Le Très Saint Nom de Marie
Collecte
Nous vous en prions, ô Dieu tout-puissant, accordez à vos fidèles, qui mettent leur joie dans le nom et la protection de la très sainte Vierge Marie, d’être par un effet de sa maternelle intercession, préservés de tous les maux sur la terre, et d’arriver dans le ciel aux joies de l’éternité.
Lecture Eccli. 24, 23-31
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
Communion
Bienheureux le sein de la Vierge Marie, qui a porté le Fils du Père éternel.
Postcommunion
Nous venons, Seigneur, de recevoir de puissants secours pour notre salut ; daignez faire, nous vous en supplions, que nous soyons en tous lieux couverts de la protection de la bienheureuse Marie toujours Vierge, en l’honneur de qui nous avons offert ce sacrifice à votre Majesté.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Bernard, Abbé.
Quatrième leçon. « Et le nom de la Vierge était Marie, » dit l’Évangile. Parlons aussi un peu de ce nom que l’on dit signifier étoile de la mer et qui convient parfaitement à la Vierge Mère. Celle-ci est fort à propos comparée à l’étoile ; car, de même que l’astre émet son rayon sans en éprouver aucune altération, ainsi la Vierge a enfanté un fils sans dommage pour sa virginité. Le rayon n’amoindrit pas l’éclat de l’astre et le fils de la Vierge n’ôte rien à l’intégrité de sa mère. Marie est donc l’illustre étoile qui s’est levée de Jacob et dont le rayonnement illumine tout l’univers ; sa splendeur brille dans les cieux et pénètre les abîmes, luit partout sur la terre fait sentir sa chaleur aux âmes plutôt qu’aux corps, favorise l’épanouissement des vertus et réduit les vices. Elle est, dis-je, la très brillante et remarquable étoile qu’il était nécessaire d’élever au-dessus cette mer profonde et vaste, étoile étincelante par ses mérites, lumineuse en ses exemples.
Cinquième leçon. Ô vous, qui que vous soyez, qui vous sentez ici-bas ballotté au milieu des orages et des tempêtes, et non placé sur une terre ferme, ne détournez point vos yeux de cet astre plein d’éclat, si vous ne voulez pas être englouti par les flots. Si le vent des tentations se lève, si vous touchez les écueils des tribulations, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si vous êtes secoué par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si la colère, ou l’avarice, ou les séductions de la chair agitent le frêle esquif de votre âme, jetez un regard vers Marie. Si, troublé par l’énormité de vos crimes, confus de la laideur de votre conscience, effrayé des sévérités du jugement, vous vous sentez entraîné dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pensez à Marie.
Sixième leçon. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, songez à Marie, invoquez Marie. Qu’elle soit constamment sur vos lèvres, qu’elle soit constamment dans votre cœur, et pour obtenir l’appui de ses prières, ne perdez jamais de vue les exemples de sa vie. En suivant Marie, on ne s’égare point ; en la priant, on ne tombe pas dans le désespoir ; en pensant à elle, on n’erre point. Si elle vous soutient, vous ne tomberez pas ; si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre ; si elle vous accompagne, vous ne connaîtrez pas la fatigue ; sa protection vous conduira au terme et vous expérimenterez ainsi en vous-même avec quelle vérité il a été dit : « Et le nom de la Vierge était Marie ». Ce nom vénérable était déjà honoré depuis longtemps par un culte spécial dans quelques parties du monde chrétien ; lorsqu’une insigne victoire fut remportée à Vienne en Autriche, par le secours de la sainte Vierge Marie, sur le cruel sultan des Turcs, qui menaçait avec insulte de soumettre les peuples chrétiens à sa tyrannie. Le Pape Innocent XI, voulant donc perpétuer la mémoire d’un tel bienfait, ordonna que cette Fête serait célébrée chaque année dans l’Église universelle.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Pierre Chrysoloque.
Septième leçon. Aujourd’hui, frères bien-aimés, vous avez entendu un Ange traiter avec une femme de la réhabilitation de l’homme. Vous avez entendu qu’il s’agissait de ramener l’homme à la vie, par le même chemin qui l’avait conduit à la mort. C’est un Ange qui traite avec Marie du salut du genre humain, parce qu’un ange avait traité de sa perte avec Eve. Vous avez entendu cet Ange révéler le moyen ineffable de construire, du limon de notre chair, un temple à la divine Majesté. Vous avez entendu comment un mystère incompréhensible place Dieu sur la terre et l’homme dans le ciel. Vous avez entendu par quelle combinaison merveilleuse Dieu s’unit à l’homme dans un seul corps. Vous avez entendu comment la frêle nature de notre corps est affermie par l’exhortation d’un Ange, l’animant à porter toute la gloire de la divinité.
Huitième leçon. Enfin, de peur qu’en Marie le limon friable de notre corps ne s’affaissât sous le poids énorme du céleste édifice ; de peur que cette branche délicate qui devait porter le fruit de tout le genre humain ne se rompit, l’Ange a bientôt pris les devants et dit à la Vierge : « Ne craignez pas, Marie. » Avant d’énoncer le motif de sa mission, il lui fait entendre par ce nom, quelle est sa dignité. Car le mot hébreu de Marie, en latin Domina, signifie souveraine. L’Ange l’appelle souveraine, pour lui ôter la crainte qui appartient à la servitude, destinée qu’elle est à devenir la Mère du Dominateur, celui qu’elle doit enfanter ayant obtenu, par son autorité même, qu’elle naquît et fût appelée souveraine. « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce. » C’est vrai : celui qui a trouvé grâce ne saurait craindre. Or, vous avez trouvé grâce.
Neuvième leçon. Bienheureuse celle qui, seule parmi les êtres humains et de préférence à tous, mérita d’entendre ces paroles : « Vous avez trouvé grâce. » Quel degré de grâce ? Une grâce aussi entière que le donne à entendre ce terme employé auparavant par l’Ange : « pleine. » Et vraiment elle était en sa plénitude, la grâce dont les flots abondants s’étaient versés sur cette créature, l’avaient pénétrée et remplie. « Vous avez trouvé grâce devant Dieu. » Disant ces choses, l’Ange lui-même s’étonne, ou de ce qu’une femme l’ait méritée seule, ou de ce que tous les hommes aient mérité la vie par une femme ; oui, l’Ange est comme frappé de stupeur, en voyant venir se renfermer tout entier dans les étroites bornes d’un sein virginal, le Dieu pour qui toutes les choses créées réunies ne sont que petitesse. C’est pourquoi l’Ange tarde à préciser le but de sa mission ; de là vient qu’il nomme la Vierge par ce qui exprime son mérite, et la salue en mentionnant la grâce. A celle qui l’écoute, il ne livre que peu à peu son message, sans doute afin d’en faire ressortir la signification ; c’est aussi peu à peu qu’il achève de calmer sa crainte prolongée.
In Symbolum Apostolorum, a. 11
Articulus 11
Carnis resurrectionem
In Symbolum Apostolorum, a. 11 Spiritus Sanctus non solum sanctificat Ecclesiam quantum ad animam, sed virtute eius resurgent corpora nostra. Rm. 4, 24: qui suscitavit Iesum Christum dominum nostrum a mortuis; et I Cor. XV, 21: quoniam quidem per hominem mors, et per hominem resurrectio mortuorum. Et ideo credimus secundum fidem nostram, resurrectionem mortuorum futuram. Circa quam quatuor consideranda occurrunt.
Primum est utilitas, quae ex fide resurrectionis provenit; secundum est qualitas resurgentium, quantum ad omnes in generali; tertium quantum ad bonos; quartum quantum ad malos in speciali.
Circa primum sciendum, quod ad quatuor est nobis utilis fides et spes resurrectionis.
Primo ad tollendum tristitias quas ex mortuis concipimus. Impossibile est enim quod homo non doleat ad mortem cari sui; sed per hoc quod sperat eum resurrecturum, multum temperatur dolor mortis. I Th. IV, 12: nolumus vos ignorare, fratres, de dormientibus, ut non contristemini, sicut et ceteri qui spem non habent.
Secundo aufert timorem mortis. Nam si homo post mortem non speraret aliam vitam meliorem, sine dubio mors esset valde timenda, et potius deberet homo quaecumque mala facere, quam incurrere mortem. Sed quia credimus esse aliam vitam meliorem, ad quam perveniemus post mortem, constat quod nullus debet mortem timere, nec timore mortis aliqua mala facere. He. II, 14-15: ut per mortem destrueret eum qui habebat mortis imperium, idest Diabolum; et liberaret eos qui timore mortis per totam vitam obnoxii erant servituti.
Tertio reddit sollicitos et studiosos ad bene operandum. Si enim vita hominis esset tantum ista in qua vivimus, non inesset hominibus magnum studium ad bene operandum: quia quidquid faceret, parvum esset, cum eius desiderium non sit ad bonum determinatum secundum certum tempus, sed ad aeternitatem. Sed quia credimus quod per haec quae hic facimus, recipiemus bona aeterna in resurrectione, ideo studemus bona operari. I Cor. XV, 19: si in hac vita tantum in Christo sperantes sumus, miserabiliores sumus omnibus hominibus. Quarto retrahit a malo. Sicut enim spes praemii allicit ad bonum operandum, ita timor poenae, quam credimus malis reservari, retrahit a malo. Jn. V, 29: et procedent qui bona fecerunt, in resurrectionem vitae; qui vero mala egerunt, in resurrectionem iudicii. Circa secundum sciendum est, quod quantum ad omnes quadruplex conditio attendi potest in resurrectione.
Prima est quantum ad identitatem corporum resurgentium: quia idem corpus quod nunc est, et quantum ad carnem et quantum ad ossa resurget; licet aliqui dixerint quod hoc corpus quod nunc corrumpitur, non resurget; quod est contra apostolum. Ait I Cor. XV, 53: oportet enim corruptibile hoc induere incorruptionem; et quia sacra Scriptura dicit, quod virtute Dei idem corpus ad vitam resurget: Jb XIX, 26: rursum circumdabor pelle mea, et in carne mea videbo Deum.
Secunda conditio erit quantum ad qualitatem, quia corpora resurgentia erunt alterius qualitatis quam nunc sint: quia et quantum ad beatos et quantum ad malos corpora erunt incorruptibilia, quia boni erunt semper in gloria, et mali semper in poena eorum. I Cor. XV, 53: oportet corruptibile hoc induere incorruptionem, et mortale hoc induere immortalitatem. Et quia corpus erit incorruptibile et immortale, non erit usus ciborum et venereorum: Mt. XXII, 30: in resurrectione neque nubent neque nubentur; sed erunt sicut Angeli Dei in caelo. Et hoc est contra Iudaeos et Saracenos. Jb VII, 10: non revertetur ultra in domum suam.
