Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Regnum Galliae Regnum Mariae
Articles récents

Chaire de St Pierre Apôtre à Rome mémoire de Saint Paul Apôtre

18 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Chaire de St Pierre Apôtre à Rome mémoire de Saint Paul Apôtre

Collecte

O Dieu, qui, en confiant au Bienheureux Pierre, votre Apôtre, les clefs du royaume céleste, lui avez donné l’autorité pontificale de lier et de délier ; faites que nous soyons délivrés des liens de nos péchés, par le secours de son intercession.

Office

AU PREMIER NOCTURNE.

Commencement de la 1re Épitre de l’Apôtre Saint Pierre. Cap. 1, 1-12.

Première leçon. Pierre, Apôtre de Jésus-Christ, aux étrangers de la dispersion dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, élus, selon la prescience de Dieu le Père, pour être sanctifiés par l’Esprit, pour obéir et être arrosés du sang de Jésus-Christ : qu’en vous la grâce et la paix s’accroissent. Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une vive espérance, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, qui n’est pas souillé, qui ne peut se flétrir, réservé dans les cieux pour vous, qui par la vertu de Dieu êtes gardés au moyen de la foi pour le salut qui doit être révélé à la fin des temps.
Deuxième leçon. En (ce salut) vous serez transportés de joie, bien qu’il faille maintenant que pour peu de jours vous soyez contristés par diverses tentations, afin que l’épreuve de votre foi, beaucoup plus précieuse que l’or (qu’on éprouve par le feu), soit trouvée digne de louange, de gloire et d’honneur à la révélation de Jésus-Christ, que vous aimez, quoique vous ne l’ayez point vu ; en qui vous croyez, sans le voir encore maintenant ; or, croyant ainsi, vous tressaillirez d’une joie ineffable et glorifiée ; obtenant comme fin de votre foi le salut de vos âmes.
Troisième leçon. Salut qu’ont recherché et scruté les Prophètes qui ont prédit la grâce que vous deviez recevoir. Et, comme ils cherchaient quel temps et quelles circonstances l’Esprit du Christ qui était en eux indiquait, en prédisant les souffrances du Christ et les gloires qui devaient les suivre, il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient dispensateurs des choses qui vous sont annoncées maintenant par ceux qui vous ont évangélisés par l’Esprit-Saint envoyé du ciel, et que les Anges désirent contempler.
 

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Lorsque les douze Apôtres, après avoir reçu par l’Esprit-Saint le don de parler toutes les langues, se furent distribué les diverses parties de la terre, et qu’ils eurent ainsi pris possession du monde pour l’instruire de l’Évangile, le bienheureux Pierre, prince de l’ordre apostolique, fut destiné pour la citadelle de l’empire romain, afin que la lumière de la vérité, révélée pour le salut de toutes les nations, se répandît plus efficacement de cette capitale, comme d’une tête dans le corps entier du monde. Quelle nation, en effet, ne comptait pas des représentants dans cette ville, ou quels peuples pouvaient ignorer ce que Rome avait appris ?
Cinquième leçon. C’était là que devaient être écrasées les opinions de la philosophie, là que devaient être dissipées les vanités de la sagesse terrestre, là que le culte des démons devait être confondu ; l’impiété du paganisme sacrilège devait être détruite dans ce lieu même où la superstition avait eu soin de réunir tout ce que de vaines erreurs avaient inventé, en quelque lieu que ce soit. C’est donc en cette ville que tu ne crains pas de venir, ô bienheureux Apôtre Pierre et pendant que l’Apôtre saint Paul, le compagnon de ta gloire, est encore occupé à fonder d’autres Églises, tu entres dans cette forêt peuplée de bêtes farouches, tu marches sur cet océan profond et troublé, avec plus de courage qu’au jour où tu marchais sur la mer.
Sixième leçon. Déjà tu as instruit les peuples de la circoncision, qui ont cru à ta parole ; déjà tu as fondé l’Église d’Antioche, où commença à paraître le nom si digne de chrétien ; déjà tu as rempli de la prédication des lois évangéliques le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie ; maintenant, sans douter du futur progrès de ton œuvre comme sans ignorer la durée restreinte de ta vie, tu viens arborer sur les remparts de Rome le trophée de la croix du Christ, là même où les décrets divins t’ont préparé l’honneur de la puissance, et la gloire de là Passion.
 

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Hilaire, Évêque.

Septième leçon. Le Seigneur demanda à ses disciples qui les hommes disaient qu’il était ; et il ajouta : moi, le fils de l’homme. Car telle est la règle de la .profession de foi, qu’on le reconnaisse en même temps pour le Fils de Dieu et pour le fils de l’homme ; parce que l’un sans l’autre ne nous aurait apporté aucune espérance de salut. C’est pourquoi, lorsque les disciples eurent énoncé les opinions des hommes, qui étaient diverses à son sujet, il leur demanda ce qu’eux-mêmes pensaient de lui. Pierre répondit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » Or Pierre avait pesé les éléments de la question posée. Car le Seigneur avait dit : « Qui les hommes disent-ils que je suis, moi, le fils de l’homme ? » Et certes la vue de son corps attirait l’attention sur cette idée : « le fils de l’homme. » Mais en ajoutant : « Qui disent-ils que je suis » ; il faisait comprendre qu’outre ce que l’on voyait en lui, il y avait quelque chose qu’il fallait croire. Il était bien le fils de l’homme. Quel jugement désirait-il voir porter à son sujet ? Ne pensons pas que ce fut de reconnaître en lui (cette nature humaine) qu’il venait d’affirmer ; il interrogeait sur quelque chose de caché, (sur le fait de sa divinité), objet proposé à la foi des fidèles.
Huitième leçon. Et la confession de Pierre obtint une récompense absolument juste, parce que dans l’homme il avait vu le Fils de Dieu. Bienheureux est-il cet apôtre, loué d’avoir porté les yeux et vu au-delà de ce qui est humain, n’envisageant pas seulement un corps formé de chair et de sang, mais contemplant le Fils de Dieu par la révélation du Père céleste ; cet Apôtre jugé digne de reconnaître le premier ce qu’il y a dans le Christ de Dieu.
Neuvième leçon. O heureux Pierre, qui, sous ce nom nouveau, êtes le fondement de l’Église, ô pierre digne de prendre place dans la construction de cette Église qui abolit les lois de l’enfer, brise les portes du tartare, et les barrières de la mort ! O bienheureux portier du ciel, à la discrétion duquel sont remises les clefs de l’éternelle entrée, vous dont les jugements sur la terre ont une autorité reconnue d’avance dans le ciel, de façon que ce qui est lié ou délié sur la terre le soit également dans le ciel par la vertu du même arrêt.

L’archange avait annoncé à Marie que le Fils qui naîtrait d’elle serait Roi, et que son Royaume n’aurait point de fin ; instruits par l’Étoile, les Mages vinrent, du fond de l’Orient, chercher ce Roi en Bethléem ; mais il fallait une Capitale à ce nouvel Empire ; et parce que le Roi qui devait y établir son trône devait aussi, selon les conseils éternels, remonter bientôt dans les cieux, il était nécessaire que le caractère visible de sa Royauté reposât sur un homme qui fût, jusqu’à la fin des siècles, le Vicaire du Christ.

Pour cette sublime lieutenance, l’Emmanuel choisit Simon, dont il changea le nom en celui de Pierre, déclarant expressément que l’Église tout entière reposerait sur cet homme, comme sur un rocher inébranlable. Et comme Pierre devait aussi terminer par la croix ses destinées mortelles, le Christ prenait l’engagement de lui donner des successeurs dans lesquels vivraient toujours Pierre et son autorité.

Mais quelle sera la marque de cette succession, dans l’homme privilégié sur qui doit être édifiée l’Église jusqu’à la fin des temps ? Parmi tant d’Évêques, quel est celui dans lequel Pierre se continue ? Ce Prince des Apôtres a fondé et gouverné plusieurs Églises ; mais une seule, celle de Rome, a été arrosée de son sang ; une seule, celle de Rome, garde sa tombe : l’Évêque de Rome est donc le successeur de Pierre, et, par là même, le Vicaire du Christ. C’est de lui, et non d’un autre, qu’il est dit : Sur toi je bâtirai mon Église. Et encore : Je te donnerai les Clefs du Royaume des cieux. Et encore : J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; confirme tes frères. Et encore : Pais mes agneaux ; pais mes brebis.

L’hérésie protestante l’avait si bien compris, que longtemps elle s’efforça de jeter des doutes sur le séjour de saint Pierre à Rome, croyant avec raison anéantir, par ce stratagème, l’autorité du Pontife Romain, et la notion même d’un Chef dans l’Église. La science historique a fait justice de cette puérile objection ; et depuis longtemps, les érudits de la Réforme sont d’accord avec les catholiques sur le terrain des faits, et ne contestent plus un des points de l’histoire les mieux établis par la critique.

Ce fut pour opposer l’autorité de la Liturgie à une étrange prétention des Réformateurs, que Paul IV, en 1558, rétablit au dix-huit janvier l’antique fête de la Chaire de saint Pierre à Rome ; car, depuis de longs siècles, l’Église ne solennisait plus le mystère du Pontificat du Prince des Apôtres qu’au vingt-deux février. Désormais, ce dernier jour fut assigné au souvenir de la Chaire d’Antioche, la première que l’Apôtre ait occupée.

Aujourd’hui donc, la Royauté de notre Emmanuel brille de tout son éclat ; et les enfants de l’Église se réjouissent de se sentir tous frères et concitoyens d’un même Empire, en célébrant la gloire de la Capitale qui leur est commune à tous. Lorsque, regardant autour d’eux, ils aperçoivent tant de sectes divisées et dépourvues de toutes les conditions de la durée, parce qu’un centre leur manque, ils rendent grâces au Fils de Dieu d’avoir pourvu à la conservation de son Église et de sa Vérité, par l’institution d’un Chef visible dans lequel Pierre se continue à jamais, comme le Christ lui-même dans Pierre. Les hommes ne sont plus des brebis sans pasteur ; la parole dite au commencement se perpétue, sans interruption, à travers les âges ; la mission première n’est jamais suspendue, et, par le Pontife Romain, la fin des temps s’enchaîne à l’origine des choses. « Quelle consolation aux enfants de Dieu ! s’écrie a Bossuet, dans le Discours sur l’Histoire universelle ; mais quelle conviction de la vérité quand ils voient que d’Innocent XI, qui remplit aujourd’hui (1681) si dignement le premier Siège de l’Église, on remonte, sans interruption, jusqu’à saint Pierre, établi par Jésus-Christ prince des Apôtres : d’où, en reprenant les Pontifes qui ont servi sous la Loi, on va jusqu’à Aaron et jusqu’à Moïse ; de là jusqu’aux Patriarches et jusqu’à l’origine du monde ! »  Pierre, en entrant dans Rome, vient donc accomplir et expliquer les destinées de cette cité maîtresse ; il vient lui promettre un Empire plus étendu encore que celui qu’elle possède. Ce nouvel Empire ne s’établira point parla force, comme le premier. De dominatrice superbe des nations qu’elle avait été jusqu’alors, Rome, parla charité, devient Mère des peuples ; mais, tout pacifique qu’il est, son Empire n’en sera pas moins durable. Écoutons saint Léon le Grand, dans un de ses plus magnifiques Sermons, raconter, avec toute la pompe de son langage, l’entrée obscure, et pourtant si décisive, du Pêcheur de Génésareth dans la capitale du paganisme :
« Le Dieu bon, juste et tout-puissant, qui n’a jamais dénié sa miséricorde au genre humain, et qui, par l’abondance de ses bienfaits, a fourni à tous les mortels les moyens de parvenir à la connaissance de son Nom, dans les secrets conseils de son immense amour, a pris en pitié l’aveuglement volontaire des hommes, et la malice qui les précipitait dans la dégradation, et il leur a envoyé son Verbe, qui lui est égal et coéternel. Or, ce Verbe, s’étant fait chair, a si étroitement uni la nature divine à la nature humaine, que l’abaissement de la première jusqu’à notre abjection est devenu pour nous le principe de l’élévation la plus sublime.
« Mais, afin de répandre dans le monde entier les effets de cette inénarrable faveur, la Providence a préparé l’Empire romain, et en a si loin reculé les limites, qu’il embrassât dans sa vaste enceinte l’universalité des nations. C’était, en effet, une chose merveilleusement utile à e l’accomplissement de l’œuvre divinement projetée, que les divers royaumes formassent la confédération d’un Empire unique, afin que la prédication générale parvînt plus vite à l’oreille des peuples, rassemblés qu’ils étaient déjà sous le régime d’une seule cité.
« Cette cité, méconnaissant le divin auteur de ses destinées, s’était faite l’esclave des erreurs de tous les peuples, au moment même où elle les tenait presque tous sous ses lois, et croyait a encore posséder une grande religion, parce qu’elle ne rejetait aucun mensonge ; mais plus durement était-elle enlacée par le diable, plus merveilleusement fut-elle affranchie par le Christ.
« En effet, lorsque les douze Apôtres, après avoir reçu par l’Esprit-Saint le don de parler toutes les langues, se furent distribué les diverses parties de la terre, et qu’ils eurent pris possession de ce monde qu’ils devaient instruire de l’Évangile, le bienheureux Pierre, Prince de l’ordre Apostolique, reçut en partage la citadelle de l’Empire romain, afin que la Lumière de vérité, qui était manifestée pour le salut de toutes les nations, se répandît plus efficacement, rayonnant du centre de cet Empire sur le monde entier.
« Quelle nation, en effet, ne comptait pas de nombreux représentants dans cette ville ? Quels peuples eussent jamais pu ignorer ce que Rome avait appris ? C’était là que devaient être écrasées les opinions de la philosophie ; là que devaient être dissipées les vanités de la sagesse terrestre ; là que le culte des démons devait être confondu ; là enfin devait être détruite l’impiété de tous les sacrifices, dans ce lieu même où une superstition habile avait rassemblé tout ce que les diverses erreurs avaient jamais produit.
« Est-ce que tu ne crains pas, bienheureux Apôtre Pierre, de venir seul dans cette ville ? Paul l’Apôtre, le compagnon de ta gloire, est encore occupé à fonder d’autres Églises ; et toi, tu t’enfonces dans cette forêt peuplée de bêtes farouches, tu marches sur cet océan dont la profondeur est pleine de tempêtes, avec plus de courage qu’au jour où tu marchais sur les eaux. Tu ne redoutes pas Rome, la maîtresse du monde, toi qui, dans la maison de Caïphe, avais tremblé à la voix d’une servante de ce prêtre. Est-ce que le tribunal de Pilate, ou la cruauté des Juifs, étaient plus à craindre que la puissance d’un Claude ou la férocité d’un Néron ? Non ; mais la force de ton amour triomphait de la crainte, et tu n’estimais pas redoutables ceux que tu avais reçu la charge d’aimer. Sans doute, tu avais déjà conçu le sentiment de cette intrépide charité, au jour où la profession de ton amour envers le Seigneur fut sanctionnée par le mystère d’une triple interrogation. Aussi n’exigea-t-on autre chose de ton âme, si ce n’est que, pour paître les brebis de Celui que tu aimais, ton cœur dépensât pour elles la substance dont il était rempli.
« Ta confiance, il est vrai, devait s’accroître au souvenir des miracles si nombreux que tu avais opérés, de tant de précieux dons de la grâce que a tu avais reçus, et des expériences si multipliées de la vertu qui résidait en toi. Déjà tu avais instruit les peuples de la Circoncision, qui avaient cru à ta parole ; déjà tu avais fondé l’Église d’Antioche, où commença d’abord la dignité du nom Chrétien ; déjà tu avais soumis aux lois de la prédication évangélique le Pont, a la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie ; et alors, sûr du progrès de ton œuvre et de la durée de ta vie, tu vins élever sur les remparts de Rome le trophée de la Croix du Christ, là même où les conseils divins avaient préparé pour toi l’honneur de la puissance suprême, et la gloire du martyre. »

L’avenir du genre humain par l’Église est donc pour jamais fixé à Rome, et les destinées de cette ville sont pour toujours enchaînées à celles du Pontife immortel. Divisés, de races, de langages, d’intérêts, nous tous, enfants de l’Église, nous sommes Romains dans l’ordre de la religion ; et ce titre de Romains nous unit par Pierre à Jésus-Christ, et forme le lien de la grande fraternité des peuples et des individus catholiques. Jésus-Christ par Pierre, Pierre par son successeur, nous régissent dans l’ordre du gouvernement spirituel. Tout pasteur dont l’autorité n’émane pas du Siège de Rome, est un étranger, un intrus. De même, dans l’ordre de la croyance, Jésus-Christ par Pierre, Pierre par son successeur, nous enseignent la doctrine divine, et nous apprennent à discerner la vérité de l’erreur. Tout Symbole de foi, tout jugement doctrinal, tout enseignement, contraire au Symbole, aux jugements, aux enseignements du Siège de Rome, est de l’homme et non de Dieu, et doit être repoussé avec horreur et anathème. En la fêle de la Chaire de saint Pierre à Antioche, nous parlerons du Siège Apostolique comme source unique de la puissance de gouvernement dans l’Église ; aujourd’hui, honorons la Chaire romaine comme la source et la règle de notre foi. Empruntons encore ici le sublime langage de saint Léon, et interrogeons-le sur les titres de Pierre à l’infaillibilité de l’enseignement. Nous apprendrons de ce grand Docteur à peser la force des paroles que le Christ prononça pour être le titre suprême de notre foi, dans toute la durée des siècles.

« Le Verbe fait chair était venu habiter au milieu de nous, et le Christ s’était dévoué tout entier à la réparation du genre humain. Rien qui n’eût été réglé par sa sagesse, rien qui se fût trouvé au-dessus de son pouvoir. Les éléments lui obéissaient, les Esprits angéliques étaient à ses ordres ; le mystère du salut des hommes ne pouvait manquer son effet ; car Dieu, dans son Unité et dans sa Trinité, daignait s’en occuper lui-même. Cependant de ce monde tout entier, Pierre seul est choisi, pour être préposé à la vocation de toutes les nations, à tous les Apôtres, à tous les Pères de l’Église. Dans le peuple de Dieu, il y aura plusieurs prêtres et plusieurs pasteurs ; mais Pierre régira, par une puissance qui lui est propre, tous ceux que le Christ régit lui-même d’une manière plus élevée encore. Quelle grande et admirable participation de son pouvoir Dieu a daigné donner à cet homme, ô frères chéris ! S’il a voulu qu’il y eût quelque chose de commun entre lui et les autres pasteurs, il l’a fait à la condition de donner à ceux-ci, par Pierre, tout ce qu’il voulait bien ne pas leur refuser.

« Le Seigneur interroge tous les Apôtres sur l’idée que les hommes ont de lui. Les Apôtres sont d’accord, tant qu’il ne s’agit que d’exposer les différentes opinions de l’ignorance humaine. Mais quand le Christ en vient à demander à ses disciples leur propre sentiment, celui-là est le premier à confesser le Seigneur, qui est le premier dans la dignité apostolique. C’est lui qui dit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. Jésus lui répond : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ni la chair ni le sang ne t’ont révélé ces choses, mais mon Père qui est dans les cieux. C’est-à-dire : Oui, tu es heureux, car mon Père t’a instruit ; les pensées de la terre ne t’ont point induit en erreur, mais l’inspiration du ciel t’a éclairé. Ce n’est ni la chair ni le sang, mais Celui-là même dont je suis le Fils unique, qui m’a fait connaître à toi. Et moi, ajoute-t-il, je te le dis : De même que mon Père t’a dévoilé ma divinité, à mon tour, jeté fais connaître ton excellence. Car tu es Pierre, c’est-à-dire, de même que je suis la Pierre inviolable, la Pierre angulaire qui réunit les deux murs, le Fondement si essentiel que l’on n’en saurait établir un autre : ainsi, toi-même, tu es Pierre, car tu reposes sur ma solidité, et les choses qui me sont propres par la puissance qui est en moi, te sont communes avec moi par la participation que je t’en fais. Et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Sur la solidité de cette pierre, je bâtirai le temple éternel ; et mon Église, dont le faîte montera jusqu’au ciel , s’élèvera sur la fermeté de cette foi.

