Maternité de la Vierge Marie
Collecte
O Dieu, vous avez voulu qu’à l’annonce de l’Ange, le Verbe votre Fils prenne chair dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie : accordez à ceux qui vous supplient, et qui croient qu’elle est vraiment la Mère de Dieu, qu’elle nous secoure par son intercession.
Lecture Ec. 24, 23-31
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
Évangile Lc. 2, 42-52
En ce temps-là : Tandis que ses parents s’en retournaient, l’enfant Jésus resta à Jérusalem, et ses parents ne s’en aperçurent pas. Pensant qu’il était avec la caravane, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils s’en retournèrent à Jérusalem en le recherchant. Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ils furent stupéfaits, et sa mère lui dit : "Mon enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela ? Voyez, votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés." Et il leur répondit : "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans les choses de mon Père ?" Mais ils ne comprirent pas la parole qu’il leur dit. Et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis.
Office
AU PREMIER NOCTURNE
Du livre de l’Ecclésiastique
Première leçon.Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, la première engendrée avant toute créature. Dans les cieux j’ai fait surgir une lumière sans fin, et comme une vapeur j’ai couvert la terre. Au plus haut des cieux j’ai ma demeure, et mon trône, sur la colonne de nuée. Seule j’ai fait le tour du cercle des cieux, j’ai parcouru la profondeur des abîmes. Dans les flots de la mer j’ai marché, sur la terre entière j’ai séjourné, sur tout peuple et toute nation j’ai dominé. Les cœurs de tous, des grands et des petits, je les ai soumis par ma puissance. En toute choses, j’ai cherché du repos, et c’est dans l’héritage du Seigneur que je demeurerai.
Deuxième leçon.Alors a ordonné et m’a parlé le Créateur de l’univers ; et celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m’a dit : Habite dans Jacob, et en Israël place ton héritage, et au milieu de mes élus, étends tes racines. Dès le commencement et avant tous les siècles, j’ai été créée, et jusqu’au siècle futur je ne cesserai pas d’être, et dans l’habitation sainte, j’ai exercé devant lui mon ministère. Et ainsi dans Sion j’ai été affermie, et dans la cité sainte je me suis reposée ; et dans Jérusalem est ma puissance. Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dans la part de Dieu, [laquelle est] son héritage ; et dans l’assemblée entière des saints est ma demeure.
Troisième leçon. Comme un cèdre, je me suis élevée sur le Liban, et comme un cyprès sur la montagne de Sion ; comme un palmier, je me suis élevée à Cadès, et comme des rosiers à Jéricho ; je me suis élevée comme un bel olivier dans les champs, et comme un platane sur le bord de l’eau, dans les places publiques. Comme le cinnamome et le baume aromatique, j’ai répandu une odeur ; comme la myrrhe de choix, j’ai exhalé une odeur suave ; et comme le storax, le galbanum, l’onyx, le stacté, et comme le Liban qui sort sans incision, j’ai rempli de vapeur mon habitation et comme un baume non mélangé est mon odeur. Moi, comme un térébinthe, j’ai étendu mes rameaux, et mes rameaux sont d’honneur et de grâce.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Sermon de saint Léon, pape
Quatrième leçon. Une vierge, issue de la race royale de David, est choisie pour porter en elle le germe saint, à la fois divin et humain, qu’elle conçut dans son esprit, avant même de le concevoir en son corps. De peur que, si elle eût ignoré le dessein divin, elle n’eût été effrayée de ses conséquences inattendues, elle apprit de la bouche d’un ange ce que l’Esprit-Saint allait opérer en elle. Celle qui allait devenir la mère de Dieu ne craignit pas que ce ne fût au détriment de sa pudeur. Comment n’eut-elle pas espéré une conception insolite, celle à qui était promise l’efficacité de la puissance du Très-Haut ? La foi de l’âme croyante est encore confirmée par un précèdent miracle : à Élisabeth est donnée une fécondité inespérée ; ainsi ne pourrait-on douter que celui qui avait donné à une femme stérile la possibilité de concevoir, ne l’octroyât aussi à une vierge. Donc, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, fils de Dieu "qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait et rien sans lui" s’est fait homme pour libérer l’homme de la mort éternelle.
Cinquième leçon. Jésus Christ, notre Seigneur, descend de son trône du ciel pour pénétrer notre misère, sans pourtant quitter la gloire de son Père, en des conditions tout à fait nouvelles et d’une manière inusitée. Dans des conditions nouvelles, puisque invisible en soi, il se rend visible à nous, incompréhensible, il accepte d’être appréhendé, éternel, il commence à exister dans le temps. — D’une manière inusitée, puisque conçu et né d’une vierge sans la participation d’un homme et sans que soit faite injure à l’intégrité de sa mère. Une telle naissance convenait en effet au futur Sauveur des hommes qui, tout en revêtant la substance de la nature humaine, ignorerait les souillures de la chair. Il serait différent de nous par l’origine, mais semblable par la nature. Nous le croyons, cette naissance fut en dehors du cours normal de la génération humaine, mais elle s’appuya sur la puissance de Dieu, puisque la virginité de la mère demeura intacte dans la conception, l’enfantement et la suite des temps.
Sixième leçon. En l’an 1931, aux applaudissements de tout l’univers catholique, on célébrait le quinzième centenaire du concile d’Éphèse, au cours duquel la bienheureuse Vierge Marie, de qui est né Jésus, fut proclamée, contre l’hérésie de Nestorius, Mère de Dieu par les Pères en union avec le Pape Célestin ; le Souverain Pontife Pie XI voulut que le souvenir de cet heureux événement fut perpétué par un témoignage constant de sa piété. Il existait à Rome un monument glorieux de la proclamation d’Éphèse, l’arc triomphal de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, sur l’Esquilin, orné par son prédécesseur Sixte III d’admirables mosaïques, mais détérioré par l’injure du temps ; il le fit heureusement restaurer à ses frais, ainsi que l’aile transversale de la basilique. Il décrivit dans une lettre encyclique la vraie physionomie du concile œcuménique d’Éphèse et exposa abondamment et avec piété le privilège ineffable de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie, afin que la connaissance d’un mystère si sublime se gravât plus profondément dans les âmes des fidèles. En même temps il proposa Marie Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes, et la famille de Nazareth, comme un modèle à imiter, illustre entre tous, tant pour la dignité et la sainteté d’un chaste mariage que pour la pieuse éducation de la jeunesse. Enfin, pour que subsistât aussi un monument liturgique, il décréta que la fête de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie serait célébrée chaque année le 11 octobre par l’Église universelle, sous le rite double de deuxième classe, avec une Messe et un office propres.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Homélie de saint Bernard, abbé
Septième leçon. Marie donne au Dieu et Seigneur des anges le nom de "fils" : "Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ?" Quel est l’ange qui oserait en dire autant ? Il leur suffit, et ils le tiennent déjà pour un grand honneur, d’être promus et appelés "anges" par grâce, alors qu’ils sont par nature des esprits, au témoignage de David : "des esprits, le Seigneur fait ses anges". Mais Marie sait qu’elle est sa mère et, en toute simplicité, elle appelle son fils celui que les anges servent avec respect. Quant à Dieu, il ne dédaigne pas de recevoir le titre de ce qu’il a daigné être. Peu après, l’évangéliste ajoute : "Et il leur était soumis". Qui ? — A qui ? — Dieu à des hommes ! Dieu, dis-je, dont les anges sont les sujets, à qui obéissent Principautés et Puissances, c’est à Marie qu’il se soumet !
Huitième leçon. Des deux merveilles, laquelle faut-il admirer davantage ? La condescendance toute d’amour du Fils ou la dignité si remarquable de sa Mère ? Toutes deux provoquent la stupeur car elles sont toutes deux un prodige. Dieu obéit à une femme : humilité sans exemple ! Une femme commande à Dieu : sublimité sans pareille ! Comme un privilège des vierges, le Cantique assure qu’« elles suivent l’Agneau partout où il va ». De quelles louanges, pensez-vous sera digne celle qui même le précède ? Apprends, homme, l’obéissance ! Apprends, limon, la soumission ! Apprends, poussière, l’humble dépendance ! C’est en parlant de ton Créateur que l’évangéliste dit : "Et il leur était soumis". Rougis, cendre imbibée d’orgueil ! Dieu s’abaisse pendant que tu t’élèves ! Dieu se soumet aux hommes et toi, n’aspirant qu’à les dominer, tu veux prendre rang au-dessus de ton Créateur !
Neuvième leçon. Heureuse Marie à qui n’ont manqué ni l’humilité ni la virginité ! Singulière virginité que la fécondité, au lieu d’y apporter atteinte, a magnifiée ! Humilité non moins notable, que cette féconde virginité, au lieu de l’éteindre, a exaltée ! Incomparable fécondité enfin qu’accompagnent la virginité et l’humilité ! Tout n’est-il pas ici admirable, inégalable, inouï ? Il serait étonnant que vous n’hésitiez pas pour savoir ce qui vous paraît le plus digne d’admiration : la fécondité chez une vierge ou la virginité chez une mère, l’élévation que cause un tel enfantement ou l’humilité qui lui est jointe ? A moins que, sans doute, tout cela ne vous semble en même temps préférable et que vous ne pensiez incomparablement meilleur et heureux de recevoir à la fois tous ces bienfaits. D’ailleurs, quoi d’étonnant à ce que Dieu qui, nous le lisons, "est admirable dans ses saints", se montrât plus admirable encore en sa Mère ? Vénérez donc, épouses, l’intégrité de sa chair dans une chair corruptible et vous, vierges consacrées, vénérez la fécondité dans une vierge. Vous tous, qui que vous soyez, imitez l’humilité de la Mère de Dieu.
XXème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Tout ce que vous nous avez fait, Seigneur, vous l’avez fait par un juste jugement, car nous avons péché contre vous et nous n’avons pas obéi à vos commandements ; mais glorifiez votre nom et agissez envers nous selon la multitude de vos miséricordes. Heureux ceux qui sont purs dans leurs voies, qui marchent dans la loi du Seigneur.
Collecte
Laissez-vous fléchir, Seigneur, et accordez à vos fidèles le pardon et la paix, afin qu’ils soient purifiés de toutes leurs fautes, et qu’ils vous servent avec un cœur rempli de confiance.
Épitre Ep. 5, 15-21
Mes frères, ayez soin de vous conduire avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des sages ; rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais. C’est pourquoi ne devenez pas inconsidérés mais comprenez quelle est la volonté de Dieu. Et ne vous enivrez pas de vin, c’est de la débauche ; mais remplissez-vous de saint-Esprit, vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant dans vos cœurs au Seigneur ; rendant grâces sans cesse pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ; vous soumettant les uns aux autres dans la crainte du Christ.
Évangile Jn. 4, 46-53
En ce temps-là, il y avait un officier du roi, dont le fils était malade à Capharnaüm. Ayant appris que .Jésus venait de Judée en Galilée, il alla auprès de lui, et le pria de descendre, et de guérir son fils, qui était près de mourir. Jésus lui dit : Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez point. L’officier lui dit : Seigneur, descendez avant que mon fils meure. Jésus lui dit : Va, ton fils vit. Cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite, et il s’en alla. Comme déjà il descendait, ses serviteurs vinrent au-devant de lui, et lui annoncèrent que son fils vivait. Il leur demanda l’heure à laquelle il s’était trouvé mieux ; et ils lui dirent : Hier, à la septième heure, la fièvre l’a quitté. Le père reconnut que c’était à cette heure-là que Jésus lui avait dit : Ton fils vit ; et il crut, lui, et toute sa maison.
Secrète
Nous vous en supplions, Seigneur, faites que ces mystères nous soient un remède céleste et purifient notre cœur de ses vices.
Postcommunion
Afin que nous soyons rendus dignes de participer à vos dons sacrés, faites, nous vous en supplions, Seigneur, que nous obéissions toujours à vos préceptes.
Office
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, Pape.
Septième leçon. La lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre, frères, n’a pas besoin d’explication ; mais pour ne pas sembler la passer sous silence, disons un mot d’exhortation plutôt que d’explication. Je ne vois rien que nous devions expliquer, sauf ceci : pourquoi celui qui était venu demander le salut pour son fils s’est-il entendu dire : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges vous ne croirez pas » ? Il est évident que celui qui cherchait à sauver son fils croyait. Autrement, aurait-il cherché le salut auprès de quelqu’un qu’il ne croyait pas être Sauveur ? Pourquoi, donc, est-il dit : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas », à celui qui a cru avant d’avoir vu des miracles ?
Huitième leçon. Rappelez-vous ce qu’il a demandé alors vous verrez plus clairement qu’il a douté dans sa foi. Car il lui demanda de « descendre et de guérir son fils ». Donc il cherchait la présence corporelle du Seigneur qui, par son esprit était présent partout. C’est en cela qu’il n’a pas cru assez en celui qu’il n’a pas estimé capable de rendre le salut s’il n’était pas présent corporellement. S’il avait cru parfaitement, il aurait tenu pour certain qu’il n’y a pas de lieu où Dieu ne soit.
Neuvième leçon. Il a donc grandement manqué de confiance parce qu’il n’a pas rendu honneur à la majesté, mais à la présence corporelle. Il demanda donc le salut de son fils, et cependant il douta dans sa foi. Il crut celui à qui il était venu puissant pour guérir, pourtant il l’estima éloigné de son fils mourant. Mais le Seigneur qui est prié de venir montre qu’il n’est pas absent du lieu où il est invité : par son seul commandement il rendit le salut, lui qui par sa volonté a tout créé.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
ÉPÎTRE.