Tertia conditio est quantum ad integritatem, quia omnes et boni et mali resurgent cum omni integritate quae ad perfectionem hominis pertinet; non enim erit ibi caecus vel claudus, nec aliquis defectus. Apostolus I Cor. XV, 52: mortui resurgent incorrupti, idest impassibiles quantum ad corruptiones praesentes.
Quarta conditio est quantum ad aetatem, quia omnes resurgent in aetate perfecta, idest triginta trium vel duorum annorum. Cuius ratio est, quia qui nondum pervenerunt ad hoc, non habent aetatem perfectam, et senes hanc iam amiserunt: et ideo iuvenibus et pueris addetur quod deest, senibus vero restituetur. Ep. IV, 13: donec occurramus omnes in (...) virum perfectum, in mensuram aetatis plenitudinis Christi. Circa tertium sciendum est, quod quantum ad bonos erit specialis gloria, quia sancti habebunt corpora glorificata in quibus erit quadruplex conditio.
Prima est claritas: Mt. XIII, 43: fulgebunt iusti sicut sol in regno patris eorum.
Secunda est impassibilitas; I Cor. XV, 43: seminatur in ignobilitate, surget in gloria; Ap. XXI, 4: absterget Deus omnem lacrymam ab oculis eorum; et mors ultra non erit, neque luctus neque clamor neque dolor erit ultra, quia prima abierunt.
Tertia est agilitas: Sg. III, 7: fulgebunt iusti, et sicut scintillae in arundineto discurrent. Quarta est subtilitas: I Cor. XV, 44: seminatur corpus animale, surget corpus spiritale: non quod omnino sit spiritus, sed quia erit totaliter spiritui subiectum. Circa quartum sciendum, quod damnatorum conditio contraria erit conditioni beatorum, quia erit in eis poena aeterna: in qua est quadruplex mala conditio. Nam corpora eorum erunt obscura: Is. XIII, 8: facies combustae vultus eorum. Item passibilia, licet nunquam corrumpantur; quia semper in igne ardebunt, et nunquam consummabuntur: Is. LXVI, 24: vermis eorum non morietur, et ignis eorum non extinguetur. Item erunt gravia: anima enim erit ibi quasi catenata: Ps. CXLIX, 8: ad alligandos reges eorum in compedibus. Item erunt quodammodo carnalia et anima et corpus: Jl. I, 17: computruerunt iumenta et in stercore suo.
XIVème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Dieu, notre protecteur, jetez les yeux sur nous, et regardez la face de votre Christ ; car un jour passé dans vos parvis vaut mieux que mille autres. Que vos tabernacles sont aimés, ô Dieu des vertus ! mon âme est consumée d’un ardent désir et défaille en pensant aux parvis du Seigneur.
Collecte
O Seigneur, gardez votre Église par l’assistance continuelle de votre miséricorde ; et puisque, sans vous, la faiblesse humaine ne peut que faillir, daignez, par votre assistance, la préserver sans cesse de tout ce qui peut lui nuire, et la diriger vers ce qui est salutaire.
Épitre
Mes Frères : Marchez selon l’esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. Car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ; en effet, ils sont opposés l’un à l’autre, pour que vous ne fassiez pas tout ce que vous voudriez. Si vous êtes conduits par l’esprit, vous n’êtes point sous la loi. Or les œuvres de la chair sont manifestes : c’est la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, l’idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les rixes, les dissensions, les factions, l’envie, les meurtres, l’ivrognerie, les débauches, et les choses semblables, dont je vous prédis, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui les commettent ne seront point héritiers du royaume de Dieu.
Mais les fruits de l’esprit sont : la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. Contre de pareilles choses il n’y a pas de loi. Or ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises.
Évangile
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Nul ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ; ni pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent pas dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui de vous, en se tourmentant, peut ajouter une coudée à sa taille ? Et au sujet du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent. Cependant je vous dis que Salomon lui-même dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Mais si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui, et qui demain sera jetée dans le four, combien plus vous-mêmes hommes de peu de foi ! Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous ? Car ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.
Offertoire
L’ange du Seigneur environnera de son assistance ceux qui craignent Dieu et les arrachera au danger ; goûtez et voyez combien le Seigneur est doux.
Postcommunion
Que vos sacrements, ô Dieu, nous purifient toujours ; qu’ils nous munissent de secours et qu’ils nous conduisent au salut éternel.
Office
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. « Nul ne peut servir deux maîtres. » A cette même intention, bonne ou mauvaise, se rapporte ce que notre Seigneur expose en conséquence de son assertion : « Ou il haïra l’un et il aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » Il faut examiner attentivement ce passage ; le Seigneur lui-même indique quels sont ces deux maîtres, en ajoutant : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » Les Hébreux donnent, dit-on, aux richesses le nom de Mammona. En langue punique, ce mot a le même sens ; car mammon signifie gain.
Huitième leçon. Servir Mammon, c’est être l’esclave de celui que sa perversité a préposé aux choses terrestres, et que le Seigneur appelle « prince de ce monde ». Donc : « ou l’homme le haïra et aimera l’autre », c’est-à-dire Dieu ; « ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » En effet, quiconque est esclave des richesses s’attache à un maître dur et à une domination funeste ; enchaîné par sa cupidité, il subit la tyrannie du démon, et certes, il ne l’aime pas ; car qui peut aimer le démon ? Mais cependant il le supporte.
Neuvième leçon. « C’est pourquoi, continue le Sauveur, je vous dis : Ne vous inquiétez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez. » Il ne veut pas que notre cœur se partage à la recherche, non seulement du superflu, mais même du nécessaire, et que, pour nous le procurer, notre intention se détourne de sa véritable fin, dans les actions que nous paraissons faire par un motif de miséricorde. C’est-à-dire qu’il ne veut pas que, tout en paraissant nous dévouer aux intérêts du prochain, nous ayons moins en vue son utilité que notre avantage personnel, et que nous nous regardions comme exempts de fautes, parce que nous ne voulons obtenir que le nécessaire et non le superflu.
EPÎTRE.
L’Épouse venue pour être couronnée des hauteurs de Sanir et d’Hermon ne connaît point la servitude du Sinaï Bien moins encore est-elle soumise à l’esclavage des sens. Sur la montagne où sa tente est fixée jusqu’aux derniers jours, l’Époux a brisé, avec les liens de la loi juive, la chaîne plus terrible encore qui liait tout les peuples, la trame de péché enveloppant les nations Ses fils sont rois comme elle ; le lait qu’elle leur donne infuse en eux la liberté. Remplis de l’Esprit-Saint qui fait leur noblesse et leur force, ils grandissent sous l’œil du Dieu des armées dans les combats qui conviennent à des princes. Satan a vu leurs luttes glorieuses restreindre son empire. Deux cités se partagent la terre désormais ; et la cité sainte, composée des vainqueurs du démon, du monde et de la chair, tressaille de voir affluer dans son sein l’élite des nations. L’amour supplée à toute loi dans ses murs ; car l’Esprit, qui conduit ses heureux citoyens, dirige leur marche bien au delà des prescriptions ou des défenses d’une loi quelconque. Avec la charité, la joie et tous ces fruits divins qu’énumère l’Apôtre, y nais sent, comme d’eux-mêmes, sur un sol imbibé des eaux du fleuve qui n’est autre encore que l’Esprit sanctificateur inondant de ses flots la cité de Dieu. Ne nous étonnons point que la nouvelle Sion soit plus aimée du Seigneur que ne le furent toutes les tentes de Jacob autrefois si belles Depuis que la bénédiction a remplacé la loi sur terre, les serviteurs de Dieu ont fait place à ses fils. Prouvant dans la chair même leur céleste origine, ils vont de vertu en vertu ; sans quitter la vallée des larmes, ils montent incessamment, atteignant les plus hauts sommets de la sainteté, retraçant ici-bas la perfection du Père céleste qui apparaît véritablement comme le Dieu des dieux, entouré qu’il est dans Sion de leur noble cour.
La chair et le sang n’ont eu nulle part à leur divine naissance ; la chair et le sang n’en ont point davantage en leur vie renouvelée. Nés de la chair primitivement, ils étaient chair, et faisaient les œuvres de honte citées dans l’Épître, montrant bien en tout qu’ils sortaient du limon ; nés de l’Esprit, ils sont esprit et font les œuvres de l’Esprit malgré la chair qui les enveloppe toujours. Car l’Esprit en leur donnant la vie, les a soustraits, par la force de l’amour, à l’empire du péché qui régnait dans leurs membres ; et, greffés sur le Christ, ils fructifient maintenant pour Dieu.
L’homme, asservi par la concupiscence, a donc retrouvé sur la croix de l’Homme-Dieu l’équilibre de son être avec la liberté. La suprématie que l’âme avait perdue en punition de sa révolte contre Dieu lui a été rendue sous les eaux de la fontaine sacrée ; redevenue reine, qu’a-t-elle à faire qu’à châtier l’esclave qui, si longtemps, tyrannisa sa légitime maîtresse ? Certes, de lui-même déjà, l’homme ne doit rien à la chair. Mais de plus, Dieu, insulté par tant d’ignominies commises sous ses yeux trois fois saints, réclame aussi sa vengeance ; et il daigne faire alliance avec l’homme affranchi, en lui confiant la mission d’exercer sur l’usurpatrice ennemie leurs communes représailles. Au reste il y va, dans la continuation de la lutte, de la sûreté même des résultats acquis. Car, bien que réduite à l’impuissance de nuire à ceux qui sont en Jésus-Christ et ne suivent point ses honteuses suggestions, l’ancienne révoltée n’en demeure pas moins toujours en état de rébellion ouverte contre l’esprit, n’épargnant qu’à de rares privilégiés ses importunes attaques, suivant Antoine au désert, souffletant Paul au sortir de ses révélations sublimes.
