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Les 7 Frères et les Saintes Rufine et Seconde martyrs

10 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Les 7 Frères et les Saintes Rufine et Seconde martyrs

Collecte

Dieu tout puissant, faites, nous vous en prions, qu’ayant connu combien vos glorieux Martyrs ont été fermes dans la confession de leur foi, nous ressentions les effets de leur pieuse intercession auprès de vous.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. A Rome, pendant la persécution de Marc-Aurèle Antonin, sept frères, fils de sainte Félicité, furent mis à l’épreuve par le préfet Publius, qui eut recours à la flatterie, puis à d’effrayantes menaces pour les amener à renoncer au Christ, et à vénérer les faux dieux ; mais les Martyrs persévérèrent dans la profession de la vraie foi, grâce à leur propre courage et aux exhortations de leur mère, et subirent la mort de différentes façons. On déchira Janvier à coups de fouets garnis de plomb ; Félix et Philippe succombèrent à la bastonnade ; Silvain fut précipité d’un lieu très élevé ; Alexandre, Vital et Martial eurent la tête tranchée. Quatre mois après, leur mère obtint la même palme du martyre. Pour eux, ils rendirent leur âme au Seigneur le six des ides de juillet.

Cinquième leçon. Les deux sœurs, Rufine et Seconde, vierges romaines, avaient été fiancées par leurs parents, l’une à Armentarius et l’autre à Vénirus. Elles refusèrent ces alliances pour garder la virginité qu’elles avaient vouée à Jésus-Christ, et furent arrêtées sous le règne de Valérien et de Gallien. Le préfet Junius ne pouvant leur faire abandonner leur résolution ni par les promesses ni par la crainte des châtiments, donna l’ordre que Rufine, la première, fût bat tue de verges ; pendant qu’on la frappait, Seconde interpella ainsi le juge : « Pourquoi réserver tout l’honneur à ma sœur, et à moi l’ignominie ? Commande que nous soyons frappées en même temps, puisque nous confessons également la divinité du Christ. » Irrité de ces paroles, le juge les fit jeter dans un cachot ténébreux et fétide : la prison s’étant aussitôt remplie d’une vive lumière et d’une suave odeur, on les renferma dans un bain d’eau bouillante d’où elles sortirent saines et sauves ; alors on leur attacha une pierre au cou et on les jeta dans le Tibre ; mais un Ange les délivra de ce nouveau péril. Enfin on leur trancha la tête en dehors de la Ville, au dixième mille sur la voie Aurélia. Leurs corps ensevelis par la matrone Plautilla dans l’une de ses terres, furent transférés plus tard dans la Ville, et déposés dans la basilique Constantinienne, près le baptistère.

Sermon de saint Augustin, Évêque. Sermo 110 de diversis.

Sixième leçon. Mes frères, un grand spectacle a été offert aux yeux de notre foi. Notre oreille a entendu et notre âme a contemplé une mère qui, par des sentiments bien opposés aux vœux ordinaires de la nature, souhaite voir ses fils mourir avant elle. Tous les hommes veulent, en quittant ce monde, précéder leurs enfants, et non les suivre. Mais elle, elle a formé le souhait de mourir la dernière. C’est qu’elle ne perdait pas ses fils, elle ne faisait que les envoyer en avant, considérant, non point quelle vie finissait, mais quelle vie commençait pour eux. Car ils cessaient de vivre ici-bas, où ils devaient mourir un jour ou l’autre, et ils commençaient de vivre pour ne jamais cesser de vivre. Pour elle, c’est peu d’assister à leur mort : nous l’avons admirée les exhortant à mourir ; plus féconde en vertus qu’en enfants, en les voyant au combat, elle-même combattait avec eux tous ; en les voyant remporter la victoire, elle-même en eux tous était victorieuse.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape.. Homilia 3 in Evangelia.

Septième leçon. Très chers frères, la leçon que l’on vient de lire dans le saint Évangile est courte, mais elle est importante par les grands mystères qu’elle contient. En effet, Jésus, notre Créateur et notre Rédempteur, ayant feint de ne pas connaître sa mère, donne à entendre qui est sa mère, et qui sont ses proches, non par le lien du sang, mais par l’union de l’esprit. « Qui est ma mère, dit-il, et qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère ». En s’exprimant ainsi que veut-il signifier, sinon qu’il trouve chez les Gentils à rassembler beaucoup de cœurs dociles, et que les Juifs, dont il est frère par le sang, il ne les connaît plus ?

Huitième leçon. Rien d’étonnant à ce que celui qui fait la volonté du Père céleste soit appelé sœur et frère du Seigneur, eu égard aux deux sexes qui tous deux sont appelés à la foi ; mais qu’il soit aussi appelé sa mère, voilà une chose surprenante. Comme Jésus daigna donner à ses fidèles disciples le nom de frères, quand il a dit : « Allez, annoncez à mes frères » ; il nous faut examiner comment celui qui, en se convertissant à la foi, est devenu le frère du Seigneur, peut encore être sa mère.