« La veille de sa Passion, qui devait être une épreuve pour la constance de ses disciples, le Seigneur dit ces paroles : Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras converti, confirme tes frères. Le péril de la tentation était commun à tous les Apôtres ; tous avaient besoin du secours de la protection divine ; car le diable se proposait de les remuer tous, et de les écraser tous. Cependant le Seigneur ne prend un soin spécial que de Pierre seul ; ses prières sont pour la foi de Pierre, comme si le salut des autres était en sûreté, par cela seul que l’âme de leur Prince n’aura point été abattue. C’est donc sur Pierre que le courage de tous s’appuiera, que le secours de la grâce divine sera ordonné, afin que la solidité que le Christ attribue à Pierre, soit par Pierre conférée aux Apôtres. »

Dans un autre Sermon, l’éloquent Docteur nous fait voir comment Pierre vit et enseigne toujours dans la Chaire Romaine. « La disposition établie par Celui qui est la Vérité même, persévère donc toujours, et le bienheureux Pierre, conservant la solidité qu’il a reçue, n’a jamais abandonné le gouvernail de l’Église. Car tel est le rang qui lui a été donné au-dessus de tous les autres, que, lorsqu’il est appelé Pierre, lorsqu’il est proclamé Fondement, lorsqu’il est constitué Portier du Royaume des cieux, lorsqu’il est établi Arbitre pour lier et délier, avec une telle force dans ses jugements qu’ils sont ratifiés jusque dans les cieux, nous sommes à même de connaître, par le mystère de si hauts titres, le lien qu’il avait avec le Christ. Maintenant, c’est avec plus de plénitude et de puissance qu’il remplit la mission qui lui fut confiée ; et toutes les parties de son office et de sa charge, il les exerce en Celui et avec Celui par qui il a été glorifié.

« Si donc, sur cette Chaire, nous faisons quelque chose de bien, si nous décrétons quelque chose de juste, si nos prières quotidiennes obtiennent quelque grâce de la miséricorde de Dieu, c’est par l’effet des œuvres et des mérites de celui qui vit dans son Siège et y éclate par son autorité. Il nous l’a mérité, frères chéris, par cette confession qui, inspirée à son coeur d’Apôtre par Dieu le Père, a dépassé toutes les incertitudes des opinions humaines, et mérité de recevoir cette fermeté de la Pierre que nuls assauts ne pourraient ébranler. Chaque jour, dans toute l’Église, c’est Pierre qui dit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ; et toute langue qui confesse le Seigneur est instruite par le magistère de cette voix. C’est cette foi qui triomphe du diable, et brise les liens de ceux t qu’il tenait captifs. C’est elle qui introduit au ciel les fidèles au sortir de ce monde ; et les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle. Telle est, en effet, la force divine qui la garantit, que jamais la perversité hérétique ne l’a pu corrompre, ni la perfidie païenne la surmonter. »

Lire la suite
Publicité

Saint Antoine abbé

17 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Antoine abbé

Collecte

Que l’intercession du bienheureux Abbé Antoine, nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Antoine, Égyptien, naquit de parents nobles et chrétiens, dont il se vit privé, encore adolescent. Entrant un jour dans une église, il entendit citer ces paroles de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; » il pensa devoir obéir au Christ notre Seigneur, comme si ces paroles lui eussent été adressées. Ayant donc vendu son bien, il en distribua tout l’argent aux pauvres. Dégagé de ces entraves, il entreprit de mener sur la terre un genre de vie tout céleste. Mais comme il descendait dans l’arène pour un combat si périlleux, il jugea qu’il devait adjoindre au bouclier de la foi dont il était armé, le secours des autres vertus, et il s’enflamma d’un tel zèle pour les acquérir, qu’il s’efforçait d’imiter quiconque lui semblait exceller en quelque vertu.

Cinquième leçon. Nul n’était plus continent que lui, nul plus vigilant. Il surpassait tous les autres en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail, et dans l’étude des divines Écritures. Antoine avait une telle horreur de la rencontre et des discours des hérétiques et des schismatiques, surtout des Ariens, qu’il disait qu’il ne fallait pas les aborder. Il couchait sur le sol lorsqu’un sommeil nécessaire s’emparait de lui, et se portait au jeûne avec tant d’ardeur qu’il ne mangeait que du pain avec un peu de sel, et n’étanchait sa soif qu’avec de l’eau ; et il ne réparait ses forces par cette nourriture et ce breuvage qu’après le coucher du soleil ; souvent même il s’abstenait de nourriture pendant deux jours consécutifs, et très fréquemment passait toute la nuit en prière. Étant devenu ainsi un vrai soldat de Dieu, Antoine fut attaqué de diverses tentations par l’ennemi du genre humain mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeûne et la prière. Toutefois, malgré ses nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté ; car il savait que le diable use d’innombrables artifices pour nuire aux hommes.

Sixième leçon. C’est pourquoi il se retira dans une vaste solitude de l’Égypte, où, faisant chaque jour de nouveaux progrès dans la perfection chrétienne, il en vint à mépriser tellement les démons qu’il leur reprochait leur faiblesse. Leurs assauts étaient cependant d’autant plus violents qu’Antoine devenait plus fort pour leur résister. Souvent il disait à ses disciples, qu’il excitait à combattre contre le diable, leur enseignant par quelles armes on peut le vaincre : « Croyez-moi, mes frères, Satan redoute les veilles pieuses, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde et l’humilité, mais surtout Tardent amour pour le Christ notre Seigneur, dont la sainte croix lui est si redoutable, que le seul signe de cette croix l’affaiblit et le met en fuite. » Le saint Abbé devint si redoutable aux démons, qu’un grand nombre de possédés furent délivrés en Égypte en invoquant le nom d’Antoine. Telle était la renommée de sa sainteté que Constantin le Grand et ses fils se recommandèrent par lettres à ses prières. Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant déjà d’innombrables imitateurs du genre de vie qu’il avait institué, il assembla ses moines, et après leur avoir donné des instructions touchant la règle parfaite de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il s’en alla au ciel le seize des calendes de février.

Qu’aujourd’hui, l’Orient et l’Occident s’unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites, le grand Antoine. Avant lui, la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d’irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houlette d’un pasteur.

D’abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons, il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l’attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le déserta vu, par lui, commencer les monastères. L’âge des Martyrs touche à sa fin ; la persécution de Dioclétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence, qui veille sur l’Église, d’inaugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle publiquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s’élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités, et les fidèles auront désormais sous les yeux, comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils. Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s’éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l’Église ne tardera pas à aller chercher, dans ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes, ses plus généreux Apôtres.

Car l’exemple d’Antoine inspirera les siècles à venir ; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert, et qu’il apparut tout à coup dans les rues d’Alexandrie, au fort de la persécution païenne, pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n’oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore, aux jours affreux de l’Arianisme, il reparut dans la grande cité, pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée, et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche, au fond de son désert, qu’il procurait de tous ses moyens l’avancement de l’œuvre monastique, qu’il plaçait dans la fidélité des moines l’espoir du salut de l’Église, et qu’il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?

C’est dans cet admirable récit qu’on apprend à connaître Antoine ; c’est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Âgé de dix-huit ans, déjà héritier d’une fortune considérable, il entend lire à l’église un passage de l’Évangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage ; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu’il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.

L’Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu ; on dirait que Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu’Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Égyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.

Après vingt ans de combats qui l’ont aguerri, son âme s’est fixée en Dieu ; et c’est alors qu’il est révélé au monde. Malgré ses efforts pour demeurer caché, il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter et demander ses prières ; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité ; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l’âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.

Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l’Orient. Ils s’attendent aux émotions d’un spectacle, et ils ne voient qu’un homme d’un abord aisé, d’une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule, ni vaine complaisance des marques d’estime et de respect qu’on lui prodigue ; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l’habitation de Dieu.

Il n’est pas jusqu’aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir, Antoine leur adresse le premier la parole : « Pourquoi donc, ô philosophes, leur dit-il, avez-vous pris tant de peines pour venir visiter un insensé ? » Déconcertés d’un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu’ils ne le croyaient pastel, mais qu’ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. « A ce compte, reprit Antoine, si vous me croyez sage, imitez ma sagesse. » Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d’autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d’un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : « Puisque vous êtes si bien établis sur la dialectique, répondez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt croire quand il s’agit de la connaissance de Dieu, ou à l’action efficace de la foi, ou aux arguments de la raison ? » — « A l’action efficace de la foi, » répondirent-ils. — « Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes ; ou si vous ne le pouvez, et que j’y parvienne par l’opération de la foi, et au nom de Jésus-Christ, avouez l’impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. » Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux : aussitôt ils furent délivrés.

Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence. « N’allez pas croire, leur dit le saint Abbé, que c’est par ma propre vertu que j’ai délivré ces possédés ; c’est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n’est pas la philosophie, mais une foi simple et sincère qui fait opérer les miracles. » On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme ; mais l’illustre biographe nous apprend qu’ils se retirèrent remplis d’estime et d’admiration pour Antoine, et avouèrent que leur visite au désert n’avait pas été pour eux sans utilité.

Cependant le nom d’Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu’à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père, implorant de lui la faveur d’une réponse. Le saint s’en défendit d’abord ; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu’ils pourraient se tenir offensés de son silence, il leur écrivit qu’il était heureux d’apprendre qu’ils adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d’état de leur pouvoir, qu’ils en vinssent à oublier qu’ils étaient hommes. Il leur recommanda d’être cléments, de rendre une exacte justice, d’assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.

Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople : « Les rois de la terre nous ont écrit ; mais qu’est-ce que cela doit être pour un chrétien ? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c’est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes, mais qu’il leur a aussi parlé par son propre Fils. »

Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d’aller se replonger dans le désert, et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits ; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim, où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait, dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. « Le roc, dit-il, s’élève à la hauteur de mille pas : de sa base s’échappent des eaux dont le sable boit une partie ; le reste descend en ruisseau, et son cours est bordé d’un grand nombre de palmiers qui en font une oasis aussi commode qu’agréable à l’œil. » Une étroite anfractuosité de la roche servait d’abri à l’homme de Dieu contre les injures de l’air.

L’amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine ; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petit terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d’Antoine qui lui disaient avec attendrissement : « Ici, il chantait les psaumes ; là, il s’entretenait avec Dieu dans l’oraison ; ici, il se livrait au travail ; là, il prenait du repos, lorsqu’il se sentait fatigué ; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, lui-même a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l’arrosement du jardin. » Ils racontèrent au saint, en lui montrant ce jardin, qu’un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s’arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : « Pourquoi manges-tu ce que tu n’as pas semé ? » Ces animaux s’arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.

Nous nous laissons aller au charme de ces récits ; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine descendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu’ils avaient au désert. Une fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l’avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première montagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l’affaiblissement de ses forces, et il leur dit :

« Mes fils bien-aimés, voici l’heure où, selon le langage de la sainte Ecriture, je vais entrer dans la voie de mes pères. Je vois que le Seigneur m’appelle, et mon cœur brûle du désir de s’unir à lui dans le ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de mon âme, n’allez pas perdre, par un relâchement désastreux, le fruit du travail auquel vous vous êtes appliqués depuis tant d’années. Représentez-vous chaque jour à vous-mêmes que vous ne faites que d’entrer au service de Dieu et d’en pratiquer les exercices : par ce moyen, votre bonne volonté sera plus énergique, et ira toujours croissant. Vous savez quelles embûches nous tendent les démons. Vous avez été témoins de leurs fureurs, et aussi de leur faiblesse. Attachez-vous inviolablement à l’amour de Jésus-Christ ; confiez-vous à lui entièrement, et vous triompherez de la malice de ces esprits pervers. N’oubliez jamais les divers enseignements que je vous ai donnés ; mais je vous recommande surtout de penser que chaque jour vous pouvez mourir. »

Il leur rappela ensuite l’obligation de n’avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. « Quant aux habits que je laisse, ajouta-t-il, en voici la a destination : vous donnerez à l’évêque Athanase une de mes tuniques, avec le manteau qu’il m’avait apporté neuf, et que je lui rends usé. » C’était un second manteau que le grand docteur avait donnée Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l’ermite Paul. « Vous donnerez, reprit le saint, l’autre tunique à l’évêque Sérapion, et vous garderez pour vous mon cilice. » Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples : « Adieu, leur dit-il, mes fils bien-aimés ; votre Antoine s’en va, il n’est plus avec vous. »

C’est avec cette simplicité et cette grandeur que la vie monastique s’inaugurait dans les déserts de l’Égypte, pour rayonner de là dans l’Église entière ; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d’une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l’Église, toujours forte quand l’élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence ? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l’amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu ? Que tout l’honneur en revienne donc à notre Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu.

« Sortez donc de vous-mêmes, levez vos regards vers Celui qui vous sauve ! Priez, admettez une fois pour toutes votre néant. Placez Dieu au cœur de votre action »

« Sortez donc de vous-mêmes, levez vos regards vers Celui qui vous sauve ! Priez, admettez une fois pour toutes votre néant. Placez Dieu au cœur de votre action »

Lire la suite

Super Eph., cap. 4 l. 4

16 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Eph., cap. 4 l. 4

Super Eph., cap. 4 l. 4 Hic exponit apostolus quod supra dixerat de donatione donorum. Circa quod duo facit. Primo ostendit quod Dominus singulis fidelibus dedit donorum diversitatem; secundo ostendit illorum donorum fructum et utilitatem, ibi ad consummationem sanctorum, et cetera. Et quia per dona Christi diversi status et munera in Ecclesia designantur, considerandum est quod, inter dona Christi, primo ponit apostolos. Unde dicit et ipse dedit quosdam quidem apostolos. Lc. VI, 13: elegit ex ipsis quos et apostolos nominavit. I Cor. XII, 28: quosdam quidem posuit in Ecclesia: primum apostolos, secundo prophetas, tertio doctores, quarto virtutes. Apostoli primo loco ponuntur, quia ipsi privilegiati fuerunt in omnibus donis Christi. Habuerunt enim plenitudinem gratiae et sapientiae, quidam quantum ad revelationem divinorum mysteriorum. Lc. ult.: aperuit eis sensum ut intelligerent, et cetera. Mc. IV, 11: vobis datum est nosse mysterium regni Dei, et cetera. Jn. XV, 15: omnia quae audivi a Patre meo, nota feci vobis. Habuerunt etiam copiam eloquentiae ad annuntiandum Evangelium. Lc. XXI, 15: dabo vobis os et sapientiam, cui non poterunt resistere, et contradicere omnes adversarii vestri. Mc. ult.: euntes in mundum universum, praedicate, et cetera. Habuerunt etiam praerogativam auctoritatis et potentiae quantum ad curam dominici gregis. Jn. ult.: pasce oves meas. I Cor. X: de potestate nostra quam dedit nobis Deus in aedificationem, non in destructionem vestram, et cetera. Ideo apostolus subiungit hic tres gradus ecclesiasticos secundum participationem singulorum praemissorum. Nam quantum ad revelationem divinorum mysteriorum, subdit quosdam autem prophetas, qui praenuntiatores fuerunt incarnationis Christi, de quibus dicitur I P. I, 10: prophetae qui de futura in vobis gloria prophetaverunt. Mt. XI, 13: omnes enim prophetae, et lex usque ad Ioannem prophetaverunt. Sed apostoli prophetantes fuerunt post adventum Christi gaudia vitae futurae. Ap. I, 3: beatus qui legit et qui audit verba prophetiae huius, et cetera. Item fuerunt exponentes antiquorum prophetarum prophetias. I Cor. XIV, 1: aemulamini spiritualia; magis autem ut prophetetis. Mt. XXV: ecce ego mitto ad vos prophetas et sapientes, et cetera. Quantum vero ad annuntiandum Evangelium, subdit alios vero Evangelistas, qui scilicet habent officium praedicandi Evangelium, vel etiam conscribendi, quamvis non essent de principalibus apostolis. Rm. X, 15: quam speciosi pedes evangelizantium pacem, et cetera. Is. XLI, 27: dabo Ierusalem Evangelistam. Quantum vero ad curam Ecclesiae subdit alios autem pastores, curam scilicet dominici gregis habentes. Et sub eodem addit et doctores, ad ostendendum quod proprium officium pastorum Ecclesiae est docere ea quae pertinent ad fidem et bonos mores. Dispensare autem temporalia non pertinet ad episcopos, qui sunt apostolorum successores, sed magis ad diaconos. Ac. VI, 2: non est aequum nos derelinquere verbum Dei, et ministrare mensis. Tt. I, 9: amplectentem eum qui secundum doctrinam est, fidelem sermonem. Dicitur de episcopis Jr. III, 15: dabo vobis pastores iuxta cor meum, et pascent vos scientia et doctrina. Deinde cum dicit ad consummationem sanctorum, etc., ostendit fructum praedictorum donorum seu officiorum. Et circa hoc duo facit, quia primo assignat fructum; secundo ostendit qualiter fideles ad hunc fructum possent advenire, ibi ut iam non simus parvuli, et cetera. Prima iterum in duas. Primo proponit effectum proximum; secundo ostendit fructum ultimum, ibi donec occurramus omnes, et cetera. Effectus autem proximus praedictorum donorum seu officiorum, potest attendi quantum ad tria. Uno modo quantum ad ipsos qui sunt in officiis constituti, quibus ad hoc sunt collata dona spiritualia, ut ministrarent Deo et proximis. Et quantum ad hoc dicit in opus ministerii, per quod scilicet procuratur honor Dei, et salus proximorum. I Cor. IV, 1: sic nos existimet homo ut ministros Christi, et cetera. Is. LXI, 6: ministri Dei, dicetur vobis. Alio modo quantum ad perfectionem iam credentium, cum dicit ad consummationem, id est perfectionem, sanctorum, id est eorum qui iam sunt sanctificati per fidem Christi. Etenim specialiter debent intendere praelati ad subditos suos, ut eos ad statum perfectionis perducant; unde et ipsi perfectiores sunt, ut dicit Dionysius in ecclesiastica hierarchia. He. VI, 1: ad perfectionem feramur, et cetera. Is. X, 22-23: consummatio abbreviata inundabit iustitiam. Consummationem enim, et abbreviationem Dominus Deus exercituum faciet, et cetera. Tertio quantum ad conversionem infidelium; et quantum ad hoc dicit in aedificationem corporis Christi, id est ut convertantur infideles, ex quibus aedificatur Ecclesia Christi, quae est corpus eius. I Cor. XIV, 3: ad aedificationem, et exhortationem, et consolationem. Et sequitur ibidem: nam maior est qui prophetat quam qui linguis loquitur, nisi forte interpretetur, ut Ecclesia aedificationem accipiat, et ibidem, omnia ad aedificationem fiant. Deinde cum dicit donec occurramus, etc., assignat fructum ultimum, et potest intelligi dupliciter. Uno modo de fructu simpliciter ultimo, qui erit in resurrectione sanctorum. Et, secundum hoc, duo declarantur. Primo quidem congregatio resurgentium et corporalis et spiritualis. Corporalis quidem erit congregatio in hoc, quod omnes sancti congregabuntur ad Christum. Mt. XXIV, 28: ubicumque fuerit corpus, illuc congregabuntur et aquilae. Et quantum ad hoc dicit donec occurramus omnes, etc., quasi dicat: usque ad hoc extenditur praedictum ministerium et consummatio sanctorum et aedificatio Ecclesiae, donec in resurrectione occurramus Christo. Mt. XXV, 6: ecce sponsus venit, exite obviam ei. Am IV, 12: praeparare in occursum Dei tui, Israel, et cetera. Et etiam occurramus nobis invicem. I Th. IV, 17: simul rapiemur cum illis in nubibus obviam Christo in aera. Ph. III, 11: si quo modo occurram ad resurrectionem, quae est ex mortuis. Spiritualis autem congregatio attenditur quantum ad meritum, quod est secundum eamdem fidem, et quantum ad hoc dicit in unitatem fidei. Supra eodem: unus Dominus, una fides. Item supra in eodem: solliciti servare unitatem spiritus, et cetera. Et quantum ad praemium, quod est secundum Dei perfectam visionem et cognitionem, de qua I Cor. XIII, 12: tunc cognoscam sicut et cognitus sum. Et quantum ad hoc dicit et agnitionis filii Dei. Jr. XXXI, 34: omnes enim cognoscent me. Secundo declarat praedictum fructum quantum ad perfectionem resurgentium. Et primo ponit ipsam perfectionem, cum dicit in virum perfectum. Ubi non est intelligendum, sicut quidam intellexerunt, quod scilicet foeminae mutentur in sexum virilem in resurrectione, quia uterque sexus permanebit non quidem ad commixtionem sexuum, quae tunc de caetero non erit, secundum illud Mt. XXII, 30: in resurrectione enim non nubent, neque nubentur, sed sunt sicut Angeli, sed ad perfectionem naturae et gloriae Dei, qui talem naturam condidit. Dicit ergo virum perfectum, ad designandum omnimodam perfectionem illius status. I Cor. XIII, 10: cum venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est. Et propter hoc vir magis sumitur secundum quod dividitur contra puerum, quam secundum quod dividitur contra foeminam. Secundo ostendit exemplar huius perfectionis, cum dicit in mensuram aetatis plenitudinis Christi. Ubi considerandum est, quod corpus Christi verum est exemplar corporis mystici: utrumque enim constat ex pluribus membris in unum collectis. Corpus autem Christi fuit perductum ad plenam aetatem virilem, scilicet triginta trium annorum, in qua mortuus fuit. Huiusmodi ergo aetatis plenitudini conformabitur aetas sanctorum resurgentium, in quibus nulla erit imperfectio, nec defectus senectutis. Ph. III, 21: reformabit corpus humilitatis nostrae, configuratum corpori claritatis suae. Alio modo potest intelligi de fructu ultimo praesentis vitae, in qua quidem sibi occurrent omnes fideles ad unam fidem et agnitionem veritatis. Jn. X, 16: alias oves habeo, quae non sunt de hoc ovili, et cetera. In qua perficitur etiam corpus Christi mysticum spirituali perfectione, ad similitudinem corporis Christi veri. Et secundum hoc totum corpus Ecclesiae dicitur corpus virile, secundum illam similitudinem qua utitur apostolus Ga. IV, 1: quanto tempore haeres parvulus est, nihil differt a servo, et cetera.


