quidam, qui non iudicabuntur et damnabuntur, ut omnes infideles. Deinde cum dicit horrendum est, ponit conclusionem. Ex quo enim vindicta reservanda est Deo, qui iudicabit populum suum, horrendum est incidere in manus Dei viventis. Quanto enim iudex iustior et fortior est, tanto magis timendum est. Ps. VII, 12: Deus iudex iustus et fortis. Ergo horrendum est incidere in manus eius. Dn. XIII, 23: melius est mihi absque opere incidere in manus vestras. Eccli. II, 22: si poenitentiam non egerimus, incidemus in manus Domini, et non in manus hominum. Sed contra, II R. ult., David tamquam melius praeelegit incidere in manus Dei. Respondeo. Dicendum est, quod homo peccat offendendo hominem, et offendendo Deum. Melius autem est incidere in manus hominis offendendo ipsum, quam in manus Dei ipsum offendendo. Vel dicendum est, quod melius est peccantem et contemnentem incidere in manus hominis, peccantem vero sed poenitentem in manus Dei. Et sic elegit David. Vel dicendum est quod usque ad iudicium non est horrendum in manus Dei incidere, qui iudicat misericorditer quamdiu est Pater misericordiarum, sed post iudicium horrendum est incidere in manus Dei, quando sicut Deus ultionum iustitias iudicabit. Modo enim sicut circumdatus infirmitate, quam aliquando expertus est, ex compassione misericorditer iudicat.
Jeudi de la Ière semaine de Carême
Collecte
Regardez, dans votre bienveillance, nous vous en supplions, Seigneur, la dévotion de votre peuple, afin que le fruit des bonnes œuvres fortifie et renouvelle selon l’esprit ceux qui mortifie leur corps par l’abstinence.
Lecture Ez. 18, 1-9
En ces jours-là, la parole du Seigneur me fut adressée en ces termes : Pourquoi donc proférez-vous ce proverbe, au sujet du pays d’Israël : "Les pères mangent du verjus, et les dents des fils en sont agacées ?" Je suis vivant, dit le Seigneur Dieu : Vous n’aurez plus lieu de proférer ce proverbe en Israël. Voici que toutes les âmes sont à moi : l’âme du fils comme l’âme du père est à moi ; l’âme qui pèche sera celle qui mourra. Si un homme est juste et pratique le droit et la justice ; s’il ne mange pas sur les montagnes et n’élève pas les yeux vers les idoles infâmes de la maison d’Israël ; s’il ne déshonore pas la femme de son prochain et ne s’approche pas d’une femme pendant sa souillure ; s’il m’opprime personne, s’il rend au débiteur son gage, s’il ne commet pas de rapines, s’il donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu ; s’il ne prête pas à usure et ne prend pas d’intérêt ; s’il détourne sa main de l’iniquité ; s’il juge selon la vérité entre un homme et un autre ; s’il suit mes préceptes et observe mes lois, en agissant avec fidélité, celui-là est juste ; il vivra, dit le Seigneur tout-puissant.
Évangile Mt. 15, 21-28
En ce temps-là : Jésus, étant parti, se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Et voilà qu’une femme cananéenne, sortie de ce pays-là, se mit à crier : "Ayez pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon." Il ne lui répondit pas un mot. Alors les disciples, s’étant approchés, le priaient en disant : "Renvoyez-la, car elle nous poursuit de ses cris." Il répondit : "Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël." Mais elle vint se prosterner devant lui, disant : "Seigneur, secourez-moi !" Il répondit : "Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens." - "Oui, Seigneur, dit-elle ; mais les petits chiens mangent des miettes, qui tombent de la table de leurs maîtres." Alors Jésus lui dit : "O femme, votre foi est grande : qu’il vous soit fait comme vous voulez." Et sa fille fut guérie à l’heure même.
