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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Sainte Claire vierge

12 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Claire vierge

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. La vierge Claire naquit d’une famille illustre, à Assise, en Ombrie. A l’exemple de saint François, qui était de la même ville, elle distribua et convertit tous ses biens en aumônes et secours aux pauvres. Fuyant le tumulte du siècle, elle se rendit dans l’église de la Portioncule, où le même Saint lui coupa les cheveux. Ses parents firent tous leurs efforts pour la ramener dans le monde ; mais elle y opposa une ferme résistance. Conduite par saint François à l’église de Saint-Damien, elle s’associa plusieurs compagnes et institua ainsi elle-même une communauté de religieuses consacrées à Dieu, dont elle n’accepta le gouvernement que pour céder aux saintes importunités du Bienheureux. Elle exerça pendant quarante-deux ans la charge de supérieure, et se montra admirable par sa sollicitude, sa prudence et le soin qu’elle prit de maintenir dans sa communauté la parfaite observance des règles et des statuts de l’Ordre. Sa vie, en effet, était pour ses sœurs un enseignement et un exemple, d’où elles apprirent à régler leur vie.

Cinquième leçon. Afin de fortifier l’esprit en soumettant la chair, elle avait pour lit la terre nue ou des sarments, et pour oreiller un dur morceau de bois. Une seule tunique et un manteau d’étoffe rude et grossière lui suffisaient ; un âpre cilice ne quittait point sa chair. Telle était son abstinence que, pendant un temps assez long, elle ne goûta aucun aliment corporel, trois jours par semaine ; se restreignant les autres jours à une si petite quantité de nourriture, que ses sœurs s’étonnaient qu’elle pût subsister. Avant de tomber malade, elle s’imposait deux carêmes chaque année, sa seule réfection consistant alors en du pain et de l’eau. Adonnée aux veilles et assidue à l’oraison, elle passait dans ce saint exercice la plupart des jours et des nuits. Quand, éprouvée par de longues infirmités, elle ne pouvait se lever d’elle-même pour se livrer au labeur matériel, Claire se soulevait avec l’aide de ses sœurs, puis, le dos appuyé, travaillait des mains pour ne pas demeurer oisive, même dans ses maladies. Son amour passionné de la pauvreté lui fit constamment refuser les biens que Grégoire IX lui offrait pour le soutien de sa communauté.

Sixième leçon. Des miracles nombreux et variés répandirent l’éclat de sa sainteté. A l’une des sœurs de son monastère, elle rendit l’usage de la parole, guérit une seconde de sa surdité, et en délivra d’autres de la fièvre, d’une enflure d’hydropisie, d’une fistule douloureuse et de diverses maladies qui les accablaient. Un frère de l’Ordre des Mineurs lui dut de recouvrer la raison. L’huile étant venue à manquer totalement dans le monastère, Claire prit une cruche, la lava, et tout à coup ce vase se trouva rempli d’huile par un miracle de la divine bonté. Elle multiplia la moitié d’un pain, de manière à ce qu’il y en eût assez pour cinquante sœurs. Les Sarrasins, assiégeant Assise, s’efforçaient d’envahir le couvent de Claire : la Sainte, toute malade qu’elle était, se fit porter à l’entrée de la maison, tenant elle-même le vase où était renfermé le très saint sacrement de l’Eucharistie ; là, elle adressa à Dieu cette prière : « Seigneur, ne livrez pas aux bêtes féroces des âmes qui vous louent ; protégez vos servantes, que vous avez rachetées de votre sang précieux. » Pendant qu’elle priait, on entendit cette parole : « Moi, je vous garderai toujours. » En effet, une partie des Sarrasins prit la fuite, et ceux d’entre eux qui étaient déjà montés sur les murailles furent aveuglés et tombèrent à la renverse. Enfin cette Vierge, à ses derniers moments, fut visitée par un chœur de bienheureuses Vierges vêtues de blanc parmi lesquelles s’en distinguait une surpassant en beauté toutes les autres. Alors, munie de la sainte Eucharistie et enrichie par Innocent IV de l’indulgence plénière, elle rendit son âme à Dieu, la veille des ides d’août. Les nombreux miracles qui la glorifièrent après sa mort, déterminèrent le Pape Alexandre IV à la mettre au nombre des saintes Vierges.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 12 in Evang.

Septième leçon. Je vous recommande souvent, mes très chers frères, de fuir le mal et de vous préserver de la corruption du monde ; mais aujourd’hui la lecture du saint Évangile m’oblige à vous dire de veiller avec beaucoup de soin à ne pas perdre le mérite de vos bonnes actions. Prenez garde que vous ne recherchiez dans le bien que vous faites, la faveur ou l’estime des hommes, qu’il ne s’y glisse un désir d’être loué, et que ce qui paraît au dehors ne recouvre un fond vide de mérite et peu digne de récompense. Voici que notre Rédempteur nous parle de dix vierges, il les nomme toutes vierges et cependant toutes ne méritèrent pas d’être admises au séjour de la béatitude, car tandis qu’elles espéraient recueillir de leur virginité une gloire extérieure, elles négligèrent de mettre de l’huile dans leurs vases.

Huitième leçon. Il nous faut d’abord examiner ce qu’est le royaume des cieux, ou pourquoi il est comparé à dix vierges, et encore quelles sont les vierges prudentes et les vierges folles. Puisqu’il est certain qu’aucun réprouvé n’entrera dans le royaume des cieux, pourquoi nous dit-on qu’il est semblable à des vierges parmi lesquelles il y en a de folles ? Mais nous devons savoir que l’Église du temps présent est souvent désignée dans le langage sacré sous le nom de royaume des cieux ; d’où vient que le Seigneur dit en un autre endroit : « Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales ». Certes, ils ne pourraient trouver aucun scandale à enlever, dans ce royaume de la béatitude, où se trouve la plénitude de la paix.

Neuvième leçon. L’âme humaine subsiste dans un corps doué de cinq sens. Le nombre cinq, multiplié par deux, donne celui de dix. Et parce que la multitude des fidèles comprend l’un et l’autre sexe, la sainte Église est comparée à dix vierges. Comme, dans cette Église, les méchants se trouvent mêlés avec les bons et ceux qui seront réprouvés avec les élus, ce n’est pas sans raison qu’on la dit semblable à des vierges, dont les unes sont sages et les autres insensées. Il y a en effet, beaucoup de personnes chastes qui veillent sur leurs passions quant aux choses extérieures et sont portées par l’espérance vers les biens intérieurs ; elles mortifient leur chair et aspirent de toute l’ardeur de leur désir vers la patrie d’en haut ; elles recherchent les récompenses éternelles, et ne veulent pas recevoir pour leurs travaux de louanges humaines : celles-ci ne mettent assurément pas leur gloire dans les paroles des hommes, mais la cachent au fond de leur conscience. Et il en est aussi plusieurs qui affligent leur corps par l’abstinence, mais attendent de cette abstinence même des applaudissements humains.

 

L’année même où, préalablement à tout projet de réunir des fils, saint Dominique fondait le premier établissement des Sœurs de son Ordre, le compagnon destiné du ciel au père des Prêcheurs recevait du Crucifix de Saint-Damien sa mission par ces mots : « Va, François, réparer ma maison qui tombe en ruines ». Et le nouveau patriarche inaugurait son œuvre en préparant, comme Dominique, à ses futures filles l’asile sacré où leur immolation obtiendrait toute grâce à l’Ordre puissant qu’il devait fonder. Sainte-Marie de la Portioncule, berceau des Mineurs, ne devait qu’après Saint-Damien, maison des Pauvres-Dames, occuper la pensée du séraphin d’Assise. Ainsi une deuxième fois dans ce mois, l’éternelle Sagesse veut-elle nous montrer que tout fruit de salut, qu’il semble provenir de la parole ou de l’action, procède premièrement de la contemplation silencieuse.

Claire fut pour François l’aide semblable à lui-même dont la maternité engendra au Seigneur cette multitude d’héroïques vierges, d’illustres pénitentes, que l’Ordre séraphique compta bientôt sous toutes les latitudes, venant à lui des plus humbles conditions comme des marches du trône.

Dans la nouvelle chevalerie du Christ, la Pauvreté, que le père des Mineurs avait choisie pour Dame, était aussi la souveraine de celle que Dieu lui avait donnée pour émule et pour fille. Suivant jusqu’aux dernières extrémités l’Homme-Dieu humilié et dénué pour nous, elle-même pourtant déjà se sentait reine avec ses sœurs au royaume des cieux. Dans le petit nid de son dénuement, répétait-elle avec amour, quel joyau d’épouse égalerait jamais la conformité avec le Dieu sans nul bien que la plus pauvre des mères enserra tout petit de vils langes en une crèche étroite ! Aussi la vit-on défendre intrépidement, contre les plus hautes interventions, ce privilège de la pauvreté absolue dont la demande avait fait tressaillir le grand Pape Innocent III, dont la confirmation définitive, obtenue l’avant-veille de la mort delà sainte, apparut comme la récompense ambitionnée de quarante années de prières et de souffrances pour l’Église de Dieu.

La noble fille d’Assise avait justifié la prophétie qui, soixante ans plus tôt, l’annonçait à sa pieuse mère Hortulana comme devant éclairer le monde ; bien inspiré avait été le choix du nom qu’on lui donnait à sa naissance. « Oh ! comme puissante fut cette clarté de la vierge, s’écrie dans la bulle de sa canonisation le Pontife suprême ! comme pénétrants furent ses rayons ! Elle se cachait au plus profond du cloître, et son éclat, transperçant tout, remplissait la maison de Dieu ». De sa pauvre solitude qu’elle ne quitta jamais, le nom seul de Claire semblait porter partout la grâce avec la lumière, et fécondait au loin pour Dieu et son père saint François les cités.

Vaste comme le monde, où se multipliait l’admirable lignée de sa virginité, son cœur de mère débordait d’ineffable tendresse pour ces filles qu’elle n’avait jamais vues. A ceux qui croient que l’austérité embrassée pour Dieu dessèche l’âme, citons ces lignes de sa correspondance avec la Bienheureuse Agnès de Bohême. Fille d’Ottocare Ier, Agnès avait répudié pour la bure d’impériales fiançailles et renouvelait à Prague les merveilles de Saint-Damien : « O ma Mère et ma fille, lui disait notre sainte, si je ne vous ai pas écrit aussi souvent que l’eût désiré mon âme et la vôtre, n’en soyez point surprise : comme vous aimaient les entrailles de votre mère, ainsi je vous chéris ; mais rares sont les messagers, grands les périls des routes. Aujourd’hui que l’occasion m’en est présentée, mon allégresse est entière, et je me conjouis avec vous dans la joie du Saint-Esprit. Comme la première Agnès s’unit à l’Agneau immaculé, ainsi donc vous est-il donné, ô fortunée, de jouir de cette union, étonnement des cieux, avec Celui dont le désir ravit toute âme, dont la bonté est toute douceur, dont la vision fait les bienheureux, lui la lumière de l’éternelle lumière, le miroir sans nulle tache ! Regardez-vous dans ce miroir, ô Reine, ô Épouse ! Sans cesse, à son reflet, relevez vos charmes ; au dehors, au dedans, ornez-vous des vertus, parez comme il convient la fille et l’épouse du Roi suprême : ô bien-aimée, les yeux sur ce miroir, de quelles délices il vous sera donné de jouir en la divine grâce !... Souvenez-vous cependant de votre pauvre Mère, et sachez que pour moi j’ai gravé à jamais votre bienheureux souvenir en mon cœur ». La famille franciscaine n’était pas seule à bénéficier d’une charité qui s’étendait à tous les nobles intérêts de ce monde. Assise, délivrée des lieutenants de Frédéric II et de la horde sarrasine à la solde de l’excommunié, comprenait quel rempart est une sainte pour sa patrie de la terre. Mais c’étaient surtout les princes de la sainte Église, c’était le Vicaire du Christ, que le ciel aimait à voir éprouver la puissance toute d’humilité, l’ascendant mystérieux dont il plaisait au Seigneur de douer son élue. François, le premier, ne lui avait-il pas, dans un jour de crise comme en connaissent les saints, demandé direction et lumière pour son âme séraphique ? De la part des anciens d’Israël arrivaient à la vierge, qui n’avait pas trente ans alors, des messages de cette sorte : « A sa très chère sœur en Jésus-Christ, à sa mère, Dame Claire servante du Christ, Hugolin d’Ostie, évêque indigne et pécheur. Depuis l’heure où il a fallu me priver de vos saints entretiens, m’arracher à cette joie du ciel, une telle amertume de cœur fait couler mes larmes que, si je ne trouvais aux pieds de Jésus la consolation que ne refuse jamais son amour, mon esprit en arriverait à défaillir et mon âme à se fondre. Où est la glorieuse allégresse de cette Pâque célébrée en votre compagnie et en celle des autres servantes du Christ ?... Je me savais pécheur ; mais au souvenir de la suréminence de votre vertu, ma misère m’accable, et je me crois indigne de retrouver jamais cette conversation des saints, si vos larmes et vos prières n’obtiennent grâce pour mes péchés. Je vous remets donc mon âme ; à vous je confie mon esprit, pour que vous m’en répondiez au jour du jugement. Le Seigneur Pape doit venir prochainement à Assise ; puissé-je l’accompagner et vous revoir ! Saluez ma sœur Agnès (c’était la sœur même de Claire et sa première fille en Dieu) ; saluez toutes vos sœurs dans le Christ ».

Le grand cardinal Hugolin, âgé de plus de quatre-vingts ans, devenait peu après Grégoire IX. Durant son pontificat de quatorze années, qui fut l’un des plus glorieux et des plus laborieux du XIIIe siècle, il ne cessa point d’intéresser Claire aux périls de l’Église et aux immenses soucis dont la charge menaçait d’écraser sa faiblesse. Car, dit l’historien contemporain de notre sainte, « il savait pertinemment ce que peut l’amour, et que l’accès du palais sacré est toujours libre aux vierges : à qui le Roi des cieux se donne lui-même, quelle demande pourrait être refusée ? »

L’exil, qui après la mort de François s’était prolongé vingt-sept ans pour la sainte, devait pourtant finir enfin. Des ailes de feu, aperçues par ses filles au-dessus de sa tête et couvrant ses épaules, indiquaient qu’en elle aussi la formation séraphique était à son terme. A la nouvelle de l’imminence d’un tel départ intéressant toute l’Église, le Souverain Pontife d’alors, Innocent IV, était venu de Pérouse avec les cardinaux de sa suite. Il imposa une dernière épreuve à l’humilité de la sainte, en lui ordonnant de bénir devant lui les pains qu’on avait présentés à la bénédiction du Pontife suprême) ; le ciel, ratifiant l’invitation du Pontife et l’obéissance de Claire au sujet de ces pains, fit qu’à la bénédiction de la vierge, ils parurent tous marqués d’une croix.

La prédiction que Claire ne devait pas mourir sans avoir reçu la visite du Seigneur entouré de ses disciples, était accomplie. Le Vicaire de Jésus-Christ présida les solennelles funérailles qu’Assise voulut faire à celle qui était sa seconde gloire devant les hommes et devant Dieu. Déjà on commençait les chants ordinaires pour les morts, lorsqu’Innocent voulut prescrire qu’on substituât à l’Office des défunts celui des saintes vierges ; sur l’observation cependant qu’une canonisation semblable, avant que le corps n’eût même été confié à la terre, courrait risque de sembler prématurée, le Pontife laissa reprendre les chants accoutumés. L’insertion de la vierge au catalogue des Saints ne fut au reste différée que de deux ans.

O Claire, le reflet de l’Époux dont l’Église se pare en ce monde ne vous suffit plus ; c’est directement que vous vient la lumière. La clarté du Seigneur se joue avec délices dans le cristal de votre âme si pure, accroissant l’allégresse du ciel, donnant joie en ce jour à la vallée d’exil. Céleste phare dont l’éclat est si doux, éclairez nos ténèbres. Puissions nous avec vous, par la netteté du cœur, parla droiture de la pensée, par la simplicité du regard, affermir sur nous le rayon divin qui vacille dans l’âme hésitante et s’obscurcit de nos troubles, qu’écarte ou brise la duplicité d’une vie partagée entre Dieu et la terre.

Votre vie, ô vierge, ne fut pas ainsi divisée. La très haute pauvreté, que vous eûtes pour maîtresse et pour guide, préservait votre esprit de cette fascination de la frivolité qui ternit l’éclat des vrais biens pour nous mortels. Le détachement de tout ce qui passe maintenait votre œil fixé vers les éternelles réalités ; il ouvrait votre âme aux ardeurs séraphiques qui devaient achever de faire de vous l’émule de François votre père. Aussi, comme celle des Séraphins qui n’ont que pour Dieu de regards, votre action sur terre était immense ; et Saint-Damien, tandis que vous vécûtes, fut une des fermes bases sur lesquelles le monde vieilli put étayer ses ruines.

Daignez nous continuer votre secours. Multipliez vos filles, et maintenez-les fidèles à suivre les exemples qui feront d’elles, comme de leur mère, le soutien puissant de l’Église. Que la famille franciscaine en ses diverses branches s’échauffe toujours à vos rayons ; que tout l’Ordre religieux s’illumine à leur suave clarté. Brillez enfin sur tous, ô Claire, pour nous montrer ce que valent cette vie qui passe et l’autre qui ne doit pas finir.

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IX ème dimanche après la Pentecôte

11 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

IX ème dimanche après la Pentecôte

Introït

Voici que Dieu vient à mon aide, et que le Seigneur est le protecteur de ma vie. Faites retomber les maux de mes ennemis et exterminez-les dans votre vérité, Seigneur, mon protecteur. O Dieu, sauvez-moi par votre nom ; et rendez-moi justice par votre puissance.

Collecte

Seigneur, que les oreilles de votre miséricorde soient ouvertes aux prières de ceux qui l’implorent ; et afin que vous leur accordiez ce qu’ils désirent de vous, faites qu’ils ne vous demandent que ce qui vous est agréable

Épitre 1. Cor. 10, 6-13

Mes Frères, ne convoitons pas les choses mauvaises, comme eux les convoitèrent. Ne devenez pas idolâtres, comme quelques-uns d’entre eux, selon qu’il est écrit : "Le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir." Ne nous livrons point à l’impudicité, comme quelques-uns d’entre eux s’y livrèrent ; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour. Ne tentons point le Christ, comme le tentèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent par les serpents. Ne murmurez point comme murmurèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent sous les coups de l’Exterminateur. Or toutes ces choses leur sont arrivées en figure, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps. Ainsi donc que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Aucune tentation ne vous est survenue, qui n’ait été humaine ; et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter

Évangile Lc. 19, 41-47

En ce temps-là, Jésus s’étant approché de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : Si tu connaissais, toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, ce qui te procurerait la paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, où ils t’enfermeront et te serreront de toutes parts ; et ils te renverseront à terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée.

Et étant entré dans le temple, il se mit à chasser ceux qui y vendaient et ceux qui y achetaient, leur disant : il est écrit : Ma maison est une maison de prière ; mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.

Et il enseignait tous les jours dans le temple.

Postcommunion

Faites, nous vous en supplions, Seigneur, que la réception de votre sacrement, nous purifie et nous unisse à vous. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, évêque.

Quatrième leçon. Au cours des récits qui nous sont lus en ces jours, frères très chers, je vous ai souvent avertis de ne pas suivre la lettre qui tue, de ne pas abandonner l’esprit qui vivifie. C’est bien ce que dit l’Apôtre : « La lettre tue, l’Esprit vivifie ». Si nous ne voulons comprendre que les résonances de la lettre, nous ne retirerons des divines lectures, que peu ou point d’édification. Tous les récits que nous avons entendus sont un signe, une image des choses à venir. Figurées dans le Judaïsme, elles se sont accomplies au milieu de nous, par le don de la grâce de Dieu.

Cinquième leçon. Le bienheureux Élie est une figure du Seigneur, notre Sauveur. Tout comme Élie a souffert persécution de la part de Juifs, ainsi notre Seigneur, le véritable Élie, fut réprouvé et méprisé par des Juifs mêmes. Élie abandonne son peuple et le Christ déserte la synagogue. Élie s’en va au désert et le Christ vient dans le monde. Élie au désert est assisté par les corbeaux qui le nourrissent et le Christ dans le désert de ce monde est réconforté par la foi des Nations.

Sixième leçon. Car ces corbeaux qui, sur l’ordre du Seigneur, servaient le bienheureux Élie figuraient le peuple des Nations. Voilà pourquoi il est dit de l’Église des Nations : « Je suis noire mais pourtant belle, fille de Jérusalem ». Comment cette Église est-elle noire mais pourtant belle ? Noire par nature, belle par la grâce. Pourquoi noire ? « Vois, je suis né mauvais ma mère m’a conçu pécheur ». Pourquoi belle ? « Efface mon péché avec l’hysope, je serai pur, lave-moi, je serai plus blanc que neige ».

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, pape. Septième leçon. Quiconque a lu l’histoire de la chute de Jérusalem survenue sous les chefs romains Vespasien et Titus, reconnaît cette ruine que le Seigneur a décrite en pleurant. N’est-ce pas les chefs romains qu’il dénonce quand il dit : « Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’entoureront de tranchées » ? Et ces paroles aussi : « Ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre », témoignent du déplacement même de cette ville. Car si maintenant elle a été reconstruite en dehors de la porte, là où le Seigneur fut crucifié, c’est que la Jérusalem antérieure a été renversée de fond en comble, comme il est dit.

