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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Saint Joachim père de la Très Sainte Vierge Marie

16 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Joachim père de la Très Sainte Vierge Marie

Collecte

Dieu, de préférence à tous vos saints, vous avez choisi le bienheureux Joachim pour qu’il fût le père de la Mère de votre Fils : accordez-nous, s’il vous plaît, la grâce d’être constamment protégés par celui dont nous célébrons la fête.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Épiphane, Évêque. Oratio de Laud. Virg., sub init.

Quatrième leçon. De la racine de Jessé est sorti le roi David, et de la tribu royale de David est née la Vierge sainte : sainte, dis-je, et fille de saints ancêtres. Ses parents furent Joachim et Anne, qui attirèrent sur eux, par leur vie irréprochable, les divines complaisances, et qui méritèrent d’avoir un si beau fruit de leur union, la sainte Vierge Marie, temple et Mère de Dieu. Joachim, Anne et Marie offraient manifestement à eux trois un sacrifice de louange à la Trinité. Le nom de Joachim signifie : préparation du Seigneur. N’est-ce pas lui, en effet, qui prépara le Temple du Seigneur, la Vierge ? Le nom d’Anne, à son tour, signifie : grâce. Joachim et Anne obtinrent, à l’aide de leurs prières, la grâce de produire le fruit qui leur fut accordé, la sainte Vierge ; Joachim priait sur la montagne, et Anne, dans son jardin.

Sermon de saint Jean Damascène. Oratio I de Virg. Mariæ Nativit., circa principium

Cinquième leçon. Parce que la Vierge, Mère de Dieu, devait naître d’Anne, la nature n’osa rien produire avant le rejeton de la grâce, mais attendit que la grâce eût donné son fruit. Il fallait bien que Marie fût la première enfant à qui sa mère donnât le jour, elle qui devait enfanter le premier-né de toutes créatures, celui en qui toutes choses ont été faites ! O bienheureux couple de Joachim et d’Anne ! Toute la création vous est redevable. C’est en effet par vous qu’elle a pu offrir au Créateur un présent au-dessus de tous les présents, la chaste mère, qui seule était digne de ce Créateur.

Sixième leçon. Réjouis-toi, Joachim, car un Fils nous est né de ta fille, et on l’appelle l’Ange du grand conseil, c’est-à-dire, l’Ange du salut de l’univers. Que Nestorius soit accablé de honte, et qu’il cache de sa main son visage ! Cet enfant est Dieu. Comment donc ne serait-elle point Mère de Dieu, celle qui l’a mis au monde ? Si quelqu’un ne rend point hommage à la sainte Mère de Dieu, il est repoussé par la Divinité. Cette doctrine que j’enseigne n’est pas seulement la mienne : je l’ai reçue comme un très précieux héritage de mon père, Grégoire le Théologien. O bienheureux couple de Joachim et d’Anne ! L’on reconnaît certes votre pureté au fruit de vos entrailles, selon ce que le Christ a dit quelque part : « C’est à leurs fruits que vous les connaîtrez. » Vous avez réglé votre manière de vivre comme il était agréable à Dieu et digne de celle qui devait naître de vous ; c’est chastement et saintement appliqués à vos devoirs, que vous avez produit un trésor de virginité.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Damascène. Lib. 4 de Fide orthodoxa, cap. 15 de Domini genealogia et sanctæ Dei Genetricis

Septième leçon. Que Joseph ait eu David pour ancêtre, les très saints Évangélistes Matthieu et Luc l’ont clairement démontré. Mais la divergence entre eux est que saint Matthieu le fait descendre de David par Salomon, et saint Luc par Nathan. Tous deux cependant passent sous silence la généalogie de la Sainte Vierge. Il est donc utile de savoir que, ni chez les Hébreux ni dans l’Écriture sacrée, ne fut établi l’usage de dresser la généalogie des femmes ; mais il était réglé par la loi qu’aucun homme ne prendrait d’épouse dans une autre tribu. En conséquence, Joseph, qui était de la famille de David, et qui pratiquait la justice (car le divin Évangile lui a donné cet éloge), n’aurait donc certainement pas épousé la sainte Vierge, contrairement aux prescriptions de la loi, si elle n’eût pas tiré son origine de la même souche royale. Et c’est pour cela qu’il suffisait à l’Évangéliste de marquer d’où Joseph était issu.

Huitième leçon. De la souche donc de Nathan, fils de David, Lévi engendra Melchi et Panther. Panther engendra Barpanther (c’est ainsi qu’on l’appelait). Barpanther engendra Joachim, qui fut père de la sainte Mère de Dieu. Revenons en arrière : de la souche de Salomon, fils de David, Mathan eut de son épouse Jacob, et à la mort de Mathan, Melchi, issu de Nathan, fils de Lévi et frère de Panther, épousa la veuve de ce même Mathan, laquelle était mère de Jacob ; de son second mariage naquit Héli. Jacob et Héli étaient donc frères utérins ; le premier était de la lignée de Salomon, le second, de celle de Nathan.

Neuvième leçon. Or Héli, qui était de la descendance de Nathan, mourut sans enfants ; ce qui fit que Jacob, de la lignée de Salomon, épousa la veuve de son frère et en eut un fils nommé Joseph. Selon la nature, Joseph était fils de Jacob et tirait son origine de Salomon, mais aux yeux de la loi, son père était Héli, et sa race, celle de Nathan. Les choses étant ainsi, Joachim s’unit par le mariage, Anne, femme supérieure et digne des plus hauts éloges. Semblable à cette Anne d’autrefois, qui, affligée par l’épreuve de la stérilité, dut à sa prière et à son vœu de donner naissance à Samuel, celle-ci obtint du ciel, par des supplications et des promesses, de mettre au monde la Mère de Dieu ; en cela donc aussi elle ne le cède à aucune des mères illustres. Ainsi donc c’est la grâce, (telle est la signification du nom d’Anne) qui engendra la Souveraine (c’est ce que signifie le nom de Marie). Elle est, en effet, devenue la souveraine de toute la création, quand elle fut élevée à la dignité de Mère du Créateur.

C’est au lendemain de la Nativité de Marie que les Grecs célèbrent, de temps immémorial, la fête de saint Joachim. Les Maronites la fixèrent au lendemain de la Présentation en novembre, les Arméniens au mardi après l’Octave de l’Assomption de la Mère de Dieu. Chez les Latins, qui ne l’admirent que plus tard, il y eut d’abord partage pour sa célébration entre le lendemain de l’Octave de la Nativité, 16 septembre, et le lendemain de la Conception de la Bienheureuse Vierge, 9 décembre. L’Orient et l’Occident s’accordaient, pour honorer le père, a le rapprocher de son illustre fille.

Vers l’an 1510, Jules II statua que l’aïeul du Messie prendrait place au calendrier romain sous le rit double-majeur ; toujours au souvenir de ces liens d’une famille où l’ordre de la nature et celui de la grâce se rencontrent en si pleine harmonie, il fixa la fête de Joachim au 20 mars, lendemain de celle de son gendre Joseph. On eût dit que le glorieux patriarche dût après sa mort continuer, sur le Cycle sacré, les pérégrinations de ces premiers pères du peuple hébreu dont sa noble vie retraça les mœurs. Cinquante années s’étaient à peine écoulées depuis le pontificat de Jules II, que la critique du temps ramenait l’ombre sur son histoire et faisait disparaître son nom du Bréviaire romain. Grégoire XV l’y rétablissait en 1622 sous le rit double, et sa fête restait désormais acquise à l’Église. La piété à l’égard du père de Marie s’accrut même à ce point que des instances eurent lieu pour qu’elle fût rangée parmi les solennités de précepte, comme l’était déjà celle de son épouse sainte Anne. Ce fut afin de répondre à cette dévotion populaire sans augmenter pourtant le nombre des jours chômés, que Clément XII (1738) transféra la fête de saint Joachim au dimanche après l’Assomption de la Bienheureuse Vierge sa fille ; il lui rendait en même temps le degré de double-majeur.

Le Souverain Pontife Léon XIII, honoré au baptême du nom de Joachim, devait, le 1er août 1879, élever au rang des doubles de seconde classe la solennité de son auguste patron et celle de sainte Anne.

« L’Ecclésiastique enseigne qu’il faut louer ceux dont une descendance glorieuse est issue, dit le décret notifiant cette décision dernière à la Ville et au monde ; on doit donc rendre l’honneur d’une vénération toute particulière aux saints Joachim et Anne, puisque, ayant engendré l’Immaculée Vierge Mère de Dieu, ils sont dès lors glorieux par-dessus tous. On vous connaît à votre fruit, leur dit Damascène : vous avez mis au monde une fille supérieure aux Anges, et maintenant leur reine...Or, la divine miséricorde ayant fait qu’en nos temps malheureux, les honneurs rendus à la Bienheureuse Vierge et son culte prissent des accroissements en rapport avec les besoins grandissants du peuple chrétien, il fallait que cette splendeur et cette gloire nouvelle, dont leur bienheureuse fille est environnée, rejaillît sur les fortunés parents. Puisse leur culte ainsi accru faire éprouver plus puissamment leur secours à l’Église ! »

A LA MESSE.

C’est une bonne chose que la prière avec le jeûne ; faire l’aumône est meilleur que d’amasser des monceaux d’or. Mieux encore que Tobie, Joachim éprouva la vérité de cette parole de l’Archange. Une tradition rapporte que du revenu de ses biens il faisait trois parts : l’une pour le Temple, l’autre pour les pauvres, et la troisième pour sa maison. L’Église, voulant honorer le père de Marie, célèbre tout d’abord ces largesses salutaires et la justice qui lui valut la gloire dont il resplendit.

Mère de Dieu, c’est le titre qui fait de Marie la plus noble des créatures ; mais cette noblesse de la fille de Joachim élève aussi ce dernier parmi tous les bienheureux, comme le seul dont on dira dans les siècles qu’il est l’aïeul de Jésus. Or, au ciel mieux qu’ici-bas, noblesse et puissance vont de concert. Faisons-nous donc, avec l’Église, les clients d’un si haut personnage.

ÉPÎTRE.

La richesse de Joachim consistait en troupeaux comme celle des premiers patriarches. Le pieux emploi qu’il en faisait attirait sur ses biens la bénédiction du Seigneur. Mais il était une bénédiction plus désirée, que le ciel refusait à ses supplications : Anne, son épouse, était stérile ; au milieu des filles d’Israël attendant le Messie, l’espérance de Sion semblait s’en être détournée. Au Temple, un jour que Joachim présentait des victimes, elles furent rejetées avec mépris.

C’était une autre offrande qu’attendait de lui le Seigneur du Temple ; quand, au lieu des brebis de ses pâturages, il présentera ici la Mère de l’Agneau de Dieu, elle ne sera point repoussée !

Mais aujourd’hui, dans sa douleur, il s’est enfui sans reparaître devant son épouse. Gagnant les montagnes où paissaient ses troupeaux, il y vivait sous la tente, jeûnant sans trêve et disant : « Je ne prendrai point de nourriture, jusqu’à ce que le Seigneur mon Dieu m’ait regardé dans sa miséricorde ; mais ma prière sera mon aliment ».

De son côté Anne, cependant, pleurait le double deuil de son veuvage et de sa stérilité. Mais tandis qu’elle priait dans le jardin et son époux sur la montagne, leurs communes instances, présentées en même temps au Dieu souverain, étaient ensemble exaucées. L’Ange du Seigneur apparaissait à tous deux, leur donnant rendez-vous sous la porte Dorée ; et Anne bientôt pouvait dire : « Je sais maintenant que le Seigneur m’a bénie grandement. Car moi qui étais veuve, je ne le suis plus ; et moi qui étais stérile, j’ai conçu ! »

Chantons de nouveau, dans le Graduel, le mérite de l’aumône, le crédit d’une vie sainte auprès de Dieu. La race de Joachim sera puissante, bénie au ciel comme sur la terre. Qu’il daigne lui-même employer pour notre salut la faveur dont il jouit près de son auguste fille, près de Jésus dont il est l’aïeul !

ÉVANGILE.

Réjouis-toi, Joachim, parce que de ta fille un fils nous est né. A cette exclamation de saint Jean Damascène, l’Église répond en parcourant aujourd’hui la série royale des ancêtres du Sauveur, Joseph, le descendant de tant d’illustres princes, transmit leurs droits à celui qui était son fils devant la loi juive, bien que selon la nature il descendît uniquement des aïeux de la Vierge-Mère.

L’évangéliste de Marie, saint Luc, nous a conservé les noms de ces ascendants directs de la Mère de l’Homme-Dieu, qui remontent eux-mêmes à David par Nathan, frère de Salomon. Si Joseph, fils de Jacob selon saint Matthieu, reparaît en saint Luc comme fils d’Héli, c’est qu’épousant Marie, la fille unique de cet Héli, ou Héliachim, qui n’est autre que saint Joachim, il était devenu légalement son fils et son héritier.

Telle est l’interprétation généralement admise de nos jours pour expliquer les deux généalogies du Christ, fils de David. Mais on ne doit pas s’étonner que dans l’usage de sa Liturgie, Rome, la ville reine, l’Épouse succédant aux droits de Sion répudiée, ait préféré celui de ces documents où une longue suite d’aïeux couronnés fait mieux ressortir la royauté de l’Époux sur Jérusalem. Le nom de Joachim, qui signifie préparation du Seigneur, en apparaît plus auguste, et n’y perd rien de son sens si rempli de mystère.

De quelle gloire, en effet, ne se trouve-t-il pas couronné lui-même ? Jésus, son petit-fils, le fait entrer en part de la puissance qu’il a reçue pour gouverner toute créature. C’est cet honneur et cette puissance de Joachim que chante l’Offertoire.

« Joachim, Anne et Marie, quel sacrifice de louange ces trois réunis offraient à la Trinité ! » dit saint Épiphane ! Puisse leur intercession, commune aussi, nous obtenir le plein effet du Sacrifice qui se prépare sur l’autel en l’honneur du chef de cette noble famille.

Dans les délices du Mystère sacré, n’oublions point que si Marie nous a donné le froment des cieux, c’est à Joachim que nous devons Marie elle-même. Confions en toute sécurité à sa prudence la garde du germe sans prix qui doit maintenant fructifier dans nos âmes.

Si les sacrements produisent par eux-mêmes la grâce essentielle qui leur est attachée, l’intercession des Saints peut beaucoup cependant pour écarter tout obstacle à leur pleine opération dans les cœurs. C’est la pensée qui inspire à l’Église cette formule de Postcommunion.

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Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

16 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

Introït

Il parut dans le ciel un grand signe : une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Chantez au Seigneur un cantique nouveau : car il a fait des merveilles.

Collecte

Dieu éternel et tout-puissant, vous avez élevé, en son corps et en son âme, à la gloire du ciel, Marie, la Vierge immaculée, mère de votre Fils : faites, nous vous en prions, que, sans cesse tendus vers les choses d’en-haut, nous méritions d’avoir part à sa gloire.

Lecture Jdt. 13, 22-25 ; 15, 10

Le Seigneur t’a bénie dans sa force, car par toi il a réduit à néant tous nos ennemis. Ma fille, tu es bénie par le Seigneur, le Dieu très haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre. Béni soit le Seigneur, créateur du ciel et de la terre, qui a conduit ta main pour trancher la tête au plus grand de nos ennemis ! Il a rendu aujourd’hui ton nom si glorieux, que ta louange ne disparaîtra pas de la bouche des hommes, qui se souviendront éternellement de la puissance du Seigneur ; car, en leur faveur, tu n’as pas épargné ta vie en voyant les souffrances et la détresse de ta race, mais tu nous as sauvés de la ruine en marchant dans la droiture en présence de notre Dieu. Tu es la gloire de Jérusalem ; tu es la joie d’Israël ; tu es l’honneur de notre peuple.

Évangile Lc. 1, 41-50

En ce temps-là : Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit et elle s’écria à haute voix, disant : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse vous qui avez cru ! Car elles seront accomplies les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur ! ». Et Marie dit : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Voici, en effet, que désormais toutes les générations me diront bienheureuse, parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses. Et son nom est saint, et sa miséricorde d’âge en âge pour ceux qui le craignent ».

Secrète

Que cette offrande de notre dévotion monte jusqu’à vous, Seigneur, et que par l’intercession de la très bienheureuse Vierge Marie, élevée au ciel, nos cœurs, brûlants du feu de la charité, soient constamment tendus vers vous.

Communion

Toutes les générations me diront bienheureuse, parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses.

Postcommunion

Ayant reçu le sacrement du salut, nous supplions, Seigneur, par les mérites et l’intercession de la bienheureuse Marie, élevée au ciel, de nous faire parvenir à la gloire de la résurrection.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Damascène

L’arche sainte et animée du Dieu vivant, qui conçut et renferma en elle son Créateur, repose aujourd’hui dans le temple du Seigneur, qui n’a été bâti par aucune main. David, son aïeul, a des transports de joie ; avec lui les Anges chantent des hymnes, les Archanges la célèbrent, les Vertus la glorifient, les Principautés tressaillent, les Puissances se réjouissent à l’envi, les Dominations font éclater leur allégresse, les Trônes lui font fête, les Chérubins répètent ses louanges et les Séraphins publient sa gloire. Aujourd’hui le céleste Éden reçoit le paradis animé du nouvel Adam, où notre condamnation a été révoquée, l’arbre de vie planté, notre nudité couverte.

5e leçon

Aujourd’hui la Vierge immaculée, étrangère à toutes les affections terrestres et habituée aux pensées du ciel, n’est pas retournée en terre ; mais comme elle était un ciel vivant, elle a été placée dans les célestes tabernacles. Car, étant la source d’où la vraie vie s’est épanchée pour tous les hommes, comment aurait-elle connu les ignominies de la mort ? Il est vrai, elle fut assujettie à la loi portée par celui qu’elle engendra, et comme fille du vieil Adam, elle dut subir l’ancien arrêt. Car son Fils, lui qui est la vie par essence, ne l’a pas même évité ; mais sa qualité de Mère du Dieu vivant lui a justement valu d’être élevée jusqu’auprès de lui.

6e leçon

Des Actes du pape Pie XII.

L’Église universelle a, tout au long des siècles, manifesté sa foi dans l’assomption corporelle de la bienheureuse vierge Marie et les évêques du monde entier ont demandé, dans un accord presque unanime, que soit définie comme dogme de la foi divine et catholique cette vérité basée sur les saintes Écritures, profondément enracinée dans le cœur des fidèles et en parfaite harmonie avec les autres vérités révélées. Aussi, le Souverain Pontife Pie XII, accédant aux vœux de l’Église entière, a décidé de proclamer solennellement ce privilège de la bienheureuse vierge Marie. C’est pourquoi le 1er novembre de l’année du grand jubilé 1950, à Rome, sur la place Saint-Pierre, entouré d’une assemblée nombreuse de cardinaux de la sainte Église romaine, et d’évêques venus même de régions lointaines, en présence d’une multitude immense de fidèles, aux applaudissements du monde catholique tout entier, il proclama de sa parole infaillible l’assomption corporelle de la bienheureuse vierge Marie au ciel en ces termes : « Après avoir maintes fois adressé à Dieu nos prières suppliantes, après avoir invoqué la lumière de l’Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu tout puissant qui a daigné accorder à la vierge Marie les largesses de sa particulière bienveillance, pour l’honneur de son Fils, roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour augmenter la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’allégresse de toute l’Église, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, Nous le proclamons, déclarons et définissons : l’assomption en corps et en âme dans la gloire céleste de l’immaculée Mère de Dieu, toujours vierge, Marie, à la fin du cours de sa vie terrestre, est un dogme divinement révélé ».

