Saint Casimir confesseur mémoire de St Lucius Ier Pape et Martyr
Collecte
O Dieu, qui, au milieu des délices royales et des attraits du monde, avez doué saint Casimir de la vertu de force et de constance, nous vous demandons que, grâce à son intercession, vos fidèles méprisent les biens de la terre et aspirent toujours à ceux du ciel.
Office
Quatrième leçon. Casimir, fils de Casimir, roi de Pologne, et d’Élisabeth d’Autriche, instruit dès son enfance par d’excellents maîtres dans la piété et les belles lettres, domptait ses jeunes membres par un rude cilice et les affaiblissait par des jeûnes assidus. Dédaignant la mollesse d’un lit royal, il couchait sur la dure, et s’en allait secrètement, au milieu de la nuit, implorer, prosterné contre terre devant les portes des églises, la divine miséricorde. La passion de Jésus-Christ était l’objet continuel de ses méditations, et lorsqu’il assistait à la sainte Messe, son esprit était d’ordinaire tellement élevé en Dieu, qu’il semblait ravi hors de lui même.
Cinquième leçon. Il s’appliqua avec soin à promouvoir la foi catholique, et à abolir le schisme des Ruthènes ; c’est pourquoi il porta le roi Casimir, son père, à défendre par une loi, aux schismatiques, de bâtir de nouvelles églises, et de réparer les anciennes qui tombaient en ruines. Bienfaisant et miséricordieux envers les pauvres et les malheureux, il s’acquit le nom de père et de protecteur des indigents. Sur la fin de sa vie, il prouva courageusement son amour pour la virginité, qu’il avait conservée intacte depuis son enfance, quand, dans une grave maladie, il résolut fermement de mourir plutôt que de rien faire contre la chasteté.
Sixième leçon. Consumé en peu de temps, plein de vertus et de mérites, après avoir prédit le jour de sa mort, il rendit son âme à Dieu, entouré de Prêtres et de religieux, en la vingt-cinquième année de son âge. Son corps, transporté à Vilna, devint célèbre par beaucoup de miracles. En effet, non seulement on vit à son tombeau une jeune fille morte revenir à la vie, des aveugles recouvrer la vue, des boiteux être guéris, et de nombreux malades retrouver la santé mais il apparut dans les airs à une armée lithuanienne effrayée de son petit nombre, au moment de l’invasion inopinée d’un ennemi puissant, et il lui fit remporter une victoire insigne. Déterminé par ces merveilles, Léon X inscrivit Casimir au nombre des Saints.
C’est du sein même d’une cour mondaine que l’exemple des plus héroïques vertus nous est offert aujourd’hui. Casimir est prince de sang royal ; toutes les séductions de la jeunesse et du luxe l’environnent ; cependant, il triomphe des pièges du monde avec la même aisance que le ferait un Ange exilé sur la terre. Profitons d’un tel spectacle ; et si, dans une condition bien inférieure à celle où la divine Providence avait placé ce jeune prince, nous avons sacrifié à l’idole du siècle, brisons ce que nous avons adoré, et rentrons au service du Maître souverain qui seul a droit à nos hommages. Une vertu sublime, dans les conditions inférieures de la société, nous semble quelquefois trouver son explication dans l’absence des tentations, dans le besoin de chercher au ciel un appui contre une fortune inexorable : comme si, dans tous les états, l’homme ne portait pas en lui des instincts qui, s’ils ne sont combattus, l’entraînent à la dépravation. En Casimir, la force chrétienne paraît avec une énergie qui montre que sa source n’est pas sur la terre, mais en Dieu. C’est là qu’il faut aller puiser, dans ce temps de régénération. Un jour, Casimir préféra la mort au péché. Fit-il autre chose, dans cette circonstance, que ce qui est exigé du chrétien, à toute heure de sa vie ? Mais tel est l’attrait aveugle du présent, que sans cesse on voit les hommes se livrer au péché qui est la mort de l’âme, non pas même pour sauver cette vie périssable, mais pour la plus légère satisfaction, quelquefois contre l’intérêt même de ce monde auquel ils sacrifient tout le reste. Tel est l’aveuglement que la dégradation originelle a produit en nous. Les exemples des saints nous sont offerts comme un flambeau qui doit nous éclairer : usons de cette salutaire lumière, et comptons, pour nous relever, sur les mérites et l’intercession de ces amis de Dieu qui, du haut du ciel, considèrent notre dangereux état avec une si tendre compassion.
Reposez maintenant au sein des félicités éternelles, ô Casimir, vous que les grandeurs de la terre et toutes les délices des cours n’ont pu distraire du grand objet qui avait ravi votre cœur. Votre vie a été courte en durée, mais féconde en mérites. Plein du souvenir d’une meilleure patrie, celle d’ici-bas n’a pu attirer vos regards ; il vous tardait de vous envoler vers Dieu, qui sembla n’avoir fait que vous prêter à la terre. Votre innocente vie ne fut point exempte des rigueurs de la pénitence : tant était vive en vous la crainte de succomber aux attraits des sens ! Faites-nous comprendre le besoin que nous avons d’expier les péchés qui nous ont séparés de Dieu. Vous préférâtes mourir plutôt que d’offenser Dieu ; détachez-nous du péché, qui est le plus grand mal de l’homme, parce qu’il est en même temps le mal de Dieu. Assurez en nous les fruits de ce saint temps qui nous est accordé pour faire enfin pénitence. Du sein de la gloire où vous régnez, bénissez la chrétienté qui vous honore ; mais souvenez-vous surtout de votre patrie terrestre. Autrefois, elle eut l’honneur d’être un boulevard assuré pour l’Église contre le schisme, l’hérésie et l’infidélité ; allégez ses maux, délivrez-la du joug, et, rallumant en son sein l’antique zèle de la foi, préservez-la des séductions dont elle est menacée.
Dimanche de la Quinquagésime
Introït
Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge, afin que vous me sauviez. Car vous êtes ma force et mon refuge, et à cause de votre nom, vous serez mon guide et vous me nourrirez. J’ai espéré en vous, Seigneur : que je ne sois jamais confondu, dans votre justice, délivrez-moi et sauvez-moi.
Collecte
Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer nos prières avec clémence, et après nous avoir dégagés des liens de nos péchés, gardez-nous de toute adversité.
Épitre 1 Cor. 13, 1-13.
Mes Frères : Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science ; quand j’aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien
La charité est patiente, elle est bonne ; la charité n’est pas envieuse, la charité n’est point inconsidérée, elle ne s’enfle point d’orgueil ; elle ne fait rien d’inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s’irrite point, elle ne tient pas compte du mal ; elle ne prend pas plaisir à l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.
La charité ne passera jamais. S’agit-il des prophéties, elles prendront fin ; des langues, elles cesseront ; de la science, elle aura son terme. Car nous ne connaissons qu’en partie, et nous ne prophétisons qu’en partie ; or, quand sera venu ce qui est parfait, ce qui est partiel prendra fin. Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai laissé là ce qui était de l’enfant. Maintenant nous voyons dans un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, la charité ; mais la plus grande des trois c’est la charité.
Évangile Lc. 18, 31-43
En ce temps là : Prenant auprès de lui les Douze, il leur dit : "Voici que nous montons à Jérusalem et que va s’accomplir pour le Fils de l’homme tout ce qui a été écrit par les prophètes. En effet, il sera livré aux Gentils, sera bafoué, sera outragé, et sera couvert de crachats ; et, après l’avoir flagellé, on le fera mourir, et il ressuscitera le troisième jour." Et eux ne comprirent rien à cela ; c’était pour eux un langage caché et ils ne savaient pas ce qui (leur) était dit. Comme il approchait de Jéricho, il se trouva qu’un aveugle était assis sur le bord du chemin, qui mendiait. Entendant passer la foule, il demanda ce que c’était. On l’informa que c’était Jésus de Nazareth qui passait. Et il s’écria : "Jésus, fils de David, ayez pitié de moi !" Ceux qui marchaient devant lui commandèrent avec force de faire silence ; mais il criait beaucoup plus fort : "Fils de David, ayez pitié de moi !" Jésus, s’étant arrêté, ordonna qu’on le lui amenât ; et quand il se fut approché, il lui demanda : "Que veux-tu que je te fasse ?" Il dit : "Seigneur, que je voie !" Et Jésus lui dit : "Vois ! Ta foi t’a sauvé." Et à l’instant il vit, et il le suivait en glorifiant Dieu. Et tout le peuple, à cette vue donna louange à Dieu.
Communion
Ils mangèrent et furent rassasiés à l’excès, et le Seigneur leur accorda ce qu’ils désiraient : ils ne furent point frustrés de leur désir
Office
4e leçon
Du livre de saint Ambroise, évêque, sur le Patriarche Abraham
Abraham est un grand homme, en vérité, et décoré des marques insignes de nombreuses vertus. La philosophie a beau élever ses aspirations, elle ne peut égaler sa grandeur. En somme, tout ce qu’elle a jamais pu imaginer est bien inférieur à ce que lui, il a fait et la foi toute simple en la vérité vaut bien mieux que l’enflure mensongère du beau parler. Voyons donc de quelle qualité fut en cet homme la soumission à Dieu. Cette vertu vient la première en ordre d’importance, car elle est le fondement de toutes les autres et c’est à bon droit que Dieu l’a exigée tout d’abord en disant : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père. » Il suffisait de dire « pays », car cela implique le fait de quitter la parenté et la maison paternelle
5e leçon
Toutefois, le Seigneur détaille son ordre pour éprouver le cœur d’Abraham ; ainsi, ce dernier ne paraîtra pas s’être engagé à la légère, ou avoir médité quelque fraude dans l’exécution des ordres célestes. Comme il convenait d’accumuler les préceptes pour que rien n’en échappe, ainsi fallait-il présenter les récompenses pour prévenir le désespoir. La tentation d’Abraham est mesurée à sa vaillance, l’ordre à sa foi, l’appel à sa justice. Et il a raison de partir comme le Seigneur le lui a enjoint. « Et Lot partit avec lui. » Voilà donc, ce précepte qu’on tient en honneur parmi les sentences des sept Sages : « suivre Dieu. » Abraham l’a observé et, par son acte, il a devancé la parole des Sages : il a suivi Dieu, il a quitté sa terre
6e leçon
Mais auparavant, Abraham avait vécu dans un autre pays, la terre des Chaldéens, d’où était parti Térah, son père, pour s’établir à Haran, et lui-même, qui avait reçu cet ordre : « Quitte ta parenté », avait emmené avec lui son neveu. Voyons donc si « quitter son pays » ne signifie pas, en quelque sorte, quitter la demeure de cette terre, c’est-à-dire, de notre corps, comme l’a fait Paul qui a dit : « Mais nous, nous sommes citoyens des cieux. »
7e leçon
Homélie de saint Grégoire, pape
Notre Rédempteur, prévoyant que sa Passion jetterait le trouble dans l’âme de ses apôtres, leur prédit bien à l’avance, et les souffrances de cette Passion, et la gloire de sa Résurrection. Ainsi, en le voyant mourir comme il le leur avait annoncé, ils ne douteraient pas qu’il dût également ressusciter. Mais parce que ses disciples encore charnels ne pouvaient rien comprendre au mystère dont il leur parlait, il eut recours à un miracle. Sous leurs yeux, un aveugle s’ouvre à la lumière, en sorte qu’une action céleste affermisse dans la foi ceux qui ne comprenaient pas les paroles du mystère céleste
8e leçon
Or il faut, frères très chers, reconnaître dans les miracles du Seigneur, notre Sauveur, des faits dont on doit croire qu’ils se sont véritablement accomplis, mais qui cependant, en tant que signes, nous instruisent de quelque chose. Car tout en témoignant par leur puissance de certaines vérités, les œuvres du Seigneur nous en affirment d’autres par leur mystère. Remarquez-le en effet, à nous en tenir au sens littéral, nous ignorons qui fut l’aveugle dont parle notre évangile, mais nous savons pourtant qui il symbolise dans l’ordre du mystère. L’aveugle, c’est le genre humain : exclu des joies du paradis en la personne de son premier père, privé des clartés de la lumière d’en haut, il subit les ténèbres de sa condamnation ; mais retrouvant la lumière grâce à la présence de son Rédempteur, il en vient à apercevoir, en les désirant, les joies de la lumière intérieure, et il pose le pas de ses bonnes œuvres sur le chemin de la vie.
9e leçon
Il faut remarquer que c’est au moment où, selon le récit, Jésus approche de Jéricho que l’aveugle retrouve la lumière. Jéricho signifie « lune », et la lune, dans l’Écriture Sainte, marque la faiblesse de la chair, car elle connaît en chacun de ses cycles mensuels un déclin, qui symbolise notre faiblesse de mortels. Ainsi, c’est lorsque notre Créateur approche de Jéricho que l’aveugle revient à la lumière, puisque c’est quand Dieu a assumé la faiblesse de notre chair que le genre humain a recouvré la lumière qu’il avait perdue. C’est parce que Dieu subit la condition humaine que l’homme est élevé à la condition divine. C’est avec raison que cet aveugle nous est représenté à la fois assis au bord du chemin et en train de mendier, car la Vérité en personne a dit : « Je suis le Chemin. »
St Gabriel de la Vierge des Douleurs confesseur
Collecte
Dieu, qui avez appris au bienheureux Gabriel à méditer sans cesse les douleurs de votre très douce Mère et qui l’avez élevé par elle à la gloire des miracles et de la sainteté : accordez-nous, par son intercession ; de nous associer comme lui aux larmes de votre Mère, afin d’être sauvés nous aussi par sa maternelle protection.