Neuvième leçon. Apprenons-le donc : celui qui est sœur et frère du Christ par le fait de croire en lui, devient sa mère en le prêchant. C’est comme l’enfanter que de le déposer dans l’âme de celui qui vous écoute, et on est devenu sa mère par la prédication, lorsque l’amour du Seigneur a pris naissance dans un cœur à la voix de celui qui exhorte. Cette vérité, l’exemple de sainte Félicité dont nous célébrons aujourd’hui la fête vient opportunément la confirmer ; par la foi, elle a été la servante du Christ ; par la parole, elle est devenue sa mère. Les Actes de son martyre les plus autorisés nous disent qu’elle a eu autant de crainte de laisser ses sept fils lui survivre dans la chair, que les parents charnels en ont d’ordinaire de voir leurs enfants mourir avant eux.

Trois fois en quelques jours, à la gloire de la Trinité, le septénaire va marquer dans la sainte Liturgie le règne de l’Esprit aux sept dons. Félicité, Symphorose, la Mère des Machabées, échelonnent sur la route qui conduit au mois de l’éternelle Sagesse le triple bataillon des sept fils que leur donna le ciel. L’Église, que Pierre et Paul viennent de quitter par la mort, poursuit sans crainte ses destinées ; car les martyrs font de leur corps un rempart au dépôt sacré du témoignage apostolique. Vivants, ils sont la force de l’Épouse ; leur trépas ne saurait l’appauvrir : semence de chrétiens, leur sang versé dans les tourments multiplie l’immense famille des fils de Dieu. Mystère sublime du monde des âmes ; c’est donc au temps où la terre pleure l’extinction de ses races les plus généreuses, qu’elles font souche dans les cieux pour les siècles sans fin. Ainsi en sera-t-il toujours ; devenue plus rare avec la suite des âges, la consécration du martyre laissera en ce point sa vertu à l’holocauste de la virginité dans la voie des conseils.

La foi d’Abraham fut grande d’avoir espéré, contre toute espérance, qu’il serait le père des nations en cet Isaac qu’il reçut l’ordre un jour d’immoler au Seigneur ; la foi de Félicité aujourd’hui est-elle moindre, lorsqu’à l’immolation sept fois renouvelée des fruits de son sein, elle reconnaît le triomphe de la vie et la bénédiction suprême donnée à sa maternité ? Honneur à elle, comme à ses devancières, comme aux émules que suscitera son exemple ! Nobles sources, épanchant l’abondance de leurs eaux sur le sable aride du désert, elles recueillent le dédain des sages de ce siècle ; mais c’est par elles que la stérile gentilité se transforme à cette heure en un paradis du Seigneur, par elles encore qu’après le défrichement du premier âge le monde verra sa fertilité maintenue.

Marc Aurèle venait de monter sur le trône impérial, où dix-neuf ans de règne n’allaient montrer en lui que le médiocre écolier des rhéteurs sectaires du second siècle. En politique comme en philosophie, le trop docile élève ne sut qu’épouser les étroites et haineuses idées de ces hommes pour qui la lumineuse simplicité du christianisme était l’ennemie. Devenus par lui préfets et proconsuls, ils firent de ce règne si vanté le plus froidement persécuteur que l’Église ait connu. Le scepticisme du césar philosophe ne l’exemptait pas au reste de la loi qui, chez tant d’esprits forts, ne dépossède le dogme que pour mettre en sa place la superstition. Par ce côté la foule, tenue à l’écart des élucubrations de l’auteur des Pensées, retrouvait son empereur ; césar et peuple s’entendaient pour ne demander de salut, dans les malheurs publics, qu’aux rites nouveaux venus d’Orient et à l’extermination des chrétiens. L’allégation que les massacres d’alors se seraient perpétrés en dehors du prince, outre qu’elle ne l’excuserait pas, ne saurait se soutenir ; c’est un fait aujourd’hui démontré : parmi les bourreaux de tout ce que l’humanité eut jamais de plus pur, avant Domitien, avant Néron lui-même, stigmatisé plus qu’eux de la tache du sang des martyrs, doit prendre place Marc Aurèle Antonin.

La condamnation des sept fils de sainte Félicité fut la première satisfaction donnée par le prince à la philosophie de son entourage, à la superstition populaire, et, pourquoi donc hésiter à le dire si l’on ne veut en plus faire de lui le plus lâche des hommes, à ses propres sentiments. Ce fut lui qui, personnellement, donna l’ordre au préfet Publius d’amener à l’apostasie cette noble famille dont la piété irritait les dieux ; ce fut lui encore qui, sur le compte rendu de la comparution, prononça la sentence et arrêta qu’elle serait exécutée par divers juges en divers lieux, pour notifier solennellement les intentions du nouveau règne. L’arène, en effet, s’ouvrait à la fois sur tous les points, non de Rome seule, mais de l’empire ; l’intervention directe du souverain signifiait aux magistrats hésitants la ligne de conduite qui ferait d’eux les bienvenus du pouvoir. Bientôt Félicité suivait ses fils ; Justin le Philosophe expérimentait la sincérité de l’amour apporté par César à la recherche de la vérité ; toutes les classes fournissaient leur appoint aux supplices que le salut de l’empire réclamait de la haute sagesse du maître du monde : jusqu’à ce que sur la fin de ce règne qui devait se clore, comme il avait commencé, comme il s’était poursuivi, dans le sang, un dernier rescrit du doux empereur amenât les hécatombes où Blandine l’esclave et Cécile la patricienne réhabilitaient par leur courage l’humanité, trop justement humiliée des flatteries données jusqu’à nos temps à ce triste prince.