 

Lectio 5

Super Eph., cap. 4 l. 5 Posita donorum spiritualium diversitate et fructu eorum, hic ostendit apostolus quomodo ad fructum illum perveniamus. Circa quod duo facit. Primo duo impedimenta removet; secundo modum veniendi docet, ibi veritatem facientes, et cetera. Dicit ergo: bene dictum est, quod hic est fructus ultimus istorum donorum, quod scilicet occurramus Domino in virum perfectum, etc., ergo oportet nos videre ut iam non simus parvuli, sed certe viri perfecti; quia quamdiu aliquis est puer, non est perfectus vir. Oportet ergo quod deserat pueritiam, qui Domino debet occurrere. Sic faciebat apostolus. I Cor. XIII, 11: quando autem factus sum vir, evacuavi quae erant parvuli. Conditio autem pueri est, quod non est fixus vel determinatus in aliquo, sed credit omni verbo. Si ergo volumus exhibere nos ut viros perfectos, oportet quod deseramus cogitationem fluctuantem, id est instabilem. Et hoc est quod dicit fluctuantes. I Cor. XIV, 20: nolite pueri effici sensibus, sed malitia parvuli estote. Dicuntur autem fluctuantes a fluctu, quia tales ad modum fluctus non sunt firmi in fide. Jc. I, 6: qui enim haesitat, similis est fluctui maris, qui a vento movetur et circumfertur. Nunc autem necesse est nos stabiles esse et non fluctuare. Et quia ventus est prava doctrina, de qua merito dicitur Pr. XXV, 23: ventus Aquilo dissipat pluvias. Mt. VII, 25: descendit pluvia, venerunt flumina, flaverunt venti, et irruerunt in domum illam, et cecidit, et fuit ruina eius magna ideo dicit et non circumferamur omni vento doctrinae, etc.; quasi dicat: nulla doctrina perversa perflante ad commotionem cordis et ruinam spiritualis aedificii debemus moveri, quia non est bona doctrina; quod patet ex tribus. Primo ex eius principio, quod est in nequitia hominum; ideo non est bona doctrina, sed falsa et nequam, quam dogmatizat aliquis ad perditionem animarum, ut obtineat principatum, sicut doctrina Arrii nequissimi, qui crepuit medius, ut de ipso possit exponi illud Eccli. XXXI, 29: testimonium nequitiae eius verum est. Item, talis doctrina perversa est quod patet. Secundo, ex eius processu, qui est astutia, quia cum dolo, id est unum intendit et aliud simulat; propter quod apostolus dicit II Cor. XI, 3: timeo ne sicut serpens Evam seduxit astutia sua: ita ut corrumpantur sensus vestri et excidant a simplicitate, quae est in Christo Iesu. Tertio patet hoc idem ex effectu, quia effectus talis doctrinae est ad circumventionem erroris, non ad denarios vel alia temporalia acquirenda, sed ad seminandos errores seducunt et circumveniunt tales doctores; de quibus dicitur II Tm. III, 13: mali homines et seductores proficient in peius errantes, et in errorem alios mittentes. Deinde cum dicit veritatem autem facientes, etc., ostensis impedimentis per quae a fructu donorum spiritualium impeditur quis, hic ostendit qualiter ad fructum debitum pervenitur. Et arguit sic: statim dictum est quod si volumus ad spiritualium donorum fructum pervenire, oportet ut iam non simus parvuli, et cetera. Sed tamdiu sumus parvuli, quamdiu virilem statum non attingimus, nec crescimus: ergo nobis necessarium est, ut crescamus. Et hoc est quod dicit veritatem autem facientes, et cetera. Duo ergo facit. Primo ostendit in quo debemus crescere; secundo per quem, ibi in illo per omnia, et cetera. Dicit ergo quantum ad primum veritatem facientes crescamus, et hoc in duobus, scilicet in bono opere et forma boni operis, quae duo sunt veritas et charitas. Veritas autem quandoque dicitur omne opus bonum, ut Tb. I, 2: in captivitate tamen positus viam veritatis non deseruit. Faciamus ergo veritatem, scilicet omne opus bonum, vel veritatem doctrinae: quia non sufficere nobis debet audire vel docere veritatem, sed oportet facere; propter hoc dicebat apostolus I Tm. IV, 16: hoc enim faciens, et teipsum salvum facies, et eos qui te audiunt. Estote ergo factores, etc., ut dicitur Jc. I, 22; quia factores iustificabuntur, ut habetur Rm. II, 13. Et hoc si fiat in charitate, quae est forma boni operis. I Cor. XVI, 13 s.: viriliter agite, et confortetur cor vestrum, et omnia opera vestra in charitate fiant: quia certe aliter nihil valerent. I Cor. XIII, 3: si tradidero corpus meum, ita ut ardeam, charitatem autem non habuero, nihil mihi prodest. Sed quia in via Dei non progredi, est regredi, ideo subdit apostolus ut crescamus in illo, etc., ubi tria facit. Primo ostendit auctorem nostri augmenti; secundo eius veritatem; tertio modum augmenti. Secunda, ibi ex quo totum corpus. Tertia, ibi secundum operationem in mensuram uniuscuiusque membri. Dicit ergo crescamus in illo, scilicet in Christo, de quo I P. II, 2: in eo crescatis in salutem. In illo, inquam, qui est caput nostrum Christus et in Ecclesia, quae est corpus ipsius, ut dicitur Col. I, 24. Crescamus, inquam, non in possessionibus, sicut dicitur Jb I, 10: possessio eius crevit in terra, sed in spiritualibus. Nec in uno tantum, sed per omnia, id est in omni bono, fructificantes et crescentes. I Cor. X, 31: omnia in gloriam Dei facite, et cetera. Et ibi sequitur: sicut et ego per omnia omnibus placeo. De hoc commendat Corinthios apostolus, dicens I Cor. XI, 2: laudo vos, fratres, quod per omnia mei memores estis, et sicut tradidi vobis, omnia praecepta mea tenetis. Consequenter cum dicit ex quo totum corpus, etc., ostendit veritatem Christi per quem crescere debeamus. Ubi sciendum est, quod corpus naturale tria habet, scilicet compactionem membrorum ad invicem, ligationem per nervos et mutuam subministrationem. I Cor. XII, 16 s.: si dixerit pes: quoniam non sum manus, non sum de corpore; num ideo non est de corpore? Et si dixerit auris: quoniam non sum oculus, non sum de corpore, et cetera. Si totum corpus est odoratus, ubi auditus? Spiritualiter ergo, sicut unum corpus efficitur ex multis his tribus modis, scilicet per compactionem seu adunationem, per ligationem et per mutuam operationem et subventionem: ita et omnia, quae sunt a capite corporali, scilicet compactio, nervorum ligatio, ad opus motio, fluunt a capite nostro Christo in corpore Ecclesiae. Et, primo, compactio per fidem; unde dicit ex quo, scilicet Christo, qui est caput nostrum, ut modo dictum est, totum corpus compactum est, id est, coadunatum. Ps. CXLVI, 2: dispersiones Israel congregabit. Ha. II, 5: congregabit ad se omnes gentes, et coacervabit ad se omnes populos. De hoc dicitur Col. II, 19: caput ex quo totum corpus per nexus et coniunctiones subministratum et constructum crescit in augmentum Dei. Secundo, fluit a Christo capite in corpus Ecclesiae suae mysticum connexio et colligatio, quia oportet adunata aliquo nexu vel vinculo necti, vel colligari. Et propter hoc dicit et connexum per omnem iuncturam subministrationis, id est per fidem et charitatem, quae connectunt et coniungunt membra corporis mystici ad mutuam subministrationem. Eccli. XXXIX, 39: omnia opera Domini bona, et omne opus hora sua subministrabit. Unde ipse apostolus, confidens de ista mutua subministratione quae est inter membra Ecclesiae per divinam coniunctionem, dicebat Ph. I, 19: scio enim, quia hoc proveniet in salutem per vestram orationem et subministrationem Spiritus Iesu Christi. Tertio, a capite Christo in membris, ut augmententur spiritualiter, influitur virtus actualiter operandi. Unde dicit secundum mensuram uniuscuiusque membri, augmentum corporis facit; quasi dicat: non solum a capite nostro Christo est membrorum Ecclesiae compactio per fidem, nec sola connexio, vel colligatio per mutuam subministrationem charitatis, sed certe ab ipso est actualis membrorum operatio sive ad opus motio, secundum mensuram et competentiam cuiuslibet membri. Unde dicit, quod facit augmentum corporis secundum operationem et mensuram uniuscuiusque membri, debite mensurati; quia non solum per fidem corpus mysticum compaginatur, nec solum per charitatis subministrationem connectentem augetur corpus; sed per actualem compositionem ab unoquoque membro egredientem, secundum mensuram gratiae sibi datae, et actualem motionem ad operationem, quam Deus facit in nobis. Unde Is. XXVI, 12: omnia opera nostra operatus es in nobis. Idem vero Deus, qui operatur omnia in omnibus, ut dicitur I Cor. XII, 6. Et haec expositio concordat glossatori. Sed ad quid augmentat Deus unumquodque membrum? Ut corpus aedificet. Supra II, 21: in quo omnis aedificatio constructa crescit in templum sanctum in Domino, in quo et vos coaedificamini, et cetera. Unde I Cor. III, 9: Dei aedificatio estis. Et haec omnia fiunt in charitate, quia, ut dicitur I Cor. VIII, 1: charitas aedificat. Vel in charitate facit Deus haec omnia, id est ex mera dilectione. Jr. XXXIII, 3: in charitate perpetua dilexi te, ideo attraxi te miserans. Rursusque: aedificabo, et aedificaberis. Hoc est ergo quod dicit in aedificationem sui in charitate.

 

Lectio 6

Super Eph., cap. 4 l. 6 Supra monuit apostolus Ephesios ut manerent in ecclesiastica unitate, describendo modum eius et formam, in hac parte docet eos viam per quam possint manere in ecclesiastica unitate. Et circa hoc duo facit. Primo proponit praecepta, per quae possunt manere in ecclesiastica unitate; secundo ostendit potestatem hanc ad implenda praecepta in fine epistolae, ibi de caetero, fratres, confortamini, et cetera. Prima in duas. Primo proponit praecepta ad omnes; secundo pertinentia ad singulos gradus Ecclesiae, ibi mulieres viris suis subditae sint, et cetera. Prima in duas. Primo ponit quaedam praecepta generalia ad quae reducuntur omnia alia; secundo ponit specialia, ibi propter quod deponentes mendacium, et cetera. Prima iterum in duas, quia cum intentio apostoli sit eos revocare a vetere consuetudine ad novam Christi doctrinam, primo ostendit doctrinam Christi esse contrariam antiquae perversitati gentilitatis; secundo inducit eos, ut eam deponant et eam, quae Christi est assumant, ibi deponite vos secundum pristinam, et cetera. Prima in duas, quia primo describit conversationem gentilium; secundo ostendit, quod ei contrariatur doctrina Christi, ibi vos autem non ita, et cetera. Prima in tres. Primo hortatur eos, ut declinent conversationem gentilium; secundo describit eam quantum ad interiorem animum, ibi tenebris obscuratum, etc.; tertio quantum ad exteriorem modum, ibi qui desperantes, et cetera. Dicit ergo: ad hoc quod possitis implere ea, quae dicta sunt, dico, id est non obsecro, ut prius, sed dico, et testificor, hoc quod dixi. Ga. V, 3: testificor autem omni homini rursum circumcidenti se, quoniam debitor est universae legis faciendae. II Tm. IV, 1: testificor coram Deo et Christo Iesu, et cetera. Et quid? Ut iam, scilicet tempore fidei et conversionis ad Christum, quia iam vos mundi estis, Jn. XIII, 10, non ambuletis, id est vivatis. Ga. V, 25: si Spiritu vivimus, Spiritu et ambulemus, et cetera. Et hoc sicut et gentes ambulant. I Cor. XII, 2: scitis, quoniam cum gentes essetis, ad simulacra muta prout ducebamini euntes, et cetera. Non sic igitur ambuletis. Pr. I, 15: fili mi, ne ambules cum eis, prohibe pedem tuum a semitis eorum, et cetera. Consequenter cum dicit in vanitate sensus sui, reddit causam huius prohibitionis. Ubi notandum est, quod cum ambulare spiritualiter sit proficere, secundum illud Is. XXVI, 7: rectus callis iusti ad ambulandum, et cetera. Gn. XVII, 1: ambula coram me, et esto perfectus, dicitur Abrahae, ad hoc ergo ut homo iuste ambulet, id est spiritualiter proficiat, oportet tria, quae in ipso sunt, regulari et ordinari. In homine enim est ratio iudicans de particularibus agendis; item, intellectus universalium principiorum, qui est synderesis; tertio, lex divina seu Deus. Quandocumque ergo aliquis secundum ista tria sibi invicem ordinata dirigitur, ita quod actio ordinetur secundum iudicium rationis, et haec, scilicet ratio, iudicet secundum intellectum rectum, vel synderesim, et haec, scilicet synderesis, ordinetur secundum legem divinam, tunc actio est bona et meritoria. Sed vita gentilium non est talis, imo deficit in praedictis tribus; quia, primo, deficit a ratione iudicante, quia ambulant in vanitate sensus sui. Sensus autem est vis apprehensiva, per quam iudicamus singularia. Unde aliquis homo rectus dicitur quando bene iudicat de agendis. Sed sensus iste quandoque est rectus, quandoque est vanus. Rectus dicitur, quando debita regula regitur, qua venit ad debitum finem; vanus autem quando, indebita regula ductus, non venit ad debitum finem. Sg XIII, 1: vani sunt omnes homines in quibus non subest scientia Dei, et cetera. Rm. I, 21: evanuerunt in cogitationibus suis, et cetera. Jr. II, 5: ambulaverunt post vanitates suas, et vani facti sunt. Quare? Quia certe ratio istorum in agendis non dirigebatur ab intellectu illuminato, sed erroneo. Et hoc est quod ait tenebris obscuratum habentes intellectum. Rm. I, 21: obscuratum est insipiens cor eorum. Ps. LXXXI, 5: nescierunt, neque intellexerunt, in tenebris ambulant. Et ratio est, quia tales non sunt participes divini luminis, seu legis divinae illuminantis et regulantis; propter quod subdit alienati a vita Dei, id est a Deo, qui est vita animae. Jn. XIV, 6: ego sum via, veritas, et vita. Vel, a vita Dei, id est a charitate et gratia spirituali, qua anima vivit formaliter. Rm. VI, 23: gratia autem Dei vita aeterna. Isti autem erant sine spe vitae aeternae, quia ponebant mortalitatem animae contra fidem et spem. Sg. II, 22: nescierunt sacramenta Dei, neque speraverunt mercedem iustitiae, neque iudicaverunt honorem animarum sanctarum, et cetera. Vel a vita Dei, id est a vita sancte vivendi, quae est per fidem. Ga. II, 20: vivo ego, iam non ego, et cetera. Iustus autem ex fide vivit, ut dicitur Rm. I, 17. Vel quae est per charitatem. I Jn. III, 14: nos scimus, quia translati sumus de morte ad vitam, quoniam diligimus fratres, et cetera. Non sic autem isti, sed magis alienati. Modum autem huius alienationis tangit, scilicet per ignorantiam non stellarum vel cursus siderum, sed naturae divinae, I Cor. XV, 33: ignorantiam quidem Dei quidam habent, quia certe tunc solum in Iudaea notus erat Deus, sed modo, ut dicitur Ac. XVII, 30: tempora huius ignorantiae despiciens Deus, nunc annuntiat hominibus, ut omnes ubique poenitentiam agant, et cetera. Huius autem ignorantiae Deus non erat causa quantum de se erat, ut dicitur Rm. I, 19: Deus enim illis revelavit, sed certe causa erat illis propter caecitatem cordis ipsorum. Et vere dicit caecitatem eo quod ex creaturis non poterant venire in notitiam creatoris, quia, ut dicitur Sg. II, 21, excaecavit eos malitia eorum; et sequitur: et nescierunt sacramenta Dei, neque mercedem speraverunt iustitiae. Et hoc est quod sequitur qui desperantes, etc., ubi ostendit apostolus quales erant in exteriori conversatione, quoniam sine spe, et hoc quia alienati a vita. Jb VII, 16: desperavi, nequaquam ultra iam vivam, et cetera. Jr. XVIII, 12: desperavimus, post cogitationes enim nostras ibimus, et unusquisque post pravitatem cordis sui malefaciemus. Et hoc est quod sequitur tradiderunt semetipsos impudicitiae, et cetera. Et hoc legi potest dupliciter, vel separatim, ut dicatur in avaritia, quia avari erant. Rm. I, 29: repletos omni iniquitate et malitia, fornicatione, avaritia. He. XIII, 5: sint mores sine avaritia, etc., quia, ut dicitur Eccli. X, 9: avaro nihil est scelestius. Propter quod Ha. II, 9: vae qui congregat avaritiam malam domui suae, et cetera. Potest etiam legi coniunctim cum praecedentibus, ut dicatur in avaritia, id est avare, ita ut sit modificans praecedentia. Et secundum hoc aggravat eorum vitam tripliciter; quia, primo, peccaverunt non ex passione, sed potius ex electione, unde dicit tradiderunt semetipsos impudicitiae; quasi dicat: non passionibus, vel infirmitate peccaverunt, sed semetipsos tradiderunt, et cetera. Jdt VII, 15: sponte tradamus nos omnes populo Holofernis, et cetera. II Cor. XII, 21: non egerunt poenitentiam super immunditia quam gesserunt, et cetera. Secundo, ex actuali effrenatione. II P. II, 10: post carnem in concupiscentiam immunditiae ambulant, et cetera. Et ideo dicit in operationem omnis immunditiae. Ez. XIV, 3: isti posuerunt immunditias suas in cordibus suis, et cetera. Tertio, aggravatur eorum peccatum ex continuatione, quia incessanter peccabant. Os. IV, 10: fornicati sunt, et non cessaverunt, quoniam Dominum reliquerunt. Unde dicit in avaritiam, id est ardenter, et appetitu continuo, et insatiabili. II P. II, 14: oculos habentes plenos adulterii et incessabilis delicti, pellicientes animas instabiles, cor exercitatum in avaritia habentes, maledictionis filii, et cetera.

