Saint Luc évangéliste
Collecte
Nous vous en prions, Seigneur, que votre saint Évangéliste Luc intercède pour nous, lui qui n’a jamais cessé de porter dans son corps la mortification de la croix, pour l’honneur de votre nom.
Office
Du livre de saint Jérôme, Prêtre : Des écrivains ecclésiastiques.
Quatrième leçon. Luc, médecin d’Antioche, instruit, comme ses écrits l’indiquent, dans la langue grecque, fut le disciple de l’apôtre saint Paul, et son compagnon en ses diverses pérégrinations. Il a écrit un Évangile, et c’est de lui que le même Apôtre dit : « Nous avons envoyé avec lui un de nos frères dont on fait l’éloge, à cause de l’Évangile, dans toutes les Églises ; » et aux Colossiens : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue ; » et à Timothée : « Luc est seul avec moi. » Il a aussi laissé un autre livre excellent intitulé : Les Actes des Apôtres, et qui renferme l’histoire de ces temps-là jusqu’à la seconde année du séjour de Paul à Rome, c’est-à-dire la quatrième de Néron : d’où nous inférons que l’ouvrage fut composé dans cette même ville.
Cinquième leçon. Aussi regardons-nous les voyages de Paul, de Thècle et toute la fable du Lion baptisé, comme des livres apocryphes. Car est-il possible que, parmi tant d’autres choses, un compagnon de l’Apôtre n’ait oublié que celles-là ? D’ailleurs Tertullien, peu éloigné de ces temps-là, rapporte qu’en Asie, un certain prêtre, qui affectionnait l’Apôtre, ayant été convaincu par saint Jean d’être l’auteur de l’ouvrage et ayant avoué qu’il l’avait fait par affection pour saint Paul, fut déposé précisément pour ce sujet-là. Au sentiment de quelques-uns, toutes les fois que Paul, en ses Épîtres, écrit ces mots : « selon mon Évangile, » c’est de l’Évangile selon saint Luc qu’il entend parler.
Sixième leçon. Et ce n’est pas seulement de l’Apôtre saint Paul, qui n’avait point été avec le Seigneur au temps de sa vie mortelle, mais encore des autres apôtres, que saint Luc recueillit les récits de son Évangile. C’est ce qu’il déclare lui-même au commencement de son livre, en ces termes : « Suivant que ces choses nous ont été transmises par ceux qui, dès le commencement, les ont eux-mêmes vues, et qui ont été les ministres de la parole. » Ainsi donc, il a rédigé son Évangile sur le rapport d’autrui, et les Actes des Apôtres, d’après ce qu’il avait vu lui-même. Il vécut quatre-vingt-quatre ans et ne fut point marié ; on l’ensevelit à Constantinople, ses ossements y ayant été transportés d’Achaïe, avec les reliques de l’apôtre saint André, l’an vingtième de Constantin.
Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge
Collecte
Seigneur Jésus-Christ, vous avez révélé miraculeusement à la bienheureuse vierge Marguerite Marie les richesses inépuisables de votre Cœur : que, par ses mérites et à son imitation, nous obtenions de vous aimer en tout et par dessus-tout, et d’établir en votre Cœur notre demeure permanente.
Office
Quatrième leçon. Marguerite-Marie Alacoque, née d’une famille honorable dans un bourg du diocèse d’Autun, donna dès son enfance des signes de sa sainteté future. Brûlant d’amour pour la Vierge Mère de Dieu et pour l’auguste sacrement de l’Eucharistie, la jeune adolescente voua à Dieu sa virginité ; Avant toute chose, elle s’efforce de réaliser dans sa vie l’exercice des vertus chrétiennes. Elle a le plaisir de dépenser des heures dans les prières et dans la méditation sur les choses du ciel. Elle était humble et patiente dans l’adversité. Elle a exercé la pénitence physique. Elle a montré sa charité envers son prochain, en particulier les pauvres. Par tous les moyens dans les limites de son pouvoir, elle s’employa avec diligence à imiter les plus saints exemple a laissé par notre divin Rédempteur.
Cinquième leçon.Entrée dans l’Ordre de la Visitation, elle commença aussitôt à resplendir du rayonnement de la vie religieuse. Elle fut gratifiée par Dieu d’un don d’oraison très élevée, d’autres faveurs spirituelles et de visions fréquentes. La plus célèbre fut celle où, tandis qu’elle priait devant le Saint-Sacrement, Jésus se présenta lui-même à sa vue, lui montra, sur sa poitrine ouverte, son Divin Cœur tout embrasé et entouré d’épines et lui ordonna de faire en sorte, en raison d’un tel amour et pour réparer les outrages des hommes ingrats, qu’un culte public fût institué en l’honneur de son Cœur ; il promettait en retour de grandes récompenses puisées dans le trésor céleste. Lorsque, par l’humilité, elle a hésité d’entreprendre une telle tâche, son Sauveur très aimant l’a encouragé. En même temps, il a désigné Claude de la Colombière, un homme de grande sainteté, comme celui qui pourrait la guider et l’aider. Notre Seigneur l’a également conforté avec l’assurance qu’une très grande bénédiction s’étendrait sur l’Eglise grâce au culte de son divin Coeur.
Sixième leçon.Marguerite s’est ardemment dépensée à accomplir l’ordre du Rédempteur. Vexations, insultes ne lui manquèrent pas de la part de certains qui maintenaient qu’elle faisait l’objet d’aberrations mentales. Elle a non seulement porté ces souffrances patiemment, elle a même tiré profit, s’offrant elle-même dans l’angoisse et les douleurs comme une victime agréable à Dieu, supportant toute ces choses comme un moyen plus sûr de réaliser son but. Très estimée pour la perfection de sa vie religieuse et chaque jour plus unie au céleste Époux par la contemplation des réalités éternelles, elle s’envola vers lui, en la quarante-troisième année de son âge, l’an 1690 de la Rédemption. Elle fut glorifiée par des miracles ; Benoît XV l’inscrivit parmi les saints et Pie XI étendit son Office à l’Église universelle.
Acte de consécration au Sacré-Cœur de Jésus de sainte Marguerite-Marie
Je donne et consacre au Sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ ma personne et ma vie, mes actions, peines et souffrances, pour ne plus vouloir me servir d'aucune partie de mon être que pour l’honorer, aimer et glorifier. C'est ici ma volonté irrévocable que d'être tout à Lui et faire tout pour son amour, en renonçant de tout mon cœur à tout ce qui pourrait Lui déplaire.
Je vous prends donc, ô Sacré Cœur, pour l'unique objet de mon amour, le protecteur de ma vie, l'assurance de mon salut, le remède de ma fragilité et de mon inconstance, le réparateur de tous les défauts de ma vie et mon asile assuré à l'heure de ma mort.
Soyez donc, ô Cœur de bonté ! ma justification envers Dieu le Père et détournez de moi les traits de sa juste colère. O Cœur d'amour ! je mets toute ma confiance en vous, car je crains tout de ma malice et de ma faiblesse, mais j'espère tout de votre bonté.
Consumez donc en moi tout ce qui vous peut déplaire ou résister ! Que votre pur amour vous imprime si avant dans mon cœur que jamais je ne vous puisse oublier, ni être séparée de vous que je conjure, par toutes vos bontés, que mon nom soit écrit en vous, puisque je veux faire consister tout mon bonheur et toute ma gloire à vivre et à mourir en qualité de votre esclave.
Ainsi soit-il.