Office
1ère leçon
Homélie de saint Jérôme, prêtre
Jésus laisse les scribes et les pharisiens calomniateurs et passe dans la région de Tyr et de Sidon pour guérir les Tyriens et les Sidoniens. Mais voilà qu’une Cananéenne sort du pays qui fut jadis le sien afin d’obtenir par ses cris la santé de sa fille. A noter que la guérison de la fille de la Cananéenne se place en quinzième lieu. « Ayez pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » Si elle avait appris à invoquer le fils de David, c’est qu’elle avait déjà quitté son pays, et avait renoncé à l’erreur des Tyriens et des Sidoniens en changeant de lieu et de foi.
2e leçon
« Ma fille est tourmentée par un démon. » Pour moi, je pense que la fille de la Cananéenne représente les âmes des croyants qui étaient tourmentées par le démon tant qu’elles ne connaissaient pas le Créateur et adoraient la pierre. « Mais il ne lui répondit pas un mot. » Ce n’est pas orgueil de pharisien, ce n’est pas dédain de scribe ; mais il ne voulait pas donner l’impression que lui-même contrevient à son ordre : « Ne prenez pas le chemin des nations païennes et n’entrez pas dans les villes des Samaritains. »] En effet, il ne voulait pas donner prise à ses calomniateurs et réservait la plénitude du salut des nations païennes au temps de la Passion et de la Résurrection.
3e leçon
« S’approchant de lui, ses disciples lui demandaient : Renvoie-la, car elle crie derrière nous. » Les disciples, qui à ce moment ignoraient encore les mystères du Seigneur, intercédaient en faveur de la Cananéenne, – qu’un autre évangéliste appelle Syro-Phénicienne –, soit que la compassion les touche, soit que le désir d’être débarrassé de son importunité les anime ; car elle redoublait ses cris comme pour un médecin non pas clément, mais impitoyable. Quant à lui, voici la réponse qu’il fait : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Non qu’il n’ait pas été envoyé aussi vers les nations païennes, mais il l’a d’abord été en Israël et comme ceux-ci n’ont pas accueilli l’Évangile, son passage vers les nations païennes se justifie.
La Station d’aujourd’hui est dans l’Église de Saint-Laurent in Paneperna, l’une de celles que la piété romaine a élevées en l’honneur du plus célèbre Martyr de la ville sainte.
LEÇON.
Cette lecture du Prophète nous donne à apprécier la miséricorde de Dieu envers les Gentils, qui vont bientôt passer des ténèbres à la lumière, par la grâce du saint Baptême. En vain le proverbe juif prétend que « les dents des enfants sont agacées, parce que celles des pères ont broyé les raisins verts » : Dieu, dès l’Ancien Testament, déclare que les péchés sont personnels, et que le fils de l’impie, s’il veut suivre la justice, trouvera la miséricorde et la vie. La prédication de l’Évangile par les Apôtres et leurs disciples fut un appel qui retentit dans toute la Gentilité ; et l’on vit bientôt les fils des races idolâtres se presser autour de la piscine du salut, abjurer les mauvaises œuvres de leurs pères, et devenir l’objet des complaisances du Seigneur. La même merveille apparut dans la conversion des barbares de l’Occident ; elle se continue de nos jours chez les peuples infidèles ; et de nombreux catéchumènes, cette année encore, recevront la régénération à la fête de Pâques.
Dans l’ordre temporel. Dieu punit souvent dans les fils l’iniquité des pères ; cette disposition de sa providence est utile à l’instruction des hommes, qui reçoivent par là de salutaires leçons ; mais, dans l’ordre moral, chacun est traité selon ses mérites ; et de même que Dieu n’impute pas au fils vertueux les iniquités du père, de même la vertu du père ne rachètera pas l’iniquité du fils. Saint Louis fut l’aïeul de Philippe le Bel, et Louis XVI était le petit-fils de Louis XV : ces contrastes se rencontrent dans beaucoup de familles. « Dieu a laissé l’homme dans la main de son conseil ; l’homme a devant lui la vie et la mort, le bien et le mal ; on lui donnera ce qu’il préfère]. » Mais telle est la miséricorde du Seigneur notre Dieu, que lorsque l’homme a fait un mauvais choix, s’il repousse le mal qu’il avait d’abord préféré, et s’il se tourne vers le bien, lui aussi vivra de la vie, et la pénitence lui rendra ce qu’il avait perdu.
