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Vendredi de la IIème semaine de Carême

13 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Vendredi de la IIème semaine de Carême

Lecture Gn. 37, 6-22

En ces jours-là, Joseph dit à ses frères : Écoutez le songe que j’ai eu. Il me semblait que je liais avec vous des gerbes dans la campagne, que ma gerbe se leva et se tint debout, et que les vôtres, entourant la mienne, l’adoraient. Ses frères lui répondirent : Est-ce que tu seras notre roi, et serons-nous soumis à ta puissance ? Ces songes et ces entretiens allumèrent donc encore davantage l’envie et la haine qu’ils avaient contre lui. Il eut encore un autre songe, qu’il raconta à ses frères, en leur disant : J’ai vu en songe que le soleil, et la lune, et onze étoiles m’adoraient. Lorsqu’il eut rapporté ce songe à son père et à ses frères, son père lui en fit réprimande, et il lui dit : Que voudrait dire ce songe que tu as eu ? Est-ce que ta mère, tes frères et moi nous t’adorerons sur la terre ? Ainsi ses frères étaient transportés d’envie contre lui ; mais le père considérait tout cela en silence. Il arriva alors que les frères de Joseph s’arrêtèrent à Sichem, où ils faisaient paître les troupeaux de leur père. Et Israël dit à Joseph : Tes frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem ; viens, et je t’enverrai vers eux. Je suis tout prêt, lui dit Joseph. Jacob ajouta : Va, et vois si tes frères se portent bien, et si les troupeaux sont en bon état, et tu me rapporteras ce qui se passe. Ayant donc été envoyé de la vallée d’Hébron, il vint à Sichem ; et un homme, l’ayant trouvé errant dans la campagne, lui demanda ce qu’il cherchait. Il lui répondit : Je cherche mes frères ; je vous prie de me dire où ils font paître leurs troupeaux. Cet homme lui répondit : Ils se sont retirés de ce lieu, et j’ai entendu qu’ils se disaient : Allons vers Dothaïn. Joseph alla donc après ses frères, et il les trouva à Dothaïn. Lorsqu’ils l’eurent aperçu, de loin, avant qu’il se fût approché d’eux, ils résolurent de le tuer ; et ils se disaient l’un à l’autre : Voici notre songeur qui vient. Allons, tuons-le et jetons-le dans une vieille citerne ; nous dirons qu’une bête sauvage l’a dévoré, et après cela on verra à quoi ses songes lui auront servi. Ruben, les ayant entendus parler ainsi, tâchait de le tirer d’entre leurs mains, et il leur disait : Ne le tuez point et ne répandez point son sang, mais jetez-le dans cette citerne qui est au désert, et conservez vos mains pures. Il disait cela dans le dessein de le tirer de leurs mains et de le rendre à son père.

Évangile Mt, 21, 33-46.

En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs et aux princes des prêtres cette parabole : II y avait un père de famille qui planta une vigne, l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et y bâtit une tour ; puis il la loua à des vignerons, et partit pour un pays lointain. Or, lorsque le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recueillir les fruits de sa vigne. Mais les vignerons, s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et en lapidèrent un autre. Il leur envoya encore d’autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers, et ils les traitèrent de même. Enfin il leur envoya son fils, en disant : Ils auront du respect pour mon fils. Mais les vignerons voyant le fils, dirent entre eux : Voici l’héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. Et s’étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Lors donc que le maître de la vigne sera venu, que fera-t-il à ces vignerons ? Ils lui dirent : II fera périr misérablement ces misérables, et il louera sa vigne à d’autres vignerons, qui lui en rendront les fruits en leur temps. Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, celle-là même est devenue la tête de l’angle ; c’est le Seigneur qui a fait cela, et c’est une chose admirable à nos yeux ? C’est pourquoi, je vous dis que le royaume de Dieu vous sera enlevé, et qu’il sera donné à une nation qui en produira les fruits. Et celui qui tombera sur cette pierre, s’y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. Lorsque les princes des prêtres et les pharisiens eurent entendu ces paraboles, ils comprirent que Jésus parlait d’eux. Et cherchant à se saisir de lui, ils craignirent les foules, parce qu’elles le regardaient comme un prophète.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

Beaucoup d’auteurs font dériver de cette dénomination de vigne des sens variés ; mais Isaïe a exposé clairement que la vigne du Seigneur des armées n’était autre que la maison d’Israël. Quel est celui qui planta cette vigne, si ce n’est Dieu ? C’est donc lui qui la loua à des vignerons, et partit pour un voyage : non que le Seigneur soit allé d’un lieu dans un autre, lui qui demeure sans cesse présent partout : mais en ce sens qu’il est très proche de ceux qui travaillent avec amour et diligence, tandis qu’il est éloigné des négligents. Longtemps, il resta absent, afin de ne point paraître réclamer trop tôt les fruits de sa vigne. Aussi la persistance opiniâtre des vignerons dans leur mauvais vouloir est-elle d’autant plus inexcusable, que la bonté du maître a poussé plus loin l’indulgence.

2e leçon

Ce n’est pas sans raison qu’il est dit dans l’Évangile selon saint Matthieu, que le père de famille environna sa vigne d’une haie ; ce qui signifie que le Seigneur l’entoura du rempart de la protection divine, afin qu’elle ne fût pas facilement accessible aux incursions des bêtes spirituelles. « Et il y. creusa un pressoir. » Comment comprendrons-nous quel est ce pressoir, si ce n’est en nous souvenant qu’il y a des Psaumes intitulés : Pour les pressoirs, parce qu’en ceux-ci les mystères de la passion du Seigneur distillent plus abondamment, comme un vin échauffé par le Saint-Esprit ? Aussi l’on croyait ivres, [au jour de la Pentecôte], ceux qui étaient remplis de l’Esprit-Saint. Le Seigneur a donc aussi creusé un pressoir, afin que le jus du raisin mystérieux découlât par une infusion spirituelle.

3e leçon

« Il y bâtit une tour », c’est-à-dire qu’il y éleva le faîte de la loi ; et sa vigne étant ainsi fortifiée, pourvue et ornée, il la loua au peuple juif. « En la saison des fruits, il envoya ses serviteurs. » On ne dit pas que ce fut au temps de la récolte, mais au temps des fruits. Car les Juifs ne firent paraître aucun fruit ; il fut nul, le revenu de cette vigne dont le Seigneur a dit : « J’ai espéré qu’elle produirait des raisins, et elle n’a produit que des grappes sauvages. » Ses pressoirs n’ont pas regorgé d’un vin de joie, d’un vin doux spirituel, mais du sang des .Prophètes.

LEÇON.

La sainte Église reporte aujourd’hui notre attention sur la prévarication des Juifs, et sur ce qui en est résulté pour la vocation des Gentils ; dans cette instruction destinée aux Catéchumènes, puisons notre propre édification. Prenons d’abord dans une figure de l’Ancien Testament la notion du fait que nous allons voir accompli dans notre Évangile. Joseph est l’objet des complaisances de son père Jacob, qui voit en lui le fils de Rachel, son épouse préférée, et qui l’aime pour son innocence. Des songes prophétiques ont annoncé la future grandeur de cet enfant ; mais il a des frères ; et ces frères, poussés par une noire envie, ont résolu de le faire périr. Ce dessein impie n’est pas mis à exécution dans toute son étendue ; mais il s’accomplit dans une certaine mesure : Joseph ne reverra plus la terre qui l’a vu naître. Il est vendu à des marchands étrangers ; bientôt un noir cachot devient son séjour. Mais il en sort pour dicter des lois, non dans la terre de Chanaan qui l’a repoussé, mais au sein de l’Égypte païenne. Par lui, cette région de la gentilité, livrée à la plus affreuse famine, retrouve l’abondance et la paix ; et pour ne pas périr eux-mêmes dans le pays d’où ils l’ont exilé, les frères de Joseph sont réduits à descendre en Égypte et à venir implorer la clémence de celui qui fut leur victime. Qui ne reconnaît dans cette merveilleuse histoire le type de notre divin Rédempteur, Fils de Dieu et de Marie, en butte à la jalousie de sa propre nation, malgré les signes prophétiques qui se réalisent en lui jusqu’au dernier ? Sa mort est résolue comme celle de Joseph ; comme lui il est indignement vendu. Il traverse les ombres de la mort, pour reparaître ensuite plein de gloire et de puissance. Mais ce n’est plus à Israël qu’il prodigue les marques de sa prédilection ; il s’est tourné vers les Gentils, et il demeure avec eux désormais. C’est là que les restes d’Israël viendront le chercher, lorsque, voulant enfin rassasier la faim qui les presse, ils consentiront à reconnaître pour le véritable Messie ce Jésus de Nazareth, leur Roi, qu’ils ont crucifié.

ÉVANGILE.

Ce ne sont plus ici les ombres et les figures de l’antique alliance, qui ne nous montraient notre Rédempteur que dans le lointain et sous des traits empruntés ; nous sommes en face de la réalité même. Encore un peu de temps, et la victime trois fois sainte aura succombé sous les coups de ses envieux. Qu’elle est terrible et solennelle la parole de Jésus dans ces dernières heures ! Ses ennemis en sentent tout le poids ; mais, dans leur orgueil, ils veulent lutter jusqu’à la fin contre celui qui est la Sagesse du Père, s’obstinant à ne pas reconnaître en lui cette Pierre redoutable qui brise celui qui la heurte, et qui écrase celui sur lequel elle tombe. Cette Vigne, c’est la Vérité révélée, la règle de la foi et des mœurs, l’attente du Messie Rédempteur, l’ensemble des moyens du salut ; c’est aussi la famille des enfants de Dieu, son héritage, son Église. Dieu avait choisi la Synagogue pour être dépositaire d’un tel trésor ; il voulait que sa vigne fût gardée fidèlement, qu’elle fructifiât entre les mains des vignerons, qu’ils la reconnussent toujours pour son bien à lui, l’objet de ses complaisances. Mais dans son cœur sec et avare, la Synagogue a voulu s’approprier la Vigne du Seigneur. En vain a-t-il envoyé à diverses reprises ses Prophètes pour revendiquer ses droits : les vignerons infidèles les ont fait périr. Le Fils de Dieu, l’héritier, vient lui-même en personne. Le recevront-ils du moins avec honneur et déférence ? Rendront-ils hommage à son divin caractère ? Non ; ils ont formé l’affreux projet de le tuer, et, après l’avoir expulsé comme un étranger sacrilège, ils le mettront à mort. Accourez donc, ô Gentils ! Venez exercer la vengeance du Père ; ne laissez pas pierre sur pierre dans cette ville coupable qui a crié : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Mais vous ne serez pas seulement les ministres de la justice céleste ; vous êtes devenus l’objet de la prédilection du Seigneur. La réprobation de ce peuple ingrat vous ouvre les portes du salut. Soyez désormais les gardiens de la vigne jusqu’à la fin des siècles ; nourrissez-vous de ses fruits ; ils sont à vous. De l’Orient à l’Occident, du Midi à l’Aquilon, venez à la grande Pâque qui se prépare ; il y a place pour vous tous Descendez dans la piscine du salut, peuple nouveau formé de tous les peuples qui sont sous le ciel. Soyez la joie de L’Église votre Mère, qui ne cesse d’enfanter, jusqu’à ce que le nombre des élus étant rempli, son Époux descende comme un juge formidable pour condamner « ceux qui n’auront pas connu le temps de sa visite ».

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Jeudi de la II ème semaine de Carême

12 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Jeudi de la II ème semaine de Carême

Lecture Jr. 17, 5-10

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui se fait un bras de chair, et dont le cœur se retire du Seigneur. Il sera comme les bruyères dans le désert, et il ne verra pas arriver le bonheur ; mais il habitera au désert dans la sécheresse, dans une terre de sel et inhabitable, Béni soit l’homme qui se confie dans le Seigneur, et dont le Seigneur est l’espérance, il sera comme un arbre transplanté près des eaux qui étend ses racines vers l’humidité, et qui ne craint pas la chaleur lorsqu’elle est venue. Son feuillage sera toujours vert ; il ne sera point en peine au temps de la sécheresse, et il ne cessera jamais de porter du fruit. Le cœur de tous les hommes est mauvais et impénétrable ; qui pourra e connaître ? Moi, le Seigneur, je sonde le cœur, et j’éprouve les reins ; je rends à chacun selon sa voie et selon le fruit de ses pensées, dit le Seigneur tout-Puissant.

Évangile Lc. 16, 19-31.

En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens : Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de lin, et qui faisait chaque jour une chère splendide. Il y avait aussi un mendiant, nommé Lazare, qui était couché à sa porte, couvert d’ulcères, désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait ; mais les chiens venaient aussi, et léchaient ses plaies. Or il arriva que le mendiant mourut, et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l’enfer. Et levant les yeux, lorsqu’il était dans les tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein ; et s’écriant, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu’il trempe l’extrémité de son doigt dans l’eau, pour rafraîchir ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. Mais Abraham lui dit : Mon fils, souviens-toi que tu as reçu les biens pendant ta vie, et que Lazare a reçu de même les maux ; or maintenant il est consolé, et toi, tu es tourmenté. De plus, entre nous et vous un abîme a été établi ; de sorte que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, où de là venir ici, ne le peuvent pas. Le riche dit : Je vous supplie donc, père, de l’envoyer dans la maison de mon père ; car j’ai cinq frères, afin qu’il leur atteste ces choses, de peur qu’ils ne viennent eux aussi, dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent. Et il reprit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils feront pénitence. Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, quand même quelqu’un des morts ressusciterait, ils ne croiront pas.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Grégoire, pape

Que signifie, frères très chers, que signifie ce riche « qui s’habillait de pourpre et de linge fin et faisait chaque jour des festins splendides », sinon le peuple juif qui eut extérieurement un culte de vie ; qui se servit des délices de la loi reçue pour s’en faire gloire et non pour agir ? Et Lazare, couvert d’ulcères, qu’exprime-t-il en figure, sinon le peuple des nations ? S’étant converti à Dieu, il n’a pas rougi de confesser ses péchés, ce lui fut une lésion sur la peau. Car le virus est attiré des organes internes et se déclare au-dehors par une lésion de la peau.

2e leçon

Qu’est donc la confession des péchés sinon une sorte d’ouverture des lésions ? Parce que le virus du péché se déclare salutairement par la confession alors qu’il couvait pernicieusement dans l’âme. Car, les lésions de la peau attirent en surface l’humeur putride. Et, en confessant nos péchés) que faisons-nous d’autre que de déclarer le mal qui couvait en nous ? Mais Lazare, couvert de plaies, « aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; et personne ne le lui offrait. » Car ce peuple superbe dédaignait d’admettre un païen à la connaissance de la loi.

3e leçon

Puisque la doctrine de la loi portait ce peuple à l’élèvement, non à la charité, il s’enflait comme d’une richesse reçue ; et parce que les paroles débordaient de sa science, elles tombaient comme des miettes de la table. D’autre part, les chiens venaient lécher les plaies de ce pauvre qui gisait là. Souvent, dans le langage sacré, les chiens désignent les prédicateurs ; car la langue des chiens, en léchant une plaie, la guérit. De la même manière, les saints docteurs, quand ils nous instruisent lors de la confession de notre péché, touchent, pour ainsi dire, la plaie de notre âme avec la langue.

LEÇON.

Les lectures de ce jour sont consacrées à fortifier dans nos cœurs les principes de la morale chrétienne. Détournons un instant les yeux du triste spectacle que nous offre la malice des ennemis du Sauveur ; reportons-les sur nous-mêmes, afin de connaître les plaies de nos âmes et d’en préparer le remède. Le prophète Jérémie nous présente aujourd’hui le tableau de deux situations pour l’homme ; laquelle des deux est la nôtre ? Il y a l’homme qui met sa confiance dans un bras de chair, c’est-à-dire qui ne considère sa vie que dans les conditions du présent, qui voit tout dans les créatures, et se trouve par là même entraîné à violer la loi du Créateur. Tous nos péchés sont venus de cette source ; nous avons perdu de vue nos fins éternelles, et la triple concupiscence nous a séduits. Hâtons-nous de revenir au Seigneur notre Dieu : autrement, nous aurions à craindre le sort dont le Prophète menace le pécheur : Quand le bien arrivera, il ne le verra pas. La sainte Quarantaine avance dans son cours ; les grâces les plus choisies se multiplient à chaque heure ; malheur à l’homme qui, distrait par la vaine figure de ce monde qui passe, ne s’aperçoit de rien, et demeure, en ces saints jours, stérile pour le ciel, comme la bruyère du désert l’est pour la terre ! Qu’il est grand, le nombre de ces aveugles volontaires, et que leur insensibilité est effrayante ! Enfants fidèles de la sainte Église, priez pour eux, priez sans cesse ; offrez au Seigneur à leur intention les œuvres de votre pénitence, les largesses de votre charité. Chaque année, plusieurs d’entre eux rentrent au bercail, dont la porte leur a été ouverte par les pieux suffrages de leurs frères ; faisons violence à la divine miséricorde.

Le Prophète nous dépeint ensuite l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, et qui, n’ayant pas d’autre espérance que lui, veille sans cesse à lui être fidèle. C’est un bel arbre au bord des eaux, dont le feuillage est toujours vert, et dont les fruits sont abondants. « Je vous ai établis, dit le Sauveur, afin que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Devenons cet arbre béni et toujours fécond. L’Église, en ce saint temps, répand sur ses racines l’eau de la componction ; laissons agir cette eau bienfaisante. Le Seigneur pénètre nos cœurs ; il sonde nos désirs de conversion ; et, quand la Pâque sera venue, « il rendra à chacun selon sa voie ».

ÉVANGILE.

Nous voyons dans ce récit la sanction des lois divines, le châtiment du péché ; combien le Seigneur nous y apparaît redoutable ! et « qu’il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » Un homme est aujourd’hui dans le repos, dans les jouissances, dans la sécurité ; l’inévitable mort vient fondre sur lui, et le voilà enseveli tout vivant dans l’enfer. Haletant au milieu des flammes éternelles, il implore une goutte d’eau, et cette goutte d’eau lui est refusée. D’autres hommes, ses semblables, qu’il a vus de ses yeux, il y a peu d’heures, sont dans un autre séjour, dans le séjour d’une félicité éternelle, et un immense abîme le sépare d’eux pour jamais. Sort effroyable ! Désespoir sans fin ! Et des hommes, sur la terre, vivent et meurent souvent sans avoir un seul jour sondé cet abîme, même de leur simple pensée ! Heureux donc ceux qui craignent ! Car cette crainte peut les aider à soulever le poids qui les entraînerait dans le gouffre sans fond. Quelles épaisses ténèbres le péché a répandues dans l’âme de l’homme ! Des gens sages, prudents, qui ne commettront jamais une faute dans la gestion de leurs affaires de ce monde, sont insensés, stupides, quand il s’agit de l’éternité. Quel affreux réveil ! Et le malheur est sans remède. Afin de rendre la leçon plus efficace, le Sauveur ne nous a pas raconté la réprobation d’un de ces grands scélérats dont les crimes font horreur, et que les mondains eux-mêmes regardent comme la proie de l’enfer ; il nous représente un de ces hommes tranquilles, d’un commerce aimable, faisant honneur à leur position. Ici, point de forfaits, point d’atrocités ; le Sauveur nous dit simplement qu’il était vêtu avec luxe, qu’il faisait tous les jours bonne chère. Il y avait bien un pauvre mendiant à sa porte ; mais il ne le maltraitait pas ; il eût pu le chasser plus loin ; il le souffrait sans insulter à sa misère. Pourquoi donc ce riche sera-t-il dévoré éternellement par les ardeurs de ce feu que Dieu a allumé dans sa colère ? C’est parce que l’homme qui vit dans le luxe et la bonne chère, s’il ne tremble pas à la pensée de l’éternité, s’il ne comprend pas qu’il doit « user de ce monde comme n’en usant pas », s’il est étranger à la croix de Jésus-Christ, est déjà vaincu par la triple concupiscence. L’orgueil , l’avarice, la luxure, se disputent son cœur, et finissent par y dominer d’autant plus qu’il ne songe pas même à rien faire pour les abattre. Cet homme ne lutte pas : c’est qu’il est vaincu ; et la mort s’est établie dans son âme. Il ne maltraite pas le pauvre ; mais il se souviendra trop tard que le pauvre est plus que lui, et qu’il fallait l’honorer et le soulager. Ses chiens ont eu plus d’humanité que lui ; et voilà pourquoi Dieu l’a laissé s’endormir jusqu’au bord de l’abîme où il doit tomber. Dira-t-il qu’il n’a pas été averti ? Il avait Moïse et les Prophètes ; plus que cela, il avait Jésus et son Église. Il a en ce moment la sainte Quarantaine qui a été annoncée pour lui ; mais se donne-t-il la peine de savoir même ce que c’est que ce temps de grâce et de pardon ? Il l’aura traversé sans s’en être douté ; mais il aura en même temps fait un pas de plus vers l’éternel malheur.