Lire la suite

Saint Marcel Ier pape et martyr

16 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Marcel Ier pape et martyr

Collecte

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer, dans votre clémence, les prières de votre peuple, afin que nous soyons aidés par les mérites du bienheureux Marcel, votre Martyr et Pontife, dont la passion est pour nous une source de joie.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Marcel, né à Rome, exerça le pontificat depuis Constance et Galère jusqu’à Maxence. Ce fut à son instigation que Lucine, matrone romaine, établit l’Église de Dieu héritière de ses biens. Le nombre des fidèles s’étant accru dans Rome, il institua de nouveaux Titres (ou paroisses), et partagea la ville comme en différents districts, pour y administrer les sacrements de baptême et de pénitence à ceux qui embrasseraient la religion chrétienne, ainsi que pour l’utilité des fidèles et pour la sépulture des Martyrs. Maxence, enflammé de colère par cette sage administration, menaça Marcel de rigoureux supplices, s’il ne déposait le pontificat et ne sacrifiait aux idoles.

Cinquième leçon. Comme Marcel méprisait les paroles insensées d’un homme, le tyran l’envoya dans les écuries impériales pour qu’il y prît soin des bêtes qu’on nourrissait aux dépens du public. Marcel y passa neuf mois en prières et en jeûnes continuels, visitant par ses lettres les paroisses qu’il ne pouvait visiter en personne. Tiré de là par les clercs de Rome, il reçut l’hospitalité chez la bienheureuse Lucine, et dédia dans sa demeure une église qui est aujourd’hui désignée sous le Titre de Saint-Marcel : les Chrétiens allaient y prier et le bienheureux Marcel y prêchait lui-même.

Sixième leçon. Maxence, ayant connaissance de ces faits, ordonna d’amener dans cette église les bêtes de ses écuries et commanda qu’elles soient gardées, par Marcel. C’est en ce lieu que, souffrant de la malpropreté et accablé de tribulations, il s’endormit dans le Seigneur. Son corps fut enseveli le 17 des calendes de février, par la bienheureuse Lucine, au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il siégea cinq ans, un mois, et vingt-cinq jours. Il écrivit une épître aux Évêques de la province d’Antioche, au sujet de la primauté de l’Église romaine, qu’il prouve devoir être appelée le chef des Églises, et y dit aussi que nul concile ne peut être légitimement célébré sans l’autorité du Pontife romain. Il ordonna à Rome, au mois de décembre, vingt-cinq Prêtres, deux Diacres et sacra vingt et un Évêques pour divers lieux.

 

Au glorieux Pape et Martyr Hygin, vient s’adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l’Église ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l’Emmanuel.

Marcel a gouverné l’Église à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu’au sang, et méritera d’être associé à Étienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l’Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s’enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléem, où elle mit au monde un humble enfant : aujourd’hui, l’empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l’Église.

Quelles furent vos pensées, ô glorieux Marcel, lorsque l’impie dérision d’un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais de l’ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n’attendait plus qu’un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n’avait pas encore le secret de sa destinée. Comme l’Enfant de Bethlhem, ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l’Église qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d’amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d’être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l’orgueil, l’amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves.

Lire la suite
Publicité

Saint Paul premier ermite et confesseur mémoire de Saint Maur abbé

15 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Paul premier ermite et confesseur mémoire de Saint Maur abbé

Collecte

O Dieu qui nous réjouissez par la solennité annuelle du bienheureux Paul, votre Confesseur : faites, dans votre bonté, qu’honorant sa naissance au ciel, nous imitions aussi les actions de sa vie.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Paul, l’instituteur et le maître des Ermites, naquit dans la basse Thébaïde ; il n’avait que quinze ans lorsqu’il perdit son père et sa mère. Quelque temps après, pour fuir la persécution de Dèce et de Valérien et pour servir Dieu avec plus de liberté, il se retira dans une caverne du désert. C’est là qu’un palmier lui fournissant de quoi se nourrir et se vêtir, il vécut jusqu’à l’âge de cent treize ans : alors saint Antoine, qui en avait quatre-vingt-dix, le visita, d’après un avertissement de Dieu. Ils se saluèrent de leurs propres noms, bien qu’ils ne se connussent point auparavant, et pendant qu’ils se complaisaient à s’entretenir du royaume de Dieu, un corbeau, qui jusqu’alors avait toujours apporté à Paul la moitié d’un pain, en déposa un tout entier auprès d’eux.

Cinquième leçon. Après le départ du corbeau : « Voyez, dit Paul, comment le Seigneur vraiment bon, vraiment miséricordieux, nous a envoyé notre repas. Il y a déjà soixante ans que je reçois chaque jour la moitié d’un pain, et maintenant, à votre arrivée, Jésus-Christ a donné une ration double pour ses soldats. » Ils prirent donc leur nourriture avec action de grâces, au bord d’une fontaine ; ayant ainsi réparé leurs forces et rendu de nouveau grâces à Dieu, selon la coutume, ils passèrent la nuit dans les louanges divines. Au point du jour, Paul, sachant que sa mort était proche, en avertit Antoine, et le pria d’aller chercher, pour ensevelir son corps, le manteau qu’il avait reçu de saint Athanase. Antoine, étant en route pour revenir, vit l’âme de Paul monter au ciel parmi les chœurs des Anges et dans la compagnie des Prophètes et des Apôtres.

Sixième leçon. Quand il fut arrivé à la cellule de Paul, il le trouva à genoux, la tête levée, les mains étendues vers le ciel et le corps inanimé. Il l’enveloppa du manteau et chanta des hymnes et des Psaumes, selon la tradition chrétienne. Comme il n’avait pas d’instrument pour creuser la terre, deux lions accoururent du fond du désert et s’arrêtèrent près du corps du bienheureux vieillard, donnant à entendre qu’ils le pleuraient à leur manière. Ils creusèrent la terre avec leurs griffes à l’envi l’un de l’autre et firent une fosse capable de contenir un homme. Lorsqu’ils furent partis, Antoine déposa le saint corps en ce lieu, et le couvrant de terre, il lui dressa un tombeau à la manière des chrétiens. Quant à la tunique de Paul, qu’il avait tissée de feuilles de palmier comme on fait les corbeilles, il l’emporta avec lui, et tant qu’il vécut, il se servit de ce vêtement aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte.

L’Église honore aujourd’hui la mémoire d’un des hommes le plus spécialement choisis pour représenter la pensée de ce détachement sublime que l’exemple du Fils de Dieu, né dans une grotte, à Bethléem, révéla au monde. L’ermite Paul a tant estimé la pauvreté de Jésus-Christ, qu’il s’est enfui au désert, loin de toute possession humaine et de toute convoitise. Une caverne pour habitation, un palmier pour sa nourriture et son vêtement, une fontaine pour y désaltérer sa soif, un pain journellement apporté du ciel par un corbeau pour prolonger cette vie merveilleuse : c’est ainsi que Paul servit, pendant soixante ans, étranger aux hommes, Celui qui n’avait pas trouvé de place dans la demeure des hommes, et qui fut contraint d’aller naître dans une étable abandonnée.

Mais Paul habitait avec Dieu dans sa grotte ; et en lui commence la race sublime des Anachorètes, qui, pour converser avec le Seigneur, ont renoncé à la société et même à la vue des hommes : anges terrestres dans lesquels a éclaté, pour l’instruction des siècles suivants, la puissance et la richesse du Dieu qui suffit lui seul aux besoins de sa créature. Admirons un tel prodige ; et considérons, avec reconnaissance, à quelle hauteur le mystère d’un Dieu incarné a pu élever la nature humaine tombée dans la servitude des sens, et tout enivrée de l’amour des biens terrestres.

N’allons pas croire cependant que cette vie de soixante ans passée au désert, cette contemplation surhumaine de l’objet de la béatitude éternelle, eussent désintéressé Paul de l’Église et de ses luttes glorieuses. Nul n’est assuré d’être dans la voie qui conduit à la vision et à la possession de Dieu, qu’autant qu’il se tient uni à l’Épouse que le Christ s’est choisie, et qu’il a établie pour être la colonne et le soutien de la vérité. Or, parmi les enfants de l’Église, ceux qui doivent le plus étroitement se presser contre son sein maternel, sont les contemplatifs ; car ils parcourent des voies sublimes et ardues, où plusieurs ont rencontré le péril Du fond de sa grotte, Paul, éclairé d’une lumière supérieure, suivait les luttes de l’Église contre l’arianisme ; il se tenait uni aux défenseurs du Verbe consubstantiel au Père : et afin de montrer sa sympathie pour saint Athanase, le vaillant athlète de la foi, il pria saint Antoine, à qui il laissait sa tunique de feuilles de palmier, de l’ensevelir dans un manteau dont l’illustre patriarche d’Alexandrie, qui aimait tendrement le saint abbé, lui avait fait présent.

Le nom de Paul, père des Anachorètes, est donc enchaîné à celui d’Antoine, père des Cénobites ; les races fondées par ces deux apôtres de la solitude sont sœurs ; toutes deux émanent de Bethléem comme d’une source commune. La même période du Cycle réunit, à un jour d’intervalle, les deux fidèles disciples de la crèche du Sauveur.

Nous donnons ici les trois strophes suivantes, consacrées par l’Église Grecque, dans ses Menées, à la louange du premier des Ermites :

Quand, par l’inspiration divine, tu as abandonné avec sagesse, ô Père, les sollicitudes de la vie pour embrasser les travaux de l’ascèse ; alors, enflammé de l’amour du Seigneur , plein de joie, tu t’es emparé du désert, laissant derrière toi les passions de l’homme , et poursuivant avec persévérance ce qu’il y a de meilleur, semblable à un Ange, tu as accompli ta vie.
Séparé volontairement de toute société humaine, dès ton adolescence, ô Paul, notre Père, tu as, le premier de tous, embrassé la complète solitude , dépassant tous les autres solitaires, et tu as été inconnu pendant toute ta vie : c’est pourquoi Antoine, par un mouvement divin, t’a découvert, toi qui étais comme caché, et il t’a manifesté à l’univers.
Livré, ô Paul, à un genre de vie inaccoutumé sur la terre, tu as habité avec les bêtes, assisté du ministère d’un oiseau, par la volonté divine ; à cette vue, le grand Antoine stupéfait, au jour où il te découvrit, te célébra sans relâche, comme le Prophète et le Maître de tous comme un être divin.

Vous contemplez maintenant dans sa gloire, ô prince des Anachorètes, le Dieu dont vous avez médité, durant soixante années, la faiblesse et les abaissements volontaires ; votre conversation avec lui est éternelle. Pour cette caverne, qui fut le théâtre de votre pénitence, vous avez l’immensité des cieux ; pour cette tunique de feuilles de palmier, un vêtement de lumière ; pour ce pain matériel, l’éternel Pain de vie ; pour cette humble fontaine, la source de ces eaux qui jaillissent jusque dans l’éternité. Dans votre isolement sublime, vous imitiez le silence du Fils de Dieu en Bethlehm ; maintenant, votre langue est déliée, et la louange s’échappe à jamais de votre bouche avec le cri de la félicité. Souvenez-vous cependant de cette terre dont vous n’avez connu que les déserts ; rappelez à l’Emmanuel qu’il ne l’a visitée que dans son amour, et faites descendre sur nous ses bénédictions. Obtenez-nous la grâce d’un parfait détachement des choses périssables, l’estime de la pauvreté, l’amour de la prière, et une continuelle aspiration vers la patrie céleste.

Lire la suite

LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON "

14 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON "

LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON "
 
PIE X, PAPE
 

Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique
 

Notre charge apostolique nous fait un devoir de veiller à la pureté de la foi et à l'intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles des dangers de l'erreur et du mal, surtout quand l'erreur et le mal leur sont présentés dans un langage entraînant, qui, voilant le vague des idées et l'équivoque des expressions sous l'ardeur du sentiment et la sonorité des mots, peut enflammer les coeurs pour des causes séduisantes mais funestes. Telles ont été naguère les doctrines des prétendus philosophes du XVIIIe siècle, celles de la Révolution et du libéralisme tant de fois condamnées ; telles sont encore aujourd'hui les théories du Sillon, qui, sous leurs apparences brillantes et généreuses, manquent trop souvent de clarté, de logique et de vérité, et, sous ce rapport, ne relèvent pas du génie catholique et français.
 

Nous avons hésité longtemps, Vénérables Frères, à dire publiquement et solennellement notre pensée sur le Sillon. Il a fallu que vos préoccupations vinssent s'ajouter aux Nôtres pour Nous décider à le faire. Car Nous aimons la vaillante jeunesse enrôlée sous le drapeau du Sillon, et Nous la croyons digne, à bien des égards, d'éloge et d'admiration. Nous aimons ses chefs, en qui Nous Nous plaisons à reconnaître des âmes élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble enthousiasme pour le bien. Vous les avez vus, vénérables Frères, pénétrés d'un sentiment très vif de la fraternité humaine, aller au-devant de ceux qui travaillent et qui souffrent pour les relever, soutenus dans leur dévouement par leur amour pour Jésus-Christ et la pratique exemplaire de la religion.
 

C'était au lendemain de la mémorable Encyclique de Notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, Léon XIII, sur la condition des ouvriers. L'Église, par la bouche de son chef suprême, avait déversé sur les humbles et les petits toutes les tendresses de son coeur maternel, et semblait appeler de ses voeux des champions toujours plus nombreux de la restauration de l'ordre et de la justice dans notre société troublée. Les fondateurs du Sillon ne venaient-ils pas, au moment opportun, mettre à son service des troupes jeunes et croyantes pour la réalisation de ses désirs et de ses espérances ? Et, de fait, le Sillon éleva parmi les classes ouvrières l'étendard de Jésus-Christ, le signe du salut pour les individus et les nations, alimentant son activité sociale aux sources de la grâce, imposant le respect de la religion aux milieux les moins favorables, habituant les ignorants et les impies à entendre parler de Dieu, et souvent, dans des conférences contradictoires, en face d'un auditoire hostile, surgissant, éveillé par une question ou un sarcasme, pour crier hautement sa foi. C'étaient les beaux temps du Sillon ; c'est son beau côté qui explique les encouragements et les approbations que ne lui ont pas ménagés l'épiscopat et le Saint-Siège, tant que cette ferveur religieuse a pu voiler le vrai caractère du mouvement sillonniste.
 

Car, il faut le dire, Vénérables Frères, nos espérances ont été, en grande partie, trompées. Un jour vint où le Sillon accusa, pour les yeux des clairvoyants, des tendances inquiétantes. Le Sillon s'égarait. Pouvait-il en être autrement ? Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n'étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur coeur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l'obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.
 

Les conseils ne leur ont pas manqué, les admonestations vinrent après les conseils : mais nous avons eu la douleur de voir et les avis et les reproches glisser sur leurs âmes fuyantes et demeurer sans résultat. Les choses en sont venues à ce point que Nous trahirions notre devoir si nous gardions plus longtemps le silence. Nous devons la vérité à nos chers enfants du Sillon, qu'une ardeur généreuse a emportés dans une voie aussi fausse que dangereuse. Nous la devons à un grand nombre de séminaristes et de prêtres que le Sillon a soustraits sinon à l'autorité, au moins à la direction et à l'influence de leurs évêques. Nous la devons, enfin à l'Église, où le Sillon sème la division et dont il compromet les intérêts.
 

En premier lieu, il convient de relever sévèrement la prétention du Sillon d'échapper à la direction de l'autorité ecclésiastique. Les chefs du Sillon, en effet, allèguent qu'ils évoluent sur un terrain qui n'est pas celui de l'Église ; qu'ils ne poursuivent que des intérêts de l'ordre temporel et non de l'ordre spirituel ; que le Sillonniste est tout simplement un catholique voué à la cause des classes laborieuses, aux oeuvres démocratiques, et puisant dans les pratiques de sa foi l'énergie de son dévouement ; que, ni plus ni moins que les artisans, les laboureurs, les économistes et les politiciens catholiques, il demeure soumis aux règles de la morale communes à tous, sans relever, ni plus ni moins qu'eux, d'une façon spéciale, de l'autorité ecclésiastique.
 

La réponse à ces subterfuges n'est que trop facile. À qui fera-t-on croire, en effet, que les sillonnistes catholiques, que les prêtres et les séminaristes enrôlés dans leurs rangs n'ont en vue, dans leur activité sociale, que les intérêts temporels des classes ouvrières ? Ce serait, pensons-Nous, leur faire injure que de le soutenir. La vérité est que les chefs du Sillon se proclament des idéalistes irréductibles, qu'ils prétendent relever les classes laborieuses en relevant d'abord la conscience humaine, qu'ils ont une doctrine sociale et des principes philosophiques et religieux pour construire la société sur un plan nouveau, qu'ils ont une conception spéciale de la dignité humaine, de la liberté, de la justice et de la fraternité, et que, pour justifier leurs rêves sociaux, ils en appellent à l'Évangile, interprété à leur manière, et, ce qui est plus grave encore, à un Christ défiguré et diminué. De plus, ces idées, ils les enseignent dans leurs cercles d'études, ils les inculquent à leurs camarades, ils les font passer dans leurs oeuvres. Ils sont donc vraiment professeurs de morale sociale, civique et religieuse, et, quelques modifications qu'ils puissent introduire dans l'organisation du mouvement sillonniste, Nous avons le droit de dire que le but du Sillon, son caractère, son action ressortissent au domaine moral, qui est le domaine propre de l'Église, et que, en conséquence, les sillonnistes se font illusion lorsqu'ils croient évoluer sur un terrain aux confins duquel expirent les droits du pouvoir doctrinal et directif de l'autorité ecclésiastique.
 

Si leurs doctrines étaient exemptes d'erreur, c'eût déjà été un manquement très grave à la discipline catholique que de se soustraire obstinément à la direction de ceux qui ont reçu du ciel la mission de guider les individus et les sociétés dans le droit chemin de la vérité et du bien. Mais le mal est plus profond, Nous l'avons déjà dit : le Sillon, emporté par un amour mal entendu des faibles, a glissé dans l'erreur.
 

En effet, le Sillon se propose le relèvement et la régénération des classes ouvrières. Or, sur cette matière, les principes de la doctrine catholique sont fixés, et l'histoire de la civilisation chrétienne est là pour en attester la bienfaisante fécondité. Notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, les a rappelés dans des pages magistrales, que les catholiques occupés de questions sociales doivent étudier et toujours garder sous les yeux. Il a enseigné notamment que la démocratie chrétienne doit " maintenir la diversité des classes, qui est assurément le propre de la cité bien constituée, et vouloir pour la société humaine la forme et le caractère que Dieu, son auteur, lui a imprimés ". Il a flétri " une certaine démocratie qui va jusqu'à ce degré de perversité que d'attribuer dans la société la souveraineté au peuple et à poursuivre la suppression et le nivellement des classes ". En même temps Léon XIII imposait aux catholiques un programme d'action, le seul programme capable de replacer et de maintenir la société sur ses bases chrétiennes séculaires. Or, qu'ont fait les chefs du Sillon ? Non seulement ils ont adopté un programme et un enseignement différents de ceux de Léon XIII (ce qui serait déjà singulièrement audacieux de la part de laïques se posant ainsi, concurremment avec le Souverain Pontife, en directeurs de l'activité sociale dans l'Église) ; mais ils ont ouvertement rejeté le programme tracé par Léon XIII, et en ont adopté un diamétralement opposé ; de plus, ils repoussent la doctrine rappelée par Léon XIII sur les principes essentiels de la société, placent l'autorité dans le peuple ou la suppriment à peu près et prennent comme idéal à réaliser le nivellement des classes. Ils vont donc, au rebours de la doctrine catholique, vers un idéal condamné.
 

Nous savons bien qu'ils se flattent de relever la dignité humaine et la condition trop méprisée des classes laborieuses, de rendre justes et parfaites les lois du travail et les relations entre le capital et les salariés, enfin de faire régner sur terre une meilleure justice et plus de charité, et, par des mouvements sociaux profonds et féconds, de promouvoir dans l'humilité un progrès inattendu. Et certes, Nous ne blâmons pas ces efforts, qui seraient de tous points excellents si les sillonnistes n'oubliaient pas que le progrès d'un être consiste à fortifier ses facultés naturelles par des énergies nouvelles et à faciliter le jeu de leur activité dans le cadre et conformément aux lois de sa constitution, et que, au contraire, en blessant ses organes essentiels, en brisant le cadre de leur activité, on pousse l'être non pas vers le progrès, mais vers la mort. C'est cependant ce qu'ils veulent faire de la société humaine ; c'est leur rêve de changer ses bases naturelles et traditionnelles et de promettre une cité future édifiée sur d'autres principes, qu'ils osent déclarer plus féconds, plus bienfaisants, que les principes sur lesquels repose la cité chrétienne actuelle.
 

