Vigile de l’Ascension
Épitre Ep. 4, 7-13.
Mes frères, à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ. C’est pourquoi l’Écriture dit : Étant monté en haut, il a emmené des captifs, il a donné des dons aux hommes. Or, que signifie : Il est monté, sinon qu’il était descendu d’abord dans les parties inférieures de la terre ? Celui qui est descendu est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les deux, afin de remplir toutes choses. Et c’est lui qui a donné les uns comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, d’autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état l’homme parfait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ.
Évangile Jn. 17, 1-11
En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel, et dit : Père, l’heure est venue ; glorifiez votre il Fils, afin que votre Fils vous glorifie, en donnant, selon la puissance que vous lui ayez accordée, sur toute chair, la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés. Or la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. Je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai accompli l’œuvre que vous m’aviez donnée à faire. Et maintenant, glorifiez- moi, vous, Père, auprès de vous même, de la gloire que j’ai eue auprès de vous, avant que le monde fût. J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous m’avez donnés du milieu du monde. Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés ; et ils ont gardé votre parole. Maintenant, ils savent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car je leur ai donné les paroles que vous m’avez données, et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m’avez envoyé. C’est pour eux que je prie ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous. Tout ce qui est à moi est à vous, et ce qui est à vous est à moi ; et j’ai été glorifié en eux. Et déjà je ne suis plus dans te monde ; mais eux, ils sont dans le monde, et moi je viens à vous.
Secrète
Recevez, Seigneur les prières des fidèles avec l’oblation de ces hosties, afin que, par ces pieux témoignages de notre dévotion, nous parvenions à la gloire céleste.
Office
1ère leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque
Notre Seigneur, Fils unique du Père, et coéternel avec lui, « ayant pris la forme d’esclave » pouvait, en cette forme d’esclave, prier en silence s’il le fallait ; mais il a voulu se présenter en suppliant devant son Père, de telle manière qu’il montra se souvenir qu’il était notre docteur. C’est pourquoi il a voulu que la prière qu’il a faite pour nous, nous fût connue ; car l’édification des disciples ressort non seulement des leçons que leur donne un si grand maître, mais encore de la prière qu’il adresse à son Père en leur faveur. Et si ces paroles étaient l’édification de ceux qui se trouvaient présents pour les entendre, Jésus voulait certainement qu’elles devinssent aussi la nôtre, à nous qui devions les lire, recueillies dans son Évangile.
2e leçon
C’est pourquoi lorsqu’il nous dit : « Père, l’heure est venue, glorifiez votre Fils ; » il nous enseigna que ce qu’il ferait ou laisserait se faire, en quelque temps que ce fût, est disposé d’avance par celui qui n’est point sujet au temps ; car les événements qui se déroulent dans la suite des temps, ont leurs causes efficientes dans la sagesse de Dieu, en laquelle ne se trouve rien de temporaire. Gardons-nous donc de croire que cette heure soit venue amenée par la fatalité, car elle a été fixée par Dieu qui dispose les temps. Les lois des astres n’ont pas non plus régi la passion du Christ ; il est inadmissible que les astres puissent forcer à mourir le Créateur des astres.
3e leçon
Il en est qui entendent que le Fils a été glorifié par le Père en ce sens qu’il ne l’a pas épargné mais l’a livré pour nous tous. Mais si l’on dit que le Christ a été glorifié par sa passion, combien plus par sa résurrection ? Dans sa passion, en effet, son humilité se manifeste plutôt que sa gloire ; l’Apôtre l’atteste lorsqu’il dit : « Il s’est humilié lui-même, s’étant fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». Ensuite il ajoute, au sujet de sa glorification : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ; afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ». Voilà la glorification de notre Seigneur Jésus-Christ, elle a commencé à sa résurrection.
DE LA PERSÉCUTION ET DE SES CAUSES
Persecutiones pro justitia sustinere
Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus auront à souffrir persécution. (2Tm 3, 12)
Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! (Mt 5,10)
Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier.
Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait en propre.
Mais parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela, le monde vous hait.
Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite; Le serviteur n'est pas plus grand que le maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront, vous aussi; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre.
Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé.
Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils seraient sans péché; mais maintenant leur péché est sans excuse.
Celui qui me hait, hait aussi mon Père.
Si je n'avais pas fait au milieu d'eux des oeuvres que nul autre n'a faites, ils seraient sans péché; mais maintenant ils ont vu, et ils me haïssent moi et mon Père.
Mais cela est arrivé afin que s'accomplît la parole qui est écrite dans leur Loi: ils m'ont haï sans sujet.
Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le commencement." (Jn 15, 18-26)
Le monde ne saurait vous haïr; moi, il me hait, parce que je rends de lui ce témoignage, que ses oeuvres sont mauvaises. (Jn 7, 7)
Ne vous étonnez pas, mes frères, si le monde vous hait.
Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères.
Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu'aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui.
A ceci nous avons connu l'amour, c'est que Lui a donné sa vie pour nous.
Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. (1Jn 3, 13-16)
Lundi des Rogations
| Prière | |
| O Dieu, dont le propre est d’avoir toujours pitié et de pardonner, accueillez notre prière ; et que, par un effet de votre clémence et de votre bonté miséricordieuse, nous soyons délivrés des liens de nos péchés, nous et tous vos serviteurs. | |
| Nous vous demandons, Seigneur, d’exaucer nos suppliantes prières et de nous remettre nos péchés, dont nous vous faisons l’aveu ; en sorte que votre bonté nous accorde en même temps l’indulgence et la paix. | |
| Seigneur, faites paraître sur nous, en toute clémence, votre ineffable miséricorde ; et, nous délivrant de tous nos péchés, délivrez-nous aussi des peines qu’ils nous ont méritées. | |
| O Dieu, que les péchés offensent, et que la pénitence apaise : recevez en pitié les humbles prières de votre peuple suppliant, et détournez de nous les fléaux de votre colère, que nous méritons à cause de nos péchés. | |
| Dieu tout-puissant et éternel, ayez pitié de votre serviteur, notre Pontife N., et conduisez-le par votre bonté dans la voie du salut éternel, en lui faisant vouloir, par un don de votre grâce, tout ce qui vous est agréable, et le lui faisant accomplir de toutes ses forces. | |
| O Dieu, qui êtes la source des saints désirs, des bons desseins, et des actions justes, accordez à vos serviteurs cette paix que le monde ne peut donner, afin que nos cœurs s’attachent à vos commandements, et que, délivrés de la crainte des ennemis, nous ayons des jours tranquilles sous votre protection. | |
| Seigneur, brûlez nos reins et nos cœurs du feu de l’Esprit-Saint, pour que nous vous servions dans un corps chaste et que nous vous soyons agréables par la pureté de nos âmes. | |
| Seigneur, qui êtes le Créateur et le Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et servantes la rémission de tous leurs péchés ; afin qu’elles obtiennent, par nos pieuses supplications, le pardon qu’elles ont toujours désiré. | |
| Nous vous prions, Seigneur, de prévenir toutes nos actions par votre inspiration, et de les conduire par votre grâce ; afin toutes nos prières et toutes nos œuvres aient en vous leur commencement et leur fin. | |
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Dieu tout-puissant et éternel, souverain Seigneur des vivants et des morts, qui faites miséricorde à tous ceux que vous connaissez devoir être du nombre de vos élus par leur foi et leurs bonnes œuvres, nous vous demandons en toute humilité que ceux pour qui nous vous adressons des prières, qu’ils soient encore retenus en ce monde par les liens de la chair, ou, que, déjà dépouillés de leurs corps, ils soient passés dans l’autre monde, obtiennent de votre clémence et de votre bonté, par l’intercession de tous vos Saints, la rémission de tous leurs péchés. Evangile Lc. 11, 5-13 En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir, et si, de l’intérieur, l’autre répond : Ne m’importune pas ; la porte est déjà fermée, et mes enfants et moi nous sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner ; si cependant le premier continue de frapper, je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour lui en donner parce qu’il est son ami, il se lèvera du moins à cause de son importunité, et il lui en donnera autant qu’il lui en faut. Et moi, je vous dis : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez à la porte, et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira. Si l’un de vous demande du pain à son père, celui-ci lui donnera-t-il une pierre ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu du poisson ? Ou, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le Ciel donnera-t-il l’Esprit bon à ceux qui le lui demandent ! Office 1ère leçon Homélie de saint Ambroise, Évêque Il est commandé en un autre endroit de prier sans cesse, non seulement durant le jour, mais même la nuit. Vous voyez, en effet, que cet homme qui alla trouver son ami au milieu de la nuit, lui demandant trois pains, et persistant à les demander, ne fut pas privé de l’objet de sa prière. Que signifient ces trois pains, si ce n’est l’aliment des célestes mystères ? Si vous aimez le Seigneur votre Dieu, vous pourrez mériter ses dons non seulement pour vous, mais encore pour les autres. Qui est plus notre ami que celui qui a livré son corps pour nous ? 2e leçon C’est à cet ami que David, au milieu de la nuit, a demandé ces pains, et il les a reçus. Car il les demandait, quand il disait : « Au milieu de la nuit je me levais pour vous louer ; » c’est pourquoi il a mérité ces pains qu’il nous a présentés pour nous en nourrir. Il les demanda encore, lorsqu’il dit : « Je laverai chaque nuit mon lit de mes pleurs. » Il ne craignait pas d’interrompre le sommeil de celui qu’il sait veiller toujours. Aussi, nous souvenant de ces paroles des Écritures, implorons le pardon de nos péchés en persévérant jour et nuit dans la prière. 3e leçon Car si un homme aussi saint que David, occupé du gouvernement de tout un royaume, louait Dieu sept fois le jour, et était appliqué sans cesse à lui offrir les sacrifices du matin et du soir, que nous faut-il faire, nous qui devons prier d’autant plus que nous défaillons plus souvent, à cause de la fragilité de la chair et de l’esprit ; nous qui, las de la route et fatigués cruellement par notre course en ce monde et par les détours de cette vie, devons prier afin que le pain qui refait ne puisse nous manquer, lui qui fortifie le cœur de l’homme. Ce n’est pas seulement au milieu de la nuit que le Seigneur nous apprend qu’il faut veiller, mais à tous les instants pour ainsi dire. En effet il vient et le soir, et à la seconde et à la troisième veille, et il a coutume de frapper à la porte. « Heureux les serviteurs que le Seigneur, quand il viendra, trouvera veillant ! » |
V ème Dimanche après Pâques
Introït
Avec des cris de joie, publiez-le, faites-le savoir, alléluia ; proclamez-le jusqu’aux extrémités de la terre : le Seigneur a délivré son peuple, alléluia, alléluia. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.
Collecte
Dieu, de qui procèdent tous les biens, accordez à vos serviteurs suppliants : que, par votre inspiration, nos pensées se portent à ce qui est bien ; et que notre volonté, guidée par vous, l’accomplisse
Épitre Jc. 1, 22-27
Mes bien-aimés, mettez cette parole en pratique, et ne vous contentez pas de l’écouter, vous trompant vous-mêmes. Car si quelqu’un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s’être regardé s’en va, et oublie aussitôt quel il était. Mais celui qui aura considéré attentivement la loi parfaite de la liberté, et qui l’aura fait avec persévérance, arrivant ainsi, non à écouter pour oublier, mais à pratiquer l’œuvre prescrite celui-là trouvera le bonheur dans son activité. Si quelqu’un croit être religieux, et ne met pas un frein à sa langue, mais trompe son propre cœur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur tribulation, et à se conserver pur du siècle présent.
Évangile Jn. 16, 23-30
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. Je vous ai dit ces choses en paraboles. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement du Père. En ce jour-là, vous demanderez en mon nom ; et je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous ; car le Père vous aime lui-même, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais auprès du Père. Ses disciples lui dirent : Voici que, maintenant, vous parlez ouvertement, et vous ne dites plus de parabole. Maintenant nous savons que vous savez toutes choses, et que vous n’avez pas besoin que personne ne vous interroge ; voilà pourquoi nous croyons que vous êtes sorti de Dieu.
Offertoire
Nations, bénissez notre Dieu et faites entendre les accents de sa louange ; c’est lui qui a conservé la vie à mon âme, et qui n’a point permis que mes pieds soient ébranlés. Béni soit Dieu qui n’a pas rejeté ma prière ni éloigné de moi sa miséricorde, alléluia
Secrète
Recevez, Seigneur les prières des fidèles avec l’oblation de ces hosties, afin que, par ces pieux témoignages de notre dévotion, nous parvenions à la gloire céleste.
Office
4e leçon
Du livre de saint Ambroise, Évêque ‘De la Foi en la Résurrection’
Comme la sagesse de Dieu ne pouvait pas mourir, et comme on ne peut ressusciter que si l’on meurt, le Verbe a pris une chair mortelle, afin de mourir en cette chair sujette au trépas, et d’y ressusciter une fois mort. La résurrection ne pouvait avoir lieu, en effet, qu’au moyen d’un homme, puisqu’il est dit : « Par un homme, la mort ; par un homme aussi, la résurrection des morts ». Jésus-Christ donc est ressuscité en tant qu’homme, parce qu’il est mort en tant qu’homme : il est tout ensemble, et homme ressuscité et Dieu ressuscitant ; il s’est alors montré homme en ce qui regarde la chair, il se montre maintenant Dieu en toutes choses, car nous ne le connaissons plus tel qu’il était selon la chair ; mais sa chair est cause que nous le connaissons comme prémices de ceux qui ont fermé les yeux, comme premier-né d’entre les morts.
