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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Saint Philippe Béniti confesseur

23 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Philippe Béniti confesseur

Collecte

Dieu, vous nous avez donné un excellent modèle d’humilité en la personne de votre Confesseur, le bienheureux Philippe : accordez à vos serviteurs de mépriser, à son exemple, les biens de ce monde et de chercher toujours les biens du ciel.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Philippe, né à Florence de l’illustre famille des Beniti, donna dès son berceau des marques de sa future sainteté. A peine était-il âgé de cinq mois, que sa langue se délia miraculeusement pour engager sa mère à faire l’aumône aux Frères Servites. Encore adolescent, étant à Paris pour étudier les belles lettres, il joignit à cette étude une ardente piété et alluma le désir du ciel en plusieurs de ses compagnons. Rentré dans sa patrie, une vision de la sainte Vierge lui fit connaître sa vocation pour l’Ordre des Servites, récemment fondé. Retiré avec eux dans une grotte, du mont Senario, il y passa des jours pleins de douceur, soumettant son corps à de rudes austérités et méditant les souffrances du Seigneur crucifié. Puis il se mit à parcourir l’Europe et une grande partie de l’Asie pour y prêcher l’Évangile ; il établit des couvents des Sept-Douleurs de la Sainte Vierge et propagea son Ordre par le rare exemple de ses vertus.

Cinquième leçon. Le feu de la divine charité dont il brûlait et son zèle ardent pour l’extension de la foi catholique l’ayant fait élire, malgré ses résistances, général de son Ordre, il envoya un grand nombre de ses frères prêcher l’Évangile en Russie ; lui-même parcourut les principales villes de l’Italie, apaisant les discordes qui s’élevaient de plus en plus parmi les citoyens, et en ramenant aussi plusieurs sous l’obéissance du Pontife romain. Il ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer au salut du prochain, et fit passer des hommes très pervers, de la fange des vices à la pénitence et à l’amour de Jésus-Christ. Extrêmement assidu à l’oraison, il parut souvent ravi en extase. La virginité lui était si chère, qu’il s’infligea volontairement les plus rigoureuses mortifications pour la garder intacte jusqu’au dernier soupir.

Sixième leçon. On vit constamment briller en lui une tendre compassion envers les pauvres ; elle parut surtout avec éclat lorsque, dans un faubourg de Sienne, il donna son propre vêtement à un pauvre lépreux à peu près nu ; aussitôt que ce malheureux en fut couvert, il se trouva guéri de sa lèpre. Le bruit de ce miracle s’étant répandu de tous côtés, quelques-uns des Cardinaux réunis à Viterbe pour l’élection du successeur de Clément IV, jetèrent les yeux sur Philippe, dont ils connaissaient du reste la prudence toute céleste. A cette nouvelle, l’homme de Dieu craignant de se voir imposer la charge de pasteur suprême, s’enfuit sur le mont Tuniato, et y demeura caché jusqu’au moment où Grégoire fut proclamé souverain Pontife. En cet endroit se trouve une source d’eau qu’on appelle encore aujourd’hui Fontaine de Saint-Philippe, eau qui doit à ses prières la vertu de guérir les malades. Enfin il quitta très saintement cette vie, à Todi, l’an douze cent quatre-vingt-cinq, en embrassant le crucifix, qu’il appelait son livre. A son tombeau, des aveugles recouvrèrent la vue, des boiteux furent guéris et des morts ressuscitèrent. Devant l’éclat de ces prodiges et de beaucoup d’autres encore, le souverain Pontife Clément X l’inscrivit au nombre des Saints.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Bède le Vénérable, Prêtre. Lib. 4, cap. 54 in Luc. 12

Septième leçon. Notre Seigneur appelle petit le troupeau des élus, soit à cause du très grand nombre des réprouvés, soit plutôt par affection pour l’humilité ; car il veut que son Église, quelque développement qu’elle prenne par le nombre de ses membres, croisse néanmoins en humilité jusqu’à la fin du monde, et parvienne dans l’humilité au royaume promis. C’est pourquoi, encourageant et consolant les labeurs de cette Église à laquelle il commande de chercher uniquement le royaume de Dieu, il promet à cette même Église le royaume que lui donnera le Père dans son infinie bonté.

Huitième leçon. « Vendez ce que vous avez, et donnez l’aumône » . Ne craignez point, dit notre Seigneur, qu’en combattant pour le royaume de Dieu vous veniez à manquer des choses nécessaires à la vie ; vendez même, pour le donner en aumône, ce que vous possédez. On accomplit dignement ce conseil quand, après avoir méprisé une fois pour toutes, ses biens pour le Seigneur, on s’adonne ensuite au travail des mains afin de pouvoir se nourrir soi-même et faire l’aumône. C’est de quoi l’Apôtre se glorifie, en disant : « Je n’ai convoité ni l’or, ni l’argent, ni le vêtement de personne, comme vous le savez vous-mêmes ; parce que, à l’égard des choses dont moi et ceux qui sont avec moi avions besoin, ces mains y ont pourvu. Je vous ai montré en tout, que c’est en travaillant ainsi qu’il faut soutenir les faibles ».

Neuvième leçon. « Faites-vous des bourses que le temps n’use point », c’est-à-dire en répandant des aumônes, car leur récompense demeurera éternellement. Il ne faut pas interpréter ce précepte en ce sens qu’il soit défendu aux saints de conserver quelque argent pour subvenir à leurs propres besoins ou à ceux des pauvres, puisque l’Évangile nous apprend que notre Seigneur lui-même, bien qu’ayant les Anges à son service, n’a pas dédaigné, pour instruire son Église naissante, d’avoir une bourse ; qu’il conservait les offrandes des fidèles, et qu’il en usait pour subvenir aux nécessités des siens ou d’autres indigents ; mais ce n’est pas à cause de ces biens qu’il faut s’attacher au service de Dieu ; ce n’est pas la crainte de la pauvreté qui doit faire jamais abandonner la justice.

Notre-Dame règne maintenant dans les cieux. Son triomphe sur la mort a été sans labeur ; comme Jésus pourtant, c’est par la souffrance qu’elle a mérité d’entrer dans sa gloire. Nous n’arriverons pas autrement que le Fils et la Mère au bonheur sans fin. Ayons souvenir des joies si douces goûtées durant ces huit jours ; mais n’oublions pas que le chemin n’est point achevé pour nous encore. Que restez-vous à regarder le ciel ? disaient aux disciples les Anges de l’Ascension, de la part du Seigneur monté dans la nue ; car les disciples, devant qui s’étaient révélés un instant les horizons de la patrie, ne se résignaient pas à reporter leurs yeux vers la vallée des larmes. Comme le Seigneur, Marie, aujourd’hui, nous envoie son message des hauteurs radieuses où nous la suivrons, mais plus tard, où nous l’entourerons, mais après avoir dans les peines de l’exil mérité de former sa cour ; sans distraire d’elle notre âme, l’apôtre de ses douleurs, Philippe Benizi, nous rappelle au vrai sentiment de notre situation d’étrangers et de pèlerins sur la terre.

Luttes au dehors, au dedans craintes : pour une large part, ce fut la vie de Philippe, comme l’histoire de sa patrie, Florence, l’histoire de l’Italie et du monde au XIIIe siècle. Né à l’heure où une admirable efflorescence de sainteté conspirait à faire de la cité des fleurs un paradis nouveau, il trouvait au même temps sa ville natale en butte aux factions sanglantes, aux assauts de l’hérésie, à tout l’excès des misères qui montrent que Jérusalem et Babylone se pénètrent partout ici-bas. Nulle part l’enfer n’est si près, que là où le ciel se manifeste avec une intensité plus grande ; par l’assistance de Marie, on le vit bien dans ce siècle où se rencontrèrent en voisinage plus immédiat que jamais la tête du serpent et le talon de la femme. L’ancien ennemi, multipliant les sectes, avait ébranlé la foi au centre même des provinces enserrant la Ville éternelle. Tandis qu’en Orient l’Islam refoulait les derniers croisés, en Occident la papauté se débattait contre l’empire, devenu comme un fief de Satan aux mains de Frédéric II. Partout, dans la chrétienté dont l’unité sociale apparaissait dissoute, se révélait, à l’affaiblissement des croyances, au refroidissement de l’amour, le progrès du poison dont l’humanité doit mourir.

Mais le prince du mal allait connaître la vertu des réactifs que le ciel tenait en réserve pour soutenir la sénilité du monde. C’est alors que Notre-Dame présente à son Fils irrité Dominique et François, pour réduire, par l’accord de la science et de tous les renoncements, les ignorances et les cupidités de la terre : alors aussi que Philippe Benizi, le Servite de la Mère de Dieu, reçoit d’elle la mission de prêcher par l’Italie, la France et la Germanie, les indicibles souffrances qui firent d’elle la corédemptrice du genre humain.

Déjà les fêtes des Sept saints fondateurs et de Julienne Falconiéri nous ont dit les origines, le but du pieux Ordre des Servites, la part prépondérante qu’eurent dans sa propagation les travaux, les épreuves, la foi du Saint de ce jour.

Approche, Philippe, et monte sur ce char. Vous l’entendîtes, cette parole, dans les jours où le monde souriait à votre jeunesse et vous offrait sa renommée ou ses plaisirs ; c’était l’invitation que vous faisait Marie, alors qu’assise sur le char d’or figurant la vie religieuse à laquelle vous étiez convié, elle était vers vous descendue : un manteau de deuil enveloppait de ses plis la souveraine des cieux ; une colombe voltigeait autour de sa tête ; un lion et une brebis traînaient son char, entre des précipices d’où montaient les sifflements de l’abîme. C’était l’avenir qui se dévoilait : vous deviez parcourir la terre en la compagnie de la Mère des douleurs, et ce monde que déjà l’enfer avait miné de toutes parts n’aurait pour vous nul péril ; car la douceur et la force y seraient vos guides, la simplicité votre inspiratrice. Heureux les doux, car ils posséderont la terre !

Mais c’est contre le ciel surtout que devait vous servir l’aimable vertu qui a cette promesse d’empire ; contre le ciel qui lutte lui-même avec les forts, et vous réservait l’épreuve du suprême abandon devant lequel avait tremblé l’Homme-Dieu : après des années de prières, de travaux, d’héroïque dévouement, pour récompense vous connûtes le rejet apparent du Seigneur, le désaveu de son Église, l’imminence d’une ruine menaçant par delà votre tête tous ceux que Marie vous avait confiés. Contre l’existence de vos fils les Servîtes, nonobstant les paroles de la Mère de Dieu, ne se dressait rien moins que l’autorité de deux conciles généraux, dont le Vicaire du Christ avait arrêté de laisser les résolutions suivre leur cours. Notre-Dame vous donnait de puiser au calice de ses souffrances. Vous ne vîtes point le triomphe d’une cause qui était la sienne autant que la vôtre ; mais comme les patriarches saluant de loin l’accomplissement des promesses, la mort ne put ébranler votre confiance sereine et soumise : vous laissiez à votre fille Julienne Falconieri le soin d’obtenir, par ses prières devant la face du Seigneur, ce que n’avaient pu gagner vos démarches auprès des puissants.

La puissance suprême ici-bas, un jour l’Esprit-Saint parut la mettre à vos pieds : comme le demande l’Église au souvenir de l’humilité qui vous fit redouter la tiare, obtenez-nous de mépriser les faveurs du temps pour ne rechercher que le ciel. Les fidèles cependant n’ont point oublié que vous fûtes le médecin des corps, avant d’être celui des âmes ; leur confiance est grande dans l’eau et les pains que vos fils bénissent en cette fête, et qui rappellent les faveurs miraculeuses dont fut illustrée la vie de leur père : ayez égard toujours à la foi des peuples ; répondez au culte spécial dont les médecins chrétiens vous honorent. Aujourd’hui enfin que le char mystérieux de la première heure est devenu le char de triomphe où Notre-Dame vous associe à la félicité de son entrée dans les cieux, apprenez-nous à compatir comme vous de telle sorte à ses douleurs, que nous méritions d’être avec vous dans l’éternité participants de sa gloire.

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Cœur Immaculé de la Bse Vierge Marie mémoire des Saints Timothée Hippolyte et Symphorien Martyrs

22 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Cœur Immaculé de la Bse Vierge Marie mémoire des Saints Timothée Hippolyte et Symphorien Martyrs

Collecte

Dieu éternel et tout puissant, qui avez préparé dans le Cœur de la bienheureuse Vierge Marie une demeure digne du Saint-Esprit, faites, dans votre bonté, qu’en célébrant de toute notre âme cette fête en l’honneur de son cœur immaculé, nous arrivions à vivre selon votre cœur

