Dimanche dans l’Octave de la Nativité
Introït
Tandis que tout reposait dans le silence, et que la nuit, dans sa course, était au milieu de son chemin, votre parole toute-puissante, Seigneur, vint des cieux du trône royal. Le Seigneur a régné et a été revêtu de gloire ; le Seigneur a été revêtu et s’est ceint de force.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, imprimez à nos actes une direction conforme à votre bon plaisir, afin qu’au nom de votre Fils bien-aimé, nous méritions de produire en abondance les fruits des bonnes œuvres.
Épitre Ga. 4, 1-7.
Mes frères : Aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, quoiqu’il soit le maître de tout ; mais il est soumis à des tuteurs et à des curateurs jusqu’au temps marqué par le père. De même, nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions sous l’esclavage des rudiments du monde. Mais lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, né sous la Loi, pour affranchir ceux qui sont sous la Loi, afin de nous conférer l’adoption. Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, tu es fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier grâce à Dieu.
Évangile Lc. 2, 33-40
En ce temps là : Joseph et Marie, la mère de Jésus, étaient dans l’étonnement pour les choses que l’on disait de lui. Et Siméon les bénit, et il dit à Marie, sa mère : "Voici qu’il est placé pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction, — vous-même, un glaive transpercera votre âme, — afin que soient révélées les pensées d’un grand nombre de cœurs." Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d’Aser ; elle était fort avancée en âge, ayant vécu, depuis sa virginité, sept ans avec son mari, et veuve jusqu’à quatre-vingt-quatre ans. Elle ne quittait point le temple, servant Dieu nuit et jour par des jeûnes et des prières. Survenant à cette heure, elle se mit à louer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce qui était selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. L’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Secrète
Accordez-nous, Dieu tout-puissant, que ce don mis sous les yeux de votre majesté, nous obtienne la grâce d’une fervente piété et nous acquière la possession de la béatitude éternelle.
Postcommunion
Faites, ô Seigneur, que par la vertu de ce mystère sacré, nos fautes soient éffacées et nos justes désirs accomplis.
Office
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Léon, Pape.
Quatrième leçon. La grandeur des œuvres divines est, mes très chers frères, bien au-dessus des ressources de l’éloquence humaine, et la difficulté de s’exprimer vient ici de la raison même qui nous défend de garder le silence ; car ces paroles du Prophète : « Qui racontera sa génération ? » se doivent entendre non seulement de la divine essence de Jésus-Christ, mais aussi de la nature humaine qui est en lui. Si la foi ne croit que ces deux natures sont unies dans une seule personne, la parole ne peut l’expliquer. Aussi ce sujet de louanges est-il intarissable, parce que le talent de celui qui loue reste toujours insuffisant.
Cinquième leçon. Réjouissons-nous de l’impuissance où nous sommes de parler dignement de ce grand mystère de miséricorde ; et, si nous ne pouvons bien pénétrer la profondeur des mystères de notre rédemption, estimons-nous heureux d’être vaincus par l’immensité d’un tel bienfait. Personne, en effet, n’approche plus de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, lors même qu’on avance beaucoup, il reste toujours beaucoup à chercher. Car celui qui a la présomption de croire être parvenu où il tendait, n’a pas trouvé ce qu’il cherchait : il n’a fait que s’arrêter dans ses recherches.
Sixième leçon. Cependant, ne nous laissons pas troubler à la pensée des limites étroites dans lesquelles nous resserre notre faiblesse. Les paroles de l’Évangile et des Prophètes viennent à notre secours : éclairés par leur lumière, nous apprenons à considérer la Nativité du Seigneur, ce mystère du Verbe fait chair, moins comme le souvenir d’un événement passé, que comme un fait qui se passe sous nos yeux. En effet, ce que l’Ange vint annoncer aux pasteurs qui veillaient à la garde de leurs troupeaux, nous l’avons entendu nous-mêmes. Nous sommes en ce moment à la tête des ouailles du Seigneur, parce que nous conservons au fond de notre cœur les paroles qui ont été dites de la part de Dieu ; c’est comme si l’on nous disait encore, en la solennité d’aujourd’hui : « Je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : c’est qu’il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ et le Seigneur. »
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Septième leçon. Vous voyez que la grâce du Seigneur est abondamment communiquée à tous par la naissance du Sauveur, et que la prophétie est refusée aux incrédules, mais non pas aux justes. Car voilà Siméon qui prophétise que notre Seigneur Jésus-Christ est venu pour la ruine et la résurrection d’un grand nombre ; pour discerner les mérites des justes et des impies ; puis, en juge juste et véritable, nous décerner des récompenses ou nous infliger des supplices, selon nos œuvres.
Huitième leçon. « Et un glaive traversera votre âme. » Ni l’écriture, ni l’histoire ne nous enseignent que Marie soit morte de mort violente. De plus, ce n’est pas l’âme, mais le corps, que peut transpercer une épée matérielle. Aussi, cela prouve que la sagesse de Marie n’ignorait pas le mystère céleste. « Car la parole de Dieu est vivante, efficace et plus pénétrante que le glaive le plus tranchant ; elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles, et elle scrute les pensées du cœur, et les secrets des âmes ; car tout est à nu et à découvert devant le Fils de Dieu », à qui les secrets des consciences n’échappent pas.
Neuvième leçon. Ainsi donc Siméon prophétisa ; une vierge avait déjà prophétisé ; une femme unie à un époux avait aussi prophétisé ; il fallait encore qu’une veuve prophétisât, afin que toute profession, et tout sexe rendît témoignage à Jésus-Christ. Et c’est pourquoi Anne qui, par l’usage qu’elle fait de sa viduité et par la sainteté de ses mœurs, nous apparaît comme une personne tout à fait digne de foi, annonce que le Rédempteur de tous est venu. Mais comme nous avons parlé de ses vertus dans notre exhortation aux veuves, nous ne croyons pas devoir recommencer, car nous avons hâte d’arriver à un autre sujet.
Nous avons démontré plus haut que la Nativité du Sauveur s’est opérée le jour du Dimanche, qui est celui où Dieu créa la lumière. Ce sera aussi le Dimanche que nous verrons le Christ ressusciter. Ce premier jour de la création, qui est, en même temps, le premier jour de la semaine, était consacré au Soleil chez les peuples anciens ; il est devenu sacré à jamais par le double lever du Soleil de justice : Noël et Pâques le réclament tour à tour. Mais, pour des raisons particulières que nous avons exposées, si Pâques est toujours célébré le Dimanche, Noël doit sanctifier successivement tous les jours de la semaine. Toutefois, le mystère de la divine Naissance est mieux exprimé dans les années où son glorieux anniversaire tombe le Dimanche ; dans les autres où cette coïncidence n’a pas lieu, les fidèles doivent du moins un honneur particulier à celui des jours de l’Octave qui se trouve dévolu à la célébration expresse du Dimanche. La sainte Église a décoré celui-ci d’une Messe et d’un Office particuliers, que nous allons reproduire ici, pour l’usage des fidèles.
ÉPÎTRE.
L’enfant, né de Marie, couché dans la crèche de Bethléem, élève sa faible voix vers le Père des siècles, et il l’appelle mon Père ! Il se tourne vers nous, et il nous appelle mes Frères ! Nous pouvons donc aussi, en nous adressant à son Père éternel, le nommer notre Père. Tel est le mystère de l’adoption divine, déclarée en ces jours. Toutes choses sont changées au ciel et sur la terre : Dieu n’a plus seulement un Fils, mais plusieurs fils ; nous ne sommes plus désormais, en sa présence, des créatures qu’il a tirées du néant, mais des enfants de sa tendresse. Le ciel n’est plus seulement le trône de sa gloire ; il est devenu notre héritage ; et une part nous y est assurée à côté de celle de notre frère Jésus, fils de Marie, fils d’Ève, fils d’Adam selon l’humanité, comme il est, dans l’unité de personne, Fils de Dieu selon la divinité. Considérons tour à tour l’Enfant béni qui nous a valu tous ces biens, et l’héritage auquel nous avons droit par lui. Que notre esprit s’étonne d’une si haute destinée pour des créatures ; que notre cœur rende grâces pour un bienfait si incompréhensible.
ÉVANGILE. La marche des récits du saint Évangile contraint l’Église à nous présenter déjà le divin Enfant entre les bras de Siméon, qui prophétise à Marie les destinées de l’homme qu’elle amis au jour. Ce cœur de mère, tout inondé des joies d’un si merveilleux enfantement, sent déjà le glaive annoncé par le vieillard du temple. Le fils de ses entrailles ne sera donc, sur la terre, qu’un signe de contradiction ; et le mystère de l’adoption du genre humain ne devra s’accomplir que par l’immolation de cet Enfant devenu un homme. Pour nous, rachetés par ce sang, n’anticipons pas trop sur l’avenir. Nous aurons le temps de le considérer, cet Emmanuel, dans ses labeurs et dans ses souffrances ; aujourd’hui, il nous est permis de ne voir encore que l’Enfant qui nous est né, et de nous réjouir dans sa venue. Écoutons Anne, qui nous parlera de la rédemption d’Israël. Voyons la terre régénérée par l’enfantement de son Sauveur ; admirons et étudions, dans un humble amour, ce Jésus plein de sagesse et de grâce qui vient de naître sous nos yeux.
Pendant l’Offrande, l’Église célèbre le renouvellement merveilleux qui s’opère en ce monde et qui l’arrache à sa ruine ; elle exalte le grand Dieu qui est descendu dans l’étable, sans quitter son trône éternel.
Pendant qu’elle distribue la nourriture sacrée aux fidèles, l’Église chante les paroles de l’Ange à Joseph. Elle leur donne cet Enfant, afin qu’ils l’emportent dans leurs cœurs, et leur recommande, de le sauver des embûches que lui tendent ses ennemis. Que le chrétien prenne donc garde qu’il ne lui soit ravi ; par sa vigilance, par ses bonnes œuvres, qu’il anéantisse de plus en plus le péché qui voudrait faire mourir Jésus dans son âme. C’est pourquoi, dans l’Oraison qui vient après, l’Église demande l’extinction de nos vices et l’accomplissement de nos désirs de vertu.
Vème jour dans l’Octave de la Nativité St Thomas Becket Evêque et Martyr
Collecte
O Dieu, pour l’Eglise de qui le glorieux Pontife Thomas est tombé sous le glaive des impies ; accordez-nous, nous vous en supplions, que tous ceux qui implorent son assistance, éprouvent l’effet salutaire de leurs supllications.
Office
Au premier nocturne.
Commencement de l’Épître de l’Apôtre S. Paul, aux Romains. Cap. 1, 1-19.
Première leçon. Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à l’apostolat, choisi pour l’Évangile de Dieu, qu’il avait promis auparavant par ses Prophètes dans les saintes Écritures, touchant son Fils, qui lui est né de la race de David selon la chair, qui a été prédestiné Fils de Dieu en puissance, selon l’esprit de sanctification, par la résurrection d’entre les morts de Jésus-Christ, notre Seigneur. Par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour faire obéir à la foi toutes les Nations, en son nom : parmi lesquelles vous êtes, vous aussi, ayant été appelés par Jésus-Christ : à tous ceux qui sont à Rome, aux chéris de Dieu, appelés saints. Grâce à vous, et paix par Dieu, notre Père, et par notre Seigneur Jésus-Christ.
Deuxième leçon. Premièrement, je rends grâces à mon Dieu, par Jésus-Christ, pour vous tous, de ce que votre foi est annoncée dans tout l’univers. Car le Dieu que je sers en mon esprit, dans l’Évangile de son Fils, m’est témoin que sans cesse je fais mémoire de vous dans toutes mes prières ; demandant que, par la volonté de Dieu, quelque heureuse voie me soit ouverte pour aller vers vous. Car je désire vous voir pour vous communiquer quelque chose de la grâce spirituelle, afin de vous fortifier ; c’est-à-dire, pour me consoler avec vous, par cette foi, qui est tout ensemble et votre foi et la mienne.Troisième leçon. Aussi je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que je me suis souvent proposé de venir vers vous (mais j’en ai été empêché jusqu’à présent), pour obtenir quelque fruit parmi vous, comme parmi les autres Nations. Je suis redevable aux Grecs et aux barbares, aux sages et aux simples. Ainsi (autant qu’il est en moi), je suis prêt à vous évangéliser, vous aussi qui êtes à Rome. Car je ne rougis point de l’Évangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tout croyant, le Juif d’abord, et puis le Grec. La justice de Dieu, en effet, y est révélée par la foi et pour la foi, ainsi qu’il est écrit : « Le juste vit de la foi » ; puisqu’on y découvre la justice de Dieu, éclatant du ciel contre toute l’impiété et l’injustice de ces hommes qui retiennent la vé rite de Dieu dans l’injustice car ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux ; Dieu le leur a manifesté.
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Thomas, né à Londres, en Angleterre, succéda à Théobald, Évêque de Cantorbéry. Il avait exercé auparavant, et avec honneur, la charge de chancelier et il se montra fort et invincible dans les devoirs de l’épiscopat. Henri II, roi d’Angleterre, ayant voulu, dans une assemblée des prélats et des grands de son royaume, porter des lois contraires à l’intérêt et à la dignité de 1’ Église, Thomas s’opposa à.la cupidité du roi avec tant de constance, que, n’ayant voulu fléchir, ni devant les promesses ni devant les menaces, il se vit obligé de se retirer secrètement, parce qu’il allait être emprisonné. Bientôt tous ses parents, ses amis et ses partisans furent chassés du royaume, après qu’on eut fait jurer à tous ceux dont l’âge le permettait, d’aller trouver Thomas, afin d’ébranler, par la vue de l’état pitoyable des siens, cette sainte résolution, dont ne l’avaient nullement détourné ses propres souffrances. Il n’eut égard ni à la chair ni au sang, et aucun sentiment trop humain n’ébranla sa constance pastorale.
Répons du Commun d’un Martyr
Cinquième leçon. Il se rendit auprès du Pape Alexandre III, qui le reçut avec bonté et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, de l’Ordre de Cîteaux, vers lequel il se dirigea. Dès qu’Henri l’eut appris, il envoya des lettres menaçantes au Chapitre de Cîteaux, dans le but de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet Ordre ne souffrît quelque persécution à cause de lui, se retira spontanément, et sur l’invitation de Louis, roi de France, il alla demeurer auprès de lui. Il y resta jusqu’à ce que, par l’intervention du Souverain Pontife et du roi, il fut rappelé de l’exil, et rentra en Angleterre à la grande satisfaction du royaume entier. Comme il s’appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d’un bon pasteur, des calomniateurs vinrent rapporter au roi qu’il entreprenait beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans son royaume, il y avait un Évêque avec lequel il ne pouvait avoir la paix.
Sixième leçon. Ces paroles du roi ayant fait croire à quelques détestables satellites qu’ils lui causeraient un grand plaisir s’ils faisaient mourir Thomas, ils se rendirent secrètement à Cantorbéry, et allèrent attaquer l’Évêque, dans l’église même où il célébrait l’Office des Vêpres. Les clercs voulant leur fermer l’entrée du temple, Thomas accourut aussitôt, et ouvrit lui-même la porte, en disant aux siens : « L’église de Dieu ne doit pas être gardée comme un camp ; pour moi, je souffrirai volontiers la mort pour l’Église de Dieu. » Puis, s’adressant aux soldats : « De la part de Dieu, dit-il, je vous défends de toucher à aucun des miens. » Il se mit ensuite à genoux, et après avoir recommandé l’Église et son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie, à saint Denys et aux autres patrons de sa cathédrale, il présenta sa tête au fer sacrilège, avec la même constance qu’il avait mise à résister aux lois très injustes du roi. Ceci arriva le quatre des Calendes de janvier, l’an du Seigneur onze cent soixante et onze ; et la cervelle du Martyr jaillit sur le pavé du temple. Dieu l’ayant bientôt illustré par un grand nombre de miracles, le même Pape Alexandre l’inscrivit au nombre des Saints.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Jean Chrysostome.
Septième leçon. Elle est grande, mes très chers frères, elle est grande, dis-je, la dignité de prélat dans l’Église, et elle exige beaucoup de sagesse et de force en celui qui en est revêtu ! Notre courage doit selon l’exemple proposé par Jésus-Christ, être tel que nous donnions notre vie pour nos brebis, que jamais nous ne les abandonnions, et que nous résistions généreusement au loup. C’est en cela que le pasteur diffère du mercenaire. L’un s’inquiète peu de ses brebis, et n’a de vigilance .que pour ses propres intérêts ; mais l’autre s’oublie lui-même et veille constamment au salut de son troupeau. Jésus-Christ donc, après avoir caractérisé le pasteur, signale deux sortes de personnes qui nuisent au troupeau : le voleur, qui ravit et égorge les brebis, et le mercenaire, qui ne repousse pas le voleur et ne défend pas les brebis confiées à sa garde.