7e leçon

Homélie de saint Pierre Canisius, prêtre.

Les jours consacrés à la Mère de Dieu, l’Église les célèbre avec autant de fréquence que de vénération car elle comprend sans hésiter qu’il est agréable à Dieu et digne des chrétiens ce devoir de rendre très souvent et à des moments déterminés de l’année un culte public à la plus sainte de tous les saints et saintes, la Mère de notre Seigneur et Dieu. Parmi tous ces jours qui, depuis des siècles et jusqu’à présent, sont religieusement respectés, la fête de l’Assomption jouit de la plus grande notoriété et tient le premier rang. Assurément aucun jour n’est pour Marie plus joyeux et plus heureux si nous considérons comme il convient la félicité inouïe qui lui fut conférée en ce jour tant pour l’âme que pour le corps. C’est pourquoi, maintenant surtout, comme jamais auparavant, son esprit, son âme et son corps exultent de façon merveilleuse dans le Dieu vivant et Marie peut dire très justement : « Il s’est penché sur son humble servante et désormais tous les âges me diront bienheureuse ; le Puissant a fait pour moi des merveilles. »

8e leçon

C’est pourquoi, Mère trois fois bienheureuse et vraiment auguste, nous aussi qui t’aimons, toi et ton fils, nous ne pouvons nous empêcher de réjouir nos cœurs de ton admirable et incomparable bonheur, puisque toutes les choses qui te furent dites sur toi-même de la part du Seigneur s’achèvent par une si belle mort et se trouvent en tous points accomplies. Heureuse, toi qui non seulement as cru, mais qui, aujourd’hui, as obtenu le fruit et le terme de la foi et de toute vertu, toi qui as mérité de jouir enfin maintenant de la vision - suprême joie de celui que tu as tant aimé et désiré. Hôtesse, tu as accueilli l’Emmanuel venant comme un hôte dans la bourgade de ce monde ; aujourd’hui en retour, tu est accueillie dans son palais royal, et c’est d’abord en tant que mère digne d’un tel Salomon que tu est entourée d’honneurs magnifiques.

9e leçon

Heureux le jour qui a fait passer du désert de ce monde un don aussi précieux et l’a conduit jusqu’à la cité sainte et éternelle : une joie commune incroyable et une non moins grande admiration naissent pour tous les habitants du ciel. Heureux le jour qui a comblé les désirs aussi ardents que prolongés de l’épouse languissante : elle trouve ce qu’elle cherchait, elle reçoit ce qu’elle désirait, elle possède en toute sûreté ce qu’elle attendait, elle goûte définitivement le repos dans la parfaite vision et jouissance de l’éternel bien suprême. Heureux le jour qui a emporté et élevé si haut la très humble servante du Seigneur : elle est devenue l’incomparable reine du ciel et la maîtresse du monde : monter plus haut, elle ne le peut car, élevée au trône de la royauté, elle siège glorifiée, après le Christ. Heureux et tout à fait vénérable ce jour qui a placé et confirmé dans le Royaume de Dieu cette reine et cette mère à la fois si puissante et si clémente pour nous : nous avons comme mère de miséricorde sans cesse prête à nous combler, à intercéder auprès du Christ, à veiller fidèlement aux intérêts de notre salut, celle-là même qui demeure toujours la mère du Juge.

« Aujourd’hui la vierge Marie est montée aux cieux ; réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais ».

Ainsi l’Église conclura les chants de cette journée glorieuse ; suave antienne, où se résument l’objet de la fête et l’esprit dans lequel elle doit être célébrée.

Il n’est point de solennité qui respire à la fois comme celle-ci le triomphe et la paix, qui réponde mieux à l’enthousiasme des peuples et à la sérénité des âmes consommées dans l’amour. Certes le triomphe ne fut pas moindre au jour où le Seigneur, sortant du tombeau par sa propre vertu, terrassait l’enfer ; mais dans nos âmes, si subitement tirées de l’abîme des douleurs au surlendemain du Golgotha, la soudaineté de la victoire mêlait comme une sorte de stupeur à l’allégresse de ce plus grand des jours. En présence des Anges prosternés, des disciples hésitants, des saintes femmes saisies de tremblement et de crainte, on eût dit que l’isolement divin du vainqueur de la mort s’imposait à ses plus intimes et les tenait comme Madeleine à distance.

Dans la mort de Marie, nulle impression qui ne soit toute de paix ; nulle cause de cette mort que l’amour. Simple créature, elle ne s’arrache point par elle-même aux liens de l’antique ennemie ; mais, de cette tombe où il ne reste que des fleurs, voyons-la s’élever inondée de délices, appuyée sur son bien-aimé. Aux acclamations des filles de Sion qui ne cesseront plus de la dire bienheureuse, elle monte entourée des esprits célestes formant des chœurs, louant à l’envi le Fils de Dieu. Plus rien qui, comme au pays des ombres, vienne tempérer l’ineffable éclat de la plus belle des filles d’Ève ; et c’est sans conteste que par delà les inflexibles Trônes, les Chérubins éblouissants, les Séraphins tout de flammes, elle passe enivrant de parfums la cité bienheureuse. Elle ne s’arrête qu’aux contins même de la Divinité, près du siège d’honneur où le Roi des siècles, son Fils, règne dans la justice et la toute-puissance : c’est là qu’elle aussi est proclamée Reine ; c’est de là qu’elle exercera jusqu’aux siècles sans fin l’universel empire de la clémence et de la bonté.

Cependant, ici-bas, le Liban, Amana, Sanir et Hermon, toutes les montagnes du Cantique sacré, semblent se disputer l’honneur de l’avoir vue s’élever de leurs sommets vers les cieux ; et véritablement la terre entière n’est plus que le piédestal de sa gloire, comme la lune est son marchepied, le soleil son vêtement, comme les astres des cieux forment sa couronne brillante. « Fille de Sion, vous êtes toute belle et suave », s’écrie l’Église, et son ravissement mêle aux chants du triomphe des accents d’une exquise fraîcheur : « Je l’ai vue belle comme la colombe qui s’élève au-dessus des ruisseaux ; ses vêtements exhalaient d’inestimables senteurs, et comme le printemps l’entouraient les roses en fleurs et les lis des vallées ».

Même douce limpidité dans les faits de l’histoire biblique où les interprètes des saints Livres ont vu la figure du triomphe de Marie. Tant que dure ce monde, une loi imposante garde l’entrée du palais éternel : nul n’est admis à contempler, sans déposer son manteau de chair, le Roi des cieux. Il est pourtant quelqu’un de notre race humiliée, que n’atteint pas le décret terrible : la vraie Esther s’avance par delà toutes barrières en sa beauté dépassant toute croyance. Pleine de grâces, elle justifie l’amour dont l’a aimée le véritable Assuérus ; mais dans le trajet qui la conduit au redoutable trône du Roi des rois, elle n’entend point rester solitaire : soutenant ses pas, soulevant les plis de son royal vêtement, deux suivantes l’accompagnent, qui sont l’angélique et l’humaine natures, également fières de la saluer pour maîtresse et pour dame, toutes deux aussi participantes de sa gloire.

Si de l’époque de la captivité, où Esther sauva son peuple, nous remontons au temps des grandeurs d’Israël, l’entrée de Notre-Dame en la cité de la paix sans fin nous est représentée par celle de la reine de Saba dans la terrestre Jérusalem. Tandis qu’elle contemple ravie la magnificence du très haut prince qui gouverne en Sion : la pompe de son propre cortège, les incalculables richesses du trésor qui la suit, ses pierres précieuses, ses aromates, plongent dans l’admiration la Ville sainte. Jamais, dit l’Écriture, on ne vit tant et de si excellents, parfums que ceux que la reine de Saba offrit au roi Salomon.

La réception faite par le fils de David à Bethsabée sa mère, au troisième livre des Rois, vient achever non moins heureusement d’exprimer le mystère où la piété filiale du vrai Salomon a si grande part en ce jour. Bethsabée venant vers le roi, celui-ci se leva pour aller à sa rencontre, et il lui rendit honneur, et il s’assit sur son trône ; et un trône fut disposé pour la mère du roi, laquelle s’assit à sa droite. O Notre-Dame, combien en effet vous dépassez tous les serviteurs, ministres ou amis de Dieu ! « Le jour où Gabriel vint à ma bassesse, vous fait dire saint Éphrem, de servante je fus reine ; et moi, l’esclave de ta divinité, soudain je devins mère de ton humanité, mon Seigneur et mon fils ! O fils du Roi, qui m’as faite moi aussi sa fille, ô tout céleste qui introduis aux cieux cette fille de la terre, de quel nom te nommer? »

Lui-même le Seigneur Christ a répondu ; le Dieu fait homme nous révèle le seul nom qui, en effet, l’exprime pleinement dans sa double nature : il s’appelle le Fils. Fils de l’homme comme il est Fils de Dieu, il n’a qu’une mère ici-bas, comme il n’a qu’un Père au ciel. Dans l’auguste Trinité il procède du Père en lui restant consubstantiel, ne se distinguant de lui que parce qu’il est Fils, produisant avec lui l’Esprit-Saint comme un seul principe ; dans la mission extérieure qu’il remplit à la gloire de la Trinité sainte, communiquant pour ainsi dire à son humanité les mœurs de sa divinité autant que le comporte la diversité des natures, il ne se sépare en rien de sa mère, et veut l’avoir participante jusque dans l’effusion de l’Esprit-Saint sur toute âme. Ineffable union, fondement des grandeurs dont le triomphe de ce jour est le couronnement pour Marie. Les jours de l’Octave nous permettront de revenir sur quelques-unes des conséquences d’un tel principe ; qu’il nous suffise aujourd’hui de l’avoir posé.

« Comme donc le Christ est Seigneur, dit l’ami de saint Bernard, Arnauld de Bonneval, Marie aussi est Dame et souveraine. Quiconque fléchit le genou devant le fils, se prosterne devant la mère. A son seul nom les démons tremblent, les hommes tressaillent, les anges glorifient Dieu. Une est la chair de Marie et du Christ, un leur esprit, un leur amour. Du jour où il lui fut dit, Le Seigneur est avec vous, irrévocable en fut la grâce, inséparable l’unité ; et pour parler de la gloire du fils et de la mère, ce n’est pas tant une gloire commune que la même gloire qu’il faut dire ». — « O toi la beauté et l’honneur de ta mère, reprend le grand diacre d’Édesse, ainsi l’as-tu parée en toutes manières, celle qui avec d’autres est ta sœur et ton épouse, mais qui seule t’a conçu » .

« Venez donc, ô toute belle, dit Rupert à son tour, vous serez couronnée, au ciel reine des Saints, ici-bas reine de tout royaume. Partout où l’on dira du bien-aimé qu’il a été couronné de gloire et d’honneur, établi prince sur toutes les œuvres du Père, partout aussi on publiera de vous, ô bien-aimée, que vous êtes sa mère, et partant reine de tout domaine où s’étend sa puissance ; et, à cause de cela, les empereurs et les rois vous couronneront de leurs couronnes et vous consacreront leurs palais » 

Le 10 février 1638, dans un acte solennel qui deviendra une loi fondamentale enregistrée par le Parlement, le roi Louis XIII consacre « sa personne, son État, sa couronne et ses sujets » à la Sainte Vierge Marie, confirmant ainsi l’antique adage venu des Francs : « Le royaume de France est le royaume de Marie. »

Le 10 février 1638, dans un acte solennel qui deviendra une loi fondamentale enregistrée par le Parlement, le roi Louis XIII consacre « sa personne, son État, sa couronne et ses sujets » à la Sainte Vierge Marie, confirmant ainsi l’antique adage venu des Francs : « Le royaume de France est le royaume de Marie. »

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre État, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidents qui nous menaçaient. Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l’État, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs États dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet État, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de " nous consacrer à la grandeur de Dieu " par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l'an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième.

Louis.

 

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Sainte Radegonde reine veuve mémoire des Saints Hippolyte et Cassien Martyrs

13 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Radegonde reine veuve mémoire des Saints Hippolyte et Cassien Martyrs

Collecte

Dieu, vous avez, par votre grâce, amené la bienheureuse Radegonde à échanger les délices de la cour pour l’austérité de la vie monastique : faites qu’éclairés par ses exemples et soutenus par le suffrage de ses mérites, nous ne goûtions pas les biens terrestres mais aimions ceux du ciel.

Office

Cinquième leçon. Radegonde était fille de Berthaire, roi des Thuringiens. A dix ans, elle fut emmenée captive par les Francs dont les rois se la disputèrent pour son insigne et royale beauté. Le sort la donna à Clotaire de Soissons qui confia son éducation à d’excellents maîtres. Plus que toutes sciences l’enfant reçut avidement les notions de la foi chrétienne, et abjurant le culte des fausses divinités qu’elle avait reçu de ses pères, elle résolut d’observer non seulement les préceptes de l’Évangile, mais aussi ses conseils. Lorsqu’elle eut grandi, Clotaire, dont c’était depuis longtemps l’intention, la voulut pour épouse. Malgré son refus, malgré ses tentatives de fuite, elle fut donc aux applaudissements de tous proclamée reine. Élevée aux honneurs du trône, la dignité royale dut se plier à ses charités, à ses continuelles oraisons, à ses veilles fréquentes, à ses jeûnes, à ses autres macérations, si bien que, par dérision pour une telle piété, les courtisans disaient d’elle que c’était, non une reine, mais une nonne que le roi avait épousée.

Sixième leçon. Les dures épreuves, les chagrins de plus d’une sorte que lui infligeait le prince, firent briller grandement sa patience. Mais ayant un jour appris que son frère germain venait d’être par ordre de Clotaire injustement mis à mort, elle quitta aussitôt la cour, du consentement du roi lui-même, et se rendant auprès du bienheureux évêque Médard, elle le supplia instamment de la consacrer au Seigneur. Or les grands s’opposaient vivement à ce que le pontife donnât le voile à celle que le roi s’était solennellement unie. Elle donc aussitôt pénétrant dans la sacristie, se revêt elle-même du vêtement monastique, et de là se rendant à l’autel interpelle ainsi l’évêque : « Si vous différez de me consacrer, craignant plus un homme que Dieu, il y aura quelqu’un pour vous demander compte de mon âme ». Médard, ému de ces paroles, mit le voile sacré sur la tête de la reine, et par l’imposition de la main la consacra diaconesse. Elle alla ensuite à Poitiers, où elle fonda un monastère de vierges qui fut plus tard appelé de Sainte-Croix. L’éclat de ses vertus éminentes y attira, pour embrasser la vie de la sainte religion, des vierges presque innombrables. A cause des témoignages singuliers de la divine grâce qui était en elle, le désir de toutes la mettait à la tête ; mais elle aimait mieux servir que commander.

Septième leçon. Bien que la multitude de ses miracles, eût répandu au loin sa renommée, cependant oublieuse de la première dignité, elle ambitionnait les plus vils et les plus abjects offices. Le soin des malades, des pauvres, des lépreux surtout, faisait ses principales délices ; souvent ils étaient miraculeusement guéris par elle. Telle était sa piété envers le divin sacrifice de l’autel, qu’elle faisait de ses mains les pains à consacrer, et en fournissait diverses églises. Mais si parmi les délices royales elle s’était toute adonnée à mortifier sa chair, si dès son adolescence elle avait brûlé du désir du martyre : maintenant qu’elle menait la vie monastique, de quelles rigueurs ne devait-elle pas affliger son corps ? Ceignant ses reins de chaînes de fer, elle allait jusqu’à poser ses membres sur des charbons ardents pour les mieux tourmenter, à fixer intrépidement sur sa chair des lames incandescentes, pour qu’ainsi cette chair elle-même fût à sa manière embrasée par l’amour du Christ. Clotaire ayant résolu de la reprendre et de l’enlever à son cloître, étant même déjà en marche pour venir à Sainte-Croix, elle sut si bien l’en détourner par des lettres adressées à saint Germain évêque de Paris, que le prince, prosterné aux pieds du saint prélat, le supplia d’implorer de la pieuse reine pardon pour son roi et son époux.

Huitième leçon. Elle enrichit son monastère de reliques saintes apportées de divers pays. Ayant même envoyé dans ce but des clercs à l’empereur Justin, elle en obtint une partie insigne du bois de la Croix du Seigneur, qui fut reçue en grande solennité par la ville de Poitiers, le clergé et le peuple entier tressaillant d’allégresse. On chanta en cette occasion les hymnes composées à la louange de la Croix auguste par Venance Fortunat, qui fut depuis évêque, et jouissait alors de l’intimité sainte de Radegonde, dont il administrait le monastère. Enfin la très sainte reine étant mûre pour le ciel, peu de jours avant qu’elle ne sortit de cette vie, le Seigneur daigna lui apparaître sous les traits d’un jeune homme éclatant de beauté, et elle mérita d’entendre de sa bouche ces mots : « Pourquoi ce désir insatiable de jouir ? Pourquoi te répandre en tant de gémissements et de larmes ? Pourquoi ces supplications répétées à mes autels ? Pourquoi sous tant de travaux briser ton pauvre corps ? Quand je te suis uni toujours ! Ma noble perle, sache qu’entre les pierres sans prix du diadème de ma tête tu es une des premières ». L’année donc 587, elle exhala son âme très pure dans le sein du céleste Époux qu’elle avait uniquement aimé. Elle fut ensevelie, selon son désir, dans la basilique de la bienheureuse Marie par saint Grégoire de Tours.

 

Jamais butin n’égala celui que l’expédition de Thuringe valut, vers l’an 530, aux fils de Clovis. Recevez cette bénédiction des dépouilles de l’ennemi, pouvaient-ils dire en présentant aux Francs l’orpheline recueillie à la cour du prince fratricide qu’ils venaient de châtier. Radegonde voyait Dieu se hâter de mûrir son âme. Après la mort tragique des siens, était venue pour son pays l’heure de la ruine ; longtemps après, la mémoire en restait toute vive au cœur de l’enfant d’alors, suscitant chez la reine et la sainte des retours d’exilée que l’amour seul du Christ-Roi pouvait dompter : « J’ai vu les morts couvrir la plaine, et l’incendie ravager les palais ; j’ai vu les femmes, l’œil sec d’effroi, mener le deuil de la Thuringe tombée ; moi seule ai survécu pour pleurer pour tous ».

Près des rois francs, dont la licence sauvage rappelait trop celle de ses pères, la captive rencontra cependant le christianisme qu’elle ne connaissait point encore. La foi eut pour cette âme que la souffrance avait creusée de quoi remplir ses abîmes. En la donnant à Dieu, le baptême consacra sans les briser les élans de sa fière nature. Affamée du Christ, elle eût voulu aller à lui par le martyre, elle le cherchait sur la croix de tous les renoncements, elle le trouvait dans ses membres souffrants et pauvres ; du visage des lépreux, qui était pour elle la face défigurée de son Sauveur, elle s’élevait à l’ardente contemplation de l’Époux triomphant dont la face glorieuse illumine l’assemblée des Saints.