Via, Veritas et Vita
Super Io., cap. 14 l. 2 Supra Dominus confortavit discipulos de suo recessu, promittens eis quod accessum haberent ad Patrem, hic consequenter agit de via per quam ad Patrem accedunt. Via autem non cognoscitur sine termino; et ideo etiam agit de termino, et primo proponit viam et terminum, ut eis nota; secundo quae proposuit manifestat, ibi dicit ei Thomas Domine, nescimus quo vadis. Circa primum sciendum, quod Dominus dixerat: si abiero et praeparavero vobis locum, iterum veniam ad vos. Quia forte discipuli quaererent ab eo quo iret, sicut supra XIII, 36, quaesivit Petrus: Domine, quo vadis? Ideo Dominus haec sciens, dixit eis et quo ego vado scitis, et viam scitis. Vado enim ad Patrem, quem scitis per me vobis manifestum; infra XVII, 6: manifestavi nomen tuum hominibus quos dedisti mihi. Via autem per quam vado, sum ego, quem scitis; supra I, 14: vidimus gloriam eius. Recte ergo dixit quo ego vado scitis, et viam scitis: quia Patrem sciebant per Christum, et Christum per suam conversationem et praesentiam noverant. Consequenter cum dicit dicit ei Thomas etc., manifestat Dominus quae proposuit, et primo praemittitur manifestationis occasio; secundo subditur propositorum manifestatio, ibi dicit eis Iesus: ego sum via, veritas et vita. Occasio autem manifestationis fuit dubitatio Thomae interrogantis. Unde dicit ei Thomas: Domine, nescimus quo vadis, et cetera. Ubi attende, quod Thomas utrumque negat, quod Dominus affirmavit: nam Dominus dixit, eos et viam et terminum viae scire; Thomas autem negat se scire viam et terminum: tamen utrumque verum est. Verum est enim quod sciebant, tamen nesciebant se scire. Multa enim sciebant de Patre et Filio, quae a Christo didicerant; sed ignorabant Patrem esse ad quem Christus iret, et Filium esse viam qua iret. Difficile enim est quod eatur ad Patrem. Nec mirum, si ignorabant: quia licet Christum perfecte secundum hominem scirent, eius tamen divinitatem imperfecte cognoscebant; Jb XXVIII, 7: semitam eius ignoravit avis. Et subdit quomodo possumus viam scire? Cognitio enim viae dependet ex cognitione termini: quia ergo terminus ignotus est nobis, I Tm. VI, 16: lucem habitat inaccessibilem, quem nullus hominum vidit, sed nec videre potest, ideo via eius est nobis investigabilis, secundum illud Rm. XI, 33: investigabiles viae eius. Consequenter cum dicit dicit eis Iesus: ego sum via, veritas et vita, ponitur quaesitorum manifestatio. Duo autem Dominus manifestanda proposuerat eis. Primo quidem viam et terminum eius; secundo quod utrumque scirent. Primo ergo manifestat primum; secundo secundum, ibi si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis. Circa primum duo facit. Primo manifestat quid sit via; secundo quid sit terminus, ibi nemo venit ad Patrem nisi per me. Via autem, ut dictum est, est ipse Christus: et ideo dicit ego sum via et cetera. Quod quidem satis habet rationem: nam per ipsum accessum habemus ad Patrem, ut dicitur Rm. V, 2. Competit etiam proposito quo intendit declarare dubitationem discipuli dubitantis. Sed quia ista via non est distans a termino, sed coniuncta, addit veritas et vita; et sic ipse simul est via, et terminus. Via quidem secundum humanitatem, terminus secundum divinitatem. Sic ergo secundum quod homo, dicit ego sum via; secundum quod Deus, addit veritas et vita. Per quae duo terminus huius viae convenienter designatur. Nam terminus huius viae finis est desiderii humani, homo autem duo praecipue desiderat: primo quidem veritatis cognitionem, quae est sibi propria; secundo sui esse continuationem, quod est commune omnibus rebus. Christus autem est via perveniendi ad veritatis cognitionem, cum tamen ipse sit veritas; Ps. LXXXV, 11: deduc me, Domine, in veritate, et ingrediar in via tua. Christus etiam est via perveniendi ad vitam cum tamen ipse sit vita; Ps. XV, 11: notas fecisti vias vitae. Et ideo huius viae terminum per veritatem et vitam designavit: quae duo supra I de Christo dicta sunt. Primo quidem quod ipse sit vita: unde in ipso vita erat, deinde quod sit veritas, quia erat lux hominum; lux autem veritas est. Sed notandum, quod haec duo proprie et per se Christo conveniunt. Veritas enim convenit ei per se quia ipse est verbum. Nihil enim aliud est veritas quam adaequatio rei ad intellectum, quod fit quando intellectus concipit rem prout est. Veritas ergo intellectus nostri pertinet ad verbum nostrum, quod est conceptio eius. Sed tamen licet verbum nostrum sit verum, non tamen est ipsa veritas, cum non sit a seipso, sed ex hoc quod rei conceptae adaequatur. Veritas ergo intellectus divini pertinet ad verbum Dei. Sed quia verbum Dei est verum a seipso, cum non mensuretur a rebus, sed res intantum sint verae inquantum ad similitudinem eius accedunt: inde est quod verbum Dei est ipsa veritas. Et quia nullus potest veritatem cognoscere nisi adhaereat veritati, oportet omnem qui veritatem cognoscere desiderat, huic verbo adhaerere. Vita autem proprie convenit sibi: quia omne quod aliquam operationem ex se habet, dicitur vivens; non viventia autem dicuntur quae ex seipsis motum non habent. Inter operationes vitae praecipuae sunt operationes intellectuales: unde et ipse intellectus dicitur vivens, et actio eius est vita quaedam. In Deo autem idem est intelligere et intellectus: unde manifestum est quod Filius, qui est verbum intellectus Patris, est vita sua. Sic ergo Christus seipsum designavit viam, et coniunctam termino: quia ipse est terminus habens in se quidquid desiderari potest, scilicet existens veritas et vita. Si ergo quaeras, qua transeas, accipe Christum, quia ipse est via; Is. XXX, 21: haec est via, ambulate in ea. Et Augustinus dicit: ambula per hominem, et pervenies ad Deum. Melius est enim in via claudicare, quam praeter viam fortiter ambulare. Nam qui in via claudicat, etiam si parum proficiscatur, appropinquat ad terminum; qui vero extra viam ambulat, quanto fortius currit, tanto magis a termino elongatur. Si vero quaeras quo vadis, adhaere Christo, quia ipse est veritas, ad quam desideramus pervenire; Pr. VIII, 7: veritatem meditabitur guttur meum et cetera. Si quaeris quo permaneas, adhaere Christo, quia ipse est vita. Pr. VIII, 35: qui me inveniet, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino. Adhaere ergo Christo, si vis esse securus: non enim poteris deviare, quia ipse est via. Unde qui ei adhaerent, non ambulant in invio, sed per viam rectam; Pr. IV, 11: viam sapientiae monstrabo tibi. E contra dicitur de quibusdam: viam veritatis habitaculi non invenerunt. Item non potest decipi, quia ipse est veritas, et docet omnem veritatem; infra XVIII, 37: in hoc natus sum, et ad hoc veni, ut testimonium perhibeam veritati. Item non potest perturbari, quia ipse est vita et vitam dans; supra X, 10: ego veni ut vitam habeant, et abundantius habeant. Nam, ut Augustinus dicit, Dominus dicit ego sum via, veritas et vita, tamquam diceret qua vis ire? Ego sum via. Quo vis ire? Ego sum veritas. Ubi vis permanere? Ego sum vita. Non enim, ut Hilarius dicit, in erratica ducit ille qui est via, nec illudit per falsa qui veritas est, neque in mortis relinquit errore qui vita est. Vel aliter. Tria sunt in homine quae ad sanctitatem pertinent, scilicet actio et contemplatio et intentio: et ista perficiuntur a Christo. Nam activam exercentibus Christus est via; in contemplativa vero perseverantibus Christus est veritas: sed activorum et contemplantium intentionem dirigit ad vitam, scilicet aeternam. Docet enim ire, et praedicare pro futuro saeculo. Sic ergo Dominus est nobis via qua imus ad ipsum, et per ipsum ad Patrem. Sed cum ipsemet qui via est, vadit ad Patrem, numquid ipse est sibi via? Sed, ut Augustinus dicit, ipse est via, et qui vadit per viam, et quo vadit: unde ipse per seipsum ad seipsum vadit. Nam ipse inquantum est homo, via est: unde per carnem venit, manens ubi erat; et per carnem vadit, non relinquens quo venerat; per carnem etiam ad se redit veritatem et vitam: nam Deus venerat per carnem ad homines, veritas ad mendaces, vita ad mortales. Est enim Deus verax, omnis autem homo mendax: Rm. III, 4. Cum autem se ab hominibus abstulit, atque illuc ubi nemo mentitur, carnem suam levavit, idem ipse qui verbum caro factum est, per carnem suam ad veritatem, quae est ipse, remeavit. Et simile est si dicerem: et mens mea, dum loquor aliquibus, ad eos exit, nec tamen me relinquit: cum autem tacuero, quodammodo ad me redeo, et cum illis quibus loquor, maneo. Sic ergo Christus, qui nobis est via, etiam sibi ipsi, idest carni, factus est via, ut ad veritatem et vitam iret. Consequenter cum dicit nemo venit ad Patrem nisi per me, manifestat quod quaesitum fuerat quantum ad terminum viae. Via autem, quae est Christus, ut dictum est, ducit ad Patrem. Sed quia Pater et Filius sunt unum, ideo haec via ducit etiam ad seipsum. Et ideo dicit Christus se esse terminum viae. Nemo, inquit, venit ad Patrem nisi per me. Sed sciendum quod, sicut apostolus dicit, nemo novit quae sunt hominis, nisi spiritus eius qui in ipso est, quod intelligendum est nisi inquantum homo vult se manifestare. Secretum autem suum manifestat quis per verbum suum: et ideo nullus potest venire ad secretum hominis nisi per verbum hominis. Quia ergo et quae Dei sunt nemo novit nisi spiritus Dei, nullus potest venire ad notitiam Patris nisi per verbum suum, quod est Filius eius; Mt. XI, 27: neque Patrem quis novit nisi Filius. Et sicut homo volens revelare se verbo cordis, quod profert ore, induit quodammodo ipsum verbum litteris vel voce, ita Deus, volens se manifestare hominibus, verbum suum conceptum ab aeterno, carne induit in tempore. Et sic nullus ad notitiam Patris pervenire potest nisi per Filium. Unde supra X, 9, dicit: ego sum ostium. Per me si quis introierit salvabitur. Sed notandum, secundum Chrysostomum, quod supra VI, 44, Dominus dicit: nemo potest venire ad me, nisi Pater meus traxerit eum, hic autem dicit nemo venit ad Patrem nisi per me. In quo ostenditur aequalitas Filii ad Patrem. Patet ergo quae sit via, quia Christus; quis terminus, quia Pater. Consequenter cum dicit si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis, ostendit quod discipuli utrumque cognoscunt, scilicet quo vadit, et viam, et primo proponit manifestationem; secundo excludit emergentem dubitationem, ibi dicit ei Philippus: Domine, ostende nobis Patrem. Circa primum duo facit. Primo ostendit