Office
Gabriel, né à Assise en Ombrie, et nommé François en souvenir de son séraphique compatriote, révéla une âme d’une rare qualité. Étant adolescent, par une faveur de Dieu qui, dans sa miséricorde, l’invitait depuis longtemps à une vie plus parfaite, il tomba malade et n’éprouva plus que du dégoût pour la vanité du siècle. Entré dans l’Institut des Clercs de la Passion, il choisit le nom de Gabriel de la Vierge des douleurs pour rappeler sans cesse le souvenir des joies et des souffrances de la Vierge. Il l’honorait par toutes les formes de dévotion et surtout il avait tant de tristesse à la contempler affligée par les tourments de Jésus qu’il répandait des flots de larmes. Il garda intacte la fleur de la virginité et, mettant à profit l’austérité de sa congrégation, entièrement crucifié au monde, il vécut uniquement pour Dieu. Ayant ainsi rempli la brève durée de sa vie par la pratique de toutes les vertus, consumé plutôt par le feu de la charité que par la violence de la maladie, réconforté par le secours de la divine Mère, il s’envola aux cieux en 1862. Par la suite, le Pape saint Pie X l’inscrivit au nombre des bienheureux et Benoît XV au nombre des saints. Pie XI daigna étendre son office et sa messe à l’Église universelle.
François Possenti naît à Assise le 1er mars 1838, onzième des treize enfants. Son père Sante est gouverneur dans les États Pontificaux, sa mère Agnès Frisciotti est une dame noble de Civitanova Marche, qui malheureusement meurt à 42 ans laissant François encore bébé. La famille est obligée de se déplacer plusieurs fois à cause du travail du père avec ce que cela occasionne comme déracinement et malaises.
En 1841 Sante est nommé assesseur de Spoleto. La famille accède à un niveau social élevé et vit dans la crainte de Dieu. Chaque soir, on récite le saint rosaire. Les souffrances ne manquent pas. Des treize enfants, il n’en reste que huit. Mais tout cela est loin d’affaiblir le caractère vivace et joyeux de François. À treize ans il commence les études au lycée des Jésuites. C’est un étudiant brillant ; il réussit dans toutes les matières et particulièrement en littérature. Il décroche prix et mérites. Il s’habille de manière élégante, est sûr de lui-même et s’adonne à des plaisanteries spirituelles. Il produit des caricatures de ses compagnons de classe.
Il aime les fêtes et la danse, mais il reste bon. On raconte qu’il aurait poursuivi en le menaçant un de ses amis qui lui avait fait on ne sait quelle mauvaise avance. Pour obtenir la grâce de la guérison d’une grave affection à la gorge, il promet de s’enfermer au couvent et il a tenté de le faire. Mais l’attraction de la vie sans soucis et les appels du monde l’ont toujours dévié. Même son père Sante n’était pas du tout content. Une vie apparemment exemplaire qui concilie poliment le monde et Dieu.
Mais il n’en est pas ainsi. Quiconque ne rassemble pas avec moi disperse, dit le Seigneur, et les talents ne peuvent pas être enfouis sans culpabilité. Que des fois il se sent dire : « Je n’ai pas besoin d’aller à l’église ou de prendre part à quelque groupe que ce soit. Je ne fais de tort à personne, j’accomplis consciemment mon travail ». Mais il n’y a pas de sainteté sans projet, fruit d’une décision. Cette décision, François l’a prise le 22 août 1856, quand la Madonne de l’image portée en procession lui dit : "Cecchino que fais-tu dans le monde ? La vie religieuse t’attend".
La Vierge, à la dévotion de laquelle il avait été éduqué en famille, l’accompagnera toujours. Il s’appellera Gabriel de la Mère des Douleurs, en l’honneur de Marie. Elle sera le secret de sa rapide ascension spirituelle en six ans seulement ; ce qui fera dire à son compagnon du noviciat, le Bienheureux Bernard Silvestrelli : "Ce garçon nous a volé notre passé". C’est bien là un axiome de la mariologie montfortaine : Marie est la voie la plus courte pour arriver à Jésus.
Saint Gabriel est connu précisément pour son amour extraordinaire pour Marie Mère des Douleurs, "son Paradis". Le prénom pris en endossant l’habit religieux devient un programme de vie. Gabriel a appris à contempler la passion de Jésus dans le cœur douloureux de Marie et à contempler les douleurs de Marie dans le cœur transpercé du Christ. De la même manière qu’il a fait le vœu d’aimer et faire aimer Jésus-Crucifié, de même il fait le vœu d’aimer et faire aimer Marie, Mère des Douleurs. L’amour de Gabriel pour Marie Mère des Douleurs fut un amour concret. Il avait promis de ne jamais dire non lorsqu’on lui faisait une requête, par amour pour Marie. Dans les épreuves et les tentations, il répétait : "Ne voudras-tu pas te vaincre par amour pour Marie ?". C’était l’arme qui lui faisait surmonter toutes les difficultés. À cela, Gabriel ajoute une intense vie de prière et une lutte acharnée contre toute forme de péché. On raconte souvent l’épisode dans lequel Gabriel surveille avec anxiété son directeur, le vénérable P. Norbert Cassinelli et le supplie de lui dire s’il voit en lui quelque péché car, dit-il : "je veux l’arracher à tout prix de ma vie" et il accompagne son intention d’un grand geste de la main.
Sa course vers la sainteté ne lui pèse pas ; il est toujours serein et joyeux. De Morrovalle il écrivait à son père : "Ma vie est un continuel jouir. La joie que j’éprouve en vivant dans cette maison est presque indicible". Pourtant, sa vie fut une continuelle épreuve : mais quand il y a l’amour, même la croix se transforme en joie.
Où se trouve le secret de sa sainteté ? "Qu’a-t-il fait d’extraordinaire ?", se demandaient ses confrères, face à tant de miracles. Son saint directeur disait : "Gabriel a travaillé avec son cœur". Il a toujours dit “si” à Dieu, c’est le saint du quotidien, le saint des petites choses. Il accepte sereinement sa maladie, la tuberculose, qui aura raison de lui à 24 ans. Il meurt dans une extase paradisiaque en priant : "Ma Mère, fais vite". C’est le 27 février 1862, à l’aube, réconforté par la vision de la Madonne qu’il avait tant aimée. Le reste c’est de l’histoire actuelle que tout le monde connaît.
Dimanche de la Sexagésime mémoire de saint Mathias Apôtre
Introït
Levez-vous ; pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Levez-vous, et ne nous repoussez pas à jamais. Pourquoi détournez-vous votre visage et oubliez-vous notre tribulation ? Notre corps est attaché à la terre. Levez-vous, Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous. O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles ; nos pères nous ont annoncé votre œuvre.
Collecte
O Dieu, qui voyez que nous ne nous confions en aucune de nos œuvres, accordez-nous, dans votre bonté, d’être fortifiés contre tous les maux, grâce à la protection du Docteur des Gentils.
Épitre 2 Cor. 11, 19-33 ; 12, 1-9
Mes Frères : vous qui êtes sensés, vous supportez volontiers les insensés. Vous supportez bien qu’on vous asservisse, qu’on vous dévore, qu’on vous pille, qu’on vous traite avec arrogance, qu’on vous frappe au visage. Je le dis à ma honte, nous avons été bien faibles ! Cependant, de quoi que ce soit qu’on ose se vanter, — je parle en insensé, moi aussi je l’ose. Sont-ils Hébreux ? Moi aussi, je le suis. Sont-ils Israélites ? Moi aussi. Sont-ils de la postérité d’Abraham ? Moi aussi. Sont-ils ministres du Christ ? — Ah ! je vais parler en homme hors de sens : — je le suis plus qu’eux : bien plus qu’eux par les travaux, biens plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j’ai vu de près la mort ; cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ; trois fois, j’ai été battu de verges ; une fois j’ai été lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme. Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer, les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité ! Et sans parler de tant d’autres choses, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Eglises ? Qui est faible que je ne sois faible aussi ? Qui vient à tomber sans qu’un feu me dévore ? S’il faut se glorifier, c’est de ma faiblesse que je me glorifierai. Dieu, qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui est béni éternellement, sait que je ne mens point. A Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville pour se saisir de moi ; mais on me descendit par une fenêtre, dans une corbeille, le long de la muraille, et j’échappai ainsi de ses mains. Faut-il se glorifier ? Cela n’est pas utile ; j’en viendrai néanmoins à des visions et à des révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu’au troisième ciel (si ce fut dans son corps, je ne sais ; si ce fut hors de son corps, je ne sais : Dieu le sait). 3 Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait) fut enlevé dans le paradis, et qu’il a entendu des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de révéler. C’est pour cet homme-là que je me glorifierai ; mais pour ce qui est de ma personne, je ne me ferai gloire que de mes faiblesses. Certes, si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens afin que personne ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi. Et de crainte que l’excellence de ces révélations ne vînt à m’enfler d’orgueil, il m’a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter. A son sujet, trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi, et il m’a dit : "Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière." Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi.
Évangile Lc. 8, 4-15
En ce temps là : Comme une foule nombreuse s’amassait et que de toutes les villes on venait vers lui, il dit par parabole : "Le semeur sortit pour semer sa semence ; et, pendant qu’il semait, du (grain) tomba le long du chemin ; il fut foulé aux pieds, et les oiseaux du ciel le mangèrent. D’autre tomba sur de la pierre, et, après avoir poussé, se dessécha, parce qu’il n’avait pas d’humidité. D’autre tomba dans les épines, et les épines poussant avec, l’étouffèrent. D’autre tomba dans la bonne terre, et, après avoir poussé, donna du fruit au centuple." Parlant ainsi, il clamait : "Qui a des oreilles pour entendre, entende !" Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole : "A vous, leur dit-il, il a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais pour les autres, c’est en paraboles, pour que regardant ils ne voient point, et qu’écoutant ils ne comprennent point. Voici ce que signifie la parabole : La semence, c’est la parole de Dieu. Ceux qui sont le long du chemin sont creux qui ont entendu ; ensuite le diable vient, et il enlève la parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et ne se sauvent. Ceux qui sont sur de la pierre sont ceux qui, en entendant la parole, l’accueillent avec joie ; mais ils n’ont point de racine : ils croient pour un temps, et ils se retirent à l’heure de l’épreuve. Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais vont et se laissent étouffer par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils n’arrivent point à maturité. Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, après avoir entendu la parole avec un cœur noble et bon, la gardent et portent du fruit grâce à la constance.
Secrète
Que le sacrifice qui vous est offert, Seigneur, augmente en nous la vie surnaturelle et nous fortifie.
Postcommunion
Nous vous adressons nos supplications, ô Dieu tout puissant, afin qu'à ceux que nous nourrissez de votre sacrement, vous accordiez aussi la grâce de vous servir dignement par une conduite qui vous soit agréable
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2e Nocturne 4e leçon Tu lis que le Seigneur s’est irrité. Sans doute pensait-il, c’est-à-dire, savait-il que l’homme placé en ce monde, chargé du poids de la chair, ne peut être sans péché. En effet, la terre est comme un lieu de tentation et la chair, comme un appât de péché. Toutefois, les hommes ont un esprit doué de raison, une force spirituelle anime leur corps, ils devaient donc avoir perdu tout leur sens pour se précipiter dans une déchéance d’où ils ne voulaient pas se relever. Dieu ne pense pas à la manière des hommes, chez qui sans cesse une opinion fait place à une autre. Il ne s’irrite pas comme le ferait un être sujet au changement. Ces expressions sont employées pour souligner la malice de nos péchés, qui mérite la disgrâce divine, comme si la faute avait atteint un degré tel que Dieu, incapable de par sa nature d’éprouver l’emportement, la haine ou toute autre passion, soit pour ainsi dire provoqué à la colère. |
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5e leçon De plus, Dieu menace d’exterminer l’homme. « Je vais effacer de la surface du sol, dit-il, depuis les hommes jusqu’au bétail et depuis les reptiles jusqu’aux oiseaux du ciel. » En quoi les créatures dépourvues de raison avaient-elles donc offensé Dieu ? C’est qu’elles ont été faites pour l’homme et, une fois anéanti l’homme pour qui elles ont été faites, il était logique qu’elles aussi soient détruites, puisqu’il n’existait plus d’être qui pût s’en servir. Mais on peut donner aussi une explication plus profonde : l’homme est esprit, capable de raison. L’homme, en effet, se définit comme un animal vivant, mortel, raisonnable. Si donc on supprime le principal de ces éléments, tout sens disparaît du même coup, car alors il ne reste plus rien à sauver puisque la vertu, qui est le fondement du salut, fait défaut.