Non, Vénérables Frères - il faut rappeler énergiquement dans ces temps d'anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et législateur - on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l'a bâtie ; on n'édifiera pas la société, si l'Église n'en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n'est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c'est la civilisation chrétienne, c'est la cité catholique. Il ne s'agit que de l'instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l'utopie malsaine, de la révolte et de l'impiété : omnia instaurare in Christo.
 

Et pour qu'on ne Nous accuse pas de juger trop sommairement et avec une rigueur non justifiée les théories sociales du Sillon, Nous voulons en rappeler les points essentiels.
 

Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais, cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l'Église est loin d'avoir à se louer. Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome. De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes : Aujourd'hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s'en affranchir : émancipation politique. Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l'exploitent, l'oppriment et l'abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique. Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à. sa domination : émancipation intellectuelle. Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l'égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.
 

Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l'égalité (auxquelles viendra bientôt s'ajouter la fraternité), voilà ce qu'ils appellent Démocratie.
 

Néanmoins, la liberté et l'égalité n'en constituent que le côté, pour ainsi dire, négatif. Ce qui fait proprement et positivement la Démocratie, c'est la participation la plus grande possible de chacun au gouvernement de la chose publique. Et cela comprend un triple élément, politique, économique et moral.
 

D'abord, en politique, le Sillon n'abolit pas l'autorité ; il l'estime, au contraire, nécessaire ; mais il veut la partager, ou, pour mieux dire, la multiplier de telle façon que chaque citoyen deviendra une sorte de roi. L'autorité, il est vrai, émane de Dieu, mais elle réside primordialement dans le peuple et s'en dégage par voie d'élection ou, mieux encore, de sélection, sans pour cela quitter le peuple et devenir indépendante de lui ; elle sera extérieure, mais en apparence seulement ; en réalité, elle sera intérieure, parce que ce sera une autorité consentie.
 

Proportions gardées, il en sera de même dans l'ordre économique. Soustrait à une classe particulière, le patronat sera si bien multiplié que chaque ouvrier deviendra une sorte de patron. La forme appelée à réaliser cet idéal économique n'est point, affirme-t-on, celle du socialisme, c'est un système de coopératives suffisamment multipliées pour provoquer une concurrence féconde et pour sauvegarder l'indépendance des ouvriers qui ne seront enchaînés à aucune d'entre elles.
 

Voici maintenant l'élément capital, l'élément moral. Comme l'autorité, on l'a vu, est très réduite, il faut une autre force pour la suppléer et pour opposer une réaction permanente à l'égoïsme individuel. Ce nouveau principe, cette force, c'est l'amour de l'intérêt professionnel et de l'intérêt public, c'est-à-dire de la fin même de la profession et de la société. Imaginez une société où, dans l'âme de chacun, avec l'amour inné du bien individuel et du bien familial, régnerait l'amour du bien professionnel et du bien public, où, dans la conscience d'un chacun, ces amours se subordonneraient de telle façon que le bien supérieur primât toujours le bien inférieur ; cette société-là ne pourrait-elle pas à peu près se passer d'autorité et n'offrirait-elle pas l'idéal de la dignité humaine, chaque citoyen ayant une âme de roi, chaque ouvrier une âme de patron ? Arraché à l'étroitesse de ses intérêts privés et élevé jusqu'aux intérêts de sa profession et, plus haut, jusqu'à ceux de la nation entière et, plus haut encore, jusqu'à ceux de l'humanité (car l'horizon du Sillon ne s'arrête pas aux frontières de la patrie, il s'étend à tous les hommes jusqu'aux confins du monde), le coeur humain, élargi par l'amour du bien commun, embrasserait tous les camarades de la même profession, tous les compatriotes, tous les hommes. Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité.
 

Or, ces trois éléments, politique, économique, et moral, sont subordonnés l'un à l'autre, et c'est l'élément moral, nous l'avons dit, qui est le principal. En effet, nulle démocratie politique n'est viable si elle n'a des points d'attache profonds dans la démocratie économique. À leur tour, ni l'une ni l'autre ne sont possibles si elles ne s'enracinent pas dans un état d'esprit où la conscience se trouve investie de responsabilités et d'énergies morales proportionnées. Mais supposez cet état d'esprit, ainsi fait de responsabilité consciente et de forces morales, la démocratie économique s'en dégagera naturellement par traduction en actes de cette conscience et de ces énergies ; et de même, et par la même voie, du régime corporatif sortira la démocratie politique ; et la démocratie politique et économique, celle-ci portant l'autre, se trouveront fixées dans la conscience même du peuple sur des assises inébranlables.
 

Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve du Sillon, et c'est à cela que tend son enseignement et ce qu'il appelle l'éducation démocratique du peuple, c'est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d'où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l'égalité et de la fraternité.
 

Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire que le Sillon oppose doctrine à doctrine, qu'il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et qu'il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine. Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.
 

Le Sillon place primordialement l'autorité publique dans le peuple, de qui elle dérive ensuite aux gouvernants, de telle façon cependant qu'elle continue à résider en lui. Or, Léon XIII a formellement condamné cette doctrine dans son Encyclique Diuturnum Illud du Principat politique, où il dit : " Des modernes en grand nombre, marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier, se donnèrent le nom de philosophes, déclarent que toute puissance vient du peuple ; qu'en conséquence ceux qui exercent le pouvoir dans la société ne l'exercent pas comme une autorité propre, mais comme une autorité à eux déléguée par te peuple et sous la condition qu'elle puisse être révoquée par la volonté du peuple de qui ils la tiennent. Tout au contraire est le sentiment des catholiques, qui font dériver le droit de commander de Dieu, comme de son principe naturel et nécessaire. " Sans doute le Sillon fait descendre de Dieu cette autorité qu'il place d'abord dans le peuple, mais de telle sorte qu' " elle remonte d'en bas pour aller en haut, tandis que, dans l'organisation de l'Église, le pouvoir descend d'en haut pour aller en bas " (1). Mais, outre qu'il est anormal que la délégation monte, puisqu'il est de sa nature de descendre, Léon XIII a réfuté par avance cette tentative de conciliation de la doctrine catholique avec l'erreur du philosophisme. Car il poursuit : " Il importe de le remarquer ici : ceux qui président au gouvernement de la chose publique peuvent bien, en certains cas, être élus par la volonté et le jugement de la multitude, sans répugnance ni opposition avec la doctrine catholique. Mais si ce choix désigne le gouvernant, il ne lui confère pas l'autorité de gouverner, il ne délègue pas le pouvoir, il désigne la personne qui en sera investie. "
 

Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l'autorité ? Une ombre, un mythe ; il n'y a plus de loi proprement dite, il n'y a plus d'obéissance. Le Sillon l'a reconnu, puisqu'en effet il réclame, au nom de la dignité humaine, la triple émancipation politique, économique et intellectuelle, la cité future à laquelle il travaille n'aura plus de maîtres ni de serviteurs ; les citoyens y seront tous libres, tous camarades, tous rois. Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ; la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l'homme, l'obéissance une déchéance. Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine traditionnelle de l'Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ? Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n'a pas besoin d'une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ? Et si dans la société il se trouve des êtres pervers (et il y en aura toujours), l'autorité ne devra-t-elle pas être d'autant plus forte que l'égoïsme des méchants sera plus menaçant ? Ensuite, peut-on dire avec une ombre de raison qu'il y a incompatibilité entre l'autorité et la liberté, à moins de se tromper lourdement sur le concept de la liberté ? Peut-on enseigner que l'obéissance est contraire à la dignité humaine et que l'idéal serait de la remplacer par " l'autorité consentie " ? Est-ce que l'apôtre Saint Paul n'avait pas en vue la société humaine à toutes ses étapes possibles, quand il prescrivait aux fidèles d'être soumis à toute autorité ? Est-ce que l'obéissance aux hommes en tant que représentants légitimes de Dieu, c'est-à-dire en fin de compte l'obéissance à Dieu abaisse l'homme et le ravale au-dessous de lui-même ? Est-ce que l'état religieux fondé sur l'obéissance serait contraire à l'idéal de la nature humaine ? Est-ce que les saints, qui ont été les plus obéissants des hommes, étaient des esclaves et des dégénérés ? Est-ce qu'enfin on peut imaginer un état social où Jésus-Christ revenu sur terre ne donnerait plus l'exemple de l'obéissance et ne dirait plus : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ?
 

Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l'autorité, la liberté et l'obéissance. Il n'en est pas autrement de la justice et de l'égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d'égalité, qui serait par là-même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d'injustice et subversif de tout ordre social. Ainsi la démocratie seule inaugurera le règne de la parfaite justice !
 

N'est-ce pas une injure faite aux autres formes de gouvernement, qu'on ravale de la sorte, au rang de gouvernement de pis aller impuissants ? Au reste, le Sillon se heurte encore sur ce point à l'enseignement de Léon XIII. Il aurait pu lire dans l'Encyclique déjà citée du Principat politique que " la justice sauvegardée, il n'est pas interdit aux peuples de se donner le gouvernement qui répond le mieux à leur caractère ou aux institutions et coutumes qu'ils ont reçues de leurs ancêtres " ; et l'Encyclique fait allusion à la triple forme de gouvernement bien connue. Elle suppose donc que la justice est compatible avec chacune d'elle. Et l'Encyclique sur la condition des ouvriers n'affirme-t-elle pas clairement la possibilité de restaurer la justice dans les organisations actuelles de la société, puisqu'elle en indique les moyens ? Or, sans aucun doute, Léon XIII entendait parler non pas d'une justice quelconque, mais de la justice parfaite. En enseignant donc que la justice est compatible avec les trois formes de gouvernement qu'on sait, il enseignait que, sous ce rapport, la Démocratie ne jouit pas d'un privilège spécial. Les sillonnistes, qui prétendent le contraire, ou bien refusent d'écouter l'Église, ou se forment de la justice et de l'égalité un concept qui n'est pas catholique.
 

Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l'amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d'humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles. Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n'est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu'elles soient, ni dans l'indifférence théorique ou pratique pour l'erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel. Cette même doctrine catholique nous enseigne aussi que la source de l'amour du prochain se trouve dans l'amour de Dieu, père commun et fin commune de toute la famille humaine, et dans l'amour de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres au point que soulager un malheureux, c'est faire du bien à Jésus-Christ lui-même. Tout autre amour est illusion ou sentiment stérile et passager. Certes, l'expérience humaine est là, dans les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu'à certaines heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort peu devant les passions et les convoitises du coeur. Non, Vénérables Frères, il n'y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d'être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation. Car si l'on veut arriver, et Nous le désirons de toute Notre âme, à la plus grande somme de bien être possible pour la société et pour chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme on dit encore, par la solidarité universelle, il faut l'union des esprits dans la vérité, l'union des volontés dans la morale, l'union des coeurs dans l'amour de Dieu et de son Fils, Jésus-Christ. Or, cette union n'est réalisable que par la charité catholique, laquelle seule, par conséquent, peut conduire les peuples dans la marche du progrès, vers l'idéal de la civilisation.
 

Enfin, à la base de toutes les falsifications des notions sociales fondamentales, le Sillon place une fausse idée de la dignité humaine. D'après lui, l'homme ne sera vraiment homme, digne de ce nom, que du jour où il aura acquis une conscience éclairée, forte, indépendante, autonome, pouvant se passer de maître, ne s'obéissant qu'à elle-même et capable d'assumer et de porter sans forfaire les plus graves responsabilités. Voilà de ces grands mots avec lesquels on exalte le sentiment de l'orgueil humain ; tel un rêve qui entraîne l'homme, sans lumière, sans guide et sans secours, dans la voie de l'illusion, où, en attendant le grand jour de la pleine conscience, il sera dévoré par l'erreur et les passions. Et ce grand jour, quand viendra-t-il ? À moins de changer la nature humaine (ce qui n'est pas au pouvoir du Sillon), viendra-t-il jamais ? Est-ce que les saints, qui ont porté la dignité humaine à son apogée, avaient cette dignité-là ? Et les humbles de la terre, qui ne peuvent monter si haut et qui se contentent de tracer modestement leur sillon, au rang que la Providence leur a assigné, en remplissant énergiquement leurs devoirs dans l'humilité, l'obéissance et la patience chrétiennes, ne seraient-ils pas dignes du nom d'hommes, eux que le Seigneur tirera un jour de leur condition obscure pour les placer au ciel parmi les princes de son peuple ?
 

Nous arrêterons là nos réflexions sur les erreurs du Sillon, Nous ne prétendons pas épuiser le sujet, car il y aurait encore à attirer votre attention sur d'autres points également faux et dangereux, par exemple, sur la manière de comprendre le pouvoir coercitif de l'Église. Il importe maintenant de voir l'influence de ces erreurs sur la conduite pratique du Sillon et sur son action sociale.
 

Les doctrines du Sillon ne restent pas dans le domaine de l'abstraction philosophique. Elles sont enseignées à la jeunesse catholique, et, bien plus, on s'essaye à les vivre. Le Sillon se regarde comme le noyau de la cité future ; il la reflète donc aussi fidèlement que possible. En effet, il n'y a pas de hiérarchie dans le Sillon. L'élite qui le dirige s'est dégagée de la masse par sélection, c'est-à-dire en s'imposant par son autorité morale et par ses vertus. On y entre librement, comme librement on en sort. Les études s'y font sans maître, tout au plus avec un conseiller. Les cercles d'études sont de véritables coopératives intellectuelles, où chacun est tout ensemble maître et élève. La camaraderie la plus absolue règne entre les membres et met en contact total leurs âmes : de là, l'âme commune du Sillon. On l'a définie " une amitié ". Le prêtre lui-même quand il y entre, abaisse l'éminente dignité de son sacerdoce et, par le plus étrange renversement des rôles, se fait élève, se met au niveau de ses jeunes amis et n'est plus qu'un camarade.
 

Dans ces habitudes démocratiques et les théories sur la cité idéale qui les inspirent, vous reconnaîtrez, Vénérables Frères, la cause secrète des manquements disciplinaires que vous avez dû si souvent reprocher au Sillon. Il n'est pas étonnant que vous ne trouviez pas chez les chefs et chez leurs camarades ainsi formés, fussent-ils séminaristes ou prêtres, le respect, la docilité et l'obéissance qui sont dus à vos personnes et à votre autorité ; que vous sentiez de leur part une sourde opposition et que vous ayez le regret de les voir se soustraire totalement, ou, quand ils y sont forcés par l'obéissance, se livrer avec dégoût à des oeuvres non sillonnistes. Vous êtes le passé, eux sont les pionniers de la civilisation future. Vous représentez la hiérarchie, les inégalités sociales, l'autorité et l'obéissance: institutions vieillies, auxquelles leurs âmes, éprises d'un autre idéal, ne peuvent plus se plier. Nous avons sur cet état d'esprit le témoignage de faits douloureux, capables d'arracher des larmes, et Nous ne pouvons, malgré notre longanimité, Nous défendre d'un juste sentiment d'indignation. Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l'Église, leur mère ; on leur apprend que depuis dix-neuf siècles, elle n'a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ; qu'elle n'a pas compris les notions sociales de l'autorité, de la liberté, de l'égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ; que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n'ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu'ils n'avaient pas l'idéal du Sillon !
 

Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.
 

Mais alors, que devons-nous penser de son action dans l'Église, lui dont le catholicisme est si pointilleux que d'un peu plus, à moins d'embrasser sa cause, on serait à ses yeux un ennemi intérieur du catholicisme et l'on ne comprendrait rien à l'Évangile et à Jésus-Christ ? Nous croyons bon d'insister sur cette question parce que c'est précisément son ardeur catholique qui a valu au Sillon, jusque dans ces derniers temps, de précieux encouragements et d'illustres suffrages. Eh bien ! devant les paroles et les faits, Nous sommes obligé de dire que, dans son action comme dans sa doctrine, le Sillon ne donne pas satisfaction à l'Église.
 

D'abord, son catholicisme ne s'accommode que de la forme du gouvernement démocratique, qu'il estime être la plus favorable à l'Église, et se confondre pour ainsi dire avec elle ; il inféode donc sa religion à un parti politique. Nous n'avons pas à démontrer que l'avènement de la démocratie universelle n'importe pas à l'action de l'Église dans le monde ; Nous avons déjà rappelé que l'Église a toujours laissé aux nations le souci de se donner le gouvernement qu'elles estiment le plus avantageux pour leurs intérêts. Ce que Nous voulons affirmer encore une fois après Notre prédécesseur, c'est qu'il y a erreur et danger à inféoder, par principe, le catholicisme à une forme de gouvernement ; erreur et danger qui sont d'autant plus grands lorsqu'on synthétise la religion avec un genre de démocratie dont les doctrines sont erronées. Or c'est le cas du Sillon, lequel, par le fait, et pour une forme politique spéciale, en compromettant l'Église, divise les catholiques, arrache la jeunesse et même des prêtres et des séminaristes à l'action simplement catholique, et dépense en pure perte les forces vives d'une partie de la nation.
 

Et voyez, Vénérables Frères, une étonnante contradiction. C'est précisément parce que la religion doit dominer tous les partis, c'est en invoquant ce principe que le Sillon s'abstient de défendre l'Église attaquée. Certes, ce n'est pas l'Église qui est descendue dans l'arène politique : on l'y a entraînée et pour la mutiler et pour la dépouiller. Le devoir de tout catholique n'est-il donc pas d'user des armes politiques qu'il tient en main pour la défendre, et aussi pour forcer la politique à rester dans son domaine et à ne s'occuper de l'Église que pour lui rendre ce qui lui est dû ? Eh bien ! en face de l'Église ainsi violentée, on a souvent la douleur de voir les sillonnistes se croiser les bras, si ce n'est qu'à la défendre ils trouvent leur compte ; on les voit dicter ou soutenir un programme qui nulle part ni à aucun degré ne révèle le catholique. Ce qui n'empêche pas les hommes, en pleine lutte politique, sous le coup d'une provocation, d'afficher publiquement leur foi. Qu'est-ce à dire, sinon qu'il y a deux hommes dans le sillonniste : l'individu qui est catholique ; le sillonniste, l'homme d'action, qui est neutre.
 

Il fut un temps où le Sillon, comme tel était formellement catholique. En fait de force morale, il n'en connaissait qu'une, la force catholique, et il allait proclamant que la démocratie serait catholique ou qu'elle ne serait pas. Un moment vint où il se ravisa. Il laissa à chacun sa religion ou sa philosophie. Il cessa lui-même de se qualifier de " catholique " et, à la formule " La démocratie sera catholique ", il substitua cette autre " La démocratie ne sera pas anticatholique ", pas plus d'ailleurs qu'anti-juive ou antibouddhiste. Ce fut l'époque du plus grand Sillon. On appela à la construction de la cité future tous les ouvriers de toutes les religions et de toutes les sectes. On ne leur demanda que d'embrasser le même idéal social, de respecter toutes les croyances et d'apporter un certain appoint de forces morales. Certes, proclamait-on, " les chefs du Sillon mettent leur foi religieuse au-dessus de tout. Mais peuvent-ils ôter aux autres le droit de puiser leur énergie morale là où ils peuvent ? En revanche, ils veulent que les autres respectent leur droit, à eux de la puiser dans la foi catholique. Ils demandent donc à tous ceux qui veulent transformer la société présente dans le sens de la démocratie de ne pas se repousser mutuellement à cause des convictions philosophiques ou religieuses qui peuvent les séparer, mais de marcher la main dans la main, non pas en renonçant à leurs convictions, mais en essayant de faire sur le terrain des réalités pratiques la preuve de l'excellence de leurs convictions personnelles. Peut-être sur ce terrain de l'émulation entre âmes attachées à différentes convictions religieuses ou philosophiques l'union pourra se réaliser. " (2) Et l'on déclara en même temps (comment cela pouvait-il s'accomplir?) que le petit Sillon catholique serait l'âme du grand Sillon cosmo polite.
 