L’approche de la consommation des noces du Fils de Dieu coïncidera ici-bas avec un redoublement des fureurs de l’enfer pour perdre l’Épouse. Le dragon de l’Apocalypse, l’ancien serpent séducteur d’Ève, vomissant comme un fleuve sa bave immonde, déchaînera toutes les passions pour entraîner la vraie mère des vivants sous l’effort. Cependant il sera impuissant à souiller le pacte de l’alliance éternelle ; et, sans forces contre l’Église, il tournera sa rage contre les derniers fils de la nouvelle Ève, réservés pour l’honneur périlleux des luttes suprêmes qu’a décrites le prophète de Pathmos. C’est alors surtout que les chrétiens fidèles devront se souvenir des avis de l’Apôtre, et se conduire avec la circonspection qu’il recommande, mettant tous leurs soins à garder pure leur intelligence non moins que leur volonté, dans ces jours mauvais. Car la lumière n’aura point alors à subir seulement les assauts des fils de ténèbres étalant leurs perverses doctrines ; elle sera plus encore, peut-être, amoindrie et faussée par les défaillances des enfants de lumière eux-mêmes sur le terrain des principes, par les atermoiements, les transactions, l’humaine prudence des prétendus sages. Plusieurs sembleront ignorer pratiquement que l’Épouse de l’Homme-Dieu ne peut succomber sous le choc d’aucune force créée. S’ils se souviennent que le Christ s’est engagé à garder lui-même son Église jusqu’à la fin des siècles
, ils n’en croiront pas moins faire merveille en apportant à la bonne cause le secours d’une politique dont les concessions ne seront pas toujours pesées suffisamment au poids du sanctuaire : sans songer que le Seigneur n’a point besoin, pour l’aider à tenir sa promesse, d’habiletés détournées ; sans se dire surtout que la coopération qu’il daigne accepter des siens, pour la défense des droits de l’Église, ne saurait consister dans l’amoindrissement ou la dissimulation des vérités qui font la force et la beauté de l’Épouse. Combien oublieront la maxime de saint Paul écrivant aux Romains que se conformer à ce siècle, chercher une adaptation impossible de l’Évangile avec un monde déchristianisé, n’est point le moyen d’arriver à discerner sûrement le bon, le meilleur, le parfait aux yeux du Seigneur ! Aussi sera-ce un grand et rare mérite, en bien des circonstances de ces temps malheureux, de comprendre seulement quelle est la volonté de Dieu, comme le dit notre Épître.
Veillez, dirait saint Jean, à ne point perdre le fruit de vos œuvres ; assurez-vous la pleine récompense qui n’est donnée qu’à la plénitude persévérante de la doctrine et de la foi. Au reste, alors comme toujours, selon la parole de l’Esprit-Saint, la simplicité des justes les conduira sûrement ; l’humilité leur donnera la Sagesse ; et, s’attachant uniquement à cette très noble compagne, ils seront vraiment sages par elle et sauront ce qui plaît au Seigneur. Ils comprendront qu’aspirant comme l’Église à l’union au Verbe éternel, pour eux comme pour l’Église la fidélité à l’Époux n’est autre chose que la fidélité à à la vérité ; car le Verbe, objet de leur commun amour, n’est autre en Dieu que le rayonnement de la vérité infinie. Leur unique soin sera donc toujours de se rapprocher du Bien-Aimé par une ressemblance plus grande avec lui, c’est-à-dire par une reproduction plus complète du vrai dans leurs paroles et leurs actes. Et en cela ils serviront la société comme elle doit l’être, mettant en pratique le conseil du Seigneur qui nous demande de chercher d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et de nous confier en lui pour le reste. Laissant à d’autres la recherche d’humaines et louvoyantes combinaisons, d’incertains compromis destinés, dans la pensée de leurs auteurs, à retarder de quelques semaines, de quelques mois peut-être, le flot montant de la révolution, ils comprendront différemment, pour eux, le conseil de racheter le temps que nous donne l’Apôtre.
L’Époux avait acheté le temps d’un grand prix, pour être employé par ses membres mystiques à la glorification du Très-Haut. Perdu parla multitude dévoyée dans la révolte et l’orgie, les âmes fidèles le rachèteront en donnant une telle intensité aux actes de leur foi et de leur amour, que rien ne soit diminué, s’il se peut, jusqu’au dernier moment, du tribut qu’offrait chaque jour la terre à la Trinité souveraine. Contre la bête à la bouche insolente et pleine de blasphèmes, ils reprendront le cri de Michel contre Satan promoteur de la bête : Qui est comme Dieu !
L’antiquité chrétienne appelait les dernières semaines du Cycle à son déclin : Semaines du saint Ange ; nous avons vu comment, dans un de ces Dimanches, elle chantait l’arrivée du grand Archange au secours du peuple de Dieu, ainsi que Daniel l’avait annoncé pour les derniers jours du monde. Quand donc commenceront les épreuves de la fin, lorsque l’exil dispersera les baptisés et que le glaive s’abattra sur leurs têtes aux applaudissements d’un monde prosterné devant la bête et son image, n’oublions point que nous avons un chef choisi par Dieu, acclamé par l’Église, pour nous conduire dans ces derniers combats où la défaite des saints (4) sera plus glorieuse que les triomphes de l’Église aux jours de sa domination sur le monde. Ce que Dieu alors, en effet, demandera des siens, ce ne sera plus ni le succès de la diplomatie, ni la victoire armée, mais la fidélité à sa vérité, à son Verbe : fidélité d’autant plus franche et plus entière, que la défection sera plus universelle autour de la petite troupe rangée sous la bannière de l’Archange. Proféré par une seule poitrine fidèle avec la vaillance de la foi et l’ardeur de l’amour en de telles circonstances, le cri de saint Michel, une fois déjà vainqueur des infernales légions, honorera plus Dieu que ne l’atteindront les ignobles blasphèmes des millions d’êtres dégradés sectateurs de la bête.
Pénétrons-nous de ces pensées que suggèrent les premières lignes de notre Épître ; comprenons également les autres instructions qu’elle renferme et qui, du reste, ne s’éloignent pas des premières. Pour ce Dimanche où se lisait autrefois l’Évangile des noces du Fils de l’homme et de l’appel à son divin banquet, la sainte Église remarque opportunément, dans l’Épître, combien l’ivresse et les délices des noces sacrées sont différentes des joies mondaines. La sérénité, la pureté, la paix du juste admis dans l’intimité divine, font en son âme un festin continuel dont la Sagesse est le mets savoureux et l’éternelle convive. Laissant le monde à ses mesquins et trop souvent honteux plaisirs, le Verbe et l’âme, qu’il a remplie de l’Esprit-Saint par un mode ineffable, s’unissent pour chanter le Père souverain dans un concert merveilleux, où l’action de grâces et la louange trouvent sans cesse un nouvel aliment. Le hideux spectacle qu’offrira la terre, quand ses habitants se porteront en foule au-devant de la prostituée siégeant sur la bête et leur offrant la coupe d’ignominie, n’empêchera point le ciel de se reposer délicieusement dans la contemplation de ces âmes fortunées. Car les convulsions du monde agonisant, les poursuites de la femme ivre du sang des martyrs, loin de troubler l’harmonie qui s’élève de l’âme unie au Verbe, ne feront que donner plus d’ampleur à ses notes divines, plus de suavité à ses accents humains. « Qui donc, en effet, nous séparera de l’amour de Jésus-Christ ? Sera-ce la tribulation ou l’angoisse ? la faim ou la nudité ? les dangers, la persécution, le glaive ? Oui, sans doute, il est écrit qu’à cause de vous, tous les jours on nous met à mort, qu’on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie ! Mais en tout cela nous sommes vainqueurs, à cause de celui qui nous a aimés. Car je suis sûr que ni la mort, ni la vie, ni anges, ni principautés, ni vertus, ni choses présentes, ni choses futures, ni violence, ni rien de ce qui est dans les hauteurs, ni rien de ce qui est dans les abîmes, ni créature quelconque ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur. »
ÉVANGILE.
L’Évangile est tiré de saint Jean aujourd’hui, pour la première et l’unique fois dans tout le cours des Dimanches après la Pentecôte. Il donne son nom de l’Officier de Capharnaüm au vingtième Dimanche. L’Église l’a choisi parce qu’il n’est pas sans une relation mystérieuse avec l’état du monde, dans les temps auxquels se rapportent prophétiquement les derniers jours du Cycle.
Le monde penche vers sa fin, et lui aussi commence à mourir. Miné par la fièvre des passions dans Capharnaüm, la ville du lucre et des jouissances, déjà il est sans forces pour aller de lui-même au-devant du médecin qui pourrait le guérir. C’est à son père, aux pasteurs qui l’ont engendré dans le baptême à la vie de la grâce, et gouvernent le peuple chrétien comme officiers de la sainte Église, c’est à eux de se rendre auprès du Seigneur et de lui demander le salut du malade. Le disciple bien-aimé nous fait savoir, en tête de son récit, qu’ils trouveront Jésus à Cana, la ville des noces et de la manifestation de sa gloire au banquet nuptial ; c’est le ciel, où l’Homme-Dieu réside depuis qu’il a quitté notre terre, laissant ses disciples, privés de l’Époux, s’exercer pour un temps dans le champ de la pénitence. Étymologiquement, en effet, Capharnaüm signifie le champ de la pénitence et de la consolation qui naît de la pénitence. Telle devait être cette terre pour l’homme depuis sa sortie d’Éden, telle était la consolation à laquelle devait aspirer pendant cette vie le pécheur ; et c’est pour en avoir préféré d’autres, pour avoir voulu faire du champ de la pénitence un paradis nouveau, que le monde est maintenant près de finir. Car il n’a remplacé les délices vivifiantes de l’Éden que par le plaisir défendu qui tue l’âme, énerve les corps, et appelle la vengeance de Dieu.
Son seul remède est dans le zèle des pasteurs, et dans la prière de cette portion du troupeau du Christ qui ne s’est point laissée entraîner aux séductions de la licence universelle. Mais combien il importe que fidèles et pasteurs, sans retours personnels, entrent pleinement sur ce point dans les sentiments de la sainte Église ! En butte à l’ingratitude la plus révoltante, aux injustices, aux calomnies, aux perfidies de tout genre, la mère des peuples oublie ses injures pour ne penser qu’à la saine prospérité et au salut des nations qui l’outragent. Elle sait, à n’en pas douter, que le terme approche où le Très-Haut se fera justice enfin ;et, cependant, elle n’en continue pas moins de lutter contre Dieu, comme Jacob, jusqu’à l’aurore du jour terrible qu’ont annoncé David et la sibylle. A la pensée de l’étang de feu dont les vapeurs maudites paraissent déjà empester l’air, et qui bientôt va engloutir en une seule fois tous ses enfants insoumis, elle semble oublier jusqu’à l’approche des noces éternelles et à la véhémence de ses désirs d’Épouse ; et, ne se souvenant plus de rien sinon qu’elle est mère, elle prie comme elle l’a toujours fait, mais avec plus d’ardeur que jamais, pour le retardement de la fin, pro mora finis.
Afin de répondre à sa pensée, « réunissons-nous donc, comme le dit Tertullien, en une seule troupe, en une seule assemblée, pour aller trouver Dieu et l’investir de nos prières comme d’une armée. Cette violence lui est agréable. » Mais c’est à la condition d’être inspirée par une foi entière et que rien ne puisse ébranler. Si c’est notre foi qui nous donne la victoire sur le monde, c’est elle aussi qui triomphe de Dieu dans les cas les plus extrêmes. Songeons, comme notre mère l’Église, au péril imminent de tant de malheureux qui dansent follement sur l’abîme, où demain va s’engloutir en rugissant leur désespoir. Sans doute, ils sont inexcusables ; Dimanche encore, on les avertissait des pleurs et des grincements de dents réservés, sous les ténèbres extérieures, aux contempteurs des noces sacrées. Mais ils sont nos frères, et nous ne devons pas nous résigner si facilement au deuil de leur perte. Espérons contre toute espérance. L’Homme-Dieu, qui connaissait de science certaine l’inévitable damnation des pécheurs obstinés, en a-t-il moins versé pour eux tout son sang ? Nous voulons mériter de nous unir à lui par une pleine ressemblance ; ayons donc la résolution de l’imiter en cela même, dans la mesure qui peut être la nôtre : prions sans repos ni trêve pour les ennemis de l’Église et nos ennemis, tant que leur damnation n’est pas consommée. Dans cet ordre, rien n’est inutile, rien ne se perd. Quoi qu’il arrive, le Seigneur sera grandement glorifié de notre foi et de l’ardeur de notre charité.
Saint Jean Léonardi confesseur mémoire des Saints Denis Rustique et Eleuthère Martyrs
Collecte
O Dieu, afin de répandre la foi parmi les païens, vous avez suscité d’une merveilleuse façon le bienheureux Jean votre Confesseur, et vous lui avez fait fonder dans votre Église une nouvelle famille pour instruire les fidèles : donnez-nous, à nous vos serviteurs, de profiter si bien de ses enseignements que nous obtenions la vie éternelle.