Pour condamner tous les autres et pour exprimer la miséricorde divine, il est dit que Noé trouva grâce auprès du Seigneur. L’on voit en même temps que l’homme juste n’est pas souillé par les crimes d’autrui puisque Noé garde la vie sauve pour devenir la souche de tout le genre humain. Il est loué, non pour la noblesse de sa naissance, mais pour le mérite de sa justice et de sa dignité morale. Car la noblesse de l’homme de bien, c’est son passé de vertu. Comme les hommes font la noblesse humaine, les vertus font la noblesse des âmes. Les familles humaines, en effet, se distinguent par l’éclat de la race, mais la beauté des âmes tire sa gloire de l’éclat de la vertu. 7e leçon Homélie de saint Grégoire, Pape La lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre, très, chers frères, n’appelle pas une explication, mais une exhortation. Ce que la Vérité elle-même a expliqué, que la fragilité humaine n’ait pas l’audace de le mettre en question. Mais il y a dans cette explication du Seigneur une chose à laquelle nous devons attentivement réfléchir. Si nous vous avions dit que la semence signifie la parole, le champ le monde, les oiseaux le démon, les épines les richesses, peut-être votre esprit aurait-il hésité à nous croire. C’est pourquoi le Seigneur a bien voulu expliquer lui-même ce qu’il disait afin que vous puissiez rechercher aussi la signification de ce qu’il ne lui a pas plu d’exposer lui-même 8e leçon En donnant la clé de ce qu’il dit, il souligne qu’il parle en figure de sorte qu’il rassure notre fragilité quand elle vous découvre la signification de ses paroles. Qui, en effet, me croirait jamais si j’avais voulu interpréter les épines par les richesses ? D’autant que les unes piquent, les autres charment. Et pourtant ce sont des épines, car l’âme se déchire aux piqûres de leurs tracas : et quand elles entraînent jusqu’au péché elles font saigner comme si elles infligeaient une blessure. Avec raison, à cet endroit, un autre évangéliste en témoigne, le Seigneur ne parle aucunement de richesses, mais des illusions de la richesse. 9e leçon Oui ! Elles sont illusions, ces richesses qui ne peuvent demeurer longtemps avec nous : elles sont illusions, celles qui ne bannissent point l’indigence de notre âme. Seules sont véritables, celles qui nous enrichissent de vertus. Si donc, frères très chers, vous désirez être riches, aimez les véritables richesses. Si vous cherchez le sommet de l’honneur véritable, tendez au Royaume des Cieux. Si vous aimez la gloire des dignités, hâtez-vous de vous faire inscrire à cette cour céleste des Anges. Les paroles du Seigneur perçues par l’oreille, gardez-les dans l’âme. Car la parole de Dieu est la nourriture de l’âme ; et quand la parole entendue n’est pas retenue au creux de la mémoire, elle est comme la nourriture prise que refuse un estomac malade : or, si quelqu’un ne garde pas les aliments, on désespère, bien sûr, de sa vie. |
St Pierre Damien évêque confesseur et docteur
Collecte
Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accordez-nous de suivre les enseignements et les exemples du bienheureux Pierre, votre Confesseur et Pontife, afin qu’au moyen du mépris des choses terrestres, nous arrivions aux joies éternelles.
Office
Quatrième leçon. Pierre, né à Ravenne, de parents considérés, était encore à la mamelle quand il fut rejeté par sa mère, mécontente d’avoir un grand nombre d’enfants. Mais une .domestique le recueillit demi-mort et le sauva par ses soins, puis le rendit à sa mère, après l’avoir rappelée à des sentiments plus humains. Privé des auteurs de ses jours, il fut réduit à une dure servitude sous la tutelle d’un de ses frères qui le traita comme un vil esclave. Il donna alors un exemple remarquable de religion envers Dieu et de piété filiale. Ayant trouvé par hasard une pièce de monnaie, il ne l’employa point à soulager sa propre indigence, mais la donna à un Prêtre, afin qu’il offrît le divin Sacrifice pour le repos de l’âme de son père. Un autre de ses frères, nommé Damien, l’accueillit avec bienveillance, et prit soin de le faire instruire. On rapporte que c’est à cause de ce frère que Pierre prit le surnom de Damien. Il fit de si rapides progrès dans les lettres qu’il devint un objet d’admiration pour ses maîtres. Il s’acquit une grande réputation par son talent et ses brillants succès dans les sciences libérales, et il les enseigna lui-même avec honneur. Pendant ce temps, afin de soumettre les sens à la raison, il portait un cilice sous des habits recherchés, persévérant avec soin dans le jeûne, les veilles et l’oraison. Comme dans l’ardeur de la jeunesse, il se sentait vivement pressé des aiguillons de la chair, il éteignait la nuit ces flammes rebelles dans les eaux glacées d’un fleuve. De plus, il avait coutume de visiter les sanctuaires en vénération et de réciter tout le Psautier. Il secourait assidûment les pauvres, les conviait souvent à sa table et les servait de ses propres mains.
Cinquième leçon. Désireux de mener une vie plus parfaite, il entra dans le monastère d’Alvellane, au diocèse de Gubbio, de l’Ordre des moines de Sainte-Croix Font-Avellane, fondé par le bienheureux Ludolphe, disciple de saint Romuald. L’Abbé l’envoya peu après au monastère de Pomposia, puis à celui de Saint-Vincent de Petra-Pertusa. H édifia ces deux abbayes par ses saintes prédications, ses enseignements remarquables et sa manière de vivre Étant revenu dans son monastère, il fut, après la mort de l’Abbé, mis à la tête dé la communauté d’Avellane, et la rendit si prospère par les saintes institutions qu’il lui donna, par les nouvelles maisons qu’il fonda en divers lieux, qu’on le regarde avec raison comme le second père de son Ordre et son principal ornement. D’autres monastères dé différents instituts, des chapitres de chanoines et des peuples mêmes, éprouvèrent les salutaires effets de la sollicitude du Saint, il fut, sous plus d’un rapport, utile au diocèse d’Urbin ; il secourut l’Évêque Theuzon dans une circonstance très grave, et l’aida par ses conseils et ses travaux, dans la bonne administration de son évêché. Il excella dans la contemplation des choses divines, pratiqua de grandes macérations corporelles et se fit remarquer par d’autres exemples d’une sainteté éprouvée. Le souverain Pontife Etienne IX, appréciant son mérite, le créa contre son gré et malgré sa résistance, Cardinal de la sainte Église romaine et Évêque d’Ostie. Il s’illustra dans ces dignités par les plus éclatantes vertus, et par des œuvres dignes du ministère épiscopal.
Sixième leçon. Dans des temps très difficiles, Pierre fut d’un grand secours à l’Église romaine et aux souverains Pontifes par sa science, ses légations, et les autres travaux qu’il entreprit. Il combattit vaillamment jusqu’à la mort l’hérésie simoniaque et celle des Nicolaïtes ; et après avoir remédiera ces maux, il réconcilia l’Église de Milan avec celle de Rome. Il s’opposa avec courage aux antipapes Benoît et Cadaloüs ; il détourna Henri IV, roi de Germanie, de son injuste projet de divorce ; il ramena les habitants de Ravenne à l’obéissance qu’ils devaient au Pontife romain, et donna aux chanoines de Velletri des lois qui les amenèrent à une vie plus sainte. A peine y avait-il dans la province d’Urbin une Église qui n’eût reçu de lui quelque service ; celle de Gubbio, qu’il administra pendant quelque temps, fut par lui soulagée d’un grand nombre de maux ; et on le vit ailleurs, quand cela était opportun, pourvoir au bien d’autres Églises, avec autant de soin que si elles eussent été confiées à sa garde. Ayant déposé les charges du cardinalat et de la dignité épiscopale, il ne relâcha rien de son assiduité à secourir le prochain. Il propagea le jeûne du vendredi en l’honneur de la sainte croix de Jésus-Christ, ainsi que le petit Office de la bienheureuse Mère de Dieu et le culte qu’on lui rend le samedi. 11 étendit l’usage de se donner la discipline pour l’expiation des péchés commis. Enfin, illustre par sa sainteté, sa doctrine, ses miracles et ses grandes actions, son âme s’envola vers le Christ, à Faënza. le huit des calendes de mars, tandis qu’il revenait d’une ambassade à Ravenne. Son corps, gardé en la même ville, chez les Cisterciens, devint célèbre par beaucoup de miracles, et il y est honoré par le concours et la vénération continuelle des peuples. Les habitants de Faënza ayant éprouvé plus d’une fois les effets de la protection de saint Pierre Damien dans des circonstances critiques, le choisirent pour leur patron auprès de Dieu. Le Pape Léon XIII a étendu à l’Église universelle, de l’avis de la Congrégation des Rites sacrés, l’Office et la Messe qui se célébraient déjà en son honneur dans quelques diocèses et dans l’Ordre des Camaldules, et au titre de Confesseur Pontife, il a ajouté la qualité de Docteur.
L’austère réformateur des mœurs chrétiennes au XIe siècle, le précurseur du saint pontife Grégoire VII, Pierre Damien en un mot, paraît aujourd’hui sur le Cycle. A lui revient une partie de la gloire de cette magnifique régénération qui s’accomplit en ces jours où le jugement dut commencer par la maison de Dieu. Dressé à la lutte contre les vices sous une sévère institution monastique, Pierre s’opposa comme une digue au torrent des désordres de son temps, et contribua puissamment à préparer, par l’extirpation des abus, deux siècles de foi ardente qui rachetèrent les hontes du Xe siècle. L’Église a reconnu tant de science, de zèle et de noblesse, dans les écrits du saint Cardinal, que, par un jugement solennel, elle l’a placé au rang de ses Docteurs. Apôtre de la pénitence, Pierre Damien nous appelle à la conversion, dans les jours où nous sommes ; écoutons-le et montrons-nous dociles à sa voix.
Le zèle de la maison du Seigneur consumait .L votre âme, ô Pierre ! C’est pourquoi vous fûtes donné à l’Église dans un temps où la malice des hommes lui avait fait perdre une partie de sa beauté. Rempli de l’esprit d’Elie, vous osâtes entreprendre de réveiller les serviteurs du Père de famille qui, durant leur fatal sommeil, avaient laissé l’ivraie prévaloir dans le champ. Des jours meilleurs se levèrent pour l’Épouse du Christ ; la vertu des promesses divines qui sont en elle se manifesta ; mais vous, ami de l’Époux, vous avez la gloire d’avoir puissamment contribué à rendre à la maison de Dieu son antique éclat. Des influences séculières avaient asservi le Sanctuaire ; les princes de la terre s’étaient dit : Possédons-le comme notre héritage ; et l’Église, qui surtout doit être libre, n’était plus qu’une vile servante aux ordres des maîtres du monde. Dans cette crise lamentable, les vices auxquels la faiblesse humaine est si facilement entraînée avaient souillé le temple : mais le Seigneur se souvint de celle à laquelle il s’est donné. Pour relever tant de ruines, il daigna employer des bras mortels ; et vous fûtes choisi des premiers, ô Pierre, pour aider le Christ dans l’extirpation de tant de maux. En attendant le jour où le sublime Grégoire devait prendre les Clefs dans ses mains fortes et fidèles, vos exemples et vos fatigues lui préparaient la voie. Maintenant que vous êtes arrivé au terme de vos travaux, veillez sur l’Église de Dieu avec ce zèle que le Seigneur a couronné en vous. Du haut du ciel, communiquez aux pasteurs cette vigueur apostolique sans laquelle le mal ne cède pas. Maintenez pures les mœurs sacerdotales qui sont le sel de la terre. Fortifiez dans les brebis le respect, la fidélité et l’obéissance envers ceux qui les conduisent dans les pâturages du salut. Vous qui fûtes non seulement l’apôtre, mais l’exemple de la pénitence chrétienne, au milieu d’un siècle corrompu, obtenez que nous soyons empressés à racheter, par les œuvres satisfactoires, nos péchés et les peines qu’ils ont méritées. Ranimez dans nos âmes le souvenir des souffrances de notre Rédempteur, afin que nous trouvions dans sa douloureuse Passion une source continuelle de repentir et d’espérance. Accroissez encore notre confiance en Marie, refuge des pécheurs, et donnez-nous part à la tendresse filiale dont vous vous montrâtes animé pour elle, au zèle avec lequel vous avez publié ses grandeurs.
Extrait (chapitre 5) du Livre de Gomorrhe, dont personne ne parle au colloque vaticanesque… puisque le sujet même en a été soigneusement effacé.
Qui passera outre, en faisant la sourde oreille, qui ne frissonnera pas jusqu’à la moelle en pensant à ce que l’Apôtre a claironné, comme une trompette retentissante, en disant : « Dieu les a livrés aux convoitises de leurs cœurs, à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leur propre corps. » (Rm. 1) Et un peu plus loin : « A cause de cela, Dieu les a livrés à une passion ignominieuse, car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. Pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme, et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement. »
Pourquoi donc, après une telle chute, aspirent-ils à la sublimité de l’ordre ecclésiastique ? Que penser, que croire, sinon que Dieu les a livrés à leurs sens réprouvés ? Il ne leur permet pas de voir les choses qui leur sont nécessaires, pressurés qu’ils sont par leurs péchés. Car, ayant perdu les yeux intérieurs, le soleil pour eux se couche, celui qui est sur son déclin. Ils ne parviennent pas à réaliser la gravité des maux que fait commettre l’impureté, ni que c’est plus terrible encore de désirer posséder quelque chose de façon désordonnée, contre la volonté de Dieu. Et, de façon habituelle, cela procède de la règle de la justice divine. Ceux qui se souillent avec cette vilenie mille fois condamnable sont frappés par la malédiction d’un digne jugement : ils se plongent dans les ténèbres de la cécité. Voilà ce qu’on lit sur cette infamie dans les auteurs anciens. Les Sodomites voulaient, avec frénésie, faire violence au juste, et ils étaient déjà sur le point de défoncer la porte. Et voici, dit l’Écriture, que les hommes étendirent la main, ramenèrent Loth à eux, et fermèrent la porte. Et ils frappèrent de cécité ceux qui étaient à l’extérieur, du plus petit jusqu’au plus grand, de sorte qu’ils ne pouvaient pas trouver la porte. (Gn. XIX) Il appert que, par ces deux anges, qu’on lit être venus voir Loth, les personnes du Père et du Fils sont dûment désignées. Le montre de façon évidente le fait qu’en leur parlant Loth a dit : « Parce que ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux, et que tu as magnifié la miséricorde que tu m’as montrée, je te demande, mon Seigneur, de sauver mon âme. » Celui qui parle ainsi à deux personnes, comme à une seule, est certain qu’en deux personnes une seule substance est vénérée.