Jamais encore le vent du midi n’avait à ce point fait de toutes parts couler la myrrhe et les parfums dans le jardin de l’Époux ; jamais contre un effort aussi prolongé de tous ses ennemis, sous l’assaut combiné du césarisme et de la fausse science donnant la main aux hérésies du dedans, jamais pareillement l’Église ne s’était montrée invincible dans sa faiblesse comme une armée rangée en bataille. L’espace nous manque pour exposer une situation qui commence à être mieux étudiée de nos jours, mais reste loin d’être pleinement comprise encore. Sous le couvert de la prétendue modération antonine, la campagne de l’enfer contre le christianisme atteint son point culminant d’habileté à l’époque même qui s’ouvre par le martyre des sept Frères honorés aujourd’hui. Les attaques furibondes des césars du troisième siècle, se jetant sur l’Église avec un luxe d’atrocités que Marc Aurèle ne connut pas, ne seront plus qu’un retour de bête fauve qui sent lui échapper sa proie.

Les choses étant telles, on ne s’étonnera pas que l’Église ait dès l’origine honoré d’un culte spécial le septénaire de héros qui ouvrit la lutte décisive dont le résultat fut la preuve qu’elle était bien désormais invincible à tout l’enfer. Et certes, le spectacle que les saints de la terre ont pour mission de donner au monde eut-il jamais scène plus sublime ? S’il fut combat auquel purent applaudir de concert et les anges et les hommes, n’est-ce pas celui du 10 juillet 162, où, sur quatre points à la fois des abords de la Ville éternelle, conduits par leur héroïque mère, ces sept fils de l’antique patriciat engagèrent l’assaut qui devait, dans leur sang, arracher Rome aux parvenus du césarisme et la rendre à ses immortelles destinées ? Quatre cimetières, après le triomphe, obtinrent l’honneur d’accueillir dans leurs cryptes sacrées les dépouilles des martyrs ; tombes illustres, qui devaient en nos temps fournir à l’archéologie chrétienne l’occasion des plus belles découvertes et l’objet des plus doctes travaux. Aussi loin qu’il est possible de remonter à la lumière des plus authentiques monuments, le VI des ides de juillet apparaît, dans les fastes de l’Église Romaine, comme un jour célèbre entre tous, en raison de la quadruple station conviant les fidèles aux tombeaux de ceux que par excellence on nommait les Martyrs. L’âge de la paix maintint aux sept Frères une dénomination d’autant plus glorieuse, au sortir de la mer de sang où sous Dioclétien l’Église s’était vue plongée ; des inscriptions relevées dans les cimetières mêmes qui n’avaient pas eu la faveur de garder leurs restes, désignent encore au IVe siècle le 11 juillet sous l’appellation de lendemain du jour des Martyrs.

En cette fête de la vraie fraternité qu’exalte l’Église, deux sœurs vaillantes partagent l’honneur rendu aux sept Frères. Un siècle avait passé sur l’empire. Les Antonins n’étaient plus. Valérien, qui d’abord sembla vouloir comme eux mériter pour sa modération les éloges de la postérité, venait de glisser sur la pente sanglante à son tour : frappant à la tête, il décrétait du même coup l’extermination sans jugement des chefs de l’Église, et l’abjuration sous les peines les plus graves de tout chrétien d’une illustre origine. Rufine et Seconde durent aux édits nouveaux de croiser leurs palmes avec celles de Sixte et de Laurent, de Cyprien et d’Hippolyte. Elles étaient de la noble famille des Turcii Asterii que de modernes découvertes ont également remis en lumière. En s’en tenant aux prescriptions de Valérien, qui n’ordonnait contre les femmes chrétiennes que la confiscation et l’exil, elles eussent paru devoir échapper à la mort ; mais leur crime de fidélité au Seigneur était aggravé par le vœu de la sainte virginité qu’elles avaient embrassée : leur sang mêla sa pourpre à la blancheur du lis qui avait leur amour. La Basilique Mère et Maîtresse garde, près du baptistère de Constantin, les reliques des deux sœurs ; le second siège cardinalice des princes de la sainte Église est placé sous leur protection puissante, et joint à son titre de Porto celui de Santa-Rufina.