Office
Jean Leonardi, né près de la ville de Lucques, montra dès son premier âge un air de gravité et de maturité. Appelé par Dieu à l’âge de vingt-six ans à s’enrôler dans la milice ecclésiastique, il apprit d’abord parmi les enfants les rudiments du latin, puis il fit de tels progrès dans les lettres et dans les disciplines philosophiques et théologiques qu’au bout de quatre ans à peine il fut élevé au sacerdoce, en vertu de l’obéissance. Il institua la Congrégation des clercs réguliers de la Mère de Dieu ; leurs efforts et leur zèle amenèrent une grande transformation spirituelle dans la république de Lucques. Il connut alors les poursuites acharnées des méchants, mais acceptant toutes les épreuves d’une âme sereine, il obtint de Grégoire XIII l’approbation de sa congrégation. Profondément affligé de savoir beaucoup de peuples privés dans les contrées lointaines de la lumière de l’Évangile, il fonda, après des entretiens avec le pieux prélat Vives, un groupement de prêtres qui aurait pour charge la formation de jeunes gens destinés à aller ensuite dans des pays éloignés pour y propager la foi. Il n’abandonna jamais le saint ministère et, dans la cendre et le cilice, il s’en alla vers le Seigneur, à Rome, le 9 octobre 1609. Pie XI l’inscrivit au nombre des saints.
Quatrième leçon. Denis, Athénien et membre de l’Aréopage, était un personnage versé en toutes sortes de sciences. On rapporte qu’étant encore imbu des erreurs du paganisme, il remarqua que le soleil s’éclipsa, contrairement aux lois ordinaires, le jour où notre Seigneur fut crucifié, et qu’il s’écria : « Ou c’est le Dieu de la nature qui souffre, ou c’est la destruction de la machine du monde qui s’annonce. » Lorsque saint Paul, venu à Athènes et conduit à l’Aréopage, eut expliqué la doctrine qu’il prêchait, affirmant que le Seigneur Jésus-Christ était ressuscité et que tous les morts reviendraient à la vie, Denis crut en Jésus-Christ et, avec lui, beaucoup d’autres.
Cinquième leçon. Baptisé par l’Apôtre, il se vit confier l’administration de l’Église d’Athènes et, comme il était ensuite venu à Rome, le Pape saint Clément l’envoya prêcher l’Évangile dans les Gaules. Le Prêtre Rustique et le Diacre Éleuthère l’accompagnèrent jusqu’à Paris, où, ayant converti un grand nombre d’infidèles, Denis fut, pour ce motif, battu de verges avec ses compagnons, par ordre du préfet Fescennius. N’en continuant pas moins de prêcher la foi chrétienne, il fut saisi de nouveau, jeté sur un gril au-dessus d’un brasier, et endura encore plusieurs autres supplices avec ceux qu’il s’était associé.
Sixième leçon. Ces divers tourments, tous trois les subirent courageusement et avec joie. Denis, qui était âgé de plus de cent ans, eut enfin la tête tranchée, ainsi que Rustique et Éleuthère, le septième jour des ides d’octobre. On rapporte de ce saint Évêque, qu’il prit dans ses mains sa tête coupée, et la porta l’espace de deux mille pas. Il a composé des ouvrages admirables et vraiment célestes sur les Noms divins, la Hiérarchie céleste et ecclésiastique, la Théologie mystique, et quelques autres écrits.
Sainte Brigitte veuve mémoire des Saints Serge Bacchus Marcel et Apulée Martyrs
Collecte
Seigneur notre Dieu, qui avez révélé par votre Fils unique, à la bienheureuse Brigitte, les secrets célestes, faites que, par sa pieuse intercession, nous qui sommes vos serviteurs, nous jouissions dans l’éternelle félicité de la manifestation de votre gloire.
Office
Quatrième leçon. Brigitte née en Suède de parents illustres et pieux, vécut très saintement. A cause d’elle, sa mère, qui la portait encore dans son sein, fut préservée d’un naufrage. A l’âge de dix ans, après avoir entendu un sermon sur la passion de notre Seigneur, elle vit la nuit suivante, Jésus en croix, couvert de son sang, comme s’il venait de le répandre. Il s’entretint avec elle de sa passion, et depuis lors, elle était si vivement affectée en méditant ce mystère, qu’elle n’y pouvait jamais penser sans répandre des larmes.
Cinquième leçon. Mariée à Ulfon, prince de Méricie, elle le porta aux œuvres de piété autant par ses excellents exemples que par ses paroles convaincantes. Remplie de piété dans l’éducation qu’elle donnait à ses enfants, elle s’occupait aussi des pauvres et surtout des malades et les servait avec un si grand amour dans une maison disposée pour eux, qu’elle avait coutume de leur laver et de leur baiser les pieds. Au retour d’un pèlerinage qu’elle avait fait avec son époux au tombeau de l’Apôtre saint Jacques, à Compostelle, Ulfon étant tombé dangereusement malade à Arras, Saint Denis apparut à Brigitte pendant la nuit, et lui prédit la guérison de son mari et d’autres événements à venir.
Sixième leçon. Ulfon s’étant fait moine cistercien et étant mort bientôt après, Brigitte entendit en songe l’appel du Christ et embrassa un genre de vie plus austère. Dans la suite, Dieu lui révéla plusieurs choses ignorées. Elle fonda à Wastein un monastère, sous la règle du Saint-Sauveur, qu’elle avait reçue du Seigneur lui-même. Étant allée à Rome sur un ordre du ciel, elle y excita puissamment de nombreuses âmes à l’amour de Dieu. Elle fit ensuite le pèlerinage de Jérusalem et revint à Rome, où elle fut prise d’une fièvre qui persista et la fit souffrir pendant une année entière. Elle partit pour le ciel, comblée de mérites, après avoir annoncé le jour de sa mort. On transporta son corps au monastère de Wastein. Illustrée par des miracles, elle a été mise au nombre des Saints par Boniface IX.
Notre-Dame du Rosaire mémoire de Saint Marc Pape et Confesseur
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O Dieu, dont le Fils unique nous a obtenu le prix du salut éternel par sa vie, sa mort et sa résurrection ; faites, nous vous en prions, qu’honorant ces mystères au moyen du très saint Rosaire de la bienheureuse Vierge Marie, nous imitions ce qu’ils contiennent, et obtenions ce qu’ils promettent.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Du livre de l’Ecclésiastique.
Première leçon. En toute choses, j’ai cherché du repos, et c’est dans l’héritage du Seigneur que je demeurerai. Alors a ordonné et m’a parlé le Créateur de l’univers ; et celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m’a dit : Habite dans Jacob, et en Israël place ton héritage, et au milieu de mes élus, étends tes racines. Dès le commencement et avant tous les siècles, j’ai été créée, et jusqu’au siècle futur je ne cesserai pas d’être, et dans l’habitation sainte, j’ai exercé devant lui mon ministère. Et ainsi dans Sion j’ai été affermie, et dans la cité sainte je me suis reposée ; et dans Jérusalem est ma puissance. Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dans la part de Dieu, [laquelle est] son héritage ; et dans l’assemblée entière des saints est ma demeure.
Deuxième leçon. Comme un cèdre, je me suis élevée sur le Liban, et comme un cyprès sur la montagne de Sion ; comme un palmier, je me suis élevée à Cadès, et comme des rosiers à Jéricho ; je me suis élevée comme un bel olivier dans les champs, et comme un platane sur le bord de l’eau, dans les places publiques. Comme le cinnamome et le baume aromatique, j’ai répandu une odeur ; comme la myrrhe de choix, j’ai exhalé une odeur suave ; et comme le storax, le galbanum, l’onyx, le stacté, et comme le Liban qui sort sans incision, j’ai rempli de vapeur mon habitation et comme un baume non mélangé est mon odeur. Moi, comme un térébinthe, j’ai étendu mes rameaux, et mes rameaux sont d’honneur et de grâce.
Troisième leçon. Moi, je suis la mère du pur amour, et de la crainte, et de la science, et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, et remplissez-vous de mes productions ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage l’emporte sur le miel et le rayon. Ma mémoire vivra dans les générations des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu ; et ceux qui agissent par moi ne pécheront pas. Ceux qui me font connaître auront la vie éternelle.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Quand l’hérésie albigeoise s’étendait avec impiété dans la province de Toulouse, et y poussait des racines de jour en jour plus profondes, saint Dominique, qui avait fondé récemment l’Ordre des Frères Prêcheurs, s’appliqua tout entier à la faire disparaître. Pour y arriver plus sûrement, il implora par des prières assidues le secours de la bienheureuse Vierge, dont les hérétiques attaquaient impudemment la dignité, et à laquelle il a été donné de détruire les hérésies dans l’univers entier. Dominique (à ce que rapporte la tradition), reçut de Marie l’avertissement de prêcher le Rosaire au peuple, comme un secours singulièrement efficace contre les hérésies et les vices ; et il est prodigieux de voir avec quelle ferveur, et aussi quel succès, il s’acquitta de la tâche qui lui avait été imposée. Or le Rosaire est une formule particulière de prière, dans laquelle on distingue quinze décades de salutations angéliques, décades séparées l’une de l’autre par l’oraison dominicale, et à chacune desquelles nous passons en revue et méditons pieusement les mystères de notre rédemption. C’est donc à partir de ce moment que, grâce à saint Dominique, cette manière de prier commença à se faire connaître et à se répandre ; et, qu’il en soit l’instituteur et l’auteur, on le trouve affirmé dans les lettres apostoliques de souverains Pontifes.
Cinquième leçon. De cette institution si salutaire, découlèrent sur le peuple chrétien d’innombrables bienfaits, parmi lesquels on cite avec raison la victoire que le très saint Pontife Pie V et les princes chrétiens, enflammés par ses paroles, remportèrent près des îles Echinades sur le puissant despote des Turcs. En effet, comme au jour même où fut remportée cette victoire, les confréries du très saint Rosaire adressaient à Marie, dans tout l’univers, les supplications accoutumées et les prières prescrites selon l’usage, le triomphe obtenu a été attribué, non sans raison, à ces prières. Grégoire XIII en a lui-même rendu témoignage, et, pour qu’en souvenir d’un bienfait si marqué, d’éternelles actions de grâces fussent rendues à la bienheureuse Vierge, invoquée par les fidèles sous l’appellation de Notre Dame du Rosaire, il a concédé un Office du rite double majeur, à célébrer à perpétuité, dans toutes les églises où il y avait un autel du Rosaire. D’autres Pontifes ont accordé des indulgences presque innombrables à ceux qui réciteraient le Rosaire, comme aux confréries de ce même Rosaire.
Sixième leçon. Clément XI attribuait en son cœur à l’efficacité des mêmes prières, la victoire également insigne remportée l’an mil sept cent seize dans le royaume de Hongrie, sur les troupes innombrables des Turcs, par Charles VI, empereur des Romains, car cette victoire arriva le jour où l’on célébrait la fête de la Dédicace de sainte Marie aux Neiges, et environ à l’heure où les confrères du très saint Rosaire, ayant organisé dans la Ville sainte une supplication publique et solennelle, avec un immense concours de peuple et une grande marque de religion, versaient aux pieds du Seigneur de ferventes prières pour la défaite des Turcs, et imploraient humblement le puissant secours de la Vierge Mère de Dieu, en faveur des Chrétiens. En raison de ces circonstances, Clément XI jugea donc devoir pieusement attribuer à la protection de la bienheureuse Vierge cette victoire, ainsi que la délivrance de l’île de Corcyre, assiégée par les Mahométans, qui la suivit de près. Pour que ce nouveau bienfait, si insigne aussi, laissât un souvenir et une reconnaissance perpétuels, il étendit à l’Église universelle, sous le même rite, la Fête du très saint Rosaire. Benoît XIII ordonna d’insérer toutes ces faveurs dans le Bréviaire romain. Enfin Léon XIII, dans nos temps si troublés pour l’Église et en présence de l’affreux déchaînement des maux qui nous accablent depuis si longtemps, a souvent et vivement excité par des lettres apostoliques, réitérées, tous les fidèles du monde à la dévotion du Rosaire de Marie, les engageant à le réciter, surtout pendant le mois d’octobre. Il a, de plus, élevé cette fête à un grade supérieur, et ajouté aux Litanies de Lorette l’invocation de « Reine du très saint Rosaire, » et enfin concédé à l’Église universelle un Office propre pour la même solennité. Vénérons donc toujours la très sainte Mère de Dieu, au moyen de cette dévotion qui lui est très agréable ; et celle qui, tant de fois invoquée par les fidèles du Christ confiants dans les supplications du Rosaire, nous a obtenu d’abaisser et d’anéantir nos ennemis terrestres, nous accordera pareillement de triompher de ceux de l’enfer.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Bernard, Abbé.
Septième leçon. Voulant faire apprécier sa grâce et confondre la sagesse humaine, Dieu daigna prendre chair d’une femme, mais d’une vierge, afin de restituer la ressemblance par un semblable, de guérir le contraire par un contraire, d’arracher l’épine vénéneuse et d’effacer, avec une souveraine puissance, la cédule du péché. Eve a été l’épine, en blessant, et Marie, la rose, en gagnant l’affection de tous. Eve a été l’épine inoculant la mort à tous, et Marie la rose qui nous a tous guéris. Marie fut une rose blanche par la virginité, et rouge par la charité ; blanche par la chasteté de son corps, rouge par la ferveur de son esprit ; blanche en recherchant la vertu, rouge en foulant aux pieds les vices ; blanche par la pureté des affections, rouge par la mortification de la chair ; blanche en aimant Dieu, rouge en compatissant au prochain.
Huitième leçon. « Le Verbe s’est fait chair, » et déjà il habite en nous. Il habite dans notre mémoire, il habite dans notre pensée, car il descend jusque dans notre imagination elle-même. Comment cela, dites-vous ? En gisant sur la paille de la crèche, en reposant sur un sein virginal, en prêchant sur la montagne, en passant la nuit en prières, en se laissant suspendre à la croix et défigurer par le trépas, en se montrant « libre entre les morts » et en commandant à l’enfer ; en ressuscitant le troisième jour, en montrant à ses Apôtres, dans les traces des clous, les signes de sa victoire, enfin en s’élevant devant eux au plus haut du ciel.