Huitième leçon. C’est là ce qui arrachait autrefois à Ézéchiel ces invectives : « Malheur aux pasteurs d’Israël ! Ne se paissaient-ils pas eux-mêmes ? N’est-ce pas les troupeaux que les pasteurs font paître ? » Mais eux, ils faisaient le contraire : conduite des plus criminelles, et source de calamités nombreuses. Ainsi, ajoute le Prophète : « Ils ne ramenaient pas (au bercail les brebis) égarées ; celles qui étaient perdues, ils ne les cherchaient pas ; ils ne bandaient point les plaies de celles qui étaient blessées ; ils ne fortifiaient pas celles qui étaient faibles ou malades, parce qu’ils le paissaient eux-mêmes et non leur troupeau. » Saint Paul exprime la même vérité en d’autres termes : « Tous cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ. »
Neuvième leçon. Le Christ il se fait voir bien différent du voleur et du mercenaire : différent d’abord de ceux qui viennent pour la perte des autres, quand il dit « être venu pour qu’ils aient la vie, et l’aient très abondamment » ; différent ensuite des pasteurs négligents qui ne se souciaient pas de voir des loups ravir les brebis, en disant qu’il « donne sa vie pour ses brebis, afin qu’elles ne périssent pas ». En effet, bien que les Juifs cherchassent à le faire mourir, il continuait à répandre sa doctrine ; il n’a point abandonné ni trahi ceux qui croyaient en lui, mais il est demeuré ferme et il a souffert la mort. C’est pourquoi souvent il dit : « Je suis le bon pasteur. » Comme on ne voyait pas de preuve de ce qu’il avançait (car cette parole : « Je donne ma vie », n’eut son accomplissement que peu de temps après, et celle-ci : « afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient très abondamment », ne devait se réaliser qu’au siècle futur), que fait-il ? Il confirme une des assertions par l’autre.
Un nouveau Martyr vient réclamer sa place auprès du berceau de l’Enfant-Dieu. Il n’appartient point au premier âge de l’Église ; son nom n’est point écrit dans les livres du Nouveau Testament, comme ceux d’Étienne, de Jean, et des enfants de Bethléem. Néanmoins, il occupe un des premiers rangs dans cette légion de Martyrs qui n’a cessé de se recruter à chaque siècle, et qui atteste la fécondité de l’Église et la force immortelle dont l’a douée son divin auteur. Ce glorieux Martyr n’a pas versé son sang pour la foi ; il n’a point été amené devant les païens, ou les hérétiques, pour confesser les dogmes révélés par Jésus-Christ et proclamés par l’Église. Des mains chrétiennes l’ont immolé ; un roi catholique a prononcé son arrêt de mort ; il a été abandonné et maudit par le grand nombre de ses frères, dans son propre pays : comment donc est-il Martyr ? Comment a-t-il mérité la palme d’Étienne ? C’est qu’il a été le Martyr de la Liberté de l’Église.
En effet, tous les fidèles de Jésus-Christ sont appelés à l’honneur du martyre, pour confesser les dogmes dont ils ont reçu l’initiation au Baptême. Les droits du Christ qui les a adoptés pour ses frères s’étendent jusque-là. Ce témoignage n’est pas exigé de tous ; mais tous doivent être prêts de rendre, sous peine de la mort éternelle dont la grâce du Sauveur les a rachetés. Un tel devoir est, à plus forte raison, imposé aux pasteurs de l’Église ; il est la garantie de l’enseignement qu’ils donnent à leur propre troupeau : aussi, les annales de l’Église sont-elles couvertes, à chaque page, des noms triomphants de tant de saints Évêques qui ont, pour dernier dévouement, arrosé de leur sang le champ que leurs mains avaient fécondé, et donné, en cette manière, le suprême degré d’autorité à leur parole.
Mais si les simples fidèles sont tenus d’acquitter la grande dette de la foi par l’effusion de leur sang ; s’ils doivent à l’Église de confesser, à travers toute sorte de périls, les liens sacrés qui les unissent à elle, et par elle, à Jésus-Christ, les pasteurs ont un devoir de plus à remplir, le devoir de confesser la Liberté de l’Église. Ce mot de Liberté de l’Église sonne mal aux oreilles des politiques. Ils y voient tout aussitôt l’annonce d’une conspiration ; le monde, de son côté, y trouve un sujet de scandale, et répète les grands mots d’ambition sacerdotale ; les gens timides commencent à trembler, et vous disent que tant que la foi n’est pas attaquée, rien n’est en péril. Malgré tout cela, l’Église place sur ses autels et associe à saint Étienne, à saint Jean, aux saints Innocents, cet Archevêque anglais du XIIe siècle, égorgé dans sa Cathédrale pour la défense des droits extérieurs du sacerdoce. Elle chérit la belle maxime de saint Anselme, l’un des prédécesseurs de saint Thomas, que Dieu n’aime rien tant en ce monde que la Liberté de son Église ; et au XIXe siècle, comme au XIIe, le Siège Apostolique s’écrie, par la bouche de Pie VIII, comme elle l’eût fait par celle de saint Grégoire VII : C’est par l’institution même de Dieu que l’Église, Épouse sans tache de l’Agneau immaculé Jésus-Christ, est LIBRE, et qu’elle n’est soumise à aucune puissance terrestre.
Or, cette Liberté sacrée consiste en la complète indépendance de l’Église à l’égard de toute puissance séculière, dans le ministère de la Parole, qu’elle doit pouvoir prêcher, comme parle l’Apôtre, à temps et à contre-temps, à toute espèce de personnes, sans distinction de nations, de races, d’âge, ni de sexe ; dans l’administration de ses Sacrements, auxquels elle doit appeler tous les hommes sans exception, pour les sauver tous ; dans la pratique, sans contrôle étranger, des conseils aussi bien que des préceptes évangéliques ; dans les relations, dégagées de toute entrave, entre les divers degrés de sa divine hiérarchie ; dans la publication et l’application des ordonnances de sa discipline ; dans le maintien et le développement des institutions qu’elle a créées ; dans la conservation et l’administration de son patrimoine temporel ; enfin dans la défense des privilèges que l’autorité séculière elle-même lui a reconnus, pour assurer l’aisance et la considération de son ministère de paix et de charité sur les peuples.
Telle est la Liberté de l’Église : et qui ne voit qu’elle est le boulevard du sanctuaire lui-même ; que toute atteinte qui lui serait portée peut mettre à découvert la hiérarchie, et jusqu’au dogme lui-même ? Le Pasteur doit donc la défendre d’office, cette sainte Liberté : il ne doit ni fuir, comme le mercenaire ; ni se taire, comme ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parle Isaïe. Il est la sentinelle d’Israël ; il ne doit pas attendre que l’ennemi soit entré dans la place pour jeter le cri d’alarme, et pour offrir ses mains aux chaînes, et sa tête au glaive. Le devoir de donner sa vie pour son troupeau commence pour lui du moment où l’ennemi assiège ces postes avancés, dont la franchise assure le repos de la cité tout entière. Que si cette résistance entraîne de graves conséquences, c’est alors qu’il faut se rappeler ces belles paroles de Bossuet, dans son sublime Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, que nous voudrions pouvoir ici citer tout entier : « C’est une loi établie, dit-il, que l’Église ne peut jouir d’aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que, pour affermir ses droits, il faut qu’elle répande du sang. Son Époux l’a rachetée par le sang qu’il averse pour elle, et il veut qu’elle achète par un prix semblable les grâces qu’il lui accorde. C’est par le sang des Martyrs qu’elle a étendu ses conquêtes bien loin au. delà de l’empire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu’elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu’elle devait du sang à l’affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l’établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l’Église, a dû avoir ses Martyrs. »
Il ne s’est donc pas agi, pour saint Thomas et pourtant d’autres Martyrs de la Liberté ecclésiastique, de considérer la faiblesse des moyens qu’on pourrait opposer aux envahissements des droits de l’Église. L’élément du martyre est la simplicité unie à la force ; et n’est-ce pas pour cela que de si belles palmes ont été cueillies par de simples fidèles, par de jeunes vierges, par des enfants ? Dieu a mis au cœur du chrétien un élément de résistance humble et inflexible qui brise toujours toute autre force. Quelle inviolable fidélité l’Esprit-Saint n’inspire-t-il pas à l’âme de ses pasteurs qu’il établit comme les Époux de son Église, et comme autant de murs imprenables de sa chère Jérusalem ? « Thomas, dit encore l’Évêque de Meaux, ne cède pas à l’iniquité, sous prétexte qu’elle est armée et soutenue d’une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d’un lieu éminent, d’où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s’élever contre, comme une digue que l’on élève à mesure que l’on voit les ondes enflées. »
Mais, dans cette lutte, le Pasteur périra peut-être ? Et, sans doute, il pourra obtenir cet insigne honneur. Dans sa lutte contre le monde, dans cette victoire que le Christ a remportée pour nous, il a versé son sang, il est mort sur une croix ; et les Martyrs sont morts aussi ; mais l’Église, arrosée du sang de Jésus-Christ, cimentée parle sang des Martyrs, peut-elle se passer toujours de ce bain salutaire qui ranime sa vigueur, et forme sa pourpre royale ? Thomas l’a compris ; et cet homme, dont les sens sont mortifiés par une pénitence assidue, dont les affections en ce monde sont crucifiées par toutes les privations et toutes les adversités, a dans son cœur ce courage plein de calme, cette patience inouïe qui préparent au martyre. En un mot, il a reçu l’Esprit de force, et il lui a été fidèle.
« Selon le langage ecclésiastique, continue Bossuet, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force selon le monde s’étend jusqu’à entreprendre ; la force selon l’Église ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Écoutez l’Apôtre saint Paul : Nondum usque ad sanguinem restitistis ; comme s’il disait : Vous n’avez pas tenu jusqu’au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu’au sang. Il ne dit pas jusqu’à attaquer, jusqu’à verser le sang de vos ennemis, mais jusqu’à répandre le vôtre. _ « Au reste, saint Thomas n’abuse point de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques, pour se faire valoir dans le monde : il s’en sert comme d’un bouclier nécessaire dans l’extrême besoin de l’Église. La force du saint Évêque ne dépend donc pas du concours de ses amis, ni d’une intrigue finement menée. Il ne sait point étaler au monde a sa patience, pour rendre son persécuteur plus odieux, ni faire jouer de secrets ressorts pour soulever les esprits. Il n’a pour lui que les prières des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins. Voilà, disait saint Ambroise, les défenseurs des Évêques ; voilà leurs gardes, voilà leur armée. Il est fort, parce qu il a un esprit également incapable et de crainte et de murmure. Il peut dire véritablement à Henri, roi d’Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de toute l’Église, à un magistrat de l’Empire, grand persécuteur de l’Église : Non te terremus, qui nec timemus. Apprends à connaître quels nous sommes, et vois quel homme c’est qu’un chrétien : Nous ne pensons pas à te faire peur, et nous sommes incapables de te craindre. Nous ne sommes ni redoutables ni lâches : nous ne sommes pas redoutables, parce que nous ne savons pas cabaler ; et nous ne sommes pas lâches, parce que nous savons mourir. »
Mais laissons encore la parole à l’éloquent prêtre de l’Église de France, qui fut lui-même appelé aux honneurs de l’épiscopat dans l’année qui suivit celle où il prononça ce discours ; écoutons-le nous raconter la victoire de l’Église par saint Thomas de Cantorbéry :
« Chrétiens, soyez attentifs : s’il y eut jamais un martyre qui ressemblât parfaitement à un sacrifice, c’est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l’Évêque est à l’église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint Pontife est préparé, et c’est la victime que Dieu a choisie. Ainsi tout est prêt pour le sacrifice, et je vois entrer dans l’église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d’eux, à l’imitation de Jésus-Christ ; et pour a imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. Si c’est moi que vous » cherchez, laissez, dit Jésus, retirer ceux-ci. Ces choses étant accomplies, et l’heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et Pontife tout ensemble, il présente sa tête et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : Et ego pro Deo mori paratus sum, et pro assertione justitiœ, et pro Ecclesiae libertate ; dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur. Je suis prêt à mourir, dit-il, pour la cause de Dieu et de son Église ; et toute la grâce que je demande, c’est que mon sang lui rende la paix et la liberté qu’on veut lui ravir. Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le Sacrifice solennel nous appelons les Saints nos intercesseurs, il n’omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints Martyrs et la sainte Vierge au secours de l’Église opprimée ; il ne parle que de l’Église ; il n’a que l’Église dans le cœur et dans la bouche ; et, abattu par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l’Église. »
Saints Innocents IV ème jour dans l’Octave de la Nativité
Collecte
Dieu, dont en ce jour les Innocents Martyrs ont confessé la gloire, non en parlant mais en mourant, faites mourir en nous tous les penchants au vice, afin que votre foi, que notre langue proclame, notre vie en témoigne aussi dans notre conduite.
Lecture Ap. 14, 1-5
En ces jours là : Je vis l’Agneau qui se tenait sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur le front. Et j’entendis un son qui venait du ciel, pareil au bruit de grandes eaux et à la vois d’un puissant tonnerre ; et le son que j’entendis ressemblait à un concert de harpistes jouant de leurs instruments. Et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait apprendre ce cantique, si ce n’est les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges. Ce sont eux qui accompagnent l’Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’Agneau ; et il ne s’est point trouvé de mensonge dans leur bouche, car ils sont irréprochables.
Évangile Mt. 2, 13-18
En ce temps là : voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : "Lève toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr." Et lui se leva, prit l’enfant et sa mère de nuit et se retira en Égypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : J’ai rappelé mon fils d’Égypte. Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient joués de lui, entra dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, d’après le temps qu’il connaissait exactement par les mages. Alors fut accompli l’oracle du prophète Jérémie disant : Une voix a été entendue en Rama, des plaintes et des cris lamentables : Rachel pleure ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus.
Office
Au premier nocturne.
Du prophète Jérémie. Cap. 31, 15-23.
Première leçon. Voici ce que dit le Seigneur : Une voix a été entendue sur une hauteur, (voix) de lamentation, de deuil et de pleur, la voix de Rachel déplorant (la perte de) ses enfants, et ne voulant pas en être consolée, parce qu’ils ne sont plus. Voici ce que dit le Seigneur : Que ta voix cesse ses gémissements, et tes yeux leurs larmes ; parce qu’il est une récompense à tes œuvres, dit le Seigneur, et ils reviendront de la terre de l’ennemi. Et il est un espoir pour tes derniers moments, dit le Seigneur, et tes fils reviendront dans tes confins.
Deuxième leçon. Entendant, j’ai entendu Éphraïm dans sa transmigration : Vous m’avez châtié et j’ai été instruit, comme un jeune taureau indompté ; convertissez-moi et je serai converti, parce que vous êtes le Seigneur mon Dieu. Car, après que vous m’avez converti, j’ai fait pénitence, et après que vous m’avez montré (mon état), j’ai frappé ma cuisse. J’ai été confondu, et j’ai rougi, parce que j’ai supporté l’opprobre de ma jeunesse. Est-ce qu’il n’est pas un fils honorable pour moi, Éphraïm, n’est-il pas un enfant de délices ? parce que, depuis que j’ai parlé de lui, je me souviendrai encore de lui.
2. Troisième leçon. Établis-toi un lieu d’observation, abandonne-toi à l’amertume, dirige ton cœur vers la voie droite, dans laquelle tu as marché : retourne, vierge d’Israël, retourne vers ces cités tiennes. Jusques à quand seras-tu énervée par les délices, fille vagabonde ? parce que le Seigneur a créé un nouveau prodige sur la terre : Une femme environnera un homme. Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d’Israël : Ils diront encore cette parole dans la terre de Juda et dans ses villes, lorsque j’aurai ramené leurs captifs : Que le Seigneur te bénisse, beauté de justice, montagne sainte.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Augustin, Évêque.
Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui, mes très chers frères, la fête de ces enfants que l’Évangile nous dit avoir été tués par l’ordre du cruel roi Hérode. Que la terre se livre donc aux transports de la joie, elle qui est la mère féconde de ces célestes soldats et qui enfante de tels prodiges. Certes, ce tyran impie n’aurait jamais pu être aussi utile à ces bienheureux enfants par son affection, qu’il leur a été utile par sa haine. Car, comme le manifeste la sainte solennité de ce jour, autant l’iniquité a abondé contre ces bienheureux enfants, autant se sont répandues sur eux les grâces et les bénédictions célestes.
Cinquième leçon. Tu es heureuse, ô Bethléem, terre de Juda, toi qui as subi la cruauté du roi Hérode dans le meurtre de tes fils, car tu as en même temps mérité d’offrir à Dieu une blanche multitude de paisibles enfants. C’est avec raison que nous célébrons la fête de ces Martyrs. Le monde, en les faisant naître à la vie éternelle, les a rendus plus heureux que n’avaient fait leurs mères en les enfantant pour la terre ; puisqu’ils ont été trouvés dignes d’une vie sans fin, presque avant d’avoir pu faire usage de la vie présente.
Sixième leçon. Les autres Martyrs ont eu une mort précieuse : leur gloire est dans la confession du nom de Jésus-Christ ; mais la gloire de ceux-ci est dans la consommation même de leur vie. Car, dès les prémices de leur jeune existence, la mort qui a mis fin à leur vie présente, leur a valu d’entrer aussitôt en possession de la gloire. Ceux que l’impiété d’Hérode a arrachés du sein de leurs mères les allaitant encore, sont appelés à juste titre les fleurs des Martyrs : fleurs écloses au milieu du froid de l’infidélité, premiers tendres bourgeons de l’Église, que le frimas de la persécution est venu dessécher.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Septième leçon. Quand il prit l’enfant et sa mère pour passer en Égypte, c’était pendant la nuit et dans les ténèbres, car il laissa dans la nuit de l’ignorance les incrédules dont il s’éloigna ; mais quand il revient dans la Judée, il n’est question dans l’Évangile ni de nuit, ni de ténèbres : parce qu’à la fin du monde, les Juifs, recevant la foi figurée par le Christ revenant d’Égypte, seront dans la lumière.
