Saint Charles Borromée évêque et confesseur mémoire des Saints Vital et Agricola Martyrs
Coçllecte
Daignez, Seigneur, garder continuellement votre Église sous la protection de saint Charles, votre Pontife et Confesseur ; et comme sa sollicitude pastorale l’a rendu glorieux, que son intercession nous obtienne d’être toujours fervents dans votre amour.
Office
Quatrième leçon. Charles naquit à Milan, de la noble famille des Borromée. Une lumière divine, qui brilla la nuit de sa naissance sur la chambre de sa mère, fit présager combien sa sainteté serait éclatante. Enrôlé dès son enfance dans la milice cléricale et pourvu quelque temps après d’une abbaye, il avertit son père de ne pas employer pour sa maison les revenus de ce’ bénéfice ; et lorsque l’administration lui en fut dévolue, il en distribua aux pauvres tout le superflu. La chasteté lui fut si chère, qu’il repoussa avec une invincible constance les femmes impudiques plusieurs fois envoyées pour lui faire perdre sa pureté. A vingt-trois ans, son oncle le Pape Pie IV l’ayant agrégé au Sacré Collège des Cardinaux, il s’y distingua par une piété insigne et par l’éclat de toutes les vertus. Bientôt après, le même Pape l’ayant fait Archevêque de Milan, il s’appliqua avec beaucoup de sollicitude à gouverner l’Église qui lui était confiée, selon les règles du concile de Trente, qui venait d’être terminé, grâce à lui surtout ; et pour réformer les mœurs déréglées de son peuple, outre qu’il assembla maintes fois des synodes, il montra dans sa personne un modèle d’éminente sainteté. Il travailla par-dessus tout à extirper l’hérésie du pays des Rhètes et des Suisses, dont il convertit un grand nombre à la foi chrétienne.
Cinquième leçon. La charité de cet homme de Dieu brilla tout particulièrement lorsqu’ayant vendu sa principauté d’Oria, il en donna aux pauvres, en un seul jour, tout le prix, qui était de quarante mille pièces d’or. Ce fut avec la même charité qu’il en distribua vingt mille qu’on lui avait léguées. Il renonça aux amples revenus ecclésiastiques dont il avait été comblé par son oncle, et n’en retint que ce qui lui était nécessaire pour lui-même et pour assister les indigents. Pour les nourrir pendant la peste qui ravagea Milan, il vendit tout le mobilier de sa maison, sans même se réserver un lit ; de sorte que, depuis, il coucha sur le plancher. Empressé à visiter ceux que le fléau atteignait, il les soulageait avec une affection de père, et, leur administrant lui-même les sacrements de l’Église, les consolait d’une façon merveilleuse. Pendant ce temps, pour se faire médiateur auprès de Dieu par de très humbles prières et pour détourner sa colère, il ordonna une procession publique : il y marcha la corde au cou, les pieds nus et ensanglantés par les pierres contre lesquelles il se heurtait, portant une croix et s’offrant lui-même comme victime pour les péchés de son peuple. Il fut un très énergique défenseur de la liberté de l’Église. Mais, comme il avait à cœur de rétablir la discipline, des séditieux lâchèrent contre lui, pendant qu’il était en prières, la roue d’une arquebuse ; le projectile l’ayant frappé, il ne dut qu’à la protection divine d’être préservé de tout mal.
Sixième leçon. Il était d’une abstinence étonnante ; jeûnait très souvent au pain et à l’eau, et, d’autres fois, se contentait de légumes. Il domptait son corps par les veilles, un cilice très dur, de fréquentes disciplines. L’humilité et la douceur lui étaient on ne peut plus chères. Il ne manqua jamais de se livrer à la prière et à la prédication de la parole de Dieu, quelque grandes occupations qu’il eût. Il bâtit beaucoup d’églises, des monastères et des collèges. Il a écrit plusieurs ouvrages très utiles, surtout pour l’instruction des Évêques, et c’est par ses soins que le catéchisme des curés a paru. Enfin, il se retira dans une solitude du mont Varale, où se trouvent des tableaux représentant au vif la passion de notre Seigneur. C’est là que, menant pendant quelques jours une vie rude par la mortification volontaire, mais douce par la méditation des souffrances de Jésus-Christ, il fut pris de la fièvre, et comme la maladie s’aggravait, il revint à Milan, où, sous la cendre et le cilice, les yeux attachés sur un crucifix, il partit pour le ciel, âgé de quarante-sept ans, le troisième jour des nones de novembre de l’année mil cinq cent quatre-vingt-quatre. Des miracles l’ayant illustré, le Souverain Pontife Paul V le mit au nombre des Saints.
Humilitas. A sa naissance au château d’Arona, Charles trouvait inscrit en chef de l’écu de famille ce mot couronné d’or. Parmi les pièces nombreuses du blason des Borromées, on disait de celle-ci qu’ils ne connaissaient l’humilité que dans leurs armes. Le temps était venu où l’énigmatique devise de la noble maison se justifierait dans son membre le plus illustre ; où, au faîte des grandeurs, un Borromée saurait vider de soi son cœur pour le remplir de Dieu : en sorte pourtant que, loin de renier la fierté de sa race, plus intrépide qu’aucun, cet humble éclipserait dans ses entreprises les hauts faits d’une longue suite d’aïeux. Nouvelle preuve que l’humilité ne déprime jamais. Charles atteignait à peine sa vingt-deuxième année, quand Pie IV, dont sa mère était la sœur, l’appelait au poste difficile qu’on nomme aujourd’hui la Secrétairerie d’État, et bientôt le créait cardinal, archevêque de Milan, semblait se complaire à entasser honneurs et responsabilités sur ses jeunes épaules. On était au lendemain du règne de Paul IV, si mal servi par une confiance pareille, que ses neveux, les Caraffa, y méritèrent le dernier supplice. Mais l’événement devait montrer que son doux successeur recevait en cela ses inspirations de l’Esprit-Saint, non de la chair et du sang.
Soixante ans déjà s’étaient écoulés de ce siècle de Luther qui fut si fatal au monde, et les ruines s’amoncelaient sans fin, tandis que chaque jour menaçait l’Église d’un danger nouveau. Les Protestants venaient d’imposer aux catholiques d’Allemagne le traité de Passau qui consacrait leur triomphe, et octroyait aux dissidents l’égalité avec la liberté. L’abdication de Charles-Quint découragé donnait l’empire à son frère Ferdinand, tandis que l’Espagne et ses immenses domaines des deux mondes allaient à Philippe II son fils ; or Ferdinand Ier inaugurait la coutume de se passer de Rome, en ceignant le diadème mis au front de Charlemagne par saint Léon III ; et Philippe, enserrant l’Italie par la possession de Naples au Sud, du Milanais au Nord, semblait à plusieurs une menace pour l’indépendance de Rome elle-même. L’Angleterre, un instant réconciliée sous Marie Tudor, était replongée par Élisabeth dans le schisme où elle demeure jusqu’à nos jours. Des rois enfants se succédaient sur le trône de saint Louis, et la régence de Catherine de Médicis livrait la France aux guerres de religion.
Telle était la situation politique que le ministre d’État de Pie IV avait mission d’enrayer, d’utiliser au mieux des intérêts du Siège apostolique et de l’Église. Charles n’hésita pas. Appelant la foi au secours de son inexpérience, il comprit qu’au déluge d’erreurs sous lequel le monde menaçait de périr, Rome se devait avant tout d’opposer comme digue l’intégrale vérité dont elle est la gardienne ; il se dit qu’en face d’une hérésie se parant du grand nom de Réforme et déchaînant toutes les passions, l’Église, qui sans cesse renouvelle sa jeunesse, aurait beau jeu de prendre occasion de l’attaque pour fortifier sa discipline, élever les mœurs de ses fils, manifester à tous les yeux son indéfectible sainteté. C’était la pensée qui déjà, sous Paul III et Jules III, avait amené la convocation du concile de Trente, inspiré ses décrets de définitions dogmatiques et de réformation. Mais le concile, deux fois interrompu, n’avait point achevé son œuvre, qui restait contestée. Depuis huit ans qu’elle demeurait suspendue, les difficultés d’une reprise ne faisaient que s’accroître, en raison des prétentions discordantes qu’affichaient à son sujet les princes. Tous les efforts du cardinal neveu se tournèrent à vaincre l’obstacle. Il y consacra ses jours et ses nuits, pénétrant de ses vues le Pontife suprême, inspirant son zèle aux nonces accrédités près des cours, rivalisant d’habileté autant que de fermeté avec les diplomates de carrière pour triompher des préjugés ou du mauvais vouloir des rois. Et quand, après deux ans donnés à ces négociations épineuses, les Pères de Trente se réunirent enfin, Charles apparut comme la providence et l’ange tutélaire de l’auguste assemblée ; elle lui dut son organisation matérielle, sa sécurité politique, la pleine indépendance de ses délibérations, leur continuité désormais ininterrompue. Retenu à Rome, il est l’intermédiaire du Pape et du concile. La confiance des légats présidents lui est vite acquise ; les archives pontificales en gardent la preuve : c’est à lui qu’ils recourent journellement, dans leurs sollicitudes et parfois leurs angoisses, comme au meilleur conseil, à l’appui le plus sûr.
Le Sage disait de la Sagesse : « A cause d’elle, ma jeunesse sera honorée des vieillards ; les princes admireront mes avis : si je me tais, ils attendront que je parle ; quand j’ouvrirai la bouche, ils m’écouteront attentifs, les mains sur leurs lèvres. » Ainsi en fut-il de Charles Borromée, à ce moment critique de l’histoire du monde ; et l’on comprend que la Sagesse divine qu’il écoutait si docilement, qui l’inspirait si pleinement, ait rendu son nom immortel dans la mémoire reconnaissante des peuples.
C’est de ce concile de Trente dont l’achèvement lui est dû, que Bossuet reconnaît, en sa Défense de la trop fameuse Déclaration, qu’il ramena l’Église à la pureté de ses origines autant que le permettait l’iniquité des temps. Écoutons ce qu’à l’heure où les assises œcuméniques du Vatican venaient de s’ouvrir, l’évêque de Poitiers, le futur cardinal Pie, disait « de ce concile de Trente, qui, à meilleur titre que celui même de Nicée, a mérité d’être appelé le grand concile ; de ce concile dont il est juste d’affirmer que, depuis la création du monde, aucune assemblée d’hommes n’a réussi à introduire parmi les hommes une aussi grande perfection ; de ce concile dont on a pu dire que, comme un arbre de vie, il a pour toujours rendu à l’Église la vigueur de sa jeunesse. Plus de trois siècles se sont écoulés depuis qu’il termina ses travaux, et sa vertu curative et fortifiante n’a point cessé de se faire sentir. »
« Le concile de Trente est demeuré comme en permanence dans l’Église au moyen des congrégations romaines chargées d’en perpétuer l’application, ainsi que de procurer l’obéissance aux constitutions pontificales qui l’ont suivi et complété. » Charles inspira les mesures adoptées dans ce but par Pie IV, et au développement desquelles les Pontifes qui suivirent attachèrent leurs noms. La révision des livres liturgiques, la rédaction du Catéchisme romain l’eurent pour promoteur. Avant tout, et sur toutes choses, il fut l’exemplaire vivant delà discipline renouvelée, acquérant ainsi le droit de s’en montrer envers et contre tous l’infatigable zélateur. Rome, initiée par lui à la réforme salutaire où il convenait qu’elle précédât l’armée entière des chrétiens, se transforma en quelques mois. Les trois églises dédiées à saint Charles en ses murs, les nombreux autels qui portent son nom dans les autres sanctuaires de la cité reine, témoignent de la gratitude persévérante qu’elle lui a vouée.
Son administration cependant et son séjour n’y dépassèrent pas les six années du pontificat de Pie IV. A la mort de celui-ci, malgré les instances de saint Pie V, qu’il contribua plus que personne à lui donner pour successeur, Charles quitta Rome pour Milan où l’appelait son titre d’archevêque de cette ville. Depuis près d’un siècle, la grande cité lombarde ne connaissait guère que de nom ses pasteurs, et cet abandon l’avait, comme tant d’autres en ces temps, livrée au loup qui ravit et disperse le troupeau. Notre Saint comprenait autrement le devoir de la charge des âmes. Il s’y donnera tout entier, sans ménagement de lui-même, sans nul souci des jugements humains, sans crainte des puissants. Traiter dans l’esprit de Jésus-Christ les intérêts de Jésus-Christ sera sa maxime , son programmées ordonnances édictées à Trente. L’épiscopat de saint Charles fut la mise en action du grand concile ; il resta comme sa forme vécue, son modèle d’application pratique en toute Église, la preuve aussi de son efficacité, la démonstration effective qu’il suffisait à toute réforme, qu’il pouvait sanctifier à lui seul pasteur et troupeau.