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Mercredi de la IIème semaine de Carême

11 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Mercredi de la IIème semaine de Carême

Lecture Est. 13, 8-11 et 15-17.

En ces jours-là, Mardochée pria le Seigneur, se souvenant de toutes ses œuvres, et il dit : Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, toutes choses sont soumises à votre pouvoir, et nul ne peut résister à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël. Vous avez fait le ciel et la terre, et tout ce qui est contenu dans l’enceinte du ciel. Vous êtes le Seigneur de, toutes choses, et nul ne peut résister a votre majesté. Maintenant donc, Seigneur, roi, Dieu d’Abraham, ayez pitié de votre peuple parce que nos ennemis veulent nous perdre et détruire votre héritage. Ne méprisez pas ce peuple qui est votre partage, que vous avez racheté de l’Égypte pour vous. Exaucez ma prière, et soyez propice à une nation qui est votre part et votre héritage, et changez, Seigneur, notre deuil en joie, afin que pendant notre vie nous glorifiions votre nom, et ne fermez pas la bouche de ceux qui vous louent, ô Seigneur notre Dieu.

Evangile

En ce temps-là, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part les douze disciples, et leur dit : Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort ; et ils le livreront aux gentils, pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; et il ressuscitera le troisième jour. Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de lui avec ses deux fils, et se prosterna en lui demandant quelque chose. Il lui dit : Que veux-tu ? Ordonnez, lui dit-elle, que mes deux fils, que voici, soient assis l’un à votre droite, et l’autre à votre gauche, dans votre royauté. Mais Jésus répondit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? Ils lui dirent : Nous le pouvons. Il leur dit : Oui, vous boirez mon calice ; quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous le donner ; ce sera pour ceux auxquels mon Père l’a préparé. Les dix, ayant entendu cela, s’indignèrent contre les deux frères. Mais Jésus les appela à lui, et leur dit : Vous savez que les princes des nations les dominent, et que les grands exercent la puissance sur elles. Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; mais que celui qui voudra devenir le plus grand parmi vous soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier parmi vous soit votre esclave ; de même que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et pour donner sa vie comme la rançon d’un grand nombre.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Ambroise, évêque

Considérez ce que la mère des fils de Zébédée demande avec eux et pour eux. C’est bien une mère : sa sollicitude pour l’honneur de ses fils lui inspire des désirs dont la mesure est exagérée, sans doute, mais digne d’indulgence. Et c’est une mère avancée en âge, soucieuse des choses de Dieu, privée de secours. A ce moment où elle aurait dû recevoir de ses fils en pleine force d’âge assistance et soutien, elle consent à leur éloignement et préfère à son propre bien-être la récompense qui leur reviendra, à eux, pour avoir suivi le Christ. En effet, dès le premier appel du Seigneur, nous l’avons lu, « laissant leur barque et leur père ils le suivirent. »

2e leçon

Cette femme donc, trop prompte à écouter sa tendresse maternelle, supplie le Sauveur en disant : « Ordonne que mes deux fils qui sont ici, s’asseyent l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Si faute il y a, elle part cependant du dévouement maternel. C’est que le cœur d’une mère est incapable de patience ; son désir traduit la soif de posséder, mais cette avidité est excusable : ce n’est pas à l’argent qu’elle aspire, mais bien plutôt à la grâce. Et sa demande n’est pas inconvenante : ce n’est pas à elle-même qu’elle pense mais à ses enfants. Elle est mère, songez-y, elle est mère, ne l’oubliez pas.

3e leçon

Le Christ est attentif à la tendresse de cette mère qui trouve dans la récompense de ses fils la consolation de son grand âge et, tourmentée de soucis maternels, supporte l’absence d’enfants très chers. N’oubliez pas qu’elle est femme, qu’elle appartient à ce sexe faible que le Seigneur n’a pas encore fortifié par sa propre Passion. Voyez, dis-je, cette héritière d’Ève, de la première femme : elle succombe à la convoitise immodérée qui s’est transmise à toutes par voie de succession. Le Seigneur ne l’avait pas encore rachetée par son propre sang, le Christ n’avait pas encore lavé dans l’effusion de son sang cette recherche désordonnée d’honneurs excessifs, implantée dans le cœur de toutes. C’est donc sous l’effet d’un égarement héréditaire que la femme péchait.

LEÇON.

Ce cri, poussé vers le ciel en faveur d’un peuple condamné à périr tout entier, représente les supplications des justes de l’Ancien Testament pour le salut du monde. Le genre humain était en butte à la rage de l’ennemi infernal figuré par Aman. Le Roi des siècles avait prononcé l’arrêt fatal : Vous mourrez de mort. Qui pouvait désormais faire révoquer la sentence ? Esther l’osa auprès d’Assuérus, et elle fut écoutée. Marie s’est présentée devant le trône de l’Éternel ; et c’est elle qui, par son Fils divin, écrase la tête du serpent auquel nous devions être livrés. L’arrêt sera donc annulé, et nul ne mourra, si ce n’est ceux qui voudront mourir. L’Église aujourd’hui, émue des dangers auxquels est en proie un si grand nombre de ses enfants, qui si longtemps ont vécu dans le péché, intercède pour eux, en empruntant la prière de Mardochée. Elle supplie son Époux de se rappeler qu’autrefois il les tira de la terre d’Égypte ; qu’ils sont devenus par le baptême les membres de Jésus-Christ, l’héritage du Seigneur. Elle le conjure de remplacer leur deuil par les joies pascales, et de ne pas fermer par la mort ces bouches trop souvent coupables, mais qui aujourd’hui ne s’ouvrent que pour demander grâce, et qui, lorsque le pardon sera descendu, éclateront en cantiques de reconnaissance envers le divin libérateur.

ÉVANGILE.

Le voici devant nous celui qui s’est dévoué pour apaiser la colère du Roi des siècles et pour sauver son peuple de la mort. C’est lui, le fils de la nouvelle Esther et aussi le Fils de Dieu, qui s’approche pour briser l’orgueil d’Aman, au moment même où ce perfide croit triompher. Il se dirige vers Jérusalem, car c’est là que doit se donner le grand combat. Il avertit ses disciples de tout ce qui va se passer. Il sera livré aux princes des prêtres, qui le déclareront digne de mort ; ceux-ci le mettront au pouvoir du gouverneur et des soldats romains. Il sera couvert d’opprobres, flagellé et crucifié ; mais, le troisième jour, il ressuscitera glorieux. Les Apôtres entendirent tous cette prophétie que Jésus leur fit, les ayant tirés à part ; car l’Évangile nous dit que ce fut aux douze qu’il parla. Judas était présent, et aussi Pierre, Jacques et Jean, que la transfiguration de leur Maitre sur le Thabor avait mieux instruits que les autres de la sublime dignité qui résidait en lui. Et cependant tous l’abandonnèrent. Judas le vendit, Pierre le renia, et la terreur dispersa le troupeau tout entier, lorsque le Pasteur fut en butte à la violence de ses ennemis. Nul ne se souvint qu’il avait annoncé sa résurrection pour le troisième jour, si ce n’est peut-être Judas, que cette pensée rassura, quand une basse cupidité lui fit commettre la trahison. Tous les autres ne virent que le scandale de la croix ; et c’en fut assez pour éteindre leur foi et pour les faire rompre avec leur Maître. Quelle leçon pour les chrétiens de tous les siècles ! Combien elle est rare, cette estime de la croix qui la fait considérer, pour soi-même et pour les autres, comme le sceau de la prédilection divine !

Hommes de peu de foi, nous nous scandalisons des épreuves de nos frères, et nous sommes tentés de croire que Dieu les a abandonnés parce qu’il les afflige ; hommes de peu d’amour, la tribulation de ce monde nous semble un mal, et nous regardons comme une dureté de la part du Seigneur ce qui est pour nous le comble de sa miséricorde. Nous sommes semblables à la mère des fils de Zébédée : il nous faut près du Fils de Dieu une place glorieuse, apparente, et nous oublions que, pour la mériter, il faut boire le calice qu’il a bu lui-même, le calice de la Passion. Nous oublions aussi la parole de l’Apôtre, « que pour entrer en part avec Jésus dans sa gloire, il faut avoir goûté à ses souffrances » ! Le Juste n’est point entré dans son repos par les honneurs et parles délices ; le pécheur ne l’y suivra point sans avoir traversé la voie de l’expiation.

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Mardi de la IIème semaine de Carême

10 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Mardi de la IIème semaine de Carême

Lecture 3 R. 17, 8-16.

En ces jours-là, la parole du Seigneur fut aussi adressée à Élie de Thesbé : Allez à Sarepta des Sidoniens, et demeurez-y ; car j’ai commandé à une femme veuve de vous y nourrir. Élie se leva et s’en alla à Sarepta. Lorsqu’il fut venu à la porte de la ville, il aperçut une femme veuve qui ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : Donnez-moi un peu d’eau dans un vase afin que je boive. Tandis qu’elle allait lui en chercher, il lui cria derrière elle : Apportez-moi aussi, je vous prie, une bouchée de pain dans votre main. Elle lui répondit : Vive le Seigneur votre Dieu, je n’ai point de pain ; j’ai seulement dans un pot autant de farine qu’on peut en prendre avec trois doigts, et un peu d’huile dans un petit vase. Je viens ramasser ici deux morceaux de bois pour aller apprêter à manger à moi et à mon fils, afin que nous mourions ensuite. Élie lui dit : Ne craignez point, et faites comme vous avez dit ; mais faites d’abord pour moi, de ce petit reste de farine, un petit pain cuit sous la cendre et apportez-le-moi, et vous en ferez après cela pour vous et pour votre fils. Car voici ce que dit le Seigneur, Dieu d’Israël : La farine qui est dans ce pot ne manquera point, et l’huile qui est dans ce petit vase ne diminuera pas, jusqu’au jour où le Seigneur doit faire tomber la pluie sur la terre. Cette femme s’en alla donc, et fit ce qu’Élie lui avait dit. Et Élie mangea, et elle, et sa maison ; et depuis ce jour, la farine du pot ne manqua point, et l’huile du petit vase ne diminua pas, selon que le Seigneur l’avait prédit par Élie.

Évangile Mt. 23, 1-12

En ce temps-là, Jésus parla aux foules et à ses disciples en disant : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et faites tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent, et ils ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants et insupportables, et ils les mettent sur les épaules des hommes ; mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes ; c’est pourquoi ils portent de larges phylactères et de longues franges. Ils aiment les premières places dans les festins, et les premières chaires dans les synagogues, et à être salués dans les places publiques, et à être appelés Rabbi par les hommes. Mais vous, ne vous faites point appeler Rabbi, car vous n’avez qu’un seul Maître, et vous êtes tous frères. Et ne donnez à personne sur la terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, qui est dans les cieux. Et qu’on ne vous appelle point maîtres, car vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ. Celui qui est le plus grand parmi vous, sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera, sera humilié, et quiconque s’humiliera, sera élevé.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Jérôme, prêtre

Est-il douceur, est-il bonté plus grande que celle du Seigneur ? Les pharisiens le tentent, leurs pièges s’écroulent, et selon les mots du psalmiste : « Dieu leur a tiré une flèche, soudaines ont été leurs blessures » et néanmoins, par respect pour la dignité de leur sacerdoce et de leur titre, il exhorte les foules à leur être soumises, en considérant non leurs œuvres, mais leur doctrine. En disant : « Les scribes et les pharisiens se sont installés dans la chaire de Moïse », il désigne par le mot « chaire » l’enseignement de la loi. Et ce qui est dit dans le psaume : « Il ne s’est pas assis dans la chaire de pestilence », et « Il renversa les chaires des marchands de colombes », nous devons le comprendre dans le sens de la doctrine.

2e leçon

« Ils attachent des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » Ceci s’adresse d’une manière générale à tous les maîtres qui commandent des choses pesantes et n’en font pas de moindres. Notons d’ailleurs que les mots épaules, doigts, fardeaux et liens qui servent à fixer les fardeaux doivent s’entendre au sens spirituel. « Toutes leurs actions, ils les font pour être vus des hommes. » Ainsi quiconque agit en quoi que ce soit pour être vu des hommes est un scribe et un pharisien.

3e leçon

« Ils portent de larges phylactères et de longues franges, ils aiment la première place dans les banquets, les premiers sièges dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, et qu’on les appelle ‘Rabbi’. » Malheur à nous, misérables ! à qui sont passés les vices des pharisiens. Quand le Seigneur eut donné par l’intermédiaire de Moïse les commandements de la loi, il conclut : « Tu les attacheras à ta main et sur ton front comme un bandeau. » En voici le sens : Que mes préceptes soient dans ta main pour que tu les réalises dans tes actes ; qu’ils soient sur ton front pour que tu les médites jour et nuit. Les pharisiens ont mal interprété ; ils se sont mis à écrire le Décalogue de Moïse, c’est-à-dire les dix paroles de la loi, sur des bouts de parchemins qu’ils pliaient et attachaient à leur front pour s’en faire comme une couronne sur leur tête : ils les emportaient toujours avec eux sur leur front.

LEÇON.

L’instruction des Catéchumènes se poursuit, à l’aide des faits évangéliques qui vont se développant de jour en jour ; et l’Église continue de prendre dans l’Ancien Testament les indices prophétiques qui se réaliseront dans la malédiction des Juifs et la vocation des Gentils. Aujourd’hui, c’est Élie, ce personnage mystérieux qui nous tient fidèle compagnie pendant le Carême ; c’est lui qui vient mettre en action les jugements que Dieu portera un jour sur son peuple ingrat. Une sécheresse de trois ans a réduit aux abois le royaume d’Israël, sans qu’il ait songé à se convertir au Seigneur. Élie cherche encore quelqu’un qui veuille le nourrir. Nourrir le Prophète de Dieu, c’est une grande faveur, car Dieu est avec lui. Cet homme de miracle se dirigera-t-il vers quelque maison du royaume d’Israël ? Passera-t-il dans la terre de Juda ? Non ; il se tourne vers les régions de la gentilité ; c’est au pays de Sidon qu’il se rend, à Sarepta, chez une pauvre veuve. C’est chez cette humble femme qu’il transporte la bénédiction d’Israël. Le Sauveur lui-même a relevé cette circonstance, où paraît si visiblement la justice de Dieu contre les Juifs et sa miséricorde envers nous. « En vérité, je vous le dis, il y avait dans Israël beaucoup de veuves au temps d’Élie ; et cependant il ne fut envoyé à aucune d’elles, mais bien à la veuve de Sarepta, dans la terre de Sidon. »

Cette pauvre femme est donc le type de la gentilité appelée à la foi. Aussi, voyons quels caractères frappants nous présente cette histoire symbolique. Il s’agit d’une veuve sans appui, sans protection ; c’est la gentilité délaissée, n’ayant personne qui la défende contre l’ennemi du genre humain. Pour nourrir la mère et l’enfant, il ne reste plus qu’un peu de farine et un peu d’huile, après quoi il faudra mourir ; c’est l’image de l’affreuse disette de vérités que souffrait le monde païen, dont la vie était près de s’éteindre quand l’Évangile lui fut annoncé. Dans cette extrémité, la veuve de Sarepta reçoit le Prophète avec humanité et confiance ; elle ne doute point de sa parole, et elle est sauvée, elle et son fils. C’est ainsi que la gentilité accueillit les Apôtres, lorsque, secouant la poussière de leurs pieds, ils se virent contraints de tourner le dos à l’infidèle Jérusalem. Nous voyons la veuve tenant dans ses mains deux morceaux de bois ; ce double bois, au jugement de saint Augustin, de saint Césaire d’Arles et de saint Isidore de Séville, échos de la tradition primitive du christianisme, est la figure de la Croix. Avec ce bois, la veuve cuit le pain qui doit la nourrir, parce que c’est de la Croix que procède pour les gentils la nourriture et la vie, par Jésus qui est le Pain vivant. Tandis qu’Israël demeure dans la disette et la sécheresse, l’Église des Gentils ne voit défaillir en son sein ni la farine du froment céleste, ni l’huile, symbole de force et de douceur. Gloire soit donc à Celui qui nous a appelés du sein des ténèbres à l’admirable lumière de la foi ! Mais tremblons à la vue des malheurs que l’abus des grâces a attirés surtout un peuple. Si la justice de Dieu n’a pas reculé devant la réprobation d’une nation, s’arrêtera-t-elle devant notre endurcissement volontaire ?

ÉVANGILE.

Les docteurs de la Loi sont encore assis sur la chaire de Moïse ; Jésus veut qu’on écoute leur enseignement. Mais cette chaire, qui est une chaire de vérité, malgré l’indignité de ceux qui y sont assis, ne restera plus longtemps au sein d’Israël. Caïphe prophétisera encore, parce qu’il est pontife en cette année ; mais sa chaire, qu’il a souillée par d’indignes passions, va bientôt être enlevée et transférée au milieu de la gentilité. Jérusalem, qui aura renié le divin libérateur, va perdre ses honneurs ; et bientôt Rome, le centre de la puissance païenne, verra s’élever dans ses murs cette même chaire qui était la gloire d’Israël, du haut de laquelle se proclamaient les prophéties si visiblement accomplies en Jésus. Cette chaire ne sera plus ébranlée désormais, quelle que soit la fureur des portes de l’enfer ; elle sera toujours l’espoir fidèle des nations qui recevront d’elle l’indéfectible témoignage de la vérité. C’est ainsi que le flambeau de la foi qui luisait dans Jacob a été déplacé, mais ne s’est pas éteint. Jouissons de sa lumière, et méritons par notre humilité que ses rayons viennent toujours jusqu’à nous.