Neuvième leçon. Est-ce que chacun de ces faits n’inspire pas des pensées vraies, pieuses, saintes ? Quand je les repasse dans mon esprit, c’est à Dieu que je pense, et dans ces mystères, je trouve mon Dieu. Méditer ces choses, selon moi, c’est sagesse, et, à mon jugement, c’est prudence que d’en ramener le souvenir, souvenir dont la douceur est comme l’amande du fruit produit en abondance par la verge d’Aaron, et que Marie est allée cueillir dans les hauteurs des cieux, pour le répandre sur nous à profusion. Oui, c’est bien au plus haut des cieux qu’elle est allée le prendre, et par delà les Anges, quand elle a reçu le Verbe du sein de Dieu même, pour nous enrichir. C’est dans les hauteurs et plus haut que les Anges, que Marie a reçu le Verbe, du sein même du Père.
Saint Bruno confesseur
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Que l’intercession de votre Confesseur saint Bruno nous soit en aide, nous vous en prions, Seigneur, afin que ses mérites et ses prières nous obtiennent le pardon des péchés, par lesquels nous avons gravement offensé votre majesté.
Office
Quatrième leçon. Bruno, fondateur de l’Ordre des Chartreux, naquit à Cologne. Dès le berceau, il montra de tels indices de sa sainteté future, par la gravité de ses mœurs, par le soin qu’il mettait, avec le secours de la grâce divine, à fuir les amusements frivoles de cet âge, qu’on pouvait déjà reconnaître en lui le père des moines, en même temps que le restaurateur de la vie anachorétique. Ses parents, qui se distinguaient autant par leur noblesse que par leurs vertus, l’envoyèrent à Paris, et il y fit de tels progrès dans l’étude de la philosophie et de la théologie, qu’il obtint le titre de docteur et de maître dans l’une et l’autre faculté. Peu après, il se vit, en raison de ses remarquables vertus, appelé à faire partie du Chapitre de l’Église de Reims.
Cinquième leçon. Quelques années s’étant écoulées, Bruno renonçant au monde avec six de ses amis se rendit auprès de saint Hugues, Évêque de Grenoble. Instruit du motif de leur venue, et comprenant que c’était eux qu’il avait vus en songe, la nuit précédente, sous l’image de sept étoiles se prosternant à ses pieds, il leur concéda, dans son diocèse, des montagnes très escarpées connues sous le nom de Chartreuse. Hugues lui-même accompagna Bruno et ses compagnons jusqu’à ce désert, où le Saint mena pendant plusieurs années la vie érémitique. Urbain II, qui avait été son disciple, le fit venir à Rome, et s’aida quelques années de ses conseils dans les difficultés du gouvernement de l’Église, jusqu’à ce que, Bruno ayant refusé l’archevêché de Reggio, obtint du Pape la permission de s’éloigner.
Sixième leçon. Poussé par l’amour de la solitude, il se retira dans un lieu désert, sur les confins de la Calabre, près de Squillace. Ce fut là que Roger, comte de Calabre, étant à la chasse, le découvrit en prière, au fond d’une caverne où ses chiens s’étaient précipités à grand bruit. Le comte, frappé de sa sainteté, commença à l’honorer et à le favoriser beaucoup, lui et ses disciples. Les libéralités de Roger ne demeurèrent pas sans récompense. En effet, tandis qu’il assiégeait Capoue, Sergius, un de ses officiers, ayant formé le dessein de le trahir, Bruno, vivant encore dans le désert susdit, apparut en songe au comte et, lui découvrant tout le complot, le délivra d’un péril imminent. Enfin, plein de mérites et de vertus, non moins illustre par sa sainteté que par sa science, Bruno s’endormit dans le Seigneur et fut enseveli dans le monastère de Saint-Etienne, construit par Roger, où son culte est resté jusqu’ici en grand honneur.
« Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c'est au nom de tous que nous nous tenons en présence du Dieu vivant. » Statuts 34.2
« Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et à la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu où Dieu et son serviteur entretiennent de fréquents colloques, comme il se fait entre amis. Là, souvent l'âme s'unit au Verbe de Dieu, l'épouse à l'Époux, la terre au ciel, l'humain au divin ». (Statuts 4.1)
« La grâce du Saint-Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l'amour, à l'image de L'Église, une et répandue en tout lieu. » Statuts 21.1
« Qui persévère sans défaillance dans la cellule et se laisse enseigner par elle tend à faire de toute son existence une seule prière continuelle. Mais il ne peut entrer dans ce repos sans passer par l'épreuve d'un rude combat : ce sont les austérités auxquelles il s'applique comme un familier de la Croix, ou les visites du Seigneur, venu l'éprouver comme l'or dans le feu. Ainsi, purifié par la patience, nourri et fortifié par la méditation assidue de l'Écriture, introduit par la grâce du Saint-Esprit dans les profondeurs de son cœur, il pourra désormais, non seulement servir Dieu, mais adhérer à lui ». (Statuts 3.2).
Profession de foi de Saint Bruno à l'heure de sa mort
Nous avons pris soin de recueillir la profession de foi de Maître Bruno, prononcée devant tous ses frères réunis, quand il sentit approcher, pour lui, l'heure d'entrer dans la voie de toute chair; car il nous avait demandé de façon très pressante d'être les témoins de sa foi devant Dieu.
TEXTE DE LA PROFESSION
Je crois fermement au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : le Père non engendré, le Fils seul engendré, le Saint-Esprit procédant de l'un et de l'autre ; et je crois que ces trois Personnes sont un seul Dieu.
Je crois que ce même Fils de Dieu a été conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie.
Je crois que la Vierge était très chaste avant l'enfantement, qu'elle est demeurée vierge dans l'enfantement et l´est restée éternellement par la suite.
Je crois que ce même Fils de Dieu a été conçu parmi les hommes comme un homme véritable, sans péché.
Je crois que ce même Fils de Dieu a été victime de la haine des Juifs 3, et qu´après avoir été injustement fait prisonnier, il a été couvert de crachats et d´insultes et flagellé ; qu'il est mort, a été enseveli et qu'il est descendu aux enfers pour en libérer les siens qui s'y trouvaient captifs; qu'il est descendu des Cieux pour notre rédemption, est ressuscité et est remonté aux Cieux d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois aux Sacrements en lesquels croit l'Église catholique et qu´elle vénère ; je crois particulièrement que ce qui est consacré sur l'autel est le vrai Corps, la vraie Chair et le vrai Sang de notre Seigneur Jésus-Christ, que nous recevons pour la rémission de nos péchés, dans l´espérance du salut éternel.
Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen.
Je confesse et je crois en la sainte et ineffable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, qui est un seul Dieu par nature, d'une seule substance, d'une seule nature, d'une seule majesté et puissance.
Nous professons que le Père n'a été ni engendré ni créé, mais qu'il est inengendré. Le Père lui-même ne tire son origine de personne.
De Lui, le Fils reçoit la naissance et le Saint-Esprit la procession.
Il est donc la source et l´origine de toute la Divinité.
Et le Père, ineffable par essence, a, de sa substance, engendré le Fils ineffablement ; sans engendrer autre chose que ce qu'il est lui-même : Dieu a engendré Dieu, la Lumière a engendré la Lumière.
C'est donc de Lui que découle toute Paternité, au Ciel et sur la terre.
Amen.
“Stat crux, dum volvitur orbis : la croix demeure stable, tandis que le monde change”. Cette devise des chartreux vient de l’un d’eux, Dom Nicolas Molin (1600), qui ajoutait aussitôt : “et je me tiens inébranlable au-dessus du monde”. Ermites, les chartreux ont pour vocation de se laisser habiter par ce silence plein de Dieu, parce que vide du monde. Au contact de leurs écrits, leur grâce propre répand ses effluves jusqu’à nous. Le bruyant XX° siècle nous a précisément laissé une lumière pour notre temps, Dom Guillerand (1877 – 1945). Les extraits cités ci-après sont tirés de son ouvrage intitulé : Les portes du silence.
Dieu créa votre âme silencieuse : au baptême, dans un silence inviolé. Il la remplit de Lui-même ; rien que de Lui. C’est plus tard, peu à peu, que le monde y fit irruption. Le bruit l’envahit, couvrant la douce voix de Dieu. Depuis, le vacarme s’amplifie. Revenez au silence baptismal, mon Frère !
Réprimez la curiosité
Ne vous renseignez sur rien pour la simple satisfaction de « savoir ». Rien n’est plus opposé à la virginité d’âme que la curiosité. Le but de notre vie et les nécessités de notre existence terrestre déterminent ce dont il nous faut nous enquérir. Laissez tout le reste aux autres. Connaître, adorer, aimer, louer Dieu : c’est le tout de la vie, l’unique nécessaire. Notre pèlerinage est court ; notre esprit, borné ; nos loisirs, chiches. Jetez par-dessus bord l’accessoire. Vous êtes des anges de l’Apocalypse dont la seule fonction est de chanter, en se prosternant devant le trône de Dieu : « La louange, la gloire, la sagesse, l’action de grâce, l’honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu, pour les siècles ! » Frères des séraphins d’Isaïe, qui se criaient l’un à l’autre : « Saint, saint, saint est Yahvé des armées ; toute la terre est remplie de sa gloire. » Vous le contemplerez en Lui-même, dans l’oraison ; non dans les livres savants.
Réprimez surtout trois curiosités : celle des « nouvelles », celle de la conduite des autres, et la curiosité intellectuelle enfin, la plus pernicieuse peut-être, parce qu’elle s’affuble de prétextes spécieux pour nous durcir dans l’orgueil.
Ignorez de bon cœur ce qui se passe dans le monde : priez pour lui, « sans vous retourner ». Si vous avez un esprit d’adoration, si vous aimez la transcendance de Dieu, la connaissance détaillée des besoins concrets des hommes ne donnera aucun élan nouveau à votre prière, à la générosité de votre sacrifice. L’amour de Dieu (qui comprend celui du prochain) est plus puissant que tout pour entraîner dans le sillage de Jésus, vous et le monde entier avec vous. La pensée que vous auriez de lui n’ajouterait rien à cette action efficace. Peu d’âmes sont capables de comprendre cela. Si vous le pouvez, ne vous enquérez pas de ce qui se passe dans le monde ; fixez en Dieu seul toutes les forces vives de votre âme. Ne demandez des « nouvelles » que par charité : pour faire plaisir quand c’est opportun, ou faire du bien ; non pour vous contenter, vous. Tout ce qu’on vous dit de celui-ci, de celui-là, de ses allées et venues, éveille des images, des réflexions, des discussions, des critiques intérieures ; bref, c’est le bruit que Dieu hait.
Sinon par devoir d’état, ne lisez pas les journaux ou les revues profanes. Refusez votre attention au contingent. Fixez les yeux sur l’éternel ou sur ce qui est authentique reflet de sa beauté : la nature et les âmes en qui II se mire. Dans votre amour pour Dieu, et la passion de sa gloire, sont incluses les trois premières demandes du « Pater » : les âmes y ont leur part. Vous, soyez exclusivement occupé de Lui. Vous êtes un Séraphin devant Lui. S’il vous faut, par devoir, connaître des événements du monde, faites-le superficiellement, sans vous y engager. Ainsi, gardez-vous, libres et silencieux ; gardez votre esprit et votre cœur. Sinon votre âme sera dans le tumulte. Il vous suffit de savoir combien Dieu aime les hommes, qu’il a leur cœur dans sa main, et répand sur eux le fruit des mérites des saints.
Que font-ils ? Peu vous importe. Ne vous occupez de rien dont vous ne soyez pas chargés. Soyez heureux d’ignorer ce qui se passe dans les emplois ; comment on les garde ; quelles sont les relations de chacun. Aimez tous vos frères, d’un amour égal, détaché. Ne vous enquérez point des événements insolites qui font le commérage : qui vient ? qui passe ? pourquoi telle démarche, telle entreprise ?… Ayez horreur de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ; ne cherchez pas à savoir pourquoi ceci ou cela. N’accordez aucun intérêt à ce que vous en apprenez. Ne consentez pas prêter l’oreille, ni même attention, aux « potins ».
Voulez-vous garder limpide le miroir de votre âme ? Ne permettez pas à l’inutile pensée du prochain de venir le troubler. Si vous n’êtes pas chargé de la conduite des autres, ne vous informez pas de leur comportement ; ne faites pas de réflexions intérieures à leur sujet, surtout en ce qui concerne leurs défauts ou leurs fautes. Priez seulement pour que Dieu soit aimé et servi par tous. Toute pensée accordée à la créature vous ramène à vous, car c’est finalement par rapport à vous que vous l’appréciez d’ordinaire, non par rapport à Dieu. Quand tous les autres ne seraient pas ce qu’ils doivent, gardez la paix. Vous, soyez-le. Votre fidélité, silencieuse et paisible, fera beaucoup plus pour l’avancement d’autrui que votre agitation et vos blâmes souvent inefficaces. L’exemple de votre sérénité, votre transparence aux rayons de Dieu qui vous habite, porteront plus au bien que tous vos discours et vos algarades. Votre âme ne doit refléter que Dieu. Ne laissez pas la créature s’y mirer, surtout si elle est grimaçante ou difforme.
Évitez les discussions intérieures
Observez, un seul jour, le cours de vos pensées : l’étonnante fréquence de la vivacité de vos discussions intérieures avec des interlocuteurs imaginaires, vous surprendront. Ne serait-ce qu’avec ceux qui vous entourent.