Les Sodomites cherchaient donc à entrer par effraction pour faire violence à des anges. Mais c’est à Dieu que font violence ces hommes immondes, en cherchant à s’approcher des fonctions de l’ordre sacré. Mais ils sont subitement frappés de cécité parce que, par un juste jugement de Dieu, ils tombent dans les ténèbres intérieures, de sorte qu’ils ne parviennent pas à trouver la porte. Parce que, étant séparés de Dieu par le péché, ils ignorent le chemin du retour vers lui. Car ceux qui, non par l’humilité, mais par l’effraction de l’arrogance et de l’ambition, s’efforcent d’accéder à Dieu, se rendent compte immédiatement qu’ils ignorent comment ouvrir la porte d’entrée. Parce que, tout compte fait, c’est le Christ qui est la porte, comme il le dit lui-même : « Je suis la porte. » (Jn X) Ceux qui sous la pression des péchés perdent le Christ, c’est comme si, ne trouvant pas la porte, ils ne pouvaient pas entrer dans l’habitacle des citoyens célestes.
Ils sont donc livrés à leurs sens réprouvés. Comme ils n’évaluent pas le poids de leur faute sur la balance de leur propre esprit, ils pensent qu’une très lourde masse de plomb a la légèreté des peines anodines. Donc, ce qui est dit là : « Ils frappèrent de cécité ceux qui étaient dehors, » l’Apôtre le déclare manifestement quand il dit : « Dieu les a livrés à leurs sens réprouvés. » Et ce qui est ajouté là après : « Pour qu’ils ne puissent pas trouver la porte », saint Paul l’expose clairement quand il dit : « Pour qu’ils fassent ce qui ne convient pas. » C’est comme s’il disait : « Ils essayèrent d’entrer là où ils ne le devaient pas. » Celui qui, indigne des ordres ecclésiastiques, s’efforce de faire irruption dans le ministère de l’autel sacré, qu’est-ce autre que, après avoir laissé de côté le seuil de la porte, s’efforcer d’entrer par la barrière infranchissable du mur ? Et quoiqu’aucune entrée libre ne s’offre à leurs pieds, ceux qui sont tels s’engagent solennellement à pouvoir parvenir au sanctuaire, préférant être frustrés de ce qu’ils ont présumé obtenir, plutôt que de demeurer dans le vestibule extérieur. Ils peuvent, à la vérité, se cogner la tête sur la pierre d’achoppement de la Sainte Ecriture, mais il ne leur est jamais permis d’entrer par la voie de la divine autorité. Et pendant qu’ils tentent d’entrer au lieu qui leur est interdit, ils ne font rien d’autre que de palper un mur complètement recouvert. Ce n’est pas sans raison qu’on peut leur appliquer ce que dit le Prophète : « Ils tâtaient en plein midi comme pendant la nuit. » (Jb V) Et ceux qui ne peuvent pas franchir le seuil de la vraie entrée, ils s’égarent en route, et tournent en rond en un cercle vicieux. C’est d’eux que parle le psalmiste quand il dit : « Mon Dieu, pose-les comme une roue. » (Ps LXXXII) Et de même : « Les impies marcheront en rond. » (Ps XI) C’est en parlant d’eux qu’un peu plus loin saint Paul ajoute, après avoir énuméré leurs crimes : « Ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui consentent à ce qu’ils font. » (Rm 1) Certainement, celui qui ne se réveille pas après les terribles coups de tonnerre de cette invective apostolique, on jugera à bon droit qu’il est mort plutôt qu’endormi. Et comme l’Apôtre précise avec tant de zèle une sanction pour chaque méfait, qu’aurait-il dit, je le demande, s’il avait détecté cette blessure dans le corps infect de la sainte Eglise. Surtout, quelle douleur, quelle ardeur de compassion aurait embrasé sa pieuse poitrine s’il avait appris que cette peste abominable se propageait jusque dans les ordres sacrés ? Qu’ils écoutent les directeurs des clercs, et les recteurs des prêtres. Qu’ils écoutent ! Et même s’ils se sentent sûrs d’eux-mêmes, qu’ils craignent de participer aux crimes d’autrui, ceux qui répugnent à corriger les péchés de leurs sujets, et qui, par un silence complice, leur accordent la licence de pécher. Qu’ils écoutent, dis-je, et qu’ils comprennent que tous sont également dignes de mort, ceux qui font le mal et ceux qui y consentent.
Chaire de Saint Pierre, apôtre
Collecte
O Dieu, qui, en confiant au Bienheureux Pierre, votre Apôtre, les clefs du royaume céleste, lui avez donné l’autorité pontificale de lier et de délier ; faites que nous soyons délivrés des liens de nos péchés, par le secours de son intercession.
Ô Dieu, qui avez instruit une multitude de nations par la prédication du B. Apôtre Paul, faites, nous vous en supplions, que, nous qui honorons sa mémoire, nous ressentons les effets de sa protection auprès de vous.
Épitre 1. P 1, 1-7
Pierre, Apôtre de Jésus-Christ, aux élus étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, élus selon la prescience de Dieu le Père pour la sanctification de l’Esprit, pour obéir à la foi et avoir part à l’aspersion du sang de Jésus-Christ, que la grâce et la paix vous soient multipliées ! Béni soit le Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne peut ni se corrompre, ni se souiller, ni se flétrir, qui est réservé dans les cieux pour vous, qui êtes gardés par la puissance de Dieu, par la foi, pour le salut qui est prêt à être manifesté dans le dernier temps. Vous devez en être transportés de joie, supposé même qu’il faille que, pour un peu de temps, vous soyez attristés par diverses épreuves, afin que votre foi ainsi éprouvée, plus précieuse que l’or (qu’on éprouve par le feu) tourne à votre louange, votre gloire et votre honneur, lorsque paraîtra Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Augustin, Évêque.
Quatrième leçon. L’institution de la solennité de ce jour a reçu de nos ancêtres le nom de Chaire, parce qu’il est de tradition que Pierre, prince des Apôtres, fut mis à pareil jour, en possession de son siège épiscopal. Les fidèles célèbrent donc à juste titre l’origine de ce siège, dont l’Apôtre fut investi pour leur salut par ces paroles du Seigneur : « Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église. »
Cinquième leçon. Le Seigneur a donc appelé Pierre le fondement de l’Église, et celle-ci vénère justement ce fondement sur lequel repose tout l’édifice. C’est bien à Pierre que s’appliquent ces paroles du Psaume qui vous a été lu : « Qu’on l’exalte dans l’assemblée du peuple, et qu’on le loue dans la chaire des anciens ». Béni soit Dieu qui prescrit d’exalter le .bienheureux Apôtre Pierre dans l’assemblée des fidèles ; il est juste en effet que l’Église vénère le fondement qui lui permet de s’élever jusqu’au ciel.
Sixième leçon. En fêtant aujourd’hui l’origine de la Chaire de saint Pierre, nous rendons honneur au ministère du sacerdoce. Les Églises se rendent ces mutuels égards, comprenant qu’elles croissent d’autant plus en dignité, que les fonctions sacerdotales reçoivent plus d’honneur. C’est à bon droit qu’un religieux usage a introduit cette solennité dans les Églises. Je m’étonne donc des proportions croissantes qu’a prises de nos jours une pernicieuse erreur toute païenne, qui consiste à porter des mets et des vins sur les tombeaux des morts ; comme si les âmes qui ont quitté leurs corps réclamaient ces aliments propres à la chair.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de S. Léon, Pape.
Septième leçon. Le Seigneur demande aux Apôtres ce que les hommes pensent de lui, et leur réponse est commune tant qu’ils expriment l’incertitude de l’esprit des hommes. Mais dès qu’il interroge ses disciples sur leur propre sentiment, le premier en dignité parmi les Apôtres est le premier aussi à confesser le Seigneur. Quand il eut dit : « Vous êtes le Christ le Fils du Dieu vivant », Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ni la chair ni le sang ne t’ont révélé ceci ». C’est-à-dire : Tu es heureux, parce que mou Père t’a instruit ; tu n’as pas été trompé par les opinions terrestres, mais l’inspiration céleste t’a éclairé : et ce n’est ni la chair ni le sang qui m’ont fait connaître à toi ; c’est celui dont je suis le Fils unique.
Huitième leçon. « Aussi moi je te dis » ; ce qui signifie : de même que mon Père t’a manifesté ma divinité, ainsi moi je veux te faire connaître ta propre excellence car « tu es Pierre » ; moi je suis la pierre inébranlable, la pierre de l’angle qui des deux peuples n’en fait qu’un, le fondement (et personne n’en peut poser d’autre) ; mais toi aussi tu es une pierre, car tu es affermi par ma vertu, afin que ce qui m’appartient en propre de par ma puissance, te soit donné en participation avec moi. « Et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle ». Sur cette force, je bâtirai un temple éternel, et la sublimité de mon Église, qui doit pénétrer le ciel, s’élèvera sur la fermeté de cette foi.
Neuvième leçon. Les portes de l’enfer n’empêcheront pas cette confession de Pierre ; les chaînes de la mort ne la lieront pas, car cette parole est une parole de vie. Elle élève au ciel ceux qui font cette profession ce foi, et plonge dans l’enfer ceux qui refusent de la faire ou de l’admettre. C’est pourquoi le Seigneur dit au bienheureux Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre, sera aussi délié dans les cieux. » Il est vrai que ce pouvoir a été communiqué aussi aux autres Apôtres, et que ce décret constitutif concerne également tous les princes de l’Église ; mais en confiant une telle prérogative, ce n’est pas sans raison que notre Seigneur s’adresse à un seul, bien qu’il parle pour tous. C’est à Pierre en particulier que cette autorité est confiée, parce que Pierre est établi chef de tous les pasteurs de l’Église. Le privilège de Pierre subsiste en tout jugement porté en vertu de sa légitime autorité,-et il n’y a excès, ni de sévérité ni d’indulgence où l’on ne lie ni ne délie que ce que le bienheureux Pierre a lié ou délié.
Pour la seconde fois (Voir la fête de la Chaire de Sainte Pierre à Rome, le 18 janvier), Pierre reparaît avec sa Chaire sur le Cycle de la sainte Église ; mais aujourd’hui ce n’est plus son Pontificat dans Rome, c’est son épiscopat à Antioche que nous sommes appelés à vénérer. Le séjour que le Prince des Apôtres fit dans cette dernière ville fut pour elle la plus grande gloire qu’elle eût connue depuis sa fondation ; et cette période occupe une place assez notable dans la vie de saint Pierre pour mériter d’être célébrée par les chrétiens, Cornélius avait reçu le baptême à Césarée des mains de Pierre, et l’entrée de ce Romain dans l’Église annonçait que le moment était venu où le Christianisme allait s’étendre en dehors de la race juive. Quelques disciples dont saint Luc n’a pas conservé les noms, tentèrent un essai de prédication à Antioche, et le succès qu’ils obtinrent porta les Apôtres à diriger Barnabé de Jérusalem vers cette ville. Celui-ci étant arrivé ne tarda pas à s’adjoindre un autre juif converti depuis peu d’années, et connu encore sous le nom de Saul, qu’il devait plus tard échanger en celui de Paul, et rendre si glorieux dans toute l’Église. La parole de ces deux hommes apostoliques dans Antioche suscita au sein de la gentilité de nouvelles recrues, et il fut aisé de prévoir que bientôt le centre de la religion du Christ ne serait plus Jérusalem, mais Antioche ; l’Évangile passant ainsi aux gentils, et délaissant la ville ingrate qui n’avait pas connu le temps de sa visite.
La voix de la tradition tout entière nous apprend que Pierre transporta sa résidence dans cette troisième ville de l’Empire romain, lorsque la foi du Christ y eut pris le sérieux accroissement dont nous venons de raconter le principe. Ce changement de lieu, le déplacement de la Chaire de primauté montraient l’Église avançant dans ses destinées, et quittant l’étroite enceinte de Sion, pour se diriger vers l’humanité tout entière.
Nous apprenons du pape saint Innocent Ier qu’une réunion des Apôtres eut lieu à Antioche. C’était désormais vers la Gentilité que le vent de l’Esprit-Saint poussait ces nuées rapides et fécondes, sous l’emblème desquelles Isaïe nous montre les saints Apôtres. Saint Innocent, au témoignage duquel se joint celui de Vigile, évêque de Thapsus, enseigne que l’on doit rapporter au temps de la réunion de saint Pierre et des Apôtres à Antioche ce que dit saint Luc dans les Actes, qu’à la suite de ces nombreuses conversions de gentils, les disciples du Christ furent désormais appelés Chrétiens.
Antioche est donc devenue le siège de Pierre. C’est là qu’il réside désormais ; c’est de là qu’il part pour évangéliser diverses provinces de l’Asie ; c’est là qu’il revient pour achever la fondation de cette noble Église. Alexandrie, la seconde ville de L’empire, semblerait à son tour réclamer l’honneur de posséder le siège de primauté, lorsqu’elle aura abaissé sa tête sous le joug du Christ ; mais Rome, préparée de longue main parla divine Providence à l’empire du monde, a plus de droits encore. Pierre se mettra en marche, portant avec lui les destinées de l’Église ; là où il s’arrêtera, là où il mourra, il laissera sa succession. Au moment marqué, il se séparera d’Antioche, où il établira pour évêque Évodius son disciple. Évodius sera le successeur de Pierre en tant qu’Évêque d’Antioche ; mais son Église n’héritera pas de la principauté que Pierre emporte avec lui. Ce prince des Apôtres envoie Marc son disciple prendre possession d’Alexandrie en son nom ; et cette Église sera la seconde de l’univers, élevée d’un degré au-dessus d’Antioche, par la volonté de Pierre, qui cependant n’y aura pas siégé en personne. C’est à Rome qu’il se rendra, et qu’il fixera enfin cette Chaire sur laquelle il vivra, il enseignera, il régira, dans ses successeurs.
