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Dimanche de la Sexagésime

4 Février 2024 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche de la Sexagésime

Introït

Levez-vous ; pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Levez-vous, et ne nous repoussez pas à jamais. Pourquoi détournez-vous votre visage et oubliez-vous notre tribulation ? Notre corps est attaché à la terre. Levez-vous, Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous. O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles ; nos pères nous ont annoncé votre œuvre.

Collecte

O Dieu, qui voyez que nous ne nous confions en aucune de nos œuvres, accordez-nous, dans votre bonté, d’être fortifiés contre tous les maux, grâce à la protection du Docteur des Gentils.

Épitre 2 Cor. 11, 19-33 ; 12, 1-9

Mes Frères : vous qui êtes sensés, vous supportez volontiers les insensés. Vous supportez bien qu’on vous asservisse, qu’on vous dévore, qu’on vous pille, qu’on vous traite avec arrogance, qu’on vous frappe au visage. Je le dis à ma honte, nous avons été bien faibles ! Cependant, de quoi que ce soit qu’on ose se vanter, — je parle en insensé, moi aussi je l’ose. Sont-ils Hébreux ? Moi aussi, je le suis. Sont-ils Israélites ? Moi aussi. Sont-ils de la postérité d’Abraham ? Moi aussi. Sont-ils ministres du Christ ? — Ah ! je vais parler en homme hors de sens : — je le suis plus qu’eux : bien plus qu’eux par les travaux, biens plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j’ai vu de près la mort ; cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ; trois fois, j’ai été battu de verges ; une fois j’ai été lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme. Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer, les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité ! Et sans parler de tant d’autres choses, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Églises ? Qui est faible que je ne sois faible aussi ? Qui vient à tomber sans qu’un feu me dévore ? S’il faut se glorifier, c’est de ma faiblesse que je me glorifierai. Dieu, qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui est béni éternellement, sait que je ne mens point. A Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville pour se saisir de moi ; mais on me descendit par une fenêtre, dans une corbeille, le long de la muraille, et j’échappai ainsi de ses mains. Faut-il se glorifier ? Cela n’est pas utile ; j’en viendrai néanmoins à des visions et à des révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, il y a quatorze ans, fut ravi jusqu’au troisième ciel (si ce fut dans son corps, je ne sais ; si ce fut hors de son corps, je ne sais : Dieu le sait). 3 Et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait) fut enlevé dans le paradis, et qu’il a entendu des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de révéler. C’est pour cet homme-là que je me glorifierai ; mais pour ce qui est de ma personne, je ne me ferai gloire que de mes faiblesses. Certes, si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens afin que personne ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi. Et de crainte que l’excellence de ces révélations ne vînt à m’enfler d’orgueil, il m’a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter. A son sujet, trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi, et il m’a dit : "Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière." Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi.

Évangile Lc. 8, 4-15

En ce temps là : Comme une foule nombreuse s’amassait et que de toutes les villes on venait vers lui, il dit par parabole : "Le semeur sortit pour semer sa semence ; et, pendant qu’il semait, du (grain) tomba le long du chemin ; il fut foulé aux pieds, et les oiseaux du ciel le mangèrent. D’autre tomba sur de la pierre, et, après avoir poussé, se dessécha, parce qu’il n’avait pas d’humidité. D’autre tomba dans les épines, et les épines poussant avec, l’étouffèrent. D’autre tomba dans la bonne terre, et, après avoir poussé, donna du fruit au centuple." Parlant ainsi, il clamait : "Qui a des oreilles pour entendre, entende !" Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole : "A vous, leur dit-il, il a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais pour les autres, (c’est) en paraboles, pour que regardant ils ne voient point, et qu’écoutant ils ne comprennent point. Voici ce que signifie la parabole : La semence, c’est la parole de Dieu. Ceux qui sont le long du chemin sont creux qui ont entendu ; ensuite le diable vient, et il enlève la parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et ne se sauvent. Ceux qui sont sur de la pierre sont ceux qui, en entendant la parole, l’accueillent avec joie ; mais ils n’ont point de racine : ils croient pour un temps, et ils se retirent à l’heure de l’épreuve. Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais vont et se laissent étouffer par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils n’arrivent point à maturité. Ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont ceux qui, après avoir entendu la parole avec un cœur noble et bon, la gardent et portent du fruit grâce à la constance.

Offertoire

Affermissez mes pas dans vos sentiers, afin que mes pieds ne soient pas ébranlés. Inclinez vers moi votre oreille et exaucez mes paroles. Faites éclater vos miséricordes, vous qui sauvez ceux qui espèrent en vous, Seigneur.

Communion

Je m’avancerai à l’autel de Dieu, du Dieu qui réjouis ma jeunesse.

Office

4e leçon

Du livre de saint Ambroise, Évêque, de Noé et de l’Arche.

Tu lis que le Seigneur s’est irrité. Sans doute pensait-il, c’est-à-dire, savait-il que l’homme placé en ce monde, chargé du poids de la chair, ne peut être sans péché. En effet, la terre est comme un lieu de tentation et la chair, comme un appât de péché. Toutefois, les hommes ont un esprit doué de raison, une force spirituelle anime leur corps, ils devaient donc avoir perdu tout leur sens pour se précipiter dans une déchéance d’où ils ne voulaient pas se relever. Dieu ne pense pas à la manière des hommes, chez qui sans cesse une opinion fait place à une autre. Il ne s’irrite pas comme le ferait un être sujet au changement. Ces expressions sont employées pour souligner la malice de nos péchés, qui mérite la disgrâce divine, comme si la faute avait atteint un degré tel que Dieu, incapable de par sa nature d’éprouver l’emportement, la haine ou toute autre passion, soit pour ainsi dire provoqué à la colère.

5e leçon

De plus, Dieu menace d’exterminer l’homme. « Je vais effacer de la surface du sol, dit-il, depuis les hommes jusqu’au bétail et depuis les reptiles jusqu’aux oiseaux du ciel. » En quoi les créatures dépourvues de raison avaient-elles donc offensé Dieu ? C’est qu’elles ont été faites pour l’homme et, une fois anéanti l’homme pour qui elles ont été faites, il était logique qu’elles aussi soient détruites, puisqu’il n’existait plus d’être qui pût s’en servir. Mais on peut donner aussi une explication plus profonde : l’homme est esprit, capable de raison. L’homme, en effet, se définit comme un animal vivant, mortel, raisonnable. Si donc on supprime le principal de ces éléments, tout sens disparaît du même coup, car alors il ne reste plus rien à sauver puisque la vertu, qui est le fondement du salut, fait défaut.

6e leçon

Pour condamner tous les autres et pour exprimer la miséricorde divine, il est dit que Noé trouva grâce auprès du Seigneur. L’on voit en même temps que l’homme juste n’est pas souillé par les crimes d’autrui puisque Noé garde la vie sauve pour devenir la souche de tout le genre humain. Il est loué, non pour la noblesse de sa naissance, mais pour le mérite de sa justice et de sa dignité morale. Car la noblesse de l’homme de bien, c’est son passé de vertu. Comme les hommes font la noblesse humaine, les vertus font la noblesse des âmes. Les familles humaines, en effet, se distinguent par l’éclat de la race, mais la beauté des âmes tire sa gloire de l’éclat de la vertu.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

La lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre, très, chers frères, n’appelle pas une explication, mais une exhortation. Ce que la Vérité elle-même a expliqué, que la fragilité humaine n’ait pas l’audace de le mettre en question. Mais il y a dans cette explication du Seigneur une chose à laquelle nous devons attentivement réfléchir. Si nous vous avions dit que la semence signifie la parole, le champ le monde, les oiseaux le démon, les épines les richesses, peut-être votre esprit aurait-il hésité à nous croire. C’est pourquoi le Seigneur a bien voulu expliquer lui-même ce qu’il disait afin que vous puissiez rechercher aussi la signification de ce qu’il ne lui a pas plu d’exposer lui-même.

8e leçon

En donnant la clé de ce qu’il dit, il souligne qu’il parle en figure de sorte qu’il rassure notre fragilité quand elle vous découvre la signification de ses paroles. Qui, en effet, me croirait jamais si j’avais voulu interpréter les épines par les richesses ? D’autant que les unes piquent, les autres charment. Et pourtant ce sont des épines, car l’âme se déchire aux piqûres de leurs tracas : et quand elles entraînent jusqu’au péché elles font saigner comme si elles infligeaient une blessure. Avec raison, à cet endroit, un autre évangéliste en témoigne, le Seigneur ne parle aucunement de richesses, mais des illusions de la richesse.

9e leçon

Oui ! Elles sont illusions, ces richesses qui ne peuvent demeurer longtemps avec nous : elles sont illusions, celles qui ne bannissent point l’indigence de notre âme. Seules sont véritables, celles qui nous enrichissent de vertus. Si donc, frères très chers, vous désirez être riches, aimez les véritables richesses. Si vous cherchez le sommet de l’honneur véritable, tendez au Royaume des Cieux. Si vous aimez la gloire des dignités, hâtez-vous de vous faire inscrire à cette cour céleste des Anges. Les paroles du Seigneur perçues par l’oreille, gardez-les dans l’âme. Car la parole de Dieu est la nourriture de l’âme ; et quand la parole entendue n’est pas retenue au creux de la mémoire, elle est comme la nourriture prise que refuse un estomac malade : or, si quelqu’un ne garde pas les aliments, on désespère, bien sûr, de sa vie.

 

 

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Super Col., cap. 3 l. 2

3 Février 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Col., cap. 3 l. 2

Lectio 2

Super Col., cap. 3 l. 2 Supra apostolus monuit fideles contra vitia carnalia, hic monet eos contra vitia spiritualia. Et primo ponit universalem admonitionem; secundo per partes distinguit. Dicit ergo: aliquando ambulastis in illis, sed nunc deponite et vos omnia, non solum carnalia, sed omnia. I P. II, 1: deponentes omnem malitiam, et omnem dolum, et simulationes, et invidias, et detractiones, et cetera. Distinguit autem vitia spiritualia in duo. Primo in peccatum cordis; secundo oris, ibi blasphemiam, et cetera. Et primo ponit iram. Ira enim viri iustitiam Dei non operatur Jc. I, 20, et haec est deponenda. Secundo indignationem, quae oritur ex ira, quae est quando quis reputat aliquem indignum eorum quae habet, vel ut comparetur alii. Is. XXVII, 4: indignatio non est mihi. Malitiam, quae consequitur ad haec duo, scilicet quando quis molitur malum proximo inferre. Jc. I, 21: abiicientes omnem immunditiam, et abundantiam malitiae, in mansuetudine, et cetera. Deinde ponit peccata pertinentia ad peccatum oris: et sunt tria genera peccatorum oris. Per hoc enim peccatum designatur inordinatio mentis, et primo in comparatione ad Deum, et haec est blasphemia. Lv. XXIV, 14: educ blasphemum extra castra, et ponant omnes qui audierunt, manus suas super caput eius, et lapidet eum populus universus. Et sic quaecumque blasphemia est peccatum mortale. Sed quid si sit subito? Respondeo. Dicendum est quod si sit subito, ita quod non percipit se blasphemare, non peccat mortaliter. Sed credo quod, quantumcumque subito, si tamen percipit quod dicit verba blasphemiae, peccat mortaliter. Secundo designat inordinationem circa concupiscentiam, dicens turpem sermonem de ore vestro. Ep. IV, 29: omnis sermo malus ex ore vestro non procedat, et cetera. Tertio inordinationem contra proximum, et hoc est mendacium. Pr. XIX, 5: qui loquitur mendacium, non effugiet. Deinde cum dicit expoliantes, etc., ostendit rationem quare sunt vitanda praedicta vitia, quia scilicet deposita vetustate, debet indui novitas. Mt. IX, 16: nemo mittit commissuram panni rudis in vestimentum vetus, et cetera. Et primo ponit depositionem vetustatis; secundo assumptionem novitatis, ibi et induentes. Dicit ergo: deponite, hoc expoliantes, et cetera. Nam hoc inveteratur per peccatum. He. VIII, 13: quod autem antiquatur et senescit, prope interitum est. Haec vetustas propinquat corruptioni, quia peccatum est via ad corruptionem. Item per peccatum perditur virtus et decor spiritualis, quae quidem vetustas est introducta per peccatum primi parentis. Rm. V, 12: sicut enim per unum hominem peccatum in hunc mundum intravit, et per peccatum mors, ita et in omnes homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt. Hunc ergo veterem hominem, id est vetustatem peccati. Rm. VI, 6: vetus homo noster simul crucifixus est, ut destruatur corpus peccati, ut ultra non serviamus peccato, et cetera. Exuite cum actibus suis. Ep. IV, 22: deponite vos secundum pristinam conversationem veterem hominem, qui corrumpitur secundum desideria erroris, et cetera. Novus homo est animus interius renovatus, quia homo, ante gratiam, habet mentem interiorem peccato subiectam, et quando reparatur per gratiam, habet novitatem. Ps. CII, 5: renovabitur ut aquilae iuventus tua. Ga. ult. 15: in Christo Iesu neque circumcisio, neque praeputium aliquid valet, sed nova creatura. Nova creatura est gratia innovans, sed adhuc vetustas remanet in carne. Sed si sequaris iudicium novi hominis, tunc induis novum hominem; si vero concupiscis secundum desideria carnis, induis vetustatem. Ep. IV, 24: induite novum hominem, qui secundum Deum creatus est in iustitia, et sanctitate veritatis. Deinde cum dicit et induentes, etc., describit novum hominem. Et primo ostendit renovationis modum, secundo ubi renovetur, tertio secundum quid renovatur. Ostendit ergo quod interior homo vetus per ignorantiam Dei, renovatur per fidem et agnitionem Dei. II Cor. III, 18: in eamdem imaginem transformamur a claritate in claritatem, tamquam a Domini spiritu. Sed ubi est haec renovatio? Ibi, scilicet ubi est imago Dei, quae non est in potentiis sensitivae partis, sed in mente. Unde dicit secundum imaginem, id est, ipsa Dei imago [ie Jésus-Christ], quae est in nobis renovata, et hoc secundum imaginem eius, scilicet Dei, qui creavit eum. Dicitur autem novus creatus, quia anima rationalis non est ex traduce, sed a Deo creata. Deinde cum dicit ubi non est, etc., ostendit hanc innovationem esse omnibus communem, alias non pertineret ad hominem inquantum homo. Et hoc quia facta est secundum aliquid quod convenit omnibus. Quintuplex autem hic cadit distinctio inter homines: una secundum sexum corporeum, et hanc excludit, dicens ubi non est masculus et foemina, quia non differunt mente, sed secundum sexum corporeum. Secunda per nationes, et hanc excludit, ibi gentilis et Iudaeus. Isti enim ex fidelibus, illi ex infidelibus, et tamen utrique mente rationales. Rm. III, 29: an Iudaeorum Deus tantum? Nonne et gentium? Tertia secundum ritum certum et proprium, quia quidam legis professionem, et quidam ritum eumdem non habebant. Rm. X, 12: idem Dominus omnium, et cetera. Alia secundum linguam, ibi barbarus et Scytha. Scytha est versus Septentrionem, barbarietas autem extraneitatem dicit; unde barbari quasi extranei. Et simpliciter est barbarus qui extraneus est ab homine inquantum homo, et hoc est inquantum rationalis. Et ideo illi barbari sunt, qui non reguntur ratione et legibus, et ideo barbari naturaliter sunt servi, et in Christo non differunt, quia et si ius civile non habent, tamen legem habent Christi. Alia secundum conditiones, quia quidam servi, quidam liberi: in Christo autem sunt omnes similes. Jb III, 19: parvus et magnus ibi sunt, et cetera. Ergo non sunt hae differentiae in Christo, sed est omnia et in omnibus Christus. Non enim est circumcisio nisi per Christum, et libertas per Christum; si non es liber, libertas tua est Christus. Si non es circumcisus, circumcisio tua est Christus, et sic de aliis. Et in omnibus, quia omnibus beneficia sua dat.