C’est pourquoi, n’eussions-nous aucune faute à expier, la plus élémentaire sagesse nous dicterait encore, contre cette persévérante et trop intime ennemie, des mesures de répression préventive. « Je châtie mon corps, disait l’Apôtre, et je le réduis en servitude, de peur que je ne devienne réprouvé. »
La pénitence est une dette de justice, qui s’impose au pécheur ; la mortification est un devoir de haute prudence, qui regarde quiconque ne peut se vanter d’avoir éteint en lui sans retour les feux de la concupiscence. Et qui donc se rendra le double témoignage d’être quitte envers Dieu, et d’avoir étouffé dans son sein tous les germes des basses convoitises ? C’est pourquoi tous les auteurs qui traitent de la conduite des âmes professent, sans exception, qu’aucun homme soucieux de la perfection et du salut ne doit se borner à l’observation des règles de la simple tempérance, qui prohibe l’excès dans l’usage des jouissances de tout genre ; il faut que, s’armant de force, il sache de temps en temps se refuser des plaisirs permis d’ailleurs, s’imposer des privations qui n’étaient pas commandées, aller même au-devant de la souffrance proprement dite, selon le mode et dans la mesure que conseillera un sage directeur.
Écoutons entre mille, sur ce sujet, l’aimable et doux saint François de Sales : « Si vous pouvez supporter le jeûne », dit-il, dans l’Introduction à la vie dévote, à sa chère Philothée, « vous ferez bien de jeûner quelques jours outre les jeûnes que l’Église nous commande... ; bien qu’on ne jeûne pas beaucoup, l’ennemi néanmoins nous craint davantage quand il connait que nous savons jeûner. Les mercredi, vendredi et samedi sont les jours lesquels les anciens chrétiens s’exerçaient le plus à l’abstinence. Prenez-en donc de ceux-là pour jeûner, autant que votre dévotion et la discrétion de votre directeur vous le conseilleront..... La discipline a une merveilleuse vertu pour réveiller l’appétit de la dévotion, étant prise modérément. La haire matte puissamment le corps... ; ès jours plus signalés de la pénitence, on la peut employer avec l’avis d’un discret confesseur. »
Ainsi s’exprime le docte et pieux évêque de Genève, malgré sa douceur ; et c’est aux personnes vivant dans le monde que s’adressent ses instructions. C’est qu’en effet, dans le monde comme dans le cloître, la vie chrétienne, dès qu’on la prend au sérieux, exige cet incessant combat de l’esprit contre la chair, faute duquel celle-ci reprend bientôt son empire usurpé et réduit l’âme à l’impuissance, en éteignant ses premières aspirations vers la vertu dans la torpeur d’un engourdissement fatal, quand elle ne la replonge pas d’un seul bond dans la fange.
Qu’on ne craigne point, au reste, que l’affabilité des rapports sociaux ait rien à souffrir de cette énergie que le chrétien saura déployer contre lui-même : la vertu qui repose sur l’oubli de soi jusqu’à aimer pour Dieu la souffrance et la gêne, n’enlève rien aux grâces de qui la possède, ni aux charmes de la société où elle se rencontre ; et il n’est point de parure, quand c’est l’amour du Christ Jésus qui préside à son agencement, où les bijoux de la pénitence ne sachent très bien trouver leur place sans faire nul tort à ceux du siècle. Quelle leçon ne réserve pas le jour du jugement à tant de chrétiens, tièdes et lâches, qui pensent que tout autour d’eux partage sur ce point la mollesse où ils s’endorment si volontiers ! Alors ils verront, révélées au grand jour, les pieuses industries que le culte de la croix suggérait, pour crucifier leur chair au sein même des plaisirs, à tels et telles dont l’aménité faisait le plus bel ornement de leurs fêtes mondaines.
Et ne faut-il pas reconnaître qu’il en doit être ainsi d’ailleurs, à moins de dire que le christianisme et l’amour divin ne sont plus de ce monde ? Comment aimer Jésus, l’homme de douleurs, sans aimer ses souffrances ? Comment prétendre marcher après lui, si l’on n’est pas dans la voie du Calvaire ? Si quelqu’un veut venir après moi, dit l’Homme-Dieu, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix tous les jours, et qu’il me suive. Et l’Église qui ne fait qu’un avec son Époux, qui le complète en toutes choses, poursuivant et développant sa vie d’expiation et de réparation à travers les siècles, l’Église demande à ses fils l’accomplissement de cette tâche sublime que l’Apôtre exprimait par ces mots : Je supplée à ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant dans ma chair pour son corps qui est l’Église. Tâche sublime en effet, toute filiale du côté qui regarde l’Église, mais aussi toute divine et déifiante, considérée entre le Verbe et l’âme qu’il daigne élever au-dessus des anges à ce point de l’appeler en part du calice réservé par le Père souverain à son humanité-sainte. C’est là vraiment l’intimité de l’Épouse ; c’est le breuvage dont la vertu confond leurs deux vies en une seule ; et l’on ne doit pas s’étonner si l’ivresse douloureuse qu’ils puisent à l’envi dans la coupe sacrée donne une telle force à leur union, que la créature redescend parfois de l’extase marquée dans son âme, et dans sa chair même, des plaies du divin Crucifié. Mais que le Seigneur daigne ou non communiquer d’une manière invisible ou visible à sa bien-aimée les stigmates de son amour, la souffrance, sous ses mille formes, est le sceau royal qui donne ici-bas son cachet d’authenticité le plus sûr au contrat de l’union divine. Plusieurs, qui tressaillent d’une pieuse envie au récit des faveurs gratuitement accordées à quelques âmes saintes, reculeraient terrifiés devant l’exposé des épreuves qu’elles ont dû traverser pour gagner ces sommets mystérieux. Après même que les épreuves purifiantes dont nous avons parlé ailleurs sont accomplies, le rendez-vous du Cantique n’en demeure pas moins fixé toujours au mont de la myrrhe qui signifie la souffrance ; la myrrhe est le premier des parfums que le Verbe divin recueille au jardin symbolique, le seul qu’il nomme entre tous ; la myrrhe découle des mains de l’Épouse et remplit ses doigts ; il est lui-même au sein de son élue le bouquet de myrrhe, et c’est la myrrhe que distillent pour elle ses lèvres d’Époux.
Ne prétendons point, dans notre misère, être emportés jamais par l’Esprit jusqu’aux cimes élevées de la vie mystique où l’union divine produit les merveilleux résultats cités plus haut ; mais rappelons-nous que ni l’intensité, ni le mérite de l’amour, ni la réalité même de l’union effective ne dépendent de ces manifestations extérieures. Il doit nous suffire, pour aimer, pour rechercher la souffrance, de nous souvenir par la foi qu’elle a été toute la vie de Celui qui désire et mérite si bien être l’unique objet de nos affections et de nos pensées. Nous sommes les membres d’un Chef couronné d’épines : pourrions-nous ne rêver que délices et fleurs ? N’oublions point que tous les saints, au ciel, doivent reproduire les traits de l’Adam nouveau ; le Père éternel n’admet dans sa maison que des images de son Fils.
ÉVANGILE.
La vie surnaturelle, pour arriver à son plein épanouissement dans les âmes, doit triompher de trois ennemis que saint Jean a nommés la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie. Nous venons de voir, dans l’Épître du jour, l’obstacle opposé par le premier de ces ennemis à l’Esprit-Saint et la manière de le surmonter ; l’humilité, sur laquelle l’Église a ramené plus d’une fois notre attention dans les Dimanches précédents, est le renversement de l’orgueil de la vie ; la concupiscence des yeux, ou l’attache aux biens de ce monde qui n’ont de biens que le faux nom et l’apparence trompeuse, est l’objet de l’Évangile qu’on vient d’entendre.
« Personne, dit l’Homme-Dieu, ne peut servir deux maîtres ; » et ces deux maîtres dont il parle sont Dieu et Mammon, c’est-à-dire la richesse. Non que la richesse soit mauvaise par elle-même. Acquise légitimement et employée suivant la volonté du Seigneur suprême, elle sert à gagner les vrais biens, à entasser par avance dans l’éternelle patrie des trésors qui ne craignent point les voleurs ou la rouille. Quoique la pauvreté soit la noblesse des cieux depuis que le Verbe divin Fa épousée, c’est une grande mission que celle du riche, établi pour faire valoir, au nom du Très-Haut, les diverses parties de la création matérielle. Dieu daigne remettre à ses soins la nourriture et l’entretien de ses fils les plus aimés, des membres dénués et souffrants de son Christ ; il l’appelle à se faire le soutien des intérêts de son Église, le promoteur des œuvres du salut ; il lui confie la splendeur de ses temples. Heureux et digne de toute louange est celui qui ramène directement ainsi à la gloire de leur auteur les fruits de la terre et les métaux qu’elle renferme en son sein ! Qu’il ne craigne point : ce n’est pas à lui que s’adressent les anathèmes tombés si souvent de la bouche de l’Homme-Dieu sur les riches et les heureux du siècle. Lui n’a qu’un maître : le Père qui est aux cieux, dont il se reconnaît humblement l’économe. Mammon ne le domine pas ; car, au contraire, il en a fait son esclave et l’a mis au service de son zèle. Le soin qu’il prend pour administrer ses biens dans la justice et la charité, n’est point celui que condamne l’Évangile ; car en cela même il suit la parole du Seigneur, cherchant d’abord le royaume de Dieu ; et la richesse qui passe par ses mains en bonnes œuvres ne distrait point ses pensées du ciel où est son trésor et son cœur.
Tout autrement en est-il, quand la richesse n’est plus envisagée comme un simple moyen, mais devient le but de l’existence, au point défaire négliger et parfois oublier à l’homme sa fin dernière. Les voies de l’avare ravissent son âme, dit l’Esprit-Saint. C’est qu’en effet, explique l’Apôtre à son disciple Timothée, l’amour de l’argent précipite l’homme dans la tentation et les filets du diable par la multitude des désirs pernicieux et vains qu’il engendre ; il l’enfonce toujours plus avant dans l’abîme, lui faisant vendre au besoin jusqu’à sa foi. Et cependant plus l’avare amasse, et moins il dépense. Garder chèrement son trésor, le contempler, ne penser qu’à lui quand la nécessité l’en éloigne, c’est là toute sa vie ; sa passion tourne en idolâtrie. Mammon bientôt, en effet, n’est plus seulement pour lui un maître aux ordres primant tous les autres ; c’est un dieu devant qui, courbé jour et nuit, l’avare immole amis, parents, patrie et lui-même, dévouant son âme à son idole, et lui jetant tout vivant, dit l’Ecclésiastique, ses propres entrailles. Ne soyons point étonnés que notre Évangile représente Dieu et Mammon comme d’irréconciliables rivaux : quel autre que Mammon a vu Dieu en personne sacrifié pour trente pièces d’argent sur son vil autel ? Est-il un ange déchu dont la hideuse gloire rayonne d’un plus sinistre éclat sous les voûtes infernales, que le démon du gain, auteur du marché qui livra aux bourreaux le Verbe éternel ? Le déicide est à la charge des avares ; leur misérable passion, que l’Apôtre qualifie de racine de tous les maux, revendique légitimement le plus grand des crimes que le monde ait commis.