Telle est l’origine des trois grands Sièges Patriarcaux si vénérés dans l’antiquité : le premier, Rome, investi de la plénitude des droits du prince des Apôtres, qui les lui a transmis en mourant ; le deuxième, Alexandrie, qui doit sa prééminence à la distinction que Pierre en a daigné faire en l’adoptant pour le second ; le troisième, Antioche, sur lequel il s’est assis en personne, lorsque, renonçant à Jérusalem, il apportait à la Gentilité les grâces de l’adoption. Si donc Antioche le cède pour le rang à Alexandrie, cette dernière lui est inférieure, quant à l’honneur d’avoir possédé la personne de celui que le Christ avait investi de la charge de Pasteur suprême. Il était donc juste que l’Église honorât Antioche pour la gloire qu’elle a eue d’être momentanément le centre de la chrétienté : et telle est l’intention de la fête que nous célébrons aujourd’hui.
Les solennités qui se rapportent à saint Pierre ont droit d’intéresser particulièrement les enfants de l’Église. La fête du père est toujours celle de la famille tout entière ; car c’est de lui qu’elle emprunte et sa vie et son être. S’il n’y a qu’un seul troupeau, c’est parce qu’il n’y a qu’un seul Pasteur ; honorons donc la divine prérogative de Pierre, à laquelle le Christianisme doit sa conservation, et aimons à reconnaître les obligations que nous avons au Siège Apostolique. Au jour où nous célébrions la Chaire Romaine, nous avons reconnu comment la Foi s’enseigne, se conserve, se propage par l’Église-Mère, en laquelle résident les promesses faites à Pierre. Honorons aujourd’hui le Siège Apostolique, comme source unique du pouvoir légitime par lequel les peuples sont régis et gouvernés dans l’ordre du salut éternel.
Le Sauveur a dit à Pierre : « Je te donnerai les Clefs du Royaume des cieux », c’est-à-dire de l’Église ; il lui a dit encore : « Pais mes agneaux, pais mes brebis ». Pierre est donc prince : car les Clefs, dans l’Écriture, signifient la principauté ; il est donc Pasteur, et Pasteur universel : car, dans le troupeau, il n’y a rien en dehors des brebis et des agneaux. Mais voici que, par la bonté divine, nous rencontrons de toutes parts d’autres Pasteurs : les Évêques, « que l’Esprit-Saint a posés pour régir l’Église de Dieu », gouvernent en son nom les chrétientés, et sont aussi Pasteurs. Comment ces Clefs, qui sont le partage de Pierre, se trouvent-elles en d’autres mains que dans les siennes ? L’Église catholique nous explique ce mystère dans les monuments de sa Tradition. Elle nous dit par Tertullien que le Seigneur a « donné les Clefs à Pierre, et par lui à l’Église » ; par saint Optât de Milève, que, pour le bien de » l’unité, Pierre a été préféré aux autres Apôtres, et a reçu seul les Clefs du Royaume des cieux, pour les communiquer aux autres» ; par saint Grégoire de Nysse, que le Christ a donné par Pierre aux Évêques les Clefs de leur céleste « prérogative » ; par saint Léon le Grand, que le Sauveur a donné par Pierre aux autres prince ces des Églises tout ce qu’il n’a pas jugé à propos de leur refuser ».
L’Épiscopat est donc à jamais sacré ; car il se rattache à Jésus-Christ par Pierre et ses successeurs ; et c’est ce que la Tradition catholique nous atteste de la manière la plus imposante, applaudissant au langage des Pontifes Romains qui n’ont cessé de déclarer, depuis les premiers siècles, que la dignité des Évêques était d’être appelés à partager leur propre sollicitude, in partem sollicitudinis vocatos. C’est pourquoi saint Cyprien ne fait pas difficulté de dire que le Seigneur, voulant établir la dignité épiscopale et constituer son Église, dit à Pierre : Je te donnerai les Clefs du Royaume des cieux ; et c’est de là que découle l’institution des Évêques et la disposition de l’Église ». C’est ce que répète, après le saint Évêque de Carthage, saint Césaire d’Arles, dans les Gaules, au V° siècle, quand il écrit au saint pape Symmaque : « Attendu que l’Épiscopat prend sa source dans la personne du bienheureux Apôtre Pierre, il suit de là, par une conséquence nécessaire, que c’est à Votre Sainteté de prescrire aux diverses Églises les règles auxquelles elles doivent se conformer ». Cette doctrine fondamentale, que saint Léon le Grand a formulée avec tant d’autorité et d’éloquence, et qui est en d’autres termes la même que nous venons de montrer tout à l’heure par la Tradition, se trouve intimée aux Églises, avant saint Léon, dans les magnifiques Épîtres de saint Innocent Ier qui sont venues jusqu’à nous. C’est ainsi qu’il écrit au concile de Carthage que l’Épiscopat et toute son autorité émanent du Siège Apostolique » ; au concile de Milève, que « les Évêques doivent considérer Pierre comme la source de leur nom et de leur dignité » ; à saint Victrice, Évêque de Rouen, que »l’Apostolat et l’Épiscopat prennent en Pierre leur origine ».
Nous n’avons point ici à composer un traité polémique ; notre but, en alléguant ces titres magnifiques de la Chaire de Pierre, n’est autre que de réchauffer dans le cœur des fidèles la vénération et le dévouement dont ils doivent être animés envers elle. Mais il est nécessaire qu’ils connaissent la source de l’autorité spirituelle qui, dans ses divers degrés, les régit et les sanctifie. Tout découle de Pierre, tout émane du Pontife Romain dans lequel Pierre se continuera jusqu’à la consommation des siècles. Jésus-Christ est le principe de l’Épiscopat, l’Esprit-Saint établit les Évêques ; mais la mission, l’institution, qui assigne au Pasteur son troupeau et au troupeau son Pasteur, Jésus-Christ et l’Esprit-Saint les donnent par le ministère de Pierre et de ses successeurs.
Qu’elle est divine et sacrée, cette autorité des Clefs, qui, descendant du ciel dans le Pontife Romain, dérive de lui par les Prélats des Églises sur toute la société chrétienne qu’elle doit régir et sanctifier ! Le mode de sa transmission par le Siège Apostolique a pu varier selon les siècles ; mais tout pouvoir n’en émanait pas moins de la Chaire de Pierre. Au commencement, il y eut trois Chaires : Rome, Alexandrie et Antioche ; toutes trois, sources de l’institution canonique pour les Évêques de leur ressort ; mais toutes trois regardées comme autant de Chaires de Pierre, fondées par lui pour présider, comme l’enseignent saint Léon, saint Gélase et saint Grégoire le Grand. Mais, entre ces trois Chaires, le Pontife qui siégeait sur la première ne recevait que du Ciel son institution, tandis que les deux autres Patriarches n’exerçaient leurs droits qu’après avoir été reconnus et confirmés par celui qui occupait à Rome la place de Pierre. Plus tard, on voulut adjoindre deux nouveaux Sièges aux trois premiers ; mais Constantinople et Jérusalem n’arrivèrent à un tel honneur qu’avec l’agrément du Pontife Romain. Puis, afin que les hommes ne fussent pas tentés de confondre les distinctions accidentelles dont avaient été décorées ces diverses Églises, avec la divine prérogative de l’Église de Rome, Dieu permit que les Sièges d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople et de Jérusalem fussent souillés par l’hérésie ; et que, devenues autant de Chaires d’erreur, elles cessassent de transmettre la mission légitime, à partir du moment où elles avaient altéré la foi que Rome leur avait transmise avec la vie. Nos pères les ont vues tomber successivement, ces colonnes antiques que la main paternelle de Pierre avait élevées ; mais leur ruine lamentable n’atteste que plus haut combien est solide l’édifice que la main du Christ a bâti sur Pierre. Le mystère de l’unité s’est alors révélé avec plus d’éclat ; et Rome, retirant à elle les faveurs qu’elle avait versées sur des Églises qui ont trahi cette Mère commune, n’en a paru qu’avec plus d’évidence le principe unique du pouvoir pastoral.
Dimanche de la Septuagésime
Introït
Les gémissements de la mort m’ont environné, les douleurs de l’enfer m’ont entouré ; dans mon affliction j’ai invoqué le Seigneur, et de son saint temple, il a entendu ma voix. Je vous aimerai, Seigneur, vous qui êtes ma force ; le Seigneur est mon ferme appui, et mon libérateur.
Collecte
Nous vous en supplions, Seigneur, écoutez avec clémence les prières de votre peuple, afin que nous qui sommes justement affligés pour nos péchés, nous soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre nom.
Épitre 1 Cor. 9, 24-27 ; 10, 1-5
Mes Frères : Ne le savez-vous pas ? Dans les courses du stade, tous courent, mais un seul emporte le prix. Courez de même, afin de le remporter. Quiconque veut lutter, s’abstient de tout : eux pour une couronne périssable ; nous, pour une impérissable. Pour moi, je cours de même, non comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. Car je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous traversé la mer, et qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer ; qu’ils ont tous mangé le même aliment spirituel, et qu’ils ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ. Cependant ce n’est pas dans la plupart d’entre eux que Dieu trouva son plaisir.
Évangile Mt. 20, 1-16
En ce temps là, Jésus dit à ces disciples cette parabole : le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit de grand matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Etant convenu avec les ouvriers d’un denier par jour, il les envoya à sa vigne. Il sortit vers la troisième heure, en vit d’autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, et leur dit : "Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste." Et ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la même chose. Etant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d’autres qui stationnaient, et il leur dit : "Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire ?" Ils lui disent : "C’est que personne ne nous a embauchés." Il leur dit : "Allez, vous aussi, à la vigne." Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : "Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu’aux premiers." Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu’ils recevraient davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : "Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur." Mais lui, s’adressant à l’un d’eux, répondit : "Ami, je ne te fais point d’injustice : n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon ? Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers."
Communion
Faites luire votre visage sur votre serviteur, et sauvez-moi par votre miséricorde ; Seigneur, que je ne sois pas confondu, car je vous ai invoqué.
Office
2e Nocturne
4e leçon
Du Manuel de saint Augustin, Évêque
Dieu avait menacé l’homme de le punir de mort, s’il venait à pécher ; il lui avait fait don du libre arbitre, mais tout en le tenant sujet à son commandement, et en excitant en lui la crainte de sa ruine. Il le plaça dans un jardin de délices, qui n’était que l’ombre d’une vie meilleure, où il serait parvenu s’il avait conservé la justice. Exilé de l’Eden après sa faute, le premier homme enchaîna à la peine de la mort et à la réprobation tous ses descendants, corrompus en sa personne comme dans leur source, de telle sorte que toute la race qui devait naître de lui et de son épouse (condamnée comme lui, après l’avoir porté au péché) contracta la faute originelle, et mérita d’être entraînée parmi des erreurs et des douleurs de toute espèce, jusqu’au supplice sans fin avec les anges infidèles, ses corrupteurs, ses maîtres et les compagnons de son malheureux sort.
5e leçon
« C’est ainsi que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et, avec le péché, la mort, qui a passé à tous les hommes, par celui en qui tous ont péché. » Ce que l’Apôtre appelle ici le monde, c’est l’humanité entière. Tel était donc l’état des choses. Toute la masse du genre humain, condamnée, était plongée dans le malheur, ou plutôt se voyait entraînée et précipitée de maux en maux. Associé aux anges coupables, l’homme subissait les peines très méritées de son impie prévarication.
| 6e leçon |
Car il faut considérer comme une conséquence de la juste colère de Dieu, les désordres auxquels les méchants sont portés par l’attrait d’une concupiscence aveugle et sans frein, ainsi que les maux visibles ou invisibles qu’ils souffrent malgré eux. Cependant la bonté du Créateur n’a pas cessé de se manifester envers les mauvais anges, en leur conservant la vie et la puissance toujours active sans laquelle ils cesseraient d’être ; comme envers les hommes en en propageant la race, bien qu’issue d’une souche viciée et condamnée. Il forme leur corps qu’il anime du souffle de la vie ; il dispose leurs membres qu’il met en harmonie avec les différents âges ; il entretient la vivacité de leurs sens, suivant la disposition des organes ; il leur fournit des aliments. Dans sa sagesse, il a mieux aimé tirer le bien du mal, que de ne pas permettre qu’il arrivât aucun mal.
7e leçon
Homélie de saint Grégoire, Pape.
Il est dit que le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui loue des ouvriers pour cultiver sa vigne. Or, qui peut être plus justement représenté par le père de famille que notre Créateur, qui gouverne ceux qu’il a créés, et qui possède ses élus dans ce monde, comme un maître a ses serviteurs dans sa maison ? Il possède une vigne, à savoir l’Église universelle, qui a poussé autant de sarments qu’elle a produit de saints, depuis le juste Abel, jusqu’au dernier élu devant naître à la fin du monde.
8e leçon
Ce divin père de famille loue donc des ouvriers pour cultiver sa vigne, dès la pointe du jour, à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième et à la onzième ; parce qu’il ne cesse point, depuis le commencement de ce monde jusqu’à la fin, de réunir des prédicateurs pour enseigner les fidèles. Le matin du monde peut s’entendre du temps qui s’est écoulé depuis Adam jusqu’à Noé ; la troisième heure, de Noé à Abraham ; la sixième, d’Abraham à Moïse ; la neuvième, de Moïse à la venue du Sauveur, et la onzième, depuis la venue du Sauveur jusqu’à la fin du monde. Les Apôtres ont été envoyés pour prêcher en cette dernière heure, et quoique venant si tard, ils ont reçu un salaire entier.