Quelle a été la cause de la perte d’Israël ? Son orgueil. Il s’est complu dans les dons que Dieu avait accumulés sur lui ; il n’a pas voulu reconnaître un Messie dépourvu de toute gloire humaine ; il s’est révolté d’entendre dire à Jésus que les Gentils participeraient au salut, et il a voulu, par le plus grand des forfaits, étouffer cette voix qui lui reprochait la dureté de son cœur. Ces hommes superbes, à la veille du jour de la vengeance divine, que tout leur annonce être prochain, n’ont rien perdu de leur arrogance. C’est toujours le même faste, le même mépris impitoyable pour les pécheurs. Le Fils de Dieu s’est fait le fils de l’homme ; il est notre maître, et c’est lui qui nous sert ; apprenons à cet exemple le prix de l’humilité. Si on nous nomme Maître, si on nous appelle Père, n’oublions pas que nul n’est maître, que nul n’est père que par le Seigneur notre Dieu. Le maître digne de ce nom est celui par la bouche duquel Jésus-Christ enseigne ; et celui-là seul est vraiment père qui reconnaît que son autorité paternelle ne vient que de Dieu ; car, comme le dit l’Apôtre, « c’est du Père de notre Seigneur Jésus-Christ que découle toute paternité au ciel et sur la terre ».

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Lundi de la IIème semaine de Carême

9 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Lundi de la IIème semaine de Carême

Lecture Dn. 9, 15-19

En ces jours-là, Daniel adressa cette prière au Seigneur : Seigneur notre Dieu, qui avez tiré votre peuple du pays d’Égypte avec une main puissante, et qui vous êtes fait un nom tel qu’il est aujourd’hui, nous avons péché, nous avons commis l’iniquité. Seigneur, selon toute votre justice, je vous en conjure, que votre colère et votre fureur se détournent de votre ville de Jérusalem et de votre montagne sainte ; car, à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères, Jérusalem et votre peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous environnent. Maintenant donc, écoutez, notre Dieu, les prières et les supplications de votre serviteur ; montrez votre face sur votre sanctuaire, qui est désert ; faites-le pour vous-même. Abaissez, mon Dieu, votre oreille et écoutez ; ouvrez vos yeux, et voyez notre désolation et cette ville sur laquelle votre nom a été invoqué ; car ce n’est pas à cause de notre justice que nous vous présentons humblement nos prières, mais à cause de vos nombreuses miséricordes. Exaucez, Seigneur, apaisez-vous, Seigneur ; soyez attentif et agissez ; ne tardez pas, mon Dieu, pour vous-même, parce que votre nom a été invoqué sur cette ville et sur votre peuple, ô Seigneur notre Dieu.

Évangile Jn. 8, 21-29

En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où je vais, vous ne pouvez venir. Les Juifs disaient donc : Est-ce qu’il se tuera lui-même, puisqu’il dit : Là où je vais, vous ne pouvez venir ? Et il leur dit : Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde ; moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés ; car, si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous ? Jésus leur répondit : Je suis le principe, moi qui vous parle. J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous. Mais celui qui m’a envoyé est véridique, et ce que j’ai appris de lui, je le dis dans le monde. Ils ne comprirent pas qu’il disait que Dieu était son Père. Jésus leur dit donc : Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez, qui je suis et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle de ce que le Père m’a enseigné. Et celui qui m’a envoyé est avec moi, et il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

 

Office

1ère leçon

Homélie de saint Augustin, évêque

Le Seigneur a parlé aux Juifs en ces termes : « Je m’en vais. » Pour le Christ Seigneur, la mort fut un départ vers ce lieu d’où il venait, d’où jamais il ne s’était éloigné. « Je m’en vais, dit-il, et vous me chercherez », non par désir, mais par haine. Car après qu’il se fût éloigné loin des regards des hommes, ceux-là qui le haïssaient, ceux-là qui l’aimaient, tous le cherchèrent, les uns par la persécution, les autres par le désir de la possession. Le Seigneur dit lui-même, dans les psaumes, par le prophète : « Le refuge se dérobe à moi, pas un qui cherche mon âme ». Et encore, à un autre endroit dans un psaume : « Honte et déshonneur sur tous ceux-là qui cherchent mon âme »

2e leçon

Le Christ a tenu pour coupables ceux qui ne cherchaient point son âme. Il a condamné ceux qui la recherchaient. C’est un bien en effet de chercher l’âme du Christ mais comme les disciples l’ont cherchée, et c’est un mal de chercher l’âme du Christ, mais comme les Juifs l’ont cherchée, ceux-là pour la posséder, ceux-ci pour la perdre. Aussi qu’ajoute-t-il à ses paroles à l’intention de ceux qui le cherchaient à la manière mauvaise, d’un cœur pervers ? « Vous me chercherez, mais » – pour que vous ne pensez pas que vous me cherchez bien, – « vous mourrez dans votre péché. » C’est là mal chercher le Christ : mourir dans son péché. C’est là haïr celui par qui seul on peut être sauvé.

3e leçon

Tandis que les hommes dont l’espoir est en Dieu ne doivent point rendre le mal, même pour le mal, ceux-ci rendaient le mal pour le bien. Le Seigneur leur prédit donc leur sort ; dans sa prescience, il prononce le jugement : ils mourront dans leur péché. Ensuite, il ajoute : « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir. » Ceci, il l’a dit aussi à ses disciples à un autre endroit, néanmoins, il ne leur a pas dit : « Vous mourrez dans votre péché. » Qu’a-t-il dit au juste ? Dans les mêmes termes qu’à ceux-là : « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir. » Il n’enlève pas l’espoir, mais il prédit le retard. Quand le Seigneur parlait ainsi à ses disciples, alors, ils ne pouvaient venir là où il allait, mais plus tard, ils y viendraient. Jamais par contre, n’y viendraient ceux-là auxquels, dans sa prescience, il a dit : « Vous mourrez dans votre péché. »

LEÇON.

Cette lamentable supplication que Daniel adressait à Dieu du sein de la captivité de Babylone fut exaucée ; et après soixante-dix ans d’exil, Israël revit sa patrie, releva le Temple du Seigneur, et reprit le cours de ses destinées merveilleuses. Mais voici qu’aujourd’hui encore, et depuis dix-huit siècles, ces tristes paroles du Prophète sont à peine l’expression suffisante de la nouvelle désolation qui est venue fondre sur Israël. La fureur de Dieu est sur Jérusalem, les ruines mêmes du temple ont péri, le peuple toujours vivant est dispersé par toute la terre et donné en spectacle aux nations. Une malédiction pèse sur lui ; il est errant comme Caïn ; et Dieu veille à ce qu’il ne soit jamais anéanti. Terrible problème pour la science rationaliste ; mais pour le chrétien, châtiment toujours visible du plus grand des forfaits. Telle est l’explication de ce phénomène : « La lumière est venue au milieu des ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. » Si les ténèbres eussent accepté la lumière, aujourd’hui elles ne seraient plus ténèbres ; mais il n’en fut pas ainsi : Israël a mérité son abandon. Plusieurs de ses fils ont consenti à reconnaître le Juste, et ils sont devenus enfants de la lumière ; et c’est même par eux que la lumière s’est levée sur le monde entier. Quand le reste d’Israël ouvrira-t-il les yeux ? Quand ce peuple consentira-t-il à adresser au Seigneur la prière de Daniel ? Il la possède, il la lit souvent : et elle ne pénètre point jusqu’à son cœur fermé par l’orgueil. Nous, les derniers venus de la famille, prions pour nos aînés. Quelques-uns d’entre eux, chaque année, se séparent de la masse maudite ; ils viennent demander à Jésus de les admettre dans le nouvel Israël. Que leur arrivée soit bénie ; et daigne le Seigneur, dans sa bonté, faire que leur nombre s’accroisse de plus en plus, afin que toute créature humaine adore en tous lieux le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avec son Fils Jésus-Christ qu’il a envoyé !

ÉVANGILE.

Je m’en vais : parole terrible ! Jésus est venu pour sauver ce peuple ; il n’a rien épargné pour lui prouver son amour. Ces jours derniers, nous l’avons vu repousser durement la Chananéenne, et dire qu’il n’est venu que pour les brebis perdues de la maison d’Israël ; et ces brebis perdues méconnaissent leur pasteur. Il avertit les Juifs qu’il va se retirer bientôt, et qu’ils ne pourront le suivre où il va : cette parole ne les éclaire pas. Ses œuvres attestent qu’il est venu du ciel ; mais eux ne songent qu’à la terre. Toute leur espérance est dans un Messie terrestre et glorieux à la façon des conquérants. C’est donc en vain que Jésus passe au milieu d’eux en faisant le bien, en vain que la nature est soumise à ses lois, en vain que sa sagesse et sa doctrine surpassent tout ce que les hommes ont entendu de plus sublime ; Israël est sourd, il est aveugle. Les plus farouches passions fermentent dans son cœur ; elles ne seront satisfaites que le jour où la Synagogue pourra laver ses mains dans le sang du Juste. Mais en ce jour, la mesure sera comblée, et la colère de Dieu fera un exemple qui doit retentir dans tous les siècles. On frissonne en songeant aux horreurs de ce siège de Jérusalem, de cette extermination de la ville et du peuple qui avaient demandé la mort de Jésus. Le Sauveur lui-même nous dit que depuis le commencement du monde il n’y avait jamais eu un si affreux désastre, et que la suite des siècles n’en verra pas un pareil. Dieu est patient ; il attend avec longanimité ; mais quand sa fureur si longtemps contenue vient à éclater, elle entraîne tout, et les monuments de ses vengeances sont l’effroi de toutes les générations qui viennent après. O pécheurs, qui jusqu’aujourd’hui n’avez tenu aucun compte des avertissements de l’Église, qui n’avez pas songé encore à convertir votre cœur au Seigneur votre Dieu, tremblez à cette parole : Je m’en vais. Si ce Carême passe comme les autres, sans vous avoir changés. sachez que cette menace vous regarde : Vous mourrez dans votre péché. Voulez-vous aussi demander la mort du Juste, dans quelques jours ? Crierez-vous aussi : Qu’il soit crucifié ? Prenez-y garde : il a brisé un peuple entier, un peuple qu’il avait comblé de faveurs, qu’il avait protégé et sauvé mille fois ; ne vous flattez pas qu’il vous ménage. Il faut qu’il triomphe ; si ce n’est par la miséricorde, ce sera par la justice.

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IIème dimanche de Carême

8 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

IIème dimanche de Carême

Introït

Souvenez-vous de vos bontés, Seigneur, et de votre miséricorde qui datent des siècles passés. Que nos ennemis ne triomphent jamais de nous. Dieu d’Israël, délivrez-nous de toutes nos tribulations. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir.

Collecte

O Dieu, qui voyez que nous n’avons de nous-mêmes aucune force, gardez-nous au dedans et au dehors, afin que notre corps soit préservé de toute Adversité, et notre âme purifiée de toute pensée mauvaise. Par Notre-Seigneur.

Épître 1 Th. 4, 1-7

Mes frères, nous vous demandons et vous conjurons dans le Seigneur Jésus, qu’ayant appris de nous comment vous devez marcher et plaire à Dieu, vous marchiez ainsi, de manière à progresser de plus en plus. En effet, vous savez quels préceptes je vous ai donnés de la part du Seigneur Jésus ! Car la volonté de Dieu est que vous soyez saints ; que vous vous absteniez de la fornication ; que chacun de vous sache posséder le vase de son corps dans la sainteté et l’honnêteté, et non en suivant les convoitises de la passion, comme les païens, qui ne connaissent pas Dieu ; et que personne à cet égard ne trompe son frère, et ne lui fasse tort, parce que le Seigneur tire vengeance de toutes ces choses, comme nous l’avons déjà dit et attesté. Car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la sanctification en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Évangile Mt, 17, 1-9

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec lui. Alors Pierre prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit ; et voici qu’une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. Les disciples, l’entendant, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Lorsqu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de ce que vous avez vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

Secrète

Nous vous en supplions, Seigneur, jetez un regard favorable sur ce présent sacrifice, afin qu’il augmente notre piété et contribue à notre salut. Par Notre-Seigneur.

Postcommunion

Nous vous adressons d’ardentes supplications, Dieu tout-puissant, afin qu’à ceux que vous nourrissez de vos sacrements, vous accordiez aussi de vous servir dignement en ayant une conduite qui vous soit agréable. Par Notre-Seigneur.

Office

4e leçon

Du livre de saint Augustin, évêque, contre le Mensonge

Ce que fit Jacob, sous l’influence maternelle, de façon à paraître tromper son père, se révèle, au regard attentif de la foi diligente, non pas comme un mensonge, mais comme un mystère. Si nous disons : « Mensonges que tout cela », alors, toutes les paraboles, toutes ces figures pour exprimer n’importe quelles réalités qui ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais qui veulent faire comprendre une chose par une autre, seront aussi des mensonges ? Ah ! non, vraiment, non ! Celui qui pense ainsi va-t-il étendre cette calomnie à toutes les locutions figurées qui sont tellement nombreuses ? Il en est une qui porte le nom même de métaphore, c’est-à-dire « emprunt d’un terme propre à une chose pour le transférer à une autre à laquelle il n’appartient pas en propre ». Alors, pourrait-on, à ce compte, parler de mensonge ?

5e leçon

Ce qui est signifié, voilà certes ce qui est dit. Telles paroles sont jugées mensonges parce que la vraie signification n’en est pas comprise parce que l’on croit dites des choses fausses. Pour que ceci devienne plus clair par des exemples, prête attention à l’action même de Jacob. Certes, il couvre ses membres de peaux de chevreau. Si nous recherchons le motif immédiat, nous penserons : il a menti. Il agit ainsi afin d’être pris pour celui qu’il n’est pas. Mais si ce fait est rapporté à cette signification figurée qui est la cause même de son accomplissement alors, les peaux de chevreau représentent les péchés, et celui qui s’en est recouvert est la figure de celui-là même qui a porté, non ses péchés, mais ceux des autres.

6e leçon

En aucune façon, la signification vraie ne peut donc être dite mensonge. Il en est ainsi pour l’action, ainsi de même pour les paroles. Car lorsque son père lui demanda : « Qui es-tu, mon fils ? » celui-ci répondit : « Je suis Ésaü, ton premier-né. » Si nous rapportons ceci à ces deux jumeaux, il semblera qu’il y ait mensonge, si au contraire, nous les rapportons à cette réalité en vue de laquelle ces paroles et ces gestes figuratifs ont été consignés par écrit, c’est lui qu’il faut comprendre ici, dans son corps qui est son Église, lui qui a dit, en parlant de cet événement : « Vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, tandis que vous-mêmes serez jetés dehors... » et « L’on viendra du levant et du couchant du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers ». C’est ainsi que le frère plus jeune d’une certaine manière a enlevé à son aîné la priorité et en a transféré les droits sur lui-même.

7e leçon

Homélie de saint Léon, pape

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère » et, ayant gravi avec eux une haute montagne, à l’écart, il leur manifesta l’éclat de sa gloire. Car ils avaient certes reconnu en lui la majesté de Dieu, mais ils ignoraient encore la puissance détenue par ce corps qui cachait la divinité. Et voilà pourquoi il avait promis en termes formels et précis que certains des disciples présents « ne goûteraient pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son royaume », c’est-à-dire avec l’éclat royal qui convenait spécialement à la nature humaine assumée et qu’il voulut rendre visible à ces trois hommes. Car, pour ce qui est de la vision ineffable et inaccessible de la Divinité elle-même, - vision réservée aux purs de cœur, pour la vie éternelle, des êtres encore revêtus d’une chair mortelle ne pouvaient en aucune façon la contempler ni même la voir.

8e leçon

Lorsque le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me complais, écoutez-le », n’entendit-on pas clairement : « Celui-ci est mon Fils » pour qui être de moi et être avec moi est une réalité qui échappe au temps ? Car ni celui qui engendre n’est antérieur à l’engendré, ni l’engendré n’est postérieur à celui qui l’engendre. « Celui-ci est mon Fils » : de moi ne le sépare pas la divinité, ne le divise pas la puissance, ne le distingue pas l’éternité. « Celui-ci est mon Fils », non adoptif, mais propre, non créé d’ailleurs, mais engendré de moi, non d’une autre nature et rendu comparable à moi, mais né de mon essence, égal à moi.

9e leçon

« Celui-ci est mon Fils », « toutes choses ont été faites par lui, et rien n’a été fait sans lui » : il fait comme moi tout ce que je fais, et quelle que soit l’œuvre que j’opère, il opère avec moi d’une action inséparable et nullement différente de la mienne. « Celui-ci est mon Fils » qui ne convoita pas de ravir le rang qui l’égalait à moi et ne s’en est pas emparé par usurpation ; mais demeurant dans la condition de ma gloire pour exécuter notre commun dessein de réparer la race humaine il abaissa jusqu’à la condition d’esclave l’immuable divinité (cf. Ph 2, 6-7). Celui-ci en qui je prends pour tout ma complaisance, dont la prédication me manifeste, dont l’humilité me glorifie, écoutez-le sans hésitation, car il est, lui vérité et vie, il est ma puissance et ma sagesse.

La sainte Église propose aujourd’hui à nos méditations un sujet d’une haute portée pour le temps où nous sommes. La leçon que le Sauveur donna un jour à trois de ses Apôtres, elle nous l’applique à nous-mêmes, en ce second Dimanche de la sainte Quarantaine. Efforçons-nous d’y être plus attentifs que ne le furent les trois disciples de notre Évangile, lorsque leur Maître daigna les préférer aux autres pour les honorer d’une telle faveur.

Jésus s’apprêtait à passer de Galilée en Judée pour se rendre à Jérusalem, où il devait se trouver pour la fête de Pâques. C’était cette dernière Pâque qui devait commencer par l’immolation de l’agneau figuratif, et se terminer par le Sacrifice de l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Jésus ne devait plus être inconnu à ses disciples. Ses œuvres avaient rendu témoignage de lui, aux yeux même des étrangers ; sa parole si fortement empreinte d’autorité, sa bonté si attrayante, sa patience à souffrir la grossièreté de ces hommes qu’il avait choisis pour sa compagnie : tout avait dû contribuera les attacher à lui jusqu’à la mort. Ils avaient entendu Pierre, l’un d’entre eux, déclarer par un mouvement divin qu’il était le Christ, Fils du Dieu vivant ; mais cependant l’épreuve qui se préparait allait être si redoutable pour leur faiblesse, que Jésus voulut, avant de les y soumettre, leur accorder encore un dernier secours, afin de les prémunir contre la tentation.

Ce n’était pas seulement, hélas ! pour la synagogue que la Croix pouvait devenir un sujet de scandale ; Jésus, à la dernière Cène, disait devant ses Apôtres réunis autour de lui : « Vous serez tous scandalisés, en cette nuit, à mon sujet ». Pour des hommes charnels comme eux, quelle épreuve de le voir traîné chargé de chaînes par la main des soldats, conduit d’un tribunal à l’autre, sans qu’il songe même à se défendre ; de voir réussir cette conspiration des Pontifes et des Pharisiens si souvent confondus par la sagesse de Jésus et par l’éclat de ses prodiges ; de voir le peuple qui tout à l’heure lui criait hosannah demander sa mort avec passion ; de le voir enfin expirer sur une croix infâme, entre deux larrons, et servir de trophée à toutes les haines de ses ennemis !