Récemment, le nom du plus grand Sillon a disparu, et une nouvelle organisation est intervenue, sans modifier, bien au contraire, l'esprit et le fond des choses : " pour mettre de l'ordre dans le travail et organiser les diverses formes d'activité. Le Sillon reste toujours une âme, un esprit, qui se mêlera aux groupes et inspirera leur activité ". Et tous les groupements nouveaux, devenus en apparence autonomes : catholiques, protestants, libres-penseurs, sont priés de se mettre à l'oeuvre. " Les camarades catholiques travailleront entre eux dans une organisation spéciale à s'instruire et à s'éduquer. Les démocrates protestants et libres-penseurs en feront autant de leur côté. Tous, catholiques, protestants et libres-penseurs, auront à coeur d'armer la jeunesse non pas pour une lutte fratricide, mais pour une généreuse émulation sur le terrain des vertus sociales et civiques. " (3) Ces déclarations et cette nouvelle organisation de l'action sillonniste appellent de bien graves réflexions.
 

Voici, fondée par des catholiques, une association interconfessionnelle, pour travailler à la réforme de la civilisation, oeuvre religieuse au premier chef, car pas de vraie civilisation sans civilisation morale, et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion : c'est une vérité démontrée, c'est un fait d'histoire. Et les nouveaux sillonnistes ne pourront pas prétexter qu'ils ne travailleront que " sur le terrain des réalités pratiques " où la diversité des croyances n'importe pas. Leur chef sent si bien cette influence des convictions de l'esprit sur le résultat de l'action qu'il les invite, à quelque religion qu'ils appartiennent, à " faire sur le terrain des réalités pratiques la preuve de l'excellence de leurs convictions personnelles ". Et avec raison car les réalisations pratiques revêtent le caractère des convictions religieuses, comme les membres d'un corps jusqu'à leurs dernières extrémités reçoivent leur forme du principe vital qui l'anime.
 

Ceci dit, que faut-il penser de la promiscuité où se trouveront engagés les jeunes catholiques avec des hétérodoxes et des incroyants de toute sorte dans une oeuvre de cette nature ? N'est-elle pas mille fois plus dangereuse pour eux qu'une association neutre ? Que faut-il penser de cet appel à tous les hétérodoxes et à tous les incroyants à prouver de leurs convictions sur le terrain social, dans une espèce de concours apologétique, comme si ce concours ne durait pas depuis dix-neuf siècles, dans des conditions moins dangereuses pour la foi des fidèles et tout en l'honneur de l'Église catholique ? Que faut-il penser de ce respect de toutes les erreurs et de l'invitation étrange, faite par un catholique à tous les dissidents, de fortifier leurs convictions par l'étude et d'en faire des sources toujours plus abondantes de forces nouvelles ? Que faut-il penser d'une association où toutes les religions et même la libre-pensée peuvent se manifester hautement à leur aise ? Car les sillonnistes qui, dans les conférences publiques et ailleurs, proclament fièrement leur foi individuelle, n'entendent certainement pas fermer la bouche aux autres et empêcher le protestant d'affirmer son protestantisme et le sceptique son scepticisme. Que penser, enfin, d'un catholique qui, en entrant dans son cercle d'études, laisse son catholicisme à la porte, pour ne pas effrayer les camarades qui, " rêvant d'une action sociale désintéressée, répugnent de la faire servir au triomphe d'intérêts, de coteries ou même de convictions quelles qu'elles soient " ? Telle est la profession de foi du nouveau Comité démocratique d'action sociale, qui a hérité de la plus grande tâche de l'ancienne organisation, et qui, dit-il, " en brisant l'équivoque entretenue autour du plus grand Sillon, tant dans les milieux réactionnaires que dans les milieux anticléricaux ", est ouvert à tous les hommes " respectueux des forces morales et religieuses et convaincus qu'aucune émancipation sociale véritable n'est possible sans le ferment d'un généreux idéalisme ".
 

Oui, hélas ! l'équivoque est brisée ; l'action sociale du Sillon n'est plus catholique ; le sillonniste, comme tel, ne travaille pas pour une coterie, et " l'Église, il le dit, ne saurait à aucun titre être bénéficiaire des sympathies que son action pourra susciter ". Étrange insinuation, vraiment ! On craint que l'Église ne profite de l'action sociale du Sillon dans un but égoïste et intéressé, comme si tout ce qui profite à l'Église ne profitait pas à l'humanité ! Étrange renversement des idées : c'est l'Église qui serait la bénéficiaire de l'action sociale, comme si les plus grands économistes n'avaient pas reconnu et démontré que c'est l'action sociale, qui, pour être sérieuse et féconde, doit bénéficier de l'Église.
 

Mais, plus étranges encore, effrayantes et attristantes à la fois, sont l'audace et la légèreté d'esprit d'hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société dans de pareilles conditions et d'établir sur terre, par-dessus l'Église catholique " le règne de la justice et de l'amour ", avec des ouvriers venus de toute part, de toutes religions ou sans religion, avec ou sans croyances, pourvu qu'ils oublient ce qui les divise : leurs convictions religieuses et philosophiques, et qu'ils mettent en commun ce qui les unit : un généreux idéalisme et des forces morales prises " où ils peuvent ". Quand on songe à tout ce qu'il a fallu de forces, de science, de vertus surnaturelles pour établir la cité chrétienne, et les souffrances de millions de martyrs, et les lumières des Pères et des Docteurs de l'Église, et le dévouement de tous les héros de la charité, et une puissante hiérarchie née du ciel, et des fleuves de grâce divine, et le tout édifié, relié, compénétré par la Vie de Jésus-Christ, la Sagesse de Dieu, le Verbe fait homme ; quand on songe, disons-Nous, à tout cela, on est effrayé de voir de nouveaux apôtres s'acharner à faire mieux avec la mise en commun d'un vague idéalisme et de vertus civiques. Que vont-ils produire ? Qu'est-ce qui va sortir de cette collaboration ? Une construction purement verbale et chimérique, où l'on verra miroiter pêle-mêle et dans une confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d'amour, d'égalité et d'exaltation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal comprise. Ce sera une agitation tumultueuse, stérile pour le but proposé et qui profitera aux remueurs de masses moins utopistes. Oui, vraiment, on peut dire que le Sillon convoie le socialisme, l'oeil fixé sur une chimère.
 

Nous craignons qu'il n'y ait encore pire. Le résultat de cette promiscuité en travail, le bénéficiaire de cette action sociale cosmopolite ne peut être qu'une démocratie qui ne sera ni catholique, ni protestante, ni juive ; une religion (car le sillonnisme, les chefs l'ont dit, est une religion) plus universelle que l'Église catholique, réunissant tous les hommes devenus enfin frères et camarades dans " le règne de Dieu ".- " On ne travaille pas pour l'Église, on travaille pour l'humanité ".
 

Et maintenant, pénétré de la plus vive tristesse, Nous Nous demandons, vénérables Frères, ce qu'est devenu le catholicisme du Sillon. Hélas, lui qui donnait autrefois de si belles espérances, ce fleuve limpide et impétueux a été capté dans sa marche par les ennemis modernes de l'Église et ne forme plus dorénavant qu'un misérable affluent du grand mouvement d'apostasie organisé, dans tous les pays, pour l'établissement d'une Église universelle qui n'aura ni dogmes, ni monarchie, ni règle pour l'esprit, ni frein pour les passions et qui, sous prétexte de liberté et de dignité humaine, ramènerait dans le monde, si elle pouvait triompher, le règne légal de la ruse et de la force, et l'oppression des faibles, de ceux qui souffrent et qui travaillent.
 

Nous ne connaissons que trop les sombres officines où l'on élabore ces doctrines délétères qui ne devraient pas séduire des esprits clairvoyants. Les chefs du Sillon n'ont pu s'en défendre : l'exaltation de leurs sentiments, l'aveugle bonté de leur coeur, leur mysticisme philosophique, mêlé d'une part d'illuminisme, les ont entraînés vers un nouvel Évangile, dans lequel ils ont cru voir le véritable Évangile du Sauveur, au point qu'ils osent traiter Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une familiarité souverainement irrespectueuse et que, leur idéal étant apparenté à celui de la Révolution, ils ne craignent pas de faire entre l'Évangile et la Révolution des rapprochements blasphématoires qui n'ont pas l'excuse d'avoir échappé à quelque improvisation tumultueuse.
 

Nous voulons attirer votre attention, Vénérables Frères, sur cette déformation de l'Évangile et du caractère sacré de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu et Homme, pratiquée dans le " Sillon " et ailleurs. Dès que l'on aborde la question sociale, il est de mode, dans certains milieux, d'écarter d'abord la divinité de Jésus-Christ, et puis de ne parler que de sa souveraine mansuétude, de sa compassion pour toutes les misères humaines, de ses pressantes exhortations à l'amour du prochain et à la fraternité. Certes, Jésus nous a aimés d'un amour immense, infini, et il est venu sur terre souffrir et mourir pour que, réunis autour de lui dans la justice et l'amour, animés des mêmes sentiments de charité mutuelle, tous les hommes vivent dans la paix et le bonheur. Mais, à la réalisation de ce bonheur temporel et éternel, il a mis, avec une souveraine autorité, la condition que l'on fasse partie de son troupeau, que l'on accepte sa doctrine, que l'on pratique la vertu et qu'on se laisse enseigner et guider par Pierre et ses successeurs. Puis, si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il n'a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu'elles parussent ; il les a tous aimés pour les instruire, les convertir et les sauver. S'il a appelé à lui pour les soulager, ceux qui peinent et qui souffrent, ce n'a pas été pour leur prêcher la jalousie d'une égalité chimérique. S'il a relevé les humbles, ce n'a pas été pour leur inspirer le sentiment d'une dignité indépendante et rebelle à l'obéissance. Si son coeur débordait de mansuétude pour les âmes de bonne volonté, il a su également s'armer d'une sainte indignation contre les profanateurs de la maison de Dieu, contre les misérables qui scandalisent les petits, contre les autorités qui accablent le peuple sous le poids de lourds fardeaux sans y mettre le doigt pour les soulever. Il a été aussi fort que doux ; il a grondé, menacé, châtié, sachant et nous enseignant que souvent la crainte est le commencement de la sagesse et qu'il convient parfois de couper un membre pour sauver le corps. Enfin, il n'a pas annoncé pour la société future le règne d'une félicité idéale, d'où la souffrance serait bannie ; mais, par ses leçons et par ses exemples, il a tracé le chemin du bonheur possible sur terre et du bonheur parfait au ciel : la voie royale de la croix. Ce sont là des enseignements qu'on aurait tort d'appliquer seulement à la vie individuelle en vue du salut éternel ; ce sont des enseignements éminemment sociaux, et ils nous montrent en Notre-Seigneur Jésus-Christ autre chose qu'un humanitarisme sans consistance et sans autorité.
 

Pour vous, Vénérables Frères continuez activement l'oeuvre du Sauveur des hommes par l'imitation de sa douceur et sa force. Inclinez-vous vers toutes les misères ; qu'aucune douleur n'échappe à votre sollicitude pastorale ; qu'aucune plainte ne vous trouve indifférents. Mais aussi, prêchez hardiment leurs devoirs aux grands et aux petits ; il vous appartient de former la conscience du peuple et des pouvoirs publics. La question sociale sera bien près d'être résolue lorsque les uns et les autres, moins exigeants sur leurs droits mutuels, rempliront plus exactement leurs devoirs.
 

De plus, comme dans le conflit des intérêts, et surtout dans la lutte avec des forces malhonnêtes, la vertu d'un homme, sa sainteté même ne suffit pas toujours à lui assurer le pain quotidien, et que les rouages sociaux devraient être organisés de telle façon que, par leur jeu naturel, ils paralysent les efforts des méchants et rendent abordable à toute bonne volonté sa part légitime de félicité temporelle, Nous désirons vivement que vous preniez une part active à l'organisation de la société dans ce but. Et à cette fin, pendant que vos prêtres se livreront avec ardeur au travail de la sanctification des âmes, de la défense de l'Église, et aux oeuvres de charité proprement dites, vous en choisirez quelques-uns, actifs et d'esprit pondéré, munis des grades de docteur en philosophie et en théologie et possédant parfaitement l'histoire de la civilisation antique et moderne, et vous les appliquerez aux études moins élevées et plus pratiques de la science sociale, pour les mettre, en temps opportun, à la tête de vos oeuvres d'action catholique. Toutefois, que ces prêtres ne se laissent pas égarer, dans le dédale des opinions contemporaines, par le mirage d'une fausse démocratie ; qu'ils n'empruntent pas à la rhétorique des pires ennemis de l'Église et du peuple un langage emphatique plein de promesses aussi sonores qu'irréalisables. Qu'ils soient persuadés que la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d'hier ; que, de tous temps, l'Église et l'État, heureusement concertés, ont suscité dans ce but des organisations fécondes ; que l'Église, qui n'a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n'a pas à se dégager du passé et qu'il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l'évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes.
 

Cette oeuvre éminemment digne de votre zèle pastoral, Nous désirons que, loin d'y faire obstacle, la jeunesse du " Sillon ", dégagée de ses erreurs, y apporte dans l'ordre et la soumission convenables un concours loyal et efficace.
 

Nous tournant donc vers les chefs du " Sillon ", avec la confiance d'un Père qui parle à ses enfants, Nous leur demandons pour leur bien, pour le bien de l'Église et de la France, de vous céder leur place. Nous mesurons, certes, l'étendue du sacrifice que Nous sollicitons d'eux, mais Nous les savons assez généreux pour l'accomplir, et, d'avance, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous sommes l'indigne représentant, Nous les en bénissons. Quant aux membres du " Sillon ", Nous voulons qu'ils se rangent par diocèses pour travailler, sous la direction de leurs évêques respectifs, à la régénération chrétienne et catholique du peuple, en même temps qu'à l'amélioration de son sort. Ces groupes diocésains seront, pour le moment, indépendants les uns des autres : et afin de bien marquer qu'ils ont brisé avec les erreurs du passé, ils prendront le nom de " Sillons Catholiques ", et chacun de leurs membres ajoutera à son titre de " sillonniste ", le même qualificatif de " catholique ". Il va sans dire que tout sillonniste catholique restera libre de garder par ailleurs ses préférences politiques, épurées de tout ce qui ne serait pas entièrement conforme, en cette matière, à la doctrine de l'Église. Que si, Vénérables Frères, des groupes refusaient de se soumettre à ces conditions, vous devriez les considérer comme refusant par le fait de se soumettre à votre direction ; et, alors, il y aurait à examiner s'ils se confinent dans la politique ou l'économie pure, ou s'ils persévèrent dans leurs anciens errements. Dans le premier cas, il est clair que vous n'auriez pas plus à vous en occuper que du commun des fidèles ; dans le second, vous devriez agir en conséquence, avec prudence, mais avec fermeté. Les prêtres auront à se tenir totalement en dehors des groupes dissidents et se contenteront de prêter le secours du saint ministère individuellement à leurs membres, en leur appliquant au tribunal de la Pénitence les règles communes de la morale relativement à la doctrine et à la conduite. Quant aux groupes catholiques, les prêtres et les séminaristes s'abstiendront de s'y agréger comme membres, car il convient que la milice sacerdotale reste au-dessus des associations laïques, même les plus utiles et animées du meilleur esprit.
 

Telles sont les mesures pratiques par lesquelles Nous avons cru nécessaire de sanctionner cette Lettre sur le " Sillon " et les sillonnistes. Que le Seigneur veuille bien, nous l'en prions du fond de l'âme, faire comprendre à ces hommes et à ces jeunes gens les graves raisons qui l'ont dictée, qu'il leur donne la docilité du coeur, avec le courage de prouver, en face de l'Église, la sincérité de leur ferveur catholique ; et à vous, Vénérables Frères, qu'il vous inspire pour eux, puisqu'ils sont désormais vôtres, les sentiments d'une affection toute paternelle.
 

C'est dans cet espoir, et pour obtenir ces résultats si désirables, que Nous vous accordons de tout coeur, ainsi qu'à votre clergé et à votre peuple, la Bénédiction apostolique.
 
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 août 1910, la huitième de Notre Pontificat.
PIE X, PAPE
 
NOTES
(1) Marc Sangnier, Discours de Rouen, 1907.
(2) Marc Sangnier, Discours de Rouen, 1907.
(3) Marc Sangnier, Paris, mai 1910.
 

Lire la suite

II ème dimanche après l’Epiphanie

14 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

II ème dimanche après l’Epiphanie

Introït

Que la terre vous adore, ô Dieu, et chante en votre honneur, qu’elle dise un hymne à votre nom, ô Très-Haut. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel qui régissez tout à la foi le ciel et la terre : écoutez avec clémence les prières de votre peuple, et accordez votre paix à nos temps.

Épitre Rm. 12, 6-16

Mes Frères : nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée : soit de prophétie, selon la mesure de notre foi, soit de ministère, pour nous exercer dans le ministère ; celui-ci a reçu le don d’enseigner : qu’il enseigne ; celui-là, le don d’exhorter : qu’il exhorte ; un autre distribue : qu’il s’en acquitte avec simplicité ; un autre préside : qu’il le fasse avec zèle ; un autre exerce les œuvres de miséricorde : qu’il s’y livre avec joie. Que votre charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Quant à l’amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres, vous prévenant d’honneur les uns les autres ; pour ce qui est du zèle, ne soyez pas nonchalants. Soyez fervents d’esprit ; c’est le Seigneur que vous servez. Soyez pleins de la joie que donne l’espérance, patients dans l’affliction, assidus à la prière, prêts à subvenir aux nécessités des saints, empressés à donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent : bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent. Ayez les mêmes sentiments entre vous ; n’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.

Évangile Jn. 2, 1-11

En ce temps là : il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : "Ils n’ont plus de vin." Jésus lui répondit : "Femme, qu’est-ce que cela pour moi et pour vous ? Mon heure n’est pas encore venue." Sa mère dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu’il vous dira." Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : "Remplissez d’eau ces urnes." Et ils les remplirent jusqu’au haut. Et il leur dit : "Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin ; et ils en portèrent. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux et lui dit : "Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment." Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Postcommunion

Qu’elle ait en nous plus d’influence, nous vous en supplions, Seigneur, l’action de votre vertu puissante ; afin que nourris de vos divins sacrements, nous soyons disposés par votre grâce à en recueillir les fruits promis.

Office

Au premier nocturne.

Commencement de la seconde Épître de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens.

Première leçon. Cap. 1, 1-5 Paul, apôtre du Christ Jésus de par la volonté de Dieu, et Timothée, notre frère, à l’Église de Dieu établie à Corinthe, ainsi qu’à tous les saints qui se trouvent dans l’Achaïe entière ; à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur, le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort, qui nous réconforte dans toutes nos épreuves afin que, réconfortés par Dieu ; nous puissions nous-mêmes réconforter ceux qui subissent toutes sortes d’épreuves. De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre réconfort.

Deuxième leçon. Cap. 1, 6-7 Si nous sommes éprouvés, c’est pour votre réconfort et votre salut : si nous sommes réconfortés, c’est pour votre réconfort, qui vous permet de porter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons nous aussi. Et nous avons pour vous une ferme espérance : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre réconfort.

Troisième leçon. Cap. 1, 8-11 Car nous ne voulons pas, frères, vous le laisser ignorer : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablé à l’extrême, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. Vraiment nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-même mais en Dieu, qui ressuscite les morts. C’est lui qui d’une telle mort nous a délivré et nous délivrera ; oui, nous avons en lui cette espérance qu’il nous délivrera encore. Vous-mêmes nous aiderez par la prière ; et ainsi ce bienfait, qu’un grand nombre de personnes nous auront obtenu, sera pour un grand nombre motif d’action de grâces à notre sujet.

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Quatrième leçon. Lorsque j’écoute assidûment la lecture des Épîtres de saint Paul, – et cela souvent deux, trois et même quatre fois par semaine, chaque fois que nous célébrons les mémoires des saints martyrs –, j’exulte de joie, je jouis de cette trompette spirituelle, je suis transporté et enflammé de désir en reconnaissant cette voix qui m’est chère ; il me semble presque voir le saint présent et l’entendre parler ! Et pourtant je m’afflige et je supporte avec peine que tous ne connaissent pas ce grand homme comme il mérite de l’être ; bien plus, certains – et ils sont nombreux – l’ignorent au point de ne pas même savoir exactement le nombre de ses Épîtres. Or, cela provient non de leur incapacité, mais de ce qu’ils ne veulent pas avoir assidûment entre les mains les écrits de cet homme bienheureux.