9e leçon
Le Seigneur ne cesse donc en aucun temps d’envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne, c’est-à-dire pour instruire son peuple. Par les Patriarches d’abord, ensuite par les Docteurs de la loi et les Prophètes, et enfin par les Apôtres, il a consacré tous ses soins à sanctifier son peuple. Il a travaillé, pour ainsi dire, à la culture de sa vigne, par l’entremise de ces ouvriers que nous avons énumérés ; mais cela n’empêche pas que tous ceux qui, avec une foi correcte, se sont appliqués et ont exhorté à faire le bien, ne puissent être considérés aussi (chacun dans sa mesure et à un certain degré), comme les ouvriers de cette vigne. Ceux de la première heure, ainsi que ceux de la troisième, de la sixième et de la neuvième, désignent l’ancien peuple hébreu qui, depuis le commencement du monde, s’efforçant, en la personne de ses saints, de servir Dieu avec une foi droite, n’a pour ainsi dire pas cessé de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure les Gentils sont appelés, c’est à eux que s’adressent ces paroles « Pourquoi êtes-vous ici tout le jour sans rien faire ? »
Contre le naturalisme
Lorsque, au siècle dernier, nos pères dont l’éducation avait été si fortement imprégnée de christianisme, descendirent dans la lice pour combattre l’école de Voltaire, qui osait prétendre que Jésus-Christ avait fait rétrograder l’humanité et que sa religion conduisait les hommes à la barbarie ; il devint nécessaire alors de soutenir contre les philosophes cette thèse nouvelle et facile à démontrer, que la civilisation moderne est, dans tout ce qu’elle a d’utile pour l’homme et la société, la fille du christianisme, et que les religions païennes, le polythéisme et la philosophie, conduisaient les peuples à l’abrutissement et à la destruction. Ce point de vue incontestable n’avait alors aucun danger ; car ceux qui le soutenaient n’ignoraient pas que la mission de Jésus-Christ a encore eu pour objet d’autres intérêts bien plus précieux pour l’homme et la société que ceux qui se rapportent à l’économie politique ; on savait que les fruits du christianisme qui, même dans la vie présente, placent les nations chrétiennes si fort au-dessus de celles qui ne le sont pas, ne sont que de pures conséquences de ces autres bienfaits d’un ordre infiniment supérieur que Jésus-Christ est venu nous apporter. On savait par cœur l’Évangile, on ne le lisait pas pour y chercher les versets que l’on s’imagine pouvoir détourner dans le sens des idées du jour, en passant les autres sous un discret silence ; on acceptait tout, et l’on savait parfaitement que si Jésus-Christ annonce que « le prince de ce monde sera chassé de son empire », que le sang rédempteur sera versé pour la réparation du péché, que le genre humain sera appelé à ne plus former qu’un seul troupeau sous la houlette du bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis, pas un mot n’était dit sur la régénération politique des peuples, sur la civilisation à venir, sur les futures conquêtes de l’intelligence, sur le progrès des sciences et des arts ; tous avantages qui nous sont venus par le christianisme, et qui ne seraient pas venus sans lui. Dans tout l’Évangile, il n’y a qu’une seule parole du Christ qui désigne ces biens du temps : « Cherchez, dit-il, le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera ajouté de surcroît. » Le reste, cætera, voilà comment le Christ en parle, dans la crainte que nous n’en fassions la chose principale, la chose même comparable. Les défenseurs du christianisme, au siècle dernier, savaient tout cela, comprenaient tout cela, et s’ils s’attachaient à relever ces bienfaits extérieurs du christianisme que Julien l’Apostat lui-même commençait déjà à saisir dès le IVe siècle, et que la Turquie aujourd’hui nous envie, sans pouvoir jamais y atteindre, ce n’était pas qu’ils cessassent d’attacher la première importance aux bienfaits surnaturels dont le divin mystère de l’Incarnation été la source.
Depuis, le temps a fait un pas ; la société moderne, dont quelques-uns d’entre nous sont si fiers, a commencé ses destinées tant soit peu orageuses ; le christianisme ne figure plus dans les œuvres publiques ; la législation ne l’avoue pas comme lien social, et si elle lui assure une protection plus ou moins étendue selon les temps, ce n’est pas du tout parce qu’elle le reconnaît pour divin, mais uniquement parce que ce culte est censé représenter l’intérêt religieux de la majorité de la nation. Dans une telle situation, la foi vit encore chez un grand nombre d’âmes, en sorte que les fruits du christianisme continuent de se produire dans une certaine mesure ; mais quel sera le lien des chrétiens entre eux ? Comment s’uniront-ils pour former cette force invincible qui triompha du paganisme ? Sans doute par l’énergie et l’homogénéité de l’idée chrétienne ; c’est là qu’est le besoin et non ailleurs. Je le demande, y a-t-il trace d’économie politique, d’utopies, de perfectibilité humaine, dans les écrits des auteurs chrétiens des trois premiers siècles ? Cependant, au IVe siècle, les chrétiens étaient devenus la majorité, et Constantin, recevant le baptême, n’était qu’un chrétien de plus. S’il ne se fût pas rendu, son successeur eût été plus clairvoyant et plus sage. Comment donc s’opéra la conquête ? Par la foi en Jésus-Christ crucifié, apportant aux hommes des mystères à croire et des vertus surnaturelles à pratiquer. Aux yeux des premiers chrétiens, l’ère du Christ n’était pas l’ère de la civilisation ; trop de crimes et d’abaissements les entouraient pour qu’une telle illusion leur devint possible ; pour eux, l’ère du Christ était l’ère du salut offert à chaque homme, à la condition de sacrifier les biens de la vie présente à ceux de la future, dont le sentier venait d’être ouvert par le Rédempteur. Il ne fallut ni plus ni moins pour régénérer le monde ; de nos jours, il ne faudra ni plus ni moins pour le sauver.
C’est donc une pauvre manière, pour un auteur chrétien qui écrit l’histoire, que de nous donner la venue de Jésus-Christ dans le monde comme le grand fait social, et de se livrer aux lieux communs plus ou moins rajeunis sur ce sujet. Personne, ou presque personne, ne contestera vos faits ni vos conclusions, d’autant que vous excellez à parler le langage du jour. Mais quand donc vous plaira-t-il d’employer votre talent à écrire pour les chrétiens ? Ne comprenez-vous pas que toutes ces vues d’application à un ordre inférieur, toujours reproduites et avec une variété qui n’est qu’apparente, ont pour résultat de déprendre peu à peu les hommes de l’ordre surnaturel dont nous ne maintenons en nous la prépondérance que par l’effort de la foi ? Les hommes ont plus besoin qu’on leur répète que Jésus-Christ est venu pour les racheter, qu’il n’est nécessaire de leur dire sur tous les tons que l’objet de sa mission a été de les civiliser.
Mais, me direz-vous, faut-il donc cesser d’insister sur les conséquences de l’Évangile ? À Dieu ne plaise que je vous donne un tel conseil. Toute vérité est utile ; mais toute vérité doit être classée selon son importance. Qui, aujourd’hui, encore une fois, ose douter des résultats qu’a produits le christianisme pour le perfectionnement de la condition humaine dans la vie présente ? Quelques impies forcenés avec lesquels on ne dispute pas. Les philosophes, les politiques, les économistes sensés, sont pour vous ; inutile donc de faire assaut avec eux en fait d’éloges pour le grand civilisateur des temps modernes. Ce qui presse, ce qui est à propos, c’est de songer aux chrétiens qui ont besoin d’être soutenus et ralliés. Or, vous ne le ferez qu’en promulguant à haute voix que, sous le règne de César Auguste, le Fils unique de Dieu a daigné prendre chair au sein d’une Vierge et s’offrir en sacrifice pour racheter les péchés du monde et briser le joug de Satan qui tenait l’homme asservi. En parlant ainsi, vous parlerez comme saint Augustin et comme Bossuet ; cela ressemblera bien un peu au catéchisme ; mais ne vous en inquiétez pas ; c’est précisément le catéchisme qui fait défaut aujourd’hui. Le catéchisme a servi de base aux deux grandes œuvres historiques de saint Augustin et de Bossuet ; et l’on ne remarque pas que leur talent ait baissé pour cela. Maintenant, si vous avez quelque chose à ajouter sur les applications de l’Évangile au bien-être de l’homme et de la société, ne vous en privez pas. Nous vous écouterons et nous profiterons. Il est vrai que rien ne nous étonnera ; car nous comptions sur « le reste, cætera » promis par Jésus-Christ même. Ce dont nous avons besoin seulement, c’est que ce « reste, cætera » ne soit pas mis à la première place, qu’il ne soit pas l’unique bien que vous osiez signaler dans la venue du Christ sur la terre. Nous sommes faibles dans la foi, notre éducation a souvent été peu chrétienne, la société qui nous entoure ne reflète pas nos croyances ; et, ce qui accroît le péril, nous vivons au sein d’une révolution sociale qui tient en fermentation tous les orgueils.
On dira peut-être encore que prendre une telle marche, c’est le moyen de peupler de ses livres les rayons des bibliothèques de paroisse et des cabinets de bonnes lectures – Peut-être, en effet, vos livres chrétiennement pensés et chrétiennement écrits courent-ils la chance d’aller rejoindre dans ces humbles dépôts le Discours sur l’histoire universelle, au lieu de vous ouvrir les portes de l’Académie ; mais quel malheur y voyez-vous ? La première nécessité aujourd’hui est de fortifier et de protéger les chrétiens dans leur foi ; la seconde est d’en accroître le nombre : si vous obtenez le premier but, vous n’aurez pas perdu votre temps. Quant au second, il est évident que vous l’avancerez peu, en persuadant à ceux qui ne croient pas que ceux qui croient pensent et parlent comme eux. D’ailleurs, nous avons des écrivains catholiques, un petit nombre, j’en conviens, qui, tout en ne cherchant que la pure orthodoxie, sont arrivés à préoccuper à la fois et les simples croyants et les gens de goût et d’intelligence.
Et n’éprouvez-vous donc pas le désir de dire une bonne fois ses vérités à votre siècle ? N’y a-t-il pas assez longtemps qu’on le flatte et qu’on l’égare, en ne soutenant le vrai qu’avec mesure, en colorant d’un vernis moderne et douteux ce qu’il y a de plus antique et de plus immuable ? Vous avez raison, on a découvert je ne sais quels terrains neutres sur lesquels certains croyants se réunissent aux incroyants pour tenir des sortes de congrès d’où chacun sort aussi avancé qu’il y était venu ; mais que résulte-t-il de ces rapprochements ? Des compliments mutuels ; et en attendant qu’il en provienne autre chose, la société qui périt parce qu’on ne lui parle pas franchement de Jésus-Christ, vous demande compte de vos talents, de votre influence ; que dis-je ? de vos convictions chrétiennes, si souvent dissimulées sous des dehors naturalistes. Il est temps de pénétrer sa phrase d’un accent plus chrétien, et de parler dans les livres sur le ton que l’on trouve de mise au sein de la famille. Vous n’instruiriez pas vos enfants de leur religion en employant des théories naturalistes ; vous auriez peur de n’en pas faire des chrétiens. Vous tenez pour eux au catéchisme, que vous commentez par vos exemples ; que vos livres, vos discours, vos écrits publics, en soient donc à leur tour l’expression. Le moment est d’autant mieux choisi, que vous constatez vous-même la bienveillance avec laquelle on vous écoute. Faites un pas, et racontez désormais les faits de l’histoire avec l’accent d’un chrétien convaincu qui éprouve le besoin de proclamer que, le progrès est en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Vous serez alors un digne historien devant Dieu et devant les hommes.