Mais, sans aller jusqu’aux excès qui firent dire aux auteurs inspirés des livres eux-mêmes de l’ancienne alliance : « Rien de plus criminel que l’avare, rien de plus inique que d’aimer l’argent, » il est facile de se laisser entraîner, au sujet des biens de ce monde, à une sollicitude exagérée, dépassant celle que permet la prudence. Le Créateur qui ne néglige ni les oiseaux du ciel, ni les lis des champs, oublierait-il, soit de nourrir, soit de vêtir l’homme même, pour qui furent faits les oiseaux et les lis ? Depuis surtout que l’homme peut dire à Dieu : Mon Père, l’inquiétude que condamne la simple raison serait pour des chrétiens une injure à Celui dont ils sont les fils. Leur bassesse d’âme mériterait l’abandon du Seigneur de toutes choses. Si répondant au contraire à leur noblesse de race, ils cherchent avant tout ce royaume de Dieu dont la couronne est pour eux dans la vraie patrie, les biens de la vallée d’exil leur sont assurés par la parole expresse du Seigneur même, dans la mesure utile au voyage qui les conduit au ciel. Quelle ineffable suavité dans ces déductions du Sauveur ! Vouloir y ajouter d’humaines paroles serait en diminuer le charme et la force à la fois.
Insistons seulement pour faire observer que la préoccupation blâmée ici comme un manque de confiance envers le Père qui est aux cieux, serait, en outre, la preuve d’une attache incompatible avec la perfection de la vie chrétienne et le désir d’avancer dans les voies de l’union divine. La Vie unitive n’est fermée à aucun des états de ce monde ; mais c’est à la condition pour l’âme de se dégager des liens qui l’empêchent de monter vers son Dieu. Le religieux brise ces liens par ses trois vœux, qui répondent directement aux efforts de la triple concupiscence ; le séculier qui désire, quoique dans le monde, répondre autant que possible à l’appel du Seigneur, doit arriver, sans l’aide de cette séparation effective, à se détacher non moins complètement de sa volonté propre, de ses sens et des biens qu’il possède, pour n’avoir plus de regards et d’aspirations qu’au ciel où réside son amour. S’il ne fait pas en sorte d’être, au sein même des richesses, aussi pauvre d’esprit que l’est de fait le religieux, sa marche se trouve arrêtée dès le premier degré de l’échelle contemplative ; tant qu’il n’aura pas triomphé de l’obstacle, il ne doit pas compter s’élever, dans la vie et l’amour, au-dessus des sentiers du grand nombre.
In Symbolum Apostolorum, a. 10
Articulus 10
Sanctorum communionem, remissionem peccatorum
In Symbolum Apostolorum, a. 10 Sicut in corpore naturali operatio unius membri cedit in bonum totius corporis, ita in corpore spirituali, scilicet Ecclesia. Et quia omnes fideles sunt unum corpus, bonum unius alteri communicatur. Apostolus, Rm. XII, 5: singuli autem alter alterius membra. Unde et inter alia credenda quae tradiderunt apostoli, est quod communio bonorum sit in Ecclesia; et hoc est quod dicitur, sanctorum communionem. Inter alia vero membra Ecclesiae, principale membrum est Christus, quia est caput. Ep. I, 22-23: ipsum dedit caput super omnem Ecclesiam, quae est corpus ipsius. Bonum ergo Christi communicatur omnibus Christianis, sicut virtus capitis omnibus membris; et haec communicatio fit per sacramenta Ecclesiae, in quibus operatur virtus passionis Christi, quae operatur ad conferendam gratiam in remissionem peccatorum. Huiusmodi autem sacramenta Ecclesiae sunt septem. Primum est Baptismus, qui est regeneratio quaedam spiritualis. Sicut enim vita carnalis non potest haberi nisi homo carnaliter nascatur: ita vita spiritualis, vel gratiae, non potest haberi nisi homo renascatur spiritualiter. Haec autem generatio fit per Baptismum: Jn. III, 5: nisi quis renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei. Et est sciendum, quod sicut homo non nascitur nisi semel, sic et semel tantum baptizatur: unde et sancti addiderunt: confiteor unum Baptisma. Virtus autem Baptismi est quod purgat ab omnibus peccatis et quantum ad culpam et quantum ad poenam: et inde est quod nulla poenitentia imponitur baptizatis, quantumcumque fuerint peccatores; et si statim moriantur post Baptismum, immediate evolant in vitam aeternam. Inde est etiam quod licet soli sacerdotes ex officio baptizent, ex necessitate tamen cuilibet licet baptizare, servata tamen forma Baptismi, quae est: ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Sumit autem hoc sacramentum virtutem a passione Christi: Rm. VI, 5: quicumque baptizati sumus in Christo Iesu, in morte ipsius baptizati sumus. Et inde est quod sicut Christus fuit tribus diebus in sepulcro, ita fit trina immersio in aqua.
Secundum sacramentum est confirmatio. Sicut enim in illis qui corporaliter nascuntur, necessariae sunt vires ad operandum; ita spiritualiter renatis necessarium est robur Spiritus Sancti. Unde et apostoli ad hoc quod essent fortes, receperunt spiritum sanctum post ascensionem Christi: Lc. XXIV, 49: vos autem sedete in civitate, quousque induamini virtute ex alto. Hoc autem robur confertur in sacramento confirmationis: et ideo illi qui habent curam puerorum, debent multum esse soliciti quod confirmentur, quia in confirmatione confertur magna gratia. Et si decedet, maiorem habet gloriam confirmatus quam non confirmatus, quia hic habuit plus de gratia.
Tertium sacramentum est Eucharistia. Sicut enim in vita corporali, postquam homo natus est et vires sumpsit, necessarius est ei cibus, ut conservetur et sustentetur; ita in vita spirituali post habitum robur necessarius est ei cibus spiritualis, qui est corpus Christi. Jn. VI, 54: nisi manducaveritis carnem filii hominis et biberitis eius sanguinem, non habebitis vitam in vobis. Et ideo secundum ordinationem Ecclesiae quilibet Christianus semel in anno debet recipere corpus Christi, digne tamen et munde: quia, ut dicitur I Cor. XI, 29, qui manducat et bibit indigne, scilicet cum conscientia peccati mortalis de quo non est confessus, vel non proponit abstinere, iudicium sibi manducat et bibit.
Quartum sacramentum est poenitentia. Contingit enim in vita corporali quod quandoque quis infirmatur, et nisi habeat medicinam, moritur; et ita in vita spirituali quis infirmatur per peccatum: unde necessaria est medicina ad recuperandam sanitatem. Et haec est gratia quae confertur in poenitentiae sacramento. Ps. CII, 3: qui propitiatur omnibus iniquitatibus tuis, qui sanat omnes infirmitates tuas. In poenitentia autem tria debent esse: contritio, quae est dolor de peccato cum proposito abstinendi; confessio peccatorum cum integritate: et satisfactio quae est per bona opera.
Quintum sacramentum est extrema unctio. In hac enim vita sunt multa quae impediunt, propter quae homo non potest perfecte consequi purgationem a peccatis. Et quia nullus potest intrare vitam aeternam nisi sit bene purgatus, necessarium fuit aliud sacramentum quo homo purgaretur a peccatis, et liberaretur ab infirmitate, et praepararetur ad introitum regni caelestis. Et hoc est sacramentum extremae unctionis. Sed quod non semper curet corporaliter, hoc est quia forte vivere non expedit saluti animae. Jc. V, 14-15: infirmatur quis in vobis? Inducat presbyteros Ecclesiae, et orent super eum, ungentes eum oleo in nomine domini: et oratio fidei salvabit infirmum, et alleviabit eum dominus; et si in peccatis sit, remittentur ei. Sic ergo patet quod per quinque sacramenta quae praedicta sunt, habetur perfectio vitae. Sed quia necessarium est quod huiusmodi sacramenta conferantur per determinatos ministros, ideo fuit necessarium sacramentum ordinis, cuius ministerio huiusmodi sacramenta dispensarentur. Nec est attendenda ad hoc eorum vita, si aliquando ad mala declinant; sed virtus Christi, per quam ipsa sacramenta efficaciam habent, quorum ipsi dispensatores sunt: apostolus, I Cor. IV, 1: sic nos existimet homo ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei; et hoc est sextum sacramentum, scilicet ordinis.
Septimum sacramentum est matrimonium, in quo si munde vivunt, homines salvantur, et possunt sine peccato mortali vivere. Et interdum declinant coniugati ad venialia, quando eorum concupiscentia non fertur extra bona matrimonii; et si efferatur extra, tunc declinant ad mortale. Per haec autem septem sacramenta consequimur peccatorum remissionem. Et ideo hic statim subditur: remissionem peccatorum. Per hoc etiam datum est apostolis dimittere peccata. Et ideo credendum est quod ministri Ecclesiae, ad quos derivata est huiusmodi potestas ab apostolis, et ad apostolos a Christo, in Ecclesia habeant potestatem ligandi atque solvendi, et quod in Ecclesia sit plena potestas dimittendi peccata, sed gradatim, scilicet a Papa in alios praelatos. Sciendum est etiam, quod non solum virtus passionis Christi communicatur nobis, sed etiam meritum vitae Christi. Et quidquid boni fecerunt omnes sancti, communicatur in caritate existentibus, quia omnes unum sunt: Ps. CXVIII, 63: particeps ego sum omnium timentium te. Et inde est quod qui in caritate vivit, particeps est omnis boni quod fit in toto mundo; sed tamen specialius illi pro quibus specialius fit aliquod bonum. Nam unus potest satisfacere pro alio, sicut patet in beneficiis, ad quae plures congregationes admittunt aliquos. Sic ergo per hanc communionem consequimur duo: unum scilicet quod meritum Christi communicatur omnibus; aliud quod bonum unius communicatur alteri. Unde excommunicati, per hoc quod sunt extra Ecclesiam, perdunt partem omnium bonorum quae fiunt; quod est maius damnum quam damnum alicuius rei temporalis. Est etiam aliud periculum: quia constat quod per huiusmodi suffragia impeditur Diabolus ne possit nos tentare: unde quando quis excluditur ab huiusmodi suffragiis, Diabolus facilius vincit eum. Et inde est quod in primitiva Ecclesia, cum aliquis excommunicabatur, statim Diabolus vexabat eum corporaliter.