Cinquième leçon. Nous-même, en effet, ce que nous en savons, – si tant est que nous en sachions quelque chose –, nous ne le devons pas à l’excellence ou à la pénétration de notre esprit, mais parce que nous éprouvons beaucoup d’affection pour ce grand homme, nous ne nous arrêtons jamais de le lire. En effet, ceux qui aiment, connaissent mieux que tous les autres les faits et gestes de ceux qu’ils aiment, parce qu’ils se préoccupent d’eux. Cela, le bienheureux nous le montre en quelque sorte lorsqu’il écrit aux Philippiens : « Il est juste que j’aie ces sentiments envers vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, aussi bien dans mes chaînes que dans la défense et l’affermissement de l’Évangile. »

Sixième leçon. C’est pourquoi, si vous aussi vous voulez vous appliquer diligemment à cette lecture, il ne vous faudra point chercher autre chose. Elle est vraie, en effet, la parole du Christ : « Cherchez, et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. ». Par ailleurs, un grand nombre de ceux qui sont rassemblés ici avec nous, chargés de l’éducation d’enfants, du soin d’une épouse, de l’entretien d’une famille, ne peuvent s’adonner tout entiers à ce travail. Mais excitez-vous à profiter au moins de ce que d’autres ont recueilli ; dépensez autant d’effort pour écouter ce qui est dit, que pour gagner de l’argent, car il est honteux de ne pas exiger de vous plus d’empressement mais il sera déjà souhaitable que vous en accordiez au moins autant !

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Invité, le Seigneur vient aux noces. En dehors même de toute signification mystique, il a voulu par là confirmer qu’il est lui-même l’auteur des noces. Il s’en trouvera plus tard pour interdire le mariage, – l’Apôtre les mentionne –, ils diront que les noces sont un mal, que le diable en est l’auteur. Tout au contraire, dans l’Évangile, le Seigneur, tandis qu’on l’interroge pour savoir s’il est permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif, affirme que c’est illicite, hormis le cas de fornication. Et dans sa réponse, si vous vous en souvenez, il dit ceci : « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point. »

Huitième leçon. Ceux qui sont bien instruits dans la foi catholique savent que Dieu est l’auteur des noces. Et comme l’union provient de Dieu, ainsi le divorce provient du diable. Mais s’il est permis de renvoyer sa femme en cas de fornication c’est parce que, la première, elle refuse d’être épouse, celle qui ne garde pas la foi conjugale envers son mari. Celles-là mêmes qui vouent à Dieu leur virginité tiennent sans doute dans l’Église un rang plus élevé d’honneur et de sainteté, elles ne sont pourtant pas sans noces, car elles participent aux noces avec l’Église entière et dans ces noces, l’Époux, c’est le Christ.

Neuvième leçon. Ainsi donc, invité, le Seigneur vient aux noces. C’est afin d’affermir la chasteté conjugale, mais c’est aussi pour manifester le mystère des noces. Car l’époux de ces noces figurait la personne du Seigneur. C’est à lui qu’il est dit : « Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Le Christ, en effet, a gardé jusqu’à maintenant le bon vin, c’est-à-dire son Évangile.

Le troisième Mystère de l’Épiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu’il nous manifeste une troisième fois la gloire de l’Emmanuel. L’Étoile a conduit l’âme à la foi, l’Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l’unit à son Dieu. Nous avons chanté l’Époux sortant radieux au-devant de l’Épouse ; nous l’avons entendu l’appeler des sommets du Liban ; maintenant qu’il l’a éclairée et purifiée, il veut l’enivrer du vin de son amour.

Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l’Incarnation du Verbe, il convient qu’elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu’il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu’alors la Gentilité n’avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n’avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l’homme et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu’avait chanté David.

Marie dit au Sauveur : « Ils n’ont point de vin. » C’est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu’il avait reçue d’elle. Marie a compris tout d’abord l’intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu’elle répète sans cesse à tous ses enfants : Faites ce qu’il vous dira.

Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l’enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l’instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d’eau ces vases ; mais l’eau ne convient pas pour le festin de l’Époux. Les figures, les prophéties de l’ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu’à l’ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiquer, n’avait contracté l’alliance avec le Verbe divin.

Mais lorsque l’Emmanuel est venu, il n’a qu’une parole à dire : « Puisez maintenant. » Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l’eau, il en a ménagé la transformation ; il l’a élevée jusqu’à lui, nous rendant participants de la nature divine ; il nous a rendus capables de contracter l’union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Église dont il est l’Époux, et qu’il aimait de toute éternité d’un si ardent amour, qu’il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.

O sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l’Apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde ». Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d’honneur. Jésus ordonne à ses ministres d’y verser l’eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n’avoir rien fait encore tant qu’il ne les a pas remplies jusqu’au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu’au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d’amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l’Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu’à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l’Apôtre, rendons-les semblables à cette Vierge pure qui est destinée à un Époux sans tache.

Saint Matthieu, Évangéliste de l’humanité du Sauveur, a reçu de l’Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l’Étoile ; saint Luc, Évangéliste du Sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère delà Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C’est pourquoi, suggérant à la sainte Église l’intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y MANIFESTA sa gloire. A Bethlehm, l’Or et l’Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l’Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l’Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l’artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : « car, dit saint Augustin, Celui qui transforma l’eau en vin dans les vases ne pouvait être que Celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne. » Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, « ses Disciples crurent en lui », et le collège apostolique commença à se former.

 

Lire la suite

Baptême du Seigneur

13 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Baptême du Seigneur

Collecte

O Dieu, dont le Fils Unique a paru dans la substance de notre chair ; faites qu’il vous plaît, que nous méritions d’être réformés intérieurement par celui que nous avons reconnu semblable à nous extérieurement.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Grégoire de Nazianze..

Quatrième leçon. Je ne puis contenir les élans de ma joie, mais j’ai le cœur ému et transporté : oublieux de ma propre faiblesse, je brûle d’envie de m’acquitter de la charge du grand Jean-Baptiste ; et quoique je ne sois pas le précurseur, je viens cependant du désert. Le Christ reçoit donc le sacrement de l’illumination ; ou plutôt c’est lui qui nous illumine de son éclat. Le Christ est baptisé ; descendons, nous aussi, avec lui, pour monter également avec lui.

Cinquième leçon. Jean baptise, et Jésus vient à lui. Le Christ sanctifie assurément celui qui le baptise ; mais son but est plutôt d’ensevelir le vieil Adam dans les eaux, et, avant tout, de sanctifier par son baptême les eaux du Jourdain, afin que, comme il était esprit et chair, de même ceux qui seraient baptisés dans la suite, fussent sanctifiés par la vertu de l’Esprit et par l’élément de l’eau. Jean refuse, Jésus insiste. « C’est moi qui dois être baptisé par vous, dit Jean ». Le flambeau parle au Soleil, la voix au Verbe.

Sixième leçon. Jésus sort de l’eau, tirant en quelque sorte à sa suite et élevant avec lui le monde, (jusqu’alors) plongé dans l’abîme. Il voit le ciel, non se déchirer, mais s’ouvrir. Le premier Adam l’avait autrefois fermé pour lui-même et pour nous, comme il s’était vu fermer aussi le Paradis terrestre, dont un glaive de feu défendit l’entrée. L’Esprit-Saint rend témoignage : les similitudes et les rapprochements se trouvent en parfaite harmonie : le témoignage vient du Ciel, car il est descendu du Ciel, celui auquel l’Esprit rend témoignage.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Avant que le Sauveur vînt pour recevoir le baptême de Jean dans te Jourdain, le Précurseur le connaissait, comme il le marque par ces paroles : « Vous venez à moi pour être baptisé ; c’est moi qui dois être baptisé par vous. » Vous voyez qu’il connaissait le Seigneur, qu’il connaissait le Fils de Dieu. Comment prouvons-nous qu’il savait déjà que Jésus baptiserait dans le Saint-Esprit ? Avant que le Christ vînt au fleuve, plusieurs accouraient auprès de Jean pour être baptisés, et il leur dit : « Pour moi, je vous baptise dans l’eau ; mais celui qui vient après moi est plus grand que moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure ; c’est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu. » Il savait déjà cela aussi.

Huitième leçon. Qu’est-ce que le précurseur a appris au moyen de la colombe ? Examinons-le, afin que, plus tard, il ne nous semble pas avoir été menteur, (ce que Dieu nous garde de penser). N’est-ce pas une certaine propriété devant exister dans le Christ, propriété en vertu de laquelle la sainteté du baptême, quoique beaucoup de ministres justes ou injustes dussent le conférer, serait attribuée à Jésus-Christ seul, sur qui est descendue la colombe et dont il a été dit à Jean : « C’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint » ? Que Pierre baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise. Car si la sainteté du baptême est en proportion des mérites de ceux qui le confèrent, il y aura diversité de baptêmes comme il y a diversité de mérites, et chacun croira avoir reçu un sacrement d’autant meilleur, que le ministre en semblera plus méritant.

Neuvième leçon. Les saints eux-mêmes, (comprenez bien ceci, mes frères,) les bons appartenant à la colombe, à cette cité qui est la vraie Jérusalem, ces bons qui font partie de l’Église, et dont l’Apôtre a dit : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui », ont reçu des grâces différentes : tous n’ont pas les même mérites. Les uns sont plus saints que les autres, les uns meilleurs que les autres. Comment donc, par exemple, si l’un est baptisé par un ministre juste et saint, l’autre par un ministre inférieur en mérite devant Dieu, inférieur en élévation, en sainteté de vie, comment tous deux cependant reçoivent-ils une même et pareille grâce, une grâce égale, sinon parce que c’est « Celui-là qui baptise » ?

 Le second Mystère de l’Épiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd’hui tout spécialement l’attention de l’Église. L’Emmanuel s’est manifesté aux Mages après s’être montré aux bergers ; mais cette manifestation s’est passée dans l’enceinte étroite d’une étable à Bethléem, et les hommes de ce monde ne l’ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d’éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s’empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Épiphanie ?

Elle a pour objet, comme la première, l’avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères. L’étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l’eau. « Celui qui a croira et qui sera baptisé sera sauvé » : il est donc temps qu’une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l’eau pour l’instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C’est pourquoi, à l’origine des choses, l’Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l’Église au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d’être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l’exception d’une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l’arche du salut, y rentra, ponant un rameau d’olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l’effusion de l’eau. Mais l’accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l’attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d’Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

Mais le contact des membres humains d’un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l’homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c’était au sein de cet élément sacré qu’il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

Jésus donc, âgé de trente ans, s’avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l’enlevait pas. Notre divin Roi s’avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d’enfanter, comme chante l’Église, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l’environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l’élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Échauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.

Mais, dans ce prélude d’une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s’ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l’Esprit d’amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s’arrête et se repose sur la tête de l’Emmanuel, planant à la fois sur l’humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.

Cependant le Dieu-Homme n’était pas manifesté encore avec assez d’éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu’avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l’orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge, un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui f ai mis toutes mes complaisances.

Ainsi fut manifestée la Sainteté de l’Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père, comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l’Etoile. Le mystère accompli, l’élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.

Elle est grande, cette fête de l’Épiphanie, dont l’objet est d’honorer de si hauts mystères ; et nous n’avons pas lieu de nous étonner que l’Église orientale ait fait de ce jour une des époques de l’administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l’Église des Gaules nous apprennent que cet usage s’observa aussi chez nos aïeux ; et plus d’une fois dans l’Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d’une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l’administration du Baptême. L’Église Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l’honneur d’être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l’usage se conserva et dure encore, en plusieurs lieux de l’Occident, de bénir l’eau avec une solennité toute particulière, au jour de l’Épiphanie.

L’Église d’Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l’ordinaire, dans l’Église ; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d’un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d’une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l’action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c’est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s’observe pareillement dans les Églises de l’Occident qui ont retenu l’usage de bénir l’eau à la Fête de l’Épiphanie.

Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.

Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Église, de nous avoir donné, après l’Etoile de la foi qui nous illumine, l’Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l’humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d’un homme mortel, afin d’accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu’il en portât l’humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l’Église de la terre et de l’Église du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.

Lire la suite
Publicité

VIIème jour dans l’Octave de l’Épiphanie

12 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

VIIème jour dans l’Octave de l’Épiphanie

Ayant déposé leurs offrandes aux pieds de l’Emmanuel, comme le signe de Vaillance qu’ils contractent avec lui au nom du genre humain, combles de ses plus chères bénédictions, les Mages prennent congé de ce divin Enfant ; car telle est sa volonté. Ils s’éloignent enfin de Bethléem ; mais désormais la terre entière leur paraît vide et déserte. Comme ils désireraient fixer leur séjour auprès du nouveau Roi, dans la compagnie de son ineffable Mère ! Mais le plan du salut du monde exige que tout ce qui sent l’éclat et la gloire humaine soit loin de Celui qui est venu chercher nos abaissements.

Il faut d’ailleurs qu’ils soient les premiers messagers de la parole évangélique ; qu’ils aillent annoncer dans la Gentilité que le Mystère du salut est commencé, que la terre possède son Sauveur, que le salut est à la porte. L’Étoile ne marche plus devant eux ; elle n’est plus nécessaire pour les conduire à Jésus ; ils le portent maintenant et à jamais dans leur cœur. Ces trois hommes prédestinés sont donc déposés au sein de la Gentilité, comme ce levain mystérieux de l’Évangile, qui, malgré son léger volume, procure la fermentation de la pâte tout entière. Dieu bénit à cause d’eux les nations de la terre ; à partir de ce jour, l’infidélité diminue, insensiblement la foi monte ; et quand le sang de l’Agneau aura été versé, quand le baptême aura été promulgué, les Mages, initiés aux derniers mystères, ne seront plus seulement hommes de désirs, mais chrétiens parfaits.

Une ancienne tradition chrétienne, que nous voyons déjà rappelée par l’auteur de l’Ouvrage imparfait sur saint Matthieu inséré dans toutes les éditions de saint Jean Chrysostome, et qui paraît avoir été écrit vers la fin du VIe siècle ; cette tradition, disons-nous, porte que les trois Mages furent baptisés par l’Apôtre saint Thomas, et qu’ils se livrèrent à la prédication de l’Évangile. Quand bien même cette tradition n’existerait pas, il est aisé de comprendre que la vocation de ces trois Princes ne devait pas se bornera visiter, eux premiers des Gentils, le Roi éternel manifesté sur la terre : une nouvelle mission, celle de l’apostolat, découlait tout naturellement de la première.

De nombreux détails sur la vie et les actions des Mages devenus chrétiens sont arrivés jusqu’à nous ; nous nous abstenons cependant de les relater ici, attendu qu’ils ne sont ni assez anciens, ni assez graves, pour que l’Église ait cru devoir en faire usage dans sa Liturgie. Il en est de même de leurs noms, Melchior, Gaspar, Balthasar : l’usage en est trop récent ; et s’il nous paraît téméraire de les attaquer directement, il nous semblerait aussi trop difficile d’en soutenir la responsabilité.

Quant aux corps de ces illustres et saints adorateurs du Seigneur nouveau-né, ils furent transportés de Perse à Constantinople sous les premiers Empereurs Chrétiens, et reposèrent longtemps dans l’Église de Sainte-Sophie. Plus tard, sous l’Évêque Eustorge, Milan les vit transférer dans ses murs ; et ils y restèrent jusqu’au XIIe siècle, où, avec le concours de Frédéric Barberousse, Reinold, archevêque de Cologne, les plaça dans l’Église cathédrale de cette auguste Métropole. C’est là qu’ils reposent encore aujourd’hui dans une magnifique châsse, le plus beau monument, peut-être, de l’orfèvrerie du moyen âge, sous les voûtes de cette sublime Cathédrale qui, par sa vaste étendue, la hardiesse et le caractère de son architecture, est l’un des premiers temples de la chrétienté.

Ainsi, nous vous avons suivis, ô Pères des nations, du fond de l’Orient jusqu’en Bethléhem ; et nous vous avons reconduits dans votre patrie, et amenés enfin au lieu sacré de votre repos, sous le ciel glacé de notre Occident. Un amour filial nous attachait à vos pas ; et d’ailleurs ne cherchions-nous pas nous-mêmes, sur vos traces, ce Roi de gloire auprès duquel vous aviez à nous représenter ? Bénie soit votre attente, bénie votre docilité à l’Etoile, bénie votre dévotion aux pieds du céleste Enfant, bénies vos pieuses offrandes qui nous donnent la mesure des nôtres ! O Prophètes ! qui avez véritablement prophétisé les caractères du Messie par le choix de vos dons ; ô Apôtres ! qui avez prêché, jusque dans Jérusalem, la Naissance du Christ sous les langes de son humilité, du Christ que les Disciples n’annoncèrent qu’après le triomphe de sa Résurrection ; ô fleurs de la Gentilité ! qui avez produit de si nombreux et de si précieux fruits ; car vous avez produit pour le Roi de gloire des nations entières, des peuples innombrables : veillez sur nous, protégez les Églises. Souvenez-vous de cet Orient du sein duquel vous êtes venus, comme la lumière ; bénissez l’Occident plongé encore dans de si épaisses ténèbres, au jour où vous partiez à la suite de l’Etoile, et devenu depuis l’objet de la prédilection du divin Soleil. Réchauffez-y la foi qui languit ; obtenez de la divine miséricorde que toujours, et de plus en plus, l’Occident envoie des messagers du salut, et au midi, et au nord, et jusque dans cet Orient infidèle, jusque sous les tentes de Sem, qui a méconnu la lumière que vos mains lui apportèrent. Priez pour l’Église de Cologne, cette illustre sœur de nos plus saintes Églises de l’Occident ; qu’elle garde la foi, qu’elle ne laisse point s’affaiblir la sainte liberté, qu’elle soit le boulevard de l’Allemagne catholique, toujours appuyée sur la protection de ses trois Rois, sur le patronage de la glorieuse Ursule et de sa légion virginale. Enfin, ô favoris du grand Roi Jésus, mettez-nous à ses pieds, offrez-nous à Marie ; et donnez-nous d’achever dans l’amour du céleste Enfant, les quarante jours consacrés à sa Naissance, et notre vie tout entière.