Nous eussions voulu donner mieux qu’un souvenir à ces Acta Ecclesiae Mediolanensis, pieusement rassemblés par des mains fidèles, et où notre Saint paraît si grand ! C’est là qu’à la suite des six conciles de sa province et des onze synodes diocésains qu’il présida, se déroule l’inépuisable série des mandements généraux ou spéciaux que lui dicta son zèle ; lettres pastorales, où brille le Mémorial sublime qui suivit la peste de Milan ; instructions sur la sainte Liturgie, la tenue des Églises, la prédication, l’administration des divers Sacrements, et entre lesquelles se détache l’instruction célèbre aux Confesseurs ; ordonnances concernant le for archiépiscopal, la chancellerie, les visites canoniques ; règlements pour la famille domestique de l’archevêque et ses vicaires ou officiers de tous rangs, pour les prêtres des paroisses et leurs réunions dans les conférences dont il introduisit l’usage, pour les Oblats qu’il avait fondés, les séminaires, les écoles, les confréries ; édits et décrets, tableaux enfin et formulaire universels. Véritable encyclopédie pastorale, dont l’ampleur grandiose ne laisse guère soupçonner la brièveté de cette existence terminée à quarante-six ans, ni les épreuves et les combats qui, semble-t-il, auraient dû l’absorber tout entière.
Successeur d’Ambroise, vous fûtes l’héritier de son zèle pour la maison de Dieu ; votre action fut puissante aussi dans l’Église ; et vos deux noms, à plus de mille ans d’intervalle, s’unissent dans une commune gloire. Puissent de même s’unir au pied du trône de Dieu vos prières, en faveur de nos temps amoindris ; puisse votre crédit au ciel nous obtenir des chefs dignes de continuer, de reprendre au besoin, votre œuvre sur terre ! Elle éclata de vos jours en pleine évidence, cette parole des saints Livres : Tel le chef de la cité, tels sent les habitants. Et cette autre non moins : J’enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens, dit le Seigneur.
Combien justement vous disiez, ô Charles : « Jamais Israël n’entendit pire menace que celle-ci : Lex peribit a sacerdote. Prêtres, instruments divins, desquels dépend le bonheur du monde : leur abondance est la richesse de tous ; leur nullité, le malheur des nations. » Et lorsque, du milieu de vos prêtres convoqués en synode, vous passiez à l’auguste assemblée des dix-sept pontifes, vos suffragants ; réunis en concile, votre voix se faisait, s’il se peut, plus forte encore : « Craignons que le Juge irrité ne nous dise : Si vous étiez les éclaireurs de mon Église, pourquoi donc fermiez-vous les yeux ? Si vous vous prétendiez les pasteurs du troupeau, pourquoi l’avez-vous laissé s’égarer ? Sel de la terre, vous vous êtes affadis. Lumière du monde, ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort n’ont point vu vos rayons. Vous étiez Apôtres ; mais qui donc éprouva votre vigueur apostolique, vous qui jamais n’avez rien fait que pour complaire aux hommes ? Vous étiez la bouche du Seigneur, et l’avez rendue muette. Si votre excuse doit être que le fardeau dépassait vos forces, pourquoi fut-il l’objet de vos brigues ambitieuses ? »
Mais, par la grâce du Seigneur Dieu bénissant votre zèle pour l’amendement des brebis comme des agneaux, vous pouviez ajouter, ô Charles : « Province de Milan, reprends espoir. Voici que, venus à toi, tes pères se sont rassemblés dans le but de guérir tes maux ; ils n’ont plus d’autre souci que de te voir porter des fruits de salut, multipliant à cette fin leurs efforts communs. »
Mes petits enfants que j’enfante de nouveau, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ! C’est l’aspiration de l’Épouse, le cri qui ne cessera qu’au ciel : et synodes, visites, réformation, décrets concernant prédication, gouvernement, ministère, ne sont à vos yeux que la manifestation de cet unique désir de l’Église, la traduction du cri de la Mère en travail de ses fils.
Daignez, bienheureux Pontife, ranimer en tous lieux l’amour de cette discipline sainte, où la sollicitude pastorale qui vous rendit glorieux trouva le secret de sa fécondité merveilleuse. Il peut suffire aux simples fidèles de n’ignorer point que parmi les trésors de l’Église leur Mère existe, à côté de la doctrine et des Sacrements, un corps de droit incomparable, œuvre des siècles, objet de légitime fierté pour tous ses fils dont il protège les privilèges divins ; mais le clerc, qui se voue à l’Église, ne saurait la servir utilement sans l’étude approfondie, persévérante, qui lui donnera l’intelligence du détail de ses lois ; mais fidèles et clercs doivent supplier Dieu que le malheur des temps ne mette plus obstacle à la tenue par nos chefs vénérés de ces assemblées conciliaires et synodales prescrites à Trente, magnifiquement observées par vous, ô Charles, qui fîtes l’expérience de leur vertu pour sauver la terre. Veuille le ciel exaucer en votre considération notre prière, et nous pourrons redire avec vous à l’Église : « O bénigne Mère, ne pleurez plus ; vos peines seront récompensées, vos fils vous reviendront de la contrée ennemie. Et moi, dit le Seigneur, j’enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens. »
Commémoraison de tous les Fidèles défunts
Collectes
O Dieu, Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin qu’elles obtiennent, par nos humbles prières, le pardon qu’elles ont toujours désiré. Vous qui vivez.
Seigneur Dieu des miséricordes, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, le lieu du rafraîchissement, la béatitude du repos et la splendeur de la lumière.
O Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle
| Sequentia | Séquence |
| Dies iræ, dies illa, Solvet sæclum in favílla : Teste David cum Sibýlla. |
Jour de colère que ce jour-là, qui réduira en cendre le monde, selon l’oracle de David et de la Sibylle. |
| Quantus tremor est futúrus, Quando iudex est ventúrus, Cuncta stricte discussúrus. |
Quelle terreur, quand le juge viendra pour tout examiner avec rigueur ! |
| Tuba mirum spargens sonum Per sepúlcra regiónum, Coget omnes ante thronum. |
La trompette jetant ses notes stupéfiantes parmi les tombeaux assemblera tous les hommes devant le trône. |
| Mors stupébit et natúra, Cum resúrget creatúra, Iudicánti responsúra. |
La mort et la nature seront stupéfaites, quand surgira la créature, pour répondre au jugement. |
| Liber scriptus proferétur, In quo totum continétur, Unde mundus iudicétur. |
On présentera le livre où est écrit et renfermé tout l’objet du jugement. |
| Iudex ergo cum sedébit. Quidquid latet apparébit : Nil inúltum remanébit. |
Quand le juge siégera, tout ce qui est caché apparaîtra, rien ne restera impuni. |
| Quid sum miser tunc dictúrus ? Quem patrónum rogatúrus, Cum vix iustus sit secúrus ? |
Malheureux, que dirai-je alors ? Quel avocat vais-je implorer, quand le juste à peine sera en sûreté ? |
| Rex treméndæ maiestátis, Qui salvándos salvas gratis, Salva me, fons pietátis. |
Roi d’une majesté redoutable, qui sauvez gratuitement vos élus, sauvez-moi, Source de bonté. |
| Recordáre, Iesu pie, Quod sum causa tuæ viæ : Ne me perdas illa die. |
Souvenez-vous, ô bon Jésus, que vous êtes venu pour moi, ne me perdez pas en ce jour. |
| Quærens me, sedésti lassus : Redemísti crucem passus : Tantus labor non sit cassus. |
À me chercher, vous vous êtes fatigué. Vous m’avez racheté, en souffrant la Croix. Que tant d’efforts ne soient pas vains. |
| Iuste iudex ultiónis, Donum fac remissiónis Ante diem ratiónis. |
Juge juste, en vos vengeances, accordez-moi grâce et pardon avant le jour des comptes. |
| Ingemísco, tamquam reus : Culpa rubet vultus meus : supplicánti parce, Deus. |
Je gémis comme un coupable : Mes fautes font rougir mon front, je vous supplie, épargnez-moi. |
| Qui Maríam absolvísti, Et latrónem exaudísti, Mihi quoque spem dedísti. |
Vous avez absous Marie-Madeleine, et exaucé le larron, à moi aussi, donnez l’espérance. |
| Preces meæ non sunt dignæ : Sed tu bonus fac benigne, Ne perénni cremer igne. |
Mes prières ne sont pas dignes. Mais vous qui êtes bon, faites, de grâce, que je ne brûle pas au feu éternel. |
| Inter oves locum præsta, Et ab hædis me sequéstra, Státuens in parte dextra. |
Placez-moi parmi les brebis, séparez-moi des béliers, en me mettant à droite. |
| Confutátis maledictis, Flammis ácribus addíctis : Voca me cum benedictis. |
En confondant les maudits, voués aux flammes éternelles, appelez-moi avec les bénis. |
| Oro supplex et acclínis, Cor contrítum quasi cinis : Gere curam mei finis. |
Je prie suppliant et prosterné, le cœur broyé comme cendre, prenez soin de ma destinée. |
| Lacrimósa dies illa, Qua resúrget ex favílla. Iudicándus homo reus : Huic ergo parce Deus : |
O jour de larmes, où l’homme coupable ressuscitera de la poussière pour être jugé. Mais vous, ô Dieu, pardonnez-lui. |
| Pie Iesu Dómine, Dona eis réquiem. Amen. |
Doux Jésus, Seigneur, donnez-leur le repos. Ainsi soit-il. |
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Job 7, 16-21.
Première leçon. Épargnez-moi, Seigneur ; car mes jours ne sont rien. Qu’est-ce qu’un homme pour que vous fassiez un si grand cas de lui ? ou pourquoi mettez-vous sur lui votre cœur ? Vous le visitez au point du jour, et aussitôt vous l’éprouvez ; jusques à quand ne m’épargnerez-vous point, et ne me laisserez-vous pas avaler ma salive ? J’ai péché, que ferai-je pour vous, ô gardien des hommes ? Pourquoi m’avez-vous mis en opposition avec vous et suis-je à charge à moi-même ? Pourquoi n’ôtez-vous point mon péché, et pourquoi n’enlevez-vous pas mon iniquité ? Voilà que maintenant je dormirai dans la poussière, et, si vous me cherchez dès le matin, je ne serai plus.
Deuxième leçon. L’homme né d’une femme, vivant peu de temps, est rempli de beaucoup de misères. Comme une fleur, il s’élève et il est brisé ; et il fuit comme l’ombre, et jamais il ne demeure dans un même état. Et vous croyez, ô Dieu, qu’il soit digne de vous d’ouvrir les yeux sur un tel être, et de l’appeler avec vous en jugement ? Qui peut rendre pur celui qui a été conçu d’un sang impur ? N’est-ce pas vous, qui seul êtes pur ? Les jours de l’homme sont courts ; le nombre de ses mois est en vos mains-vous avez marqué son terme, lequel ne pourra être dépassé. Retirez-vous un peu de lui, afin qu’il se repose, jusqu’à ce que vienne, comme pour un mercenaire, son jour désiré.
Troisième leçon. A ma peau, après que ma chair a été consumée.se sont collés mes os, et il n’est resté seulement que les lèvres autour de mes dents. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins, mes amis, parce que la main du Seigneur m’a touché. Pourquoi me persécutez-vous comme Dieu.et vous rassasiez-vous de ma chair ? Qui m’accordera que mes paroles soient écrites ?Qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre avec un stylet de fer et sur une lame de plomb, ou qu’elles soient gravées au burin sur la pierre ? Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour, je ressusciterai de la terre ; et que de nouveau je serai environné de ma peau, et que dans ma chair je verrai mon Dieu. Je dois le voir moi-même, et non un autre, et mes yeux doivent le contempler : c’est là mon espérance, elle repose dans mon sein.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Du livre de Saint Augustin, évêque : « Des devoirs à rendre aux morts ».
Quatrième leçon. Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.
Cinquième leçon. Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décèdes dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.
Sixième leçon. Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre le soin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
De l’Épitre de l’Apôtre S. Paul aux Corinthiens.
Septième leçon. Si on prêche que le Christ est ressuscité d’entre les morts, comment quelques-uns disent-ils parmi vous qu’il n’y a point de résurrection des morts ? Or, s’il n’y a point de résurrection des morts, le Christ n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et vaine est aussi votre foi. Nous nous trouvons même être de faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous rendons ce témoignage contre Dieu, qu’il a ressuscité le Christ, qu’il n’a pourtant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point. Car, si les morts ne ressuscitent point, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Que si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine ; vous êtes encore dans vos péchés. Donc ceux aussi qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais très certainement le Christ est ressuscité d’entre les morts, comme prémices de ceux qui dorment ; car par un homme est venue la mort, et par un homme la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi dans le Christ.
Huitième leçon. Mais, dira quelqu’un, comment les morts ressuscitent-ils ? Ou avec quel corps reviendront-ils ? Insensé, ce que tu sèmes n’est point vivifié, si auparavant il ne meurt. Et ce que tu sèmes n’est pas le corps même qui doit venir, mais une simple graine, comme de blé, ou de quelque autre chose. Mais Dieu lui donne un corps, comme il veut, de même qu’il donne à chaque semence son corps propre. Toute chair n’est pas la même chair ; mais autre est celle des hommes, autre celle des brebis, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres ; mais autre est la gloire des célestes, autre celle des terrestres. Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, autre la clarté des étoiles. Une étoile même diffère d’une autre étoile en clarté. Ainsi est la résurrection des morts. Le corps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l’incorruptibilité. Il est semé dans l’abjection, il ressuscitera dans la gloire ; il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force. Il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel.