Huitième leçon. On indique pour quelle faute elle a subi la peine de sa ruine : c’est « parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu étais visitée ». Le Créateur de toutes choses avait, en effet, daigné la visiter par le mystère de son Incarnation. Mais elle ne s’est guère souciée ni de sa crainte ni de son amour. La prophétie y fait aussi allusion quand elle interpelle les oiseaux du ciel pour réprimander le cœur humain : « Même la cigogne, dans le ciel, connaît sa saison. La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration. Et mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur »

Neuvième leçon. Mais oui ! Le Rédempteur pleure la ruine de cette cité infidèle alors que cette cité même ne se doute en rien de ce qui va se passer. C’est bien a elle que le Seigneur dit en pleurant : « Si tu avais pu reconnaître, toi aussi, » – sous-entendu : tu pleurerais –. Mais parce que tu ignores ce qui t’attend tu jouis. Et c’est pourquoi il ajoute : « En ce jour qui était le tien, ce qui t’apportait la paix ». Car en son jour où elle se livrait aux désirs charnels et ne se souciait guère des malheurs à venir, elle avait ce qui pouvait lui apporter la paix.

ÉPITRE.

« Ma tristesse est grande, » s’écriait l’Apôtre des nations à la pensée de la réprobation qui s’apprêtait à frapper les Juifs ; « mon cœur est oppressé d’une douleur sans fin au sujet de mes frères, de ces hommes de mon sang pour qui j’eusse voulu être moi-même anathème. A eux, descendance d’Israël, appartenaient par héritage l’adoption des enfants, la gloire du peuple élu, le Testament, la Loi, le culte saint, les promesses d’en haut. Les patriarches formaient leur tige, et de leur race était le Christ selon la chair, le Christ Dieu béni dans les siècles ! » Et maintenant, dévoyés par leur faute, ils ne voient plus, ils n’entendent plus. La table somptueuse des Écritures, qui nourrissait leurs pères, n’est plus pour eux qu’une occasion de chute et un piège où ils se prennent eux-mêmes ; la nuit s’étend sur leur intelligence, et leur dos se courbe sous le châtiment pour des siècles.

O vous, gentils, qui avez pris la place de ces rameaux brisés sur la tige de l’alliance, que du moins leur chute vous serve d’exemple. Le Dieu qui se montrait pour vous prodigue d’une bonté toute gratuite, dans le temps même où il exerçait contre eux ses jugements, ne permettra pas sans doute que rien prévale en vous, malgré vous, contre les intentions de son amour. Si vous êtes fidèles à l’appel de sa grâce, il le sera de même pour éloigner les tentations que vous ne sauriez porter, ou faire en sorte que le secours divin élève toujours votre âme plus haut que l’épreuve ; vous trouverez en tout combat, non la défaite, mais le profit méritoire d’un triomphe d’autant plus glorieux qu’il aura semblé surpasser davantage les forces humaines. N’oubliez point toutefois que les mêmes causes qui ont amené la perte des Juifs pourraient aussi vous conduire à la ruine. Ils sont tombés à cause de leur incrédulité ; vous qui, autrefois, ne croyiez pas davantage et avez cependant obtenu miséricorde, c’est par la foi que vous êtes debout aujourd’hui : ne vous élevez donc point dans une vaine complaisance ; mais craignez que Dieu qui a pu rompre les branches naturelles de son arbre de choix ne vous épargne pas non plus, et considérez toujours, en même temps que sa bonté, l’inexorable rigueur de ses justices.

C’est donc bien opportunément que l’Église nous rappelle, dans l’Épître du jour, les antécédents lamentables du peuple déicide, et cette série de fautes et de châtiments qui préparèrent, avec le crime final, l’effondrement complet de la nation prévaricatrice. L’avantage de ceux qui vivent, comme nous le faisons, sur le soir du monde, est de pouvoir mettre à profit les leçons du passé. L’Esprit-Saint n’avait point d’autre but en écrivant, pour les âges futurs, l’histoire de l’ancien peuple ; il voulait nous manifester par les divers épisodes de cette histoire, groupés comme en autant de figures prophétiques, les règles de la Providence de Dieu sur le gouvernement du monde et de son Église. L’Église, établie par son Époux dans la vérité immuable, gardée par l’Esprit dans une sainteté indéfectible et toujours croissante, n’a point à craindre assurément de s’abîmer un jour, comme la synagogue, dans l’affreux naufrage dont nous sommes aujourd’hui les témoins ; la ruine des Juifs est l’annonce et l’image du renversement du monde qui aura rejeté l’Église, non de l’Église qui, alors, montera vers l’Époux consommée dans l’amour et la sainteté par les épreuves des derniers temps. Mais l’infaillible garantie de salut octroyée à la grande Épouse du Fils de Dieu ne s’étend point à ses membres individuels ou collectifs, qui sont les hommes et les nations. C’est à ceux-là, c’est à nous tous qu’il convient de méditer, pour l’éviter, le sort de Jérusalem et de ces pères du peuple juif qui, si longtemps avant la ruine de la ville sainte, couvraient déjà de leurs cadavres maudits toutes les routes du désert et ne parvenaient point à la terre promise.

Tous cependant, nous dit l’Apôtre, ils voyageaient, sur le chemin de la vie, protégés par la nuée mystérieuse sous laquelle la Sagesse les abritait durant le jour et les éclairait dans la nuit. Sous la conduite de Moïse figurant le chef divin du vrai peuple élu, tous ils avaient passé la mer. Baptisés dans les flots qui avaient englouti leurs ennemis, comme l’onde sainte engloutit les péchés des hommes, tous encore ils étaient nourris du même mets spirituel et s’abreuvaient à la même source divine sortant de la pierre qui était le Christ. Pourtant, si nombreux qu’ ils fussent, il y en eut bien peu en qui Dieu se complût. Mais combien les crimes des chrétiens ne l’emporteraient-ils pas en gravité sur les désirs mauvais, l’idolâtrie, la fornication, les murmures d’Israël, maintenant que les brillantes et substantielles réalités de la loi de la grâce remplacent partout les figures et les ombres ?

ÉVANGILE.

Le passage qu’on vient de lire dans le saint Évangile se rapporte au jour de l’entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. Ce triomphe, que Dieu le Père ménageait à son Christ avant les jours de sa passion, n’était point, hélas ! On le vit bientôt, la reconnaissance de l’Homme-Dieu par la synagogue. Ni la douceur de ce roi qui venait à la fille de Sion monté sur l’ânesse, ni sa sévérité miséricordieuse contre les profanateurs du Temple, ni ses derniers enseignements dans la maison de son Père, ne devaient ouvrir des yeux obstinément fermés à la lumière du salut et de la paix. Les pleurs mêmes du fils de l’homme ne pouvaient donc arrêter la vengeance divine : il faut bien qu’enfin la justice ait son tour. « Malheur, s’écrient pour Dieu les prophètes, à la cité provocatrice, à la cité rachetée en vain qui n’a point écouté la voix de son Seigneur ! Ses princes, ses juges, ses prophètes et ses prêtres ont violé ma loi, faussé mes oracles, rempli ma maison d’iniquité et de tromperie. Broyez la ville, exterminez ses habitants ; quiconque ne sera pas marqué du Tau, tuez-le sans pitié. Mais commencez par mon sanctuaire, frappez les prêtres et les anciens ; souillez le Temple, et remplissez de cadavres ses parvis. »

La priorité dans le châtiment était bien due à ces chefs du peuple qui l’avaient eue dans le crime, à ces pontifes, à ces anciens qui avaient décrété la mort du juste et poussé la foule au reniement du prétoire. Jaloux des miracles de l’Homme-Dieu, ils disaient dans leur hypocrisie perfide : « Si nous le laissons faire ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils détruiront notre ville. » Dieu a retourné contre Israël leur politique impie. Mais du moins, en ce qui les concerne, ils seront satisfaits : pas un d’eux ne verra les Romains ; dès avant l’arrivée des légions, Jean de Giscala et Simon fils de Gioras auront fait justice de cette aristocratie déicide, odieuse à la terre comme au ciel. Quand Titus, après ses combats, rentrera dans la ville éternelle, ces deux chefs de brigands, les vrais princes de la guerre, orneront son triomphe ; ils tiendront la place de la noblesse de Juda devant le char du vainqueur ; deux bandits représenteront Jérusalem dans les rues de Rome, sa rivale ! Justes représailles d’en haut pour les larrons dont la synagogue fit l’escorte de son Roi sur la voie douloureuse, et les compagnons du Christ au Calvaire ! Mais il convient de reprendre la suite des événements brièvement et par ordre.

Après la rupture avec Rome et la retraite de Cestius Gallus, le gouvernement de Jérusalem s’était trouvé remis aux soins du pontife Ananus beau-frère de Caïphe et le dernier des cinq fils d’Anne, le grand-prêtre, tous grands-prêtres eux-mêmes successivement comme l’avait été leur père. Par une disposition évidente de la justice souveraine, la famille coupable entre toutes du forfait du Calvaire devenait la tête de la nation au moment final, pour indiquer nettement le sens des vengeances de Jéhovah sur son peuple. Indépendamment du grand crime dont la responsabilité pesait sur sa race, Ananus d’ailleurs, personnellement, avait à expier la mort de saint Jacques le Mineur, martyrisé par ses ordres en l’année 62. Rationaliste ou Sadducéen comme ses proches, il déplorait la guerre et eût voulu renouer la paix. Mais il n’avait pas été libre de se soustraire à l’obligation d’organiser la défense : prince quoiqu’il en eût, selon l’expression d’Isaïe, toute cette ruine était dans ses mains ; il fallait qu’il en fût écrasé. Bientôt les fanatiques qui avaient amené la guerre et se faisaient appeler les Zélateurs, mécontents des ménagements d’Ananus, se soulevèrent et répandirent le sang des plus illustres personnages. Renforcés par tous les exaltés des autres villes et les pillards des campagnes qui affluaient chaque jour dans la ville sainte, ils s’emparèrent du Temple ; et, changeant par haine des vieilles familles sacerdotales l’ordre ancien de la sacrificature, ils établirent grand-prêtre un paysan, descendant obscur d’Aaron, si indigne d’une telle charge, qu’il ne savait même pas ce que c’était que le pontificat.

Vers le même temps, les débris des bandes galiléennes conduites par Jean de Giscala apportaient dans la capitale l’exaspération des premières défaites ; ils firent alliance avec les révoltés et accrurent encore leur rage insensée contre quiconque semblait vouloir pactiser avec Rome. Sur le conseil de Jean, les Zélateurs, pressés vivement par les troupes d’Ananus, et déjà refoulés dans le Temple intérieur, appelèrent à leur aide les pâtres de l’Idumée. Ces farouches auxiliaires, tombant sur Jérusalem à la faveur d’une nuit d’orage, taillèrent en pièces les gardes endormies. La terre, dit Josèphe, avait tremblé à leur approche, la veille au soir, et poussé des mugissements. Jusqu’au matin, sous le vent et la pluie, à la lueur des éclairs, mêlant leurs vociférations au bruit de la tempête, aux cris des blessés, aux hurlements des femmes, ils tuèrent sans pitié tout ce qui se trouva sous leurs pas. Quand le jour vint enfin porter sa I lumière sur les désastres de cette nuit terrible, huit mille cinq cents corps apparurent jonchant la terre et inondant de leur sang le pourtour du Temple. Le cadavre d’Ananus, insulté, dépouillé de ses vêtements, foulé aux pieds , fut jeté aux chiens. Les jours suivants, douze mille hommes, choisis parmi les premiers des habitants, périrent dans les tortures ou sous les coups des Iduméens. Après le départ de ces derniers, les Zélateurs, devenus maîtres de la ville, renchérirent encore sur leurs cruautés. Tous ceux dont le caractère indépendant, l’influence ou la naissance illustre excitaient les soupçons, étaient incontinent massacrés, sans qu’il fût permis aux survivants d’enterrer ou de pleurer leurs morts. Le menu peuple, les pauvres, les inconnus, échappaient seuls à ces atroces poursuites. La justice de Dieu passait sur les chefs de Juda.

Leur sang mêlé à la poussière, leurs corps sans sépulture, abandonnés comme le fumier sur les places, rappelèrent-ils à Sion les oracles qui avaient prédit ces jours de tribulation et d’angoisse, ces jours amers pour les puissants et les forts ? La chrétienté de Jérusalem, retirée au delà du Jourdain, se souvint alors, elle du moins, des paroles inspirées que saint Jacques, son évêque, adressait, huit ans auparavant, aux douze tribus de la dispersion : « Allez, riches ; pleurez maintenant ; hurlez sous le poids des misères qui vont fondre sur vous. Vos richesses ont pourri ; vous n’avez plus qu’un trésor de colère. Vos délices, vos festins somptueux vous ont engraissés pour le jour vengeur. Vous avez condamné le juste, et vous l’avez tué, sans qu’il vous résistât ; mais voici que le Seigneur approche. » C’était bien lui, en effet, qui se vengeait lui-même ; et Vespasien le comprenait, lorsqu’il répondait à ceux qui le pressaient de profiter de ces dissensions pour attaquer la ville : « Dieu est un plus grand général que moi ; laissons-le livrer les Juifs aux Romains sans travail de notre part, et nous donner sans danger la victoire. »

Jérusalem n’était encore qu’au commencement de ses douleurs et de ses guerres intestines. L’ambition de Jean de Giscala ne le laissa point rester longtemps en paix avec les Zélateurs. Séparé d’eux, il donna toute licence aux Galiléens qui soutenaient son pouvoir. Aux brigandages et aux tueries se joignirent les épouvantables débordements de cette race à moitié idolâtre qui avait remplace, au temps des rois Assyriens, les tribus d’Israël, et n’avait pris souvent du judaïsme qu’un fonds de superstition mélangé aux coutumes et aux vices de ses pères. La fille de Sion subit alors et vit s’étaler au grand jour les ignominies dont l’avaient menacée les prophètes du Seigneur. Humiliée, révoltée, la malheureuse cité voulut chercher à secouer son joug. Or, en ces jours, un voleur fameux ravageait l’Idumée, ruinant les villes et les bourgades, piétinant et brûlant les moissons, scrutant Édom, scion l’expression du prophète Abdias et le fouillant jusqu’en ses entrailles. C’était Simon, fils de Gioras. Appelant à lui les esclaves, les malfaiteurs, les proscrits de toute sorte, les mécontents de tous les partis, il s’était fait une troupe déplus de vingt mille hommes pesamment armés, sans compter quarante mille autres qui le suivaient. Tel fut l’étrange Messie sur lequel Jérusalem jeta les yeux pour lui venir en aide. Une députation, présidée par un pontife, vint offrir la principauté au fils de Gioras. Celui-ci daigna consentir ; fier et hautain, raconte Josèphe, il agréa l’hommage de Sion suppliante, et fut introduit dans la ville de David, aux acclamations d’un peuple enthousiaste proclamant défenseur et Sauveur Simon le meurtrier, Simon le bandit ! O Jésus, fils de David et Fils de Dieu, comme vous êtes vengé à cette heure ! Ils le voulaient, ils l’avaient dit : « Non pas lui, mais Barabbas ! » Le choix fait par les fils répond aux préférences des pères ; Bar-Gioras acquittera dignement la dette de son prédécesseur et la sienne. Une fois entré dans la place, il traite en ennemis indistinctement ceux qui l’ont appelé et ceux contre lesquels ils avaient imploré sa venue. Massacrant jour et nuit, sa horde sauvage achève d’enlever à la population de Jérusalem ce qui pouvait lui rester encore d’hommes de mérite ou d’un crédit quelconque. Cependant les Galiléens, chassés de Sion et de la ville basse par les nouveaux arrivants, s’étaient repliés sur le Temple, dont ils occupaient la première enceinte. Les Zélateurs, de plus en plus en désaccord avec Jean de Giscala, se fortifièrent de leur côté dans le Temple intérieur. Moins nombreux que les deux autres partis, ils étaient dé fendus par leur situation dominante au sommet de la sainte montagne, et ne manquaient de rien, grâce aux prémices et aux oblations livrées sans défense à leurs mains souillées ; on les voyait passer le temps à s’enivrer et à faire bonne chère, pendant que les pierres lancées par les machines des Galiléens venaient devant eux frapper les prêtres jusque sur l’autel, et remplissaient de morts et de mourants les parvis sacrés. Sacrilège et ivrognerie, tel était donc le dernier mot de ces descendants des austères Pharisiens ! Ici encore le Christ était vengé. L’abomination de la désolation prédite par Daniel régnait dans le lieu saint. Jean de Giscala, assuré contre un retour offensif des Zélateurs par l’engourdissement où les plongeaient leurs festins copieux, tombait pendant ce temps comme un oiseau de proie sur la ville pour y chercher sa subsistance, mettant le feu, par haine de Simon, à ce qu’il ne pouvait emporter. Simon alors, au lieu d’éteindre l’incendie, l’étendait au contraire à tous les quartiers qui se trouvaient à portée des incursions de Jean, dans l’espoir de rendre impossible une autre fois le ravitaillement des Galiléens. D’immenses magasins de blé et d’autres provisions que la prudence des chefs de la nation avait entassées dans la pensée du siège à venir, lurent ainsi anéantis par ces deux hommes plus funestes à leur patrie que les Romains eux-mêmes. Ainsi se passa cette année 69, année de répit du côté de Rome déchirée par ses propres dissensions, et qui eût pu être si précieuse .

Il ne restait plus dans la ville que des vieillards et des femmes en dehors des bandes armées, lorsque l’approche de la Pâque de 70 produisit comme une trêve entre les partis. Jérusalem, épuisée d’habitants, se remplit de nouveau d’une multitude immense dépassant de beaucoup le chiffre de sa population ordinaire. A la suite du saccageaient par l’ennemi des provinces juives, après les douleurs de Sion punie de ses mains plus cruellement encore, c’était la nation tout entière qui accourait des quatre vents du monde au rendez-vous de la vengeance suprême. Tout entière elle avait de même été présente à la consommation du déicide ; la prédication des Apôtres n’avait pu lui arracher le désaveu de sa complicité dans le crime du Calvaire, et l’effrayante leçon des derniers événements ne l’avait pas éclairée davantage. Comme dans les jours de cette Pâque si salutaire aux hommes, si fatale à Juda, comme à la Pentecôte qui suivit, elle se retrouvait rassemblée de tous les pays qui sont sous le ciel ; non plus cette fois pour entendre prêcher la pénitence, mais pour subir l’extermination annoncée par Moïse et rappelée par saint Pierre à quiconque refuserait d’écouter le Messie du Seigneur.

Ainsi que l’Homme-Dieu l’avait dit, le jour fatal tomba subitement et comme un filet sur cette foule. L’empire était aux mains de Vespasien, la fortune romaine se rétablissait partout aux frontières, et Titus venait d’arriver à Césarée, chargé d’en finir du côté de l’Orient. Il envoya aux légions de Judée l’ordre d’opérer simultanément, des divers points qu’elles occupaient, leur concentration sur la capitale. Quand la dixième légion, venant de Jéricho, parut sur le mont des Oliviers, à la place même d’où Jésus pleurant sur Jérusalem avait prédit ce siège qui devait être sa ruine, la soudaineté imprévue de l’arrivée des Romains jeta la stupeur dans les rangs des pèlerins de la Pâque et changea les apprêts de la fête en dispositions belliqueuses. Mais vainement les partis, oubliant pour ce jour-là leurs querelles et unissant leurs forces, essayèrent-ils en deux sorties furieuses d’empêcher l’ennemi d’établir son camp sur la montagne : ils furent deux fois rejetés sur la ville. La Pâque qui se lève est bien pourtant toujours, et plus que jamais, le passage du Seigneur ; mais le Seigneur n’y conduit plus les fils de Jacob à la délivrance. Juda s’est fait l’ennemi de l’Agneau dont le sang doit marquer les rachetés de la Pâque. Quand le sang de cet Agneau divin inonde déjà toute la terre délivrée, quand la lumière du vainqueur de la mort illumine le monde, Juda n’en prétend pas moins garder encore ses figures et ses ombres ; plus endurci que l’Égyptien, plus criminel que Pharaon, s’il le pouvait, il enserrerait le véritable Israël dans les réseaux de sa loi d’esclavage, comme naguère il eût voulu retenir captif au tombeau le vrai Fils de Dieu. Mais le Seigneur s’est délivré dès longtemps, et, plus terrible qu’en Mesraïm, il passe aujourd’hui comme le vengeur de lui-même et de son Église ; et la Pâque, la fête des fêtes, dont chaque Dimanche ramène le vivant souvenir, reçoit aujourd’hui son dernier complément. « Qu’il sera terrible, disions-nous, le passage du Seigneur dans Jérusalem, lorsque l’épée romaine le suivra, exterminant à droite et à gauche un peuple tout entier ! »

« Malheur à toi, Ariel ! Ariel, ville de David, qui fus longtemps comme l’autel du Seigneur, tes années ont passé, tes fêtes ont fini leur cours. Les Psaumes, dans ta bouche, ont perdu leur sens ; ta lyre est faussée ; silence au bruit discordant de ces vains cantiques ! Le chant du deuil a retenti dans Israël ; voix de lamentation dans toutes les places ! partout on entend : Malheur, malheur ! »

Présage en effet terrible entre tous, sinistre annonce de l’accomplissement des anciens oracles : depuis la fête des Tabernacles de l’année 62, un homme étrange venu de la campagne, le paysan qu’appelait le prophète Amos, l’homme habile dans la science des lamentations, n’a point cessé de parcourir les rues de la cité maudite, criant jour et nuit : « Voix de l’Orient, voix de l’Occident, voix des quatre vents, voix sur Jérusalem et sur le Temple, voix sur les nouveaux époux et les nouvelles épouses, voix sur tout le peuple ! » Poursuivi, interrogé, frappé de verges, on a vu sa chair voler en lambeaux, ses os mis à nu, sans qu’il défaillît dans l’accomplissement de son effrayant ministère. Mais c’était surtout dans les fêtes, que le lugubre enthousiasme de ce précurseur des vengeances du fils de l’homme redoublait d’énergie, et donnait une vigueur surhumaine à ses accents. A chaque parole de bienveillance ou d’injure, à tout traitement bon ou mauvais, sans remercier ni se plaindre, il reprenait d’un ton toujours plus lamentable : « Malheur, malheur à Jérusalem ! » Enfin après sept ans et cinq mois durant lesquels jamais sa voix ne fut affaiblie ni enrouée, parcourant les murailles en vue des Romains dans les premiers jours du siège, et répétant toujours : « Malheur à la ville et au Temple, malheur au peuple », on l’entendit ajouter : « Malheur aussi sur moi ! » et il fût tué sur le coup d’une pierre lancée par une baliste.