concomitantiam notitiae habitae de filio ad notitiam habitam de Patre; secundo manifestat quomodo discipuli se habeant ad notitiam Patris, ibi et amodo cognoscetis eum. Dicit ergo primo: dixi quod sum via, et quod scitis viam, scilicet me: ergo et quo vado scitis, quia notitia de me non potest haberi sine notitia Patris. Et hoc est quod dicit si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis. Supra VIII, 19, Iudaeis dicit: si me sciretis, et Patrem meum forsitan sciretis. Quid est ergo quod dicit si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis: ibi autem dicit forsitan? Videtur quod ibi dubitaverit de eo quod hic asserit. Sed dicendum, quod ibi loquebatur Iudaeis quos increpabat; et ideo addit forsitan, non dubitans, sed increpans eos. Hic autem loquitur discipulis quos instruit; et ideo veritatem eis cum assertione proponit, dicens si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis; quasi dicat: si sciretis meam gratiam et dignitatem, et eam utique quae Patris est sciretis. Per nihil enim aliud res melius scitur quam per verbum et imaginem suam; Filius autem est verbum Patris; supra I, 1: in principio erat verbum, et verbum erat apud Deum; ibid. 14: verbum caro factum est, et habitavit in nobis; et vidimus gloriam eius, gloriam quasi unigeniti a patre. Filius etiam est imago patris; Col. I, 15: qui est imago invisibilis Dei; He. I, 3: qui cum sit splendor gloriae et figura substantiae eius. In Filio ergo cognoscitur Pater, ut in verbo et imagine propria. Sed notandum, quod inquantum aliquid accedit ad similitudinem paterni verbi, intantum in ipso cognoscitur Pater, et similiter inquantum habet de imagine Patris. Cum autem omne verbum creatum sit aliqua similitudo illius verbi, et in qualibet re inveniatur similitudo divinitatis, vel imaginis vel vestigii, sed imperfecta: inde est quod per nullam creaturam et a nulla intelligentia et conceptione intellectus creati potest cognosci perfecte idipsum quod Deus est; sed solum verbum unigenitum quod est perfectum et perfecta imago Patris, ipsum quod quid est Patris cognoscit et comprehendit. Unde, secundum Hilarium, possunt haec verba aliter continuari. Nam cum Dominus dicit nemo venit ad Patrem nisi per me, interrogatus Arius, quomodo itur ad Patrem per Filium, respondet, quod per doctrinae admonitionem, inquantum scilicet Filius sua doctrina instruit homines de Patre, secundum illud infra XVII, 6: Pater, manifestavi nomen tuum hominibus. Sed Dominus hoc excludens dicit si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis; quasi dicat: Arius vel alius quicumque homo annuntiare quidem potest de patre, sed nullus est tantus quod eo cognito, cognoscatur pater, nisi solus filius, qui est eiusdem naturae cum ipso. Consequenter cum dicit et amodo cognoscetis eum, ostendit quomodo discipuli se habeant ad cognitionem Patris. Dixerat autem Dominus supra discipulis, quod Patrem cognoscunt, quo, inquiens, vado scitis. Et hoc Thomas negavit, dicens: Domine, nescimus quo vadis. Et ideo hic Dominus ostendit quod aliquo modo cognoscunt Patrem, ut ostendat verbum suum verum esse, et aliquo modo non cognoscunt, ut verbum Thomae sit verum. Et ponit ad hoc duplicem Patris cognitionem: unam quae erit in futuro; aliam quae fuit in praeterito. Dicit ergo, quod amodo cognoscetis eum. Dicit autem amodo, quia duplex cognitio habetur de Patre. Una perfecta, quae est per immediatam eius visionem, quae erit in patria; I Jn. III, 2: cum apparuerit, similes ei erimus; alia est imperfecta, quae est per speculum et in aenigmate, quam habemus per fidem; I Cor. XIII, 12: videmus nunc per speculum et in aenigmate. Potest ergo hic intelligi de utraque; ut sit sensus: amodo cognoscetis eum, cognitione perfecta in patria, infra XVI, 25: palam de Patre meo annuntiabo vobis, quasi dicat: verum est, quod non cognoscitis eum perfecta cognitione, sed amodo cognoscetis eum, peracto mysterio passionis meae. Vel amodo, idest post resurrectionem meam et ascensionem et missionem spiritus sancti, cognoscetis eum, cognitione fidei perfecta, quia, cum venerit spiritus Paraclitus, ille vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis: infra XIV, 26. Sic ergo verum dicis, quod nescis eum cognitione perfecta; sed ego verum dico, quia vidistis eum; Ba III, 38: post haec in terris visus est, et cum hominibus conversatus est. Viderunt enim Christum, secundum carnem assumptam, in qua erat verbum, et in verbo Pater: unde in ipso viderunt Patrem; supra VIII, 29: qui me misit, mecum est. Sed attende, quod Pater non erat in carne per unitatem personae, sed erat in verbo incarnato per unitatem naturae, et in Christo incarnato videbatur Pater; supra I, 14: vidimus gloriam eius, gloriam quasi unigeniti a Patre.
Super Mt., cap. 22 l. 4
Super Mt., cap. 22 l. 4 Supra Dominus respondit quaestioni factae de solutione tributi, quaestioni etiam de resurrectione; hic autem respondet quaestioni de comparatione mandatorum divinorum: et duo facit. Quia primo ponitur interrogatio; secundo responsio, ibi ait illis Iesus et cetera. Circa primum duo facit. Primo describit nequitiam interrogantium; secundo interrogationem, ibi magister, quod est mandatum magnum in lege? Nequitiam describit quantum ad tria. Primo quantum ad impudentiam; secundo quantum ad excogitatam malitiam; tertio quantum ad fraudulentiam. Quantum ad impudentiam, cum dicitur audientes quod silentium imposuisset. Iam confutaverat Pharisaeorum discipulos et Sadducaeos, unde ex hoc satis poterant ei credere et erubescere. Unde Chrysostomus: livor et ira impudentiam nutriunt et causant. Sed isti non propter hoc dimiserunt, quin adhuc interrogaverunt eum; Is. LVI, 11: canes impudentissimi nescierunt saturitatem. Et significatur quod quamvis hoc audirent, non tamen siluerunt. Aliquis servat silentium sponte, et hoc est prudentis. Item aliquis servat, quia imponitur ei silentium, et hoc est imprudentis; Eccli. XX, 6: est tacens, non habens sensum loquelae; et est tacens, sciens tempus aptum; Eccl. III, 7: est tempus tacendi, est tempus loquendi. Item tangitur excogitata malitia, quia, ut melius convincant eum, simul congregantur; Ps. II, 2: principes convenerunt in unum adversus Dominum. convenerunt in unum. Potest dici quod Pharisaei et Sadducaei convenerunt, quamvis in sectis differrent, tamen in unum ad tentandum dominum. Vel Pharisaei convenerunt in unum adversus Dominum. Item fraudulentia significatur, quia cum in multitudine essent congregati, noluerunt quod omnes interrogarent, sed unus; ut si ille vinceretur, alii non confutarentur, et si iste vinceret, omnes in eo gloriarentur. Et interrogavit eum unus ex eis legis doctor tentans eum, quia non animo addiscendi; Jb XVI, 11: aperuerunt in me ora sua, et exprobrantes percusserunt maxillam meam. Hic potest esse obiectio litteralis, quia Marcus dicit quod Dominus intuitus eum dixit: non longe es a regno Dei. Et quomodo hic dicitur quod tentat eum? Solvit Augustinus, quia primo venit causa tentandi, sed cum Christus satisfaceret ei, consensit ei. Et ideo quod tentavit eum, debet referri ad principium; quod non longe est a regno Dei, debet retorqueri ad finem. Et sic non fuit mirum si verba Domini animum eius mutaverunt. Sciendum autem quod aliqui tentant eo quod non sunt certi, quia, secundum quod dicit sapiens Eccli. XIX, 4, qui cito credit, levis est corde. Iste cum multa audisset de Christo, voluit experiri si talis esset: et haec tentatio non esset mala. Unde dicit magister, quod est mandatum magnum in lege? Haec tamen quaestio videbatur calumniosa et praesumptuosa: calumniosa, quia omnia mandata Dei sunt magna; Pr. VI, 23: mandata lucerna, et lex lux. Item indeterminate quaesivit, quia omnia sunt magna, ut si responderet de uno, obiiceret de alio. Item fuit praesumptuosa, quia non deberet de magno quaerere qui minimum non implevit; Jb XV, 12: quid te elevat cor tuum, et quasi magna cogitans, attonitos habes oculos? Et poterat esse quod esset controversia super hac quaestione inter eos, quia aliqui dicebant salutem esse in aliquibus exterioribus; unde Is. XXIX, 13: populus hic labiis me honorat, cor autem eorum longe est a me. Sed respondet Dominus, quod solum est in interioribus. Unde sequitur responsio ait Iesus ei: diliges Dominum tuum et cetera. Et non solum respondet ad quaestionem propositam, sed veritatem docet. Et primo docet quod sit primum; secundo quod ei est simile; tertio rationem assignat. Secunda ibi secundum autem simile est huic et cetera. Tertia ibi in his duobus mandatis universa lex pendet et prophetae. Dicit ergo diliges Dominum Deum tuum et cetera. Istud scribitur Dt. VI, 5. Item Dominus per Moysen dicit Dt. X, 14: numquid Dominus petit a te, nisi ut timeas et diligas eum? Ergo duo praecipit, timorem scilicet et dilectionem. Et quare non respondet Dominus de timore, sicut de dilectione? Dicendum quod quidam timent Deum, qui timent pati ab eo, ut qui timent poenam Gehennae, vel qui timent amittere aliquid quod habent a Deo; et hic est timor servilis, quia illud diligit in quo timet puniri. Alius est, qui ipsum Deum timet propter se, qui timet eum offendere; et talis timor est ex amore, et ex hoc timet, quod amat; ergo principium est amor; I Jn. IV, 16: Deus caritas est, et qui manet in caritate, in Deo manet, et Deus in eo. Et ideo dicit diliges Dominum; non timeas, quia Deus diligendus est sicut primum diligibile, quia ipse finis primus est, sed quaecumque alia diliguntur propter finem. Qui ergo diligit Deum ut finem, diligit in toto corde; Jl II, 12: convertimini ad me in toto corde vestro. Et quantumcumque nitamini, non poteritis eum comprehendere, quia Deus maior est toto corde. Sed quid est quod dicit ex toto corde tuo, et ex tota anima tua, et in tota mente tua? Chrysostomus exponit sic: quia in dilectione sunt duo: unum quod est principium; secundum quod est dilectionis effectus et sequela dilectionis. Principium dilectionis est duplex. Dilectio enim potest fieri ex passione, et ex iudicio rationis: ex passione, cum nescit homo vivere sine eo quod diligit; ex ratione, secundum quod diligit ut ratio dictat. Dicit ergo quod ille ex toto corde diligit, qui diligit carnaliter; ille ex anima, qui ex iudicio rationis. Et nos Deum utroque modo debemus diligere: carnaliter, ut cor carnaliter afficiatur circa Deum; unde in Ps. LXXXIII, 3: cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum. Tertium est sequela