Ne perdront-ils pas courage, à l’aspect de tant d’humiliations et de souffrances, ces hommes qui depuis trois années se sont attachés à ses pas ? Se souviendront-ils de tout ce qu’ils ont vu et entendu ? La frayeur, la lâcheté ne glaceront-elles pas leurs âmes, au jour où vont s’accomplir les prophéties qu’il leur a faites sur lui-même ? Jésus du moins veut tenter un dernier effort sur trois d’entre eux qui lui sont particulièrement chers : Pierre, qu’il a établi fondement de son Église future, et à qui il a promis les clefs du ciel ; Jacques, le fils du tonnerre, qui sera le premier martyr dans le collège apostolique, et Jean son frère, qui est appelé le disciple bien-aimé. Jésus veut les mener à l’écart, et leur montrer, durant quelques instants, l’éclat de cette gloire qu’il dérobe aux yeux des mortels jusqu’au jour de la manifestation.

Il laisse donc les autres disciples dans la plaine, près de Nazareth, et se dirige, avec les trois préférés, vers une haute montagne appelée le Thabor, qui tient encore à la chaîne du Liban, et dont le Psalmiste nous a dit qu’elle devait tressaillir au nom du Seigneur. A peine Jésus est-il arrivé sur le sommet de cette montagne que tout à coup, aux yeux étonnés des trois Apôtres, son aspect mortel disparaît ; sa face est devenue resplendissante comme le soleil ; ses vêtements si humbles ont pris l’éclat d’une neige éblouissante. Deux personnages dont la présence était inattendue sont là sous les yeux des Apôtres, et s’entretiennent avec leur Maître sur les souffrances qui l’attendent à Jérusalem. C’est Moïse, le législateur, couronné de rayons ; c’est Elie, le prophète, enlevé sur un char de feu, sans avoir passé par la mort. Ces deux grandes puissances de la religion mosaïque, la Loi et la Prophétie, s’inclinent humblement devant Jésus de Nazareth. Et non seulement les yeux des trois Apôtres sont frappés de la splendeur qui entoure leur Maître et qui sort de lui ; mais leur cœur est saisi d’un sentiment de bonheur qui les arrache à la terre. Pierre ne veut plus descendre de la montagne ; avec Jésus, avec Moïse et Elie, il désire y fixer son séjour. Et afin que rien ne manque à cette scène sublime, où les grandeurs de l’humanité de Jésus sont manifestées aux Apôtres, le témoignage divin du Père céleste s’échappe du sein d’une nuée lumineuse qui vient couvrir le sommet du Thabor, et ils entendent Jéhovah proclamer que Jésus est son Fils éternel.

Ce moment de gloire pour le Fils de l’homme dura peu ; sa mission de souffrances et d’humiliations l’appelait à Jérusalem. Il retira donc en lui-même cet éclat surnaturel ; et lorsqu’il rappela à eux les Apôtres, que la voix tonnante du Père avait comme anéantis, ils ne virent plus que leur Maître. La nuée lumineuse du sein de laquelle la parole d’un Dieu avait retenti s’était évanouie ; Moïse et Elie avaient disparu. Se souviendront-ils du moins de ce qu’ils ont vu et entendu, ces hommes honorés d’une si haute faveur ? La divinité de Jésus demeurera-t-elle désormais empreinte dans leur souvenir ? Quand l’heure de l’épreuve sera venue, ne désespéreront-ils pas de sa mission divine ? Ne seront-ils pas scandalisés de son abaissement volontaire ? La suite des Évangiles nous répond.

Peu de temps après, ayant célébré avec eux sa dernière Cène, Jésus conduit ses disciples sur une autre montagne, sur celle des Oliviers, à l’orient de Jérusalem. Il laisse à l’entrée d’un jardin le plus grand nombre d’entre eux ; et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il pénètre avec eux plus avant dans ce lieu solitaire. « Mon âme est triste jusqu’à la mort, leur dit-il ; demeurez ici, veillez un peu avec moi. » Et il s’éloigne à quelque distance pour prier son Père. Nous savons quelle douleur oppressait en ce moment le cœur du Rédempteur. Quand il revient vers ses trois disciples, une agonie affreuse avait passé sur lui ; une sueur de sang avait traversé jusqu’à ses vêtements. Au milieu d’une crise si terrible, les trois Apôtres veillent-ils du moins avec ardeur, dans l’attente du moment où ils vont avoir à se dévouer pour lui ? Non ; ils se sont endormis lâchement ; car leurs yeux sont appesantis. Encore un moment, et tous s’enfuiront, et Pierre, le plus ferme de tous, jurera qu’il ne le connaît pas.

Plus tard, les trois Apôtres, témoins de la résurrection de leur Maître, désavouèrent par un repentir sincère cette conduite honteuse et coupable ; et ils reconnurent la prévoyante bonté avec laquelle le Sauveur les avait voulu prémunir contre la tentation, en se faisant voir à eux dans sa gloire, si peu de temps avant les jours de sa Passion. Nous, chrétiens, n’attendons pas de l’avoir abandonné et trahi, pour reconnaître sa grandeur et sa divinité. Nous touchons à l’anniversaire de son Sacrifice ; nous aussi, nous allons le voir humilié par ses ennemis et écrasé sous la main de Dieu. Que notre foi ne défaille pas à ce spectacle ; l’oracle de David qui nous le représente semblable à un ver de terre que l’on foule aux pieds, la prophétie d’Isaïe qui nous le dépeint comme un lépreux, comme le dernier des hommes, l’homme de douleurs : tout va s’accomplir à la lettre. Souvenons-nous alors des splendeurs du Thabor, des hommages de Moïse et d’Élie, de la nuée lumineuse, de la voix du Père immortel des siècles. Plus Jésus va s’abaissera nos yeux, plus il nous faut le relever par nos acclamations, disant avec la milice des Anges, et avec les vingt-quatre vieillards que saint Jean, l’un des témoins du Thabor, a entendus dans le ciel : « Il est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir la puissance et la divinité, la sagesse et la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction ! »

BOSSUET SECOND SERMON POUR LE IIe DIMANCHE DE CARÊME,
SUR LA PAROLE DE DIEU.

 

Hic est Filius meus dilectus in quo mihi bene complacui; ipsum audite.

 

Celui-ci est mon Fils bien-aimé dans lequel je me suis plu ; écoutez-le. Mt. XVII, 5.

 

Je n'entreprends pas de vous raconter toute la gloire du Thabor, ni toute la magnificence de la transfiguration de notre  Sauveur. Je ne vous dirai pas avec saint Basile de Séleucie que le soleil, plus surpris qu'au jour qu'il fut arrêté par Josué, fut étonné d'apercevoir un autre soleil plus resplendissant que lui et ce qu'il n'avait jamais vu jusqu'à ce temps, de se voir obscurci lui-même par une lumière étrangère, lui devant qui toute autre lumière cède et disparaît.

Je m'arrête à écouter cette voix du Père céleste : C'est ici mon Fils bien-aimé dans lequel je me suis plu ; écoutez-le. Mais je ferai une remarque qui me semble très importante. Moïse et Elie avaient paru auprès du Sauveur en grande majesté : Visi in majestate : la loi et les prophètes viennent lui rendre témoignage et le reconnaître. Mais ce qui nous doit faire entendre l'autorité du Seigneur Jésus, c'est que saint Marc et saint Luc ont observé qu'en même temps que fut entendue cette voix du Père céleste qui nous commande d'écouter son Fils, Moïse et Elie disparurent; ils entrèrent dans une nuée, et Jésus se trouva tout seul : Et dùm fieret vox, inventus est Jesus solus. Que si vous me demandez d'où vient que Moïse et Elie se cachent à cette parole, je vous en expliquerai le mystérieux secret, tel qu'il nous est exposé par le Docteur des Gentils dans la divine Épître aux Hébreux. « Dieu, dit le grand Apôtre, ayant parlé autrefois à nos pères en différentes manières par la bouche des prophètes (remarquez ces mots, autrefois, maintenant, dans les derniers temps), il nous a parlé par son propre Fils. » C'est pourquoi dans le même temps que Jésus-Christ paraît comme maître, Moïse et Elie se retirent; la loi, tout impérieuse qu'elle est, tient à gloire de lui céder; les prophètes, tout clairvoyants qu'ils sont, se vont néanmoins cacher dans la nuée, comme s'ils disaient au divin Jésus par cette action: Nous avons parlé autrefois au nom et par l'ordre de votre Père : Olim Deus; maintenant que vous ouvrez votre bouche, et que « l'Unique qui était dans le sein du Père» vient lui-même expliquer les secrets du Ciel, notre commission est expirée, notre autorité se confond dans l'autorité supérieure, et n'étant que les serviteurs, nous cédons humblement la parole au Fils.

Chrétiens, c'est cette parole du Fils qui résonne de tous côtés dans les chaires évangéliques. Ce n'est plus sur la chaire de Moïse que nous sommes assis, mais sur la chaire de Jésus-Christ, d'où nous faisons retentir sa voix et son Évangile. Venez apprendre dans quel esprit on doit écouter notre parole, ou plutôt la parole du Fils de Dieu même, par les prières de celle qui le conçut, dit saint Augustin, premièrement par l'ouïe, et qui, par l'obéissance qu'elle rendit à la parole éternelle, se rendit digne de la concevoir dans ses bénites entrailles. Ave, Maria.

 

Le temple de Dieu, chrétiens, a deux places augustes et vénérables, je veux dire l'autel et la chaire, là se présentent les requêtes, ici se publient les ordonnances ; là les ministres des choses sacrées parlent à Dieu de la part du peuple, ici ils parlent au peuple de la part de Dieu ; là Jésus-Christ se fait adorer dans la vérité de son corps, il se fait reconnaître ici dans la vérité de sa parole. Il y a une très étroite alliance entre ces deux places sacrées, et les œuvres qui s'y accomplissent ont un rapport admirable. De l'un et de l'autre de ces deux endroits est distribuée aux enfants de Dieu une nourriture céleste : Jésus-Christ prêche dans l'un et dans l'autre. Là rappelant en notre pensée la mémoire de sa passion et nous apprenant par même moyen à nous sacrifier avec lui, il nous prêche d'une manière muette ; ici il nous donne des instructions animées par la vive voix. Et si vous voulez encore un plus grand rapport, là par l'efficace du Saint-Esprit et par des paroles mystiques auxquelles on ne doit point penser sans tremblement, se transforment les dons proposés au corps de notre Seigneur Jésus-Christ; ici par le même esprit et encore par la puissance de la parole divine, doivent être secrètement transformés les fidèles de Jésus-Christ pour être faits son corps et ses membres.

C'est à cause de ce rapport admirable entre l'autel et la chaire, que quelques docteurs anciens n'ont pas craint de prêcher aux fidèles qu'ils doivent approcher de l'un et de l'autre avec une vénération semblable; et sur ce sujet, chrétiens, vous serez bien aises d'entendre des paroles remarquables de saint Augustin, qui sont renommées parmi les savants et que je rapporterai en leur entier dès le commencement de ce discours, auquel elles doivent servir de fondement. Voici comme parle ce grand évêque : « Je vous demande, mes frères, laquelle de ces deux choses vous semble de plus grande dignité, la parole de Dieu ou le corps de Jésus-Christ? Si vous voulez dire la vérité, vous répondrez sans doute que la parole de Jésus-Christ ne vous semble pas moins estimable que son corps; ainsi donc, autant que nous apportons de précaution pour ne pas laisser tomber à terre le corps de Jésus-Christ qu'on nous présente, nous en devons autant apporter pour ne pas laisser tomber de notre cœur la parole de Jésus-Christ qu'on nous annonce, parce que celui-là n'est pas moins coupable qui écoute négligemment la sainte parole, que celui qui laisse tomber par sa faute le corps même de Jésus-Christ (S. August., Serm. CCC, n. 2. Append). «Voilà les propres termes de saint Augustin, qui me donnent lieu, chrétiens, d'approfondir aujourd'hui ce secret rapport entre le mystère de l'Eucharistie et le ministère de la parole, parce que je ne trouve rien de plus efficace pour attirer le respect à la sainte prédication, ni rien aussi de plus convenable pour expliquer les dispositions avec lesquelles il la faut entendre.

Ce rapport dont nous parlons consiste en trois choses que je vous prie d'écouter attentivement. Je dis premièrement, chrétiens, qu'avec la même religion que vous désirez que l'on vous donne à l'autel la vérité du corps de Notre-Seigneur, vous devez désirer aussi que l'on vous prêche en la chaire la vérité de sa parole : c'est la première disposition. Mais il faut encore passer plus avant. Car comme il ne suffit pas que vous receviez au dehors la vérité de ce pain céleste, et que vous vous sentez obligés d'ouvrir la bouche du cœur plutôt même que celle du corps, ainsi pour bien entendre la sainte parole, vous devez être attentifs au dedans et prêter l'oreille du cœur. Ce n'est pas assez, chrétiens, et voici la perfection du rapport et la consommation du mystère. Comme en recevant dans le cœur cette nourriture sacrée, vous devez tellement vous en sustenter qu'il paroisse à votre bonne disposition que vous avez été nourris à la table du Fils de Dieu, ainsi vous devez profiter de sorte de sa parole divine, qu'il paroisse par votre vie que vous avez été instruits dans son école. Si vous vous mettez aujourd'hui dans ces saintes dispositions, vous écouterez Jésus-Christ de la manière qu'il veut qu'on l'écoute : Ipsum audite. Vous écouterez au dehors la vérité de sa parole ; vous écouterez au dedans sa prédication intérieure, enfin vous l'écouterez par une fidèle pratique, en vous montrant ses disciples par l'obéissance : Ipsum audite.

Madame, cette matière est digne de l'audience que nous donne aujourd'hui Votre Majesté. C'est principalement aux rois de la terre qu'il faut apprendre à écouter Jésus-Christ dans les saintes prédications, afin qu'ils entendent du moins en public cette vérité qu'on leur déguise en particulier par tant de sortes d'artifices, et que la parole de Dieu qui est un ami qui ne flatte pas, les désabuse des flatteries de leurs courtisans. Votre Majesté, Madame, y donne peu d'attention, et comme elle est déjà prévenue d'un grand amour pour la vérité, elle croira facilement ce que je vais tâcher de prouver, qu'il ne faut chercher dans les chaires que la vérité éternelle.

 

PREMIER POINT.

 

Les chrétiens délicats qui ne connaissant pas la croix du Sauveur, qui est le grand mystère de son royaume, cherchent partout ce qui les flatte et ce qui les délecte, même dans le temple de Dieu, s'imaginent être innocents de désirer dans les chaires les discours qui plaisent et non ceux qui touchent et qui édifient, et énervent par ce moyen toute l'efficace de l'Évangile. Pour les désabuser aujourd'hui de cette erreur dangereuse, voici la proposition que j'avance, que comme il n'y a aucun homme assez insensé pour ne chercher pas à l'autel la vérité du mystère, aussi aucun ne doit être assez téméraire pour ne chercher pas en la chaire la pureté de la parole : c'est ce que j'ai à faire voir dans ce premier point. J'espère que la preuve sera concluante.

Pour établir ce rapport, je pose ce fondement nécessaire, que selon le conseil de Dieu dans la dispensation du mystère du Verbe incarné, il devait se montrer aux hommes en deux manières différentes. Premièrement il devait paraître en la vérité de sa chair, secondement il devait paraître dans la vérité de sa parole. Et voici la raison solide de ces différentes apparitions, c'est qu'étant le Sauveur du monde, il devait nécessairement se manifester par tout le monde. Par conséquent il ne suffit pas qu'il se montre dans la Judée et dans un coin de la terre, il faut qu'il paroisse par tous les endroits où la volonté de son Père lui a prédestiné des élus, si bien que ce même Jésus qui s'est montré seulement dans la Palestine par la vérité de sa chair, a été ensuite porté par tout l'univers par la vérité de sa parole, et c'est en cet état, chrétiens, qu'il se découvre maintenant à nous, en attendant le jour bienheureux où nous le verrons dans sa gloire.

Ce mystère que je vous prêche paraît assez clairement dans notre évangile de la Transfiguration. Car c'est une chose digne de remarque, que dans le même moment que saint  Pierre admirant Jésus environné de lumière, se veut faire un domicile sur le Thabor pour jouir éternellement de sa vue, dans le même moment, chrétiens, adhuc eo loquente, « tandis qu'il parlait encore, » la gloire de Jésus-Christ disparaît, un nuage couvre les disciples, d'où sortit cette voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. » Comme s'il eût dit à saint Pierre, ou plutôt en sa personne aux fidèles qui devaient suivre : Cette vie mortelle et caduque n'est pas le temps de voir Jésus-Christ, un nuage le dérobera à vos yeux lorsqu'il ira prendre sa place dans la gloire du sein paternel. Mais ne croyez pas toutefois que vous en perdiez tout à fait la vue. Car en cessant de le voir dans la vérité de son corps, vous le pourrez toujours contempler dans la vérité de sa doctrine. Écoutez-le seulement, et regardez ce divin Maître dans son Évangile, dans lequel il s'est lui-même renfermé : Ipsum audite. C'est ce qui a fait dire à Tertullien dans le livre de la Résurrection, que la parole de vie est comme la chair du Fils de Dieu : Itaque sermonem constituens vivificatorem..., eumdem etiam carnem suam dixit (De Resurrect. carn., n. 37, p. 406); et au savant Origène, que la parole qui nourrit les âmes est une espèce de second corps dont le Fils de Dieu s'est revêtu : Panis quem Deus verbum corpus suum esse fatetur, verbum est nutritorium animarum (Homil. XXXV in Mt). Que veulent-ils dire, Messieurs, et quelle ressemblance ont-ils pu trouver entre le corps de notre Sauveur et la parole de son Évangile ? Voici le fond de cette pensée : c'est que le Fils de Dieu retirant de nous cette apparence visible, et désirant néanmoins demeurer encore avec ses fidèles, a pris comme une espèce de second corps, je veux dire la parole de son Évangile, qui est en effet comme un corps dont la vérité est revêtue; et par le moyen de ce nouveau corps, âmes saintes, il vit et il converse encore avec nous, il agit et il travaille encore pour notre salut, il prêche et il nous donne tous les jours des enseignements de vie éternelle, il renouvelle à nos yeux tous ses mystères.

Maintenant, pour ne rien confondre, faisons cette réflexion sur toute la doctrine précédente. Si vous l'avez assez entendue, vous devez maintenant être convaincus que les prédicateurs de l'Évangile ne montent pas dans les chaires pour y faire de vains discours qu'il faille entendre pour se divertir. A Dieu ne plaise que nous le croyions! Ils y montent dans le même esprit qu'ils vont à l'autel; ils y montent pour y célébrer un mystère, et un mystère semblable à celui de l'Eucharistie. Car le corps de Jésus-Christ n'est pas plus réellement dans le sacrement adorable, que la vérité de Jésus-Christ est dans la prédication évangélique. Dans le mystère de l'Eucharistie, les espèces que vous voyez sont des signes ; mais ce qui est enfermé dedans, c'est le corps même de Jésus-Christ. Et dans les discours sacrés, les paroles que vous entendez sont des signes; mais la pensée qui les produit et celle qu'elle porte dans vos esprits, c'est la doctrine même du Fils de Dieu.