Jérusalem a bu de la coupe d’assoupissement, et rien ne l’éclairé ; elle s’est enivrée au calice de la colère du Seigneur, et elle l’absorbe jusqu’à la lie. Quelle hideuse journée que cette dernière célébration de la Pâque juive, telle que l’historien nous la montre, sacrilège et sanglante, et marquée sous l’œil de l’ennemi par le réveil des dissensions factieuses ! Les Galiléens, profitant de l’ouverture des portes aux pèlerins, s’introduisent déguisés dans le Temple intérieur, et, démasquant soudain leurs armes, ils tombent sur la foule rangée autour de l’autel ; bâtonnant, égorgeant, foulant aux pieds mourants et morts, ils la repoussent en dehors des parvis dans un tumulte indescriptible, tandis que les Zélateurs surpris, épouvantés, sont contraints eux-mêmes de céder la place et s’enfuient dans les égouts  Fête odieuse, et que Dieu visiblement a rejetée ! Malheureux peuple accouru des extrémités de la terre à cette fatale solennité ! avant de céder à son empressement, que ne s’était-il appliqué la parole du Prophète disant : « Malheur à ceux qui désirent voir le jour du Seigneur ! qu’y gagnerez-vous à ce jour ? Ce jour du Seigneur, il sera de ténèbres et non de lumière. Vous y serez comme l’homme qui, fuyant de la face du lion, rencontre un ours, et qui, s’il entre dans la maison et appuie sa main sur la muraille, est mordu d’un serpent. » Les Romains dans leur camp, Simon dans la ville, et Jean, désormais seul maître au Temple, ont vérifié la prophétie.

De même qu’au temps de Jérémie, le glaive et la faim se disputent comme une proie toute cette multitude. Car dès le commencement, grâce aux déprédations antérieures, la famine s’est montrée ; son intensité, qui croît tous les jours, excite encore les instincts sauvages des bandes armées contre quiconque n’est pas dans leurs rangs. On tue maintenant dans Sion, non plus seulement par haine, mais aussi pour voler et pour vivre. Sous prétexte de conspiration, Simon et Jean traduisent les riches à leur barre ; joignant à l’injustice l’ironie sanglante, ces deux hommes, qui ne cessent point de se faire entre eux une guerre mortelle dans les intervalles des combats contre les Romains, s’envoient mutuellement, en signe de dérisoire entente, ceux qu’ils ont dépouillés de leurs biens pour qu’il soit statué sur leur vie. Moins de quarante ans auparavant, dans ces mêmes rues où tous les jours les principaux du peuple juif sont ainsi traînés ignominieusement de Simon à Jean et de Jean à Simon, une autre victime devenait de même, aux applaudissements des chefs de la nation, le gage d’une réconciliation hypocrite, et se voyait renvoyée d’Hérode à Pilate sous un vêtement de dérision pour chercher sa sentence.

Pendant que les tyrans se jouaient de la misère publique, une foule d’infortunés, que la disette contraignait de sortir de nuit dans la campagne pour tacher d’en rapporter quelques herbes sauvages, tombaient aux mains des Romains qui, se refusant à garder tant de prisonniers, les crucifiaient en vue des murs. On en prenait par jour jusqu’à cinq cents et plus ; et, détail affreux mais significatif en face du Calvaire, il arriva de leur grand nombre, dit Josèphe, que l’espace manqua pour planter les croix, et le bois pour en faire.

Titus avait espéré pouvoir réduire en peu de temps Jérusalem. Sans tenir compte des prophéties qui annonçaient l’investissement de la ville déicide, il avait choisi la voie des négociations et des assauts de préférence aux lenteurs du blocus. Mais ses parlementaires ne recevaient en retour de leurs paroles de paix que des injures et des flèches ; et la valeur des légions restait impuissante contre les forteresses derrière lesquelles se retranchait la rage des factieux. Après deux mois d’efforts, la ville basse, ruinée d’avance par les partis, était seule encore au pouvoir des Romains, tandis que Sion et Moriah dressaient toujours au-dessus d’eux leurs têtes inexpugnables. Il fallut donc se résigner à remettre à plus tard Rome et ses plaisirs, et enserrer Jérusalem dans cette ligne puissante de circonvallation que décrit l’Évangile. L’exécution littérale du plan tracé par Dieu primait l’impatience de Titus. Les légionnaires se mirent à l’œuvre ; la bêche et la pioche remplacèrent le javelot dans leurs mains. On eût dit qu’ils avaient conscience de la parole auguste dont ils étaient en ce moment les servants fidèles : une impulsion divine les animait, dit Josèphe. Dans l’espace de trois jours, ils achevèrent un mur en terrassement de près de deux lieues de circuit et flanqué de redoutes, qui eût semblé demander des mois. « J’investirai Ariel, avait dit Jéhovah ; je l’entourerai comme d’un cercle de forteresses, et elle sera triste et désolée, et elle sera vraiment pour moi comme Ariel, n’étant plus dans son étendue qu’un autel qui regorge »

La famine prit alors d’épouvantables proportions, toute possibilité de sortie dans la campagne étant désormais enlevée aux malheureux qui avaient pu jusque-là se nourrir tant bien que mal de graines et de racines rapportées des champs au péril de leur vie. Le boisseau de blé se vendait un talent (6,000 fr.). Pendant que ceux qui pouvaient y prétendre donnaient tout ce qu’ils avaient de plus précieux pour un morceau de pain, la multitude cherchait dans les cloaques. On dévorait gloutonnement des détritus immondes ; on réservait en grand secret, comme un trésor, des ordures sans nom, que l’époux disputait à l’épouse et la mère à ses enfants. Les factieux s’étaient ri jusque-là de la détresse du peuple ; bientôt ils sentirent eux-mêmes les atteintes du fléau. On les vit alors s’attaquer en furieux à tous ceux qui passaient pour garder des vivres ; taxant de feinte la faiblesse des mourants, dénonçant dans ceux qui marchaient encore le peu de forces qui leur restait comme un indice qu’ils détenaient par devers eux quelque aliment caché, ils torturaient d’une manière affreuse ces malheureux pour leur faire avouer leur prétendu crime. Pareils à des chiens affamés, selon l’expression commune de l’historien et du psalmiste, ils couraient la ville, enfonçant les portes des maisons soupçonnées, furetant partout, et revenant jusqu’à deux et trois fois en une heure. Un jour, une odeur succulente, qui s’exhalait d’une maison plusieurs fois déjà visitée ainsi, frappa soudain quelques-uns d’eux ; ils se précipitent ; une femme était là, qu’ils menacent de tuer si elle ne leur livre aussitôt son festin : « C’est mon fils, leur dit-elle ; en voici les restes ! » La malheureuse était Marie, fille d’Eléazar, dame opulente naguère et d’une illustre naissance, qui, dans l’égarement de la faim, avait tué son enfant à la mamelle et s’en était nourrie.

Tant d’horreurs n’arrivaient point à fléchir l’obstination féroce de Jean de Giscala et de Simon fils de Gioras. En dépit néanmoins de leurs précautions et des cruautés qu’ils exerçaient contre quiconque était soupçonné de pensées d’évasion, une foule d’assiégés gagnaient chaque jour le camp romain en se jetant du haut des murs. Titus, ému d’une si grande misère, les recevait avec bienveillance et leur rendait la liberté. Mais « Dieu, c’est Josèphe qui parle, avait condamné tout ce peuple, et il faisait que les voies mêmes de salut tournaient à sa perte. » Plusieurs arrivaient tellement épuisés, qu’ils trouvaient la mort en prenant une nourriture trop longtemps différée. D’autres, en plus grand nombre, tombaient sous les coups des Arabes et des Syriens qui suivaient l’armée romaine. Car le bruit s’étant répandu que quelques transfuges avalaient leur or en quittant la ville, pour le cacher plus sûrement, ces auxiliaires, étrangers à la discipline des légions et ennemis héréditaires du peuple juif, attiraient les infortunés dans des guets-apens et les dépeçaient sans pitié, dans l’espoir de trouver de la sorte à satisfaire leur avarice monstrueuse. Pendant une seule nuit on en compta deux mille dont les entrailles palpitâmes furent ainsi répandues. C’était la mort de Judas, le supplice de la trahison déicide. Tout ce peuple n’avait-il pas été traître, en effet, au même titre que l’apôtre infidèle ? Judas avait livré le fils de l’homme aux princes des prêtres et aux chefs de sa nation ; les Juifs le livrèrent aux païens ; et le prophète Zacharie fait porter sur eux tous la responsabilité du marché infâme qui ouvrit les scènes de la passion.

Dans la ville, les ravages de la famine dépassaient toute idée « Aucune ville en aucun temps, dit encore l’historien juif reprenant à son insu le mot du Seigneur, ne vit jamais tribulation pareille. » En quelques mois on releva le chiffre effroyable de six cent mille morts auxquels fut encore accordé un semblant de sépulture. Quant aux autres, on ne put les compter. Car la force manqua aux survivants, et on laissa les victimes de la faim pourrir pêle-mêle dans les maisons ou sur les places.

Cependant, le 12 juillet, une épreuve plus grande frappa Jérusalem et toute la nation : faute de victimes, le sacrifice perpétuel cessa comme au temps d’Antiochus ; mais cette fois c’était pour toujours. C’était la fin : la fin ouvertement déclarée du mosaïsme et de son culte, remplacé désormais sans conteste par le Sacrifice de la loi d’amour ; la fin à bref délai d’un siège et d’une guerre qui n’avaient plus leur raison d’être. Une douleur immense, sans compensation, succéda dans les cœurs juifs à la vaine espérance qu’y avaient maintenue jusqu’au bout les faux prophètes.

L’opiniâtreté de Simon et de Jean n’en rejeta pas moins, même alors, les avances de Titus qui offrait toujours d’épargner le Temple et la ville. La lutte reprit donc, implacable et sans merci. Mais la vigueur des soldats juifs ne répondait plus au fanatisme de leurs chefs ; épuisés par la faim, ils n’avaient plus la force persévérante qui eût été nécessaire pour repousser les assauts continus des Romains. Déjà la tour Antonia, qui commandait le Temple, était au pouvoir de ces derniers, et chaque jour les voyait serrer de plus près l’édifice sacré. Ses défenseurs voulurent tenter un dernier effort ; s’excitant par la considération de l’extrémité de leurs maux, ils se ruèrent par la vallée du Cédron sur la circonvallation ennemie et chargèrent avec rage le poste établi à la montagne des Oliviers. On eût dit que l’instinct de la vengeance divine qui pesait sur eux les ramenait fatalement, pour les derniers combats, à cette place de la prophétie et des pleurs du fils de l’homme où s’était de même engagée, nous l’avons vu, la première bataille. Repoussés, désespérés, en rentrant dans la ville pour n’en plus sortir, ils mirent eux-mêmes le feu aux portiques extérieurs du Temple et abandonnèrent aux Romains la première enceinte.

Titus cependant voulait sauver le Temple à tout prix. « Mais, dit Josèphe, Dieu l’avait dès longtemps condamné au feu, et ce furent les Juifs qui de nouveau, quelque temps après, posèrent la cause de l’incendie, au jour fatal marqué par les décrets divins. » C’était le 4 août 70, un jour de sabbat, anniversaire de la première ruine du saint lieu sous Nabuchodonosor. Les gardiens du Temple exaspérés par la souffrance, hébétés par la faim, en vinrent aux prises avec les soldats qui, sur l’ordre de Titus, éteignaient à l’extérieur les restes des incendies allumés dans les jours précédents. Ils furent bientôt rejetés dans le Temple, mais cette fois n’y rentrèrent pas seuls. Pendant qu’ils tombent en foule sous le fer des Romains devenus à l’improviste les maîtres de l’enceinte intérieure, un soldat oubliant les instructions données, poussé, dit l’historien, par une force divine, s’empare d’un tison embrasé et le jette par une fenêtre dans une des salles attenantes au sanctuaire. La flamme éclate et se propage ; vainement Titus veut l’arrêter. De la montagne de Sion les soldats de Simon la voient s’élever jusqu’au ciel. A son apparition sinistre, affamés et blessés, tournés vers le Temple qui s’écroule, oublient leurs tortures. De toutes ces poitrines, remuées enfin d’un même sentiment, s’échappe une acclamation immense de désespoir, qui, s’unissant aux clameurs des soldats païens, retentit jusque dans les montagnes de la Pérée au delà du Jourdain et de la mer Morte. Tandis que Moriah tout en feu semble brûler jusqu’en ses fondements, le sang y lutte avec la flamme ; le nombre des tués est tel que nulle part on ne voit la terre, et qu’on marche partout sur des monceaux de cadavres. Les prêtres réfugiés sur le faite de leur Temple, les enfants et les femmes entassés par milliers dans les galeries, périssent dans les flammes avec les trésors du sanctuaire.

Jean de Giscala, rassemblant les débris de sa troupe, s’était fait jour à travers les bataillons ennemis et avait rejoint Simon dans la ville haute. La lutte devait s’y prolonger quelques semaines encore ; mais c’était l’agonie. Le 1er septembre, Sion était prise, saccagée et brûlée comme Moriah, comme la ville basse. La prédiction de notre Évangile était accomplie. Jérusalem, renversée à terre elle et ses fils, n’était plus qu’un amas de décombres fumants. Onze cent mille hommes avaient péri durant le siège. De quatre-vingt-dix-sept mille prisonniers faits dans toute la guerre, sept cents furent triés pour le triomphe du vainqueur ; ceux des autres qui passaient dix-sept ans furent envoyés aux mines ou réservés pour l’amphithéâtre ; le reste alimenta quelque temps les marchés d’esclaves de l’empire.

 

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Saint Laurent martyr

10 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Laurent martyr

Collecte

Nous vous prions, Seigneur, d’éteindre en nous l’ardeur de nos vices, vous qui avez donné au bienheureux Laurent la force de surmonter les flammes de ses tourments

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape

Alors que les puissances publiques des Gentils poursuivaient dans leur fureur l’élite des membres du Christ, et s’attaquaient de préférence à l’ordre sacerdotal, l’impie persécuteur s’enflamma contre le Diacre Laurent, préposé non seulement au sacré ministère, mais aussi à l’administration du bien de l’Église. Il se promettait une double proie par la prise d’un seul homme, et s’il le faisait traditeur du trésor sacré, il le ferait en même temps apostat de la vraie religion. Cet homme, avide de richesses et ennemi de la vérité, est armé comme de deux torches ardentes : son avarice, pour lui prendre l’or de l’Église ; son impiété, pour lui ravir le Christ. Il demande à ce gardien sans tache du sanctuaire de lui livrer les richesses de l’Église, auxquelles aspire son avidité. Le Diacre très chaste, lui montrant alors le dépôt qu’il en a fait, lui présente les troupes nombreuses des pauvres serviteurs de Dieu. Dans leur nourriture et leur vêtement, il avait comme enseveli ces richesses désormais inamissibles : d’autant mieux à l’abri de toute atteinte, que le saint emploi en avait été plus assuré

5e leçon

Le magistrat frémit, voleur frustré dans son dessein de rapine, et, dans la haine ardente d’une religion qui a institué un tel emploi des richesses, n’ayant rien trouvé en Laurent des biens terrestres, il entreprend de lui enlever un trésor plus excellent et de lui ravir le dépôt qui était pour lui la plus sacrée des richesses. Il lui ordonne de renoncer au Christ, et il se dispose à attaquer le courage intrépide de ce cœur de Diacre par de cruels supplices. A l’impuissance des premiers, il en fait succéder de plus violents. Il commande que ces membres déchirés et ces chairs où les coups ont ouvert tant de plaies, soient placés sur un feu qui les rôtisse ; sur un gril de fer, qui lui-même a emprunté longuement au feu la vertu de brûler, changeant tour à tour la situation de ce corps que retournent les bourreaux, il veut tout ensemble augmenter la douleur des tortures et prolonger le supplice.

6e leçon

Tu ne peux rien, tu ne gagnes rien, sauvage cruauté. L’élément mortel se dérobe à la fin à tes tortures : Laurent monte au ciel et te laisse tes flammes impuissantes. Les flammes n’ont pu vaincre la charité du Christ : et ce feu qui brûlait au dehors a été plus faible que celui qui, au dedans, embrasait le cœur du Martyr. Tu as exercé, ô persécuteur, ta cruauté sur ce Martyr, tu lui as donné libre cours et tu as grandi la gloire de ses palmes en accumulant les supplices. Toutes tes inventions ne servent-elles pas à glorifier sa victoire, alors que les instruments de son supplice deviennent l’honneur de son triomphe ? Réjouissons-nous donc, mes frères bien-aimés, d’une joie spirituelle : et dans la mort bienheureuse de cet illustre héros, glorifions le Seigneur, qui est admirable dans ses saints, et nous donne en eux tout ensemble le secours et l’exemple : il a fait éclater sa gloire d’une extrémité à l’autre de l’univers, alors que de l’orient jusqu’à l’occident resplendissent les flambeaux du diaconat, et que Rome est autant illustrée par Laurent, que Jérusalem l’a été par Étienne.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Le Seigneur Jésus était lui-même ce grain qui devait mourir et se multiplier : mourir victime de l’infidélité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Or, exhortant déjà à suivre les traces de sa passion : « Celui, dit-il, qui aime son âme, la perdra ». Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. « Celui qui l’aime, la perdra », c’est-à-dire : Si tu l’aimes, perds-la. Si tu désires conserver la vie dans le Christ, ne crains pas de mourir pour le Christ. On peut les entendre également d’une autre façon : « Celui qui aime son âme, la perdra » ; ne l’aime pas, de peur que tu ne la perdes ; ne l’aime pas en cette vie, pour ne pas la perdre dans la vie éternelle.

8e leçon

La dernière explication que j’ai donnée semble être davantage le sens de l’Évangile. Car on y lit ensuite : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la conserve pour la vie éternelle ». Donc, quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », il faut sous-entendre : en ce monde, celui-là la perdra assurément. Mais celui qui hait son âme en ce monde, celui-là la garde pour la vie éternelle. Grande et étonnante sentence : d’où il ressort que l’homme a pour son âme un amour qui cause sa perte, et une haine qui l’empêche de périr. Si vous l’aimez mal, vous la haïssez ; si vous la haïssez bien, vous l’aimez. Heureux ceux qui haïssent pour conserver, de crainte de perdre en aimant.

9e leçon

Mais veille à ce que ne s’insinue pas dans ton esprit la pensée de vouloir te tuer, en comprenant ainsi le devoir de haïr ton âme en ce monde ; de là vient que certains hommes méchants et pervers, cruels et impies, homicides d’eux-mêmes, se livrent aux flammes, se noient, se jettent dans les précipices, et périssent. Ce n’est pas là ce que le Christ a enseigné : au contraire, il a même répondu au diable qui lui suggérait de se précipiter du haut du temple : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». De même le Seigneur dit à Pierre, « indiquant par quelle mort il devait glorifier Dieu : Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas ». Paroles qui nous enseignent assez clairement que celui qui marche à la suite de Jésus-Christ doit, non point se donner la mort, mais la recevoir d’un autre.

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Saint Jean-Marie Vianney confesseur mémoire des Saints Cyriaque Large et Smaragde

8 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean-Marie Vianney confesseur mémoire des Saints Cyriaque Large et Smaragde

Collecte

Dieu tout-puissant et miséricordieux, vous avez rendu saint Jean-Marie admirable par son zèle pastoral et son ardeur soutenue pour la prière et la pénitence : faites, nous vous en prions, qu’à son exemple et par son intercession, nous puissions gagner au Christ les âmes de nos frères et obtenir avec eux la gloire éternelle

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Jean-Marie Vianney, né au bourg de Dardilly dans le diocèse de Lyon d’une famille de pieux cultivateurs, donna, dès son enfance, de nombreux indices de sainteté. Quand, âgé de huit ans il gardait les brebis, il avait coutume, tantôt d’apprendre à d’autres enfants par sa parole et son exemple à réciter le Rosaire agenouillés devant l’image de la Mère de Dieu, tantôt de confier le troupeau à sa sœur ou à quelque autre et de se rendre dans un lieu solitaire où il vaquait plus librement à l’oraison devant une statue de la sainte Vierge. Chérissant les pauvres, il faisait ses délices de les amener par groupes dans la maison de son père et de les aider en toutes manières. Il fut confié au curé du bourg d’Écully pour recevoir l’enseignement littéraire ; mais comme ses dispositions pour l’étude étaient encore peu développées, il y rencontra des difficultés presque insurmontables. Implorant le secours divin dans le jeûne et l’oraison, il se rendit en mendiant au tombeau de saint François Régis pour demander plus de facilité à s’instruire. Après avoir suivi avec effort et peine le cours de théologie, il fut trouvé suffisamment capable pour recevoir les saints ordres.

Cinquième leçon. Nommé vicaire du bourg d’Écully, Jean-Marie s’appliqua de toutes ses forces sous la direction et à l’exemple de son curé, à atteindre les degrés les plus élevés de la perfection pastorale. Trois ans plus tard il fut envoyé au village d’Ars qui devait être rattaché peu de temps après au diocèse de Belley et, comme un ange venu du ciel, il renouvela la face de sa paroisse, la rendant florissante de toute négligée et abandonnée qu’elle était devenue. Assidu de nombreuses heures chaque jour au saint tribunal et à la direction des consciences, il établit l’usage fréquent de la sainte Communion, fonda de pieuses associations et inculqua d’une manière admirable aux âmes une tendre piété envers la Vierge Immaculée. Convaincu qu’un devoir du pasteur est d’expier les fautes du peuple à lui confié, il n’épargnait à cette fin ni prières, ni veilles, ni macérations et jeûnait continuellement. Comme Satan ne pouvait souffrir une si grande vertu de l’homme de Dieu, il le tourmenta d’abord par diverses vexations et le combattit ensuite ouvertement ; mais Jean-Marie souffrait patiemment les afflictions les plus pénibles.