dilectionis, quia illud quod diligo, libenter video, libenter de eo cogito, libenter facio quod ei placet; Jn. XIV, 23: qui diligit me, sermones meos servabit; et totum refero in ipsum; Ps. LXXXIII, 2: quam dilecta tabernacula tua, Domine virtutum. concupiscit et deficit anima mea in atria Domini. Et possumus addere illud quod Marcus addit, et in omni fortitudine tua, quia qui Deum diligit, totum se transfert in illum, et fortitudinem expendit in ipsum. Augustinus sic distinguit inter cor et animam et mentem, secundum tria quae procedunt ex ipsis. De corde exeunt cogitationes, ut habetur supra XV, 19, ex anima vita procedit, ex mente scientia et intelligentia. Unde quod dicit ex toto corde, intelligendum est ut omnes cogitationes in ipsum referamus; quod ex tota anima, quod tota vita; quod ex tota mente, ut tota scientia referatur in eum, idest ut scientiam captives in obsequium eius; II Cor. X, 5: in captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Christi. Magistralis quaedam Glossa exponit quod anima est imago Dei secundum suas potentias, secundum memoriam, intelligentiam et voluntatem, ita quod illud quod dicitur ex corde, ad intelligentiam referatur; quod dicitur ex anima, ad voluntatem; quod ex mente, ad memoriam, ita ut perfecte Deo vivatur. Origenes sic exponit: diliges Deum ex tota anima, ita ut sis paratus animam tuam ponere pro eo si necesse est; Jn. XIII, 37: animam meam ponam pro te. Sed differentia est inter mentem et cor. Mens enim dicitur a metiendo; cor sumitur pro simplicitate intellectus; mens vero quoad prolationem, quia per sermonem metitur intellectus, sive cogitatio: unde vult dicere quod in locutionibus et in meditationibus Deum totaliter diligamus. Hoc posito, subdit hoc est primum et maximum mandatum. Maximum capacitate: istud enim est, in quo omnia continentur, quia in isto dilectio proximi continetur, secundum quod I Jn. IV, 21 dicitur: qui diligit Deum, diligit et fratrem suum; et ideo maximum. Item primum origine, maximum dignitate et capacitate. Non primum in Scriptura, quia in Scriptura primum mandatum fuit, Dominus Deus tuus Deus unus est, Dt. VI, 4. Et quare? Quia omnis inclinatio appetitivae virtutis est in amore: ideo habemus mandatum quod colamus Deum in dilectione; ad Rm. XIII, 10: plenitudo legis dilectio est; ad Ep. III, 17: in caritate radicati et fundati. Secundo, ponit secundum mandatum secundum autem simile huic est: diliges proximum tuum sicut teipsum. Voluit significare quod in mandatis est ordo. Et quae est causa? Constat quod mandata sunt de actibus virtutum; virtutes autem habent ordinem, quia una dependet ab alia, et sicut virtutes, sic et mandata. Sed quare dicit quod est simile primo? Quia quando diligitur homo, cum homo sit ad similitudinem Dei, diligitur Deus in illo; ideo simile est primo mandato, quod est de dilectione Dei. Sed quid intelligit nomine proximi, cum dicit diliges proximum? Istud satis signatur in parabola Lc. X, 36, ubi quaeritur, quis tibi videtur, quod fuerit eius proximus? Et respondetur, qui fecit misericordiam in eum. Unde qui debet facere misericordiam nobis, vel nos ipsi, sub nomine proximi continetur. Sed non est aliqua rationalis creatura, cui non debeamus misereri, et e converso: et ideo sub nomine proximi continetur homo et Angelus. Et quod dicit sicut teipsum, non intelligitur quantum teipsum, quia hoc esset contra ordinem caritatis; sed sicut teipsum, idest eo fine quo teipsum, vel eo modo quo teipsum. Eo fine, quia te non debes diligere propter te, sed propter Deum, sic etiam proximum. Apostolus I Cor. X, 31: omnia in gloriam Dei facite. Item in eo quod teipsum diligis, diligis te in eo in quo vis tibi bonum, et tale bonum, quod sit secundum te et legem Dei, et hoc est bonum iustitiae. Sic etiam et proximo debes optare bonam iustitiam; unde debes eum diligere, vel quia iustus est, vel quia iustus fit. Item debes eum diligere eo modo quo teipsum, quia cum dico diligo istum, dico volo bonum ei. Unde actus dilectionis cadit super duo: vel super ipsum qui bonus est, vel super ipsum bonum, quod volo sibi; unde diligo istum, quia volo ipsum esse bonum mihi. Unde aliquis diligit bona temporalia, quia scit ea bona esse sibi; aliqui vero diligunt aliquid, quia bonum est in se: sic debes diligere teipsum, et etiam proximum. Consequenter assignat rationem quare ista duo sint maxima mandata in his duobus mandatis universa lex pendet, et prophetae. Tota doctrina legis et prophetarum dependet ab his. Finis in appetibilibus se habet ut principium in speculativis: procedit enim scientia a principiis ad conclusiones, et sic tota scientia ex principiis iudicatur, sicut et in omnibus operabilibus totum dependet a fine. Quia ergo dilectio est finis; I ad Tm. I, 5: finis praecepti est caritas; ideo ab istis dependent omnia alia, et haec est expositio Augustini. Origenes sic exponit: in his, idest in observantia istorum, dependet intellectus legis et prophetarum, quia qui haec observat, meretur intelligentiam legis et prophetarum; Eccli. II, 10: qui timetis Dominum, diligite illum, et illuminabuntur corda vestra. Ps. CXVIII, 104: a mandatis tuis intellexi, propterea odivi omnem viam iniquitatis. Congregatis autem Pharisaeis interrogavit eos Iesus. Postquam responderat eis, ipse voluit obiicere: et facit duo. Primo ponitur interrogatio; secundo eius effectus, ibi nemo poterat ei respondere verbum. Circa primum primo proponit interrogationem; secundo responsionem; tertio obiicit contra. Dicit ergo congregatis autem Pharisaeis, interrogavit eos Iesus. Congregati autem erant ad tentandum; unde ponit interrogationem quid vobis videtur de Christo, cuius filius est? Haec quaestio difficillima erat et congrua. Difficillima, quia habetur Is. LIII, 8: generationem eius quis enarrabit? Erat etiam congrua, quia habebant opinionem, quod esset purus homo, et non credebant ipsum esse Deum, quia sic non tentarent eum, quia scriptum est Dt. VI, 16: non tentabis Dominum Deum tuum. Ideo ut ostendat se Deum dicit quid vobis videtur de Christo? Sequitur responsio dicunt ei: David. Christi enim erat duplex generatio: una secundum carnem, alia secundum divinitatem, secundum quam est filius Dei patris, de qua dicitur Ps. II, 7: Dominus dixit ad me: filius meus es tu et cetera. Ideo ipsi respondent de generatione secundum carnem, cum dicunt David. Jr. XXIII, 5: suscitabo David germen iustum. Et ad Rm. I, 3: qui factus est ei ex semine David secundum carnem. Et isti insufficienter responderunt, quia insufficienter cognoscebant eum. Tunc obiicit ut eis det intelligere aliam generationem quomodo ergo David in spiritu vocat eum Dominum, dicens: dixit Dominus domino meo: sede a dextris meis? Ps. CIX, 1. Habetur in lege quod pater maior est filio. Non ergo filius Dominus est patris. Ergo vel Christus non est filius David, vel in eo est aliquid maius David, cum vocet eum Dominum. Sed forte dicerent quod David fuit deceptus: quod removet, quia in spiritu hoc dicit, unde spiritu sancto Dei locuti sunt homines, II P I, 21. Possumus autem tria videre in auctoritate ista Psalmi. Primo praeeminentiam ad sanctos, aequalitatem ad patrem, et dominium super rebelles. Praeeminentiam ad sanctos, cum dicit dixit Dominus domino meo. Dominus, scilicet pater, Domino, scilicet filio: ipse enim filius habet dominium super omnes sanctos: nullus enim sanctus illuminatur nisi a lumine vero: ipse autem est lumen verum; Jn. I, 4: vita erat lux hominum. Si ergo ipse est, cuius participatione omnes sancti lumen recipiunt, praeeminentiam habet ad omnes sanctos in eo quod dicitur: tecum principium in die virtutis tuae, in splendoribus sanctorum etc.; unde ipse originaliter est splendor omnium sanctorum. Item aequalitas Patris tangitur, cum dicitur sede a dextris meis: non quod sint sedes locales, sed metaphorice, quia honorabilior locus est sedere a dextris. Dicere enim est emittere verbum. Quod ergo dixit Dominus sede a dextris meis quid est aliud, nisi quod generando me verbum, dedit mihi potestatem, aequalitatem et auctoritatem? Potest etiam exponi de temporalibus, idest in potioribus bonis, sed non est ad propositum. Dominus enim semper videtur a dextris, ut in Mc. ult., 5: viderunt iuvenem sedentem a dextris. Et Stephanus, Ac. VII, 55, vidit Iesum sedentem a dextris virtutis Dei. Et quid fiet de inimicis eius? Ei omnes subiicientur; unde subdit donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum. Isti vel sunt penitus infideles, vel hi qui noluerunt obedire et subesse; unde istos ponet scabellum pedum tuorum. Scabellum enim est quod ponitur sub pedibus; illud autem quod est sub pedibus totaliter ei subiicitur, non autem illud quod est in manu. Quidam ponuntur scabellum ad punitionem, quidam ad salutem: ad punitionem, qui nolunt facere eius voluntatem; ad salutem, qui faciunt eius voluntatem. Sed obiiciunt Ariani: ergo non est aequalis Patri. Dico quod legitur utrumque, et quod subiicitur Patri, et quod est aequalis Patri; I ad Cor. XV, 25: oportet autem illum regnare, donec ponat inimicos sub pedibus. Item Christus sibi omnia subiiciet; Ph. III, 21: reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. Unde illud dicit ad demonstrandum unitatem potestatis: unde omnia quae potest Pater, eadem potest et Filius. Sed quid est quod dicit donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum? Ergo videtur quod postquam supposuerit inimicos, quod ultra non sedebit a dextris. Dicendum quod donec aliquando importat tempus determinatum, aliquando infinitum. Hic vero importat infinitum. Sed diceret aliquis: nonne multi rebellant Christo? Ita, verum est quod multi rebellant, et ideo poterat esse dubium de tempore quando multi rebellarent: ideo voluit Christus exprimere. Si ergo David vocat eum Dominum, quomodo filius eius est? Ergo Dominus est et filius, quia Filius est secundum carnem, quia ab ipso traxit originem, et Dominus secundum divinitatem. Et nemo poterat respondere ei verbum. Hic ponitur effectus, et est duplex, quia Christus fuit respondens et opponens. Quia opponens: nemo poterat respondere; Jb IX, 3: si voluerit contendere cum eo, non poterit ei respondere unum pro mille. Item quia in respondendo confutaverat eos, ideo sequitur nec ausus fuit quisquam ex illa die eum amplius interrogare. Ideo potestis videre, quod isti non interrogabant ut eos doceret, sed ut eum tentarent; Dt. XXXII, 7: interroga patrem tuum et annuntiabit tibi.