 

Lectio 3

Super Col., cap. 3 l. 3 Supra apostolus induxit fideles ad vitandum mala, hic inducit eos ad operandum bona, et primo ad opera particularium virtutum; secundo ad opera virtutum principalium perficientium animas, ibi super omnia. Et primo commemorat eorum conditionem; secundo subdit virtutum connumerationem, ibi viscera misericordiae. Dicit ergo: si induistis novum hominem, debetis induere novi hominis partes, scilicet virtutes. Rm. XIII, 12: abiiciamus ergo opera tenebrarum, et induamur arma lucis, quibus induimur, quando quicquid exterius apparet, est virtutibus ornatum. Sed quibus virtutibus? Aliter induuntur milites, aliter sacerdotes. Ergo induite vobis convenientia vestimenta, sicut electi Dei sancti. Et quod dicit electi, pertinet ad remotionem a malo; quod dicit sancti, ad donum gratiae. I Cor. VI, 11: abluti estis, sed sanctificati estis. Lv. XI, 44 et XIX, 2: sancti estote, quia ego sanctus sum Dominus Deus vester. Quod dicit dilecti, pertinet ad praeparationem futurae gloriae. Jn. XIII, 1: in finem dilexit eos, scilicet vitae aeternae. Et describit hic vestimenta quae protegunt nos in adversis et prosperis, II Cor. VI, 7: per arma iustitiae a dextris et a sinistris. Et primo quae habenda in prosperis; secundo quae in adversis, ibi patientiam. In prosperis aliquid debemus, et, primo, proximo misericordiam. Et ideo dicit viscera misericordiae. Lc. I, 78: per viscera misericordiae Dei nostri, et cetera. Ph. II, 1: si qua viscera miserationis, etc., id est, misericordiam ex affectu procedentem. Ad omnes vero consequenter est habenda benignitas, quae est quasi bona igneitas. Ignis enim liquefacit et effluere facit humida. Si in te est bonus ignis, liquefacit quicquid humiditatis habes, et dissolvet. Hanc facit Spiritus Sanctus. Sg. I, 6: benignus est spiritus sapientiae. Ep. IV, 32: estote autem invicem benigni, misericordes et cetera. In corde debes habere humilitatem. Eccli. III, 20: quanto magnus es, humilia te in omnibus, et cetera. In exterioribus debes modestiam, quae ponit modum ne in prosperis excedas. Ph. III: gaudete in Domino semper, iterum dico, gaudete; modestia vestra nota sit omnibus hominibus. In adversis tria sunt arma habenda, scilicet patientia, quae facit quod animus propter adversa non amoveatur ab amore Dei et rectitudine iustitiae. Lc. XXI, 19: in patientia vestra possidebitis animas vestras. Sed quia quandoque contingit quod aliquis a iustitia non declinat quantum est de se, tamen aliorum mores sunt ei importabiles, ideo dicit supportantes invicem. II P. II, 8: habitans apud eos qui de die in diem iustam animam iniquis operibus cruciabant. Rm. XV, 1: debemus nos firmiores imbecillitates infirmorum sustinere. Tertio condonationem, ibi et donantes, etc., id est parcentes. II Cor. II, 10: nam et ego quod donavi, si quid donavi, propter vos in persona Christi. Condonat autem quis iniuriam, quando non habet rancorem ad eum, nec malum contra ipsum procurat. Sed quando necessitas puniendi est, tunc puniendus est. Et addit rationem sicut et Dominus donavit vobis. Eccli. XXVIII, 3: homo homini servat iram, et a Deo quaerit medelam, et cetera. Mt. XVIII, 32: omne debitum dimisi tibi, etc.; et post: nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui, sicut, et cetera. Deinde cum dicit super omnia, etc., inducit ad principales virtutes perficientes alias. Et principalior est charitas inter virtutes, sapientia vero inter dona. Charitas quidem informat omnes virtutes, sapientia vero dirigit. Primo igitur inducit ad primum; secundo ad secundum, ibi verbum Christi. Primo inducit ad charitatem habendam, secundo ad charitatis effectus, ibi et pax. Dicit ergo: super omnia induatis charitatem, quae omnibus praedictis maior est, ut dicitur I Cor. XIII, 13. Super omnia, id est, magis quam omnia, quia est finis omnium virtutum. I Tm. I, 5: finis autem praecepti est charitas, et cetera. Vel super omnia debemus habere charitatem, quia est super omnia alia. I Cor. XI: adhuc excellentiorem viam vobis demonstro, et cetera. Et hoc quia sine ipsa nihil valent alia. Et haec charitas figuratur per tunicam inconsutilem Jn. XIX, 23. Et ratio huius quare est habenda, subditur, scilicet quia est vinculum. Secundum Glossam per omnes virtutes homo perficitur, sed charitas connectit eas ad invicem, et facit eas perseverantes, et ideo dicitur vinculum. Vel ex natura sua est vinculum, quia est amor, qui est uniens amatum amanti. Os. XI, 4: in funiculis Adam traham eos, in vinculis charitatis, et cetera. Sed addit perfectionis, quia est unumquodque perfectum, quando adhaeret fini ultimo, scilicet Deo, quod facit charitas. Deinde cum dicit et pax, etc., monet ad actus charitatis. Et ponit duos actus, scilicet pacem et gratitudinem, et tertium innuit, scilicet gaudium. Dicit ergo et pax Christi, et cetera. Ex charitate mox oritur pax quae est, secundum Augustinum, tranquillitas ordinis, sibi a Deo instituti, quod facit charitas. Qui enim aliquem diligit, concordat cum eo in voluntate. Ps. CXVIII, 165: pax multa diligentibus legem tuam. Exultet, quia charitatis effectus est gaudium, quod sequitur ex pace. Pr. XII, 20: qui pacis ineunt consilia, sequitur eos gaudium. Sed non dicit simpliciter pax, quia est pax mundi, quam Deus non venit facere, sed Christi, quam fecit inter Deum et hominem. Mc. IX, 49: pacem habete inter vos; quam annuntiavit Lc. ult. stetit Iesus in medio eorum, et dixit eis: pax vobis. Et debetis habere, quia in ista vocati estis. I Cor. VIII: in pace vocavit nos Deus. Et hoc est quod subdit in uno corpore, id est, ut sitis in uno corpore. Effectus alius est ut sitis grati; ideo sequitur et grati estote. Sg. XVI, 29: ingrati spes tamquam hybernalis glacies tabescet, et disperiet tamquam aqua supervacua. Deinde cum dicit verbum Christi monet ad sapientiam, et primo docet sapientiae originem; secundo sapientiae usum, ibi docentes. Ad hoc etiam quod quis habeat sapientiam veram, oportet considerare unde oriatur. Ideo dicit verbum Christi. Eccli. I, 5: fons sapientiae verbum Dei in excelsis. Ergo ex verbo Christi hauriatis eam. Dt. IV, 6: haec est sapientia vestra et intellectus coram populis, et cetera. I Cor. I, 30: qui factus est nobis sapientia a Deo, et cetera. Sed aliqui non habent verbum, ideo nec sapientiam. Et ideo dicit habitet. Pr. III, 3: circumda eas gutturi tuo, et describe in tabulis cordis tui, et cetera. Aliquibus sufficit modicum quid de verbo Christi, sed apostolus vult quod habeamus multum. Et ideo dicit abundanter. II Cor. IX, 8: potens est Deus omnem gratiam abundare facere in vobis, ut in omnibus semper omnem sufficientiam habentes, abundetis in omne opus bonum. Pr. II, 4: sicut thesauros effoderis eam, et cetera. Et addit in omni sapientia, id est, in omnibus pertinentibus ad sapientiam Christi debetis studere scire. Ac. XX, 27: non subterfugi, quo minus annuntiarem vobis omne consilium Dei. Eccli. XXI, 17: cor fatui quasi vas confractum, et omnem sapientiam non tenebit, et cetera. Triplex autem est usus huius sapientiae, scilicet instructionis, devotionis et directionis. Instructio duplex, scilicet ad cognoscendum vera. Unde dicit docentes, quasi dicat: habitet ita abundanter in vobis, ut de omnibus sitis instructi per ipsum. II Tm. III, 16: omnis Scriptura divinitus inspirata utilis est ad docendum, ad arguendum, et cetera. Item ad cognoscendum bona; ideo dicit et commonentes vosmetipsos, id est, exhortantes vos ad bona opera. II P. I, 13: suscitare vos in commonitione, et cetera. Secundo ponit usum devotionis. Unde dicit in Psalmis et hymnis. In Psalmis, qui designant iucunditatem bonae operationis. Ps. CXLVIII: laudate eum in voce exultationis, et cetera. Hymnus est laus cum cantico. Ps. CXLVIII, 14: hymnus omnibus sanctis eius, et cetera. Et canticis spiritualibus, etc., quia quicquid nos facimus, debemus referre ad bona spiritualia, ad promissa aeterna, et ad reverentiam Dei. Et ideo dicit in cordibus, et non in labiis tantum. I Cor. XIV, 15: psallam spiritu, psallam et mente. Is. XXIII, 13: populus hic labiis me honorat, cor autem eorum longe est a me. Et addit in gratia, scilicet recognoscentes gratiam Christi et beneficia Dei. Sunt autem cantica Ecclesiae cordis principaliter; sed oris sunt ut excitetur canticum cordis et pro simplicibus et rudibus. Tertio ponit usum directionis in opere, dicens omne quodcumque facitis, etc., quia etiam locutio opus quoddam est. I Cor. X, 31: sive manducatis, sive bibitis, vel aliud quid facitis, omnia in gloriam Dei facite, et cetera. Sed contra: aut hoc est praeceptum, aut consilium: si praeceptum, peccat quicumque hoc non facit; sed peccat venialiter, quando quis hoc non facit; ergo quicumque peccat venialiter, peccat mortaliter. Respondeo. Quidam dicunt quod hoc est consilium, sed hoc non est verum. Sed dicendum est quod non est necessarium quod omnia in Deum referantur actu, sed habitu; qui enim facit contra gloriam Dei et praecepta eius, facit contra hoc praeceptum. Venialiter autem peccans, non facit contra hoc praeceptum simpliciter, quia licet non actualiter, tamen habitualiter refert omnia in Deum.

 

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Purification de la Très Sainte Vierge

2 Février 2024 , Rédigé par Ludovicus

Purification de la Très Sainte Vierge

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, nous supplions humblement votre majesté, de faire que, comme votre Fils unique revêtu de la substance de notre chair a été en ce jour présenté dans le temple, ainsi nous vous soyons présentés avec des cœurs purifiés.

Office

Au premier nocturne.

Du Livre de l’Exode. Cap. 13, 1-3, 11-13.

Première leçon. Le Seigneur parla à Moïse, disant : Consacre-moi tout premier-né parmi les enfants d’Israël, tant d’entre les hommes que d’entre les bêtes, car à moi sont toutes choses. Et Moïse dit au peuple : Quand le Seigneur t’aura introduit dans la terre du Chananéen, comme il l’a juré à toi et à tes pères, et qu’il te l’aura donnée, tu sépareras pour le Seigneur tout ce qui ouvre un sein, et ce qui est primitif dans tes troupeaux tout ce que tu auras du sexe masculin, tu le consacreras au Seigneur. Tu échangeras le premier-né de l’âne pour une brebis : que si tu ne le rachètes point, tu le tueras. Mais tout premier-né de l’homme d’entre tes fils, c’est avec de l’argent que tu le rachèteras.

Du livre du Lévitique. Cap. 12, 1-8.

Deuxième leçon. Le Seigneur parla à Moïse, disant : Parle aux enfants d’Israël et tu leur diras : Si une femme, après avoir conçu, enfante un enfant mâle, elle sera impure pendant sept jours, et au huitième jour le petit enfant sera circoncis : mais elle demeurera elle-même pendant trente-trois jours dans sa purification. Elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n’entrera pas dans le sanctuaire, jusqu’à ce que soient accomplis les jours de sa purification. Que si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines, et pendant soixante-six jours, elle demeurera dans sa purification.
Troisième leçon. Et lorsque seront accomplis les jours de sa purification pour un fils ou pour une tille, elle portera un agneau d’un an pour l’holocauste, et le petit d’une colombe ou bien une tourterelle pour le péché, à la porte du tabernacle de témoignage, et elle les donnera au prêtre, qui les offrira devant le Seigneur et priera pouf elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée. Telle est la loi de celle qui enfante un enfant maie ou une fille. Que si sa main ne trouve et ne peut offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux petits de colombes, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le péché : et le prêtre priera pour elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Quatrième leçon. C’est ainsi qu’autrefois il a été prophétisé : Un homme appelle Sion du nom de mère : « Car il a été fait homme en elle, et c’est le Très-Haut lui-même qui l’a fondée ». O toute-puissance d’un enfant qui naît ! ô magnificence d’un Dieu qui vient du ciel en terre ! Il était encore au sein qui l’avait conçu, et Jean-Baptiste le saluait déjà du sein d’Élisabeth. On le présentait dans le temple, et il était reconnu par Siméon, vieillard aussi vénéré pour sa réputation que pour son âge, d’une vertu éprouvée, couronné de mérites. C’est alors que ce saint homme le reconnut et l’adora, et c’est alors qu’il dit : « Maintenant Seigneur, vous laissez partir en paix votre serviteur, parce que mes yeux ont contemplé votre Salut ».
Cinquième leçon. Dieu avait différé de le retirer du monde pour qu’il pût voir, né parmi nous, celui qui a fait le monde. Le vieillard reconnut l’enfant, et avec lui devint enfant, la piété dont il était rempli lui donnant une seconde jeunesse. Le vieux Siméon portait le Christ enfant, et Jésus guidait la vieillesse de Siméon. Dieu avait promis au saint vieillard de ne pas le laisser mourir, qu’il n’eût contemplé l’Oint du Seigneur, né parmi les hommes. Le Christ naquit donc, et le désir du vieillard fut accompli dans la vieillesse du monde. Parce qu’il trouve le monde dans la vieillesse du péché, le Christ est venu à un homme avancé en âge.
Sixième leçon. Siméon voulait pas rester long temps en ce monde ; il désirait y voir le Christ, et répétait ces paroles du Prophète : « Seigneur, manifestez-nous votre miséricorde, et donnez-nous votre Salut ». Et pour que vous sachiez que c’était là sa consolation et sa joie, il dit à la fin : « Maintenant, vous laissez partir en paix votre serviteur, parce que mes yeux ont contemplé votre Salut ». Les Prophètes avaient annoncé que le Créateur du ciel et de la terre habiterait sur terre avec les hommes. Un Ange apporta la nouvelle que le Créateur de la chair et de l’esprit allait se revêtir d’un corps. Du sein d’Élisabeth, Jean-Baptiste a salué le Sauveur dans le sein de Marie. Enfin le vieillard Siméon reconnaît pour Dieu cet enfant.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. « Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, attendant la consolation d’Israël ». Non seulement les Anges, les Prophètes et les bergers, mais encore les vieillards et les justes, rendent témoignage à la naissance du Seigneur. Des personnes de tout âge et de tout sexe, des événements miraculeux en confirment la vérité. Une vierge enfante, une femme stérile devient féconde, un muet parle, Élisabeth est inspirée, les Mages viennent adorer, un enfant tressaille dans le sein de sa mère, une veuve loue et bénit, un juste est dans l’attente.
Huitième leçon. Et certes il mérite bien d’être appelé juste, ce vieillard qui avait moins en vue son avantage que celui de la nation. Car tout en désirant d’être dégagé des liens d'un corps fragile, il ne perdit pas l’espoir de contempler le Sauveur promis, estimant heureux les yeux qui le verraient. Il le prit lui-même entre ses bras, et bénissant Dieu, il dit : « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous laissez votre serviteur s’en aller en paix ». Vois comme ce juste pour qui la masse de son corps est une prison, souhaite d’en être délivré, afin de pouvoir commencer d’être avec Jésus-Christ ; car se voir dégagé des liens du corps et être avec Jésus-Christ est beaucoup plus avantageux.
Neuvième leçon. Mais celui qui veut partir ainsi doit venir au temple, venir à Jérusalem, attendre l’Oint du Seigneur, recevoir dans ses mains le Verbe de Dieu, l’embrasser par es bonnes œuvres qui sont comme les bras de la foi. Alors il s’en ira paisiblement, et ne verra point la mort éternelle, puisqu’il aura vu la Vie. Tu vois que la naissance du Seigneur répand la grâce avec abondance sur toute sorte de personnes, et que le don de prophétie est refusé aux incrédules, mais non aux justes. Voici donc Siméon prophétisant que le Seigneur Jésus-Christ est venu pour la ruine et pour la résurrection d’un grand nombre, pour discerner ce que méritent les bons et les méchants, et pour décerner, juge infaillible, juge équitable, des supplices ou des récompenses, selon la qualité de nos actes.

Enfin les quarante jours de la Purification de Marie sont écoulés, et le moment est venu où elle doit monter au Temple du Seigneur pour y présenter Jésus. Avant de suivre le Fils et la Mère dans ce voyage mystérieux à Jérusalem, arrêtons-nous encore un instant à Bethléem, et pénétrons avec amour et docilité les mystères qui vont s’accomplir.

La Loi du Seigneur ordonnait aux femmes d’Israël, après leur enfantement, de demeurer quarante jours sans approcher du tabernacle ; après l’expiration de ce terme, elles devaient, pour être purifiées, offrir un sacrifice. Ce sacrifice consistait en un agneau, pour être consumé en holocauste ; on devait y joindre une tourterelle ou une colombe, destinées à être offertes selon le rite du sacrifice pour le péché. Que si la mère était trop pauvre pour fournir l’agneau, le Seigneur avait permis de le remplacer par une autre tourterelle, ou une autre colombe.

Un second commandement divin déclarait tous les premiers-nés propriété du Seigneur, et prescrivait la manière de les racheter. Le prix de ce rachat était de cinq sicles, qui, au poids du sanctuaire, représentaient chacun vingt oboles. Marie, fille d’Israël, avait enfanté ; Jésus était son premier-né. Le respect dû à un tel enfantement, à un tel premier-né, permettait-il l’accomplissement de la loi ?

Si Marie considérait les raisons qui avaient porté le Seigneur à obliger les mères à la purification, elle voyait clairement que cette loi n’avait point été faite pour elle. Quel rapport pouvait avoir avec les épouses des hommes, celle qui était le très pur sanctuaire de l’Esprit-Saint, Vierge dans la conception de son Fils, Vierge dans son ineffable enfantement ; toujours chaste, mais plus chaste encore après avoir porté dans son sein et mis au monde le Dieu de toute sainteté ? Si elle considérait la qualité sublime de son Fils, cette majesté du Créateur et du souverain Seigneur de toutes choses, qui avait daigné prendre naissance en elle, comment aurait-elle pu penser qu’un tel Fils était soumis à l’humiliation du rachat, comme un esclave qui ne s’appartient pas à lui-même ?

Cependant, l’Esprit qui résidait en Marie lui révèle qu’elle doit accomplir cette double loi. Malgré son auguste qualité de Mère de Dieu, il faut qu’elle se mêle à la foule des mères des hommes, qui se rendent de toutes parts au Temple, pour y recouvrer, par un sacrifice, la pureté qu’elles ont perdue. En outre, ce Fils de Dieu et Fils de l’Homme doit être considéré en toutes choses comme un serviteur ; il faut qu’il soit racheté en cette humble qualité comme le dernier des enfants d’Israël. Marie adore profondément cette volonté suprême, et s’y soumet de toute la plénitude de son cœur.

Les conseils du Très-Haut avaient arrêté que le Fils de Dieu ne serait déclaré à son peuple que par degrés. Après trente années de vie cachée à Nazareth, où, comme le dit l’Évangéliste, il était réputé le fils de Joseph, un grand Prophète devait l’annoncer mystérieusement aux Juifs accourus au Jourdain, pour y recevoir le baptême de la pénitence. Bientôt ses propres œuvres, ses éclatants miracles, rendraient témoignage de lui. Après les ignominies de sa Passion, il ressusciterait glorieux, confirmant ainsi la vérité de ses prophéties, l’efficacité de son Sacrifice, enfin sa divinité. Jusque-là presque tous les hommes ignoreraient que la terre possédait son Sauveur et son Dieu. Les bergers de Bethléem n’avaient point reçu l’ordre, comme plus tard les pêcheurs de Génésareth, d’aller porter la Parole jusqu’aux extrémités du monde ; les Mages, qui avaient paru tout à coup au milieu de Jérusalem, étaient retournés dans l’Orient, sans revoir cette ville qui s’était émue un instant de leur arrivée. Ces prodiges, d’une si sublime portée aux yeux de l’Église, depuis l’accomplissement de la mission de son divin Roi, n’avaient trouvé d’écho et de mémoire fidèle que dans le cœur de quelques vrais Israélites qui attendaient le salut d’un Messie humble et pauvre ; la naissance même de Jésus à Bethléem devait demeurer ignorée du plus grand nombre des Juifs ; car les Prophètes avaient prédit qu’il serait appelé Nazaréen.