Sixième leçon. Souvent invité par les curés voisins à venir, comme le font les missionnaires, pourvoir au salut des âmes en prêchant et en entendant les confessions, il était toujours prêt à rendre service à tous. Enflammé de zèle pour la gloire de Dieu, il réussit à établir les missions avec les exercices pieux qu’elles comportent, en plus de cent paroisses et à les assurer par des fondations. Entretemps Dieu faisait éclater le mérite de son serviteur par des miracles et des dons surnaturels. Telle fut l’origine de ce célèbre pèlerinage qui durant vingt ans fit affluer à Ars près de cent mille hommes de toute condition et de tout âge venus, non seulement de la France et de l’Europe mais même des régions les plus éloignées de l’Amérique. Épuisé moins par la vieillesse que par les labeurs, il mourut au jour qu’il avait prédit, le 4 août de l’an mil huit cent cinquante - neuf, dans le baiser du Seigneur étant âgé de soixante-treize ans. Beaucoup de miracles l’ayant signalé, il fut béatifié par Pie X et canonisé par Pie XI en l’année jubilaire mil neuf cent vingt-cinq. Le même Pape étendit sa fête à l’Église universelle.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape.. Homelia 13 in Evang.

Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.

Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.

Saint François de Sales disait qu’on peut être martyr, non seulement en confessant Dieu devant les hommes, mais aussi en confessant les hommes devant Dieu. On évoque volontiers cette parole en considérant le saint curé d’Ars, inlassablement assidu à son confessionnal où, de toute la France, les âmes inquiètes venaient chercher la paix.

A ce long supplice, qui dura des journées entières pendant un grand nombre d’années, le saint ajouta celui des jeûnes, des veilles et une continuelle oraison ; aussi, devenu hostie avec le Christ, il mérita d’abord la conversion de son apathique paroisse, puis celle de nombreux pécheurs accourus à lui des lieux les plus éloignés.

Simple, extrêmement pauvre et détaché des choses de ce monde, autant il semblait dépourvu de grandes richesses intellectuelles, autant il était débordant de foi et de zèle, aussi devint-il l’idéal et le modèle des bons curés ; en un mot : le saint curé d’Ars.

Dieu le glorifia par le don des miracles ; et quand, usé par les fatigues et par les austérités, saint Jean-Baptiste Vianney eut fermé les yeux pour toujours, le prodige le plus grand et le plus durable opéré ensuite par lui est l’influence salutaire et décisive qu’il exerça sur le clergé paroissial, spécialement en France, pour le renouvellement de l’esprit pastoral. C’est la raison pour laquelle Pie XI introduisit la fête du saint curé d’Ars dans le Calendrier de l’Église universelle en 1928 et, l’année suivante, le proclama céleste Patron de tous les curés et de tous les prêtres ayant charge d’âmes, dans la Ville et le monde.

 

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Saint Gaétan de Thienne confesseur mémoire de Saint Donat Évêque et Martyr

7 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Gaétan de Thienne confesseur mémoire de Saint Donat Évêque et Martyr

Collecte

Dieu, vous avez donné au bienheureux Gaétan, votre Confesseur, d’imiter le genre de vie des Apôtres : accordez-nous, par son intercession et à son exemple, de mettre toujours en vous notre confiance et de ne désirer que les biens du ciel.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Gaétan naquit à Vicence, de la noble famille de Thienne. Aussitôt qu’elle lui eut donné le jour, sa mère l’offrit à la sainte Vierge, Mère de Dieu. L’innocence brilla tellement en lui dès ses tendres années, que tout le monde le nommait le Saint. Après avoir obtenu à Padoue le grade de docteur dans l’un et l’autre droit, il partit pour Rome, où le Pape Jules II le mit au rang des Prélats. Ordonné Prêtre, il fut si ardemment embrasé de l’amour de Dieu que, se dérobant à la cour, il se voua tout entier à Dieu. Ayant fondé des hôpitaux à ses propres frais, il y servait lui-même les pauvres pestiférés. Le zèle qu’il ne cessa de déployer pour le salut du prochain le fit surnommer le Chasseur d’âmes.

Cinquième leçon. Les mœurs du clergé étaient alors devenues moins régulières ; voulant les ramener à la forme de vie apostolique, il institua un ordre de Clercs réguliers, qui, se déchargeant de toute préoccupation quant aux biens terrestres, devaient ne posséder aucun revenu, ni demander aux fidèles de quoi subsister, mais se contenter, pour vivre, d’aumônes spontanément offertes. Ayant obtenu l’approbation de Clément VII, Gaétan, accompagné de Jean-Pierre Caraffa, Évêque de Chiéti depuis souverain Pontife sous le nom de Paul IV, et de deux autres personnages d’une grande piété, émit solennellement ses vœux devant l’autel majeur de la basilique du Vatican. Lors du sac de Rome, des soldats le brutalisèrent afin de lui extorquer l’argent qu’il avait déjà placé dans les trésors célestes par la main des pauvres. Les coups, les tortures, la prison, il supporta tout avec une patience invincible. Se confiant à la seule providence de Dieu, qui ne lui fit jamais défaut, ainsi que l’attestent plusieurs prodiges, il persévéra avec une constance inébranlable dans la règle de vie qu’il avait embrassée.

Sixième leçon. L’amour du culte divin, le zèle pour entretenir la maison de Dieu, l’observance des rites sacrés, une participation plus fréquente à l’adorable Eucharistie, furent les choses qu’il s’appliqua le plus à encourager. Plus d’une fois il découvrit et confondit à néant les embûches et les erreurs de l’hérésie. Il prolongeait son oraison pendant huit heures environ, et l’accompagnait de larmes, souvent ravi en extase. Le don de prophétie l’a rendu célèbre. Étant, la nuit de Noël, près de la crèche du Seigneur, à Rome, il mérita de recevoir dans ses bras l’enfant Jésus, des mains de la Vierge Mère. Quelquefois Gaétan passait des nuits entières à châtier son corps à coups de discipline ; jamais on ne put l’amener à adoucir l’austérité de sa vie, et il témoigna souvent le désir qu’il avait de mourir couché sur la cendre et revêtu d’un cilice. Enfin la douleur qu’il ressentit de voir le peuple offenser Dieu par une sédition le fit tomber malade et, réconforté par une vision céleste, son âme passa de la terre au ciel. C’est à Naples qu’il mourut, et l’on y conserve très religieusement son corps dans l’église de Saint-Paul. Les miracles qu’il opéra pendant sa vie et après sa mort l’ont rendu glorieux, et le souverain Pontife Clément X l’a inscrit au nombre des Saints.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Liber 2 de Sermone Domini in monte, cap. 14

Septième leçon. « Nul ne peut servir deux maîtres ». A cette même intention (bonne ou mauvaise), se rapporte ce que notre Seigneur expose en conséquence de son assertion, disant : « Ou il haïra l’un et il aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre ». Il faut examiner attentivement ce passage ; le Seigneur lui-même indique quels sont ces deux maîtres, en ajoutant : « Vous ne pouvez servir Dieu et mammon ». Les Hébreux donnent, dit-on, aux richesses, le nom de mammon. En langue punique, ce mot a le même sens ; car mammon signifie gain.

Huitième leçon. Servir mammon, c’est être l’esclave de celui que sa perversité a préposé aux choses terrestres, et que le Seigneur appelle « prince de ce monde ». Donc : « ou l’homme le haïra et aimera l’autre », c’est-à-dire Dieu, « ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre ». En effet, quiconque est esclave des richesses, s’attache à un maître dur et a une domination funeste ; enchaîné par sa cupidité, il subit la tyrannie du démon, et certes il ne l’aime pas ; car, qui peut aimer le démon ? Mais cependant il le supporte.

Neuvième leçon. « C’est pourquoi, continue le Sauveur, je vous dis : Ne vous inquiétez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez ». Il ne veut pas que notre cœur se partage à la recherche, non seulement du superflu, mais même du nécessaire, et que, pour nous le procurer, notre intention se détourne de sa véritable fin, dans les actions que nous paraissons faire par un motif de miséricorde. C’est-à-dire qu’il ne veut pas que, tout en paraissant nous dévouer aux intérêts du prochain, nous ayons moins en vue son utilité que notre avantage personnel, et que nous nous regardions comme exempts de fautes, parce que nous ne voulons obtenir que le nécessaire et non le superflu.

Gaétan apparut comme le zélateur du sanctuaire, à l’heure où la fausse réforme lançait par le monde ses manifestes de révoltée. La grande cause du péril d’alors avait été l’insuffisance des gardiens de la cité sainte, leur connivence par complicité de cœur ou d’esprit avec les doctrines et les mœurs païennes, qu’une renaissance mal entendue avait ramenées. Ravagée par le sanglier de la forêt, la vigne du Dieu des armées retrouverait-elle jamais sa fertilité des beaux jours ? Gaétan reçut de l’éternelle Sagesse la révélation du nouveau mode de culture qui convenait à cette fin pour une terre épuisée.

L’urgent besoin de ces jours néfastes était le relèvement du clergé par la dignité de la vie, le zèle et la science. Il fallait à cette œuvre des hommes qui, clercs eux-mêmes dans l’acception entière du mot et la variété des obligations qu’il comporte, fussent pour les membres de la sainte hiérarchie un modèle permanent de la perfection primitive, un supplément à leurs impuissances, un levain qui peu à peu régénérerait et soulèverait la masse entière. Mais où trouver ailleurs que dans la vie des conseils et la stabilité des trois vœux qui en forment l’essence, l’impulsion, la puissance, la durée nécessaires aux éléments d’une telle entreprise ? L’inépuisable fécondité de l’Ordre religieux ne fit pas plus défaut à l’Église en ces temps de décadence qu’aux époques de sa gloire. Après les moines tournés vers Dieu dans leurs solitudes, et attirant sur la terre qu’ils semblaient oublier la lumière et l’amour ; après les familles des religieux mendiants, gardant par le monde leurs habitudes claustrales et l’austère parfum du désert : les clercs réguliers faisaient leur entrée sur le champ de bataille, où leur poste de combat, leur genre extérieur de vie, leur costume même, allaient confondre leurs rangs avec ceux de la milice séculière ; ainsi on fortifie les cadres d’une troupe hésitante en y versant des soldats éprouvés de mêmes armes, qui agissent par la parole, l’exemple et l’entraînement sur les faibles.

Comme d’autres avaient été les initiateurs des grandes formes antérieures de la vie religieuse, Gaétan fut le patriarche des Clercs réguliers. Le 24 juin 1524, un bref de Clément VII approuvait sous ce nom l’institut qu’il fondait cette année même avec l’évêque de Théate, d’où vint aussi aux nouveaux religieux l’appellation de Théatins. Bientôt, Barnabites, compagnie de Jésus, Somasques de saint Jérôme Émilien, clercs réguliers Mineurs de saint François Carracciolo, clercs réguliers Ministres des infirmes, clercs réguliers des Écoles pies, clercs réguliers de la Mère de Dieu, d’autres encore, se pressaient dans la voie ouverte et montraient l’Église toujours seule belle, toujours digne de l’Époux, laissant retomber de son poids sur l’hérésie l’accusation d’impuissance qu’elle lui avait lancée.

Ce fut sur le terrain du détachement des richesses, dont l’amour avait causé mille maux dans l’Église, que Gaétan voulut commencer et qu’il mena le plus avant la réforme. On vit les Théatins présenter au monde un spectacle inconnu depuis les Apôtres, pousser le zèle du dénuement jusqu’à s’interdire la faculté de mendier, et attendre toutes choses de l’initiative spontanée des fidèles. Héroïque hommage rendu à la Providence de Dieu, à l’heure même où Luther en niait l’existence, et que maintes fois le Seigneur se plut à reconnaître par des prodiges.

Qui comme vous, ô grand Saint, fit honneur à la parole de l’Évangile : Ne vous inquiétez du manger, ni du boire, ni du vêtement ? Vous connaissiez aussi l’autre parole, également divine : Celui qui travaille mérite qu’on le nourrisse ; vous saviez qu’elle s’appliquait principalement aux ouvriers de la doctrine ; vous n’ignoriez point que d’autres semeurs du Verbe avaient avant vous fondé sur elle l’incontestable droit de leur pauvreté, embrassée pour Dieu, à revendiquer du moins le pain de l’aumône. Sublime revendication d’âmes affamées d’opprobres à la suite de Jésus, et rassasiant en elles ainsi surtout l’amour ! Mais la Sagesse qui plie les aspirations des saints aux circonstances du temps où elle place leur vie mortelle, fit prédominer en vous sur la soif des humiliations l’ambition d’exalter dans votre pauvreté la sainte Providence ; n’était-ce pas ce qu’il fallait à un siècle dont le néo-paganisme semblait, avant même d’avoir écouté l’hérésie, ne plus compter sur Dieu ? Hélas ! de ceux même à qui le Seigneur s’était donné pour possession au milieu des enfants d’Israël, on pouvait trop justement dire : Ils recherchent comme des païens les biens de ce monde. Vous eûtes à cœur, ô Gaétan, de justifier le Père qui est aux cieux, de montrer qu’il était toujours prêt à tenir la promesse faite pour lui par son Fils adoré : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

C’était bien ainsi que, par le fait, il s’imposait de commencer la réforme du sanctuaire à laquelle vous aviez résolu de dévouer votre vie. Il fallait tout d’abord rappeler les membres de la sainte milice à l’esprit de la formule sacrée qui fait les clercs, au jour béni où, déposant l’esprit du siècle avec ses livrées, ils disent dans la joie de leur cœur : Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice ; c’est vous, à Dieu, qui me rendrez mon héritage.

Le Seigneur, ô Gaétan, reconnut alors votre zèle et bénit vos efforts. Gardez en nous le fruit de votre labeur. La science des rites sacrés reste grandement redevable à vos fils ; puissent-ils prospérer, dans une fidélité renouvelée aux traditions de leur père. Que votre bénédiction de patriarche accompagne toujours les nombreuses familles des Clercs réguliers marchant à la suite de la vôtre. Que tous les ministres de la sainte Église éprouvent qu’au ciel vous restez puissant pour les maintenir, et, au besoin, les ramener dans la voie de leur saint état, comme vous l’étiez sur la terre. Que l’exemple de votre confiance sublime en Dieu apprenne à tous les chrétiens qu’ils ont au ciel un Père dont la Providence n’est jamais en défaut pour ses fils.

 

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Transfiguration de Notre-Seigneur mémoire de Saint Sixte Pape et des Saints Félicissime et Agapit Martyr

6 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Transfiguration de Notre-Seigneur mémoire de Saint Sixte Pape et des Saints Félicissime et Agapit Martyr

Introït

Vos éclairs ont illuminé le monde : la terre a tremblé et fut bouleversée. Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur des armées ! Mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur.

Collecte

Dieu, vous avez affermi les mystères de la foi dans la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique, par le témoignage des anciens pères, et, par la voix que vous avez fait entendre dans la nuée lumineuse, vous nous avez marqués de la grâce de la parfaite adoption : faites-nous, au moyen de votre miséricorde, cohéritiers de ce même Roi de gloire et participants de cette même gloire.

Épitre 2. Pi 1, 16-19

Mes bien-aimés : Ce n’est pas, en effet, sur la foi de fables ingénieusement imaginées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais en témoins oculaires de sa majesté. En effet, il reçut honneur et gloire de Dieu le Père, lorsque de la gloire magnifique une voix se fit entendre qui disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances, écoutez-le". Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi a été confirmée pour nous l’Écriture prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à poindre et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

Évangile Mt, 17, 1-9

En ce temps-là : Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec lui. Alors Pierre prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit ; et voici qu’une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. Les disciples, l’entendant, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Lorsqu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de ce que vous avez vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts

Secrète

Nous vous le demandons, Seigneur, sanctifiez en la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique les dons qui vous sont offerts : et en raison des splendeurs de la gloire qui se manifesta en lui, purifiez-nous des taches de nos péchés.

Postcommunion

Faites, nous vous le demandons, Dieu tout-puissant : que nous parvenions l’âme purifiées à l’intelligence des mystères sacrés de la Transfiguration de votre Fils ; mystères que nous célébrons dans cet office solennel.

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape.

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis ; et cette forme corporelle, qui lui est commune avec le reste des hommes, il la fait briller d’une telle splendeur, que « son visage est éblouissant comme le soleil, et son vêtement aussi blanc que la neige ». Dans cette transfiguration, il avait sans doute pour but principal d’ôter du cœur de ses disciples le scandale de la croix, et de faire que l’ignominie volontaire de sa mort ne pût déconcerter ceux devant qui se serait découverte l’excellence de sa dignité cachée. Mais il n’avait pas moins en vue de fonder l’espérance de la sainte Église : en sorte que le corps entier du Christ, ayant connu quelle transformation lui était réservée, chacun des membres pût se promettre de partager la gloire dont le chef aurait brillé par avance.

5e leçon

Mais voulant affermir les Apôtres et les élever à une science parfaite, le Seigneur renferma encore une autre instruction dans ce miracle. Car Moïse et Élie, autrement la Loi et les Prophètes, apparurent s’entretenant avec lui. Cette réunion de cinq personnes accomplissait très exactement ce que dit l’Écriture : « Sur la parole de deux ou trois témoins, tout est avéré ». Quoi de mieux établi, quoi de plus certain qu’une chose que la trompette de l’ancien Testament et celle du nouveau annoncent de concert, qu’une chose au sujet de laquelle les instruments des témoignages antiques s’accordent avec la doctrine évangélique ? En effet, les livres des deux alliances s’accordent parfaitement ensemble : et celui qu’autrefois les figures avaient annoncé sous le voile de leurs mystères, se montre aujourd’hui à découvert dans la splendeur de sa gloire.

6e leçon

Animé donc par ces révélations de choses mystérieuses, l’Apôtre Pierre, tout au mépris du monde et au dégoût de la terre, se laisse emporter hors de lui-même jusqu’au ravissement des désirs éternels ; et rempli de joie par tout ce qu’il a devant lui, il ne demande plus qu’à demeurer avec Jésus en ce lieu où le délecte la manifestation de sa gloire. C’est ce qui lui fait dire : « Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous voulez, dressons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie ». Mais le Seigneur ne répondit pas à cette proposition de Pierre, lui marquant ainsi que son souhait, sans être mauvais, n’était pas dans l’ordre, puisque le monde ne pouvait être sauvé que par la mort du Christ. C’était aussi pour amener la foi des croyants à comprendre qu’au milieu des tentations de cette vie, si l’on ne doit jamais douter des promesses de la béatitude, il faut néanmoins demander la patience plutôt que la gloire.

7e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Le Seigneur avait beaucoup parlé de périls à ses disciples, beaucoup aussi de sa passion et de sa mort : il leur avait souvent prédit qu’on les ferait mourir eux-mêmes, et leur avait enjoint bien des choses austères et difficiles. Or ces maux étaient pour la vie présente, et pour un temps déjà tout proche ; tandis qu’au contraire, ce qu’il leur annonçait d’heureux, à savoir, qu’en perdant leur vie ils sauveraient leurs âmes ; que lui-même viendrait en la gloire de son Père leur décerner des récompenses : tout cela n’était qu’en espérance et en expectative. Voulant donc affermir leur certitude au moyen de la vue, et leur montrer ce qu’est la gloire avec laquelle il doit revenir, il leur découvre et leur manifeste cette gloire, autant qu’ils sont capables de la contempler en ce monde, de manière à les empêcher, tous, et surtout Pierre, de s’attrister trop de leur mort et de celle de leur Maître.

8e leçon

Et voyez comment procède notre Seigneur, en parlant aux siens du royaume et de la géhenne. Par ces mots : « Celui qui trouve son âme la perdra, et quiconque la perd à cause de moi la trouvera » ; et par ceux-ci : « Il rendra à chacun selon ses œuvres » ; Jésus-Christ a fait allusion, et au royaume et à la géhenne. Après donc avoir ainsi parlé de l’un et de l’autre, il permet de jeter les yeux sur le royaume, mais il ne fait point voir la géhenne, parce que cela n’eût été nécessaire qu’à l’égard des hommes très grossiers et des plus ignorants ; tandis que pour les Apôtres qui étaient vertueux et perspicaces, il suffisait de les affermir par la vue de choses meilleures. Cela convenait aussi beaucoup mieux au Seigneur lui-même. Toutefois il n’a pas absolument écarté l’autre moyen, et quelquefois il met, on peut dire, devant les yeux, l’horrible tableau de la géhenne, comme en retraçant l’histoire de Lazare, et en nous parlant du créancier qui réclame cent deniers

9e leçon

Quant à vous, remarquez la philosophie de saint Matthieu, qui n’a point passé sous silence les noms des Apôtres qui lui furent préférés. Saint Jean a agi de même ; car très souvent, il raconte avec beaucoup de fidélité et de soin ce qui est spécialement à la gloire de Pierre. C’est que, dans cette communauté des Apôtres, la jalousie et la vaine gloire n’avaient aucune place. Jésus donc prit à part les premiers d’entre les Apôtres. Pourquoi n’emmena-t-il qu’eux seuls ? Apparemment parce qu’ils se distinguaient de tous les autres. Et pourquoi n’a-t-il fait cela qu’au bout de six jours et non point sur-le-champ ? Afin que les autres disciples ne fussent pas agités de sentiments humains ; c’est pourquoi il n’a pas non plus nommé ceux qu’il devait prendre avec lui.

« O Dieu qui, dans la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique, avez confirmé par le témoignage des pères les mystères de la foi, et par la voix sortie de la nuée lumineuse avez admirablement signifié d’avance l’adoption parfaite des enfants ; rendez-nous dans votre miséricordieuse bonté les cohéritiers effectifs de ce Roi de gloire, en nous faisant participants de la même gloire qui resplendit en lui ». Noble formule, qui résume la prière de l’Église et nous donne sa pensée en cette fête de témoignage et d’espérance.