XIXème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Moi je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; en quelque tribulation qu’ils crient vers moi, je les exaucerai, et je serai leur Seigneur pour toujours. Mon peuple, soyez attentif à ma loi, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche.
Collecte
Dieu tout-puissant et miséricordieux, éloignez de nous, dans votre bonté, tout ce qui s’oppose à notre salut, afin que, libres d’esprit et de corps, nous accomplissions ce qui est de votre service avec des cœurs dégagés de toute entrave.
Épitre Ep. 4, 23-28
Mes frères, renouvelez-vous de l’esprit de votre intelligence, et revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité. C’est pourquoi, renonçant au mensonge, dites chacun la vérité avec son prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres. Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas prise au diable. Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il s’occupe en travaillant des mains à quelque chose de bon, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin.
Évangile Mt. 22, 1-14
En ce temps-là, Jésus, prenant la parole, parla de nouveau en paraboles, et il dit : Le royaume des deux est semblable à un roi qui fit faire les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités aux noces, mais ils ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant : Dites aux invités : J’ai préparé mon festin, mes bœufs, et mes animaux engraissés sont tués ; tout est prêt, venez aux noces. Mais ils ne s’en inquiétèrent point, et s’en allèrent, l’un à sa ferme et l’autre à son négoce ; les autres se saisirent de ses serviteurs, et les tuèrent, après les avoir accablés d’outrages. Lorsque le roi l’apprit, il fut irrité ; et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers, et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : Les noces sont prêtes, mais ceux qui avaient été invités n’en étaient pas dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux qui seront là. Ses serviteurs, s’en allant par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’était pas revêtu de la robe nuptiale. Il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Et cet homme demeura muet. Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.
Communion
Vous avez ordonné que vos commandements soient très fidèlement observés ; puissent mes voies être dirigées de manière à ce que je garde vos justes ordonnances.
Office
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, pape.
Septième leçon. Je me souviens de vous avoir déjà dit souvent que dans le saint Évangile l’Église présente est maintes fois nommée le Royaume des Cieux ; car on appelle Royaume des Cieux l’assemblée des justes. Le Seigneur en effet dit par le prophète : « Le ciel est mon trône ». Et Salomon assure que l’âme du juste est le trône de la sagesse. Paul aussi dit que le Christ est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu ». C’est à nous de faire le lien : si Dieu est la sagesse, et l’âme du juste, le trône de la sagesse, vu que le ciel est appelé trône de Dieu, l’âme du juste est donc le ciel. Ceci est dit par le psalmiste à propos des saints prédicateurs : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ».
Huitième leçon. Le Royaume des Cieux est donc l’Église des justes : car déjà le Seigneur règne en eux comme dans les cieux : du fait qu’ils soupirent après les choses d’en haut, leur cœur ne recherche rien sur la terre. On peut donc dire : « Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. » Votre charité comprend déjà qui est ce Roi, père du Fils Roi. N’est-il pas celui à qui le psalmiste dit : « Dieu, donne au Roi ton jugement, et ta justice au fils du Roi ». « Il célébra les noces de son fils. » Dieu le Père célébra les noces de Dieu son Fils, quand il l’unit à la nature humaine dans le sein de la Vierge ; quand celui qui est Dieu dès avant les siècles, il a voulu le faire devenir homme à la fin des temps. Mais, bien que, normalement, cette union nuptiale se fasse entre deux personnes, qu’il soit banni de nos esprits de croire que la personne du Dieu-homme notre Rédempteur Jésus Christ, soit l’union de deux personnes.
Neuvième leçon. Nous disons que le Christ est constitué de deux natures et en deux natures ; mais gardons-nous bien, comme interdit, de croire qu’il est composé de deux personnes. On peut dire plus clairement et plus sûrement que le père célébra les noces du Roi son Fils quand il lui unit la sainte Église par le mystère de l’Incarnation. Or le sein de la Vierge Mère fut la chambre nuptiale de cet Époux. Aussi le psalmiste dit-il : « Dans le soleil il a dressé sa tente, il est comme l’époux qui sort de la chambre nuptiale ».
ÉVANGILE.
L’Évangile qu’on vient d’entendre a fait donner plus spécialement le nom de Dimanche des conviés aux noces au dix-neuvième Dimanche après la Pentecôte. Dès le commencement néanmoins de la série dominicale qui prend son point de départ à la descente de l’Esprit-Saint, l’Église proposait à ses fils l’enseignement évangélique qu’elle offre aujourd’hui derechef à leurs méditations ; au deuxième Dimanche après la Pentecôte, elle empruntait à saint Luc l’exposé de la parabole du grand repas aux nombreux invités, que saint Matthieu, précisant davantage, appelle maintenant le festin des noces.
Placée ainsi au début et vers la fin de la saison liturgique à laquelle préside l’Esprit sanctificateur, cette parabole éclaire toute la partie de l’année qu’elle domine en cette manière, et révèle de nouveau le vrai but qu’y poursuit l’Église. Mais combien la lumière n’a-t-elle pas grandi, depuis le jour où nous furent présentées pour la première fois ces allégories mystérieuses ! Ce certain homme, homo quidam, qui fit un grand souper et y appela beaucoup de gens, est devenu le roi qui fait les noces de son fils et nous donne en ces noces l’image du royaume des cieux. L’histoire du monde, elle aussi, s’est depuis lors développée sous nos yeux, comme l’ont fait, en passant d’un évangéliste à l’autre, les termes eux-mêmes de l’allégorie. Les anciens et premiers conviés, qui d’abord se bornaient à décliner l’invitation du père de famille, ont crû en audace ; s’emparant des porteurs du message que leur adressait l’amour, ils les ont couverts d’insultes et mis à mort. Nous avons assisté à la vengeance de cet homme qui était Dieu même, du père d’Israël devenu le roi des nations ; nous avons vu ses armées perdre les homicides et briller leur ville. Et voilà qu’enfin, malgré le refus des invités de Juda et leur opposition perfide à la célébration des noces du Fils de Dieu, les noces sont prêtes et la salle est remplie.
Le roi céleste a laissé aux serviteurs de son amour le soin d’appeler de toute race les nouveaux conviés ; mais maintenant que les envoyés, selon ses ordres, ont parcouru la terre entière, rassemblé les nations pour ce jour de la joie de son cœur, il va descendre en personne, pour s’assurer lui-même que rien ne manque aux apprêts de la fête et donner le signal du festin éternel des noces sacrées. Or, pour une telle fête, en un tel lieu, rien ne saurait manquer que de la part des conviés ; que ceux-ci veillent donc à ne pas attirer sur eux, dans cet universel et suprême examen, la défaveur du très-haut prince qui les appelle à son alliance. S’il a daigné les convoquer, malgré leur pauvreté sordide, des places publiques et de tous les carrefours, il leur a laissé tout le temps de déposer les haillons du passé ; sachant bien qu’ils ne pouvaient se pourvoir eux-mêmes, il a mis à leur disposition, pour le banquet nuptial, les plus riches vêtements de sa grâce et des vertus. Malheur donc à quiconque serait trouvé, au dernier jour, sans la robe nuptiale de la charité ! sa faute n’aurait point d’excuse, et le roi la punirait justement par l’exclusion de la salle du festin, comme une insulte à son fils.
Tout ce qui précède, dans les Dimanches qui viennent de s’écouler, nous a montré l’Église soucieuse uniquement de préparer l’humanité à ces noces merveilleuses, dont la célébration est le seul but qu’ait poursuivi le Verbe divin en venant sur la terre. Dans son exil qui se prolonge, l’Épouse du Fils de Dieu nous est apparue comme le vivant modèle de ses fils ; mais elle n’a point cessé non plus de les disposer par ses instructions à l’intelligence du grand mystère de l’union divine. Il y a trois semaines, abordant plus directement qu’elle ne l’avait fait jusque-là le sujet de son unique préoccupation de Mère et d’Épouse, elle leur rappelait l’appel ineffable. Huit jours plus tard, par ses soins, l’Époux des noces auxquelles on les conviait se révélait à eux dans cet Homme-Dieu devenu l’objet du double précepte de l’amour qui résume toute la loi. Aujourd’hui, l’enseignement est complet. Elle le précise dans l’Office de la nuit, où saint Grégoire nous donne toute sa pensée ; avec la double autorité d’un grand Docteur et d’un grand Pape, au nom même de l’Église, il explique ainsi l’Évangile :
« Le royaume des cieux est l’assemblée des justes. Le Seigneur dit en effet par un prophète : Le ciel est mon trône ; et Salomon dit d’autre part : L’âme du juste est le trône de la Sagesse, pendant que Paul appelle le Christ : Sagesse de Dieu. Si donc le ciel est le trône de Dieu, nous devons conclure évidemment que, la Sagesse étant Dieu et l’âme du juste le trône de la Sagesse, cette âme est un ciel... Le royaume des cieux est donc bien l’assemblée des justes... Si ce royaume est déclaré semblable à un roi qui fait les noces de son fils, votre charité comprend aussitôt quel est ce roi, père d’un fils roi comme lui-même, à savoir celui dont il est dit dans le psaume : O Dieu, confiez au Roi vos jugements, et votre justice au Fils du Roi ! Dieu le Père a fait les noces de Dieu son Fils, quand il l’a uni à la nature humaine, quand il a voulu que celui qui était Dieu avant les siècles devînt homme sur la fin des siècles. Mais nous devons éviter le danger de laisser à entendre qu’il puisse exister dualité de personnes en notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ... A cause de cela, il peut être à la fois plus clair et plus sûr de dire que le Père a fait les noces du Roi son Fils, en lui unissant par le mystère de l’incarnation la sainte Église. Le sein de la Vierge mère a été la chambre nuptiale de cet Époux, dont le Psalmiste dit [29] : Il a placé sa tente dans le soleil, il est l’Époux qui s’avance de sa chambre nuptiale [30]. »
Sainte Thérèse vierge
Collecte
Exaucez-nous, ô Dieu, qui êtes notre salut, et faites que, célébrant avec joie la fête de la bienheureuse Thérèse, votre Vierge, nous soyons nourris du pain de sa céleste doctrine et formés aux sentiments d’une piété fervente.