ÉVANGILE.
Jésus admire la foi de cette femme ; il la loue, il la recommande à notre imitation. Cette femme cependant était d’une race païenne ; peut-être jusqu’alors avait-elle adoré les idoles ; mais elle vient au Sauveur ; l’amour maternel l’amène aux pieds de Jésus. Elle y obtient la guérison de sa fille, et sans doute aussi celle de son âme. C’est une application de la vérité consolante que nous trouvions tout à l’heure dans le Prophète : les élus sortent de toute race, même de la race maudite de Chanaan. Le Seigneur traite cette femme avec une dureté apparente, bien qu’il ait résolu de l’exaucer ; il veut que sa foi s’élève, qu’elle soit digne d’être récompensée. Prions donc avec instance dans ces jours de miséricorde. La fille de la Chananéenne était tourmentée par le démon dans son corps ; que d’âmes, dans toute l’Église, sont la proie de cet esprit infernal par le pèche mortel qui habite en elles ! Sentent-elles leur mal ? Songent-elles à crier vers le libérateur ? Et si d’abord il fait attendre la grâce du pardon, savent-elles s’humilier comme la femme de l’Évangile, qui accepte avec tant de simplicité le mépris que le Sauveur semble avoir pour elle ? Brebis perdues de la maison d’Israël, profitez du temps où vous possédez encore le Pasteur. Avant quarante jours, il sera misa mort, « et le peuple qui l’aura renié ne sera plus son peuple ». Avant quarante jours aussi, nous célébrerons l’anniversaire de ce grand Sacrifice ; et tout pécheur qui n’aura pas converti ses voies, qui ne sera pas venu à Jésus avec l’humilité de la Chananéenne, aura mérité d’être rejeté sans retour. Hâtons-nous donc de nous rendre dignes de la réconciliation. La table des enfants de Dieu est déjà dressée ; et telle est la générosité du père de famille, que si nous voulons revenir à lui du fond de notre cœur, ce ne sont point seulement les miettes tombées de cette table qu’il nous permettra de recueillir : c’est Jésus, le Pain de vie, qu’il nous donnera, en signe d’éternelle réconciliation.
Mercredi des Quatre-Temps
Oraison
Nous vous en supplions, Seigneur, daignez, dans votre clémence, exaucer nos prières, et étendre la droite de votre majesté pour nous préserver de tout ce qui nous est contraire.
Lecture Ex. 24, 12-18
En ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse : "Monte vers moi sur la montagne, et restes-y ; je te donnerai les tables de pierre, la loi et les préceptes que j’ai écrits pour leur instruction." Moïse se leva, avec Josué, son serviteur, et Moïse monta vers la montagne de Dieu. Il dit aux anciens : Attendez-nous ici, jusqu’à ce que nous revenions auprès de vous. Voici Aaron et Hur seront avec vous ; si quelqu’un a un différend, qu’il s’adresse à eux." Moïse monta vers la montagne, et la nuée couvrit la montagne ; la gloire du Seigneur reposa sur la montagne de Sinaï, et la nuée la couvrit pendant six jours. Le septième jour, le Seigneur appela Moïse du milieu de la nuée. L’aspect de la gloire du Seigneur était, aux yeux des enfants d’Israël, comme un feu dévorant sur le sommet de la montagne. Moïse entra au milieu de la nuée, et monta à la montagne ; et Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits.
Lecture 3 R. 19, 3-8
En ces jours-là, Élie, étant arrivé à Bersabée, qui appartient à Juda, y laissa son serviteur. Pour lui, il alla dans le désert l’espace d’une journée de marche ; arrivé là, il s’assit sous un genêt et demanda pour lui la mort, en disant : "C’est assez ! Maintenant, Seigneur, prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères !" Il se coucha et s’endormit sous le genêt. Et voici qu’un ange le toucha et lui dit : "Lève-toi, mange." Il regarda, et voici qu’il y avait à son chevet un gâteau cuit sur des pierres chauffées et une cruche d’eau. Après avoir mangé et bu, il se recoucha. L’ange du Seigneur vint une seconde fois, le toucha et dit : "Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi." Il se leva, mangea et but, et, avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, à Horeb.