Quelle est leur source habituelle ? Nos mécontentements à l’égard de ceux qui ne nous aiment pas, ne nous estiment pas, ne nous comprennent pas ; ils sont sévères, injustes ou trop étroits vis-à-vis de nous, ou d’autres « opprimés ». Mécontentements à l’égard de ceux qui sont incompréhensifs, entêtés, désinvoltes, brouillons ou insultants…
Un tribunal se dresse en notre esprit, où nous sommes tout à la fois procureur, président, juge et juré ; rarement avocat, sinon pour notre propre cause. On étale les torts ; on pèse les raisons ; on plaide ; on se justifie ; on condamne l’absent. Peut-être élabore-t-on des plans de revanche ou des manigances vengeresses. Temps et forces perdus pour qui tout n’est rien, hormis l’amour de Dieu. Au fond, soubresauts d’amour-propre, jugements hâtifs ou téméraires, agitation passionnelle qui se solde par la perte de la paix intérieure, une diminution de l’estime de nos supérieurs et de nos frères, une consolidation regrettable de celle que nous avons de nous- même. Grave erreur, préjudice certain.
En vous traitant mal, personne en réalité ne vous nuit, croyez-le. C’est amer, sans doute. Aimez être méconnu et méprisé. Le Christ s’est tu sous l’outrage et la dérision. Acceptez, d’une âme douce et silencieuse, tout mauvais traitement. L’homme n’est qu’un instrument. C’est la main aimante et forte de Dieu qui le mène et, par lui, cherche à briser votre superbe, à assouplir votre échine. Refusez-vous d’épiloguer au-dedans, fût-ce une seconde, de propos délibéré, sur ce qu’on vous a fait de mal. Rien d’utile ne sort de ce prétoire clandestin.
A celui de Jérusalem, Jésus se taisait. Quand se lève la tempête de votre indignation, redites avec une paisible douceur : « Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit ». Abîmez-vous en l’amour, la gloire, la joie des divines Personnes ; refusez-vous tout regard sur vous-même. Rien ne trouble la radieuse et impassible félicité de la Trinité Sainte. L’opinion des hommes n’a ni valeur, ni intérêt : vous êtes ce que Dieu voit. N’est-ce pas une indicible joie qu’il soit le seul à jouir du plus beau et du plus pur de vous-même ? O mon frère, puissiez-vous comprendre et goûter la douceur de n’être connu que de Dieu seul ! Soyez heureux de rayonner le Christ, mais ne vous troublez point parce que ce rayonnement est encore trop discret. N’êtes-vous pas assez fatigué de converser avec les hommes, que vous les évoquiez encore en votre esprit pour leur asséner vos raisons ? Seul avec Dieu seul ! Il sait tout. Il peut tout. Il vous aime.
Si vous saviez comme il est bon d’avoir la tête vide de toute créature pour n’admettre que l’image de Jésus-Christ et de Marie, les plus purs reflets créés de l’invisible. Conversez avec eux ; cela se fait sans bruit de paroles. Les mots servent peu : voyez, regardez, contemplez. En eux, vous voyez le monde ; tous les hommes sont pour eux. Les membres ne sont-ils pas l’honneur de la tête ? Ne quittez pas des yeux le divin Visage du Corps mystique. Nos discussions intérieures ne sont souvent que la suite des démêlés du jour. Croyez-moi : ne contestez jamais avec personne ; cela ne sert de rien. Chacun et chacune est sûr de son bon droit et cherche moins à être éclairé qu’à vaincre dans une joute de mots. On se quitte mécontents, ancrés sur ses positions, et la dispute continue au- dedans. C’en est fait du silence et de la paix. Si vous n’en avez pas la charge, n’essayez pas de convaincre. Mais si vous voulez demeurer en repos, tournez plutôt la page habilement dès que s’amorce la controverse. Acceptez d’être terrassé au premier choc, et priez doucement Dieu de faire triompher Sa vérité en vous-même et dans les autres ; puis passez. Votre âme n’est pas un forum, mais un sanctuaire. Il s’agit pour vous non d’avoir raison, mais d’embaumer par le parfum de votre amour. La vérité de votre vie témoignera de celle de votre doctrine. Voyez Jésus dans son procès : Il s’est tu, acceptant d’avoir tort ; Il est maintenant la Lumière pour tout homme venant en ce monde.
N’ayez pas souci de vous-même
Ne parlez pas de vous-même à vous-même. Les moments d’examen sont rares et brefs : quelques minutes à midi et le soir. Hors de là, ne pensez à vous ni en bien ni en mal, pour ne pas éveiller l’amour-propre, ni vous décourager. Quand vous songez à vous, votre image si grossière se substitue, dans le miroir de votre âme, à la très pure Beauté de Dieu. Trois choses en troublent la limpidité : évitez-les.
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N’épiloguez pas sur les difficultés de votre vie
La vie est un combat : ne le savez-vous pas ? S’il faut se renoncer, prendre sa croix, suivre Jésus au Calvaire, quoi d’étonnant qu’il faille lutter, souffrir, saigner, pleurer ? Vos difficultés viennent de votre entourage, de votre emploi, de vos propres misères physiques et morales ; des trois à la fois, peut-être. Tracez-vous, une bonne fois, à leur égard, une ligne de conduite décidée devant Dieu de votre attitude d’âme : et dans les rencontres, refusez-vous de discuter. Les monologues alarmistes ne servent à rien. Faites ce que vous pouvez ; abandonnez le reste à la miséricorde de Dieu. « Dieu sait tout. Il peut tout, et il m’aime » : voilà qui justifie l’abandon. Vivez dans la chaude lumière du Psaume XXII : « Le Seigneur est mon berger ; je ne manque de rien ». Chaque soir, vous vous endormirez en murmurant : « Lui te couvre de ses ailes ; tu trouveras sous son pennage, un refuge ». Ayez confiance : il ne vous arrivera jamais rien de mal !
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Ne soupesez pas vos peines ni vos sacrifices
N’avez-vous donc pas tout accepté en bloc ? « Recevez, Seigneur… » : chaque matin, lors de l’eucharistie, l’Église vous offre comme une victime pure, sainte, immaculée avec Jésus, et par votre prière du matin, vous y consentez. Si vous comprenez le mystère de la croix et le sens de votre vie, ne vous apitoyez pas sur vous-même. Dieu aime qui donne en riant. Laissez donc le Christ souffrir en vous ; prêtez-lui votre corps et votre cœur, pour qu’il puisse « achever en son corps mystique ce qu’il a inauguré au Calvaire ».
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N’ayez pas la coquetterie de votre âme.
Faites, à tout instant, la volonté de Dieu, avec les forces et les grâces du moment. Il ne vous est rien demandé de plus. Acceptez cordialement vos limites. A quel degré de sainteté Dieu veut-il vous amener ? Vous ne le saurez qu’au ciel. Ne sondez pas ses mystérieux desseins ; ne lui refusez rien délibérément. Tendez à lui plaire selon votre pouvoir actuellement et laissez-vous conduire où il voudra, par ses chemins à lui, sans hâte fébrile.
Ne vous affligez pas de vos impuissances ni même, en un sens, de vos misères morales. Vous vous voudriez être beau, irréprochable. C’est chimère ; orgueil, peut-être. Jusqu’au bout, nous resterons pécheurs, objet de l’infinie miséricorde à laquelle Dieu tient tant. Ne pactisez jamais avec le mal ; soyez détaché de votre perfection morale. La sainteté est avant tout d’ordre théologal, et c’est l’Esprit Saint qui la répand dans nos cœurs ; ce n’est pas nous qui la fabriquons.
Se comparer aux autres en matière de vertu, se morfondre de sa médiocrité, se situer sur l’échelle de la perfection : tout cela encombre et fait du bruit. Il y a des saints de toute taille. Votre élévation reste le secret de Dieu ; sans doute ne vous en dira-t-Il rien. Faites ce qui est en votre pouvoir. Aimez offrir souvent à Dieu l’inégalable sainteté de Jésus, de Marie et des saints morts et vivants : tout cela vous appartient, à vous, bénéficiaire de la Communion des Saints. Offrez la sainteté globale du Corps mystique du Christ : c’est ce qui glorifie Dieu. Vous en êtes membre. Le moins noble peut-être, mais non sans utilité. Dites avec conviction mais sérénité « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheur ». Puis vivez en paix, sous l’aile protectrice de Dieu qui vous aime.
Source : Lou Pescadou n° 214
Saint François d’Assise confesseur
Collecte
O Dieu, qui, par les mérites du bienheureux François, avez enrichi votre Église, en lui donnant une nouvelle famille, faites-nous la grâce de l’imiter en méprisant les biens de la terre, et d’avoir la joie de participer toujours aux dons célestes.
Office
Quatrième leçon. François naquit à Assise en Ombrie, et suivit l’exemple de son père, en se livrant au commerce, dès sa jeunesse. Un jour qu’un pauvre lui demanda l’aumône pour l’amour de Jésus-Christ, François, contre son habitude, le repoussa d’abord, mais troublé aussitôt de ce refus, il lui accorda plus qu’il n’avait coutume de donner, et, le jour même promit à Dieu de ne jamais refuser son aumône à quiconque la lui demanderait. Quelque temps après il tomba gravement malade, et à peine fut-il guéri qu’il commença à se livrer très ardemment aux offices de la charité, et fit de tels progrès dans cette vertu qu’épris de la perfection évangélique il distribuait aux pauvres tout ce qu’il possédait. Son père ne put souffrir une telle conduite, aussi l’obligea-t-il, par devant l’Évêque d’Assise, à renoncer à tous les biens patrimoniaux. François abandonna tout et jusqu’à ses habits, disant que désormais il aurait un motif de plus de répéter : Notre Père, qui êtes aux cieux.
Cinquième leçon. Ayant entendu lire cette parole de l’Évangile : « Ne possédez ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussures, » François se proposa de la prendre pour règle de vie. Quittant donc ses chaussures, se contentant d’une seule tunique, et s’associant douze compagnons, il institua l’Ordre des Mineurs. En l’année mil deux cent neuf, il se rendit à Rome, pour que le Saint-Siège confirmât la règle de son Ordre. Sa demande fut d’abord rejetée par le souverain Pontife Innocent III. Mais ayant vu en songe, pendant la nuit, celui qu’il avait repoussé, soutenir sur ses épaules la basilique de Latran chancelante, le Pape, troublé par cette vision, fit rechercher François, le reçut avec bonté et confirma sa règle. Le saint fondateur envoya donc ses frères prêcher l’Évangile dans tout l’univers ; et lui-même, ambitionnant la gloire du martyre, fit voile pour la Syrie, où il fut reçu par le Soudan avec toutes sortes d’égards. N’obtenant pas le résultat qu’il désirait, il revint en Italie.
Sixième leçon. Après avoir construit quantité de maisons de son institut, François se retira dans la solitude, sur le mont Alverne. Ayant commencé là un jeûne de quarante jours, en l’honneur de l’Archange saint Michel, il advint qu’en la fête de l’Exaltation de la sainte Croix, un Séraphin lui apparut, portant entre ses ailes l’image du Crucifié. Ce Séraphin imprima sur les mains, les pieds et le côté de François, les stigmates des clous. Saint Bonaventure affirme dans ses lettres avoir entendu le Pape Alexandre IV déclarer, dans un sermon, qu’il avait vu les stigmates. Ces témoignages de l’amour de Jésus-Christ excitèrent l’admiration de tous. Enfin, deux ans après, se sentant gravement malade, François voulut qu’on le transportât dans l’église de Sainte-Marie-des-Anges, afin de rendre, son dernier souffle là même où Dieu lui avait accordé la vie de la grâce. En ce lieu, il exhorta ses frères à conserver très fidèlement la pauvreté, la patience et la foi de la sainte Église romaine. Pendant qu’il récitait le Psaume : « De ma voix, j’ai crié vers le Seigneur, » étant arrivé à ce verset : « Des justes m’attendent jusqu’à ce que vous m’exauciez, » il rendit son âme à Dieu. C’était le quatrième jour des nones d’octobre. De nombreux miracles l’ayant illustré, Grégoire IX l’inscrivit au catalogue des Saints.
NUL N'A JAMAIS VU DIEU : LE FILS UNIQUE, QUI EST DANS LE SEIN DU PÈRE, EST, CELUI QUI EN A DONNÉ LA CONNAISSANCE
. Ce n'est pas la volonté de Dieu que nous écoutions seulement les mots et les paroles de la sainte Écriture : nous devons encore en méditer profondément le sens. C'est pour cette raison que le bienheureux. David a mis à plusieurs de ses psaumes cette inscription : « Pour l'intelligence », et qu'il disait : « Ôtez le voile qui est sur mes yeux, et je considérerai les merveilles qui sont enfermées dans votre loi ». (Ps. CXVIII, 18.) Après lui, son fils Salomon nous apprend qu'il faut désirer la sagesse avec le même empressement qu'on recherche l'argent, ou plutôt qu'il faut l'estimer plus que l'or. Le Seigneur exhorte les Juifs à examiner avec soin les Écritures (Jn, V, 39), et nous invite à en faire notre plus grande étude il n'aurait pas parlé de la sorte si, pour les entendre, il n'y avait qu'à les lire. Personne, en effet, ne s'avisera d'examiner attentivement ce qui se fait connaître au moment qu'il se présente aux yeux, mais seulement ce qui est obscur, et ce qui a besoin d'un long examen il appelle les Écritures un trésor caché, pour nous exciter à le chercher.