Enfants, louez le Seigneur ; chantez celui qui, dans sa maison, donne à la stérile une couronne de fils ». Ainsi l’Église ouvre aujourd’hui ses chants. Était-elle donc stérile, ô Martyrs, la mère glorieuse qui vous avait donnés tous les sept à la terre ? Mais la fécondité qui s’arrête à ce monde ne compte pas devant Dieu ; ce n’est point elle qui répond à la bénédiction tombée des lèvres du Seigneur, au commencement, sur l’homme fait par lui son semblable. Saint et fils de Dieu, c’était une lignée sainte, une race divine, qu’il recevait mission de propager par le Croissez et multipliez du premier jour. Ce que fut la première création, toute naissance devait l’être : l’homme était réservé à ce degré d’honneur de ne communiquer sa propre existence à d’autres hommes ses semblables, qu’en leur donnant avec elle la vie du Père qui est aux cieux ; celle-ci devait être aussi inséparable de la vie naturelle qu’un édifice l’est du fondement qui le porte, et, dans l’intention de Dieu, la nature appelait la grâce non moins que le cadre appelle l’œuvre d’art pour laquelle il est fait.

Trop tôt le péché brisa l’harmonie des lignes du plan divin ; la nature fut violemment séparée de la grâce, et ne produisit plus que des fils de colère. Le Dieu riche en miséricorde n’abandonnait point cependant les projets de son amour immense ; lui qui dès la première création nous eût voulus pour fils, nous créait comme tels à nouveau dans son Verbe fait chair. Ombre d’elle-même, ne donnant plus directement naissance aux fils de Dieu, l’union d’Adam et d’Ève était découronnée de cette gloire près de laquelle eussent pâli les sublimes prérogatives des esprits angéliques ; mais elle restait la figure du grand mystère du Christ et de l’Église.

La maternité s’était dédoublée. Stérile pour Dieu, confinée dans la mort qu’elle avait attirée sur sa race, l’ancienne Ève ne pouvait plus qu’en participation de la nouvelle mériter son titre de mère des vivants. A cette condition toutefois de s’incliner devant les droits de celle que l’Adam nouveau a choisie comme Épouse, l’honneur demeurait grand pour elle, et il lui était loisible de réparer en partie sa déchéance. Mieux que la fille de Pharaon sauvant Moïse et le confiant à Jochabed, l’Église allait dire à toute mère au sortir des eaux : « Recevez cet enfant, et me le nourrissez ». Et humblement soucieuse de répondre à la confiance de l’Église, saintement fière de revenir aux intentions premières de Dieu pour elle-même, toute mère chrétienne allait faire sienne, en son labeur redevenu plus qu’humain, cette parole d’un amour dépassant la nature : « Mes petits enfants, que j’enfante de nouveau, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ! »

Honte à celle qui mettrait en oubli la destinée supérieure appelant le fruit de son sein aux honneurs de la filiation divine ! Le crime serait pire que d’étouffer en lui par négligence ou calcul, dans une éducation exclusivement préoccupée des sens, l’intelligence qui distingue l’homme des animaux soumis à son empire. La vie divine n’est pas moins nécessaire à l’homme, en effet, pour atteindre sa fin, que la vie raisonnable ; n’en point tenir compte, laisser dépérir le germe divin déposé dans l’âme d’un enfant à sa nouvelle naissance au bord de la fontaine sacrée, serait pour une mère replonger dans la mort l’être fragile qui lui devait l’existence.

Elle avait autrement compris sa mission votre illustre mère, ô Martyrs ! Et c’est pourquoi l’Église, qui se réserve de nous rappeler sa mémoire sainte au jour où, quatre mois après vous, elle quitta notre terre, fait néanmoins de la fête présente le principal monument de sa gloire. C’est elle que célèbrent surtout et les lectures et les chants du Sacrifice, et les instructions de l’Office de la nuit. C’est qu’en effet servante du Christ par la foi, proclame saint Grégoire, elle est aujourd’hui devenue sa mère, selon la parole du Seigneur même, en l’engendrant sept fois dans les fils que lui avait donnés la nature. Après vous avoir rendus si pleinement tous les sept à votre Père du ciel, que sera son propre martyre, sinon la fin trop longtemps retardée du veuvage, l’heure toute de joie qui la réunira dans la gloire à ceux qui sont devenus doublement ses fils ? Dès ce jour donc qui fut pour elle la journée du labeur sans être encore celle de la récompense, à cette date où la mère passa sept fois par les tortures et la mort et dut accepter par surcroît la continuation de l’exil, il convenait qu’on vît se lever les fils et renvoyer à qui de droit l’honneur du triomphe. Car dès maintenant, tout exilée qu’elle reste encore, la pourpre, teinte non pas deux mais sept fois, est son vêtement ; les plus riches des filles d’Ève s’avouent dépassées par cette débordante fécondité du martyre ; ce sont ses œuvres mêmes qui la louent aujourd’hui dans l’assemblée des Saints. Puissent donc en ce jour et les fils et la mère, puissent les deux nobles sœurs associées à leur triomphe, écouter nos vœux, protéger l’Église, rappeler le monde aux enseignements contenus dans les exemples de leur vie !