Or, il convient d’observer tout d’abord que la mémoire de la glorieuse Transfiguration s’est vue déjà représentée au Cycle sacré ; par deux fois, au deuxième dimanche de Carême et au samedi précédent, le récit en a passé sous nos yeux. Qu’est-ce à dire, sinon que la solennité présente a pour objet moins le fait historique déjà connu que le mystère permanent qui s’y rattache, moins la faveur personnelle qui honora Simon Pierre et les fils de Zébédée que l’accomplissement du message auguste dont ils furent alors chargés pour l’Église ? Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. L’Église, née du côté ouvert de l’Homme-Dieu sur la croix, ne devait point se rencontrer avec lui face à face ici-bas ; lorsque, ressuscité des morts, il aurait scellé son alliance avec elle dans l’Esprit-Saint envoyé pour cela des cieux, c’est de la foi seule que devait s’alimenter son amour. Mais, par le témoignage suppléant la vue, rien ne devait manquer à ses légitimes aspirations de connaître.

A cause de cela, c’est pour elle qu’un jour de sa vie mortelle encore, faisant trêve à la commune loi de souffrance et d’obscurité qu’il s’était imposée pour sauver le monde, il laissa son naturel écoulement à la gloire qui remplissait en lui l’âme bienheureuse. Le Roi des Juifs et des Gentils se révélait sur la montagne où sa calme splendeur éclipsait pour jamais les foudres du Sinaï ; le Testament de l’alliance éternelle se déclarait, non plus dans la promulgation d’une loi de servitude gravée sur la pierre, mais dans la manifestation du Législateur lui-même, venant sous les traits de l’Époux régner par la grâce et la beauté sur les cœurs. La prophétie et la loi, qui préparèrent ses voies dans les siècles d’attente, Elie et Moïse, partis de points différents, se rencontraient près de lui comme des courriers fidèles au point d’arrivée ; faisant hommage au Maître commun de leur mission conduite à son terme, ils s’effaçaient devant lui à la voix du Père disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimés! Trois témoins, autorisés plus que tous autres, assistaient à cette scène solennelle : le disciple de la foi, celui de l’amour, et l’autre fils du tonnerre qui devait le premier sceller dans le sang la foi et l’amour apostoliques. Conformément à l’ordre donné et à toute convenance, ils gardèrent religieusement le secret du Roi, jusqu’au jour où celle qu’il concernait pût la première en recevoir communication de leurs bouches prédestinées.

Le six août fut-il ce jour à jamais précieux pour l’Église ? Plus d’un docteur des rites sacrés l’affirme. Du moins convenait-il que le fortuné souvenir en fût de préférence célébré au mois de l’éternelle Sagesse, éclat de la lumière incréée, miroir sans tache de l’infinie bonté, c’est elle qui, répandant la grâce sur les lèvres du Fils de l’homme, en fait aujourd’hui le plus beau de ses frères , et dicte plus mélodieux que jamais au chantre inspiré les accents de l’épithalame : Mon cœur a proféré une parole excellente, c’est au Roi que je dédie mes chants.

Aujourd’hui, sept mois écoulés depuis l’Épiphanie manifestent pleinement le mystère dont la première annonce illumina de si doux rayons le Cycle à ses débuts ; par la vertu du septénaire ici à nouveau révélée, les commencements de la bienheureuse espérance que nous célébrions alors, enfants nous-mêmes avec Jésus enfant, ont grandi comme l’Homme-Dieu et l’Église ; et celle-ci, établie dans l’inénarrable paix de la pleine croissance qui la donne à l’Époux , appelle tous ses fils à croître comme elle par la contemplation du Fils de Dieu jusqu’à la mesure de l’âge parfait du Christ. Comprenons donc la reprise en ce jour, dans la Liturgie sainte, des formules et des chants de la glorieuse Théophanie. Lève-toi, Jérusalem ! sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. C’est qu’en effet, sur la montagne, avec le Seigneur est glorifiée aussi l’Épouse, resplendissante elle-même de la clarté de Dieu.

Car tandis que « sa face resplendissait comme le soleil, dit de Jésus l’Évangile, ses vêtements devinrent blancs comme la neige ». Or ces vêtements, d’un tel éclat de neige, observe saint Marc, qu’il n’y a point de foulon qui puisse en faire d’aussi blancs sur la terre, que sont-ils sinon les justes, inséparables de l’Homme-Dieu et son royal ornement, sinon la robe sans couture qui est l’Église, et que la douce souveraine célébrée hier continue de tisser à son Fils de la plus pure laine, du plus beau lin qu’ait trouvés la femme forte ? Aussi, bien que le Seigneur, ayant traversé le torrent de la souffrance, soit personnellement entré déjà sans retour dans sa gloire, le mystère de la radieuse Transfiguration ne sera complet qu’à l’heure où le dernier des élus, ayant lui-même passé par la préparation laborieuse du foulon divin et goûté la mort, aura rejoint dans sa résurrection le chef adoré. Face du Sauveur, ravissement des cieux, c’est alors qu’en vous brilleront toute gloire, toute beauté, tout amour. Exprimant Dieu dans la directe ressemblance du Fils par nature, vous étendrez les complaisances du Père au reflet de son Verbe constituant les fils d’adoption, et se jouant dans l’Esprit-Saint jusqu’aux dernières franges du manteau qui remplit au-dessous de lui le temple.

D’après la doctrine de l’Ange de l’école, en effet, l’adoption des enfants de Dieu, qui consiste en une conformité d’image avec le Fils de Dieu par nature, s’opère en une double manière : d’abord par la grâce de cette vie, et c’est la conformité imparfaite ; ensuite par la gloire de la patrie, et c’est la conformité parfaite, selon cette parole de saint Jean : « Nous sommes dès maintenant les enfants de Dieu, et cependant ce que nous serons ne paraît pas encore ; nous savons que lorsque Jésus apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons comme il est ».

La parole éternelle : Vous êtes mon Fils Je vous ai engendré aujourd’hui, a eu deux échos dans le temps, au Jourdain et sur le Thabor ; et Dieu, qui ne se répète jamais, n’a point en cela fait exception à la règle de ne dire qu’une fois ce qu’il dit. Car, bien que les termes employés dans les deux circonstances soient identiques, ils ne tendent pas au même but, dit toujours saint Thomas, mais à montrer cette manière différente dont l’homme participe à la ressemblance de la filiation éternelle. Au baptême du Seigneur, où fut déclaré le mystère de la première régénération, comme dans sa Transfiguration qui nous manifeste la seconde, la Trinité apparut tout entière : le Père dans la voix entendue, le Fils dans son humanité, le Saint-Esprit, d’abord en forme de colombe, ensuite dans la nuée éclatante ; car si, au baptême, il confère l’innocence qui est désignée par la simplicité de la colombe, dans la résurrection il donnera aux élus la clarté de la gloire et le rafraîchissement de tout mal, qui sont signifiés par la nuée lumineuse.

Mais, sans attendre le jour où notre désiré Sauveur renouvellera nos corps eux-mêmes conformément à la clarté glorieuse de son divin corps, ici-bas même déjà, le mystère de la radieuse Transfiguration s’opère en nos âmes. C’est de la vie présente qu’il a été écrit, et qu’aujourd’hui l’Église chante : Le Dieu qui fait briller la lumière au sein des ténèbres a resplendi dans nos cœurs, pour les éclairer de la science de la clarté de Dieu par la face du Christ Jésus. Thabor, saint et divin mont qui rivalises avec les cieux, comment ne pas redire avec Pierre : il nous est bon d’habiter ton sommet ! Car ton sommet c’est l’amour, la charité, qui domine au milieu des vertus comme tu l’emportes en grâce, en hauteur, en parfums, sur les autres montagnes de Galilée qui virent aussi Jésus passer, parler, prier, accomplir des prodiges, mais ne le connurent pas dans l’intimité des parfaits. C’est après six jours, observe l’Évangile, et dès lors dans le repos du septième, qui déjà confine au huitième de la résurrection, que Jésus s’y révèle aux privilégiés répondant à son amour. Le royaume de Dieu est en nous ; lorsque, laissant endormi tout souvenir des sens, nous nous élevons par l’oraison au-dessus des œuvres et soucis de la terre, il nous est donné d’entrer avec l’Homme-Dieu dans la nuée : là, contemplant directement sa gloire, autant que le comporte l’exil, nous sommes transformés de clarté en clarté par la puissance de son Esprit dans sa propre image.

« Donc, s’écrie saint Ambroise, gravissons la montagne ; supplions le Verbe de Dieu de se montrer à nous dans sa splendeur, dans sa beauté ; qu’il se fortifie, qu’il progresse heureusement, qu’il règne en nos âmes. Car, mystère profond ! sur ta mesure, le Verbe décroît ou grandit en toi. Si tu ne gagnes ce sommet plus élevé que l’humaine pensée, la Sagesse ne t’apparaît pas ; le Verbe se montre à toi comme dans un corps sans éclat et sans gloire ».

Si la vocation qui se révèle pour toi en ce jour est à ce point grande et sainte, « révère l’appel de Dieu, reprend à son tour André de Crète : ne t’ignore pas toi-même, ne dédaigne pas un don si grand, ne te montre pas indigne de la grâce, ne sois pas si lâche en ta vie que de perdre ce trésor des cieux. Laisse la terre à la terre, et les morts ensevelir leurs morts ; méprisant tout ce qui passe, tout ce qui s’éteint avec le siècle et la chair, suis jusqu’au ciel inséparablement le Christ qui fait route en ce monde pour toi. Aide-toi de la crainte et du désir, pour écarter la défaillance et garder l’amour. Donne toi tout entier ; sois souple au Verbe dans l’Esprit-Saint, pour la poursuite de cette fin bienheureuse et pure : ta déification, avec la jouissance d’inénarrables biens. Par le zèle des vertus, par la contemplation de la vérité, par la sagesse, arrive à la Sagesse, principe de tout et en laquelle subsistent toutes choses ».

 

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Dédicace de Ste Marie aux Neiges

5 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Dédicace de Ste Marie aux Neiges

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Sous le pontificat de Libère, le patricien romain Jean et sa noble épouse, n’ayant point d’enfants pour hériter de leurs biens, vouèrent leurs possessions à la très sainte Vierge Mère de Dieu, et ils lui demandèrent instamment, par des prières multipliées, de leur faire connaître, d’une manière ou d’une autre, à quelle œuvre pie elle voulait que ces richesses fussent employées. La bienheureuse Vierge Marie écouta favorablement des supplications et des vœux si sincères et y répondit par un miracle.

Cinquième leçon. Aux nones d’août, époque où les chaleurs sont très grandes à Rome, une partie du mont Esquilin fut couverte de neige pendant la nuit. Cette nuit même, tandis que Jean et son épouse dormaient, la Mère de Dieu les avertit séparément d’élever une église à l’endroit qu’ils verraient couvert de neige, et de dédier cette église sous le nom de la Vierge Marie ; c’est ainsi qu’elle voulait être instituée leur héritière. Jean rapporta la chose au Pontife Libère, qui affirma avoir eu la même vision pendant son sommeil.

Sixième leçon. En conséquence, Libère, accompagné de son clergé et de son peuple, vint, au chant des litanies, à la colline couverte de neige, et il y marqua l’emplacement de l’église, qui fut construite aux frais de Jean et de son épouse. Sixte III restaura plus tard cette église. On la désigna d’abord sous divers noms : basilique de Libère, Sainte-Marie-de-la Crèche. Mais comme il existait déjà à Rome beaucoup d’églises consacrées à la sainte Vierge, on finit par l’appeler église de Sainte-Marie-Majeure, pour que, venant s’ajouter à la nouveauté du miracle et à l’importance de la basilique, cette qualification même de majeure la mît au-dessus de toutes les autres ayant le même vocable. L’anniversaire de la dédicace de cette église, rappelant la neige qui tomba miraculeusement en ce jour, est célébré solennellement chaque année.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Bède le Vénérable. Lib. 4, cap. 49 in Luc. 11

Septième leçon. Cette femme fit bien voir la grandeur de sa dévotion et de sa foi. Tandis que les Scribes et les Pharisiens tentent le Seigneur et blasphèment contre lui, elle reconnaît avec tant de sincérité son incarnation, elle la proclame avec tant d’assurance qu’elle confond tout à la fois la calomnie dont les principaux d’entre les Juifs tâchaient alors de noircir le Fils de Dieu, et la perfidie des hérétiques qui devaient s’élever dans la suite des temps. De même qu’à cette époque les Juifs, blasphémant contre l’ouvrage du Saint-Esprit, niaient que Jésus-Christ fût le vrai Fils de Dieu, consubstantiel au Père ; ainsi les hérétiques devaient-ils plus tard, en niant que Marie, toujours Vierge, eût par l’opération du Saint-Esprit, fourni de sa propre chair au Fils de Dieu la matière de ses membres humains, prétendre qu’il ne faut pas le reconnaître pour le vrai fils de l’homme et de la même substance que sa mère.

Huitième leçon. Mais si la chair que le Verbe de Dieu a prise en s’incarnant, n’est pas formée de celle de la Vierge sa Mère, c’est sans motif qu’on appelle heureux le sein qui l’a porté et les mamelles qui l’ont allaité. L’Apôtre a dit : « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme soumise à la loi ». Il ne faut pas écouter ceux qui pensent qu’il faut lire : Né d’une femme assujettie à la loi ; mais on doit lire : « Formé d’une femme », parce qu’ayant été conçu dans le sein d’une Vierge, il n’a pas tiré sa chair de rien ; mais de la chair de sa mère. Autrement il ne serait pas appelé avec vérité, fils de l’homme puisqu’il ne tirerait pas son origine de l’humanité. Élevons donc, nous aussi, la voix contre Eutychès, avec l’Église catholique, dont cette femme était la figure, élevons aussi notre esprit au-dessus de la foule, et disons au Sauveur : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées ». Car elle est vraiment une Mère heureuse, celle qui, selon l’expression d’un auteur, « a enfanté le Roi qui gouverne dans tous les siècles le ciel et la terre ».

Neuvième leçon. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Le Sauveur approuve éminemment ce qu’avait dit cette femme, quand il affirme que non seulement celle qui a mérité d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’efforcent de concevoir spirituellement le même Verbe par l’audition de la foi, de l’enfanter et de le nourrir par la pratique des bonnes œuvres, soit dans leur cœur, soit en celui de leur prochain, sont véritablement heureux. Certes, la Mère de Dieu est bienheureuse d’avoir servi dans le temps, et contribué à l’incarnation du Verbe ; mais elle est encore plus heureuse d’avoir mérité, en l’aimant toujours, de le garder en elle éternellement.

Rome, que Pierre, au premier de ce mois, a délivrée de la servitude, offre un spectacle admirable au monde. Sagesse, qui depuis la glorieuse Pentecôte avez parcouru la terre, en quel lieu fut-il vrai à ce point de chanter que vous avez foulé de vos pieds victorieux les hauteurs superbes ? Rome idolâtre avait sur sept collines étalé son faste et bâti les temples de ses faux dieux ; sept églises apparaissent comme les points culminants sur lesquels Rome purifiée appuie sa base désormais véritablement éternelle.

Or cependant, par leur site même, les basiliques de Pierre et de Paul, celles de Laurent et de Sébastien, placées aux quatre angles extérieurs de la cité des Césars, rappellent le long siège poursuivi trois siècles autour de l’ancienne Rome et durant lequel la nouvelle fut fondée. Hélène et son fils Constantin, reprenant le travail des fondations de la Ville sainte, en ont conduit plus avant les tranchées ; toutefois l’église de Sainte-Croix-en-Jérusalem, celle du Sauveur au Latran, qui furent leur œuvre plus spéciale, n’en restent pas moins encore au seuil de la ville forte du paganisme, près de ses portes et s’appuyant aux remparts : tel le soldat qui, prenant pied dans une forteresse redoutable, investie longtemps, n’avance qu’à pas comptés , surveillant et la brèche qui vient de lui donner passage, et le dédale des voies inconnues qui s’ouvrent devant lui.

Qui plantera le drapeau de Sion au centre de Babylone ? Qui forcera l’ennemi dans ses dernières retraites, et chassant les idoles vaincues, fera son palais de leurs temples ? O vous à qui fut dite la parole du Très-Haut : Vous êtes mon Fils, je vous donnerai les nations en héritage ; ô très puissant, aux flèches aiguës renversant les phalanges, écoutez l’appel que tous les échos de la terre rachetée vous renvoient eux-mêmes : Dans votre beauté, marchez au triomphe, et régnez. Mais le Fils du Très-Haut a aussi une mère ici-bas ; le chant du Psalmiste, en l’appelant au triomphe, exalte aussi la reine qui se tient à sa droite en son vêtement d’or : si de son Père il tient toute puissance, de son unique mère il entend recevoir sa couronne, et lui laisse en retour les dépouilles des forts. Filles de la nouvelle Sion, sortez donc, et voyez le roi Salomon sous le diadème dont l’a couronné sa mère au jour joyeux où, prenant par elle possession de la capitale du monde, il épousa la gentilité.

Jour, en effet, plein d’allégresse que celui où Marie pour Jésus revendiqua son droit de souveraine et d’héritière du sol romain ! A l’orient, au plus haut sommet de la Ville éternelle, elle apparut littéralement en ce matin béni comme l’aurore qui se lève, belle comme la lune illuminant les nuits, plus puissante que le soleil d’août surpris de la voir à la fois tempérer ses ardeurs et doubler l’éclat de ses feux par son manteau de neige, terrible aussi plus qu’une armée ; car, à dater de ce jour, osant ce que n’avaient tenté apôtres ni martyrs, ce dont Jésus même n’avait point voulu sans elle prendre pour lui l’honneur, elle dépossède de leurs trônes usurpés les divinités de l’Olympe. Comme il convenait, l’altière Junon, dont l’autel déshonorait l’Esquilin, la fausse reine de ces dieux du mensonge fuit la première à l’aspect de Marie, cédant les splendides colonnes de son sanctuaire souillé à la seule vraie impératrice de la terre et des deux.

Quarante années avaient passé depuis ces temps de Silvestre où « l’image du Sauveur, tracée sur les murs du Latran, apparut pour la première fois, dit l’Église, au peuple romain ». Rome, encore à demi païenne, voit aujourd’hui se manifester la Mère du Sauveur ; sous la vertu du très pur symbole qui frappe au dehors ses yeux surpris, elle sent s’apaiser les ardeurs funestes qui firent d’elle le fléau des nations dont maintenant elle aussi doit être la mère, et c’est dans l’émotion d’une jeunesse renouvelée qu’elle voit les souillures d’autrefois céder la place sur ses collines au blanc vêtement qui révèle l’Épouse.

Déjà, et dès les temps de la prédication apostolique, les élus que le Seigneur, malgré sa résistance homicide, recueillait nombreux dans son sein, connaissaient Marie, et lui rendaient à cet âge du martyre des hommages qu’aucune autre créature ne reçut jamais : témoin, aux catacombes, ces fresques primitives où Notre-Dame, soit seule, soit portant l’Enfant-Dieu, toujours assise, reçoit de son siège d’honneur, la louange, les messages, la prière ou lès dons des prophètes, des archanges et des rois. Déjà dans la région transtibérine, au lieu où sous Auguste avait jailli l’huile mystérieuse annonçant la venue de l’oint du Seigneur, Calliste élevait vers l’an 222 une église à celle qui demeure à jamais le véritable fons olei, la source d’où sort le Christ et s’écoule avec lui toute onction et toute grâce. La basilique que Libère, aimé de Notre-Dame, eut la gloire d’élever sur l’Esquilin, ne fut donc pas le plus ancien monument dédié par les chrétiens de Rome à la Mère de Dieu ; la primauté qu’elle prit dès l’abord, et conserva entre les églises de la Ville et du monde consacrées à Marie, lui fut acquise par les circonstances aussi solennelles que prodigieuses de ses origines.

Es-tu entré dans les trésors de la neige, dans mes réserves contre l’ennemi pour le jour du combat ? disait à Job le Seigneur. Au cinq août donc, pour continuer d’emprunter leur langage aux Écritures, à l’ordre d’en haut, les trésors s’ouvrirent, et la neige s envolant comme l’oiseau précipita son arrivée, et sa venue fut le signal soudain des jugements du ciel contre les dieux des nations. La tour de David domine maintenant les tours de la cité terrestre ; inexpugnable en la position qu’elle a conquise, elle n’arrêtera qu’avec la prise du dernier fort ennemi ses sorties victorieuses. Qu’ils seront beaux vos pas dans ces expéditions guerrières, ô fille du prince, ô reine dont l’étendard, par la volonté de votre Fils adoré, doit flotter sur toute terre enlevée à la puissance du serpent maudit ! L’ignominieuse déesse qu’un seul de vos regards a renversée de son piédestal impur, laisse Rome encore déshonorée par la présence de trop de vains simulacres. O notre blanche triomphatrice, aux acclamations des nations délivrées, prenez la voie fameuse qu’ont suivie tant de triomphateurs aux mains rougies du sang des peuples ; traînant à votre char les démons démasqués enfin, montez à la citadelle du polythéisme, et que la douce église de Sainte-Marie in Ara cœli remplace au Capitole le temple odieux de Jupiter. Vesta, Minerve, Cérès, Proserpine, voient leurs sanctuaires et leurs bois sacrés prendre à l’envi le titre et les livrées de la libératrice dont leur fabuleuse histoire offrit au monde d’informes traits, mêlés à trop de souillures. Le Panthéon, devenu désert, aspire au jour où toute noblesse et toute magnificence seront pour lui dépassées par le nom nouveau qui lui sera donné de Sainte-Marie-des-Martyrs. Au triomphe de votre Assomption dans les cieux, quel préambule, ô notre souveraine, que ce triomphe sur terre dont le présent jour ouvre pour vous la marche glorieuse !