5e leçon
Les prémices sont de la même espèce et de la même nature que le reste des fruits, dont on offre à Dieu la première récolte, en reconnaissance d’une production abondante : présent sacré pour tous ses dons, offrande pour ainsi dire de la nature renouvelée. Les prémices donc de ceux qui sont dans le repos, c’est le Christ. Mais l’est-il seulement de ceux qui reposent en lui, qui, débarrassés de la mort, sont sous l’empire d’un doux sommeil, ou l’est-il de tous les morts ? « Tous meurent en Adam, tous aussi recevront la vie dans le Christ ». C’est pourquoi de même que les prémices de la mort se trouvaient en Adam, de même, les prémices de la résurrection sont dans le Christ : tous ressusciteront. Que personne donc ne désespère, et que le juste ne s’afflige pas de cette résurrection commune, alors qu’il a à attendre une récompense toute spéciale de sa vertu. « Tous ressusciteront, dit l’Apôtre, mais chacun en son rang. » Le fruit de la clémence divine est commun à tous, mais on distinguera l’ordre des mérites.
6e leçon
Remarquons combien est grave le sacrilège de ne pas croire à la résurrection. Car si nous ne ressuscitons pas, c’est donc en vain que le Christ est mort, le Christ n’est donc pas ressuscité. En effet, si ce n’est pas pour nous que le Christ est ressuscité, il n’est ressuscité en aucune manière, lui qui n’avait aucune raison de ressusciter pour lui-même. Le monde est ressuscité en lui, le ciel est ressuscité en lui, la terre est ressuscitée en lui ; il y aura un ciel nouveau, et une terre nouvelle. A celui que les liens de la mort ne retenaient pas, la résurrection n’était point nécessaire ; car bien qu’il soit mort comme homme, il demeurait néanmoins libre jusque dans les enfers. Voulez-vous savoir combien il y était libre ? « Je suis devenu, nous dit-il, comme un homme sans secours, libre entre les morts » Et certes, il était libre, lui qui avait le pouvoir de se ressusciter, selon ce qui est écrit : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours ». Et certes, il était libre, celui qui était descendu pour racheter les autres
7e leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque
Il nous faut maintenant expliquer ces paroles du Seigneur : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. » Déjà, en traitant des premières parties de ce discours du Seigneur, nous avons dit, pour l’instruction de ceux qui adressent à Dieu le Père, au nom de Jésus-Christ, des prières qui ne sont pas exaucées, que toute prière contraire aux intérêts du salut, n’est point faite au nom du Sauveur. Car par ces paroles : « En mon nom ; » il faut entendre non pas un bruit de lettres et de syllabes, mais ce que ce son signifie et ce que l’on doit comprendre avec justesse et vérité par ce son.
8e leçon
Aussi celui qui pense de Jésus-Christ ce qui ne doit pas être pensé du Fils unique de Dieu ne demande pas en son nom, bien qu’il prononce les lettres et les syllabes qui forment le nom de Jésus-Christ ; car il prie au nom de celui qui est présent à sa pensée au moment de sa prière. Celui, au contraire, qui pense de Jésus-Christ ce qu’il en doit penser, celui-là prie en son nom, et reçoit ce qu’il demande, si toutefois il ne demande rien de contraire à son salut éternel : il reçoit lorsqu’il est bon pour lui qu’il reçoive. Il est des grâces qui ne nous sont point refusées, mais qui sont différées, pour nous être accordées au temps opportun. On doit donc entendre que, par ces paroles : « Il vous donnera, » notre Seigneur a voulu désigner les bienfaits particuliers à ceux qui les demandent. Tous les saints, en effet, sont toujours exaucés pour eux-mêmes, mais ils ne le sont pas toujours pour tous, pour leurs amis, pour leurs ennemis ou pour d’autres ; car notre Seigneur ne dit pas absolument : « Il donnera, » mais : « Il vous donnera. »
9e leçon
« Jusqu’à présent, dit notre Seigneur, vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit complète. » Cette joie qu’il appelle une joie pleine, n’est pas une joie des sens, mais une joie spirituelle, et quand elle sera si grande qu’on ne pourra plus rien y ajouter, alors, sans le moindre doute, elle sera pleine. Nous devons donc demander au nom du Christ ce qui tend à nous procurer cette joie si nous comprenons bien la nature de la grâce divine, si l’objet de nos prières est la vie véritablement heureuse. Demander toute autre chose, c’est ne rien demander : non pas qu’il n’existe absolument autre chose, mais parce qu’en comparaison d’un si grand bien, tout ce que l’on désire en dehors de lui n’est rien.
Saint Grégoire VII pape et confesseur mémoire de Saint Urbain Ier Pape et Martyr
Collecte
Dieu, qui êtes la force de ceux qui espèrent en vous, et qui avez donné au bienheureux Grégoire, votre Confesseur et Pontife, la vertu de force et de constance, accordez-nous, à son exemple et grâce à son intercession, de surmonter avec courage toutes les adversités.
Office
Quatrième leçon. Le Pape Grégoire VII, connu d’abord sous le nom d’Hildebrand, était né à Sovana en Toscane. Se distinguant au plus haut degré par sa science, sa sainteté et par tous les genres de vertus, il illustra merveilleusement l’Église de Dieu toute entière. Dans sa petite enfance, alors qu’il ne connaissait pas encore ses lettres, jouant un jour aux pieds d’un ouvrier qui travaillait le bois, il forma, dit-on, comme par hasard, avec des copeaux, cette parole prophétique de David : « Il dominera d’une mer à l’autre ». Dieu conduisait la main de l’enfant et voulait montrer par là qu’il posséderait plus tard la plus haute autorité qui soit au monde. S’étant rendu à Rome, il y fut élevé sous la protection de saint Pierre. Dans sa jeunesse, s’affligeant profondément de voir la liberté de l’Église gênée par l’oppression laïque, et les mœurs du clergé tendre à la dépravation, il se retira à l’abbaye de Cluny, où l’observance et l’austérité de la vie monastique étaient alors en pleine vigueur sous la règle de saint Benoît. Une fois revêtu de l’habit monastique, il se consacra au service de la majesté divine avec une piété si ardente, que bientôt les saints religieux de ce monastère le choisirent comme prieur ; mais la divine Providence le destinait au salut d’un plus grand nombre. Hildebrand fut enlevé au monastère de Cluny, et d’abord élu Abbé du monastère de Saint-Paul-hors-les-murs, puis créé Cardinal de l’Église romaine et chargé des missions les plus importantes, sous les Pontifes Léon IX, Victor II, Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II. Saint Pierre Damien l’appelait l’homme du conseil très saint et très pur. Envoyé en France, comme légat a latere, par le pape Victor II, il amena miraculeusement l’Évêque de Lyon, coupable de simonie, à reconnaître son crime ; et, dans le concile de Tours, contraignit Bérenger à abjurer une seconde fois son hérésie ; son énergie arrêta l’essor du schisme de Cadaloüs
Cinquième leçon. Alexandre II étant mort, le moine Hildebrand fut élu souverain pontife à l’unanimité, malgré sa résistance et ses larmes, le dix des calendes de mai de l’an du Christ mil soixante-treize. Resplendissant alors comme un soleil dans la maison de Dieu, puissant en œuvres et en paroles, il travailla avec tant de zèle à affermir la discipline ecclésiastique, à répandre la foi, à reconquérir la liberté pour l’Église, à extirper les erreurs et les vices, que, depuis le temps des Apôtres, aucun Pontife, assure-t-on, ne soutint de plus grands travaux pour l’Église de Dieu, ou ne lutta plus fortement pour son indépendance, il délivra plusieurs provinces de la lèpre de la simonie. S’opposant avec constance, comme un athlète intrépide, aux entreprises sacrilèges de l’empereur Henri, Grégoire ne craignit pas de se placer comme un mur de protection devant la maison d’Israël : et quand ce même Henri fut tombé tout à fait dans le crime, il l’excommunia, le déclara privé de son royaume, et releva ses peuples du serment de fidélité.
Sixième leçon. Pendant qu’il célébrait le saint Sacrifice, de pieux personnages virent une colombe descendre du ciel, se reposer sur son épaule droite et voiler sa tête de ses ailes étendues : prodige signifiant que l’Esprit-Saint lui-même, et non la sagesse humaine, le guidait dans le gouvernement de l’Église. Rome se trouvant serrée de près par les troupes du criminel Henri, le Saint Pontife éteignit d’un signe de croix un incendie allumé par l’ennemi. Quand Robert Guiscard, chef des Normands, l’eut arraché aux mains de son persécuteur, il gagna le mont Cassin, et de là se rendit à Salerne pour y dédier une église en l’honneur de saint Matthieu. Épuisé par tant d’épreuves, il se vit, un jour que dans cette ville, il parlait au peuple, saisi d’un mal qu’il sut d’avance être mortel. Les dernières paroles de Grégoire expirant, furent : « J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité : voilà pourquoi je meurs en exil ». Innombrables furent, et les contradictions qu’eut à souffrir, et les sages décrets que porta, dans beaucoup de conciles qu’il tint à Rome, cet homme véritablement saint, ce vengeur des crimes et ce très vaillant défenseur de l’Église. Il avait passé douze années dans le souverain pontificat, lorsqu’il partit pour le ciel, l’an du salut mil quatre-vingt-cinq. Beaucoup de miracles illustrèrent sa vie et sa mort, et sa sainte dépouille fut ensevelie avec honneur dans l’église principale de Salerne.
Après avoir salué sur le cycle du Temps Pascal les deux noms illustres de Léon le Grand et de Pie V, nous nous inclinons aujourd’hui devant celui de Grégoire VII. Ces trois noms résument l’action de la Papauté dans la suite des siècles, après l’âge des persécutions. Le maintien de la doctrine révélée, et la défense de la liberté de l’Église : telle est la mission divinement imposée aux successeurs de Pierre sur le Siège Apostolique. Saint Léon a soutenu avec courage et éloquence la foi antique contre les novateurs ; saint Pie V a fait reculer l’invasion de la prétendue réforme, et arraché la chrétienté au joug de l’islamisme ; placé entre ces deux pontifes dans l’ordre des temps, saint Grégoire VII a sauvé la société du plus grand péril qu’elle eût encore éprouvé, et fait refleurir dans son sein les mœurs chrétiennes par la restauration de la liberté de l’Église.
Au moment où finissait le Xe siècle et commençait le XIe, l’Église de Jésus-Christ était en proie à l’une des plus terribles épreuves qu’elle ait rencontrées sur son passage en ce monde. Après le fléau des persécutions, après le fléau des hérésies, était arrivé le fléau de la barbarie. L’impulsion civilisatrice donnée par Charlemagne s’était arrêtée de bonne heure au IXe siècle, et l’élément barbare, plutôt comprimé que dompté, avait forcé ses digues. La foi demeurait encore vive dans les masses ; mais elle ne pouvait à elle seule triompher de la grossièreté des mœurs. Le désordre social provenant de l’anarchie que le système féodal avait déchaînée dans toute l’Europe, enfantait mille violences, et le droit succombait partout sous la force et la licence. Les princes ne rencontraient plus un frein dans la puissance de l’Église ; car Rome elle-même asservie aux factions voyait trop souvent s’asseoir sur la chaire apostolique des hommes indignes ou incapables.
Cependant le XIe siècle avançait dans son cours, et le désordre semblait incurable. Les évêchés étaient devenus la proie de la puissance séculière qui les vendait, et les princes se préoccupaient surtout de rencontrer dans les prélats des vassaux disposés à les soutenir par les armes dans leurs querelles et leurs entreprises violentes. Sous un épiscopat en majeure partie simoniaque, comme l’atteste saint Pierre Damien, les mœurs du clergé du second ordre étaient tombées dans un affaissement lamentable ; et pour comble de malheur, l’ignorance, comme un nuage toujours plus sombre, s’en allait anéantissant de plus en plus la notion même du devoir. C’en était fait de l’Église et de la société, si la promesse du Christ de ne jamais abandonner son œuvre n’eût été inviolable.
Pour guérir tant de maux, pour faire pénétrer la lumière dans un tel chaos, il fallait que Rome se relevât de son abaissement, et qu’elle sauvât encore une fois la chrétienté. Elle avait besoin d’un Pontife saint et énergique qui sentît en lui-même cette force divine que les obstacles n’arrêtent jamais ; d’un Pontife dont l’action pût être longue et non passagère, et dont l’impulsion fût assez énergique pour entraîner ses successeurs dans la voie qu’il aurait ouverte. Telle fut la mission de saint Grégoire VII.
Cette mission, comme chez tous les hommes de la droite de Dieu, fut préparée dans la sainteté Grégoire se nommait encore Hildebrand, lorsqu’il alla cacher sa vie dans le cloître de Cluny. Là seulement, et dans les deux mille abbayes confédérées sous la crosse de cet insigne monastère de France, on rencontrait le sentiment de la liberté de l’Église et la pure tradition monastique ; là était préparée depuis plus d’un siècle la régénération des mœurs chrétiennes, sous la succession des quatre grands abbés, Odon, Maïeul, Odilon et Hugues. Mais Dieu gardait encore son secret ; et nul n’eût découvert les auxiliaires de la plus sainte des réformes dans ces monastères qu’un zèle fervent avait attirés d’un bout de l’Europe à l’autre à cette alliance avec Cluny, par ce seul motif que Cluny était le sanctuaire des vertus du cloître. Hildebrand chercha pour sa personne ce pieux asile, au sein duquel il espérait du moins fuir le scandale.