Neuvième leçon. Voici que je vais vous dire un mystère. Nous ressusciterons bien tous, mais nous ne serons pas tous changés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette ; car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Puisqu’il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors sera accomplie cette parole qui est écrite : La mort a été absorbée dans sa victoire. O mort, où est ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la force du péché, la loi. Ainsi, grâces à Dieu qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, soyez fermes et inébranlables, vous appliquant toujours de plus en plus à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail n’est pas vain dans le Seigneur.
Fête de Tous les Saints
Introït
Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. Justes, exultez dans le Seigneur : aux cœurs droits convient sa louange. Alléluia
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez accordé de célébrer dans une même solennité les mérites de tous vos Saints ; faites, nous vous en prions, que nos intercesseurs étant multipliés, une abondante effusion de vos miséricordes, objet de nos désirs, nous vienne de votre munificence.
Épitre Ap. 7, 2-12
En ces jours-là : Voici que moi, Jean, je vis un autre Ange, qui montait du côté du soleil levant, ayant le sceau du Dieu vivant ; et il cria d’une voix forte aux quatre anges auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer ; et il dit : Ne nuisez point à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau : cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, étaient marqués du sceau. De la tribu de Juda, douze mille étaient marqués du sceau ; de la tribu de Ruben, douze mille ; de la tribu de Gad, douze mille ; de la tribu d’Azer, douze mille ; de la tribu de Nephthali, douze mille ; de la tribu de Manassé, douze mille ; de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Lévi, douze mille ; de la tribu d’Issachar, douze mille ; de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille ; de la tribu de Benjamin, douze mille étaient marqués du sceau. Après cela, je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue ; ils se tenaient devant le trône et en face de l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, et disaient : Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l’Agneau. Et tous les Anges se tenaient autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône sur leurs visages, et adorèrent Dieu, en disant : Amen. Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen.
Évangile
En ce temps-là : Jésus, voyant les foules, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, prenant la parole, il se mit à les enseigner, en disant : "Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux ceux qui sont affligés, car ils seront consolés ! Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu ! Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux.
Offertoire
Les âmes des Justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas ; aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, cependant ils sont en paix, alléluia.
Communion
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu ! Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !
Postcommunion
Donnez, nous vous en supplions, Seigneur, au peuple des fidèles, d’avoir toujours la joie d’honorer vos Saints et la protection qui résulte de leur incessante prière.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Du livre de l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean.
Première leçon. 4, 2-8. Je vis un trône placé dans le ciel, et quelqu’un assis sur le trône. Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine ; et il y avait autour du trône un arc-en-ciel semblable à une émeraude. Autour du trône étaient encore vingt-quatre trônes, et sur les trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus d’habits blancs, et sur leurs têtes des couronnes d’or. Et du trône sortaient des éclairs, des voix et des tonnerres ; et il y avait devant le trône sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Et devant le trône, comme une mer de verre semblable à du cristal ; et au milieu du trône, et autour du trône, quatre animaux pleins d’yeux devant et derrière. Le premier animal ressemblait à un lion, le second à un veau, le troisième avait un visage comme celui d’un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient chacun six ailes, et autour et au dedans ils étaient pleins d’yeux ; et ils ne se donnaient du repos ni jour ni nuit, disant : Saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir.
Deuxième leçon. 5, 1-8. Je vis ensuite, dans la main droite de celui qui était assis sur le trône, un livre écrit dedans et dehors, scellé de sept sceaux. Je vis encore un Ange fort, qui criait d’une voix forte : Qui est digne d’ouvrir le livre, et d’en délier les sceaux ? Et nul ne pouvait ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre, ni le regarder. Et moi je pleurais beaucoup, de ce que personne ne s’était trouvé digne d’ouvrir le livre ni de le regarder. Mais l’un des vieillards me dit : Ne pleure point ; voici le lion de la tribu de Juda, la racine de David, qui a obtenu par sa victoire d’ouvrir le livre et d’en délier les sept sceaux. Et je regardai, et voilà au milieu des vieillards, un Agneau debout, comme immolé, ayant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Et il vint, et prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône. Et lorsqu’il eut ouvert le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards tombèrent devant l’Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont les prières des saints.
Troisième leçon. 5, 9-14. Ils chantaient un cantique nouveau, disant : Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés pour Dieu par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. Et vous avez fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu ; et nous régnerons sur la terre. Je regardai encore, et j’entendis autour du trône, et des animaux, et des vieillards, la voix de beaucoup d’Anges ; leur nombre était des milliers de milliers qui disaient d’une voix forte : II est digne, l’Agneau qui a été immolé de recevoir la vertu, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction. Et j’entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et celles qui sont sur la mer et en elle ; je les entendis tous disant : A celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Et les quatre animaux disaient : Amen. Et les vingt-quatre vieillards tombèrent sur leurs faces, et adorèrent celui qui vit dans les siècles.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Béde le Vénérable, Prêtre.
Quatrième leçon. Aujourd’hui, bien-aimés frères, nous célébrons, dans l’allégresse d’une solennité commune, la fête de tous les Saints. Leur société réjouit les cieux, leur protection console la terre, leur triomphe couronne la sainte Église. Plus 1a profession de leur foi a été ferme dans les tourments, plus ils ont d’éclat dans la gloire. Car la violence du combat s’augmentant, l’honneur des combattants s’est aussi accru. Les diverses tortures du martyre rehaussent le triomphe, et des souffrances plus affreuses ont procuré de plus délicieuses récompenses. Notre mère l’Église catholique, répandue au loin dans tout l’univers, à qui Jésus-Christ, son chef, apprit par son exemple à ne craindre ni les outrages, ni les croix, ni la mort, s’est de plus en plus fortifiée, non par la résistance, mais par la patience. Pour encourager toutes ces légions d’illustres athlètes, jetés en prison comme des criminels, et pour les animer tous à soutenir le combat avec la même ardeur et un courage égal, elle leur a inspiré la sainte ambition d’un glorieux triomphe.
Cinquième leçon. Heureuse en vérité, l’Église notre mère, d’être ainsi honorée des marques éclatantes de la miséricorde divine, empourprée du noble sang des Martyrs victorieux, parée du vêtement blanc de l’inviolable fidélité des Vierges ! Ni les roses, ni les lis ne manquent parmi ses fleurs. Et maintenant, très chers frères, que chacun de nous s’efforce d’acquérir la plus ample provision de titres à ces deux sortes d’honneurs, et de mériter, ou la couronne blanche de la virginité ou la couronne pourpre du martyre. Car, dans la milice des cieux, le repos et la lutte ont leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ.
Sixième leçon. L’immense et ineffable bonté de Dieu a même eu soin de ne pas prolonger le temps des travaux et du combat, et de ne le faire ni long, ni éternel, mais court, et pour ainsi dire, d’un moment. Elle a voulu que les combats et les travaux fussent pour cette vie passagère et vite écoulée ; les couronnes et les récompenses du mérite, pour la vie éternelle ; que les travaux finissent promptement, que la récompense des mérites durât toujours ; qu’après les ténèbres de ce monde, il fût donné aux Saints de jouir de la plus resplendissante lumière, et de posséder une béatitude plus grande que le cruel excès de toutes les souffrances. Et voilà ce qu’attesté l’Apôtre quand il dit : « Les souffrances du temps n’ont aucune proportion avec la gloire qui doit un jour éclater en nous. »
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Si l’on demande ce que signifie la montagne, on peut bien dire qu’elle signifie des préceptes de justice plus élevés, parce que ceux qui avaient été donnés aux Juifs étaient inférieurs. C’est toutefois le même Dieu qui, réglant avec un ordre admirable l’économie des temps, a donné, par ses saints Prophètes et par ses autres serviteurs, des préceptes moins parfaits à un peuple qu’il fallait encore contenir au moyen de la crainte, et, par son Fils, des préceptes plus parfaits, à un peuple qu’il convenait d’affranchir au moyen de la charité. Si de moindres commandements sont donnés à des âmes moins parfaites, et de plus grands à de plus parfaites ils sont toujours donnés par Celui qui est le seul à bien savoir fournir au genre humain le remède approprié à la diversité de ses besoins.
Huitième leçon. Et il ne faut pas s’étonner que le même Dieu, créateur du ciel et de la terre, donne, en vue du royaume des cieux, de plus grands préceptes, après en avoir donné de moindres pour celui de la terre. C’est de cette justice plus grande, que le Prophète a dit : « Votre justice est comme les montagnes de Dieu. » Et c’est ce que figure très bien la montagne où cette justice est enseignée par l’unique et seul Maître capable d’enseigner des choses si sublimes. Or il enseigne étant assis, ce qui appartient à la dignité du magistère. Et ses disciples s’approchent de lui : rapprochés de Jésus par la volonté d’accomplir ses préceptes, il fallait bien qu’ils fussent aussi plus près pour entendre ses paroles. « Et ouvrant sa bouche, il les instruisait, disant. » Cette périphrase de l’écrivain sacré : « Et ouvrant sa bouche, » semble avertir, en retardant son début, que le discours doit avoir une certaine étendue. A moins encore que ce ne soit pour rappeler que celui qui ouvre en ce moment la bouche, a lui-même ouvert, dans l’ancien Testament, .la bouche des Prophètes.
Neuvième leçon. Or, que dit-il ? « Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » Nous lisons dans l’Écriture, au sujet de la convoitise des biens temporels : « Tout est vanité et présomption d’esprit. » Présomption d’esprit veut dire orgueil et arrogance. On dit même vulgairement des superbes qu’ils ont de l’enflure d’esprit, et avec raison, puisque le vent est aussi appelé esprit ou souffle, comme nous le voyons dans ce verset d’un Psaume : « Feu, grêle, neige, glace, souffles des tempêtes. » Qui ne sait qu’on appelle les orgueilleux des gens bouffis, comme qui dirait gonflés de vent ? De là encore ce mot de l’Apôtre : « La science enfle, mais la charité édifie. » C’est pourquoi par ces pauvres en esprit, sont justement désignés ceux qui sont humbles et qui craignent Dieu, c’est-à-dire qui n’ont point en eux cet esprit d’enflure.
Je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de toute langue ; elle se tenait devant le trône, vêtue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs s’élevait une acclamation puissante : Gloire à notre Dieu !
Le temps n’est plus ; c’est l’humanité sauvée qui se découvre aux yeux du prophète de Pathmos. Vie militante et misérable de cette terre, un jour donc tes angoisses auront leur terme. Notre race longtemps perdue renforcera les chœurs des purs esprits que la révolte de Satan affaiblit jadis ; s’unissant à la reconnaissance des rachetés de l’Agneau, les Anges fidèles s’écrieront avec nous : Action de grâces, honneur, puissance à notre Dieu pour jamais !
Et ce sera la fin, comme dit l’Apôtre : la fin de la mort et de la souffrance ; la fin de l’histoire et de ses révolutions désormais expliquées. L’ancien ennemi, rejeté à l’abîme avec ses partisans, ne subsistera plus que pour attester sa défaite éternelle. Le Fils de l’homme, libérateur du monde, aura remis l’empire à Dieu son Père. Terme suprême de toute création, comme de toute rédemption : Dieu sera tout en tous.
Bien avant le voyant de l’Apocalypse, déjà Isaïe chantait : J’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime ; les franges de son vêtement remplissaient au-dessous de lui le temple, et les Séraphins criaient l’un à l’autre : Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire.
Les franges du vêtement divin sont ici les élus, devenus l’ornement du Verbe, splendeur du Père. Car depuis que, chef de notre humanité, le Verbe l’a épousée, cette épouse est sa gloire, comme il est celle de Dieu. Elle-même cependant n’a d’autre parure que les vertus des Saints : parure éclatante, dont l’achèvement sera le signal de la consommation des siècles. Cette fête est l’annonce toujours plus instante des noces de l’éternité ; elle nous donne à célébrer chaque année le progrès des apprêts de l’Épouse.
Heureux les conviés aux noces de l’Agneau ! Heureux nous tous, à qui la robe nuptiale de la sainte charité fut remise au baptême comme un titre au banquet des cieux ! Préparons-nous, comme notre Mère l’Église, à 1’ineffable destinée que nous réserve l’amour. C’est à ce but que tendent les labeurs d’ici-bas : travaux, luttes, souffrances pour Dieu, relèvent d’inestimables joyaux le vêtement de la grâce qui fait les élus. Bienheureux ceux qui pleurent !
Ils pleuraient, ceux que le Psalmiste nous montre creusant avant nous Je sillon de leur carrière mortelle, et dont la triomphante allégresse déborde sur nous, projetant à cette heure comme un rayon de gloire anticipée sur la vallée des larmes. Sans attendre au lendemain de la vie, la solennité commencée nous donne entrée pat la bienheureuse espérance au séjour de lumière où nos pères ont suivi Jésus, le divin avant-coureur. Quelles épreuves n’apparaîtraient légères, au spectacle des éternelles félicités dans lesquelles s’épanouissent leurs épines d’un jour ! Larmes versées sur les tombes qui s’ouvrent à chaque pas de cette terre d’amertume, comment le bonheur des chers disparus ne mêlerait-il pas à vos regrets la douceur du ciel ? Prêtons l’oreille aux chants de délivrance de ceux dont la séparation momentanée attire ainsi nos pleurs ; petits ou grands, cette fête est la leur, comme bientôt elle doit être la nôtre. En cette saison où prévalent les frimas et la nuit, la nature, délaissant ses derniers joyaux, semble elle-même préparer le monde à son exode vers la patrie sans fin.