Quelle répulsion quand, lui offrant les honneurs de reine, le destructeur de sa patrie prétendit partager avec Dieu la possession d’un cœur que le ciel seul avait pu consoler et combler ! La fuite d’abord, le refus de plier ses mœurs aux convenances d’une cour où tout heurtait pour elle aspirations et souvenirs, l’empressement à briser au premier jour des liens que la violence avait seule noués, montrèrent bien si l’épreuve avait eu d’autre effet, comme dit sa Vie, que de tendre son âme toujours plus à l’objet de son unique amour.

Cependant, près du tombeau de Martin, une autre reine, la mère du royaume très chrétien, Clotilde allait mourir. Malheur aux temps où les personnages de la droite du Très-Haut, disparaissant, ne sont pas remplacés sur la terre, où le Psalmiste s’écrie dans son juste effroi : Sauvez-moi, à Dieu, parce qu’il n’y a plus de Saint ! Car si au ciel les élus prient toujours, ils ne fournissent plus dans leur chair le supplément qui manque aux souffrances du Seigneur pour son corps qui est l’Église. La tâche commencée au baptistère de Reims n’était pas achevée ; l’Évangile, qui régnait par la foi sur notre nation, était loin d’avoir encore assoupli ses mœurs. A la prière suprême de celle qu’il nous avait donnée pour mère, le Christ qui aime les Francs ne refusa point la consolation de savoir qu’elle allait se survivre ; Radegonde, délivrée juste à temps pour ne point laisser vaquer l’œuvre laborieuse de former à l’Église sa fille aînée, reprenait avec Dieu dans la solitude la lutte de prière et d’expiation commencée par la veuve de Clovis.

La joie d’avoir rompu un joug odieux rendit le pardon facile à sa grande âme ; dans son monastère de Poitiers, elle manifesta pour ces rois qu’elle tenait à distance un dévouement qui ne devait plus leur faire un seul jour défaut. C’est qu’à leur sort était lié celui de la France, cette patrie de sa vie surnaturelle où l’Homme-Dieu s’était révélé à son cœur, et qu’à ce titre elle aimait d’une partie de l’amour qu’elle portait au ciel, l’éternelle patrie. La paix, la prospérité de cette terre natale de son âme occupaient jour et nuit sa pensée. Survenait-il quelque amertume entre les princes, disent les récits contemporains, on la voyait trembler de tous ses membres a la seule crainte des dangers du pays. Elle écrivait selon leurs dispositions diverses à tous et chacun des rois, les adjurant de songer au salut de la nation ; à ses démarches pour écarter la guerre elle intéressait les principaux leudes. Elle imposait à sa communauté des veilles assidues, l’exhortant avec larmes à prier sans trêve ; quant à elle-même, les tourments qu’elle s’infligeait dans ce but sont inexprimables.

L’unique victoire ambitionnée de Radegonde était donc la paix entre les rois de la terre ; quand elle l’avait remportée dans sa lutte avec le Roi du ciel, son allégresse redoublait au service du Seigneur, et la tendresse qu’elle ressentait pour ses auxiliaires dévouées, les moniales de Sainte-Croix, trouvait à peine d’expression suffisante : « Vous les filles de mon choix, répétait-elle, mes yeux, ma vie, mon doux repos, ma félicité, vivez avec moi de telle sorte en ce siècle, que nous nous retrouvions dans le bonheur de l’autre ». Mais combien cet amour lui était rendu !

« Par le Dieu du ciel, c’est la vérité que tout en elle reflétait la splendeur de l’âme ». Cri spontané et plein de grâce de sa fille Baudonivie, auquel fait écho la voix plus grave de l’évêque historien, Grégoire de Tours, attestant la permanence jusque dans le trépas de la surnaturelle beauté de la sainte ; éclat d’en haut qui purifiait autant qu’il retenait les cœurs, qui fixait l’inconstance voyageuse de l’italien Venance Fortunat appelait sur son propre front l’auréole des Saints avec l’onction des Pontifes, et lui inspirait ses plus beaux chants.

Comment n’eût-elle pas réfléchi la lumière de Dieu, celle qui, tournée vers lui dans une contemplation ininterrompue, redoublait de désirs à mesure que la fin de l’exil approchait ? Ni les reliques des Saints, qu’elle avait tant recherchées parce qu’elles lui parlaient de la vraie patrie, ni son plus cher trésor, la Croix du Seigneur, ne lui suffisaient plus : c’était le Seigneur même qu’elle eût voulu ravir au trône de sa majesté, pour le faire habiter visiblement ici-bas.

Faisait-elle diversion à ses soupirs sans fin, c’était pour exciter dans les autres les mêmes aspirations, le même besoin du rayon céleste. Elle exhortait ses filles à ne rien négliger des divines connaissances, leur expliquant avec sa science profonde et son amour de mère les difficultés des Écritures. Comme elle multipliait dans le même but pour la communauté les lectures saintes : « Si vous ne comprenez pas, disait-elle, interrogez ; que craignez-vous de chercher la lumière de vos âmes ? » Puis, insistant : « Moissonnez, moissonnez le froment du Seigneur ; car, je vous le dis en vérité , vous n’aurez plus longtemps à le faire : moissonnez , car l’heure approche où vous voudrez rappeler à vous ces jours qui vous sont donnés présentement, et vos regrets ne les ramèneront pas ».

Et la pieuse narratrice à qui nous devons ces détails d’une intimité si vivante et si suave, poursuit en effet : « Il est venu trop tôt ce temps dont notre indolence d’alors écoutait si tièdement l’annonce. L’oracle s’est réalisé pour nous, qui dit : Je vous enverrai la famine sur la terre, famine non du pain ni de l’eau, mais de la divine parole. Car bien qu’on nous lise encore ses conférences d’autrefois, elle s’est tue cette voix qui ne cessait pas, elles sont fermées ces lèvres toujours prêtes aux sages conseils, aux douces effusions. Quelle expression, quels traits, ô Dieu très bon, quelle attitude vous lui aviez donnés ! Non, personne ne pourra jamais le décrire. Vrai supplice, que ce souvenir ! Cet enseignement, cette grâce, ce visage, ce maintien, cette science, cette piété, cette bonté, cette douceur, où les chercher maintenant ? »

Douleur touchante, toute à l’honneur des enfants et de la mère, mais qui ne pouvait retarder pour celle-ci la récompense. Le matin des ides d’août de l’année 587, au milieu des lamentations qui s’élevaient de Sainte-Croix, un ange avait été entendu, disant à d’autres dans les hauteurs : « Laissez-la encore, car les pleurs de ses filles sont montés jusqu’à Dieu ». Mais ceux qui portaient Radegonde avaient répondu : « Il est trop tard, elle est déjà en paradis ».

L’exil a pris fin ; l’éternelle possession succède au désir ; le ciel entier resplendit des feux de la pierre précieuse qui vient d’enrichir le diadème de l’Époux. O Radegonde, la Sagesse de Dieu, qui récompense vos travaux à cette heure, vous a conduite par des voies admirables. Votre héritage devenu, selon l’expression du prophète, comme le lion de la forêt semant autour de vous la mort, votre captivité bientôt loin du sol natal : qu’était-ce que les moyens de l’amour vous retirant des cavernes des lions, des retraites des léopards, où les faux dieux avaient retenu vos premiers ans ? L’épreuve devait vous suivre aussi sur la terre étrangère ; mais la lumière d’en haut, révélée à votre âme, l’avait stabilisée. En vain un roi puissant voulut vous faire partager avec lui son trône ; vous fûtes reine, mais pour le Christ dont la bonté daignait confier à votre maternité ce royaume de France qui est à lui avant d’être à nul prince. Pour lui vous l’avez aimée, cette terre devenue vôtre par le droit de l’Épouse à qui le sceptre de l’Époux appartient ; pour lui cette nation, sur laquelle vous présagiez ses desseins glorieux, a eu sans compter vos travaux, vos indicibles macérations, vos prières et vos larmes.

O vous qui, comme le Christ est toujours notre Roi, restez aussi toujours notre Reine, ramenez à lui le cœur des Francs que de néfastes errements ont découronné de leur gloire, en faisant que leur glaive ne soit plus celui du soldat de Dieu. Gardez entre toutes votre ville de Poitiers, qui vous honore d’un culte si spécial en la compagnie de son grand Hilaire. Bénissez vos filles de Sainte-Croix, toujours fidèles à vos grands souvenirs, toujours prouvant la puissance de la tige féconde qui, par delà tant de siècles et de ruines, n’a point cessé de produire ses fleurs et ses fruits. Montrez-nous à chercher le Seigneur, à le rencontrer dans son Sacrement, dans les reliques de ses Saints, dans ses membres souffrants sur terre ; que tout chrétien apprenne de vous à aimer.

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Sainte Claire vierge

12 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Claire vierge

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. La vierge Claire naquit d’une famille illustre, à Assise, en Ombrie. A l’exemple de saint François, qui était de la même ville, elle distribua et convertit tous ses biens en aumônes et secours aux pauvres. Fuyant le tumulte du siècle, elle se rendit dans l’église de la Portioncule, où le même Saint lui coupa les cheveux. Ses parents firent tous leurs efforts pour la ramener dans le monde ; mais elle y opposa une ferme résistance. Conduite par saint François à l’église de Saint-Damien, elle s’associa plusieurs compagnes et institua ainsi elle-même une communauté de religieuses consacrées à Dieu, dont elle n’accepta le gouvernement que pour céder aux saintes importunités du Bienheureux. Elle exerça pendant quarante-deux ans la charge de supérieure, et se montra admirable par sa sollicitude, sa prudence et le soin qu’elle prit de maintenir dans sa communauté la parfaite observance des règles et des statuts de l’Ordre. Sa vie, en effet, était pour ses sœurs un enseignement et un exemple, d’où elles apprirent à régler leur vie.

Cinquième leçon. Afin de fortifier l’esprit en soumettant la chair, elle avait pour lit la terre nue ou des sarments, et pour oreiller un dur morceau de bois. Une seule tunique et un manteau d’étoffe rude et grossière lui suffisaient ; un âpre cilice ne quittait point sa chair. Telle était son abstinence que, pendant un temps assez long, elle ne goûta aucun aliment corporel, trois jours par semaine ; se restreignant les autres jours à une si petite quantité de nourriture, que ses sœurs s’étonnaient qu’elle pût subsister. Avant de tomber malade, elle s’imposait deux carêmes chaque année, sa seule réfection consistant alors en du pain et de l’eau. Adonnée aux veilles et assidue à l’oraison, elle passait dans ce saint exercice la plupart des jours et des nuits. Quand, éprouvée par de longues infirmités, elle ne pouvait se lever d’elle-même pour se livrer au labeur matériel, Claire se soulevait avec l’aide de ses sœurs, puis, le dos appuyé, travaillait des mains pour ne pas demeurer oisive, même dans ses maladies. Son amour passionné de la pauvreté lui fit constamment refuser les biens que Grégoire IX lui offrait pour le soutien de sa communauté.

Sixième leçon. Des miracles nombreux et variés répandirent l’éclat de sa sainteté. A l’une des sœurs de son monastère, elle rendit l’usage de la parole, guérit une seconde de sa surdité, et en délivra d’autres de la fièvre, d’une enflure d’hydropisie, d’une fistule douloureuse et de diverses maladies qui les accablaient. Un frère de l’Ordre des Mineurs lui dut de recouvrer la raison. L’huile étant venue à manquer totalement dans le monastère, Claire prit une cruche, la lava, et tout à coup ce vase se trouva rempli d’huile par un miracle de la divine bonté. Elle multiplia la moitié d’un pain, de manière à ce qu’il y en eût assez pour cinquante sœurs. Les Sarrasins, assiégeant Assise, s’efforçaient d’envahir le couvent de Claire : la Sainte, toute malade qu’elle était, se fit porter à l’entrée de la maison, tenant elle-même le vase où était renfermé le très saint sacrement de l’Eucharistie ; là, elle adressa à Dieu cette prière : « Seigneur, ne livrez pas aux bêtes féroces des âmes qui vous louent ; protégez vos servantes, que vous avez rachetées de votre sang précieux. » Pendant qu’elle priait, on entendit cette parole : « Moi, je vous garderai toujours. » En effet, une partie des Sarrasins prit la fuite, et ceux d’entre eux qui étaient déjà montés sur les murailles furent aveuglés et tombèrent à la renverse. Enfin cette Vierge, à ses derniers moments, fut visitée par un chœur de bienheureuses Vierges vêtues de blanc parmi lesquelles s’en distinguait une surpassant en beauté toutes les autres. Alors, munie de la sainte Eucharistie et enrichie par Innocent IV de l’indulgence plénière, elle rendit son âme à Dieu, la veille des ides d’août. Les nombreux miracles qui la glorifièrent après sa mort, déterminèrent le Pape Alexandre IV à la mettre au nombre des saintes Vierges.

Au troisième nocturne. Du Commun.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilia 12 in Evang.

Septième leçon. Je vous recommande souvent, mes très chers frères, de fuir le mal et de vous préserver de la corruption du monde ; mais aujourd’hui la lecture du saint Évangile m’oblige à vous dire de veiller avec beaucoup de soin à ne pas perdre le mérite de vos bonnes actions. Prenez garde que vous ne recherchiez dans le bien que vous faites, la faveur ou l’estime des hommes, qu’il ne s’y glisse un désir d’être loué, et que ce qui paraît au dehors ne recouvre un fond vide de mérite et peu digne de récompense. Voici que notre Rédempteur nous parle de dix vierges, il les nomme toutes vierges et cependant toutes ne méritèrent pas d’être admises au séjour de la béatitude, car tandis qu’elles espéraient recueillir de leur virginité une gloire extérieure, elles négligèrent de mettre de l’huile dans leurs vases.

Huitième leçon. Il nous faut d’abord examiner ce qu’est le royaume des cieux, ou pourquoi il est comparé à dix vierges, et encore quelles sont les vierges prudentes et les vierges folles. Puisqu’il est certain qu’aucun réprouvé n’entrera dans le royaume des cieux, pourquoi nous dit-on qu’il est semblable à des vierges parmi lesquelles il y en a de folles ? Mais nous devons savoir que l’Église du temps présent est souvent désignée dans le langage sacré sous le nom de royaume des cieux ; d’où vient que le Seigneur dit en un autre endroit : « Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales ». Certes, ils ne pourraient trouver aucun scandale à enlever, dans ce royaume de la béatitude, où se trouve la plénitude de la paix.

Neuvième leçon. L’âme humaine subsiste dans un corps doué de cinq sens. Le nombre cinq, multiplié par deux, donne celui de dix. Et parce que la multitude des fidèles comprend l’un et l’autre sexe, la sainte Église est comparée à dix vierges. Comme, dans cette Église, les méchants se trouvent mêlés avec les bons et ceux qui seront réprouvés avec les élus, ce n’est pas sans raison qu’on la dit semblable à des vierges, dont les unes sont sages et les autres insensées. Il y a en effet, beaucoup de personnes chastes qui veillent sur leurs passions quant aux choses extérieures et sont portées par l’espérance vers les biens intérieurs ; elles mortifient leur chair et aspirent de toute l’ardeur de leur désir vers la patrie d’en haut ; elles recherchent les récompenses éternelles, et ne veulent pas recevoir pour leurs travaux de louanges humaines : celles-ci ne mettent assurément pas leur gloire dans les paroles des hommes, mais la cachent au fond de leur conscience. Et il en est aussi plusieurs qui affligent leur corps par l’abstinence, mais attendent de cette abstinence même des applaudissements humains.

L’année même où, préalablement à tout projet de réunir des fils, saint Dominique fondait le premier établissement des Sœurs de son Ordre, le compagnon destiné du ciel au père des Prêcheurs recevait du Crucifix de Saint-Damien sa mission par ces mots : « Va, François, réparer ma maison qui tombe en ruines ». Et le nouveau patriarche inaugurait son œuvre en préparant, comme Dominique, à ses futures filles l’asile sacré où leur immolation obtiendrait toute grâce à l’Ordre puissant qu’il devait fonder. Sainte-Marie de la Portioncule, berceau des Mineurs, ne devait qu’après Saint-Damien, maison des Pauvres-Dames, occuper la pensée du séraphin d’Assise. Ainsi une deuxième fois dans ce mois, l’éternelle Sagesse veut-elle nous montrer que tout fruit de salut, qu’il semble provenir de la parole ou de l’action, procède premièrement de la contemplation silencieuse.

Claire fut pour François l’aide semblable à lui-même dont la maternité engendra au Seigneur cette multitude d’héroïques vierges, d’illustres pénitentes, que l’Ordre séraphique compta bientôt sous toutes les latitudes, venant à lui des plus humbles conditions comme des marches du trône.

Dans la nouvelle chevalerie du Christ, la Pauvreté, que le père des Mineurs avait choisie pour Dame, était aussi la souveraine de celle que Dieu lui avait donnée pour émule et pour fille. Suivant jusqu’aux dernières extrémités l’Homme-Dieu humilié et dénué pour nous, elle-même pourtant déjà se sentait reine avec ses sœurs au royaume des cieux. Dans le petit nid de son dénuement, répétait-elle avec amour, quel joyau d’épouse égalerait jamais la conformité avec le Dieu sans nul bien que la plus pauvre des mères enserra tout petit de vils langes en une crèche étroite ! Aussi la vit-on défendre intrépidement, contre les plus hautes interventions, ce privilège de la pauvreté absolue dont la demande avait fait tressaillir le grand Pape Innocent III, dont la confirmation définitive, obtenue l’avant-veille de la mort delà sainte, apparut comme la récompense ambitionnée de quarante années de prières et de souffrances pour l’Église de Dieu.

La noble fille d’Assise avait justifié la prophétie qui, soixante ans plus tôt, l’annonçait à sa pieuse mère Hortulana comme devant éclairer le monde ; bien inspiré avait été le choix du nom qu’on lui donnait à sa naissance. « Oh ! comme puissante fut cette clarté de la vierge, s’écrie dans la bulle de sa canonisation le Pontife suprême ! comme pénétrants furent ses rayons ! Elle se cachait au plus profond du cloître, et son éclat, transperçant tout, remplissait la maison de Dieu ». De sa pauvre solitude qu’elle ne quitta jamais, le nom seul de Claire semblait porter partout la grâce avec la lumière, et fécondait au loin pour Dieu et son père saint François les cités.