Évangile Mt. 12, 38-50
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En ce temps-là : quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et dirent : "Maître, nous voudrions voir un signe de vous." Il leur répondit : "Une génération mauvaise et adultère réclame un signe : il ne lui sera donné d’autre signe que le signe du prophète Jonas. Car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. Les hommes de Ninive se dresseront, au (jour du) jugement, avec cette génération et la feront condamner, car ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et il y a ici plus que Jonas. La reine du Midi se lèvera au (jour du) jugement, avec cette génération et la fera condamner, car elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon. Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : "Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti." Et revenu, il la trouve libre, nettoyée et ornée. Alors il s’en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, et, étant entrés, ils y fixent leur demeure, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il pour cette génération mauvaise." Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : "Voici votre mère et vos frères qui se tiennent dehors, et ils cherchent à vous parler." Il répondit à l’homme qui lui disait cela : "Qui est ma mère et qui sont mes frères ?" Et étendant la main vers ses disciples, il dit : "Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère." |
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Postcommunion
Seigneur, que par la réception de votre sacrement, nous soyons purifiés de nos péchés cachés et délivrés des embûches que nous tendent nos ennemis.
Office
1ère leçon
Homélie de saint Ambroise, évêque
Le peuple juif une fois condamné, le mystère de l’Église s’exprime ici avec évidence : que ce soit par la pénitence dans la personne des Ninivites, ou par le désir de trouver la sagesse, dans celle de la Reine du Midi, elle se rassemble de toutes les régions du monde pour entendre les paroles de Salomon, le Pacifique. Reine, elle l’est assurément ; en son royaume, nulle division ; formée de peuples divers et distants dans l’espace, elle se dresse dans la stature d’un corps unique.
2e leçon
Aussi « ce mystère-là est grand par rapport au Christ et à l’Église » (Ep 5, 32), mais celui-ci est plus grand encore. L’autre a précédé, à titre de figure, mais à présent, le mystère s’accomplit en toute réalité ; là, Salomon n’est que le type, ici, le Christ est présent dans son corps. L’Église offre donc un double aspect, selon qu’on ignore le péché, ou que l’on cesse de pécher, car la pénitence détruit le péché, mais la sagesse, elle, veut l’éviter.
3e leçon
Par ailleurs, si le signe de Jonas figure la Passion du Seigneur, il atteste aussi la gravité des péchés commis par des Juifs. L’on peut y voir à la fois la proclamation de la majesté et le signe de la miséricorde. En effet, l’exemple des Ninivites annonce le châtiment, mais en même temps, il montre le remède. Dès lors, les Juifs non plus ne doivent pas désespérer du pardon, pourvu qu’ils consentent à faire pénitence.
Au jeûne quadragésimal vient se joindre aujourd’hui celui des Quatre-Temps. Vendredi et Samedi, nous aurons pareillement un double motif de pratiquer la pénitence. C’est la saison du printemps qu’il s’agit de consacrer à Dieu, lui en offrant les prémices dans le jeune et la prière ; c’est l’ordination des Prêtres et des Ministres sacrés sur laquelle il faut appeler les bénédictions d’en haut. Ayons donc un souverain respect pour ces trois jours.
Jusqu’au XIe siècle, le jeûne des Quatre-Temps du Printemps fut attaché à la première semaine de mars, et ceux de l’Été à la seconde semaine de juin. Un décret de saint Grégoire VII les fixa aux époques où nous les célébrons aujourd’hui : les Quatre-Temps du Printemps à la première semaine de Carême, et ceux de l’Été à la semaine de la Pentecôte.
La Station est aujourd’hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Honorons la Mère de Dieu, refuge des pécheurs, et prions-la d’offrir elle-même à notre juge l’humble tribut de nos satisfactions.
LEÇONS.