Que chacun parle ici à sa conscience et s'interroge soi-même en quel esprit il écoute. Que chacun pèse devant Dieu si c'est un crime médiocre de ne faire plus, comme nous faisons, qu'un divertissement et un jeu du plus grave, du plus important, du plus nécessaire emploi de l'Église. Car c'est ainsi que les saints conciles nomment le ministère de la parole. Mais pensez maintenant, mes frères, quelle est l'audace de ceux qui attendent ou exigent même des prédicateurs autre chose que l'Évangile, qui veulent qu'on leur adoucisse les vérités chrétiennes; ou que, pour les rendre agréables, on y mêle les inventions de l'esprit humain. Ils pourraient avec la même licence souhaiter de voir violer la sainteté de l'autel en falsifiant les mystères. Cette pensée vous fait horreur, mais sachez qu'il y a pareille obligation de traiter en vérité la sainte parole et les mystères sacrés : d'où il faut tirer cette conséquence qui doit faire trembler tout ensemble et les prédicateurs et les auditeurs, que tel que serait le crime de ceux qui feraient ou exigeraient la célébration des divins mystères autrement que Jésus-Christ ne les a laissés, tel est l'attentat des prédicateurs et tel celui des auditeurs, quand ceux-ci désirent et que ceux-là donnent la parole de l'Évangile autrement que ne l'a déposé entre les mains de son Église le céleste Prédicateur que le Père nous ordonne aujourd'hui d'entendre : Ipsum audite.

  

C'est pourquoi l'apôtre saint Paul enseigne aux prédicateurs qu'ils doivent s'étudier non à se faire renommer par leur éloquence, « mais à se rendre recommandables à la conscience des hommes par la manifestation de la vérité, » où il leur enseigne deux choses, en quel lieu et par quel moyen ils doivent se rendre recommandables. Où? Dans les consciences. Comment? Par la manifestation de la vérité; et l'un est une suite de l'autre. Car les oreilles sont flattées par l'académie et l'arrangement des paroles, l'imagination réjouie par la délicatesse des pensées, l'esprit gagné quelquefois par la vraisemblance du raisonnement : la conscience veut la vérité, et comme c'est à la conscience que parlent les prédicateurs, ils doivent rechercher non un brillant et un feu d'esprit qui égaie, ni une harmonie qui délecte, ni des mouvements qui chatouillent, mais des éclairs qui percent, un tonnerre qui émeuve, un foudre qui brise les cœurs. Et où trouveront-ils toutes ces grandes choses, s'ils ne font luire la vérité et parler Jésus-Christ lui-même? Dieu a les orages en sa main, il n'appartient qu'à lui de faire éclater dans les nues le bruit du tonnerre, il lui appartient beaucoup plus d'éclairer et de tonner dans les consciences, et de fendre les cœurs endurcis par des coups de foudre; et s'il y avait un prédicateur assez téméraire pour attendre ces grands effets de son éloquence, il me sem, XL, 4) : « Si tu crois avoir un bras comme Dieu et tonner d'une voix semblable, » achevé et fais le Dieu tout à fait : « élève-toi dans les nues, parois en ta gloire, renverse les superbes en ta fureur, » et dispose à ton gré des choses humaines : Circumda tibi decorem, et in sublime erigere , et esto gloriosus...... Disperge superbos in furore tuo Quoi! avec cette faible voix imiter le tonnerre du Dieu vivant! N'affectons pas d'imiter la force toute-puissante de la voix de Dieu par notre faible éloquence.

Que si vous voulez savoir maintenant quelle part peut donc avoir l'éloquence dans les discours chrétiens, saint Augustin vous dira qu'il ne lui est pas permis d'y paraître qu'à la suite de la sagesse : Sapientiam de domo suà, id est, pectore sapientis procedere intelligas, et tanquam inseparabilem famulam etiam non vocatam sequi eloquentiam (De Doctrin. christ., lib. IV, n. 10.). Il y a ici un ordre à garder : la sagesse marche devant comme la maîtresse; l'éloquence s'avance après comme la suivante. Mais ne remarquez-vous pas, chrétiens, la circonspection de saint Augustin, qui dit qu'elle doit suivre sans être appelée? Il veut dire que l'éloquence, pour être digne d'avoir quelque place dans les discours chrétiens, ne doit pas être recherchée avec trop d'étude; il faut qu'elle vienne comme d'elle-même, attirée par la grandeur des choses et pour servir d'interprète à la sagesse qui parle. Mais quelle est cette sagesse, Messieurs, qui doit parler dans les chaires, sinon notre Seigneur Jésus-Christ qui est la sagesse du Père, qu'il nous ordonne aujourd'hui d'entendre? Ainsi le prédicateur évangélique, c'est celui qui fait parler Jésus-Christ; mais il ne lui fait pas tenir un langage d'homme, il craint de donner un corps étranger à sa vérité éternelle. C'est pourquoi il puise tout dans les Écritures, il en emprunte même les termes sacrés, non seulement pour fortifier, mais pour embellir son discours. Dans le désir qu'il a de gagner les âmes, il ne cherche que les choses et les sentiments. Ce n'est pas, dit saint Augustin, qu'il néglige quelques ornements de l'élocution, quand il les rencontre en passant et qu'il les voit comme fleurir devant lui par la force des bonnes pensées qui les poussent, mais aussi n'affecte-t-il pas de s'en trop parer, et tout appareil lui est bon, pourvu qu'il soit un miroir où Jésus-Christ paroisse en sa vérité, un canal d'où sortent en leur pureté les eaux vives de son Évangile, ou s'il faut quelque chose de plus animé, un interprète fidèle qui n'altère, ni ne détourne, ni ne mêle, ni n'affaiblisse sa sainte parole.

Vous voyez par là, chrétiens, ce que vous devez attendre des prédicateurs. J'entends qu'on se plaint souvent qu'il s'en trouve peu de la sorte, mais, mes frères, s'il s'en trouve peu, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes, car c'est à vous de les faire tels. Voici un grand mystère que je vous annonce : oui, mes frères, c'est aux auditeurs de faire les prédicateurs. Ce ne sont pas les prédicateurs qui se font eux-mêmes. Ne vous persuadez pas qu'on attire du ciel quand on veut cette divine parole. Ce n'est ni la force du génie, ni le travail assidu, ni la véhémente contention qui la font descendre. On ne peut pas la forcer, dit un excellent prédicateur; il faut qu'elle se donne elle-même : Non.... exigitur, sed.... donatur. Dieu n'a pas résolu de parler toujours quand il plaira à l'homme de lui commander. « Il souffle où il veut, » quand il veut; et la parole de vie qui commande à nos volontés, ne reçoit pas la loi de leurs mouvements (b) : Dominatur divinus sermo, non servit; et ideo non, cùm jubetur, loquitur, sed jubet (3). Voulez-vous savoir, chrétiens, quand Dieu se plaît de parler? Quand les hommes sont disposés à l'entendre. Cherchez en vérité la saine doctrine, Dieu vous suscitera des prédicateurs. Que le champ soit bien préparé, ni le bon grain, ni le laboureur, ni la rosée du ciel ne manqueront pas. Que si au contraire vous êtes de ceux qui détournent leur oreille de la vérité et qui demandent des fables et d'agréables rêveries : Ad fabulas autem convertentur Dieu commandera à ses nues, il retirera la saine doctrine de la bouche de ses prédicateurs, il enverra en sa fureur des prophètes insensés et téméraires « qui disent : La paix, où il n'y a point de paix; qui disent : Le Seigneur, le Seigneur, et le Seigneur ne leur a point donné de commission. » Voilà le mystère que je promettais. Ce sont les auditeurs fidèles qui font les prédicateurs évangéliques, parce que les prédicateurs étant pour les auditeurs, les uns reçoivent d'en haut ce que méritent les autres : Hoc doctor accipit, quod meretur auditor. Aimez donc la vérité, chrétiens, et elle vous sera annoncée ; ayez appétit de ce pain céleste, et il vous sera présenté, souhaitez d'entendre parler Jésus-Christ, et il vous fera résonner sa voix jusqu'aux oreilles de votre cœur. C'est là que vous devez vous rendre attentifs, et c'est ce que je tâcherai de vous faire voir dans ma seconde partie.

 

SECOND POINT.

 

Le second rapport, chrétiens, que nous avons remarqué entre la parole de Dieu et l'Eucharistie, c'est que l'une et l'autre doit aller au cœur, quoique par des voies différentes, l'une par la bouche, l'autre par l'oreille. C'est pourquoi comme celui-là boit et mange son jugement, qui approchant du mystère prépare seulement la bouche du corps et ferme à Jésus-Christ la bouche du cœur, ainsi celui-là reçoit sa condamnation, qui écoutant parler Jésus-Christ, lui prête l'oreille au dehors et bouche l'ouïe au dedans à cet enchanteur céleste : Incantantis sapienter.

Que si vous me demandez ici, chrétiens, ce que c'est que prêter l'oreille au dedans, je vous répondrai en un mot que c'est écouter attentivement. Mais l'attention dont je parle n'est pas peut-être celle que vous entendez, et il nous faut ici expliquer deux choses, combien est nécessaire l'attention, et en quelle partie de l’âme elle doit être.

Pour bien entendre, mes sœurs, quelle doit être votre attention à la divine parole, il faut s'imprimer bien avant cette vérité chrétienne, qu'outre le son qui frappe l'oreille, il y a une voix secrète qui parle intérieurement, et que ce discours spirituel et intérieur, c'est la véritable prédication, sans laquelle tout ce que disent les hommes ne sera qu'un bruit inutile : Intus omnes auditores sumus (Serm. CLXXIX, n. 7). Le Fils de Dieu ne nous permet pas de prendre le titre de maîtres : « Que personne, dit-il, ne s'appelle maître. Car il n'y a qu'un seul maître et un seul docteur : » Unus est enim magister vester (Mt. XXIII, 8). Si nous entendons cette parole, nous trouverons, dit saint Augustin (De Peccat. merit. et remiss., lib. I, n. 37.), que nul ne nous peut enseigner que Dieu, ni les hommes, ni les anges n'en sont point capables : ils peuvent bien nous parler de la vérité, ils peuvent pour ainsi dire la montrer au doigt, Dieu seul la peut enseigner, parce que lui seul nous éclaire pour discerner les objets : ce que saint Augustin éclaircit par la comparaison de la vue. C'est en vain que l'on désigne avec le doigt les peintures de cette église, en vain que l'on remarque la délicatesse des traits et la beauté des couleurs, où notre œil ne distingue rien, si le soleil ne répand sa clarté dessus. Ainsi parmi tant d'objets qui remplissent notre entendement, quelque soin que prennent les hommes de démêler le vrai d'avec le faux, si celui dont il est écrit «qu'il éclaire tout homme venant au monden'envoie une lumière invisible sur les objets et l'intelligence, jamais nous ne ferons le discernement. Je puis bien vous montrer au doigt l'objet de la vue et adresser votre vue; puis-je vous donner des yeux pour les regarder? C'est donc en sa lumière que nous découvrons la différence, des choses, c'est lui qui nous donne un certain sens qui s'appelle le « sens de Jésus-Christ,» par lequel nous goûtons ce qui est de Dieu, c'est lui qui ouvre le cœur et qui nous dit au dedans : C'est la vérité qu'on vous prêche ; et c'est là, comme je l'ai dit, la prédication véritable. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : « Voici, mes frères, un grand secret : Magnum sacramentum, fratres. Le son de la parole frappe les oreilles, le maître est au-dedans, on parle dans la chaire, la prédication se fait dans le cœur : Sonus verborum nostrorum mires percutit, magister intus est (Tract., III in Epist. Joan., n. 13). Car il n'y a qu'un maître qui est Jésus-Christ, et lui seul enseigne les hommes. C'est pourquoi ce Maître céleste a dit tant de fois : « Qui a des oreilles pour ouïr, qu'il écoute. » Certainement, chrétiens, il ne parlait pas à des sourds; mais il savait, ce divin Docteur, qu'il y en a « qui en voyant ne voient pas, et qui en écoutant n'écoutent pas, » qu'il y a des oreilles intérieures où la voix humaine ne pénètre pas et où lui seul a droit de se faire entendre. Ce sont ces oreilles qu'il faut ouvrir pour écouter la prédication. Ne vous contentez pas d'arrêter vos yeux sur cette chaire matérielle ; « celui qui enseigne les cœurs a sa chaire au ciel ; » il y est assis auprès de son Père, et c'est lui qu'il vous faut entendre : Ipsum audite.

Ne croyez pas toutefois que vous deviez mépriser cette parole sensible et extérieure que nous vous portons de sa part. Car, comme dit excellemment saint Jean Chrysostome (De Mutat, nomin., tom. III, p. 107 et seq), Dieu nous ayant ordonné deux choses, d'entendre et d'accomplir sa sainte parole, quand aura le courage de l'accomplir celui qui n'a pas la patience de l'entendre ? Quand lui donnera son cœur celui qui lui refuse jusqu'à ses oreilles ? C'est une loi établie pour tous les mystères du christianisme, qu'en passant à l'intelligence, ils se doivent premièrement présenter aux sens; et il l'a fallu en cette sorte, pour honorer celui qui étant invisible par sa nature, a voulu paraître pour l'amour de nous sous une forme sensible. C'est pourquoi nous respectons et l'eau qui nous lave, et l'huile sacrée qui nous fortifie, et la forme sensible du pain spirituel qui nous nourrit pour la vie éternelle. Pour la même raison, chrétiens, vous devez entendre les prédicateurs en bénissant ce grand Dieu, qui a tant voulu honorer les hommes que, sans avoir besoin de leur secours, il les choisit néanmoins pour être les instruments de sa puissance. Assistez donc saintement et fidèlement à la sainte prédication. Mais cette assistance extérieure n'est que la moindre partie de notre devoir. Il faut prendre garde que de vains discours, ou des pensées vagues, ou une imagination dissipée ne fassent tomber du cœur la sainte parole. Si, dans la dispensation des mystères, il arrive par quelque malheur que le corps de Jésus-Christ tombe à terre, toute l'Église tremble, tout le monde est frappé d'une sainte horreur, et saint Augustin vous a dit que ce n'est pas un moindre mal de laisser perdre inutilement la parole de vérité.

Et en effet, chrétiens, Jésus-Christ qui est la vérité même, n'aime pas moins la vérité que son propre corps, au contraire c'est pour sceller de son propre sang la vérité de sa parole, qu'il a bien voulu sacrifier son propre corps. Un temps il a souffert que son corps fût infirme et mortel, et c'est volontairement qu'il l'a exposé à tant d'outrages; il a voulu que sa vérité fût toujours immortelle et inviolable. Tremblons donc, chrétiens, tremblons, quand nous laissons tomber à terre la parole de vérité que l'on nous annonce; et comme il n'y a que nos cœurs qui soient capables de la recevoir, ouvrons-lui-en toute l'étendue, écoutons attentivement Jésus-Christ qui parle : Ipsum audite.

Mais il me semble que vous me dites que nous n'avons pas sujet de nous plaindre du peu d'attention de nos auditeurs, bien loin de laisser perdre les sentiments, ils pèsent exactement toutes les paroles, non seulement ils sont attentifs, mais ils mettent tous les discours à la balance, et ils en savent remarquer au juste le fort ou le faible. Pendant que nous parlons, dit saint Chrysostome, on nous compare avec les autres et avec nous-mêmes, le premier discours avec les suivants, le commencement avec le milieu, comme si la chaire était un théâtre où l'on monte pour disputer le prix du bien dire. Ainsi je confesse qu'on est attentif, mais ce n'est pas l'attention que Jésus demande. Où doit-elle être, mes frères ? Où est ce lieu caché dans lequel Dieu parle ? où se fait cette secrète leçon dont Jésus-Christ a dit dans son Évangile : « Quiconque a ouï de mon Père et a appris, vient à moi ? » où se donnent ces enseignements et où se tient cette école dans laquelle le Père céleste parle si fortement de son Fils, où le Fils enseigne réciproquement à connaître son Père céleste ? Écoutez saint Augustin là-dessus dans cet ouvrage admirable de la Prédestination des Saints : Valde remota est à sensibus carnis hœc schola, in quà Pater auditur vel docet, ut veniatur ad Filium (De Prœdest. Sanct., n. 13.) : « Que cette école céleste dans laquelle le Père apprend à venir au Fils, est éloignée des sens de la chair ! Encore une fois, nous dit-il, qu'elle est éloignée des sens de la chair, cette école où Dieu est le Maître ! » Valde, inquam, remota est à sensibus carnis hœc schola, in qua Deus auditur et docet.

Mais quand Dieu même parlerait à l'entendement par la manifestation de la vérité, il faut encore aller plus avant. Tant que les lumières de Dieu demeurent simplement à l'intelligence, ce n'est pas encore la leçon de Dieu, ce n'est pas l'école du Saint-Esprit, parce qu'alors, dit saint Augustin, Dieu ne nous enseigne que selon la loi, et non encore selon la grâce, selon la lettre qui tue, non selon l'esprit qui vivifie. Donc , mes frères, pour être attentif à la parole de l'Évangile, il ne faut pas ramasser son attention au lieu où se mesurent les périodes, mais au lieu où se règlent les mœurs, il ne faut pas se recueillir au lieu où l'on goûte les belles pensées, mais au lieu où se produisent les bons désirs, ce n'est pas même assez de se retirer au lieu où se forment les jugements, il faut aller à celui où se prennent les résolutions. Enfin s'il y a quelque endroit encore plus profond et plus retiré où se tienne le conseil du cœur, où se déterminent tous ses desseins, où se donne le branle à ses mouvements, c'est là qu'il faut se rendre attentif pour écouter Jésus-Christ. Si vous lui prêtez cette attention, c'est-à-dire si vous pensez à vous-mêmes, au milieu du son qui vient à l'oreille et des pensées qui naissent dans l'esprit, vous verrez partir quelquefois comme un trait de flamme qui viendra tout à coup vous percer le cœur et ira droit aux principes de vos maladies. Car ce n'est pas en vain que saint Paul a dit que « la parole de Dieu est vive, efficace, plus pénétrante qu'un glaive tranchant des deux côtés ; qu'elle va jusqu'à la moelle du cœur et jusqu'à la division de l’âme et de l'esprit ; c'est-à-dire, comme il l'explique, qu'elle discerne toutes les pensées et les plus secrètes intentions des cœurs. » Et c'est ce qui fait dire au même Apôtre que la prédication est une espèce de prophétie : Qui prophetat, hominibus loquitur ad œdificationem, et exhortationem, et consolationem, parce que Dieu fait dire quelquefois aux prédicateurs je ne sais quoi de tranchant qui, à travers nos voies tortueuses et nos passions compliquées, va trouver ce péché que nous dérobons et qui dort dans le fond du cœur. C'est alors, c'est alors, mes frères, qu'il faut écouter attentivement Jésus-Christ qui contrarie nos pensées, qui nous trouble dans nos plaisirs, qui va mettre la main sur nos blessures, c'est alors qu'il faut faire ce que dit l’Ecclésiastique : Verbum sapiens quodcumque audierit scius, laudabit et ad se adjiciet. Si le coup ne va pas encore assez loin, prenons nous-mêmes le glaive et enfonçons-le plus avant. Que plût à Dieu que nous portassions le coup si avant, que la blessure allât jusqu'au vif, que le sang coulât par les yeux, je veux dire les larmes, que saint Augustin appelle si élégamment le sang de l’âme ! Mais encore n'est-ce pas assez ; il faut que de la componction du cœur naissent les bons désirs ; en sorte que les bons désirs se tournent en résolutions déterminées, que les saintes résolutions se consomment par les bonnes œuvres, et que nous écoutions Jésus-Christ par une fidèle obéissance à sa parole. C'est mon troisième point.