Je dis ceci, mes frères, afin que nous n'abordions pas légèrement et négligemment les saintes Écritures : je le dis, afin que vous les écoutiez avec beaucoup d'attention. Si on les écoute sans préparation, sans attention, et si l'on n'en prend que la lettre, on se formera de Dieu bien d'absurdes idées : on le croira homme, on croira qu'il est d'airain, colère, furieux, et l'on adoptera bien d'autres dogmes encore pires. Mais si l'on en pénètre l'esprit, si l'on entre dans leur profondeur, on sera bien éloigné de ces ridicules opinions.
Par exemple, dans les paroles qu'on a lues, et que nous nous proposons d'expliquer, il est dit que Dieu a un sein, ce qui n'appartient qu'aux corps. Mais il n'y a personne d'assez insensé pour penser que l’Être incorporel soit un corps. Afin donc que nous. prenions tout dans un sens spirituel, examinons cet endroit en remontant plus haut. « Nul », dit l'évangéliste, « n'a jamais vu Dieu » : par quel enchaînement d'idées est-il conduit à cette proposition? Après avoir montré la magnificence des dons que nous devons à Jésus-Christ et comment ils surpassent infiniment tout ce qu'a fait Moïse, il veut enfin nous découvrir la vraie cause de la différence qui est entré eux et entre leurs dons. Moïse, en effet, étant un serviteur, a été un ministre chargé de la dispensation des moindres présents; mais celui-ci qui est seigneur, qui est roi, fils du roi, qui est toujours avec son Père, et le voit sans cesse, nous a apporté. des dons infiniment supérieurs à ceux de Moïse. Voilà pourquoi saint Jean poursuit en ces termes : « Nul n'a jamais vu Dieu ».
Que répondrons-nous donc à Isaïe qui fait si hautement retentir sa voix, en disant: « J'ai vu le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé? » (Is VI,1) A Jean, qui lui rend ce témoignage qu'« il a dit ces choses, lors qu'il a vu sa gloire?» (Jn. XII, 41) A Ezéchiel? car il a vu aussi le Seigneur assis sur les chérubins (Ez. I). A Daniel, qui dit que « l'ancien des jours s'assit? » (Dn. VII, 9) Et à Moïse lui-même, qui parle ainsi à Dieu : « Montrez-vous à moi vous-même, afin que je vous voie manifestement? » (Ex. XXXIII, 13, LXX) Jacob, pour avoir vu Dieu, a été appelé Israël (Gn. XXXII, 28, et XXXV, 10) : car Israël signifie un homme qui voit Dieu, d'autres aussi l'ont vu.
Pourquoi saint Jean dit-il donc : « Nul n'a jamais vu Dieu? » C'est pour nous faire connaître que dans ces apparitions Dieu tempérait l'éclat de sa majesté, s'accommodant à la faiblesse humaine, et qu'il ne s'est jamais fait voir dans sa pure substance. Si ces hommes l'avaient vu dans sa nature même, ils ne l'auraient point vu de différentes manières, puisqu'il est simple, sans figure, sans composition, sans bornes, qu'il n'est ni assis, ni debout, et qu'il ne marche point. Ce sont là, en effet, des choses propres aux corps. Mais ce qu'il est, lui seul le connaît. Et ce que je viens de dire, Dieu le Père le déclare par la bouche d'un de ses prophètes: « C'est moi », dit-il, « qui ai instruit les prophètes par un grand nombre de visions, et ils m'ont représenté à vous sous des images différentes » (Os. XII, 10) c'est-à-dire, je me suis proportionné à leur faiblesse, je ne leur ai point apparu tel que je suis.
Comme il devait venir à nous dans notre véritable chair, depuis longtemps il préparait les hommes à voir la substance de Dieu, autant qu'ils la pouvaient voir. En effet, ce que Dieu est, non seulement les prophètes, mais les anges et les archanges mêmes ne le voient pas. Interrogez-les, ils ne vous répondront rien sur la substance, mais seulement ils chanteront «Gloire soit à Dieu dans le plus haut des cieux ! que la paix règne sur la terre, et que les hommes soient chéris de Dieu». (Lc. II, 14) Si vous voulez apprendre quelque chose des chérubins et des séraphins, ils vous répondront par ce chant mystique de sanctification : « Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire ». (Is. VI, 3) Si vous vous adressez aux puissances célestes, vous n'en apprendrez autre chose, sinon que tout leur office est de louer Dieu : « Louez le Seigneur », dit l’Écriture, « vous tous qui êtes ses puissances ». (Ps. CXLVIII, 2) Il est donc certain que le Fils seul le voit, et de même le Saint-Esprit. Car comment la nature créée pourrait-elle voir l’Être Incréé? Que si nous ne pouvons clairement voir aucune puissance incorporelle, quoiqu'elle soit créée (ce qui s'est vérifié souvent pour les anges) nous pourrons bien moins voir la nature incorporelle et incréée c'est pourquoi saint Paul dit aussi : « Nul des hommes ne l'a vu, et ne peut le voir ». (I Tm. VI, 16)
Mais est-ce là un avantage, une propriété particulière au Père seul, et que le Fils n'ait point? Loin de nous une telle pensée : le Fils a le même avantage, la même propriété. Et si vous en doutez, écoutez saint Paul qui le déclare : « Il est », dit-il, « l'image du Dieu invisible.». (Col. I, 15) Or, celui qui est l'image du Dieu invisible, est lui-même invisible, autrement il ne serait point l'image. Que s'il dit ailleurs: « Dieu s'est manifesté dans la chair» (I Tm. III, 16), ne vous en étonnez pas : la manifestation par la chair n'est pas une manifestation selon la substance. Aussi cet apôtre montre-t-il qu'il est invisible, non seulement aux hommes, mais encore aux puissances célestes; car après avoir dit : « Il s'est manifesté dans la chair», il ajoute : « Il a paru aux anges ».
C'est pourquoi il a paru aux anges lorsqu'il s'est revêtu de chair, auparavant ils ne le voyaient pas de même, sa substance étant invisible pour eux-mêmes, mais, direz-vous, comment Jésus-Christ dit-il: « Ne méprisez aucun de ces petits. Je vous déclare que leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux? » (Mt. XVIII, 10) Eh quoi ! Dieu a-t-il une face, et est-il enfermé dans les cieux ? Que personne ne soit assez fou pour le dire. Qu'est-ce donc qu'entend Jésus-Christ par ces paroles ? Ce qu'il entend quand il dit: «Bienheureux ceux qui ont le cœur pur parce qu'ils verront Dieu ». (Mt. V, 8) Il parle de cette vision spirituelle qui nous est possible, de la pensée de Dieu, de même, nous devons dire des anges, qu'étant des créatures pures et vigilantes, ils ont toujours Dieu présent et ne pensent jamais qu'à lui. C'est aussi pour cette raison qu'il dit lui-même. — « Nul ne connaît le Père que le Fils ». ( Mt. XI, 27) Quoi donc! Sommes-nous tous dans l'ignorance ? A Dieu ne plaise ! Mais nul ne le connaît de même que le Fils. Comme donc plusieurs l'ont vu, autant que l'esprit de l'homme peut atteindre à cette vision, et que personne n'a vu sa substance, maintenant de même nous connaissons tous Dieu, mais nul ne connaît sa nature ni sa substance, sinon Celui qui est né de lui. Car, par le mot de connaissance, saint Jean entend ici une vision et une intelligence certaine, « pleine et entière », et telle due le Père l'a du Fils. « Comme mon Père me connaît», dit Jésus-Christ, « je connais mon Père ». (Jn X, 15)
C'est pourquoi voyez et considérez, mes frères, avec quelle fermeté et quelle confiance l'évangéliste s'énonce; ayant dit: « Nul n'a jamais vu Dieu », il n'a point ajouté, le Fils qui l'a vu en a donné la connaissance, mais il a dit quelque chose de plus que voir, par ces paroles: «Celui qui est dans le sein du Père». En effet, être dans le sein du Père, c'est bien plus que voir. Celui qui seulement voit n'a pas une connaissance tout à fait pleine et parfaite de l'objet qu'il voit, mais celui qui habite dans le sein n'ignore rien. Lors donc que vous entendez ces paroles: « Nul ne connaît le Père que le Fils », ne dites point: Si le Fils connaît le Père plus que les autres, toutefois il ne le connaît pas dans sa plénitude, car c'est pour prévenir cette objection que l'évangéliste nous fait remarquer que le Fils demeure dans le sein du Père, et que Jésus-Christ dit qu'il connaît autant le Père que le Père connaît le Fils.
Demandez donc aux contradicteurs: Le Père connaît-il le Fils? S'il n'est fou, il répondra: oui. Allons plus avant, faisons-lui ensuite cette demande: Le Fils voit-il et connaît-il le Père par une vision exacte et une connaissance parfaite, et connaît-il pleinement ce qu'il est? Il Nous l'avouera encore. Concluez de là que la connaissance que le Fils a du Père est exacte, pleine et entière. Car il a dit lui-même : « Comme mon Père me connaît ; je connais mon Père ». Et ailleurs: « Personne n'a vu « Dieu, sinon Celui qui est de Dieu ». Voilà pourquoi, comme je l'ai dit, l'évangéliste fait mention du sein, nous faisant connaître à la fois, par cette seule parole, qu'il y a entre le Père et le Fils liaison étroite, unité de substance, parfaite égalité de connaissance et de puissance. Le Père n'aurait pas dans son sein quelqu'un qui serait d'une autre substance et le Fils n'oserait pas demeurer dans le sein du Père, s'il n'était qu'un serviteur et le premier venu. C'est là ce qui n'appartient qu'au Fils, qui vit familièrement avec le Père, et n'a rien de moins que lui.
Voulez-vous connaître son éternité ? Écoutez ce que dit Moïse du Père : Si les Égyptiens veulent savoir, demandait-il, qui. est Celui qui m'a envoyé, que leur répondrai-je? II eut ordre de répondre : CELUI QUI EST m'a envoyé. Ce mot : CELUI QUI EST, signifie que Dieu est toujours, qu'il est sans commencement, qu'il est véritablement et proprement. Il signifie encore ceci: « Il était au commencement », et montre qu'il est toujours, « qu'il est éternel ». Ici saint Jean s'est donc servi d'une expression qui fait connaître que le Fils est sans commencement et de toute éternité dans le sein de son Père, Mais afin que la conformité de nom ne nous induise pas à croire que le Fils est du nombre de ceux qui sont fils par grâce, il met l'article qui le distingue de ceux-ci.
Que si cela ne vous suffit pas, et si vous êtes encore courbés vers la terre, écoutez ce nom qui lui est plus propre encore : c'est le nom d'UNIQUE. Si pourtant vos yeux restent encore attachés à la terre, je ne ferai pas difficulté d'employer une parole humaine en parlant de Dieu, c'est-à-dire de me servir du mot de « sein », pourvu seulement que vous n'y attachiez pas une signification basse. Voyez-vous quelle est la providence et la bonté du Seigneur? Dieu s'attribue des noms indignes de lui, afin qu'au moins de cette manière vous le connaissiez, et que vous ayez de lui de grands et de hauts sentiments. Et vous, vous rampez à terre! Dites-moi, pourquoi est-il ici parlé de sein, nom charnel et grossier? Est-ce afin que nous pensions que Dieu est un être corporel? Dieu nous en garde ! Direz-vous. Pourquoi donc ? Si par cette parole on ne prouve pas que le Fils est véritablement fils, et l'on n'établit pas que Dieu est un être incorporel, vainement se sert-on de ce nom « de sein » qui n'est d'aucun usage, pourquoi donc s'en sert-on? Car je ne cesserai point de faire cette question. N'est-il pas évident qu'il est mis là pour que nous n'y attachions pas d'autre idée, sinon que Jésus-Christ est véritablement le Fils unique, et qu'il est coéternel à son Père? « Il en a », dit l'évangéliste, « donné la connaissance ». Quelle connaissance a-t-il donnée? « Nul n'a jamais vu Dieu ». Il n'y a qu'un seul Dieu; mais les autres prophètes et Moise crient souvent: « Le Seigneur votre Dieu est le seul et unique Seigneur ». (Dt. VI, 4) Et Isaïe : « Il n'y a point eu de Dieu formé avant moi, et il n'y en aura point après moi ». (Is. XLIII, 10)
Qu'est-ce que le Fils nous a donc appris de plus, lui qui est dans le sein du Père? Qu'est-ce que le Fils unique nous a enseigné ? Premièrement, que ces choses proviennent de son opération : en second lieu, que nous avons reçu une connaissance beaucoup plus claire, et que nous connaissons que « Dieu est esprit, et qu'il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité ». (Jn IV, 24) Et encore, ceci même : qu'il est impossible de voir Dieu, et que nul ne le connaît, sinon le Fils : et que Dieu est le Père d'un vrai Fils unique, et universellement tout ce qui est dit de lui.
Or ce mot : « Il a donné la connaissance », marque cette plus claire et plus évidente connaissance, qu'il a donnée, non seulement aux Juifs, mais encore à tout le monde. Tous les Juifs n'avaient pas cru aux prophètes, mais tout l'univers s'est soumis au Fils unique de Dieu, et a cru en lui. Le mot de connaissance signifie donc ici l'évidence de la doctrine Voilà pourquoi il est appelé VERBE et Ange du grand conseil.
Puis donc que nous avons eu le bonheur de recevoir une plus belle et plus parfaite doctrine, et des connaissances plus hautes, Dieu ne nous parlant plus par les prophètes, mais par son propre Fils dans ces derniers jours (Hé. I,1), ayons une conduite beaucoup plus réglée et plus sainte, et vivons d'une manière digne d'un si grand honneur. Il serait ridicule que Jésus-Christ eût condescendu au point de ne vouloir plus nous parler par ses serviteurs, mais par lui-même, et que nous, nous ne fissions rien de plus que ceux qui sont venus avant nous. Ils ont eu Moïse pour docteur, et nous, nous avons pour docteur le maître même de Moïse. Professons donc une philosophie digne d'un si grand honneur, et n'ayons rien de commun avec la terre. Car Jésus ne nous a apporté une doctrine du ciel, que pour y élever nos pensées, et afin que nous imitions notre docteur selon nos forces et notre capacité.