Le même plan divin qui avait exigé que Marie fût l’épouse de Joseph, pour protéger, aux yeux du peuple, sa virginité féconde, demandait donc que cette très chaste Mère vînt comme les autres femmes d’Israël offrir le sacrifice de purification, pour la naissance du Fils qu’elle avait conçu par l’opération de l’Esprit-Saint, mais qui devait être présenté au temple comme le fils de Marie, épouse de Joseph. Ainsi, la souveraine Sagesse aime à montrer que ses pensées ne sont point nos pensées, à déconcerter nos faibles conceptions, en attendant le jour où elle déchire les voiles et se montre à découvert à nos yeux éblouis.

La volonté divine fut chère à Marie, en cette circonstance comme en toutes les autres. La Vierge ne pensa point agir contre l’honneur de son fils, ni contre le mérite glorieux de sa propre intégrité, en venant chercher une purification extérieure dont elle n’avait nul besoin. Elle fut, au Temple, la servante du Seigneur, comme elle l’avait été dans la maison de Nazareth, lors de la visite de l’Ange. Elle obéit à la loi, parce que les apparences la déclaraient sujette à la loi. Son Dieu et son Fils se soumettait au rachat comme le dernier des hommes ; il avait obéi à l’édit d’Auguste pour le dénombrement universel ; il devait « être obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » : la Mère et l’Enfant s’humilièrent ensemble ; et l’orgueil de l’homme reçut en ce jour une des plus grandes leçons qui lui aient jamais été données.

Quel admirable voyage que celui de Marie et de Joseph allant de Bethléem à Jérusalem ! L’Enfant divin est dans les bras de sa mère ; elle le tient sur son cœur durant tout le cours de cette route fortunée. Le ciel, la terre, la nature tout entière, sont sanctifiés par la douce présence de leur miséricordieux créateur. Les hommes au milieu desquels passe cette mère chargée de son tendre fruit la considèrent, les uns avec indifférence, les autres avec intérêt ; mais nul d’entre eux ne pénètre encore le mystère qui doit les sauver tous.

Joseph est porteur de l’humble offrande que la mère doit présenter au prêtre. Leur pauvreté ne leur permet pas d’acheter un agneau ; et d’ailleurs n’est-il pas l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, ce céleste Enfant que Marie tient dans ses bras ? La loi a désigné la tourterelle ou la colombe pour suppléer l’offrande qu’une mère indigente ne pourrait présenter : innocents oiseaux, dont le premier figure la chasteté et la fidélité, et dont le second est le symbole de la simplicité et de l’innocence. Joseph porte aussi les cinq sicles, prix du rachat du premier-né ; car il est vraiment le Premier-né, cet unique fils de Marie, qui a daigné faire de nous ses frères, et nous rendre participants de la nature divine, en adoptant la nôtre.

Enfin, cette sainte et sublime famille est entrée dans Jérusalem. Le nom de cette ville sacrée signifie vision de paix ; et le Sauveur vient par sa présence lui offrir la paix. Admirons une magnifique progression dans les noms des trois villes auxquelles se rattache la vie mortelle du Rédempteur. Il est conçu à Nazareth, qui signifie la fleur ; car il est, comme il le dit au Cantique, la fleur des champs et le lis des vallons ; et sa divine odeur nous réjouit. Il naît à Bethléem, la maison du pain, afin d’être la nourriture de nos âmes. Il est offert en sacrifice sur la croix à Jérusalem, et par son sang, il rétablit la paix entre le ciel et la terre, la paix entre les hommes, la paix dans nos âmes. Dans cette journée, comme nous le verrons bientôt, il va donner les arrhes de cette paix.

Pendant que Marie portant son divin fardeau monte, Arche vivante, les degrés du Temple, soyons attentifs ; car une des plus fameuses prophéties s’accomplit, un des principaux caractères du Messie se déclare. Conçu d’une Vierge, né en Bethléem, ainsi qu’il était prédit, Jésus, en franchissant le seuil du Temple, acquiert un nouveau titre à nos adorations. Cet édifice n’est plus le célèbre Temple de Salomon, qui devint la proie des flammes aux jours de la captivité de Juda. C’est le second Temple bâti au retour de Babylone, et dont la splendeur n’a point atteint la magnificence de l’ancien. Avant la fin du siècle, il doit être renversé pour la seconde fois ; et la parole du Seigneur sera engagée à ce qu’il n’y demeure pas pierre sur pierre. Or, le Prophète Aggée, pour consoler les Juifs revenus de l’exil, qui se lamentaient sur leur impuissance à élever au Seigneur une maison comparable à celle qu’avait édifiée Salomon, leur a dit ces paroles, et elles doivent servir à fixer l’époque de la venue du Messie : « Prends courage, Zorobabel, dit le Seigneur ; prends courage, Jésus, fils de Josedec, souverain Prêtre ; prends courage, peuple de cette contrée ; car voici ce que dit le Seigneur : Encore un peu de temps et j’ébranlerai le ciel et la terre, et j’ébranlerai toutes les nations ; et le Désiré de toutes les nations viendra ; et je remplirai de gloire cette maison. La gloire de cette seconde maison sera plus grande que ne le fut celle de la première ; et dans ce lieu je donnerai la paix, dit le Seigneur des armées. »

L’heure est arrivée de l’accomplissement de cet oracle. L’Emmanuel est sorti de son repos de Bethléem, il s’est produit au grand jour, il est venu prendre possession de sa maison terrestre ; et par sa seule présence dans l’enceinte du second Temple, il en élève tout d’un coup la gloire au-dessus de la gloire dont avait paru environné celui de Salomon. Il doit le visiter plusieurs fois encore ; mais cette entrée qu’il y fait aujourd’hui, porté sur les bras de sa mère, suffit à accomplir la prophétie ; dès maintenant, les ombres et les figures que renfermait ce Temple commencent à s’évanouir aux rayons du Soleil de la vérité et de la justice. Le sang des victimes teindra encore, quelques années, les cornes de l’autel ; mais au milieu de toutes ces victimes égorgées, hosties impuissantes, s’avance déjà l’Enfant qui porte dans ses veines le sang de la Rédemption du monde. Parmi ce concours de sacrificateurs, au sein de cette foule d’enfants d’Israël qui se presse dans les diverses enceintes du Temple, plusieurs attendent le Libérateur, et savent que l’heure de sa manifestation approche ; mais aucun d’eux ne sait encore qu’en ce moment même le Messie attendu vient d’entrer dans la maison de Dieu.

Cependant un si grand événement ne devait pas s’accomplir sans que l’Éternel opérât une nouvelle merveille. Les bergers avaient été appelés par l’Ange, l’étoile avait attiré les Mages d’Orient en Bethléem ; l’Esprit-Saint suscite lui-même à l’Enfant divin un témoignage nouveau et inattendu.

Un vieillard vivait à Jérusalem, et sa vie touchait au dernier terme ; mais cet homme de désirs, nommé Siméon, n’avait point laissé languir dans son cœur l’attente du Messie. Il sentait que les temps étaient accomplis ; et pour prix de son espérance, l’Esprit-Saint lui avait fait connaître que ses yeux ne se fermeraient pas avant qu’ils eussent vu la Lumière divine se lever sur le monde. Au moment où Marie et Joseph montaient les degrés du Temple, portant vers l’autel l’Enfant de la promesse, Siméon se sent poussé intérieurement par la force irrésistible de l’Esprit divin ; il sort de sa maison, il dirige vers la demeure sacrée ses pas chancelants, mais soutenus par l’ardeur de ses désirs. Sur le seuil de la maison de Dieu, parmi les mères qui s’y pressent chargées de leurs enfants, ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde prophétisée par Isaïe ; et son cœur vole vers l’Enfant qu’elle tient dans ses bras.

Marie, instruite par le même Esprit, laisse approcher le vieillard ; elle dépose dans ses bras tremblants le cher objet de son amour, l’espoir du salut de la terre. Heureux Siméon, figure de l’ancien monde vieilli dans l’attente et près de succomber ! A peine a-t-il reçu le doux fruit de la vie, que sa jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle ; en lui s’accomplit la transformation qui doit se réaliser dans la race humaine. Sa bouche s’ouvre, sa voix retentit, il rend témoignage comme les bergers dans la région de Bethléem, comme les Mages au sein de l’Orient. « O Dieu ! dit-il, mes yeux ont donc vu le Sauveur que vous prépariez ! Elle luit enfin, cette Lumière qui doit éclairer les Gentils, et faire la gloire de votre peuple d’Israël. »

Tout à coup survient, attirée aussi par le mouvement du divin Esprit, la pieuse Anne, fille de Phanuel, illustre par sa piété et vénérable à tout le peuple par son grand âge. Les deux vieillards, représentants de la société antique, unissent leurs voix, et célèbrent l’avènement fortuné de l’Enfant qui vient renouveler la face de la terre, et la miséricorde de Jéhovah qui, selon la prophétie d’Aggée, dans ce lieu, au sein même du second Temple, donne enfin la paix au monde.

C’est dans cette paix tant désirée que va s’endormir Siméon. Vous laisserez donc partir dans la paix votre serviteur, selon votre parole, Seigneur ! dit le vieillard ; et bientôt son âme, dégagée des liens du corps, va porter aux élus qui reposent dans le sein d’Abraham la nouvelle de la paix qui apparaît sur la terre, et leur ouvrira bientôt les cieux. Anne survivra quelques jours encore à cette grande scène ; elle doit, comme nous l’apprend l’Évangéliste, annoncer l’accomplissement des promesses aux Juifs spirituels qui attendaient la Rédemption d’Israël. Une semence devait être confiée à la terre ; les bergers, les Mages, Siméon, Anne, l’ont jetée ; elle lèvera en son temps : et quand les années d’obscurité que le Messie doit passer dans Nazareth seront écoulées, quand il viendra pour la moisson, il dira à ses disciples : Voyez comme le froment blanchit à maturité sur les guérets : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la récolte.

Le fortuné vieillard rend donc aux bras de la très pure Mère le Fils qu’elle va offrir au Seigneur. Les oiseaux mystérieux sont présentés au prêtre qui les sacrifie sur l’autel, le prix du rachat est versé, l’obéissance parfaite est accomplie ; et après avoir rendu ses hommages au Seigneur dans cet asile sacré à l’ombre duquel s’écoulèrent ses premières années, Marie toujours Vierge, pressant sur son cœur le divin Emmanuel, et accompagnée de son fidèle époux, descend les degrés du Temple.

Tel est le mystère du quarantième jour, qui ferme la série des jours du Temps de Noël, par cette admirable fête de la Purification de la très sainte Vierge. De savants hommes, au nombre desquels on compte le docte Henschenius, dont Benoît XIV partage le sentiment, inclinent à donner une origine apostolique à cette solennité ; il est certain du moins qu’elle était déjà ancienne au cinquième siècle.

LA PROCESSION DES CIERGES.

Remplie d’allégresse, illuminée de ces feux mystérieux, entraînée, comme Siméon, par le mouvement de l’Esprit-Saint, la sainte Église se met en marche pour aller à la rencontre de l’Emmanuel. C’est cette rencontre sublime que l’Église Grecque, dans sa Liturgie, désigne sous le nom d’Hypapante, et dont elle a fait l’appellation de la fête d’aujourd’hui. L’Église veut imiter la merveilleuse procession qui eut lieu en ce moment même dans le Temple de Jérusalem, et que saint Bernard célèbre ainsi, dans son premier Sermon pour la Fête de la Purification de Notre-Dame : « Aujourd’hui la Vierge-mère introduit le Seigneur du Temple dans le Temple du Seigneur ; Joseph présente au Seigneur, non un fils qui soit le sien, mais le Fils bien-aimé du Seigneur, dans lequel il a mis ses complaisances. Le juste reconnaît Celui qu’il attendait ; la veuve-Anne l’exalte dans ses louanges. Ces quatre personnes ont célébré pour la première fois la Procession d’aujourd’hui, qui, dans la suite, devait être solennisée dans l’allégresse de la terre entière, en tous lieux, et par toutes les nations. Ne nous a étonnons pas que cette Procession ait été si petite ; car Celui qu’on y recevait s’était fait petit. Aucun pécheur n’y parut : tous étaient justes, saints et parfaits. »

Marchons néanmoins sur leurs traces. Allons au-devant de l’Époux, comme les Vierges sages, portant dans nos mains des lampes allumées au feu de la charité. Souvenons-nous du conseil que nous donne le Sauveur lui-même : « Que vos reins soient ceints comme ceux des voyageurs ; tenez dans vos mains des flambeaux allumés et soyez semblables à ceux qui attendent leur Seigneur. » (Luc. XII, 35). Conduits par la foi, éclairés par l’amour, nous le rencontrerons, nous le reconnaîtrons, et il se donnera à nous.

La sainte Église ouvre les chants de cette Procession par l’Antienne suivante, qui se trouve mot à mot dans la Liturgie Grecque, en cette même Fête : « Décore ta chambre nuptiale, ô Sion ! et reçois le Christ Roi : accueille avec amour Marie, qui est la porte du ciel ; car elle tient dans ses bras le Roi de gloire, Celui qui est la Lumière nouvelle. La Vierge s’arrête, présentant son Fils engendré avant l’aurore ; Siméon le reçoit dans ses bras, et annonce aux peuples qu’il est le maître de la vie et de la mort, et le Sauveur du monde. »

On ajoute l’Antienne suivante, tirée de l’Évangile, et dans laquelle est racontée la mystérieuse rencontre du vieillard Siméon : « Siméon avait appris de l’Esprit-Saint qu’il ne mourrait pas sans voir le Christ du Seigneur ; et au moment où l’Enfant était introduit dans le Temple, il le prit dans ses bras, et bénissant Dieu, il dit : C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur. »

La Procession étant terminée, le Célébrant et les ministres déposent les ornements violets, et en revêtent de blancs pour la Messe solennelle de la Purification de Notre-Dame. Si cependant on était à l’un des trois Dimanches de Septuagésime, de Sexagésime ou de Quinquagésime, la Messe de la fête serait, comme nous l’avons dit, remise au lendemain.