AU PREMIER NOCTURNE Des Proverbes de Salomon
Première leçon. Moi, la sagesse, j’habite dans le conseil, et je suis présente parmi les pensées judicieuses. La crainte du Seigneur hait le mal. Je déteste l’insolence, et l’orgueil, et la voie mauvaise, et la langue double. A moi est le conseil et l’équité ; à moi est la prudence, à moi est la force. C’est par moi que règnent les rois, et que les législateurs ordonnent ce qui est juste. C’est par moi que les princes commandent, et que les puissants rendent la justice. J’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui veillent dès le matin pour me chercher me trouveront.
Deuxième leçon. Avec moi sont les richesses et la gloire, les biens superbes et la justice. Car mes fruits valent mieux que l’or et les pierres précieuses, et mes produits sont meilleurs que l’argent le plus pur. Je marche dans les voies de la justice, au milieu des sentiers de la prudence, pour enrichir ceux qui m’aiment, et pour remplir leurs trésors. Le Seigneur m’a possédée au commencement de Ses voies, avant de faire quoi que ce soit, dès le principe. J’ai été établie dès l’éternité, et dès les temps anciens, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue ; les sources des eaux n’avaient pas encore jailli ; les montagnes ne s’étaient pas encore dressées avec leur pesante masse ; j’étais enfantée avant les collines.
Troisième leçon. Heureux l’homme qui m’écoute, et qui veille tous les jours à ma porte, et qui se tient à la porte de ma maison. Celui qui me trouvera, trouvera la vie, et puisera le salut dans le Seigneur. Mais celui qui péchera contre moi blessera son âme ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort. La sagesse s’est bâti une maison ; elle a taillé sept colonnes. Elle a immolé ses victimes, mêlé son vin, et disposé sa table. Elle a envoyé ses servantes pour appeler à la citadelle et aux remparts de la ville : « Que quiconque est petit vienne à moi. » Et elle a dit aux insensés : « Venez, mangez mon pain, et buvez le vin que je vous ai préparé. »
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Sermon de saint Bernardin de Sienne
Quatrième leçon. Quel mortel, s’il ne s’appuie sur la parole divine, osera célébrer peu ou prou, de ses lèvres non purifiées ou même souillées, cette véritable Mère de Dieu et des hommes, que Dieu le Père, avant tous les siècles, a prédestinée à rester perpétuellement vierge, que le Fils a choisie pour sa très digne Mère, en qui le Saint-Esprit a préparé le séjour de toute grâce ? Par quelles paroles le pauvre homme que je suis osera-t-il exalter les sentiments si profonds conçus par ce Cœur très pur et exprimés par cette bouche très sainte, alors que la langue de tous les Anges en est incapable ? Car le Seigneur a dit : « L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor du cœur » : et cette parole aussi peut-être un trésor. Peut-on concevoir, parmi les simples hommes, quelqu’un de meilleur que celle-là, qui mérita de devenir la Mère de Dieu, qui pendant neuf mois a abrité Dieu lui-même dans son cœur et dans ses entrailles ? Quel trésor est meilleur que cet amour divin lui-même, dont le Cœur de la Vierge était l’ardente fournaise ?
Cinquième leçon. De ce Cœur donc, comme de la fournaise du feu divin, la bienheureuse Vierge a tiré de bonnes paroles, c’est-à-dire les paroles d’une très ardente charité. De même que d’un vase plein d’un vin souverain et excellent ne peut sortir que du très bon vin ; ou comme d’une fournaise très ardente ne peut sortir qu’un feu brûlant ; ainsi, de la Mère du Christ n’a pu sortir qu’une parole d’amour et de zèle souverains et souverainement divins. C’est le fait d’une maîtresse et d’une dame sage que de proférer des paroles peu nombreuses, mais solides et pleines de sens. Ainsi nous trouvons dans l’Évangile, à sept reprises, sept paroles seulement, d’une sagesse et d’une force étonnantes, prononcées par la très bénie Mère du Christ : il est ainsi montré mystiquement qu’elle fut pleine de la grâce septiforme. Avec l’Ange elle n’a prononcé que deux paroles. Avec Élisabeth deux encore. Avec son Fils deux également, la première fois au Temple, la seconde fois aux Noces. Avec les serviteurs des noces, une seule parole. Et dans tous les cas, elle a fort peu parlé. Mais elle s’est dilatée davantage dans la louange de Dieu et dans l’action de grâces, lorsqu’elle a dit : « Mon âme magnifie le Seigneur… » Là, ce n’est pas avec l’homme, mais avec Dieu qu’elle a parlé. Ces sept paroles, elles les a prononcées selon les sept progrès et actions de l’amour, en observant une progression et un ordre admirable : ce sont là comme sept flammes de son Cœur embrasé.
Des documents ecclésiastiques
Sixième leçon. Le culte liturgique, par lequel on rend un juste honneur au Cœur Immaculé de la Vierge Marie, et auquel de nombreux saints et saintes ont préparé la voie, fut approuvé tout d’abord par le Siège Apostolique au début du dix-neuvième siècle, lorsque le Pape Pie VII institua la fête du Cœur Très Pur de la Vierge Marie, pour être pieusement et saintement célébrée par tous les diocèses et les familles religieuses qui en avaient fait la demande ; fête que bientôt le Pape Pie IX enrichit d’un office et d’une messe propres. Ce culte ardent et souhaité, né au dix-neuvième siècle, et grandissant de jour en jour, fut accueilli avec bienveillance par le Souverain Pontife Pie XII, qui voulut l’étendre à l’Église entière, en donnant à cette fête une plus grande solennité. L’an 1942, tandis qu’une guerre très cruelle accablait presque toute la terre, ce pape, plein de pitié pour les épreuves infinies des populations, en raison de sa piété et de sa confiance envers la Mère céleste, confia ardemment le genre humain tout entier, par une prière solennelle, à ce Cœur très doux ; et il établit la célébration universelle et perpétuelle d’une fête avec Office et Messe propres en l’honneur de ce Cœur Immaculé (1944).
AU TROISIÈME NOCTURNE
Homélie de saint Robert Bellarmin, évêque
Septième leçon. Le fardeau et le joug que le Seigneur imposa à saint Jean, en lui confiant le soin de la Vierge Mère, furent vraiment un joug suave et un fardeau léger. Qui donc ne partagerait très volontiers la demeure de cette Mère, qui porta neuf mois dans son sein le Verbe incarné et vécut avec lui, très doucement et dévotement, pendant trente années ? Qui ne porterait envie au disciple bien-aimé du Seigneur qui, en l’absence du Fils de Dieu, obtint la présence de la Mère de Dieu ? Mais, si je ne m’abuse, nous pouvons, nous aussi, obtenir par nos prières de la bonté du Verbe, incarné à cause de nous et crucifié à cause de son grand amour pour nous, qu’il nous dise à nous aussi : « Voici ta Mère. » Et qu’il dise de nous à sa Mère : « Voici ton fils. »
Huitième leçon. Le doux Seigneur n’est pas avare de ses dons, pourvu que « nous approchions du trône de sa grâce avec » foi et « confiance », avec un cœur non pas hypocrite, mais véritable et sincère. Celui qui a voulu nous faire cohéritiers du royaume de son Père ne dédaignera certes pas de nous avoir pour cohéritiers de l’amour de sa Mère. Quant à cette Vierge très bonne, elle ne sera pas accablée par la multitude de ses enfants, car elle a un cœur immense, et elle désire vivement éviter la perte d’aucun de ceux que son Fils a rachetés par un sang si précieux et une mort d’un si grand prix. « Approchons donc avec confiance du trône de la grâce » du Christ ; humblement et avec larmes, demandons-lui qu’il dise à sa Mère, de chacun de nous : « Voici ton fils. » Et qu’il dise de sa Mère, à chacun de nous : « Voici ta Mère. »
Neuvième leçon. Quel bonheur ce sera pour nous de vivre sous l’égide d’une pareille Mère ! Qui osera nous arracher de son sein ? Quelle tentation pourra nous vaincre, si nous mettons notre confiance dans le patronage de la Mère de Dieu, qui est aussi la nôtre ? Et nous ne serons pas les premiers à avoir reçu un tel bienfait. Beaucoup nous ont précédés ; oui, beaucoup ont accédé à ce patronage unique et tout maternel de cette Vierge, et aucun n’en est revenu déçu ou triste : tous, soutenus par le patronage d’une telle Mère, tout joyeux et contents. Car c’est d’elle qu’il est écrit : « Elle broiera ta tête ». Ils ont donc confiance, grâce à elle, qu’eux aussi marcheront hardiment « sur l’aspic et le basilic, fouleront aux pieds le lion et le dragon ». Car il semble impossible qu’il se perde, celui dont le Christ a dit à la Vierge : « Voici ton fils », pourvu que lui-même ne fasse pas la sourde oreille à ce que le Christ lui dit : « Voici ta mère. »

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Sainte Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal veuve

21 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal veuve

Collecte

Dieu tout-puissant et miséricordieux, après avoir embrasé de votre amour la bienheureuse Jeanne Françoise, vous lui avez donné la force d’âme admirable qui la fit avancer en perfection dans toutes les situations de la vie, et vous avez voulu orner par elle votre Église d’une nouvelle famille religieuse : faites, en considération de ses mérites et de ses prières, que, conscients de notre faiblesse, mais confiants en votre secours, nous puissions, à l’aide de la grâce céleste, surmonter tout ce qui nous est contraire.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal naquit à Dijon, en Bourgogne, d’une illustre famille, et donna, dès son enfance, des signes non équivoques d’une grande sainteté. A peine âgée de cinq ans, elle réfuta, dit-on, les erreurs d’un noble calviniste avec une solidité d’arguments au-dessus de son âge, et jeta au feu un petit présent que cet homme lui avait offert, en disant : « Voilà comment brûleront en enfer, les hérétiques qui refusent de croire à la parole de Jésus-Christ. » Sa mère étant morte, elle se mit sous la protection de la sainte Vierge, et renvoya une de ses suivantes qui cherchait à lui inspirer du goût pour le monde. Rien dans sa conduite ne dénotait l’enfant ; remplie d’aversion pour les plaisirs du siècle et ne soupirant qu’après le martyre, elle se donnait tout entière aux œuvres de religion et de piété. Lorsque son père l’eut mariée au baron de Chantal, on la vit appliquée à la pratique de toutes les vertus, pleine de zèle vis-à-vis de ses enfants, de ses serviteurs et de ceux qui étaient sous sa dépendance, pour les instruire des principes de la foi et les former aux bonnes mœurs. Elle soulageait les besoins des pauvres avec une très grande libéralité, et bien souvent la providence divine multiplia ses provisions ; aussi promit-elle de ne jamais rien refuser à quiconque lui demanderait l’aumône au nom de Jésus-Christ.

Cinquième leçon. Après la mort de son mari, causée par un accident de chasse, elle se mit à pratiquer une vie plus parfaite et se lia par le vœu de chasteté. Outre qu’elle supporta courageusement la mort de son mari, elle voulut encore donner au meurtrier une marque publique de pardon, en triomphant d’elle-même jusqu’à vouloir être la marraine de son fils. Elle se contenta d’une domesticité peu nombreuse, d’une nourriture grossière et de vêtements communs, et fit passer à de pieux usages ses parures précieuses. Tout le temps qui lui restait après le soin de sa maison, elle l’employait à la prière, aux lectures pieuses et au travail. On ne put jamais l’amener à consentir à de secondes noces, bien qu’il se présentât des partis honorables et avantageux. Et de peur que, dans la suite, sa détermination de garder la chasteté ne fût ébranlée, elle renouvela son vœu et grava sur sa poitrine, au moyen d’un fer rouge, le très saint nom de Jésus-Christ. Enflammée d’une charité dont l’ardeur croissait chaque jour, elle se faisait amener les pauvres, les abandonnés, les malades et ceux qui se trouvaient affligés des maux les plus repoussants. Non contente de les recevoir chez elle, pour les consoler et les soigner, elle nettoyait leurs vêtements malpropres les raccommodait, et n’avait pas horreur d’approcher ses lèvres de leurs ulcères fétides et purulents.

Sixième leçon. Ayant appris, sous la direction spirituelle de saint François de Sales, à connaître la divine volonté, elle abandonna avec un invincible courage son père, son beau-père, et son propre fils. Et comme ce dernier s’opposait à la vocation de sa mère, celle-ci n’hésita point à passer sur son corps, en sortant de sa maison. Elle jeta alors les bases du saint institut de la Visitation de Sainte-Marie et en observa les règles dans toute son intégrité. Elle était éprise de la pauvreté au point de se réjouir de manquer même du nécessaire. Elle se montra un modèle accompli d’humilité, d’obéissance et de toutes les vertus chrétiennes. Préparant en son cœur des ascensions toujours plus hautes, elle s’astreignit par un vœu des plus difficiles à observer, à faire constamment ce qu’elle comprendrait être le plus parfait. Ce fut surtout grâce à elle que le pieux institut de la Visitation se répandit de tous côtés ; et c’est par des écrits remplis de la sagesse de Dieu, comme par ses paroles et ses exemples, qu’elle a excité ses sœurs à la piété et à la charité. Enfin, chargée de mérites et saintement munie des sacrements, elle mourut à Moulins, le treize décembre seize cent quarante et un. Saint Vincent de Paul, qui était alors éloigné, vit son âme reçue au ciel par saint François de Sales. On transféra dans la suite son corps à Annecy. Avant et après sa mort, des miracles l’ont rendue célèbre. Benoît XIV l’a béatifiée, et le souverain Pontife Clément XIII l’a inscrite au catalogue des Saints. Enfin, Clément XIV a ordonné que toute l’Église célébrerait sa Fête le douzième jour avant les calendes de septembre.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 11 in Evangelia

Septième leçon. Si le Seigneur, mes très chers frères, nous dépeint le royaume des cieux comme semblable à des objets terrestres, c’est pour que notre esprit s’élève, de ce qu’il connaît, à ce qu’il ne connaît pas ; qu’il se porte vers les biens invisibles par l’exemple des choses visibles, et, qu’excité par des vérités dont il a l’expérience, il s’enflamme de telle sorte, que l’affection qu’il éprouve pour un bien connu lui apprenne à aimer aussi des biens inconnus. Voici « que le royaume des cieux est comparé à un trésor caché dans un champ ; celui qui l’a trouvé, le cache, et à cause de la joie qu’il en a, il va et vend tout ce qu’il a, et il achète ce champ ».

Huitième leçon. Il faut remarquer dans ce fait, que le trésor une fois trouvé, on le cache afin de le conserver. C’est parce que celui qui ne met pas à l’abri des louanges humaines l’ardeur des désirs qu’il ressent pour le ciel, ne parvient pas à les défendre contre les malins esprits. Nous sommes, en effet, dans la vie présente comme dans un chemin par lequel nous nous dirigeons vers la patrie ; et les esprits malins infestent notre route, comme le feraient des voleurs. C’est vouloir être dépouillé que de porter un trésor à découvert sur le chemin. Je ne dis pas cela, néanmoins, pour empêcher que le prochain soit témoin de nos bonnes œuvres, selon ce qui est écrit : « Qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » ; mais afin que nous ne recherchions pas, dans le motif qui nous fait agir, les louanges du dehors. Que l’action soit publique, mais que notre intention demeure cachée, pour que nous donnions ainsi à notre prochain l’exemple d’une bonne œuvre, et cependant que par l’intention que nous avons de plaire uniquement à Dieu, nous souhaitions toujours le secret.

Neuvième leçon. Or, le trésor, c’est le désir du ciel, et le champ où est caché ce trésor, c’est une vie digne du ciel. Il vend bien tout ce qu’il a pour acheter ce champ, celui qui, renonçant aux voluptés charnelles, foule aux pieds tous ses désirs terrestres, par la pratique exacte de cette vie digne du ciel, en sorte que plus rien de ce qui flatte les sens ne lui plaise, et que son esprit ne redoute rien de ce qui détruit la vie charnelle.

Bien que la gloire de Marie soit d’au dedans  sa beauté paraît aussi dans le vêtement qui l’entoure : vêtement mystérieux, tissé des vertus des Saints qui lui doivent leur justice et leur récompense. De même que toute grâce nous vient par la divine Mère, toute gloire au ciel converge vers celle de la Reine des cieux.

Or, entre les âmes bienheureuses, il en est de plus immédiatement rapprochées de la Vierge bénie. Prévenues de la tendresse particulière de cette Mère de la grâce, elles laissèrent tout pour courir sur la terre à l’odeur des parfums de l’Époux qu’elle a donné au monde; elles gardent au ciel avec Marie l’intimité plus grande qui fut déjà leur part au temps de l’exil. De là vient qu’à cette heure de son exaltation près du Fils de Dieu, le Psalmiste chante aussi les vierges pénétrant avec elle en allégresse dans le temple du Roi ; le couronnement de Notre-Dame est véritablement la toute spéciale solennité de ces filles de Tyr, devenues elles mêmes princesses et reines afin de former son noble cortège et sa royale cour.

Si le diadème de la virginité n’orne pas le front de l’élue proposée aujourd’hui à notre vénération, elle est de celles pourtant qui méritèrent en leur humilité d’entendre un jour le céleste message : Écoute, ma fille, et vois, et incline l’oreille de ton cœur, et oublie ton peuple et la maison de ton père. En réponse, tel fut son bienheureux élan dans les voies de l’amour, qu’on vit des vierges innombrables s’attacher à ses pas pour parvenir plus sûrement à l’Époux. A elle aussi revient en conséquence une place glorieuse dans le vêtement d’or, aux reflets multiples, dont resplendit en son triomphe la Reine des Saints.

Car quelle est la variété signalée par le Psaume dans les broderies et les franges de cette robe de gloire, sinon la diversité des nuances que revêt l’or delà divine charité parmi les élus ? C’est afin d’accentuer l’heureux effet provenant de cette diversité dans la lumière des Saints, que l’éternelle Sagesse a multiplié les formes sous lesquelles se présente au monde la vie des conseils. Tel est bien l’enseignement voulu par la sainte Liturgie dans le rapprochement des deux fêtes d’aujourd’hui et d’hier au Cycle sacré. De l’austérité cistercienne au renoncement plus intérieur de la Visitation Sainte-Marie, la distance paraît grande ; l’Église néanmoins réunit la mémoire de sainte Jeanne de Chantai et de l’Abbé de Clairvaux, en hommage à la bienheureuse Vierge, dans l’Octave fortunée qui consomme sa gloire ; c’est qu’en effet toutes les Règles de perfection s’accordent pour n’être, à l’honneur de Marie, que des variantes de l’unique Règle, celle de l’amour, dont la divine Mère présente en sa vie l’exemplaire premier.

« Ne divisons pas la robe de l’Épouse, dit saint Bernard. L’unité, tant au ciel qu’ici-bas, consiste en la charité. Que celui qui se glorifie de la Règle n’agisse pas à rencontre, en allant contre l’Évangile. Si le royaume de Dieu était dedans de nous, c’est qu’il n’est point dans le manger ou le boire, mais dans la justice, la paix, la joie du Saint-Esprit. Critiquer autrui sur l’observance extérieure et négliger de la Règle le côté qui regarde l’âme, c’est écarter le moucheron de la coupe et avaler un chameau. Tu brises ton corps par des travaux sans fin, tu mortifies par les austérités tes membres qui sont sur la terre ; et tu fais bien. Mais lorsque tu te permets de juger celui qui ne peine pas autant, lui peut-être se conforme à l’avis de l’Apôtre : empressé davantage pour les dons les meilleurs, retenant moins de cet exercice corporel qui est de moindre utilité, il s’adonne plus à la piété qui est utile à tout. Qui donc de vous deux garde le mieux la Règle ? Celui sans doute qui s’en trouve meilleur. Or, le meilleur, quel est-il ? le plus humble ? ou le plus fatigué ? Apprenez de moi, dit Jésus, que je suis doux et humble de cœur ».