Mais, direz-vous, comment pourrions-nous être les imitateurs de Jésus-Christ? Nous le ferons si nous rapportons tout à l'utilité publique, et si nous ne recherchons pas nos propres intérêts. Jésus-Christ, dit saint Paul, « n'a pas cherché à se satisfaire lui-même, mais comme il est écrit : les ouvrages de ceux qui vous insultaient, sont tombés sur moi. (Rm. XV, 3; Ps. LXVIII, 12) Que personne donc ne cherche ses propres intérêts. (I Cor. X, 24.) Ainsi on cherche ses propres intérêts, si l'on a en vue le bien de son prochain : car le bien de notre prochain est notre propre bien. « Nous ne sommes tous qu'un seul corps, et nous sommes tous réciproquement membres les uns des autres » (Rm, XII, 5) et des portions. Ne nous regardons donc pas comme des étrangers séparés les uns des autres. Que personne ne dise: celui-là n'est point mon ami, mon parent, mon voisin, je n'ai rien de commun avec lui, sous quel prétexte irai-je chez lui? Que lui dirai-je? Il ne vous est pas parent, il n'est point votre ami mais il est homme de même nature que vous, il a le même maître, il est votre compagnon et il loge sous la même tente, car il habite le même monde.
Que s'il a la même foi, voilà qu'il est votre membre. Quelle amitié peut former une plus grande union, que la parenté qui vient de l'unité de foi? Nous ne devons point montrer seulement à l'égard les uns des autres l'attachement qui unit l'ami avec son ami, mais celui qui lie un membre avec un membre. Et certes, vous ne trouverez pas de plus solide lien d'amitié et de parenté, ni de nœud si fort que celui-ci. Comme un membre ne saurait dire d'un autre membre du même corps : d'où me vient l'étroite liaison et la parenté que j'ai avec lui; car en cela il y aurait du ridicule, de même vous ne sauriez le dire de votre frère. « Car nous avons tous été baptisés dans le même esprit, pour n'être tous ensemble qu'un même corps ». (I Cor. XII, 12.) Pourquoi, peur n'être tous qu'un même corps? afin que nous ne nous désunissions pas, et que, par cette parenté et cette mutuelle amitié, nous fassions tous ensemble les fonctions d'un seul corps. Ne méprisons donc pas notre prochain, si nous ne voulons nous mépriser nous-mêmes. « Car nul », dit l’Écriture, « ne hait sa propre chair, mais il la nourrit et l'entretient ». (Ep. V, 29)
C'est pour cette raison que Dieu nous a donné ce monde pour seule maison, qu'il nous a partagé toutes choses avec égalité; qu'il a créé un seul soleil pour éclairer tout le monde, qu'il a étendu le ciel comme une seule tente (Ps. CIII, 3), préparé une seule table, qui est la terre; il a aussi préparé une autre table, beaucoup plus excellente que celle-là, mais celle-ci encore est unique, comme le savent ceux qui participent à nos saints mystères, il nous a octroyé à tous la même régénération spirituelle. Nous n'avons tous qu'une même patrie qui est dans le ciel, nous buvons tous un même breuvage. Point d'avantage pour le riche, point de désavantage ni d'infériorité pour le pauvre, le Seigneur a également appelé tous les hommes, et il leur a également distribué les biens charnels et les biens spirituels. D'où vient donc une si grande inégalité dans la vie? C'est de l'avarice et de l'insolence des riches.
Mais je vous en conjure, mes frères, ne vous conduisez plus de même à l'avenir; unis et liés tous ensemble par la communauté que Dieu a établie, et par le don qu'il nous a fait de tout ce qui nous est le plus nécessaire, que les biens terrestres et périssables ne divisent pas nos cœurs, que les richesses et la pauvreté, la parenté charnelle, la haine, l'amitié ne puissent rompre notre union. Toutes ces choses ne sont qu'une ombre, et moins qu'une ombre pour ceux que la charité de Dieu a unis. Conservons ce lien dans sa force et son intégrité, et nous fermerons par là tout accès aux esprits malins qui pourraient ébranler cette solide union, que je vous souhaite à tous, mes frères, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui soit, la gloire au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
XIXème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Moi je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; en quelque tribulation qu’ils crient vers moi, je les exaucerai, et je serai leur Seigneur pour toujours. Mon peuple, soyez attentif à ma loi, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche.
Collecte
Dieu tout-puissant et miséricordieux, éloignez de nous, dans votre bonté, tout ce qui s’oppose à notre salut, afin que, libres d’esprit et de corps, nous accomplissions ce qui est de votre service avec des cœurs dégagés de toute entrave.
Épitre Ep. 4, 23-28
Mes frères, renouvelez-vous de l’esprit de votre intelligence, et revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité. C’est pourquoi, renonçant au mensonge, dites chacun la vérité avec son prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres. Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas prise au diable. Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il s’occupe en travaillant des mains à quelque chose de bon, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin.
Évangile Mt. 22, 1-14
En ce temps-là, Jésus, prenant la parole, parla de nouveau en paraboles, et il dit : Le royaume des deux est semblable à un roi qui fit faire les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités aux noces, mais ils ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant : Dites aux invités : J’ai préparé mon festin, mes bœufs, et mes animaux engraissés sont tués ; tout est prêt, venez aux noces. Mais ils ne s’en inquiétèrent point, et s’en allèrent, l’un à sa ferme et l’autre à son négoce ; les autres se saisirent de ses serviteurs, et les tuèrent, après les avoir accablés d’outrages. Lorsque le roi l’apprit, il fut irrité ; et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers, et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : Les noces sont prêtes, mais ceux qui avaient été invités n’en étaient pas dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux qui seront là. Ses serviteurs, s’en allant par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’était pas revêtu de la robe nuptiale. Il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Et cet homme demeura muet. Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.
Offertoire
Quand j’aurai marché au milieu des tribulations, vous me vivifierez, Seigneur ; vous étendrez votre main contre la fureur de mes ennemis et votre droite me sauvera.
Postcommunion
En vertu de votre clémence, ô Seigneur, que l’opération de votre grâce salutaire nous délivre de nos tendances perverses et nous fasse demeurer attachés toujours à vos commandements.
Office
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, pape.
Septième leçon. Je me souviens de vous avoir déjà dit souvent que dans le saint Évangile l’Église présente est maintes fois nommée le Royaume des Cieux ; car on appelle Royaume des Cieux l’assemblée des justes. Le Seigneur en effet dit par le prophète : « Le ciel est mon trône ». Et Salomon assure que l’âme du juste est le trône de la sagesse. Paul aussi dit que le Christ est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu ». C’est à nous de faire le lien : si Dieu est la sagesse, et l’âme du juste, le trône de la sagesse, vu que le ciel est appelé trône de Dieu, l’âme du juste est donc le ciel. Ceci est dit par le psalmiste à propos des saints prédicateurs : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ».
Huitième leçon. Le Royaume des Cieux est donc l’Église des justes : car déjà le Seigneur règne en eux comme dans les cieux : du fait qu’ils soupirent après les choses d’en haut, leur cœur ne recherche rien sur la terre. On peut donc dire : « Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. » Votre charité comprend déjà qui est ce Roi, père du Fils Roi. N’est-il pas celui à qui le psalmiste dit : « Dieu, donne au Roi ton jugement, et ta justice au fils du Roi ». « Il célébra les noces de son fils. » Dieu le Père célébra les noces de Dieu son Fils, quand il l’unit à la nature humaine dans le sein de la Vierge ; quand celui qui est Dieu dès avant les siècles, il a voulu le faire devenir homme à la fin des temps. Mais, bien que, normalement, cette union nuptiale se fasse entre deux personnes, qu’il soit banni de nos esprits de croire que la personne du Dieu-homme notre Rédempteur Jésus Christ, soit l’union de deux personnes.
Neuvième leçon. Nous disons que le Christ est constitué de deux natures et en deux natures ; mais gardons-nous bien, comme interdit, de croire qu’il est composé de deux personnes. On peut dire plus clairement et plus sûrement que le père célébra les noces du Roi son Fils quand il lui unit la sainte Église par le mystère de l’Incarnation. Or le sein de la Vierge Mère fut la chambre nuptiale de cet Époux. Aussi le psalmiste dit-il : « Dans le soleil il a dressé sa tente, il est comme l’époux qui sort de la chambre nuptiale ».
ÉPÎTRE.
La lecture de l’Épître aux Éphésiens, suspendue Dimanche en la manière que nous avons rapportée, est reprise aujourd’hui par la sainte Église. L’Apôtre a posé précédemment les principes dogmatiques de la vraie sainteté ; il déduit maintenant les conséquences morales de ces principes.
Rappelons-nous que la sainteté en Dieu est sa vérité même, la vérité vivante et harmonieuse, qui n’est autre que le concert admirable des trois divines personnes unies dans l’amour. Nous avons vu que la sainteté pour les hommes est aussi l’union à l’éternelle et vivante vérité par l’amour infini. Le Verbe a pris un corps pour manifester dans la chair cette vérité parfaite, dont il est l’expression substantielle ; son humanité, sanctifiée directement par la plénitude de la vie divine qui réside en lui, est devenue le modèle, et aussi le moyen, la voie unique de la sainteté pour toute créature.
Indépendamment du péché, les conditions de la nature finie retenaient l’homme bien loin de la vie divine ; mais il trouve en Jésus-Christ, tels qu’ils sont en Dieu, les deux éléments de cette vie : la vérité et l’amour. En Jésus, comme complément de son incarnation, la Sagesse aspire à s’unir aussi tous les membres de cette humanité dont il est le chef ; par lui l’Esprit-Saint, dont il est le réservoir sacré, se déverse sur l’homme pour l’adapter à sa vocation sublime, et consommer dans l’amour infini qui est lui-même cette union de toute créature avec le Verbe divin. Ainsi nous est communiquée la vie de Dieu, dont l’existence se résume dans la contemplation et l’amour de son Verbe ; ainsi sommes-nous sanctifiés dans la vérité, en participant à la sainteté même dont Dieu est saint par nature.
Mais si le Fils de l’homme, étant Dieu, participe pour sa race à la vie d’union dans la vérité, qui fait la sainteté de la Trinité souveraine, il ne communique cette vie, cette vérité, cette union déifiante, qu’à ceux des hommes qui sont devenus vraiment ses membres, qui reproduisent entre eux en lui, par l’opération de l’Esprit de vérité et d’amour, l’unité dont cet Esprit sanctificateur est en Dieu le lien tout-puissant. Que tous ils soient un, comme vous en moi et moi en vous, ô Père, disait l’Homme-Dieu ; qu’ils soient eux aussi UN en nous : je leur ai donné la gloire, c’est-à-dire la sainteté que vous m’avez donnée, pour qu’ils soient UN comme nous-mêmes nous sommes un, pour que, moi en eux et vous en moi, ils soient consommés et parfaits dans l’unité. Tel est, formulé par le Christ en personne, l’axiome simple et fécond, fondement du dogme et de la morale du christianisme. Jésus, dans cette prière sublime, expliquait ce qu’il venait de dire auparavant : Je me sanctifie pour eux, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la VÉRITÉ.
Comprenons maintenant la morale de saint Paul en notre Épître, et ce qu’il entend par cette justice et cette sainteté de la vérité qui est celle du Christ, de l’ homme nouveau que doit revêtir quiconque aspire à la possession des richesses énumérées dans les précédents passages de sa lettre immortelle. Qu’on relise l’Épître du XVIIe Dimanche, et l’on y verra que toutes les règles de l’ascétisme chrétien comme de la vie mystique se résument, pour l’Apôtre, dans ces mots : Soyons soucieux de l’UNITÉ. C’est le principe qu’il donne aux commençants comme aux parfaits ; c’est le couronnement des plus sublimes vocations dans l’ordre de la grâce, comme le fondement et la raison de tous les commandements de Dieu : tellement que, si nous devons nous abstenir du mensonge et dire la vérité à ceux qui nous écoutent, le motif en est, d’après l’Apôtre, que nous sommes membres les uns des autres !
Il est une sainte colère, dont parlait le psalmiste, et qu’inspire en certaines occasions le zèle de la loi divine et de la charité ; mais le mouvement d’irritation soulevé dans l’âme doit, alors même, s’apaiser au plus tôt : le prolonger serait donner place au diable, et lui laisser beau jeu pour ébranler ou renverser en nous, par la rancune et la haine, l’édifice de la sainte unité.
Avant notre conversion, le prochain n’avait pas moins que Dieu même à souffrir de nos fautes ; l’injustice nous coûtait peu, quand elle passait inaperçue ; l’égoïsme était notre loi, c’était la garantie du règne de Satan sur nos âmes. Maintenant que l’Esprit de sainteté a chassé l’indigne usurpateur, le meilleur signe de son empire reconquis est que non seulement les droits d’autrui sont désormais sacrés pour nous, mais que notre travail et toutes nos œuvres s’inspirent de la pensée des besoins du prochain à satisfaire. En un mot, poursuit et conclut l’Apôtre un peu plus loin, étant les imitateurs de Dieu comme ses fils très chers, nous marchons dans l’amour.