Vaste comme le monde, où se multipliait l’admirable lignée de sa virginité, son cœur de mère débordait d’ineffable tendresse pour ces filles qu’elle n’avait jamais vues. A ceux qui croient que l’austérité embrassée pour Dieu dessèche l’âme, citons ces lignes de sa correspondance avec la Bienheureuse Agnès de Bohême. Fille d’Ottocare Ier, Agnès avait répudié pour la bure d’impériales fiançailles et renouvelait à Prague les merveilles de Saint-Damien : « O ma Mère et ma fille, lui disait notre sainte, si je ne vous ai pas écrit aussi souvent que l’eût désiré mon âme et la vôtre, n’en soyez point surprise : comme vous aimaient les entrailles de votre mère, ainsi je vous chéris ; mais rares sont les messagers, grands les périls des routes. Aujourd’hui que l’occasion m’en est présentée, mon allégresse est entière, et je me conjouis avec vous dans la joie du Saint-Esprit. Comme la première Agnès s’unit à l’Agneau immaculé, ainsi donc vous est-il donné, ô fortunée, de jouir de cette union, étonnement des cieux, avec Celui dont le désir ravit toute âme, dont la bonté est toute douceur, dont la vision fait les bienheureux, lui la lumière de l’éternelle lumière, le miroir sans nulle tache ! Regardez-vous dans ce miroir, ô Reine, ô Épouse ! Sans cesse, à son reflet, relevez vos charmes ; au dehors, au dedans, ornez-vous des vertus, parez comme il convient la fille et l’épouse du Roi suprême : ô bien-aimée, les yeux sur ce miroir, de quelles délices il vous sera donné de jouir en la divine grâce !... Souvenez-vous cependant de votre pauvre Mère, et sachez que pour moi j’ai gravé à jamais votre bienheureux souvenir en mon cœur ». La famille franciscaine n’était pas seule à bénéficier d’une charité qui s’étendait à tous les nobles intérêts de ce monde. Assise, délivrée des lieutenants de Frédéric II et de la horde sarrasine à la solde de l’excommunié, comprenait quel rempart est une sainte pour sa patrie de la terre. Mais c’étaient surtout les princes de la sainte Église, c’était le Vicaire du Christ, que le ciel aimait à voir éprouver la puissance toute d’humilité, l’ascendant mystérieux dont il plaisait au Seigneur de douer son élue. François, le premier, ne lui avait-il pas, dans un jour de crise comme en connaissent les saints, demandé direction et lumière pour son âme séraphique ? De la part des anciens d’Israël arrivaient à la vierge, qui n’avait pas trente ans alors, des messages de cette sorte : « A sa très chère sœur en Jésus-Christ, à sa mère, Dame Claire servante du Christ, Hugolin d’Ostie, évêque indigne et pécheur. Depuis l’heure où il a fallu me priver de vos saints entretiens, m’arracher à cette joie du ciel, une telle amertume de cœur fait couler mes larmes que, si je ne trouvais aux pieds de Jésus la consolation que ne refuse jamais son amour, mon esprit en arriverait à défaillir et mon âme à se fondre. Où est la glorieuse allégresse de cette Pâque célébrée en votre compagnie et en celle des autres servantes du Christ ?... Je me savais pécheur ; mais au souvenir de la suréminence de votre vertu, ma misère m’accable, et je me crois indigne de retrouver jamais cette conversation des saints, si vos larmes et vos prières n’obtiennent grâce pour mes péchés. Je vous remets donc mon âme ; à vous je confie mon esprit, pour que vous m’en répondiez au jour du jugement. Le Seigneur Pape doit venir prochainement à Assise ; puissé-je l’accompagner et vous revoir ! Saluez ma sœur Agnès (c’était la sœur même de Claire et sa première fille en Dieu) ; saluez toutes vos sœurs dans le Christ ».

Le grand cardinal Hugolin, âgé de plus de quatre-vingts ans, devenait peu après Grégoire IX. Durant son pontificat de quatorze années, qui fut l’un des plus glorieux et des plus laborieux du XIIIe siècle, il ne cessa point d’intéresser Claire aux périls de l’Église et aux immenses soucis dont la charge menaçait d’écraser sa faiblesse. Car, dit l’historien contemporain de notre sainte, « il savait pertinemment ce que peut l’amour, et que l’accès du palais sacré est toujours libre aux vierges : à qui le Roi des cieux se donne lui-même, quelle demande pourrait être refusée ? »

L’exil, qui après la mort de François s’était prolongé vingt-sept ans pour la sainte, devait pourtant finir enfin. Des ailes de feu, aperçues par ses filles au-dessus de sa tête et couvrant ses épaules, indiquaient qu’en elle aussi la formation séraphique était à son terme. A la nouvelle de l’imminence d’un tel départ intéressant toute l’Église, le Souverain Pontife d’alors, Innocent IV, était venu de Pérouse avec les cardinaux de sa suite. Il imposa une dernière épreuve à l’humilité de la sainte, en lui ordonnant de bénir devant lui les pains qu’on avait présentés à la bénédiction du Pontife suprême) ; le ciel, ratifiant l’invitation du Pontife et l’obéissance de Claire au sujet de ces pains, fit qu’à la bénédiction de la vierge, ils parurent tous marqués d’une croix.

La prédiction que Claire ne devait pas mourir sans avoir reçu la visite du Seigneur entouré de ses disciples, était accomplie. Le Vicaire de Jésus-Christ présida les solennelles funérailles qu’Assise voulut faire à celle qui était sa seconde gloire devant les hommes et devant Dieu. Déjà on commençait les chants ordinaires pour les morts, lorsqu’Innocent voulut prescrire qu’on substituât à l’Office des défunts celui des saintes vierges ; sur l’observation cependant qu’une canonisation semblable, avant que le corps n’eût même été confié à la terre, courrait risque de sembler prématurée, le Pontife laissa reprendre les chants accoutumés. L’insertion de la vierge au catalogue des Saints ne fut au reste différée que de deux ans.

O Claire, le reflet de l’Époux dont l’Église se pare en ce monde ne vous suffit plus ; c’est directement que vous vient la lumière. La clarté du Seigneur se joue avec délices dans le cristal de votre âme si pure, accroissant l’allégresse du ciel, donnant joie en ce jour à la vallée d’exil. Céleste phare dont l’éclat est si doux, éclairez nos ténèbres. Puissions nous avec vous, par la netteté du cœur, parla droiture de la pensée, par la simplicité du regard, affermir sur nous le rayon divin qui vacille dans l’âme hésitante et s’obscurcit de nos troubles, qu’écarte ou brise la duplicité d’une vie partagée entre Dieu et la terre.

Votre vie, ô vierge, ne fut pas ainsi divisée. La très haute pauvreté, que vous eûtes pour maîtresse et pour guide, préservait votre esprit de cette fascination de la frivolité qui ternit l’éclat des vrais biens pour nous mortels. Le détachement de tout ce qui passe maintenait votre œil fixé vers les éternelles réalités ; il ouvrait votre âme aux ardeurs séraphiques qui devaient achever de faire de vous l’émule de François votre père. Aussi, comme celle des Séraphins qui n’ont que pour Dieu de regards, votre action sur terre était immense ; et Saint-Damien, tandis que vous vécûtes, fut une des fermes bases sur lesquelles le monde vieilli put étayer ses ruines.

Daignez nous continuer votre secours. Multipliez vos filles, et maintenez-les fidèles à suivre les exemples qui feront d’elles, comme de leur mère, le soutien puissant de l’Église. Que la famille franciscaine en ses diverses branches s’échauffe toujours à vos rayons ; que tout l’Ordre religieux s’illumine à leur suave clarté. Brillez enfin sur tous, ô Claire, pour nous montrer ce que valent cette vie qui passe et l’autre qui ne doit pas finir.

Sainte Claire vierge

La Prière de Sainte Claire d'Assise aux « 5 Plaies de Jésus-Christ » :

Prière de Sainte Claire d'Assise à la Plaie de la main droite de notre Seigneur Jésus-Christ :
« Louange et Gloire à Toi, Seigneur Jésus-Christ, pour la Très Sainte Plaie de Ta main droite. Par cette Plaie sacrée, pardonne-moi tous les péchés que j'ai commis contre Toi, par pensée, par parole et par action, par négligence à Ton service ou par sensualité, soit en dormant, soit en veillant. Par Ta Passion rends-moi capable de célébrer dignement le souvenir de Ta Mort par amour et de Tes Saintes Plaies ; et de Te rendre grâces, avec Ton aide, en mortifiant mon corps. Toi qui vis et règnes dans les siècles des siècles. Amen. »

Prière de Sainte Claire d'Assise à la Plaie de la Main Gauche de notre Seigneur Jésus-Christ :
« Louange et Gloire à Toi, très Doux Seigneur Jésus-Christ, pour la très Sainte Plaie de Ta main gauche. Par cette Plaie sacrée, aie pitié de moi ; tout ce qui Te déplaît en moi, daigne le transformer; donne-moi de vaincre Tes ennemis ; que, par Ta Force, je puisse les terrasser. Par Ta très douce Mort, délivre-moi de tous les dangers de la vie présente et de la vie future, et rends-moi digne de la Gloire de Ton Royaume. Amen. »

Prière de Sainte Claire d'Assise à la Plaie du pied droit de notre Seigneur Jésus-Christ :
« Louange et Gloire, très Doux Seigneur Jésus-Christ, pour la Très Sainte Plaie de Ton pied droit. Par cette Plaie Sacrée, accorde-moi de faire pénitence pour mes péchés. Par Ta très douce Mort, je T'en supplie : garde Ta servante jour et nuit dans Ta Volonté, arrache-moi aux malheurs de l'âme et du corps, reçois mon âme au jour du jugement dans Ta Foi et Ta Miséricorde et conduis-moi aux joies éternelles. Amen. »

Prière de Sainte Claire d'Assise à la Plaie du Côté de notre Seigneur Jésus-Christ :
« Louange et Gloire à Toi, très Bon Seigneur Jésus-Christ, pour la Très Sainte Plaie de Ton Côté. Par cette Plaie Sacrée, par l'immensité de l'Amour que Tu as manifesté, à Longin autrefois, et maintenant encore à nous tous, par Ton Côté ouvert, je T'en prie Très Bon Jésus, Toi qui m'as purifiée par le Baptême de toutes les tâches originelles, délivre-moi de tout mal passé, présent et futur, par Ton Sang très Précieux encore offert et versé aujourd'hui sur toute la terre. Par Ta mort très amère, donne-moi la grâce d'une Foi droite, d'une ferme Espérance et d'une Charité parfaite. Que je T'aime de tout mon Cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces ; fortifie-moi dans le bien, donne-moi une persévérance virile à Ton service, afin que je puisse Te plaire parfaitement maintenant et toujours. Amen. »


V- Que les cinq Très Saintes Plaies de Dieu
R- Soient un remède à mes blessures.
V- Par Tes cinq Très Saintes Plaies, ô Christ
R- Délivre-moi de mes péchés.
V- Par Tes cinq Très Saintes Plaies, ô Christ
R- Donne-nous la Paix


Prions : Dieu Tout-Puissant et Eternel, Tu as racheté le genre humain par les cinq Plaies de Ton Fils Jésus-Christ, notre Seigneur ; donne à celles qui Te supplient en vénérant chaque jour ces Plaies, d'échapper, par les mérites de Ton Sang Précieux, à la mort subite et à la mort éternelle. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
 

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Saint Laurent martyr

10 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Laurent martyr

Collecte

Nous vous prions, Seigneur, d’éteindre en nous l’ardeur de nos vices, vous qui avez donné au bienheureux Laurent la force de surmonter les flammes de ses tourments.

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape

Alors que les puissances publiques des Gentils poursuivaient dans leur fureur l’élite des membres du Christ, et s’attaquaient de préférence à l’ordre sacerdotal, l’impie persécuteur s’enflamma contre le Diacre Laurent, préposé non seulement au sacré ministère, mais aussi à l’administration du bien de l’Église. Il se promettait une double proie par la prise d’un seul homme, et s’il le faisait traditeur du trésor sacré, il le ferait en même temps apostat de la vraie religion. Cet homme, avide de richesses et ennemi de la vérité, est armé comme de deux torches ardentes : son avarice, pour lui prendre l’or de l’Église ; son impiété, pour lui ravir le Christ. Il demande à ce gardien sans tache du sanctuaire de lui livrer les richesses de l’Église, auxquelles aspire son avidité. Le Diacre très chaste, lui montrant alors le dépôt qu’il en a fait, lui présente les troupes nombreuses des pauvres serviteurs de Dieu. Dans leur nourriture et leur vêtement, il avait comme enseveli ces richesses désormais inamissibles : d’autant mieux à l’abri de toute atteinte, que le saint emploi en avait été plus assuré.

5e leçon

Le magistrat frémit, voleur frustré dans son dessein de rapine, et, dans la haine ardente d’une religion qui a institué un tel emploi des richesses, n’ayant rien trouvé en Laurent des biens terrestres, il entreprend de lui enlever un trésor plus excellent et de lui ravir le dépôt qui était pour lui la plus sacrée des richesses. Il lui ordonne de renoncer au Christ, et il se dispose à attaquer le courage intrépide de ce cœur de Diacre par de cruels supplices. A l’impuissance des premiers, il en fait succéder de plus violents. Il commande que ces membres déchirés et ces chairs où les coups ont ouvert tant de plaies, soient placés sur un feu qui les rôtisse ; sur un gril de fer, qui lui-même a emprunté longuement au feu la vertu de brûler, changeant tour à tour la situation de ce corps que retournent les bourreaux, il veut tout ensemble augmenter la douleur des tortures et prolonger le supplice.

6e leçon

Tu ne peux rien, tu ne gagnes rien, sauvage cruauté. L’élément mortel se dérobe à la fin à tes tortures : Laurent monte au ciel et te laisse tes flammes impuissantes. Les flammes n’ont pu vaincre la charité du Christ : et ce feu qui brûlait au dehors a été plus faible que celui qui, au dedans, embrasait le cœur du Martyr. Tu as exercé, ô persécuteur, ta cruauté sur ce Martyr, tu lui as donné libre cours et tu as grandi la gloire de ses palmes en accumulant les supplices. Toutes tes inventions ne servent-elles pas à glorifier sa victoire, alors que les instruments de son supplice deviennent l’honneur de son triomphe ? Réjouissons-nous donc, mes frères bien-aimés, d’une joie spirituelle : et dans la mort bienheureuse de cet illustre héros, glorifions le Seigneur, qui est admirable dans ses saints, et nous donne en eux tout ensemble le secours et l’exemple : il a fait éclater sa gloire d’une extrémité à l’autre de l’univers, alors que de l’orient jusqu’à l’occident resplendissent les flambeaux du diaconat, et que Rome est autant illustrée par Laurent, que Jérusalem l’a été par Étienne.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

Le Seigneur Jésus était lui-même ce grain qui devait mourir et se multiplier : mourir victime de l’infidélité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Or, exhortant déjà à suivre les traces de sa passion : « Celui, dit-il, qui aime son âme, la perdra ». Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. « Celui qui l’aime, la perdra », c’est-à-dire : Si tu l’aimes, perds-la. Si tu désires conserver la vie dans le Christ, ne crains pas de mourir pour le Christ. On peut les entendre également d’une autre façon : « Celui qui aime son âme, la perdra » ; ne l’aime pas, de peur que tu ne la perdes ; ne l’aime pas en cette vie, pour ne pas la perdre dans la vie éternelle.

8e leçon

La dernière explication que j’ai donnée semble être davantage le sens de l’Évangile. Car on y lit ensuite : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la conserve pour la vie éternelle ». Donc, quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », il faut sous-entendre : en ce monde, celui-là la perdra assurément. Mais celui qui hait son âme en ce monde, celui-là la garde pour la vie éternelle. Grande et étonnante sentence : d’où il ressort que l’homme a pour son âme un amour qui cause sa perte, et une haine qui l’empêche de périr. Si vous l’aimez mal, vous la haïssez ; si vous la haïssez bien, vous l’aimez. Heureux ceux qui haïssent pour conserver, de crainte de perdre en aimant.

9e leçon

Mais veille à ce que ne s’insinue pas dans ton esprit la pensée de vouloir te tuer, en comprenant ainsi le devoir de haïr ton âme en ce monde ; de là vient que certains hommes méchants et pervers, cruels et impies, homicides d’eux-mêmes, se livrent aux flammes, se noient, se jettent dans les précipices, et périssent. Ce n’est pas là ce que le Christ a enseigné : au contraire, il a même répondu au diable qui lui suggérait de se précipiter du haut du temple : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». De même le Seigneur dit à Pierre, « indiquant par quelle mort il devait glorifier Dieu : Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas ». Paroles qui nous enseignent assez clairement que celui qui marche à la suite de Jésus-Christ doit, non point se donner la mort, mais la recevoir d’un autre.

« Autrefois la mère des faux dieux, du Christ aujourd’hui l’Épouse, à cette heure par Laurent la victoire s’attache, ô Rome, à ton nom. Triomphatrice des rois superbes, ton empire s’imposait aux nations ; mais à ta gloire manquait, ayant réduit la barbarie, d’avoir aussi dompté les impures idoles. Victoire de sang, mais non plus tumultueuse, comme celles d’un Camille, d’un César ; combat de la foi qui s’immole à elle-même, et par la mort détruit la mort. De quelle voix, par quelles louanges célébrer cette mort ? Sur quel mode chanterons-nous dignement un pareil martyre ? »

Ainsi débute le poème sublime où Prudence a consacré les traditions qui de son temps, si rapproché encore de la grande lutte, entouraient d’une incomparable auréole le front du diacre romain. C’était l’heure où l’éloquence enchanteresse de saint Ambroise redisait elle-même la rencontre de Sixte et du lévite au chemin du martyre. Avant l’abeille de Milan, avant le chantre des Couronnes, Damase, Pontife suprême, consignait pour la postérité, dans ses monumentales inscriptions dignes de la majesté des temps du triomphe, cette victoire de Laurent par la seule foi que le poète exaltait dans des strophes immortelles.

Rome multipliait les démonstrations en l’honneur de l’invincible athlète qui, sur le gril ardent, avait prié pour sa délivrance. Non contente d’insérer son nom au Canon sacré, elle entourait l’anniversaire de sa naissance au ciel des mêmes privilèges de solennité, de vigile et d’octave, que celui des glorieux Apôtres ses fondateurs. Sur son sol empourpré du sang de bien d’autres témoins du Christ, chaque pas du lévite autrefois, chaque souvenir de Laurent, voyait surgir une église attestant la gratitude spéciale de la cité reine. Parmi tant de sanctuaires rappelant à divers titres sa mémoire bénie, celui qui gardait le corps du martyr prenait place à la suite des églises du Latran, de Sainte-Marie de l’Esquilin, de Pierre au Vatican, de Paul sur la voie d’Ostie : Saint-Laurent-hors-les-murs complétait le nombre des Basiliques majeures qui sont l’apanage réservé du Pontife romain, comme étant l’expression de sa juridiction universelle et immédiate sur toutes les Églises, comme représentant les patriarcats de Rome, d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople, de Jérusalem, entre lesquels se divise l’univers. Ainsi, par Laurent, la Ville éternelle achevait de se montrer pour ce qu’elle est, le centre du monde et la source de toute grâce.

De même que Pierre et Paul sont la richesse, non de Rome seule, mais de la terre, Rome vit donc aussi Laurent acclamé comme l’honneur du monde ; ennoblie par son héroïsme, l’humanité régénérée personnifia en lui le courage des autres martyrs. Au commencement de ce mois, Étienne même se levait du lieu où il s’était couché dans la mort, pour venir confondre ses honneurs de Protomartyr avec la gloire du diacre de Sixte II dans la communauté d’une seule tombe. Le triomphe, comme la lutte de tous, parut atteindre en lui au dernier sommet : bien que la persécution dût avoir encore de terribles retours et multiplier pendant un demi-siècle les hécatombes, la victoire de Laurent fut considérée comme le coup qui frappait le paganisme au cœur ; l’enfer s’était heurté, pour sa perte, à un amour plus inflexible que ses feux.