Office
Quatrième leçon. La vierge Thérèse naquit à Avila, en Espagne, de parents illustres par leur naissance et leur piété. Nourrie par eux du lait de la crainte de Dieu, elle donna, dans un âge bien tendre, un merveilleux présage de sa sainteté future. Car en lisant les actes des saints Martyrs et en les méditant, elle fut tellement embrasée du feu de l’Esprit-Saint que, s’enfuyant de la maison paternelle, elle voulut passer en Afrique, afin d’y donner sa vie pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Son oncle paternel l’ayant ramenée, elle compensa par des aumônes et d’autres œuvres de piété le souhait ardent, [mais irréalisé,] du martyre, se plaignant avec des larmes continuelles d’avoir été privée d’un si heureux sort. Sa mère étant morte, elle pria la très sainte Vierge de lui montrer qu’elle était mère aussi, et son vœu fut exaucé, car la Mère de Dieu la protégea toujours comme sa fille. En sa vingtième année, elle entra chez les religieuses de Notre Dame du Mont-Carmel, où, pendant dix-huit ans, elle fut affligée de très grandes maladies et agitée de diverses tentations ; mais elle demeura ferme sous les armes de la pénitence chrétienne, sans être soutenue par l’aliment de ces consolations célestes dont la sainteté est ordinairement comblée même sur la terre.
Cinquième leçon. Enrichie de vertus angéliques, Thérèse ne se contenta pas de travailler à son propre salut, mais elle se dépensa pour celui de tous, avec une charité pleine de sollicitude. C’est dans le but de le procurer que, d’après l’inspiration de Dieu et avec l’approbation de Pie IV, elle proposa d’abord aux femmes et ensuite aux hommes, l’observation de la règle plus austère des anciens Carmes. Le Seigneur tout-puissant et miséricordieux daigna bénir cette entreprise, car cette vierge, sans ressources, privée de toute assistance humaine, ayant même le plus souvent contre elle les princes du siècle, réussit à bâtir trente-deux monastères. Elle déplorait par des larmes continuelles l’aveuglement des infidèles et des hérétiques ; et afin d’apaiser la colère et de détourner la vengeance divine, elle offrait à Dieu, pour leur salut, les tourments volontaires qu’elle infligeait à son corps. Son âme était si embrasée du feu de l’amour divin, qu’elle mérita de voir un Ange lui percer le cœur avec un dard à la pointe enflammée, et d’entendre Jésus-Christ lui dire, en lui tendant sa main droite : Désormais, comme une véritable épouse, tu brûleras de zèle pour mon honneur. Ce fut par son inspiration qu’elle prononça le vœu si difficile de faire toujours ce qu’elle comprendrait être le plus parfait. Elle a écrit plusieurs ouvrages remplis d’une sagesse céleste, extrêmement propres à exciter les âmes des fidèles au désir de la patrie d’en haut.
Sixième leçon. Or, tandis qu’elle donnait de constants exemples de vertus, elle brûlait d’un si anxieux désir de châtier son corps, que, quoique les maladies dont elle était affligée lui persuadassent le contraire, elle tourmentait souvent ses membres par des cilices, des chaînes, des poignées d’orties et par d’autres pénitences très rigoureuses ; parfois même elle se roulait sur des épines, et elle avait coutume de dire à Dieu : « Seigneur, ou souffrir ou mourir ; » estimant toujours qu’elle périssait d’une très déplorable mort, aussi longtemps qu’elle vivait éloignée de la fontaine céleste de la vie éternelle. Elle eut à un très haut degré le don de prophétie, et le Seigneur l’enrichissait de faveurs spéciales avec tant de largesse, qu’elle le priait souvent avec d’ardentes exclamations de mettre des bornes à ses divins bienfaits, et de ne pas effacer par un si prompt oubli le souvenir de ses fautes. Réduite à s’aliter lors de son arrivée à Albe, moins par la violence de la maladie que par l’effet de l’amour divin dont elle ne pouvait plus supporter l’incendie, ayant prédit le jour de sa mort, reçu les sacrements de l’Église, et exhorté ses filles à la paix, à la charité ainsi qu’à l’observance régulière, Thérèse rendit à Dieu son âme très pure, [qu’on vit s’élever vers le ciel] sous l’aspect d’une colombe ; elle avait vécu soixante-sept ans, et c’était l’an mil cinq cent quatre-vingt-deux, le quinze octobre, selon la réformation du calendrier romain. A ses derniers moments, Jésus-Christ lui apparut au milieu des troupes d’anges, et un arbre desséché, proche de sa cellule, refleurit tout à coup. Le corps de Thérèse, demeuré jusqu’à ce jour exempt de corruption, répand une liqueur odoriférante et est l’objet d’une pieuse vénération. D’éclatants miracles l’ont glorifiée avant comme après sa mort, aussi Grégoire XV l’a-t-il mise au nombre des Saints.
Je suis vôtre ; pour vous je suis née,
Que voulez-vous faire de moi ?
Souveraine Majesté, Éternelle Sagesse,
Bonté qui vous répandez sur mon âme,
Dieu, Souveraineté, Être unique, Miséricorde,
Voyez combien est vil l'être
Qui aujourd'hui proclame votre amour en ces termes :
Que voulez-vous de moi, Seigneur ?
Je suis vôtre, puisque vous m'avez créée ;
Vôtre, puisque vous m'avez rachetée ;
Vôtre, puisque vous me supportez ;
Vôtre, puisque vous m'avez appelée ;
Vôtre, puisque vous m'avez attendue ;
Vôtre, puisque je ne me suis pas perdue.
Que voulez-vous faire de moi ?
Que commandez-vous donc, ô bon Maître,
Que fasse un si vil serviteur ?
Quelle mission avez-vous donnée
À ce pécheur esclave ?
Vous me voyez à vos pieds, ô mon tendre Amour,
Ô mon tendre Amour, vous me voyez à vos pieds ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Voici mon cœur :
Je le remets entre vos mains.
Voici mon corps, ma vie et mon âme,
Mon amour et mon affection.
Ô doux époux, ô ma Rédemption,
Puisqu'à vous je me suis consacrée,
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi la mort ou la vie,
Donnez-moi la santé ou la maladie,
Donnez-moi la gloire ou le mépris,
Donnez-moi les combats ou la paix parfaite,
donnez à ma vie la faiblesse ou la force ;
À tout je dis oui ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi les richesses ou la pauvreté ;
Donnez-moi des consolations ou des désolations ;
Donnez-moi de la joie ou de la tristesse ;
Donnez-moi l'enfer ou donnez-moi le ciel,
Ma douce vie, ô soleil sans nuage,
Puisque je me suis remise à vous tout entière,
Que voulez-vous faire de moi ?
Si vous le voulez, donnez-moi l'oraison,
Sinon, donnez-moi les sécheresses ;
Si vous le voulez, donnez-moi l'abondance de vos biens, et la dévotion,
Sinon, la disette
Ô souveraine Majesté,
Là seulement je trouve la paix,
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi donc la sagesse,
Ou si vous ne le voulez pas, par amour pour vous, j'accepte l'ignorance ;
Donnez-moi des années d'abondance,
Ou de famine et de disette ;
Donnez-moi les ténèbres ou la clarté du jour ;
Retournez-moi ici ou là ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Si vous me voulez dans la joie,
Par amour pour vous je veux me réjouir.
Si vous me commandez des travaux,
Je veux mourir à la peine.
Dites-moi seulement : où, comment, et quand ?
Parlez, ô doux Amour, parlez.
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi le Calvaire ou le Thabor,
Le désert ou la terre d'abondance ;
Que je sois comme Job dans la douleur,
Ou que je repose comme Jean sur votre cœur ;
Que je sois une vigne abondante,
Ou stérile, qu'importe ? si j'accomplis votre volonté,
Que voulez-vous faire de moi ?
Que je sois comme Joseph jeté dans les fers,
Ou comme lui l'Intendant de l'Égypte ;
Que je sois comme David dans les épreuves,
Ou comme lui au comble de la gloire ;
Que je sois comme Jonas englouti dans les flots,
Ou comme lui rejeté sur le rivage,
Que demandez-vous de moi ?
Que je me taise ou que je parle,
Que je fasse du bien ou que je n'en fasse pas,
Que la Loi ancienne me découvre mes plaies,
Ou que je goûte les douceurs de l'Évangile,
Que je sois dans la peine ou dans la joie,
Pourvu seulement que vous viviez en moi
Que voulez-vous faire de moi?
Je suis vôtre ; pour vous je suis née ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Saint Calixte Ier pape et martyr
Collecte
O Dieu, qui nous voyez défaillir à cause de notre faiblesse, raffermissez-nous miséricordieusement dans votre amour au moyen des exemples de vos Saints.
Office
Quatrième leçon. Calixte, Romain d’origine, gouverna l’Église, Antonin Héliogabale étant empereur. Ce fut ce Pape qui établit les Quatre-Temps et qui ordonna qu’en ces jours, le jeûne reçu dans l’Église de tradition apostolique, serait obligatoire pour tous. Il construisit la basilique de Sainte Marie du Transtévère et agrandit un ancien cimetière sur la voie Appienne, où beaucoup de saints Prêtres et Martyrs avaient été ensevelis, et qu’on appela depuis cimetière de Calixte.
Cinquième leçon. Ce fut aussi par une inspiration de sa piété, qu’il eut soin de faire rechercher le corps du Prêtre et Martyr Callépode, qui avait été jeté dans le Tibre, et, quand on l’eut trouvé, de le faire ensevelir avec honneur. Ayant baptisé Palmatius, personnage consulaire, et Simplicius, illustre sénateur, ainsi que Félix et Blanda, qui, plus tard, subirent tous le martyre, il fut incarcéré, et, dans sa prison, guérit d’une manière merveilleuse le soldat Privatus, qui était couvert d’ulcères, et le gagna au Christ. Bientôt après, ce soldat frappé jusqu’à la mort à coups de fouets plombés, succomba pour Celui dont il venait de recevoir la foi.