Huitième leçon. Afin que fût accomplie cette parole, que le Seigneur a dite par un Prophète : « J’ai rappelé mon Fils de l’Égypte. » Que ceux qui nient la vérité des livres hébreux, disent en quel endroit de la version des Septante, on lit cela ; mais comme ils ne l’y trouveront pas, nous leur dirons que cela est écrit dans le Prophète Osée, comme nous l’attestent les exemplaires que nous avons tout récemment publiés.
Neuvième leçon. Ce.fut alors que s’accomplit la parole du Prophète Jérémie, disant : « Une voix a été entendue dans Rama, des pleurs et des cris déchirants répétés, c’était Rachel, pleurant ses fils. » De Rachel est né Benjamin, dans la tribu duquel ne se trouve pas Bethléem. On demande donc pourquoi Rachel pleure les enfants de Juda c’est à dire de Bethléem, comme si c’étaient ses propres enfants ? Nous répondrons brièvement que Rachel fut ensevelie près de Bethléem, en Ephrata ; et que sa sépulture en cet endroit lui a fait donner le nom de mère de Bethléem et de ses habitants. Ou bien encore, c’est parce que Juda et Benjamin étaient deux tribus limitrophes ; et qu’Hérode avait ordonné de tuer les enfants, non seulement dans Bethléem, mais encore dans tous les environs.
La fête du Disciple bien-aimé succède la solennité des saints Innocents ; et le berceau de l’Emmanuel, auprès duquel nous avons vénéré le Prince des Martyrs et l’Aigle de Pathmos, nous apparaît aujourd’hui environné d’une troupe gracieuse de petits enfants, vêtus de robes blanches comme la neige, et tenant en main des palmes verdoyantes. Le divin Enfant leur sourit ; il est leur Roi, et toute cette petite cour sourit aussi à l’Église de Dieu. La force et la fidélité nous ont introduits auprès du Rédempteur ; l’innocence aujourd’hui nous convie à rester près de la crèche.
Hérode a voulu envelopper le Fils de Dieu même dans un immense massacre d’enfants ; Bethléem a entendu les lamentations des mères ; le sang des nouveau-nés a inondé toute la contrée ; mais tous ces efforts de la tyrannie n’ont pu atteindre l’Emmanuel ; ils n’ont fait que préparer pour l’armée du ciel une nombreuse recrue de Martyrs. Ces enfants ont eu l’insigne honneur d’être immolés pour le Sauveur du monde ; mais le moment qui a suivi leur immolation leur a révélé tout à coup des joies futures et prochaines, bien au-dessus de celles d’un monde qu’ils ont traversé sans le connaître. Le Dieu riche en miséricordes n’a pas demandé d’eux autre chose qu’une souffrance de quelques instants ; et ils se sont réveillés au sein d’Abraham, francs et libres de toute autre épreuve, purs de toute souillure mondaine, appelés au triomphe comme le guerrier qui a donné sa vie pour sauver celle de son chef.
Leur mort est donc un Martyre, et c’est pourquoi l’Église les honore du beau nom de Fleurs des Martyrs, à cause de leur âge tendre et de leur innocence. Ils ont donc droit de figurer aujourd’hui sur le Cycle, à la suite des deux vaillants champions du Christ que nous avons célébrés. Saint Bernard, dans son Sermon sur cette fête, explique admirablement l’enchaînement de ces trois solennités : « Nous avons, dit-il, dans le bienheureux Étienne, l’œuvre et la volonté du Martyre ; dans le bienheureux Jean, nous remarquons seulement la volonté du Martyre ; et dans les bienheureux Innocents, l’œuvre seule du Martyre. Mais qui doutera, néanmoins, de la couronne obtenue par ces enfants ? Demanderez-vous où sont leurs mérites pour cette couronne ? Demandez plutôt à Hérode le crime qu’ils ont commis pour être ainsi moissonnés ? La bonté du Christ sera-t-elle vaincue par la cruauté d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents ; et le Christ ne pourrait couronner ceux qui ne sont morts qu’à cause de lui ?
« Étienne aura donc été Martyr aux yeux des hommes qui ont été témoins de sa Passion subie volontairement, jusque-là qu’il priait pour ses persécuteurs, se montrant plus sensible à leur crime qu’à ses propres blessures. Jean aura donc été Martyr aux yeux des Anges qui, étant créatures spirituelles, ont vu les dispositions de son âme. Certes, ceux-là aussi auront été vos Martyrs, ô Dieu ! dans lesquels ni l’homme, ni l’Ange n’ont pu, il est vrai, découvrir de mérite, mais que la faveur singulière de votre grâce s’est chargée d’enrichir. C’est de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle que vous vous êtes plu à faire sortir votre louange. Quelle est cette louange ? Les Anges ont chanté : Gloire à Dieu, au plus haut des deux ; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! C’est là, sans doute, une louange sublime ; mais elle ne sera complète que lorsque Celui qui doit venir aura dit : Laissez venir à moi les petits enfants ; car le Royaume des deux est à ceux qui leur ressemblent ; paix aux hommes, même à ceux qui n’ont pas l’usage de leur volonté : tel est le mystère de ma miséricorde. »
Dieu a daigné faire pour les Innocents immolés à cause de son Fils ce qu’il fait tous les jours par le sacrement de la régénération, si souvent appliqué à des enfants que la mort enlève dès les premières heures de la vie ; et nous, baptisés dans l’eau, nous devons rendre gloire à ces nouveau-nés, baptisés dans leur sang, et associés à tous les mystères de l’enfance de Jésus-Christ. Nous devons aussi les féliciter, avec l’Église, de l’innocence que cette mort glorieuse et prématurée leur a conservée. Purifiés d’abord parie rite sacré qui, avant l’institution du Baptême, enlevait la tache originelle, visités antérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, ils ont habité cette terre, et ils ne s’y sont point souillés. Que la société de ces tendres agneaux soit donc à jamais avec l’Agneau sans tache ! et que ce monde, vieilli dans le péché, mérite miséricorde en s’associant, par ses acclamations, au triomphe de ces élus de la terre qui, semblables à la colombe de l’arche, n’y ont pas trouvé où poser leurs pieds !
Néanmoins, dans cette allégresse du ciel et de la ferre, la sainte Église Romaine ne perd pas de vue la désolation des mères qui virent ainsi arracher de leur sein, et immoler par le glaive des soldats ces gages chéris de leur tendresse. Elle a recueilli le cri de Rachel, et ne cherche point à la consoler, si c n’est en compatissant à son affliction. Pour honorer cette maternelle douleur, elle consent à suspendre aujourd’hui une partie des manifestations de la joie qui inonde son cœur durant cette Octave du Christ naissant. Elle n’ose revêtir dans ses vêtements sacrés la couleur de pourpre des Martyrs, pour ne pas rappeler trop vivement ce sang qui jaillit jusque sur le sein des mères ; elle s’interdit même la couleur blanche, qui marque l’allégresse et va mal à de si poignantes douleurs. Elle revêt la couleur violette, qui est celle du deuil et des regrets. Aujourd’hui même, si la fête ne tombe pas le Dimanche, elle va jusqu’à suspendre le chant du Gloria in excelsis, qui pourtant lui est si cher en ces jours où les Anges l’ont entonné sur la terre ; elle renonce au joyeux Alleluia, dans la célébration du Sacrifice ; enfin elle se montre, comme toujours, inspirée par cette délicatesse sublime et chrétienne dont la sainte Liturgie est une si merveilleuse école.
Mais, après cet hommage rendu à la tendresse maternelle de Rachel, et qui répand sur tout l’Office des saints Innocents une touchante mélancolie, elle ne perd pas de vue la gloire dont jouissent ces bienheureux enfants ; et elle consacre à leur solennelle mémoire une Octave entière, comme elle l’a fait pour saint Étienne et pour saint Jean. Dans ses Cathédrales et ses Collégiales, elle honore aussi, en ce jour, les enfants qu’elle appelle à joindre leurs voix innocentes à celles des prêtres et des autres ministres sacrés. Elle leur accorde de gracieuses distinctions, jusque dans le chœur même ; elle jouit de l’allégresse naïve de ces jeunes coopérateurs qu’elle emploie à rehausser ses pompes mystérieuses ; en eux, elle rend gloire au Christ Enfant, et à l’innocente cohorte des tendres rejetons de Rachel.
Saint Jean III ème jour dans l’Octave de la Nativité
Collecte
Dans votre bonté, Seigneur, accordez la lumière à votre Église, afin qu’éclairée par les enseignements de saint Jean, votre Apôtre et Évangéliste, elle parvienne aux grâces éternelles.
Lecture Eccli. 15, 1-6.
Voilà ce que fait celui qui craint le Seigneur, et celui qui s’attache à la loi obtiendra la sagesse. Elle viendra au-devant de lui comme une mère, Elle le nourrira du pain de l’intelligence, et lui donnera à boire l’eau de la sagesse. Il s’appuiera sur elle et ne fléchira pas, Il s’attachera à elle et ne sera pas confondu. Elle l’élèvera devant ses compagnons, et lui ouvrira la bouche au milieu de l’assemblée. Elle le remplira d’un esprit de sagesse et d’intelligence et le revêtira d’un vêtement de gloire. La joie, une couronne d’allégresse, et un nom éternel seront son partage.
Évangile Jn. 21, 19-24
En ce temps là : Jésus dit à Pierre : "Suis-moi". Pierre, s’étant retourné, vit venir derrière lui, le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant la cène, s’était penché sur son sein, et lui avait dit : "Seigneur, qui est celui qui vous trahit ?" Pierre donc, l’ayant vu, dit à Jésus : "Seigneur, et celui-ci que deviendra-t-il ?" Jésus lui dit : " Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi !" Le bruit courut donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Pourtant Jésus ne lui avait pas dit qu’il ne mourrait pas, mais "Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?" C’est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites ; et nous savons que son témoignage est vrai.
Office
Au premier nocturne.
Commencement de la première Épître de l’Apôtre S. Jean. Cap. 1, 1-10 ; 2, 1-5.
Première leçon. Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et touché par nos mains, du Verbe de la vie (car la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, nous l’attestons, et nous vous l’annonçons, cette vie éternelle qui était dans le Père et nous est apparue) ; ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous entriez vous-mêmes en société avec nous ; et que notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ceci, afin que vous vous réjouissiez, et que votre joie soit complète. Or ce que nous vous annonçons, après l’avoir entendu de lui, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres.
Deuxième leçon. Si nous disons que nous sommes en société avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne suivons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière, nous sommes ensemble dans la même société, et le sang de Jésus-Christ, son Fils, nous purifie de tout péché. Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous remettre nos péchés et pour nous purifier de toute iniquité. Si nous disons que nous n’avons point péché, nous le faisons menteur, et sa parole n’est point en nous.
Troisième leçon. Mes petits enfants, je vous écris ceci pour que vous ne péchiez point. Cependant, si quelqu’un pèche, nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste2. Et il est lui-même propitiation pour nos péchés ; non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. Or, ce qui nous assure que nous le connaissons, c’est si nous gardons ses commandements. Celui qui dit le connaître et ne garde pas ses commandements est un menteur, et la vérité n’est pas en lui. Mais celui qui garde sa parole a vraiment en lui l’amour parfait de Dieu.
Au deuxième nocturne.
Du livre de saint Jérôme, Prêtre : des Écrivains Ecclésiastiques.
Quatrième leçon. Jean, l’Apôtre bien-aimé de Jésus, fils de Zébédée et frère de l’Apôtre Jacques, qu’Hérode fit décapiter après la passion du Seigneur, entreprit le dernier d’écrire l’Évangile. Il le fit à la demande des évêques d’Asie, pour combattre Cérinthe et les autres hérétiques, et surtout la doctrine commençant alors à surgir des Ébionites, qui prétendent que le Christ n’a pas existé avant Marie. Cela le détermina à nous faire connaître sa génération divine.
Cinquième leçon. La quatorzième année de Domitien, dans la persécution excitée par ce prince, la seconde après celle de Néron, saint Jean fut relégué dans l’île de Pathmos, où il composa l’Apocalypse, qui fut interprétée par saint Justin, martyr, et saint Irénée. Après la mort de Domitien, le sénat s’empressa d’annuler les actes de ce prince, marqués au coin d’une trop grande cruauté. Aussi, sous Nerva, saint Jean put-il revenir à Éphèse, et y demeurer jusqu’au règne de Trajan. Il fonda et gouverna toutes les Églises de l’Asie ; enfin, accablé de vieillesse, il mourut soixante-huit ans après la passion du Sauveur et il fut enseveli dans la même ville d’Éphèse.
Des Commentaires du même Saint sur l’Épître aux Galates.
Sixième leçon. Saint Jean l’Évangéliste demeura à Éphèse jusqu’à sa dernière vieillesse. Comme il pouvait à peine être porté à l’église par les disciples, et qu’il lui était impossible de leur faire un discours suivi, il ne leur adressait à chaque réunion que ces mots : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. Enfin ses disciples et les fidèles présents, fatigués d’entendre toujours la même chose, lui dirent : Maître, pourquoi donc nous faire toujours cette recommandation ? Alors il leur fit cette réponse digne de Jean : Parce que c’est le précepte du Seigneur ; et si vous accomplissez ce seul commandement, cela suffit.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. L’Église sait qu’il existe deux vies, parce que Dieu lui en a parlé et les lui a fait connaître : l’une qui consiste dans la foi, l’autre dans la vue ; l’une qui s’écoule en ce pèlerinage temporaire, l’autre qui demeurera pendant l’éternité : l’une qui se passe dans la peine et l’effort, l’autre où l’on se reposera ; l’une qui est propre à notre voyage ici-bas, l’autre dont on jouira dans la patrie ; l’une occupée par le travail, l’autre récompensée parla contemplation de Dieu. Dan ? l’une on évite le mal et on fait le bien ; dans l’autre il n’y a aucun mal à éviter et l’on jouit d’un bonheur sans limites : l’une nous donne de lutter contre l’ennemi, l’autre de régner sans rencontrer d’adversaire.
Huitième leçon. Dans l’une, on vient au secours des indigents ; dans le séjour de l’autre, on ne trouve aucun infortuné ; ici, l’on pardonne au prochain ses péchés, afin d’obtenir de l’indulgence pour les siens ; là, on ne souffre de rien qui soit à pardonner, on ne fait rien qui exige l’indulgence d’autrui. Dans l’une, on est accablé de maux, pour que la prospérité n’engendre point l’orgueil ; dans l’autre, on est comblé d’une telle abondance de grâces qu’on est à l’abri de tout mal, et qu’on s’attache au souverain bien, sans éprouver la moindre tentation d’orgueil.
Neuvième leçon. L’une est donc bonne, mais encore pleine de misères : l’autre est meilleure et bienheureuse. La première a été signifiée par l’Apôtre Pierre, la seconde par Jean. L’une s’écoule tout entière ici-bas, elle s’étendra jusqu’à la fin des temps et y trouvera son terme ; l’autre ne recevra sa perfection qu’à la consommation des siècles, mais dans le siècle futur, elle n’aura pas de fin ; aussi dit-on à celui-ci :« Suis-moi » ; mais de l’autre : « Si je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; que t’importe ? suis-moi. » Que veulent dire ces paroles ? Autant que j’en puis juger, quel sens peuvent-elles avoir si ce n’est celui-ci : Suis-moi en m’imitant, en supportant comme moi les épreuves de la vie ; pour lui, qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne donner les biens éternels.
Après Étienne, le premier des Martyrs, Jean, l’Apôtre et l’Évangéliste, assiste le plus près à la crèche du Seigneur. Il était juste que la première place fût réservée à celui qui a aimé l’Emmanuel jusqu’à verser son sang pour son service ; car, comme le dit le Sauveur lui-même, il n’est point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ; et le Martyre a toujours été considéré par l’Église comme le dernier effort de la charité, ayant même la vertu de justifier le pécheur dans un second Baptême. Mais après le sacrifice du sang, le plus noble, le plus courageux, celui qui gagne par-dessus tout le cœur de l’Époux des âmes, c’est le sacrifice de la virginité. Or, de même que saint Étienne est reconnu pour le type des Martyrs, saint Jean nous apparaît comme le Prince des Vierges. Le Martyre a valu à Étienne la couronne et la palme ; la Virginité a mérité à Jean des prérogatives sublimes, qui, en même temps qu’elles démontrent le prix de la chasteté, placent aussi ce Disciple parmi les principaux membres de l’humanité.