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Sainte Elisabeth reine et veuve

8 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Elisabeth reine et veuve

Collecte

Dieu très clément, parmi tant d’autres qualités éminentes, vous avez donné à la bienheureuse reine Élisabeth la vertu d’apaiser les fureurs de la guerre : accordez-nous, par son intercession, qu’après avoir, pendant cette vie mortelle, joui de la paix, que nous vous demandons humblement, nous parvenions aux joies éternelles.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Élisabeth, de la famille royale d’Aragon, naquit l’an du Christ mil deux cent soixante et onze. En présage de sa future sainteté, ses parents, laissant de côté, contre l’usage, le nom de la mère et de l’aïeule, voulurent qu’on l’appelât au baptême du nom de sa grand’ tante maternelle, sainte Élisabeth, duchesse de Thuringe. Dès qu’elle vint au monde, on vit qu’elle serait l’heureuse pacificatrice des royaumes et des rois, car la joie causée par sa naissance réconcilia son père et son aïeul divisés jusque-là. Son père, admirant les heureuses dispositions qu’elle montrait en grandissant, disait que sa fille surpassait de beaucoup en vertu, à elle seule, toutes les femmes de la maison royale d’Aragon. Dédaignant la parure, fuyant le plaisir, adonnée au jeûne, aux prières continuelles, aux œuvres charitables, elle menait une vie si céleste que le roi, plein de vénération, avait coutume d’attribuer aux mérites de sa fille la prospérité de ses affaires et du royaume. La réputation d’Élisabeth s’étendant partout, plusieurs princes la recherchèrent comme épouse. Ses parents l’accordèrent à Denys, roi de Portugal, et le mariage fut célébré avec les cérémonies de la sainte Église.

Cinquième leçon. Dans la vie conjugale, Élisabeth ne mettait pas moins de soin à cultiver les vertus qu’à élever ses enfants, s’appliquant à plaire à son époux, mais encore plus à Dieu. Pendant près de la moitié de l’année, elle ne vivait que de pain et d’eau. Étant malade, et les médecins lui ayant prescrit l’usage du vin, comme elle refusait d’en boire, l’eau qu’on lui présenta fut changée en vin. Une pauvre femme dont elle baisa l’horrible ulcère s’en trouva guérie subitement. Les pièces de monnaie qu’elle s’apprêtait à distribuer aux indigents, et qu’elle voulait cacher au roi, furent changées en rosés dans la saison d’hiver. Elle rendit la vue à une jeune fille aveugle de naissance ; délivra, rien que par le signe de la croix, quantité de personnes atteintes de graves maladies, et opéra beaucoup d’autres miracles de ce genre. Des monastères, des établissements hospitaliers et des églises furent construits par ses soins, et dotés par sa munificence. Elle fut admirable de zèle pour apaiser les discordes des rois, et infatigable pour secourir les misères publiques et privées de l’humanité.

Sixième leçon. Modèle de toutes les vertus pour les jeunes filles pendant sa jeunesse, et pour les épouses pendant son mariage, elle le fut aussi pour les veuves, dans l’isolement. Après la mort du roi Denys, prenant aussitôt l’habit des religieuses de sainte Claire, elle assista sans faiblir aux funérailles du prince, et se rendit peu après à Compostelle, afin d’y offrir pour l’âme de son époux de nombreux présents, des étoffes de soie, de l’argent, de l’or et des pierres précieuses. A son retour, elle convertit en pieux et saints usages tout ce qui lui restait de cher et de précieux. C’est ainsi qu’elle acheva le monastère vraiment royal de Coïmbre qu’elle avait fondé pour des vierges. Nourrir les pauvres, protéger les veuves, défendre les orphelins, soulager tous les malheureux, était toute sa vie ; elle vivait, non pour elle, mais pour Dieu et pour le bien de tous. Dans le but de rétablir la paix entre deux rois, son fils et son gendre, elle se rendit à Estrenoz, place forte célèbre : ce fut là que, tombée malade par suite des fatigues de la route, visitée par la Vierge Mère de Dieu, elle mourut saintement, le quatrième jour de juillet de l’an mil trois cent trente-six. Après sa mort, la sainteté d’Élisabeth fut marquée par un grand nombre de miracles, spécialement par l’odeur très suave de son corps exempt de corruption depuis bientôt trois siècles ; aussi est-elle restée constamment célèbre sous le surnom de la sainte reine. Enfin, l’année du jubilé, l’an de notre salut mil six cent vingt-cinq, aux applaudissements de tout le monde chrétien et au milieu d’un immense concours, Urbain VIII l’a solennellement inscrite au nombre des Saints.

Après Marguerite d’Écosse et Clotilde de France, une autre souveraine éclaire de ses rayons le Cycle sacré. Sur la limite extrême qui sépare au midi la chrétienté de l’infidélité musulmane, l’Esprit-Saint veut affermir par elle dans la paix les conquêtes du Christ, et préparer d’autres victoires. Élisabeth est son nom : nom béni, qui, à l’heure où elle vient au monde, embaume depuis un demi-siècle déjà la terre de ses parfums ; présage que la nouvellement née, séduite par les roses qui s’échappent du manteau de sa tante de Thuringe, va faire éclore en Ibérie les mêmes fleurs du ciel.