« Le démon, dit Prudence, avait pressé dans une lutte acharnée le témoin de Dieu ; il tombait lui-même percé de coups, et demeurait à jamais terrassé. Cette mort du saint athlète fut la vraie mort des temples ; alors Vesta vit déserter le palladium, sans pouvoir le venger. Tous ces Quintes, coutumiers des superstitions que Numa jadis avait instituées, se pressent, ô Christ, en tes parvis, et chantent des hymnes à ton martyr. Lumières du sénat, Luperques et Flamines baisent le seuil des Apôtres et des Saints. Nous y voyons d’illustres familles, patriciens et nobles matrones, offrir en vœu leur clarissime lignée, gage de chères espérances. Le pontife, au front naguère ceint de bandelettes, s’enrôle sous le signe de la Croix ; la vestale Claudia visite, ô Laurent, ton sanctuaire ».

Ne soyons pas étonnés si, du haut des sept collines, la solennité de ce jour remplit aussitôt l’univers des échos de sa triomphante allégresse. « Autant il serait impossible à Rome de rester cachée, proclame saint Augustin, autant il l’est que la couronne de Laurent se dérobe aux yeux ». « . En Orient comme en Occident, à Byzance comme à Rome, peuples et princes fondaient des temples à son honneur. En retour, au témoignage de l’évêque d’Hippone, « ses bienfaits ne pouvaient se compter, montrant quel était son mérite : qui l’a prié, sans être exaucé ? »

Nous donc aussi, conclurons-nous avec Maxime de Turin, « dans cette dévotion concordante du monde célébrant partout le triomphe du bienheureux Laurent, comprenons que c’est une chose sainte et qu’il plaît à Dieu que nous honorions, dans la ferveur de nos âmes, la naissance au ciel de celui dont les flammes radieuses répandent aujourd’hui sur l’Église universelle du Christ un éclat de victoire. Pour son insigne pureté d’âme qui le fit lévite, pour la plénitude de sa foi qui lui valut la dignité du martyre, c’est justement que nous l’exaltons comme presque l’égal des Apôtres »

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De l'utilité de l'Antéchrist

9 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

De l'utilité de l'Antéchrist
Saint Jean Chrysostome
HOMÉLIE IV. ET VOUS SAVEZ BIEN CE QUI EMPÊCHE QU'IL NE VIENNE, AFIN QU'IL PARAISSE EN SON TEMPS; CAR LE MYSTÈRE D'INIQUITÉ SE FORME DÈS A PRÉSENT: IL FAUT SEULEMENT QUE CELUI QUI LE RETIENT MAINTENANT, LE RETIENNE ENCORE, JUSQU'À CE QU'IL SOIT ÔTÉ DU MONDE, ET ALORS SE DÉCOUVRIRA L'IMPIE QUE LE SEIGNEUR JÉSUS DÉTRUIRA PAR LE SOUFFLE DE SA BOUCHE, ET QU'IL PERDRA PAR L'ÉCLAT DE SA PRÉSENCE. CET IMPIE QUI DOIT VENIR ACCOMPAGNÉ DE LA PUISSANCE DE SATAN. (II. 6, JUSQU'À III, 2.)

La première question à s'adresser, c'est d'abord que signifie « Ce qui empêche? » On peut aussi se demander pourquoi Paul s'exprime d'une manière si obscure? Que signifie donc cette expression : « Ce qui empêche qu'il ne vienne, afin qu'il paraisse », c'est-à-dire, où est l'obstacle? Les uns disent que c'est la grâce de l'Esprit, les autres que c'est la puissance Romaine; pour moi, je suis fort porté à prendre ce dernier sens, pourquoi? C'est que s'il eût voulu dire l'Esprit, il ne l'aurait pas dit d'une manière obscure; il aurait dit ouvertement que ce qui l'empêche devenir, c'est la grâce de l'Esprit, c'est-à-dire les dons de l'Esprit. Il serait d'ailleurs déjà arrivé, s'il devait arriver lorsque les dons de l'Esprit cesseraient, car il y a longtemps qu'ils ont cessé de se manifester aux yeux. Mais comme il veut parler de la puissance Romaine, il s'enveloppe d'énigmes et il s'exprime d'une manière obscure; il ne voulait pas susciter des haines superflues, ni provoquer des dangers inutiles. S'il avait dit qu'on verrait bientôt la puissance Romaine détruite, on l'aurait sur-le-champ exterminé comme un homme pernicieux, et, avec lui, tous les fidèles vivant et combattant sous ses ordres.

Voilà pourquoi il s'exprime d'une manière obscure, pourquoi il ne dit pas nettement que cet antéchrist viendra prochainement, quoique d'ailleurs il dise l'équivalent. Que dit-il? «Afin qu'il paraisse en son temps, carde mystère d'iniquité se forme dès à présent ». C'est Néron qu'il désigne, car c'est le type de l'antéchrist. Cet homme en effet voulait être regardé comme un Dieu, et l'apôtre a raison de dire « le mystère » ; car Néron ne rejetait pas tous les voiles comme doit le faire l'antéchrist; il gardait encore quelque pudeur. Or, si, avant le temps de l'antéchrist, un homme s'est rencontré qui ne le cédait pas beaucoup à l'antéchrist pour la perversité, qu'y a-t-il d'étonnant que l'antéchrist doive bientôt paraître? Voilà, donc pourquoi l'apôtre parle ainsi d'une, manière obscure. S'il ne s'est pas exprimé clairement, ce n'est pas qu'il eût peur, mais il voulait nous apprendre à ne pas exciter contre nous des haines superflues, quand rien ne presse. Ainsi, voici ce qu'il dit : « Il faut seulement que celui qui le retient maintenant, le retienne encore jusqu'à ce qu'il soit ôté du monde». Cela veut dire : L'antéchrist viendra quand la puissance Romaine aura disparu, et l'apôtre a raison. En effet, tant que cette puissance inspirera la terreur, nul ne viendra s'y heurter; mais une fois cette puissance détruite, ce sera l'anarchie, et l'antéchrist essaiera de prévaloir contre les hommes et contre Dieu. De même que, dans les âges passés, les empires ont été renversés, les Mèdes par les Babyloniens, les Babyloniens par les Perses, les Perses par les Macédoniens, les Macédoniens par les Romains; de même Rome sera renversée par l’antéchrist, et l'antéchrist par le Christ, et il n'y aura plus d'empêchement; c'est ce que Daniel nous enseigne avec une grande évidence.

«Et alors», dit l'apôtre, « se découvrira l'impie », et après? Tout aussitôt, la consolation; car l'apôtre ajoute: «Que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il perdra par l'éclat de sa présence, cet impie qui doit venir accompagné de la puissance de Satan». Le feu s'attaquant de loin à de petits animalcules, même sans les approcher, de loin les saisit, les consume; de même le Christ, rien que l'ordre, la présence du Christ, exterminera l'antéchrist; il suffit que le Christ se montre, et tout cela périra; pour arrêter le cours de la perfidie, il lui suffira d'apparaître. Maintenant ce n'est pas tout l'apôtre fait voir ce que c'est que l'antéchrist «Qui doit venir accompagné de la puissance de Satan avec toute sa force», dit-il, «avec des signes et des prodiges trompeurs », c’est-à-dire qu'il fera voir sa force, sa puissance, mais rien de vrai, tout pour tromper. Ces prédictions de l'apôtre ont pour but de prévenir les erreurs de ceux qui existeront alors. «Avec des prodiges trompeurs», dit l'apôtre, c’est-à-dire, soit l'effet d'un pouvoir menteur, soit préparant le mensonge. «Et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l'iniquité ceux qui périssent».

Mais pourquoi, me dira-t-on, Dieu a-t-il permis l'antéchrist? Et quel est le dessein de Dieu? Et quelle est l'utilité de la venue de l'antéchrist, puisqu'il se propose de, nous perdre? Ne craignez rien, mon bien-aimé, écoutez la parole de Dieu même ; la force de l'antéchrist est dans ceux qui périssent, dans ceux qui, même s'il n'était pas venu, n'auraient pas accepté la foi. Quelle est donc l'utilité de son apparition? C'est qu'elle fermera la bouche à ceux qui doivent périr. Comment cela? Soit que l'antéchrist fût venu, soit qu'il ne fût pas venu, ces hommes n'auraient pas cru au Christ. L'antéchrist vient donc pour les confondre. Les incrédules auraient pu dire: C'est parce que le Christ se donnait pour Dieu, quoiqu'il ne l'ait dit nulle part ouvertement; c'est parce que ceux qui l'ont suivi ont prêché sa divinité, c'est pour cela que nous n'avons pas cru; parce que nous avons entendu dire qu'il n'y a qu'un Dieu d'où sortent toutes choses, voilà pourquoi nous n'avons pas cru. Eh bien, c'est ce prétexte que l'antéchrist leur enlèvera; car, quand il viendra, ne commandant rien de salutaire, ne commandant rien que d'injuste et de contraire à toutes les lois, ils croiront en lui, rien que sur la foi de ces signes, de ces signes mensongers, et voilà ce qui leur fermera la bouche. Car, si vous ne croyiez pas au Christ, à bien plus forte raison deviez-vous ne pas croire à l'antéchrist. Le Christ se disait envoyé par son Père, l’antéchrist vous dit le contraire, de là ces paroles que le Christ prononçait autrefois : «Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne m'avez pas reçu. Si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez». (Jn, V, 43) Mais, diront-ils, nous avons vu des signes, des miracles. Mais le Christ en a fait de nombreux et de grands, donc, à bien plus forte raison fallait-il croire en lui. Du reste, les prédictions n'ont pas manqué, annonçant cet impie; cet enfant de perdition, annonçant qu'il doit venir, accompagné de la puissance de Satan; pour le Christ, prédictions toutes contraires, c'est le Sauveur qui apporte des biens en foule. «Comme ils n'ont pas reçu la charité de la vérité; pour être sauvés, Dieu leur enverra des illusions si efficaces qu'ils croiront au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés, qui n'ont point cru à la vérité, mais qui ont consenti à l'iniquité».

«Soient jugés», il ne dit pas, soient punis. Il y a d'autres raisons encore pour lesquelles ils méritent d'être punis, mais l'apôtre dit : «Soient jugés», c'est-à-dire, soient condamnés dans le jugement terrible, soient trouvés sans excuse. Quels sont-ils? L'apôtre l'explique assez par ces paroles : «Qui n'ont point cru à la vérité, mais qui ont consenti à l'iniquité». Par «la charité de la vérité», c'est le Christ qu'il désigne, «parce que», dit l'apôtre, «ils n'ont pas reçu la charité de la vérité». Ces deux motifs expliquent la venue du Christ, il est venu parce qu'il aime les hommes, et il est venu pour la vérité. «Mais qui ont consenti», dit l'apôtre, «à l'iniquité». En effet, l'antéchrist est venu pour la perte des hommes, pour leur faire du mal, car que ne fera-t-il pas? Il jettera toutes choses dans la confusion et dans le trouble, pour accomplir les ordres d'en-haut, et pour inspirer l'épouvante, il sera terrible de toutes les manières, par son pouvoir, par sa cruauté, par l'injustice de ses exigences, mais ne craignez rien, «sa force sera», dit l'apôtre, «dans ceux qui doivent périr». — «Car Élie, à son tour, viendra aussi à cette heure, affermissant les fidèles ». (Ml. IV, 5) Et c'est ce que dit le Christ : «Élie viendra, et rétablira toutes choses». (Mc, IX,11) Voilà pourquoi il a été dit, à propos de Jean : «Dans l'esprit, et dans la vertu d’Élie». (Lc, I,17) Sans doute il n'a pas fait de signes et de miracles comme Élie : «Car Jean», dit l'évangéliste, «n'a fait aucun miracle,mais tout ce que Jean a dit de celui-ci, était vrai». (Jn, X, 41-42) Comment donc a-t-on pu dire «Dans l'esprit et la vertu d’Élie?» Cela veut dire, qu'il se chargera du même ministère, et de même que Jean a été le précurseur du premier avènement, de même Élie sera aussi le précurseur du second avènement, avènement glorieux, et il est réservé pour cette heure. Donc, ne craignons point, Paul a frappé l'esprit de ses auditeurs, cependant il n'a pas tant voulu inspirer la terreur et l'épouvante, que provoquer nos actions de grâces. Voilà pourquoi il ajoute : «Mais quant à nous, mes frères, chéris du Seigneur, nous nous sentons obligés de rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces, de ce qu'il vous a choisis comme des prémices pour vous sauver dans la sanctification de l'Esprit et dans la force de la vérité».

Comment Dieu a-t-il choisi pour le salut? L'apôtre le montre en disant: «Dans la sanctification de l'Esprit», c'est-à-dire pour nous sanctifier, par l'Esprit et par la vraie foi, car voilà ce qui renferme notre salut. Ce ne sont nullement les œuvres, nullement les vertus parfaites, c'est la foi en la vérité. Nouvel exemple de «dans» au lieu de «par». — «Dans la sanctification de l'Esprit», dit-il, «vous appelant à cet état, par notre Évangile, pour vous faire acquérir la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ». Faveur insigne, le Christ regardant notre salut comme sa gloire, la gloire de celui qui aime les hommes, c'est qu'il y en ait un grand, nombre de sauvés. Certes, il est grand Notre-Seigneur, de désirer à ce point notre salut, il est grand aussi l'Esprit-Saint, qui opère en nous la sanctification. Pourquoi n'a-t-il pas mis d'abord la foi, mais la sanctification? C'est-que la sanctification même nous laisse dans un grand besoin de la foi, afin que nous ne soyons pas ébranlés, voyez comme l'apôtre nous montre que rien ne vient de nous, que tout est l’œuvre de Dieu.

«C'est pourquoi, mes frères, demeurez fermes et conservez les traditions que vous avez apprises, soit par nos paroles, soit par notre lettre». Passage qui prouve que tout l'enseignement n'était pas dans la correspondance par lettres, que beaucoup de points étaient communiqués de vive voix et cet enseignement oral aussi est digne de foi. Par conséquent regardons la tradition de l’Église comme digne de foi. C'est la tradition, ne cherchez rien de plus. L'apôtre montre ici qu'il y en a un grand nombre qui chancellent. — «Que Notre-Seigneur Jésus-Christ; et Dieu notre Père, qui nous a aimés, et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle, et une si heureuse espérance, console lui-même vos cœurs, et vous affermisse dans toutes sortes de bonnes œuvres et dans la bonne doctrine (15-16)». Encore la prière après l'exhortation; voilà ce qui s'appelle vraiment porter secours et consolation : «Qui nous a aimés», dit-il, «et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle, et une si heureuse espérance». Où sont-ils maintenant ceux qui prétendent que le Fils est moindre que le Père, parce qu'on ne le nomme qu'après le Père, dans la cérémonie du baptême? Voici en effet que nous voyons ici le contraire, l'apôtre dit d'abord «Que Notre-Seigneur Jésus-Christ», ensuite il ajoute : «Et que Dieu, et le Père de Notre-Seigneur, qui nous a aimés et qui nous a donné une consolation éternelle». Quelle est-elle, cette consolation? L'espérance des biens à venir. Voyez comme, par manière de prière, il excite leur pensée, en leur montrant les gages et les signes du soin ineffable de Dieu. «Console», dit-il, «vos cœurs, et vous affermisse dans toutes sortes de bonnes œuvres, et dans la bonne doctrine», c'est-à-dire, par toutes sortes de bonnes œuvres et de bonnes doctrines. Car ce qu'il faut dire aux chrétiens, c'est de faire non seulement le bien, mais ce qui plaît à Dieu. Voyez comme il rabaisse leur orgueil : «Qui nous a donné», dit-il, «par sa grâce, une consolation éternelle et une si heureuse espérance». Et en même temps il leur inspire une bonne espérance pour l'avenir. En effet, si la grâce de Dieu nous a procuré des biens si considérables, à plus forte raison nous en ménage-t-elle d'autres pour l'avenir. Oui certes, dit l'apôtre, je vous ai annoncé tout cela, et maintenant tout cela est l’œuvre de Dieu. C'est Lui qui nous rassure, qui nous rend fermes, afin que nous ne devenions pas vacillants, chancelants; à nous la faiblesse, à Lui la force. L'apôtre comprend donc ce qui concerne et les actions et les doctrines, et il exhorte afin de raffermir, car tant qu'on échappe aux agitations qui ébranlent, quoi qu'il arrive, on supporte tout avec une grande patience, si, au contraire, l'âme est agitée, il n'en faut plus attendre d'actions bonnes ou généreuses. Comme la paralysie qui empêche l'action des mains, ainsi fait l'agitation dont est saisie l'âme qui manque de foi, et que ne soutient pas l'espérance d'un bien à venir. «Au reste, mes frères, priez pour nous, afin que la parole de Dieu se propage rapidement, et soit glorifiée partout, comme elle l'est parmi vous». (II Th. III, 1.)

Il a prié pour eux, pour les voir se raffermir, et maintenant il leur demande à eux-mêmes de prier pour lui, non pour le mettre hors des dangers, car sa mission était de courir les dangers, mais : «Afin que la parole de Dieu se propage rapidement et soit glorifiée partout, comme elle l'est parmi vous». A sa demande, il joint un éloge : «Comme elle l'est parmi vous», dit-il. «Et afin que nous soyons délivrés des hommes intraitables et méchants, car la foi n'est pas commune à tous». Paroles qui expriment les dangers du moment, et, en même temps, paroles d'exhortation. «Des hommes intraitables et méchants», dit-il, «car la foi n'est pas commune à tous». Peut-être parle-t-il de ceux qui contredisaient la prédication, qui résistaient à la parole de Dieu, qui luttaient contre les dogmes, c'est à eux, sans doute, qu'il fait allusion par ces paroles : «Car la foi n'est pas commune à tous». Je ne crois pas qu'il fasse ici allusion à ses dangers, il veut parler des contradicteurs qui lui suscitaient des embarras, comme Hyménée, comme Alexandre, l'ouvrier en cuivre «Car il a fortement combattu la doctrine que nous enseignons». (II Tm. IV, 15) Comme si quelqu'un faisant allusion à une noblesse héréditaire, disait qu'il n'est pas donné à tous de servir dans les palais des rois, c'est ainsi, qu'il parle des méchants dont il veut être délivré : Tels sont ceux, dit-il, auxquels la foi a été refusée, et en même temps qu'il parle ainsi, il réveille l'ardeur des fidèles. Ils étaient donc de grands personnages aux yeux de Dieu, s'ils avaient la confiance de délivrer leur docteur de ses dangers, et de lui rendre la prédication facile.