Jean eut l’honneur de naître du sang de David, dans la famille même de la très pure Marie ; il fut donc parent de notre Seigneur, selon la chair. Un tel honneur lui fut commun avec saint Jacques le Majeur, son frère, fils de Zébédée comme lui ; avec saint Jacques le Mineur et saint Jude, fils d’Alphée ; mais, dans la fleur de sa jeunesse, Jean laissa, non seulement sa barque et ses filets, non seulement son père, mais sa fiancée, au moment de célébrer de chastes noces. Il suivit le Christ et ne regarda pas en arrière ; c’est pourquoi la tendresse particulière du cœur de Jésus lui fut acquise ; et tandis que les autres étaient Disciples et Apôtres, il fut l’Ami du Fils de Dieu. La raison de cette rare prédilection fut donc, ainsi que le proclame l’Église, le sacrifice de virginité que Jean offrit à l’Homme-Dieu. Or, il convient de relever ici, au jour de sa fête, les grâces et les prérogatives qui ont découlé pour lui de l’heureux avantage de cette amitié céleste.
Ce seul mot du saint Évangile : Le Disciple que Jésus aimait, en dit plus, dans son admirable concision, que tous les commentaires. Pierre, sans doute, a été choisi pour être le Chef des autres Apôtres et le fondement de l’Église ; il a été plus honoré ; mais Jean a été plus aimé. Pierre a reçu l’ordre d’aimer plus que les autres ; il a pu répondre au Christ, par trois fois, qu’il en était ainsi ; cependant, Jean a été plus aimé du Christ que Pierre lui-même, parce qu’il convenait que la virginité fût honorée.
La chasteté des sens et du cœur a la vertu d’approcher de Dieu l’homme qui la conserve, et d’attirer Dieu vers lui ; c’est pourquoi, dans le moment solennel de la dernière Cène, de cette Cène féconde qui devait se renouveler sur l’autel jusqu’à la fin des temps, pour ranimer la vie dans les âmes et guérir leurs blessures, Jean fut placé auprès de Jésus lui-même, et non seulement il eut cet honneur insigne, mais dans ces derniers épanchements de l’amour du Rédempteur, ce fils de sa tendresse osa reposer sa tête sur la poitrine de l’Homme-Dieu. Ce fut alors qu’il puisa, à leur source divine, la lumière et l’amour ; et cette faveur, qui était déjà une récompense, devint le principe de deux grâces signalées qui recommandent spécialement saint Jean à l’admiration de toute l’Église.
En effet, la Sagesse divine ayant voulu manifester le mystère du Verbe, et confier à l’écriture des secrets que jusqu’alors aucune plume humaine n’avait été appelée à raconter, Jean fut choisi pour ce grand œuvre. Pierre était mort sur la croix, Paul avait livré sa tête au glaive, les autres Apôtres avaient successivement scellé leur témoignage de leur sang ; Jean restait seul debout, au milieu de l’Église ; et déjà l’hérésie, blasphémant l’enseignement apostolique, cherchait à anéantir le Verbe divin, et ne voulait plus le reconnaître pour le Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Jean fut invité par les Églises à parler, et il le fit dans un langage tout du ciel. Son divin Maître lui avait réservé, à lui, pur de toute souillure, d’écrire de sa main mortelle des mystères que ses frères n’avaient été appelés qu’à enseigner : le Verbe, Dieu éternel, et ce même Verbe fait chair pour le salut de l’homme. Par là il s’éleva, comme l’Aigle, jusqu’au divin Soleil ; il le contempla sans en être ébloui, parce que la pureté de son âme et de ses sens l’avait rendu digne d’entrer en rapport avec la Lumière incréée. Si Moïse, après avoir conversé avec le Seigneur dans la nuée, se retira de ces divins entretiens le font orné de merveilleux rayons, combien radieuse devait être la face vénérable de Jean, qui s’était appuyée sur le Cœur même de Jésus, où, comme parle l’Apôtre, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science ! combien lumineux ses écrits ! combien divin son enseignement ! Aussi, ce type sublime de l’Aigle montré par Ézéchiel, et confirmé par saint Jean lui-même dans sa Révélation, lui a-t-il été appliqué par l’Église, avec le beau nom de Théologien que lui donne toute la tradition.
A cette première récompense qui consiste dans la pénétration des mystères, le Sauveur joignit pour son bien-aimé Disciple une effusion d’amour inaccoutumée, parce que la chasteté, en désintéressant l’homme des affections grossières et égoïstes, l’élève à un amour plus pur et plus généreux. Jean avait recueilli dans son cœur les discours de Jésus : il en fit part à l’Église, et surtout il révéla le divin Sermon de la Cène, où s’épanche l’âme du Rédempteur, qui, ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin. Il écrivit des Épîtres, et ce fut pour dire aux hommes que Dieu est amour ; que celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu ; que la charité bannit la crainte. Jusqu’à la fin de sa vie, jusque dans les jours de son extrême vieillesse, il insista sur l’amour que les hommes se doivent les uns aux autres, à l’exemple du Dieu qui les a aimés ; et de même qu’il avait annoncé plus clairement que les autres la divinité et la splendeur du Verbe, ainsi plus que les autres se montra-t-il l’Apôtre de cette infinie charité que l’Emmanuel est venu allumer sur la terre.
Mais le Seigneur lui réservait un don véritablement digne du Disciple vierge et bien-aimé. En mourant sur la croix, Jésus laissait Marie sur la terre ; déjà, depuis plusieurs années, Joseph avait rendu son âme au Seigneur. Qui veillerait donc sur un si sacré dépôt ? qui serait digne de le recevoir ? Jésus enverrait-il ses Anges pour garder et consoler sa Mère : car quel homme sur la terre mériterait un tel honneur ? Du haut de sa croix, le Sauveur aperçoit le disciple vierge : tout est fixé. Jean sera un fils pour Marie, Marie sera une mère pour Jean ; la chasteté du disciple Ta rendu digne de recevoir un legs si glorieux. Ainsi, suivant la belle remarque de saint Pierre Damien, Pierre recevra en dépôt l’Église, Mère des hommes ; mais Jean recevra Marie, Mère de Dieu. Il la gardera comme son bien, il remplacera auprès d’elle son divin Ami ; il l’aimera comme sa propre mère ; il en sera aimé comme un fils.
Environné de tant de lumière, réchauffé par tant d’amour, nous étonnerons-nous que Jean soit devenu l’ornement de la terre, la gloire de l’Église ? Aussi, comptez, si vous pouvez, ses titres ; énumérez ses qualités. Parent du Christ par Marie, Apôtre, Vierge, Ami de l’Époux, Aigle divin, Théologien sacré, Docteur de la Charité, fils de Marie, il est encore Évangéliste par le récit qu’il nous a laissé de la vie de son Maître et Ami ; Écrivain sacré par ses trois Épîtres inspirées de l’Esprit-Saint ; Prophète par sa mystérieuse Apocalypse, qui renferme les secrets du temps et de l’éternité. Que lui a-t-il donc manqué ? la palme du Martyre ? On ne le saurait dire ; car, s’il n’a pas consommé son sacrifice, il a néanmoins bu le calice de son Maître lorsque, après une cruelle flagellation, il fut plongé dans l’huile bouillante, devant la Porte-Latine, à Rome. Jean fut donc Martyr de désir et d’intention, sinon d’effet ; et si le Seigneur, qui le voulait conserver dans son Église comme un monument de son estime pour la chasteté et des honneurs qu’il réserve à cette vertUj arrêta miraculeusement l’effet d’un affreux supplice, le cœur de Jean n’en avait pas moins accepté le Martyre dans toute son étendue.
Tel est le compagnon d’Étienne, près du berceau dans lequel nous honorons l’Enfant divin. Si le Protomartyr éclate par la pourpre de son sang, la blancheur virginale du fils adoptif de Marie n’est-elle pas éblouissante au-dessus de celle de la neige ? Les lis de Jean ne peuvent-ils pas marier leur innocent éclat à la vermeille splendeur des roses de la couronne d’Étienne ? Chantons donc gloire au Roi nouveau-né, dont la cour brille de si riantes et de si fraîches couleurs. Cette céleste compagnie s’est formée sous nos yeux. D’abord nous avons vu Marie et Joseph seuls dans l’étable auprès de la crèche ; l’armée des Anges a bientôt paru avec ses mélodieuses cohortes ; les bergers sont venus ensuite avec leurs cœurs humbles et simples ; puis, voici Étienne le Couronné, Jean le Disciple chéri ; et en attendant les Mages, d’autres viendront bientôt accroître l’éclat de la pompe, et réjouir de plus en plus nos cœurs. Quelle Naissance que celle de notre Dieu ! Si humble qu’elle paraisse, combien elle est divine ! et quel Roi de la terre, quel Empereur a jamais eu autour de son splendide berceau des honneurs pareils à ceux de l’Enfant de Bethléhem ? Unissons nos hommages à ceux qu’il reçoit de tous ces heureux membres de sa cour ; et si nous avons hier ranimé notre foi, à la vue des palmes sanglantes d’Étienne, aujourd’hui réveillons en nous l’amour de la chasteté, à l’odeur des célestes parfums que nous envoient les fleurs de la virginale couronne de l’Ami du Christ.
Saint Etienne II ème jour dans l’Octave de la Nativité
Collecte
Nous vous en prions, Seigneur, aidez-nous à imiter celui que nous célébrons : nous apprendrons ainsi à aimer nos ennemis puisque nous fêtons la naissance au ciel de celui qui a su, même pour ses bourreaux prier notre Seigneur Jésus-Christ.
Office
Au premier nocturne.
Des Actes des Apôtres. Cap. 6, 1-10 ; 7, 54-60
Première leçon. En ces jours-là, le nombre des disciples croissant, il s’éleva un murmure des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution de chaque jour. Les douze donc, convoquant la multitude des disciples, dirent : II n’est pas juste que nous abandonnions la parole de Dieu, et que nous vaquions au service des tables. Cherchez donc parmi vous, mes frères, sept hommes de bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse, que nous puissions préposer à cette œuvre. Pour nous, nous nous appliquerons à la prière, et au ministère de la parole. Ce discours plut à toute la multitude. Et ils élurent Étienne, homme plein de foi et de l’Esprit-Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche. Ils les présentèrent aux Apôtres, et ceux-ci, priant, leur imposèrent les mains.
Deuxième leçon. Et la parole du Seigneur croissait, et le nombre des disciples se multipliait grandement à Jérusalem ; et même un grand nombre de prêtres obéissaient à la foi. Or Étienne, plein de grâce et de force, faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple. Mais quelques-uns de la synagogue, qui est appelée des Affranchis, de celle des Cyrénéens et des Alexandrins, et de ceux qui étaient de Cilicie et d’Asie, se levèrent, disputant contre Étienne ; et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit-Saint qui parlait. En entendant ces paroles, ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient des dents contre lui.
Troisième leçon. Mais comme il était plein de l’Esprit-Saint, levant les yeux au Ciel, il vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était debout à la droite de Dieu ; et il dit : Voici que je vois les Cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Alors, poussant de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles, et se précipitèrent tous ensemble sur lui. Et l’ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Et s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit dans le Seigneur.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Fulgence, Évêque.
Quatrième leçon. Hier nous avons célébré la naissance temporelle de notre Roi éternel, aujourd’hui nous célébrons la passion triomphante d’un soldat. Hier en effet, notre Roi, revêtu de notre chair, sortant du palais d’un sein virginal, a daigné visiter le monde : aujourd’hui le soldat, quittant la tente de son corps, monte en triomphateur dans le Ciel. Celui-là, conservant toute la majesté de la nature divine et éternelle et prenant l’humble vêtement de la chair, est entré dans le camp de ce siècle pour y combattre ; celui-ci, dépouillé du vêtement corruptible de son corps, est monté dans le palais du Ciel pour y régner éternellement. L’un est descendu couvert du voile de la chair ; l’autre est monté couronné de lauriers, conquis par l’effusion de son sang.
Cinquième leçon. Celui-ci est monté après avoir été lapidé par les Juifs, parce que celui-là est descendu à la joie des Anges. Hier, les saints Anges chantaient avec jubilation : Gloire à Dieu dans le ciel ; et aujourd’hui, ils ont reçu avec allégresse Étienne dans leur compagnie. Hier, le Seigneur est sorti du sein d’une vierge ; Aujourd’hui, le soldat est sorti de la prison de la chair. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes ; aujourd’hui, Étienne est revêtu par lui de la robe de l’immortalité. Hier, l’étroite crèche a porté le Christ enfant ; aujourd’hui, l’immensité du Ciel a reçu Étienne triomphant. Le Seigneur est descendu seul, pour en élever un grand nombre ; notre Roi s’est humilié, afin d’exalter ses soldats.
Sixième leçon. Mais il nous est nécessaire, mes frères, de savoir de quelles armes Étienne était muni, pour pouvoir surmonter ainsi la cruauté des Juifs, et pour mériter un si glorieux triomphe. Étienne donc, pour mériter de recevoir la couronne que signifie son nom ; avait pour armes la charité, et par elle, il était partout victorieux. Par charité envers Dieu, il ne céda point à la fureur des Juifs ; et par charité envers son prochain, il intercéda pour ceux qui le lapidaient. Par charité, il reprenait ceux qui erraient, pour les faire rentrer dans la bonne voie ; il priait, par charité, pour ceux qui le lapidaient, afin qu’ils ne fussent point punis. Armé de cette force de la charité il vainquit Saul, qui sévissait alors cruellement contre l’Église, et mérita d’avoir pour compagnon dans le Ciel, celui qu’il avait eu pour persécuteur sur la terre.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Septième leçon. Ces paroles : « comblez la nature de vos pères », que nous disons se rapporter à la personne du Seigneur, puisqu’il allait, par les Juifs, être mis à mort, se peuvent aussi rapporter à ses disciples, desquels il est dit maintenant : « Voici que moi-même je vous envoie des Prophètes, des sages et des Docteurs. » Observez en même temps que, selon la remarque de l’Apôtre dans son Épître aux Corinthiens, des dons différents sont attribués aux disciples du Christ : les uns sont Prophètes et annoncent l’avenir ; d’autres ont le don de sagesse et discernent le moment propice pour parler ; il y a enfin des Docteurs, très versés dans la science de la loi. De ce nombre Étienne a été lapidé, Paul tué (par le glaive), Pierre crucifié, les disciples, comme on le voit dans les Actes des Apôtres, furent flagellés.
Huitième leçon. Cherchons quel est ce Zacharie, fils de Barachie, car nous trouvons dans les Livres saints plusieurs Zacharie. Mais, comme si le Sauveur avait voulu nous empêcher de nous égarer dans nos recherches, il a ajouté : « Que vous avez tué entre le temple et l’autel. » J’ai lu dans les auteurs, divers sentiments par rapport à ce personnage, et je dois, ce me semble, les exposer tous. Les uns voient dans ce Zacharie, fils de Barachie, le onzième des douze Prophètes, et, en effet, le nom de son père est bien celui que l’Évangile cite ; mais on ne voit nulle part dans les Écritures qu’il ait été tué entre le temple et l’autel, ce qui eût été d’ailleurs difficile, puisqu’à ce moment, c’est à peine si du temple, il restait des ruines. D’autres, s’appuyant sur certaines rêveries des apocryphes, font de ce Zacharie le père de Jean-Baptiste, prétendant qu’il aurait été tué pour avoir prêché l’avènement du Sauveur.
Neuvième leçon. D’autres enfin prétendent que ce Zacharie est celui qui fut mis à mort par Joas, roi de Juda, entre le temple et l’autel, comme le racontent les livres des Rois. Mais il faut observer que le Zacharie en question n’est point fils de Barachie, mais du grand prêtre Joïada. Aussi l’Écriture dit-elle : « Joas ne se souvint pas que son père Joäda lui avait fait du bien. » Comme donc d’un côté, nous avons Zacharie, et comme d’autre part, l’endroit où il fut mis à mort est bien celui indiqué plus haut, cherchons pour quelle raison on le dit fils de Barachie et non de Joïada. « Barachie » se traduit, en notre langue, « le béni du Seigneur, » et ce serait donc la justice du grand prêtre Joïada qui indiquerait l’emploi de ce nom hébreu de Barachie, nom attestant les bénédictions divines. Nous trouvons dans i’Évangile dont se servent les Nazaréens : « fils de Joïada », au lieu de « fils de Barachie ».