 

TROISIÈME POINT.

 

Le Fils de Dieu a dit dans son Évangile : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui » C'est-à-dire que si nous sortons de la sainte table dégoûtés des plaisirs du siècle, si une sainte douceur nous attache constamment et fidèlement à Jésus-Christ et à sa doctrine, c'est une marque certaine que nous y avons goûté véritablement combien le Seigneur est doux. Il en est de même, Messieurs, de la parole céleste, qui a encore ce dernier rapport avec la divine Eucharistie, que comme nous ne connaissons si nous avons reçu dignement le corps du Sauveur, qu'en nous mettant en état qu'il paroisse qu'un Dieu nous nourrit, ainsi nous ne remarquons que nous ayons bien écouté sa sainte parole, qu'en vivant de telle manière qu'il paroisse qu'un Dieu nous enseigne. Car il s'élève souvent dans le cœur certaines imitations des sentiments véritables par lesquelles un homme se trompe lui-même ; si bien qu'il n'en faut pas croire certaines ferveurs, ni quelques désirs imparfaits ; et afin de bien reconnaître si l'on est touché véritablement, il ne faut interroger que ses œuvres : Operibus credite.

J'ai observé à ce propos qu'un des plus illustres prédicateurs, et sans contredit le plus éloquent qui ait jamais enseigné l'Église, je veux dire saint Jean Chrysostome, reproche souvent à ses auditeurs qu'ils écoutent les discours ecclésiastiques de même que si c'était une comédie. Comme je rencontrais souvent ce reproche dans ses divines prédications, j'ai voulu rechercher attentivement quel pouvait être le fond de cette pensée, et voici ce qu'il m'a semblé : c'est qu'il y a des spectacles qui n'ont pour objet que le divertissement de l'esprit, mais qui n'excitent pas les affections, qui ne remuent pas les ressorts du cœur. Mais il n'en est pas de la sorte de ces représentations animées qu'on donne sur les théâtres, dangereuses en ce point, qu'elles ne plaisent point si elles n'émeuvent, si elles n'intéressent le spectateur, si elles ne lui font jouer aussi son personnage, sans être de l'action et sans monter sur le théâtre. C'est en quoi ces spectacles sont à craindre, parce que le cœur apprend insensiblement à se remuer de bonne foi. Il est donc ému, il est transporté, il se réjouit, il s'afflige de choses qui au fond sont indifférentes. Mais une marque certaine que ces mouvements ne tiennent pas au cœur, c'est qu'ils s'évanouissent en changeant de lieu. Cette pitié qui causait des larmes, cette colère qui enflammait et les yeux et le visage, n'étaient que des images et des simulacres par lesquels le cœur se donne la comédie en lui-même, qui produisaient toutefois les mêmes effets que les passions véritables, tant il est aisé de nous imposer, tant nous aimons à nous jouer nous-mêmes.

Saint Augustin appréhende que « les choses inutiles ne deviennent agréables : » Ne fiant delectabilia quœ sunt inutilia ; combien plus que les objets ne plaisent, « s'ils sont dangereux : » si periculosa ! Et on ne veut pas que nous disions que ces représentations sont très-dangereuses ! Combien de plaisirs et de charmes imagine-t-on dans la chose dont l'imitation même est si agréable ! Les impressions demeurent des passions du théâtre, celles de la parole spirituelle sont bien plus tôt enlevées, le temporel les étouffe. Ou nous écoutons froidement, ou il s'élève seulement en nous des affections languissantes, faibles imitations des sentiments véritables, désirs toujours stériles et infructueux. La forte émotion s'écoule bientôt; la secrète impression demeure, qui dispose le cœur par une certaine pente. L'impression des sermons, qui ne trouve rien de sensible à quoi elle puisse se prendre, est bien plus tôt emportée. De telles émotions faibles, imparfaites, qui se dissipent en un moment, sont dignes d'être formées dans un théâtre où l'on ne voit que des choses feintes, plutôt que devant les chaires évangéliques où la sainte vérité de Dieu paraît dans sa pureté. Quand le docte saint Chrysostome craignait que ses auditeurs n'assistassent à ses sermons de même qu'à la comédie, c'est que souvent ils semblaient émus, il s'élevait souvent dans son auditoire des cris et des voix confuses qui marquaient que ses paroles excitaient les cœurs. Un homme un peu moins expérimenté aurait cru que ses auditeurs étaient convertis, mais il appréhendait, chrétiens, que ce ne fussent des affections de théâtre excitées par ressorts et par artifices, il attendait à se réjouir quand il verrait les mœurs corrigées, et c'était en effet la marque assurée que Jésus-Christ était écouté.

Ne vous fiez donc pas, chrétiens, à ces émotions sensibles, si vous en expérimentez quelquefois dans les saintes prédications. Si vous en demeurez à ces sentiments, ce n'est pas encore Jésus-Christ qui vous a prêché, vous n'avez encore écouté que l'homme, sa voix peut aller jusque-là; un instrument bien touché peut bien exciter les passions. Comment saurez-vous, chrétiens, que vous êtes véritablement enseignés de Dieu ? Vous le saurez par les œuvres. Car il faut apprendre de saint Augustin la manière d'enseigner de Dieu, cette manière si haute, si intérieure, etc. Elle ne consiste pas seulement dans la démonstration de la vérité, mais dans l'infusion de la charité,  elle ne fait pas seulement que vous sachiez ce qu'il faut aimer, mais que vous aimiez ce que vous savez : Si doctrina dicenda est..., altiùs et interiùs..., ut non ostendat tantummodo veritatem, verùm etiam impertiat caritatem. De sorte que ceux qui sont véritablement de l'école de Jésus-Christ, le montrent bientôt par leurs œuvres. Et c'est la marque certaine que saint Paul nous donne, lorsqu'il écrit aux fidèles de Thessalonique : De caritate autem fraternitatis non necesse habemus scribere vobis : « Pour la charité fraternelle, vous n'avez pas besoin que l'on vous en parle ; » ipsi enim vos a Deo didicistis ut diligatis invicem : « car vous avez vous-mêmes appris de Dieu à vous aimer les uns les autres ; » et il en donne aussitôt la preuve : « En effet vous le pratiquez fidèlement envers les frères de Macédoine : » Etenim illud facitis. Ainsi la marque très assurée que le Fils de Dieu vous enseigne, c'est lorsque vous pratiquez ses enseignements, c'est le caractère de ce divin Maître. Les hommes qui se mêlent d'enseigner les autres, leur montrent tout au plus ce qu'il faut savoir, il n'appartient qu'à ce divin Maître, que l'on nous ordonne d'entendre, de nous donner tout ensemble et de savoir ce qu'il faut et d'accomplir ce qu'on sait : Simul donans et quid agant scire, et quod sciunt agere. Si donc vous voulez être de ceux qui l'écoutent, écoutez-le véritablement et obéissez à ses paroles : Ipsum audite. Ne vous contentez pas de ces affections stériles et infructueuses qui ne se tournent jamais en résolutions déterminées, de ces fleurs qui trompent toujours les espérances, qui ne se nouent jamais pour donner des fruits, ou de ces fruits qui ne mûrissent point, qui sont le jouet des vents et la proie des animaux. Dieu ne veut point de tels arbres dans son jardin de délices; Jésus-Christ rejette de tels disciples de son école et de tels soldats de sa milice. Écoutez comme il s'en moque, si je l'ose dire, par la bouche du divin Psalmiste : Filii Ephrem intendentes et mittentes arcum, conversi sunt in die belli : « Les enfants d'Ephrem qui bandaient leurs arcs et préparaient leurs flèches, ils ont été rompus et renversés au jour de la bataille. » En écoutant la prédication, ils semblaient aiguiser leurs traits et préparer leurs armes contre leurs vices; au jour de la tentation, ils les ont rendues honteusement. Ils promettaient beaucoup dans l'exercice, ils ont plié d'abord dans le combat; ils semblaient animés quand on sonnait la trompette, ils ont tourné le dos tout à coup quand il a fallu venir aux mains : Filii Ephrem intendentes et mittentes arcum, conversi sunt in die belli.

Mais concluons enfin ce discours, duquel vous devez apprendre que pour écouter Jésus-Christ il faut accomplir sa sainte parole : il ne parle pas pour nous plaire, mais pour nous édifier dans nos consciences, il n'établit pas des prédicateurs pour être les ministres de la volupté, de la délicatesse et les victimes de la curiosité publique, c'est pour affermir le règne de sa vérité, de sorte qu'il ne veut pas voir dans son école des contemplateurs oisifs, mais de fidèles ouvriers, enfin il y veut voir des disciples qui honorent par leur bonne vie l'autorité d'un tel Maître. « Je suis le Seigneur, dit-il, qui vous enseigne des choses utiles et qui vous conduis dans la voie : » Ego dominus Deus tuus docens te utilia, gubernans te in via quâ ambulas. Et afin que nous craignions désormais de sortir de son école sans être meilleurs, écoutons comme il parle à ceux qui ne profitent pas de ses saints préceptes : Ipsum audite : Écoutez, c'est lui-même qui vous parle : « Si quelqu'un écoute mes paroles et n'est pas soigneux de les accomplir, » non judico eum; « je ne le juge pas, car je ne viens pas pour juger le monde, mais pour sauver le monde : » non enim veni ut judiceni mundum, sed ut salvificem mundum. Qu'il ne s'imagine pas toutefois qu'il doive demeurer sans être jugé : « Celui qui me méprise et ne reçoit pas mes paroles, il a un juge établi, » habet qui judicet eum. Quel sera ce juge? « La parole que j'ai prêchée le jugera au dernier jour : » Sermo quem locutus sum, ille judicabit eam in novissimo die, c'est-à-dire que ni on ne recevra d'excuse, ni on ne cherchera de tempérament. La parole, dit-il, vous jugera, la loi elle-même fera la sentence selon sa propre teneur, dans l'extrême rigueur du droit; et de là vous devez entendre que ce sera un jugement sans miséricorde. Ceci nous manquait encore pour établir l'autorité sainte de la parole de Dieu, il fallait encore ce nouveau rapport entre la doctrine sacrée et l'Eucharistie. Celle-ci s'approchant des hommes, vient discerner les consciences avec une autorité de juge; elle couronne les uns, elle condamne les autres : ainsi la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel de la vérité, ceux qu'elle ne touche pas, elle les juge; ceux qu'elle ne convertit pas, elle les condamne; ceux qu'elle ne nourrit pas, elle les tue.

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire que je vous exhorte maintenant par un long discours. Ceux qui ont des oreilles chrétiennes préviennent par leurs sentiments ce que je puis dire, et je m'assure que ces vérités évangéliques sont entrées bien avant dans leurs consciences. Mais si j'ai éprouvé quelque chose, si je vous ai fait voir aujourd'hui cette alliance sacrée qui est entre la chaire et l'autel, au nom de Dieu, mes frères, n'en violez pas la sainteté. Quoi! Pendant qu'on s'assemble pour écouter Jésus-Christ, pendant que l'on attend sa sainte parole, des contenances de mépris, un murmure et quelquefois un ris scandaleux déshonore publiquement la présence de Jésus-Christ ! Temples augustes, sacrés autels, et vous saints tabernacles du Dieu vivant, faut-il donc que la chaire évangélique fasse naître une occasion de manquer à l'adoration qui vous est due ! Et nous, chrétiens, à quoi pensons-nous? Quoi ! Voulons-nous commencer d'honorer la chaire par le mépris de l'autel? Est-ce pour nous préparer à recevoir la sainte parole, que nous manquons de respect à l'Eucharistie ? Si vous le faites désormais, j'ai parlé en l'air, et vous ne croyez rien de ce que j'ai dit. Mes frères, ces mystères sont amis; ne soyons pas assez téméraires pour en rompre la société. Adorons Jésus-Christ avant qu'il nous parle, contemplons en respect et en silence ce Verbe divin à l'autel, avant qu'il nous enseigne dans cette chaire. Que nos cœurs seront bien ouverts à la doctrine céleste par cette sainte préparation ! Pratiquez-la, chrétiens ; ainsi notre Seigneur Jésus-Christ puisse être votre docteur, ainsi les eaux sacrées de son Évangile puissent tellement arroser vos âmes, qu'elles y deviennent une fontaine qui rejaillisse à la vie éternelle, que je vous souhaite, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ! Amen.

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Samedi des Quatre-Temps mémoire de Saint Thomas d’Aquin confesseur et docteur

7 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Samedi des Quatre-Temps mémoire de Saint Thomas d’Aquin confesseur et docteur

Lecture Dt. 26, 12-19

En ces jours-là, Moïse parla au peuple en ces termes : Lorsque tu auras achevé de lever toute la dîme de tes produits, la troisième année, l’année de la dîme, et que tu la donneras au lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve, pour qu’ils la mangent dans tes portes et qu’ils se rassasient, tu diras devant le Seigneur, ton Dieu : "J’ai ôté de ma maison ce qui est consacré, et je l’ai donné au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve, selon tous vos préceptes que vous m’avez donnés ; je n’ai transgressé ni oublié aucun de vos préceptes. Je n’ai pas mangé de ces choses pendant mon deuil, je n’en ai rien transporté hors de ma maison dans l’état d’impureté, et je n’en ai rien donné à l’occasion d’un mort ; j’ai obéi à la voix du Seigneur, mon Dieu, j’ai agi selon tout ce vous m’avez prescrit. Regardez de votre demeure sainte, du ciel, et bénissez votre peuple d’Israël et le sol que vous nous avez donné, comme vous l’avez juré à nos pères, ce pays où coulent le lait et le miel." Aujourd’hui le Seigneur, ton Dieu, te commande de mettre en pratique ces lois et ces ordonnances ; tu les observeras et les mettras en pratique de tout ton coeur et de toute ton âme. Tu as fait déclarer aujourd’hui au Seigneur qu’il sera ton Dieu, toi t’engageant de ton côté à marcher dans ses voies, à observer ses lois, ses commandements et ses ordonnances, et à obéir à sa voix. Et le Seigneur t’a fait déclarer aujourd’hui que tu lui serais un peuple particulier, comme il te l’a dit, observant tous ses commandements, lui s’engageant de son côté à te donner la supériorité sur toutes les nations qu’il a faites, en gloire, en renom et en splendeur, en sorte que tu sois un peuple saint le Seigneur, ton Dieu, comme il l’a dit.

Lecture Dt. 11, 22-25

En ces jours-là, Moïse dit aux enfants d’Israël : si vous observez soigneusement tous ces commandements que je vous prescris d’accomplir, aimant le Seigneur, votre Dieu, marchant dans toutes ses voies et vous attachant à lui, le Seigneur chassera toutes ces nations devant vous, et vous vous rendrez maîtres de nations plus grandes et plus puissantes que vous. Tout lieu que foulera la plante de vos pieds sera à vous ; votre frontière s’étendra du désert au Liban, et du fleuve de l’Euphrate jusqu’à la mer occidentale. Nul ne tiendra devant vous ; le Seigneur, votre Dieu, répandra devant vous, comme il vous l’a dit, la crainte et l’effroi sur tout le pays où vous mettrez le pied, selon que vous l’a promis le Seigneur votre Dieu.

Lecture 2 M. l, 23-26 et 27

En ces jours-là, pendant que se consumaient les victimes, les prêtres firent une prière, et avec eux tous les assistants ; ce fut Jonathan qui commença, et les autres unirent leurs voix à la sienne, ainsi que Néhémie. Cette prière était ainsi conçue : "Seigneur, Seigneur, Dieu, créateur de toutes choses, terrible et fort, juste et compatissant, qui êtes seul roi et bon, seul libéral et seul juste, tout-puissant et éternel, qui délivrez Israël de tout mal, qui avez fait de nos pères vos élus et les avez sanctifiés, recevez ce sacrifice pour tout votre peuple d’Israël ; gardez votre héritage et sanctifiez-le, afin que les nations sachent que vous êtes notre Dieu.

Lecture

Ayez pitié de nous, ô Dieu de l’univers et regardez ; et répandez votre terreur sur toutes les nations. Levez votre main contre les peuples étrangers, et qu’ils sentent votre puissance ! De même que vous avez montré devant eux votre sainteté en nous punissant, ainsi montrez votre grandeur devant nous en les châtiant ; et qu’ils apprennent, comme nous l’avons appris nous-mêmes, qu’il n’y a pas d’autre Dieu que vous, Seigneur ! Renouvelez les prodiges, et reproduisez les merveilles ; glorifiez votre main et votre bras droit. Réveillez votre courroux et répandez votre colère ; détruisez l’adversaire et anéantissez l’ennemi. Hâtez le temps et souvenez-vous du serment ; et qu’on célèbre vos hauts faits ô Seigneur notre Dieu

 

Épitre 1 Th. 5, 14-23

Mes frères, nous vous en prions, reprenez ceux qui sont dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, soutenez les faibles, soyez patients envers tous. Prenez garde que personne rende à autrui le mal pour le mal ; mais poursuivez toujours le bien, et entre vous, et envers vous. Soyez toujours dans la joie. Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses ; car c’est là ce que Dieu veut de vous tous en Jésus-Christ. N’éteignez pas l’Esprit. Ne méprisez pas les prophéties ; mais examinez toutes choses, retenez ce qui est bon. Abstenez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même de toute manière, afin que tout votre esprit, votre âme et votre corps soient conservés irréprochables lors de l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Évangile Mt. 17, 1-9

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec lui. Alors Pierre prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit ; et voici qu’une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. Les disciples, l’entendant, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Lorsqu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de ce que vous avez vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Léon, Pape

Mes bien-aimés, cette lecture de l’Évangile, qui, par les oreilles de notre corps, a pénétré jusqu’à l’entendement intérieur de notre âme, nous appelle à l’intelligence d’un grand mystère, intelligence à laquelle nous parviendrons plus facilement, la grâce de Dieu aidant, si nous reportons notre attention sur les faits qui ont été racontés un peu plus haut. Le Sauveur du genre humain, Jésus-Christ, établissant cette foi qui rappelle les impies à la justice, et les morts à la vie, ne se bornait pas à enseigner de vive voix sa doctrine à ses disciples ; il les éclairait aussi par des actions miraculeuses, afin qu’ils crussent fermement que le Christ est tout ensemble, et le Fils unique de Dieu, et le fils de l’homme. L’un sans l’autre n’aurait point servi pour le salut, et il y aurait eu un égal péril à croire que notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu seulement sans être homme, ou à croire qu’il est seulement homme sans être Dieu. Il fallait reconnaître en même temps l’une et l’autre nature, puisque, effectivement la vraie divinité était unie en lui à l’humanité, comme la vraie humanité était en lui unie au Dieu.