Eh bien, nous vous adressons la même prière, et que personne ne nous accuse d'un excès d'arrogance, que personne de vous, par un excès d'humilité, ne nous prive d'un si précieux secours. Nous ne vous parlons pas en nous mettant à la place de Paul, car ce que voulait Paul, c'était consoler ses disciples, mais nous, ce que nous voulons, c'est obtenir un bien précieux et considérable, et nous croyons ardemment que, si vous voulez tous, d'un seul et même cœur, tendre vers Dieu vos mains en faveur de notre infirmité, tout nous réussira. Faisons ainsi la guerre à nos ennemis, par nos prières, par nos supplications, si en effet autrefois on combattait ainsi contre des ennemis en armes, à bien plus forte raison devons-nous combattre de la même manière ceux qui n'ont pas les armes à la main. C'est ainsi qu’Ézéchias a mis en fuite le roi d'Assyrie, c'est ainsi que Moïse a triomphé d'Amalech, Samuel, des Ascalonites, Israël, des trente-deux rois. Si, quand il fallait des armes, des combats, des batailles, répudiant leurs armes, ils avaient recours aux prières, combien n'est pas impérieuse, lorsque tout dépend des prières, la nécessité de prier! Mais autrefois, me répondra-t-on, c'étaient les chefs du peuple qui priaient pour le peuple, tandis que vous, ce que vous voulez, c'est que le peuple prie pour son chef. Je le sais bien, c'est qu'alors ceux qui obéissaient étaient des misérables, vils, abjects, et c'était la confiance en Dieu, fondée uniquement sur la vertu du chef de l'armée, qui procurait à tous le salut, aujourd'hui, au contraire, la grâce de Dieu s'est augmentée, parmi ceux qui obéissent, il en est beaucoup, il en est, c'est la grande majorité, dont la vertu dépasse la vertu de celui qui commande. Ne nous privez donc pas de votre secours dans le combat que nous soutenons. Soulevez nos mains pour qu'elles ne retombent pas, ouvrez notre bouche, empêchez qu'elle ne se ferme, priez Dieu, priez-le à ces intentions. Cette prière que je vous demande pour nous, produit un effet général qui est à votre avantage, car c'est pour votre utilité que nous occupons notre place, et ce sont vos intérêts qui nous sollicitent. Voyez Paul disant aux Corinthiens : «Afin que la grâce que nous avons reçue, soit reconnue par les actions de grâces qu'un grand nombre rendront pour nous» (II Cor. I,11); c'est-à-dire, afin que le Seigneur accorde sa grâce à un grand nombre. Si parmi les hommes il arrive que des condamnés soient conduits à la mort, que le peuple demande leur grâce, que, par égard pour la multitude, l'empereur révoque la sentence, à bien plus forte raison Dieu se laissera-t-il fléchir, non par 1a multitude, mais par la vertu, car nous avons affaire à un ennemi violent.

Chacun de vous n'a de souci, n'a d'inquiétude que pour ses intérêts propres, mais nous, ce qui nous inquiète, c'est l'intérêt commun. Nous sommes debout, soutenant tout l'effort de la guerre, car c'est nous qu'attaque le démon avec le plus de violence. En effet, dans les combats, ce que l'on cherche avant tout à terrasser, c'est celui qui conduit les bataillons opposés. Voilà pourquoi ce concours de toutes les forces, sur un même point, les uns réunissant leurs boucliers, les autres faisant des efforts tumultueux pour s'emparer du chef, et les boucliers qui l'entourent de toutes parts, s'unissent pour conserver sa tête. Écoutez les paroles que le peuple tout entier adresse à David (ce n'est pas que je me compare à David, ma démence ne va pas jusque-là, mais je veux montrer l'affection du peuple pour son chef) : «Nous ne souffrirons plus que vous veniez à la guerre avec nous, de peur que la lampe d'Israël ne s'éteigne». (II R. XXI, 17) Voyez comme ils tenaient à conserver le vieux roi. J'ai grand besoin de vos prières, que, nul d'entre vous, je vous l'ai déjà dit, par excès d'humilité, ne me prive de cette ressource et de ce secours. Si nous méritons l'estime et la gloire, vos affaires aussi seront plus brillantes. Si l'enseignement découle de nous avec une salutaire abondance, c'est à vous qu'en ira la richesse. Écoutez le Prophète : «Est-ce que les pasteurs se paissent eux-mêmes?» (Ez. XXIV, 2) N'entendez-vous pas la voix de Paul réclamant perpétuellement ces prières? Ne savez-vous pas que si Pierre à été arraché de sa prison, c'est parce que des prières assidues se faisaient pour lui ? (Ac. XII, 5) Oui, c'est ma conviction, vos prières auront un grand pouvoir, étant faites avec une telle unanimité. Quel avantage précieux, et combien cela est au-dessus de notre infirmité, de nous approcher de Dieu, et de prier pour un si grand peuple ! Si je n'ai pas la confiance qu'il me faut, quand je prié pour moi-même, je l'ai encore bien moins, en priant pour les autres. Il n'appartient qu'à ceux dont la vie est pure et la gloire sans tache, d'implorer pour les autres la clémence et la bonté de Dieu. C'est le droit de ceux qui ont mérité pour eux-mêmes la divine miséricorde, mais celui qui a personnellement offensé Dieu, comment peut-il le prier pour un autre? Toutefois, comme je ressens pour vous, dans mes entrailles, une affection paternelle, comme l'amour ose tout, ce n'est pas à l'église seulement, mais dans ma demeure aussi que je prie avant toutes choses pour le salut de vos âmes, pour la santé de vos corps, car il n'est pas de prières qui conviennent tant au prêtre que celles qu'il adresse à Dieu quand il l'aborde, quand il s'entretient avec lui des biens qu'il lui demande pour le peuple tout entier. Si Job, des le matin, adressait tant de prières pour ses fils selon la chair, combien devons-nous davantage en faire entendre pour nos fils selon l'Esprit

Et maintenant, à quoi bon ce discours? C'est que, si nous, malgré notre indignité, nous élevons vers Dieu pour vous tous, nos supplications et nos prières, à bien plus forte raison devez-vous nous rendre la pareille. Qu'un seul prie pour le grand nombre, c'est une grande audace, et qui suppose beaucoup de confiance; au contraire, qu'un grand nombre se réunissent, afin de prier pour un seul, il n'y a rien là qui choque la pensée. Chacun, en effet, se fie non en ses propres mérites, mais en la multitude, en l'unanimité, toujours si puissante aux yeux de Dieu; c'est là ce qui le touche et ce qui l'apaise, «car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom», dit le Seigneur, «je me trouve au milieu d'elles». (Mt. XVIII, 20) S'il se trouve avec deux ou trois personnes assemblées, à bien plus forte raison se trouve-t-il au milieu de vous. En effet, ce qu'un seul ne peut obtenir isolément, il l'obtiendra en priant avec la foule. Pourquoi? C'est parce que, même où la vertu propre fait défaut, l'accord a une grande force, «car en quelque lieu», dit le Seigneur, «que se trouvent. deux ou trois personnes assemblées». — Pourquoi «deux?» Comment, une personne priera en votre nom, et vous ne serez pas là? — Je veux que tous soient réunis et non séparés. Donc fortifions-nous l'un l'autre, joignons notre charité, faisons-en un faisceau, que nul ne nous sépare. Si quelqu'un veut en accuser un autre, si quelqu'un a reçu un mauvais traitement, nous lui demandons d'oublier ce qu'il peut avoir sur le cœur soit contre le prochain, soit contre nous.

Voici la grâce que je vous demande: Si vous avez quelque chose contre nous, venez nous trouver, et recevez de nous notre excuse. «Reprenez votre prochain», dit l'Ecclésiaste, «sur ce qu'on l'accuse d'avoir dit, parce que peut-être il ne l'a point dit, reprenez-le sur ce qu'on l'accuse d'avoir fait, parce que peut-être il ne l'a point fait, et s'il l'a dit ou a fait, afin qu'il ne recommence pas ». (Ec. XIX, 14) En effet, ou nous nous excusons, ou nous sommes convaincus, et nous demandons notre grâce, et plus tard nous faisons nos efforts pour ne pas retomber dans les mêmes fautes. Voilà ce qui est utile, et pour vous et pour nous. Il vous arrivera peut-être, après avoir accusé sans raison, une fois que vous aurez compris la réalité des faits, de corriger votre jugement, ou bien s'il arrive que nous ayons péché sans nous en apercevoir, nous nous en corrigerons en l'apercevant, pour vous, il vous est funeste de juger témérairement, car un châtiment a été établi contre ceux qui prononcent une parole inutile. Pour nous, nous repoussons les accusations, aussi bien celles qui sont vraies, que celles qui sont mensongères, les mensongères, en montrant qu'elles sont mensongères, les vraies, en ne nous y exposant pas davantage. Il est absolument nécessaire que celui qui a tant d'affaires à soigner, et ignore bien des choses, et pèche par ignorance. Si chacun de vous, ayant une maison à conduire, une femme, des enfants, des serviteurs, un peu plus ou un peu moins, dans tous les cas un bien petit peuple et facile à connaître, est exposé à une foule de fautes involontaires, soit qu'il ignore, soit qu'il veuille opérer quelque correction, à bien plus forte raison est-ce vrai de nous, qui sommes à la tête d'un si grand peuple.

Et que le Seigneur vous agrandisse encore et vous envoie ses bénédictions, sur les petits comme sur les grands. Car quelque accablante que soit la sollicitude que suscite un grand peuple, nous ne cessons pas pourtant de prier pour que notre sollicitude grandisse comme ce peuple, pour qu'il se multiplie, pour qu'il s'étende à l'infini. Les pères qui ont de nombreux enfants, et que souvent ces enfants tourmentent, ne consentent pourtant jamais à en perdre un seul. Entre vous et nous, c'est l'égalité, c'est le partage dès mêmes biens précieux.

Je n'ai pas une plus grande part, vous, une moindre part, à la table sainte, vous et moi nous y participons également. Si je suis le premier, ce n'est pas une grande affaire, parmi les enfants, l'aîné est le premier qui porte la main vers les mets, sa part toutefois n'en est pas plus grosse, entre nous, c'est l'égalité, le salut, la satisfaction de nos âmes, l'égalité d'honneur nous appartient à vous comme à moi. Je n'ai pas ma part d'un agneau, vous, votre part d'un autre agneau, c'est au même que nous participons tous ensemble, c'est le même baptême pour vous et pour moi, c'est d'un seul et même esprit que nous recevons tous les dons, c'est à la même royauté que nous prétendons, vous et moi, frères du Christ au même titre, toutes choses nous sont communes, en quoi donc ai-je plus que vous ? J'ai les soucis, les fatigues, les inquiétudes, les douleurs que je ressens pour vous, mais rien de plus doux que cette douleur. Une mère souffrant pour son enfant, trouve des charmes dans cette souffrance, elle est inquiète pour ses enfants et elle se fait une joie de ses inquiétudes. C'est que, si l'inquiétude est par elle-même une chose amère, quand on l'éprouve pour ses enfants, on y trouve des délices. Il en est un grand nombre de vous que j'ai enfantés, et ensuite sont venues les douleurs de l'enfantement. Qu'est-ce à dire? Chez les mères selon le corps, les douleurs commencent et l'enfantement arrive, chez nous, au contraire, les douleurs durent jusqu'au dernier soupir, dans la crainte que l'enfant ne devienne un avorton, et voilà ce qui cause nos alarmes, car, si la génération vient souvent d'un autre, je n'en suis pas moins déchiré de soucis. En effet, nous n'engendrons pas de nous-mêmes, c'est l’œuvre uniquement de la grâce de Dieu. Mais si nous sommes deux pour produire l'enfantement par l'Esprit, vous aurez raison de dire que mes enfants sont les enfants de celui qui coopère avec moi, et que les enfants de celui qui coopère avec moi sont mes enfants. Méditez sur toutes ces choses, et donnez-nous votre main pour être notre gloire, et pour que nous soyons la vôtre, au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Puissions-nous tous le voir avec confiance, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

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XIème Dimanche après la Pentecôte

8 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

XIème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Dieu est dans son lieu saint, Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d’une seule âme : il donnera la vertu et la force à son peuple. Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient de devant sa face.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui dépassez par l’abondance de votre bonté les mérites et les vœux de ceux qui vous prient, répandez sur nous votre miséricorde : pardonnez les fautes qui agitent la conscience, accordez même ce que n’ose formuler la prière.

Épitre 1. Cor. 15, 1-10

Mes Frères, je vous rappelle l’Évangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés : voyez si vous l’avez retenu en la manière que je vous l’ai annoncé ; car autrement vous auriez cru en vain. Or l’enseignement principal que je vous ai donné comme je l’ai reçu moi-même, c’est que le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, qu’il est apparu à Céphas et ensuite aux onze. Après il a été vu en une seule fois par plus de cinq cents frères, dont la plupart vivent encore présentement et quelques-uns sont morts. Ensuite il s’est montré à Jacques, ensuite à tous les Apôtres. Après tous les autres enfin il s’est fait voir à moi-même qui ne suis qu’un avorton. Car je suis, moi, le moindre des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n’a point été stérile en moi.

Évangile Mc. 7, 31-37

En ce temps-là, Jésus, sortant des confins de Tyr, vint par Sidon vers la mer de Galilée, en passant au milieu de la Décapole. Et voici qu’on lui amena un homme qui était sourd et muet, en le priant de lui imposer les mains. Le prenant donc à part du milieu de la foule, il lui mit ses doigts dans les oreilles et de sa salive sur la langue ; et, levant les yeux au ciel, il soupira et lui dit : Ephphetha, c’est-à-dire, ouvrez-vous. Aussitôt ses oreilles furent ouvertes et sa langue déliée, et il parlait comme il convient. Il leur défendit de le dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils le publiaient, et plus ils étaient dans l’admiration, disant : Il a bien fait toutes choses ; il a fait entendre les sourds et parler les muets.

Offertoire

Seigneur, je chanterai vos grandeurs, parce que vous m’avez relevé, et que vous n’avez point donné à mes ennemis sujet de se réjouir contre moi ; Seigneur, j’ai crié vers vous, et vous m’avez guéri.

Secrète

Regardez, Seigneur, avec bonté l’hommage de notre servitude, afin que nos dons vous soient une offrande agréable et deviennent le secours de notre faiblesse.

Postcommunion

Faites, nous vous en supplions, Seigneur , que nous trouvions dans la réception de votre Sacrement le secours de l’âme et du corps, afin que, sauvés dans l’un et l’autre, nous rencontrions notre gloire dans le plein effet du céleste remède.

Office

Au premier nocturne.

Du quatrième Livre des Rois.

Première leçon. Première leçon. — En ces jours-là, Ézéchias fut malade jusqu’à la mort ; alors vint vers lui Isaïe, le Prophète, fils d’Amos, et il lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Donne des ordres à ta maison ; car tu mourras, toi, et tu ne vivras pas. Ézéchias tourna sa face vers la muraille, et pria le Seigneur, disant : Je vous conjure, Seigneur, souvenez-vous, je vous prie, comment j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et comment j’ai fait ce qui vous est agréable. Et Ézéchias pleura d’un grand pleur.

Deuxième leçon. Et avant qu’Isaïe eût franchi la moitié du vestibule, la parole du Seigneur lui fut adressée, disant : Retourne, et dis à Ézéchias, chef de mon peuple : Voici ce que dit le Seigneur Dieu de David, votre père : J’ai entendu ta prière et j’ai vu tes larmes ; et voilà que je t’ai guéri, dans trois jours tu monteras au temple du Seigneur. Et j’ajouterai quinze années à tes jours ; et même je te délivrerai de la main du roi des Assyriens, toi et cette ville, et je protégerai cette ville, à cause de moi, et à cause de David, mon serviteur. Alors Isaïe dit aux serviteurs du roi : Apportez-moi une panerée de figues. Lorsqu’ils la lui eurent apportée et qu’ils l’eurent mise sur l’ulcère du roi, il fut guéri.

Troisième leçon. Or Ézéchias avait dit à Isaïe : Quel sera le signe que le Seigneur me guérira, et que je monterai dans trois jours au temple du Seigneur ? Isaïe lui répondit : Voici, de la part du Seigneur, le signe que le Seigneur accomplira la parole qu’il a dite : Voulez-vous que l’ombre (du soleil) monte de dix lignes, ou qu’elle rétrograde d’autant de degrés ? Et Ézéchias dit : Il est facile que l’ombre croisse de dix lignes ; et je ne désire pas que cela se fasse ; mais qu’elle retourne en arrière de dix degrés. C’est pourquoi Isaïe, le Prophète, invoqua le Seigneur, et il ramena l’ombre par les lignes par lesquelles déjà elle était descendue dans l’horloge d’Achaz, de dix degrés en arrière.

Au deuxième nocturne.

Du Commentaire de saint Jérôme, Prêtre, sur le Prophète Isaïe.

Quatrième leçon. De crainte que le cœur d’Ézéchias s’enorgueillisse, après d’incroyables triomphes et une victoire qui préservait d’une captivité, la maladie le visite et il lui est déclare qu’il va mourir, afin que, se tournant vers le Seigneur, il lui fasse changer son arrêt. Nous lisons qu’il en fut ainsi, et pour ce que Jonas avait annoncé, et pour les menaces lancées contre David. De ce que ces choses prédites ne sont pas suivies d’effet, il ne faut pas conclure que Dieu change de résolution, mais il amène les hommes à le connaître ; car le Seigneur a le cœur peiné de sévir contre les hommes. Ézéchias tourna son visage du côté de la muraille, parce qu’il ne pouvait se rendre au temple. Il le tourna vers la muraille du temple, près duquel Salomon avait construit le palais ; ou absolument vers la muraille, pour ne point paraître montrer avec affectation ses larmes à ceux qui l’entouraient.

Cinquième leçon. Apprenant qu’il va mourir, il ne demande pas une prolongation de vie et beaucoup d’années : il s’en remet à la volonté de Dieu sur ce qu’il voudra lui accorder, sachant que Salomon avait plu à Dieu pour ne lui avoir point demandé une longue existence. Près d’aller vers le Seigneur, il rappelle ce qu’il a fait, comment il a marché devant lui dans la vérité et avec un cœur parfait. Heureuse la conscience qui, au temps de l’affliction, se souvient de ses bonnes œuvres : « Heureux, en effet, ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. » Mais comment ; se fait-il qu’il est écrit ailleurs : « Qui pourra se glorifier d’avoir le cœur pur ? » La difficulté se résout ainsi : la perfection du cœur est attribuée ici à Ézéchias, parce qu’il a détruit les idoles, ouvert les portes du temple, brisé le serpent d’airain et accompli les autres actions que rapporte l’Écriture.

Sixième leçon. Il répandit beaucoup de larmes, à cause de la promesse du Seigneur à David, qu’il voyait privée d’effet par sa mort. Ézéchias n’avait pas d’enfants à cette époque, puisqu’après sa mort Manassé commença de régner en Juda, n’étant encore âgé que de douze ans ; ce qui montre avec évidence qu’il ne vint au monde que trois années après la prolongation de vie accordée à Ézéchias. La cause unique de ses larmes est donc qu’il désespérait que le Christ naquît de sa race. D’autres interprètes disent que la mort épouvante les saints eux-mêmes, à cause de l’incertitude du jugement de Dieu et de leur ignorance de la sentence d’où dépendra la demeure qu’ils auront.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, pape.

Septième leçon. Quand Dieu, Créateur de toutes choses, a voulu guérir un sourd-muet, il lui mit les doigts dans les oreilles et il prit de la salive et lui toucha la langue. Pourquoi ? Que signifient les doigts du Rédempteur, sinon les dons du Saint-Esprit ? C’est pour cela que, ailleurs, après avoir chassé un démon, il dit : « Si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, le Royaume de Dieu est donc venu jusqu’à vous. » Un autre évangéliste exprime cette même parole ainsi : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, le Royaume de Dieu est donc venu jusqu’à vous. » En mettant ces deux textes ensemble, on voit que l’Esprit est appelé doigt de Dieu. Donc, mettre les doigts dans les oreilles, c’est ouvrir à l’obéissance l’esprit du sourd par les dons du Saint-Esprit.