Hérédité mystérieuse des saints ! En l’année même où notre Élisabeth naissait loin du berceau où la première avait ravi les cieux à son lever si doux et pacifié la terre, une autre nièce de celle-ci, la Bienheureuse Marguerite, partie de Hongrie, quittait la vallée d’exil. Vouée à Dieu dès le sein de sa mère pour le salut des siens au milieu de désastres sans nom, elle avait rempli les espérances qui de si bonne heure étaient venues reposer sur sa tête ; les Mongols refoulés d’Occident, les loups chassés à leur suite de l’antique Pannonie redevenue quelque temps un désert, la civilisation fleurissant à nouveau sur les bords du Danube et de la Theiss : tant de bienfaits furent les fruits des vingt-huit années de prière et d’innocence que Marguerite passa ici-bas, attendant l’heure où elle transmit à la sainte que nous fêtons présentement la mission de continuer sous d’autres cieux l’œuvre de ses devancières.

Il était temps que le Seigneur dirigeât sur l’Espagne un rayon de sa grâce. Le treizième siècle finissait, laissant le monde à la dislocation et à la ruine. Las de combattre pour le Christ et bannissant l’Église de leurs conseils, les rois se retranchaient dans un isolement égoïste, où le conflit des ambitions tendait chaque jour à remplacer l’aspiration commune de ce grand corps qui avait été la chrétienté. Désastreuse pour tout l’Occident, pareille tendance l’était plus encore en face du Maure, dans cette noble contrée où la croisade avait multiplié les royaumes en autant de postes avancés contre l’ennemi séculaire. L’unité de vues, sacrifiant tout à l’achèvement de la délivrance, pouvait seule, dans ces conditions, maintenir les successeurs de Pelage à la hauteur des illustres souvenirs qui les avaient précédés. Malheureusement il s’en fallut que ces princes, presque tous héros sur les champs de bataille, trouvassent toujours la force d’âme suffisante pour mettre au-dessus de mesquines rivalités le rôle sacré que leur confiait la Providence. Vainement alors le Pontife romain s’efforçait de ramener les esprits au sentiment des intérêts de la patrie et du nom chrétien ; les tristes passions de l’homme déchu étouffaient sa voix en des cœurs magnanimes par tant d’autres côtés, et le Croissant applaudissait aux luttes intestines qui retardaient sa défaite. Navarre, Castille, Aragon, Portugal, sans cesse aux prises, voyaient dans chaque royaume le fils armé contre le père, le frère disputant au frère par lambeaux l’héritage des aïeux.

Qui rappellerait l’Espagne aux traditions, encore récentes, grâce à Dieu, de son Ferdinand III ? Qui grouperait de nouveau les volontés discordantes en un faisceau terrible au Sarrasin et glorieux au Christ ? Jacques Ier d’Aragon, le digne émule de saint Ferdinand dans la valeur et la victoire, avait épousé Yolande, fille d’André de Hongrie ; le culte de la sainte duchesse de Thuringe, dont il était devenu le beau-frère, fleurit dès lors au delà des Pyrénées ; le nom d’Élisabeth, transformé le plus souvent en celui d’Isabelle, devint comme un joyau de famille dont aimèrent à s’orner les princesses des Espagnes. La première qui le porta fut la fille de Jacques et d’Yolande, mariée à Philippe III de France, successeur de notre saint Louis ; la seconde fut la petite-fille du même Jacques Ier, l’objet des hommages de l’Église en ce jour, et dont le vieux roi, par un pressentiment prophétique, aimait à dire qu’elle l’emporterait sur toutes les femmes sorties du sang d’Aragon.

Héritière des vertus comme du nom de la chère sainte Élisabeth, elle devait mériter en effet d’être appelée mère de la paix et de la patrie. Au prix d’héroïques renoncements et par la vertu toute-puissante de la prière, elle apaisa les lamentables dissensions des princes. Impuissante un jour à empêcher la rupture de la paix, on la vit se jeter sous une grêle de traits entre deux armées aux prises, et faire tomber des mains des soldats leurs armes fratricides. Ainsi prépara-t-elle, sans avoir la consolation de le voir de ses yeux, le retour à la grande lutte qui ne devait prendre fin qu’au siècle suivant, sous les auspices d’une autre Isabelle, digne d’être sa descendante et de joindre à son nom le beau titre de Catholique. Quatre ans après la mort de notre sainte, la victoire de Salado, remportée sur six cent mille infidèles par les guerriers confédérés de l’Espagne entière, montrait déjà au monde ce qu’une femme avait pu, malgré les circonstances les plus contraires, pour ramener son pays aux nobles journées de l’immortelle croisade qui fait sa gloire à jamais.