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Super Col., cap. 3 l. 1

1 Février 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Col., cap. 3 l. 1

Caput 3

Lectio 1

Super Col., cap. 3 l. 1 Supra apostolus monuit fideles contra seducentes, hic instruit eos contra perversitatem morum. Et primo proponit generalem doctrinam; secundo specialem, ibi mulieres subditae. Circa primum duo facit, quia primo instruit eos de habenda recta intentione finis; secundo de rectitudine humanae actionis, ibi mortificate. Iterum prima dividitur in duas partes, quia primo ponit modum instructionis; secundo assignat rationem, ibi mortui enim. Circa primum, primo ponit susceptum beneficium; secundo ex hoc concludit instructionis documentum, ibi quae sursum. Beneficium est, quod surreximus cum Christo resurgentes, sed hoc dupliciter: uno modo per spem corporalis resurrectionis. I Cor. XV, 12: si autem Christus praedicatur quod resurrexit a mortuis, quomodo quidam dicunt in vobis quoniam resurrectio mortuorum non est? Item cum eo resurgente reparamur ad vitam iustitiae. Rm. IV, 25: traditus est propter delicta nostra, et resurrexit propter iustificationem nostram. Quasi dicat: si Christo resurgente et vos resurrexistis. II Cor. IV, 14: qui suscitavit Dominum Iesum, et nos cum Iesu suscitabit. Deinde cum dicit quae sursum, etc., concludit documentum debitum fini. Et primo per comparationem ad finem, et ut finem principaliter aliquis intendat; secundo ut secundum finem de aliis iudicet. Dicit ergo si consurrexistis cum Christo, quae sursum sunt quaerite. Mt. VI, 33: primum quaerite regnum Dei et iustitiam eius, et cetera. Hic enim est finis. Ps. XXVI, 4: unam petii a Domino, et cetera. Et ideo hoc quaerite, ubi Christus sedet in dextera. Mc. ult.: Dominus quidem Iesus postquam locutus est eis, assumptus est in caelum, et sedet a dextris Dei. Ps. CIX, 1: sede a dextris meis. Et intelligenda est dextra, non pars aliqua corporalis, sed similitudinaria. Dextra enim est potior pars hominis. Christus ergo sedet ad dextram, quia secundum quod homo, in potioribus bonis Patris est, sed secundum quod Deus, in aequalitate eius est. Et sic sit ordo in vobis, ut quia Christus est mortuus, et surrexit, et sic est assumptus a dextris Dei, ita et vos moriamini peccato, ut postea vivatis vita iustitiae, et sic assumamini ad gloriam. Vel nos resurreximus per Christum; ipse autem ibi sedet, ergo desiderium nostrum debet esse ad ipsum. Mt. XXIV, 28: ubi fuerit corpus, illuc congregabuntur et aquilae, et cetera. Mt. VI, 21: ubi est thesaurus tuus, ibi est et cor tuum. Item debemus iudicare de aliis secundum ipsum. Et ideo dicit quae sursum sunt sapite, et cetera. Astruit unum, et aliud negat. Sapit autem quae sursum sunt, qui secundum supernas rationes ordinat vitam suam, et de omnibus iudicat secundum eam. Jc. III, 15: haec est sapientia de sursum descendens. Sapit autem quae sunt super terram, qui secundum terrena bona omnia ordinat et iudicat, iudicans ea summa bona. Ph. III, 19: et gloria in confusione eorum, qui terrena sapiunt. Deinde cum dicit mortui enim, etc., ponit rationem monitionis. Et primo commemorat quandam mortem; secundo innuit occultationem cuiusdam vitae, ibi et vita; tertio docet huius vitae manifestationem, ibi cum autem Christus. Prius enim unum prohibuit, et aliud astruxit, et nunc ad haec duo redit. Primo sic: non sapite quae sunt terrena, quia mortui estis terrenae conversationi. Mortuus enim huic vitae non sapit ea quae sunt huius mundi, ita et vos, si mortui estis cum Christo, ab elementis huius mundi. Rm. VI, 11: existimate vos mortuos quidem esse peccato, viventes autem Deo. Is. XXVI, 14: morientes non vivant, gigantes non resurgant, et cetera. Cum autem dixit existimate, etc., subdit: viventes. Et ideo alia vita est occulta, unde etiam hic dicit et vita vestra, et cetera. Et hanc vitam acquirimus nobis per Christum. I P. III, 18: Christus pro peccatis nostris mortuus est, iustus pro iniustis, et cetera. Quia vero haec vita est per Christum, Christus autem est occultus a nobis, quia est in gloria Dei Patris. Et similiter vita, quae per eum nobis datur, est in occulto, ubi scilicet Christus est in gloria Dei Patris. Pr. III, 16: longitudo dierum in dextra eius, et in sinistra eius divitiae et gloria. Ps. XXX, 20: quam magna multitudo dulcedinis tuae, quam abscondisti timentibus te, et cetera. Ap. II, 17: vincenti dabo manna absconditum, et cetera. Ideo cum dicit cum autem Christus, etc., ostendit quomodo manifestatur, scilicet sicut et Christus, quia dicitur in Ps. XLIX, 3: Deus manifeste veniet. Et ideo dicit cum autem apparuerit Christus, vita vestra, quia ipse est auctor vitae vestrae, et quia in amore eius et cognitione consistit vita vestra. Ga. II, 20: vivo ego iam non ego, vivit vero in me Christus. Tunc et vos apparebitis. I Jn. III, 2: cum apparuerit, similes ei erimus, scilicet in gloria. Ha. III, 3: ab Austro veniet et sanctus de monte Pharan, et cetera. Deinde cum dicit mortificate ergo, ordinat humanam actionem. Primo per cohibitionem peccatorum; secundo per instructionem bonorum morum, ibi induite vos. Circa primum duo facit, quia primo praemittit monitionem; secundo eius rationem exponit, ibi expoliantes vos. Iterum prima in duas, quia primo prohibet vitia carnalia, secundo rationem assignat, ibi propter quae. Circa primum duo facit; quia primo ponit generalem prohibitionem; secundo explicat in speciali, ibi quae sunt. Dicit ergo. Non debetis sapere quae sunt super terram, sed mortificate quicquid terrenum et specialiter membra quae sunt, et cetera. Quod potest exponi similitudinarie, quia conversatio nostra est continens multos actus, sicut corpus multa membra, et in conversatione bona, prudentia est sicut oculus dirigens, fortitudo autem sicut pes portans. In mala vero, astutia sicut oculus, pertinacia vero sicut pes. Haec ergo membra sunt mortificanda. Vel aliter. De membris corporis carnalibus dixit: mortui estis, etc., scilicet terrenae conversationi. Quomodo? Et respondens dicit mortificate, et cetera. In tantum ergo morimur culpae, inquantum vivificamur per gratiam. Vita enim gratiae reparat nos quantum ad mentem, non totaliter quantum ad corpus propter fomitem. Rm. VII, 25: ego ipse mente servio legi Dei; carne autem, legi peccati. Et paulo ante: video aliam legem in membris meis repugnantem legi mentis meae, et cetera. Qui ergo mortui estis quantum ad mentem, mortificate concupiscentiam in membris, quae sunt super terram, inquantum sunt super terram, et terrena corpora. I Cor. VI: castigo corpus meum et in servitutem redigo, etc., id est, non permittendo ei se pertrahi ad carnalia. Et ideo ponit peccata in speciali. Et primo pure carnalia; secundo media, ibi et avaritiam. Inter carnalia maxime concupiscentia inclinat ad luxuriam, ubi est actus turpis. Et hoc vel secundum naturam animalis, non dicam rationis, quia omne peccatum est contrarium rationi. Et ideo dicit fornicationem. Tb. IV, 13: attende tibi ab omni fornicatione, et cetera. Vel contra naturam, et sic dicit immunditiam. Item delectatio est immunda, unde dicit libidinem. Item concupiscentia prava, unde dicit concupiscentiam malam. Secundo ponit peccata media; et primo avaritiam, cuius obiectum est corporale, scilicet pecunia, et completur in delectatione spirituali, scilicet dominio talium. Et ideo communicat cum carnalibus peccatis. Et subdit quae est idolorum servitus. Ep. V, 5: aut avarus, quod est idolorum servitus. Sed numquid avaritia ex suo genere est species idololatriae, et avarus peccat tamquam idololatra? Respondeo. Dicendum est non secundum speciem, sed secundum similitudinem, quia avarus ponit vitam suam in pecunia. Idololatra est quando quis exhibet alicui imagini honorem debitum Deo. Avarus autem honorem debitum Deo exhibet pecuniae, quia tota sua vita circa hoc est. Quia vero avarus non intendit circa pecuniam se habere ut ad Deum, sicut idololatra, ideo est minus peccatum. Deinde cum dicit propter quae venit ira Dei, ostendit rationem quare vitanda sunt haec peccata, et est duplex. Una quae movet omnes, et alia quae specialiter istos. Prima est vindicta Dei, quia propter carnalia venit ira, id est vindicta Dei, in filios diffidentiae, id est peccatores qui diffidunt de Deo, quia luxuria est filia desperationis, quia multi ex desperatione spiritualium dant se totaliter carnalibus. Vel diffidentiae, quia quantum est de se, non est confidendum ut corrigantur, et ideo venit ira Dei, sicut in Gn. VI, 17 et VII in diluvio, et XVIII, 26 et XIX, 24 de Sodomitis. Alia ratio est, quia illi aliquando fuerunt tales. Unde dicit in quibus et vos ambulastis aliquando, scilicet de malo in peius. Et ponit hanc rationem propter duo, scilicet et propter id quod Petrus dicit I P. IV, 3: sufficit praeteritum tempus ad voluntatem gentium consummandam, qui ambulaverunt in luxuriis, etc.; et quia experti estis quod in eis non est utilitas, sed confusio. Rm. VI, 21: quem ergo fructum habuistis tunc in illis, in quibus nunc erubescitis?

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Saint Ignace d’Antioch, évêque et martyr

1 Février 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ignace d’Antioch, évêque et martyr

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Dieu tout-puissant, regardez notre faiblesse ; et parce que le poids de nos péchés nous accable, fortifiez-nous par la glorieuse intercession du bienheureux Ignace, votre Martyr et Pontife.

Office

Au deuxième nocturne.

Du Livre de saint Jérôme, Prêtre : Des Écrivains Ecclésiastiques.

Quatrième leçon. Ignace, troisième Évêque d’Antioche après l’Apôtre Pierre, ayant été condamné aux bêtes, alors que sévissait la persécution, de Trajan, fut envoyé à Rome chargé de liens. Pendant qu’on l’y transportait par mer le navire aborda à Smyrne, où Polycarpe, disciple de Jean, était Évêque. Il y écrivit une lettre aux Éphésiens, une autre aux Magnésiens, une troisième aux Tralliens, une quatrième aux Romains. C’est en quittant cette ville qu’il écrivit aux Philadelphiens et aux Smyrniens, et qu’il adressa à Polycarpe une lettre particulière, dans laquelle il lui recommande l’Église d’Antioche, et où il rapporte sur la personne du Christ un témoignage de l’Évangile que j’ai traduit naguère.
Cinquième leçon. Il semble juste, puisque nous parlons d’un si grand homme, de citer quelques lignes de l’épître qu’il écrivit aux Romains : « Depuis la Syrie jusqu’à Rome, je lutte contre les bêtes, sur mer et sur terre, nuit et jour, lié que je suis à dix léopards, c’est-à-dire à dix soldats qui me gardent et dont mes bienfaits augmentent encore la méchanceté. Leur iniquité sert à m’instruire, mais je ne suis pas pour cela justifié. Plaise à Dieu que j’aie la jouissance d’être livré aux bêtes qui me sont préparées ; je demande qu’elles soient promptes à me faire souffrir les supplices et la mort et excitées à’ me dévorer, de peur qu’elles n’osent toucher à mon corps, comme il est arrivé pour d’autres Martyrs. Si elles ne veulent pas venir à moi, je leur ferai violence, je me jetterai devant elles pour être dévoré. Pardonnez-moi, mes petits enfants ; je sais ce qui m’est avantageux.
Sixième leçon. C’est maintenant que je commence à être disciple du Christ, ne désirant plus rien de ce qui est visible, afin de trouver Jésus-Christ. Que le feu, la croix, les bêtes, le brisement des os, la mutilation des membres, le broiement de tout le corps et tous les tourments du diable fondent sur moi, mais seulement que je jouisse de Jésus-Christ ! » Comme il était déjà exposé aux bêtes et qu’il entendait les rugissements des lions, il dit, dans son ardeur de souffrir : « Je suis le froment du Christ : que je sois broyé par les dents des bêtes, afin que je devienne un pain vraiment pur ! » Il souffrit le martyre la onzième année de Trajan. Les restes de son corps reposent à Antioche, dans le cimetière, hors de la porte de Daphné.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Le Seigneur Jésus était lui-même ce grain qui devait mourir et se multiplier : mourir victime de l’infidélité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Or, exhortant déjà à suivre les traces de sa passion : « Celui, dit-il, qui aime son âme, la perdra ». Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. « Celui qui l’aime, la perdra », c’est-à-dire : Si tu l’aimes, perds-la. Si tu désires conserver la vie dans le Christ, ne crains pas de mourir pour le Christ. On peut les entendre également d’une autre façon : « Celui qui aime son âme, la perdra » ; ne l’aime pas, de peur que tu ne la perdes ; ne l’aime pas en cette vie, pour ne pas la perdre dans la vie éternelle.

Huitième leçon. La dernière explication que j’ai donnée semble être davantage le sens de l’Évangile. Car on y lit ensuite : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la conserve pour la vie éternelle ». Donc, quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », (il est sous-entendu : en ce monde), celui-là la perdra assurément : mais celui qui hait son âme en ce monde, assurément celui-là la garde pour la vie éternelle. Grande et étonnante sentence : d’où il ressort que l’homme a pour son âme un amour qui cause sa perte, et une haine qui l’empêche de périr. Si vous l’aimez mal, vous la haïssez ; si vous la haïssez bien, vous l’aimez. Heureux ceux qui haïssent pour conserver, de crainte de perdre en aimant.

Neuvième leçon. Mais veille à ce qu’il ne s’insinue pas dans ton esprit la pensée de vouloir te tuer, en comprenant ainsi le devoir de haïr ton âme en ce mondé : de là vient que certains hommes méchants et pervers, cruels et impies, homicides d’eux-mêmes, se livrent aux flammes, se noient, se jettent dans les précipices, et périssent. Ce n’est pas là ce que le Christ a enseigné : au contraire, il a même répondu au diable qui lui suggérait de se précipiter du haut du temple : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». De même le Seigneur dit à Pierre, indiquant par quelle mort il devait glorifier Dieu :» Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas ». Paroles qui nous enseignent assez clairement que celui qui marche à la suite de Jésus-Christ doit, non point se donner la mort mais la recevoir d’un autre.

La veille du jour où va expirer notre heureuse quarantaine, c’est un des plus fameux martyrs du Christ qui paraît sur le Cycle : Ignace le Théophore, Évêque d’Antioche. Une antique tradition nous dit que ce vieillard, qui confessa si généreusement le Crucifié devant Trajan, avait été cet enfant que Jésus présenta un jour à ses disciples comme le modèle de la simplicité que nous devons posséder pour parvenir au Royaume des cieux. Aujourd’hui, il se montre à nous, tout près du berceau dans lequel ce même Dieu nous donne les leçons de l’humilité et de l’enfance.

Ignace, à la Cour de l’Emmanuel, s’appuie sur Pierre dont nous avons glorifié la Chaire ; car le Prince des Apôtres l’a établi son second successeur sur son premier Siège à Antioche. Ignace a puisé dans cette mission éclatante la fermeté qui lui a donné de résister en face à un puissant empereur, de défier les bêtes de l’amphithéâtre, de triompher par le plus glorieux martyre. Comme pour marquer la dignité incommunicable du Siège de Rome, la providence de Dieu a voulu que, sous les chaînes de sa captivité, il vînt aussi voir Pierre, et terminât sa course dans la Ville sainte, mêlant son sang avec celui des Apôtres. Il eût manqué à Rome quelque chose, si elle n’eût hérité de la gloire d’Ignace. Le souvenir du combat de ce héros est le plus noble souvenir du Colisée, baigné du sang de tant de milliers de Martyrs.

Le caractère d’Ignace est l’impétuosité de l’amour ; il ne craint qu’une chose, c’est que les prières des Romains n’enchaînent la férocité des lions, et qu’il ne soit frustré de son désir d’être uni au Christ. Admirons cette force surhumaine qui se révèle tout à coup au milieu de l’ancien monde, et reconnaissons qu’un si ardent amour pour Dieu, un si brûlant désir de le voir n’ont pu naître qu’à la suite des événements divins qui nous ont appris jusqu’à quel excès l’homme était aimé de Dieu. Le sacrifice sanglant du Calvaire n’eût-il pas été offert, la Crèche de Bethléem suffirait à tout expliquer. Dieu descend du ciel pour l’homme ; il se fait homme, il se fait enfant, il naît dans une crèche. De telles merveilles d’amour auraient suffi pour sauver le monde coupable ; comment ne solliciteraient-elles pas le cœur de l’homme à s’immoler à son tour ? Et qu’est-ce que la vie terrestre à sacrifier, quand il ne s’agirait que de reconnaître l’amour de Jésus, dans sa naissance parmi nous ?

La sainte Église nous donne, dans les Leçons de l’Office de saint Ignace, la courte notice que saint Jérôme a insérée dans son livre de Scriptoribus ecclesiasticis. Le saint Docteur a eu l’heureuse pensée d’y insérer quelques traits brûlants de l’admirable lettre du Martyr aux fidèles de Rome. Nous l’eussions donnée tout entière, sans son extrême longueur ; et il nous en coûterait de la mutiler. Au reste, les passages cités par saint Jérôme représentent les plus sublimes traits qu’elle contient.

O pain glorieux et pur du Christ votre Maître ! Vous avez donc obtenu l’effet de vos désirs ! Rome tout entière, assise sur les degrés du superbe amphithéâtre, applaudissait, avec une joie féroce, au déchirement de vos membres ; mais tandis que vos ossements sacrés étaient broyés sous la dent des lions, votre âme, heureuse de rendre au Christ vie pour vie, s’élançait d’un trait jusqu’à lui. Votre félicité suprême était de souffrir, parce que la souffrance vous semblait une dette contractée envers le Crucifié ; et vous ne désiriez son Royaume qu’après avoir donné en retour de sa Passion les tourments de votre chair. Que votre gloire est éclatante, dans la compagnie d’Étienne, de Sébastien, de Vincent, d’Agnès, et que votre palme est belle auprès du berceau de l’Emmanuel ! Prenez pitié de notre faiblesse, ô Martyr ! Obtenez-nous d’être du moins fidèles à notre Sauveur, en face du démon, de la chair et du monde ; de donner notre cœur à son amour, si nous ne sommes appelés à donner notre corps aux tourments pour son Nom. Choisi dans vos premières années par ce Sauveur, pour servir de modèle au chrétien par l’innocence de votre enfance, vous avez conservé cette candeur si précieuse sous vos cheveux blancs ; demandez au Christ, le Roi des enfants, que cette heureuse simplicité demeure toujours en nous, comme le fruit des mystères que nous célébrons.

Successeur de Pierre à Antioche, priez pour les Églises de votre Patriarcat ; rappelez-les à la vraie foi et à l’unité catholique. Soutenez l’Église Romaine que vous avez arrosée de votre sang, et qui est rentrée en possession de vos reliques sacrées, de ces ossements que la dent des lions n’avait pu broyer entièrement. Veillez sur le maintien de la discipline et de la subordination ecclésiastiques, dont vous avez tracé de si belles règles dans vos immortelles Épîtres ; resserrez, par le sentiment du devoir et de la charité, les liens qui doivent unir tous les degrés de la hiérarchie, afin que l’Église de Dieu soit belle d’unité, et terrible aux ennemis de Dieu, comme une armée rangée en bataille.

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Saint Jean Bosco confesseur

31 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean Bosco confesseur

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O Dieu, qui avez appelé saint Jean votre Confesseur pour qu’il soit le père et l’éducateur des adolescents, et par lui, sous le patronage de Marie-auxiliatrice, vous avez voulu que fleurissent de nouvelles familles dans votre Église : accordez-nous, nous vous en prions, qu’enflammés du même feu de la charité, nous puissions nous mettre à la recherche des âmes et nous consacrer à votre seul service.

Office

Troisième leçon. Jean Bosco naquit d’une humble famille ; après une enfance éprouvée et pure, il fit ses études à Chieri et fut estimé pendant ce temps pour son intelligence et pour ses vertus. Ordonné prêtre, il vint à Turin, où il se fit tout à tous ; mais c’est surtout à aider les adolescents pauvres et abandonnés qu’il consacra ses efforts. Par une éducation libérale, des écoles professionnelles, des patronages il s’employa de toutes ses forces à préserver l’enfance des poisons de l’erreur et du vice : à cette fin, il suscita dans l’Église deux instituts, l’un d’hommes, l’autre de vierges. Il publia de nombreux livres, riches de sagesse chrétienne. Il contribua aussi au salut des infidèles en envoyant ses religieux en mission. L’âme constamment élevée vers Dieu, cet homme très saint ne semblait être ni effrayé par les menaces, ni fatigué par les labeurs, ni accablé par les soucis, ni troublé par l’adversité. Il mourut en 1888, dans sa soixante-treizième année. Il fut inscrit au nombre des saints par le Souverain Pontife Pie XI.