Chantons donc nous aussi, avec le Psaume : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds ne sont encore qu’en tes parvis, mais nous voyons tes accroissements qui ne cessent pas, Jérusalem, ville de paix, qui te construis dans la concorde et l’amour. L’ascension vers toi des tribus saintes se poursuit dans la louange ; tes trônes encore inoccupés se remplissent. Que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Jérusalem ; que la puissance et l’abondance règnent en ton enceinte fortunée. A cause de mes amis et de mes frères qui déjà sont tes habitants, j’ai mis en toi mes complaisances ; à cause du Seigneur notre Dieu dont tu es le séjour, j’ai mis en toi tout mon désir. »
Super Psalmo 33
Super Psalmo 33 n. 9 Tertio cum dicit, gustate et videte, quoniam suavis, hortatur ad experiendum: et circa hoc duo facit. Primo enim exhortatur ad experientiam divini consortii. Secundo ad observantiam divini timoris, ibi, timete. Circa primum duo facit. Primo enim hortatur ad experientiam. Secundo ponit experientiae effectum, et videte quoniam. Dicit ergo, gustate et videte et cetera. Experientia de re sumitur per sensum; sed aliter de re praesenti, et aliter de absente: quia de absente per visum, odoratum et auditum; de praesente vero per tactum et gustum; sed per tactum de extrinseca praesente, per gustum vero de intrinseca. Deus autem non longe est a nobis, nec extra nos, sed in nobis: Hier. 14: tu in nobis es Domine. Et ideo experientia divinae bonitatis dicitur gustatio: 1 P. 2: si tamen gustatis quam dulcis et cetera. Pr. ult.: gustavit et vidit, quoniam bona est negotiatio ejus. Effectus autem experientiae ponitur duplex. Unus est certitudo intellectus, alius securitas affectus. Quantum ad primum dicit, et videte. In corporalibus namque prius videtur, et postea gustatur; sed in rebus spiritualibus prius gustatur, postea autem videtur; quia nullus cognoscit qui non gustat; et ideo dicit prius, gustate, et postea, videte. Quantum ad secundum dicit, quoniam suavis est Dominus: Sg. 12: o quam bonus et suavis est Domine spiritus tuus in nobis. Ps. 30: quam magna multitudo dulcedinis tuae. Et postea, beatus vir qui sperat in eo: Is. 30: beati omnes qui expectant eum.
Super Psalmo 33 n. 10 Deinde cum dicit, timete, hortatur primo ad observantiam divini timoris. Secundo causam timoris assignat, ibi, quoniam non. Tertio causam manifestat, ibi, divites eguerunt. Dicit ergo, suavis et dulcis est Dominus. Sed quibus? Timentibus eum. Ergo, timete Dominum omnes sancti ejus. Et dicit sancti, quia nullus potest esse sanctus nisi sit timens. Et dicit hoc, quia non solum timor necessarius est ascendentibus ad sanctitatem, sed etiam manentibus in ea: Eccl. 27: si non in timore Domini tenueris te, instanter a te subvertetur domus tua. Et etiam quia nihil ita evacuat sanctitatem, sicut superbia; et timor est retinaculum superbiae: Eccl. 7: qui timet Deum nihil negligit: Eccl. 40: non est in timore domini minoratio. Causam autem quare timendum est, subdit, quoniam non est inopia timentibus eum. Hoc exponitur multipliciter. Primo de inopia spiritualium bonorum: Is. 33: divitiae salutis sapientia et scientia; timor Domini ipse thesaurus ejus. Si ergo timor Domini thesaurus est, non est inopia timentibus eum. Item de inopia corporali. Contingit namque aliquando timentem Deum parum habere; sed non contingit eum esse inopem. Inops est qui se deficientem reputat: qui timent Deum sunt contenti his quae habent: Ph. 4: ubique et in omnibus institutus sum et cetera. Item Deus quaerentibus se subvenit in necessitate. Sed objicit Augustinus in Serm. Dom. in Mont. quia apostolus ait 1 Cor. 4: usque in hanc horam esurimus et sitimus, et nudi sumus. Quomodo ergo non est inopia timentibus eum? Et dicit quod Deus est nutritor et medicus. Medicus autem subtrahit nutrimentum infirmo, et facit esurire et sitire, quia expedit sanitati. Ita Deus secundum quod expedit saluti nostrae, quandoque inopiam immittit, quandoque divitias confert, quandoque longitudinem dierum concedit, quandoque brevitatem adducit.
Super Psalmo 33 n. 11 Sed consequenter cum dicit, divites eguerunt, manifestat rationem per contrarium. Contrarium enim timori Domini est affectus eorum qui animas suas divitiis dant. Primo ergo ostendit quod qui in divitiis sunt, deficiunt. Secundo, quod qui quaerunt Deum, sunt absque defectu, ibi, inquirentes. Dicit ergo, divites eguerunt, scilicet spiritualiter; idest qui sunt divites in mundanis, eguerunt in spiritualibus divitiis. Ap. 3: dicis quia dives sum, et locupletatus sum, et nullius egeo: et nescis, quia tu es miser et miserabilis, et pauper et caecus et nudus. Et esurierunt, scilicet spiritualia bona: quia naturalis appetitus inest homini ad virtutem; licet enim appetitus depravatus sit ad peccata, tamen naturaliter desiderat virtutes. Vel in futuro, eguerunt, idest egebunt, et esurierunt, idest esurient: Is. 65: servi mei comedent, et vos esurietis. Item ad litteram intelligitur: quia divites frequenter ad egestatem deducuntur, quia res mundanae sunt caducae. Lc. 1: esurientes implevit bonis et cetera. Inquirentes autem dominum: Is. 55: quaerite Dominum dum inveniri potest et cetera. Non minuentur omni bono, idest non deficient perfecto bono: quia spiritualia habebunt ad votum, et temporalia ad necessitatem: Lc. 12: primum quaerite regnum Dei, et haec omnia adjicientur vobis: Pr. 10: desiderium justis dabitur. Et eorum desiderium est omne bonum: Pr. 11: et ideo omne bonum habebunt.
Super Psalmo 33 n. 12 Venite. Posita superius exhortatione ad laudem, hic ponitur instructio necessaria: et circa hoc duo facit. Primo enim instruit de timore Dei. Secundo de divina providentia, ibi, oculi Domini et cetera. Circa primum duo facit. Primo enim praemittit quasi prooemium suae doctrinae. Secundo addit doctrinam suam, ibi, quis est homo. In exordio tria facit. Primo reddit audientem benevolum. Secundo attentum, ibi, audite me. Tertio docilem, ibi, timorem Domini docebo vos. Dicit ergo quantum ad primum, venite filii. Parentum enim est diligere filios: et ideo dicit, filii, ut eos reddat ex paterna dilectione benevolos. Item parentum est invitare filios ad doctrinam, et eos erudire: unde dicit, venite: Gn. Pen. vocavit autem Jacob filios suos, et dixit: congregamini ut annuntiem quae ventura sunt vobis diebus novissimis: He. 12: patres quidem carnis nostrae eruditores habuimus, et reverebamur eos. Quantum ad secundum dicit, audite me: Pr. 1: audiens sapiens sapientior erit et cetera. Eccl. 33: audite me magnates et omnes populi et rectores Ecclesiae et cetera. Tertio reddit docilem: et hoc quando instruit de quo est dicturus, timorem Domini docebo vos, idest quem fructum habebitis, si timueritis Deum. Vel quomodo timeatis Deum. Et incipit a timore, et bene; quia in scientia incipiendum est ab elementis: Pr. 1: timor Domini principium sapientiae, scilicet divinae.
Super Psalmo 33 n. 13 Deinde subjungit doctrinam suam cum dicit, quis est homo. Et circa hoc duo facit. Primo docet fructum timoris. Secundo doctrinam, ibi, prohibe. Dicit ergo, quis est homo, qui vult vitam: homo namque desiderat duo: scilicet longam vitam et prosperitatem: sed quia longa vita in malo est fugienda, ideo dicit, quis est homo qui vult vitam. Hanc autem acquirit homo per timorem Domini, qui est initium sapientiae, ut dicitur in Ps. 110, sine qua sapientia non est vita: unde ipsa dicit Pr. 8: qui me invenerit, inveniet vitam. Aliqui autem vivunt, sed in malis et aerumnis: Gn. 47: dies peregrinationis vitae meae centum triginta annorum parvi et mali. Et ideo dicit, diligit dies videre bonos, idest plenos, quia nihil in diebus illis aeternitatis est nisi bonum: Ps. 83: melior est dies una in atriis tuis super millia. Sed quis sit effectus timoris, ostendit primo in sermone. Secundo in opere, ibi, diverte. In sermone duo vetat: scilicet manifestum malum, et fraudulentum bonum. Quantum ad primum dicit, prohibe linguam tuam a malo, scilicet detractionis, infamationis et erroris: Ep. 4: omnis sermo malus ex ore vestro non procedat: Jc. 1: si quis putat se religiosum esse, non refraenans linguam suam et cetera. Quantum ad secundum dicit, et labia tua ne loquantur dolum; quasi dicat, nec etiam bona proferas in dolo: Ps. 11: disperdat Dominus linguam dolosam. Et nota quod prius loquitur de lingua cohibenda, et postea de labiis: quia prius movet quis linguam cum vult loqui, et postea labia. Item lingua prius format, sed labia distinguunt verba. Item opere demonstrat duo facienda. Debet enim homo ordinare vitam suam primo quantum ad se; et quantum ad hoc dicit, diverte. Secundo quantum ad proximum: et quantum ad hoc dicit, inquire et cetera. Circa primum duo facit, secundum diversas partes justitiae, quae sunt scilicet divertere a malo, et facere bonum. Secunda est ibi, et fac bonum. Dicit ergo, diverte a malo: Eccl. 7: noli facere mala et cetera. Divertere a malo non est quid meritorium, si divertere dicat solum negationem: per hoc enim, scilicet non facere malum, vitatur quidem poena quam incurrisset si illud admississet; non tamen propter hoc vita acquiritur. Et ideo sic accipiendo, non facere malum non est meritorium, dummodo talis voluntas non sit informata charitate, ut propter Deum a malo divertat. Et fac bonum: Is. 1: discite benefacere. Secundo quantum ad proximum dicit, inquire pacem et cetera. Sed contingit aliquando, quod habes proximum qui impugnat te, et tunc tuum est inquirere pacem; et ideo dicit, inquire pacem: Rm. 12: si fieri potest, quod ex vobis est, cum omnibus hominibus pacem habentes. Quandoque vero contingit, quod habes aliquem qui inquirat a te pacem, et tuum est tunc sequi eam: unde ait, et persequere eam. Vel de pace loquitur quam in se debet habere; et hanc, inquit, inquiras in vita ista. Sed non plene habetur, quia caro concupiscit adversus spiritum, et spiritus adversus carnem, Ga. 5. Dicit autem, et persequere eam, ut scilicet magis habeas, licet non sit perfecta hic, sed in futuro, ubi sedebit populus in pulchritudine pacis, Is. 32. Vel, inquire pacem, idest Christum, qui est pax nostra: Ep. 2, et sequere eam: Eccl. 2: quis est homo qui possit sequi regem factorem suum?
Vigile de la fête de tous les Saints
Collecte
Seigneur notre Dieu, multipliez envers nous l’effusion de votre grâce, et faites que, par une vie sainte, nous méritions de suivre dans la félicité éternelle ceux dont nous anticipons la fête solennelle.
Office
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Première leçon. Observez tout avec diligence, et notamment comme quoi notre Seigneur monte avec les Apôtres et descend vers les foules. Comment la multitude eût-elle vu Jésus-Christ, si Jésus-Christ (ne fût venu pour elle) dans un lieu bas ? Elle ne le suit point sur les hauteurs, elle ne s’élève point jusqu’aux cimes. Ainsi dès que notre Seigneur descend, il trouve des infirmes ; ceux-ci ne peuvent demeurer sur les hauteurs, et de là vient que saint Matthieu nous apprend aussi que les malades ont été guéris dans des lieux peu élevés. Il faut d’abord que chacun d’eux soit guéri, afin que peu à peu, et dans la mesure du progrès de ses forces, il puisse gravir la montagne. Notre Seigneur les guérit tous dans un lieu très bas, c’est-à-dire qu’il retire (le pécheur de l’abîme) de ses passions et remédie à son aveuglement. Il s’abaisse jusqu’à nos plaies, afin qu’en nous rapprochant en quelque sorte et nous enrichissant de sa nature divine, il nous rende participants de son céleste royaume.