Sixième leçon. Calixte occupa le Saint-Siège cinq ans, un mois et douze jours. En cinq ordinations, au mois de décembre, il ordonna seize Prêtres, quatre Diacres et sacra huit Évêques. Après lui avoir fait endurer la faim et subir de nombreuses fustigations, on le précipita dans un puits. Ainsi couronné du martyre, sous l’empereur Alexandre, il fut déposé, le premier jour des ides d’octobre, dans le cimetière de Callépode, sur la voie Aurélia, au troisième mille au sortir de Rome. Plus tard, on transporta son corps dans la basilique de Sainte-Marie du Transtévère, bâtie par lui, et on le plaça sous le maître autel, où il est l’objet d’une très grande vénération.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 arg.
Distinctio 2
Quaestio 1
Articulus 1
Utrum Deus sit tantum unus
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod non sit necessarium ponere unum Deum. Ab uno enim primo et simplici procedit tantum unum, secundum philosophum. Sed plures bonitates inveniuntur participari in creaturis, sicut sapientia, bonitas, pax et hujusmodi. Ergo videtur quod procedant a pluribus primis principiis, et sic est ponere plures deos: et hic videtur fuisse error gentilium, ut dicit Dionys., quod etiam patet ex hoc quod ponebant unum Deum sapientiae, et aliam deam pacem, et sic de aliis.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 arg. 2 Item, sicut dicitur 5 Metaph., perfectum unumquodque est, quando potest producere sibi simile in natura. Sed divina essentia est perfectissima. Ergo videtur quod possit producere aliam essentiam sibi similem, ita quod sint plures divinae essentiae.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 arg. 3 Item, prima materia, quae est pura potentia, est una; et quanto formae sibi sunt propinquiores, inveniuntur pauciores numero. Primo enim perficitur per quatuor formas elementares, post per plurimas formas mixtorum corporum. Ergo in ultimo remotionis a materia, debet inveniri maxima pluralitas; et ita videtur quod, cum Deus sit maxime remotus a materia, et natura divina sit maxime multiplicata; et sic sunt plures dii.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 s. c. 1 Contra, omnis natura quae invenitur in pluribus secundum prius et posterius, oportet quod descendat ab uno primo, in quo perfecte habeatur. Unitas enim principiati attestatur unitati principii, sicut omnis calor originatur ab uno calidissimo, quod est ignis. Sed entitas invenitur in pluribus secundum prius et posterius. Ergo oportet esse unum primum ens perfectissimum, a quo omnia entia habent esse, et hic est Deus. Est igitur unus Deus.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 s. c. 2 Praeterea, si sint plures dii per essentiam distincti, oportet quod eorum essentiae dividantur ab invicem essentiali differentia, sicut quae differunt specie vel genere vel quae differunt numero. Si autem differunt genere vel specie, oportet quod aliqua differentia differant. Illa autem differentia aut pertinet ad bonitatem, aut non. Si non, ergo Deus, in quo erat differentia, non habet puram bonitatem; et sic non est purum bonum. Si autem pertinet ad bonitatem, et illa non invenitur in alio, ergo ille in quo non invenitur non erit perfectus in bonitate. Oportet autem Deum esse summum bonum, quod sit et purum et perfectum in bonitate. Ergo impossibile est esse plures deos.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 s. c. 3 Si dicatur, quod illa differentia est eadem secundum speciem in utroque, sed differens numero, contra: quidquid est ejusdem speciei, non dividitur secundum numerum, nisi secundum divisionem materiae vel alicujus potentialitatis. Ergo et illa differentia est eadem secundum speciem, differens numero. Oportebit ergo quod in Deo sit aliquid potentiale, et sic ens diminutum et dependens ad aliud, quod est contra rationem primi entis.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 s. c. 4 Praeterea, ejus in quo non differt suum esse et sua quidditas, non potest participari quidditas sua sive essentia, nisi et esse participetur. Sed quandocumque dividitur essentia alicujus per participationem, participatur essentia eadem secundum rationem et non secundum idem esse. Ergo impossibile est ejus in quo non differt essentia et esse, essentialem participationem dividi vel multiplicari. Tale autem est Deus: alias esset suum esse acquisitum ab aliquo. Ergo impossibile est quod divinitas multiplicetur vel dividatur; et ita erit unus tantum Deus.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod cum omnis multitudo procedat ab unitate aliqua, ut dicit Dionysius, oportet universitatis multitudinem ad unum principium entium primum reduci, quod est Deus; hoc enim et fides supponit et ratio demonstrat.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis bonitates participatae in creaturis sint differentes ratione, tamen habent ordinem ad invicem et una includit alteram et una fundatur super altera; sicut in intelligere includitur vivere, et in vivere includitur esse; et ideo non reducuntur in diversa principia, sed in unum. Si etiam ordinem non haberent, non propter hoc excluderetur unitas primi principii: quia quod in principio unitum est, in effectibus multiplicatur: semper enim in causa est aliquid nobilius quam in causato. Unde primum principium licet sit unum et simplex re, sunt tamen in eo plures rationes perfectionum, scilicet sapientiae, vitae et hujusmodi, secundum quas diversae perfectiones re differentes in creaturis causantur.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc est de perfectione divinae essentiae, quod sibi similis et aequalis alia essentia esse non potest. Si enim ab ipsa esset, oporteret quod esse illius esset dependens ab ipsa, et sic incideret in illam essentiam potentialitas, per quam distingueretur ab essentia divina, quae est actus purus. Non autem oportet quod quidquid est de nobilitate creaturae, sit de nobilitate creatoris, quae ipsam improportionabiliter excedit; sicut aliquid est de nobilitate canis, ut esse furibundum, quod esset ad ignobilitatem hominis, ut dicit Dionysius.
Super Sent., lib. 1 d. 2 q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod simplex principium habet rationem unitatis; et quia materia est potentia tantum, ideo est una numero, non per unam formam quam habeat, sed per remotionem omnium formarum distinguentium; et per eamdem rationem actus purus et primus est unus, non multiplicabilis sicut materia multiplicatur per adventum formarum, sed omnino impossibilis ad diversitatem.
Saint Edouard roi et confesseur
Collecte
O Dieu, qui avez couronné de la gloire éternelle le roi Édouard, votre bienheureux Confesseur ; faites, s’il vous plaît, que nous l’honorions sur la terre de manière à mériter de régner avec lui dans les cieux.
Office
Quatrième leçon. Édouard surnommé le Confesseur, était petit-fils de S. Édouard, roi et Martyr, et fut le dernier souverain des Anglo-Saxons. Le Seigneur fit voir dans une extase, à un homme de très grande sainteté nommé Brithuald, qu’Édouard serait roi. Il n’avait que dix ans lorsque les Danois, qui alors dévastaient l’Angleterre le cherchant pour le faire mourir, il fut contraint de s’exiler, et se réfugia chez son oncle, le duc de Normandie. Là, au milieu des séductions du vice, il fit paraître une telle intégrité de vie et une si grande innocence de mœurs, qu’il fut un sujet d’admiration pour tous. On vit même alors éclater en lui une piété admirable envers Dieu et pour les choses divines. Il était d’un caractère très doux et sans aucune ambition du pouvoir ; on rapporte de lui cette parole, qu’il aimait mieux se passer de la royauté, s’il ne pouvait l’obtenir sans carnage et effusion de sang.
cinquième leçon. Après la mort des tyrans qui avaient enlevé à ses frères la vie avec la couronne, il fut rappelé dans sa patrie et mis en possession du trône, d’après les vœux et aux applaudissements de tous. Il s’appliqua tout entier à faire disparaître les traces de ressentiments et d’inimitiés. Commençant par les choses saintes et par les églises, dont il réédifia ou restaura les unes, enrichit les autres de revenus et de faveurs, il mit ses plus grands soins à relever et faire refleurir la religion. Poussé par les grands du royaume à se marier, il conserva avec son épouse la virginité dans l’état du mariage : les écrivains sont d’accord pour l’affirmer. Il avait tant de foi et d’amour envers Jésus-Christ que plusieurs fois, pendant la célébration des saints Mystères, il mérita de le voir apparaître, le visage empreint de douceur divine. Partout on l’appelait le père des orphelins et des indigents, et jamais il n’était plus joyeux que lorsqu’il avait épuisé les trésors royaux à soulager les pauvres.
Sixième leçon. Doué du don de prophétie, il prévit surnaturellement plusieurs faits à venir concernant l’état de l’Angleterre, et, chose remarquable entre toutes, il connut par inspiration divine, au moment même où elle arrivait, la mort de Suénon, roi des Danois, qui fut submergé en s’embarquant pour aller faire invasion en Angleterre. Édouard eut pour saint Jean l’Évangéliste un culte particulier, et il avait coutume de ne rien refuser de ce qu’on sollicitait de lui en son nom. Saint Jean, sous les haillons d’un pauvre, lui ayant un jour demandé l’aumône, le roi, dépourvu d’argent, prit l’anneau qu’il portait au doigt et le lui donna ; mais peu de temps après, le saint Apôtre le lui rendit en l’avertissant de sa fin prochaine. Le roi demanda donc aussitôt des prières, et le jour des nones de janvier, jour qu’avait prédit l’Évangéliste, il mourut très saintement, l’an du Seigneur mil soixante-six. Des miracles ayant jeté sur lui de l’éclat, le Pape Alexandre III, au cours du siècle suivant, le mit au nombre des Saints. Innocent XI ordonna d’honorer sa mémoire dans toute l’Église par un Office public, et cela, au jour même où, trente-six ans après sa mort, son corps, dans la translation qu’on en fit, fut trouvé exempt de corruption et exhalant une suave odeur.
Maternité de la Vierge Marie
Collecte
O Dieu, vous avez voulu qu’à l’annonce de l’Ange, le Verbe votre Fils prenne chair dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie : accordez à ceux qui vous supplient, et qui croient qu’elle est vraiment la Mère de Dieu, qu’elle nous secoure par son intercession.