Parlant de la diversité des familles religieuses, saint François de Sales dit excellemment à son tour : « Toutes les Religions ont un esprit qui leur est général, et chacune en a un qui lui est particulier. Le général est la prétention qu’elles ont toutes d’aspirer à la perfection de la charité ; mais l’esprit particulier, c’est le moyen de parvenir à cette perfection de la charité, c’est-à-dire, à l’union de notre âme avec Dieu, et avec le prochain pour l’amour de Dieu ». Venant donc à l’esprit spécial de l’institut qu’il avait fondé de concert avec notre Sainte, l’évêque de Genève déclare que c’est « un esprit d’une profonde humilité envers Dieu, et d’une grande douceur envers le prochain ; d’autant qu’ayant moins de rigueur pour le corps, il faut qu’il y ait tant plus de douceur de cœur ». Et parce que « cette Congrégation a été érigée en sorte que nulle grande âpreté ne puisse divertir les faibles et infirmes de s’y ranger, pour y vaquer à la perfection du divin amour » ; il ajoute gracieusement : « Que s’il y avait une sœur qui fût si généreuse et courageuse que de vouloir parvenir à la perfection dans un quart d’heure, faisant plus que la Communauté, je lui conseillerais qu’elle s’humiliât et se soumît à ne vouloir être parfaite que dans trois jours, allant le train des autres. Car il faut observer toujours une grande simplicité en toutes choses : marcher simplement, c’est la vraie voie des filles de la Visitation, qui est grandement agréable à Dieu et très assurée ».

Avec la douceur et l’humilité pour devise, le pieux évêque était bien inspiré de donner à ses filles, comme armoiries, le divin Cœur où ces suaves vertus ont leur source aimée. On sait combien magnifiquement le ciel justifia ce blason. Le siècle n’était pas encore écoulé, qu’une religieuse de la Visitation, la Bienheureuse Marguerite-Marie, pouvait dire : « Notre adorable Sauveur m’a fait voir la dévotion de son divin Cœur comme un bel arbre qu’il avait destiné de toute éternité pour prendre ses racines au milieu de notre institut. Il veut que les filles de la Visitation distribuent les fruits de cet arbre sacré avec abondance à tous ceux qui désireront d’en manger, sans crainte qu’il leur manque ».

« Amour ! amour ! amour ! mes filles, je ne sais plus autre chose ». Ainsi s’écriait, elle aussi, en ses derniers ans, la glorieuse coopératrice de François dans l’établissement de la Visitation Sainte-Marie, Jeanne de Chantal. « Ma Mère, lui dit une sœur, je vais écrire à nos maisons que Votre Charité est en sa vieillesse, et que comme votre parrain saint Jean, vous ne nous parlez plus que d’amour ». A quoi la Sainte repartit : « Ma fille, ne faites point cette comparaison, car il ne faut pas profaner les Saints en les comparant aux chétifs pécheurs ; mais vous me ferez plaisir de mander à ces filles-là que si je croyais mon courage, si je suivais mon inclination, et si je ne craignais d’ennuyer nos sœurs, je ne parlerais jamais d’autre chose que de la charité ; et je vous assure que je n’ouvre presque jamais la bouche pour parler de choses bonnes, que je n’aie envie de dire : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même ».

Paroles bien dignes de celle qui valut à l’Église l’admirable Traité de l’Amour de Dieu, composé, dit l’évêque de Genève, à son occasion, prière et sollicitation, pour elle et ses semblables. Tout d’abord cependant, l’impétuosité de cette âme, exubérante de dévouement et d’énergie, parut peu faite pour être maîtresse en une école où l’héroïsme se traduit dans la suavité simple d’une vie toute cachée en Dieu. C’est à discipliner cette énergie de la femme forte, sans en éteindre l’ardeur, que s’appliqua persévéramment saint François de Sales durant les dix-huit années qu’il en eut la conduite. « Faites tout, lui répète-t-il en mille manières, sans empressement, suavement comme font les Anges ; suivez la conduite des mouvements divins, rendez-vous souple à la grâce ; Dieu veut que nous soyons comme des petits enfants ». Et ici trouve place une page délicieuse de l’aimable Saint, que nous voulons citer encore :

« Si l’on eût demandé au doux enfant Jésus, étant porté entre les bras de sa mère, où il allait ? N’eût-il pas eu raison de répondre : Je ne vais pas, c’est ma mère qui va pour moi. Et qui lui eût demandé : Mais au moins n’allez-vous pas avec votre mère ? N’eût-il pas eu raison de dire : Non, je ne vais nullement, ains seulement par les pas de ma mère, par elle et en elle. Et qui lui eût répliqué : Mais au moins, ô très cher divin enfant vous vous voulez bien laisser portera votre douce mère ? Non fais certes, eût-il pu dire, je ne veux rien de tout cela ; ains, comme ma toute bonne mère marche pour moi, aussi elle veut pour moi ; et, comme je ne marche que par ses pas, aussi je ne veux que par son vouloir ; et, dès que je me trouve entre ses bras, je n’ai aucune attention ni à vouloir, ni à ne vouloir pas, laissant tout autre soin à ma mère, hormis celui d’être sur son sein, et de me tenir bien attaché à son cou très aimable pour la baiser amoureusement des baisers de ma bouche ; et, afin que vous le sachiez, tandis que je suis parmi les délices de ces saintes caresses qui surpassent toute suavité, il m’est avis que ma mère est un arbre de vie, et que je suis en elle comme son fruit, que je suis son propre cœur au milieu de sa poitrine, ou son âme au milieu de son cœur : c’est pourquoi, comme son marcher suffit pour elle et pour moi, sans que je me mêle de faire aucun pas : aussi ne prends-je point garde si elle va vite ou tout bellement, ni si elle va d’un côté ou d’un autre, ni je ne m’enquiers nullement où elle veut aller, me contentant que, comme que ce soit, je suis toujours entre ses bras, joignant ses amiables mamelles, où je me repais comme entre les lis... Théotime, nous devons être comme cela, pliables et maniables au bon plaisir divin ».

L’office de Marthe parut d’abord vous être destiné, ô grande Sainte. Prévenant l’heure qui devait sonner pour Vincent de Paul un peu plus tard, François de Sales, votre Père, eut la pensée de faire de vos compagnes les premières filles de la Charité. Ainsi fut donné à votre œuvre le nom béni de Visitation, destiné à placer sous l’égide de Marie vos visites aux pauvres malades trop délaissés. Mais l’affaiblissement progressif des santés modernes avait manifesté, dans les institutions de la sainte Église, une lacune plus douloureuse encore, plus pressante à combler : nombre d’âmes, appelées à la part de Marie, en étaient écartées par leur impuissance à porter l’austère vie des grands Ordres contemplatifs. L’Époux, dont la bonté daigne s’adapter à tous les âges, fit choix de vous, ô Jeanne, pour subvenir avec son Cœur sacré, sur ce terrain de son amour, aux misères physiques aussi bien que morales du monde vieilli, usé, menaçant ruine.

Renouvelez-nous donc en l’amour de Celui dont la charité vous consuma la première ; dans ses ardeurs, vous parcourûtes les sentiers les plus divers de la vie, et jamais ne vous trahit l’admirable force d’âme que l’Église rappelle à Dieu aujourd’hui, pour obtenir par vous le secours nécessaire à notre faiblesse. Que le funeste poison de l’esprit janséniste ne revienne plus jamais chez nous glacer les cœurs ; mais, en même temps, nous le savons de vous : l’amour n’est réel qu’autant qu’avec ou sans les macérations, il vit de foi, de générosité, de renoncement, dans l’humilité, la simplicité, la douceur. C’est l’esprit de votre saint institut, l’esprit de votre angélique Père rendu par lui si aimable et si fort : puisse-t-il régner toujours parmi vos filles, maintenir entre leurs maisons l’union suave qui n’a point cessé de réjouir les cieux ; puisse le monde s’assainir aux parfums qui s’échappent toujours des retraites silencieuses de la Visitation Sainte-Marie !

 

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Saint Bernard abbé et docteur de l’Eglise

20 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Bernard abbé et docteur de l’Eglise

Collecte

Dieu, vous avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Bernard, pour ministre du salut éternel : faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Bernard naquit à Fontaine, en Bourgogne, d’une noble famille. Dans sa jeunesse, il fut, à cause de sa grande beauté, vivement sollicité par des femmes, mais aucune ne réussit à ébranler sa résolution de garder la chasteté. Pour fuir ces tentations du diable, il prit, à l’âge de vingt-deux ans, le parti d’entrer à Cîteaux, berceau de l’Ordre de ce nom, qui florissait alors par une grande sainteté. Ayant ou connaissance du projet de Bernard, ses frères mirent tous leurs efforts à l’en détourner ; mais, dans cette lutte, il fut le plus éloquent et le plus heureux ; car il les amena si bien, eux et d’autres, à sa manière de voir, que trente jeunes gens reçurent avec lui l’habit religieux. Devenu moine, il s’adonna tellement au jeûne, que chaque fois qu’il prenait son repas, il semblait endurer un supplice. Merveilleusement appliqué aux veilles et aux oraisons prolongées, voué à la pratique de la pauvreté chrétienne, il menait sur terre une vie presque céleste, étrangère aux sollicitudes et aux désirs des choses périssables.

Cinquième leçon. En lui brillaient l’humilité, la miséricorde, la douceur ; il était si attaché à la contemplation, qu’il semblait ne se servir de ses sens que pour les devoirs de la piété, en quoi cependant il se comportait avec la plus louable prudence. Pendant qu’il s’appliquait à ces exercices, il refusa successivement les évêchés de Gênes, de Milan, et plusieurs autres qui lui furent offerts, se déclarant indigne de l’honneur d’une telle dignité. Élu Abbé de Clairvaux, il construisit en beaucoup de lieux des monastères où se maintinrent longtemps la règle et la discipline du fondateur. Le monastère des Saints Vincent et Anastase à Rome ayant été restauré par le Pape Innocent II, Bernard y établit comme Abbé le religieux qui, plus tard, devint souverain Pontife sous le nom d’Eugène III. C’est à ce Pape qu’il adressa son livre De la Considération.

Sixième leçon. Bernard a écrit beaucoup d’autres ouvrages, dans lesquels se montre une doctrine inspirée par la grâce divine plutôt qu’acquise par l’étude. Sa grande réputation de vertu le fit appeler par les plus grands princes pour trancher leurs différends ; il dut aussi aller souvent en Italie pour régler les affaires de l’Église. Le souverain Pontife Innocent II eut en lui un aide précieux, tant pour mettre un terme au schisme suscité par Pierre de Léon, que dans ses légations près de l’empereur d’Allemagne, d’Henri, roi d’Angleterre, et du concile de Pisé. Enfin, à l’âge de soixante-trois ans, il s’endormit dans le Seigneur. Des miracles le glorifièrent et Alexandre III le mit au rang des Saints. Le souverain Pontife Pie VIII, de l’avis de la Congrégation des Rites, déclara saint Bernard Docteur de l’Église universelle, et ordonna en même temps qu’on dirait, le jour de sa fête, l’Office et la Messe des Docteurs. Il concéda aussi à perpétuité des indulgences plénières annuelles à tous ceux qui visiteraient ce jour-là les églises des Cisterciens.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Jean Chrysostome. Homil. 15 in Matth., sub med.

Septième leçon. Remarquez ce que dit Jésus-Christ : « Vous êtes le sel de la terre ». Il montre par là combien il est nécessaire qu’il donne ces préceptes à ses Apôtres. Car, ce n’est pas seulement, leur dit-il, de votre propre vie, mais de l’univers entier que vous aurez à rendre compte. Je ne vous envoie pas comme j’envoyais les Prophètes, à deux, à dix, ou à vingt villes ni à une seule nation, mais à toute la terre, à la mer, et au monde entier, à ce monde accablé sous le poids de crimes divers.

Huitième leçon. En disant : « Vous êtes le sel de la terre », il montre que l’universalité des hommes était comme affadie et corrompue par une masse de péchés ; et c’est pourquoi il demande d’eux les vertus qui sont surtout nécessaires et utiles pour procurer le salut d’un grand nombre. Celui qui est doux, modeste, miséricordieux et juste, ne peut justement se borner à renfermer ces vertus en son âme, mais il doit avoir soin que ces sources excellentes coulent aussi pour l’avantage des autres. Ainsi celui qui a le cœur pur, qui est pacifique et qui souffre persécution pour la vérité, dirige-sa vie d’une manière utile à tous.

Neuvième leçon. Ne croyez donc point, dit-il, que ce soit à de légers combats que vous serez conduits, et que ce soient des choses de peu d’importance dont il vous faudra prendre soin et rendre compte, « vous êtes le sel de la terre ». Quoi donc ? Est-ce que les Apôtres ont guéri ce qui était déjà entièrement gâté ? Non certes ; car il ne se peut faire que ce qui tombe déjà en putréfaction soit rétabli dans son premier état par l’application du sel. Ce n’est donc pas cela qu’ils ont fait, mais ce qui était auparavant renouvelé et à eux confié, ce qui était délivré déjà de cette pourriture, ils y répandaient le sel et le conservaient dans cet état de rénovation qui est une grâce reçue du Seigneur. Délivrer de la corruption du péché, c’est l’effet de la puissance du Christ ; empêcher que les hommes ne retournent au péché, voilà ce qui réclame les soins et les labeurs des Apôtres.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Le val d’absinthe a perdu ses poisons. Devenu Clairvaux, la claire vallée, il illumine le monde ; de tous les points de l’horizon, les abeilles vigilantes y sont attirées par le miel du rocher qui déborde en sa solitude. Le regard de Marie s’est abaissé sur ces collines sauvages ; avec son sourire, la lumière et la grâce y sont descendues. Une voix harmonieuse, celle de Bernard, l’élu de son amour, s’est élevée du désert ; elle disait : « Connais, ô homme, le conseil de Dieu ; admire les vues de la Sagesse, le dessein de l’amour. Avant que d’arroser toute l’aire, il inonde la toison ; voulant racheter le genre humain, il amasse en Marie la rançon entière. O Adam, ne dis plus : La femme que vous m’avez donnée m’a présenté du fruit défendu ; dis plutôt : La femme que vous m’avez donnée m’a nourri d’un fruit de bénédiction. De quelle ardeur faut-il que nous honorions Marie, en qui la plénitude de tout bien fut déposée ! S’il est en nous quelque espérance, quelque grâce de salut, sachons qu’elle déborde de celle qui aujourd’hui s’élève inondée d’amour : jardin de délices, que le divin Auster n’effleure pas seulement d’un souffle rapide, mais sur lequel il fond des hauteurs et qu’il agite sans fin de la céleste brise, pour qu’en tous lieux s’en répandent les parfums, qui sont les dons des diverses grâces. Ôtez ce soleil matériel qui éclaire le monde : où sera le jour ? Ôtez Marie, l’étoile de la vaste mer : que restera-t-il, qu’obscurité enveloppant tout, nuit de mort, glaciales ténèbres ? Donc, par toutes les fibres de nos cœurs, par tous les amours de notre âme, par tout l’élan de nos aspirations, vénérons Marie ; car c’est la volonté de Celui qui a voulu que nous eussions tout par elle ».