Seconde leçon. « Bienheureux êtes-vous, ô pauvres ! Parce qu’à vous appartient le royaume de Dieu ». Saint Luc ne mentionne que quatre béatitudes, tandis que saint Matthieu en énumère huit, mais dans les huit sont comprises les quatre, et ces quatre renferment les huit. Saint Luc a tout ramené aux quatre vertus cardinales ; saint Matthieu en citant huit béatitudes, nous a dévoilé un nombre mystique. Beaucoup de Psaumes, en effet, sont intitulés ainsi : Pour les huit ou l’Octave (Pro octava) ; et vous recevez le commandement de vous mettre en état de participer en quelque manière à ces huit bénédictions. Comme l’octave, ou le nombre huit, exprime l’accomplissement parfait de notre espérance, il exprime de même la plénitude des vertus.
Troisième leçon. Examinons d’abord ce qu’il y a de plus important. (Vous êtes) « bienheureux, ô pauvres, dit notre Seigneur, parce qu’à vous appartient le royaume de Dieu ». Saint Matthieu et saint Luc énoncent tous deux en premier lieu cette béatitude ou bénédiction. Elle vient, en effet, au premier rang et est, en quelque sorte, la mère et la génératrice des vertus, car celui qui aura dédaigné les biens du siècle, méritera les biens éternels, tandis qu’il ne pourra mériter le royaume céleste celui qui, se trouvant embarrassé par les cupidités de ce monde, n’a pas le courage de s’en dégager.
Préparons nos âmes aux grâces que le ciel s’apprête à verser sur la terre, en retour des hommages de celle-ci. Telle sera demain l’allégresse de l’Église, qu’elle semblera déjà se croire en possession de l’éternité. Aujourd’hui pourtant, c’est sous les livrées de la pénitence qu’elle se montre à nos yeux, confessant bien qu’elle n’est qu’une exilée. Avec elle, jeûnons et prions. Nous aussi, que sommes-nous que des voyageurs, en ce monde où tout passe et se hâte de mourir ? D’années en années, la solennité qui va s’ouvrir compte parmi nos compagnons d’autrefois des élus nouveaux qui bénissent nos pleurs et sourient à nos chants d’espérance. D’années en années, le terme se rapproche où nous-mêmes, admis à la fête des cieux, recevrons l’hommage de ceux qui nous suivent, et leur tendrons la main pour les aider à nous rejoindre au pays du bonheur sans fin. Sachons, dès cette heure, affranchir nos âmes ; gardons nos cœurs libres, au sein des vaines sollicitudes, des plaisirs faux d’une terre étrangère : il n’est pour l’exilé d’autre souci que celui de son bannissement, d’autre joie que celle où il trouve l’avant-goût de la patrie.
Super Io., cap. 18
Super Io., cap. 18 l. 6 Supra posita est examinatio qua Pilatus examinavit Christum coram accusatoribus hic autem ponit Evangelista quomodo Pilatus examinavit Christum apud seipsum, et primo Evangelista agit de interrogatione Pilati examinantis; secundo de responsione Christi examinati, ibi respondit Iesus: regnum meum non est de hoc mundo. Circa primum duo facit. Primo proponit Pilati interrogationem; secundo interrogationis causam, seu examinationem, ibi respondit Iesus: a temetipso hoc dicis? Circa primum sciendum, quod Pilatus ut iustus iudex, et omnia exquisite tractans, non statim acquievit accusationi pontificis. Ex. XXIII, 2: non sequeris turbam ad faciendum malum nec in iudicio plurimorum acquiesces sententia, ut a vero devies. Sed introivit iterum in praetorium et vocavit Iesum, scilicet seorsum, eo quod magnam de eo habebat suspicionem. Ideo autem Christum ad se vocavit, ut exquisitius omnia rimaretur, et Christus quietius responderet, amoto strepitu Iudaeorum. Jb XXIX, 16: causam quam ignorabam, diligentissime investigabam. Et tunc dixit ei tu es rex Iudaeorum? Ex quo patet, ut Lucas refert XXIII, 2 quod Iudaei hoc crimen ei imposuerunt; licet Ioannes dicat tantum si non esset hic malefactor, non tibi tradidissemus eum, et multa alia crimina ei obiecerunt. Sed hoc magis tetigit cor Pilati, et ideo de hoc solo eum interrogat. Mt. XII, 34: ex abundantia cordis os loquitur. Consequenter cum dicit respondit Iesus etc. ponitur interrogationis examinatio, et primo ponitur Christi interrogatio; secundo Pilati responsio, ibi numquid ego Iudaeus sum? Dixit ergo respondit Iesus, versa vice interrogando, a temetipso hoc dicis? Ubi sciendum est, quod duplici ex causa homo interrogat. Quandoque ut sciat rem quam prius ignorabat, et sic discipulus interrogat magistrum; quandoque interrogat de re scita, ut sciat responsionem de quo interrogat, et sic magister interrogat discipulum. Sed Dominus sciebat et id de quo ipse interrogabat, et illud quod responsurus erat; et ideo non interrogabat quasi ignorans, quia omnia nuda et aperta sunt oculis eius, He. IV, 13, sed interrogat ut sciamus quam opinionem habebant Iudaei et gentiles, ac simul de illo regno instruamur. Consequenter cum dicit respondit Pilatus etc., ponitur responsio Pilati. Sed quare sic respondet? Ideo scilicet quia Dominus quaesivit ab eo an a semetipso hoc dixisset. Et ideo Pilatus ostendit quod non pertinebat ad eum quaerere an esset rex Iudaeorum, sed potius ad Iudaeos, quorum se regem dicebat; dans per hoc intelligere quod ab aliis hoc sibi dicebatur. Et ideo subdit gens tua et pontifices tui tradiderunt te mihi, hanc scilicet accusationem adversum te dicentes. Et dicit gens tua, quia ex Iudaeis, secundum hominem, natus erat. Jr. XX, 10: audivi enim contumelias multorum et terrores in circuitu: persequimini eum, ab omnibus viris qui erant pacifici mei; Mi VII, 6: inimici hominis, domestici eius. Et dicitur pontifices, quia quanto maiores erant in potestate, tanto potiores in crimine. I Ea IX, 2: manus principum et magistratuum fuit in transgressione hac prima; Jr. V, 5: ibo ad optimates, et loquar eis: ipsi enim cognoverunt vias Domini, et iudicium Dei sui: et ecce magis hi confregerunt iugum, ruperunt vincula. Si ergo ipsi tradiderunt te mihi, quid fecisti? Quasi dicat: non est credendum quod tradidissent te mihi nisi pro magna causa. Hic ponitur responsio Christi, et primo removet suspicionis de regno suo falsitatem; secundo astruit veritatem, ibi dixit itaque ei Pilatus: ergo rex es tu? Circa primum duo facit. Primo excludit falsam suspicionem; secundo adhibet signi probationem, ibi si ex hoc mundo esset regnum meum, ministri mei utique decertarent, ut non traderer Iudaeis. Falsam suspicionem removet, dicens regnum meum non est de hoc mundo. Quod male intelligentes Manichaei, dicebant esse duos deos et duo regna; scilicet Deum bonum, qui habet regnum suum in regione lucis; et Deum malum, qui habet regnum suum in regione tenebrarum; et hanc dicebant esse hunc mundum, quia omnia corporalia dicebant esse tenebras. Et secundum hoc sensus est: regnum meum non est de hoc mundo, quasi dicat: Dominus Pater, qui bonus est, et ego non habemus regnum in regione tenebrarum. Sed contra hoc est quod dicitur in Ps. XLVI, 8: quoniam rex omnis terrae Deus. Et iterum: omnia quaecumque voluit Dominus fecit in caelo et in terra. Et ideo dicendum, quod hoc dixit Christus propter Pilatum, qui credebat Christum affectare regnum terrenum, quo corporaliter, sicut et homines terreni, regnaret; et per hoc esset morte plectendus, quod illicitum affectaverit regnum. Sciendum est autem, quod regnum quandoque dicitur ille populus qui regnat, quandoque ipsa regia potestas. Primo ergo modo accipiendo regnum exponit Augustinus, et dicit regnum meum, idest fideles mei, Apoc. V, 10: fecisti nos Deo nostro regnum, non est de hoc mundo. Non dicit: non est in hoc mundo; supra XVII, 11: et hi in mundo sunt, sed non est de hoc mundo, per affectum et imitationem, ereptus quidem per gratiae electionem. Sic enim nos Deus eruit de potestate tenebrarum, et transtulit in regnum caritatis suae. Chrysostomus autem exponit accipiendo regnum secundo modo, et dicit: regnum meum, idest potestas mea et auctoritas qua rex sum, non est de hoc mundo idest, non habet originem ex causis mundanis et electione hominum, sed aliunde, scilicet ab ipso Patre. Dn. VII, 14: potestas eius, potestas aeterna quae non auferetur, et regnum eius quod non corrumpetur. Hic adhibet signa evidentia ad probandum quod regnum eius non est de hoc mundo, et primo ponit signum; secundo concludit intentum, ibi nunc autem regnum meum non est hinc. Circa primum sciendum est, quod qui habet regnum terrenum, sive iuste sive violenter, oportet quod habeat socios et ministros, per quos in potestate fulciatur. Cuius ratio est, quia non est potens per seipsum, sed per ministros suos. II R. III, 1: facta est longa concertatio inter domum Saul et inter domum David: David proficiscens et semper seipso robustior, domus autem Saul decrescens quotidie. Sed rex supernus, quia potens est per seipsum, servis suis potentiam tribuit; ideo non indiget ad regnum suum ministris. Et ideo dicit, quod regnum suum non est de hoc mundo: quia si ex hoc mundo esset regnum meum, ministri utique mei decertarent, ut non traderer Iudaeis. Unde et Petrus volens decertare pro Christo, non advertebat se de hoc mundo non esse: supra eodem. Habebat tamen Dominus alios ministros, scilicet Angelos, qui potuissent eum eripere de manibus Iudaeorum; sed dominus eripi noluit. Mt. XXVI, v. 53: an non possum rogare Patrem meum, et exhibebit mihi plusquam duodecim legiones Angelorum? Nunc autem regnum meum non est hinc. Scilicet, quia non quaerit tales ministros, concludit quod regnum suum non est hinc, idest, non habet principium de hoc mundo; est tamen hic, quia ubique est: attingit enim a fine usque ad finem fortiter, et disponit omnia suaviter: Sg. VIII, 1; Ps. II, 8: postula a me, et dabo tibi gentes hereditatem tuam, et possessionem tuam terminos terrae; Dn. VII, 14: dedit potestatem et honorem et regnum; et omnes populi, tribus et linguae servient ei. Hic Dominus manifestat veritatem de regno suo quod sit, et primo ponitur manifestationis occasio; secundo ipsa manifestatio, ibi respondit ei Iesus etc.; tertio manifestationis effectus, ibi dixit ei Pilatus, quid est veritas? Circa primum sciendum, quod Pilatus ex supradictis verbis Domini intelligens quod regnum quasi carnale et longinquum esset de partibus illis I Cor. II, 14: animalis homo non percepit ea quae sunt spiritus Dei anhelavit ad veritatem sciendam; et ideo inquit dicens ergo rex es tu? Scilicet et dominus. Consequenter respondens dicit tu dicis quia rex sum ego, ubi primo se esse confitetur regem; secundo sui regni ostendit rationem, ibi ego in hoc natus sum (...) ut testimonium perhibeam veritati; tertio insinuat supra quos regnat, ibi omnis qui est ex veritate, audit vocem meam. Circa primum sciendum est, quod Dominus ad quaestionem respondens de regno, ita responsionem suam temperavit ut nec manifeste confiteretur se esse regem, cum rex non esset eo modo quo Pilatus intelligebat; nec negaret, cum spiritualiter esset rex regum. Dicit ergo tu dicis quia rex sum ego, scilicet carnaliter secundum quem modum rex non sum, sed alio modo rex sum ego; Is. XXXII, 1: ecce in iustitia regnabit rex, principes in iudicio praeerunt. Modum autem et rationem regni sui ostendit dicens ego in hoc natus sum, et ad hoc veni in mundum, ut testimonium perhibeam veritati; quod dupliciter exponitur. Uno modo, secundum Augustinum, ut regnum Christi sint fideles sicut dictum est supra: et sic Christus super fideles regnat; et ad hoc venit in mundum ut congregans sibi fideles, regnum sibi acquirat. Lc. XIX, 12: homo quidam nobilis abiit in regionem longinquam accipere sibi regnum. Et sic est sensus: ego in hoc, idest ad hoc, natus sum, nativitate scilicet carnali. Et hoc exponit dicens et ad hoc veni in mundum, carnaliter nascendo; sic enim venit in mundum, Ga. IV, 4: misit Deus filium suum in mundum, ut testimonium perhibeam veritati, scilicet mihi, qui sum veritas, supra XIV, 6. Et si testimonium perhibeo de meipso, verum est testimonium meum, supra VIII, 14. Et inquantum manifesto me veritatem, intantum regnum mihi paro. Hoc enim non potest fieri nisi per manifestationem veritatis, quam manifestationem non decebat fieri nisi per me, qui sum lux. Supra I, 18: unigenitus, qui est in sinu Patris, ipse enarravit. He. II, 3: quae cum initium accepisset enarrandi per Dominum, ab eis qui audierunt, in nos confirmata est, contestante Deo signis et portentis et variis virtutibus et spiritus sancti distributionibus. Alio modo exponit Chrysostomus sic: tu quaeris si rex ego sum, et ego dico quod sic: sed potestate divina, quia in hoc natus sum, nativitate aeterna a Patre, sicut Deus ex Deo, ita rex ex rege; Ps. II, 6: ego autem constitutus sum rex, et subdit: ego hodie genui te. Sed quod addit et ad hoc veni in mundum, non ponitur expositive, sed intelligitur de nativitate temporali; quasi diceret: etsi sum rex aeternus, tamen ad hoc veni in mundum, ut testimonium perhibeam veritati; mihi scilicet quod sum rex a Deo Patre. Hic ostendit super quos regnet. Ubi notandum quod supra X, 1, dixit se pastorem, et subditos dixit oves, quod idem est quod hic dicit se regem et subditos regnum: quia eadem est proportio regis ad subditos et pastoris ad oves: et sicut pastor pascit oves, Ez. XXXIV, 2: nonne greges pascuntur a pastoribus, ita et rex sustentat subditos. Et specialiter inter alia dixit oves meae vocem meam audiunt: unde et hic dicit qui est ex veritate, audit vocem meam, non solum exterius, sed credendo interius et amando ac opere implendo; supra VI, 45: omnis qui audivit a Patre et didicit venit ad me. Sed unde hoc homini ut audiat vocem meam? Inde scilicet quia est ex veritate, quae est Deus. Sed cum omnes sint ex