La basilique de Sainte-Marie-des-Neiges, appelée aussi de Libère son fondateur, ou de Sixte troisième du nom qui la restaura, dut à ce dernier de devenir le monument de la divine maternité proclamée à Éphèse ; le nom de Sainte-Marie-Mère, qu’elle reçut à cette occasion, fut complété sous Théodore Ier, qui l’enrichit de sa relique la plus insigne, par celui de Sainte-Marie de la Crèche : nobles appellations que résume toutes celle de Sainte-Marie Majeure, amplement justifiée par les faits que nous avons rapportés, la dévotion universelle, et la prééminence effective que lui maintinrent toujours les Pontifes romains. La dernière dans l’ordre du temps parmi les sept églises sur lesquelles Rome chrétienne est fondée, elle ne cédait le pas au moyen âge qu’à celle du Sauveur ; dans la procession de la grande Litanie au 25 avril, les anciens Ordres romains assignent à la Croix de Sainte-Marie sa place entre la Croix de Saint-Pierre au-dessous d’elle et celle de Latran qui la suit. Les importantes et nombreuses Stations liturgiques indiquées à la basilique de l’Esquilin, témoignent assez de la piété romaine et catholique à son endroit. Elle eut l’honneur de voir célébrer des conciles en ses murs et élire les vicaires de Jésus-Christ ; durant un temps ceux-ci l’habitèrent, et c’était la coutume qu’aux mercredis des Quatre-Temps, où la Station reste toujours fixée dans son enceinte, ils y publiassent les noms des Cardinaux Diacres ou Prêtres qu’ils avaient résolu de créer.

Quant à la solennité anniversaire de sa Dédicace, objet de la fête présente, on ne peut douter qu’elle n’ait été célébrée de bonne heure sur l’Esquilin. Elle n’était pas encore universelle en l’Église, au XIIIe siècle ; Grégoire IX en effet, dans la bulle de canonisation de saint Dominique qui était passé le six août de la terre au ciel, anticipe sa fête au cinq de ce mois comme étant libre encore, à la différence du six occupé déjà, comme nous le verrons demain, par un autre objet. Ce fut seulement Paul IV qui, en 1558, fixa définitivement au quatre août la fête du fondateur des Frères Prêcheurs ; or la raison qu’il en donne est que la fête de Sainte-Marie-des-Neiges, s’étant depuis généralisée et prenant le pas sur la première, aurait pu nuire dans la religion des fidèles à l’honneur dû au saint patriarche, si la fête de celui-ci continuait d’être assignée au même jour. Le bréviaire de saint Pie V promulguait peu après pour le monde entier l’Office.

Quels souvenirs, ô Marie, ravive en nous cette fête de votre basilique Majeure ! Et quelle plus digne louange, quelle meilleure prière pourrions-nous vous offrir aujourd’hui que de rappeler, en vous suppliant de les renouveler et de les confirmer à jamais, les grâces reçues par nous dans son enceinte bénie ? N’est-ce pas à son ombre, qu’unis à notre mère l’Église en dépit des distances, nous avons goûté les plus douces et les plus triomphantes émotions du Cycle inclinant maintenant vers son terme ?

C’est là qu’au premier dimanche de l’Avent a commencé l’année, comme dans « le lieu le plus convenable pour saluer l’approche du divin Enfantement qui devait réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d’une Vierge ». Débordantes de désir étaient nos âmes en la Vigile sainte qui, dès le matin, nous conviait dans la radieuse basilique « où la Rose mystique allait s’épanouir enfin et répandre son divin parfum. Reine de toutes les nombreuses églises que la dévotion romaine a dédiées à la Mère de Dieu, elle s’élevait devant nous resplendissante de marbre et d’or, mais surtout heureuse de posséder en son sein, avec le portrait de la Vierge Mère peint par saint Luc, l’humble et glorieuse Crèche que les impénétrables décrets du Seigneur ont enlevée à Bethléhem pour la confier à sa garde. Durant la nuit fortunée, un peuple immense se pressait dans ses murs, attendant l’heureux instant où ce touchant monument de l’amour et des abaissements d’un Dieu apparaîtrait porté sur les épaules des ministres sacrés, comme une arche de nouvelle alliance, dont la vue rassure le pécheur et fait palpiter le cœur du juste ».

Hélas ! quelques mois écoulés à peine nous retrouvaient dans le noble sanctuaire, « compatissant cette fois aux douleurs de notre Mère dans l’attente du sacrifice qui se préparait ». Mais bientôt, quelles allégresses nouvelles dans l’auguste basilique ! « Rome faisait hommage delà solennité pascale à celle qui, plus que toute créature, eut droit d’en ressentir les joies, et pour les angoisses que son cœur maternel avait endurées, et pour sa fidélité à conserver la foi de la résurrection durant les cruelles heures que son divin Fils dut passer dans l’humiliation du tombeau ». Éclatant comme la neige qui vint du ciel marquer le lieu de votre prédilection sur terre, ô Marie, un blanc troupeau de nouveau-nés sortis des eaux formait votre cour gracieuse et rehaussait le triomphe de ce grand jour. Faites qu’en eux comme en nous tous, ô Mère, les affections soient toujours pures comme le marbre blanc des colonnes de votre église aimée, la charité resplendissante comme l’or qui brille à ses lambris, les œuvres lumineuses comme le cierge de la Pâque, symbole du Christ vainqueur de la mort et vous faisant hommage de ses premiers feux.

 

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VIII ème dimanche après la Pentecôte

4 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

VIII ème dimanche après la Pentecôte

Introït

Nous avons reçu, ô Dieu, votre miséricorde au milieu de votre temple : comme votre nom, ô Dieu, votre louange s’étend jusqu’aux extrémités de la terre, votre droite est pleine de justice. Le Seigneur est grand et très digne de louange : dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte montagne.

Collecte

Nous vous en prions, Seigneur, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de penser et d’agir toujours selon la justice : afin que, ne pouvant exister sans vous, nous puissions conformer notre vie à votre volonté.

Épitre Rm. 8, 12-17.

Mes frères : nous ne sommes point redevables à la chair pour vivre selon la chair. Car si vous vivez, selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez ; car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. En effet, vous n’avez point reçu un Esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, en qui nous crions : Abba ! Père ! Cet Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ.

Évangile Lc. 16, 1-9

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples cette parabole : Il était un homme riche qui avait un intendant ; celui-ci lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela et lui dit : "Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance, car tu ne pourras plus être intendant." Or l’intendant se dit en lui-même : "Que ferai-je, puisque mon maître me retire l’intendance ? Bêcher, je n’en ai pas la force ; mendier, j’en ai honte. Je sais ce que je ferai pour que, quand je serai destitué de l’intendance, (il y ait des gens) qui me reçoivent chez eux." Ayant convoqué chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier : "Combien dois-tu à mon maître ?" Il dit : "Cent mesures d’huile." Et il lui dit : "Prends ton billet, assieds-toi vite et écris : cinquante." Ensuite il dit à un autre : "Et toi, combien dois-tu ?" Il dit : "Cent mesures de froment." Et il lui dit : "Prends ton billet et écris : quatre-vingts." Et le maître loua l’intendant malhonnête d’avoir agi d’une façon avisée. C’est que les enfants de ce siècle sont plus avisés à l’égard de ceux de leur espèce que les enfants de la lumière. Et moi je vous dis : « Faites-vous des amis avec la Richesse malhonnête, afin que, lorsqu’elle viendra à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels »

Secrète

Recevez, nous vous en supplions, Seigneur, les biens que nous vous offrons après les avoir reçus de votre largesse, afin que par la vertu et l’opération de votre grâce, ces mystères sacro-saints nous sanctifient dans la conduite de la vie présente et nous fassent parvenir aux joies éternelles.

Office

4e leçon

Du livre La Cité de Dieu, de saint Augustin, évêque

Une certaine image de l’avenir se voit aussi en Salomon, car il bâtit le temple, il vécut en paix, selon le présage de son nom, - Salomon en effet signifie Pacifique - et, au début de son règne, il fut au-dessus de toute louange. Sa personne, comme une ombre de l’avenir, précède et annonce le Christ notre Seigneur, sans le montrer en toute clarté. Plusieurs épisodes écrits à propos de Salomon semblent prédits du Christ lui-même. L’Écriture sainte dans ses récits du passé prophétise, elle esquisse, pour ainsi dire, la figure des évènements futurs

5e leçon

Car, outre les livres historiques inspirés qui racontent le règne de Salomon, le psaume 71 porte son nom en titre. Tant de passages de ce psaume ne sauraient nullement convenir à Salomon, ils conviennent cependant au Seigneur Christ avec une transparente clarté. Aussi apparaît-il à l’évidence qu’en Salomon une figure imprécise se voile d’ombre, tandis que dans le Christ, la vérité elle-même se découvre

6e leçon

On sait, en effet, quelles limites bornaient le royaume de Salomon, et cependant, pour ne rien dire d’autre, on lit dans ce psaume : « Il étendra sa seigneurie de la mer à la mer, du Fleuve jusqu’au bout de la terre ». Or, nous voyons ces paroles réalisées dans le Christ. Sa seigneurie prit son départ du fleuve, où il est baptisé par Jean qui le désigne. Ses disciples commencent à le reconnaître ; ils l’appellent non seulement Maître, mais Seigneur.

7e leçon

Homélie de saint Jérôme, prêtre

L’intendant de richesses malhonnêtes reçoit un éloge de la bouche de son maître pour s’être préparé une sorte de justice avec le fruit même de sa malhonnêteté, et le maître lésé loue la prudence de l’intendant parce qu’en portant préjudice à son maître, il a, dans son intérêt personnel, agi prudemment. Le Christ ne peut subir aucun dommage et toujours incline à la clémence. Combien plus ne louera-t-il pas ses disciples s’ils ont exercé la miséricorde à l’égard de ceux qui croiront en lui ?

8e leçon

Après la parabole, le Seigneur ajoute : « Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec le mammon malhonnête ! » Ce n’est pas l’hébreu, mais le syriaque qui appelle « mammon » malhonnête les richesses parce qu’elles s’amassent par des procédés malhonnêtes. Si donc un bien mal acquis, mais adroitement distribué, peut se changer en justice, la parole divine qui, elle, n’a rien de malhonnête et qui a été confiée aux Apôtres, n’élèvera-t-elle pas jusqu’au ciel ceux qui l’administrent, pourvu que ce soit à bon escient ?

9e leçon

On comprend la suite : Celui qui est fidèle pour très peu de chose, ce qui veut dire pour le plan charnel, sera fidèle aussi pour beaucoup, ce qui veut dire pour le plan spirituel. Mais celui qui est malhonnête pour très peu qui ne met pas au service de ses frères ce que Dieu a créé pour tous, celui-là sera malhonnête aussi dans le partage des richesses spirituelles, car il ne dispensera pas la doctrine selon les besoins, mais selon les personnes. « Or, dit le Seigneur, si vous ne dispensez pas bien les richesses matérielles et caduques, qui donc vous confiera les vraies et éternelles richesses de la doctrine divine ? »

ÉPÎTRE.

Le Docteur des nations continue de former à la vie chrétienne les nouvelles recrues que sa voix puissante et celle de ses collègues dans l’apostolat, dispersés par le monde, amène chaque jour plus nombreuses aux fontaines du salut. Bien que se maintenant attentive aux événements qui se précipitent dans la Judée, l’Église, en effet, n’en réserve pas moins toujours ses sollicitudes les plus maternelles pour le grand œuvre de l’éducation des enfants qu’elle engendre à l’Époux. C’est ainsi que, pendant qu’Israël suit jusqu’au bout la voie fatale du reniement, une autre famille se forme et grandit qui prend sa place devant Dieu, et dédommage le Seigneur, par sa docilité, des amertumes dont l’abreuvèrent ses premiers fils. Les prétentions jalouses du peuple ancien, ces contradictions dont le Christ se plaint dans le Psaume, n’ont point pris fin encore, et déjà l’Homme-Dieu, grâce à l’Église, est devenu la tête des nations.

Rien n’égale la fécondité de l’Épouse, sinon la puissance de sanctification qu’elle déploie, au milieu d’éléments si divers, pour présenter dès les premiers jours à son Seigneur et roi un empire affermi dans l’unité de l’amour, une génération toute céleste et toute pure dans l’intelligence et la pratique parfaite des vertus. Assurément l’Esprit sanctificateur agit lui-même directement sur les âmes des nouveaux baptisés ; néanmoins, ineffable harmonie du plan divin ! Depuis que le Verbe s’est fait chair et qu’il s’est associé dans l’œuvre du salut des hommes une Épouse toujours visible ici-bas, l’opération invisible de l’Esprit qui procède du Verbe n’arrive point à son terme normal sans la coopération et l’intervention extérieure de cette Épouse de l’Homme-Dieu. Non seulement l’Église est la dépositaire des formules toutes-puissantes et des rites mystérieux qui font du cœur de l’homme une terre renouvelée, dégagée des ronces et prête à fructifier au centuple ; c’est elle encore qui, sous les mille formes de son enseignement, distribue la semence dans les sillons du Père de famille. S’il revient à l’Esprit une admirable part dans cette fécondité et cette vie sociale de l’Église, son rôle près des élus considérés individuellement consiste surtout à faire valoir en eux les énergies divines des sacrements qu’elle confère, et à développer les germes de salut que sa parole dépose en leurs âmes.

Aussi sera-ce, dans tous les siècles, une mission importante et sublime que celle de ces hommes, chefs des églises particulières, docteurs privés ou directeurs des âmes, qui représenteront, près des fidèles isoles, la Mère commune ; ils fourniront véritablement pour elle à l’Esprit divin les éléments sur lesquels doit porter son action toute-puissante. Mais aussi, malheur au temps dans lequel les dispensateurs de la parole sainte ne laisseraient plus tomber sur les âmes, avec des principes diminués ou faussés, qu’une semence atrophiée ! L’Esprit n’est point tenu de suppléer par lui-même à leur insuffisance ; et il ne le fera pas d’ordinaire, respectueux qu’il est de l’ordre établi par l’Homme-Dieu pour la sanctification des membres de son Église.

La Mère commune vient d’ailleurs magnifiquement à l’aide de ces délaissés dans sa Liturgie, qui renferme toujours, soutenues de la force même du Sacrifice et vivifiées par les grâces du Sacrement d’amour, la règle très sûre des mœurs et les plus sublimes leçons des vertus. Mais pour cela faut-il encore que ces pauvres âmes, trop habituées souvent à regarder comme la voie royale de la perfection la vie chétive qu’elles se sont faite, comprennent quelle place il convient de laisser au pain sans force et à l’eau appauvrie dont elles se nourrissent, en présence des intarissables et authentiques trésors du sein maternel. « O vous tous qui avez soif, dirait le prophète, venez donc à la source vive. Pourquoi dépenser vos richesses à ce qui ne peut vous nourrir, et vos sueurs à ce qui ne peut vous rassasier ? Bien plutôt, sans argent ni dépense, sans échange d’aucune sorte, achetez et mangez, abreuvez-vous de vin et de lait : en m’écoutant, nourrissez-vous de la bonne nourriture, et que votre âme se délecte et s’engraisse ». S’il est une remarque, en effet, qui doive attirer l’attention non moins que la reconnaissance du chrétien en quête de lumières au sujet de la voie qui conduit au ciel, c’est bien assurément que l’Église ait pris soin de choisir elle-même, au milieu du trésor des Écritures, et de rassembler dans le plus usuel de tous les livres les passages pratiques qu’elle sait mieux que personne sans doute convenir à ses fils. A cette école de la sainte Liturgie, de son livre de Messe, le fidèle humblement et pieusement attentif ne sera point exposé à voir s’affaiblir ou vaciller jamais la lumière. « C’est ici le chemin, lui dira son guide avec autorité ; prenez-le sans crainte, et ne vous écartez ni à droite, ni à gauche ». L’Église, faut-il s’en étonner ? l’emportera toujours, dans la conduite des âmes, sur les plus profonds des docteurs et les plus saints mêmes de ses fils.

Qu’on réunisse les quelques lignes empruntées comme Épîtres, dans ces trois derniers dimanches, à la lettre de saint Paul aux Romains ; et qu’on dise si, indépendamment de leur infaillible vérité garantie par l’Esprit-Saint lui-même, il est possible de trouver ailleurs une aussi admirable exposition des bases de la morale révélée. La clarté, la simplicité d’expression, la véhémence chaleureuse de l’exhortation apostolique, le disputent, dans ce peu de paroles, à l’ampleur de la doctrine et à la portée des considérations que l’on y voit empruntées aux plus sublimes aspects du dogme chrétien. Jésus-Christ, fondement du salut, sa mort et son glorieux tombeau devenus dans le baptême le point de départ de l’homme régénéré, sa vie en Dieu modèle de la nôtre ; la honte passée de nos corps asservis, la fécondité sanctifiante des vertus remplaçant dans nos membres la désastreuse germination des vices ; aujourd’hui enfin les droits de l’esprit sur la chair, et ses devoirs contre elle s’il tient à garder sa juste prééminence, si l’homme veut maintenir la liberté qu’il a recouvrée par la grâce de l’Esprit d’amour et se montrer, comme il l’est en toute vérité, le fils de Dieu, le cohéritier du Christ : telles sont les splendides réalités illuminant pour nous désormais de leurs célestes rayons la loi de la vie dont on vit par L’Esprit-Saint dans le Christ Jésus ; tels se produisent, en face du monde, les axiomes de la science du salut qui doit remplacer à la fois les impuissances de la loi juive et la stérile morale de la philosophie.

Car c’est une vérité qu’il convient de retenir aussi, comme étant l’idée-mère de toute cette sublime épître aux Romains : l’impuissance, la stérilité pour la justice complète et le bien absolu, sont la part trop certaine de l’humanité non relevée par la grâce. L’expérience l’a prouvé, saint Paul le déclare, les Pères bientôt l’affirmeront unanimement, et l’Église le définira dans ses conciles. L’homme peut arriver, il est vrai, par les seules forces de sa nature tombée, à la possession de certaines vérités et à la pratique de quelque bien ; mais il ne parviendra jamais, sans la grâce, à connaître et moins encore à observer les préceptes de la loi simplement naturelle dans leur ensemble.

De Jésus donc, de Jésus seul vient toute justice. Non seulement la justice surnaturelle, qui suppose l’infusion de la grâce sanctifiante dans l’âme du pécheur, est de lui tout entière ; mais encore cette justice naturelle dont les hommes se parent si volontiers, et qu’ils prétendent leur tenir lieu de tout le reste, échappe à quiconque n’adhère point au Christ par la foi et l’amour. Que les adeptes de l’indépendance de l’esprit humain exaltent leur morale et vantent leurs vertus ; nous chrétiens, nous ne savons qu’une chose que nous tenons de notre mère l’Église : l’honnête homme, c’est-à-dire l’homme véritablement en règle avec tous les devoirs que lui impose sa nature, ne se trouve point ici-bas sans le secours très spécial de l’Homme-Dieu rédempteur et sauveur. Avec saint Paul, soyons donc fiers de l’Évangile ; car il est bien la vertu de Dieu, non seulement pour sauver l’homme et justifier l’impie, mais encore pour donner la justice agissante et parfaite aux âmes avides de droiture. Le juste vit de la foi, dit l’Apôtre, et sa justice croît avec elle ; sans la foi en Jésus, la prétention d’arriver par soi et ses œuvres à la consommation de tout bien n’engendre que la stérilité de l’orgueil et n’attire que des maux. Les Juifs en font aujourd’hui la triste expérience. Fiers de leur loi qui leur donnait une lumière plus grande qu’aux nation, et voulant établir sur elle seule leur propre justice, ils ont méconnu celui qui était la fin de la loi, la source de toute justice véritable ; ils ont repoussé le Christ qui leur apportait, avec la délivrance du mal antérieur, la connaissance du précepte et la force de l’accomplir ; ils sont restés dans leur iniquité, ajoutant faute sur faute au péché d’origine, thésaurisant pour le jour de colère. Or voilà qu’à cette heure même s’accomplit la prédiction d’Isaïe, mettant les paroles suivantes dans la bouche des restes d’Israël que nous accompagnons aujourd’hui dans leur fuite : « Si le Seigneur des armées n’eût réservé quelques rejetons de notre race, nous aurions été comme Sodome et Gomorrhe ».

« Que dirons-nous donc, s’écrie l’Apôtre ? sinon que les nations, qui ne cherchaient point la justice, ont trouvé et saisi la justice, mais la justice qui vient de la foi ; Israël au contraire, « poursuivant la loi de la justice, ne l’a point rencontrée. Pourquoi, cela ? parce qu’il n’a point voulu la tenir de la foi, et s’est conduit comme s’il pouvait l’obtenir par les œuvres. Ils ont bronché contre la pierre d’achoppement, selon qu’il est écrit : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement et de scandale, et quiconque croira en celui qui est cette pierre ne sera point confondu ».

ÉVANGILE.