 

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Super Col., cap. 2 l. 2

30 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Col., cap. 2 l. 2

Lectio 2

Super Col., cap. 2 l. 2 Supra monuit ne per aliquam fallaciam sermonis decidant a fide, hic ponit rationem monitionis, quae sumitur ex bonis quae in istis erant, quae non debebant perdere, sed proficere in eis. Et primo commemorat bona habita; secundo ostendit quomodo in eis proficiant, ibi sicut ergo. Circa primum duo facit; quia primo ostendit qualiter sunt sibi nota bona eorum; secundo quae bona in eis sunt, ibi gaudens. Dicit ergo nam et si, etc.; quasi dicat: licet non praedicaverim vobis, nec vestra facta oculis videam, tamen spiritus vobis intersum per affectionem gaudens de bonis vestris. I Cor. V, 3: absens quidem corpore, praesens vero spiritu. Pr. X, 1: filius sapiens laetificat patrem, et cetera. Et hoc quia revelabatur sibi per Spiritum Sanctum, et ideo dicit sed Spiritu vobiscum sum. IV R. V, 26: nonne cor meum in praesenti erat, quando reversus est homo de curru in occursum tui, et cetera. Gaudens, inquam, sum, quia videns sum ordinem, id est, ordinatam vestram conversationem. I Cor. XIV, 40: omnia honeste et secundum ordinem fiant in vobis. Jd. V, 20: stellae manentes in ordine et cursu suo, et cetera. Et firmamentum, et cetera. II Tm. II, 19: firmum fundamentum Dei stat, et cetera. Et hoc in Christo. Ep. III, 17: habitare Christum per fidem in cordibus vestris, et cetera. Ecclesia enim est spirituale aedificium. Ep. II, 21: in quo omnis aedificatio constructa crescit in templum sanctum in domino. Huius autem bonitas consistit in debito fundamento, quod est fides, et in debita superaedificatione. Et ideo haec duo posuit. Deinde cum dicit sicut ergo, etc., monet eos ad haec servanda. Et primo ad proficiendum, secundo ad persistendum, tertio ad gratias agendum. Dicit ergo sicut accepistis Christum Dominum nostrum, non pervertendo, in ipso ambulate. Rm. XII, 9: adhaerentes bono. Ecclesia quandoque comparatur spirituali aedificio. I Cor. III, 17: templum Dei sanctum est, quod estis vos. Quandoque arbori, quia fert fructum. Et eadem est comparatio fundamenti ad domum, et radicis ad arborem, quia utriusque firmitas est radix et fundamentum: Christus. Is. XI, 10: erit radix Iesse quae stat in signum populorum. I Cor. III, 11: fundamentum aliud nemo potest ponere praeter id quod positum est, quod est Christus Iesus. Ideo dicit radicati, scilicet sicut boni rami, et superaedificati in ipso, et confirmati, scilicet sicut boni lapides, hoc est si perstiteritis in fide eius. I P. ult.: adversarius vester, etc., et post: cui resistite fortes in fide, et cetera. Et hoc sicut didicistis, scilicet in vera fide. Ga. I, 9: si quis vobis evangelizaverit praeter id quod accepistis, anathema sit, et cetera. Abundantes in illo in gratiarum actione, id est, gratias agentes abundanter. I Th. ult.: in omnibus gratias agite. II M. I, 11: de magnis periculis a Deo liberati, magnifice gratias agimus ipsi, et cetera. Deinde cum dicit videte, monet ne decipiantur per vanam sapientiam. Et primo ponit monitionem, secundo rationem, ibi in ipso. Circa primum, primo docet vitare quod potest decipere; secundo ostendit quare illud decipiat, ibi secundum traditionem. Sed quod aliquis decipiatur per sapientiam saecularem, dupliciter contingit, scilicet quandoque per principia realia philosophiae, quandoque per sophisticas rationes. Et utrasque docet cavere. Unde dicit ne quis, etc., id est, per philosophica documenta. Is. XLVII, 10: sapientia tua et scientia haec decepit te. Multi enim sunt propter philosophiam decepti a fide deviantes. Jr. X, 14: stultus est factus omnis homo a scientia sua. Quantum ad secundum dicit et inanem fallaciam, quae non fundatur nisi super apparenti involutione verborum. Ep. V, 6: nemo vos seducat inanibus verbis. Sed quomodo seducens? Qui seducit, oportet habere aliquid apparens, et aliquid non existens. Ideo primo ponit principium apparentiae; secundo defectum existentiae. Principium apparentiae est duplex, id est, auctoritas philosophorum et quantum ad hoc dicit secundum traditionem hominum, id est, secundum ea quae aliqui tradiderunt propria ratione. Ps. XCIII, 11: Dominus scit cogitationes hominum, quoniam vanae sunt. Aliud est adinventio rationis, quando scilicet aliquis vult metiri ea quae sunt fidei, secundum principia rerum et non secundum sapientiam divinam. Ex hoc enim multi decipiuntur. Et ideo dicit secundum elementa mundi, et cetera. Sg. XIII, 1: neque operibus attendentes cognoverunt quis esset artifex, et cetera. Quanto enim causa est altior, tanto habet superiorem effectum. Unde qui voluerit considerare effectus superiores secundum causas inferiores, decipitur; ut si quis consideret motum aquae secundum virtutem aquae, non potest scire causam refluxus maris, sed sic, si consideret eum secundum virtutem lunae. Unde multo magis decipitur qui considerat proprios Dei effectus secundum elementa mundi. Et haec est causa apparentiae. Sed numquid sunt semper respuendae traditiones hominum et rationes? Respondeo: non, sed tunc quando procedit physica ratio secundum illas, et non secundum Christum. Infra eodem: non tenentes caput ex quo totum corpus per nexus et coniunctiones subministratum et constructum crescit in augmentum Dei. Vel potest exponi secundum elementa mundi, mensurando scilicet veritatem fidei secundum veritatem creaturarum. Vel hoc dicit propter idololatras colentes idola, et dicentes Iovem caelum. Vel secundum Iudaeos, ut sit sensus per philosophiam, id est, per rationem volentium trahere ad legalia, secundum elementa mundi, id est secundum observationes corporales. Ga. IV, 3: sub elementis mundi eramus servientes. Sed prima expositio est melior. Deinde cum dicit quia in ipso, etc., ponit rationem praedictorum, dicens: quidquid non est secundum Christum, respuendum est. Sed numquid est Christus tantus, ut pro eo omnia respui debeant? Et respondet quod ita: quod ostendit tripliciter. Primo per comparationem ad divinitatem; secundo per comparationem ad fideles, ibi et estis; tertio per comparationem ad Angelos, ibi qui est caput. Dicit ergo: ideo respuendum est quod est contra eum, quia ipse est Deus. Unde plus est ei standum quam omnibus, quia in ipso habitat, et cetera. Deus enim est in omnibus, sed in quibusdam per participationem similitudinis suae bonitatis, ut in lapide et aliis huiusmodi. Et talia non sunt Deus, sed habent in se aliquid Dei; non eius substantiam, sed similitudinem eius bonitatis. Et ideo non habitat in eis plenitudo divinitatis, quia non est ibi secundum substantiam. Item est in mentibus sanctis per operationem, quae per amorem et cognitionem attingunt Deum. Et ideo Deus est in eis secundum gratiam, sed non corporaliter, sed secundum effectum gratiae; nec est plenitudo, sed secundum aliquos effectus terminatos. Sed in Christo est corporaliter, quod exponitur tripliciter. Corpus enim dividitur contra umbram. Infra eodem: quae sunt umbra futurorum, et cetera. Et sic Deum contingit dupliciter inhabitare, vel secundum umbram, vel corporaliter, id est realiter. Primo modo inhabitabat in veteri lege, sed in Christo inhabitabat corporaliter, id est realiter et secundum veritatem. Secundo modo exponitur, quia alii sancti inhabitantur solum secundum animam, non secundum corpus. Rom. VII, 18: scio quod non habitat in me, id est in carne mea, bonum; sed in Christo divinitas inhabitat corporaliter: quia inhabitatio Dei, qua sanctos inhabitat, est per operationem, idest per amorem et cognitionem, quod est opus solius mentis rationalis; sed in Christo inhabitat per assumptionem hominis in unitatem personae. Unde quidquid pertinet ad hominem, totum inhabitatur a Deo: et ideo caro et mens inhabitatur, quia ambo sunt unita verbo. Io. c. I, 14: et, verbum caro factum est. Sed tertio modo est sensus. Tribus enim modis est Deus in rebus. Unus est communis per potentiam, praesentiam, et essentiam; alius per gratiam in sanctis; tertius modus est singularis in Christo per unionem. Corpus autem tres dimensiones habet. Et plenitudo divinitatis his modis in Christo superabundat; ideo corporaliter dicitur in eo esse. Et primus quidem modus est quasi longitudo, quia se extendit ad omnia; item latitudo est per charitatem; item quantum ad profundum, incomprehensibilis. Sed ex hoc Nestorius errat, dicens unionem factam per inhabitationem tantum, dicens verbum inhabitasse carnem. Sed contra hoc est quod apostolus dicit, Phil. II, 7: exinanivit semetipsum, et cetera. Habitare autem hominem non est exinanire, sed hominem fieri, et subdit: in similitudinem hominum factus, et ideo habitabilis dicitur Christus, non quasi alius sit qui habitat et qui inhabitatur, sed ipse est et homo et Deus, in quo habitat plenitudo divinitatis. Deinde cum dicit et estis in illo, etc., ostendit idem per comparationem ad alios. Quasi dicat: omnia accepistis. Io. I, v. 16: de plenitudine eius, et cetera. Sciendum est autem quod Platonici dicunt, quod divina dona perveniunt ad homines mediantibus substantiis separatis. Et hoc est verum etiam secundum Dionysium, sed hoc est quoddam speciale, quia ab eo immediate qui replet Angelos. Io. I, 18: unigenitus Dei filius, qui est in sinu patris, ipse enarravit, et cetera. Hebr. II, 3: cum initium accepisset enarrari per dominum ab his qui audierunt, et cetera. Et ideo dicit qui est caput omnis principatus et potestatis, inquantum est rex eorum et dominus, non per conformitatem naturae, quia sic caput est hominum. Et tangit istos ordines, qui videntur habere quamdam praeeminentiam.

 

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Sainte Martine vierge et martyre

30 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Martine vierge et martyre

Office

Quatrième leçon. Martine, vierge romaine, fille d’un consulaire, était de race illustre. Privée de ses parents dès ses plus tendres années, et embrasée de l’ardeur de la piété chrétienne, elle distribua aux pauvres, avec une admirable libéralité, les richesses qu’elle possédait en abondance. Sous l’empire d’Alexandre, comme on lui ordonnait d’adorer les faux dieux, elle repoussa avec une grande liberté la proposition de ce crime énorme. C’est pourquoi elle fut frappée de verges à diverses reprises, déchirée avec des crochets, des ongles de fer et des têts de port cassés ; on lui lacéra tous les membres avec des glaives très aigus, on l’arrosa de graisse bouillante, enfin on la condamna aux bêtes de l’amphithéâtre ; mais, par un effet de la puissance divine, elle échappa sans blessure à ce nouveau danger, et, jetée sur un bûcher ardent, elle en sortit saine et sauve par un prodige semblable au premier.

Cinquième leçon. Quelques-uns de ses bourreaux, frappés de la nouveauté de ce miracle et sollicités par la grâce de Dieu, embrassèrent la foi de Jésus-Christ ; après plusieurs tourments, ils eurent la tête tranchée et remportèrent ainsi la palme glorieuse du martyre. Aux prières de la Sainte, des tremblements de terre se produisirent, des feux tombèrent du ciel avec un bruit de tonnerre, renversèrent les temples des faux dieux et consumèrent leurs statues. Il coulait des blessures de Martine du lait avec du sang, et une clarté très brillante ainsi qu’une très suave odeur émanaient de son corps ; parfois elle paraissait élevée sur un trône royal, chantant les louanges de Dieu avec les habitants du ciel.

Sixième leçon. Exaspéré par ces prodiges et surtout par la constance de la vierge, le juge ordonna de lui trancher la tête. Dès que Martine eut reçu le coup de la mort, l’on entendit une voix du ciel qui l’appelait au séjour des bienheureux ; toute la ville trembla fortement, et beaucoup d’adorateurs des idoles se convertirent à la foi chrétienne. Le corps sacré de Martine, martyrisée pendant que saint Urbain 1er siégeait à Rome, fut trouvé sous le pontificat d’Urbain VIII avec les corps des saints Martyrs Concorde, Épiphane et leurs compagnons, dans une antique église, près de la prison Mamertine, sur le penchant du mont Capitolin. Cette église ayant été reconstruite sur un meilleur plan et très bien ornée, on y replaça le corps ; de la Sainte, avec une pompe solennelle, en présence d’un grand concours de peuple et à la joie de la Ville entière.

Une troisième Vierge romaine, le front ceint de la couronne du martyre, vient partager les honneurs d’Agnès et d’Émérentienne, et offrir sa palme à l’Agneau. C’est Martine, dont le nom rappelle le dieu païen qui présidait aux combats, et dont le corps glorieux repose au pied du mont Capitolin, dans un ancien temple de Mars, devenu aujourd’hui la somptueuse Église de Sainte-Martine. Le désir de se rendre digne de l’Époux divin que son cœur avait choisi, Fa rendue forte contre les tourments et la mort, et sa blanche robe a été aussi lavée dans son sang. L’Emmanuel est le Dieu fort, puissant dans les combats ; mais comme le faux dieu Mars, il n’a pas besoin de fer pour vaincre. La douceur, la patience, l’innocence d’une vierge lui suffisent pour terrasser ses ennemis ; et Martine a vaincu d’une victoire plus durable que les plus grands capitaines de Rome.

Cette illustre Vierge, l’une des patronnes de Rome, a eu l’honneur d’être chantée par un Pape. Urbain VIII est l’auteur des Hymnes du bréviaire.

C’est par ces chants, ô Vierge magnanime, que Rome chrétienne continue de remettre entre vos mains le soin de sa défense. Elle est captive ; si vous la protégez, elle reprendra possession d’elle-même et reposera dans la sécurité. Écoutez ses prières, et repoussez loin de la ville sainte les ennemis qui l’oppriment. Mais souvenez-vous qu’elle n’a pas seulement à craindre les bataillons qui lancent la foudre et renversent les remparts ; même dans la paix, des attaques ténébreuses n’ont jamais cessé d’être dirigées contre sa liberté. Déjouez, ô Martine, ces plans perfides ; et souvenez-vous que vous fûtes la fille de l’Église romaine, avant d’en être la protectrice. Détruisez de plus en plus la puissance du Croissant ; affranchissez Jérusalem, amenez l’Europe à sentir enfin ses entrailles émues pour les Églises de Syrie.

Demandez pour nous à l’Agneau votre Époux la force nécessaire pour enlever de notre cœur les idoles auxquelles il pourrait encore être tenté de sacrifier. Dans les attaques que les ennemis de notre salut dirigent contre nous, prêtez-nous l’appui de votre bras. Il a ébranlé les idoles au sein même de Rome païenne ; il ne sera pas moins puissant contre le monde qui cherche à nous envahir. Pour prix de vos victoires, vous brillez auprès du berceau de notre Rédempteur ; si, comme vous, nous savons combattre et vaincre, ce Dieu fort daignera nous accueillir aussi. Il est venu pour soumettre nos ennemis ; mais il exige que nous prenions part à la lutte. Fortifiez-nous, ô Martine, afin que nous ne reculions jamais, et que notre confiance en Dieu soit toujours accompagnée de la défiance de nous-mêmes.

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Saint François de Sales évêque confesseur et docteur de l’Eglise

29 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint François de Sales évêque confesseur et docteur de l’Eglise

Collecte

Dieu, pour le salut des âmes, vous avez voulu que le bienheureux François, votre Confesseur et Pontifie, se fît tout à tous : accordez-nous dans votre bonté que pénétrés de la douceur de votre amour, dirigés par ses enseignements et soutenus par ses mérites, nous obtenions les joies éternelles.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. François naquit au château de Sales (d’où sa famille tire son nom), de parents nobles et vertueux, et donna dès ses plus tendres années, par son innocence et sa gravité, des indices de sa sainteté future. Encore adolescent, il fut instruit dans les sciences libérales ; bientôt après, il se rendit à Paris où il se livra à l’étude de la philosophie et de la théologie, et afin que rien ne manquât à la culture de son esprit, il obtint à Padoue, avec les plus grands éloges, les honneurs du doctorat en l’un et l’autre droit. François renouvela dans le sanctuaire de Lorette le vœu de perpétuelle virginité par lequel il s’était lié à Paris ; et il ne put jamais être détourné de la résolution qu’il avait prise au sujet de cette vertu, ni par aucun des artifices du démon, ni par les attraits des sens.

Cinquième leçon. Ayant refusé une grande dignité dans le sénat de Savoie, il s’enrôla dans la milice de la cléricature. Initié au sacerdoce et fait prévôt de l’Église de Genève, François remplit si parfaitement les devoirs de cette charge que Mgr de Granier, son Évêque, le destina pour travailler comme un héraut de la parole divine, à la conversion des calvinistes du Chablais et des autres confins du territoire de Genève. Il entreprit cette campagne d’un cœur joyeux, mais il eut à souffrir les plus dures épreuves ; souvent les hérétiques cherchèrent à lui donner la mort, ils le poursuivirent de diverses calomnies et lui dressèrent beaucoup d’embûches. Au milieu de tant de périls et de combats, on vit toujours briller son insurmontable constance ; et l’on rapporte qu’aidé du secours de Dieu, il ramena à la foi catholique soixante-douze mille hérétiques, parmi lesquels il y en avait beaucoup de distingués par leur noblesse et leur science.

Sixième leçon. Après la mort de Mgr de Granier, qui avait eu soin de se le faire donner pour coadjuteur, François, consacré Évêque, répandit tout autour de lui les rayons de sa sainteté, par son zèle pour la discipline ecclésiastique, son amour de la paix, sa miséricorde envers les pauvres, et se rendit remarquable en toutes sortes de vertus. Pour l’accroissement du culte divin, il institua un nouvel Ordre de religieuses, sous le nom de la Visitation de la bienheureuse Vierge Marie et sous la règle de saint Augustin, à laquelle il ajouta des constitutions admirables de sagesse, de discrétion et de douceur. Il a aussi illustré l’Église par des écrits remplis d’une doctrine céleste, où il indique un chemin sûr et facile pour arriver à la perfection chrétienne. Enfin, âgé de cinquante-cinq ans, comme il retournait de France à Annecy, le jour de saint Jean l’Évangéliste, après avoir célébré la Messe à Lyon, il fut atteint d’une maladie grave, et, le lendemain, partit pour le ciel, l’an du Seigneur mil six cent vingt-deux. Son corps fut transporté à Annecy, et enseveli honorablement dans l’église dudit Ordre. Son tombeau commença aussitôt à être illustré par des miracles, dont le souverain Pontife Alexandre VII constata la vérité selon les règles. Il mit donc François au nombre des Saints en assignant pour sa Fête le vingt-neuvième jour de janvier, et le souverain Pontife Pie IX, après avoir pris l’avis de la Congrégation des Rites sacrés, l’a déclaré Docteur de l’Église universelle.