L’illustre saint Hugues ne tarda pas à démêler le mérite du jeune Italien qui fut admis dans la grande abbaye française. Un évêque étranger se rencontra un jour avec le maître et le disciple. C’était Brunon de Toul, désigné par l’empereur Henri III pour être le Pontife de l’Église Romaine. Hildebrand s’émeut à la vue de ce nouveau candidat à la chaire apostolique, de ce pape que l’Église Romaine, qui seule a le droit d’élire son évêque, n’a pas élu, qu’elle ne connaît pas.
Il ose dire à Brunon qu’il ne doit pas accepter les clefs du ciel de la main de César, que la conscience l’oblige à se soumettre humblement à l’élection canonique de la ville sainte. Brunon, qui fut saint Léon IX, accepte avec soumission l’avis du jeune moine, et tous deux ayant franchi les Alpes s’acheminent vers Rome. L’élu de César devint l’élu de l’Église Romaine ; mais Hildebrand n’eut plus la liberté de se séparer du nouveau Pontife. Il dut bientôt accepter le titre et les fonctions d’Archidiacre de l’Église Romaine.
Ce poste éminent l’eût élevé promptement sur la chaire apostolique, si Hildebrand eût eu une autre ambition que celle de briser les fers sous lesquels gémissait l’Église, et de préparer la reforme de la chrétienté. Mais cet homme de Dieu préféra user de son influence pour faire asseoir sur le siège de Pierre parla voie canonique et en dehors de la faveur impériale, une suite de Pontifes intègres et disposés à user de leur autorité pour l’extirpation des scandales. Après saint Léon IX, on vit passer successivement Victor II, Etienne IX, Nicolas II, et Alexandre II, tous dignes du suprême honneur. Mais il fallut enfin que celui qui avait été l’âme du pontificat sous cinq papes consentît à ceindre lui-même la tiare. Son grand cœur s’émut au pressentiment des luttes terribles qui l’attendaient ; mais ses résistances, ses tentatives pour se soustraire au lourd fardeau de la sollicitude de toutes les Églises, demeurèrent infructueuses ; et sous le nom de Grégoire VII, le nouveau Vicaire du Christ fut révélé au monde. Il devait remplir toute l’étendue de ce nom qui signifie la Vigilance.
La force brute se dressait devant lui incarnée dans un prince audacieux et rusé, souillé de tous les crimes, et, comme un aigle ravisseur, tenant dans ses serres l’Église devenue sa proie. Dans les États de l’empire, nul évêque n’eût été souffert sur son siège, s’il n’eût reçu, par l’anneau et la crosse, l’investiture de César. Tel était Henri de Germanie, et à son exemple les autres princes anéantissaient par le même procédé toute liberté dans les élections canoniques. La double plaie de la simonie et de l’incontinence continuait à sévir sur le corps ecclésiastique. Les pieux prédécesseurs de Grégoire avaient fait reculer le mal par de généreux efforts ; mais aucun d’eux ne s’était senti la force de se mesurer corps à corps avec César, dont l’action désastreuse fomentait toutes ces corruptions. Un tel rôle, avec ses périls et ses angoisses, était réservé à Grégoire, et il n’y faillit pas.
Les trois premières années de son pontificat furent cependant assez pacifiques. Grégoire fit des avances paternelles à Henri. Il chercha, dans sa correspondance avec ce jeune prince, à le fortifier contre lui-même, en témoignant des espérances que les faits vinrent trop tôt démentir, en comblant des marques de sa confiance et de sa tendresse le fils d’un empereur qui avait bien mérité de l’Église. Henri crut devoir se contenir quelque temps, en face d’un pape dont il connaissait la droiture ; mais la digue céda enfin sous l’impétuosité du torrent, et l’adversaire du pouvoir spirituel se révéla tout entier. La vente des évêchés et des abbayes recommença au profit de César. Grégoire frappa d’excommunication les simoniaques, et Henri, bravant avec audace les censures de l’Église, persista à maintenir sur leurs sièges des hommes résolus à le suivre dans tous ses excès. Grégoire adressa au prince un solennel avertissement, lui enjoignant de rompre avec ces excommuniés, sous peine de voir arriver sur lui-même les foudres de l’Église. Henri, qui avait jeté le masque, se promettait de ne tenir aucun compte des menaces du Pontife, lorsque tout à coup la révolte de la Saxe, dont plusieurs des électeurs de l’Empire embrassaient la cause, vient l’inquiéter pour sa couronne. Il sent qu’une rupture avec l’Église peut, dans un tel moment, lui devenir fatale. On le voit alors s’adresser en suppliant à Grégoire^ solliciter l’absolution, et abjurer sa conduite passée entre les mains de deux légats envoyés en Allemagne par le Pontife. Mais à peine ce monarque félon a-t-il triomphé pour un moment de la révolte saxonne, qu’il recommence la guerre contre l’Église. Il ose dans une assemblée d’évêques, dignes de lui, proclamer la déposition de Grégoire. Bientôt l’Italie le voit arriver à la tête de ses troupes, et sa venue donne à une foule de prélats le signal de la révolte contre un pape disposé à ne pas souffrir l’ignominie de leur vie.
C’est alors que Grégoire, dépositaire de ces clefs puissantes qui signifient le pouvoir de lier et de délier au ciel et sur la terre, prononce la terrible sentence qui déclare Henri privé de la couronne et ses sujets dégagés du serment de fidélité à sa personne. Le Pontife ajoute un anathème plus redoutable encore aux princes infidèles : il le déclare exclu de la communion de l’Église. En s’opposant ainsi comme un rempart pour la défense de la société chrétienne menacée de toutes parts, Grégoire attirait sur lui l’effort de toutes les mauvaises passions ; et l’Italie était loin de lui offrir les garanties de fidélité sur lesquelles il eût eu droit de compter. César avait pour lui plus d’un prince dans la Péninsule, et les prélats simoniaques le regardaient comme leur défenseur contre le glaive de Pierre. Il était donc à prévoir que bientôt Grégoire n’aurait plus où meure le pied dans toute l’Italie ; mais Dieu qui n’abandonne point son Église avait suscité un vengeur pour sa cause. A ce moment la Toscane et une partie de la Lombardie reconnaissaient pour souveraine la jeune et vaillante comtesse Mathilde. Cette noble femme se leva pour la défense du Vicaire de Dieu ; ses trésors, ses armées, elle les tint à la disposition du Siège Apostolique tant qu’elle vécut ; et ses domaines, elle les légua avant sa mort au Prince des Apôtres et à ses successeurs.
Au fort de ses succès, Henri eut donc à compter avec Mathilde. Cette princesse, qui balançait son influence en Italie, put soustraire à sa fureur le généreux Pontife. Par ses soins, Grégoire arriva sain et sauf à Canossa, forteresse inexpugnable près de Reggio. A ce moment même la fortune d’Henri sembla vaciller. La Saxe relevait l’étendard de la révolte, et plus d’un feudataire de l’Empire se liguait avec les rebelles pour anéantir le tyran que l’Église venait de mettre au ban de la chrétienté. Henri eut peur pour la seconde fois, et son âme aussi perfide que lâche ne recula pas devant le parjure. Le pouvoir spirituel entravait ses plans sacrilèges : il osa penser qu’en lui offrant une satisfaction passagère, il pourrait le lendemain relever la tête. On le vit se présenter nu-pieds et sans escorte à Canossa, vêtu en pénitent et sollicitant avec de feintes larmes le pardon de ses crimes. Grégoire eut compassion de son ennemi, pour lequel Hugues de Cluny et Mathilde intercédaient à ses pieds. Il leva l’excommunication, et réintégra Henri au sein de l’Église ; mais il ne jugea pas à propos de révoquer encore la sentence par laquelle il l’avait privé des droits de souverain. Le Pontife annonça seulement l’intention de se rendre à la diète qui devait se tenir en Allemagne, de prendre connaissance des griefs que les princes de l’Empire avançaient contre Henri, et de décider alors selon la justice.
Henri accepta tout, prêta serment sur l’Évangile, et rejoignit son armée. L’espérance renaissait dans son cœur, à mesure qu’il s’éloignait de la redoutable forteresse dans les murs de laquelle il avait du sacrifier un instant son orgueil à son ambition. Il comptait sur l’appui des mauvaises passions, et son calcul jusqu’à un certain point ne fut pas trompé. Un tel homme devait finir misérablement ; mais Satan était trop intéressé à son succès pour ne pas lui venir en aide.
Cependant un rival s’élevait en Allemagne contre Henri : Rodolphe, duc de Souabe, appelé à la couronne dans une diète des électeurs de l’Empire. Grégoire, Adèle à ses principes de droiture, refusa d’abord de reconnaître cet élu, bien que son attachement à l’Église et ses nobles qualités le rendissent particulièrement recommandable. Le Pontife persistait dans son projet d’entendre dans l’assemblée des princes et des villes de l’Allemagne les griefs reprochés à Henri, de l’écouter lui-même, et de mettre fin aux troubles en prononçant un jugement équitable. Rodolphe insistait auprès du Pontife pour en obtenir la reconnaissance de ses droits ; Grégoire qui l’aimait eut le courage de résister à ses instances, et de remettre l’examen de sa cause à cette diète qu’Henri avait acceptée avec serment à Canossa, mais dont il craignait tant les résultats. Trois années se passèrent durant lesquelles la patience et la modération du Pontife furent constamment mises à l’épreuve par les délais de Henri, et par son refus d’assurer la sécurité de l’Église. Enfin le Pontife, dans l’impuissance de mettre un terme aux discussions armées qui ensanglantaient l’Allemagne et l’Italie, ayant constaté le mauvais vouloir de Henri et son parjure, lança de nouveau contre lui l’excommunication, et renouvela dans un concile tenu à Rome la sentence par laquelle il l’avait déclaré privé de la couronne. En même temps Grégoire reconnaissait l’élection de Rodolphe et accordait la bénédiction apostolique à ses adhérents.
La colère de Henri monta au comble, et sa vengeance ne garda plus de mesure. Parmi les prélats italiens les plus dévoués à sa cause, Guibert, archevêque de Ravenne, était le plus ambitieux et le plus compromis à l’égard du Siège Apostolique. Henri fit de ce traître un anti-pape, sous le nom de Clément III. Ce faux pontife ne manqua pas de partisans, et le schisme vint se joindre aux autres calamités qui pesaient déjà sur l’Église. C’était un de ces moments terribles où, selon l’expression de saint Jean, « il est donné à la bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre ». Tout à coup la victoire se déclare en faveur de César. Rodolphe est tué dans une bataille en Allemagne, et les troupes de Mathilde sont défaites en Italie. Henri n’a plus qu’un vœu, celui d’entrer dans Rome, d’en chasser Grégoire et d’introniser son anti-pape sur la chaire de saint Pierre.
Au milieu de ce cataclysme effrayant d’où l’Église cependant devait sortir épurée et affranchie, quels étaient les sentiments de notre saint Pontife ? Il les décrit lui-même dans une lettre adressée à saint Hugues de Cluny. « Telles sont, lui dit-il, les angoisses auxquelles nous sommes en proie, que ceux-là même qui vivent avec nous, non seulement ne les peuvent plus souffrir, mais n’en supportent pas même la vue. Le saint roi David disait : « En proportion de la douleur immense qui oppressait mon cœur, vos consolations, Seigneur, sont venues réjouir mon âme » : mais pour nous, bien souvent la vie est un ennui et la mort un vœu ardent. S’il arrive que Jésus, le tendre consolateur, vrai Dieu et vrai homme, daigne me tendre la main, sa bonté rend la joie à mon cœur affligé ; mais pour peu qu’il se retire, mon trouble arrive à l’excès. En ce qui est de moi je meurs sans cesse ; en ce qui est de lui je vis par moments. Si mes forces défaillent tout à fait, je crie vers lui, je lui dis d’une voix gémissante : « Si vous imposiez un fardeau aussi pesant à Moïse et à Pierre, ils en seraient, ce me semble, accablés. Que peut-il advenir de moi qui ne suis rien en comparaison d’eux ? Vous n’avez donc, Seigneur, qu’une chose à faire : c’est de gouverner vous-même, avec votre Pierre, le pontificat qui m’est imposé ; autrement vous me verrez succomber, et le pontificat sera couvert de confusion en ma personne. »
Ce cri de détresse qui s’échappe de l’âme du saint Pontife révèle son caractère tout entier. Le zèle pour les mœurs chrétiennes qui ne peuvent se conserver que par la liberté de l’Église, était le mobile de sa vie entière. Un tel zèle avait pu seul lui faire affronter cette situation terrible, dans laquelle il n’avait à recueillir en ce monde que les chagrins les plus cuisants. Et pourtant, Grégoire était ce père de la chrétienté qui, devançant ses successeurs, avait conçu dès les premières années de son pontificat la grande et courageuse pensée d’aller refouler l’islamisme jusqu’en Orient, et de briser par une descente chez le Sarrasin le joug des chrétiens opprimés. Il avait débuté dans ce projet par une lettre adressée à tous les fidèles. Il y montre l’ennemi du nom chrétien déjà sous les murs de Constantinople, et signalant sa férocité par d’horribles carnages.