Deo, omnes sunt ex veritate et audiunt vocem eius. Respondeo. Dicendum, quod aliqui sunt ex Deo per creationem, et sic omnes sunt a Deo. Dicuntur etiam aliqui esse a Deo per affectum et imitationem; unde supra VIII, 47 dicitur: ex Deo non estis, scilicet secundum affectum, sed per creationem estis: ille ergo audit vocem credendo et amando, qui, scilicet, est ex veritate, idest, qui accepit hoc munus ut veritatem amet. Sed attende, quod non dicit: omnis qui audit vocem, est ex veritate, quia sequeretur quod ideo essemus ex veritate quia credimus: cum tamen ideo credamus quia sumus ex veritate, inquantum scilicet accepimus donum Dei per quod credimus et amamus veritatem. Ep. II, 8: gratia salvati estis per fidem, et hoc non ex vobis: Dei enim donum est; Ph. I, 29: vobis datum est non solum ut in eum credatis, sed etiam ut pro illo patiamini. Ponit responsionis effectum, in quo datur intelligi quod Pilatus propulsa suspicione regni terreni, ac intelligens Christum regem esse in doctrina veritatis, cupit veritatem scire, ac effici de regno eius; unde dicit quid est veritas? Non quaerens quae sit definitio veritatis, sed quid esset veritas cuius virtute de regno eius efficeretur: dans per hoc intelligere, quod veritas mundo incognita erat, et fere ab omnibus evanuerat, dum increduli essent. Is. LIX, 14: corruit veritas in plateis, et aequitas non potuit ingredi; Ps. XI, 2: diminutae sunt veritates a filiis hominum. Sed Pilatus responsionem non expectavit. Et ideo quantum ad hanc quaestionem sciendum est, quod duplicem veritatem invenimus in Evangelio: unam increatam et facientem; et haec est Christus, supra XIV, 6: ego sum via, veritas et vita, aliam factam, supra I, 17: gratia et veritas per Iesum Christum facta est. Veritas enim de sui ratione importat commensurationem rei ad intellectum. Intellectus autem dupliciter comparatur ad res. Quia quidam ut mensura rerum existens, ille scilicet qui est causa rerum; quidam autem mensuratus a re, ille scilicet cuius cognitio causatur a re. Non igitur est veritas in intellectu divino quia ipse adaequatur rebus, sed quia res ipsi divino intellectui adaequantur. Sed in intellectu nostro ideo est veritas, quia ita intelligit res ut res se habent. Et sic veritas increata et intellectus divinus est veritas non mensurata nec facta, sed veritas mensurans et faciens duplicem veritatem; unam scilicet in ipsis rebus, inquantum facit eas secundum quod sunt in intellectu divino; et aliam quam facit in animabus nostris, quae est veritas mensurata tantum et non mensurans. Et inde est quod veritas increata intellectus divini appropriatur filio, qui est ipsa conceptio divini intellectus et Dei verbum. Veritas enim conceptionem intellectus consequitur. Deinde cum dicit et cum hoc dixisset, iterum exivit ad Iudaeos, agit de sententia Pilati in Christum, et primo declarat eius innocentiam; secundo intentat impendere misericordiam, ibi est autem consuetudo ut unum dimittam vobis in Pascha. Sciendum est autem circa primum, quod Pilatus, ut dicit Augustinus, volebat libenter Christum liberare, et dum quaesivisset a Christo quid est veritas? Subito venit illi in mentem quomodo per quandam consuetudinem Christum liberare poterat qua solet eis dimitti unus in Pascha: et ideo responsionem non expectans totaliter, contulit se ad hoc procurandum, et ideo dicit et cum hoc dixisset. Audiebat Iudaeorum tumultum, et credens se illum posse compescere et postmodum quietius difficilis quaestionis responsionem audire, iterum exivit ad Iudaeos, et proponens Christi innocentiam, dixit eis: ego nullam invenio in eo causam, scilicet mortis. I P. II, 22: qui peccatum non fecit. Et tamen si esset aliqua in eo, ego apud quem residet potestas, et praecipue iudicandi de his quae contra regem fiunt, volo eum liberare et absolvere. Unde dicit est autem consuetudo ut unum dimittam vobis in Pascha. Ubi primo offert Christi absolutionem; secundo ponit Evangelista Iudaeorum responsionem. Sciendum est autem, quod hanc consuetudinem introduxit Pilatus, vel alii praesides Romanorum, ob favorem populi. Et ideo secundum hanc consuetudinem volens eum dimittere, dicit vultis ergo dimittam vobis regem Iudaeorum? Non dicit hoc quasi invenerit eum culpabilem de regno Iudaeorum, sed ut exaggeraret ipsorum malitiam; quasi dicat: etsi sit rex Iudaeorum, quod ad vos iudicare non pertinet, sed ad me, tamen, si vultis, dimittam eum vobis. Sed ipsi Iudaei clamaverunt rursum omnes dicentes: non hunc, sed Barabbam. Et ut Iudaeorum malitiam ostendat, statim subdit eius, quem liberari petebant, crimen, dicens erat autem Barabbas latro. Is. I, 23: principes tui infideles, socii furum. In hoc impletur illud Jr. XII, 8: facta est mihi haereditas mea quasi leo in silva; Ac. III, 14: iustum et sanctum negastis, et petistis virum homicidam donari vobis.
Dernier Dimanche d’Octobre : le Christ-Roi
Introït
L’Agneau qui a été égorgé, est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur. A Lui la gloire et le pouvoir dans les siècles des siècles. O Dieu, donnez au Roi votre jugement : et au Fils du Roi votre justice.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, qui avez voulu restaurer tout dans la personne de votre Fils bien-aimé, le Roi de l’univers : accordez dans votre bonté, que toutes les familles des nations, qui vivent en désaccord à cause de la blessure du péché, se soumettent à son très doux pouvoir. Lui qui vit.
Épitre Col. 1, 12-20
Mes Frères : Rendons grâces à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière, qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, par son sang et la rémission des péchés ; qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature. Car c’est par lui que toutes choses ont été créées dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit Trônes, soit Dominations, soit Principautés, soit Puissances : tout a été créé par lui, et en lui ; et lui-même est avant tous, et tout subsiste en lui. Et lui-même est le chef du corps de l’Église : il est le principe, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses il garde la primauté ; parce qu’il a plu au Père que toute plénitude habitât en lui ; et de se réconcilier par lui toutes choses, pacifiant par le sang de sa croix, soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Évangile Jn. 18, 33-37.
En ce temps-là : Pilate dit à Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les princes des prêtres t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n’est point d’ici. Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Voici pourquoi je suis né, et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix.
Secrète
Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice de la réconciliation de l’homme : faites, nous vous prions, que Celui que nous immolons dans ce sacrifice, accorde Lui-même à toutes les nations les dons d’unité et de paix Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur : Qui vit.
Postcommunion
Ayant reçu l’aliment de l’immortalité, nous vous prions, Seigneur : puissions-nous, qui nous glorifions de combattre sous l’étendard du Christ, régner toujours avec Lui dans le céleste séjour : Lui qui vit
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
De l’Épître de saint Paul Apôtre aux Colossiens.
Première leçon. Chap. 1, 3-8 Nous ne cessons de rendre grâces à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus, et la charité que vous avez à l’égard de tous les Saints, en raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux. Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, la Bonne Nouvelle, qui est parvenue chez vous de même que dans le monde entier elle fructifie et se développe ; chez vous elle fait de même depuis le jour où vous avez appris et compris dans sa vérité la grâce de Dieu. C’est Épaphras, notre cher compagnon de service, qui vous en a instruits ; il nous supplée fidèlement comme ministre du Christ, et c’est lui-même qui nous a fait connaître votre dilection dans l’Esprit.
Deuxième leçon. Chap. 1, 9-17 C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous avons reçu ces nouvelles, nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. Vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur et qui Lui plaise en tout : vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et grandirez dans la connaissance de Dieu ; animés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et endurance ; avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des Saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. Il est l’image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
Troisième leçon. Chap. 1, 18-23 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : II est le Principe, Premier-Né d’entre les morts, (il fallait qu’il obtînt en tout la primauté), car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. Vous-mêmes, qui étiez devenus jadis des étrangers et des ennemis, par vos pensées et vos œuvres mauvaises, voici qu’à présent II vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche. Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l’espérance promise par l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
De la lettre encyclique du Pape Pie XI.
Quatrième leçon. L’Année sainte ayant offert plus d’une occasion de glorifier la royauté du Christ, Nous agirons, semble-t-il, de manière pleinement conforme à Notre charge apostolique si, répondant aux demandes qui Nous ont été adressées individuellement ou en commun par de très nombreux cardinaux, évêques et fidèles, Nous terminons cette année en introduisant dans la liturgie de l’Église une fête spéciale de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi. Que le Christ soit appelé Roi au sens figuré, en raison du degré suprême d’excellence par lequel il surpasse et domine toutes les créatures, c’est là depuis longtemps un usage communément reçu. On dit ainsi de lui qu’il règne "sur les esprits des hommes", non pas tant à cause de la pénétration de son intelligence ou de la profondeur de sa science que parce qu’il est lui-même la Vérité et que les hommes doivent puiser en lui la vérité et l’accepter avec soumission ; il règne de même "sur les volontés des hommes", non seulement parce qu’à la sainteté de la volonté divine correspondent en lui l’intégrité et l’obéissance parfaites de la volonté humaine, mais aussi parce qu’il donne à notre volonté libre les inspirations qui la portent à s’enflammer pour de nobles buts. Le Christ est enfin reconnu "Roi des cœurs" en raison de sa "charité qui surpasse toute connaissance", ainsi que de sa bonté et de sa tendresse qui attirent les âmes : personne n’a jamais eu et personne n’aura jamais à l’avenir le privilège d’être aimé par toutes les nations, comme l’a été le Christ Jésus. Mais, pour entrer plus profondément dans notre sujet, nul ne saurait nier que le titre de roi et le pouvoir royal doivent, au sens propre du mot, être reconnus au Christ Homme ; c’est seulement en tant qu’il est homme qu’il a reçu du Père "la puissance, l’honneur et la royauté" ; en effet, le Verbe de Dieu, qui a la même substance que le Père, possède nécessairement tout en commun avec le Père et il a donc le pouvoir suprême et absolu sur toutes les créatures.
Cinquième leçon. Le fondement sur lequel reposent cette dignité et cette puissance de Notre-Seigneur est bien Indiqué par Cyrille d’Alexandrie en ces termes : "II possède, en résumé, sur toutes les créatures, un pouvoir qui n’a pas été conquis par la violence, ni reçu d’ailleurs, mais il l’a par son essence et sa nature" ; sa souveraineté se fonde en effet sur cette union admirable qu’on appelle hypostatique. Il en résulte non seulement que le Christ doit être adoré comme Dieu par les anges et par les hommes, mais aussi que les anges et les hommes doivent obéir et se soumettre au pouvoir de cet Homme : ainsi, même au seul titre de l’union hypostatique, le Christ possède l’autorité sur toutes les créatures. Si nous voulons maintenant expliquer brièvement la grandeur et la nature de cette dignité, il est à peine nécessaire de dire qu’elle comporte trois pouvoirs, à défaut desquels elle ne peut guère se concevoir. Des témoignages recueillis dans la Sainte Écriture et concernant la suprématie universelle de notre Rédempteur le montrent de manière surabondante et il faut le croire de foi catholique : le Christ Jésus a été donné aux hommes comme le Rédempteur en qui ils doivent avoir confiance, mais aussi comme le législateur à qui ils doivent obéir. Les évangiles ne rapportent pas tant qu’il a établi des lois qu’ils ne le font voir lui-même établissant ces lois : tous ceux qui observeront ces préceptes, déclare le divin Maître en divers endroits et en des termes différents, prouveront leur charité envers lui et demeureront en son amour. Quant au pouvoir judiciaire, Jésus déclare lui-même aux Juifs qu’il lui a été attribué par le Père, lorsque ceux-ci l’accusent d’avoir violé le repos du sabbat en guérissant miraculeusement un malade : "Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils". Ce pouvoir comporte également pour lui le droit (car cette prérogative ne peut être séparée du jugement) de décerner aux hommes encore vivants des récompenses et des châtiments. Mais il faut encore reconnaître au Christ le pouvoir qu’on appelle exécutif : la nécessité d’obéir à son commandement s’impose en effet à tous et cela sous la menace faite aux rebelles de supplices auxquels nul ne saurait se soustraire.