 

Voici venir au berceau du doux Fils de Marie l’angélique évêque François de Sales, digne d’y occuper une place distinguée pour la suavité de sa vertu, l’aimable enfance de son cœur, l’humilité et la tendresse de son amour. Il arrive escorté de ses brillantes conquêtes : soixante-douze mille hérétiques soumis à l’Église par l’ascendant de sa charité ; un Ordre entier de servantes du Seigneur, conçu dans son amour, réalisé par son génie céleste ; tant de milliers d’âmes conquises à la piété par ses enseignements aussi sûrs que miséricordieux, qui lui ont mérité le titre de Docteur.

Dieu le donna à son Église pour la consoler des blasphèmes de l’hérésie qui allait prêchant que la foi romaine était stérile pour la charité ; il plaça ce vrai ministre évangélique en face des âpres sectateurs de Calvin ; et l’ardeur de la charité de François de Sales fondit la glace de ces cœurs obstinés. Si vous avez des hérétiques à convaincre, disait le savant cardinal du Perron, vous pouvez me les envoyer ; si vous en avez à convertir, adressez-les à M. de Genève.

François de Sales parut donc, au milieu de son siècle, comme une vivante image du Christ ouvrant ses bras et convoquant les pécheurs à la pénitence, les errants à la vérité, les justes au progrès vers Dieu, tous à la confiance et à l’amour. L’Esprit divin s’était reposé sur lui dans sa force et dans sa douceur : c’est pourquoi, en ces jours où nous avons célébré la descente de cet Esprit sur le Verbe incarné au milieu des eaux du Jourdain, nous ne saurions oublier une relation touchante de notre admirable Pontife avec son divin Chef. Un jour de la Pentecôte, à Annecy, François était debout à l’autel, offrant l’auguste Sacrifice ; tout à coup une colombe qu’on avait introduite dans la Cathédrale, effrayée des chants et de la multitude du peuple, après avoir voltigé longtemps, vint, à la grande émotion des fidèles, se reposer sur la tête du saint Évêque : symbole touchant de la douceur de l’amour de François, comme le globe de feu qui parut, au milieu des Mystères sacrés, au-dessus de la tête du grand saint Martin, désignait l’ardeur du feu qui dévorait le cœur de l’Apôtre des Gaules.

Une autre fois, en la Fête de la Nativité de Notre-Dame, François officiait aux Vêpres, dans la Collégiale d’Annecy. Il était assis sur un trône dont les sculptures représentaient cet Arbre prophétique de Jessé, qui a produit, selon l’oracle d’Isaïe, la branche virginale, d’où est sortie la fleur divine sur laquelle s’est reposé l’Esprit d’amour. On était occupé au chant des Psaumes, lorsque, par une fente du vitrail du chœur, du côté de l’Épître, une colombe pénètre dans l’Église. Après avoir voleté quelque temps, de l’historien, elle vint se poser sur l’épaule du saint Évêque, et de là sur ses genoux, d’où les ministres assistants la prirent. Après les Vêpres, François, jaloux d’écarter de lui l’application favorable que ce symbole inspirait naturellement à son peuple, monta en chaire, et s’empressa d’éloigner toute idée d’une faveur céleste qui lui eût été personnelle, en célébrant Marie qui, pleine de la grâce de l’Esprit-Saint, a mérité d’être appelée la colombe toute belle, en laquelle il n’y a pas une tache.

Quand on cherche parmi les disciples du Sauveur le type de sainteté qui fut départi à notre admirable Prélat, l’esprit et le cœur ont tout aussitôt nommé Jean, le disciple bien-aimé. François de Sales est comme lui l’Apôtre de la charité ; et la simplesse du grand Évangéliste pressant un innocent oiseau dans ses mains vénérables, est la mère de cette gracieuse innocence qui reposait au cœur de l’Évêque de Genève. Jean, par sa seule vue, par le seul accent de sa voix, faisait aimer Jésus ; et les contemporains de François disaient : O Dieu ! si telle est la bonté de l’Évêque de Genève, quelle ne doit pas être la vôtre !

Ce rapport merveilleux entre l’ami du Christ et François de Sales se révéla encore au moment suprême, lorsque le jour même de saint Jean, après avoir célébré la sainte Messe et communié de sa main ses chères filles de la Visitation, il sentit cette défaillance qui devait amener pour son âme la délivrance des liens du corps. On s’empressa autour de lui ; mais déjà sa conversation n’était plus que dans le ciel. Ce fut le lendemain qu’il s’envola vers sa patrie, en la fête des saints Innocents, au milieu desquels il avait droit de reposer éternellement, pour la candeur et la simplicité de son âme. La place de François de Sales, sur le Cycle, était donc marquée en la compagnie de l’Ami du Sauveur, et de ces tendres victimes que l’Église compare à un gracieux bouquet d’innocentes roses ; et s’il a été impossible de placer sa mémoire à l’anniversaire de sa sortie de ce monde, parce que ces deux jours sont occupés par la solennité de saint Jean et celle des Enfants de Bethléem, du moins la sainte Église a-t-elle pu encore placer sa fête dans l’intervalle des quarante jours consacrés à honorer la Naissance de l’Emmanuel.

C’est donc à cet amant du Roi nouveau-né qu’il appartient de nous révéler les charmes de l’Enfant de la crèche. Nous chercherons la pensée de son cœur, pour en nourrir le nôtre, dans son admirable correspondance, où il rend avec tant de suavité les sentiments pieux qui débordaient de son cœur, en présence des mystères que nous célébrons.

Vers la fin de l’Avent 1619, il écrivait à une religieuse de la Visitation, pour l’engager à préparer son cœur à la venue de l’Époux céleste : « Ma très chère fille, voilà le tant petit aimable Jésus qui va naître en notre commémoration, ces fêtes-ci prochaines ; et puisqu’il naît pour nous visiter de la part de son Père éternel, et que les pasteurs et les rois le viendront réciproquement visiter au berceau, je crois, qu’il est le Père et l’Enfant tout ensemble de cette Sainte Marie de la Visitation.

« Or sus, caressez-le bien ; faites-lui bien l’hospitalité avec toutes nos sœurs, chantez-lui bien de beaux cantiques, et surtout adorez-le bien fortement et doucement, et en lui sa pauvreté, son humilité, son obéissance et sa douceur, à l’imitation de sa très sainte Mère et de saint Joseph ; et prenez-lui une de ses chères larmes, douce rosée du ciel, et la mettez sur votre cœur, afin qu’il n’ait jamais de tristesse que celle qui réjouit ce doux Enfant ; et quand vous lui recommanderez votre âme, recommandez-lui quant et quant la mienne, qui est certes toute vôtre.
« Je salue chèrement la chère troupe de nos sœurs, que je regarde comme de simples bergères veillant sur leurs troupeaux, c’est-à-dire sur leurs affections ; qui, averties par l’Ange, vont faire l’hommage au divin Enfant, et pour gage de leur éternelle servitude, lui offrent le plus beau de leurs agneaux, qui est leur amour, sans réserve ni exception. »

La veille de la Naissance du Sauveur, saisi par avance des joies de la nuit qui va donner son Rédempteur à la terre, François s’épanche déjà avec sa fille de prédilection, Jeanne-Françoise de Chantal, et la convie à goûter avec lui les charmes de l’Enfant divin et à profiter de sa visite.

« Le grand petit Enfant de Bethlhem soit à jamais les délices et les amours de notre cœur, ma très chère mère, ma fille ! Hélas ! Comme il est beau, ce pauvre petit poupon ! Il me semble que je vois Salomon sur son grand trône d’ivoire, doré et ouvragé, qui n’eut point d’égal es royaumes, comme dit l’Écriture : et ce roi n’eut point de pair en gloire ni en magnificence. Mais j’aime cent fois mieux voir le cher enfançon en la crèche, que de voir tous les rois en leurs trônes.
« Mais si je le vois sur les genoux de sa sacrée Mère ou entre ses bras, ayant sa petite bouchette, comme un petit bouton de rose, attachée au lis de ses saintes mamelles, ô Dieu ! je le trouve plus magnifique en ce trône, non seulement que Salomon dans le sien d’ivoire, mais que jamais même ce Fils éternel du Père ne le fut au ciel ; car si bien le ciel a plus d’être visible, la Sainte Vierge a plus de perfections invisibles ; et une goutte du lait qui flue virginalement de ses sacrés sucherons, vaut mieux que toutes les affluences des cieux. Le grand saint Joseph nous fasse part de sa consolation, la souveraine Mère de son amour : et l’Enfant veuille à jamais répandre dans nos cœurs ses mérites !
« Je vous prie, reposez le plus doucement que vous pourrez auprès du petit céleste enfant : il ne laissera pas d’aimer votre cœur bien-aimé tel que vous l’avez, sans tendreté et sans sentiment. Voyez-vous pas qu’il reçoit l’haleine de ce gros bœuf et de cet âne qui n’ont sentiment ni mouvement quelconque ? Comment ne recevra-t-il pas les aspirations de notre pauvre cœur, lequel, quoique non tendrement pour le présent, solidement néanmoins et fermement, se sacrifie à ses pieds pour être à jamais serviteur inviolable du sien, et de celui de sa sainte Mère, et du grand gouverneur du petit Roi ? »

La nuit sacrée s’est écoulée, apportant avec elle la Paix aux hommes de bonne volonté ; François cherche encore le cœur de la fille que Jésus lui a confiée, pour y verser toutes les douceurs qu’il a goûtées dans la contemplation du mystère d’amour.

« Hé, vrai Jésus ! que cette nuit est douce, ma très chère fille ! Les cieux, chante l’Église, distillent de toutes parts le miel ; et moi, je pense que ces divins Anges, qui résonnent en l’air leur admirable cantique, viennent pour recueillir ce miel céleste sur les lis où il se trouve, sur la poitrine de la très douce Vierge et de saint Joseph. J’ai peur, ma chère fille, que ces divins Esprits ne se méprennent entre le lait qui sort des mamelles virginales, et le miel du ciel qui est abouché sur ces mamelles. Quelle douceur de voir le miel sucer le lait !
« Mais je vous prie, ma chère fille, ne suis-je pas si ambitieux que de penser que nos bons Anges, de vous et de moi, se trouvèrent en la chère troupe de musiciens célestes qui chantèrent en cette nuit ? O Dieu ! s’il leur plaisait d’entonner derechef, aux oreilles de notre cœur, cette même céleste chanson, quelle joie ! quelle jubilation ! Je les en supplie, afin que gloire soit au ciel, et en terre paix aux cœurs de bonne volonté.
« Revenant donc d’entre les sacrés Mystères, je donne ainsi le bonjour à ma chère fille : car je crois que les pasteurs encore, après avoir adoré le céleste poupon que le ciel même leur avait annoncé, se reposèrent un peu. Mais, ô Dieu ! que de suavité, comme je pense, à leur sommeil ! Il leur était avis qu’ils oyaient toujours la sacrée mélodie des Anges qui les avaient salués si excellemment de leur cantique, et qu’ils voyaient toujours le cher Enfant et la Mère qu’ils avaient visités.
« Que donnerions-nous à notre petit Roi, que nous n’ayons reçu de lui et de sa divine libérait lité ? Or sus, je lui donnerai donc, à la sainte Grand’Messe, la très uniquement fille bien-aimée qu’il m’a donnée. Hé ! Sauveur de nos âmes, rendez-la toute d’or en charité, toute de myrrhe en mortification, toute d’encens en oraison ; et puis recevez-la entre les bras de votre sainte protection ; et que votre cœur dise au sien : Je suis ton salut aux siècles des siècles. »

Parlant ailleurs à une autre épouse du Christ, il l’exhorte, en ces termes, à se nourrir de la douceur du nouveau-né :

« Que jamais votre âme, comme une abeille mystique, n’abandonne ce cher petit Roi, et qu’elle fasse son miel autour de lui, en lui, et pour lui ; et qu’elle le prenne sur lui, duquel les lèvres sont toutes détrempées de grâce, et sur lesquelles, bien plus heureusement que l’on ne vit sur celles de saint Ambroise, les saintes avettes, amassées en essaim, font leurs doux et gracieux ouvrages. »

Mais il faut bien s’arrêter ; écoutons cependant encore une dernière fois notre séraphique Pontife nous raconter les charmes du très saint Nom de Jésus, imposé au Sauveur dans les douleurs de la Circoncision ; il écrit encore à sa sainte coopératrice : « O Jésus, remplissez notre cœur du baume sacré de votre Nom divin, afin que la suavité de son odeur se dilate en tous nos sens, et se répande en toutes nos actions. Mais pour rendre ce cœur capable de recevoir une si douce liqueur, circoncisez-le, et retranchez d’icelui tout ce qui peut être désagréable à vos saints yeux. O Nom glorieux ! que la bouche du Père céleste a nommé éternellement, soyez à jamais la superscription de notre âme, afin que, comme vous êtes Sauveur, elle soit éternellement sauvée ! O Vierge sainte, qui, la première de toute la nature humaine, avez prononcé ce Nom de salut, inspirez-nous la façon de le prononcer ainsi qu’il est convenable, afin que tout respire en nous le salut que votre ventre nous a porté.
« Ma très chère fille, il fallait écrire la première lettre de cette année à Notre-Seigneur et à Notre-Dame ; et voici la seconde par laquelle, ô ma fille, je vous donne le bon an, et dédie notre cœur à la divine bonté. Que puissions-nous tellement vivre cette année, qu’elle nous serve de fondement pour l’année éternelle ! Du moins ce matin, sur le réveil, j’ai crié à vos oreilles : vive Jésus ! et eusse bien voulu épandre cette huile sacrée sur toute la face de la terre.
« Quand un baume est bien fermé dans une fiole, nul ne sait discerner quelle liqueur c’est, sinon celui qui l’y a mise ; mais quand on a ouvert la fiole, et qu’on en a répandu quelques gouttes, chacun dit : C’est du baume. Ma chère fille, notre cher petit Jésus était tout plein du baume de salut ; mais on ne le connaissait pas jusqu’à tant qu’avec ce couteau doucement cruel on a ouvert sa divine chair ; et lors on a connu qu’il est tout baume et huile répandue, et que c’est le baume de salut. C’est pourquoi saint Joseph et Notre-Dame, puis tout le voisinage, commencent à crier : Jésus, qui signifie Sauveur.
« Plaise à ce divin poupon de tremper nos cœurs dans son sang, et les parfumer de son saint Nom, afin que les roses .des bons désirs que nous avons conçus, soient toutes pourprées de sa teinture, et toutes odorantes de son onguent ! »

Le Pape Alexandre VII voulut composer lui-même la Collecte pour l’Office et la Messe du saint Prélat].

Conquérant pacifique des âmes, Pontife aimé de Dieu et des hommes, nous célébrons en vous la douceur de notre Emmanuel. Ayant appris de lui à être doux et humble de cœur, vous avez, selon sa promesse, possédé la terre. Rien ne vous a résisté : les sectaires les plus obstinés, les pécheurs les plus endurcis, les âmes les plus tièdes, tout a cédé aux charmes de votre parole et de vos exemples. Que nous aimons à vous contempler, auprès du berceau de l’Enfant qui vient nous aimer, mêlant votre gloire avec celle de Jean et des Innocents : Apôtre comme le premier, simple comme les fils de Rachel ! Fixez pour jamais notre cœur dans cette heureuse compagnie ; qu’il apprenne enfin que le joug de l’Emmanuel est doux, et son fardeau léger.

Réchauffez nos âmes au feu de votre charité ; soutenez en elles le désir de la perfection. Docteur des voies spirituelles, introduisez-nous dans cette Vie sainte dont vous avez tracé les lois ; ranimez dans nos cœurs l’amour du prochain, sans lequel nous ne pourrions espérer de posséder l’amour de Dieu ; initiez-nous au zèle que vous avez eu pour le salut des âmes ; enseignez-nous la patience et le pardon des injures, afin que nous nous aimions tous, non seulement de bouche et de parole, comme parle Jean votre modèle, mais en œuvre et en vérité Bénissez l’Église de la terre, au sein de laquelle votre souvenir est encore aussi présent que si vous veniez de la quitter pour celle du ciel ; car vous n’êtes plus seulement l’Évêque de Genève, mais l’objet de l’amour et de la confiance de l’univers entier.

Hâtez la conversion générale des sectateurs de l’hérésie Calviniste. Déjà vos prières ont avancé l’œuvre du retour ; et le Sacrifice de l’Agneau s’offre publiquement au sein même de Genève. Consommez au plus tôt le triomphe de l’Église-Mère. Extirpez du milieu de nous lès derniers restes de l’hérésie Jansénienne, qui se préparait à semer son ivraie dans la France, aux jours mêmes où le Seigneur vous retirait de ce monde. Purgez nos contrées des maximes et des habitudes dangereuses qu’elles ont héritées des temps malheureux où cette secte perverse triomphait dans son audace.

Bénissez de toute la tendresse de votre cœur paternel le saint Ordre que vous avez fondé, et que vous avez donné à Marie sous le titre de sa Visitation. Conservez-le dans l’état où il fait l’édification de l’Église ; donnez-lui accroissement, dirigez-le, afin que votre esprit se maintienne dans la famille dont vous êtes le père. Protégez l’Épiscopat dont vous êtes l’ornement et le modèle ; demandez à Dieu, pour son Église, des Pasteurs formés à votre école, embrasés de votre zèle, émules de votre sainteté. Enfin, souvenez-vous de la France, avec laquelle vous avez contracté des liens si étroits. Elle s’émut au bruit de vos vertus, elle convoita votre Apostolat, elle vous a donné votre plus fidèle coopératrice ; vous avez enrichi sa langue de vos admirables écrits ; c’est de son sein même que vous êtes parti pour aller à Dieu : du haut du ciel, regardez-la aussi comme votre patrie.

DEUXIÈME ENTRETIEN

 DE LA CONFIANCE ET ABANDONNEMENT

 L’on propose si une âme peut, ayant le sentiment de sa misère, aller à Dieu avec une grande confiance.