Il est d’expérience que les hommes d’aujourd’hui qui ne sont pas croyants ne devinent rien par eux-mêmes, en fait de principes, dans les choses religieuses. Cette impuissance résulte du silence trop discret que l’on garde depuis trop longtemps vis-à-vis d’eux et qui leur laisse tout ignorer. On l’a bien pu voir lors de la campagne de Crimée. Il était impossible de n’être pas frappé du dévouement et de l’héroïsme tranquille des Sœurs de charité. Sans doute on se rendait compte, en général, du principe déterminant de ce dévouement et de cet héroïsme ; on savait que le sentiment religieux en était la source. Mais parmi les administrateurs qui réclamaient des renforts de ce genre tout nouveau, ceux qui n’avaient pas le bonheur d’être éclairés de la lumière surnaturelle, quelle idée se formaient-ils du sentiment religieux qui animait les Sœurs ? Car enfin, le sentiment religieux, il y en a partout où existe une religion. D’où vient donc qu’un tel dévouement n’existait pas dans les religions de l’ancien monde ? D’où vient qu’on ne le rencontre, parmi les peuples chrétiens, que chez ceux de la communion romaine ? Il y a donc là le produit d’un dogme particulier qui ne se trouve pas ailleurs. On aurait dû sonder jusque-là, en ce siècle où l’on aime à se rendre compte de tout, où l’on dresse la statistique de tout. On ne le faisait pas ; on se bornait à admirer, tout en agréant les services. Au fond, la chose était bien simple : il ne s’agissait que de dire aux intéressés : « Vous avez des Sœurs de charité à vos ordres, parce qu’il existe un sacerdoce fondé par Jésus-Christ, et que les membres de ce sacerdoce exercent le pouvoir de purifier les âmes et de les mettre ensuite en rapport avec Dieu même, dans un mystère qu’on appelle la communion et dont ils sont les dispensateurs. Si ce sacerdoce cessait d’agir, s’il était repoussé de nos sociétés, vous verriez s’éteindre du même coup la race de ces servantes des malades et des pauvres. Ce que vous nommez le sentiment religieux ne saurait plus les produire désormais, encore moins les multiplier. »
C’est ainsi qu’une question de dogme révélé est naturellement amenée pour résoudre le problème particulier dont nous parlons ; il en est de même, qu’on n’en doute pas, pour toutes les autres questions que l’on pourrait élever sur les diverses formes du progrès que le christianisme a fait goûter aux nations chrétiennes. Nos pères, qui étaient chrétiens par tradition, ne l’ignoraient pas quand ils discutaient la question économique du christianisme avec les philosophes d’alors ; mais nous, nous ne le savons plus, et c’est pour cela qu’il est nécessaire qu’on nous le dise, au risque d’en effaroucher quelques-uns. Or, c’est à l’histoire, en particulier, qu’il appartient de formuler ses récits de manière à savoir exprimer tout ce qu’il importe que l’on connaisse. Qu’est-ce qu’un récit historique où l’on raconte les effets, sans avouer franchement les causes ? Nous l’avons dit, et nous le répétons, la destinée du genre humain est une destinée surnaturelle ; il suit de là qu’une histoire qui ne s’inspire pas aux sources surnaturelles ne saurait être une histoire véridique, quelques chrétiennes que fussent d’ailleurs les convictions de celui qui se juge à propos de l’écrire. Dom Guéranger
Extrait Du Naturalisme dans l’Histoire (5e article – 25 avril 1858)
Les Sept Saints Fondateurs de l’ordre des Servites
Collecte
O Seigneur Jésus-Christ, qui, dans le but de faire honorer la mémoire des douleurs de votre très sainte Mère, avez, par l’entremise de sept Bienheureux, doté l’Église de la nouvelle famille de ses Serviteurs, daignez nous accorder de nous associer à leurs larmes, de manière à. être admis à partager aussi leurs joies.
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Au XIIIe siècle, alors que les parties les plus florissantes de l’Italie étaient déchirées par le schisme funeste de Frédéric II et par de cruelles factions, la Providence miséricordieuse de Dieu suscita, parmi tant d’autres hommes illustres par leur sainteté, sept nobles Florentins qui, unis par la charité, offrirent un exemple remarquable d’amour fraternel. Ces hommes, à savoir Bonfilio Monaldi, Bonajuncta Manetto, Manetto d’Antelles, Am-dée de Amidéis, Uguccio Uguccioni, Sostène de Sos-teneis et Alexis Falconiéri, au jour de l’Assomption de l’année 1233, priaient avec ferveur dans rassemblée d’une pieuse confrérie appelée des Laudantes, lorsque la Mère de Dieu, apparaissant à chacun d’eux, les invita à embrasser un genre de vie plus saint et plus parfait. Ayant donc pris conseil de l’Évêque de Florence, et renonçant aux honneurs de leur rang comme à leurs richesses, portant un cilice sous des vêtements pauvres et usés, ils se retirèrent à la campagne dans une humble demeure, le huitième jour de septembre, afin de débuter dans une vie plus sainte au jour même où la Mère de Dieu avait commencé sa vie très sainte parmi les mortels.
Cinquième leçon. Dieu montra par un miracle combien cette résolution, lui était agréable. Peu de temps après, comme ces sept hommes parcouraient la ville de Florence, en demandant l’aumône aux portes des maisons, il arriva tout à coup qu’ils furent acclamés Serviteurs de la bienheureuse Vierge Marie par la voix de petits enfants, et entre autres de saint Philippe Beniti à peine âgé de quatre mois. Ce nom leur fut désormais toujours conservé. Voulant éviter le concours du peuple et pressés par l’amour de la solitude, ils se retirèrent tous au mont Sénar. Ils y commencèrent un genre de vie vraiment céleste. Habitant des cavernes, vivant d’eau et d’herbes sauvages, ils mortifiaient leur corps par des veilles et d’autres austérités. La passion du Christ et les douleurs de sa Mère affligée étaient l’objet de leurs continuelles méditations. Comme ils s’y livraient avec plus d’ardeur un jour de vendredi saint, la bienheureuse Vierge elle-même leur apparut à deux reprises, leur montrant l’habit sombre qu’ils devaient revêtir, et leur fit connaître qu’elle aurait pour très agréable qu’ils établissent dans l’Église un nouvel Ordre religieux, destiné à garder perpétuellement et à propager parmi les peuples la dévotion aux douleurs qu’elle a souffertes pour nous au pied de la croix du Seigneur. Saint Pierre, illustre Martyr de l’Ordre des Frères Prêcheurs, ayant appris ces choses, par les relations familières qu’il entretenait avec ces saints hommes et par une apparition particulière de la Mère de Dieu, les engagea à instituer un Ordre religieux sous le nom de Serviteurs de la bienheureuse Vierge, Ordre qui fut ensuite approuvé par le pape Innocent IV.
Sixième leçon. Ces bienheureux Pères, auxquels de nombreux compagnons Ces bienheureux Pères, auxquels de nombreux compagnons vinrent bientôt s’adjoindre, commencèrent alors à parcourir les villes et les bourgades de l’Italie, principalement celles de l’Étrurie ; ils prêchèrent partout Jésus crucifié, apaisant les discordes civiles et rappelant au sentier de la vertu une multitude presque infinie de pauvres égarés. La France, l’Allemagne et la Pologne, aussi bien que l’Italie, eurent part à leurs travaux évangéliques. Enfin, après avoir répandu au loin la bonne odeur du Christ et s’être rendus illustres par des miracles, ils quittèrent cette terre pour s’en aller au Seigneur. Comme la religion et la vraie fraternité les avaient réunis dans un seul et même amour pendant leur vie, ainsi, après leur mort, furent-ils ensevelis dans le même tombeau et entourés de la même vénération parmi les peuples. Les souverains Pontifes Clément XI et Benoît XIII confirmèrent de leur autorité suprême le culte qui leur était constamment rendu depuis plusieurs siècles. Léon XIII ayant approuvé les miracles que Dieu avait opérés par leur intercession, après que, déclarés Vénérables, il eut été permis de les invoquer en commun, les inscrivit au catalogue des Saints dans la cinquantième année de son sacerdoce et régla qu’à l’avenir, un Office et une Messe seraient célébrés chaque année en leur honneur dans l’Église universelle.
Le ciel de l’Église s’assombrit. Tout nous annonce déjà les jours où l’Emmanuel apparaîtra dans l’état lamentable où l’auront mis nos crimes. Bethléhem appelait-elle donc si tôt le Calvaire ! Au pied de la Croix comme en Ephrata, nous retrouverons la Mère de la divine grâce ; alors Marie enfantera dans ses larmes les frères du premier-né dont la naissance fut toute de douceur. Comme nous avons goûté ses joies, nous saurons avec elle pleurer et souffrir.
Prenons modèle des bienheureux honorés en ce jour. Leur vie se consuma dans la contemplation des souffrances de Notre-Dame ; l’Ordre qu’ils établirent eut pour mission de propager le culte de ces inénarrables douleurs. C’était le temps où saint François d’Assise venait d’arborer comme à nouveau sur un monde refroidi le signe du divin Crucifié ; dans cette reprise de l’œuvre du salut, pas plus qu’au Vendredi de la grande semaine, Jésus ne pouvait se montrer à la terre sans Marie : les Servîtes complétèrent par ce côté l’œuvre du patriarche des Mineurs ; l’humanité désemparée retrouva confiance en méditant sur la passion du Fils et la compassion de la Mère.
Quelle place occupent dans l’économie de la rédemption les douleurs de la Vierge très sainte, c’est ce que doivent nous dire en leur temps deux fêtes diverses appelées à en consacrer le mystère. Les complaisances de la souveraine des cieux pour l’Ordre qui s’en fit l’apôtre, apparurent dans la multiple effusion de sainteté dont son origine fut marquée. L’épanouissement simultané des sept lis que les Anges cueillent aujourd’hui sur terre offre un spectacle inusité au ciel Pierre de Vérone en eut la vision, au temps où leurs tiges implantaient sur la cime du Senario leurs racines fécondes ; et le futur Martyr vit la Vierge bénie sourire à la montagne d’où d’autres fleurs sans nombre, nées à l’entour, envoyaient aussi leurs parfums sur l’Église. Jamais Florence, la ville des fleurs, n’avait encore à ce point fructifié pour Dieu. Aussi l’enfer, qui à l’heure même multipliait ses entreprises sur la noble cité, ne put prévaloir contre Marie dans ses murs. Les fêtes de Julienne Falconiéri, de Philippe Benizi, qui précédèrent au Cycle sacré celle de ce jour, nous ramèneront à ces pensées. Mais dès maintenant, unissons notre gratitude à celle de l’Église pour la famille religieuse des Servites ; le monde lui doit d’avoir avancé dans la connaissance et l’amour de la Mère de Dieu, devenue notre mère au prix de souffrances que nul autre enfantement ne connut.
Le récit consacré par l’Église à la mémoire des saints fondateurs nous dira leurs mérites, et les bénédictions dont leur fidélité à Marie fut récompensée. Le 11 février, choisi d’abord pour la célébration de leur commune fête, ne rappelle la mort d’aucun des sept bienheureux ; mais c’est à pareil jour qu’en 1304, après des vicissitudes infinies, l’Ordre sorti d’eux obtint l’approbation définitive de l’Église.
Comme vous avez fait des douleurs de Marie vos propres douleurs, elle partage avec vous maintenant ses joies éternelles. Cependant la vigne dont les grappes, mûrissant avant l’heure, présageaient votre fécondité sur une terre glacée, exhale encore ses suaves parfums dans le séjour de notre exil. Le peuple fidèle apprécie grandement les fruits qu’elle produit toujours ; depuis longtemps il honorait, à titre de rameaux du cep béni, les Philippe, les Julienne ; mais aujourd’hui ses hommages remontent à la septuple racine d’où leur sève est tirée. Vous vous complûtes dans l’obscurité où la Reine des Saints passa elle-même sa vie mortelle. Mais en ce siècle où la gloire de Marie perce tous les nuages, il n’est point d’ombre qui puisse soustraire plus longtemps les serviteurs à l’éclat dont resplendit leur auguste Maîtresse.
Que vos bienfaits vous manifestent toujours plus ! Ne cessez point de réchauffer le cœur du monde vieilli au foyer où le vôtre puisa la vigueur d’amour qui le fit triompher du siècle et s’immoler pour Dieu. Cœur de Marie, dont le glaive de douleur a fait jaillir des flammes où les Séraphins alimenteront éternellement leurs feux, soyez pour nous modèle, refuge et réconfort, en attendant le moment fortuné qui terminera l’exil de cette terre des souffrances et des larmes.
Apparition de la Vierge Immaculée
Collecte
O Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une habitation digne de lui : accordez-nous, s’il vous plaît, d’obtenir, en célébrant l’Apparition de la même Vierge, le salut de l’âme et du corps.
Office
Des Paraboles de Salomon. Cap. 8, 12-25 ; 34-36 ; 9, 1-5.
Première leçon. Moi, sagesse, j’habite dans le conseil, et je suis présente aux savantes pensées. La crainte du Seigneur hait le mal : l’arrogance et l’orgueil, une voie dépravée, et une langue double, je les déteste. A moi est le conseil et l’équité : à moi est la prudence, à moi est la force. Par moi les rois règnent et les législateurs décrètent des choses justes. Par moi les princes commandent, et les puissants rendent la justice. Moi, j’aime ceux qui m’aiment et ceux qui dès le matin veillent pour me chercher me trouveront.
Deuxième leçon. Avec moi sont les richesses et la gloire des biens superbes et la justice. Car mieux vaut mon fruit que l’or et les pierres précieuses, et mieux valent mes produits que l’argent le meilleur. Je marche dans les voies de la justice, au milieu des sentiers du jugement, afin d’enrichir ceux qui m’aiment, et de remplir leurs trésors. Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies ; avant qu’il fît quelque chose dès le principe. Dès l’éternité, j’ai été établie ; dès les temps anciens, avant que la terre fût faite. Les abîmes n’étaient pas encore, et moi déjà j’avais été conçue : les sources d’eaux n’avaient pas encore jailli : les montagnes à la pesante masse n’étaient pas encore affermies, et mol, avant les collines, j’étais engendrée.
Troisième leçon. Bienheureux l’homme qui m’écoute, et qui veille tous les jours à l’entrée de ma demeure, et se tient en observation auprès de ma porte. Celui qui me trouvera, trouvera la vie et puisera le salut dans le Seigneur : mais celui qui péchera contre moi blessera son âme. Tous ceux qui me haïssent aiment la mort. La sagesse s’est bâti une maison, elle a taillé sept colonnes. Elle a immolé ses victimes, mêlé le vin, et .dressé sa table. Elle a envoyé ses servantes pour appeler ses conviés à la forteresse et aux murs de la cité. Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi. Et à des insensés elle a dit : Venez, mangez mon pain et buvez le vin que je vous ai mêlé.