« Si nous aimons Dieu, dit-il dans cette épître, si nous nous reconnaissons chrétiens, il nous faut gémir sur de tels désastres ; mais gémir ne suffit pas. L’exemple de notre Rédempteur et le devoir de la charité fraternelle nous imposent l’obligation de donner notre vie pour la délivrance de nos frères. Sachez donc que, rempli de confiance dans la miséricorde de Dieu et dans la puissance de son bras, nous faisons tout et nous préparons tout, afin de porter un prompt secours à l’empire chrétien. » Peu de temps après, il écrivait à Henri qui n’avait pas encore démasqué ses projets hostiles à l’Église : « Mon avertissement aux chrétiens d’Italie et d’au delà des monts a été reçu avec faveur. Déjà plus de cinquante mille hommes se préparent, et s’ils peuvent compter sur moi comme chef de l’expédition et comme Pontife, ils marcheront à main armée contre les ennemis de Dieu, et avec le secours divin, ils iront jusqu’au sépulcre du Seigneur. » Ainsi le sublime vieillard ne reculait pas devant la pensée de se mettre lui-même à la tête de l’armée chrétienne. « Une chose, dit-il, m’engage à exécuter ce projet : c’est l’état de l’Église de Constantinople qui s’écarte de nous sur le dogme du Saint-Esprit, et qui a besoin de rentrer en accord avec le Siège Apostolique. L’Arménie presque tout entière s’est éloignée de la foi catholique ; en un mot, la grande majorité des Orientaux ressent le besoin de connaître quelle est la foi de Pierre sur les diverses opinions qui ont cours chez eux. Le moment est venu d’user de la grâce que le miséricordieux Rédempteur a conférée à Pierre, en lui faisant ce commandement : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas ; confirme tes frères. Nos pères, dont notre désir est de suivre les traces, quoique indigne de leur succéder, ont plus d’une fois visité ces contrées pour y confirmer la foi catholique : nous donc aussi, nous nous sentons poussé, si le Christ nous ouvre la voie, à entreprendre cette expédition dans l’intérêt de la foi et pour aller au secours des chrétiens. »
Dans sa loyauté accoutumée, Grégoire était allé jusqu’à compter sur le concours d’Henri pour protéger l’Église durant son absence. « Un tel projet, écrit-il à ce prince, demande un grand conseil et un secours puissant, si Dieu permet qu’il se réalise ; je viens donc te demander ce conseil et aussi ce secours, s’il t’est agréable. Si, par la faveur divine, je pars, après Dieu c’est à toi que je laisserai l’Église Romaine, afin que tu la gardes comme une mère sainte, et que tu protèges son honneur. Fais-moi savoir au plus tôt ce que tu auras décidé dans ta prudence aidée du conseil divin. Si je n’espérais pas de toi plus que d’autres ne croient, je t’aurais écrit ceci bien inutilement ; mais comme il peut se faire que tu ne te laisses pas aller à une entière confiance en l’affection que je te porte, je m’en remets à l’Esprit-Saint qui peut tout. Je le prie de te faire comprendre à sa manière l’attachement que j’éprouve pour toi, et de gouverner ton esprit, de façon à renverser les désirs des impies et à fortifier l’espérance des bons »
Moins de trois ans après avait lieu l’entrevue de Canossa ; mais au moment où Grégoire écrivait cette lettre à Henri, sa confiance dans l’expédition qu’il projetait était assez fondée, pour qu’il en fit part à la comtesse Mathilde. « L’objet de mes pensées, écrit-il à la chevaleresque princesse, le désir que j’éprouve de passer la mer, pour venir au secours des chrétiens que les païens immolent comme un vil bétail, me cause de l’embarras vis-à-vis de plusieurs ; je crains d’être taxé par eux d’une certaine légèreté. Mais je n’ai aucune peine à te le confier, à toi, ma fille très chère, dont j’estime la prudence plus que tu ne saurais t’en rendre compte. Après avoir lu les lettres que j’envoie au delà des monts, si tu as un conseil à émettre, ou mieux encore à prêter un secours à la cause de Dieu ton créateur, fais en sorte d’y apporter tous tes soins ; car s’il est beau, comme on le dit, de mourir pour sa patrie, il est plus beau et plus glorieux encore de sacrifier la chair mortelle pour le Christ qui est l’éternelle vie. J’ai la confiance que beaucoup d’hommes de guerre nous viendront en aide dans cette expédition ; j’ai des raisons de penser que notre impératrice (la pieuse Agnès, mère de Henri) a l’intention de partir avec nous ; elle désire t’emmener avec elle. Ta mère (la comtesse Béatrix) demeurera dans ce pays, pour veiller à la défense des intérêts communs ; et toutes choses étant ainsi réglées, avec l’aide du Christ nous pourrions nous mettre en route. En venant ici pour satisfaire sa dévotion, l’impératrice, aidée de ton secours, pourra animer un grand nombre de personnes à cette sainte entreprise. Pour ce qui est de moi, honoré de la compagnie de si nobles sœurs, je passerai volontiers les mers, disposé à donner ma vie pour le Christ avec vous dont je désire n’être pas séparé dans la patrie éternelle. Adresse-moi promptement une réponse sur ce projet et sur ton arrivée à Rome, et daigne le Seigneur tout-puissant te bénir et te faire marcher de vertu en vertu, afin que la Mère universelle puisse se réjouir en toi durant de longues années ! »
La pensée de Grégoire, à laquelle il se livrait avec tant d’enthousiasme, n’était pas uniquement un rêve généreux de sa grande âme ; c’était un pressentiment divin. Sa vie héroïque ne devait pas laisser place à une lointaine expédition ; il allait avoir à combattre un autre ennemi que le Sarrasin ; mais la croisade qu’il saluait avec tant d’ardeur n’était pas loin. Urbain II, son second successeur, comme lui moine de Cluny, devait sous peu d’années ébranler l’Europe chrétienne et la lancer sur l’ennemi commun. Mais puisque nous avons rencontré le nom de Mathilde, nous profiterons de cette occasion pour pénétrer plus intimement encore dans l’âme de notre grand Pontife. On verra comment cet illustre athlète de la liberté de l’Église savait unir à la hauteur et à la grandeur des vues la touchante sollicitude du plus humble prêtre pour l’avancement spirituel d’une âme. « Celui-là seul qui pénètre le secret des cœurs, écrit-il à la pieuse princesse, peut connaître, et connaît mieux que moi encore, le zèle et la sollicitude que je porte à ton salut. Je me flatte que tu sais comprendre que je suis tenu à prendre soin de toi, en vue de tant de peuples pour l’intérêt desquels la charité m’a contraint de te retenir, lorsque tu songeais à les abandonner, afin de ne plus songer qu’au bien de ton âme. La charité, ainsi que je te l’ai dit souvent et que je te le dirai encore, d’après celui qui est la trompette du ciel, la charité ne cherche pas ce qui est de son intérêt. Mais comme entre les armes de défense que je t’ai fournies contre le prince du monde, la principale est de recevoir fréquemment le Corps du Seigneur, et de te livrer avec une entière confiance à la protection de sa Mère, dans cette lettre je veux te transcrire ce que le bienheureux Ambroise a pensé au sujet de la communion. »
Le pieux Pontife insère ici deux passages du saint Docteur, qu’il fait suivre d’autres citations empruntées à saint Grégoire le Grand et à saint Jean Chrysostome sur le bienfait de la divine Eucharistie. Il continue ainsi : « Nous devons donc, ô ma fille, recourir à ce merveilleux sacrement, aspirer à ce puissant remède. Je t’ai écrit cette lettre, ô fille du bienheureux Pierre, pour accroître encore ta foi et ta confiance, lorsque tu reçois le Corps du Seigneur. Tel est le trésor, tel est le bienfait, au-dessus de l’or et des pierres précieuses, que ton âme attend de moi dans son amour pour le Roi des cieux qui est ton père ; bien qu’il te fût possible d’obtenir par tes mérites quelque chose de meilleur en t’adressant à un autre ministre de Dieu. Quant à la Mère du Seigneur, à laquelle je t’ai confiée pour le passé, pour le présent et pour toujours, jusqu’à ce que nous puissions la contempler au ciel selon notre désir, je ne t’en entretiendrai pas aujourd’hui. Que pour-rais-je dire qui fût digne de celle que le ciel et la terre ne cessent de combler de louanges, sans pouvoir atteindre à ce qu’elle mérite ? mais tiens ceci pour assuré, qu’autant elle est plus élevée, plus dévouée et plus sainte que toutes les autres mères, autant elle se montre miséricordieuse et tendre envers ceux et celles qui ont pèche et qui s’en repentent. Renonce donc à toute inclination au péché, et prosternée devant elle, répands les larmes d’un cœur contrit et humilié. Tu la trouveras alors, je te le promets en toute assurance, plus empressée et plus affectueuse dans sa tendresse pour toi que ne saurait l’être une mère selon la chair. »
L’œil du Pontife que tant de sollicitudes ne pouvaient distraire de l’intérêt paternel qu’il portait à l’avancement d’une âme, allait chercher, malgré les distances, à travers la chrétienté, les hommes trop rares alors dont la sainteté et la doctrine devaient faire plus tard l’ornement et la lumière de l’Église. C’est ainsi que Grégoire avait découvert le grand Anselme, alors encore caché au fond de son abbaye du Bec. Du milieu de ses tribulations inouïes (1079), le Pontife adresse à l’Abbé cette lettre touchante : « La bonne odeur de tes fruits, lui dit-il, s’est fait sentir jusqu’à nous. Nous en rendons à Dieu nos actions de grâces, et nous t’embrassons de cœur dans l’amour du Christ, assuré que nous sommes du succès que l’Église de Dieu retirera de tes études, et de l’aide que, par la miséricorde du Seigneur, lui apporteront, dans ses périls, tes prières jointes à celles qu’offrent au ciel ceux qui te ressemblent. Tu sais, mon frère, la puissance qu’exerce auprès de Dieu la prière du juste ; celle de plusieurs justes a plus de force encore ; il n’y a même pas lieu de douter qu’elle n’obtienne ce qu’elle implore. C’est l’autorité de la Vérité même qui nous oblige de le croire. C’est elle qui a dit : « Frappez, et l’on vous ouvrira. » Frappez avec simplicité, demandez avec simplicité, dans les choses qui lui sont agréables ; alors il vous sera ouvert, alors vous recevrez, et c’est en cette manière que la prière des justes sera exaucée. C’est pourquoi nous voulons que ta Fraternité et celle de tes moines s’adressent à Dieu par des prières assidues, afin qu’il daigne soustraire à l’oppression des hérétiques son Église et nous-même qui lui sommes préposé, quoique indigne, et que dissipant l’erreur qui aveugle nos ennemis, il les ramène au sentier de la vérité . »
Mais l’œil de Grégoire ne s’arrêtait pas seulement sur des princesses comme Mathilde, sur des docteurs comme Anselme. Il savait découvrir jusque dans la mêlée l’humble et courageux blessé qui souffrait pour la cause de l’Église, et l’entourait d’une admiration et d’une tendresse qu’il n’eût pas éprouvée pour ces chefs dont la fidélité est au prix de la gloire. Qu’on lise cette lettre à un pauvre prêtre milanais que les simoniaques avaient mutilé d’une façon barbare. « Si nous vénérons la mémoire des Saints qui sont morts après que leurs membres ont été tranchés par le fer, écrit-il à cet obscur soldat de l’Église, nommé Liprand, si nous célébrons les souffrances de ceux que ni le glaive, ni les souffrances n’ont pu séparer de la foi du Christ, toi à qui on a coupé le nez et les oreilles pour son nom, tu es plus digne de louanges encore d’avoir mérité une grâce qui. si elle est jointe à la persévérance, te donne une entière ressemblance avec les Saints. L’intégrité de ton corps n’existe plus ; mais l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour, s’est développé en toi avec grandeur. Extérieurement les mutilations déshonorent ton visage ; mais l’image de Dieu, qui est le rayonnement de la justice, est devenue en toi plus gracieuse par ta blessure même, plus attrayante par la difformité qu’on a imprimée à tes traits. L’Église ne dit-elle pas elle-même dans le Cantique : « Je suis noire, ô filles de Jérusalem » ? Si donc ta beauté intérieure n’a pas souffert de ces cruelles mutilations, ton caractère sacerdotal qui est saint, et qu’il faut reconnaître plutôt dans l’intégrité des vertus que dans celle des membres, n’en a pas été atteint davantage. N’a-t-on pas vu l’empereur Constantin baiser respectueusement au visage d’un évêque la cicatrice d’un œil qui avait été arraché pour le nom du Christ ? L’exemple des Pères et les anciennes écritures ne nous apprennent-ils pas qu’on maintenait les martyrs dans l’exercice du ministère sacré, même après la mutilation qu’ils avaient soufferte dans leurs membres ? Toi donc, martyr du Christ, sois plein d’assurance dans le Seigneur. Regarde-toi comme ayant fait un pas de plus dans ton sacerdoce. Il te fut conféré avec l’huile sainte ; aujourd’hui le voilà scellé de ton propre sang. Plus on t’a réduit, plus il te faut prêcher ce qui est bien, et semer cette parole qui produit cent pour un. Nous savons que les ennemis de la sainte Église sont tes ennemis et tes persécuteurs ; ne les crains pas, et ne tremble pas devant eux ; car nous gardons avec amour sous notre tutelle et sous celle du Siège Apostolique ta personne et tout ce qui t’appartient ; et s’il te devient nécessaire de recourir à nous, nous acceptons d’avance ton appel, disposé à te recevoir avec allégresse et grand honneur, lorsque tu viendras vers nous et vers ce saint Siège. »