Ainsi parlait ce moine dont l’éloquence, nourrie, comme il le disait, parmi les hêtres et les chênes des forêts ne savait que répandre sur les plaies de son temps le vin et l’huile des Écritures. En 1113, âgé de vingt-deux ans, Bernard abordait Cîteaux dans la beauté de son adolescence mûrie déjà pour les grands combats. Quinze ans s’étaient écoulés depuis le 21 mars 1098, où Robert de Molesmes avait créé entre Dijon et Beaune le désert nouveau. Issue du passé en la fête même du patriarche des moines, la fondation récente ne se réclamait que de l’observance littérale de la Règle précieuse donnée par lui au monde. Pourtant l’infirmité du siècle se refusait à reconnaître, dans l’effrayante austérité des derniers venus de la grande famille, l’inspiration du très saint code où la discrétion règne en souveraine, le caractère de l’école accessible à tous, où Benoît « espérait ne rien établir de rigoureux ni de trop pénible au service du Seigneur ». Sous le gouvernement d’Étienne Harding, successeur d’Albéric qui lui-même avait remplacé Robert, la petite communauté partie de Molesmes allait s’éteignant, sans espoir humain de remplir ses vides, quand l’arrivée du descendant des seigneurs de Fontaines, entouré des trente compagnons sa première conquête, fit éclater la vie où déjà s’étendait la mort.

Réjouis-toi, stérile qui n’enfantais pas ; voilà que vont se multiplier les fils de la délaissée. La Ferté, fondée cette année même dans le Châlonnais, voit après elle Pontigny s’établir près d’Auxerre, en attendant qu’au diocèse de Langres Clairvaux et Morimond viennent compléter, dans l’année 1115, le quaternaire glorieux des filles de Cîteaux qui, avec leur mère, produiront partout des rejetons sans nombre. Bientôt (1119) la Charte de charité va consacrer l’existence de l’Ordre Cistercien dans l’Église ; l’arbre planté six siècles plus tôt au sommet du Cassin, montre une fois de plus au monde qu’à tous les âges il sait s’orner de nouvelles branches qui, sans être la tige, vivent de sa sève et sont la gloire de l’arbre entier.

Durant les mois de son noviciat cependant, Bernard a tellement dompté la nature, que l’homme intérieur vit seul en lui ; les sens de son propre corps lui demeurent comme étrangers. Par un excès toutefois qu’il se reprochera, la rigueur déployée dans le but d’obtenir un résultat si désirable a ruiné ce corps, indispensable auxiliaire de tout mortel dans le service de ses frères et de Dieu. Heureux coupable, que le ciel se chargera d’excuser lui-même magnifiquement ! Mais le miracle, sur lequel tous ne peuvent ni ne doivent compter, pourra seul le soutenir désormais dans l’accomplissement de la mission qui l’attend.

Bernard est ardent pour Dieu comme d’autres le sont pour leurs passions. « Vous voulez apprendre de moi, s’écrie-t-il dans un de ses premiers ouvrages, pourquoi et comment il faut aimer Dieu. Et moi, je vous réponds : La raison d’aimer Dieu, c’est Dieu même ; la mesure de l’aimer, c’est de l’aimer sans mesure » Quelles délices furent les siennes à Cîteaux, dans le secret de la face du Seigneur ! Lorsque, après deux ans, il quitta ce séjour béni pour fonder Clairvaux, ce fut la sortie du paradis. Moins fait pour converser avec les hommes qu’avec les Anges, il commença, nous dit son historien, par être l’épreuve de ceux qu’il devait conduire : tant son langage était d’en haut, tant ses exigences de perfection dépassaient la force même de ces forts d’Israël, tant son étonnement se manifestait douloureux à la révélation des infirmités qui sont la part de toute chair.

Outrance de l’amour, eussent dit nos anciens, qui lui réservait d’autres surprises. Mais l’Esprit-Saint veillait sur le vase d’élection appelé à porter devant les peuples et les rois le nom du Seigneur ; la divine charité qui consumait cette âme, lui fit comprendre, avec leurs durs contrastes, les deux objets inséparables de l’amour : Dieu, dont la bonté en fournit le motif, l’homme, dont la misère en est l’exercice éprouvant. Selon la remarque naïve de Guillaume de Saint-Thierry, son disciple et ami, Bernard réapprit l’art de vivre avec les humains ; il se pénétra des admirables recommandations du législateur des moines, quand il dit de l’Abbé établi sur ses frères : « Dans les corrections même, qu’il agisse avec prudence et sans excès, de crainte qu’en voulant trop racler la rouille, le vase ne se brise. En imposant les travaux, qu’il use de discernement et de modération, se rappelant la discrétion du saint patriarche Jacob, qui disait : Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils périront tous en un jour. Faisant donc son profit de cet exemple et autres semblables sur la discrétion, qui est la mère des vertus, qu’il tempère tellement toutes choses que les forts désirent faire davantage, et que les faibles ne se découragent pas ».

En recevant ce que le Psalmiste appelle l’intelligence de la misère du pauvre, Bernard sentit son cœur déborder de la tendresse de Dieu pour les rachetés du sang divin. Il n’effraya plus les humbles. Près des petits qu’attirait la grâce de ses discours, vinrent se ranger les sages, les puissants, les riches du siècle, abandonnant leurs vanités, devenus eux-mêmes petits et pauvres à l’école de celui qui savait les conduire tous des premiers éléments de l’amour à ses sommets. Au milieu des sept cents moines recevant de lui chaque jour la doctrine du salut, l’Abbé de Clairvaux pouvait s’écrier avec la noble fierté des saints : « Celui qui est puissant a fait en nous de grandes choses, et c’est à bon droit que notre âme magnifie le Seigneur. Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre : grande résolution, gloire des grands Apôtres ; mais nous aussi, par sa grande grâce, nous l’avons prise magnifiquement. Et peut-être même qu’en cela encore, si je veux me glorifier, ce ne sera pas folie ; car je dirai la vérité : il y en a ici qui ont laissé plus qu’une barque et des filets ».

Et dans une autre circonstance : « Quoi de plus admirable, disait-il, que de voir celui qui autrefois pouvait deux jours à peine s’abstenir du péché, s’en garder des années et sa vie entière ? Quel plus grand miracle que celui de tant de jeunes hommes, d’adolescents, de nobles personnages, de tous ceux enfin que j’aperçois ici, retenus sans liens dans une prison ouverte, captifs de la seule crainte de Dieu, et qui persévèrent dans les macérations d’une pénitence au delà des forces humaines, au-dessus de la nature, contraire à la coutume ? Que de merveilles nous pourrions trouver, vous le savez bien, s’il nous était permis de rechercher par le détail ce que furent pour chacun la sortie de l’Égypte, la route au désert, l’entrée au monastère, la vie dans ses murs ! »

Mais d’autres merveilles que celles dont le cloître garde le secret au Roi des siècles, éclataient déjà de toutes parts. La voix qui peuplait les solitudes, avait par delà d’incomparables échos. Le monde, pour l’écouter, s’arrêta sur la pente qui conduit aux abîmes. Assourdie des mille bruits discordants de l’erreur, du schisme et des passions, on vit l’humanité se taire une heure aux accents nouveaux dont la mystérieuse puissance l’enlevait à son égoïsme, et lui rendait pour les combats de Dieu l’unité des beaux jours. Suivrons-nous dans ses triomphes le vengeur du sanctuaire, l’arbitre des rois, le thaumaturge acclamé des peuples ? Mais c’est ailleurs que Bernard a placé son ambition et son trésor ; c’est au dedans qu’est la vraie gloire. Ni la sainteté, ni le mérite, ne se mesurent devant Dieu au succès ; et cent miracles ne valent pas, pour la récompense, un seul acte d’amour. Tous les sceptres inclinés devant lui, l’enivrement des foules, la confiance illimitée des Pontifes, il n’est rien, dans ces années de son historique grandeur, qui captive la pensée de Bernard, bien plutôt qui n’irrite la blessure profonde de sa vie, celle qu’il reçut au plus intime de l’âme, quand il lui fallut quitter cette solitude à laquelle il avait donné son cœur.

A l’apogée de cet éclat inouï éclipsant toute grandeur d’alors, quand, docile à ses pieds, une première fois soumis par lui au Christ en son vicaire, l’Occident tout entier est jeté par Bernard sur l’infidèle Orient dans une lutte suprême, entendons ce qu’il dit : « Il est bien temps que je ne m’oublie pas moi-même. Ayez pitié de ma conscience angoissée : quelle vie monstrueuse que la mienne ! Chimère de mon siècle, ni clerc ni laïque, je porte l’habit d’un moine et n’en ai plus les observances. Dans les périls qui m’assiègent, au bord des précipices qui m’attirent, secourez-moi de vos conseils, priez pour moi ».

Absent de Clairvaux, il écrit à ses moines : « Mon âme est triste ; elle ne sera point consolée qu’elle ne vous retrouve. Faut-il, hélas ! que mon exil d’ici-bas, si longtemps prolongé, s’aggrave encore ? Véritablement ils ont ajouté douleur sur douleur à mes maux, ceux qui nous ont séparés. Ils m’ont enlevé le seul remède qui me fit supporter d’être sans le Christ ; en attendant de contempler sa face glorieuse, il m’était donné du moins de vous voir, vous son saint temple De ce temple, le passage me semblait facile à l’éternelle patrie. Combien souvent cette consolation m’est ôtée ! C’est la troisième fois, si je ne me trompe, qu’on m’arrache mes entrailles. Mes enfants sont sevrés avant le temps ; je les avais engendrés par l’Évangile, et je ne puis les nourrir. Contraint de négliger ce qui m’est cher, de m’occuper d’intérêts étrangers, je ne sais presque ce qui m’est le plus dur, ou d’être enlevé aux uns, ou d’être mêlé aux autres. Jésus, ma vie doit-elle donc tout entière s’écouler dans les gémissements ? Il m’est meilleur de mourir que de vivre ; mais je voudrais ne mourir qu’au milieu des miens ; j’y trouverais plus de douceur, plus de sûreté. Plaise à mon Seigneur que les yeux d’un père, si indigne qu’il se reconnaisse de porter ce nom, soient fermés de la main de ses fils ; qu’ils l’assistent dans le dernier passage : que leurs désirs, si vous l’en jugez digne, élèvent son âme au séjour bienheureux ; qu’ils ensevelissent le corps d’un pauvre avec les corps de ceux qui furent pauvres comme lui. Par la prière, par le mérite de mes frères, si j’ai trouvé grâce devant vous, accordez-moi ce vœu ardent de mon cœur. Et pourtant, que votre volonté se fasse, et non la mienne ; car je ne veux ni vivre ni mourir pour moi ».

Plus grand dans son abbaye qu’au milieu des plus nobles cours, saint Bernard en effet devait y mourir à l’heure voulue de Dieu, non sans avoir vu l’épreuve publique et privée préparer son âme à la purification suprême. Une dernière fois il reprit sans les achever ses entretiens de dix-huit années sur le Cantique, conférences familières recueillies pieusement par la plume de ses fils, et où se révèlent d’une manière si touchante le zèle des enfants pour la divine science, le cœur du père et sa sainteté, les incidents de la vie de chaque jour à Clairvaux. Arrivé au premier verset du troisième chapitre, il décrivait la recherche du Verbe par l’âme dans l’infirmité de cette vie, dans la nuit de ce monde, quand son discours interrompu le laissa dans l’éternel face à face, où cessent toute énigme, toute figure et toute ombre.

Offrons à saint Bernard cette Hymne aux naïves allusions, bien digne de lui pour la suavité gracieuse avec laquelle elle chante ses grandeurs.

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Saint Jean Eudes confesseur

19 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean Eudes confesseur

Collecte

Dieu, vous avez admirablement enflammé le bienheureux Jean, votre confesseur, de zèle à promouvoir dignement le culte des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, et vous avez voulu rassembler par lui dans votre Église de nouvelles familles religieuses : accordez-nous, nous vous en prions, de retirer un enseignement de ses exemples après avoir rendu hommage à ses pieux mérites.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jean naquit de parents pieux et honnêtes en l’an mil six cent un au village de Ri dans le diocèse de Séez. Encore enfant ayant été nourri du pain des anges, il fit joyeusement le vœu de chasteté. Reçu au collège des Pères Jésuites de Caen, il s’y signala par sa rare piété et se mit sous ’la protection de la Vierge Marie. Quoique à peine adolescent, il signa de son sang le pacte qui le consacrait à elle. Ayant suivi avec grande distinction les cours de lettres et de philosophie et rejeté des propositions de mariage, s’enrôla dans la congrégation de l’Oratoire fondée par le Cardinal de Bérulle et fut ordonné prêtre à Paris. Sa charité envers le prochain était admirablement ardente, car la peste s’étant répandue d’Asie en plusieurs lieux, il s’empressa d’apporter tous ses soins à la guérison des corps et des âmes. Nommé recteur de l’Oratoire de Caen, il songea longtemps à fonder un institut où des jeunes gens capables deviendraient de dignes ministres de l’Église et, ayant imploré le secours divin, il se sépara courageusement bien qu’avec peine de ses confrères de l’Oratoire après vingt ans de vie commune.

Cinquième leçon. S’adjoignant donc en ce but cinq prêtres, il institua en l’an mil six cent quarante trois, au jour de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie une congrégation de clercs réguliers qu’il plaça sous le vocable des très saints noms de Jésus et de Marie et ouvrit à Caen le premier de ses séminaires. Il en établit d’autres ensuite en Normandie et en Bretagne. En faveur des pécheresses à rappeler à la vie chrétienne, il fonda peu après l’Ordre de Notre-Dame de Charité, arbre illustre qui a comme rameau la congrégation du Bon Pasteur à Angers. Jean Eudes fonda aussi la société du Cœur admirable de la Mère de Dieu et d’autres œuvres de charité. Ses écrits sont nombreux et excellents. Jusqu’à l’âge le plus avancé il sema, comme missionnaire apostolique, la bonne parole dans quantité de villages, de bourgs et de villes et jusque dans le palais des rois.

Sixième leçon. Le zèle de Jean Eudes brilla spécialement dans son ardeur à promouvoir une salutaire dévotion envers les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie. Il fut le premier à songer, non sans quelque inspiration divine, au culte liturgique qu’il leur faut rendre. Aussi le tient-on pour le père, l’apôtre et le docteur de cette dévotion. Vigoureux adversaire du Jansénisme, il garda toujours à l’égard de la Chaire de St-Pierre, un inflexible respect, et pria Dieu assidûment pour ses ennemis comme pour ses frères. Brisé par tant de travaux plus que par l’âge et désirant la dissolution de son corps pour être avec le Christ, il mourut paisiblement le dix-neuf août de l’an mil six cent quatre-vingt après avoir dit et redit les noms suaves de Jésus et de Marie. Plusieurs miracles ayant signalé sa sainteté, Pie X l’inscrivit au catalogue des Bienheureux et, à la suite de nouveaux miracles, Pie XI le mit au nombre des saints en l’année sainte, le dimanche de la Pentecôte et il étendit son office et sa messe à l’Église universelle.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 13 in Evang.

Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.

Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.

Extrait du Royaume de Jésus, dans le lectionnaire propre à la Congrégation de Jésus et Marie.

Le premier et principal, voire l'unique objet du regard, de l'amour et de la complaisance du Père éternel, c'est son Fils Jésus. Je dis l'unique; car, comme ce Père divin a voulu que son Fils Jésus soit tout en toutes choses (Ep 1, 23) et que toutes choses soient consistantes en lui et par lui (Col 1, 17), selon la parole de son Apôtre: aussi il regarde et aime toutes choses en lui, et il ne regarde et aime que lui en toutes choses. Et, comme ce même Apôtre nous enseigne qu'il a fait toutes choses en lui et par lui (Col 1, 16): aussi il nous apprend qu'il a fait toutes choses pour lui (He 2, 10). Et, comme il a mis en lui tous les trésors de sa science et sagesse (Col 2, 3), de sa bonté et beauté, de sa gloire et félicité, et de toutes ses autres divines perfections: aussi lui-même nous annonce hautement et par plusieurs fois qu'il a mis toute sa complaisance et ses délices en ce Fils unique et bien-aimé (Mt 3, 17). Ce qui n'exclut pas néanmoins le Saint- Esprit puisque c'est l'Esprit de Jésus et qu'il n'est qu'un avec Jésus.