Urbain VIII, qui inscrivit Élisabeth au nombre des Saints, a composé en son honneur un Office propre entier.

Selon l’invitation que l’Église adresse en ce jour à tous ses fils, nous louons Dieu pour vos œuvres saintes, ô bienheureuse Élisabeth ! Plus forte que tous ces princes au milieu desquels vous apparûtes comme l’ange de la patrie, vous portiez dans la vie privée l’héroïsme que vous saviez au besoin déployer comme eux sur les champs de bataille. Car c’était Dieu qui, par sa grâce, était le principe de votre conduite, comme sa gloire en était l’unique but. Or la divine gloire se complaît dans les renoncements qui ont le Seigneur pour seul témoin, autant et souvent plus que dans les œuvres admirées justement de tout un peuple. C’est qu’en effet sa grâce souvent y paraît plus puissante ; et presque toujours, dans l’ordre de sa Providence, les bénédictions éclatantes accordées aux nations relèvent de ces renoncements ignorés. Que de combats célèbres dans les fastes des peuples, ont été tout d’abord livrés et gagnés, sous l’œil de la Trinité sainte, en quelque point ignoré de ce monde surnaturel où les élus sont aux prises avec tout l’enfer et parfois Dieu lui-même ! Que de traités de paix fameux furent premièrement conclus dans le secret d’une seule âme, entre le ciel et la terre, comme prix de ces luttes de géants que les hommes méconnaissent ou méprisent ! Laissons passer la figure de ce monde ; et ces profonds politiques qui dirigent, assure-t-on, la marche des événements, les négociateurs vantés, les fiers guerriers qu’exalte la renommée, apparaîtront pour ce qu’ils sont an palais de l’éternelle histoire : vains trompe-l’œil, masques d’un jour, ornements de façade qui voilèrent ici-bas les noms seuls dignes de l’immortalité.

Gloire donc à vous, par qui le Seigneur daigne dès maintenant lever un coin de ce voile qui dérobe aux humains les réalités du gouvernement de ce monde ! Votre noblesse, au livre d’or des élus, repose sur des titres meilleurs que ceux que vous teniez de votre naissance. Fille et mère de rois, vous aussi pourtant étiez reine, et commandiez sur une terre glorieuse ; mais plus glorieux est au ciel le trône de famille, où vous rejoignez la première Élisabeth, Marguerite, Hedwige, où d’autres vous suivront à leur tour, justifiant du même sang généreux qui coula dans vos veines.

Souvenez-vous cependant, ô mère de la patrie, que la puissance qui vous fut donnée ici-bas n’a point cessé de vous appartenir, quand le Dieu des armées vous a rappelée de ce monde pour triompher dans les cieux. La situation n’est plus la même qu’autrefois sur ce sol ibérique, qui vous doit plus qu’à bien d’autres son indépendance ; mais si les factions d’aujourd’hui ne risquent plus de ramener le Maure, il s’en faut qu’elles maintiennent le Portugal et l’Espagne à la hauteur de leurs nobles traditions : faites que ces peuples retrouvent enfin la voie des glorieuses destinées que leur marque la Providence. Du ciel où votre pouvoir ne connaît plus de frontières, jetez aussi un regard miséricordieux sur le reste du monde ; voyez les formidables armements dans lesquels les nations, oublieuses de tout autre droit que celui de la violence, engloutissent leurs richesses et leurs forces vives ; l’heure est-elle venue de ces guerres atroces, signal de la fin, où l’univers se détruira lui-même ? O mère de la paix, entendez l’Église, la mère des peuples, vous supplier d’user jusqu’au bout de votre auguste prérogative : apaisez la fureur des combats ; que cette vie mortelle soit pour nous un chemin pacifique conduisant aux joies de l’éternité

 

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Saints Cyrille et Méthode évêques et confesseurs

7 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saints Cyrille et Méthode évêques et confesseurs

Collecte

Dieu tout puissant et éternel, vous avez accordé aux peuples slaves d’arriver à la connaissance de votre nom, par le ministère de vos bienheureux Pontifes et Confesseurs Cyrille et Méthode : faites que mettant notre gloire à célébrer leur fête, nous soyons associés à leur sort commun.

Office

Au deuxième nocturne.