Saint Nicolas de Tolentino confesseur
Office
Quatrième leçon. Nicolas, dit de Tolentino, à cause de son long séjour dans cette localité, naquit à Saint-Ange, ville de la Marche d’Ancône, de parents recommandables par leur piété. Ceux-ci, dans un voyage qu’ils avaient fait à Bari, pour accomplir un vœu en vue d’obtenir des enfants, avaient reçu de saint Nicolas l’assurance qu’il leur naîtrait un fils ; et ce fils leur ayant été accordé, ils lui imposèrent le nom du Saint. Dès l’âge le plus tendre, l’enfant donna l’exemple de vertus nombreuses, et surtout d’abstinence, car à peine âgé de sept ans, à l’imitation du bienheureux Nicolas lui-même, il commença à jeûner plusieurs fois la semaine, coutume qu’il conserva dans la suite, en se contentant de pain et d’eau.
Cinquième leçon. N’étant encore qu’adolescent, il s’enrôla dans la milice ecclésiastique et fut pourvu d’un canonicat. Un jour qu’il assistait au sermon qu’un prédicateur de l’Ordre des Ermites de saint Augustin faisait sur le mépris du monde, il en fut touché, et sur-le-champ il entra dans cet Ordre. Il y observa les préceptes de la vie religieuse dans leur plus rigoureuse exactitude, portant des habits grossiers, domptant son corps par des disciplines et des chaînes de fer, s’abstenant de viande et presque de toute nourriture, pratiquant dans un degré éminent la charité, l’humilité, la pénitence et toutes les vertus.
Sixième leçon. Bien que Satan le fatiguât de ses ruses jusqu’à le frapper, l’assiduité de son application à la prière ne connut pas de défaillance. Toutes les nuits, durant les six derniers mois de son existence, il entendit des concerts angéliques dont la suavité lui faisait pressentir les joies du paradis et l’amenait à répéter fréquemment ces paroles de l’Apôtre : « Il me tarde de mourir pour être réuni au Christ. » Il prédit à ses frères le jour de sa mort, qui fut le quatre des ides de septembre. Des miracles nombreux, même après sa mort, rendirent son nom illustre. Ces miracles ayant été judiciairement et régulièrement constatés, le Pape Eugène IV le plaça au nombre des Saints.
VITA
Sa vie est belle comme un concert de Mozart. Un petit village près d’Ancône en Italie. Un couple gémit sur sa stérilité et fait un pèlerinage à Bari auprès du grand saint Nicolas. Exaucé, il donne à leur nouveau-né le prénom de Nicolas. Très jeune, la vie monastique attire le petit Nicolas. Après une vie de bohème religieuse, celui-ci en 1279 s’installe au couvent de Tolentino chez les ermites de Saint-Augustin. Là, pendant 30 ans, il mène une vie religieuse parfaite. Il pratique le jeûne et l’abstinence, il exerce l’humilité et la charité. Dans ce monastère de la petite ville, ce moine doux prêche l’évangile et illumine les fidèles. Il est guéri d’une grave maladie en mangeant du pain trempé dans l’eau sous le sourire de la Sainte Vierge. Parce qu’il a du cœur et de la générosité, il applique aux autres ce remède merveilleux. Ce moine a une tendresse particulière pour les âmes qui souffrent au purgatoire et célèbre des messes pour leur délivrance. Avec lui, le pain se change en fleurs, des perdrix rôties reprennent leur envol. Il meurt en odeur de sainteté après avoir assisté au concert des anges en 1305.
A Avignon, le pape Jean XXII ouvre son procès de canonisation en 1325. Exactement 664 personnes y viennent témoigner, 371 dépositions sont retenues et 300 miracles sont racontés. Ce procès de canonisation est réclamé par l’Ordre des Ermites de Saint-Augustin, un ordre encore très jeune qui se cherche un saint patron et une légitimité. Les Augustins se montrent plus fidèles à la papauté que leurs rivaux les franciscains. Mais Nicolas de Tolentino sera proclamé saint seulement en 1446. Pourquoi a-t-il fallu tant de temps ? L’Eglise est secouée par une véritable tempête. C’est le grand schisme d’Occident. Entre 1409 et 1417, trois papes règnent en même temps. L’Eglise retrouve son unité le 11 novembre 1417 à Constance où un Concile dépose l’antipape Jean XXIII et élit Martin V. Les Augustins de l’Auge ont connu ce pape puisqu’il a passé à Fribourg en 1418. Son successeur, Eugène IV est un moine augustin. Il achève l’unité de l’Eglise encore mise à mal par le concile de Bâle. Une poignée de dissidents y nomment le dernier des antipapes, un duc de Savoie, Félix qui se fait couronner dans la cathédrale de Lausanne où il abdiquera aussi quelques années plus tard. Au concile de Florence, il opère une union sans lendemain entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe de Constantinople. A Rome, il achève le procès de canonisation de Nicolas de Tolentino le 5 juin 1446 et le déclare saint et fixe la date de sa fête au 10 septembre. Ainsi, Nicolas de Tolentino est le premier saint de cet ordre. Un pape a dit que le plus beau miracle de saint Nicolas de Tolentino est d’avoir reconstitué l’unité de l’Eglise. Il apparaît comme un symbole de la renaissance spirituelle de l’Eglise après le grand schisme.
Saint Nicolas de Tolentino accomplit une pluie de miracles. Il guérit les malades et ressuscite les enfants. Les fameux pains de saint Nicolas de Tolentino font des merveilles. En 1447, un incendie menace le palais Saint-Marc mais grâce au pain de saint Nicolas, Venise est préservée. En signe de reconnaissance, la Ville construit une chapelle en son honneur. A Gênes, une tempête furieuse menace de couler tous les bateaux arrimés au port. L’archevêque de la ville jette un pain et la mer se calme aussitôt. En 1526, le feu ravage une ville du diocèse de Tolède en Espagne. On y jette un pain et la catastrophe cesse. Les filles du Roi d’Espagne enferment le pain rescapé dans un reliquaire. Ce pain miraculeux guérit le prince grand électeur de Cologne encore mise à mal par le concile de Bâle.
Chaque 10 septembre, l’Auge fête saint Nicolas de Tolentino. Accompagnés par l’orgue, les moines et les fidèles chantent les litanies en son honneur :
« Saint Nicolas de Tolentino, priez pour nous
Honneur des ermites de Saint Augustin, priez pour nous
Diamant de la perfection religieuse...
Grand ami des anges...
Faiseur de grands miracles...
Avocat particulier pour les âmes du purgatoire...».
Puis l’officiant bénit les pains. A la maison, le fidèle prend ce pain trempé dans l’eau. Mais avant, il récite trois Pater noster et Ave Maria. Il termine en récitant cette oraison à Dieu, retrouvée dans un livre de la bibliothèque du couvent :
« Nous vous prions par l’intercession et mérites de votre grand ami saint Nicolas de Tolentino que vous daigniez semblablement donner la même vertu à ce pain bénit duquel nous usons au nom de votre fidèle serviteur Nicolas afin que nous puissions obtenir votre sainte grâce et miséricorde, et être exempts en cette vie de tous maux et périls, de la peste venimeuse, maladies et autres malheurs et après cette vie des peines éternelles et du feu de l’enfer. ».
Cette tradition a duré longtemps. En 1878, c’était le père Gachet, un boulanger de la Lenda qui avait l’honneur de cuire au four ces minuscules brioches que les Augeois nommaient les "torlentins".
Source Daoudal
In Symbolum Apostolorum, a. 9
Articulus 9
Sanctam Ecclesiam Catholicam
In Symbolum Apostolorum, a. 9 Sicut videmus quod in uno homine est una anima et unum corpus, et tamen sunt diversa membra ipsius; ita Ecclesia Catholica est unum corpus, et habet diversa membra. Anima autem quae hoc corpus vivificat, est Spiritus Sanctus. Et ideo post fidem de Spiritu Sancto, iubemur credere sanctam Ecclesiam Catholicam. Unde additur in symbolo: sanctam Ecclesiam Catholicam. Circa quod sciendum est, quod Ecclesia est idem quod congregatio. Unde Ecclesia sancta idem est quod congregatio fidelium; et quilibet Christianus est sicut membrum ipsius Ecclesiae, de qua dicitur Eccli. ult. 31: appropiate ad me indocti, et congregate vos in domum disciplinae. Haec autem Ecclesia sancta habet quatuor conditiones: quia est una, quia est sancta, quia est Catholica, idest universalis, et quia est fortis et firma. Quantum ad primum sciendum est, quod licet diversi haeretici diversas sectas adinvenerint, non tamen pertinent ad Ecclesiam, quia sunt divisi in partes: sed Ecclesia est una. Ct. VI, 8: una est columba mea, perfecta mea. Causatur autem unitas Ecclesiae ex tribus.
Primo ex unitate fidei. Omnes enim Christiani qui sunt de corpore Ecclesiae, idem credunt: I Cor. I, 10: idipsum dicatis omnes, et non sint in vobis schismata; et Ep. IV, 5: unus Deus, una fides, unum Baptisma.
Secundo ex unitate spei, quia omnes firmati sunt in una spe perveniendi ad vitam aeternam: et ideo dicit apostolus, Ep. IV, 4: unum corpus et unus spiritus, sicut vocati estis in una spe vocationis vestrae.
Tertio ex unitate caritatis, quia omnes connectuntur in amore Dei, et ad invicem in amore mutuo. Jn. XVII, 22: claritatem quam dedisti mihi, dedi eis, ut sint unum, sicut et nos unum sumus. Manifestatur autem huiusmodi amor si verus est, quando membra pro se invicem sunt solicita, et quando invicem compatiuntur. Ep. IV, 15-16: in caritate crescamus in illo per omnia qui est caput Christus: ex quo totum corpus connexum et compactum per omnem iuncturam subministrationis secundum operationem in mensuram uniuscuiusque membri, augmentum corporis facit in aedificationem sui in caritate; quia quilibet de gratia sibi collata a Deo, debet proximo servire. Unde nullus debet contemnere, nec pati ab ista Ecclesia abiici et expelli; quia non est nisi una Ecclesia in qua homines salventur, sicut extra arcam Noe nullus salvari potuit. Circa secundum sciendum, quod est etiam alia congregatio, sed malignantium. Ps. XXV, 5: odivi Ecclesiam malignantium. Sed haec est mala, Ecclesia vero Christi est sancta: apostolus, I Cor. III, 17: templum Dei sanctum est, quod estis vos; unde dicitur, sanctam Ecclesiam. Sanctificantur autem fideles huius congregationis ex tribus.