Saint Pierre Damien ouvre son Sermon sur la présente solennité par ces paroles : « Nous tenons encore entre nos bras le Fils de la Vierge, et nous honorons par nos caresses l’enfance d’un Dieu. Marie nous a conduits à l’auguste berceau ; belle entre les filles des hommes, bénie entre les femmes, elle nous a présenté Celui qui est beau entre tous les enfants des hommes, et plus qu’eux tous, comblé de bénédictions. Elle soulève pour nous le voile des prophéties, et nous montre les desseins de Dieu accomplis. Qui de nous pourrait distraire ses yeux de la merveille d’un tel enfantement ? Néanmoins, tandis que le nouveau-né nous accorde les baisers de sa tendresse, et nous tient dans l’étonnement par de si grands prodiges, tout à coup, Étienne, plein de grâce et de force, opère des choses merveilleuses au milieu du peuple. Laisserons-nous donc le Roi pour tourner nos regards sur un de ses soldats ? Non certes, à moins que le Prince lui-même ne nous le commande. Or, voici que le Roi, Fils de Roi, se lève lui-même, et vient assister au combat de son serviteur. Courons donc à un spectacle auquel il court lui-même, et considérons le porte-étendard des Martyrs. »
La sainte Église, dans l’Office d’aujourd’hui, nous fait lire ce début d’un Sermon de saint Fulgence sur la fête de saint Étienne : « Hier, nous avons célébré la Naissance temporelle de notre Roi éternel ; aujourd’hui, nous célébrons la Passion triomphale de son soldat. Hier notre Roi, couvert du vêtement de la chair, est sorti du sein de la Vierge et a daigné visiter le monde ; aujourd’hui, le combattant est sorti de la tente de son corps, et est monté triomphant au ciel. Le premier, tout en conservant la majesté de son éternelle divinité, a ceint l’humble baudrier de la chair, et est entré dans le camp de ce siècle pour combattre ; le second, déposant l’enveloppe corruptible du corps, est monté au palais du ciel pour y régner à jamais. L’un est descendu sous le voile de la chair, l’autre est monté sous les lauriers empourprés de son sang. L’un est descendu du milieu de la joie des Anges ; l’autre est monté du milieu des Juifs qui le lapidaient. Hier, les saints Anges, dans l’allégresse, ont chanté : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Aujourd’hui, ils ont reçu Étienne dans leur compagnie avec jubilation. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes : aujourd’hui, Étienne a été par lui revêtu de la robe a d’immortalité. Hier, une étroite crèche a reçu le Christ enfant : aujourd’hui l’immensité du ciel a reçu Étienne dans son triomphe. »
Ainsi, la divine Liturgie unit les joies de la Nativité du Seigneur avec l’allégresse que lui inspire le triomphe du premier des Martyrs ; et encore Étienne ne sera pas le seul à venir partager les honneurs de cette glorieuse Octave. Après lui, nous célébrerons Jean, le bien-aimé Disciple ; les Innocents de Bethléem ; Thomas, le Martyr de la liberté de l’Église ; Sylvestre, le Pontife delà Paix. Mais, dans cette brillante escorte du Roi nouveau-né, la place d’honneur appartient à Étienne, ce Proto-martyr qui, ainsi que le chante l’Église, « a rendu le premier au Sauveur la mort que le Sauveur a soufferte pour lui ». Ainsi méritait d’être honoré le Martyre, ce témoignage sublime qui acquitte avec plénitude envers Dieu les dons octroyés à notre race, et scelle par le sang de l’homme la vérité que le Seigneur a confiée à la terre.
Pour bien comprendre ceci, il est nécessaire de considérer le plan divin pour le salut du monde. Le Verbe de Dieu est envoyé afin d’instruire les hommes ; il sème sa divine parole, et ses œuvres rendent témoignage de lui. Mais, après son Sacrifice, il remonte à la droite de son Père ; et son témoignage, pour être reçu par les hommes qui n’ont pas vu ni entendu ce Verbe de vie, a besoin d’un témoignage nouveau. Or, ce témoignage nouveau, ce sont les Martyrs qui le donneront ; et ce ne sera pas simplement par la confession de leur bouche, mais par l’effusion de leur sang qu’ils le rendront. L’Église s’élèvera donc par la Parole et le Sang de Jésus-Christ ; mais elle se soutiendra, elle traversera les âges, elle triomphera de tous les obstacles par le sang des Martyrs, membres du Christ ; et ce sang se mêlera avec celui de leur Chef divin, dans un même Sacrifice.
Les Martyrs auront toute ressemblance avec leur Roi suprême. Ils seront, comme il l’a dit, « semblables à des agneaux au milieu des loups ». Le monde sera fort contre eux ; devant lui, ils seront faibles et désarmés ; mais, dans cette lutte inégale, la victoire des Martyrs n’en sera que plus éclatante et plus divine. L’Apôtre nous dit que le Christ crucifié est la force et la sagesse de Dieu ; les Martyrs immolés, et cependant conquérants du monde, attesteront, d’un témoignage que le monde même comprendra, que le Christ qu’ils ont confessé, et qui leur a donné la constance et la victoire, est véritablement la force et la sagesse de Dieu. Il est donc juste qu’ils soient associés à tous les triomphes de l’Homme-Dieu, et que le cycle liturgique les glorifie, comme l’Église elle-même les honore en plaçant sous la pierre de l’autel leurs sacrés ossements, en sorte que le Sacrifice de leur Chef triomphant ne soit jamais célébré sans qu’ils soient offerts avec lui dans l’unité de son Corps mystique. Or, la liste glorieuse des Martyrs du Fils de Dieu commence à saint Étienne ; il y brille par son beau nom qui signifie le Couronné, présage divin de sa victoire. Il commande, sous le Christ, cette blanche armée que chante l’Église, ayant été appelé le premier, avant les Apôtres eux-mêmes, et ayant répondu dignement à l’honneur de l’appel. Étienne a rendu un fort et courageux témoignage à la divinité de l’Emmanuel, en présence de la Synagogue des Juifs ; il a irrité leurs oreilles incrédules, en proclamant la vérité ; et bientôt une grêle de pierres meurtrières a été lancée contre lui par les ennemis de Dieu, devenus les siens. Il a reçu cet affront, debout, sans faiblir ; on eût dit, suivant la belle expression de saint Grégoire de Nysse, qu’une neige douce et silencieuse tombait sur lui à flocons légers, ou encore qu’une pluie de roses descendait mollement sur sa tête. Mais, à travers ces pierres qui se choquaient entre elles en lui apportant la mort, une clarté divine arrivait jusqu’à lui : Jésus, pour qui il mourait, se manifestait à ses regards ; et un dernier témoignage à la divinité de l’Emmanuel s’échappait avec force de la bouche du Martyr. Bientôt, à l’exemple de ce divin Maître, pour rendre son sacrifice complet, le Martyr répand sa dernière prière pour ses bourreaux ; il fléchit les genoux et demande que le péché ne leur soit pas imputé. Ainsi tout est consommé ; et le type du Martyre est montré à la terre pour être imité et suivi dans toutes les générations, jusqu’à la consommation des siècles, jusqu’au dernier complément du nombre des Martyrs. Étienne s’endort dans le Seigneur, et il est enseveli dans la paix, in pace, jusqu’à ce que sa tombe sacrée soit retrouvée, et que sa gloire se répande de nouveau dans toute l’Église, par cette miraculeuse Invention, comme par une résurrection anticipée.
Étienne a donc mérité de faire la garde auprès du berceau de son Roi, comme le chef des vaillants champions de la divinité du céleste Enfant que nous adorons. Prions-le, avec l’Église, de nous faciliter l’approche de l’humble couche où repose notre souverain Seigneur. Demandons-lui de nous initier aux mystères de cette divine Enfance que nous devons tous connaître et imiter dans le Christ. Dans la simplicité de la crèche, il n’a point compté le nombre de ses ennemis, il n’a point tremblé en présence de leur rage, il n’a point fui leurs coups, il n’a point imposé silence à sa bouche, il a pardonné à leur fureur ; et sa dernière prière a été pour eux. O fidèle imitateur de l’Enfant de Bethléhem ! Jésus, en effet, n’a point foudroyé les habitants de cette cité qui refusa un asile à la Vierge-Mère, au moment où elle allait enfanter le Fils de David. Il dédaignera d’arrêter la fureur d’Hérode qui bientôt le cherchera pour le faire périr ; il aimera mieux fuir en Égypte, comme un proscrit, devant la face de ce tyran vulgaire ; et c’est à travers toutes ces faiblesses apparentes qu’il montrera sa divinité, et que le Dieu-Enfant sera le Dieu-Fort. Hérode passera, et sa tyrannie ; le Christ demeurera, plus grand dans sa crèche où il fait trembler un roi, que ce prince sous sa pourpre tributaire des Romains ; plus grand que César-Auguste lui-même, dont l’empire colossal a pour destinée de servir d’escabeau à l’Église que vient établir cet Enfant si humblement inscrit sur les rôles de la ville de Bethléhem.
Mes frères et mes pères, écoutez-moi : Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il demeurât à Charan, et lui dit : Sortez de votre pays et de votre parenté, et venez dans la terre que je vous montrerai.
Alors il sortit du pays des Chaldéens, et vint demeurer à Charan. Et après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans cette terre que vous habitez aujourd’hui ; où il ne lui donna aucun héritage, non pas même où asseoir le pied ; mais il lui promit de lui en donner la possession, et à sa postérité après lui, lorsqu’il n’avait point encore de fils.
Et Dieu lui prédit que pendant quatre cents ans sa postérité demeurerait dans une terre étrangère, et qu’elle serait tenue en servitude et fort maltraitée.
Mais j’exercerai, dit le Seigneur, ma justice contre la nation qui l’aura tenue en servitude ; et elle sortira enfin de ce pays-là, et viendra me servir dans ce lieu-ci.
Il fit ensuite avec lui l’alliance de la circoncision ; et ainsi Abraham ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour. Isaac engendra Jacob, et Jacob les douze patriarches.
Les patriarches, émus d’envie, vendirent Joseph pour être mené en Égypte : mais Dieu était avec lui ; et il le délivra de toutes ses afflictions ; et l’ayant rempli de sagesse, il le rendit agréable à Pharaon, roi d’Égypte, qui lui donna la conduite de son royaume et de toute sa maison.
Cependant toute l’Égypte et la terre de Chanaan furent affligées d’une grande famine ; et nos pères ne pouvaient trouver de quoi vivre.
Mais Jacob ayant entendu dire qu’il y avait du blé en Égypte, il y envoya nos pères pour la première fois.
Et la seconde fois qu’ils y vinrent, Joseph fut reconnu de ses frères ; et Pharaon sut de quelle famille il était.
Alors Joseph envoya quérir Jacob, son père, et toute sa famille, qui consistait en soixante et quinze personnes.
Jacob descendit donc en Égypte, où il mourut, et nos pères après lui ; et ils furent transportés en Sichem, et on les mit dans le sépulcre qu’Abraham avait acheté à prix d’argent des enfants d’Hémor, fils de Sichem.
Mais comme le temps de la promesse que Dieu avait faite à Abraham, s’approchait, le peuple s’accrut, et se multiplia beaucoup en Égypte, jusqu’au règne d’un autre roi, qui n’avait point connu Joseph.
Ce prince, usant d’une malice artificieuse contre notre nation, accabla nos pères de maux, jusqu’à les contraindre d’exposer leurs enfants, pour en exterminer la race.
Ce fut en ce temps-là que naquit Moïse, qui était agréable à Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père.
Et ayant été exposé ensuite, la fille de Pharaon l’emporta, et le nourrit comme son fils.
Depuis, Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et devint puissant en paroles et en œuvres.
Mais quand il eut atteint l’âge de quarante ans, il lui vint dans l’esprit d’aller visiter ses frères, les enfants d’Israël.
Et voyant qu’on faisait injure à l’un d’eux, il le défendit, et le vengea en tuant l’Égyptien qui l’outrageait.
Or il croyait que ses frères comprendraient bien que ce serait par sa main que Dieu les délivrerait ; mais ils ne le comprirent pas.
Le lendemain, s’étant rencontré lorsque quelques-uns d’eux se querellaient, et tâchant de les accorder, il leur dit : Mes amis, vous êtes frères ; comment vous faites-vous injure l’un à l’autre ?
Mais celui qui faisait injure à l’autre, le rebuta, en lui disant : Qui vous a établi prince et juge sur nous ?
Ne voudriez-vous point me tuer, comme vous tuâtes hier cet Égyptien ?
Cette parole fut cause que Moïse s’enfuit ; et il demeura comme étranger au pays de Madian, où il eut deux fils.
Quarante ans après, un Ange lui apparut au désert de la montagne de Sina dans la flamme d’un buisson qui brûlait.
Ce que Moïse ayant aperçu, il fut étonné de ce qu’il voyait ; et s’approchant pour considérer ce que c’était, il entendit la voix du Seigneur, qui lui dit : Je suis le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Et Moïse, tout tremblant, n’osait considérer ce que c’était.
Alors le Seigneur lui dit : Ôtez vos souliers de vos pieds : car le lieu où vous êtes est une terre sainte.
J’ai vu et considéré l’affliction de mon peuple, qui est en Égypte ; j’ai entendu leurs gémissements, et je suis descendu pour les délivrer. Venez donc maintenant, afin que je vous envoie en Égypte.
Ce Moïse qu’ils avaient rejeté en disant, Qui vous a établi prince et juge ? fut celui-là même que Dieu envoya pour prince et pour libérateur, sous la conduite de l’Ange qui lui était apparu dans le buisson.
Ce fut lui qui les fit sortir, faisant des prodiges et des miracles en Égypte, en la mer Rouge, et au désert, durant quarante ans.
C’est ce Moïse qui a dit aux enfants d’Israël : Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; écoutez-le.
C’est lui qui, pendant que le peuple était assemblé dans le désert, s’entretenait avec l’Ange qui lui parlait sur la montagne de Sina. C’est lui qui était avec nos pères, et qui a reçu les paroles de vie pour nous les donner.
Nos pères ne voulurent point lui obéir ; mais ils le rebutèrent, retournant de cœur en Égypte, et disant à Aaron : Faites-nous des dieux qui marchent devant nous : car nous ne savons ce qu’est devenu ce Moïse qui nous a tirés du pays d’Égypte.
Ils firent ensuite un veau, et sacrifièrent à l’idole, mettant leur joie dans cet ouvrage de leurs mains.
Alors Dieu se détourna d’eux, et les abandonna, de telle sorte qu’ils adorèrent l’armée du ciel, comme il est écrit au livre des Prophètes : Maison d’Israël, m’avez-vous offert des sacrifices et des hosties dans le désert durant quarante ans ?
Au contraire, vous avez porté le tabernacle de Moloch, et l’astre de votre dieu Rempham, qui sont des figures que vous avez faites pour les adorer. C’est pourquoi je vous transporterai au delà de Babylone.
Nos pères eurent dans le désert le tabernacle du témoignage, comme Dieu, parlant à Moïse, lui avait ordonné de le faire, selon le modèle qu’il avait vu.
Et nos pères l’ayant reçu, ils l’emportèrent, sous la conduite de Josué, au pays qui avait été possédé par les nations que Dieu chassa devant eux ; et il y fut jusqu’au temps de David, qui trouva grâce devant Dieu, et qui lui demanda qu’il pût bâtir une demeure au Dieu de Jacob.
Ce fut néanmoins Salomon qui lui bâtit un temple.
Mais le Très-Haut n’habite point dans des temples faits par la main des hommes ; selon cette parole du prophète : Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâtiriez-vous ? dit le Seigneur ; et quel pourrait être le lieu de mon repos ?
N’est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses ?
Têtes dures, hommes incirconcis de cœur et d’oreilles ! vous résistez toujours au Saint-Esprit, et vous êtes tels que vos pères ont été.
Qui est celui d’entre les prophètes que vos pères n’aient point persécuté ? Ils ont tué ceux qui leur prédisaient l’avènement du Juste, que vous venez de trahir, et dont vous avez été les meurtriers ; vous qui avez reçu la loi par le ministère des anges, et qui ne l’avez point gardée.
À ces paroles ils entrèrent dans une rage qui leur déchirait le cœur, et ils grinçaient les dents contre lui.
Mais Étienne étant rempli du Saint-Esprit, et levant les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était debout à la droite de Dieu ; et il dit : Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme, qui est debout à la droite de Dieu.
Alors jetant de grands cris, et se bouchant les oreilles, ils se jetèrent sur lui tous ensemble ; et l’ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidèrent ; et les témoins mirent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme, nommé Saul.
Ainsi ils lapidaient Étienne ; et il invoquait Jésus, et disait : Seigneur Jésus ! recevez mon esprit.
S’étant mis ensuite à genoux, il s’écria à haute voix : Seigneur ! ne leur imputez point ce péché. Après cette parole il s’endormit au Seigneur. Or Saul avait consenti comme les autres à la mort d’Étienne. Ac 7, 2-52
Nativité du Seigneur
Introït
Le Seigneur m’a dit : « tu es mon Fils. C’est moi qui t’engendre aujourd’hui » Pourquoi les nations ont-elles frémi ? Pourquoi les peuples ont-ils tramé de vains complots ?
Collecte
Seigneur Dieu, vous avez illuminé cette nuit sainte de l’éclat de la vraie lumière : nous vous en prions, faites que cette lumière dont le mystère nous est révélé sur la terre nous fasse goûter dans le ciel la plénitude de la joie.
Épitre Tt. 2, 11-15
Très cher ami : La grâce de Dieu notre sauveur s’est manifestée à tous les hommes ; nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, pour que nous vivions sobrement, et justement, et pieusement dans ce siècle, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s’est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire de nous un peuple purifié, agréable, et zélé pour les bonnes œuvres. Dis ces choses, et exhorte : dans le Christ Jésus, Notre-Seigneur.
Évangile Lc. 2, 1-14.
En ce temps-là : Un édit de César Auguste fut publié , pour le recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et qui veillaient la nuit sur leur troupeau. Un ange du Seigneur parut auprès d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de clarté, et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : « Ne craignez point, car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie : il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Et voici ce qui vous en sera le signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche. » Tout à coup se joignit à l’ange une troupe de la milice céleste, louant Dieu et disant : « Gloire, dans les hauteurs, à Dieu ! Et, sur terre, paix chez les hommes de bonne volonté ! »
Secrète
En ce jour de fête, Seigneur, rendez notre offrande digne de vous. Et dans l’échange infiniment saint que réalise ce sacrifice, accordez-nous la grâce de ressembler au Christ Jésus, en qui notre nature humaine se trouve unie à vous.