À l'imitation de ce Père céleste, que nous devons suivre et imiter comme notre Père, Jésus doit être l'unique objet de notre esprit et de notre cœur. Nous devons regarder et aimer toutes choses en lui, et nous ne devons rien regarder et aimer que lui en toutes choses. Nous devons faire toutes nos actions en lui et pour lui. Nous devons mettre tout notre contentement et notre paradis en lui; car, comme il est le paradis du Père éternel, dans lequel il prend sa complaisance: aussi ce Père saint nous l'a donné et il s'est donné lui-même à nous pour être notre paradis. C'est pourquoi il nous commande de faire notre demeure en lui: Demeurez en moi (Jn 15, 4). Et son disciple bien-aimé nous réitère ce commandement par deux fois: Demeurez en lui, dit-il, mes petits enfants, demeurez en lui (I Jn 2, 28). Et saint Paul, pour nous porter à cela, nous assure qu'il n'y a point de damnation pour ceux qui demeurent en Jésus-Christ (Rm 8, 1).

Mais quand je dis que Jésus doit être notre unique objet cela n'exclut pas le Père et le Saint- Esprit. Car, ce même Jésus nous assurant que celui qui le voit, soit son Père (Jn 14, 9) celui qui parle de lui, parle aussi de son Père et de son Saint- Esprit; celui qui l'honore et qui l'aime, honore et aime semblablement son Père et son Saint-Esprit; et celui qui le regarde comme son unique objet, regarde en même temps le Père et le Saint-Esprit.

Regardez donc ce très aimable Sauveur comme l'unique objet de vos pensées, désirs et affections; comme l'unique fin de toutes vos actions; comme votre centre, votre paradis et votre tout. De toutes parts retirez-vous en lui comme dans un lieu de refuge, par élévation d'esprit et de cœur vers lui. Demeurez toujours en lui, c'est-à-dire que votre esprit et votre cœur, toutes vos pensées, désirs et affections soient en lui, et que toutes vos actions soient faites en lui et pour lui.

Souvenez-vous de temps en temps, que vous êtes devant Dieu et en Dieu même (cf. Ac 17, 28); que Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon sa divinité, vous environne de tous côtés, voire qu'il vous pénètre et vous remplit tellement qu'il est plus en vous que vous-même, qu'il pense continuellement à vous, et qu'il a toujours les yeux et le cœur tournés vers vous.

 

 

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X ème dimanche après la Pentecôte

18 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

X ème dimanche après la Pentecôte

Introït

Lorsque je criais vers le Seigneur, il a exaucé ma voix, me mettant à l’abri de ceux qui m’assiégeaient. Il les a humiliés, lui qui est avant tous les siècles et demeure à jamais. Jetez vos préoccupations aux mains du Seigneur, et lui-même vous nourrira. Exaucez, ô Dieu, ma prière et ne méprisez pas ma supplication, écoutez-moi et exaucez-moi.

Collecte

O Dieu, qui montrez particulièrement votre toute puissance en pardonnant et en compatissant, multipliez sur nous votre miséricorde, afin qu’après avoir recherché les biens que vous avez promis, nous soyons rendus participants de ces biens dans le ciel.

Épitre 1. Cor 12, 2-11

Mes frères, vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon qu’on vous menait. C’est pourquoi je vous déclare que personne, parlant par l’Esprit de Dieu,ne dit anathème à Jésus ; et personne ne peut dire : ‘Seigneur Jésus’, si ce n’est par Esprit-Saint. Sans doute il y a diversité de grâces ; mais il n’y a qu’un même Esprit. Il y a diversité de ministères ; mais il n’y a qu’un même Seigneur. Et il y a aussi diversité d’opérations ; mais il n’y a qu’un même Dieu, qui opère tout en tous. Or la manifestation de l’Esprit est donnée à chacun pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de science, selon le même Esprit ; à un autre la foi, par le même Esprit ; à un autre, la grâce des guérisons par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Or c’est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun comme il veut.

Évangile Lc. 18, 9-14

En ce temps-là, Jésus dit cette parabole à quelques-uns qui se confiaient en eux-mêmes, comme étant justes, et qui méprisaient les autres : Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était pharisien, et l’autre publicain. Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. Et le publicain, se tenant éloigné, n’osait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine, en disant : O Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur. Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre ; car quiconque s’élève sera humilié, et quiconque s’humilie sera élevé.

Offertoire

Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir. Et que mes ennemis ne se moquent point de moi, car tous ceux qui espèrent en vous, ne seront pas confondus.

Postcommunion

Nous vous en supplions, Seigneur, notre Dieu, dans votre bonté, ne privez pas de votre secours ceux que vous ne cessez de fortifier au moyen de vos divins sacrements.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Quatrième leçon. N’allons pas croire que nous serons excusés parce que d’autres ont péché avec nous. Au contraire, notre châtiment n’en sera que plus grand. Le serpent a été puni plus que la femme et celle-ci plus que l’homme ; la peine imposée à Jézabel fut plus dure que celle d’Achab ; lui, il avait accaparé la vigne, mais elle avait ourdi toute l’affaire et précipité le roi dans sa chute. Toi aussi, dès lors, si tu as mené d’autres hommes à leur perte, tu subiras un sort plus terrible que ceux qui seront tombés par ta faute. Autre chose est, en effet, de pécher soi-même, autre chose – et plus pernicieuse – d’inciter autrui à pécher.

Cinquième leçon. Ainsi donc, si nous voyons d’autres se livrer au péché, loin de les encourager, efforçons-nous de les retirer de l’abîme de leur malice, si nous ne voulons pas payer pour la ruine d’autrui. Souvenons-nous sans cesse du tribunal redoutable, du fleuve de feu, des chaînes infrangibles, des ténèbres épaisses, des grincements de dents, du ver qui empoisonne. « Mais, diras-tu, Dieu aime les hommes. » Alors, tout ceci n’est que verbiage ? Et ce riche qui méprise Lazare, n’est-il point puni ? Et les vierges étourdies, ne sont-elles pas rejetées de la salle des noces ? Et ceux qui n’ont pas voulu soulager la faim du Christ ne vont-ils pas au feu préparé pour le diable ? Celui qui ose se montrer avec des vêtements sordides ne périra-t-il pas, pieds et poings liés ? Et celui qui a exigé le remboursement de ses cent deniers, n’est-il pas livré aux bourreaux ? Et ce qui est dit des adultères : « Leur ver ne mourra pas et leur feu ne s’éteindra jamais », cela ne sera-t-il pas vrai ?

Sixième leçon. Ces mots n’évoquent-ils que de simples menaces ? « Justement », diras-tu. Mais au nom de quel argument, dis-moi, oses-tu soutenir cela et porter, de ta propre autorité, un tel jugement ? Pour moi, je pourrai te prouver le contraire, à partir des paroles de Dieu et de ses œuvres. Car, si tu refuses de croire à l’annonce des châtiments futurs, crois du moins en voyant ceux qui ont déjà eu lieu. Assurément, ce qui s’est passé, et a pris forme d’évènements concrets, on ne peut l’appeler menaces et verbiage. Qui donc a submergé toute la terre au temps de Noé, déchaîné le terrible déluge et fait périr notre race tout entière ? Ensuite qui a lancé la foudre et les traits de feu sur le pays de Sodome ? Qui a englouti sous les flots toute l’Égypte ? Qui a voué aux flammes la bande d’Abiron ? Qui faucha en un instant septante mille hommes au temps de David ? Qui a infligé tous ces châtiments et d’autres encore, qui donc, sinon Dieu ?

Au troisième nocturne.

Homélie de l’évêque saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Si au moins ce pharisien avait dit : Je ne suis pas comme beaucoup d’hommes. Car par ces mots « le reste des hommes » que veut-il dire sinon, tous, lui seul excepté ? Moi, dit-il, je suis juste, tous les autres, pécheurs. « Je ne suis pas comme le reste des hommes, injustes, voleurs, adultères. » Et voici pour toi, dans le voisinage d’un publicain, une occasion de te rengorger davantage. « Comme ce publicain-là », dit-il. « Moi, dit-il, je suis un être à part ! Celui-là est un des autres ! » Non, dit-il, je ne suis pas tel que lui ! Grâce à mes œuvres de justice, je ne suis pas un homme malhonnête.

Huitième leçon. « Je jeûne deux fois la semaine, je paie la dîme de tout ce que je gagne. » Qu’a-t-il demandé à Dieu ? Cherche dans ses paroles, tu ne trouveras rien ! Il monte prier. Or, il ne veut pas implorer Dieu, mais se louer soi-même. C’est trop peu dire : « Pas implorer Dieu, mais se louer soi-même. » En surplus, il insulte celui qui prie. « Le publicain, lui, se tenait à distance » et cependant, il s’approchait de Dieu. Sa conscience secrète l’en éloignait, sa piété l’en rapprochait. « Le publicain, lui, se tenait à distance », mais, tout proche, le Seigneur lui prêtait attention.

Neuvième leçon. Le Seigneur est le Très-Haut et il regarde l’humilité. Mais les hommes hautains, – et le pharisien était l’un d’eux –, il ne les connaît que de loin. Leurs actes hautains, Dieu les connaît de loin, mais il ne méconnaît pas leur faute. Écoute encore l’humilité du publicain. Non content de se tenir à distance, il ne levait même pas les yeux vers le ciel. Afin d’être regardé, lui ne regardait pas. Il n’osait pas relever les yeux. Sa conscience l’opprimait, l’espérance le soulevait. Écoute encore : « Il se frappait la poitrine. » De lui-même, il exige un châtiment. Aussi le Seigneur épargne-t-il celui qui confesse sa faute. « Il se frappait la poitrine en disant : Mon Dieu, sois indulgent au pécheur que je suis. » Le voilà, celui qui prie ! Pourquoi t’étonner ? La faute qu’il reconnaît Dieu, lui, ne veut plus la connaître.

 

ÉVANGILE.

Le Vénérable Bède, commentant ce passage de saint Luc, en explique ainsi le mystère : « Le pharisien, c’est le peuple juif qui, se prévalant des justices de la loi, vante ses mérites ; le publicain est le gentil qui, resté loin de Dieu, avoue ses crimes. L’orgueil de l’un fait qu’il s’éloigne abaissé ; l’autre, relevé par ses gémissements, mérite d’approcher dans la louange. C’est des deux peuples, comme de tout humble et de tout superbe, qu’il est de même écrit ailleurs : l’élèvement du cœur précède la ruine, et l’humiliation de l’homme son élévation en gloire. »

On ne pouvait donc choisir, dans le saint Évangile, un enseignement qui convînt mieux après le récit de la chute de Jérusalem. Les enfants de l’Église qui la virent, à ses premiers jours, humiliée dans Sion sous l’arrogance de la synagogue, comprennent maintenant cette parole du Sage : Il est meilleur d’être humilié avec les doux, que de partager les dépouilles avec les superbes ! Selon un autre mot des Proverbes, la langue du Juif, cette langue qui décriait le publicain et accusait le gentil, est devenue dans sa bouche comme une verge d’orgueil qui l’a frappé à son tour en attirant sur lui la ruine. Mais la gentilité, en adorant la justice des vengeances du Seigneur, enchantant ses bontés, doit éviter de prendre elle-même la voie où s’est perdu le peuple infortuné dont elle tient la place. La faute d’Israël a posé le principe du salut des nations, dit saint Paul, mais son orgueil serait aussi leur perte ; et tandis qu’Israël est assuré par ses prophéties d’un retour en grâce à la tin des temps, rien ne garantit un second appel de la miséricorde aux nations redevenues criminelles après leur baptême. Si, aujourd’hui, la puissance de l’éternelle Sagesse fait porter aux gentils des fruits de gloire et d’honneur, qu’ils n’oublient donc jamais leur stérilité première ; alors l’humilité qui seule peut les garder, comme seule naguère elle attira sur eux les regards du Très-Haut, leur demeurera facile, et en même temps ils comprendront la considération dont doit toujours, malgré ses fautes, être entouré l’ancien peuple.

Pendant que le vice originel de leur naissance faisait des peuples gentils comme autant d’oliviers sauvages ne produisant que des fruits sans valeur, l’olivier franc, dans les branches duquel coulait la sève de la grâce, croissait ailleurs, puisant pour ses rameaux la sanctification dans la racine sainte des patriarches bénis de Dieu. Or cet arbre de salut est toujours le même. Quelques branches, il est vrai, étant tombées à terre, d’autres les ont remplacées ; mais cette accession des gentils, admis par grâce à enter leurs rameaux sur la tige sacrée, n’a changé ni cette tige, ni sa racine. Le Dieu des nations n’est point autre que le Dieu d’Isaac et de Jacob ; la souche unique du céleste olivier plonge toujours dans le sein d’Abraham : c’est de la foi de ce juste sans pareil, de la bénédiction promise à lui et à son germe divin pour toutes les familles du monde, que procède la sève vivace et luxuriante qui transformera la gentilité dans toute la suite des âges. Que les nations chrétiennes, en quête de leurs origines, se gardent donc d’oublier la principale ! Les fondateurs des empires de la terre ne sont point devant Dieu les vrais pères des peuples ; dans l’ordre des intérêts surnaturels, les seuls qui doivent compter ici-bas, Abraham l’Hébreu, sorti de Chaldée à la voix du Très-Haut, est devenu dès lors par la fécondité de sa foi l’unique père des nations.

Nous comprendrons maintenant cette parole de l’Apôtre : « Arbre sauvage, greffé malgré ta nature sur le franc olivier, ne te glorifie point contre les premiers rameaux. Que si tu es tenté de présomption à leur endroit, songe que ce n’est point toi qui portes la racine, mais la racine qui te porte. Ne t’élève donc pas, mais tiens-toi dans la crainte. »

L’humilité, qui produit en nous cette crainte salutaire, est la vertu qui met l’homme à sa vraie place, dans sa propre estime, à l’égard de Dieu comme de ses semblables. Elle repose sur la conscience intime que la grâce nous met au cœur du tout de Dieu en l’homme et du vide de notre nature, abaissée encore de notre fait à nous-mêmes, par le péché, au-dessous du néant. La raison seule suffit pour donner à qui réfléchit un instant la conviction du néant de toute créature ; mais à l’état de conclusion purement théorique, cette conviction n’est pas encore l’humilité : elle s’impose au démon dans l’enfer, et le dépit qu’elle lui inspire est le plus actif aliment de la rage de ce prince des orgueilleux. Pas plus donc que la foi, qui nous révèle ce qu’est Dieu dans l’ordre de la fin surnaturelle, l’humilité, qui nous apprend ce que nous sommes en face de Dieu, ne procède de la raison pure et ne réside dans la seule intelligence ; pour être une vertu véritable, elle doit tirer d’en haut sa lumière, et mouvoir aussi dans l’Esprit-Saint nos volontés. En même temps que l’Esprit divin fait pénétrer dans nos âmes la notion de leur petitesse, il les incline doucement à l’acceptation, à l’amour de cette vérité que la raison toute seule serait tentée de trouver importune. Et combien la lumière de cet Esprit de vérité, de cet incomparable témoin des cœurs, ne l’emporte-t-elle pas en ce point, quand il s’empare d’une âme, sur les données de la simple raison ! On est stupéfait lorsqu’on voit jusqu’où va toujours, dans les saints, le sentiment de leur misère ; il les conduit à s’estimer au-dessous de tous, et les pousse, dans leur langage et leurs actes, à des extrémités qui semblent, au jugement de notre pauvre sagesse, excéder par trop les bornes de toute vérité comme de toute justice. Mais l’Esprit qui les dirige et les domine en juge autrement ; et c’est parce qu’il est à la fois l’Esprit de toute vérité comme de toute justice, l’Esprit sanctificateur en un mot, que, voulant accroître immensément leur sainteté, il développe en eux sans mesure la connaissance de la vérité sur eux-mêmes et sur Dieu. Satan, l’esprit de péché, fait prendre aux siens le contre-pied de cette conduite divine, ainsi qu’il le fit au commencement pour lui-même : il ne s’est point tenu dans la vérité, nous dit le Seigneur, il a prétendu égaler le Très-Haut, mais son orgueil n’a réussi qu’à le fixer pour jamais dans le faux et l’absurde. C’est à cause de cela que la vérité nous délivre en nous enlevant à l’empire de ce père du mensonge, comme elle nous sanctifie en nous unissant à Dieu vérité vivante et substantielle.