Primo, quia sicut Ecclesia cum consecratur, materialiter lavatur, ita et fideles loti sunt sanguine Christi. Ap. I, 5: dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo; He. XIII, 12: Iesus, ut sanctificaret per suum sanguinem populum, extra portam passus est.
Secundo ex inunctione: quia sicut Ecclesia inungitur, sic et fideles spirituali inunctione unguntur, ut sanctificentur: alias non essent Christiani: Christus enim idem est quod unctus. Haec autem unctio est gratia spiritus sancti. II Cor. I, 21: qui unxit nos, Deus; et I Cor. VI, 11: sanctificati estis in nomine Domini nostri Iesu Christi.
Tertio ex inhabitatione Trinitatis: nam ubicumque Deus inhabitat, locus ille sanctus est: unde Gn. XXVIII, 16: vere locus iste sanctus est; et Ps. XCII, 5: domum tuam decet sanctitudo, Domine.
Quarto propter invocationem Dei. Jr. XIV, 9: tu autem in nobis es, Domine, et nomen tuum invocatum est super nos. Cavendum est ergo ne post talem sanctificationem polluamus animam nostram, quae templum Dei est, per peccatum. Apostolus, I Cor. III, 17: si quis templum Dei violaverit, disperdet illum Deus. Circa tertium sciendum est, quod Ecclesia est Catholica, idest universalis:
primo quantum ad locum, quia est per totum mundum, contra Donatistas. Rm. I, 8: fides vestra annuntiatur in universo mundo; Mc. ult., 15: euntes in mundum universum, praedicate Evangelium omni creaturae. Unde antiquitus Deus erat notus tantum in Iudaea, nunc autem per totum mundum. Habet autem haec Ecclesia tres partes. Una est in terra, alia est in caelo, tertia est in Purgatorio.
Secundo est universalis quantum ad conditionem hominum, quia nullus abiicitur, nec dominus, nec servus, nec masculus, nec femina. Ga. III, 28: non est masculus neque femina.
Tertio est universalis quantum ad tempus. Nam aliqui dixerunt, quod Ecclesia debet durare usque ad certum tempus. Sed hoc est falsum: quia haec Ecclesia incepit a tempore Abel, et durabit usque ad finem saeculi. Mt. ult., ult.: ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem saeculi. Sed post consummationem saeculi remanebit in caelo. Circa quartum sciendum est, quod Ecclesia est firma. Domus autem dicitur firma, primo si habet bona fundamenta. Fundamentum autem Ecclesiae principale est Christus. Apostolus, I Cor. III, 11: fundamentum aliud nemo potest ponere praeter id quod positum est, quod est Christus Iesus. Secundarium vero fundamentum sunt apostoli, et eorum doctrina; et ideo firma est: unde in Ap. XXI, dicitur, quod civitas habebat duodecim fundamenta, et erant ibi scripta nomina duodecim apostolorum. Et inde est quod dicitur Ecclesia apostolica. Exinde etiam est quod ad significandum firmitatem huius Ecclesiae, b. Petrus dictus est vertex.
Secundo apparet firmitas domus, si conquassata non potest destrui. Ecclesia autem nunquam potuit destrui: nec a persecutoribus; immo persecutionibus durantibus magis crevit, et qui eam persequebantur, et quos ipsa persequebatur, deficiebant: Mt. XXI, 44: qui ceciderit super lapidem istum, confringetur; super quem vero ceciderit, conteret eum; nec ab erroribus; immo quanto magis errores supervenerunt, tanto magis veritas manifestata est: II Tm. III, 8: homines corrupti mente, reprobi circa fidem; sed ultra non proficient; nec a tentationibus Daemonum: Ecclesia enim est sicut turris, ad quam fugit quicumque pugnat contra Diabolum: Pr. XVIII, 10: turris fortissima nomen Domini. Et ideo Diabolus principaliter conatur ad destructionem eius; sed non praevalet, quia Dominus dixit Mt. XVI, 18: et portae Inferi non praevalebunt adversus eam; quasi dicat: bellabunt adversum te, sed non praevalebunt. Et inde est quod sola Ecclesia Petri (in cuius partem venit tota Italia, dum discipuli mitterentur ad praedicandum) semper fuit firma in fide: et cum in aliis partibus vel nulla fides sit, vel sit commixta multis erroribus, Ecclesia tamen Petri et fide viget, et ab erroribus munda est. Nec mirum: quia Dominus dixit Petro, Lc. XXII, 32: ego rogavi pro te, Petre, ut non deficiat fides tua.
Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie mémoire de Saint Adrien Martyr
Collecte
Seigneur, nous vous prions d’accorder à vos serviteurs le don de la grâce céleste ; et, comme l’enfantement de la bienheureuse Vierge a été le principe de leur salut, qu’ainsi la pieuse solennité de sa Nativité leur procure un accroissement de paix.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Commencement du Cantique des cantiques.
Première leçon. Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche, car tes mamelles sont meilleures que le vin, odorantes comme les parfums les plus précieux. C’est une huile répandue que ton nom : c’est pour cela que les jeunes filles t’ont chéri. Entraîne-moi ; après toi nous courrons à l’odeur de tes parfums. Le roi m’a introduite dans ses celliers ; nous exulterons et nous tressaillirons d’allégresse en toi, nous souvenant de tes mamelles supérieures au vin ; les cœurs droits te chérissent. Je suis noire, mais je suis belle, ô filles de Jérusalem, comme les tabernacles de Cédar, comme les pavillons de Salomon.
Deuxième leçon. Ne considérez pas que je suis hâlée, parce que le soleil m’a décolorée, les fils de ma mère se sont élevés contre moi, ils m’ont placée à la garde des vignes, je n’ai pas gardé ma propre vigne. Indique-moi, ô toi que chérit mon âme, où tu fais paître, où tu te reposes à midi, afin que je ne m’expose pas à m’égarer à la suite des troupeaux de tes compagnons. Si tu ne te connais pas, ô la plus belle d’entre les femmes, sors et va sur les traces des troupeaux, et pais tes chevreaux près des tabernacles des pasteurs. A mes coursiers attelés aux chars de Pharaon, je t’ai comparée, mon amie, tes joues sont belles comme le plumage de la tourterelle ; ton cou est comme des colliers.
Troisième leçon. Nous vous ferons des chaînes d’or, marquetées d’argent. Tandis que le roi était sur son lit de table, mon nard a répandu son odeur. Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe ; il demeurera entre mes mamelles. Mon bien-aimé est pour moi comme une grappe de raisin de cypre dans les vignes d’Engaddi. Vois que tu es belle, mon amie ; vois que tu es belle ; tes yeux sont ceux des colombes. Vois que tu es beau, mon bien-aimé, et plein de grâces. Notre lit est couvert de fleurs ; les poutres de nos maisons sont de cèdres, nos lambris de cyprès.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de S. Augustin, Evêque.
Quatrième leçon. Nous voici, mes très chers frères, au jour désiré, le jour de la bienheureuse et vénérable Marie, toujours vierge. Que notre terre, illustrée par la naissance d’une telle Vierge, se livre donc aux plus joyeux transports. Car elle est cette fleur des champs, d’où est sorti le précieux lis des vallées ; et c’est par son enfantement que le sort de nos premiers parents a été changé, et leur faute effacée. La sentence de malédiction prononcée contre Eve : « C’est dans la douleur que tu mettras au monde tes enfants, » Marie ne l’a point subie, puisque c’est dans la joie qu’elle a enfanté le Seigneur.
Cinquième leçon. Eve a gémi, Marie a tressailli d’allégresse ; Eve a porté dans son sein un fruit de larmes, et Marie un fruit de joie, attendu que l’une a enfanté un pécheur, et l’autre l’Innocent. La mère du genre humain a introduit le châtiment dans le monde, la Mère de notre Seigneur a apporté le salut. Eve a été la source du péché, et Marie, la source du mérite. Eve nous a été funeste, elle nous a donné la mort ; Marie nous a fait du bien, elle nous a rendu la vie. Celle-là nous a blessés, celle-ci nous a guéris. La désobéissance a été remplacée par l’obéissance, et l’incrédulité par la foi.
Sixième leçon. Que Marie touche maintenant les instruments d’harmonie, et que les doigts agiles de la Vierge-Mère frappent les tambourins sonores. Que nos chœurs joyeux lui répondent, et que le doux concert de nos voix alterne avec ses mélodieux cantiques. Écoutez donc ce que chanta notre musicienne inspirée : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur ; parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante ; et voici que toutes les générations me diront bienheureuse ; car celui qui est puissant m’a fait de grandes choses. » Ainsi donc le prodige d’un enfantement tout nouveau a remédié à une faute qui nous avait perdus, et le chant de Marie a mis fin aux lamentations d’Eve.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Septième leçon. Nous lisons dans Isaïe : « Qui racontera sa génération ? » De ce que saint Matthieu, au début même de son Évangile, entreprend de raconter ce qui est ineffable, au dire d’Isaïe, ne pensons pas pour cela que l’Évangéliste contredit le Prophète ; car Isaïe parle de la génération divine, et saint Matthieu de l’incarnation. Or celui-ci commence par ce qui regarde la chair, afin que, par l’homme, nous commencions à connaître Dieu. « Fils de David, fils d’Abraham. » L’ordre est interverti, mais ce renversement est nécessaire. Car si l’Évangéliste avait nommé d’abord Abraham et en second lieu David, il aurait dû revenir à Abraham, pour enchaîner la suite de la généalogie.
Huitième leçon. Or il a donné Jésus-Christ comme fils de ces deux Patriarches, sans mentionner les autres, parce que le Christ avait été particulièrement promis à ces deux-là ; promis à Abraham en ces termes : « Toutes les nations seront bénies en ta postérité, » c’est-à-dire dans le Christ ; promis à David par ces paroles : « Je mettrai un fils du fruit de tes entrailles sur ton trône. » « De Thamar, Juda engendra Phares et Zara. » Il faut noter que, dans la généalogie du Sauveur, on ne nomme aucune des saintes femmes, mais seulement celles que l’Écriture juge répréhensibles : c’est afin de montrer que celui qui venait pour les pécheurs, en naissant des pécheurs, devait effacer les péchés de tous. Et c’est pour cela que Ruth la Moabite, et Bethsabée, femme d’Urie, sont nommées aux versets qui suivent.