Tel était Grégoire, unissant la simplicité du cloître aux plus graves sollicitudes de la papauté. Et quelles sollicitudes, si nous oublions pour un moment l’affreuse crise au milieu de laquelle il disparut ! Nous venons de parler du projet de la croisade, qui plus tard a suffi à lui seul pour immortaliser Urbain II ; mais que d’œuvres diverses, que d’interventions pastorales dans tout le monde chrétien, qui font des douze années de ce pontificat si agité l’une des époques où la papauté, présente partout, semble avoir déployé le plus d’activité et de vigilance ! Dans sa vaste correspondance, Grégoire ne se borne pas à diriger les affaires de l’Église dans l’Empire, en Italie, en France, en Angleterre, en Espagne ; il soutient les jeunes chrétientés du Danemark, de la Suède, de la Norvège ; la Hongrie, la Bohême, la Pologne, la Servie, la Russie elle-même, reçoivent ses lettres remplies de sollicitude. Malgré la rupture du lien de communion entre Rome et Byzance, le Pontife ne cesse pas ses interventions ; il voudrait arrêter le schisme qui emporte l’Église grecque loin de son orbite. Sur la côte d’Afrique, sa vigilance soutient encore trois évêchés qui ont survécu a l’invasion sarrasine. Dans le but d’unifier la chrétienté latine, il resserre le lien de la prière publique, abolissant en Espagne la liturgie gothique, et faisant reculer au delà des frontières de la Bohême la liturgie de Byzance qui allait l’envahir. Quelle carrière pour un seul homme ; mais aussi quel martyre était réservé à ce grand cœur ! Il nous faut reprendre le récit, un moment suspendu, des épreuves de notre Pontife. Par lui l’Église et la société devaient être sauvées ; mais comme son Maître divin, « il devait boire « l’eau du torrent pour relever ensuite la tête. » Nous l’avons vu humilié dans ses défenseurs, le sort des armes lui étant devenu contraire ; nous l’avons vu menacé par son vainqueur, après l’avoir tenu sous ses pieds ; nous l’avons vu en butte a un antipape dont la cause est soutenue par d’indignes prélats ; mais « ce n’est là encore que le commencement des douleurs. » Henri marche sur la ville sainte en la compagnie du faux vicaire du Christ. Un incendie allumé par sa main sacrilège menace de dévorer le quartier du Vatican ; Grégoire envoie sa bénédiction sur son peuple éperdu, et tout aussitôt la flamme recule et s’éteint. Un moment l’enthousiasme gagne les Romains, si souvent ingrats envers le Pontife qui est à lui seul la vie et la gloire de Rome. Prêt à consommer le sacrilège, Henri hésite et tremble. Il laissera tomber dans la poussière l’ignoble fantôme qu’il a voulu opposer au véritable pape ; il ne demande plus qu’une chose aux Romains : que Grégoire consente à lui donner l’onction sainte, et lui, Henri de Germanie, désormais empereur, se montrera fils dévoué de l’Église. Cette prière est transmise à Grégoire par la cité tout entière : « Je connais trop la fourberie du roi, répond le noble Pontife. Qu’il satisfasse d’abord à Dieu et à l’Église qu’il a foulée aux pieds : je pourrai alors absoudre son repentir, et placer sur sa tête convertie la couronne impériale. » Les instances des Romains ne purent obtenir d’autre réponse de l’inflexible gardien du droit de la chrétienté. Henri allait s’éloigner, lorsque tout à coup cette population mobile, gagnée par d’infâmes largesses venues de Byzance (car tous les schismes s’entendent contre la papauté), se détache de celui qui est son roi et son père, et vient déposer les clefs de la ville aux pieds du tyran qui apporte la servitude des âmes. Grégoire se voit alors réduit à chercher un asile dans le fort Saint-Ange, et la liberté de l’Église y est assiégée avec lui. C’est de là, ou peut-être quelques jours avant de s’y enfermer, qu’il écrit, en l’année 1084, cette lettre sublime adressée à tous les fidèles, et qui est comme le testament de sa grande âme :
« Les princes des nations et les princes des prêtres se sont réunis contre le Christ, Fils du Dieu tout-puissant, et contre son apôtre Pierre, pour éteindre la religion chrétienne et propager partout l’hérétique perversité. Mais, par la miséricorde de Dieu, ils n’ont pu, malgré leurs menaces, leurs cruautés et leurs promesses de gloire mondaine, entraîner dans leur impiété ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur. D’iniques conspirateurs ont levé la main contre nous, uniquement parce que nous n’avons pas voulu couvrir du silence le péril de la sainte Église, ni tolérer ceux qui ne rougissent pas de réduire en servitude l’Épouse même de Dieu. En tout pays, la dernière des femmes peut se donner un époux à son gré avec l’appui des lois ; et voici qu’il n’est plus permis à la sainte Église, qui est l’Épouse de Dieu et notre mère, de demeurer unie à son Époux, comme le demande la loi divine et comme elle le veut elle-même. Nous ne devons pas souffrir que les fils de cette Église soient asservis à des hérétiques, à des adultères, à des oppresseurs, comme si ceux-là étaient leurs pères. De là des maux de toute nature, des périls divers, des actes de cruauté inouïe, ainsi que vous pourrez l’apprendre de nos légats.
« Il a été dit au Prophète, comme le sait votre fraternité : « Du sommet de la montagne, fais entendre des cris, et ne cesse pas. » Poussé irrésistiblement, sans aucun respect humain, me mettant au-dessus de tout sentiment terrestre, j’évangélise à mon tour, je crie et je crie encore, et je vous annonce que la religion chrétienne, la vraie foi que le Fils de Dieu venu sur la terre nous a enseignée par nos pères, est menacée de se corrompre par l’envahissement de la puissance séculière, qu’elle tend à s’anéantir, à perdre sa couleur antique, exposée ainsi à la dérision non seulement de Satan, mais des juifs, des sarrasins et des païens. Ces derniers du moins gardent leurs lois qui ne peuvent être utiles au salut des âmes, et qui n’ont point été garanties par des miracles comme la nôtre que le Roi éternel a attestée lui-même : ils les gardent et ils v croient. Nous chrétiens, enivrés de l’amour du siècle et trompés par une vainc ambition, nous faisons céder toute religion et toute honnêteté à la cupidité et à la superbe, nous semblons dépourvus de toute loi et comme insensés, n’ayant plus le souci qu’avaient nos pères du salut et de l’honneur de la vie présente et de la vie future, n’en faisant même pas l’objet de notre espérance. S’il s’en rencontre qui craignent encore Dieu, c’est uniquement de leur salut qu’ils s’occupent, et non de l’intérêt commun. Qui voit-on aujourd’hui se donner de la peine, exposer sa vie dans les fatigues par le motif de la crainte ou de l’amour du Dieu tout-puissant, tandis qu’on voit les soldats de la milice séculière braver tous les dangers pour leurs maîtres, pour leurs amis et même pour leurs sujets ? Des milliers d’hommes savent courir à la mort pour leurs seigneurs ; mais s’agit-il du roi du ciel, de notre Rédempteur, loin de jouer ainsi sa vie, on recule devant l’inimitié de quelques hommes. S’il en est (et il en existe encore, par la miséricorde de Dieu, si peu que ce soit), s’il en est, disons-nous, quelques-uns qui, pour l’amour de la loi chrétienne, osent résister en face aux impies, non seulement ils ne trouvent pas d’appui chez leurs frères, on les taxe d’imprudence et d’indiscrétion, on les traite de fous. « Nous donc qui sommes obligé par notre charge de détruire les vices dans les cœurs de nos frères et d’y implanter les vertus, nous vous prions et vous supplions dans le Seigneur Jésus qui nous a rachetés, de réfléchir en vous-mêmes, afin de bien comprendre pour quel motif nous avons à souffrir tant d’angoisses et de tribulations de la part des ennemis de la religion chrétienne. Du jour où, par la volonté divine, l’Église mère m’a établi, malgré ma grande indignité, et malgré moi, Dieu le sait, sur le trône apostolique, tous mes soins ont été pour que l’Épouse de Dieu, notre dame et mère, remontât à la dignité qui lui appartient, pour qu’elle se maintînt libre, chaste et catholique. Mais une telle conduite devait déplaire souverainement à l’antique ennemi ; c’est pourquoi il a armé contre nous ceux qui sont ses membres, et nous a suscité une opposition universelle. C’est alors que l’on a vu se diriger contre nous et contre le Siège Apostolique plus d’efforts violents qu’il n’en avait été tenté depuis les temps de Constantin le Grand. Mais que l’on ne s’en étonne pas ; il est naturel que plus le temps de l’Antéchrist approche, plus il mette d’acharnement à poursuivre l’anéantissement de la religion chrétienne [11]. »
Telle était à ce moment suprême l’indignation douloureuse du grand Pontife, presque seul contre tous, abattu par les revers, mais non vaincu De la forteresse où il avait abrité la majesté apostolique, il put entendre les impies vociférations du cortège qui conduisait à la basilique vaticane Henri, que son faux pape attendait à la Confession de saint Pierre. C’était le dimanche des Rameaux 1085. Le sacrilège fut consommé. La veille, Guibert avait osé trôner dans la basilique de Latran ; et sous les palmes triomphales portées en l’honneur du Christ dont Grégoire était le vicaire, on vit l’intrus placer sur la tête du César excommunié la couronne de l’Empire chrétien ; mais Dieu préparait un vengeur à son Église. Au moment où le Pontife était serré dé plus près dans la forteresse qui lui servait d’abri, et qu’il semblait avoir tout à craindre de la fureur de son ennemi, Rome retentit tout à coup du bruit de l’arrivée du vaillant chef des Normands, Robert Guiscard. Cet homme de guerre est accouru pour mettre ses armes au service du Pontife assiégé, et pour délivrer Rome du joug des Allemands. Une panique soudaine s’empare du faux César et du faux pape ; l’un et l’autre prennent la fuite, et la cité parjure expie dans les horreurs d’un saccagement effroyable le crime de son odieuse trahison.
Le cœur de Grégoire fut accablé du désastre de son peuple. Impuissant à contenir la rage dévastatrice de ces barbares qui ne surent pas se borner à délivrer le Pontife, mais donnèrent carrière à toutes leurs cupidités au sein de celte ville qu’ils auraient dû châtier et non écraser ; menacé du retour de Henri qui comptait sur le ressentiment des Romains et se préparait à remplacer les Normands, lorsqu’ils auraient assouvi leurs convoitises, Grégoire sortit de Rome avec désolation, et, secouant la poussière de ses pieds, il alla demander asile au Mont-Cassin, et passer quelques heures dans ce sanctuaire du grand patriarche des moines. Le contraste des jours tranquilles de sa jeunesse abritée sous le cloître, avec les orages dont sa carrière apostolique n’avait cessé d’être agitée, dut se présenter à sa pensée. Errant, fugitif, abandonné, sauf d’une élite d’âmes fidèles et dévouées, il poursuivait sa douloureuse passion ; mais son calvaire n’était pas éloigné, et le Seigneur ne devait pas tarder à le recevoir dans le repos de ses saints. Avant qu’il descendît de la sainte montagne, un fait merveilleux arrivé déjà plusieurs fois se manifesta de nouveau. Grégoire étant à l’autel et célébrant le saint Sacrifice, une blanche colombe parut tout à coup posée sur son épaule, et parlant à son oreille. Il ne fut pas difficile de reconnaître à ce symbole expressif l’action de l’Esprit-Saint qui dirigeait et gouvernait les pensées et les actes du saint Pontife.
On était dans les premiers mois de l’année 1085. Grégoire se rendit à Salerne, dernière station de sa vie si agitée. Ses forces l’abandonnaient de plus en plus. Il voulut cependant faire la dédicace de l’Église du saint évangéliste Matthieu dont le corps reposait dans cette ville, et d’une voix défaillante il adressa encore la parole au peuple. Avant pris ensuite le Corps et le Sang du Sauveur, fortifié par ce puissant viatique, il reprit le chemin de sa demeure, et s’étendit sur la couche d’où il ne devait plus se relever. Image saisissante du Fils de Dieu sur la croix, comme lui dépouillé de tout et abandonné de la plupart des siens, ses dernières pensées furent pour la sainte Église qu’il laissait dans le veuvage. Il indiqua aux quelques cardinaux et évêques qui l’entouraient, les noms de ceux entre les mains desquels il verrait avec contentement passer sa laborieuse succession : Didier, Abbé du Mont-Cassin, qui fut après lui Victor III ; Othon de Châtillon, moine de Cluny, qui fut après Victor Urbain II ; et le fidèle légat Hugues de Die, que Grégoire avait fait archevêque de Lyon.
On interrogea le Pontife agonisant sur ses intentions relativement aux nombreux coupables qu’il avait dû frapper du glaive de l’excommunication. Là encore, comme le Christ sur la croix, il exerça miséricorde et justice : « Sauf, dit-il, le roi Henri, et Guibert, l’usurpateur du Siège Apostolique, ainsi que ceux qui favorisent leur injustice et leur impiété, j’absous et bénis tous ceux qui ont foi en mon pouvoir comme étant celui des saints apôtres Pierre et Paul. » Le souvenir de la pieuse et invincible Mathilde s’étant présenté à sa pensée, il confia cette fille dévouée de l’Église Romaine aux soins du courageux Anselme de Lucques, rappelant ainsi, comme le remarque le biographe de ce saint évoque, le don que Jésus expirant fit de Marie à Jean son disciple de prédilection. Trente années de luttes et de victoires furent pour l’héroïque comtesse le prix de cette bénédiction suprême.