L’Église, qui, dans les Mercredis des Quatre-Temps, nous offre toujours deux lectures de la sainte Écriture, à la place de l’Épître de la Messe, réunit aujourd’hui les deux grands types du Carême dans l’Ancien Testament, Moïse et Elie, afin de relever dans nos pensées la dignité du jeûne quadragésimal, auquel Jésus-Christ lui-même est venu donner un caractère plus sacré encore, en réalisant dans sa personne ce que la Loi et les Prophètes n’avaient accompli qu’en figure.
Moïse et Elie jeûnent quarante jours et quarante nuits, parce qu’ils vont s’approcher de Dieu. Il faut que l’homme s’épure, qu’il se dégage du poids du corps, s’il veut se mettre en rapport avec celui qui est l’Esprit. Néanmoins, la vision de Dieu dont furent favorisés ces deux saints hommes fut très imparfaite : ils sentirent que le Seigneur était près d’eux, mais ils ne virent pas sa gloire. Depuis, le Seigneur s’est manifesté dans la chair, et l’homme l’a vu, il l’a entendu, il l’a touché de ses mains. Nous ne sommes pas du nombre de ces heureux mortels qui conversèrent avec le Verbe de vie ; mais, dans la divine Eucharistie, il fait plus que de se laisser voir : il entre en nous, il devient notre substance. Le plus humble fidèle dans l’Église possède Dieu plus pleinement que Moise sur le Sinaï, et Elie sur Horeb. Ne soyons donc pas étonnés si l’Église, pour nous préparer à cette faveur, dans la fête de Pâques, veut que nous traversions auparavant une épreuve de quarante jours, mais beaucoup moins rigoureuse que celle qui fut pour Moise et Élie la condition de la grâce que Jéhovah daigna leur faire.
ÉVANGILE.
Le Sauveur dénonce à Israël les châtiments qui l’attendent pour son aveuglement volontaire et pour la dureté de son cœur. Israël veut des prodiges pour croire ; il en est entouré, et il ne les voit pas. Tels sont les hommes de nos jours. Pour reconnaître le christianisme comme divin, il leur faudrait des preuves ; et cependant l’histoire est ouverte devant eux. Les événements présents rendent aussi leur témoignage ; mais rien ne les réveille. Ils s’en tiennent à leurs systèmes toujours déçus, et ils n’arriveront à comprendre que l’Église catholique est le fondement de la société, qu’au jour où la société qu’ils ont isolée eux-mêmes de l’Église s’écroulera dans l’abîme creusé par leurs mains. « Génération perverse et adultère », dit le Seigneur, contre laquelle s’élèveront les peuples infidèles qui n’ont point connu les institutions chrétiennes, et qui les eussent peut-être aimées et conservées. Craignons le sort des Juifs, auxquels le siège de Jérusalem, sa ruine même, ne purent ouvrir les yeux, et qui restent encore fidèles aux illusions de leur orgueil après un esclavage de dix-huit siècles. Au milieu des périls de la société, que les enfants de l’Église comprennent aussi leur responsabilité. Qu’ils se demandent pourquoi les sages du monde, les politiques de ce monde, ont cessé de compter avec eux ? Pourquoi, aujourd’hui encore, ces hommes ont tant de peine à apercevoir quelque part l’élément catholique ? C’est que les catholiques avaient délaissé l’Église et ses saintes pratiques. Chaque jour, une solitude plus grande se faisait remarquer dans nos Églises, les sacrements n’étaient plus fréquentés, le Carême n’était plus qu’un mot sur le calendrier.
Revenons non seulement à la foi de nos pères, mais à l’observation des lois chrétiennes : c’est alors que le Seigneur aura pitié de son peuple infidèle, à cause des justes qui seront dans son sein. L’apostolat de l’exemple produira ses fruits ; et si un faible faisceau de fidèles fut pour les peuples de l’empire romain ce levain dont parle le Sauveur, qui fait fermenter toute la pâte] : au milieu d’une société qui conserve encore plus d’éléments catholiques qu’elle ne le pense, notre zèle à confesser et à pratiquer les devoirs de la milice chrétienne ne demeurera point sans résultat.
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