Huitième leçon. Et que veut dire : « Il prit de la salive et lui toucha la langue » ? Pour nous, la salive de la bouche du Rédempteur c’est la sagesse reçue par le discours divin. En effet, la salive découle de la tête dans la bouche. Ainsi, quand le Rédempteur qui est lui-même la Sagesse, touche notre langue, du coup, il la forme aux paroles de la prédication. « Il leva les yeux vers le ciel, et il gémit. » Non qu’il eût besoin de gémir, lui qui donnait ce qu’il demandait : Mais c’était pour nous apprendre à gémir vers celui qui siège au ciel, car nos oreilles doivent s’ouvrir par les dons du Saint-Esprit ; et la langue doit se délier en vue de la prédication par la salive de la bouche, c’est-à-dire par la science de la divine parole.

Neuvième leçon. « Et au même moment il lui dit : Effétha, c’est-à-dire : Ouvre-toi, ses oreilles s’ouvrirent, et du coup fut dénoué le lien de sa langue. » Notons ici que les mots « ouvre-toi » sont en fonction des oreilles bouchées. Mais dès que les oreilles du cœur sont ouvertes à l’obéissance, il s’en suit tout naturellement que le lien de la langue est dénoué pour dire aux autres d’accomplir les bonnes actions qu’on a soi-même accomplies. Alors on ajoute à bon droit : « Il parlait normalement. » Car celui qui pratique d’abord l’obéissance parle ensuite normalement pour exhorter les autres à exécuter ce qu’ils doivent faire.

ÉPÎTRE

Dimanche dernier, le Publicain nous rappelait l’humilité qui convient au pécheur. Aujourd’hui le Docteur des nations nous montre en sa personne que cette vertu ne sied pas moins à l’homme justifié, qui se souvient d’avoir autrefois offensé le Très-Haut. Le péché du juste, fût-il remis dès longtemps, demeure sans cesse devant ses yeux ; toujours prêt à s’accuser lui-même, il ne voit dans le pardon et l’oubli divins qu’un motif nouveau de ne jamais perdre, quant à lui, le souvenir de ses fautes. Les faveurs célestes qui viennent parfois récompenser la sincérité de son repentir, la manifestation des secrets de la Sagesse éternelle, l’entrée dans les puissances du Seigneur, en le conduisant plus avant dans l’intelligence des droits de la justice infinie, lui révèlent mieux aussi l’énormité des crimes volontaires qui sont venus s’adjoindre aux souillures de son origine. Bientôt, dans cette voie, l’humilité n’est plus seulement pour lui une satisfaction donnée à la justice et à la vérité par son intelligence éclairée d’en haut : à mesure qu’il vit avec Dieu d’une union plus étroite et qu’il s’élève par la contemplation dans la lumière et l’amour, la divine charité, qui le presse toujours plus en toutes manières, se fait un aliment du souvenir même de ses fautes. Elle sonde l’abîme d’où la grâce l’a tiré, pour s’élancer de ces profondeurs de l’enfer plus véhémente, plus dominante et plus active. C’est alors que la reconnaissance pour les richesses sans prix qu’il tient aujourd’hui de la libéralité souveraine ne suffit plus au pécheur d’autrefois, et que l’aveu de ses misères passées sort de son âme ravie comme un hymne au Seigneur.

Comme Augustin, à la suite de Paul, « il glorifie le Dieu juste et bon en publiant de soi le bien et le mal, afin de gagner à l’unique objet de sa louange et de son amour l’esprit et le cœur des humains. » Et le converti de Monique et d’Ambroise, l’illustre évêque d’Hippone, plaçait en tête de ses Confessions immortelles la parole des psaumes, qui expliquait son but et sa pensée : Vous êtes grand, Seigneur, et digne de toute louange ; grande est votre puissance, et sans mesure votre sagesse !

« Et c’est vous que l’homme prétend louer ! poursuit-il : l’homme, portion chétive de votre création, promenant partout sa mortalité, et, avec elle, le témoignage de son péché, le témoignage que vous résistez aux superbes ! Et pourtant, cet être infime qui veut vous louer, ô Dieu, vous l’excitez à se complaire en cette louange. Recevez donc l’hommage que vous offre ma langue formée pour louer votre Nom. Que ma chair et tous mes os, guéris par vous, s’écrient : Seigneur, qui est semblable à vous ? Que mon âme vous loue pour vous aimer ; que pour vous louer elle confesse vos miséricordes. Je veux repasser présentement dans ma pensée mes longs égarements, et vous immoler sur ma honte une hostie d’allégresse. Non que j’aime mes fautes ; mais c’est pour vous aimer, vous, mon Dieu, que je les rappelle ; c’est par amour de votre amour que je reviens à ces amertumes pour savourer vos délices, ô douceur qui ne trompez pas, douceur bienheureuse et sans périls, qui rassemblez mes puissances et les rappelez de la dispersion douloureuse où les avait jetées mon éloignement de vous, centre unique de tout être. Que suis-je pour moi sans vous, qu’un guide conduisant aux abîmes ? Lorsqu’en moi tout est bien, que suis-je, que le petit enfant au sein de sa mère, le nourrisson puisant en vous dans la jouissance une nourriture incorruptible ? Qu’est l’homme enfin, quelque homme qu’il soit, puisqu’il est homme ? Qu’ils rient de moi, les puissants, ceux-là, ô mon Dieu, qui n’ont pas encore eu l’heureuse fortune d’être terrassés et brisés par vous ! Nous les petits, en face de ces forts, nous nous confessons et vous louons dans notre misère. Point n’est besoin pour cela de la parole et de la voix, vous entendez les cris de la pensée : quand je suis mauvais, c’est me confesser et vous louer que de me déplaire à moi-même ; quand je suis bon, c’est me confesser et vous louer que de ne pas m’en attribuer la cause. Car si vous bénissez le juste[Psalm. V, 13.[]], ô Seigneur, c’est que vous l’avez d’abord justifié comme impie. »

C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, doit dire en effet le juste avec l’Apôtre ; et lorsque cette vérité fondamentale est affermie dans son âme, il peut sans crainte ajouter avec lui : Sa grâce n’a pas été stérile en moi. Car l’humilité repose sur la vérité, disions-nous Dimanche : on manquerait à la vérité en rapportant à l’homme ce qui, dans l’homme, vient du souverain Être ; mais ce serait aller aussi contre elle, que de ne pas reconnaître avec les saints les œuvres de la grâce où Dieu les a mises. Dans le premier cas, la justice se trouverait blessée non moins que la vérité ; dans le second, la gratitude. L’humilité, dont le but direct est d’éviter ces lésions injustes de la gloire due à Dieu en réfrénant les appétits de la superbe, devient ainsi d’autre part le plus sûr auxiliaire de la reconnaissance, noble vertu, qui, dans les chemins d’ici-bas, n’a pas de plus grand ennemi que l’orgueil.

Aux premiers temps de la conversion, il est bon, il est prudent et nécessaire même généralement, pour les âmes, d’insister plus dans leurs méditations sur la considération de leurs défauts et de leurs fautes que sur la pensée des faveurs divines ; toujours est-il, cependant, qu’alors même il n’est permis à aucun homme d’oublier qu’il doit non seulement pleurer ses crimes passés et veiller sur sa vie présente, mais aussi remercier sans fin l’auteur de son bienheureux changement et de ses progrès dans la vertu. Lorsque le chrétien ne peut voir en lui-même une grâce, un bien quelconque, sans qu’aussitôt il lui faille lutter pour écarter les complaisances de l’amour-propre et la pensée de se préférer à d’autres, il n’a pas à s’en troubler sans doute ; car le péché d’orgueil n’est pas dans la suggestion mauvaise qui peut s’en présenter, mais dans le consentement qu’on lui donne ; toutefois cette hésitation du regard intérieur n’est pas sans inconvénient dans les voies spirituelles, et l’homme qui veut s’élever vers Dieu doit tendre doucement à la faire disparaître. Avec l’aide de la grâce il raffermira peu à peu l’œil de son âme, et guérira, parla pratique des Sacrements, son infirmité de nature. Surtout, qu’en ce point, comme pour tant d’autres, il se confie pleinement à Dieu qui l’appelle ; de lui-même, il serait impuissante se dégager des restes involontaires du péché qui, comme autant d’humeurs viciées, faussent en lui la belle lumière des dons divins ou la font dévier par une réfraction malheureuse.

Si votre œil est simple, nous dit le Seigneur, votre corps tout entier sera lumineux, sans qu’aucune partie soit obscure ; la lumière vous illuminera pleinement et sûrement, parce qu’elle vous arrivera sans altération ni détour. C’est donc à la douce simplicité, fille de l’humilité et son inséparable compagne, qu’il appartient de nous dire comment s’allient dans les âmes, et se complètent mutuellement, la connaissance réfléchie des faveurs qu’elles reçoivent du ciel et la conscience de leur misère ; elle nous apprend, à la clarté des Écritures et à l’école des Saints, que se louer dans le Seigneur, se glorifier en Dieu, c’est louer et glorifier le Seigneur même. Quand Notre-Dame proclamait que toutes les générations l’appelleraient bienheureuse, l’enthousiasme divin qui l’animait n’était pas moins l’extase de son humilité que de son amour . La vie des âmes d’élite présente à chaque pas de ces transports sublimes, Où reprenant pour soi le cantique de leur Reine, elles magnifient le Seigneur en chantant les grandes choses qu’il fait par elles dans sa puissance. Lorsque saint Paul, après l’appréciation si basse qu’il porte de lui-même comparé aux autres Apôtres, ajoute que la grâce a été productive en lui et qu’il a travaillé plus qu’eux tous, ne croyons pas qu’il change de thème, ou que l’Esprit qui le dirige veuille corriger ainsi ses premières expressions ; un seul besoin, un même et unique désir lui inspire ces paroles en apparence diverses et contraires : le désir et le besoin de ne pas frustrer Dieu dans ses dons, soit par l’appropriation de l’orgueil, soit par le silence de l’ingratitude.

Nous nous sommes étendus de préférence sur ces réflexions que suggèrent les dernières lignes de notre Épître ; elles complètent ce que nous avions à dire de l’humilité, vertu indispensable d’où relève tout progrès comme toute sûreté dans la vie chrétienne. Ce que dit saint Paul au sujet de la résurrection du Seigneur, considérée comme fondement de la prédication apostolique et de la foi des nations, n’a pas moins d’importance ; mais le glorieux mystère qui fournit à l’année liturgique dans la Solennité des solennités son pivot et son centre, a été traité durant l’Octave de Pâques avec les développements qu’il mérite. Lors même que le défaut d’espace ne nous y contraindrait pas, nous ne saurions mieux faire que d’y renvoyer le lecteur. Le Graduel nous est donné, dans les ouvrages des pieux interprètes de la Liturgie, comme l’action de grâces des humbles, guéris par Dieu conformément à l’espérance qu’ils avaient mise en lui .

ÉVANGILE.

Jésus n’est plus dans la Judée ; le nom des lieux cités en tête de l’Évangile du jour indique que la gentilité est devenue le théâtre des opérations du salut. Quel est donc cet homme qu’on amène au Sauveur, et dont la misère arrache des soupirs au Verbe divin ? Que signifient les circonstances insolites avec lesquelles s’opère sa guérison ?

Cette guérison, d’un seul mot Jésus pouvait l’accomplir, et sa puissance en eût paru plus éclatante. Mais le miracle qui nous est raconté cache un plus grand mystère ; et l’Homme-Dieu, voulant ici surtout nous instruire, subordonne l’exercice de sa puissance au but d’enseignement qu’il poursuit.

Les saints Docteurs nous apprennent en effet que cet homme représente le genre humain tout entier en dehors du peuple juif. Abandonné depuis quatre mille ans dans les régions de l’aquilon où régnait seul le prince du monde, il a ressenti les effets désastreux de l’oubli dans lequel l’avait mis, semblait-il, son Créateur et Père, par suite du péché d’origine. Satan dont la ruse perfide l’a fait chasser du paradis, s’en étant emparé, s’est surpassé dans le choix du moyen qu’il a pris pour garder sa conquête. La tyrannie savante de l’oppresseur a réduit son esclave à un état de mutisme et de surdité qui le fixe mieux que des chaînes de diamant sous son empire ; muet pour implorer Dieu, sourd pour entendre sa voix, les deux routes qui pouvaient le conduire à la délivrance sont fermées pour lui. L’adversaire de Dieu et de l’homme, Satan peut s’applaudir. C’en est fait, on peut le croire, de la dernière des créations du Tout-Puissant, c’en est fait du genre humain sans distinction de familles ou de peuples ; car voici qu’elle-même, la nation gardée par le Très-Haut comme sa part de réserve au milieu de la défection des peuples, a profité de ses avantages pour renier plus cruellement qu’eux tous son Seigneur et son Roi !

L’Épouse que le Fils de Dieu était venu chercher sur la terre, la société des saints, doit-elle donc se réduire aux rares individualités qui s’attachèrent à lui durant les jours de sa vie mortelle ? Par le zèle de l’Église naissante et l’ineffable bonté du Seigneur, il n’en sera pas ainsi. Chassée de Jérusalem avec son Époux, l’Église a rencontré au delà des confins de Judée le captif de Satan ; elle le convoite pour le royaume de Dieu, et c’est elle qui, par ses apôtres et leurs disciples, l’amène à Jésus, en le priant d’imposer sur lui sa main divine. Car nulle puissance humaine ne saurait le guérir : non seulement, assourdi comme il l’est par le tumulte des passions, il n’entend plus que d’une manière confuse la voix même de sa conscience, et ne perçoit plus l’écho des traditions, les accents des prophètes, que comme un son lointain et sans force ; mais encore, l’ouïe ainsi éteinte, il a perdu, avec ce sens précieux plus que tous les autres ici-bas, la possibilité même de réparer ses pertes, puisque la foi qui pourrait seule le sauver vient de l’ouïe, nous dit l’Apôtre.

L’Homme-Dieu gémit en présence d’une misère si extrême. Et comment ne l’eût-il pas fait à la vue des ravages exercés par l’ennemi sur cet être d’élite, dans cette œuvre si belle dont lui-même avait fourni le modèle à la Trinité adorable aux premiers jours du monde ? Levant donc au ciel les yeux toujours exaucés de son humanité sainte, il voit l’acquiescement du Père aux intentions de sa compassion miséricordieuse ; et, reprenant l’usage de ce pouvoir créateur qui fit toutes choses par faites à l’origine, il prononce comme Dieu et comme Verbe la parole de restauration toute-puissante :

Ephphetha ! Le néant, ou plutôt, ici, la ruine pire que le néant, obéit à cette voix bien connue ; l’ouïe de l’infortuné se réveille ; elle s’ouvre avec délices aux enseignements que lui prodigue la tendresse triomphante de l’Église, dont les prières maternelles ont obtenu cette délivrance ; et la foi qui pénètre en lui du même coup produisant son effet, sa langue enchaînée reprend le cantique de louange au Seigneur interrompu par le fatal péché depuis des siècles.

Cependant l’Homme-Dieu, disions-nous, veut moins, dans cette guérison, manifester la puissance de sa parole divine qu’instruire les siens ; il veut leur révéler symboliquement les réalités invisibles produites par sa grâce dans le secret des sacrements. C’est pourquoi il emmène l’homme qu’on lui présente à l’écart, à l’écart de cette foule tumultueuse des passions et des vaines pensées qui l’avaient rendu sourd pour le ciel ; à quoi servirait-il en effet de le guérir, si, les causes de sa maladie n’étant pas éloignées, il doit retomber aussitôt ? Jésus, ayant donc garanti l’avenir, met dans les oreilles de chair de l’infirme ses doigts sacrés qui portent l’Esprit-Saint et font pénétrer jusqu’aux oreilles de son cœur la vertu réparatrice de cet Esprit d’amour. Enfin, plus mystérieusement encore, parce que la vérité qu’il s’agit d’exprimer est plus profonde, il touche avec la salive sortie de sa bouche divine cette langue devenue impuissante pour la confession et la louange ; et la Sagesse, car c’est elle qui est ici mystiquement signifiée, la Sagesse qui sort de la bouche du Très-Haut, et découle pour nous comme une onde enivrante de la chair du Sauveur, ouvre la bouche du muet, comme elle rend éloquente la langue des enfants qui ne parlaient pas encore.

Aussi l’Église, pour nous montrer qu’il s’agit figurativement, dans le fait de notre Évangile, non d’un homme isolé, mais de nous tous, a-t-elle voulu que les rites du baptême de chacun de ses enfants reproduisissent les circonstances de la guérison qui nous est racontée. Son ministre doit, avant de plonger dans le bain sacré l’élu qu’elle lui présente, déposer sur sa langue le sel de la Sagesse, et toucher les oreilles du néophyte en répétant la parole du Christ sur le sourd-muet : Ephphetha, c’est-à-dire ouvrez-vous. Il est une instruction d’un autre genre qui ressort également du récit évangélique, et que nous ne devons pas négliger, parce qu’elle arrive opportunément à la suite de ce que nous avons dit sur l’humilité. Jésus-Christ demande le silence aux témoins du miracle qu’il vient d’accomplir, bien qu’il n’ignore pas que leur légitime admiration ne tiendra nul compte de ses recommandations sur ce point. Mais il veut apprendre à ceux qui le suivent que s’il ne leur est pas toujours loisible d’empêcher l’éclat de jaillir de leurs œuvres, que si parfois l’Esprit-Saint lui-même se charge, en dépit de leurs efforts contraires, d’illustrer leur nom ici-bas pour la plus grande gloire du Dieu dont ils sont l’instrument, ils n’en doivent pas moins toujours, quant à eux, fuir l’ostentation, préférer l’abjection ou du moins le silence, et se cacher avec délices dans le secret de la face de leur Dieu, redisant avec une égale vérité à la suite des actions les plus retentissantes aussi bien qu’après les plus ignorées : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n’avons fait que ce que nous devions faire.

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Saint Gaétan de Thienne confesseur mémoire de Saint Donat Évêque et Martyr

7 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Gaétan de Thienne confesseur mémoire de Saint Donat Évêque et Martyr

Collecte

Dieu, vous avez donné au bienheureux Gaétan, votre Confesseur, d’imiter le genre de vie des Apôtres : accordez-nous, par son intercession et à son exemple, de mettre toujours en vous notre confiance et de ne désirer que les biens du ciel.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Gaétan naquit à Vicence, de la noble famille de Thienne. Aussitôt qu’elle lui eut donné le jour, sa mère l’offrit à la sainte Vierge, Mère de Dieu. L’innocence brilla tellement en lui dès ses tendres années, que tout le monde le nommait le Saint. Après avoir obtenu à Padoue le grade de docteur dans l’un et l’autre droit, il partit pour Rome, où le Pape Jules II le mit au rang des Prélats. Ordonné Prêtre, il fut si ardemment embrasé de l’amour de Dieu que, se dérobant à la cour, il se voua tout entier à Dieu. Ayant fondé des hôpitaux à ses propres frais, il y servait lui-même les pauvres pestiférés. Le zèle qu’il ne cessa de déployer pour le salut du prochain le fit surnommer le Chasseur d’âmes.