La fin était imminente ; mais la sollicitude du père de la chrétienté survivait encore en Grégoire. Il appela l’un après l’autre ces hommes généreux qui entouraient sa couche, et leur fit prêter serment entre ses mains glacées de ne jamais reconnaître les droits du tyran, tant qu’il n’aurait pas donné satisfaction à l’Église. Il résuma sa dernière énergie dans une défense solennelle intimée à tous de reconnaître pour Pape celui qui n’aurait pas été élu canoniquement et selon les règles des saints Pères. Se recueillant ensuite en lui-même, et acceptant la divine volonté sur sa vie de pontife qui n’avait été qu’un sacrifice continuel, il dit :»J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité ; c’est pour cela que je meurs en exil. » Un des évêques qui l’entouraient répondit avec respect : « Vous ne pouvez, seigneur, mourir en exil, vous qui, tenant la place du Christ et des saints Apôtres, avez reçu les nations en héritage, et en possession l’étendue de la terre. » Parole sublime que déjà Grégoire ne pouvait plus entendre ; car son âme s’était élancée au ciel, et recevait dès ce moment l’immortelle couronne des martyrs.
Grégoire était donc vaincu, comme le Christ lui-même fut vaincu par la mort ; mais le triomphe sur cette mort ne manqua pas plus au disciple qu’il n’avait manqué au Maître. La chrétienté abaissée en tant de manières se releva dans toute sa dignité ; et l’on peut même dire qu’un gage de cette résurrection fut donné par le ciel le jour même où Grégoire rendait à Salerne son dernier soupir. Ce même jour, vingt-cinq mai 1085, Alphonse VI entrait victorieux à Tolède, et arborait la croix dans la cité reconquise des Eugène et des Julien, après quatre siècles d’esclavage sous le joug sarrasin.
Mais il fallait à l’Église opprimée un continuateur de Grégoire, et le Dieu dont il fut le vicaire ne le lui refusa pas. Le martyre du grand Pontife fut comme une semence de Pontifes dignes de lui. De même qu’il avait préparé ses prédécesseurs, on peut dire que ses successeurs procédèrent de lui ; et les fastes de la papauté ne présentent nulle part dans toute leur teneur une suite de noms plus glorieuse que celle qui s’étend de Victor III, successeur immédiat de Grégoire, à Boniface VIII, en qui recommença pour de longs siècles le martyre que notre grand héros avait subi. Son âme était à peine affranchie des épreuves de cette vallée de larmes, et déjà la victoire se déclarait. Les ennemis de l’Église étaient abattus, la suppression des investitures éteignait la simonie et assurait l’élection canonique des Pasteurs ; la loi sacrée de la continence des clercs reprenait partout son empire.
Grégoire avait été l’instrument de Dieu pour la réforme de la société chrétienne ; et si son nom est demeuré béni des vrais enfants de l’Église, sa mission avait été trop belle et trop courageusement remplie pour qu’elle n’attirât pas sur lui la haine de l’enfer. Or, voici ce que le Prince de ce monde imagina contre lui dans sa rage. Non content d’avoir fait de Grégoire un objet d’exécration pour les hérétiques, il vint à bout de le rendre odieux aux faux catholiques, embarrassant pour les demi-chrétiens. Longtemps ces derniers, malgré le jugement de l’Église qui l’a placé sur ses autels, affectèrent de l’appeler insolemment Grégoire VII. Son culte fut proscrit par des gouvernements qui se disaient encore catholiques ; il fut prohibé par des mandements épiscopaux. Son pontificat et ses actes furent attaqués comme contraires à la religion chrétienne par le plus éloquent de nos orateurs sacrés. Il fut un temps où les lignes que nous consacrons à ce saint Pape, dans un livre destiné à nourrir chez les fidèles l’amour et l’admiration pour les héros de la sainteté que l’Église offre à leur culte, eût attiré sur nous la vindicte des lois. Les Leçons de l’Office d’aujourd’hui furent supprimées par le Parlement de Paris en 1729, avec défense de s’en servir, sous peine de saisie du temporel. Ces barrières sont tombées, ces scandales ont cessé. Par suite du rétablissement de la Liturgie romaine en France, chaque année le nom de saint Grégoire VII est proclamé dans nos Églises, la louange qui honore les saints lui est publiquement décernée, et le divin Sacrifice est offert à Dieu pour la gloire d’un si illustre Pontife.
Il était temps pour notre honneur français qu’une telle justice fût rendue à qui la mérite. Lorsque depuis plus de soixante ans on entendait les historiens et les publicistes protestants de l’Allemagne combler d’éloges celui qui n’est pourtant à leurs veux qu’un grand homme, mais en qui ils reconnaissent l’héroïque vengeur des droits de la société humaine ; lorsque les gouvernements réduits aux abois par l’envahissement toujours plus impérieux du principe démocratique, n’ont plus le loisir de céder à leurs anciennes jalousies contre l’Église ; lorsque l’Épiscopat se serre toujours plus étroitement autour de la Chaire de saint Pierre, centre de vie, de lumière et de force : rien n’est plus naturel que de voir le nom immortel de saint Grégoire VII resplendir d’une gloire nouvelle, après l’éclipsé qui l’avait si longtemps dérobé aux regards d’un trop grand nombre de fidèles. Qu’il demeure donc, ce glorieux nom, jusqu’à la fin des siècles, comme l’un des astres les plus brillants du Cycle pascal, et qu’il verse sur l’Église de nos jours l’influence salutaire qu’il répandit sur celle du moyen âge !
Œuvre de l'adoration à domicile
BÉNI SOIT LE TRÈS SAINT SACREMENT DE L'AUTEL
BREF HISTORIQUE
La pratique de l'adoration perpétuelle est un développement de l’adoration réparatrice des Quarante Heures.
En 1534, le Père Joseph, capucin, conçoit le projet de répondre aux outrages et sacrilèges perpétués par les protestants envers l'auguste sacrement, par un surcroît d'adoration. Cela sous la forme d'un hommage particulier pendant quarante heures consécutives en souvenir des quarante heures qui s'écoulèrent depuis le moment où son divin corps fut élevé sur la croix, jusqu'à celui de sa glorieuse résurrection. Il organisa donc une exposition solennelle pendant ce laps de temps accompagnée de prédications et d'exercices pieux. Dans le but de faire adorer avec plus de ferveur le sacrement de son amour, de réparer les injures faites à sa majesté et d'apaiser la colère de Dieu irrité par les crimes des hommes.
Ces prières furent fixées au trois jours précédant immédiatement le carême. Elles permettaient du même coup la réparation des désordres du carnaval; rejoignant par là la pratique de l'Église antique qui avait établi des supplications solennelles pour réparer les excès commis durant les saturnales. Elles furent célébrées en premier lieu à Milan, puis se répandirent dans toute l'Italie enrichies d'indulgences nombreuses par les papes Pie IV, Clément VIII et Paul V.
Bientôt la piété des fidèles ne se contenta plus de faire une seule fois par an ces prières, et l'on en demanda de tous côté le renouvellement.
En 1530, à Rome sous la direction du dominicain Thomas Stella, quelques dévots de la Sainte Eucharistie se réunissent à Sainte Marie de la Minerve, affligés de voir trop souvent les églises solitaires et le saint Viatique porté sans honneur aux malades ils fondent une association pour y remédier et qui veillera de même à la beauté des autels. Leur nombre augmentant, le pape Paul III, par la Bulle : Dominus noster Jésus-Christus, approuve leur dessein, leur accorde une constitution canonique et des indulgences; bien plus, il érige leur société en archiconfrérie pour leur susciter des imitateurs.
En 1542, la paroisse de Saint Barthélemy à Paris possède sa confrérie du Saint-Sacrement ; Saint Sulpice et Saint Merri suivront de près, dix et vingt ans plus tard Rouen et Bordeaux suivront leur exemple.
Dès 1548, elles avaient lieu, à Rome le premier dimanche de chaque mois, dans l'archiconfrérie de la, Très-Sainte-Trinité des pèlerins, instituée par saint Philippe de Néri.
En 1551, on ajouta le troisième dimanche de chaque mois, dans l’archiconfrérie de Sainte-Marie de la prière et de la mort. L'usage se généralisait.
Enfin, en 1592, Clément VIII par sa bulle Graves et diuturnae ordonna de rendre cet hommage à Dieu, constamment et à perpétuité, dans la ville éternelle. Chaque église ayant son jour et sa nuit à tour de rôle, la chapelle apostolique débutant l'année liturgique au premier dimanche de l'Avent.
L'extension de cette pratique fut autorisée en dehors de Rome, mais seulement dans les villes où les églises et les chapelles étaient assez nombreuses pour que l'adoration ne fut jamais interrompue, ni le jour ni la nuit pendant toute l'année. Bientôt cependant les évêques obtinrent des induIts particuliers pour leur diocèses, afin que de petites villes puissent avoir la consolation de cette dévotion même si elles n'étaient pas suffisamment populeuses.
La révolution et les guerres européennes vinrent passablement perturber la pratique de cette dévotion; il faudra attendre le 6 décembre 1848, pour que reprenne, à Paris en l'église Notre-Dame des Victoires, l'adoration nocturne des hommes sous la direction de l'abbé de la Bouillerie.
En, 1851 Mme Tholin-Bost créa une association de l'adoration à domicile, elle fut encouragée par le Père Julien-Eymard, qui s'inscrit lui-même à son oeuvre.
En 1875, il y avait en France environ une soixantaine de diocèses, où l'adoration nocturne était pratiquée.
En 1902, on pouvait dire que l'adoration perpétuelle était en usage dans la plupart des diocèses, chaque chapelle ou paroisse ayant un ou plusieurs jours d'adoration.
Ce très bref résumé, chers amis, pour vous parler d'une œuvre qui me semble aujourd'hui en notre temps d'apostasie plus que d'actualité. Œuvre de réparation, de préparation indispensable au règne social de Notre-Seigneur, œuvre d'apostolat : adorer et faire adorer. Œuvre accessible à tous, qui si Dieu le veut embrasera les âmes pour son divin sacrement d'amour. Œuvre de contemplation pour les séculiers qui attirera à n'en pas douter de nombreuses bénédictions dans les maisons où elle sera pratiquée.
Pratiquement, il suffit de s'engager à faire chez soi, ou mieux devant le tabernacle si on en a la possibilité, une heure d'adoration du Très Saint Sacrement, et cela, soit chaque jour, soit chaque semaine.
L’eucharistie est le témoignage du plus grand amour sous les plus humbles apparences.
Saint Thomas d’Aquin, le Docteur Angélique fut sans doute le plus grand chantre du Saint Sacrement, et son Office est une source sûre et parfaite pour la contemplation de la divine hostie.
Il n’est rien au monde de plus réel et de plus substantiel que l’amour de Dieu. En comparaison de cette grande réalité tout le reste n’est qu’une vraie chimère, mirage inconstant vide de sens, or l’eucharistie est la présence réelle parmi nous, la preuve concrète de cet amour infinie de la Très Sainte Trinité par Jésus-Christ pour nous ; donc il n’y a rien ici-bas de plus réel et de plus substantiel que le Saint Sacrement Dieu parmi nous.
Plus nous ferons de notre vie, une vie orientée et axée sur l’Eucharistie, plus nous serons dans le réel, plus nous serons unis à Dieu, plus nous serons vainqueurs des illusions et des fantasmagories des sens, de l’imagination, des passions, plus nous serons dans la Vie vivifiante, dans l’Être, dans la Vérité.
Que notre âme soit toujours tournée vers l’Eucharistie (Centrum omnium cordium). Il faut vivre en état de désir et d’aspiration. Il n’y a d’infini en l’homme que le désir et l’élan de son âme, qui ne peut être assouvi par aucune créature, qui doit être réservé pour Dieu.
Voilà l’origine des malheurs des âmes cherchant leur bonheur dans les créatures, jamais elle ne pourront être rassasiées.
Le Christ est venu pour nous sauver, mais plus encore pour adorer et louer son Père, pour susciter des âmes qui s’unissent à sa pensée, à son amour, à son sacrifice : de vrai adorateurs, en esprit et en vérité, ils nous faut donc adorer et faire adorer : l’Eucharistie et par l’Eucharistie la Très Sainte Trinité.
Un seul Prêtre, un seul Sacrifice, un seul Pain venu du ciel, qui nous nourrit pour nous assimiler de plus en plus à Lui, pour nous conformer de plus en plus à ce que nous sommes dans son amour : ses frères, les fils du Très Haut, des dieux en Dieu, pour Dieu, par Dieu.
Assimilés à Lui, la seule louange, la seule hostie, la seule prière agréée, nous nous placerons sous le patronage de Notre-Dame Adoratrice à la crèche afin que nos petits hommages soient par elle rendus plus digne du Cœur Eucharistique de son divin fils. De plus il faut tâcher de recruter des âmes ferventes et réparatrices pour la propagation de l’œuvre.
Cette œuvre fut approuvée en 1851, par le Cardinal Louis de Bonald, Archevêque de Lyon.