Office
AU PREMIER NOCTURNE
Du livre de l’Ecclésiastique
Première leçon.Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, la première engendrée avant toute créature. Dans les cieux j’ai fait surgir une lumière sans fin, et comme une vapeur j’ai couvert la terre. Au plus haut des cieux j’ai ma demeure, et mon trône, sur la colonne de nuée. Seule j’ai fait le tour du cercle des cieux, j’ai parcouru la profondeur des abîmes. Dans les flots de la mer j’ai marché, sur la terre entière j’ai séjourné, sur tout peuple et toute nation j’ai dominé. Les cœurs de tous, des grands et des petits, je les ai soumis par ma puissance. En toute choses, j’ai cherché du repos, et c’est dans l’héritage du Seigneur que je demeurerai.
Deuxième leçon.Alors a ordonné et m’a parlé le Créateur de l’univers ; et celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m’a dit : Habite dans Jacob, et en Israël place ton héritage, et au milieu de mes élus, étends tes racines. Dès le commencement et avant tous les siècles, j’ai été créée, et jusqu’au siècle futur je ne cesserai pas d’être, et dans l’habitation sainte, j’ai exercé devant lui mon ministère. Et ainsi dans Sion j’ai été affermie, et dans la cité sainte je me suis reposée ; et dans Jérusalem est ma puissance. Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dans la part de Dieu, [laquelle est] son héritage ; et dans l’assemblée entière des saints est ma demeure.
Troisième leçon. Comme un cèdre, je me suis élevée sur le Liban, et comme un cyprès sur la montagne de Sion ; comme un palmier, je me suis élevée à Cadès, et comme des rosiers à Jéricho ; je me suis élevée comme un bel olivier dans les champs, et comme un platane sur le bord de l’eau, dans les places publiques. Comme le cinnamome et le baume aromatique, j’ai répandu une odeur ; comme la myrrhe de choix, j’ai exhalé une odeur suave ; et comme le storax, le galbanum, l’onyx, le stacté, et comme le Liban qui sort sans incision, j’ai rempli de vapeur mon habitation et comme un baume non mélangé est mon odeur. Moi, comme un térébinthe, j’ai étendu mes rameaux, et mes rameaux sont d’honneur et de grâce.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Sermon de saint Léon, pape
Quatrième leçon. Une vierge, issue de la race royale de David, est choisie pour porter en elle le germe saint, à la fois divin et humain, qu’elle conçut dans son esprit, avant même de le concevoir en son corps. De peur que, si elle eût ignoré le dessein divin, elle n’eût été effrayée de ses conséquences inattendues, elle apprit de la bouche d’un ange ce que l’Esprit-Saint allait opérer en elle. Celle qui allait devenir la mère de Dieu ne craignit pas que ce ne fût au détriment de sa pudeur. Comment n’eut-elle pas espéré une conception insolite, celle à qui était promise l’efficacité de la puissance du Très-Haut ? La foi de l’âme croyante est encore confirmée par un précèdent miracle : à Élisabeth est donnée une fécondité inespérée ; ainsi ne pourrait-on douter que celui qui avait donné à une femme stérile la possibilité de concevoir, ne l’octroyât aussi à une vierge. Donc, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, fils de Dieu "qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait et rien sans lui" s’est fait homme pour libérer l’homme de la mort éternelle.
Cinquième leçon. Jésus Christ, notre Seigneur, descend de son trône du ciel pour pénétrer notre misère, sans pourtant quitter la gloire de son Père, en des conditions tout à fait nouvelles et d’une manière inusitée. Dans des conditions nouvelles, puisque invisible en soi, il se rend visible à nous, incompréhensible, il accepte d’être appréhendé, éternel, il commence à exister dans le temps. — D’une manière inusitée, puisque conçu et né d’une vierge sans la participation d’un homme et sans que soit faite injure à l’intégrité de sa mère. Une telle naissance convenait en effet au futur Sauveur des hommes qui, tout en revêtant la substance de la nature humaine, ignorerait les souillures de la chair. Il serait différent de nous par l’origine, mais semblable par la nature. Nous le croyons, cette naissance fut en dehors du cours normal de la génération humaine, mais elle s’appuya sur la puissance de Dieu, puisque la virginité de la mère demeura intacte dans la conception, l’enfantement et la suite des temps.
Sixième leçon. En l’an 1931, aux applaudissements de tout l’univers catholique, on célébrait le quinzième centenaire du concile d’Éphèse, au cours duquel la bienheureuse Vierge Marie, de qui est né Jésus, fut proclamée, contre l’hérésie de Nestorius, Mère de Dieu par les Pères en union avec le Pape Célestin ; le Souverain Pontife Pie XI voulut que le souvenir de cet heureux événement fut perpétué par un témoignage constant de sa piété. Il existait à Rome un monument glorieux de la proclamation d’Éphèse, l’arc triomphal de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, sur l’Esquilin, orné par son prédécesseur Sixte III d’admirables mosaïques, mais détérioré par l’injure du temps ; il le fit heureusement restaurer à ses frais, ainsi que l’aile transversale de la basilique. Il décrivit dans une lettre encyclique la vraie physionomie du concile œcuménique d’Éphèse et exposa abondamment et avec piété le privilège ineffable de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie, afin que la connaissance d’un mystère si sublime se gravât plus profondément dans les âmes des fidèles. En même temps il proposa Marie Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes, et la famille de Nazareth, comme un modèle à imiter, illustre entre tous, tant pour la dignité et la sainteté d’un chaste mariage que pour la pieuse éducation de la jeunesse. Enfin, pour que subsistât aussi un monument liturgique, il décréta que la fête de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie serait célébrée chaque année le 11 octobre par l’Église universelle, sous le rite double de deuxième classe, avec une Messe et un office propres.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Homélie de saint Bernard, abbé
Septième leçon. Marie donne au Dieu et Seigneur des anges le nom de "fils" : "Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ?" Quel est l’ange qui oserait en dire autant ? Il leur suffit, et ils le tiennent déjà pour un grand honneur, d’être promus et appelés "anges" par grâce, alors qu’ils sont par nature des esprits, au témoignage de David : "des esprits, le Seigneur fait ses anges". Mais Marie sait qu’elle est sa mère et, en toute simplicité, elle appelle son fils celui que les anges servent avec respect. Quant à Dieu, il ne dédaigne pas de recevoir le titre de ce qu’il a daigné être. Peu après, l’évangéliste ajoute : "Et il leur était soumis". Qui ? — A qui ? — Dieu à des hommes ! Dieu, dis-je, dont les anges sont les sujets, à qui obéissent Principautés et Puissances, c’est à Marie qu’il se soumet !
Huitième leçon. Des deux merveilles, laquelle faut-il admirer davantage ? La condescendance toute d’amour du Fils ou la dignité si remarquable de sa Mère ? Toutes deux provoquent la stupeur car elles sont toutes deux un prodige. Dieu obéit à une femme : humilité sans exemple ! Une femme commande à Dieu : sublimité sans pareille ! Comme un privilège des vierges, le Cantique assure qu’« elles suivent l’Agneau partout où il va ». De quelles louanges, pensez-vous sera digne celle qui même le précède ? Apprends, homme, l’obéissance ! Apprends, limon, la soumission ! Apprends, poussière, l’humble dépendance ! C’est en parlant de ton Créateur que l’évangéliste dit : "Et il leur était soumis". Rougis, cendre imbibée d’orgueil ! Dieu s’abaisse pendant que tu t’élèves ! Dieu se soumet aux hommes et toi, n’aspirant qu’à les dominer, tu veux prendre rang au-dessus de ton Créateur !
Neuvième leçon. Heureuse Marie à qui n’ont manqué ni l’humilité ni la virginité ! Singulière virginité que la fécondité, au lieu d’y apporter atteinte, a magnifiée ! Humilité non moins notable, que cette féconde virginité, au lieu de l’éteindre, a exaltée ! Incomparable fécondité enfin qu’accompagnent la virginité et l’humilité ! Tout n’est-il pas ici admirable, inégalable, inouï ? Il serait étonnant que vous n’hésitiez pas pour savoir ce qui vous paraît le plus digne d’admiration : la fécondité chez une vierge ou la virginité chez une mère, l’élévation que cause un tel enfantement ou l’humilité qui lui est jointe ? A moins que, sans doute, tout cela ne vous semble en même temps préférable et que vous ne pensiez incomparablement meilleur et heureux de recevoir à la fois tous ces bienfaits. D’ailleurs, quoi d’étonnant à ce que Dieu qui, nous le lisons, "est admirable dans ses saints", se montrât plus admirable encore en sa Mère ? Vénérez donc, épouses, l’intégrité de sa chair dans une chair corruptible et vous, vierges consacrées, vénérez la fécondité dans une vierge. Vous tous, qui que vous soyez, imitez l’humilité de la Mère de Dieu.
Marie est plus heureuse de comprendre la foi au Christ que de concevoir la chair du Christ. Sa liaison maternelle ne lui eût servi de rien, si elle n'avait été plus heureuse de porter le Christ dans son cœur que de le porter dans sa chair".
De la Sainte Vierge Marie, pour l'honneur du Christ, je ne veux pas qu'il soit question lorsqu'il s'agit de péchés. Nous savons en effet qu'une grâce plus grande lui a été accordée pour vaincre de toute part le péché par cela même qu'elle a mérité de concevoir et d'enfanter celui dont il est certain qu'il n'eut aucun péché. De natura et gratia (De la nature et de la grâce), XXXXVI. P.L., 44, col. 267.
Marie est notre Mère, comme l’Église
Seule entre les femmes, Marie n'est pas seulement d'esprit mais de corps à la fois mère et vierge. D'esprit, elle est mère, non pas sans doute de notre Chef et Sauveur, de qui plutôt elle est née selon l'esprit, car tous ceux qui croient en lui - et elle est du nombre - méritent d'être appelés fils de l’Époux ; mais bien de nous, qui sommes ses membres ; car elle coopéra, par sa charité, à la naissance des fidèles dans l’Église, des membres de ce Chef. De corps, elle est mère de notre Chef même. Il fallait que, par un insigne miracle, notre Chef naquît, selon la chair, d'une vierge, pour indiquer que ses membres naîtraient, selon l'Esprit, de l’Église vierge. Ainsi Marie est-elle, d'esprit et de corps, mère et vierge : Mère du Christ et Vierge du Christ. De sancta virginitate, VI. P.L., 40, col. 399.
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