A mesure que dans les voies de l’union divine l’homme se rapproche de ce tout infini, de celui qui seul est par essence, son être d’emprunt, loin de s’évanouir, gagne sans doute merveilleusement en lumière et chaleur ; mais il achève de perdre, avec sa vie propre, le rayonnement factice qui accompagnait cette vie diminuée, et que, plus éloigné du centre divin, il semblait posséder par lui-même. Ainsi les astres gravitant autour du soleil, quoique plus que jamais transpercés de ses feux quand ils l’avoisinent, s’effacent entièrement sous l’action immédiate de son puissant foyer ; tandis que la clarté qu’ils tiennent de lui paraît moins dépendante avec l’isolement que produit la distance, et semble être la leur d’autant plus qu’ils s’éloignent davantage. Il est des hommes qui ont tout fait, comme Satan, pour quitter l’orbite du divin soleil : plutôt que de s’avouer redevables au Dieu Très-Haut, ils s’anéantiraient, si la chose était possible ; à la jouissance des célestes trésors du Père commun, ouverts à quiconque se reconnaît son enfant, ils préfèrent la satisfaction de s’en tenir aux biens de nature, pour ne relever que d’eux-mêmes. Insensés, qui ne comprennent pas qu’alors même ils n’en tiennent pas moins tout ce qu’ils ont de ce Dieu méconnu ! Esprits infirmes, qui prennent pour sentiments de légitime fierté ces vapeurs du néant dont leurs cerveaux troublés se repaissent ! Leur noblesse n’est qu’ignominie ; leur indépendance n’aboutit qu’au servage. Car, rejetant Dieu comme père, il ne se peut pourtant qu’ils ne l’aient pour maître ; faute donc d’être ses fils, ils seront ses esclaves. A eux tout d’abord, ici-bas, la nourriture grossière qu’ils ont préférée aux pures délices dont la Sagesse enivre ceux qui la suivent ; à eux bientôt le fouet et la chaîne. Ils n’ont point voulu, dans leur suffisance, du trône qu’on leur préparait, ni de la robe nuptiale ; qu’ils se drapent, s’ils veulent, dans leurs vêtements luxueux du moment ! Mais déjà, plus avant qu’avec le fer rouge, la note servile s’imprime dans leur chair révoltée. C’est qu’en dépit de leur vaine philosophie, ils n’ont point su que, la vraie grandeur étant dans la vérité, l’humilité pouvait seule les y conduire.

Non seulement l’homme ne s’amoindrit pas en s’abaissant lui-même, puisqu’il ne fait que rentrer ainsi dans la notion de ce qu’il est réellement ; mais, selon l’expression évangélique, le degré de cet abaissement volontaire marque pour chacun la mesure de son élévation devant Dieu. L’Esprit ne ménage point ses dons à qui sait lui en rapporter la gloire. C’est aux petits que le Seigneur du ciel et de la terre révèle ce qu’il cache aux prudents et aux sages. Ou plutôt les vrais sages, les parfaits dont parle saint Paul, qui seuls entendent, pour les avoir éprouvés dès ce monde, les mystères de l’amour infini, ne sont-ils pas, nous l’avons dit ailleurs, ces parvuli que la Sagesse convoque autour d’elle, qui ne sont rien à leurs yeux, mais dont la confiante simplicité ravit son cœur, et qui trouvent tous les biens dans son divin commerce ? C’est vraiment en eux qu’elle prend ses délices parmi les fils des hommes ; et c’est ce que ne comprenaient point les disciples, lorsqu’à la suite du discours du Sauveur qui fait le sujet de notre Évangile, ils voulaient, ainsi que le rapporte saint Luc, éloigner de lui les petits enfants. Mais Jésus, Sagesse incarnée, les rassemblant au contraire, disait comme dans les livres de l’ancienne Alliance : « Laissez venir à moi les petits enfants, et gardez-vous de les en empêcher, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent ; je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point. » Dans ce royaume de Dieu, l’humilité des saints dépasse encore en effet ce qu’elle fut sur la terre, parce qu’ils y voient les réalités qu’ils ne saisissaient qu’obscurément durant leur vie. Leur bonheur est de mesurer dans l’adoration cette altitude de Dieu dont ils ne se feront jamais une idée parfaite, et de descendre toujours plus bas dans leur néant. Méditons ces pensées ; nous comprendrons mieux comment les plus grands saints ont été les plus humbles des hommes ici-bas, puisqu’il en est encore ainsi dans le ciel même, la lumière croissant pour les élus en proportion de leur gloire. Près du trône de son divin Fils comme à Nazareth, Notre-Dame est toujours la plus humble des créatures, parce qu’elle est la plus éclairée, parce qu’elle comprend mieux que les chérubins et les séraphins la grandeur de Dieu et le néant de la créature.

C’est l’humilité qui donne à l’Église la confiance dont elle fait preuve dans l’Offertoire. Plus, en effet, cette vertu fait sentir à l’homme sa faiblesse, plus elle lui montre en même temps la puissance du Dieu qui se tient toujours prêt à sauver ceux qui l’invoquent.

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Saint Hyacinte confesseur

17 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Hyacinte confesseur
Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Hyacinthe était Polonais ; il naquit de parents nobles et chrétiens au château de Kamin, dans le diocèse de Breslau. Instruit dès l’enfance dans les lettres, il étudia plus tard la sainte Écriture. Mis au nombre des Chanoines de Cracovie, il brilla plus que tous les autres par l’insigne piété de sa vie et sa profonde érudition. Reçu à Rome dans l’Ordre des Frères Prêcheurs par le fondateur même, saint Dominique, il pratiqua avec la plus grande sainteté, jusqu’à la fin de sa vie, la règle parfaite qu’il en avait reçue. Il conserva une perpétuelle chasteté, fit ses délices de la modestie, de la patience, de l’humilité, de l’abstinence et des autres vertus, comme du patrimoine assuré d’un religieux.

Cinquième leçon. Son brûlant amour pour Dieu le portait souvent à passer des nuits entières à prier et à châtier son corps, auquel il n’accordait d’autre soulagement que l’appui d’une pierre et d’autre couche que la terre nue. Renvoyé dans sa patrie, il fonda à Frisac d’abord, un très grand couvent de son Ordre, puis un second à Cracovie. Après en avoir élevé quatre dans les autres provinces du royaume de Pologne, il y fit d’incroyables fruits de salut par la prédication de la parole divine et la pureté de sa vie. Il ne passa pas de jour sans donner quelque preuve éclatante de sa foi, de sa piété et de sa sainteté.

Sixième leçon. Le zèle de ce très saint homme pour le salut du prochain fut divinement signalé par les plus grands miracles. L’un des plus éclatants eut lieu lorsque, près de Wisgrade, il traversa sans bateau la Vistule débordée et fit passer ses compagnons sur les flots en y étendant son manteau. Ayant persévéré, depuis sa profession, près de quarante années dans un genre de vie admirable et annoncé d’avance à ses frères le jour de sa mort, il rendit son âme à Dieu en la fête même de l’Assomption de la Vierge, après avoir récité les Heures canoniales, et reçu avec le plus profond respect, les sacrements de l’Église. Ce fut en prononçant ces paroles : « Entre vos mains, Seigneur, je remets mon esprit », l’an du salut douze cent cinquante-sept. De nouveaux miracles le rendirent illustre après sa mort, et le Pape Clément VIII le mit au nombre des saints.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 13 in Evang.

Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.

Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.

 

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Un des plus beaux lis du champ des Prêcheurs vient s’épanouir au pied du trône où s’est assise la Reine des cieux. Hyacinthe représente, au Cycle sacré, la légion d’intrépides missionnaires qui, dans les XIIIe et XIVe siècles, s’élancèrent au-devant de la barbarie tartare et musulmane menaçant l’Occident. Des Alpes aux frontières septentrionales de l’empire chinois, des îles de l’Archipel aux terres arctiques, il propagea son Ordre et accrut le royaume de Dieu. Dans les steppes où le schisme de Byzance disputait ses stériles conquêtes à l’idolâtrie des envahisseurs du Nord, on le vit, quarante années durant, semer les prodiges, confondre l’hérésie, dissiper les ténèbres de l’infidélité.

Pas plus qu’au premier apostolat ne devait manquer à celui-ci la consécration du martyre. Que d’admirables épisodes, où les Anges du ciel semblèrent vouloir illuminer de leur sourire les rudes combats de leurs frères de la terre ! Au couvent fondé par Hyacinthe à Sandomir sur la Vistule, quarante-huit Frères Prêcheurs étaient rassemblés sous la conduite du Bienheureux Sadoc ; un jour, le lecteur du Martyrologe, proclamant la fête du lendemain, lit cette formule qui se déroule sous ses yeux en lettres d’or : A SANDOMIR, LE QUATRE DES NONES DE JUIN, LA PASSION DE QUARANTE-NEUF MARTYRS. Surpris d’abord, les Frères ont vite compris l’annonce inusitée : dans l’allégresse de leurs âmes, ils se disposent à cueillir la palme qu’une irruption de Tartares leur procure au jour dit ; c’est au chant du Salve Regina que, réunis au chœur à l’heure fortunée, ils teignent de leur sang le pavé du temple.

Hyacinthe ne terminera pas sous le glaive des bourreaux sa carrière glorieuse. Jean, le disciple bien-aimé, avait dû demeurer ici-bas jusqu’à ce que vint le Seigneur ; c’est la venue au-devant de lui de la Mère du Seigneur qu’attend notre Saint.

Ni le labeur toutefois, ni les souffrances les plus extrêmes, ni davantage les plus merveilleuses interventions d’en haut ne manquent à sa vie toute céleste. Kiev, la ville sainte des Russies, a résisté cinq ans au zèle de l’apôtre ; les Tartares passent sur elle comme la justice du Tout-Puissant. Tout est à sac dans l’indocile cité. L’universelle dévastation atteint les portes du sanctuaire où l’homme de Dieu achève à peine l’auguste Sacrifice. Revêtu comme il l’est des ornements sacrés, il prend d’une main le divin Sacrement, de l’autre la statue de Marie qui lui demande de ne pas la laisser aux barbares ; et sain et sauf avec ses Frères, il traverse les hordes païennes enivrées de carnage, les rues en flammes, le Dniepr enfin, l’ancien Borysthène, dont les flots rapides, affermis sous ses pieds, garderont la trace de ses pas. Trois siècles plus tard, les témoins entendus au procès de canonisation attestèrent, sous la foi du serment, que le prodige persévérait encore ; on donnait dans le pays le nom de chemin de saint Hyacinthe à ces vestiges toujours visibles sur les eaux d’une rive à l’autre.

Cependant le Saint, poursuivant sa retraite miraculeuse jusque dans Cracovie, y déposa au couvent de la Trinité son précieux fardeau. Légère comme un roseau tant qu’il l’avait portée, la statue de Marie reprit son poids naturel, trop considérable pour qu’un seul homme pût l’ébranler. C’est près d’elle qu’après bien d’autres travaux, Hyacinthe reviendra mourir.

Une première fois, au même lieu, dans les débuts de sa vie apostolique, la divine Mère était vers lui descendue : « Aie bon courage et sois joyeux ; disait-elle, mon fils Hyacinthe ! Tout ce que tu demanderas en mon nom te sera accordé ». C’était en la Vigile de la glorieuse Assomption qu’avait eu lieu l’ineffable entrevue Le bienheureux y puisa la confiance surhumaine du thaumaturge que nul obstacle n’arrêta jamais ; il en avait surtout gardé le parfum virginal qui embauma toute sa vie, le rayonnement de beauté surnaturelle qui fit de lui l’image de son père Dominique.

Les années ont passé ; centre privilégié des travaux d’Hyacinthe, l’héroïque Pologne est prête désormais à soutenir sous l’égide de Marie son rôle de boulevard de la chrétienté. Au prix de quels sacrifices, c’est ce qu’Hedwige, la contemporaine de notre Saint, la bienheureuse mère du héros de Liegnitza, doit nous dire en octobre, En attendant, comme saint Stanislas qui le précéda au labeur, c’est à Cracovie, la capitale du noble royaume aux plus beaux temps de ses luttes immortelles, que le fils de Dominique doit son dernier soupir et le trésor de sa dépouille sacrée. Non plus en la vigile, mais au jour même de son triomphe, le 15 août 1267, dans l’église de la Très Sainte Trinité Notre-Dame est redescendue ; les Anges lui font une escorte brillante, les Vierges forment sa cour. « Oh ! qui êtes-vous ? » s’écrie une sainte âme de la terre, pour qui l’extase a déchiré les voiles de la mortalité. « Je suis, répond Marie, la Mère de la miséricorde ; et celui-ci, qui a sa main dans la mienne, est frère Hyacinthe, mon très dévot fils, que j’emmène aux noces éternelles ». Puis Notre-Dame entonne elle-même de sa douce voix : Je m’en vais aux collines du Liban ; et Anges et Vierges poursuivant dans un ineffable concert le chant du ciel, le cortège fortuné disparaît vers les sommets resplendissants de la patrie.

Votre privilège fut grand, ô fils de Dominique, associé à Marie de si près que le jour de son triomphe vous vit vous-même entrer dans la gloire ! Occupant si belle place dans le cortège qui la conduit aux cieux, dites-nous ses grandeurs, sa beauté, son amour pour les pauvres humains qu’elle voudrait faire tous participer comme vous à son bonheur.

Par elle vous fûtes puissant dans la vallée d’exil, en attendant d’être près d’elle bienheureux et glorieux. Longtemps après les Adalbert et les Anschaire, les Cyrille et les Méthodius, vous parcourûtes à nouveau les ingrats sentiers de ce septentrion où renaissent si promptement les épines et les ronces, où ces peuples que l’Église eut déjà tant de peine à délivrer du joug païen, se reprennent sans cesse dans les filets du schisme, dans les pièges de l’hérésie. Sur ce domaine de sa prédilection, le prince des ténèbres éprouva de nouvelles défaites, une multitude infinie brisa ses chaînes, et la lumière du salut brilla plus loin qu’aucun de vos prédécesseurs ne l’avait portée. Conquête définitive pour l’Église, la Pologne devint son rempart, jusqu’aux jours de trahison qui marquèrent la fin de l’Europe chrétienne.

O Hyacinthe, gardez la foi au cœur des fils du noble peuple, en attendant le jour de la résurrection. Implorez grâce pour les régions du Nord, un instant échauffées au souffle ardent de votre parole. Rien de ce que vous demanderez par Marie ne saurait vous être refusé ; c’est la promesse de cette Mère de la miséricorde.

Maintenez le zèle de l’apostolat dans votre Ordre illustre. Puisse s’y multiplier le nombre de vos frères, trop au-dessous des besoins de nos temps.

Au pouvoir qui vous fut donné sur les flots se rattache celui que la confiance des fidèles, justifiée par tant de prodiges, vous attribue de rappeler à la vie les malheureux noyés. Maintes fois aussi les mères chrétiennes ont éprouvé votre puissance allant jusqu’au miracle, pour amener à la fontaine du salut les fruits de leur sein qu’un enfantement laborieux menaçait de priver du baptême. Montrez à vos dévots clients que la bonté de Dieu est toujours la même, que le crédit de ses élus n’est point amoindri.

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Saint Joachim père de la Très Sainte Vierge Marie

16 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Joachim père de la Très Sainte Vierge Marie

Collecte

Dieu, de préférence à tous vos saints, vous avez choisi le bienheureux Joachim pour qu’il fût le père de la Mère de votre Fils : accordez-nous, s’il vous plaît, la grâce d’être constamment protégés par celui dont nous célébrons la fête

Office

Au deuxième nocturne

Sermon de saint Épiphane, Évêque. Oratio de Laud. Virg., sub init.