Ce n’est point autrement que l’Église, d’après saint Basile, manifeste au monde la grandeur des biens conférés à cette terre par l’Incarnation. L’assemblée des chrétiens parfaits montre la nature humaine, auparavant rompue et divisée en mille fragments, rejointe maintenant sur elle-même et pour Dieu ; c’est le résumé de ce que le Sauveur a fait dans la chair .
ÉVANGILE.
L’Évangile qu’on vient d’entendre a fait donner plus spécialement le nom de Dimanche des conviés aux noces au dix-neuvième Dimanche après la Pentecôte. Dès le commencement néanmoins de la série dominicale qui prend son point de départ à la descente de l’Esprit-Saint, l’Église proposait à ses fils l’enseignement évangélique qu’elle offre aujourd’hui derechef à leurs méditations ; au deuxième Dimanche après la Pentecôte, elle empruntait à saint Luc l’exposé de la parabole du grand repas aux nombreux invités, que saint Matthieu, précisant davantage, appelle maintenant le festin des noces.
Placée ainsi au début et vers la fin de la saison liturgique à laquelle préside l’Esprit sanctificateur, cette parabole éclaire toute la partie de l’année qu’elle domine en cette manière, et révèle de nouveau le vrai but qu’y poursuit l’Église. Mais combien la lumière n’a-t-elle pas grandi, depuis le jour où nous furent présentées pour la première fois ces allégories mystérieuses ! Ce certain homme, homo quidam, qui fit un grand souper et y appela beaucoup de gens, est devenu le roi qui fait les noces de son fils et nous donne en ces noces l’image du royaume des cieux. L’histoire du monde, elle aussi, s’est depuis lors développée sous nos yeux, comme l’ont fait, en passant d’un évangéliste à l’autre, les termes eux-mêmes de l’allégorie. Les anciens et premiers conviés, qui d’abord se bornaient à décliner l’invitation du père de famille, ont crû en audace ; s’emparant des porteurs du message que leur adressait l’amour, ils les ont couverts d’insultes et mis à mort. Nous avons assisté à la vengeance de cet homme qui était Dieu même, du père d’Israël devenu le roi des nations ; nous avons vu ses armées perdre les homicides et briller leur ville. Et voilà qu’enfin, malgré le refus des invités de Juda et leur opposition perfide à la célébration des noces du Fils de Dieu, les noces sont prêtes et la salle est remplie.
Le roi céleste a laissé aux serviteurs de son amour le soin d’appeler de toute race les nouveaux conviés ; mais maintenant que les envoyés, selon ses ordres, ont parcouru la terre entière, rassemblé les nations pour ce jour de la joie de son cœur, il va descendre en personne, pour s’assurer lui-même que rien ne manque aux apprêts de la fête et donner le signal du festin éternel des noces sacrées. Or, pour une telle fête, en un tel lieu, rien ne saurait manquer que de la part des conviés ; que ceux-ci veillent donc à ne pas attirer sur eux, dans cet universel et suprême examen, la défaveur du très-haut prince qui les appelle à son alliance. S’il a daigné les convoquer, malgré leur pauvreté sordide, des places publiques et de tous les carrefours, il leur a laissé tout le temps de déposer les haillons du passé ; sachant bien qu’ils ne pouvaient se pourvoir eux-mêmes, il a mis à leur disposition, pour le banquet nuptial, les plus riches vêtements de sa grâce et des vertus. Malheur donc à quiconque serait trouvé, au dernier jour, sans la robe nuptiale de la charité ! sa faute n’aurait point d’excuse, et le roi la punirait justement par l’exclusion de la salle du festin, comme une insulte à son fils.
Tout ce qui précède, dans les Dimanches qui viennent de s’écouler, nous a montré l’Église soucieuse uniquement de préparer l’humanité à ces noces merveilleuses, dont la célébration est le seul but qu’ait poursuivi le Verbe divin en venant sur la terre. Dans son exil qui se prolonge, l’Épouse du Fils de Dieu nous est apparue comme le vivant modèle de ses fils ; mais elle n’a point cessé non plus de les disposer par ses instructions à l’intelligence du grand mystère de l’union divine. Il y a trois semaines, abordant plus directement qu’elle ne l’avait fait jusque-là le sujet de son unique préoccupation de Mère et d’Épouse, elle leur rappelait l’appel ineffable. Huit jours plus tard, par ses soins, l’Époux des noces auxquelles on les conviait se révélait à eux dans cet Homme-Dieu devenu l’objet du double précepte de l’amour qui résume toute la loi. Aujourd’hui, l’enseignement est complet. Elle le précise dans l’Office de la nuit, où saint Grégoire nous donne toute sa pensée ; avec la double autorité d’un grand Docteur et d’un grand Pape, au nom même de l’Église, il explique ainsi l’Évangile :
« Le royaume des cieux est l’assemblée des justes. Le Seigneur dit en effet par un prophète : Le ciel est mon trône ; et Salomon dit d’autre part : L’âme du juste est le trône de la Sagesse, pendant que Paul appelle le Christ : Sagesse de Dieu. Si donc le ciel est le trône de Dieu, nous devons conclure évidemment que, la Sagesse étant Dieu et l’âme du juste le trône de la Sagesse, cette âme est un ciel... Le royaume des cieux est donc bien l’assemblée des justes... Si ce royaume est déclaré semblable à un roi qui fait les noces de son fils, votre charité comprend aussitôt quel est ce roi, père d’un fils roi comme lui-même, à savoir celui dont il est dit dans le psaume : O Dieu, confiez au Roi vos jugements, et votre justice au Fils du Roi ! Dieu le Père a fait les noces de Dieu son Fils, quand il l’a uni à la nature humaine, quand il a voulu que celui qui était Dieu avant les siècles devînt homme sur la fin des siècles. Mais nous devons éviter le danger de laisser à entendre qu’il puisse exister dualité de personnes en notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ... A cause de cela, il peut être à la fois plus clair et plus sûr de dire que le Père a fait les noces du Roi son Fils, en lui unissant par le mystère de l’incarnation la sainte Église. Le sein de la Vierge mère a été la chambre nuptiale de cet Époux, dont le Psalmiste dit : Il a placé sa tente dans le soleil, il est l’Époux qui s’avance de sa chambre nuptiale. »
Saints Anges gardiens
Collecte
O Dieu, qui, en votre providence ineffable, daignez envoyer vos saints Anges pour nous garder, accordez à ceux qui vous en supplient, d’être sans cesse sous leur défense et leur protection, et de jouir éternellement de leur société.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Du livre de l’Exode.
Première leçon. Voilà que moi, j’enverrai mon Ange, afin qu’il te précède et te garde dans le chemin, et qu’il t’introduise dans le lieu que j’ai préparé. Respecte-le, écoute sa voix, et ne pense pas qu’il soit à mépriser car il ne te renverra point comme exempt de faute lorsque tu auras péché, et mon nom est en lui. Que si tu écoutes sa voix, et que tu fasses tout ce que je te dis, je serai un ennemi pour ton ennemi, j’affligerai ceux qui t’affligeront, et mon Ange te précédera.
Du Prophète Zacharie.
Deuxième leçon. La parole du Seigneur fut adressée à Zacharie, le Prophète, fils de Barachie, fils d’Addo, disant : Je vis pendant la nuit, et voilà un homme monté sur un cheval roux, et il se tenait parmi les myrtes qui étaient dans un lieu profond ; et après lui des chevaux roux mouchetés de blanc. Et je dis : Qui sont ceux-ci, ô mon Seigneur ? Et l’Ange qui parlait en moi, me répondit : Moi, je t’indiquerai ce que ceci signifie. Et l’homme qui se tenait parmi les myrtes répondit : Ceux-ci sont ceux qu’a envoyés le Seigneur, afin qu’ils parcourent la terre. Et ils répondirent à l’Ange, du Seigneur, qui se tenait parmi les myrtes, et dirent : Nous avons parcouru la terre, et voilà que toute la terre est habitée, et est en repos.
Troisième leçon. Et je levai les yeux, et je vis : et voilà un homme, et dans sa main un cordeau d’arpenteur. Et je dis : Où vas-tu ? Et il me répondit : Mesurer Jérusalem, et voir quelle est sa largeur et quelle est sa longueur. Et voilà que l’Ange qui parlait en moi sortit, et un autre Ange sortait à sa rencontre. Et il lui dit : Cours, parle à ce jeune homme, en disant : Jérusalem sera habitée sans mur, à cause de la multitude des hommes et des troupeaux au milieu d’elle. Et moi je lui serai, dit le Seigneur, un mur de feu tout autour, et je serai dans la gloire au milieu d’elle.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Bernard, Abbé.
Quatrième leçon. « Il a commandé à ses Anges à ton sujet. » Bonté insigne ! Tendresse de charité vraiment admirable ! Par qui ce commandement a-t-il été fait ? A qui, et pour qui ? Et quel est-il ? Appliquons-nous, mes frères, à méditer cet ordre si important, ayons soin de ne pas l’oublier. Qui a commandé ? à qui les Anges appartiennent-ils ? à qui obéissent-ils ? de qui exécutent-ils la volonté ? « Il a commandé à ses Anges à ton sujet, de te garder dans toutes tes voies. » Et ils ne diffèrent pas, ils vous portent même entre leurs mains. C’est donc la souveraine majesté qui commande aux Anges, et à ses Anges, à ces esprits sublimes, aussi heureux que proches de Dieu, unis à lui et ses vrais familiers. Il les charge de nous. Qui sommes-nous : « Seigneur, qu’est-ce que l’homme pour que vous vous souveniez de lui, ou le fils de l’homme pour que vous en teniez compte ? » Comme si « l’homme n’était pas pourriture, et le fils de l’homme, un ver. » Mais quel commandement pensez-vous qu’il ait donné pour vous ? Celui de vous garder.
Cinquième leçon. Combien cette parole doit-elle vous imprimer de respect, vous inspirer de dévotion, vous communiquer de confiance : de respect, à cause de leur présence ; de dévotion, à cause de leur bonté ; de confiance, à cause de leur protection ! Marchez avec circonspection, puisque les Anges d’après l’ordre qu’ils ont reçu, vous accompagnent dans toutes vos voies. En quelque logis, en quelque endroit retiré que vous soyez, portez respect à votre Ange. Oseriez-vous devant lui ce que vous n’oseriez pas devant moi ? ou doutez-vous de sa présence, parce que vous ne le voyez pas ? Que feriez-vous si vous l’entendiez, si vous le touchiez, si vous le sentiez ? Remarquez que ce n’est pas seulement au moyen de la vue qu’on est assuré de la présence des choses.
Sixième leçon. Ainsi donc, mes frères, aimons-les en Dieu d’une tendre affection, ces Anges de Dieu avec qui nous devons être un jour héritiers de son royaume, et que notre Père céleste a placés auprès de nous pendant cette vie, en qualité de guides et de protecteurs. Que craindrions-nous avec de tels gardiens ? Ils ne peuvent être ni vaincus ni trompés par nos ennemis, et ils peuvent encore moins nous tromper, eux qui nous gardent dans toutes nos voies. Ils sont fidèles, ils sont prudents, ils sont puissants, que redoutons-nous ? Suivons-les seulement ; attachons-nous à eux, et demeurons ainsi sous la protection du Dieu du ciel. Toutes les fois que vous vous sentez pressés par une violente tentation et que vous êtes menacés d’une grande épreuve, invoquez celui qui est votre gardien, votre guide, votre « aide au temps du besoin, dans la tribulation. » Criez vers lui et dites : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. »
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Hilaire, Évêque.
Septième leçon. Le Seigneur nous enseigne que nous ne pouvons entrer au royaume des cieux si nous ne reprenons la nature des enfants, c’est-à-dire si nous ne détruisons en nous, par la simplicité de l’enfance, les vices qui s’attachent à nos corps et à nos âmes. Sous le nom d’enfants, il nous fait entendre tous ceux qui croient en lui par la foi à sa parole. Les enfants, en effet, obéissent à leur père, aiment leur mère, ne savent désirer le mal du prochain, ne se soucient point des richesses ; ils ne s’enflent point d’orgueil, ils ne haïssent point, ils ne mentent point, ils croient aux paroles qui leur sont dites, et ce qu’ils entendent, ils le tiennent pour véritable. Revenons donc à la simplicité des enfants, et dans cet état, portons en nous l’image de l’humilité du Seigneur.
Huitième leçon. « Malheur à ce monde à cause des scandales. » L’humilité de la passion est un scandale pour le monde. L’ignorance humaine, est en effet, surtout arrêtée en cela qu’elle n’a pas voulu reconnaître le Seigneur d’éternelle gloire, sous les ignominies de la croix. Et qu’y a-t-il de plus périlleux pour le monde, que de n’avoir pas reçu le Christ ? Il dit être vraiment nécessaire qu’il survienne des scandales, parce que, pour la réalisation du mystère qui allait nous rendre la vie éternelle, l’humiliation de la passion devait être complète en lui.
Neuvième leçon. « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits qui croient en moi. » Il impose, à ceux-là surtout qui vraiment ont cru au Seigneur, les liens très étroits de l’amour mutuel. Les Anges des petits enfants voient Dieu tous les jours ; « car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. » Ainsi le Fils de l’homme sauve ; les Anges voient Dieu ; les Anges des petits président aux prières des fidèles. Que les Anges président ainsi, c’est une doctrine absolument certaine. Les Anges offrent donc tous les jours à Dieu les prières des enfants que le Christ a sauvés, et il y a grand péril à mépriser celui dont les désirs et les demandes sont portés avec tant d’honneur jusqu’au trône du Dieu éternel et invisible, par le ministère des Anges qui forment sa cour.
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