2e leçon

Pour confirmer la salutaire connaissance de cette foi, le Seigneur avait interrogé ses disciples, leur demandant ce qu’eux-mêmes, parmi tant d’opinions diverses, croyaient ou pensaient de lui. Ce fut alors que l’Apôtre Pierre, s’élevant par une révélation du Père céleste au-dessus des choses corporelles, et montant plus haut que tout ce qui n’est qu’humain, vit des yeux de l’esprit le Fils du Dieu vivant, et confessa la gloire de sa divinité, parce qu’il ne se borna pas à considérer la substance de la chair et du sang. Il fut si agréable au Sauveur, ce sublime témoignage de foi, que Pierre, déclaré bienheureux, reçut comme privilège la fermeté sacrée de cette pierre inviolable sur laquelle l’Église est fondée. Les portes de l’enfer et les lois de la mort ne peuvent prévaloir contre elle, et dans n’importe quelle cause, qu’il s’agisse de lier ou de délier, tout est ratifié au Ciel, conformément à la sentence de Pierre.

3e leçon

Or il fallait, mes bien-aimés, que Pierre en qui le Fils de Dieu venait de louer cette haute connaissance, reçût une instruction du mystère qui se devait accomplir dans la substance inférieure unie au Verbe. Il le fallait pour que l’Apôtre, dont la foi avait été élevée jusqu’à ce degré de gloire de confesser la divinité du Christ, ne regardât pas comme indigne d’un Dieu impassible de prendre sur lui notre infirmité, et ne s’imaginât point que la nature humaine était déjà tellement glorifiée en la personne de Jésus-Christ, qu’elle ne pouvait plus ni souffrir, ni mourir. C’est pourquoi le Seigneur ayant dit qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens, des Scribes et des princes des prêtres, qu’il fût mis à mort, et que le troisième jour il ressuscitât ; comme le bienheureux Pierre, tout embrasé du feu allumé en lui par le témoignage Qu’une lumière d’en haut lui avait fait rendre à la divinité du Fils de Dieu, rejetait avec liberté, et avec une répugnance qu’il croyait religieuse, l’idée que son Maître pût endurer tous ces outrages et l’opprobre d’une mort très cruelle, il fut repris par Jésus avec une douce sévérité, et excité au désir de participer à ses souffrances.

LEÇON.

Le Seigneur nous apprend, dans ce passage de Moïse, qu’une nation fidèle à garder toutes les prescriptions du service divin sera bénie entre toutes les autres. L’histoire est là pour attester la vérité de cet oracle. De toutes les nations qui ont péri, il n’en est pas une seule qui ne l’ait mérite par son oubli de la loi de Dieu ; et il en doit être ainsi. Quelquefois le Seigneur attend avant de frapper ; mais c’est afin que le châtiment soit plus solennel et plus exemplaire. Veut-on se rendre compte de la solidité des destinées d’un peuple ? Que l’on étudie son degré de fidélité aux lois de l’Église. Si son droit public a pour base les principes et les institutions du christianisme, cette nation peut avoir quelques germes de maladie ; mais son tempérament est robuste ; les révolutions l’agiteront sans la dissoudre. Si la masse des citoyens est fidèle à l’observation des préceptes extérieurs ; si elle garde, par exemple, le jour du Seigneur, les prescriptions du Carême, il y a là un fonds de moralité qui préservera ce peuple des dangers d’une dissolution. De tristes économistes n’y verront qu’une superstition puérile et traditionnelle, qui n’est bonne qu’à retarder le progrès ; mais que cette nation, jusqu’alors simple et fidèle, ait le malheur d’écouter ces superbes et niaises théories, un siècle ne se passera pas sans qu’elle ait à s’apercevoir qu’en s’émancipant de la loi rituelle du christianisme, elle a vu baisser chez elle le niveau de la morale publique et privée, et que ses destinées commencent à chanceler. L’homme peut dire et écrire tout ce qu’il voudra ; Dieu veut être servi et honoré par son peuple, et il entend être le maître des formes de ce service et de cette adoration. Tous les coups portés au culte extérieur, qui est le véritable lien social, retomberont de tout leur poids sur l’édifice des intérêts humains. Quand bien même la parole du Seigneur n’y serait pas engagée, il est de toute justice qu’il en soit ainsi.

ÉVANGILE.

Cette lecture du saint Évangile, qui nous sera proposée demain encore, est destinée à accompagner aujourd’hui l’Ordination ; les anciens liturgistes, à la suite du savant Abbé Rupert, nous en donnent l’intelligence. L’Église veut porter notre pensée sur la sublime dignité dont viennent d’être honorés les Prêtres qui ont reçu aujourd’hui l’onction sacrée. Ils sont figurés dans ces trois Apôtres que Jésus conduit avec lui sur la montagne, et qui seuls contemplent sa gloire. Les autres disciples du Sauveur sont demeurés dans la plaine ; Pierre, Jacques et Jean sont seuls montés sur le Thabor. C’est d’eux que les autres disciples, que le monde entier apprendront, quand il en sera temps, de quelle gloire Jésus a paru environné, et avec quel éclat la voix du Père céleste a tonné sur le sommet de la montagne pour déclarer la grandeur et la divinité du Fils de l’homme. « Cette voix du ciel, nous l’avons entendue, dit saint Pierre, quand nous étions avec lui sur la sainte montagne. Elle disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. » De même, ces nouveaux Prêtres qui viennent d’être consacrés sous vos yeux, pour lesquels vous avez offert vos jeûnes et vos prières, ils entreront dans la nuée où réside le Seigneur. Ils sacrifieront la victime de votre salut dans le silence du Canon sacré. Dieu descendra pour vous entre leurs mains ; et, sans cesser d’être mortels et pécheurs comme vous, ils seront chaque jour en communication avec la divinité. Le pardon que vous attendez de Dieu, en ce temps de réconciliation, passera par leurs mains ; leur pouvoir surhumain ira le chercher pour vous jusque dans le ciel. C’est ainsi que Dieu a apporté le remède à notre orgueil. Le serpent nous dit aux premiers jours : « Mangez ce fruit, et vous serez comme des dieux. » Nous avons eu le malheur d’adhérer à cette perfide suggestion ; et la mort a été le seul fruit de notre prévarication. Dieu cependant voulait nous sauver ; mais pour abattre nos prétentions, c’est par des hommes qu’il nous applique ce salut. Son Fils éternel s’est fait homme, et il a laissé d’autres hommes après lui, auxquels il a dit : « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie ». Honorons donc Dieu en ces hommes qui viennent d’être aujourd’hui l’objet d’une si sublime distinction, et comprenons que le respect du sacerdoce fait partie de la religion de Jésus-Christ.

Samedi des Quatre-Temps mémoire de Saint Thomas d’Aquin confesseur et docteur

Saint Thomas d’Aquin et l’Immaculée conception

Certains ont prétendu et prétendent toujours que saint Thomas aurait nié l’Immaculée Conception, trois études théologiques ont été menées sur le sujet et démontre que cela est erroné, les voici : Saint Jean Eudes in l’Enfance admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, paru en 1676 (4 pages); le cardinal Thomas GOUSSET in La croyance générale et constante de l’Eglise touchant l’Immaculée Conception, paru en 1855 (3 pages); le Révérend-Père Marianus SPADA in Saint Thomas d’Aquin et l’Immaculée Conception,  paru en 1863 (317pages)

Citations qui prouvent que Saint Thomas enseignait le privilège de l'Immaculée Conception :

"Tous les enfants d'Adam sont conçus en péché, excepté la très pure et très digne Vierge Marie, qui a été entièrement préservée de tout péché originel et véniel." (Commentaires sur le chapitre troisième de l'Épître aux Galates, leçon sixième, premières éditions)

"On peut trouver quelque créature si pure, qu'il ne puisse rien être de plus pur parmi les choses créées. Telle a été la pureté de la bienheureuse Vierge, qui a été exempté de tout péché originel et actuel. (I Sent., dist. 44, quaest 1, art 3.)

« Marie a toujours été très pure de toute sorte de coulpe, parce que ni le péché originel, ni le mortel, ni le véniel, n’ont jamais eu aucune part en elle .» (Sur la Salutation évangélique)

« Car nous savons que parce qu’elle a mérité de concevoir et d’enfanter celui qui n’a jamais eu de péché, elle a reçu une grâce très abondante pour vaincre entièrement le péché. » (Lib. De Natura et Gratia, cup. 36, n. 42)

« Que tous les enfants d’Adam sont conçus en péché, excepté la très pure et très digne Vierge Marie, qui à été entièrement préservée de tout péché originel et  véniel. » (Commentaires sur le chapitre troisième de l’Épître aux Galates, leçon sixième)

 « La bienheureuse Vierge a été sanctifiée dès le ventre de sa mère, lorsque son âme a été unie avec son corps. » (Somme Théologique, troisième Partie, quest. 27, art. 2)

 « Que celui qui, dans le cours de sa vie, n’a fait aucun péché actuel, ni mortel, ni véniel, doit être censé n’avoir point aussi contracté le péché originel. » (dans un livre contre Julien, évêque de Capoue : Contra Julianum, lib. 5, cap. 15.)

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Vendredi des Quatre-Temps de Carême

6 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Vendredi des Quatre-Temps de Carême

Lecture Ez. 18, 20-28

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : L’âme qui pèche c’est celle qui mourra ; le fils ne portera pas l’iniquité du père, et le père ne portera pas l’iniquité du fils ; la justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui. Quant au méchant, s’il se détourne de tous ses péchés qu’il commis, s’il observe tous mes préceptes et agit selon le droit et la justice, il vivra, il ne mourra pas. De toutes les transgressions qu’il a commises, on ne se souviendra plus à cause de la justice qu’il a pratiquée, il vivra. Prendrai-je plaisir à la mort du méchant, dit le Seigneur Dieu ? N’est-ce pas plutôt à ce qu’il se détourne de ses voies et qu’il vive ? Et si le juste se détourne de sa justice et qu’il commette l’iniquité, selon toutes les abominations que le méchant commet, il les ferait et il vivrait !... de toutes ses oeuvres de justice qu’il a pratiquées, on ne se souviendra plus ; à cause de la transgression dont il s’est rendu coupable et de son péché qu’il a commis, à cause de cela il mourra. Vous dites : "La voie du Seigneur n’est pas droite ?" Écoutez donc, maison d’Israël : Est-ce ma voie qui n’est pas droite ? Ne sont-ce pas vos voies qui ne sont pas droites ? Quand le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, et que là-dessus il meurt, c’est à cause de l’iniquité qu’il à commise qu’il meurt. Et si le méchant se détourne de sa méchanceté qu’il a pratiquée et qu’il agisse suivant le droit et la justice, il fera vivre son âme. S’il ouvre les yeux et se détourne de toutes ses transgressions qu’il a commises, il vivra certainement, et il ne mourra point, dit le Seigneur tout-puissant.

Évangile Jn. 5, 1-15

En ce temps-là, il y eut une fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il y a une piscine qui s’appelle en hébreu Béthesda, et qui a cinq portiques. Sous ces portiques étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, de boiteux et de paralytiques. Ils attendaient le bouillonnement de l’eau. Car un ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et agitait l’eau. Et celui qui y descendait le premier après l’agitation de l’eau, était guéri de son infirmité quelle qu’elle fut. Là se trouvait un homme malade depuis trente huit ans. Jésus l’ayant vu gisant et sachant qu’il était malade depuis longtemps, lui dit : "Veux-tu être guéri ?" Le malade lui répondit : "Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine dès que l’eau est agitée, et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi." Jésus lui dit "Lève-toi, prends ton grabat et marche." Et à l’instant cet homme fut guéri ; il prit son grabat et se mit à marcher. C’était un our de sabbat. Les Juifs dirent donc à celui qui avait été guéri : "C’est le sabbat, il ne t’est pas permis d’emporter ton grabat." Il leur répondit : "Celui qui m’a guéri m’a dit : Prends ton grabat et marche." Ils lui demandèrent : "Qui est l’homme qui t’a dit : Prends ton grabat et marche ?" Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était ; car Jésus s’était esquivé, grâce à la foule qui était en cet endroit. Plus tard, Jésus le trouva dans le temple et lui dit : "Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire." Cet homme s’en alla, et annonça aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Augustin, évêque

Voyons ce que le Seigneur a voulu signifier par cet unique malade que, pour garder le mystère de l’unité, il a daigné guérir, – lui seul , – parmi tant de malades. Il a trouvé dans son âge un nombre qui semble indiquer la maladie. « Il était infirme depuis trente-huit ans. » Il nous faut expliquer avec un peu plus de soin comment ce nombre convient mieux à la maladie qu’à la santé. Je demande toute votre attention. Que le Seigneur soit présent, qu’il me donne de parler comme il convient, qu’il vous accorde de bien comprendre. Quarante est pour nous un nombre sacré. Il marque une certaine perfection. Je pense que la chose est bien connue de votre charité. Très souvent, les saintes Écritures l’attestent : le jeûne est consacré par ce nombre, vous le savez bien. Car Moïse a jeûné quarante jours ; Élie aussi, tout autant. Et notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ lui-même a rempli ce nombre du jeûne. Par Moïse est signifiée la Loi, par Élie sont signifiés les Prophètes, par le Seigneur est signifié l’Évangile. Voilà pourquoi tous trois apparurent sur cette montagne où Jésus se montra à ses disciples dans l’éclat de son visage et de ses vêtements. Il apparut au milieu, entre Moïse et Élie, comme l’Évangile qui reçoit le témoignage de la Loi et des Prophètes.

2e leçon

Donc, soit dans la Loi, soit dans les Prophètes, soit dans l’Évangile, le nombre quarante nous est recommandé comme convenant au jeûne. Or, le grand jeûne, le jeûne qui oblige tous les hommes, consiste à s’abstenir du mal et des plaisirs illicites de ce monde. Tel est bien le jeûne parfait : « Rejeter l’impiété et les convoitises du monde pour vivre avec mesure, justice et piété dans le siècle d’ici-bas ». Quelle récompense l’Apôtre attache-t-il à ce jeûne ? Il le dit car il poursuit : « Attendant l’espérance bienheureuse et la manifestation de la gloire de notre bienheureux Dieu et Sauveur, Jésus le Christ ». Nous célébrons donc en ce monde comme un Carême d’abstinence lorsque notre vie est bonne, lorsque nous nous abstenons du mal et des plaisirs illicites. Mais comme cette abstinence ne sera pas sans récompense, nous attendons « l’espérance bienheureuse et la révélation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus le Christ. » En cette espérance, lorsque d’espérance, elle, sera devenue réalité, nous recevrons un denier pour salaire. C’est ce salaire qui, selon l’Évangile, est donné aux ouvriers qui travaillent dans la vigne, – vous vous en souvenez, je pense, et il n’est point nécessaire de tout vous rappeler comme si je m’adressais à des ignorants et à des incapables. Un denier donc, – qui tire son nom du nombre dix, – est donné. Joignons-le au nombre quarante, nous obtenons cinquante. Ainsi nous célébrons avec labeur le Carême avant Pâques, mais avec joie, les cinquante jours après Pâques comme si nous avions reçu notre salaire.

3e leçon

Souvenez-vous de mon projet : je veux expliquer en cet infirme le nombre de trente-huit ans : pourquoi ce nombre trente-huit convient-il à la maladie plutôt qu’à la santé ? Donc, comme je le disais, la charité est l’accomplissement de la Loi. Le nombre quarante indique l’accomplissement de la Loi dans toutes les œuvres. Mais dans la charité, deux commandements nous sont enjoints : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit », et « tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi ainsi que les Prophètes ». Oui, cette veuve qui a donné deux petites pièces dans les offrandes faites à Dieu a bien donné tout ce qu’elle avait, et de même c’est à dessein que l’aubergiste a reçu deux deniers pour ce blessé, victime des brigands, ainsi pourra-t-il le guérir. A dessein aussi Jésus est demeuré deux jours auprès des Samaritains pour les affermir dans la charité. Et donc, lorsque par ce chiffre deux est signifié quelque bien, c’est la double charité qui nous est recommandée par-dessus tout. Par conséquent, si le nombre quarante a la perfection de la Loi et si la Loi n’est accomplie que par le double précepte de la charité, pourquoi t’étonnes-tu que soit atteint de langueur celui qui avait deux de moins que quarante ?

LEÇON.

Portons nos regards sur les pénitents publics que l’Église se prépare à rétablir bientôt dans la participation des Mystères. Mais auparavant ils ont besoin d’être réconciliés avec Dieu qu’ils ont offensé. Leur âme est morte par le péché ; pourra-t-elle donc revivre ? Oui, le Seigneur nous l’atteste ; et la lecture du Prophète Ézéchiel, que l’Église commençait hier pour les Catéchumènes, elle la continue aujourd’hui en faveur des pénitents publics. « Que l’impie, dit le Seigneur, fasse pénitence de tous les péchés qu’il a commis ; qu’il garde désormais mes préceptes : il vivra certainement, et il ne mourra pas. » Cependant ses iniquités sont là, qui s’élèvent contre lui ; leur voix est montée jusqu’au ciel et provoque une vengeance éternelle. Assurément, il en est ainsi ; mais voici que le Seigneur qui sait tout, qui n’oublie rien, nous déclare qu’il ne se souviendra plus de l’iniquité rachetée par la pénitence. Telle est la tendresse de son cœur paternel, qu’il veut bien oublier l’outrage qu’il a reçu d’un fils, si ce fils revient sincèrement à son devoir. Ainsi nos pénitents seront réconciliés, et au jour de la Résurrection du Sauveur, ils se mêleront aux justes, parce que Dieu ne gardera plus souvenir de leurs iniquités ; ils seront devenus justes eux-mêmes. En remontant par la pensée le cours des âges, nous nous retrouvons ainsi en face de ce grand spectacle de la pénitence publique, dont la Liturgie, qui ne change pas, a seule conservé les traces aujourd’hui. De nos jours, les pécheurs ne sont plus mis à part ; la porte de l’église ne leur est plus fermée ; ils se tiennent souvent tout près des saints autels, mêlés aux justes ; et quand le pardon descend sur eux, l’assemblée des fidèles n’en est point avertie par des rites spéciaux et solennels. Admirons la miséricorde divine, et profitons de l’indulgence de notre mère la sainte Église. A toute heure et sans éclat, la brebis égarée peut rentrer au bercail : qu’elle use donc de la condescendance dont elle est l’objet, et qu’elle ne quitte plus désormais le Pasteur qui a daigné l’accueillir encore. Quant au juste, qu’il ne s’élève pas par une vaine complaisance, en se comparant à la pauvre brebis égarée ; qu’il médite ces paroles : « Si le juste se détourne de la justice, s’il commet l’iniquité, toutes les œuvres de justice qu’il avait faites, on ne s’en souviendra plus ». Craignons donc pour nous-mêmes, et ayons pitié des pécheurs. La prière des fidèles pour les pécheurs, durant le Carême, est un des grands moyens sur lesquels compte l’Église pour obtenir leur réconciliation.

ÉVANGILE.

Revenons encore sur nos pénitents de l’antiquité ; le passage sera facile à ceux d’aujourd’hui et à nous-mêmes. Nous venons devoir par le Prophète la disposition du Seigneur à pardonner au pécheur repentant. Mais comment ce pardon sera-t-il appliqué ? Par qui la sentence d’absolution sera-t-elle prononcée ? Notre Évangile nous l’apprend. Ce malheureux paralytique de trente-huit ans figure le pécheur invétéré ; cependant il est guéri, et le voici qui marche. Que s’est-il donc passé ? Écoutons-le d’abord : « Seigneur, dit-il, je n’ai point d’homme pour me « jeter dans la piscine ». L’eau de cette piscine l’eût sauvé ; mais il lui fallait un homme pour l’y plonger. Le Fils de Dieu sera cet homme ; c’est parce qu’il s’est fait homme que nous sommes guéris. Comme homme, il a reçu le pouvoir de remettre les péchés, et avant de monter aux cieux, il dit à d’autres hommes : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ». Nos pénitents seront donc réconciliés avec Dieu, en vertu de ce pouvoir surnaturel ; et le paralytique levant avec facilite son grabat, et l’emportant sur ses épaules, comme un trophée de sa guérison, est la figure du pécheur auquel l’Église de Jésus-Christ, en vertu du divin pouvoir des clefs, a remis ses iniquités.