Les divers termes de la parabole qui nous est proposée sont faciles à saisir, et renferment une doctrine profonde. Dieu seul est riche par nature, parce qu’à lui seul appartient en propre le domaine direct et absolu sur toutes choses : elles sont à lui, parce qu’il les a faites. Mais en envoyant son Fils dans le monde sous une forme créée, il l’a constitué par cette mission dans le temps l’héritier des ouvrages sortis de ses mains, comme il l’était déjà des trésors mêmes de la nature divine par le fait de sa génération éternelle. L’homme riche de notre Évangile, c’est donc le Seigneur Jésus portant dans son humanité unie au Verbe le titre d’hérédité universelle qui l’établit sur tous les biens, créés ou non, finis ou infinis, du Dieu très-haut. C’est à lui qu’appartiennent les cieux chantant sa gloire  et fiers de former pour un temps son vêtement de lumière, l’océan qui proclame sa puissance au sein des tempêtes et abat docile à ses pieds la fureur de ses flots, la terre enfin lui présentant l’hommage de sa plénitude. L’herbe et les fleurs de la prairie, les fruits variés, la fertile beauté des champs, les oiseaux du ciel comme les poissons qui peuplent les fleuves ou parcourent les sentiers des mers, les grands troupeaux comme l’insecte ignoré, comme la bête fauve qui se dérobe dans la profondeur des forêts ou sur les montagnes : tout est sien, tout est soumis à son empire. A lui aussi appartiennent en pleine possession l’argent et l’or, et l’homme même, qui ne serait que son esclave à jamais, s’il n’avait daigné miséricordieusement le diviniser et l’appeler en part de ses biens éternels. Au lieu d’esclaves, il a voulu avoir en nous des frères ; et, retournant de ce monde à son Père devenu le nôtre par sa grâce, il nous a envoyé l’Esprit-Saint comme le témoin de la filiation divine en nos âmes, comme le gage de l’hérédité sacrée qui nous assure le ciel. Biens ineffables du siècle futur, héritage sans pareil, dont la grandeur fait tressaillir l’Homme-Dieu lui-même dans le psaume célébrant sa résurrection glorieuse ! Nous ses membres et ses cohéritiers, nous avons le droit de dire avec lui : « Le cordeau du partage est tombé pour moi sur une part merveilleuse. Splendide est en effet mon héritage ; car c’est Dieu même qui m’est échu en possession. Béni soit le Seigneur qui m’a donné de le comprendre  ! »

Toutefois, pour arriver à la jouissance des richesses éternelles, une épreuve nous est imposée : il faut que nous fassions valoir ici-bas le domaine visible du Christ. Notre fidélité dans la gestion de ces biens inférieurs, confiés en des proportions si variées aux soins des fils d’Adam pendant les jours de leur exil, marquera la mesure des récompenses sans fin qui nous attendent. Divine convention, ineffable accord de justice et d’amour ! de ses biens l’Homme-Dieu a fait deux parts : il nous assure la pleine propriété de la part éternelle, seule vraiment grande, seule capable de satisfaire nos aspirations infinies ; pour l’autre, qui en elle-même ne mériterait point d’attirer le regard d’êtres appelés à contempler la divine essence, il dédaigne d’y attacher nos âmes et se refuse à nous communiquer sur elle les droits d’un domaine absolu. La vraie propriété des biens du temps reste donc à lui seul ; la possession qu’il octroie des richesses de la terre d’épreuve aux futurs cohéritiers de son éternité, demeure soumise à mille restrictions durant leur vie, et révèle à la mort son caractère essentiellement précaire : elle ne suit point les hommes au delà du tombeau.

Un jour vient pour l’insensé, comme pour le sage, où l’on doit lui redemander son âme, où le riche, traduit comme le pauvre dans la nudité du jour de sa naissance en présence du seul Maître, entendra la parole : Rendez-moi compte de votre administration. La règle du jugement, à cette heure terrible, sera celle-là même que nous a révélée le Seigneur en personne, lorsqu’il disait dans les jours de sa vie mortelle : « Il sera réclamé beaucoup à qui l’on a donné beaucoup ; et il sera demandé plus à qui l’on aura confié davantage ». Malheur alors au serviteur qui s’était cru maître, à l’économe qui, méconnaissant son mandat, s’est plu à dissiper vainement des biens dont il n’était que le dispensateur ! Il comprend, à la lumière de l’éternité, l’erreur de son fol orgueil ; il pénètre l’injustice souveraine d’une vie, honnête peut-être selon le monde, mais passée tout entière sans tenir compte des intentions de celui qui lui confia ces richesses dont il était si fier. Dépossédé sans retour, il ne peut réparer ses torts par une administration plus conforme à l’avenir aux volontés du maître du monde. S’il pouvait du moins se reformer laborieusement un héritage, ou trouver assistance près de ceux qui vécurent avec lui sur terre ! Mais au delà du temps le travail cesse ; et ses mains vides, devenues impuissantes, ne recueilleraient que la honte en s’ouvrant pour demander l’aumône, au pied du tribunal redoutable où chacun craint à bon droit de ne pouvoir se suffire à lui-même.

Heureux donc si, dès ce monde, la voix des menaces divines qui retentit en mille manières parvient à réveiller sa conscience ; si, comme l’économe de notre Évangile, il profite du temps qui lui reste, et se dit avec Job : Que ferai-je, quand Dieu se lèvera pour le jugement ? Lorsqu’il m’interrogera, que lui répondrai-je?

Celui même qui doit être son juge lui indique miséricordieusement, aujourd’hui, le moyen de parer la peine qu’ont encourue ses malversations. Qu’il imite l’habileté de l’économe infidèle, et il sera loué pleinement : non seulement, comme lui, à cause de sa prudence ; mais parce qu’en disposant ainsi pour les serviteurs de Dieu des richesses mises en ses mains, loin de frustrer le Seigneur de toutes choses, il ne fait que rentrer dans ses intentions. Quel est en effet l’économe fidèle autant que prudent, établi par le Seigneur sur sa famille, sinon celui qui pourvoie les membres de cette famille, en temps opportun, de froment et d’huile ? Corporelle ou spirituelle, l’aumône nous assure des amitiés puissantes pour l’heure du grand dénuement, au jour où la terre doit manquer à notre vie défaillante ; car c’est aux pauvres qu’appartient le royaume des cieux; si nous employons les richesses de la vie présente à abriter et soulager leur misère ici-bas, ils ne manqueront pas de nous recevoir à leur tour dans leurs maisons, qui sont les tabernacles éternels.

Tel est le sens direct et obvie de la parabole qui nous est proposée. Mais si nous voulons pénétrer complètement l’intention pour laquelle l’Église choisit aujourd’hui ce passage de l’Évangile, il nous faut recourir à saint Jérôme qui s’en est fait l’interprète officiel dans l’Homélie de l’Office de la nuit. Poursuivons avec lui la lecture évangélique : Celui qui est fidèle dans les petites choses, continue le texte sacré, c’est aussi dans les grandes, et celui qui est injuste dans les petites choses le sera dans les grandes ; si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses iniques et trompeuses, qui vous confiera les biens véritables ? Or Jésus parlait ainsi, observe saint Jérôme, devant les scribes et les pharisiens qui le tournaient en dérision, voyant bien que la parabole était contre eux. L’infidèle dans les petites choses, c’est en effet le Juif jaloux, qui, dans le domaine restreint de la vie présente, refuse à ses frères l’usage des biens créés pour tous. Si donc, est-il dit à ces scribes avares, vous êtes convaincus de malversation dans la gestion de richesses fragiles et passagères, qui pourrait vous confier les vraies, les éternelles richesses de la parole divine et de l’enseignement des nations ? Demande redoutable, que le Seigneur laisse aujourd’hui en suspens sur la tête des infidèles dépositaires de la loi des figures. Mais combien, dans peu, la réponse sera terrifiante !

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Saint Alphonse Marie évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Etienne Ier Pape et Martyr

2 Août 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Alphonse Marie évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Etienne Ier Pape et Martyr

Collecte

Dieu, vous avez fécondé votre Église d’une nouvelle famille par le ministère du bienheureux Alphonse-Marie, votre Confesseur et Pontife, qui brûlait de zèle pour le salut des âmes : faites, nous vous en prions, qu’instruits par ses leçons salutaires et fortifiés par ses exemples, nous puissions parvenir heureusement jusqu’à vous.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Alphonse-Marie de Liguori naquit à Naples, de parents nobles, et donna dès son bas âge des marques évidentes de sa future sainteté. Ses parents l’offrirent jeune encore à saint François de Hiéronimo, de la société de Jésus ; celui-ci, après avoir bien prié, déclara que l’enfant deviendrait nonagénaire, qu’il serait élevé à la dignité épiscopale, et qu’il ferait un bien considérable dans l’Église. Dès l’enfance, Alphonse s’éloignait des jeux et formait, par sa parole et son exemple, de nobles adolescents à la modestie chrétienne. Devenu jeune homme, il se fit inscrire dans de pieuses confréries et mit son bonheur à servir les malades dans les hôpitaux publics, à vaquer longuement à l’oraison dans les églises et à fréquenter les sacrements. A la piété il unit si bien l’étude des lettres que, à peine âgé de seize ans, il fut reçu Docteur dans l’un et l’autre droit à l’université de son pays. Pour obéir à son père, il embrassa la carrière d’avocat, mais quoiqu’il obtînt de grands succès, il l’abandonna de lui-même, après avoir reconnu les périls du barreau. Il renonça ensuite à un très brillant mariage que son père lui proposait, abdiqua son droit d’aînesse et suspendit son épée à l’autel de Notre-Dame de la Merci, pour se consacrer au divin ministère. Devenu prêtre, il s’attaqua aux vices avec tant de zèle et remplit si bien l’office d’apôtre, en se portant rapidement ça et là au secours des pécheurs, que beaucoup se convertirent. Plein de compassion pour les pauvres et les paysans en particulier, il institua la Congrégation des Prêtres du très saint Rédempteur, qui, marchant sur les traces du Rédempteur lui-même, s’emploieraient à évangéliser les pauvres dans les campagnes, les bourgs et les villages.

Cinquième leçon. Pour que rien ne l’écartât de son but, il s’obligea par un vœu perpétuel à ne jamais perdre un instant. Et par suite, enflammé de zèle, il mit toute son application à gagner des âmes à Jésus-Christ et à les amener à une vie plus parfaite, soit en prêchant la parole divine, soit en écrivant des ouvrages remplis d’érudition sacrée et de piété. C’est chose vraiment merveilleuse de voir combien il a étouffé de haines et ramené de gens au droit chemin du salut dont ils s’étaient écartés. Serviteur dévoué de la Mère de Dieu, il publia un livre pour la glorifier ; et plusieurs fois, lorsqu’en prêchant il mettait plus de chaleur à ses louanges, tout l’auditoire observa que son visage resplendissait d’un éclat merveilleux projeté sur lui par la Vierge, et qu’il était ravi en extase. Il propagea admirablement le culte de la Passion du Seigneur et celui de la sainte Eucharistie, dont il était un contemplateur assidu. Pendant qu’il priait devant l’autel ou qu’il célébrait le saint Sacrifice, ce qu’il n’omit jamais, la véhémence de son amour le faisait se fondre en ardeurs séraphiques, ou l’agitait de mouvements extraordinaires, ou encore lui enlevait le sentiment des choses extérieures. Dans tout le cours de sa vie, il ne commit aucune faute mortelle, et joignit une admirable innocence à une égale pénitence. Il châtiait son corps par l’abstinence, les chaînes de fer, les cilices et de sanglantes flagellations. Entre autres dons, il reçut celui de prophétie, le double privilège de scruter les cœurs et d’être en deux endroits à la fois, ainsi que le pouvoir des miracles.

Sixième leçon. Les dignités ecclésiastiques qui lui furent offertes ne le tentèrent jamais. Toutefois l’autorité du Pape Clément XIII lui imposa la charge de gouverner l’Église de Sainte-Agathe-des-Goths. Si, devenu Évêque, il changea d’habit, il ne modifia en rien la sévérité de son genre de vie. Ce fut la même frugalité, le même zèle incomparable pour la discipline chrétienne, la même application à réprimer le vice et à détruire l’erreur, le même soin à s’acquitter des obligations pastorales. Libéral à l’égard des pauvres, il leur distribuait tous les revenus de son Église ; sa charité l’amena même à vendre, pendant une famine, le mobilier de sa maison, pour nourrir les affamés. Se faisant tout à tous, il ramena les religieuses à une forme de vie plus parfaite et prit soin de fonder un monastère de religieuses de sa congrégation. Des maladies graves et habituelles le déterminèrent à abandonner la charge de l’épiscopat : pauvre en quittant ses disciples, il revint pauvre au milieu d’eux. Enfin tout brisé qu’il était par la vieillesse, les fatigues, les longues souffrances de la goutte et d’autres maladies encore, son esprit continua d’être très lucide, et il ne cessa de parler et d’écrire sur les choses du ciel, que le jour où il expira paisiblement, âgé de quatre-vingt-dix ans aux calendes d’août, l’an mil sept cent quatre-vingt-sept, à Nocera degli Pagani, au milieu des larmes des religieux ses enfants. Ses vertus et ses miracles l’ayant illustré, le souverain Pontife Pie VII l’inscrivit aux fastes des Bienheureux ; et de nouveaux miracles ayant ajouté à sa gloire terrestre, Grégoire XVI le mit solennellement au catalogue des Saints, en la fête de la très sainte Trinité, l’an mil huit cent trente-neuf. Enfin le souverain Pontife Pie IX, de l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, le déclara Docteur de l’Église universelle.

Au troisième nocturne

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilía 17 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Sauveur nous instruit, mes bien-aimés frères, tantôt par ses paroles, et tantôt par ses œuvres. Ses œuvres elles-mêmes sont des préceptes, et quand il agit, même sans rien dire, il nous apprend ce que nous avons à faire. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples prêcher ; il les envoie deux à deux, parce qu’il y a deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et qu’il faut être au moins deux pour qu’il y ait lieu de pratiquer la charité. Car, à proprement parler, on n’exerce pas la chanté envers soi-même ; mais l’amour, pour devenir charité, doit avoir pour objet une autre personne.

Huitième leçon. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples deux à deux pour prêcher ; il nous fait ainsi tacitement comprendre que celui qui n’a point de charité envers le prochain ne doit en aucune manière se charger du ministère de la prédication. C’est avec raison que le Seigneur dit qu’il a envoyé ses disciples devant lui, dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Le Seigneur suit ceux qui l’annoncent. La prédication a lieu d’abord ; et le Seigneur vient établir sa demeure dans nos âmes, quand les paroles de ceux qui nous exhortent l’ont devancé, et qu’ainsi la vérité a été reçue par notre esprit.

Neuvième leçon. Voilà pourquoi Isaïe a dit aux mêmes prédicateurs : « Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits les sentiers de notre Dieu ». A son tour le Psalmiste dit aux enfants de Dieu : « Faites un chemin à celui qui monte au-dessus du couchant ». Le Seigneur est en effet monté au-dessus du couchant ; car plus il s’est abaissé dans sa passion, plus il a manifesté sa gloire en sa résurrection. Il est vraiment monté au-dessus du couchant : car, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu’il avait endurée. Nous préparons donc le chemin à Celui qui est monté au-dessus du couchant quand nous vous prêchons sa gloire, afin que lui-même, venant ensuite, éclaire vos âmes par sa présence et son amour.

Hier, avec Pierre et les Machabées, nous admirions les substructions du palais que l’éternelle Sagesse se construit dans le temps pour durer toujours. Aujourd’hui, nous conformant aux divines mœurs de cette Sagesse qui atteint en se jouant d’une extrémité à l’autre, c’est au sommet de l’œuvre, à la dernière des assises actuellement posées, qu’il nous est donné de contempler le progrès du glorieux édifice. Or, au sommet comme dans les fondations, l’œuvre est une, les matériaux restent sans prix : témoin la pierre d’une eau si pure qui, à cette heure, envoie sur nous ses feux.

Alphonse de Liguori est, à la fois comme Docteur et comme Saint, le plus récent des bienheureux auxquels s’adresse l’hommage universel du monde. Grand par ses œuvres et sa doctrine, à lui s’applique directement l’oracle de l’Esprit-Saint : Ceux qui enseignent la justice à plusieurs brilleront comme des étoiles dans les éternités sans fin.

Quand il parut, une secte odieuse voulait enlever au Père qui est aux cieux sa miséricorde et sa douceur ; elle triomphait, dans la conduite pratique des âmes, auprès de ceux-là même que rebutaient ses calvinistes théories. Sous couleur de réaction contre une école imaginaire de relâchement, dénonçant à grand bruit les propositions effectivement condamnables de quelques personnages isolés, les nouveaux pharisiens s’étaient posés en zélateurs de la Loi. Outrant le précepte, exagérant la sanction, ils chargeaient les consciences des mêmes intolérables fardeaux dont l’Homme-Dieu reprochait à leurs devanciers d’écraser les épaules humaines ; mais le cri d’alarme jeté par eux, au nom de la morale en péril, n’en avait pas moins trompé les simples et fini par égarer les meilleurs. Grâce à l’ostentation d’austérité de ses adhérents, le jansénisme, habile du reste à prudemment voiler ses dogmes, n’était que trop parvenu, selon son programme, à s’imposer à l’Église malgré l’Église ; d’inconscients alliés lui livraient dans la cité sainte les sources du salut. Bientôt, en trop de lieux, les Clefs sacrées n’eurent plus d’usage que pour ouvrir l’enfer ; la table sainte, dressée pour entretenir et développer en tous la vie, ne fut plus accessible qu’aux parfaits : et ceux-ci n’étaient jugés tels que dans la mesure où, par un renversement étrange des paroles de l’Apôtre, ils soumettaient l’esprit d’adoption des enfants à l’esprit de servitude et de crainte ; quant aux fidèles qui ne s’élevaient pas à la hauteur du nouvel ascétisme, ne trouvant au tribunal de la pénitence, en place de pères et de médecins, que des exacteurs et des bourreaux, ils n’avaient plus devant eux que l’abandon du désespoir ou de l’indifférence. Partout cependant légistes et parlements prêtaient main forte aux réformateurs, sans se soucier du flot d’incrédulité haineuse qui montait autour d’eux, sans voir la tempête amoncelant ses nuages.

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le royaume des deux ; car vous n’y entrez point, et ne laissez pas les autres y entrer. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et lorsqu’il est fait, le rendez fils d’enfer deux fois plus que vous. Ce n’est point de vos conventicules qu’il est dit que les fils de la Sagesse sont l’assemblée des justes ; car il est dit aussi que ce peuple des justes est tout obéissance et amour. Ce n’est point de la crainte dont vous êtes les apôtres, que le Psalmiste a chanté : La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ; car de cette crainte salutaire, sous la loi même du Sinaï, l’Esprit-Saint disait : « Vous qui craignez le Seigneur, croyez en lui, et vous ne perdrez pas votre récompense ; vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui, et sa miséricorde viendra sur vous dans la joie ; vous qui craignez le Seigneur, aimez-le, et vos cœurs seront remplis de lumière ». Tout écart, qu’il provienne de rigueur aussi bien que de faiblesse, heurte la justice en sa rectitude ; mais, depuis surtout Bethléhem et le Calvaire, il n’est point de péché qui atteigne plus le cœur divin que celui de défiance ; il n’est de faute irrémissible que dans la désespérance de Judas disant comme Caïn : « Mon crime est trop grand pour en obtenir le pardon ».

Qui donc cependant, dans l’impasse ténébreuse où les docteurs en vogue avaient amené les plus fermes esprits, retrouverait la clef de la science ! Mais la Sagesse gardait en ses trésors, dit l’Esprit-Saint, les formules des mœurs. De même qu’en d’autres temps à chaque dogme attaqué elle avait suscité des vengeurs nouveaux : en face d’une hérésie qui, malgré les prétentions spéculatives de ses débuts, n’eut véritablement que là de portée durable, elle produisit Alphonse de Liguori comme le redresseur de la loi faussée et le Docteur par excellence de la morale chrétienne. Également éloigné d’un rigorisme fatal et d’une pernicieuse indulgence, il sut rendre aux justices du Seigneur, pour parler comme le Psaume, leur droiture en même temps que leur don de réjouir les cœurs, à ses commandements leur lumineuse clarté qui les fait se justifier par eux-mêmes à ses oracles la pureté qui attire les âmes et conduit fidèlement les petits et les simples des commencements de la Sagesse à ses sommets.

Ce ne fut point en effet seulement sur le terrain de la casuistique que saint Alphonse parvint, dans sa Théologie morale, à conjurer le virus qui menaçait d’infecter toute vie chrétienne. Tandis que, par ailleurs, sa plume vaillante ne laissait sans réponse aucune des attaques du temps contre la vérité révélée, ses œuvres ascétiques et mystiques ramenaient la piété aux sources traditionnelles de la fréquentation des Sacrements, de l’amour du Seigneur et de sa divine Mère. La Sacrée Congrégation des Rites, qui dut examiner au nom du Saint-Siège les œuvres de notre Saint, et déclara n’y rien trouver qui fût digne de censure  a rangé sous quarante titres différents ses innombrables écrits. Alphonse pourtant ne s’était résolu que bien tard à communiquer au public, par la voie de la presse, les lumières dont son âme était inondée ; son premier ouvrage, qui fut le livre d’or des Visites au Saint Sacrement et à la sainte Vierge, ne parut que vers la cinquantième année de l’auteur. Or, si Dieu prolongea il est vrai son existence au delà des limites ordinaires, il ne lui épargna ni la double charge de l’épiscopat et du gouvernement delà congrégation qu’il avait fondée, ni les plus pénibles infirmités, ni les souffrances morales plus douloureuses encore.

Je n’ai point caché votre justice dans mon cœur : j’ai publié de vous la vérité et le salut. Ainsi en votre nom l’Église chante-t-elle aujourd’hui, reconnaissante pour le service insigne que vous lui avez rendu dans ces jours des pécheurs où la piété semblait perdue. En butte aux assauts d’un pharisaïsme outré, sous le regard sceptique de la philosophie railleuse, les bons eux-mêmes hésitaient sur la direction des sentiers du Seigneur. Tandis que les moralistes du temps ne savaient plus que forger pour les consciences d’absurdes entraves, l’ennemi avait beau jeu de crier : Brisons leurs chaînes, et rejetons loin leur joug Compromise par ces docteurs insensés, l’antique sagesse révérée des aïeux n’était plus, pour les peuples avides d’émancipation, qu’un édifice en ruines. Dans cette extrémité sans précédents, vous fûtes, ô Alphonse, l’homme prudent désiré de l’Église, et dont la bouche énonce les paroles qui raffermissent les cœurs.