Postcommunion
Nous avons la joie, Seigneur notre Dieu, de célébrer tous ensemble dans ces saints mystères la naissance de Notre Seigneur Jésus Christ : faites, nous vous en prions, qu’au terme d’une vie sainte, nous méritions de partager sa gloire.
Introït
La lumière va resplendir aujourd’hui sur nous : car le Seigneur nous est né : et on l’appellera l’Admirable, le Dieu fort, prince de la paix, Père du siècle à venir : car son règne n’aura pas de fin. Le Seigneur est roi, il est revêtu de gloire : le Seigneur est revêtu de force, il s’arme de puissance.
Collecte
Dieu tout puissant, l’incarnation de votre Verbe vient de nous inonder d’une lumière nouvelle : faites, s’il vous plaît, resplendir dans nos vies cette lumière qui brille par la foi en nos intelligences.
Épitre Tt. 3, 4-7
Très cher ami : Lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour pour les hommes ont paru, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais en vertu de sa miséricorde, par le bain de la régénération et du renouvellement de l’Esprit-Saint, qu’il a répandu sur nous abondamment par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devinssions héritiers, conformément à l’espérance de la vie éternelle : dans le Christ Jésus, Notre-Seigneur.
Évangile Lc. 2, 15-20
En ce temps là : les bergers se dirent entre eux : « Passons donc jusqu’à Bethléem, et voyons cet événement qui est arrivé, et que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils s’y rendirent en toute hâte, et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche. Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent dans l’admiration de ce que leur avaient dit les bergers. Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur. Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été dit.
Secrète
Nous vous en prions, Seigneur, que nos offrandes soient en harmonie avec les mystères de la Nativité que nous célébrons aujourd’hui, et qu’elles répandent toujours la paix dans nos âmes. De même que, dans cet homme qui vient de naître, c’est aussi Dieu qui resplendit, faites que dans ces présents matériels, nous soit apporté le don de Dieu.
Postcommunion
Faites, Seigneur, que dans sa fraîcheur de Noël, ce sacrement du Christ rajeunisse toujours nos âmes, puisque sa Naissance merveilleuse a fait disparaître de l’humanité toute trace de vieillesse.
Introït
Un enfant nous est né, un fils nous est donné : la souveraineté repose sur son épaule : et on l’appellera le Messager d’en haut. Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles.
Collecte
Nous vous en prions, Dieu tout puissant, que votre Fils éternel, par sa nouvelle naissance en notre chair, vienne nous délivrer de l’ancien esclavage qui nous maintient sous le joug du péché.
Épitre He. 1, 1-12
Après avoir, à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé autrefois à nos pères par les Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a aussi créé le monde. Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire, l’empreinte de sa substance, et qui soutient toutes choses par sa puissante parole, après nous avoir purifiés de nos péchés, s’est assis à la droite de la majesté divine au plus haut des cieux, d’autant plus grand que les anges, que le nom qu’il possède est plus excellent que le leur. Auquel des anges en effet Dieu a-t-il jamais dit : "Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré" ? Et encore "Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un Fils" ? Et lorsqu’il introduit de nouveau dans le monde le Premier-né, il dit : "Que tous les anges de Dieu l’adorent !" De plus, tandis qu’il est dit des anges : "Celui qui fait de ses anges des vents, et de ses serviteurs une flamme de feu," il dit au Fils : "Ton trône, ô Dieu, est éternel ; le sceptre de ta royauté est un sceptre de droiture. Tu as aimé la justice et haï l’iniquité ; c’est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t’a oint d’une huile d’allégresse au-dessus de tous tes compagnons." Et encore : "C’est toi, Seigneur, qui as au commencement fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains ; ils périront, mais tu demeures ; ils vieilliront tous comme un vêtement ; comme un manteau tu les rouleras, et ils seront changés ; mais toi, tu restes le même, et tes années ne s’épuiseront point."
Évangile
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean. Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui : non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière. La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde par lui a été fait, et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais quant à tous ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu sont nés. (ici on fléchit le genou) Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père, tout plein de grâce et de vérité.
Secrète
Sanctifiez ces offrandes, Seigneur, par la nouvelle naissance de votre Fils unique, et purifiez-nous des souillures de nos péchés.
Postcommunion
Dieu tout puissant, le Sauveur du monde, qui est né aujourd’hui, nous a fait naître à la vie divine. Faites, nous vous en prions, qu’il nous accorde aussi le don de l’immortalité.
Office
Première leçon. Cap. 9, 1-6.
Dans le premier temps a été allégée la terre de Zabulon, ainsi que la terre de Nephthali ; et dans le dernier, a été aggravée la voie de la mer, au-delà du Jourdain, la voie de la Galilée des Nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour ceux qui habitaient dans la région de l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. Vous avez augmenté la nation, et vous n’avez pas agrandi sa joie. Ils se réjouiront devant vous comme ceux qui se réjouissent dans la moisson, et comme exultent les vainqueurs après le butin pris, quand ils partagent les dépouilles. Car le joug de son fardeau, la verge de son épaule, et le sceptre de son exacteur, vous en avez triomphé, comme à la journée de Madian ; parce que tout pillage fait dans le tumulte, et tout vêtement souillé de sang sera en combustion et la pâture du feu. Car un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; et sa principauté est sur son épaule, et son nom sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix.
Deuxième leçon. Cap. 40, 1-8.
Consolez-vous, mon peuple, consolez-vous, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et appelez-la à elle-même ; parce que sa malice est arrivée au terme, son iniquité a été pardonnée ; elle a reçu de la main du Seigneur le double pour tous ses péchés. Voici la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits dans la solitude les sentiers de notre Dieu. Toute vallée sera comblée, et toute montagne et colline sera abaissée ; les chemins tortueux seront redressés, et les raboteux deviendront des voies aplanies. Et la gloire du Seigneur sera révélée, et toute chair verra en même temps que la bouche du Seigneur a parlé. Voici la voix de Celui qui dit : Crie. Et j’ai dit : Que crierai-je ? Toute chair est de l’herbe, et toute sa gloire est comme la fleur du champ. L’herbe s’est desséchée, et la fleur est tombée ; parce que le souffle du Seigneur a soufflé sur elle. Vraiment, l’herbe c’est le peuple. L’herbe s’est desséchée et la fleur est tombée ; mais le Verbe de notre Seigneur demeure éternellement.
Troisième leçon. Cap. 52, 1-6.
Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de ta force, Sion ; revêts-toi des vêtements de ta gloire, Jérusalem, cité du Saint ; parce qu’il n’y aura plus à l’avenir d’incirconcis qui passera au travers de toi, ni d’impur. Sors de la poussière, lève-toi, assieds-toi, Jérusalem ; romps les fers de ton cou, fille de Sion captive. Parce que voici ce que dit le Seigneur : Pour rien, vous avez été vendus, et sans argent, vous serez rachetés. Parce que voici ce que dit le Seigneur Dieu : Mon peuple descendit en Égypte, dans le principe, pour y être colon, et Assur, sans aucun sujet, l’a traité avec violence. Et maintenant, qu’ai-je ici pour moi, dit le Seigneur, puisque mon peuple a été enlevé sans motif ? Ses dominateurs agissent iniquement, dit le Seigneur, et sans cesse, tout le jour, mon nom est blasphémé. A cause de cela, mon peuple connaîtra mon nom en ce jour-là : que moi-même qui parlais autrefois, me voici présent.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Léon, Pape.
Quatrième leçon. Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous. Il ne peut y avoir de tristesse au jour où naît la vie, qui, dissipant la crainte de la mort, répand en nos âmes la joie, par la promesse de l’éternité. Il n’y a personne qui n’ait sa part de cette allégresse. Tous ont un même motif de se réjouir, car notre Seigneur, destructeur du péché et de la mort, nous trouvant tous assujettis au péché, est venu pour nous affranchir tous. Qu’il tressaille, celui qui est saint : car la palme approche pour lui. Que le pécheur se réjouisse : voici qu’on l’invite au pardon. Que le Gentil prenne courage : car il est convié à la vie. En effet, le Fils de Dieu, dans la plénitude des temps fixée par les impénétrables profondeurs du conseil divin, a pris la nature humaine, pour la réconcilier avec son auteur, afin que l’inventeur de la mort, le diable, fût vaincu par où il avait triomphé.Cinquième leçon. En ce combat livré pour nous, c’est avec une grande et admirable loyauté qu’on a combattu, puisque le Seigneur tout-puissant a lutté contre ce cruel ennemi, non dans sa majesté, mais dans l’infirmité de notre chair, et lui a opposé la même forme, la même nature, celle de notre mortalité, mais exempte de tout péché. Car ce qu’on lit de tous les hommes : « Nul n’est pur de souillure, pas même l’enfant dont la vie n’est encore que d’un jour sur la terre », ne peut être appliqué à cette nativité. Rien de la concupiscence de la chair ne s’est rencontré dans cette naissance merveilleuse ; rien n’y est provenu de la loi du péché. Une vierge est élue de la tige de David ; une vierge royale qui, devant porter dans son sein le rejeton sacré, conçut spirituellement l’Homme-Dieu par la foi, avant de le concevoir corporellement. Afin que Marie, dans son ignorance du dessein céleste, ne soit pas troublée à une si étonnante nouvelle, elle apprend de son entretien avec l’Ange ce que l’Esprit-Saint doit opérer en elle ; et celle qui va devenir la Mère d’un Dieu, n’a rien à craindre pour sa pudeur.
Sixième leçon. C’est pourquoi, mes bien-aimés, rendons grâces à Dieu le Père, par son Fils, dans le Saint-Esprit : de ce que, « nous ayant aimés dans son infinie charité, il a eu pitié de nous, et comme nous étions morts par les péchés, il nous a vivifiés tous en Jésus-Christ », afin que nous fussions en lui une nouvelle créature et un ouvrage nouveau. « Dépouillons donc le vieil homme avec ses œuvres » ; et, admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux œuvres de la chair. Reconnais, ô Chrétien, ta dignité, et, « devenu participant de la nature divine » , garde-toi de retomber, par une conduite indigne de cette grandeur, dans ta bassesse première. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. N’oublie jamais, « qu’arraché à la puissance des ténèbres », tu as été transporté à la lumière et au royaume de Dieu.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, Pape.
Septième leçon. Comme nous avons aujourd’hui, grâce à la bonté du Seigneur, à célébrer trois fois les solennels mystères de la Messe, nous ne pouvons vous parler longtemps de la lecture de l’Évangile ; mais nous devons au moins en dire brièvement quelque chose : la nativité de notre Rédempteur nous y oblige. Pourquoi donc, au moment de la naissance du Seigneur, ce dénombrement du monde, si ce n’est pour nous faire comprendre que dans la chair, apparaissait celui qui devait enregistrer les élus dans l’éternité ? D’autre part le Prophète dit des réprouvés : « Qu’ils soient rayés du livre des vivants, et ne soient point inscrits avec les justes. » De plus, il con vient que le Seigneur naisse à Bethléem, d’autant que Bethléem est interprété, Maison du Pain. Et en effet, c’est lui qui a dit : « Je suis le Pain vivant, descendu du ciel. »] Ainsi, le lieu où naît le Seigneur a été auparavant appelé Maison du Pain, parce que là devait apparaître dans la chair celui qui, un jour, rassasierait intérieurement les âmes de ses élus. Il naît hors de la maison de ses parents, en un voyage, pour montrer qu’en prenant l’humanité, il naissait comme en un lieu étranger.
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Huitième leçon. Considérez les commencements de l’Église naissante : le Christ naît, et déjà les pasteurs veillent, comme pour rassembler dans le bercail du Seigneur les nations qui, jusque-là, vivaient comme des brutes, afin de les garantir, au milieu des ombres de la nuit, de l’incursion de bêtes spirituelles. Il est juste que les pasteurs veillent, étant instruits par le bon Pasteur. Ainsi le troupeau, c’est le peuple ; la nuit, c’est le monde ; les bergers sont les prêtres. Sans doute, il faut bien qu’il soit pasteur, celui auquel on a dit : « Sois vigilant, et confirme les autres. » Mais le Seigneur n’a pas seulement établi les Évêques pour défendre le troupeau, il y a encore destiné ses Anges.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Neuvième leçon. Afin que vous n’ayez pas du Verbe une idée basse, comme s’il s’agissait de paroles humaines, écoutez ce qu’il faut en penser : « Le Verbe était Dieu. » Vienne donc je ne sais quel infidèle Arien nous dire : « Le Verbe de Dieu a été fait. » Comment se peut-il que le Verbe de Dieu ait été fait, puisque Dieu a, par le Verbe, fait toutes choses ? Si le Verbe de Dieu, lui aussi, a été fait, par quel autre verbe a-t-il été fait ? Peut-être direz-vous qu’il a été fait par un verbe du Verbe : mais je réponds, moi, que le Verbe est l’unique Fils de Dieu. Si vous n’admettez point un verbe du Verbe, accordez donc qu’il n’a point été fait, celui par qui tout a été fait. Car il n’a pu se faire lui-même, celui par qui tout a été fait. Croyez-en donc l’Évangéliste.
L’heureuse journée de la Vigile de Noël avance vers son terme. Déjà la sainte Église a clos les divins Offices de l’Attente du Sauveur par la célébration du grand Sacrifice. Dans son indulgence maternelle, elle a permis à ses enfants de rompre, dès le milieu du jour, le jeûne de la préparation ; les fidèles se sont assis à la table frugale, avec une joie spirituelle qui leur fait pressentir celle dont leurs cœurs seront inondés en cette nuit qui va leur donner l’Emmanuel.
Mais une aussi grande solennité que celle de demain doit, selon l’usage de l’Église dans ses fêtes, anticiper sur le jour qui la précède. En peu d’instants, l’Office des Premières Vêpres, dans lequel s’offre à Dieu l’encens du soir, va convier les Chrétiens à l’Église ; et la splendeur des cérémonies, la magnificence des chants, ouvriront tous les cœurs aux émotions d’amour et de reconnaissance qui les doivent disposer à recevoir les grâces du moment suprême.
En attendant le signal sacré qui va nous convoquer à la maison de Dieu, employons les instants qui nous restent à bien pénétrer le mystère d’un si grand jour, les sentiments de la sainte Église dans cette solennité, les traditions catholiques à l’aide desquelles nos aïeux l’ont si dignement célébrée.
Et d’abord écoutons la voix des saints Pères qui retentit avec une emphase et un éclat capables de réveiller toute âme vivante. Voici saint Grégoire le Théologien, l’Évêque de Nazianze, qui débute dans son discours trente-huitième, consacré à la Théophanie, ou Naissance du Sauveur : qui pourrait l’entendre et rester froid devant sa parole ?
« Le Christ naît ; rendez gloire. Le Christ descend des cieux ; marchez au-devant de lui. Le Christ est sur la terre ; hommes, élevez-vous. Toute la terre, chantez au Seigneur ! et pour réunir tout dans une seule parole : Que les cieux se réjouissent, et que la terre tressaille, pour Celui qui est, tout à la fois, du ciel et de la terre. Le Christ revêt notre chair, soyez émus de crainte et d’allégresse : de crainte, à cause du péché ; d’allégresse, à cause de l’espérance. Le Christ naît d’une Vierge : femmes, honorez la virginité, afin de devenir mères du Christ. « Qui n’adorerait Celui qui était dès le commencement ? qui ne louerait et ne célébrerait Celui qui vient de naître ? Voici que les ténèbres se dissipent ; la lumière est créée ; l’Égypte demeure sous les ombres, et Israël est éclairé par la colonne lumineuse. Le peuple, qui était assis dans les ténèbres de l’ignorance, aperçoit la lueur d’une science profonde. Les choses anciennes ont fini ; tout est devenu nouveau. La lettre fuit, l’esprit triomphe ; les ombres sont passées, la vérité fait son entrée. La nature voit violer ses lois : le moment est venu de peupler le monde céleste : le Christ commande ; gardons-nous de résister.
« Toutes les nations, battez des mains : car un petit Enfant nous est né, un Fils nous a été donné. La marque de sa principauté est sur son épaule : car la croix sera le moyen de son élévation ; son nom est l’Ange du grand conseil, c’est-à-dire du conseil paternel.