Au IIIe siècle du christianisme, un hérétique, Novatien, osa enseigner que l’Église n’avait pas le pouvoir de remettre les péchés commis depuis le baptême. Cette erreur désespérante fut proscrite par les conciles et les saints docteurs ; et, pour exprimer aux yeux des fidèles l’auguste puissance que le Fils de l’homme a reçue pour purifier toute âme pénitente, on peignit, dans les lieux où les chrétiens s’assemblaient, le paralytique de notre Évangile marchant libre et dégage, son grabat sur les épaules. Cette consolante image se rencontre fréquemment sur les fresques des Catacombes de Rome, contemporaines de l’âge des Martyrs. Nous apprenons sur ces monuments l’intention de cette lecture de l’Évangile que l’Église, depuis tant de siècles, a fixée à ce jour.

L’eau de la piscine Probatique était aussi un symbole ; mais il était destiné à l’instruction des Catéchumènes. C’est par l’eau qu’ils devaient être guéris, et par une eau divinement fécondée d’en haut. Ce miracle, dont Dieu favorisait encore la Synagogue, ne servait chez les Juifs qu’à la guérison du corps, et seulement pour un seul homme, à rares intervalles ; mais depuis que l’Ange du grand Conseil est descendu des cieux et qu’il a sanctifie l’eau du Jourdain, la piscine est partout ; à chaque heure son eau rend la santé aux âmes, depuis l’enfant naissant jusqu’au vieillard. L’homme est le ministre de cette grâce ; mais c’est le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme qui opère. Disons aussi un mot des malades que l’Évangile nous représente comme rassemblés dans l’attente de la guérison. C’est l’image de la société chrétienne, en ces jours. Il y a des languissants, hommes tièdes qui ne rompent jamais franchement avec le mal ; des aveugles, chez lesquels l’œil de l’âme est éteint ; des boiteux, dont la marche dans la voie du salut est chancelante ; des malheureux dont les membres sont desséchés, impuissants à toute espèce de bien ; ils espèrent dans le moment favorable. Jésus va venir à eux ; il va leur demander, comme au paralytique : Voulez-vous être guéris ? Question remplie d’une charité divine ! Qu’ils y répondent avec amour et confiance, et ils seront guéris.

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Jeudi de la I ère semaine de Carême

5 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Jeudi de la I ère semaine de Carême

Lecture Ez. 18, 1-9

En ces jours-là, la parole du Seigneur me fut adressée en ces termes : Pourquoi donc proférez-vous ce proverbe, au sujet du pays d’Israël : "Les pères mangent du verjus, et les dents des fils en sont agacées ?" Je suis vivant, dit le Seigneur Dieu : Vous n’aurez plus lieu de proférer ce proverbe en Israël. Voici que toutes les âmes sont à moi : l’âme du fils comme l’âme du père est à moi ; l’âme qui pèche sera celle qui mourra. Si un homme est juste et pratique le droit et la justice ; s’il ne mange pas sur les montagnes et n’élève pas les yeux vers les idoles infâmes de la maison d’Israël ; s’il ne déshonore pas la femme de son prochain et ne s’approche pas d’une femme pendant sa souillure ; s’il m’opprime personne, s’il rend au débiteur son gage, s’il ne commet pas de rapines, s’il donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu ; s’il ne prête pas à usure et ne prend pas d’intérêt ; s’il détourne sa main de l’iniquité ; s’il juge selon la vérité entre un homme et un autre ; s’il suit mes préceptes et observe mes lois, en agissant avec fidélité, celui-là est juste ; il vivra, dit le Seigneur tout-puissant.

Évangile Mt. 15, 21-28

En ce temps-là : Jésus, étant parti, se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Et voilà qu’une femme cananéenne, sortie de ce pays-là, se mit à crier : "Ayez pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon." Il ne lui répondit pas un mot. Alors les disciples, s’étant approchés, le priaient en disant : "Renvoyez-la, car elle nous poursuit de ses cris." Il répondit : "Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël." Mais elle vint se prosterner devant lui, disant : "Seigneur, secourez-moi !" Il répondit : "Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens." - "Oui, Seigneur, dit-elle ; mais les petits chiens mangent des miettes, qui tombent de la table de leurs maîtres." Alors Jésus lui dit : "O femme, votre foi est grande : qu’il vous soit fait comme vous voulez." Et sa fille fut guérie à l’heure même.

Office

1ère leçon

Homélie de saint Jérôme, prêtre

Jésus laisse les scribes et les pharisiens calomniateurs et passe dans la région de Tyr et de Sidon pour guérir les Tyriens et les Sidoniens. Mais voilà qu’une Cananéenne sort du pays qui fut jadis le sien afin d’obtenir par ses cris la santé de sa fille. A noter que la guérison de la fille de la Cananéenne se place en quinzième lieu. « Ayez pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » Si elle avait appris à invoquer le fils de David, c’est qu’elle avait déjà quitté son pays, et avait renoncé à l’erreur des Tyriens et des Sidoniens en changeant de lieu et de foi.

2e leçon

« Ma fille est tourmentée par un démon. » Pour moi, je pense que la fille de la Cananéenne représente les âmes des croyants qui étaient tourmentées par le démon tant qu’elles ne connaissaient pas le Créateur et adoraient la pierre. « Mais il ne lui répondit pas un mot. » Ce n’est pas orgueil de pharisien, ce n’est pas dédain de scribe ; mais il ne voulait pas donner l’impression que lui-même contrevient à son ordre : « Ne prenez pas le chemin des nations païennes et n’entrez pas dans les villes des Samaritains. » En effet, il ne voulait pas donner prise à ses calomniateurs et réservait la plénitude du salut des nations païennes au temps de la Passion et de la Résurrection.

3e leçon

« S’approchant de lui, ses disciples lui demandaient : Renvoie-la, car elle crie derrière nous. » Les disciples, qui à ce moment ignoraient encore les mystères du Seigneur, intercédaient en faveur de la Cananéenne, – qu’un autre évangéliste appelle Syro-Phénicienne –, soit que la compassion les touche, soit que le désir d’être débarrassé de son importunité les anime ; car elle redoublait ses cris comme pour un médecin non pas clément, mais impitoyable. Quant à lui, voici la réponse qu’il fait : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Non qu’il n’ait pas été envoyé aussi vers les nations païennes, mais il l’a d’abord été en Israël et comme ceux-ci n’ont pas accueilli l’Évangile, son passage vers les nations païennes se justifie.

LEÇON.

Cette lecture du Prophète nous donne à apprécier la miséricorde de Dieu envers les Gentils, qui vont bientôt passer des ténèbres à la lumière, par la grâce du saint Baptême. En vain le proverbe juif prétend que « les dents des enfants sont agacées, parce que celles des pères ont broyé les raisins verts » : Dieu, dès l’Ancien Testament, déclare que les péchés sont personnels, et que le fils de l’impie, s’il veut suivre la justice, trouvera la miséricorde et la vie. La prédication de l’Évangile par les Apôtres et leurs disciples fut un appel qui retentit dans toute la Gentilité ; et l’on vit bientôt les fils des races idolâtres se presser autour de la piscine du salut, abjurer les mauvaises œuvres de leurs pères, et devenir l’objet des complaisances du Seigneur. La même merveille apparut dans la conversion des barbares de l’Occident ; elle se continue de nos jours chez les peuples infidèles ; et de nombreux catéchumènes, cette année encore, recevront la régénération à la fête de Pâques.

Dans l’ordre temporel. Dieu punit souvent dans les fils l’iniquité des pères ; cette disposition de sa providence est utile à l’instruction des hommes, qui reçoivent par là de salutaires leçons ; mais, dans l’ordre moral, chacun est traité selon ses mérites ; et de même que Dieu n’impute pas au fils vertueux les iniquités du père, de même la vertu du père ne rachètera pas l’iniquité du fils. Saint Louis fut l’aïeul de Philippe le Bel, et Louis XVI était le petit-fils de Louis XV : ces contrastes se rencontrent dans beaucoup de familles. « Dieu a laissé l’homme dans la main de son conseil ; l’homme a devant lui la vie et la mort, le bien et le mal ; on lui donnera ce qu’il préfère. » Mais telle est la miséricorde du Seigneur notre Dieu, que lorsque l’homme a fait un mauvais choix, s’il repousse le mal qu’il avait d’abord préféré, et s’il se tourne vers le bien, lui aussi vivra de la vie, et la pénitence lui rendra ce qu’il avait perdu.

ÉVANGILE.

Jésus admire la foi de cette femme ; il la loue, il la recommande à notre imitation. Cette femme cependant était d’une race païenne ; peut-être jusqu’alors avait-elle adoré les idoles ; mais elle vient au Sauveur ; l’amour maternel l’amène aux pieds de Jésus. Elle y obtient la guérison de sa fille, et sans doute aussi celle de son âme. C’est une application de la vérité consolante que nous trouvions tout à l’heure dans le Prophète : les élus sortent de toute race, même de la race maudite de Chanaan. Le Seigneur traite cette femme avec une dureté apparente, bien qu’il ait résolu de l’exaucer ; il veut que sa foi s’élève, qu’elle soit digne d’être récompensée. Prions donc avec instance dans ces jours de miséricorde. La fille de la Chananéenne était tourmentée par le démon dans son corps ; que d’âmes, dans toute l’Église, sont la proie de cet esprit infernal par le pèche mortel qui habite en elles ! Sentent-elles leur mal ? Songent-elles à crier vers le libérateur ? Et si d’abord il fait attendre la grâce du pardon, savent-elles s’humilier comme la femme de l’Évangile, qui accepte avec tant de simplicité le mépris que le Sauveur semble avoir pour elle ? Brebis perdues de la maison d’Israël, profitez du temps où vous possédez encore le Pasteur. Avant quarante jours, il sera misa mort, « et le peuple qui l’aura renié ne sera plus son peuple ». Avant quarante jours aussi, nous célébrerons l’anniversaire de ce grand Sacrifice ; et tout pécheur qui n’aura pas converti ses voies, qui ne sera pas venu à Jésus avec l’humilité de la Chananéenne, aura mérité d’être rejeté sans retour. Hâtons-nous donc de nous rendre dignes de la réconciliation. La table des enfants de Dieu est déjà dressée ; et telle est la générosité du père de famille, que si nous voulons revenir à lui du fond de notre cœur, ce ne sont point seulement les miettes tombées de cette table qu’il nous permettra de recueillir : c’est Jésus, le Pain de vie, qu’il nous donnera, en signe d’éternelle réconciliation.

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Mercredi des Quatre-Temps

4 Mars 2020 , Rédigé par Ludovicus

Mercredi des Quatre-Temps

Lecture Ex 24, 12-18

En ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse : "Monte vers moi sur la montagne, et restes-y ; je te donnerai les tables de pierre, la loi et les préceptes que j’ai écrits pour leur instruction." Moïse se leva, avec Josué, son serviteur, et Moïse monta vers la montagne de Dieu. Il dit aux anciens : Attendez-nous ici, jusqu’à ce que nous revenions auprès de vous. Voici Aaron et Hur seront avec vous ; si quelqu’un a un différend, qu’il s’adresse à eux." Moïse monta vers la montagne, et la nuée couvrit la montagne ; la gloire du Seigneur reposa sur la montagne de Sinaï, et la nuée la couvrit pendant six jours. Le septième jour, le Seigneur appela Moïse du milieu de la nuée. L’aspect de la gloire du Seigneur était, aux yeux des enfants d’Israël, comme un feu dévorant sur le sommet de la montagne. Moïse entra au milieu de la nuée, et monta à la montagne ; et Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits.

Lecture 3 R. 19, 3-8

En ces jours-là, Élie, étant arrivé à Bersabée, qui appartient à Juda, y laissa son serviteur. Pour lui, il alla dans le désert l’espace d’une journée de marche ; arrivé là, il s’assit sous un genêt et demanda pour lui la mort, en disant : "C’est assez ! Maintenant, Seigneur, prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères !" Il se coucha et s’endormit sous le genêt. Et voici qu’un ange le toucha et lui dit : "Lève-toi, mange." Il regarda, et voici qu’il y avait à son chevet un gâteau cuit sur des pierres chauffées et une cruche d’eau. Après avoir mangé et bu, il se recoucha. L’ange du Seigneur vint une seconde fois, le toucha et dit : "Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi." Il se leva, mangea et but, et, avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, à Horeb.

Évangile Mt. 12, 38-50

En ce temps-là : quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et dirent : "Maître, nous voudrions voir un signe de vous." Il leur répondit : "Une génération mauvaise et adultère réclame un signe : il ne lui sera donné d’autre signe que le signe du prophète Jonas. Car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. Les hommes de Ninive se dresseront, au (jour du) jugement, avec cette génération et la feront condamner, car ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et il y a ici plus que Jonas. La reine du Midi se lèvera au (jour du) jugement, avec cette génération et la fera condamner, car elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon. Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : "Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti." Et revenu, il la trouve libre, nettoyée et ornée. Alors il s’en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, et, étant entrés, ils y fixent leur demeure, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il pour cette génération mauvaise."

Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : "Voici votre mère et vos frères qui se tiennent dehors, et ils cherchent à vous parler."

Il répondit à l’homme qui lui disait cela : "Qui est ma mère et qui sont mes frères ?" Et étendant la main vers ses disciples, il dit : "Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère."

Office

1ère leçon

Homélie de saint Ambroise, évêque

Le peuple juif une fois condamné, le mystère de l’Église s’exprime ici avec évidence : que ce soit par la pénitence dans la personne des Ninivites, ou par le désir de trouver la sagesse, dans celle de la Reine du Midi, elle se rassemble de toutes les régions du monde pour entendre les paroles de Salomon, le Pacifique. Reine, elle l’est assurément ; en son royaume, nulle division ; formée de peuples divers et distants dans l’espace, elle se dresse dans la stature d’un corps unique

2e leçon

Aussi « ce mystère-là est grand par rapport au Christ et à l’Église » (Ep 5, 32), mais celui-ci est plus grand encore. L’autre a précédé, à titre de figure, mais à présent, le mystère s’accomplit en toute réalité ; là, Salomon n’est que le type, ici, le Christ est présent dans son corps. L’Église offre donc un double aspect, selon qu’on ignore le péché, ou que l’on cesse de pécher, car la pénitence détruit le péché, mais la sagesse, elle, veut l’éviter.

3e leçon

Par ailleurs, si le signe de Jonas figure la Passion du Seigneur, il atteste aussi la gravité des péchés commis par des Juifs. L’on peut y voir à la fois la proclamation de la majesté et le signe de la miséricorde. En effet, l’exemple des Ninivites annonce le châtiment, mais en même temps, il montre le remède. Dès lors, les Juifs non plus ne doivent pas désespérer du pardon, pourvu qu’ils consentent à faire pénitence.

LEÇONS.

L’Église, qui, dans les Mercredis des Quatre-Temps, nous offre toujours deux lectures de la sainte Écriture, à la place de l’Épître de la Messe, réunit aujourd’hui les deux grands types du Carême dans l’Ancien Testament, Moïse et Élie, afin de relever dans nos pensées la dignité du jeûne quadragésimal, auquel Jésus-Christ lui-même est venu donner un caractère plus sacré encore, en réalisant dans sa personne ce que la Loi et les Prophètes n’avaient accompli qu’en figure.

Moïse et Élie jeûnent quarante jours et quarante nuits, parce qu’ils vont s’approcher de Dieu. Il faut que l’homme s’épure, qu’il se dégage du poids du corps, s’il veut se mettre en rapport avec celui qui est l’Esprit. Néanmoins, la vision de Dieu dont furent favorisés ces deux saints hommes fut très imparfaite : ils sentirent que le Seigneur était près d’eux, mais ils ne virent pas sa gloire. Depuis, le Seigneur s’est manifesté dans la chair, et l’homme l’a vu, il l’a entendu, il l’a touché de ses mains. Nous ne sommes pas du nombre de ces heureux mortels qui conversèrent avec le Verbe de vie ; mais, dans la divine Eucharistie, il fait plus que de se laisser voir : il entre en nous, il devient notre substance. Le plus humble fidèle dans l’Église possède Dieu plus pleinement que Moise sur le Sinaï, et Élie sur Horeb. Ne soyons donc pas étonnés si l’Église, pour nous préparer à cette faveur, dans la fête de Pâques, veut que nous traversions auparavant une épreuve de quarante jours, mais beaucoup moins rigoureuse que celle qui fut pour Moise et Élie la condition de la grâce que Jéhovah daigna leur faire.

ÉVANGILE.

Le Sauveur dénonce à Israël les châtiments qui l’attendent pour son aveuglement volontaire et pour la dureté de son cœur. Israël veut des prodiges pour croire ; il en est entouré, et il ne les voit pas. Tels sont les hommes de nos jours. Pour reconnaître le christianisme comme divin, il leur faudrait des preuves ; et cependant l’histoire est ouverte devant eux. Les événements présents rendent aussi leur témoignage ; mais rien ne les réveille. Ils s’en tiennent à leurs systèmes toujours déçus, et ils n’arriveront à comprendre que l’Église catholique est le fondement de la société, qu’au jour où la société qu’ils ont isolée eux-mêmes de l’Église s’écroulera dans l’abîme creusé par leurs mains. « Génération perverse et adultère », dit le Seigneur, contre laquelle s’élèveront les peuples infidèles qui n’ont point connu les institutions chrétiennes, et qui les eussent peut-être aimées et conservées. Craignons le sort des Juifs, auxquels le siège de Jérusalem, sa ruine même, ne purent ouvrir les yeux, et qui restent encore fidèles aux illusions de leur orgueil après un esclavage de dix-huit siècles. Au milieu des périls de la société, que les enfants de l’Église comprennent aussi leur responsabilité. Qu’ils se demandent pourquoi les sages du monde, les politiques de ce monde, ont cessé de compter avec eux ? Pourquoi, aujourd’hui encore, ces hommes ont tant de peine à apercevoir quelque part l’élément catholique ? C’est que les catholiques avaient délaissé l’Église et ses saintes pratiques. Chaque jour, une solitude plus grande se faisait remarquer dans nos Églises, les sacrements n’étaient plus fréquentés, le Carême n’était plus qu’un mot sur le calendrier.

Revenons non seulement à la foi de nos pères, mais à l’observation des lois chrétiennes : c’est alors que le Seigneur aura pitié de son peuple infidèle, à cause des justes qui seront dans son sein. L’apostolat de l’exemple produira ses fruits ; et si un faible faisceau de fidèles fut pour les peuples de l’empire romain ce levain dont parle le Sauveur, qui fait fermenter toute la pâte : au milieu d’une société qui conserve encore plus d’éléments catholiques qu’elle ne le pense, notre zèle à confesser et à pratiquer les devoirs de la milice chrétienne ne demeurera point sans résultat.

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