Longtemps avant votre naissance, un grand Pape avait dit que le propre des Docteurs est « d’éclairer l’Église, de l’orner des vertus, de former ses mœurs ; par eux, ajoutait-il, elle brille au milieu des ténèbres comme l’astre du matin ; leur parole fécondée d’en haut résout les énigmes des Écritures, dénoue les difficultés, éclaircit les obscurités, interprète ce qui est douteux ; leurs œuvres profondes, et relevées par l’éloquence du discours, sont autant de perles précieuses ennoblissant la maison de Dieu non moins qu’elles la font resplendir ». Ainsi s’exprimait au XIIIe siècle Boniface VIII, lorsqu’il élevait à la solennité du rit double les fêtes des Apôtres, des Évangélistes, et des quatre Docteurs reconnus alors, Grégoire Pape, Augustin, Ambroise et Jérôme. Mais n’est-ce pas là, frappante comme une prophétie, fidèle autant qu’un portrait, la description surtout de ce qu’il vous fut donné d’être ?

Gloire donc à vous qui, dans nos temps de déclin, renouvelez la jeunesse de l’Église, à vous par qui s’embrassent derechef ici-bas la justice et la paix dans la rencontre de la miséricorde et de la vérité. C’est bien à la lettre que vous avez donné sans réserve pour un tel résultat votre temps et vos forces. « L’amour de Dieu n’est jamais oisif, disait saint Grégoire : s’il existe, il fait de grandes choses ; s’il refuse d’agir, ce n’est point l’amour ». Or quelle fidélité ne fut pas la vôtre dans l’accomplissement du vœu redoutable par lequel vous vous étiez enlevé la possibilité même d’un instant de relâche ! Lorsque d’intolérables douleurs eussent paru pour tout autre justifier, sinon commander le repos, on vous voyait soutenant d’une main à votre front le marbre qui semblait tempérer quelque peu la souffrance, et de la droite écrivant vos précieux ouvrages.

Mais plus grand encore fut l’exemple que Dieu voulut donner au monde, lorsqu’il permit qu’accablé d’années, la trahison d’un de vos fils amenât sur vous la disgrâce de ce Siège apostolique pour lequel s’était consumée votre vie, et qui en retour vous retranchait, comme indigne, de l’institut que vous aviez fondé ! L’enfer alors eut licence de joindre ses coups à ceux du ciel ; et vous, le Docteur de la paix, connûtes d’épouvantables assauts contre la foi et la sainte espérance. Ainsi votre œuvre s’achevait-elle dans l’infirmité plus puissante que tout ; ainsi méritiez-vous aux âmes troublées l’appui de la vertu du Christ. Cependant, redevenu enfant par l’obéissance aveugle nécessaire dans ces pénibles épreuves, vous étiez plus près à la fois et du royaume des cieux et de la crèche chantée par vous dans des accents si doux ; et la vertu que l’Homme-Dieu sentait sortir de lui durant sa vie mortelle s’échappait de vous avec une telle abondance sur les petits enfants malades, présentés par leurs mères à votre bénédiction, qu’elle les guérissait tous !

Maintenant qu’ont pris fin les larmes et le labeur, veillez pourtant sur nous toujours. Conservez les fruits de vos œuvres dans l’Église. La famille religieuse qui vous doit l’existence n’a point dégénéré ; plus d’une fois, dans les persécutions de ce siècle, l’ennemi l’a honorée des spéciales manifestations de sa haine ; déjà aussi l’auréole des bienheureux a été vue passant du père à ses fils : puissent-ils garder chèrement toujours ces nobles traditions ! Puisse le Père souverain qui, au baptême, nous a tous également faits dignes d’avoir part au sort des saints dans la lumière, nous conduire heureusement par vos exemples et vos enseignements, à la suite du très saint Rédempteur, dans le royaume de ce Fils de son amour.

 

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Saint Ignace de Loyola confesseur

31 Juillet 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ignace de Loyola confesseur

Collecte

Dieu, pour propager la plus grande gloire de votre nom, vous avez, par le bienheureux Ignace, procuré à votre Église militante de nouveaux renforts : accordez-nous, avec son secours et combattant à son exemple sur la terre, de mériter d’être couronnés avec lui dans le ciel.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Ignace de noble famille espagnole, et né à Loyola au pays des Cantabres, vécut d’abord à la cour du roi catholique, d’où il passa au service militaire. Ayant été grièvement blessé au siège de Pampelune, la lecture de livres pieux, qui lui tombèrent sous la main, l’enflamma d’un vif désir de marcher sur les traces de Jésus-Christ. Parti pour Mont-Serrat, il suspendit ses armes devant l’autel de la bienheureuse Vierge, et consacrant la nuit à veiller, fit ses débuts dans la milice sacrée. Retiré ensuite à Manrèse, couvert d’un sac qui remplaçait les riches habits qu’il avait donnés à un pauvre, il y demeura une année, mendiant le pain et l’eau dont il se nourrissait, jeûnant tous les jours excepté le dimanche, domptant sa chair au moyen d’une rude chaîne et d’un cilice, couchant sur la dure, et se flagellant jusqu’au sang avec des disciplines de fer. C’est alors que Dieu le favorisa de si grandes lumières, que plus tard il avait coutume de dire : « Quand même les saintes Écritures n’existeraient pas, je serais néanmoins prêt à mourir pour la foi, rien qu’en raison des choses que Dieu m’a dévoilées à Manrèse. » C’est alors également que cet homme, tout à fait ignorant dans les lettres, composa le livre des Exercices, livre admirable qui se recommande de l’approbation du Siège apostolique et du bien qu’en retirent les âmes.

Cinquième leçon. Afin de se rendre plus capable de travailler au salut des âmes, Ignace résolut de s’assurer le secours des lettres, et se mêla aux enfants pour commencer l’étude de la grammaire. Cependant il ne négligeait rien par rapport au salut d’autrui, et on ne saurait dire combien de fatigues et d’affronts il eut à subir en tous lieux, souffrant les plus dures épreuves, la prison et les coups, au point presque d’en mourir, ce qui ne l’empêchait pas d’en souhaiter bien davantage pour la gloire de son Maître. S’étant adjoint neuf compagnons de nations diverses, appartenant à l’Université de Paris, tous maîtres es arts et pourvus de leurs grades en théologie, il jeta les premiers fondements de son Ordre à Paris, sur le mont des Martyrs. L’ayant établi ensuite à Rome, ajoutant aux trois vœux ordinaires un quatrième vœu, relatif aux missions, il le mit sous l’étroite dépendance du Saint-Siège. Paul III d’abord l’admit et le confirma ; bientôt après, d’autres Pontifes et le concile de Trente l’approuvèrent. Ayant envoyé saint François Xavier prêcher l’Évangile aux Indes, et disséminé d’autres missionnaires dans les diverses parties du monde pour propager la religion, Ignace déclara lui-même la guerre à la superstition païenne et à l’hérésie. Cette lutte se continua avec un tel succès que, du sentiment universel appuyé sur le témoignage du souverain Pontife, il était évident que Dieu avait opposé Ignace et son institut à Luther et aux hérétiques d’alors, comme il avait suscité d’autres saints personnages à d’autres époques.

Sixième leçon. Ce qu’Ignace eut surtout à cœur, ce fut le renouvellement de la piété chez les catholiques. La beauté des temples, l’enseignement du catéchisme, la fréquentation des assemblées saintes et des sacrements durent beaucoup à son action. Il ouvrit partout des collèges pour former la jeunesse dans les lettres et la piété ; à Rome, il fonda le collège Germanique, des refuges pour les femmes perdues et les jeunes filles exposées à se perdre, des maisons pour recueillir tant les orphelins que les catéchumènes des deux sexes ; il s’appliquait encore avec un zèle infatigable à d’autres bonnes œuvres, afin de gagner des âmes à Dieu. Plus d’une fois on l’a entendu dire : « Si le choix m’était donné, j’aimerais mieux vivre incertain de la béatitude, tout en servant Dieu et en travaillant au salut du prochain, que de mourir immédiatement avec l’assurance de la gloire céleste. » Il exerça sur les démons un empire extraordinaire. Saint Philippe de Néri et plusieurs autres ont vu son visage tout radieux d’une lumière surnaturelle. Enfin, après avoir toujours eu sur les lèvres la plus grande gloire de Dieu, et l’avoir aussi cherchée en toutes choses, il quitta la terre dans sa soixante-cinquième année, pour aller s’unir au Seigneur. Ses grands mérites et ses miracles l’ayant rendu illustre dans l’Église, Grégoire XV ajouta son nom au calendrier des Saints, et Pie XI, accédant aux désirs des saints évêques, le déclara et l’établit céleste protecteur de tous ceux qui suivent les retraites dites exercices spirituels.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilía 17 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Sauveur nous instruit, mes bien-aimés frères, tantôt par ses paroles, et tantôt par ses œuvres. Ses œuvres elles-mêmes sont des préceptes, et quand il agit, même sans rien dire, il nous apprend ce que nous avons à faire. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples prêcher ; il les envoie deux à deux, parce qu’il y a deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et qu’il faut être au moins deux pour qu’il y ait lieu de pratiquer la charité. Car, à proprement parler, on n’exerce pas la chanté envers soi-même ; mais l’amour, pour devenir charité, doit avoir pour objet une autre personne.

Huitième leçon. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples deux à deux pour prêcher ; il nous fait ainsi tacitement comprendre que celui qui n’a point de charité envers le prochain ne doit en aucune manière se charger du ministère de la prédication. C’est avec raison que le Seigneur dit qu’il a envoyé ses disciples devant lui, dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Le Seigneur suit ceux qui l’annoncent. La prédication a lieu d’abord ; et le Seigneur vient établir sa demeure dans nos âmes, quand les paroles de ceux qui nous exhortent l’ont devancé, et qu’ainsi la vérité a été reçue par notre esprit.

Neuvième leçon. Voilà pourquoi Isaïe a dit aux mêmes prédicateurs : « Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits les sentiers de notre Dieu ». A son tour le Psalmiste dit aux enfants de Dieu : « Faites un chemin à celui qui monte au-dessus du couchant ». Le Seigneur est en effet monté au-dessus du couchant ; car plus il s’est abaissé dans sa passion, plus il a manifesté sa gloire en sa résurrection. Il est vraiment monté au-dessus du couchant : car, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu’il avait endurée. Nous préparons donc le chemin à Celui qui est monté au-dessus du couchant quand nous vous prêchons sa gloire, afin que lui-même, venant ensuite, éclaire vos âmes par sa présence et son amour.

Bien que le cycle du Temps après la Pentecôte nous ait maintes fois déjà manifesté la sollicitude avec laquelle l’Esprit divin préside à la défense de l’Église, l’enseignement resplendit aujourd’hui d’une manière nouvelle. Au XVIe siècle, un assaut formidable était livré à la cité sainte. Satan avait choisi pour chef de l’attaque un homme tombé comme lui des hauteurs du ciel. Luther, sollicité dans ses jeunes années par les grâces de choix qui font les parfaits, n’avait point su, dans un jour d’égarement, résister à l’esprit de révolte. Comme Lucifer, qui prétendit égaler Dieu, lui se posa en face du vicaire du Très-Haut sur la montagne du Testament ; bientôt, roulant aussi d’abîme en abîme, il entraînait de même à sa suite la troisième partie des étoiles du ciel de la sainte Église. Loi mystérieuse et terrible, que celle qui si souvent laisse à l’homme ou à l’ange déchu, dans les sphères du mal, la principauté qui devait s’exercer par eux pour le bien et l’amour ! Mais l’éternelle Sagesse n’est cependant jamais frustrée dans la divine loyauté de ce jeu sublime commencé avec le monde, et qui régit toujours les temps; c’est alors qu’à l’encontre de la liberté pervertie de l’ange ou de l’homme, elle met en œuvre cette autre loi de substitution miséricordieuse dont Michel bénéficia le premier.

La vocation d’Ignace à la sainteté suit pas à pas dans ses développements la défection luthérienne. Au printemps de l’année 1521, Luther, jetant son défi à toutes les puissances, venait à peine de quitter Worms et de gagner la Wartbourg, qu’Ignace, à Pampelune, était frappé du coup qui devait le retirer du monde et bientôt le conduire à Manrèse. Valeureux comme ses nobles ancêtres, il s’était senti pénétrer dès ses premiers ans de l’ardeur belliqueuse qu’on les vit montrer sur les champs de bataille de la terre des Espagnes ; mais la campagne contre le Maure a pris fin dans les jours mêmes de sa naissance ; se pourrait-il qu’il n’eût, pour satisfaire ses chevaleresques instincts, que les querelles mesquines où la politique des rois va toujours plus s’abaisser ? Le seul vrai Roi resté digne de sa grande âme, se révèle à lui dans l’épreuve qui vient d’arrêter ses projets mondains ; une milice nouvelle s’offre, à son ambition ; une autre croisade commence ; et l’an 1522 voit, des monts de Catalogne à ceux de Thuringe, se développer la divine stratégie dont les Anges seuls ont encore le secret.

Admirable campagne, où l’on dirait que le ciel se contente d’observer l’enfer, lui laissant prendre les devants, ne se gardant que le droit de faire surabonder la grâce là où l’iniquité prétend abonder. De même que, l’année d’auparavant, le premier appel d’Ignace avait suivi de trois semaines la rébellion consommée de Luther : à trois semaines également de distance, voici qu’en celle-ci l’enfer et le ciel produisent leurs élus sous l’armure différente qui convient aux deux camps dont ils seront chefs. Dix mois de manifestations étranges et d’ascèse diabolique ont préparé le lieutenant de Satan dans la retraite forcée qu’il nomme sa Pathmos ; et le 5 mars, en rupture de ban, le transfuge du sacerdoce et du cloître quitte la Wartbourg transformé sous la cuirasse et le casque en chevalier de fausse marque. Le 25 du même mois, dans la glorieuse nuit où le Verbe prit chair, le brillant soldat des armées du royaume catholique, le descendant des Ognès et des Loyola, vêtu d’un sac comme de l’insigne de pauvreté qui révèle ses projets nouveaux, passe en prières au Mont-Serrat sa veille des armes ; il suspend à l’autel de Marie sa vaillante épée, et de là s’en va préludant aux combats inconnus qui l’attendent dans une lutte sans merci contre lui-même.

Au drapeau du libre examen, qui partout déjà fait flotter ses plis orgueilleux, il oppose sur le sien pour unique devise : À la plus grande gloire de Dieu ! Bientôt Paris, où Calvin recrute dans le secret les futurs huguenots, le voit enrôler, pour le compte du Dieu des armées, la compagnie d’avant-poste qui doit dans sa pensée couvrir l’armée chrétienne en éclairant sa marche, porter et recevoir les premiers coups. L’Angleterre vient-elle, aux premiers mois de 1534, d’imiter dans leur défection l’Allemagne et les pays du Nord, que, le 15 août de cette année, les premiers soldats d’Ignace scellent à Montmartre avec lui l’engagement définitif qu’ils doivent renouveler solennellement plus tard à Saint-Paul-hors-les-Murs. Car c’est à Rome qu’est fixé le point de ralliement de la petite troupe, qui s’accroîtra bientôt merveilleusement, mais dont la profession spéciale sera d’être toujours prête à se porter, au moindre signe, sur tous les points où le Chef suprême de l’Église militante jugera bon d’utiliser son zèle pour la défense de la foi ou sa propagation, pour le progrès des âmes dans la doctrine et la vie chrétienne.

Une bouche illustre a dit en nos temps que « ce qui frappe de prime abord dans l’histoire de la société de Jésus, c’est que pour elle l’âge mûr est contemporain de la première formation. Qui connaît les premiers auteurs de la compagnie, connaît la compagnie entière dans son esprit, dans son but, dans ses entreprises, dans ses procédés, dans ses méthodes. Quelle génération que celle qui préside à ses origines ! Quelle union de science et d’activité, de vie intérieure et de vie militante ! On peut dire que ce sont des hommes universels, des hommes de race gigantesque, en comparaison desquels nous ne sommes que des insectes : de genere giganteo, quibus comparati quasi locustae videbamur ».

Combien plus touchante n’en apparaît pas la simplicité si pleine de charmes de ces premiers Pères de la compagnie, faisant la route qui les sépare de Rome à pied et jeûnant, épuisés, mais le cœur débordant d’allégresse et chantant à demi-voix les psaumes de David ! Quand il fallut, pour répondre aux nécessités de l’heure présente, abandonner dans le nouvel institut les grandes traditions de la prière publique, il en coûta à plusieurs de ces âmes ; ce ne fut pas sans lutte que Marie, sur ce point, dut céder à Marthe : tant de siècles durant, la solennelle célébration des divins Offices avait paru l’indispensable tâche de toute famille religieuse, dont elle formait la dette sociale première, comme elle était l’aliment premier de la sainteté individuelle de ses membres !

Mais l’arrivée de temps nouveaux promenant partout la déchéance et la ruine, appelait une exception aussi insolite alors que douloureuse pour la vaillante compagnie qui dévouait son existence à l’instabilité d’alertes sans fin et de sorties perpétuelles sur les terres ennemies. Ignace le comprit ; et il sacrifia au but particulier qui s’imposait à lui l’attrait personnel qu’il ressentit jusqu’à la fin pour le chant sacré, dont les moindres notes parvenant à son oreille faisaient couler de ses yeux des larmes d’extase. Après sa mort, l’Église, qui jusque-là n’avait point connu d’intérêt primant la splendeur à donner au culte de l’Époux, voulut revenir sur une dérogation qui portait une atteinte si profonde aux instincts les plus chers de son cœur d’Épouse ; on vit Paul IV la révoquer absolument ; mais saint Pie V eut beau lui-même longtemps lutter contre elle, il dut enfin la subir.

Avec les derniers siècles et leurs embûches, l’heure des milices spéciales organisées en camps volants avait sonné pour l’Église. Mais autant il devenait plus difficile chaque jour d’exiger de ces troupes méritantes, absorbées dans de continuels combats au dehors, les habitudes de ceux que protégeaient la Cité sainte et ses anciennes tours de défense : autant Ignace répudiait le contre-sens étrange qui eût voulu réformer les mœurs du peuple chrétien d’après la manière de vivre entraînée par le service de reconnaissances et de grand’garde, auquel il se sacrifiait pour tous. La troisième des dix-huit règles qu’il pose, comme couronnement des EXERCICES SPIRITUELS, pour avoir en nous les vrais sentiments de l’Église orthodoxe, est de recommander aux fidèles les chants de l’Église, les psaumes, et les différentes Heures canoniales au temps marqué pour chacune. Et, en tête de ce livre qui est bien le trésor de la Compagnie de Jésus, établissant les conditions qui permettront de retirer le plus grand fruit possible des mêmes Exercices, il détermine, dans son annotation vingtième, que celui qui le peut devra choisir, pour le temps de leur durée, une habitation d’où il lui soit facile de se rendre aux Offices de Matines et des Vêpres ainsi qu’au divin Sacrifice. Que fait du reste en cela notre Saint, sinon conseiller pour la pratique des Exercices le même esprit dans lequel ils furent composés, en cette retraite bénie de Manrèse où l’assistance quotidienne à la Messe solennelle et aux Offices du soir fut pour lui la source de délices du ciel ?

La victoire qui triomphe du monde est notre foi. Une fois de plus vous l’avez montré, ô vous qui fûtes le grand triomphateur du siècle où le Fils de Dieu vous choisit pour relever son drapeau humilié devant l’étendard de Babel. Contre les bataillons sans cesse grossissant des révoltés, vous fûtes longtemps presque seul, laissant au Dieu des armées le soin de choisir son heure pour vous mettre aux prises avec les cohortes de Satan, comme il l’avait choisie pour vous retirer de la milice des hommes. Le monde, instruit alors de vos desseins, n’y eût vu qu’un objet de risée ; et toutefois nul certes aujourd’hui ne saurait le nier : ce fut un moment solennel pour l’histoire du monde, que celui où, pareil dans votre confiance aux plus illustres capitaines concentrant leurs armées, vous donniez ordre à vos neuf compagnons de gagner trois par trois la Ville sainte. Quels résultats durant les quinze années où cette troupe d’élite, que recrutait l’Esprit-Saint, vous eut à sa tête comme premier Général ! L’hérésie refoulée d’Italie, confondue à Trente, enrayée partout, immobilisée jusqu’en son foyer même ; d’immenses conquêtes sur des terres nouvelles, réparant les pertes subies dans notre Occident ; Sion elle-même rajeunissant sa beauté, relevée dans son peuple et ses pasteurs, assurée pour ses fils d’une éducation répondant à leurs célestes destinées : sur toute la ligne enfin où il avait imprudemment crié victoire, Satan rugissant, dompté à nouveau par ce nom de Jésus qui fait fléchir tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ! Quelle gloire pour vous, ô Ignace, eût jamais égalé celle-là dans les armées des rois de la terre ?

Du trône que vous avez conquis par tant de hauts faits, veillez sur ces fruits de vos œuvres, et montrez-vous toujours le soldat de Dieu. Au travers des contradictions qui ne leur manquèrent jamais, soutenez vos fils au poste d’honneur et de vaillance qui fait d’eux les sentinelles avancées de l’Église. Qu’ils soient fidèles à l’esprit de leur glorieux Père, « ayant sans cesse devant les yeux : premièrement Dieu ; ensuite, comme une voie qui conduit à lui, la forme de leur institut, consacrant tout ce qu’ils ont de forces à atteindre ce but que Dieu leur marque ; chacun pourtant suivant la mesure de la grâce qu’il a reçue de l’Esprit-Saint et le degré propre de sa vocation ». Enfin, ô chef d’une si noble descendance, étendez votre amour à toutes les familles religieuses, dont le sort en face de .la persécution est devenu si étroitement solidaire aujourd’hui de celui de la vôtre ; bénissez spécialement l’Ordre monastique qui protégea de ses antiques rameaux vos premiers pas dans la vie parfaite, et la naissance de l’illustre Compagnie qui sera votre couronne immortelle dans les cieux. Ayez pitié de la France, de ce Paris dont l’université vous fournit les assises de l’inébranlable édifice élevé par vous à la gloire du Très-Haut. Que tout chrétien apprenne de vous à militer pour le Seigneur, à ne jamais renier son drapeau ; que tout homme, sous votre conduite, revienne à Dieu son principe et sa fin.

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