Quatrième leçon. De la racine de Jessé est sorti le roi David, et de la tribu royale de David est née la Vierge sainte : sainte, dis-je, et fille de saints ancêtres. Ses parents furent Joachim et Anne, qui attirèrent sur eux, par leur vie irréprochable, les divines complaisances, et qui méritèrent d’avoir un si beau fruit de leur union, la sainte Vierge Marie, temple et Mère de Dieu. Joachim, Anne et Marie offraient manifestement à eux trois un sacrifice de louange à la Trinité. Le nom de Joachim signifie : préparation du Seigneur. N’est-ce pas lui, en effet, qui prépara le Temple du Seigneur, la Vierge ? Le nom d’Anne, à son tour, signifie : grâce. Joachim et Anne obtinrent, à l’aide de leurs prières, la grâce de produire le fruit qui leur fut accordé, la sainte Vierge ; Joachim priait sur la montagne, et Anne, dans son jardin.

Sermon de saint Jean Damascène. Oratio I de Virg. Mariæ Nativit., circa principium

Cinquième leçon. Parce que la Vierge, Mère de Dieu, devait naître d’Anne, la nature n’osa rien produire avant le rejeton de la grâce, mais attendit que la grâce eût donné son fruit. Il fallait bien que Marie fût la première enfant à qui sa mère donnât le jour, elle qui devait enfanter le premier-né de toutes créatures, celui en qui toutes choses ont été faites ! O bienheureux couple de Joachim et d’Anne ! Toute la création vous est redevable. C’est en effet par vous qu’elle a pu offrir au Créateur un présent au-dessus de tous les présents, la chaste mère, qui seule était digne de ce Créateur.

Sixième leçon. Réjouis-toi, Joachim, car un Fils nous est né de ta fille, et on l’appelle l’Ange du grand conseil, c’est-à-dire, l’Ange du salut de l’univers. Que Nestorius soit accablé de honte, et qu’il cache de sa main son visage ! Cet enfant est Dieu. Comment donc ne serait-elle point Mère de Dieu, celle qui l’a mis au monde ? Si quelqu’un ne rend point hommage à la sainte Mère de Dieu, il est repoussé par la Divinité. Cette doctrine que j’enseigne n’est pas seulement la mienne : je l’ai reçue comme un très précieux héritage de mon père, Grégoire le Théologien. O bienheureux couple de Joachim et d’Anne ! L’on reconnaît certes votre pureté au fruit de vos entrailles, selon ce que le Christ a dit quelque part : « C’est à leurs fruits que vous les connaîtrez. » Vous avez réglé votre manière de vivre comme il était agréable à Dieu et digne de celle qui devait naître de vous ; c’est chastement et saintement appliqués à vos devoirs, que vous avez produit un trésor de virginité.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Damascène. Lib. 4 de Fide orthodoxa, cap. 15 de Domini genealogia et sanctæ Dei Genetricis

Septième leçon. Que Joseph ait eu David pour ancêtre, les très saints Évangélistes Matthieu et Luc l’ont clairement démontré. Mais la divergence entre eux est que saint Matthieu le fait descendre de David par Salomon, et saint Luc par Nathan. Tous deux cependant passent sous silence la généalogie de la Sainte Vierge. Il est donc utile de savoir que, ni chez les Hébreux ni dans l’Écriture sacrée, ne fut établi l’usage de dresser la généalogie des femmes ; mais il était réglé par la loi qu’aucun homme ne prendrait d’épouse dans une autre tribu. En conséquence, Joseph, qui était de la famille de David, et qui pratiquait la justice (car le divin Évangile lui a donné cet éloge), n’aurait donc certainement pas épousé la sainte Vierge, contrairement aux prescriptions de la loi, si elle n’eût pas tiré son origine de la même souche royale. Et c’est pour cela qu’il suffisait à l’Évangéliste de marquer d’où Joseph était issu.

Huitième leçon. De la souche donc de Nathan, fils de David, Lévi engendra Melchi et Panther. Panther engendra Barpanther (c’est ainsi qu’on l’appelait). Barpanther engendra Joachim, qui fut père de la sainte Mère de Dieu. Revenons en arrière : de la souche de Salomon, fils de David, Mathan eut de son épouse Jacob, et à la mort de Mathan, Melchi, issu de Nathan, fils de Lévi et frère de Panther, épousa la veuve de ce même Mathan, laquelle était mère de Jacob ; de son second mariage naquit Héli. Jacob et Héli étaient donc frères utérins ; le premier était de la lignée de Salomon, le second, de celle de Nathan.

Neuvième leçon. Or Héli, qui était de la descendance de Nathan, mourut sans enfants ; ce qui fit que Jacob, de la lignée de Salomon, épousa la veuve de son frère et en eut un fils nommé Joseph. Selon la nature, Joseph était fils de Jacob et tirait son origine de Salomon, mais aux yeux de la loi, son père était Héli, et sa race, celle de Nathan. Les choses étant ainsi, Joachim s’unit par le mariage, Anne, femme supérieure et digne des plus hauts éloges. Semblable à cette Anne d’autrefois, qui, affligée par l’épreuve de la stérilité, dut à sa prière et à son vœu de donner naissance à Samuel, celle-ci obtint du ciel, par des supplications et des promesses, de mettre au monde la Mère de Dieu ; en cela donc aussi elle ne le cède à aucune des mères illustres. Ainsi donc c’est la grâce, (telle est la signification du nom d’Anne) qui engendra la Souveraine (c’est ce que signifie le nom de Marie). Elle est, en effet, devenue la souveraine de toute la création, quand elle fut élevée à la dignité de Mère du Créateur.

C’est au lendemain de la Nativité de Marie que les Grecs célèbrent, de temps immémorial, la fête de saint Joachim. Les Maronites la fixèrent au lendemain de la Présentation en novembre, les Arméniens au mardi après l’Octave de l’Assomption de la Mère de Dieu. Chez les Latins, qui ne l’admirent que plus tard, il y eut d’abord partage pour sa célébration entre le lendemain de l’Octave de la Nativité, 16 septembre, et le lendemain de la Conception delà Bienheureuse Vierge, 9 décembre. L’Orient et l’Occident s’accordaient, pour honorer le père, a le rapprocher de son illustre fille.

Vers l’an 1510, Jules II statua que l’aïeul du Messie prendrait place au calendrier romain sous le rit double-majeur ; toujours au souvenir de ces liens d’une famille où l’ordre de la nature et celui de la grâce se rencontrent en si pleine harmonie, il fixa la fête de Joachim au 20 mars, lendemain de celle de son gendre Joseph. On eût dit que le glorieux patriarche dût après sa mort continuer, sur le Cycle sacré, les pérégrinations de ces premiers pères du peuple hébreu dont sa noble vie retraça les mœurs. Cinquante années s’étaient à peine écoulées depuis le pontificat de Jules II, que la critique du temps ramenait l’ombre sur son histoire et faisait disparaître son nom du Bréviaire romain. Grégoire XV l’y rétablissait en 1622 sous le rit double, et sa fête restait désormais acquise à l’Église. La piété à l’égard du père de Marie s’accrut même à ce point que des instances eurent lieu pour qu’elle fût rangée parmi les solennités de précepte, comme l’était déjà celle de son épouse sainte Anne. Ce fut afin de répondre à cette dévotion populaire sans augmenter pourtant le nombre des jours chômés, que Clément XII (1738) transféra la fête de saint Joachim au dimanche après l’Assomption de la Bienheureuse Vierge sa fille ; il lui rendait en même temps le degré de double-majeur.

Le Souverain Pontife Léon XIII, honoré au baptême du nom de Joachim, devait, le 1er août 1879, élever au rang des doubles de seconde classe la solennité de son auguste patron et celle de sainte Anne.

« L’Ecclésiastique enseigne qu’il faut louer ceux dont une descendance glorieuse est issue, dit le décret notifiant cette décision dernière à la Ville et au monde ; on doit donc rendre l’honneur d’une vénération toute particulière aux saints Joachim et Anne, puisque, ayant engendré l’Immaculée Vierge Mère de Dieu, ils sont dès lors glorieux par-dessus tous. On vous connaît à votre fruit, leur dit Damascène : vous avez mis au monde une fille supérieure aux Anges, et maintenant leur reine...Or, la divine miséricorde ayant fait qu’en nos temps malheureux, les honneurs rendus à la Bienheureuse Vierge et son culte prissent des accroissements en rapport avec les besoins grandissants du peuple chrétien, il fallait que cette splendeur et cette gloire nouvelle, dont leur bienheureuse fille est environnée, rejaillît sur les fortunés parents. Puisse leur culte ainsi accru faire éprouver plus puissamment leur secours à l’Église ! »

A LA MESSE.

C’est une bonne chose que la prière avec le jeûne ; faire l’aumône est meilleur que d’amasser des monceaux d’or. Mieux encore que Tobie, Joachim éprouva la vérité de cette parole de l’Archange. Une tradition rapporte que du revenu de ses biens il faisait trois parts : l’une pour le Temple, l’autre pour les pauvres, et la troisième pour sa maison. L’Église, voulant honorer le père de Marie, célèbre tout d’abord ces largesses salutaires et la justice qui lui valut la gloire dont il resplendit.

Mère de Dieu, c’est le titre qui fait de Marie la plus noble des créatures ; mais cette noblesse de la fille de Joachim élève aussi ce dernier parmi tous les bienheureux, comme le seul dont on dira dans les siècles qu’il est l’aïeul de Jésus. Or, au ciel mieux qu’ici-bas, noblesse et puissance vont de concert. Faisons-nous donc, avec l’Église, les clients d’un si haut personnage.

ÉPÎTRE.

La richesse de Joachim consistait en troupeaux comme celle des premiers patriarches. Le pieux emploi qu’il en faisait attirait sur ses biens la bénédiction du Seigneur. Mais il était une bénédiction plus désirée, que le ciel refusait à ses supplications : Anne, son épouse, était stérile ; au milieu des filles d’Israël attendant le Messie, l’espérance de Sion semblait s’en être détournée. Au Temple, un jour que Joachim présentait des victimes, elles furent rejetées avec mépris.

C’était une autre offrande qu’attendait de lui le Seigneur du Temple ; quand, au lieu des brebis de ses pâturages, il présentera ici la Mère de l’Agneau de Dieu, elle ne sera point repoussée !

Mais aujourd’hui, dans sa douleur, il s’est enfui sans reparaître devant son épouse. Gagnant les montagnes où paissaient ses troupeaux, il y vivait sous la tente, jeûnant sans trêve et disant : « Je ne prendrai point de nourriture, jusqu’à ce que le Seigneur mon Dieu m’ait regardé dans sa miséricorde ; mais ma prière sera mon aliment ».

De son côté Anne, cependant, pleurait le double deuil de son veuvage et de sa stérilité. Mais tandis qu’elle priait dans le jardin et son époux sur la montagne, leurs communes instances, présentées en même temps au Dieu souverain, étaient ensemble exaucées L’Ange du Seigneur apparaissait à tous deux, leur donnant rendez-vous sous la porte Dorée ; et Anne bientôt pouvait dire : « Je sais maintenant que le Seigneur m’a bénie grandement. Car moi qui étais veuve, je ne le suis plus ; et moi qui étais stérile, j’ai conçu ! »

ÉVANGILE.

Réjouis-toi, Joachim, parce que de ta fille un fils nous est né. A cette exclamation de saint Jean Damascène, l’Église répond en parcourant aujourd’hui la série royale des ancêtres du Sauveur, Joseph, le descendant de tant d’illustres princes, transmit leurs droits à celui qui était son fils devant la loi juive, bien que selon la nature il descendît uniquement des aïeux de la Vierge-Mère.

L’évangéliste de Marie, saint Luc, nous a conservé les noms de ces ascendants directs de la Mère de l’Homme-Dieu, qui remontent eux-mêmes à David par Nathan, frère de Salomon. Si Joseph, fils de Jacob selon saint Matthieu, reparaît en saint Luc comme fils d’Héli, c’est qu’épousant Marie, la fille unique de cet Héli, ou Héliachim, qui n’est autre que saint Joachim, il était devenu légalement son fils et son héritier.

Telle est l’interprétation généralement admise de nos jours pour expliquer les deux généalogies du Christ, fils de David. Mais on ne doit pas s’étonner que dans l’usage de sa Liturgie, Rome, la ville reine, l’Épouse succédant aux droits de Sion répudiée, ait préféré celui de ces documents où une longue suite d’aïeux couronnés fait mieux ressortir la royauté de l’Époux sur Jérusalem. Le nom de Joachim, qui signifie préparation du Seigneur, en apparaît plus auguste, et n’y perd rien de son sens si rempli de mystère.

De quelle gloire, en effet, ne se trouve-t-il pas couronné lui-même ? Jésus, son petit-fils, le fait entrer en part de la puissance qu’il a reçue pour gouverner toute créature. C’est cet honneur et cette puissance de Joachim que chante l’Offertoire.

« Joachim, Anne et Marie, quel sacrifice de louange ces trois réunis offraient à la Trinité ! » dit saint Épiphane ! Puisse leur intercession, commune aussi, nous obtenir le plein effet du Sacrifice qui se prépare sur l’autel en l’honneur du chef de cette noble famille.

Dans les délices du Mystère sacré, n’oublions point que si Marie nous a donné le froment des cieux, c’est à Joachim que nous devons Marie elle-même. Confions en toute sécurité à sa prudence la garde du germe sans prix qui doit maintenant fructifier dans nos âmes.

 

 

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Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

15 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

Introït

Il parut dans le ciel un grand signe : une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête Chantez au Seigneur un cantique nouveau : car il a fait des merveilles.

Collecte

Dieu éternel et tout-puissant, vous avez élevé, en son corps et en son âme, à la gloire du ciel, Marie, la Vierge immaculée, mère de votre Fils : faites, nous vous en prions, que, sans cesse tendus vers les choses d’en-haut, nous méritions d’avoir part à sa gloire.

Lecture Jdt. 13, 22-25 ; 15, 10

Le Seigneur t’a bénie dans sa force, car par toi il a réduit à néant tous nos ennemis. Ma fille, tu es bénie par le Seigneur, le Dieu très haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre. Béni soit le Seigneur, créateur du ciel et de la terre, qui a conduit ta main pour trancher la tête au plus grand de nos ennemis ! Il a rendu aujourd’hui ton nom si glorieux, que ta louange ne disparaîtra pas de la bouche des hommes, qui se souviendront éternellement de la puissance du Seigneur ; car, en leur faveur, tu n’as pas épargné ta vie en voyant les souffrances et la détresse de ta race, mais tu nous as sauvés de la ruine en marchant dans la droiture en présence de notre Dieu. Tu es la gloire de Jérusalem ; tu es la joie d’Israël ; tu es l’honneur de notre peuple.

Évangile Lc. 1, 41-50

En ce temps-là : Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit et elle s’écria à haute voix, disant : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse vous qui avez cru ! Car elles seront accomplies les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur ! ». Et Marie dit : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Voici, en effet, que désormais toutes les générations me diront bienheureuse, parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses. Et son nom est saint, et sa miséricorde d’âge en âge pour ceux qui le craignent ».

Postcommunion

Ayant reçu le sacrement du salut, nous supplions, Seigneur, par les mérites et l’intercession de la bienheureuse Marie, élevée au ciel, de nous faire parvenir à la gloire de la résurrection

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Damascène

L’arche sainte et animée du Dieu vivant, qui conçut et renferma en elle son Créateur, repose aujourd’hui dans le temple du Seigneur, qui n’a été bâti par aucune main. David, son aïeul, a des transports de joie ; avec lui les Anges chantent des hymnes, les Archanges la célèbrent, les Vertus la glorifient, les Principautés tressaillent, les Puissances se réjouissent à l’envi, les Dominations font éclater leur allégresse, les Trônes lui font fête, les Chérubins répètent ses louanges et les Séraphins publient sa gloire. Aujourd’hui le céleste Éden reçoit le paradis animé du nouvel Adam, où notre condamnation a été révoquée, l’arbre de vie planté, notre nudité couverte.

5e leçon

Aujourd’hui la Vierge immaculée, étrangère à toutes les affections terrestres et habituée aux pensées du ciel, n’est pas retournée en terre ; mais comme elle était un ciel vivant, elle a été placée dans les célestes tabernacles. Car, étant la source d’où la vraie vie s’est épanchée pour tous les hommes, comment aurait-elle connu les ignominies de la mort ? Il est vrai, elle fut assujettie à la loi portée par celui qu’elle engendra, et comme fille du vieil Adam, elle dut subir l’ancien arrêt. Car son Fils, lui qui est la vie par essence, ne l’a pas même évité ; mais sa qualité de Mère du Dieu vivant lui a justement valu d’être élevée jusqu’auprès de lui

6e leçon

Des Actes du pape Pie XII.