Sixième leçon. Il n’en est pas moins vrai que cette royauté est principalement de nature spirituelle et se rapporte aux réalités spirituelles, ainsi que le montrent les textes bibliques que nous avons rappelés et comme le Christ Seigneur le confirme par sa façon d’agir. En plus d’une occasion en effet, comme les Juifs et les Apôtres eux-mêmes croyaient faussement que le Messie allait rendre la liberté au peuple et rétablir le royaume d’Israël, il leur enleva et détruisit cette opinion et cette espérance vaines ; lorsque la foule d’admirateurs qui l’environnaient voulut le proclamer roi, il refusa le nom et l’honneur, en fuyant et en se cachant ; devant le magistrat romain, il déclara que son royaume n’était pas "de ce monde". Le royaume qu’il propose dans les évangiles est tel que les hommes doivent se préparer à y entrer en faisant pénitence, mais qu’ils ne peuvent y entrer que par la foi et par le baptême, lequel, tout en étant un rite extérieur, signifie et opère cependant la régénération intérieure ; il s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres et il demande à ses membres non seulement que, détachant leur cœur des richesses et des biens terrestres, ils pratiquent la douceur et aient faim et soif de la justice, mais encore qu’ils renoncent à eux-mêmes et portent leur croix. Comme le Christ Rédempteur a acquis l’Église par son sang et s’est offert et s’offre perpétuellement comme Prêtre en victime pour les péchés, qui ne voit que la fonction royale elle-même revêt le caractère de ces deux fonctions et y participe ? Ce serait d’ailleurs une grossière erreur de refuser au Christ Homme l’autorité sur les choses civiles, puisqu’il reçoit de son Père un pouvoir tellement absolu sur les êtres créés que tout est placé sous sa souveraineté. C’est pourquoi, par Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi, qui devra être célébrée dans tout l’univers, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire le dimanche qui précède la fête de Tous les Saints. Nous ordonnons aussi que soit renouvelée chaque année en ce même jour la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. Quel intérêt pour le Roi des siècles de devenir le roi des hommes ? Le Christ n’est pas roi d’Israël pour lever un tribut, pour équiper une armée ou pour combattre des ennemis visibles, mais pour gouverner les âmes, pour veiller à leur salut éternel, et pour conduire au royaume des cieux ceux qui croient, espèrent et aiment. Pour le Fils de Dieu égal au Père, Verbe "par qui tout fut fait", c’est donc une condescendance de consentir à être roi d’Israël et non une promotion. C’est la marque de sa miséricorde, bien loin d’être un accroissement de pouvoir. II est au ciel le Seigneur des anges celui qui reçoit sur terre le nom de roi des Juifs... Mais le Christ n’est-il que roi des Juifs ? Ne l’est-il pas de toutes les nations ? — Bien sûr que si ! Il l’avait dit prophétiquement : "J’ai été constitué par Dieu roi sur Sion, sa montagne sainte, je publierai le décret du Seigneur." Mais, puisqu’il s’agit de la montagne de Sion, on pourrait dire qu’il a été constitué roi des Juifs seulement, aussi les versets suivants déclarent-ils : "Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, c’est moi qui t’engendre aujourd’hui ; demande et je te donnerai les nations pour héritage et pour ta possession les confins de la terre."
Huitième leçon. Jésus répondit : "Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici." Voici l’enseignement que notre bon Maître a voulu nous donner ; mais il fallait d’abord nous faire connaître quelle fausse opinion les gens (païens ou juifs de qui Pilate l’avait recueillie) s’étaient faite sur le royaume de Dieu. Gomme si le Christ avait été condamné à mort, pour avoir brigué un règne indu ou comme s’il avait fallu s’opposer prudemment au danger que son royaume aurait fait courir soit aux Romains, soit aux Juifs, étant donné la jalousie réciproque habituelle aux souverains !
Neuvième leçon. Le Seigneur aurait pu répondre : "Mon royaume n’est pas de ce monde", dès la première question du procurateur : "Es-tu le roi des Juifs ?". Mais i ! préféra interroger Pilate à son tour : "Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?", pour lui prouver d’après sa réponse qu’il s’agissait là d’une accusation jetée par les juifs devant le gouverneur. Ainsi le Christ nous dévoile-t-il les pensées des hommes dans toute leur vanité qu’il connaît fort bien. Après la réponse de Pilate, c’est donc avec plus d’à-propos encore qu’il peut rétorquer, s’adressant à la fois aux Juifs et aux païens : "Mon royaume n’est pas de ce monde."
Super Col
Prooemium
Super Col., pr. Protegebat castra gladio suo, et cetera. I Ma. III, 3. Haec verba congruunt materiae huius epistolae ad Colossenses, quia totus status huius vitae est in pugnatione militantium, quorum habitacula castra dicuntur. Jb VII, v. 1: militia est vita hominis super terram. Ideo habitacula fidelium nomine castrorum figurantur. Unde Ecclesia similitudinem habet castrorum. Gn. XXXII, 2: castra Dei sunt haec. Haec castra tripliciter impugnantur. A quibusdam quasi obsidentibus, qui manifeste se erigunt contra Ecclesiam. Ap. XX, 8: ascenderunt super latitudinem terrae, et circuierunt castra sanctorum et civitatem dilectam. Ab aliis latenter decipitur, sicut ab haereticis. Rm.: per dulces sermones et benedictiones seducunt corda hominum, et cetera. II Tm. III, 13: mali autem homines et seductores proficient in peius, errantes et in errorem mittentes. A quibusdam, scilicet domesticis, per diversas corruptelas peccatorum quae sunt ex corruptione carnis. Ga. V, 17: caro concupiscit adversus spiritum, et spiritus adversus carnem. Ep. ult.: non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem, sed adversus principes, et cetera. Praelati Ecclesiae sunt duces, Ps. LXVII, 28: principes Iuda duces eorum, ad quorum officium pertinet contra omnia praedicta castra Ecclesiae munire. Contra peccata quidem, per exhortationes. Is. LVIII, 1: annuntia populo meo scelera eorum, et domui Iacob peccata eorum. Contra haereticos, per sanam doctrinam. I Tm. I: amplectentem eum, qui secundum doctrinam est, fidelem sermonem, et cetera. Contra persecutores, exemplo, scilicet patienter tolerando. Sic Paulus protexit gladio spirituali, quia in suis epistolis corripiebat peccata, confutabat haereses, animabat ad patientiam. De primo, Ep. V, 3: fornicatio autem et omnis immunditia aut avaritia nec nominetur in vobis, et cetera. De secundo, Tt. III, 10: haereticum hominem post primam et secundam correptionem devita, et cetera. De tertio, II Cor. XI per totum patet quomodo animabat ad patientiam. Et sic tanguntur duo in verbis propositis, scilicet Ecclesiae status, cum dicitur castra, et apostoli studium, ibi protexit. In castris autem debet esse sollicitudo ad mala vitanda. Dt. XXIII, 14: ut sint castra tua sancta, et nihil in eis appareat foeditatis. Item ordo ad ducem et ad se. Ct.VII, 1: quid videbis in Sunamite, nisi choros castrorum? Gn. XXXII, 2: castra Dei sunt haec. Item terror ad hostes. Ct. VI, 3: terribilis ut castrorum acies ordinata. Sed apostolus circa protectionem erat sollicitus tamquam pastor, cuius est dirigere oves diligenter ne errent. Jn. X, 4: ante eas vadit, et cetera. Et sic apostolus faciebat. Ph. III: imitatores mei estote, sicut et ego Christi. Item pascere abundanter, ne deficiant. I P. V, 2: pascite, qui in vobis est, Domini gregem, et cetera. Et sic apostolus faciebat. I Cor. I, 2: tamquam parvulis lac dedi vobis. Item defendere potenter, ne pereant. Eccli.VII, 6: noli velle fieri iudex, nisi valeas virtute irrumpere iniquitates. I Reg. XVII, 34: pascebat servus tuus patris sui gregem, et veniebat leo, vel ursus, et cetera. Et ideo dicit, quod apostolus protegebat castra, id est Ecclesiam Dei, gladio, quod est verbum Dei, ut dicitur Ep. VI: vivus est enim sermo Dei et efficax et penetrabilior omni gladio ancipiti, et cetera. Sic ergo materia huius epistolae est haec. Quia in epistola ad Ephesios ostendit modum ecclesiasticae unitatis; in epistola ad Philippenses ostendit eius profectum et conservationem; in hac autem agit de eius conservatione contra haereticos, qui depravaverant eos seducendo, et cetera.
Caput 1
Lectio 1
Super Col., cap. 1 l. 1 Dividitur autem haec epistola in salutationem, et tractatum, ibi gratias, et cetera. Item primo ponuntur personae salutantes; secundo personae salutatae, ibi his qui sunt; tertio bona optata, ibi gratia vobis. Circa primum primo ponitur principalis persona; secundo adiuncta, ibi et Timotheus. Principalis primo tangitur ex nomine Paulus, id est humilis. Tales enim percipiunt sapientiam. Mt. XI, 25: abscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis. Et ideo docet eam. Secundo ab officio, scilicet apostolus, id est missus, scilicet ad procurandum salutem fidelium. Ac. XIII, 2: segregate mihi Saulum et Barnabam in opus ad quod assumpsi eos. Jn. XX, 21: sicut misit me Pater, et ego mitto vos. Et apostolus, non cuiuslibet, sed Iesu Christi, cuius gloriam quaerit, non sui ipsius. II Cor. IV, 5: non enim nosmetipsos praedicamus, sed Iesum Christum Dominum nostrum, nos autem servos vestros per Iesum. Sed quidam aliquando perveniunt ad officium ex ira Dei propter peccatum populi. Jb XXXIV, 30: qui regnare facit hominem hypocritam propter peccata populi. Os. XIII, 11: dabo tibi regem in furore meo. Et ideo dicit per voluntatem Dei, scilicet eius beneplacitum. Jr. III, 15: dabo vobis pastores iuxta cor meum, et pascent vos scientia et doctrina. Persona adiuncta est Timotheus, ut scilicet in ore duorum vel trium stet omne verbum, ut, dicitur Dt. XVII. Pr. XVIII, v. 19: frater qui iuvatur a fratre, quasi civitas firma. Personae salutatae ponuntur, ibi his, et cetera. Sancti dicuntur maiores. Lc. I, 75: serviamus illi in sanctitate et iustitia coram ipso. Fideles dicuntur minores, qui saltem veram fidem tenent, quia sine fide impossibile est placere Deo, ut dicitur He. XI, 6. Vel sanctis, id est in Baptismo sanctificatis, et fidelibus, id est permanentibus in fide accepta. Pr. XXVIII, 20: vir fidelis multum laudabitur, et cetera. Deinde ponuntur bona optata, scilicet gratia, quae est principium omnis boni. Rm. III, 24: iustificati gratis per gratiam ipsius. Pax quae est finale bonum omnium. Ps. CXLVII, 14: qui posuit fines tuos pacem. Et per consequens optat omnia bona media. Et hoc a Deo, Ps. LXXXIII, 12: gratiam et gloriam dabit Dominus; Patre domini nostri Iesu Christi, scilicet per naturam, sed nostro per gratiam, et Domino Iesu Christo, et sic Patre nostro, scilicet Deo in Trinitate, et domino Iesu Christo, quantum ad naturam assumptam.