Lire la suite

Super Eph., cap. 3 l. 4

12 Janvier 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Eph., cap. 3 l. 4

Lectio 4

Super Eph., cap. 3 l. 4 Postquam egit apostolus de dignitate officii, quod pertinet ad suam conditionem, hic consequenter agit de his quae pertinent ad suam afflictionem, scilicet de passionibus suis. Circa quod duo facit. Primo exhortatur eos ne pro suis tribulationibus conturbentur sed habeant patientiam; secundo, quia ad hoc quod homo non conturbetur necessarium est divinum auxilium, praemittit orationem, ut impleant hoc per divinam gratiam, ibi huius rei gratia, et cetera. Dicit ergo primo: ex magnitudine officii mei et firmitate eius, quam habeo per fidem Christi, accidit quod tribulationes patior; nec me conturbant, nec a Christo avellere possunt. Rm. VIII, 35: quis nos separabit a charitate Christi? Tribulatio? etc.; quasi dicat: nihil. Propter quod induco vos et peto, ne deficiatis in tribulationibus meis, ne scilicet occasione tribulationum mearum deficiatis omnino a fide et ab operibus bonis. He. XII, 3: non fatigemini animis vestris deficientes. Dico autem quod vos non debetis deficere, quia sunt pro vobis, id est, pro utilitate vestra. II Cor. I, 6: sive tribulamur pro vestra exhortatione et salute, sive consolamur pro vestra consolatione, sive exhortamur pro vestra exhortatione et salute, quae operatur tolerantiam passionum earumdem, quas et nos patimur, ut spes nostra firma sit pro vobis, scientes quoniam sicut socii passionum estis, sic eritis et consolationum. Vel dicit pro vobis, id est pro vestra probatione. Sg. III, v. 6: tamquam aurum in fornace probavit electos Dominus, et cetera. Quae est gloria vestra, etc., scilicet si non deficiatis, sed stetis fortes in tribulationibus. Nam qui perseveraverit usque in finem, et cetera. Alio modo: quae est gloria vestra, id est tolerantia passionum nostrarum, est pro vobis ad gloriam, in hoc quod Deus exposuit apostolos suos et prophetas tribulationibus et passionibus propter salutem vestram. Os. VI, 5: propterea dolavi in prophetis, et occidi eos, et cetera. II Cor. I, 14: gloria vestra sumus, sicut vos nostra, et cetera. Consequenter cum dicit huius rei gratia, etc., implorat eis auxilium per orationem, ut per exhortationem suam proficiant. Et primo orationem praemittit; secundo quasi securus de exauditione, gratias agit, ibi ei autem qui potens est, et cetera. Item, prima in tres, quia primo proponit orationis obiectum; secundo orationis intentum, ibi ut det vobis secundum divitias, etc.; tertio orationis fructum, ibi ut possitis comprehendere, et cetera. Oratio autem redditur exaudibilis per humilitatem. Ps. CI, 18: respexit in orationem humilium, et cetera. Eccli. XXXV, 21: oratio humiliantis se, nubes penetrabit, et cetera. Et ideo statim orationem suam ab humilitate incipit, dicens huius rei gratia, scilicet ne deficiatis a fide, flecto genua mea ad Patrem, etc., quod est signum humilitatis propter duo. Primo quia qui genua flectit, quodam modo parvificat se, et subiicit se ei, cui genua flectit: unde per huiusmodi ostenditur recognitio propriae fragilitatis et parvitatis. Secundo quia in genu est fortitudo corporis. Quando ergo quis genua flectit, protestatur debilitatem suae virtutis. Et inde est, quod exteriora signa corporalia exhibentur Deo ad conversionem, et exercitium spirituale animae interioris. In oratione Manasses: flecto genua cordis mei, et cetera. Is. XLV, 23: mihi curvabitur omne genu, et cetera. Deinde describit orationis obiectum, quod est Deus, et describit eum ex duobus: primo ex affinitate, secundo ex auctoritate. Ex affinitate enim erigimur ad orandum cum fiducia. Et quantum ad hoc dicit ad Patrem Domini nostri Iesu Christi, scilicet cuius nos filii sumus. Jc. I, 17: omne datum optimum, et cetera. Is. LXIII, 16: tu enim, Domine, Pater noster, et cetera. Ex auctoritate autem confirmatur obtinendi quod petimus fiducia, quia ipse est ex quo omnis paternitas in caelo et in terra nominatur. Hic posset quaeri utrum in caelo sit paternitas. Posset dici breviter, quod in caelo, id est in Deo vel in divinis, est paternitas, quae est principium omnis paternitatis. Sed de hac non quaeritur ad praesens, quia cuilibet fideli nota est. Sed quaeritur utrum in caelis, id est utrum in Angelis sit aliqua paternitas. Ad hoc dico quod paternitas est tantum in viventibus et cognoscentibus. Est autem duplex vita. Una secundum actum, alia secundum potentiam. Vita quidem secundum potentiam, est habere opera vitae in potentia. Unde dormiens quantum ad actus exteriores, dicitur vivere in potentia. Vivere autem secundum actum est, quando exercet quis opera vitae in actu. Sic autem non solum qui dat potentiam vitae, pater est eius cui dat; sed qui dat actum vitae, ille etiam pater dici potest. Quicumque ergo inducit aliquem ad aliquem actum vitae, puta ad bene operandum, intelligendum, volendum, amandum, pater eius dici potest. I Cor. IV, 15: nam si decem millia paedagogorum habeatis in Christo, sed non multos patres, et cetera. Cum ergo inter Angelos unus alterum illuminet, perficiat et purget, et isti sint actus hierarchici, manifestum est quod unus Angelus est pater alterius, sicut magister est pater discipuli. Utrum autem paternitas, quae est in caelis et in terra, derivetur a paternitate, quae est in divinis, dubitatur. Et videtur quod non; quia nomina sic imponimus secundum quod res nominatas cognoscimus; quidquid autem cognoscimus, est per creaturas, ergo nomina imposita a nobis rebus ipsis, plus et prius conveniunt creaturis quam ipsi Deo. Respondeo et dico quod nomen alicuius rei nominatae a nobis dupliciter potest accipi, quia vel est expressivum, aut significativum conceptus intellectus, quia voces sunt notae, vel signa passionum, vel conceptuum qui sunt in anima, et sic nomen prius est in creaturis, quam in Deo. Aut inquantum est manifestativum quidditatis rei nominatae exterius, et sic est prius in Deo. Unde hoc nomen paternitas, secundum quod significat conceptionem intellectus nominantis rem, sic per prius invenitur in creaturis quam in Deo, quia per prius creatura innotescit nobis, quam Deus; secundum autem quod significat ipsam rem nominatam, sic per prius est in Deo quam in nobis, quia certe omnis virtus generativa in nobis est a Deo. Et ideo dicit: ex quo omnis paternitas in caelo et in terra nominatur, quasi dicat: paternitas quae est in ipsis creaturis, est quasi nominalis seu vocalis, sed illa paternitas divina, qua pater dat totam naturam filio, absque omni imperfectione, est vera paternitas. Consequenter cum dicit ut det vobis, etc., ostendit orationis intentum. Et primo facit hoc; secundo ostendit per quid posset impetrare suum propositum, ibi per spiritum eius, et cetera. Dicit ergo: dico quod peto ne deficiatis, sed stetis viriliter. Scio tamen quod hoc ex vobis facere non potestis sine dono Dei, ideo peto, ut det vobis. Iac. I, 17: omne datum optimum, et cetera. Et hoc quidem secundum divitias gloriae suae, id est secundum copiam maiestatis eius et magnificentiae. Ps. CXI, 3: gloria et divitiae in domo eius. Prov. VIII, 18: mecum sunt divitiae et gloria. Divitiae, inquam, quae faciunt virtute corroborari. Is. XL, 29: qui dat lasso virtutem, et his qui non sunt fortitudinem et robur multiplicat. Et hoc in interiori homine, quia nisi in interioribus fortificetur homo, faciliter ab hoste superatur. Is. IX, 7: confirmet illud et corroboret in iudicio et iustitia, amodo et usque in sempiternum. Tunc resumatur illa particula interposita, scilicet per spiritum, in qua ostendit per quid obtinere potest quod petit. Ipse enim spiritus, qui roborat, est spiritus fortitudinis et est causa non deficiendi in tribulationibus, quem obtinemus per fidem quae est fortissima: quia fides est substantia rerum sperandarum, id est facit in nobis subsistere res sperandas. Unde I Petr. V, 9: cui resistite fortes in fide. Et ideo subiungit habitare Christum per fidem, et hoc in cordibus vestris. I Petr. III, 15: dominum autem Christum sanctificate in cordibus vestris. Per quod? Dico quod non solum per fidem, quae, ut donum est fortissima, sed etiam per charitatem quae est in sanctis. Et ideo subdit in charitate radicati et fundati. I Cor. XIII, 7: omnia suffert, omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet, charitas numquam excidit. Cant. ult.: fortis est ut mors dilectio. Unde sicut arbor sine radice, et domus sine fundamento de facili ruit, ita spirituale aedificium, nisi sit in charitate fundatum et radicatum, durare non potest.

 

Lectio 5

Super Eph., cap. 3 l. 5 Supra ostendit apostolus petitionis suae pro Ephesiis, et orationis intentum, scilicet corroborationem Spiritus in fide et charitate, hic consequenter ostendit eius quam petiit corroborationis per fidem et charitatem fructum, qui est quaedam cognitio. Ideo primo proponit ipsam notitiam; secundo ipsius notitiae et cognitionis efficaciam, ibi ut impleamini in omnem plenitudinem Dei. Dicit ergo: ita sitis, charissimi, in charitate radicati et fundati, ut possitis comprehendere, et cetera. Quod quidem dupliciter legi potest. Primo modo, ut magis sequamur intentionem apostoli. Sciendum est ergo quod tam in futuro quam in praesenti cognitio Dei est nobis necessaria; nam in futuro gaudebimus et de cognitione Dei et de cognitione assumptae humanitatis. Jn. XVII, 3: haec est vita aeterna, ut, cognoscant, et cetera. Jn. X, 9: ingredietur, scilicet in contemplatione divinitatis, et egredietur, scilicet in contemplatione humanitatis, et pascua inveniet. Et quia fides est inchoatio illius futurae cognitionis, quia est substantia rerum sperandarum, etc., ut dicitur He. XI, 1 quasi iam in nobis res sperandas per modum cuiusdam inchoationis facit subsistere. Inde est quod fides nostra in his duobus consistit, scilicet in divinitate et humanitate Christi. I Cor. II, 2: non enim iudicavi me scire aliquid inter vos, nisi Iesum Christum, et cetera. Secundum hoc ergo primo praemittit eis cognitionem divinitatis; secundo cognitionem mysteriorum humanitatis, ibi scire etiam supereminentem scientiae, et cetera. Cognitionem autem divinitatis manifestat eis sub his verbis ut possitis, etc., quasi dicat: corroboramini per fidem et charitatem, quia si sic estis, pervenietis ad vitam aeternam, ubi habebitis Deum praesentem et perfecte eum cognoscetis. Quod autem Deus manifestetur amanti, patet Jn. XIV, 21: qui diligit me, diligetur a Patre meo, et ego diligam eum, et manifestabo ei meipsum; quod vero manifestetur credenti, patet, prout dicitur Is. VII, 9, secundum aliam litteram: nisi credideritis, non intelligetis. Oportet enim ut secundum fidem et charitatem corroboremini, ut possitis comprehendere. Ubi sciendum est quod comprehendere quandoque ponitur pro includere, et tunc oportet quod comprehendens contineat in se totaliter comprehensum. Quandoque autem ponitur pro apprehendere, et tunc dicit remotionem distantiae et insinuat propinquitatem. Primo autem modo a nullo intellectu creato Deus comprehendi potest. Jb XI, 7: forsitan vestigia Dei comprehendes, et usque ad perfectum omnipotentem reperies? Quasi dicat: non, quia sic posset eum perfecte cognoscere quantum cognoscibilis est. Et de hac cognitione non intelligitur quod dicitur ut possitis comprehendere, sed secundo modo. Et est una de tribus dotibus, et de hac loquitur apostolus, cum dicit ut possitis comprehendere, id est Deum habere praesentem et praesentialiter cognoscere. Ph. III, 12: sequor autem si quomodo comprehendam, in quo, et cetera. Et haec comprehensio est communis omnibus sanctis eius. Ideo subdit cum omnibus sanctis. Ps. CXLIX, 9: gloria haec est omnibus sanctis eius. Talibus autem dicitur illud I Cor. IX, 24: sic currite ut comprehendatis, et cetera. Quae sit latitudo, et cetera. Notandum quod verba ista videntur ortum habere ex verbis Jb XI, 7: forsan, inquit, vestigia Dei comprehendes? Quasi dicat: incomprehensibilis est; huius autem incomprehensibilitatis causam assignat, dicens: excelsior caelo est, et quid facies? Profundior Inferno est, et unde cognosces? Longior terra mensura eius, et latior mari. Ex quo videtur quod Iob ostendat eum esse comprehensibilem, attribuens ei quadruplicem differentiam dimensionum. His enim verbis alludens apostolus dicit ut possitis comprehendere, quae sit latitudo, etc.; quasi dicat: habeatis tantam fidem et charitatem, ut possitis tandem comprehendere quod comprehensibile est. Et hoc modo exponit Dionysius. Non est tamen aliquo modo intelligendum has dimensiones corporaliter esse in Deo, quia Spiritus est Deus, ut dicitur Jn. IV, 24. Sunt tamen in Deo metaphorice. Unde per latitudinem designatur dimensio seu extensio virtutis, et sapientiae divinae super omnia. Eccli. I, 10: effudit illam, scilicet sapientiam, super omnia opera sua. Per longitudinem designatur aeterna eius duratio. Ps. CI, 13: tu autem, Domine, in aeternum permanes, et cetera. Ps. XCII, 5: domum tuam, domine, decet sanctitudo in longitudinem dierum. Per sublimitatem vel celsitudinem vero, perfectio et nobilitas naturae eius, quae in infinitum excedit creaturam. Ps. CXII, 4: excelsus super omnes gentes Dominus. Et profundum, id est incomprehensibilitas sapientiae eius. Eccle. VII, 25: alta profunditas, scilicet sapientiae divinae, quis inveniet eam? Sic ergo patet quod finis fidei et charitatis nostrae est ut perveniamus ad perfectam fidei cognitionem, qua cognoscamus infinitam suae virtutis extensionem, aeternam et infinitam eius durationem, suae perfectissimae naturae celsitudinem, suae sapientiae profunditatem et incomprehensibilitatem, eo modo sicut est attingendum. Consequenter, quia adhuc alia cognitio est necessaria, scilicet cognitio mysteriorum humanitatis, ideo subdit scire etiam supereminentem scientiae, et cetera. Ubi sciendum est quod quidquid est in mysterio redemptionis humanae et incarnationis Christi, totum est opus charitatis. Nam quod incarnatum est, ex charitate processit. Supra II, 4: propter nimiam charitatem suam qua dilexit nos, et cetera. Quia vero mortuus fuit, ex charitate processit Jn. XV, 13: maiorem hac dilectionem nemo habet, etc.; infra V, 2: Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo. Propter hoc dicit Gregorius: o inaestimabilis dilectio charitatis. Ut servum redimeres, Filium tradidisti. Et ideo scire charitatem Christi, est scire omnia mysteria incarnationis Christi et redemptionis nostrae, quae ex immensa charitate Dei processerunt, quae quidem charitas excedit omnem intellectum creatum et omnium scientiam, cum sit incomprehensibilis cogitatu. Et ideo dicit supereminentem scientiae, scilicet naturali et omnem intellectum creatum excedentem, Ph. IV, 7: et pax Dei, quae exsuperat omnem sensum; charitatem Christi, id est, quam Deus Pater fecit per Christum. II Cor. V, 19: Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi. Alio modo potest legi, ut referatur ad perfectionem charitatis nostrae, quasi dicat: corroboramini in charitate radicati et fundati, et hoc ut possitis comprehendere, non solum cognoscere, cum omnibus sanctis, quia hoc donum, scilicet charitatis, commune est omnibus, cum nullus possit esse sanctus sine charitate, ut dicitur Ep. III. Possitis, inquam, comprehendere quae sit latitudo, scilicet charitatis, quae se extendit usque ad inimicos. Ps. CXVIII, 96: latum mandatum tuum nimis. Lata est enim charitas ad suam diffusionem. Ps. XVII, 20: eduxit me in latitudinem Dominus. Longitudo autem eius attenditur quantum ad sui perseverantiam, quia numquam deficit, sed hic incipit et perficitur in gloria. I Cor. XIII, 8: charitas numquam excidit. Ct. ult.: aquae multae non potuerunt extinguere charitatem. Sublimitas autem eius attenditur quantum ad intentionem caelestium, ut scilicet Deus non diligatur propter temporalia, quia huiusmodi charitas esset infirma, sed ut diligatur propter se tantum. Jb XL, 5: in sublime erigere, et esto gloriosus. Profundum vero attenditur quantum ad originem ipsius charitatis. Nam hoc quod Deum diligimus, non est ex nobis, sed a Spiritu Sancto, quia, ut dicitur Rm. V, 5, charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum, et cetera. Hoc ergo quod unus habet charitatem longam, latam, sublimem et profundam, et alius non, venit ex profundo divinae praedestinationis. Eccli. I, 2: profundum abyssi quis dimensus est. Ergo, ut possitis comprehendere, id est perfecte consequi cum omnibus sanctis, quae sit latitudo, ut extendatur charitas vestra usque ad inimicos, quae sit longitudo, ut scilicet numquam deficiat, quae sit sublimitas, ut scilicet propter seipsum Deus diligatur, et quid sit profundum, scilicet praedestinationis, et cetera. Sciendum est autem hic quod Christus, in cuius potestate fuit eligere genus mortis quod vellet, quia ex charitate mortem subiit, elegit mortem crucis, in qua praedictae quatuor dimensiones sunt. Ibi est latitudo, scilicet in ligno transverso, cui affixae sunt manus, quia opera nostra debent per charitatem dilatari usque ad inimicos. Ps. XVII, 20: eduxit me in latitudinem dominus. Ibi est longitudo in ligno erecto, cui innititur totum corpus, quia charitas debet esse perseverativa, quae sustinet et salvat hominem. Mt. X, 22: qui autem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. Ibi est sublimitas in ligno superiori, cui caput inhaeret, quia spes nostra debet elevari ad aeterna et divina. I Cor. XI, 3: caput viri Christus est. Ibi etiam est profundum in ligno quod latet sub terra et sustinet crucem, et tamen non videtur, quia profundum amoris divini sustinet nos, nec tamen videtur; quia ratio praedestinationis ut dictum est excedit intellectum nostrum. Sic ergo debemus comprehendere virtutem charitatis nostrae et Christi, et adhuc scire charitatem Christi supereminentem scientiae, scilicet humanae, quia nullus potest scire quantum Christus dilexit nos, vel scire etiam charitatem scientiae Christi, quae habetur cum scientia Christi. Charitatem, dico, supereminentem, scilicet alii charitati, quae est sine scientia. Sed numquid est verum quod charitas quae est cum scientia superemineat charitati quae est sine scientia? Et videtur quod non, quia sic malus theologus esset supereminentioris charitatis quam sancta vetula. Respondeo. Dico quod hoc intelligitur de scientia afficiente: nam ex vi cognitionis inducitur ad magis diligendum, quia, quanto Deus magis cognoscitur, tanto et magis diligitur. Propter quod petebat Augustinus: noverim te, noverim me. Vel hoc dicitur propter quosdam qui habent zelum Dei, sed non secundum scientiam. Talium enim charitati supereminet charitas, cum habetur praedicta scientia Christi. Consequenter cum dicit ut impleamini, etc., ponit cognitionis divinae efficaciam, dicens ut impleamini in omnem plenitudinem Dei, id est ut habeatis perfectam participationem omnium donorum Dei, ut scilicet hic habeatis plenitudinem virtutum, et postea beatitudinis, quae quidem efficit charitas. Eccli. XXIV, 26: transite ad me, omnes qui concupiscitis me, et cetera. Consequenter sequitur illa pars ei autem qui potens, et cetera. In qua apostolus agit Deo gratias de suae petitionis exauditione. Circa quod tria facit, quia primo ponit potestatem Dei, qua postulata concedit; secundo potestatis exemplum, ibi secundum virtutem quae operatur in nobis, etc.; tertio materiam gratiarum actionis, ibi ipsi gloria, et cetera. Potestatem autem Dei describit infinitam, dicens ei autem, scilicet Deo Christo et Deo Patri, qui potens est omnia facere, et cetera. Ex. XV, 3: omnipotens nomen eius. Rm. ult.: ei autem qui potens est vos confirmare iuxta Evangelium, et cetera. Et hoc superabundanter facere in nobis omnia quam sciamus petere per affectum, aut intelligere per intellectum, et hoc est quod dicit quam petimus, aut intelligimus. Exemplum autem huiusmodi abundantiae in nobis exhibitae ostendit, dicens secundum virtutem quam operatur in nobis, quasi dicat: apparet si attendamus ea quae operatus est in nobis, scilicet hominibus. Nam nec affectus, nec intellectus humanus potuissent considerare, vel intelligere, vel petere a Deo quod fieret homo et homo efficeretur Deus et consors naturae divinae, quae tamen secundum virtutem operatur in nobis, et hoc in incarnatione filii sui. II P. I, 4: ut per hoc efficiamini divinae consortes naturae. Unde de his dicitur Eccli. XVIII, 2: quis sufficiet enarrare opera illius? Quis enim investigabit magnalia illius, virtutem autem magnitudinis quis annuntiabit? Vel operatus est in nobis, scilicet apostolis, quibus dedit gratiam evangelizandi investigabiles divitias Christi, et illuminare omnes quae sit dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo, ut supra eodem cap. et ibi dictum est. Materia autem gratiarum actionis dicitur esse duplex beneficium quod nobis contulit Deus. Primum est Ecclesiae institutio; secundum est Filii incarnatio. Dicit ergo ipsi, scilicet Deo Patri, gloria, sit, supple, in Ecclesia, id est pro his quae fecit in Ecclesia, quam instituit: quo ad primum; in Christo, id est per Christum, vel pro Christo, quem nobis dedit. Ipsi, inquam, sit gloria, ut gloriosus appareat, non solum in praesenti sed in omnes generationes saeculi saeculorum, id est saeculi omnia continentis. I Tm. I, 17: regi autem saeculorum immortali, invisibili, soli Deo honor et gloria in saecula saeculorum. Amen.

 

Lire la suite