L’Église universelle a, tout au long des siècles, manifesté sa foi dans l’assomption corporelle de la bienheureuse vierge Marie et les évêques du monde entier ont demandé, dans un accord presque unanime, que soit définie comme dogme de la foi divine et catholique cette vérité basée sur les saintes Écritures, profondément enracinée dans le cœur des fidèles et en parfaite harmonie avec les autres vérités révélées. Aussi, le Souverain Pontife Pie XII, accédant aux vœux de l’Église entière, a décidé de proclamer solennellement ce privilège de la bienheureuse vierge Marie. C’est pourquoi le 1er novembre de l’année du grand jubilé 1950, à Rome, sur la place Saint-Pierre, entouré d’une assemblée nombreuse de cardinaux de la sainte Église romaine, et d’évêques venus même de régions lointaines, en présence d’une multitude immense de fidèles, aux applaudissements du monde catholique tout entier, il proclama de sa parole infaillible l’assomption corporelle de la bienheureuse vierge Marie au ciel en ces termes : « Après avoir maintes fois adressé à Dieu nos prières suppliantes, après avoir invoqué la lumière de l’Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu tout puissant qui a daigné accorder à la vierge Marie les largesses de sa particulière bienveillance, pour l’honneur de son Fils, roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour augmenter la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’allégresse de toute l’Église, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, Nous le proclamons, déclarons et définissons : l’assomption en corps et en âme dans la gloire céleste de l’immaculée Mère de Dieu, toujours vierge, Marie, à la fin du cours de sa vie terrestre, est un dogme divinement révélé ».

7e leçon

Homélie de saint Pierre Canisius, prêtre.

Les jours consacrés à la Mère de Dieu, l’Église les célèbre avec autant de fréquence que de vénération car elle comprend sans hésiter qu’il est agréable à Dieu et digne des chrétiens ce devoir de rendre très souvent et à des moments déterminés de l’année un culte public à la plus sainte de tous les saints et saintes, la Mère de notre Seigneur et Dieu. Parmi tous ces jours qui, depuis des siècles et jusqu’à présent, sont religieusement respectés, la fête de l’Assomption jouit de la plus grande notoriété et tient le premier rang. Assurément aucun jour n’est pour Marie plus joyeux et plus heureux si nous considérons comme il convient la félicité inouïe qui lui fut conférée en ce jour tant pour l’âme que pour le corps. C’est pourquoi, maintenant surtout, comme jamais auparavant, son esprit, son âme et son corps exultent de façon merveilleuse dans le Dieu vivant et Marie peut dire très justement : « Il s’est penché sur son humble servante et désormais tous les âges me diront bienheureuse ; le Puissant a fait pour moi des merveilles. »

8e leçon

C’est pourquoi, Mère trois fois bienheureuse et vraiment auguste, nous aussi qui t’aimons, toi et ton fils, nous ne pouvons nous empêcher de réjouir nos cœurs de ton admirable et incomparable bonheur, puisque toutes les choses qui te furent dites sur toi-même de la part du Seigneur s’achèvent par une si belle mort et se trouvent en tous points accomplies. Heureuse, toi qui non seulement as cru, mais qui, aujourd’hui, as obtenu le fruit et le terme de la foi et de toute vertu, toi qui as mérité de jouir enfin maintenant de la vision - suprême joie de celui que tu as tant aimé et désiré. Hôtesse, tu as accueilli l’Emmanuel venant comme un hôte dans la bourgade de ce monde ; aujourd’hui en retour, tu est accueillie dans son palais royal, et c’est d’abord en tant que mère digne d’un tel Salomon que tu est entourée d’honneurs magnifiques.

9e leçon

Heureux le jour qui a fait passer du désert de ce monde un don aussi précieux et l’a conduit jusqu’à la cité sainte et éternelle : une joie commune incroyable et une non moins grande admiration naissent pour tous les habitants du ciel. Heureux le jour qui a comblé les désirs aussi ardents que prolongés de l’épouse languissante : elle trouve ce qu’elle cherchait, elle reçoit ce qu’elle désirait, elle possède en toute sûreté ce qu’elle attendait, elle goûte définitivement le repos dans la parfaite vision et jouissance de l’éternel bien suprême. Heureux le jour qui a emporté et élevé si haut la très humble servante du Seigneur : elle est devenue l’incomparable reine du ciel et la maîtresse du monde : monter plus haut, elle ne le peut car, élevée au trône de la royauté, elle siège glorifiée, après le Christ. Heureux et tout à fait vénérable ce jour qui a placé et confirmé dans le Royaume de Dieu cette reine et cette mère à la fois si puissante et si clémente pour nous : nous avons comme mère de miséricorde sans cesse prête à nous combler, à intercéder auprès du Christ, à veiller fidèlement aux intérêts de notre salut, celle-là même qui demeure toujours la mère du Juge

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Vigile de l’Assomption mémoire de Saint Eusèbe Confesseur

14 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de l’Assomption mémoire de Saint Eusèbe Confesseur

Collecte

Dieu, vous avez daigné choisir le palais virginal de la bienheureuse Vierge Marie pour y habiter : faites, nous vous en prions, qu’à l’abri de sa protection, nous puissions avec joie prendre part à sa fête

7e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Lorsque vous entendrez une femme s’écrier : « Bienheureux le sein qui vous a porté, bienheureuses les mamelles que vous avez sucées » et Jésus lui répondre : « Bienheureux plutôt ceux qui font la volonté de mon Père » attribuez ces diverses paroles au même sentiment. Ici Jésus ne prétend pas rebuter sa mère, il prétend seulement établir que sa maternité ne lui servirait de rien sans la foi et sans la vertu. Mais, s’il n’eût servi de rien à Marie, sans la vertu, d’avoir mis au monde le Christ, il ne nous servira de rien à nous également d’avoir un père, un frère, une mère, un enfant remarquables par leur vertu, si nous-mêmes ne les imitons pas.

8e leçon

Après la grâce de Dieu, vous ne devez mettre votre confiance que dans vos bonnes œuvres. Si la maternité de Marie eût été pour elle un titre suffisant de salut, les Juifs qui étaient parents du Christ par le sang auraient joui d’un titre semblable ainsi que les habitants de la ville dans laquelle il était né, ainsi que ses frères. Or, tant que ses frères vécurent avec négligence, ils ne tirèrent aucun avantage de leur parenté ; cette condamnation qui pesait sur le monde les enveloppait eux-mêmes

9e leçon

Ils ne devinrent un sujet d’admiration que lorsqu’ils empruntèrent à la vertu leur éclat. La patrie du Sauveur fut ruinée et livrée aux flammes sans que ce titre ait pu la sauver ; ceux qui lui étaient unis par le sang périrent misérablement égorgés ; leur parenté devenant impuissante à les sauver dès lors qu’ils n’étaient point sous le patronage de la vertu. Ceux qui brillèrent de l’éclat le plus vif furent les apôtres parce qu’ils recherchèrent les liens les plus propres à les unir étroitement au Christ, les liens de l’obéissance. C’est là une preuve que la foi, les vertus, les bonnes œuvres nous sont indispensables ; cette voie est la seule qui puisse nous conduire au salut.

Quelle aurore fait pâlir au Cycle sacré l’éclat des plus nobles constellations ? Laurent, qui brillait au ciel d’août comme un astre incomparable, s’efface lui-même et n’est plus que l’humble satellite de la Reine des Saints, dont le triomphe s’apprête par delà l’empyrée.

Demeurée sur terre après l’Ascension pour donner le jour à l’Église de son Fils, Marie ne pouvait voir éterniser son exil ; elle ne devait cependant gagner à son tour les cieux, que lorsque ce nouveau fruit de sa maternité aurait pris d’elle la croissance et l’affermissement qui relèvent d’une mère. Dépendance d’ineffable suavité pour l’Église, et dont le divin Chef, en en faisant sa propre loi, avait assuré le bienheureux privilège à ses membres ! Comme nous vîmes, au temps de Noël, le Dieu fait homme porté le premier dans les bras de celle qui l’avait mis au monde, puisant ses forces, alimentant sa vie au sein virginal : ainsi donc le corps mystique de cet Homme-Dieu, la sainte Église, fut pour Marie dans ses premières années l’objet des mêmes soins dont elle avait entouré l’enfance de l’Emmanuel.

Comme autrefois Joseph à Nazareth, Pierre maintenant gouvernait la maison de Dieu ; mais Notre-Dame n’en était pas moins pour l’assemblée fidèle la source de la vie dans l’ordre du salut, comme jadis elle l’était pour Jésus dans son être humain. Au jour de la Pentecôte féconde, nul don de l’Esprit-Saint qui, comme l’Esprit lui-même, ne se fût reposé en elle premièrement et dans la plénitude ; nulle grâce communiquée aux privilégiés du cénacle, qui ne demeurât plus éminente, plus abondante au béni réservoir. Le fleuve sacré inonde comme un torrent la cité de Dieu ; mais c’est que le Très-Haut a d’abord sanctifié celle qui fut son temple, et qu’il en a fait le puits des eaux vives qui coulent avec impétuosité du Liban.

Elle-même, en effet, l’éternelle Sagesse se compare dans l’Écriture aux eaux débordantes ; à cette heure, la voix de ses messagers parcourt le monde pleine de magnificence comme la voix du Seigneur sur les grandes eaux, comme le tonnerre qui révèle sa force et sa majesté : déluge nouveau renversant les remparts de la fausse science, réduisant toute hauteur qui s’élève contre Dieu, fertilisant le désert. O fontaine des jardins, qui dans le même temps vous cachez en Sion si calme et si pure, le silence qui vous garde ignorée des profanes voile à leurs yeux souillés la dérivation de ces flots portant le salut aux plus lointaines plages de la gentilité. A vous pourtant, comme à la Sagesse sortie de vous elle-même, s’applique l’oracle où elle dit : C’est de moi que sortent les fleuves. A vous s’abreuve l’Église naissante, altérée du Verbe. Fontaine et soleil, disait l’Esprit-Saint parlant d’Esther votre figure, fleuve qui se transforme en lumière sans cesser de répandre ses eaux ! les Apôtres, à l’âme inondée de la divine science, reconnaissent en vous la source plus riche qu’eux tous, qui, ayant donné une fois au monde le Seigneur Dieu, continue d’être pour eux-mêmes le canal de sa grâce et de sa vérité.

Comme une montagne élargit sa base en raison de l’altitude où se perd son sommet, l’incomparable dignité de Marie s’élevait sur une humilité chaque jour croissante. Ne croyons pas pourtant que le rôle d’intermédiaire silencieux des faveurs du ciel fût le seul alors de cette mère des Églises. L’heure était venue pour elle de communiquer aux amis de l’Époux les ineffables secrets que son âme virginale avait seule connus ; et quant aux faits publics de l’histoire du Sauveur, quelle mémoire plus sûre, plus complète que la sienne, quelle intelligence plus profonde des mystères du salut, pouvait fournir aux évangélistes du Dieu fait chair l’inspiration et la trame de leurs sublimes récits ? Comment au reste, en toute entreprise, les chefs du peuple chrétien n’eussent-ils point consulté la céleste prudence de celle dont nulle erreur ne pouvait obscurcir le jugement, pas plus qu’aucune faute n’en pouvait ternir l’âme ? Aussi, bien que sa douce voix ne retentît jamais au dehors, bien qu’elle se complût dans l’ombre de la dernière place aux assemblées, Marie fut-elle vraiment dès lors, ainsi qu’observent les docteurs, le fléau de l’hérésie, la maîtresse des Apôtres et leur inspiratrice aimée.

« Si l’Esprit instruisait les Apôtres, on ne doit pas en conclure qu’ils n’eussent point à recourir au très suave magistère de Marie, dit Rupert. Bien plutôt, déclare-t-il, sa parole était pour eux la parole de l’Esprit lui-même ; elle complétait et confirmait les inspirations reçues par chacun de Celui qui divise ses dons comme il veut ». Et l’illustre évêque de Milan, saint Ambroise, rappelant le privilège du disciple bien-aimé à la Cène, n’hésite pas à reconnaître aussi dans l’intimité plus persévérante de Jean avec Notre-Dame, qui lui fut confiée, la raison de l’élévation plus grande de ses enseignements : « Ce bien-aimé du Seigneur, qui sur sa poitrine avait puisé aux profondeurs de la Sagesse, je ne m’étonne pas qu’il se soit expliqué des mystères divins mieux que tous autres, lui pour qui demeurait toujours ouvert en Marie le trésor des secrets célestes ».

Heureux les fidèles admis à contempler dans ces temps l’arche de l’alliance où, mieux que sur des tables de pierre, résidait et vivait la plénitude de la loi d’amour ! Tandis que la verge du nouvel Aaron, le sceptre de Simon Pierre, gardait près d’elle sa force verdoyante, à son ombre aussi la vraie manne des cieux restait accessible aux élus du désert de ce monde. Denys d’Athènes, Hiérothée, que nous retrouverons bientôt de compagnie près de l’arche sainte, combien d’autres, venaient aux pieds de Marie se reposer du chemin, s’affermir en l’amour, consulter le propitiatoire auguste où la Divinité s’était reposée ! Des lèvres de la divine Mère ils recueillaient ces oracles plus doux que le lait et le miel, pacifiant l’âme, ordonnant toute vie, rassasiant leurs très nobles intelligences des clartés des cieux. C’est bien à ces privilégiés du premier âge, que s’applique la parole de l’Époux achevant dans ces années bénies la moisson du jardin fermé qui fut Notre-Dame : J’ai moissonné ma myrrhe et mes parfums, j ’ai mangé le miel avec son rayon, j’ai bu le vin avec le lait ; mangez, mes amis, et buvez ; enivrez-vous, mes très chers.

Comment s’étonner que Jérusalem, favorisée d’une si auguste présence, ait vu l’assemblée des premiers fidèles s’élever unanimement par delà l’observation des préceptes à la perfection des conseils ? Ils persévéraient d’une seule âme en la prière, louant Dieu en toute simplicité de cœur et allégresse, aimables à tous. Communauté fortunée, qui ne pouvait que présenter l’image du ciel sur la terre, ayant pour membre la Reine des cieux ; le spectacle de sa vie, son intercession toute-puissante, ses mérites plus vastes que tous les trésors réunis des saintetés créées, étaient la part de contribution que Marie apportait à cette famille bénie où tout était commun à tous, dit l’Esprit-Saint. De la colline de Sion, cependant, l’Église a étendu ses rameaux sur toute montagne et sur toute mer ; la vigne du Roi pacifique est en plein rapport au milieu des nations : l’heure est venue de la laisser pour la durée des siècles aux vignerons qui doivent la garder pour l’Époux. Instant solennel, où va s’ouvrir une nouvelle phase dans l’histoire du salut. O vous qui habitez dans les jardins, les amis en suspens prêtent l’oreille ; faites-moi entendre votre voix. C’est l’Époux, c’est l’Église de la terre et celle des cieux, attendant de la céleste jardinière à qui la vigne doit d’avoir affermi ses racines un signal semblable à celui qui autrefois fit descendre l’Époux. Mais les cieux vont l’emporter aujourd’hui sur la terre. Fuyez, mon bien-aimé ; c’est la voix de Marie qui va suivre les traces embaumées du Seigneur son Fils, pour gagner les montagnes éternelles où l’ont précédée ses propres parfums.

Entrons dans les sentiments de la sainte Église, qui se dispose, par l’abstinence et le jeûne de ce jour de Vigile, à célébrer le triomphe de Marie. L’homme ne peut trouver quelque assurance à s’unir d’ici-bas aux joies de la patrie, qu’en se rappelant d’abord qu’il est pécheur et débiteur à la justice de Dieu. La tâche bien légère qui nous est imposée aujourd’hui le paraîtra plus encore, si nous la rapprochons du Carême par lequel les Grecs se préparent depuis le premier de ce mois à fêter Notre-Dame.

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