Neuvième leçon. « Jacob engendra Joseph » A cette occasion, l’empereur Julien nous a objecté une dissonance dans les évangélistes, en ce que Matthieu appelle Joseph fils de Jacob, tandis que Luc le dit fils d’Héli. Il ne comprenait pas que d’après la coutume des Écritures, l’un était père selon la nature, et l’autre selon la loi. Nous savons, en effet, que, selon l’ordre de Dieu, il a été prescrit par Moïse, que lorsqu’un frère ou un parent mourait sans enfants, un autre prenait son épouse pour donner des descendants à son frère ou à son parent. « Joseph époux de Marie ». En entendant le mot de mari, écartez toute idée de noces, mais rappelez-vous que c’est l’habitude des Écritures d’appeler les fiancés mari et épouse.
In Symbolum Apostolorum, a. 8
Articulus 8
Credo in spiritum sanctum
In Symbolum Apostolorum, a. 8 Sicut dictum est, verbum Dei est filius Dei, sicut verbum hominis est conceptio intellectus. Sed quandoque homo habet verbum mortuum, scilicet quando homo cogitat quae debet facere, sed tamen voluntas faciendi non adest ei; sicut quando homo credit et non operatur, fides eius dicitur mortua, ut dicitur Jc. II. Verbum autem Dei est vivum. He. IV, 12: vivus est enim sermo Dei; et ideo necesse est quod Deus habeat secum voluntatem et amorem. Unde Augustinus in Lib. de Trin.: verbum quod insinuare intendimus, cum amore notitia est. Sicut autem verbum Dei est filius Dei, ita amor Dei est spiritus sanctus. Et inde est quod tunc homo habet spiritum sanctum, quando diligit Deum. Apostolus, Rm. V, 5: caritas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum, qui datus est nobis. Fuerunt autem aliqui qui male sentientes de Spiritu Sancto, dixerunt quod erat creatura, et quod erat minor Patre et Filio, et quod erat servus et minister Dei. Et ideo sancti ad removendum hos errores addiderunt quinque verba in alio symbolo de Spiritu Sancto.
Primum est, quod licet sint alii spiritus, scilicet Angeli, sunt tamen ministri Dei, secundum illud apostoli, He. I, 14: omnes sunt administratorii spiritus; sed Spiritus Sanctus Dominus est: Jn. IV, 24: spiritus est Deus; et apostolus, II Cor. III, 17: Dominus autem spiritus est; et inde est quod ubi est Spiritus domini, ibi est libertas, ut dicitur II Cor. III. Cuius ratio est, quia facit diligere Deum, et aufert amorem mundi. Et ideo dicitur: in Spiritum Sanctum Dominum.
Secundum est quia in hoc est vita animae quod coniungitur Deo, cum ipse Deus sit vita animae, sicut anima vita corporis. Deo autem coniungit Spiritus Sanctus per amorem, quia ipse est amor Dei, et ideo vivificat. Jn. VI, 64: Spiritus est qui vivificat. Unde dicitur: et vivificantem.
Tertium est quod Spiritus Sanctus est eiusdem substantiae cum Patre et Filio: quia sicut Filius est verbum Patris, ita Spiritus Sanctus est amor Patris et Filii; et ideo procedit ab utroque; et sicut verbum Dei est eiusdem substantiae cum Patre, ita et amor cum Patre et Filio. Et ideo dicitur: qui ex Patre Filioque procedit. Unde et per hoc patet quod non est creatura.
Quartum est quod est aequalis Patri et Filio quantum ad cultum. Jn. IV, 23: veri adoratores adorabunt patrem in spiritu et veritate. Mt. ult., 19: docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Et ideo dicitur: qui cum Patre et Filio simul adoratur. Quintum, per quod manifestatur quod sit aequalis Deo, est quia sancti prophetae locuti sunt a Deo. Constat autem quod si Spiritus non esset Deus, non diceretur quod prophetae fuerint locuti ab eo. Sed Petrus dicit (Epist. II, cap. I, 21), quod Spiritu Sancto inspirati locuti sunt sancti Dei homines. Is. XLVIII, 16: Dominus Deus misit me, et Spiritus eius. Unde hic dicitur: qui locutus est per prophetas. Per hoc autem destruuntur duo errores: error scilicet Manichaeorum, qui dixerunt, quod vetus testamentum non erat a Deo: quod falsum est, quia per prophetas locutus est Spiritus Sanctus. Item error Priscillae et Montani, qui dixerunt quod prophetae non sunt locuti a Spiritu Sancto, sed quasi amentes. Provenit autem nobis multiplex fructus a Spiritu Sancto.
Primo quia purgat a peccatis. Cuius ratio est, quia eiusdem est reficere cuius est constituere. Anima autem creatur per Spiritum Sanctum, quia omnia per ipsum facit Deus. Deus enim diligendo suam bonitatem causat omnia. Sg. XI, 25: diligis omnia quae sunt, et nihil odisti eorum quae fecisti. Dionysius in 4 cap. de Divinis nominibus: divinus amor non permisit eum sine germine esse. Oportet ergo quod corda hominum per peccatum destructa reficiantur a Spiritu Sancto. Ps. CIII, 30: emitte spiritum tuum et creabuntur, et renovabis faciem terrae. Nec mirum si Spiritus purgat, quia omnia peccata dimittuntur per amorem: Lc. VII, 47: dimissa sunt ei peccata multa, quoniam dilexit multum. Pr. X, 12: universa delicta operit caritas; item I P. IV, 8: caritas operit multitudinem peccatorum.
Secundo illuminat intellectum, quia omnia quae scimus, a Spiritu Sancto scimus. Jn. XIV, 26: Paraclytus autem Spiritus Sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis. Item I Jn. II, 27: unctio docebit vos de omnibus.
Tertio iuvat, et quodammodo cogit servare mandata. Nullus enim posset servare mandata Dei, nisi amaret Deum: Jn. XIV, 23: si quis diligit me, sermonem meum servabit. Spiritus autem sanctus facit amare Deum, ideo iuvat. Ez. XXXVI, 26: dabo vobis cor novum, et spiritum novum ponam in medio vestri; et auferam cor lapideum de carne vestra: et dabo vobis cor carneum, et spiritum meum ponam in medio vestri; et faciam ut in praeceptis meis ambuletis, et iudicia mea custodiatis et operemini.
Quarto confirmat spem vitae aeternae, quia est sicut pignus hereditatis illius. Apostolus, Ep. I, 13-14: signati estis Spiritu promissionis Sancto, qui est pignus hereditatis nostrae. Est enim quasi arrha vitae aeternae. Cuius ratio est, quia ex hoc debetur vita aeterna homini, inquantum efficitur filius Dei; et hoc fit per hoc quod fit similis Christo. Assimilatur autem aliquis Christo per hoc quod habet spiritum Christi, qui est Spiritus Sanctus. Apostolus, Rm. VIII, 15-16: non enim accepistis spiritum servitutis iterum in timore; sed accepistis spiritum adoptionis filiorum, in quo clamamus, abba, pater. Ipse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro, quod sumus filii Dei; et Gal. IV, 6: quoniam autem estis filii Dei, misit Deus Spiritum filii sui in corda vestra, clamantem, abba, pater.
Quinto consulit in dubiis, et docet nos quae sit voluntas Dei. Ap. II, 7: qui habet aures audiendi, audiat quid spiritus dicat Ecclesiis. Is. I, 4: audiam eum quasi magistrum.
In Symbolum Apostolorum, a. 7
Articulus 7
Inde venturus est iudicare vivos et mortuos
In Symbolum Apostolorum, a. 7 Ad officium regis et Domini spectat iudicare. Pr. XX, 8: rex qui sedet in solio iudicii, dissipat omne malum intuitu suo. Quia ergo Christus ascendit in caelum, et sedet ad dexteram Dei sicut Dominus omnium, manifestum est quod spectat ad eum iudicium. Et ideo in regula Catholicae fidei confitemur quod venturus est iudicare vivos et mortuos. Hoc etiam dixerunt Angeli Ac. I, 11: hic Iesus, qui assumptus est a vobis in caelum, sic veniet quemadmodum vidistis eum euntem in caelum. Sunt autem tria consideranda de hoc iudicio.
Primum est forma iudicii; secundum est quod iudicium hoc est timendum; tertium est qualiter praeparemus nos ad hoc iudicium.
Quo ad formam iudicii tria concurrunt: scilicet quis sit iudex, qui iudicandi, et de quibus sit. Christus autem est iudex. Ac. X, 42: ipse est qui constitutus est a Deo iudex vivorum et mortuorum: sive accipiamus per mortuos peccatores, et per vivos recte viventes; sive per vivos ad litteram illos qui tunc vivent, et per mortuos omnes qui mortui sunt. Est autem iudex non solum inquantum Deus, sed etiam inquantum homo: et hoc propter tria.
Primo quia necessarium est ut iudicandi iudicem videant. Divinitas autem est ita delectabilis quod nullus potest sine gaudio eam videre; et ideo nullus damnatus poterit eam videre, quia tunc gauderet. Et ideo necesse est ut appareat in forma hominis, ut ab omnibus videatur. Jn. V, 27: potestatem dedit ei iudicium facere, quia filius hominis est.
Secundo quia ipse meruit hoc officium, secundum quod homo. Ipse enim secundum quod homo, fuit iniuste iudicatus, et ex hoc Deus fecit eum iudicem totius mundi. Jb XXXVI, 17: causa tua quasi impii iudicata est: causam iudiciumque recipies.