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. La quatrième année depuis la définition dogmatique de l’Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge, aux bords de la rivière du Gave, près de la ville de Lourdes, du diocèse de Tarbes, en France, la Vierge elle-même s’est fait voir plusieurs fois dans le creux d’un rocher, au-dessus de la grotte de Massabielle, à une jeune fille, appelée Bernadette dans l’idiome populaire, très pauvre, il est vrai, mais candide et pieuse. L’aspect de l’Immaculée Vierge respirait la jeunesse et la bonté ; elle était vêtue d’une robe et d’un voile blancs comme la neige, et portait une ceinture bleue ; ses pieds nus étaient parés d’une rosé d’or. Le jour de la première apparition, qui fut le onze février de l’an mil huit cent cinquante-huit, elle apprit à la jeune fille à faire dignement et pieusement le signe de la croix, et, prenant en main un chapelet qui auparavant pendait à son bras, elle l’encouragea par son exemple à la récitation du saint rosaire : ce qu’elle fit aussi pendant les autres apparitions. Le jour de la seconde apparition, la jeune fille, redoutant une ruse du démon, jeta, dans la simplicité de son cœur, de l’eau bénite vers la Vierge : mais la bienheureuse Vierge, souriant avec grâce, lui montra un visage encore plus bienveillant. Lorsqu’elle apparut pour la troisième fois, elle invita la jeune fille à venir à la grotte pendant quinze jours. Depuis lors, elle lui parla souvent et l’exhorta à prier pour les pécheurs, à baiser la terre et à faire pénitence ; puis elle lui ordonna de dire aux Prêtres qu’on devait bâtir dans ce lieu une chapelle et y venir en processions solennelles. De plus, elle lui donna l’ordre de boire et de se laver à l’eau d’une fontaine qui était encore cachée sous le sable, mais qui bientôt allait jaillir. Enfin, le jour de la fête de l’Annonciation, la jeune fille demanda avec instance le nom de celle qui tant de fois avait daigné lui apparaître, et la Vierge ayant rapproché les mains sur sa poitrine, et levé les yeux vers le ciel, lui répondit : « Je suis l’Immaculée Conception, »
Cinquième leçon. Le bruit de bienfaits qui, disait-on, avaient été reçus par les fidèles dans la sainte grotte, allait en grandissant, et l’on voyait aussi augmenter de jour en jour le concours des hommes attirés à la grotte par vénération pour ce lieu. C’est pourquoi, déterminé par la célébrité des prodiges et la candeur de la jeune fille, l’Évêque de Tarbes, quatre ans après les événements précités et à la suite d’un examen juridique des faits, reconnut dans son jugement que les caractères de l’apparition étaient surnaturels, et autorisa le culte de la Vierge Immaculée dans cette même grotte. Bientôt la chapelle fut bâtie : à partir de ce jour, des roules presque innombrables de fidèles, venant accomplir des vœux et présenter des prières, y accourent chaque année, de France, de Belgique, d’Italie, d’Espagne, des autres contrées de l’Europe : et même des lointaines régions de l’Amérique, et le nom de l’Immaculée de Lourdes de-lent célèbre par tout l’univers. L’eau de la fontaine, portée dans toutes les parties du monde, rend la santé aux malades. L’univers catholique, reconnaissant pour tant de bienfaits, a élevé près de la grotte des monuments sacrés d’un travail merveilleux. Des étendards sans nombre, qui témoignent des bienfaits reçus, et ont été envoyés par les cités et les nations, forment au temple de la Vierge une parure et une décoration admirables. Ce lieu qui semble la demeure de la Vierge Immaculée, la voit honorée sans interruption : le jour, par des prières, des chants religieux et d’autres cérémonies solennelles ; la nuit, par ces processions sacrées dans lesquelles des foules presque infinies de pèlerins s’avancent à la lumière des cierges et des flambeaux, et chantent les louanges de la bienheureuse Vierge.
Sixième leçon. Ces pèlerinages ont ravivé la foi dans un siècle plein de froideur ; ils ont donné plus de courage pour professer la loi chrétienne, et fait grandir d’une façon merveilleuse le culte de la Vierge Immaculée ; tout le monde le sait. Dans cette admirable manifestation de foi, le peuple chrétien a pour chefs les Prêtres qui conduisent leurs peuples à la Grotte. Les Évêques eux mêmes visitent souvent le saint lieu, président aux pèlerinages et assistent aux fêtes les plus solennelles. Il n’est pas rare de voir même des princes de l’Église romaine, revêtus de la pourpre, s’y rendre comme d’humbles pèlerins. A leur tour, les Pontifes romains, dans leur dévotion pour l’Immaculée de Lourdes, ont comblé le saint temple des faveurs les plus précieuses. Pie IX l’a honoré de saintes indulgences, du privilège d’une Archiconfrérie et du titre de Basilique mineure. Il a aussi voulu faire couronner solennellement, par son nonce apostolique en France, la statue de la Mère de Dieu qu’on y vénère. Léon XIII lui a également conféré d’innombrables bienfaits. Il a concédé des indulgences sous forme de jubilé lors du vingt-cinquième anniversaire de l’apparition, provoqué le développement des pèlerinages par ses actes et sa parole, et fait faire en son nom là dédicace solennelle d’une église sous le titre du Rosaire. Il a mis le comble à tant de faveurs, en accordant avec bonté, sur la demande d’un grand nombre d’Évêques, de célébrer une fête solennelle, sous le titre de l’Apparition de la bienheureuse Vierge Marie Immaculée, par un Office et une Messe propres. Enfin le souverain Pontife Pie X, mû par sa piété envers la Mère de Dieu, et accédant au vœu de beaucoup de saints prélats, a étendu la même fête à l’Église universelle.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Bernard, Abbé.
Septième leçon. Réjouis-toi, ô Adam, notre père, mais toi surtout, ô Ève, notre mère, tressaille d’allégresse. Comme vous avez été les premiers parents de tous les hommes, vous êtes aussi la cause de leur mort ; et ce qui est plus malheureux vous avez été meurtriers avant de donner la vie. Consolez-vous à cause de votre fille et d’une telle fille ; consolez-vous, dis-je à tous deux, mais principalement à celle qui fut la première cause du mal dont l’opprobre s’est transmis à toutes les femmes. En effet, le temps vient où cet opprobre sera effacé, où l’homme n’aura plus sujet d’accuser la femme ; cherchant inconsidérément à s’excuser lui-même, il n’avait pas hésité à l’accuser cruellement, disant : « La femme que vous m’avez donnée, m’a présenté du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » O Ève, cours donc à Marie ; ô mère, cours à ta fille ; que la fille réponde pour la mère, qu’elle délivre sa mère de l’opprobre ; qu’elle donne satisfaction à son père pour sa mère ; car si l’homme est tombé par une femme, il n’est relevé maintenant que par une femme._
Huitième leçon. Que disais-tu, ô Adam ? « La femme que vous m’avez donnée, m’a présenté du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Ce sont là des paroles artificieuses par lesquelles tu augmentes plutôt ta faute que tu ne la diminues. Cependant la Sagesse a vaincu ta malice ; Dieu, en t’interrogeant, cherchait à trouver en toi une occasion de pardon et tu n’as pas su la lui fournir, mais il l’a trouvée dans le trésor de son inépuisable bonté. Pour la première femme, une autre femme est donnée à la terre : une femme prudente pour une femme insensée, une femme humble pour une femme orgueilleuse ; au lieu d’un fruit de mort, elle te fera goûter un fruit de vie ; à la place d’un aliment amer et empoisonné, elle t’apporte la douceur d’un fruit éternel. Change donc, ô Adam, une excuse injuste en paroles d’actions de grâces et dis : Seigneur, la femme que vous m’avez donnée, m’a présenté du fruit de l’arbre de vie, j’en ai mangé, et il a été à ma bouche plus doux que le miel, parce que c’est par lui que vous m’avez rendu la vie. Et voilà pourquoi l’Ange a été envoyé à la Vierge. O Vierge admirable et Incomparablement digne de tout honneur ! O femme singulièrement vénérable, admirable au-dessus de toutes les femmes, réparatrice de tes parents et source de vie pour toute leur postérité !
Neuvième leçon. Quelle autre femme te semble-t-il que Dieu ait annoncée, quand il dit au serpent : « je mettrai des inimitiés entre toi et la femme ? » Et si tu doutes encore qu’il ait parlé de Marie, écoute ce qui suit : « Elle te brisera la tête. » A qui est réservée cette victoire, si ce n’est à Marie ? C’est elle, sans aucun doute, qui a brisé la tête venimeuse du serpent ; elle qui a réduit à néant toute suggestion de l’esprit malin, soit qu’il tente par les séductions de la chair ou par l’orgueil de l’esprit. Quelle autre femme Salomon cherchait-il quand il disait : « Qui trouvera la femme forte ? » Cet homme sage connaissait, l’infirmité de ce sexe, la fragilité de son corps, la mobilité de son esprit. Mais comme il avait lu la promesse divine, et qu’il lui paraissait convenable que celui qui avait vaincu par une femme fût, à son tour, vaincu par une femme, dans l’ardeur de son admiration, il s’écriait : « Qui trouvera la femme forte ? » Ce qui revient à dire : Si de la main d’une femme dépend ainsi, et notre salut commun, et la restitution de l’innocence, et la victoire sur l’ennemi, il est absolument nécessaire de trouver une femme forte qui puisse être capable d’une telle œuvre.
Mon arc apparaîtra sur les nuées, et je me souviendrai de mon alliance. Dans la nuit du onze février de l’année 1858, les lectures liturgiques avaient rappelé cette parole à la terre ; et bientôt le monde apprenait que ce jour même Marie s’était montrée, plus belle que le signe d’espérance qui fut au temps du déluge sa figure gracieuse.
C’était l’heure où se multipliaient pour l’Église les signes précurseurs d’un avenir devenu le présent que nous connaissons. L’humanité vieillie semblait menacée de sombrer bientôt dans un déluge pire que l’ancien.
Je suis l’immaculée conception, déclarait la Mère de la divine grâce à l’humble enfant choisie pour porter en un tel moment son message aux guides de l’arche du salut. Aux ténèbres montant de l’abîme elle opposait, pour phare, le privilège auguste que le pilote suprême avait, trois ans auparavant, proclamé comme dogme à sa gloire.
Si, en effet, d’après Jean le bien-aimé, c’est notre foi qui possède ici-bas les promesses de victoire ; si, d’autre part, la foi se nourrit de lumière : quel dogme aussi bien que celui-ci,-supposant et rappelant tous les autres, les illumine en même temps d’un éclat si doux ? Au front de la triomphatrice redoutée de l’enfer, il est vraiment la royale couronne où, comme en l’arc vainqueur des orages, se donnent rendez-vous les diverses splendeurs des cieux.
Mais pourtant fallait-il encore ouvrir les yeux des aveugles à ces splendeurs, rendre courage aux cœurs angoissés par l’audace des négations d’enfer, relever de leur impuissance à former l’acte de foi tant d’intelligences débilitées par l’éducation des écoles de nos jours. Et convoquant les multitudes aux lieux de son apparition bénie, l’Immaculée subvenait aussi fortement que suavement à la faiblesse des âmes en guérissant les corps ; souriant à la publicité, accueillant tout contrôle, elle confirmait de l’autorité du miracle en permanence sa propre parole et la définition rendue par le Vicaire de son Fils.
Aussi bien que le Psalmiste chantait des œuvres de Dieu qu’elles racontent en toutes langues la gloire de leur auteur ; aussi bien que saint Paul taxait de folie, non moins que d’impiété, quiconque ne se rendait pas à leur témoignage : on peut dire des hommes de notre temps qu’ils sont sans excuse, s’ils ne reconnaissent pas à ses œuvres la Vierge très sainte. Puisse-t-elle étendre ses bienfaits, prendre en pitié les pires malades : ces âmes infirmes qui, dans la crainte inavouée d’importunes conclusions, refusent de voir ; ou, luttant de front contre la vérité, contraignent au paradoxe leur pensée, enténèbrent leur cœur, comme dit l’Apôtre, et donneraient à redouter que le sens réprouvé dont les païens portaient le châtiment dans la chair ait frappé leur raison.
« O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! ». C’était la prière que, dès l’année 183o, vous-même nous appreniez devant les menaces de l’avenir. En 1846, les deux bergers de la Salette nous rappelaient vos exhortations et vos larmes. « Priez pour les pauvres pécheurs, pour le monde si agité », nous redit de votre part aujourd’hui la voyante des grottes Massabielle : « pénitence ! pénitence ! pénitence ! »
Nous voulons, Vierge bénie, vous obéir, combattre en nous et partout l’universel autant qu’unique ennemi : le péché, mal suprême d’où dérivent tous les maux. Louange au Tout-Puissant qui daigna vous en épargner la souillure, et réhabiliter tout d’abord en vous si pleinement notre race humiliée ! Louange à vous qui, sans nulles dettes, avez soldé les nôtres dans le sang de votre Fils, dans les larmes de sa Mère, réconciliant la terre et le ciel, écrasant la tête de l’odieux serpent !
Prière ; expiation : n’était-ce pas dès longtemps, dès les temps apostoliques, en ces jours d’introduction plus ou moins immédiate chaque année au Carême, l’instante recommandation de l’Église ? O notre Mère du Ciel, soyez bénie d’être venue si opportunément joindre votre voix, à celle de notre Mère de la terre. Le monde ne voulait plus, ne comprenait plus le remède infaillible, mais indispensable, offert par la miséricorde et la justice de Dieu à sa misère ; il semblait avoir bientôt oublié pour toujours l’oracle : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous.
Votre pitié nous réveille de l’engourdissement fatal, ô Marie ! Sachant notre faiblesse, vous accompagnez de mille suavités la coupe amère ; pour amener l’homme à implorer de vous les bienfaits éternels, vous lui prodiguez ceux du temps. Nous ne serons point de ces enfants qui reçoivent volontiers, les caresses maternelles, et négligent les instructions, les corrections que ces tendresses avaient pour but de leur faire accepter. Nous saurons désormais avec vous et Jésus prier et souffrir ; durant la sainte Quarantaine, avec votre aide, nous nous convertirons et ferons pénitence.
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