"C'est la torche de l'amour qu'il faut porter dans les âmes tièdes et qui se croient pieuses, et ne le sont pas parce qu'elles n'ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle" Saint Julien-Eymard
Le miracle de Lanciano
Voici l'histoire du miracle Eucharistique de Lanciano et ses conclusions par la "science" du 20éme siècle*! A travers certains des plus prodigieux miracles que l'homme ait jamais pu témoigner, entre autres, à travers les miracles Eucharistiques, miracles divins qui démontreront à maintes reprises la présence réelle de Jésus dans le Saint Sacrement de l'autel. Le plus connu de ces miracles est, sans le moindre doute, celui de Lanciano, petite ville, pour ne pas dire village médiéval, en Italie, à quelques kilomètres de la mer Adriatique Il est traditionnellement raconté que le centurion Longinus, celui-là même qui enfonça sa lance dans le flanc du Christ lors de Sa Crucifixion, perforant ainsi Son Sacré Coeur et versant l'Eau et le Sang du Rédempteur (Marc 15 : 29), était de cette petite ville d'où le changement de nom d'Anxamun à Lanciano voulant dire "Lance").
Voici donc ce remarquable récit : "Un moine basilien, sage sur les choses du monde mais moins sur les choses de la foi, passait par un moment difficile dans sa perception de la réelle présence de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Il priait constamment pour le soulagement de ses doutes ; celui-ci effectivement. doutait et se trouvait consumé d'effroi de perdre un jour sa vocation. Son martyre était très pénible et il souffrait quotidiennement de la routine de son sacerdoce. Finalement un matin, pendant la célébration de la Messe, sujet à une grande attaque de doutes, il commença la Consécration devant les habitants d'un village voisin. Soudainement après la Consécration du Pain et du Vin, ce qu'il vit sur l'autel le fit trembler des mains. Il resta interdit, le dos tourné aux fidèles, pendant un moment qui sembla aux paroissiens une éternité, puis, doucement il se tourna vers eux et leur dit: " O témoins heureux à qui le Dieu Béni, pour contredire mon incrédulité, a voulu se révéler Lui-Même dans ce béni Sacrement et Se rendre visible à nos yeux Venez voir notre Dieu si près de nous. Voici la Chair et le Sang de notre Christ Bien-Aimé."
En effet, l'Hostie s'était transformée en Chair et le Vin en Sang! Les fidèles, ayant témoigné du miracle, commencèrent à pleurer, en demandant pardon, et en suppliant miséricorde. Certains se frappèrent la poitrine, en confessant leurs péchés et en se déclarant indignes de témoigner de ce miracle, d'autres encore s'agenouillèrent en respect et en remerciement pour le cadeau que Dieu leur avait offert. Ce jour même, la rumeur du miracle parcourut tout le village comme un feu embrase une forêt et, tout aussi vite, les villages voisins jusqu'au Saint-Siège même."
Là ne finit pas notre histoire. Certes, "le don" de Lanciano était adressé au bon moine italien, au peuple du petit village et aux hommes de ce temps, mais aussi aux hommes de toutes les nations du monde et de toutes générations à venir, car ce qui est le plus remarquable, est la continuité même de ce miracle, un miracle qui demeura visible pour tous pendant une période de plus de 1297 ans, sans, toutefois, le moindre usage d'un quelconque produit de conservation ou substance chimique permettant à la Chair et au Sang de rester frais, car oui, la Sainte Hostie, transformée en Chair, et le Vin transformé en Sang, sont demeurés, pendant plus de douze siècles, parfaitement intacts.
En 1970, 1971 et plus tard en 1981, une investigation scientifique fut encouragée par l’Église Catholique. L'illustre Professeur Odoardo Linoli, Professeur d'Anatomie, d'Histologie Pathologique, de Chimie et de Microscopie Clinique, commença une longue série d'analyses et de tests afin de déterminer l'exacte nature du-dit miracle. Les investigations furent toutes menées avec des procédures de haute gamme technologique dont les observations furent largement confirmées par une série de photographies prises au microscope. Les analyses, une fois terminées, permirent les conclusions suivantes : Le spécimen "Chair" de l'Eucharistie est indubitablement de la chair humaine. Le spécimen "Sang" de l'Eucharistie est indubitablement du Sang humain. Le spécimen "Chair" de l'Eucharistie est composé de tissus musculaires d'un cœur humain. Dans le spécimen "Chair" de l'Eucharistie on peut, entre autres, observer: Le spécimen "chair" de l'Eucharistie est un CŒUR HUMAIN, complet dans sa structure essentielle. Le spécimen "Chair" et "Sang" de l'Eucharistie ont le même type sanguin, AB (Note : Type sanguin identique a celui trouvé par le Professeur Baima Bollone sur le Saint Suaire de Turin). Plusieurs minéraux ont été trouvés dans le spécimen "Sang" de l'Eucharistie : Chlorites, phosphores, magnésium, potassium, sodium et calcium. Il fut trouvé dans le spécimen "Sang" de l'Eucharistie des protéines dans les mêmes proportions normales qui sont trouvées dans les sero-protéiques de sang courant.
La préservation de la Chair et du Sang, qui furent exposés dans leur état naturel, sans le moindre moyen de quelconque forme de préservation, pendant douze siècles à l'action d'agents atmosphériques et biologiques, constituent un extraordinaire phénomène, scientifiquement inexplicable. De plus, il fut observé une étrange anomalie dans le spécimen "Sang" de l'Eucharistie : Une fois liquéfié, le Sang Eucharistique de Lanciano garde toutes ses propriétés chimiques et physiques sans toutefois se détériorer sous une forme quelconque. En effet, normalement, quinze minutes après l'extraction d'un sang humain ordinaire, toutes les activités biologiques périssent irrémédiablement, cependant le spécimen de Lanciano en tout moment conserve toutes ses propriétés biochimiques intactes. Je crois que l'on peut dire que, appelée à témoigner, la Science, malgré son incapacité à expliquer ce phénomène, a donné une réponse on ne peut plus réfléchie sur l'authenticité du miracle Eucharistique de Lanciano. Celle-ci aussi avoue, peut-être avec amertume, que tous les résultats d'analyse constituent une violation absolue des lois de la physique.
Saint Bernardin de Sienne confesseur
Collecte
Seigneur Jésus, qui avez accordé au bienheureux Bernardin, votre Confesseur, un très ardent amour pour votre saint nom, nous vous supplions, par ses mérites et son intercession, de daigner, dans votre bonté, répandre en nous l’esprit de votre charité
Lecture Ecl. 31, 8-11.
Heureux l’homme qui a été trouvé sans tache, qui n’a pas couru après l’or, et qui n’a pas mis son espérance dans l’argent et dans les trésors. Qui est-il ? Et nous le louerons, car il a fait des choses merveilleuses durant sa vie. Il a été éprouvé par l’or et trouvé parfait, il aura une gloire éternelle ; il a pu violer la loi, et il ne l’a point violée ; il a pu faire le mal, et il ne l’a pas fait. C’est pourquoi ses biens ont été affermis dans le Seigneur, et toute l’assemblée des saints publiera ses aumônes.
Office
Quatrième leçon. Bernardin Albizesca, issu d’une noble famille de Sienne, donna dès son enfance des marques éclatantes de sainteté. Il reçut de ses pieux parents une éducation très soignée ; négligeant les amusements puérils, on le vit, dès ses premières études de grammaire s’adonner aux œuvres pies, au jeûne, à la prière, et particulièrement au culte de la très sainte Vierge. Sa chanté envers les pauvres était admirable. Plus tard, afin de mieux pratiquer encore toutes ces vertus, il voulut être inscrit au nombre des serviteurs de Dieu de Notre-Dame de la Scala de Sienne, d’où sont sortis plusieurs personnages illustres par leur sainteté. C’est là que le soin des malades, durant une peste qui sévissait cruellement dans la ville, lui donna l’occasion de mortifier son corps et d’exercer une charité vraiment incroyable. Entre autres vertus, il garda inviolablement la chasteté, malgré les dangers auxquels l’exposait la rare beauté de ses traits ; à tel point que les plus licencieux n’auraient osé-prononcer le moindre mot malsonnant en sa présence.
Cinquième leçon. Après l’épreuve d’une grave maladie, endurée pendant quatre mois avec la plus entière résignation, il conçut enfin le projet d’embrasser la vie religieuse. Pour s’y acheminer, il loua une petite maison à l’extrémité de la ville ; il vécut là inconnu, menant la vie la plus austère, et priant Dieu continuellement de lui faire connaître le parti qu’il devait prendre. Ce fut donc d’après l’inspiration divine qu’il choisit l’Ordre de saint François, où il excella en humilité, en patience et en toutes les vertus religieuses. Le supérieur du couvent le remarqua, et comme il le savait déjà arrivé à un haut degré de connaissance des textes sacrés, il lui imposa le devoir de prêcher. Bernardin accepta humblement ce ministère, bien qu’il s’y reconnût peu apte en raison de la faiblesse et de l’enrouement de sa voix. Il implora le secours de Dieu, et il fut, non sans miracle, délivré de cet obstacle à son zèle.
Sixième leçon. Il y avait à cette époque un débordement de crimes en Italie, et de sanglantes factions y foulaient aux pieds toutes les lois divines et humaines. Bernardin parcourut les villes et les villages au nom de Jésus, qu’il avait toujours à la bouche et dans le cœur, et rétablit presque entièrement la piété et les bonnes mœurs qui avaient disparu. Sa réputation fit que plusieurs villes considérables le demandèrent au Pape en qualité d’Évêque ; mais il refusa constamment cette charge avec une humilité invincible. Enfin cet homme de Dieu, après de grands travaux, de nombreux et éclatants miracles, et après avoir laissé des écrits pleins de science et de piété, termina une vie de soixante-six années par une mort de prédestiné, à Aquila, ville de l’Abruzze. De nouveaux miracles le rendirent célèbre, et six ans après sa mort, le Pape Nicolas V le mit au nombre des Saints.
Dans une autre saison de l’année liturgique, lorsque nous apportions nos hommages et nos vœux au berceau de l’Enfant divin, une de nos journées fut consacrée à célébrer la gloire et à goûter la douceur de son nom. La sainte Église tressaillait de bonheur en prononçant ce nom chéri que son céleste Époux a choisi de toute éternité, et le genre humain respirait à l’aise, en songeant que le grand Dieu qui pourrait s’appeler le Juste et le Vengeur, consentait à se nommer désormais le Sauveur. Le pieux Bernardin de Sienne, que nous fêtons aujourd’hui, nous apparut alors portant dans ses mains et élevant aux regards des hommes ce nom béni entouré de rayons. Il invitait toute la terre à vénérer avec amour et confiance cette appellation sacrée sous laquelle se révèle divinement toute l’économie de notre salut. L’Église attentive acceptait ce signe sacré ; elle encourageait ses fidèles à recevoir des mains de l’homme de Dieu un bouclier si puissant contre les traits de l’esprit des ténèbres, à goûter surtout un nom qui nous apprend jusqu’à quel excès Dieu a aimé le monde ; et lorsque le saint nom de Jésus eut enfin conquis par son adorable beauté tous les cœurs chrétiens, elle lui consacra une des plus touchantes solennités du Temps de Noël.
Aujourd’hui le noble enfant de saint François a reparu, et ses mains tiennent toujours la glorieuse effigie du nom sacré. Mais ce n’est plus l’appellation prophétique de l’Enfant nouveau-né, le doux nom que la Vierge-mère murmurait avec tendresse et respect, penchée sur son berceau ; c’est un nom qui retentit plus fort que tous les tonnerres, c’est le trophée de la plus éclatante des victoires, c’est la prophétie accomplie en son entier. Le nom de Jésus promettait au genre humain un Sauveur ; Jésus a sauvé le genre humain en mourant et en ressuscitant pour lui ; il est maintenant Jésus dans toute la plénitude de son nom. Parcourez la terre, et dites-nous en quel lieu ce nom n’est pas connu ; dites-nous quel autre nom a jamais réuni les hommes en une seule famille.
Les princes de la Synagogue ont voulu arrêter l’essor de ce nom victorieux, l’étouffer dans Jérusalem ; ils ont dit aux Apôtres : « Nous vous défendons d’enseigner en ce nom » ; et c’est pour leur répondre que Pierre a prononcé cette forte sentence qui résume toute l’énergie de la sainte Église : « Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes. » Autant eût valu essayer d’arrêter le soleil dans son cours ; et lorsque bientôt la puissance romaine s’est mise en devoir de mettre obstacle par ses édits à la marche triomphante de ce nom devant lequel tout genou doit fléchir, elle s’est vue réduite à l’impuissance. Au bout de trois siècles le nom de Jésus planait sur le monde romain tout entier.
Armé de ce signe sacré, Bernardin parcourut au XVe siècle les villes de l’Italie armées les unes contre les autres, et souvent même divisées jusque dans leur propre sein. Le nom de Jésus entre ses mains devenait l’arc-en-ciel de la paix ; tout genou fléchissait, tout cœur ulcéré et vindicatif s’apaisait, tout pécheur courait aux sources du pardon, dans tous les lieux où Bernardin avait arboré ce puissant symbole. Les trois lettres qui représentent ce nom à jamais béni devenaient familières à tous les fidèles ; on les sculptait, on les gravait, on les peignait partout ; et la catholicité acquérait pour jamais une expression nouvelle de sa religion et de son amour envers le Sauveur des hommes.
Prédicateur inspiré, Bernardin a laissé de nombreux écrits qui révèlent en lui un docteur de premier ordre dans la science de Dieu. Il nous serait agréable, si l’espace nous le permettait, de le laisser exposer ici les grandeurs du mystère de la Pâque ; donnons du moins son sentiment sur l’apparition du Sauveur ressuscité à sa sainte mère. Le lecteur catholique verra avec joie l’unité de doctrine sur ce point si important régner entre l’école franciscaine représentée par saint Bernardin, et l’école dominicaine dont nous avons produit le témoignage à la fête de saint Vincent Ferrier.