 

RÉPONSE

Non seulement l’âme qui a la connaissance de sa misère peut avoir une grande confiance en Dieu, mais elle ne peut avoir une vraie confiance qu’elle n’ait la connaissance de sa misère; car cette connaissance et confession de notre misère nous introduit devant Dieu. Aussi, tous les grands Saints, comme Job, David et autres, commençaient toutes leurs prières par la confession de leur misère et indignité; de sorte que c’est une très bonne chose de se reconnaître pauvre, vil et abject, et indigne de comparaître en la présence de Dieu. Ce mot tant célèbre entre les anciens : « Connais-toi toi-même, » encore qu’il s’entende connais la grandeur et excellence de ton âme, pour ne la point avilir et profaner en des choses indignes de sa noblesse, il s’entend aussi : Connais-toi toi-même, c’est-à-dire ton indignité, ton imperfection et misère. Plus nous sommes misérables, plus nous nous devons confier en la bonté et miséricorde de Dieu; car entre la miséricorde et la misère il y a une certaine liaison si grande, que l’une ne se peut exercer sans l’autre. Si Dieu n’eût point créé d’homme, il eût été vraiment toujours tout bon, mais il n’eût pas été actuellement miséricordieux, d’autant qu’il n’eût fait miséricorde à personne : car, à qui faire miséricorde sinon aux misérables ?

Vous voyez donc que tant plus nous nous connaissons misérables, et plus nous avons occasion de nous confier en Dieu, puisque nous n’avons rien de quoi nous confier en nous-mêmes. La défiance de nous-mêmes se fait par la connaissance de nos imperfections. Il est bien bon de se défier de soi-même, mais de quoi nous servirait-il de le faire, sinon pour jeter toute notre confiance en Dieu et nous attendre à sa miséricorde ?

Or, j’entends bien que ces choses qui arrivent ainsi entre nous autres ne sont pas des doutes et défiances de la miséricorde en ce qui regarde notre salut; mais c’est une honte et certaine confusion que nous avons d’approcher de Notre-Seigneur. Nous commettons des infidélités, et nous avons lu qu’il y a des grandes âmes, comme sainte Catherine de Sienne et la Mère Thérèse, qui, lorsqu’elles étaient tombées en quelque défaut, avaient de ces confusions, et notre amour-propre nous fait accroire que nous en devons aussi avoir; et nous disons : Hélas ! Seigneur, je n’oserai jamais m’approcher de vous, je suis si misérable ! Et tout cela n’est qu’un peu de satisfaction de l’amour-propre qui nous amuse. Je ne dis pas que ces confusions ne soient extrêmement bonnes quand elles sont bien appliquées. Vraiment, il est bien raisonnable qu’ayant offensé Dieu nous nous retirions un peu par humilité et demeurions confus, car si seulement nous avons offensé un ami, nous avons bien honte de l’aborder; mais il n’en faut pas demeurer là, car ces vertus d’humilité, d’abjection et de confusion sont des vertus mitoyennes, par lesquelles nous devons monter à l’union de notre âme avec son Dieu. Ce ne serait pas grand’chose de s’être anéanti et dépouillé de soi-même, ce qui se fait par ces actes de confusion, si ce n’était pour se donner tout à Dieu, ainsi que saint Paul nous l’enseigne quand il dit : Dépouillez-vous du vieil homme, et vous revêtez du nouveau ; d’autant qu’il ne faut pas demeurer nu, mais se revêtir de Dieu. Ce petit reculement ne se fait que pour mieux sauter et s’élancer en Dieu par un acte d’amour et de confiance, car il ne faut pas se confondre tristement ni avec inquiétude : c’est l’amour-propre qui donne ces confusions-là, parce que nous sommes marries de n’être pas parfaites, non tant pour l’amour de Dieu que pour l’amour de nous-mêmes.

Mais vous dites que vous ne sentez point cette confiance. Quand vous ne sentez pas, il en faut faire un acte et dire à Notre-Seigneur : Encore que je n’aie aucun sentiment de confiance en vous, je sais pourtant que vous êtes mon Dieu, que je suis toute vôtre, et n’ai espérance qu’en votre bonté; ainsi je m’abandonne toute en vos saintes mains Il est toujours en notre pouvoir de faire de ces actes et quoique nous y ayons de la difficulté, il n’y a pourtant pas de l’impossibilité, et c’est en ces occasions-là, parmi les difficultés, ou nous devons témoigner de la fidélité à Notre-Seigneur; car bien que nous les fassions sans goût ni aucune satisfaction, il ne s’en faut pas mettre en peine, puisque Notre-Seigneur les aime mieux ainsi. Et ne dites pas : Je les dis vraiment, mais ce n’est que de bouche; car si le cœur ne le voulait, la bouche n’en dirait pas un mot. Ayant fait cela, demeurez en paix, et sans faire attention sur votre trouble, parlez à Notre-Seigneur d’autre chose.

Voilà donc pour la conclusion de ce premier point, qu’il est très bon d’avoir de la confusion quand nous avons la connaissance et sentiment de notre misère et imperfection, mais qu’il ne faut pas s’arrêter là, ni tomber pour cela en découragement, ains relever son cœur en Dieu par une sainte confiance, de laquelle le fondement doit être en lui et non pas en nous; d’autant que, encore que nous changions, il ne change jamais, et demeure toujours aussi doux et miséricordieux quand nous sommes faibles et imparfaits que quand nous sommes forts et parfaits. J’ai accoutumé de dire que le trône de la miséricorde de Dieu c’est notre misère : il faut donc, d’autant que notre misère sera plus grande, avoir une plus grande confiance, car la confiance est la vie de l’âme ôtez-lui la confiance, vous lui donnez la mort.

Maintenant passons à l’autre question, qui est de l’abandonnement de soi-même, et quel doit être l’exercice de l’âme abandonnée. Il y a deux vertus, dont l’une est la fin de l’autre se dépouiller pour s’abandonner. Or il faut savoir qu’abandonner notre âme et nous délaisser nous-mêmes, n’est autre chose que de quitter et nous défaire de notre propre volonté pour la donner à Dieu; car, comme j’ai déjà dit, il ne nous servirait de guère de nous renoncer et délaisser nous-mêmes, si ce n’était pour nous unir parfaitement à la divine Majesté. Ce n’est donc que pour cela qu’il faut faire cet abandonnement, lequel autrement serait inutile et ressemblerait ceux des anciens philosophes qui ont fait des admirables abandonnements de toutes choses et d’eux-mêmes, par une vaine prétention de s’adonner à la philosophie comme Épictète, l’un des plus grands et renommés de cette sorte, lequel était esclave de condition. Or, à cause de sa grande sagesse, l’on le voulut affranchir; mais lui, par un renoncement le plus extrême de tous, ne voulut point de sa liberté, et demeura ainsi volontairement en son esclavage, avec une telle pauvreté qu’après sa mort on ne lui trouva rien qu’une lampe, qui fut vendue bien cher, par manière de relique, à cause qu’elle avait été à un si grand homme. Mais nous autres ne nous voulons abandonner sinon pour nous laisser tout à la merci de la bonté de Dieu.

Il y a beaucoup de gens qui disent à Notre-Seigneur Je me donne tout à vous et ne veux rien réserver; mais il y en a fort peu qui embrassent la pratique de cet abandonnement, lequel n’est autre chose qu’une parfaite indifférence à recevoir les évènements selon qu’ils arrivent par ordre de la Providence divine : recevoir également l’affliction comme la consolation, la maladie comme la santé, la pauvreté, le mépris et l’opprobre comme les richesses, l’honneur et la gloire. Je dis avec la partie supérieure de notre âme, car il n’y a point de doute que l’inférieure et inclination naturelle tendra toujours plutôt du côté de l’honneur que du mépris, de la richesse que de la pauvreté; bien que nul ne puisse ignorer que le mépris, l’abjection et la pauvreté ne soient plus agréables à Dieu que l’honneur et la possession de beaucoup de richesses.

Or, pour faire cet abandonnement, il faut obéir à la volonté de Dieu signifiée et à la volonté de son bon plaisir : l’un se fait par manière de résignation, et l’autre par manière d’indifférence. La volonté de Dieu signifiée, ce sont ses Commandements, ses conseils, ses inspirations, nos Règles et les ordonnances de nos Supérieurs. La volonté de son bon plaisir, ce sont les évènements des choses que nous ne pouvons pas prévoir, comme par exemple : je ne sais pas si je mourrai demain; si je tombe malade à la mort, je vois que c’est le bon plaisir de Dieu, et partant je m’abandonne à son bon plaisir et meurs de bon cœur. De même, je ne sais pas si l’année qui vient tous les fruits de la terre seront tempêtés : s’il arrive qu’ils le soient, il est tout évident que c’est le bon plaisir de Dieu. Des exemples plus familiers et convenables à notre condition il arrivera que vous n’aurez pas de la consolation en vos exercices; il est évident que c’est le bon plaisir de Dieu, c’est pourquoi il faut demeurer avec une entière indifférence entre la désolation et la consolation. Ou bien l’on nous donnera un habit moins agréable que celui que nous avions accoutumé de porter, la robière a fait cela de bonne foi; il est tout certain que le bon plaisir de Dieu est que vous ayez cette robe, et partant il la faut recevoir avec indifférence. L’on vous donnera au réfectoire quelque viande hors de votre goût; cela sans doute est le bon plaisir de Dieu, il faut donc la manger avec indifférence, je dis quant à la volonté. De même des caresses et témoignages d’amitié : si une personne ne nous caresse point, il faut penser que tel est le bon plaisir de Dieu, et qu’elle est occupée à quelque chose de meilleur; à quel propos donc vouloir qu’elle se rende attentive à nous caresser? Que si elle le fait, il faut aussi croire que c’est le bon plaisir de Dieu, et le bénir de cette petite consolation qu’il nous donne.

Il y a des choses esquelles il faut joindre la volonté de Dieu signifiée à celle de son bon plaisir : comme si je tombe malade d’une fièvre, je vois en cet évènement que le bon plaisir de Dieu est que je demeure en indifférence de la santé ou de la maladie; mais la volonté de Dieu signifiée est que j’appelle le médecin et que j’applique tous les remèdes que je puis (je ne dis pas les plus exquis, mais ceux que je puis bonnement), car Dieu nous le signifie en ce qu’il donne la vertu aux plantes et aux remèdes, la Sainte Écriture nous l’enseigne en plusieurs endroits et la sainte Église l’ordonne. Or maintenant, que la maladie surmonte le remède ou le remède surmonte le mal, il en faut être en parfaite indifférence, en telle sorte que si la maladie et la santé étaient devant vous et que Notre-Seigneur vous dît: Si tu choisis la santé je ne t’en ôterai pas un grain de ma grâce, si tu choisis la maladie je ne te l’augmenterai pas aussi de rien du tout, mais au choix de la maladie il y a un peu plus de mon bon plaisir; alors, l’âme qui s’est entièrement délaissée et abandonnée entre les mains de Notre-Seigneur choisira sans doute la maladie, pour cela seulement qu’il y a un peu plus du bon plaisir de Dieu; oui même quand ce serait pour demeurer toute sa vie dans un lit, sans faire autre chose que souffrir, elle ne voudrait pour rien du monde désirer un autre état que celui-là. Ainsi les Saints qui sont au Ciel ont une telle union à la volonté de Dieu, que s’il y avait un peu plus de son bon plaisir en enfer, ils quitteraient le Paradis pour y aller.

Cet état du délaissement de nous-mêmes comprend aussi d’être abandonné au vouloir de Dieu en toutes tentations, aridités, sécheresses, aversions et répugnances qui arrivent en la vie spirituelle; car en toutes ces choses l’on y voit le bon plaisir de Dieu, quand elles n’arrivent pas par notre défaut, et qu’il n’y a pas du péché. Car, tandis que nous ne favorisons point nos aversions, elles nous sont une tribulation laquelle il faut souffrir comme une autre. Mais il faut au commencement examiner la source de notre aversion, qui souvent se trouve procéder de notre imperfection; parce que quand le mal est connu, il est plus facile à guérir, et l’ayant reconnu, il faut mortifier la passion d’où il procède.

Or, en toutes aversions, il faut observer de ne diminuer point les actes de charité envers la personne à laquelle nous avons aversion; il la faut servir, lui parler, la caresser, non seulement comme si nous ne lui en avions point, mais davantage; et en cela nous témoignerons notre fidélité à Dieu et obéirons à sa volonté signifiée, qui est que, contre toute notre répugnance, nous nous surmontions, ainsi que j’ai dit, à la caresser. Et qui vous empêchera de lui dire que vous l’aimez comme votre propre cœur et que vous souffrez beaucoup de peine de lui avoir de l’aversion ? Je dis si c’est une de nos Sœurs et à une Professe, car une Novice ne serait peut-être pas encore capable de savoir que vous lui en ayez. Ce serait certes un grand mal qu’une Sœur ancienne ne reçût pas de bon cœur et avec compassion la pauvre Sœur qui lui a dit sa peine et son aversion, puisqu’elle vient à elle avec tant de confiance, et vu qu’elle n’en peut mais, et en voudrait bien être exempte, si c’était le bon plaisir de Dieu. Or, ayant appliqué ces remèdes, ne vous mettez point en peine, mais souffrez de bon cœur, sans désirer d’être délivrée de votre affliction, demeurant soumise au bon plaisir de Dieu, qui est que vous soyez ainsi exercée.

Il arrive quelquefois que l’on a de l’aversion non pas aux personnes, mais aux actions d’icelles. Celles-ci sont les moins mauvaises, quoique toujours il y ait de l’imperfection : car si quelqu’un fait quelque chose qui n’est pas bien, il faut le regarder avec compassion, et non pas en concevoir de l’aversion. Un exemple : il y en a qui ont une grande inclination à la propreté, et concevront de l’aversion contre une personne malpropre, et feront une correction plus âpre pour cette messéance que non pas pour quelque grand péché; cela est une grande imperfection. Mais si elle avait de l’aversion également à tout ce qu’elle verrait faire qui offenserait Dieu, cela proviendrait d’un bon zèle ; néanmoins, il serait par après dangereux de passer de l’aversion de l’action à l’aversion de la personne; et en cette sorte, encore que pour l’ordinaire elle n’ôte pas la charité, elle en ôte la suavité.

Or, ce n’est pas à dire que quand l’aversion est un peu forte nous puissions toujours parler avec la même allégresse que si nous avions une amitié suave; car si bien il est en notre pouvoir de parler et faire toutes autres actions, il ne nous est pas pourtant possible de les faire avec un visage aussi gracieux que si nous n’avions point cette difficulté. C’en est de même comme d’une personne mélancolique; car il est en son pouvoir de chanter, de se promener, de dire des paroles de récréation, mais elle ne peut pas faire tout cela de l’air ni de la grâce qu’elle ferait si elle n’était mélancolique aussi ne faut-il pas requérir cela ni de l’une ni de l’autre, car il ne serait pas à propos. Or, quand il ne s’ensuit point d’autre chose de nos aversions, sinon qu’en parlant à cette personne nous ne sommes pas du tout si gais, ou que nous détournons un peu nos yeux de dessus elle cela n’est pas grand cas; il y a seulement matière d’abaissement et d’humiliation, mais non pas de confession. De même, si je suis obligé de reprendre et avertir cette personne de quelque défaut, et qu’ayant dressé mon intention de le faire avec charité, il m’arrive néanmoins en parlant un peu de sentiment cela n’est point péché et est presque inévitable à tout le monde; un simple abaissement devant Dieu suffit pour réparer cette faute. Mais si notre aversion continue et que nous fassions quelque action ou disions des paroles par ce motif, alors il y a du mal, car, depuis que le coeur le pousse jusqu’à la bouche, c’est signe que la volonté est coupable et qu’elle n’a pas réprimé le premier mouvement.

Maintenant vous demandez en quoi s’occupe intérieurement cette âme qui est toute abandonnée entre les mains de Dieu? Elle ne fait rien, sinon demeurer auprès de Notre-Seigneur en une sainte oisiveté, sans avoir souci d’aucune chose, non pas même de son corps ni de son âme; car puisqu’elle s’est embarquée sous la Providence de Dieu, qu’a-t-elle à faire de penser qu’elle deviendra? Notre-Seigneur auquel elle s’est toute délaissée y pensera assez. Je n’entends pas pourtant de dire qu’il ne faille pas penser ès choses esquelles nous sommes obligées, chacune selon sa charge. Par exemple : si l’on a donné à une Soeur le soin du jardin, il ne faut pas qu’elle dise : Je n’y veux pas penser, Notre-Seigneur y prouvoira bien. De même une Supérieure, une Maîtresse des Novices, il ne faut pas que, sous ombre de dire : je me suis abandonnée à Dieu et me repose en son soin, elles négligent de lire et d’apprendre les enseignements qui sont propres pour l’exercice de leurs charges.

Vous me dites à cette heure : il faut avoir une grande confiance pour s’abandonner ainsi sans aucune réserve. — Il est vrai; mais aussi, quand nous abandonnons tout, Notre-Seigneur prend soin de tout et conduit tout. Que si nous réservons quelque chose de quoi nous ne nous confions pas en lui, il nous la laisse, comme s’il disait Vous pensez être assez sage pour faire cette chose-là sans moi? je vous la laisse gouverner, mais vous verrez bien comme vous vous en trouverez. Celles qui sont dédiées à Dieu en la Religion doivent tout abandonner sans aucune réserve. Sainte Madeleine, qui s’était toute abandonnée à la volonté de Notre-Seigneur, demeurait à ses pieds et l’écoutait tandis qu’il parlait ; et lorsqu’il cessait de parler, elle cessait aussi d’écouter, mais elle ne bougeait pourtant d’auprès de lui. Ainsi cette âme qui s’est délaissée, elle n’a autre chose à faire qu’à demeurer entre les bras de Notre-Seigneur, comme un enfant dans le sein de sa mère, lequel, quand elle le met pour cheminer, il chemine jusques à tant que sa mère le reprenne, et quand elle le veut porter il lui laisse faire. Il ne sait point ni ne pense point où il va, mais il se laisse porter et mener où il plaît à sa mère : cette âme se laisse porter quand elle aime la volonté du bon plaisir de Dieu en tout ce qui lui arrive, et chemine néanmoins quand elle fait avec grand soin tout ce qui est de la volonté de Dieu signifiée.

Vous dites maintenant s’il est bien possible que notre volonté soit tellement morte en Dieu, que nous ne sachions plus ce que nous voulons ou ce que nous ne voulons pas? — Il n’arrive jamais, pour abandonnés que nous soyons, que notre franchise et la volonté de notre libéral arbitre ne nous demeurent, de sorte qu’il nous vient toujours quelque désir et quelque volonté; mais ce ne sont pas des volontés absolues ni des désirs formés, car sitôt qu’une âme qui s’est délaissée en Dieu aperçoit en elle quelque volonté, elle la fait incontinent mourir dans la volonté de Dieu.