« Que Jean s’écrie : Préparez la voie du Seigneur ! Pour moi, je veux faire retentir aussi la puissance d’un si grand jour : Celui qui est sans chair s’incarne ; le Verbe prend un corps ; l’Invisible se montre aux yeux, l’Impalpable se laisse toucher ; Celui qui ne connaît pas le temps prend un commencement ; le Fils de Dieu est fait fils de l’homme. Jésus-Christ était hier ; il est aujourd’hui ; il sera à jamais. Que le Juif s’en offense ; que le Grec s’en moque ; que la langue de l’hérétique s’agite dans sa bouche impure. Ils croiront quand ils le verront, ce Fils de Dieu, monter au ciel ; et si encore à ce moment ils s’y refusent, ils croiront bien, alors qu’il en descendra, et paraîtra sur son tribunal de juge. »
Écoutons maintenant, dans l’Église Latine, le dévot saint Bernard, qui épanche une douce allégresse dans ces mélodieuses paroles, au sermon VIe pour la Vigile de Noël :
« Voici que nous venons d’entendre une nouvelle pleine de grâce, et faite pour être acceptée avec transport : Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée. Mon âme s’est fondue à cette parole ; mon esprit bouillonne en moi, pressé que je suis de vous annoncer un tel bonheur. Jésus veut dire Sauveur. Quoi de plus nécessaire qu’un Sauveur à ceux qui étaient perdus, de plus désirable à des infortunés, de plus avantageux à ceux que le désespoir accablait ? Où était le salut, où était même l’espérance du salut, si légère qu’elle fût, sous cette loi de péché, dans ce corps de mort, au milieu de cette perversité, dans ce séjour d’affliction, si ce salut n’était né tout à coup, et contre toute espérance ? O homme, tu désires, il est vrai, ta guérison ; mais, ayant la conscience de ta faiblesse et de ton infirmité, tu redoutes la rigueur du traitement. Ne crains pas : le Christ est suave et doux ; sa miséricorde est immense ; comme Christ, il a reçu l’huile en partage, mais c’est pour la répandre sur tes plaies. Et si je te dis qu’il est doux, ne va pas craindre que ton Sauveur manque de puissance ; car on ajoute qu’il est Fils de Dieu. Tressaillons donc, ruminant en nous-mêmes, et faisant éclater au dehors cette douce sentence, cette suave parole : Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléem de Judée ! »
C’est donc véritablement un grand jour que celui de la Naissance du Sauveur : jour attendu par le genre humain durant des milliers d’années ; attendu par l’Église durant ces quatre semaines de l’Avent qui nous laissent de si chers souvenirs ; attendu par la nature entière qui revoit chaque année, sous ses auspices, le triomphe du soleil matériel sur les ténèbres toujours croissantes. Le grand Docteur de l’Église Syrienne, saint Éphrem, célèbre avec enthousiasme le charme et la fécondité de ce jour mystérieux ; empruntons quelques traits à sa divine poésie, et disons avec lui :
« Daignez, Seigneur, nous permettre de célébrer aujourd’hui le propre jour de votre naissance, que la solennité présente nous rappelle. Ce jour est semblable à vous ; il est ami des hommes. A travers les âges, il revient chaque année ; il vieillit avec les vieillards, et il se renouvelle avec l’enfant qui vient de naître. Chaque année, il nous visite et passe ; puis il revient plein de charmes. Il sait que la nature humaine e ne saurait se passer de lui ; comme vous, il vient au secours de notre race en péril. Le monde entier, Seigneur, a soif du jour de votre naissance ; cet heureux jour contient en lui-même les siècles à venir ; il est un, et il se multiplie. Qu’il soit donc, cette année encore, semblable à vous, amenant la paix entre le ciel et la terre. Si tous les jours sont marqués par votre s libéralité, combien est-il juste qu’elle déborde en celui-ci ?
« Les autres jours de l’année empruntent leur beauté de celui-ci, et les solennités qui suivront lui doivent la dignité et l’éclat dont elles brillent. Le jour de votre naissance est un trésor, Seigneur, un trésor destiné à acquitter la dette commune. Béni soit le jour qui nous a rendu le soleil, à nous errants dans la nuit obscure ; qui nous a apporté la divine gerbe par laquelle a été c répandue l’abondance ; qui nous a donné la branche de vigne où est contenue la liqueur du salut qu’elle doit nous fournir en son temps. Au sein de l’hiver qui prive les arbres de leurs fruits, la vigne s’est parée d’une végétation divine ; sous la saison glaciale, le rejeton a poussé de la souche de Jessé. C’est en décembre, en ce mois qui retient encore dans les entrailles de la terre la semence qui lui fut confiée, que l’épi de notre salut s’élève du sein de la Vierge où il était descendu dans les jours du printemps, lorsque les agneaux bondissent dans les prairies. »
Il n’est donc pas étonnant que ce jour qui importe à Dieu même ait été privilégié dans l’économie des temps ; et l’on aime à voir les nations païennes pressentir dans leurs calendriers la gloire que Dieu lui réservait dans la suite des âges. Nous avons vu d’ailleurs que les Gentils n’ont pas été seuls à prévoir mystérieusement les relations du divin Soleil de justice avec l’astre mortel qui éclaire et échauffe le monde ; les saints Docteurs et la Liturgie tout entière ne tarissent pas sur cette ineffable harmonie. Ajoutons que, selon la tradition vénérable de l’antiquité qui place au Vendredi (25 mars) l’Incarnation du Fils de Dieu, la Naissance du Sauveur qui s’est appelé la Lumière du monde a dû avoir lieu un Dimanche (25 décembre) : ce qui donne à la fête de Noël quelque chose de plus sacré encore dans les années où elle se rencontre au Dimanche : jour déjà sanctifié par la création de la lumière à l’origine des choses, et plus tard parla Résurrection de ce Sauveur qui se lève aujourd’hui sur le monde. Saint Sophrone de Jérusalem a magnifiquement traité ce mystère dans sa première Homélie pour la fête de Noël.
Afin de graver plus profondément l’importance d’un jour si sacré dans la mémoire des peuples chrétiens de l’Europe, races préférées dans les conseils de la divine miséricorde, le souverain maître des événements a voulu que le royaume des Francs naquît le jour de Noël, lorsque dans le Baptistère de Reims, au milieu des pompes de cette solennité, Clovis, le fier Sicambre, devenu doux comme l’agneau, fut plongé par saint Rémi dans la fontaine du salut, de laquelle il sortit pour inaugurer la première monarchie catholique parmi les monarchies nouvelles, ce royaume de France, le plus beau, a-t-on dit, après celui du ciel.
Un siècle plus tard, c’était le tour de la race anglo-saxonne. L’Apôtre de l’île des Bretons, le moine saint Augustin, après avoir converti au vrai Dieu le roi Ethelred, s’avançait à la conquête des âmes. S’étant dirigé vers York, il y fait entendre la parole de vie, et un peuple entier s’unit pour demander le Baptême. Le jour de Noël est fixé pour la régénération de ces nouveaux disciples du Christ ; et le fleuve qui coule sous les murs de la cité est choisi pour servir de fontaine baptismale à cette armée de catéchumènes. Dix mille hommes, non compris les femmes et les enfants, descendent dans les eaux dont le courant doit emporter la souillure de leurs âmes. La rigueur de la saison n’arrête pas ces nouveaux et fervents disciples de l’Enfant de Bethléem, qui, peu de jours auparavant, ignoraient jusqu’à son nom. Du sein des ondes glacées, sort pleine de joie et éclatante d’innocence, toute une armée de néophytes ; et au jour de sa naissance, le Christ compte une nation de plus sous son empire.
Mais ce n’était pas assez encore pour le Seigneur qui tient à honorer le jour de la naissance de son Fils.
Une autre naissance illustre devait encore embellir cet heureux anniversaire. A Rome, dans la basilique de Saint-Pierre, en la solennité de Noël de l’an 800, naissait le Saint-Empire-Romain auquel était réservée la mission de propager le règne du Christ dans les régions barbares du Nord, et de maintenir l’unité européenne, sous la direction du Pontife Romain. En ce jour, saint Léon III plaçait la couronne impériale sur la tête de Charlemagne ; et la terre étonnée revoyait un César, un Auguste, non plus successeur des Césars et des Augustes de la Rome païenne, mais investi de ces titres glorieux par le Vicaire de Celui qui s’appelle, dans les saints Oracles, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs.
Ainsi Dieu a fait luire aux yeux des hommes la gloire du royal Enfant qui naît aujourd’hui ; ainsi a-t-il préparé, de distance en distance, à travers les siècles, de riches anniversaires de cette Nativité qui donne gloire à Dieu et paix aux hommes. La suite des temps apprendra au monde en quelle manière le Très-Haut se réserve encore de glorifier, en ce jour, lui-même et son Emmanuel.
En attendant, les nations de l’Occident, émues de la dignité d’une telle fête, et la considérant avec raison comme le principe de toutes choses dans l’ère de la régénération du monde, comptèrent longtemps leurs années à partir de Noël, comme on le voit sur d’antiques Calendriers, sur les Martyrologes d’Usuard et d’Adon, et sur un si grand nombre de Bulles, de Chartes et de Diplômes. Un concile de Cologne, en 1310, nous montre cette coutume encore subsistante à cette époque. Plusieurs peuples de l’Europe catholique, les Italiens principalement, ont gardé jusqu’aujourd’hui l’usage de fêter le nouvel an à la Nativité du Sauveur. On souhaite le bon Noël, comme, chez nous, au premier janvier, la bonne année. On fait échange de compliments et de cadeaux ; on écrit aux amis absents : précieux restes des anciennes mœurs, dont la foi était le principe et l’invincible rempart.
Mais telle est aux yeux de la sainte Église la joie qui doit remplir les fidèles dans la Naissance du Sauveur, que, s’associant par une insigne indulgence à une si légitime allégresse, elle relâche pour la journée de demain le précepte de l’abstinence de la chair, si Noël tombe le vendredi ou le samedi. Cette dispense remonte au Pape Honorius III, qui siégeait en 1216 ; mais déjà, dès le IXe siècle, saint Nicolas Ier, dans sa réponse aux consultations des Bulgares, avait montre une semblable condescendance, afin d’encourager la joie des fidèles dans la célébration non seulement de la solennité de Noël, mais encore des fêtes de saint Étienne, de saint Jean l’Évangéliste, de l’Épiphanie, de l’Assomption de Notre-Dame, de saint Jean-Baptiste, et de saint Pierre et saint Paul. Mais cette indulgence ne fut point universelle, et la relaxation ne s’est maintenue que pour la fête de Noël dont elle augmente l’allégresse populaire.
Dans le désir de témoigner à sa manière l’importance qu’elle attachait à une fête si chère à toute la chrétienté, la législation civile du moyen âge accordait aux débiteurs la faculté de suspendre le paiement de leurs créanciers durant toute la semaine de Noël, qui pour cela était appelée semaine de rémission, comme celles de Pâques et de la Pentecôte.
Mais suspendons un moment ces renseignements familiers que nous nous plaisons à réunir sur la glorieuse solennité dont l’approche émeut si doucement nos cœurs ; il est temps de diriger nos pas vers la maison de Dieu, où nous appelle l’Office solennel des premières Vêpres. Durant le trajet, portons notre pensée vers Bethléem, où Joseph et Marie sont déjà arrivés. Le soleil matériel s’abaisse rapidement au couchant ; et le divin Soleil de justice demeure caché pour quelques instants encore sous le nuage, au sein de la plus pure des vierges. La nuit approche ; Joseph et Marie parcourent les rues de la Cité de David, cherchant un asile pour s’y mettre à l’abri. Que les cœurs fidèles soient donc attentifs, et s’unissent aux deux incomparables pèlerins. Mais l’heure est venue où le chant de gloire et de reconnaissance doit s’échapper de toute bouche humaine. Acceptons avec empressement pour notre organe la voix de la sainte Église : elle n’est pas au-dessous d’une si noble tâche.
Joyeux et Saint Noël
Martyrologe 25 décembre
Après une suite innombrable de siècles depuis la création du monde,
quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre
et forma l’homme à son image;
après des siècles et des siècles, lorsqu’après le déluge,
le Très-Haut mit son arc au milieu des nuages,
en signe d’alliance et de paix ;
au vingt-et-unième siècle depuis le départ d’Abraham,
notre père, depuis Ur des Chaldéens ;
au treizième siècle depuis la sortie d’Égypte
du peuple d’Israël sous la conduite de Moïse ;
environ mille ans après l’onction royale de David ;
dans la soixante cinquième semaine d’années prédites par le prophète Daniel ;
la cent-quatre-vingt-quatorzième Olympiade ;
l’an sept-cent-cinquante-deux depuis la fondation de Rome ;
l’an quarante-deux de l’empire de César Auguste ;
tout l’univers étant en paix,
JÉSUS-CHRIST
Dieu éternel et Fils du Père éternel,
voulant sanctifier le monde
par son miséricordieux avènement,
ayant été conçu du Saint-Esprit,
et neuf mois s’étant écoulés depuis sa conception,
naît à Bethléem de Judée, de la Vierge Marie, homme parmi les hommes.
C’est la nativité de notre Seigneur Jésus-Christ selon la chair
DIEU ayant parlé autrefois à nos pères en divers temps et en diverses manières par les prophètes, nous a enfin parlé en ces derniers jours par son propre Fils, qu’il a fait héritier de toutes choses, et par qui il a même créé les siècles.
Et comme il est la splendeur de sa gloire, et le caractère de sa substance, et qu’il soutient tout par la puissance de sa parole, après nous avoir purifiés de nos péchés, il est assis au plus haut du ciel à la droite de la souveraine Majesté, He 1, 1-3
NOUS vous annonçons la Parole de vie, qui était dès le commencement, que nous avons entendue, que nous avons vue de nos yeux, que nous avons regardée avec attention, et que nous avons touchée de nos mains : car la Vie même s’est rendue visible ; nous l’avons vue, nous en rendons témoignage, et nous vous l’annonçons cette Vie éternelle qui était dans le Père, et qui est venue se montrer à nous.
Nous vous prêchons, dis-je, ce que nous avons vu et ce que nous avons entendu ; afin que vous entriez vous-mêmes en société avec nous, et que notre société soit avec le Père, et avec son Fils Jésus-Christ.
Et nous vous écrivons ceci, afin que vous en ayez de la joie, mais une joie pleine et parfaite.
Or ce que nous avons appris de Jésus-Christ, et ce que nous vous enseignons, est, que Dieu est la lumière même, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres ; de sorte que si nous disons que nous avons société avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité. I Jn 1, 1-6
Vigile de la Nativité
Introït
Aujourd’hui, vous saurez que le Seigneur va venir et qu’il nous sauvera. Et demain matin, vous le verrez dans sa gloire. Au Seigneur appartient la terre et tout ce qui la remplit, l’univers et tous ceux qui l’habitent.
Collecte
Seigneur Dieu, vous nous donnez chaque année la joie d’attendre notre rédemption. Et puisque c’est dans la joie que nous accueillons votre Fils unique, lorsqu’il viendra nous racheter, accordez-nous de pouvoir encore le regarder sans inquiétude, quand il reviendra pour nous juger.
Épitre Rm. 1, 1–6
Paul, serviteur du Christ-Jésus, apôtre par son appel, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, Évangile que Dieu avait promis auparavant par ses prophètes dans les saintes Écritures, touchant son Fils né de la postérité de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu miraculeusement, selon l’Esprit de sainteté, par une résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les Gentils, du nombre desquels vous êtes, vous aussi, par appel de Jésus-Christ.
Évangile Mt, 1, 18–21
Marie, la mère de Jésus, ayant été fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. Joseph, son mari, qui était juste et ne voulait pas la diffamer, se proposa de la répudier secrètement. Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craint point de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui est conçu en elle est du Saint-Esprit. Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras pour nom Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. »
Secrète
Dieu tout Puissant, nous accourons dès aujourd’hui pour adorer la naissance de votre Fils. Permettez-nous de recevoir avec la même joie les dons éternels qu’il nous apporte.
Postcommunion
Nous vous en prions, Seigneur : en l’anniversaire de la Nativité de votre Fils unique, accordez-nous de reprendre vie, puisque déjà nous sommes nourris et abreuvés par son mystère céleste.
Office
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Première leçon. Pourquoi n’est-ce pas simplement par une vierge, mais par une vierge fiancée, qu’il est conçu ? D’abord, afin que par la généalogie de Joseph, celle de Marie fût constatée ; en second lieu, de peur qu’elle ne fût lapidée par les Juifs comme adultère ; en troisième lieu, pour que, fugitive en Égypte, elle eût un soutien en la personne de Joseph. Le Martyr saint Ignace ajoute une quatrième raison : s’il est conçu par une fiancée, c’est, dit-il, pour cacher cet enfantement au démon, qui le croira le fruit, non d’une vierge, mais d’une épouse.
Deuxième leçon. « Avant qu’ils vinssent ensemble, il fut découvert qu’elle avait conçu du Saint-Esprit. » Personne ne le découvrit, sinon saint Joseph, aux regards duquel ne pouvait rien échapper de ce qui concernait sa future épouse. Quand il est dit : « Avant qu’ils vinssent ensemble », il ne s’ensuit pas qu’ils se soient unis plus tard ; l’Écriture constate ce qui n’avait pas eu lieu.
Troisième leçon. « Mais Joseph, qui était un homme juste et ne voulait point la dénoncer, songea à la renvoyer sans éclat. » « Si quelqu’un s’unit à une femme de mauvaise vie, il devient un même corps avec elle », et il est marqué dans la Loi que, non seulement ceux qui commettent le crime, mais les complices eux-mêmes du crime, sont coupables. Comment donc Joseph, cachant le crime de son épouse, est-il appelé juste ? Mais c’est un témoignage en faveur de Marie ; car Joseph, connaissant sa chasteté et plein d’admiration pour ce qui se passe, cache sous le voile du silence, l’événement dont il ne comprend point le mystère.
Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour,
« nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l’espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s’étaient succédé ; mais ils n’apportaient rien avec eux, si ce n’est le renouvellement de cette même promesse. C’est pourquoi notre Psalmiste s’était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l’arrivée de votre Christ. Puis, passant de la plainte à l’audace, il s’était écrié d’une voix impérative : Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d’un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu’est notre nature ; c’est à votre ressemblance que vous l’avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n’est pas du moins en ce qu’il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement.
« Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait : A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez ! Enfin, tous les Prophètes, fatigués d’une trop longue attente, n’ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l’impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu’ils se retirent maintenant ; il n’est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu’à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.
« Mais que venons-nous d’entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l’Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d’Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l’esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d’empressement à témoigner de votre dévotion. C’est du moins ce que je puis juger, d’après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l’Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd’hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l’Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s’évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux mal-ci heureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l’orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s’il ne descend pas jusqu’à vous, s’il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés. »
Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d’espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L’Église, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l’Office et la Messe de la Vigile l’emportent sur l’Office et la Messe du quatrième Dimanche de l’Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu’elles soient, la solennité ne commence qu’aux premières Vêpres ; jusque-là l’Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd’hui, au contraire, dès le point du jour, à l’Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L’intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l’on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l’Avent ; et il n’y a plus qu’une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.
Entrons dans l’esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n’ayons vu naître, à l’heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c’est un devoir, pour tout fidèle enfant de l’Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l’univers entier veille encore à l’arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s’effacerait qu’au grand malheur de la terre.
Parcourons en esprit de prière les principales parties de l’Office de cette Vigile. D’abord, la sainte Église éclate par un cri d’avertissement qui sert d’Invitatoire à Matines, d’Introït et de Graduel à la Messe. C’est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.
Considérons la très pure Marie, toujours accompagnée de son fidèle époux Joseph, sortant de Jérusalem et se dirigeant vers Bethléhem. Ils y arrivent après quelques heures de marche, et, pour obéira la volonté céleste, ils se rendent au lieu où ils devaient être enregistrés, selon l’édit de l’Empereur. On inscrit sur le registre public un artisan nommé Joseph, charpentier à Nazareth de Galilée ; sans doute on ajoute le nom de son épouse Marie qui l’a accompagné dans le voyage ; peut-être même est-elle qualifiée de femme enceinte, dans son neuvième mois : c’est là tout. O Verbe incarné ! aux yeux des hommes, vous n’êtes donc pas encore un homme ? vous visitez cette terre, et vous y êtes inconnu ; et pourtant, tout ce mouvement, toute l’agitation qu’entraîne le dénombrement de l’Empire, n’ont d’autre but que d’amener Marie, votre auguste Mère, à Bethléhem, afin qu’elle vous y mette au monde. O Mystère ineffable ! que de grandeur dans cette bassesse apparente ! que de puissance dans cette faiblesse ! Toutefois, le souverain Seigneur n’est pas encore descendu assez. Il a parcouru les demeures des hommes, et les hommes ne Font pas reçu. Il va maintenant chercher un berceau dans l’étable des animaux sans raison : c’est là qu’en attendant les cantiques des Anges, les hommages des Bergers, les adorations des Mages, il trouvera le bœuf qui connaît son Maître, et l’âne qui s’attache à la crèche de son Seigneur. » O Sauveur des hommes, Emmanuel, Jésus, nous allons nous rendre aussi à l’étable ; nous ne laisserons pas s’accomplir solitaire et délaissée la nouvelle Naissance que vous allez prendre en cette nuit qui s’approche. A cette heure, vous allez frappant aux portes de Bethléhem, sans que les hommes consentent à vous ouvrir ; vous dites aux âmes, par la voix du divin Cantique : « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ! car ma tête est pleine de rosée, et mes cheveux imbibés des gouttes de la nuit. » Nous ne voulons pas que vous franchissiez notre demeure : nous vous supplions d’entrer ; nous nous tenons vigilants à notre porte. « Venez donc, « ô Seigneur Jésus ! venez ! »
Samedi des Quatre-Temps de l’Avent
Oraison
Seigneur Dieu, vous voyez les épreuves que nous subissons à cause du péché qui est en nous : accordez-nous de trouver le réconfort dans votre venue.
Lecture Is. 19, 20–22
En ces jours là : quand ils crieront vers le Seigneur, à cause des oppresseurs, il leur enverra un sauveur et un champion pour les délivrer. Le Seigneur se fera connaître de l’Égypte, et l’Égypte connaîtra le Seigneur, en ce jour-là ; ils feront des sacrifices et des offrandes ; ils feront des vœux au Seigneur et les accompliront. Le Seigneur frappera l’Égypte, frappant et guérissant. Ils se convertiront au Seigneur, et il se laissera fléchir par eux et les guérira.
Lecture Is. 35, 1–7
Voici ce que dit le Seigneur : Le désert et la terre aride se réjouiront ; la steppe sera dans l’allégresse, et fleurira comme le narcisse ; il se couvrira de fleurs et tressaillira, il poussera des cris de joie. La gloire du Liban lui sera donnée, avec la magnificence du Carmel et de Saron. Ils verront la gloire du Seigneur, la magnificence de notre Dieu ! Fortifiez les mains défaillantes, et affermissez les genoux qui chancellent ! Dites à ceux qui ont le cœur troublé ; « Prenez courage, ne craignez point : Voici votre Dieu ; la vengeance vient, une revanche divine, il vient lui-même et vous sauvera. » Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, alors s’ouvriront les oreilles des sourds. Le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, et des ruisseaux dans les steppes ; .Le sol brûlé se changera en un lac, et la terre altérée en sources d’eaux : Oracle du Seigneur Tout puissant.
Lecture Is. 40, 9–11
Voici ce que dit le Seigneur : Monte sur une haute montagne, toi qui portes à Sion la bonne nouvelle ; élève la voix avec force, toi qui portes à Jérusalem la bonne nouvelle ; élève-la, ne crains point ; dis aux villes de Juda « Voici votre Dieu ! » Voici que le Seigneur Dieu vient avec puissance ; son bras exerce la domination ; Voici que sa récompense est avec lui, et son salaire est devant lui. Comme un berger, il fera paître son troupeau ; il recueillera les agneaux dans ses bras, et les portera dans son sein, le Seigneur notre Dieu.
Lecture Is. 45, 1–8
Ainsi parle le Seigneur à son oint, à Cyrus , que j’ai pris par la main droite pour terrasser devant lui les nations, et pour délier la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les portes, afin que les entrées ne lui soient pas fermées. Moi, je marcherai devant toi ; j’aplanirai les chemins montueux ; je romprai les portes d’airain, et je briserai les verrous de fer. Je te donnerai les trésors cachés, et les richesses enfouies, afin que tu saches que je suis le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui t’ai appelé par ton nom. A cause de Jacob, mon serviteur, et d’Israël, mon élu, je t’ai appelé par ton nom ; je t’ai désigné quand tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, et il n’y en a point d’autre ; hors moi, il n’y a point de Dieu ! Je t’ai ceint quand tu ne me connaissais pas, afin que l’on sache ; du levant au couchant, qu’il n’y a rien en dehors de moi ! Je suis le Seigneur, et il n’y en a point d’autre ; je forme la lumière et crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur c’est moi le Seigneur qui fais tout cela. Cieux, répandez d’en haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir la justice ! Que la terre s’ouvre et produise le salut, qu’elle fasse germer la justice en même temps ! Moi ! Le Seigneur, je crée ces choses.
Épitre 2 Th. 2, 1–8
Mes Frères : En ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser ébranler facilement dans vos sentiments, ni alarmer, soit par quelque esprit, soit par quelque parole ou lettre supposées venir de nous, comme si le jour du Seigneur était imminent. Que personne ne vous égare d’aucune manière ; car auparavant viendra l’apostasie, et se manifestera l’homme de péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte, jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu, et à se présenter comme s’il était Dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j’étais encore chez vous ? Et maintenant vous savez ce qui le retient, pour qu’il se manifeste en son temps. Car le mystère d’iniquité s’opère déjà, mais seulement jusqu’à ce que celui qui le retient encore paraisse au grand jour. Et alors se découvrira l’impie, que le Seigneur Jésus exterminera par le souffle de sa bouche, et anéantira par l’éclat de son avènement.
Évangile Lc. 3, 1–6
La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée ; Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe, son frère, tétrarque de l’Iturée et du pays de la Trachonitide, et Lysanias, tétrarque de l’Abilène ; au temps des grands prêtres Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut sur Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés, ainsi qu’il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et colline seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux unis. Et toute chair verra le salut de Dieu. »
Office
Première leçon. A quel temps le Précurseur de notre Rédempteur reçut le mandat de prêcher, nous le trouvons indiqué par la double mention que fait l’Évangile, et du chef de l’empire Romain et des rois de la Judée. Il venait annoncer Celui qui allait en racheter quelques-uns d’entre les Juifs et un plus grand nombre d’entre les Gentils : voilà pourquoi on précise l’époque de sa prédication, en citant et un empereur des Gentils et les princes des Juifs. La Gentilité devait être rassemblée, tandis que la nation juive allait être dispersée, en punition de sa perfidie, cela aussi nous est indiqué par la mention faite des chefs du pouvoir civil : un seul, dit l’Évangile, dominait dans la République Romaine, tandis que plusieurs princes commandaient dans la Judée, divisée en quatre parties.
Deuxième leçon. En effet, voici la parole de notre Rédempteur : « Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit. » II est donc visible que le royaume de Judée, divisé et soumis à tant de chefs, touchait à son terme. C’est aussi avec raison qu’on ne dit pas seulement sous quels princes, mais encore sous quels prêtres la parole du Seigneur se fit entendre au Fils de Zacharie dans le désert. Comme Celui que Jean-Baptiste annonçait devait être à la fuis Roi et Prêtre, l’Évangéliste saint Luc désigne le temps de sa prédication par la mention et des chefs du gouvernement civil et des autorités sacerdotales.
Troisième leçon. « Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. » Il est évident pour tous les lecteurs, que Jean n’a pas seulement prêché le baptême de la pénitence, mais qu’il le donna aussi à plusieurs : cependant il n’a pas pu donner son baptême en rémission des péchés, car la rémission des péchés ne nous est accordée que par le seul baptême du Christ. Aussi, faut-il remarquer qu’il est dit : « prêchant le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés » ; car, ne pouvant donner le baptême qui remet les péchés, il le prêchait. De sorte que, comme la parole de sa prédication était l’avant-coureur de la Parole incarnée du Père, de même son baptême, par lequel les péchés ne pouvaient être remis, fut l’avant-coureur du baptême de pénitence qui remet les péchés.
| Prope est iam Dóminus : veníte, adorémus. | Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le. |
La lecture du Prophète Isaïe est encore suspendue en ce jour, et remplacée à Matines par une Homélie sur l’Évangile de la Messe. Cet Évangile se trouvant répété à la Messe du IVe Dimanche de l’Avent, qui est demain, nous ne nous en occuperons pas aujourd’hui. Nous donnerons seulement ici la raison pour laquelle le Missel n’assigne qu’un seul Évangile à ces deux Messes.
L’usage fut d’abord, dans l’Église Romaine, de célébrer l’Ordination dans la nuit du Samedi au Dimanche, en la même manière qu’on administrait le Baptême aux catéchumènes dans la nuit du Samedi saint au jour de Pâques. La cérémonie avait lieu vers minuit, et se prolongeait toujours d’une manière notable sur le Dimanche, en sorte que la Messe de l’Ordination comptait pour celle du Dimanche lui-même. Plus tard, la discipline s’adoucit, et ces veilles pénibles furent supprimées ; on avança la Messe de l’Ordination, comme on a avancé aussi celle du Samedi saint ; en sorte que le quatrième Dimanche de l’Avent et le deuxième de Carême n’ayant point eu jusqu’alors d’Évangile propre, puisqu’ils n’avaient pas de Messe propre, il fut réglé, vers les Xe ou XIe siècles, qu’on répéterait l’Évangile de la Messe de l’Ordination dans la Messe spéciale de ces deux Dimanches.
La Station est à Saint-Pierre, le Samedi, à cause de l’Ordination. Cette Basilique convenait mieux que toute autre pour réunir le peuple, ayant toujours été une des plus vastes de la ville de Rome.
Honorons Marie en ce jour du Samedi qui lui est consacré, en nous unissant aux cantiques de l’Église Orientale, toujours inépuisable dans les louanges de la Mère de Dieu.
Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent
Collecte
Excitez votre puissance, Seigneur, et venez, pour que vos fidèles confiants en votre bonté, soient très vite délivrés de tout ce qui leur fait obstacle.
Lecture Is. 11, 1–5
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Un rameau sortira du tronc de Jessé, et de ses racines croîtra un rejeton. Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur ; Il mettra ses délices dans la crainte du Seigneur. Il ne jugera point sur ce qui paraîtra à ses yeux, et il ne prononcera point sur ce qui frappera ses oreilles. Il jugera les petits avec justice, et prononcera selon le droit pour les humbles de la terre. Il frappera la terre de la verge de sa bouche, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice ceindra ses flancs, et la fidélité sera la ceinture de ses reins.
Évangile Lc. 1, 39–47
En ce temps-là : Marie partit et s’en alla en hâte vers la montagne, en une ville de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et elle s’écria à haute voix, disant : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein.Heureuse celle qui a cru ! Car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ! » Et Marie dit : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur »
Office
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Première leçon. Ordinairement, qui veut être cru commence par prouver qu’il est digne de foi. Aussi l’Ange, annonçant à Marie le mystère qui va s’accomplir, lui dit, pour la convaincre, qu’une femme stérile et avancée en âge est devenue mère, et il lui fait ainsi comprendre que Dieu peut tout ce qui lui plaît. Dès que Marie eut appris cette nouvelle, elle se dirigea vers les montagnes. Ce n’est pas qu’elle fût incrédule à l’oracle de l’Ange, ou qu’elle doutât de la réalité de la mission du messager qui lui était envoyé, ni même qu’elle hésitât sur l’exemple qui lui avait été donné ; mais Marie était heureuse de voir les désirs de sa cousine réalisés ; elle voulut remplir, en la visitant, un pieux devoir, et partit en toute hâte, car la joie la transportait. Déjà pleine de Dieu, où se dirigerait-elle avec tant d’empressement, sinon vers des régions plus élevées ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas de lenteur dans les efforts qu’elle inspire.
Deuxième leçon. O saintes femmes, apprenez avec quel empressement vous, devez assister vos parentes lorsqu’elles sont enceintes. Auparavant, Marie vivait seule dans le fond de sa demeure ; maintenant, sa pudeur virginale ne la détourne pas de paraître en public ; l’aspérité des montagnes n’arrête pas les élans de son zèle, la longueur du chemin ne la décourage pas dans son empressement à rendre service. La Vierge quitte sa maison et se dirige en grande hâte vers les montagnes et elle part, préoccupée de son devoir, sans penser aux difficultés, écoutant sa charité plutôt que la faiblesse de son sexe. O Vierges, apprenez à ne pas courir ça et là chez les autres, à ne pas vous arrêter sur les places, à ne prendre part à aucun entretien en public. Marie, lente à sortir de chez elle, pressée quand elle est au milieu du monde, resta trois mois chez sa cousine.
Troisième leçon. Vous avez appris, ô vierges, la pudeur de Marie ; apprenez son humilité. Une parente vient chez sa parente ; la plus jeune vient voir la plus âgée ; et non seulement elle vient, mais aussi, elle salue la première. Car il convient qu’une vierge soit d’autant plus humble qu’elle est plus chaste. Qu’elle sache user de déférence envers les personnes plus âgées ; que celle qui fait profession de chasteté enseigne l’humilité. C’est à la fois, un effet de sa piété et une règle pour notre instruction. Il faut remarquer avec soin, que c’est ici le supérieur qui vient à l’inférieur, pour que l’inférieur soit secouru : Marie vient à Élisabeth et le Christ à Jean.
| Prope est iam Dóminus : veníte, adorémus. | Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le. |
L’Église ne lit rien du Prophète Isaïe en ce jour ; elle se contente de rappeler, à l’Office des Matines, le passage de l’Évangile où saint Luc raconte le mystère de la Visitation de la Sainte Vierge ; après quoi on lit un fragment du Commentaire de saint Ambroise sur ce même passage. Nous réservons, pour le Propre des Saints ci-après, les considérations et les affections que doit inspirer aux fidèles cette importante circonstance de la vie de la Mère de Dieu.
La Station de ce jour est en l’Église des Saints-Apôtres, que plusieurs pensent avoir été bâtie d’abord par Constantin, et dans laquelle les glorieux corps des deux saints Apôtres Philippe et Jacques le Mineur, ensevelis sous l’autel, attendent le second Avènement de celui qui les choisit pour ses coopérateurs dans l’œuvre du premier, et aux côtés auquel ils siégeront sur des trônes au dernier jour, pour juger les douze Tribus d’Israël. (Mt. XIX.)
Nous nous unirons aux intentions de la sainte Église, qui nous propose aujourd’hui la Visitation de la Sainte Vierge, en récitant la Prose suivante, composée à la louange de ce mystère, dans les siècles de foi :
PROSE EN L’HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE.
(Tirée des anciens Missels Romains-Français.)
PRIÈRE DU SACRAMENTAIRE GALLICAN.
(In Adventu Domini, Collecte.)
Purifiez, Seigneur Dieu tout-puissant, les secrets de nos cœurs ; et dans votre miséricorde, lavez toutes les taches de nos péchés. Faites, Seigneur, que par votre clémence à jamais bénie, étant dégagés de nos crimes, nous puissions attendre sans frayeur le redoutable et terrible Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ.
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