IV ème Dimanche après Pâques
Introït
Chantez au Seigneur un cantique nouveau, alléluia ; car le Seigneur a opéré des merveilles, alléluia, Il a révélé sa justice aux yeux des nations, alléluia, alléluia, alléluia. Sa droite et son saint bras l’ont fait triompher.
Collecte
Dieu, qui donnez aux cœurs de vos fidèles une même volonté : accordez à vos peuples d’aimer ce que vous leur commandez, de désirer ce que vous leur promettez ; afin qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs demeurent fixés là où sont les joies véritables.
Épitre Jc. 1, 17-21.
Mes bien-aimés, toute grâce excellente et tout don parfait descend d’en haut, et vient du Père des lumières, chez qui il n’y a pas de variation, ni d’ombre, ni de changement. De sa propre volonté il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures. Vous le savez, mes frères bien-aimés. Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère, car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de méchanceté, recevez avec douceur la parole entrée en vous qui peut sauver vos âmes.
Évangile Jn. 16, 5-14
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Cependant, je vous dis la vérité : il vous est utile que je m’en aille ; car, si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. Et lorsqu’il sera venu, il convaincra le monde ne ce qui concerne le péché, la justice et le jugement. En ce qui concerne le péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ; en ce qui concerne la justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus ; en ce qui concerne le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé. J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera l’avenir. Il me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.
Secrète
O Dieu, qui, par les échanges admirables de ce sacrifice, nous avez rendus participants de votre divinité une et souveraine : faites, nous vous en supplions, que comme nous connaissons votre vérité, de même nous la suivions par une conduite digne d’elle.
Postcommunion
Assistez-nous, Seigneur notre Dieu, afin qu’au moyen de ce sacrement reçu par nous avec foi, nous soyons purifiés de nos vices et arrachés à tous les périls
4e leçon
Du Traité de saint Cyprien, Évêque et Martyr ‘Du bien de la patience
Voulant, bien-aimés frères, vous entretenir de la patience, et vous en montrer les services et les avantages, puis-je mieux commencer que par la patience dont je vois que vous avez besoin pour m’écouter maintenant encore ? En effet, l’action même d’écouter et d’apprendre, vous ne la pouvez faire sans patience. Car l’enseignement et la doctrine du salut ne s’apprennent efficacement que si l’on écoute patiemment ce qui s’enseigne. Et, parmi tous les moyens que nous offre la loi céleste, et qui dirigent notre vie vers l’acquisition des récompenses divines, objet de notre espérance et de notre foi, je ne trouve rien de plus utile pour la vie, ni de meilleur pour obtenir la gloire, que de garder la patience avec un soin extrême, nous qui nous attachons aux préceptes du Seigneur, avec un culte de crainte et d’amour. Les philosophes païens aussi font profession de pratiquer cette vertu, mais leur patience est aussi fausse que leur sagesse. Car comment pourrait-il être sage ou patient, celui qui ne connaît ni la sagesse, ni la patience de Dieu ?
5e leçon
Pour nous, mes chers frères, qui sommes philosophes non dans nos paroles, mais dans nos actions ; qui préférons la sagesse, non dans ses dehors, mais dans sa réalité ; qui connaissons mieux la pratique des vertus que leur ostentation ; qui ne disons pas de grandes choses, mais qui les réalisons dans notre vie ; serviteurs et adorateurs de Dieu, montrons par la soumission de notre esprit cette patience que de divins exemples nous enseignent. Car cette vertu nous est commune avec Dieu. C’est de lui qu’elle vient, qu’elle tire son éclat et sa gloire. L’origine et la grandeur de la patience viennent de Dieu. L’homme doit aimer ce qui est cher à Dieu, car ce qu’aimé la majesté divine, elle le recommande. Si Dieu est notre Seigneur et notre père, imitons la patience de notre Seigneur et en même temps de notre père, puisqu’il convient que des serviteurs soient obéissants, et que des fils ne soient point dégénérés.
6e leçon
C’est la patience qui nous rend agréables à Dieu et nous retient dans son service ; c’est elle qui calme la colère, enchaîne la langue, gouverne l’esprit, garde la paix, règle la discipline, brise l’impétuosité des passions, comprime les emportements de l’orgueil, éteint l’incendie de la haine, contient la tyrannie des grands, ranime l’indigence du pauvre, protège la bienheureuse pureté de la vierge, la laborieuse chasteté de la veuve, la tendresse sans partage des époux. Elle inspire l’humilité dans le bonheur, le courage dans l’adversité, la douceur au milieu des injustices et des affronts. Elle nous apprend à pardonner sans délai à ceux qui ont mal fait ; si nous avons commis une faute, à en implorer longtemps et instamment le pardon. Les tentations, elle en triomphe ; les persécutions, elle les endure ; les souffrances et le martyre, elle les couronne. C’est elle qui élève l’édifice de notre foi sur des fondements inébranlables.
7e leçon
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Lorsque le Seigneur Jésus eut prédit à ses disciples les persécutions qu’ils auraient à souffrir après son éloignement, il ajouta : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous ; mais maintenant je vais à celui qui m’a envoyé. » Il faut d’abord voir ici s’il ne leur avait pas prédit auparavant les souffrances futures. Les trois autres Évangélistes montrent qu’il les leur avait suffisamment annoncées avant la cène, tandis que saint Jean place cette prédiction après le repas lorsqu’il leur dit : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous. »
8e leçon
Ne peut-on pas résoudre cette difficulté, en disant que les autres Évangélistes font observer que sa passion était proche, au moment où il parlait ainsi ? Il ne leur avait donc pas dit ces choses dès le commencement, lorsqu’il était avec eux, puisqu’il ne les leur dit qu’au moment de s’éloigner d’eux et de retourner à son Père. Ainsi donc, même selon ces Évangélistes, se trouve confirmée la vérité de ces paroles du Sauveur : « Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement. » Mais que penser de la véracité de l’Évangile selon saint Matthieu, qui rapporte que ces prédictions ont été faites par le Seigneur, non seulement à la veille de sa passion lorsqu’il allait célébrer la Pâque avec ses disciples, mais dès le commencement, à l’endroit où les douze Apôtres sont expressément désignés par leurs noms et où on les voit envoyés pour exercer le saint ministère ?
9e leçon
Que veulent donc dire ces paroles : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous », si ce n’est que les prédictions qu’il leur fait ici du Saint-Esprit, à savoir qu’il viendrait à eux et rendrait témoignage au moment où ils auraient à souffrir les maux qu’il leur annonçait, il ne les leur avait pas faites dès le commencement, parce qu’il était avec eux ? Ce consolateur ou cet avocat (car le mot grec Paraclet veut dire l’un et l’autre) n’était donc nécessaire qu’après le départ du Christ ; il ne leur en avait point parlé dès le commencement lorsqu’il était avec eux, parce qu’il les consolait lui-même par sa présence.
Le coeur marial de la France
Saint Venant martyr
Collecte
O Dieu, qui avez consacré ce jour par le triomphe du bienheureux Venant, votre Martyr, exaucez les prières de votre peuple, et faites qu’honorant ses mérites, nous imitions la constance de sa foi.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Venant, de Camérino, avait quinze ans, lorsqu’il fut dénoncé comme chrétien à Antiochus alors gouverneur de la ville pour l’empereur Dèce. Il se présenta lui-même aux portes de la ville à ce magistrat, qui, après l’avoir tenté longuement par des promesses et des menaces, ordonna de le battre de verges et de le charger de chaînes. Un Ange délie miraculeusement ses liens ; il est alors brûlé avec des torches ardentes, puis suspendu, la tête en bas, au-dessus d’un feu allumé sous lui. Sa constance dans les tourments frappe d’admiration le greffier Anastase, et quand il le voit, une seconde fois délié par l’Ange, marcher, vêtu de blanc, au dessus de la fumée, il croit en Jésus-Christ, et se fait baptiser avec sa famille par le bienheureux Prêtre Porphyre, en compagnie duquel il remporte, peu de temps après, la palme du martyre.
Cinquième leçon. Ramené devant le gouverneur, et inutilement sollicité d’abandonner la foi du Christ, Venant est jeté en prison. Le gouverneur envoie un héraut, nommé Attale, qui vient dire à Venant que lui aussi a été chrétien, mais qu’il a renoncé à ce titre, parce qu’il a reconnu la vaine illusion d’une foi en raison de laquelle les Chrétiens se privent des biens présents, dans l’espérance chimérique de biens futurs. Le noble athlète du Christ, qui connaît les ruses de notre perfide ennemi, repousse loin de lui ce ministre du démon. On le ramène donc devant le gouverneur : on lui casse toutes les dents et on lui brise les mâchoires, et, ainsi mutilé on le jette sur un fumier Mais un Ange vient encore le délivrer. On le fait comparaître de nouveau devant le juge, et celui-ci, à la voix de Venant qui parlait toujours tombe de son siège en s’écriant : « Le Dieu de Venant est le vrai Dieu ; renversez les nôtres ».
Sixième leçon. A cette nouvelle, le gouverneur fit aussitôt exposer Venant aux lions ; mais contrairement à leur férocité habituelle, ces animaux se jetèrent à ses pieds. Pendant ce temps, le jeune homme enseignait au peuple la foi du Christ ; aussi fut-il éloigné et remis en prison. Le lendemain. Porphyre ayant raconté au gouverneur une vision qu’il avait eue pendant la nuit, et dans laquelle il avait vu Venant resplendissant de lumière baptiser le peuple, tandis qu’un brouillard épais couvrait le gouverneur, celui-ci, transporté de colère, donna l’ordre de lui trancher immédiatement la tête ; il commanda ensuite de traîner Venant jusqu’au soir par des lieux couverts d’épines et de chardons. On le laissa à demi-mort, mais dès le lendemain matin, il se présentait de nouveau devant le gouverneur, qui le fit aussitôt précipiter du haut d’un rocher. Arraché encore par miracle à cette mort, Venant fut traîné jusqu’à un mille de la ville par les plus rudes sentiers ; là les soldats ayant soif, Venant s’agenouilla sur une pierre qui se trouvait à proximité, dans une dépression du sol ; ayant tracé sur elle le signe de la croix, il en jaillit de l’eau. Il laissa sur cette pierre l’empreinte de ses genoux, ainsi qu’on peut le voir encore dans son église où elle est conservée. Touchés de ce miracle, plusieurs soldats crurent en Jésus-Christ. Le gouverneur leur fit trancher la tête ainsi qu’à Venant, sur les lieux mêmes. Aussitôt il y eut un orage et un tremblement de terre tels que le gouverneur prit la fuite ; mais il ne put se dérober à la justice divine, et il périt peu de jours après l’une mort très honteuse. Pendant ce temps, les Chrétiens ensevelirent à une place d’honneur le Martyr et ses compagnons, et leurs corps ont conservés jusqu’à ce jour, à Camérino, dans l’Église dédiée à Saint Venant.
Le martyr d’aujourd’hui nous reporte aux persécutions des empereurs romains. C’est en Italie, à Camerino, qu’il a rendu son témoignage ; et la dévotion que lui portent les peuples de cette contrée, soumise au sceptre temporel du Pontife romain, a obtenu que sa fête se célébrerait dans toute l’Église. Accueillons donc avec joie ce nouveau champion de notre Emmanuel, et félicitons-le d’avoir soutenu loyalement le combat, en ces jours du Temps pascal, tout retentissants de la victoire que la vie a remportée sur la mort.
Le récit que la Liturgie a consacré aux mérites de saint Venant étincelle de prodiges. Plus d’une fois la puissance de Dieu a semblé faire assaut avec la fureur des bourreaux, afin de glorifier leurs victimes. Ces moyens merveilleux servaient à la conquête des âmes, et souvent les témoins de ces miracles qui sembleraient superflus, s’écriaient tout à coup qu’eux aussi voulaient être chrétiens, et donnaient leurs noms à une religion aussi favorisée du ciel qu’illustrée par la patience surhumaine de ses martyrs.
Priez pour nous, jeune martyr, vous que les saints Anges aimaient, et qu’ils assistèrent dans le combat ! Comme vous, nous sommes les soldats du divin Ressuscité, et comme vous nous sommes appelés à rendre témoignage de sa divinité et de ses droits en présence du monde. Si le monde n’est pas toujours armé d’instruments de torture comme aux jours de vos luttes, il n’est pas moins redoutable par ses séductions. A nous aussi il voudrait ravir cette vie nouvelle que Jésus a communiquée à ses membres ; défendez-nous de ses atteintes, ô Martyr ! La divine chair de l’Agneau vous avait nourri dans les jours de la Pâque, et la force qui a paru en vous était toute à la gloire de ce céleste aliment. Nous nous sommes assis à la même table ; veillez sur tous les convives du festin pascal. Ainsi que vous, nous avons connu le Seigneur dans la fraction du pain : obtenez-nous l’intelligence du divin mystère dont nous reçûmes les prémices en Bethléhem, et qui s’est développé sous nos yeux et en nous-mêmes par les mérites de la Passion et de la Résurrection de notre Emmanuel. D’autres merveilles nous attendent ; nous ne sortirons pas de la saison pascale sans avoir été initiés à la plénitude du don divin de l’Incarnation. Obtenez, ô saint Martyr, que nos cœurs soient ouverts de plus en plus, et qu’ils gardent fidèlement tous les trésors que les augustes mystères de l’Ascension et de la Pentecôte doivent encore verser en eux.
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