Or, pour répondre à ce que vous demandez, si une âme encore bien imparfaite pourrait bien demeurer utilement devant Dieu en l’oraison avec cette simple attention à sa sainte présence, si Dieu vous y met, vous y pouvez bien demeurer; car il arrive assez souvent que Notre-Seigneur donne ces quiétudes et tranquillités à des âmes qui ne sont pas encore bien purgées. Mais tandis qu’elles ont encore besoin de se purger, elles doivent, hors de l’oraison, faire les remarques et les considérations nécessaires à leur amendement; car, quand bien Dieu les tiendrait toujours fort recueillies, il leur reste encore assez de liberté pour discourir avec l’entendement sur plusieurs choses indifférentes : pourquoi donc ne pourront-elles pas considérer et faire des résolutions pour la pratique des vertus? Il y a des personnes fort parfaites auxquelles Notre-Seigneur ne donne jamais de ces douceurs ni de ces quiétudes, qui font toutes choses avec la supérieure partie, et font mourir leur volonté dans la volonté de Dieu à vive force et avec la pointe de la raison : et cette mort ici est la mort de la croix, laquelle est beaucoup plus excellente et plus généreuse que l’autre, que l’on peut plutôt appeler un endormissement qu’une mort; car cette âme qui s’est embarquée dans le sein de la providence de Dieu, se laisse aller et voguer doucement, comme une personne qui, dormant dans un vaisseau, sur une mer tranquille, ne laisse pas d’avancer. Cette sorte de mort ainsi douce se donne par manière de grâce, et l’autre se donne par manière de mérite.

Vous voulez encore savoir quel fondement doit avoir notre confiance. — Il faut qu’elle soit fondée sur l’infinie bonté de Dieu et sur les mérites de la Mort et Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec cette condition de notre part, que nous ayons et connaissions en nous une entière et ferme résolution d’être tout à Dieu, et de nous tout abandonner, sans aucune réserve, à sa Providence; car de lui dire : Je me confie en vous, mais je ne veux pas être toute vôtre, il n’y aurait pas de la raison. Mais je désire que vous remarquiez que je ne dis pas qu’il faille sentir cette résolution d’être toute à Dieu, mais seulement qu’il la faut avoir et connaître en nous; parce qu’il ne faut pas s’amuser à ce que nous sentons ou que nous ne sentons pas, car la plupart de nos sentiments et satisfactions ne sont que des amusements de notre amour-propre. Il ne faut pas entendre aussi qu’en toutes ces choses ici, de l’abandonnement et de l’indifférence, nous n’ayons jamais des désirs contraires à la volonté de Dieu et que notre nature ne répugne aux évènements de son bon plaisir; cela peut toujours arriver. Ce sont des vertus qui font leur résidence en la partie supérieure de l’âme, l’inférieure pour l’ordinaire n’y entend rien; il n’en faut faire nul état, mais, sans regarder à ce qu’elle veut, il faut embrasser cette volonté divine et nous y unir, mal gré qu’elle en ait.

Il y a peu de personnes qui arrivent à ce degré de parfait délaissement d’elles-mêmes, mais nous y devons néanmoins tous prétendre, chacun selon sa capacité et petite portée.

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Dimanche de la Septuagésime

28 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche de la Septuagésime

Introït

Les gémissements de la mort m’ont environné, les douleurs de l’enfer m’ont entouré ; dans mon affliction j’ai invoqué le Seigneur, et de son saint temple, il a entendu ma voix. Je vous aimerai, Seigneur, vous qui êtes ma force ; le Seigneur est mon ferme appui, et mon libérateur.

Collecte

Nous vous en supplions, Seigneur, écoutez avec clémence les prières de votre peuple, afin que nous qui sommes justement affligés pour nos péchés, nous soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre nom.

Épitre 1 Cor. 9, 24-27 ; 10, 1-5

Mes Frères : Ne le savez-vous pas ? Dans les courses du stade, tous courent, mais un seul emporte le prix. Courez de même, afin de le remporter. Quiconque veut lutter, s’abstient de tout : eux pour une couronne périssable ; nous, pour une impérissable. Pour moi, je cours de même, non comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. Car je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous traversé la mer, et qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer ; qu’ils ont tous mangé le même aliment spirituel, et qu’ils ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ. Cependant ce n’est pas dans la plupart d’entre eux que Dieu trouva son plaisir.

Évangile Mt. 20, 1-16

En ce temps là, Jésus dit à ces disciples cette parabole : le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit de grand matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Étant convenu avec les ouvriers d’un denier par jour, il les envoya à sa vigne. Il sortit vers la troisième heure, en vit d’autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, et leur dit : "Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste." Et ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la même chose. Étant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d’autres qui stationnaient, et il leur dit : "Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire ?" Ils lui disent : "C’est que personne ne nous a embauchés." Il leur dit : "Allez, vous aussi, à la vigne." Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : "Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu’aux premiers." Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu’ils recevraient davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : "Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur." Mais lui, s’adressant à l’un d’eux, répondit : "Ami, je ne te fais point d’injustice : n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon ? Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers."

Secrète

Ayant agréé nos offrandes et nos prières, purifiez-nous grâce à ces mystères tout célestes, nous vous en supplions, Seigneur, et exaucez-nous avec clémence.

Postcommunion

Que vos fidèles, ô Dieu, soient affermis par vos dons, afin qu’en les recevant ils les recherchent encore et qu’en les recherchant ils les reçoivent sans fin.

Office

1er Nocturne

1ère leçon

Commencement du livre de la Genèse

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Mais la terre était informe et nue, et des ténèbres étaient sur la face d’un abîme, et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux. Or Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. Et Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Et il appela la lumière, Jour, et les ténèbres, Nuit ; et d’un soir et d’un matin se fit un jour unique. Dieu dit encore : Qu’un firmament soit fait entre les eaux, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient sur le firmament. Et il fut fait ainsi. Or Dieu nomma le firmament, Ciel ; et d’un soir et d’un matin se fit un second jour.

2e leçon

Dieu dit ensuite : Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que la partie aride paraisse. Or Dieu nomma la partie aride, Terre, et les amas d’eaux, il les appela Mer. Et Dieu vit que cela était bon. Et il dit : Que la terre produise de l’herbe verdoyante et faisant de la semence, et des arbres fruitiers, faisant du fruit selon leur espèce, dont la semence soit en eux-mêmes sur la terre. Et il fut fait ainsi. Et la terre produisit de l’herbe verdoyante et faisant de la semence selon son espèce, et des arbres faisant du fruit, et ayant chacun de la semence selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Et d’un soir et d’un matin, se fit un troisième jour. Dieu dit aussi : Qu’il soit fait des luminaires dans le firmament du ciel, et qu’ils séparent le jour et la nuit, et qu’ils servent de signes pour [marquer], et les temps, et les jours, et les années ; qu’ils luisent dans le firmament du ciel, et qu’ils éclairent la terre. Et il fut fait ainsi. Dieu fit donc deux grands luminaires l’un plus grand, pour présider au jour ; l’autre moins grand, pour présider à la nuit ; et les étoiles. Et il les plaça dans le firmament du ciel pour luire sur la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. Et d’un soir et d’un matin se fit un quatrième jour.

3e leçon

Dieu dit encore : Que les eaux produisent des reptiles d’une âme vivante, et des volatiles sur la terre, sous le firmament du ciel. Dieu donc créa les grands poissons, et toute âme vivante et ayant le mouvement, que les eaux produisirent selon leurs espèces, et tout volatile selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Il les bénit, disant : Croissez et multipliez-vous, et remplissez les eaux de la mer ; et que les oiseaux se multiplient sur la terre. Et d’un soir et d’un matin se fit un cinquième jour. Dieu dit aussi : Que la terre produise des âmes vivantes selon leur espèce, des animaux domestiques, des reptiles et des bêtes de la terre selon leurs espèces. Et il fut fait ainsi. Dieu fit donc les bêtes de la terre selon leurs espèces, les animaux domestiques et tout les reptiles de la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Il dit ensuite : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les volatiles du ciel, et sur les bêtes, et sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui se meuvent sur la terre.

2e Nocturne

4e leçon

Du Manuel de saint Augustin, Évêque.

Dieu avait menacé l’homme de le punir de mort, s’il venait à pécher ; il lui avait fait don du libre arbitre, mais tout en le tenant sujet à son commandement, et en excitant en lui la crainte de sa ruine. Il le plaça dans un jardin de délices, qui n’était que l’ombre d’une vie meilleure, où il serait parvenu s’il avait conservé la justice. Exilé de l’Eden après sa faute, le premier homme enchaîna à la peine de la mort et à la réprobation tous ses descendants, corrompus en sa personne comme dans leur source, de telle sorte que toute la race qui devait naître de lui et de son épouse (condamnée comme lui, après l’avoir porté au péché) contracta la faute originelle, et mérita d’être entraînée parmi des erreurs et des douleurs de toute espèce, jusqu’au supplice sans fin avec les anges infidèles, ses corrupteurs, ses maîtres et les compagnons de son malheureux sort.

5e leçon

« C’est ainsi que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et, avec le péché, la mort, qui a passé à tous les hommes, par celui en qui tous ont péché. »] Ce que l’Apôtre appelle ici le monde, c’est l’humanité entière. Tel était donc l’état des choses. Toute la masse du genre humain, condamnée, était plongée dans le malheur, ou plutôt se voyait entraînée et précipitée de maux en maux. Associé aux anges coupables, l’homme subissait les peines très méritées de son impie prévarication.

6e leçon

Car il faut considérer comme une conséquence de la juste colère de Dieu, les désordres auxquels les méchants sont portés par l’attrait d’une concupiscence aveugle et sans frein, ainsi que les maux visibles ou invisibles qu’ils souffrent malgré eux. Cependant la bonté du Créateur n’a pas cessé de se manifester envers les mauvais anges, en leur conservant la vie et la puissance toujours active sans laquelle ils cesseraient d’être ; comme envers les hommes en en propageant la race, bien qu’issue d’une souche viciée et condamnée. Il forme leur corps qu’il anime du souffle de la vie ; il dispose leurs membres qu’il met en harmonie avec les différents âges ; il entretient la vivacité de leurs sens, suivant la disposition des organes ; il leur fournit des aliments. Dans sa sagesse, il a mieux aimé tirer le bien du mal, que de ne pas permettre qu’il arrivât aucun mal.

3e Nocturne

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Il est dit que le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui loue des ouvriers pour cultiver sa vigne. Or, qui peut être plus justement représenté par le père de famille que notre Créateur, qui gouverne ceux qu’il a créés, et qui possède ses élus dans ce monde, comme un maître a ses serviteurs dans sa maison ? Il possède une vigne, à savoir l’Église universelle, qui a poussé autant de sarments qu’elle a produit de saints, depuis le juste Abel, jusqu’au dernier élu devant naître à la fin du monde.

8e leçon

Ce divin père de famille loue donc des ouvriers pour cultiver sa vigne, dès la pointe du jour, à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième et à la onzième ; parce qu’il ne cesse point, depuis le commencement de ce monde jusqu’à la fin, de réunir des prédicateurs pour enseigner les fidèles. Le matin du monde peut s’entendre du temps qui s’est écoulé depuis Adam jusqu’à Noé ; la troisième heure, de Noé à Abraham ; la sixième, d’Abraham à Moïse ; la neuvième, de Moïse à la venue du Sauveur, et la onzième, depuis la venue du Sauveur jusqu’à la fin du monde. Les Apôtres ont été envoyés pour prêcher en cette dernière heure, et quoique venant si tard, ils ont reçu un salaire entier.

9e leçon

Le Seigneur ne cesse donc en aucun temps d’envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne, c’est-à-dire pour instruire son peuple. Par les Patriarches d’abord, ensuite par les Docteurs de la loi et les Prophètes, et enfin par les Apôtres, il a consacré tous ses soins à sanctifier son peuple. Il a travaillé, pour ainsi dire, à la culture de sa vigne, par l’entremise de ces ouvriers que nous avons énumérés ; mais cela n’empêche pas que tous ceux qui, avec une foi correcte, se sont appliqués et ont exhorté à faire le bien, ne puissent être considérés aussi (chacun dans sa mesure et à un certain degré), comme les ouvriers de cette vigne. Ceux de la première heure, ainsi que ceux de la troisième, de la sixième et de la neuvième, désignent l’ancien peuple hébreu qui, depuis le commencement du monde, s’efforçant, en la personne de ses saints, de servir Dieu avec une foi droite, n’a pour ainsi dire pas cessé de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure les Gentils sont appelés, c’est à eux que s’adressent ces paroles « Pourquoi êtes-vous ici tout le jour sans rien faire ? »

 

 

Aujourd'hui, mes frères, nous célébrons le commencement de la septuagésime dont le nom est assez connu dans l'Eglise entière. Eh bien, mes très-chers frères, je vous dirai que ce nom me cause plusieurs souffrances dans l'âme. D'abord je suis ému jusqu'au fond du cœur, au souvenir de cette patrie où tout excède tout nombre, toute mesure et tout poids, après laquelle je soupire ardemment. Combien de temps encore ne recevrai-je tous les biens de l'âme et du corps qu'avec poids, nombre et mesure ! combien n'y a-t-il point de mercenaires dans la maison de mon père, qui ont du pain en abondance, tandis que moi, je meurs de faim ? Car, c'est du pain matériel qu'il a été dit à Adam et que la malédiction est passée jusqu'à nous : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front », et lorsque j'ai travaillé, on me pèse le pain qu'on me donne, on me mesure mon breuvage, et mes autres aliments me sont comptés. Oui, voilà comment sont les choses en cette vie du corps. Comment sont-elles dans celle de l'âme ? Je ne mange qu'après avoir soupiré ; et encore, plût à Dieu que je reçusse quelques débris du céleste festin même, après que j'ai gémi et pleuré, et que, semblable à un petit chien, je pusse ramasser les miettes qui tombent de la table de mes maîtres ! O Jérusalem, cité du grand Roi qui te nourrit du plus pur froment, et que le cours d'un fleuve remplit de gaîté ! Dans tes murs, il n'y a plus ni poids ni mesure, tout est satiété, abondance extrême. Tu ne connais même point de nombre, attendu qu'en toi tous participent au même bien. Mais moi, qui suis tout entier dans le changement et dans le nombre, quand me sera-t-il donné d'arriver à cette cité que je recherche de tous mes vœux ? quand, Seigneur, votre gloire se manifestera-t-elle à moi et en serai-je rassasié ? Quand m'enivrerai-je de l'abondance de votre demeure, et me désaltérerai-je au torrent de vos voluptés ? Car maintenant les gouttes qui en tombent sur la terre sont si petites, que c'est à peine si je puis avaler ma propre salive.

Oui, mes frères, il est très-vrai que maintenant tout nous est donné avec poids, avec mesure et avec nombre ; mais un jour viendra qu'il n'en sera plus ainsi. En effet, pour ce qui est du nombre, nous lisons quelque part : « La sagesse est sans nombre. » Quant au poids, entendez l'Apôtre nous parler d'un poids où il n'y a plus de poids, « d'un poids excessif et éternel d'une souveraine et incomparable gloire ». L'entendez-vous, un poids éternel, mais un poids excessif, comme il a soin de le dire auparavant ? Et Jésus-Christ, ne l'entendez-vous point promettre une mesure sans mesure ; « une mesure bien foulée, bien pressée, et qui se répandra par-dessus les bords » ? Mais quand verrons-nous ces choses ? Sans doute quand nous serons arrivés au terme de la présente septuagésime, je veux dire à la fin de notre captivité. Nous lisons, en effet, que pour les enfants d'Israël, le terme marqué à leur captivité de Babylone, fut une septuagésime d'années. En effet, quand elle se fut écoulée, ils revinrent dans leurs foyers, le temple fut relevé de ses ruines, et leur ville fut rebâtie. Mais nous, mes frères, quand finira cette autre captivité qui dure depuis le commencement du monde ? quand en verrons-nous tomber les liens ? Quand se relèvera pour nous la sainte Jérusalem ? Ce sera sans doute à la fin de cette septuagésime qui se compose du nombre dix et du nombre sept, à cause des dix commandements de Dieu qui nous ont été faits et des sept obstacles qui retardent notre marche dans la voie de ces commandements.

Le premier obstacle que nous rencontrons et qui absorbe une partie de notre temps, ce sont les nécessités de ce misérable corps ; qui doute, en effet, que nous soyons fréquemment détournés des exercices spirituels, par le besoin de prendre du sommeil, de la nourriture, des vêtements et le reste ? En second lieu, nous sommes encore retenus par les vices de l'âme, tels que la légèreté, les soupçons, les mouvements d'impatience et d'envie, le désir de la louange et le reste que nous éprouvons tous les jours en nous. Le troisième et le quatrième obstacle consistent dans les prospérités et dans les adversités de ce monde. Car, de même que le corps, parce qu'il est corruptible, appesantit l'âme, ainsi notre habitation terrestre pèse, sur un esprit qui songe à mule choses à la fois. Prenez donc doublement garde de tomber dans les filets de la tentation, et cherchez les armes de la justice, pour la repousser, à droite et à gauche. Le cinquième, le plus grave et le plus redoutable obstacle, se trouve dans l'ignorance. En mille circonstances, en effet, nous ne savons point ce que nous devons faire, si bien que nous ignorons même ce que nous devons demander à Dieu dans la prière, pour le prier comme on doit le faire. Le sixième obstacle est la présence de notre ennemi, qui tourne autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer. Plût au ciel que nous en fussions quittes pour ces six obstacles à surmonter, et que le septième ne nous atteignît point, et que nous n'eussions aucun péril à redouter des faux frères. Oui plût à Dieu que nous n'eussions à essuyer d'assaut, que des esprits malins avec leurs suggestions, et que les hommes ne pussent nous nuire par leurs pernicieux exemples, par leurs conseils importuns, par leurs paroles flatteuses on. médisantes, et de mille autres manières encore.

Vous voyez combien il nous est nécessaire, pour triompher de ces sept obstacles qui s'opposent à notre marche, que nous soyons aidés des sept dons du Saint-Esprit. C'est donc à cause de ces sept obstacles, qui nous retardent dans la voie des commandements de Dieu, que nous passons le temps dans les larmes de la pénitence, le temps de la Septuagésime, pendant lequel nous cessons de chanter le solennel Alléluia, et nous reprenons, dès le commencement, la lamentable histoire de la chute de l'homme.

Saint Bernard, premier sermon pour le dimanche de la Septuagésime.

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