Lectio 2
Super Col., cap. 1 l. 2 Hic, accedens ad propositum, incipit epistolarem tractatum. Et primo commendat Evangelii veritatem; secundo contra contrariantia protegit veritatem status huius in II capite, ibi volo enim scire vos. Circa primum duo facit. Primo commendat evangelicae fidei veritatem; secundo actorem huius status, ibi qui est imago. Item prima in duas, quia primo agit gratias pro beneficiis specialiter exhibitis Colossensibus; secundo pro exhibitis generaliter Ecclesiae, ibi gratias agentes. Circa primum duo facit, quia primo commendat gratiarum actionem Deo pro istis; secundo ostendit orationis materiam, ibi audientes. Iterum prima in duas, quia primo praemittit gratiarum actionem; secundo orationem, ibi orantes. Dicit ergo: gratias agimus Deo, actori gratiarum. I Th. ult.: in omnibus gratias agite. Et hoc semper, pro praeteritis et futuris. Licet enim non continue in actu possimus orare, tamen semper, ex habitu charitatis, debemus orare. I Th. ult.: sine intermissione orate. Lc. XVIII, 1: oportet semper orare. Deinde ponitur materia, et primo gratiarum actionis, secundo orationis, ibi ideo et nos. Circa primum primo commemorat bona eorum, secundo quomodo fuerunt ea adepti, ibi quam audistis. Bonum nostrum principaliter est in fide, spe et charitate: per fidem enim habemus notitiam Dei, per spem elevamur in ipsum, sed charitate unimur ei. I Cor. XIII, 13: nunc autem manent fides, spes, charitas, tria haec, et cetera. Et ideo de istis tribus gratias agit, primo quod fidem habent. Non enim ipse praedicaverat eis, sed quidam discipulus Epaphras nomine, et postea Archippus. Et ideo dicit audientes fidem, quae est principium spiritualis vitae. Ha. II, 4: iustus meus ex fide vivit. He. XI, 6: accedentem ad Deum oportet credere, et cetera. Sed haec fides sine dilectione operante est mortua, ut dicitur Jc. II, 17. Et ideo oportet, quod adsit dilectio operans. Ga. ult.: in Christo Iesu neque circumcisio aliquid valet, neque praeputium, sed nova creatura. Et ideo dixit et dilectionem quam habetis, et cetera. Est autem quaedam dilectio charitatis et quaedam mundana, sed mundana non se extendit ad omnes, quia dilectio talis ad illos est cum quibus est communio, quae est causa dilectionis, et haec causa in dilectione mundana non se habet ad omnes, sed tantum est cum consanguineis et mundanis, sed dilectio charitatis se extendit ad omnes. Et ideo dicit in omnes. Nam et si peccatores diligantur per charitatem, hoc est ut sint aliquando sancti. I Jn. III, 14: nos scimus quoniam translati sumus de morte ad vitam, quoniam diligimus fratres. Item dilectio mundi habet fructum in hoc mundo, sed charitas habet in vita aeterna. Et ideo tertio subdit de spe, dicens propter spem quae reposita est, id est propter gloriam aeternam, quae ideo dicitur spes, quia pro certo custoditur. Jb XIX, 27: reposita est haec spes mea in sinu meo. Deinde cum dicit quam ante audistis, ostendit quomodo adepti sunt ista. Et primo commendat doctrinam evangelicam, secundo ministerium, ibi sicut didicistis. Item primo commendat doctrinam a veritate; secundo ab eius dilatatione, ibi quod pervenit; tertio a profectu, ibi et fructificat. Dicit ergo quam audistis, scilicet spem, vel rem speratam. Et hoc in verbo veritatis Evangelii. Haec enim excedit omnia. I Cor. II, 9: nec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit, et cetera. Et ideo Deus eam revelat. Mt. III, 2: poenitentiam agite, appropinquabit enim regnum caelorum. Haec autem est spes vera, non autem est vana (sicut quando promittens est mendax), quia in verbo veritatis. Jn. XVII, 17: sermo tuus veritas est. Deinde cum dicit quod pervenit, commendatur doctrina Christi a dilatatione, quia non solum pervenit ad vos, sed in universo mundo. Ps. XVIII, 4: in omnem terram exivit sonus eorum, et cetera. Mt. XXIV, 14: oportet hoc Evangelium regni praedicari in universo orbe, et tunc erit consummatio. Sed quomodo nondum est consummatio, cum sit praedicatum in universo mundo?
Respondeo. Aliqui dicunt quod Evangelium Christi non est Evangelium regni. Sed hoc est falsum, quia Dominus dicit hoc Evangelium regni. Sed dicendum est, secundum Chrysostomum, quod adhuc viventibus apostolis, Evangelium Christi est divulgatum per totum mundum, saltem quantum ad famam, quod est valde miraculosum, quod in quadraginta annis sic creverit doctrina Christi. Et sic dicit in universo mundo, quantum ad famam, et tunc erit consummatio, id est destructio Ierusalem. Secundum Augustinum autem hoc non est verum, quia adhuc tempore suo erant aliquae gentes, in quibus nondum erat Ecclesia. Et ideo ipse dicit hoc esse intelligendum quando praedicabitur, ita quod quando in omnibus gentibus Ecclesia erit fundata, licet aliqui sint credentes, aliqui non, tunc erit finis; et hoc non tempore apostoli, sed circa finem mundi: et sic quando hic dicitur in universo mundo, loquitur apostolus de futuro sicut de praesenti propter certitudinem eventus. Ps. XVIII, 4: in omnem terram exivit sonus eorum, et cetera. Potest tamen dici quod secundum famam est divulgatum per totum mundum, sed non secundum fundationem. Deinde commendat doctrinam Christi quantum ad fructum per bona opera, ibi et fructificat. Eccli. XXIV, 23: flores mei fructus honoris et honestatis, et cetera. Matth. XIII, v. 8: fructum affert, et facit aliud quidem centesimum, aliud sexagesimum, aliud tricesimum. Et crescit, scilicet in multitudine credentium. Act. II, 47: dominus autem augebat qui salvi fierent quotidie in idipsum. Et hoc magnae potestatis fuit, quia sicut in vobis, ita et in aliis. Audistis praedicationem, et cognovistis approbando. Consequenter commendat ministerium tripliciter. Primo per comparationem ad se; secundo per comparationem ad ipsos; tertio quantum ad utrosque. Dicit ergo: edocti estis per Evangelium, sicut ab Epaphra didicistis conservo. Apoc. ult.: conservus tuus sum, et fratrum tuorum. Qui est fidelis minister, scilicet non quaerens quae sua sunt. I Cor. c. IV, 1: sic nos existimet homo ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei, et cetera. Qui est fidelis, scilicet mediator inter apostolum et istos. Qui etiam manifestavit, id est significavit, et cetera.
Saints Simon et Jude apôtres
Collecte
O Dieu, vous nous avez accordé la grâce de parvenir à la connaissance de votre nom par vos bienheureux Apôtres Simon et Jude : faites qu’en progressant nous célébrions leur gloire éternelle et en la célébrant nous progressions.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Commencement de l’Épître catholique de saint Jude, Apôtre.
Première leçon. Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques, à ceux qui sont aimés de Dieu le Père, et conservés et appelés en Jésus-Christ. Que la miséricorde, la paix et la charité abondent en vous. Mes bien-aimés, me sentant pressé de vous écrire touchant, votre salut commun, j’ai dû écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi, qui a été déjà transmise aux saints. Car il s’est introduit parmi vous quelques hommes impies (qui depuis longtemps ont été prédestinés à ce jugement), changeant la grâce de notre Dieu en luxure, reniant notre seul Maître et Seigneur, Jésus-Christ.
Deuxième leçon. Or je veux vous rappeler, à vous qui savez déjà toutes ces choses, que Jésus, ayant délivré le peuple de la terre d’Egypte, perdit ensuite ceux qui ne crurent point ; que, quant aux anges qui ne conservèrent pas leur première dignité, mais qui abandonnèrent leur propre demeure, il les mit en réserve pour le jugement du grand jour, dans les chaînes éternelles et de profondes ténèbres. C’est ainsi que Sodome et Gomorrhe, et les villes voisines livrées aux mêmes excès d’impureté, et courant après d’infâmes débauches, sont devenues un exemple, en souffrant la peine d’un feu éternel. Et cependant, c’est de la même manière que ceux-ci se souillent encore, qu’ils méprisent la domination, et qu’ils blasphèment la majesté.
Troisième leçon. Lorsque l’Archange Michel, disputant avec le diable, lui contestait le corps de Moïse, il n’osa pas le condamner avec des paroles de malédiction, mais il dit : Que le Seigneur te commande. Mais ceux-ci blasphèment tout ce qu’ils ignorent. Malheur à eux, parce qu’ils sont rentrés dans la voie de Caïn, et que, s’égarant comme Balaam, ils ont, pour le gain, rompu toute digue, et se sont perdus dans la rébellion de Coré. Ils font le déshonneur de leurs festins, se paissant eux-mêmes ; nuées sans eau que les vents emportent ça et là ; arbres qui ne fleurissent qu’en automne, stériles, deux fois morts, déracinés ; vagues furieuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ; astres errants auxquels une tempête de ténèbres est réservée pour l’éternité.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Simon le Chananéen, qui fut nommé aussi le Zélé et Thaddée, appelé encore dans l’Évangile Jude, frère de Jacques, auteur d’une des Épîtres catholiques, ont parcouru, l’un l’Egypte et l’autre la Mésopotamie, en prêchant l’Évangile. Ils se réunirent ensuite en Perse, où ils engendrèrent à Jésus-Christ d’innombrables enfants. Ayant répandu la semence de la foi dans ces vastes régions et parmi des peuples barbares, ils firent resplendir ensemble d’un vif éclat le très saint nom de Jésus-Christ par leur doctrine et leurs miracles, et finalement par un glorieux martyre.
Le reste du deuxième nocturne au commun
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Dans la leçon de l’Évangile qui a précédé celle de ce jour, le Seigneur avait dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez, et que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donne. » Et voilà qu’il leur dit à présent « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » Ceci doit nous faire comprendre que c’est là notre fruit, ce fruit dont il disait : « C’est moi qui vous ai choisis, pour que vous alliez, et que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Et quant à la parole ajoutée à la suite : « Afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne ; » le Père nous le donnera certainement, si nous nous aimons les uns les autres ; puisque lui-même, de son côté, nous a donné ce commandement d’amour, en nous choisissant, quoique dépourvus de fruit ; car, sans que nous l’ayons choisi les premiers, il nous a établis pour que nous rapportions du fruit, c’est-à-dire pour que nous nous aimions les uns les autres.
Huitième leçon. Notre fruit, c’est donc la charité, cette charité définie par l’Apôtre, venant « d’un cœur pur, d’une bonne conscience, et d’une foi non feinte. » Par elle, nous nous aimons les uns les autres ; par elle, nous aimons Dieu ; et en effet, nous ne nous aimerions pas mutuellement, si nous n’aimions pas Dieu ; car, on n’aime son prochain comme soi-même qu’autant que l’on aime Dieu, attendu que celui qui n’aime pas Dieu, ne s’aime pas soi-même. « En ces deux commandements » d’amour « se renferment toute la loi et les Prophètes. » Voilà notre fruit, ce fruit que Jésus nous ordonne de porter, quand il dit : « Ce que je vous ordonne, c’est de vous aimer les uns les autres. » De là vient que l’Apôtre saint Paul, voulant recommander les fruits de l’Esprit, en opposition avec les œuvres de la chair, a mis en premier lieu cet amour : « Le fruit de l’Esprit, dit-il, c’est la charité. » Après quoi il énumère tout à la suite les autres biens qui ont la charité pour principe, et qui s’y rattachent ; ce sont : « La joie, la paix, la longanimité, la douceur, la bonté, la foi la mansuétude, la continence, la chasteté. »
Neuvième leçon. Or, a-t-il une joie raisonnable, celui qui n’aime pas le bien dont il se réjouit ? Peut-on avoir une paix véritable avec quelqu’un, si ce n’est avec celui qu’on aime sincèrement ? Est-on longanime, patient à persévérer dans la pratique du bien, si l’on n’a point la ferveur de l’amour ? Est-on bienveillant, à moins d’aimer celui qu’on assiste ? Qui est bon, s’il ne le devient en aimant ? Est-on croyant, d’une foi salutaire, si l’on ne croit de cette foi qui opère ? Quelle mansuétude est utile si la dilection ne la règle ? Comment s’abstenir de ce qui déshonore, à moins d’aimer ce qui honore ? C’est donc avec raison que le bon Maître recommande si fréquemment la dilection, comme s’il n’avait rien à prescrire que cette vertu, sans laquelle ne peuvent servir les autres biens, et qu’on ne peut avoir sans avoir aussi les autres biens, qui rendent l’homme vraiment bon.
Vigile des Saints Simon et Jude apôtres
Collecte
Accordez-nous, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, alors que nous devançons le jour glorieux de la naissance au ciel de vos Apôtres Simon et Jude, qu’ainsi ils nous préviennent eux-mêmes auprès de votre majesté pour nous obtenir vos bienfaits.
Épitre 1. Cor. 4, 9-14
Mes frères, nous sommes donnés en spectacle au monde, et aux anges, et aux hommes. Nous, nous sommes fous à cause du Christ, mais vous, vous êtes sages dans le Christ ; nous sommes faibles, et vous êtes forts ; vous êtes honorés, et nous sommes méprisés. Jusqu’à cette heure nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; on nous frappe au visage, nous n’avons pas de demeure stable ; nous nous fatiguons à travailler de nos mains ; on nous maudit, et nous bénissons ; on nous persécute, et nous le supportons ; on nous blasphème, et nous prions ; nous sommes devenus comme les ordures du monde, comme les balayures de tous jusqu’à présent. Ce n’est pas pour vous faire honte que je vous écris cela, mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés, dans le Christ Jésus Notre Seigneur.
Évangile Jn. 15, 1-7
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranchera ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émondera, afin qu’il porte plus de fruit. Vous êtes déjà purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car, sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; puis on le ramassera, et on le jettera au feu, et il brûlera. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.
Communion
Ils ont livré les cadavres de vos serviteurs en pâture aux oiseaux du ciel, et la chair de vos fidèles aux bêtes de la terre : selon la grandeur de votre bras, gardez les fils de ceux qu’on a fait mourir.
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