Tertio ut cesset desperatio ab hominibus, si ab homine iudicantur. Si enim solus Deus iudicaret, homines territi desperarent. Lc. XXI, 27: videbunt filium hominis venientem in nube. Iudicandi vero sunt omnes qui sunt, fuerunt et erunt. Apostolus, II Cor. V, 10: omnes nos manifestari oportet ante tribunal Christi, ut referat unusquisque propria corporis, prout gessit, sive bonum sive malum. Est autem, sicut dicit Gregorius, quadruplex differentia inter iudicandos. Aut enim iudicandi sunt boni aut mali. Malorum autem quidam condemnabuntur, sed non iudicabuntur; sicut infideles; quorum facta non discutientur, quia qui non credit iam iudicatus est, ut dicitur Jn. III, 18. Quidam vero condemnabuntur et iudicabuntur, sicut fideles, qui decesserunt cum peccato mortali. Apostolus, Rm. VI, 23: stipendia peccati mors: non enim excludentur a iudicio propter fidem quam habuerunt. Bonorum etiam quidam salvabuntur et non iudicabuntur, pauperes scilicet spiritu propter Deum; quinimmo alios iudicabunt. Mt. XIX, 28: vos qui secuti estis me, in regeneratione, cum sederit filius hominis in sede maiestatis suae, sedebitis et vos super sedes duodecim, iudicantes duodecim tribus Israel: quod quidem non solum intelligitur de discipulis, sed etiam de omnibus pauperibus; alias Paulus, qui plus aliis laboravit, non esset de numero illorum. Et ideo intelligendum est etiam de omnibus sequentibus apostolos, et de apostolicis viris. Ideo apostolus, I Cor. VI, 3: (an) nescitis quoniam Angelos iudicabimus? Is. III, 14: Dominus ad iudicium veniet cum senibus populi sui et principibus eius. Quidam autem salvabuntur et iudicabuntur, scilicet morientes in iustitia. Licet enim in iustitia decesserint, in occupatione tamen temporalium in aliquo lapsi sunt; et ideo iudicabuntur sed salvabuntur. Iudicabuntur autem de omnibus factis, bonis et malis. Eccle. XI, 9: ambula in viis cordis tui (...) et scito quod pro omnibus his adducet te Deus in iudicium. Eccli. XII, 14: cuncta quae fiunt, adducet Deus in iudicium pro omni errato, sive bonum sive malum sit. De verbis etiam otiosis: Mt. XII, 36: omne verbum otiosum quod locuti fuerint homines, reddent rationem de eo in die iudicii. De cogitationibus: Sg. I, 9: in cogitationibus impii interrogatio erit. Et sic patet forma iudicii. Est autem iudicium illud timendum propter quatuor.
Primo propter iudicis sapientiam. Scit enim omnia, et cogitationes et locutiones et operationes: quoniam omnia nuda et aperta sunt oculis eius, ut dicitur He. IV, 13. Pr. XVI, 2: omnes viae hominum patent oculis eius. Ipse etiam scit verba nostra: Sg. I, 10: auris zeli audit omnia. Item cogitationes nostras: Jr. XVII, 9: pravum est cor hominis et inscrutabile: quis cognoscet illud? Ego dominus scrutans corda et probans renes, qui do unicuique iuxta viam suam, et iuxta fructum adinventionum suarum. Ibi erunt testes infallibiles, scilicet propriae hominum conscientiae: apostolus, Rm. II, 15-16: testimonium reddente illis conscientia ipsorum, et inter se invicem cogitationum accusantium, aut etiam defendentium in die cum iudicabit Deus occulta hominum.
Secundo propter iudicis potentiam, quia omnipotens est in se. Is. XL, 10: ecce Dominus Deus in fortitudine veniet. Item omnipotens est in aliis, quia omnis creatura erit cum eo. Sg. V, 21: pugnabit cum illo orbis terrarum contra insensatos; et ideo dicebat Jb X, 7: cum sit nemo qui de manu tua possit eruere. Ps. CXXXVIII, 8: si ascendero in caelum, tu illic es; si descendero in Infernum, ades.
Tertio propter iudicis inflexibilem iustitiam. Nunc enim est tempus misericordiae; sed tempus futurum erit solum tempus iustitiae: et ideo nunc est tempus nostrum, sed tunc erit solum tempus Dei. Ps. LXXIV, 3: cum accepero tempus, ego iustitias iudicabo. Pr. VI, 34: zelus et furor viri non parcet in die vindictae, nec acquiescet cuiusquam precibus, nec suscipiet pro redemptione dona plurima.
Quarto propter iudicis iram. Aliter enim apparebit iustis, quia dulcis et delectabilis: Is. XXXIII, 17: regem in decore suo videbunt; aliter malis, quia iratus et crudelis, intantum ut dicant montibus: cadite super nos, et abscondite nos ab ira agni, ut dicitur Ap. VI, 16. Haec autem ira non dicit in Deo commotionem animi, sed effectum irae, poenam scilicet peccatoribus inflictam, scilicet aeternalem. Origenes: quam angustae erunt peccatoribus viae in iudicio. Desuper erit iudex iratus, et cetera. Contra autem hunc timorem debemus quatuor habere remedia.
Primum est bona operatio. Apostolus, Rm. XIII, 3: vis non timere potestatem? Bonum fac, et habebis laudem ex illa.
Secundum est confessio et poenitentia de commissis: in qua tria debent esse: scilicet dolor in cogitatione, pudor in confessione, et acerbitas in satisfactione: quae quidem expiant poenam aeternam.
Tertium est eleemosyna, quae omnia mundat. Lc. XVI, 9: facite vobis amicos de mammona iniquitatis, ut, cum defeceritis, recipiant vos in aeterna tabernacula.
Quartum est caritas, scilicet amor Dei et proximi: quae quidem caritas operit multitudinem peccatorum, ut dicitur I P. IV, et Pr. X.
Saint Laurent Justinien évêque et confesseur
Quatrième leçon. Laurent, né à Venise de l’illustre famille des Justinien, montra dès son enfance une très grande gravité de mœurs. Les pratiques d’une piété fervente sanctifièrent son adolescence, et l’appel de la Sagesse divine ayant convié son âme aux chastes fiançailles du Christ, il s’appliqua à connaître dans quel institut religieux il se consacrerait à Dieu. Voulant donc se préparer en secret à cette nouvelle milice, il se mit, entre autres mortifications, à coucher sur des planches nues. Un jour qu’il considérait, d’une part les plaisirs du monde et une alliance négociée par sa mère à son intention, et d’autre part les rudes austérités du cloître, il jeta les yeux sur la croix du Christ souffrant et s’écria : « C’est vous, Seigneur, qui êtes mon espérance, et c’est en vous que se trouve la consolation et la force. » Laurent dirigea ses pas vers la communauté des Chanoines de Saint-Georges in Alga, où, ingénieux à trouver de nouveaux moyens de se mortifier, il engagea contre lui-même le plus opiniâtre des combats, comme s’il se fût agi de son ennemi le plus redoutable. Ne s’accordant aucune satisfaction, il s’interdit même l’entrée du jardin de la maison paternelle, et ne franchit jamais le seuil de cette demeure, si ce n’est pour remplir auprès de sa mère mourante les derniers devoirs de la piété, ce qu’il fit sans verser de larmes. Égal à son esprit de pénitence se montrait son zèle pour la pratique de l’obéissance, de la douceur et surtout de l’humilité, qui lui faisait rechercher les emplois les plus abjects du monastère, mendier dans les endroits les plus fréquentés de la ville, en y recueillant moins de vivres que de moqueries, et supporter, impassible et silencieux, les injures ainsi que les calomnies. C’était principalement dans une oraison assidue, où souvent l’extase le ravissait en Dieu, que s’enflammait la grande ardeur dont son cœur brûlait, ardeur telle qu’elle excitait à la persévérance les frères chancelants et les embrasait d’amour pour Jésus-Christ
Cinquième leçon. Désigné par Eugène IV pour occuper le siège épiscopal de Venise, Laurent fit tous ses efforts pour décliner cette dignité, dont il remplit les devoirs d’une manière digne des plus grands éloges. Il ne changea absolument rien à son genre de vie accoutumé ; conserva dans ses repas, ses meubles et son coucher, la même pauvreté qu’il avait toujours pratiquée et ne prit qu’un petit nombre de domestiques, disant qu’il possédait une grande famille, les pauvres du Christ. A quelque heure du jour qu’on l’abordât, il était tout à tous, prodiguant à chacun sa charité paternelle et n’hésitant même pas à se charger de dettes pour venir en aide à l’indigence du prochain. Quand on lui demandait sur quoi il comptait : « Sur mon Seigneur, qui pourra facilement acquitter mes dettes, répondait-il. » Sa confiance n’avait jamais été trompée par la divine Providence, comme le montraient les secours inespérés qui lui arrivaient. Il construisit plusieurs monastères de vierges, qu’il forma par sa vigilance à la pratique de la vie parfaite, s’appliqua avec grand soin à arracher les dames aux pompes du siècle et à la vanité des parures, et n’apporta pas moins d’ardeur à la réforme de la discipline et des mœurs dans le clergé, se montrant digne assurément d’être proclamé par le Pape Eugène III, devant les Cardinaux, la gloire et l’honneur de l’épiscopat, et d’être nommé par Nicolas V, son successeur, le premier Patriarche de Venise, quand ce titre eut été transféré de Grado dans cette cité.
Sixième leçon. Favorisé du don des larmes, Laurent offrait chaque jour au Dieu tout-puissant l’hostie de propitiation. Une fois même, la nuit de la Nativité du Seigneur, en accomplissant les saints Mystères, il mérita de contempler Jésus-Christ sous la forme d’un gracieux petit enfant. Si grande était l’efficacité de ses prières pour le troupeau confié à ses soins, que la République devait son salut à l’intercession et au mérite de son Pontife, d’après un témoignage qu’en a rendu le ciel. Doué de l’esprit prophétique, il prédit plusieurs fois des événements qu’on ne pouvait humainement prévoir. Ses prières eurent souvent pour effet de guérir les malades et de chasser les démons. Il composa des ouvrages remplis d’une doctrine toute céleste et respirant la piété, bien qu’il sût à peine les règles du style. Enfin une maladie mortelle étant venue l’atteindre, comme ses domestiques lui préparaient un lit plus commode pour un vieillard et pour un malade, il refusa des soulagements qui lui semblaient trop contraster avec la très dure croix sur laquelle avait expiré son Seigneur, et voulut qu’on le déposât sur sa couche habituelle. Puis voyant sa fin approcher, il leva les yeux au ciel, et dit ces paroles : « Je vais à vous, ô bon Jésus. » Et le huitième jour du mois de janvier, il s’endormit dans le Seigneur. Sa mort fut précieuse devant Dieu. Ce qui le prouve ce sont les concerts angéliques entendus par des religieux Chartreux ; c’est aussi la conservation de son saint corps, qui demeura dans toute son intégrité et sans trace de corruption, exhalant une odeur suave, conservant un visage vermeil, durant plus de deux mois qu’il resta sans sépulture ; ce sont enfin les nouveaux miracles qui suivirent cette mort. En considération de ces prodiges, le souverain Pontife Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints, et Innocent XII fixa la célébration de sa Fête au cinq septembre, jour où le Saint était monté sur la chaire épiscopale.
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