Cinquième leçon. Les mœurs du clergé étaient alors devenues moins régulières ; voulant les ramener à la forme de vie apostolique, il institua un ordre de Clercs réguliers, qui, se déchargeant de toute préoccupation quant aux biens terrestres, devaient ne posséder aucun revenu, ni demander aux fidèles de quoi subsister, mais se contenter, pour vivre, d’aumônes spontanément offertes. Ayant obtenu l’approbation de Clément VII, Gaétan, accompagné de Jean-Pierre Caraffa, Évêque de Chiéti depuis souverain Pontife sous le nom de Paul IV, et de deux autres personnages d’une grande piété, émit solennellement ses vœux devant l’autel majeur de la basilique du Vatican. Lors du sac de Rome, des soldats le brutalisèrent afin de lui extorquer l’argent qu’il avait déjà placé dans les trésors célestes par la main des pauvres. Les coups, les tortures, la prison, il supporta tout avec une patience invincible. Se confiant à la seule providence de Dieu, qui ne lui fit jamais défaut, ainsi que l’attestent plusieurs prodiges, il persévéra avec une constance inébranlable dans la règle de vie qu’il avait embrassée.

Sixième leçon. L’amour du culte divin, le zèle pour entretenir la maison de Dieu, l’observance des rites sacrés, une participation plus fréquente à l’adorable Eucharistie, furent les choses qu’il s’appliqua le plus à encourager. Plus d’une fois il découvrit et confondit à néant les embûches et les erreurs de l’hérésie. Il prolongeait son oraison pendant huit heures environ, et l’accompagnait de larmes, souvent ravi en extase. Le don de prophétie l’a rendu célèbre. Étant, la nuit de Noël, près de la crèche du Seigneur, à Rome, il mérita de recevoir dans ses bras l’enfant Jésus, des mains de la Vierge Mère. Quelquefois Gaétan passait des nuits entières à châtier son corps à coups de discipline ; jamais on ne put l’amener à adoucir l’austérité de sa vie, et il témoigna souvent le désir qu’il avait de mourir couché sur la cendre et revêtu d’un cilice. Enfin la douleur qu’il ressentit de voir le peuple offenser Dieu par une sédition le fit tomber malade et, réconforté par une vision céleste, son âme passa de la terre au ciel. C’est à Naples qu’il mourut, et l’on y conserve très religieusement son corps dans l’église de Saint-Paul. Les miracles qu’il opéra pendant sa vie et après sa mort l’ont rendu glorieux, et le souverain Pontife Clément X l’a inscrit au nombre des Saints.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Liber 2 de Sermone Domini in monte, cap. 14

Septième leçon. « Nul ne peut servir deux maîtres ». A cette même intention (bonne ou mauvaise), se rapporte ce que notre Seigneur expose en conséquence de son assertion, disant : « Ou il haïra l’un et il aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre ». Il faut examiner attentivement ce passage ; le Seigneur lui-même indique quels sont ces deux maîtres, en ajoutant : « Vous ne pouvez servir Dieu et mammon ». Les Hébreux donnent, dit-on, aux richesses, le nom de mammon. En langue punique, ce mot a le même sens ; car mammon signifie gain.

Huitième leçon. Servir mammon, c’est être l’esclave de celui que sa perversité a préposé aux choses terrestres, et que le Seigneur appelle « prince de ce monde ». Donc : « ou l’homme le haïra et aimera l’autre », c’est-à-dire Dieu, « ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre ». En effet, quiconque est esclave des richesses, s’attache à un maître dur et a une domination funeste ; enchaîné par sa cupidité, il subit la tyrannie du démon, et certes il ne l’aime pas ; car, qui peut aimer le démon ? Mais cependant il le supporte.

Neuvième leçon. « C’est pourquoi, continue le Sauveur, je vous dis : Ne vous inquiétez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez ». Il ne veut pas que notre cœur se partage à la recherche, non seulement du superflu, mais même du nécessaire, et que, pour nous le procurer, notre intention se détourne de sa véritable fin, dans les actions que nous paraissons faire par un motif de miséricorde. C’est-à-dire qu’il ne veut pas que, tout en paraissant nous dévouer aux intérêts du prochain, nous ayons moins en vue son utilité que notre avantage personnel, et que nous nous regardions comme exempts de fautes, parce que nous ne voulons obtenir que le nécessaire et non le superflu.

Gaétan apparut comme le zélateur du sanctuaire, à l’heure où la fausse réforme lançait par le monde ses manifestes de révoltée. La grande cause du péril d’alors avait été l’insuffisance des gardiens de la cité sainte, leur connivence par complicité de cœur ou d’esprit avec les doctrines et les mœurs païennes, qu’une renaissance mal entendue avait ramenées. Ravagée par le sanglier de la forêt, la vigne du Dieu des armées retrouverait-elle jamais sa fertilité des beaux jours? Gaétan reçut de l’éternelle Sagesse la révélation du nouveau mode de culture qui convenait à cette fin pour une terre épuisée.

L’urgent besoin de ces jours néfastes était le relèvement du clergé par la dignité de la vie, le zèle et la science. Il fallait à cette œuvre des hommes qui, clercs eux-mêmes dans l’acception entière du mot et la variété des obligations qu’il comporte, fussent pour les membres de la sainte hiérarchie un modèle permanent de la perfection primitive, un supplément à leurs impuissances, un levain qui peu à peu régénérerait et soulèverait la masse entière Mais où trouver ailleurs que dans la vie des conseils et la stabilité des trois vœux qui en forment l’essence, l’impulsion, la puissance, la durée nécessaires aux éléments d’une telle entreprise ? L’inépuisable fécondité de l’Ordre religieux ne fit pas plus défaut à l’Église en ces temps de décadence qu’aux époques de sa gloire. Après les moines tournés vers Dieu dans leurs solitudes, et attirant sur la terre qu’ils semblaient oublier la lumière et l’amour ; après les familles des religieux mendiants, gardant par le monde leurs habitudes claustrales et l’austère parfum du désert : les clercs réguliers faisaient leur entrée sur le champ de bataille, où leur poste de combat, leur genre extérieur de vie, leur costume même, allaient confondre leurs rangs avec ceux de la milice séculière ; ainsi on fortifie les cadres d’une troupe hésitante en y versant des soldats éprouvés de mêmes armes, qui agissent par la parole, l’exemple et l’entraînement sur les faibles.

Comme d’autres avaient été les initiateurs des grandes formes antérieures de la vie religieuse, Gaétan fut le patriarche des Clercs réguliers. Le 24 juin 1524, un bref de Clément VII approuvait sous ce nom l’institut qu’il fondait cette année même avec l’évêque de Théate, d’où vint aussi aux nouveaux religieux l’appellation de Théatins. Bientôt, Barnabites, compagnie de Jésus, Somasques de saint Jérôme Émilien, clercs réguliers Mineurs de saint François Carracciolo, clercs réguliers Ministres des infirmes, clercs réguliers des Écoles pies, clercs réguliers de la Mère de Dieu, d’autres encore, se pressaient dans la voie ouverte et montraient l’Église toujours seule belle, toujours digne de l’Époux, laissant retomber de son poids sur l’hérésie l’accusation d’impuissance qu’elle lui avait lancée.

Ce fut sur le terrain du détachement des richesses, dont l’amour avait causé mille maux dans l’Église, que Gaétan voulut commencer et qu’il mena le plus avant la réforme. On vit les Théatins présenter au monde un spectacle inconnu depuis les Apôtres, pousser le zèle du dénuement jusqu’à s’interdire la faculté de mendier, et attendre toutes choses de l’initiative spontanée des fidèles. Héroïque hommage rendu à la Providence de Dieu, à l’heure même où Luther en niait l’existence, et que maintes fois le Seigneur se plut à reconnaître par des prodiges.

Qui comme vous, ô grand Saint, fit honneur à la parole de l’Évangile : Ne vous inquiétez du manger, ni du boire, ni du vêtement ? Vous connaissiez aussi l’autre parole, également divine : Celui qui travaille mérite qu’on le nourrisse ; vous saviez qu’elle s’appliquait principalement aux ouvriers de la doctrine ; vous n’ignoriez point que d’autres semeurs du Verbe avaient avant vous fondé sur elle l’incontestable droit de leur pauvreté, embrassée pour Dieu, à revendiquer du moins le pain de l’aumône. Sublime revendication d’âmes affamées d’opprobres à la suite de Jésus, et rassasiant en elles ainsi surtout l’amour ! Mais la Sagesse qui plie les aspirations des saints aux circonstances du temps où elle place leur vie mortelle, fit prédominer en vous sur la soif des humiliations l’ambition d’exalter dans votre pauvreté la sainte Providence ; n’était-ce pas ce qu’il fallait à un siècle dont le néo-paganisme semblait, avant même d’avoir écouté l’hérésie, ne plus compter sur Dieu ? Hélas ! de ceux même à qui le Seigneur s’était donné pour possession au milieu des enfants d’Israël, on pouvait trop justement dire : Ils recherchent comme des païens les biens de ce monde. Vous eûtes à cœur, ô Gaétan, de justifier le Père qui est aux cieux, de montrer qu’il était toujours prêt à tenir la promesse faite pour lui par son Fils adoré : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

C’était bien ainsi que, par le fait, il s’imposait de commencer la réforme du sanctuaire à laquelle vous aviez résolu de dévouer votre vie. Il fallait tout d’abord rappeler les membres de la sainte milice à l’esprit de la formule sacrée qui fait les clercs, au jour béni où, déposant l’esprit du siècle avec ses livrées, ils disent dans la joie de leur cœur : Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice ; c’est vous, à Dieu, qui me rendrez mon héritage.

Le Seigneur, ô Gaétan, reconnut alors votre zèle et bénit vos efforts. Gardez en nous le fruit de votre labeur. La science des rites sacrés reste grandement redevable à vos fils ; puissent-ils prospérer, dans une fidélité renouvelée aux traditions de leur père. Que votre bénédiction de patriarche accompagne toujours les nombreuses familles des Clercs réguliers marchant à la suite de la vôtre. Que tous les ministres de la sainte Église éprouvent qu’au ciel vous restez puissant pour les maintenir, et, au besoin, les ramener dans la voie de leur saint état, comme vous l’étiez sur la terre. Que l’exemple de votre confiance sublime en Dieu apprenne à tous les chrétiens qu’ils ont au ciel un Père dont la Providence n’est jamais en défaut pour ses fils.

 

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Transfiguration de Notre-Seigneur mémoire de Saint Sixte Pape et des Saints Félicissime et Agapit Martyr

6 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

Transfiguration de Notre-Seigneur  mémoire de Saint Sixte Pape et des Saints Félicissime et Agapit Martyr

Introït

Vos éclairs ont illuminé le monde : la terre a tremblé et fut bouleversée. Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur des armées ! Mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur.

Collecte

Dieu, vous avez affermi les mystères de la foi dans la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique, par le témoignage des anciens pères, et, par la voix que vous avez fait entendre dans la nuée lumineuse, vous nous avez marqués de la grâce de la parfaite adoption : faites-nous, au moyen de votre miséricorde, cohéritiers de ce même Roi de gloire et participants de cette même gloire.

Épitre 2. Pi 1, 16-19

Mes bien-aimés : Ce n’est pas, en effet, sur la foi de fables ingénieusement imaginées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais en témoins oculaires de sa majesté. En effet, il reçut honneur et gloire de Dieu le Père, lorsque de la gloire magnifique une voix se fit entendre qui disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances, écoutez-le". Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi a été confirmée pour nous l’Écriture prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à poindre et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

Évangile Mt, 17, 1-9

En ce temps-là : Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec lui. Alors Pierre prenant la parole, dit à Jésus : Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit ; et voici qu’une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. Les disciples, l’entendant, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Lorsqu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de ce que vous avez vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

Postcommunion

Faites, nous vous le demandons, Dieu tout-puissant : que nous parvenions l’âme purifiées à l’intelligence des mystères sacrés de la Transfiguration de votre Fils ; mystères que nous célébrons dans cet office solennel.

 

Office

4e leçon

Sermon de saint Léon, Pape

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis ; et cette forme corporelle, qui lui est commune avec le reste des hommes, il la fait briller d’une telle splendeur, que « son visage est éblouissant comme le soleil, et son vêtement aussi blanc que la neige ». Dans cette transfiguration, il avait sans doute pour but principal d’ôter du cœur de ses disciples le scandale de la croix, et de faire que l’ignominie volontaire de sa mort ne pût déconcerter ceux devant qui se serait découverte l’excellence de sa dignité cachée. Mais il n’avait pas moins en vue de fonder l’espérance de la sainte Église : en sorte que le corps entier du Christ, ayant connu quelle transformation lui était réservée, chacun des membres pût se promettre de partager la gloire dont le chef aurait brillé par avance.

5e leçon

Mais voulant affermir les Apôtres et les élever à une science parfaite, le Seigneur renferma encore une autre instruction dans ce miracle. Car Moïse et Élie, autrement la Loi et les Prophètes, apparurent s’entretenant avec lui. Cette réunion de cinq personnes accomplissait très exactement ce que dit l’Écriture : « Sur la parole de deux ou trois témoins, tout est avéré ». Quoi de mieux établi, quoi de plus certain qu’une chose que la trompette de l’ancien Testament et celle du nouveau annoncent de concert, qu’une chose au sujet de laquelle les instruments des témoignages antiques s’accordent avec la doctrine évangélique ? En effet, les livres des deux alliances s’accordent parfaitement ensemble : et celui qu’autrefois les figures avaient annoncé sous le voile de leurs mystères, se montre aujourd’hui à découvert dans la splendeur de sa gloire.

6e leçon

Animé donc par ces révélations de choses mystérieuses, l’Apôtre Pierre, tout au mépris du monde et au dégoût de la terre, se laisse emporter hors de lui-même jusqu’au ravissement des désirs éternels ; et rempli de joie par tout ce qu’il a devant lui, il ne demande plus qu’à demeurer avec Jésus en ce lieu où le délecte la manifestation de sa gloire. C’est ce qui lui fait dire : « Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous voulez, dressons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie ». Mais le Seigneur ne répondit pas à cette proposition de Pierre, lui marquant ainsi que son souhait, sans être mauvais, n’était pas dans l’ordre, puisque le monde ne pouvait être sauvé que par la mort du Christ. C’était aussi pour amener la foi des croyants à comprendre qu’au milieu des tentations de cette vie, si l’on ne doit jamais douter des promesses de la béatitude, il faut néanmoins demander la patience plutôt que la gloire.

7e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome

Le Seigneur avait beaucoup parlé de périls à ses disciples, beaucoup aussi de sa passion et de sa mort : il leur avait souvent prédit qu’on les ferait mourir eux-mêmes, et leur avait enjoint bien des choses austères et difficiles. Or ces maux étaient pour la vie présente, et pour un temps déjà tout proche ; tandis qu’au contraire, ce qu’il leur annonçait d’heureux, à savoir, qu’en perdant leur vie ils sauveraient leurs âmes ; que lui-même viendrait en la gloire de son Père leur décerner des récompenses : tout cela n’était qu’en espérance et en expectative. Voulant donc affermir leur certitude au moyen de la vue, et leur montrer ce qu’est la gloire avec laquelle il doit revenir, il leur découvre et leur manifeste cette gloire, autant qu’ils sont capables de la contempler en ce monde, de manière à les empêcher, tous, et surtout Pierre, de s’attrister trop de leur mort et de celle de leur Maître.

8e leçon

Et voyez comment procède notre Seigneur, en parlant aux siens du royaume et de la géhenne. Par ces mots : « Celui qui trouve son âme la perdra, et quiconque la perd à cause de moi la trouvera » ; et par ceux-ci : « Il rendra à chacun selon ses œuvres » ; Jésus-Christ a fait allusion, et au royaume et à la géhenne. Après donc avoir ainsi parlé de l’un et de l’autre, il permet de jeter les yeux sur le royaume, mais il ne fait point voir la géhenne, parce que cela n’eût été nécessaire qu’à l’égard des hommes très grossiers et des plus ignorants ; tandis que pour les Apôtres qui étaient vertueux et perspicaces, il suffisait de les affermir par la vue de choses meilleures. Cela convenait aussi beaucoup mieux au Seigneur lui-même. Toutefois il n’a pas absolument écarté l’autre moyen, et quelquefois il met, on peut dire, devant les yeux, l’horrible tableau de la géhenne, comme en retraçant l’histoire de Lazare, et en nous parlant du créancier qui réclame cent deniers.

9e leçon

Quant à vous, remarquez la philosophie de saint Matthieu, qui n’a point passé sous silence les noms des Apôtres qui lui furent préférés. Saint Jean a agi de même ; car très souvent, il raconte avec beaucoup de fidélité et de soin ce qui est spécialement à la gloire de Pierre. C’est que, dans cette communauté des Apôtres, la jalousie et la vaine gloire n’avaient aucune place. Jésus donc prit à part les premiers d’entre les Apôtres. Pourquoi n’emmena-t-il qu’eux seuls ? Apparemment parce qu’ils se distinguaient de tous les autres. Et pourquoi n’a-t-il fait cela qu’au bout de six jours et non point sur-le-champ ? Afin que les autres disciples ne fussent pas agités de sentiments humains ; c’est pourquoi il n’a pas non plus nommé ceux qu’il devait prendre avec lui.

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QUAND LES GENS DIRONT : « PAIX ! TRANQUILLITÉ ! »

5 Août 2021 , Rédigé par Ludovicus

QUAND LES GENS DIRONT : « PAIX ! TRANQUILLITÉ ! »

QUAND LES GENS DIRONT : « PAIX ! TRANQUILLITÉ ! »

Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n'avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre.

Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit.

Quand les gens diront : « Paix ! Tranquillité ! », c'est alors que, tout à coup, la catastrophe s'abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper.

Mais vous, frères, comme vous n'êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.
En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n'appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.
Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.

Les gens qui dorment, c'est la nuit qu'ils dorment ; ceux qui s'enivrent, c'est la nuit qu'ils sont ivres, mais nous qui sommes du jour, restons sobres ; mettons la cuirasse de la foi et de l'amour et le casque de l'espérance du salut.

Car Dieu ne nous a pas destinés à subir la colère, mais à entrer en possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ, mort pour nous afin de nous faire vivre avec Lui, que nous soyons en train de veiller ou de dormir.

Ainsi, réconfortez-vous mutuellement et édifiez-vous l'un l'autre, comme vous le faites déjà.

Nous vous demandons, frères, de reconnaître ceux qui se donnent de la peine parmi vous, ceux qui, dans le Seigneur, vous dirigent et vous donnent des avertissements ; estimez-les infiniment avec amour en raison de leur travail. Vivez en paix entre vous.

Nous vous en prions, frères : avertissez ceux qui vivent de façon désordonnée, donnez du courage à ceux qui en ont peu, soutenez les faibles, soyez patients envers tous.

Prenez garde que personne ne rende le mal pour le mal, mais recherchez toujours ce qui est bien, entre vous et avec tous.

Soyez toujours dans la joie,

priez sans relâche,

rendez grâce en toute circonstance : c'est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus.

N'éteignez pas l'Esprit,

ne méprisez pas les prophéties,

mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ;

éloignez-vous de toute espèce de mal.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ.

Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

Frères, priez aussi pour nous.

Saluez tous les frères par un baiser de paix.

Je vous en conjure au nom du Seigneur : que cette lettre soit lue à tous les frères.

La grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous.  I Th 5

 

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