De l’Encyclique du Pape Léon XIII

Quatrième leçon. Cyrille et Méthode étaient frères. Nés à Thessalonique de très nobles parents, ils se rendirent de bonne heure à Constantinople pour étudier les arts libéraux dans cette capitale de l’Orient. L’un et l’autre firent de grands progrès en peu de temps ; Cyrille surtout acquit dans les sciences une telle réputation, qu’on lui décernait, par une considération singulière, le surnom de philosophe. Méthode commença à mener la vie monastique. De son côté, Cyrille s’attira tant d’estime, que l’impératrice Théodora, sur le conseil du Patriarche Ignace, lui confia la mission d’initier au christianisme les Khazares, qui habitaient au delà de la Chersonèse. Instruits par sa parole et touchés par la grâce de Dieu, ces peuples, délivrés d’une foule de superstitions, s’attachèrent bientôt à Jésus-Christ. Lorsque la nouvelle communauté de chrétiens fut parfaitement constituée, Cyrille se hâta de revenir à Constantinople pour se retirer au monastère de Polychrone, où Méthode se trouvait déjà. Mais pendant ce temps, la renommée faisait connaître à Ratislas, prince de Moravie, les succès obtenus au delà de la Chersonèse, et ce prince demanda quelques ouvriers évangéliques à Michel III, empereur de Constantinople. Cyrille et Méthode furent destinés à cette mission, et ce fut avec une grande joie qu’on les accueillit à leur arrivée en Moravie. Ils entreprirent avec tant d’énergie et d’activité de faire pénétrer dans les esprits les enseignements chrétiens, que bientôt la nation entière se donna volontiers à Jésus-Christ. Pour arriver à ce résultat, la connaissance de la langue slave, que Cyrille avait acquise auparavant, lui fut d’un grand secours ; comme aussi les saintes lettres de l’Ancien et du Nouveau Testament, qu’il traduisit dans l’idiome propre à ce peuple. Cyrille et Méthode sont en effet les inventeurs des caractères de la langue slave, et c’est à juste titre qu’on regarde ces deux Saints comme les auteurs de cette langue.

Cinquième leçon. Le bruit de ces grandes actions se répandit promptement jusqu’à Rome, et le Pape saint Nicolas 1er ordonna aux deux illustres frères de se rendre en cette ville. Ils prirent le chemin de Rome, portant avec eux les reliques du Pape saint Clément 1er, que Cyrille avait découvertes en Chersonèse. A cette nouvelle, Adrien II, qui avait remplacé Nicolas récemment décédé, alla au-devant d’eux en grande pompe, accompagné du clergé et du peuple. Cyrille et Méthode rendirent compte au souverain Pontife, en présence du clergé, de la charge apostolique qu’ils avaient remplie si saintement et si laborieusement. Comme ils étaient accusés par des envieux de s’être servis de la langue slave dans l’accomplissement des saints Mystères, ils apportèrent pour se défendre des raisons si décisives et si lumineuses, qu’ils eurent l’approbation et les félicitations du Pape et de l’assistance. Tous deux s’étant alors engagés sous serment à persévérer dans la foi du bienheureux Pierre et des Pontifes romains, ils furent consacrés Évêques par Adrien. Mais la divine Providence avait décidé que Cyrille, plus mûr par la vertu que par l’âge, terminerait à Rome le cours de sa vie. Le corps du défunt, enlevé de sa demeure au milieu des témoignages d’un deuil public, fut déposé dans le tombeau qu’Adrien s’était fait construire à lui-même, puis transporté à la basilique de saint Clément et enseveli près des reliques de ce saint Pape. En portant ce corps à travers la Ville, au chant solennel des Psaumes, avec une pompe qui ressemblait plus à un triomphe qu’à des funérailles, le peuple romain sembla avoir décerné à cet homme très saint les prémices des honneurs célestes. Méthode, retourné en Moravie et s’y faisant de cœur le modèle du troupeau, s’appliqua de jour en jour avec plus de zèle à servir les intérêts catholiques. Bien plus, il affermit dans la foi chrétienne les Pannoniens, les Bulgares et les Dalmates, et travailla beaucoup à convertir les populations de Carinthie au culte du seul vrai Dieu.

Sixième leçon. Accusé, auprès de Jean VIII, successeur d’Adrien, d’avoir altéré la foi et changé les coutumes établies, il fut appelé à Rome pour se justifier devant le Pape, les Évêques et quelques membres du clergé romain. Méthode démontra facilement, et sa fidélité à conserver la foi catholique, et son zèle à l’enseigner aux autres ; quant à l’emploi de la langue slave dans les rites sacrés, il fit voir qu’il avait agi légitimement, pour de sérieux motifs et avec la permission du Pape Adrien, et que d’ailleurs rien dans les Écritures ne s’y opposait. C’est pourquoi le Pontife romain prit alors le parti de Méthode et ordonna de reconnaître son pouvoir archiépiscopal et sa délégation chez les Slaves ; il publia même une lettre à cet effet. De retour en Moravie, Méthode continua de remplir de plus en plus soigneusement la charge qui lui était confiée) et souffrit même l’exil de bon cœur à ce sujet. Il amena le prince des Bohèmes et son épouse à la foi, et répandit de tous côtés dans cette nation le nom chrétien. Ayant porté la lumière de l’Évangile en Pologne, et établi à Léopol un siège épiscopal, il pénétra, au rapport de quelques historiens, dans la Moscovie proprement dite, et fonda l’évêché de Kiev ; enfin il revint en Moravie parmi les siens, et là, sentant approcher la fin de sa carrière, il désigna lui-même son successeur. Ayant exhorté le clergé et le peuple à la vertu, par de suprêmes recommandations, il termina en grande paix cette vie qui avait été pour lui le chemin du ciel. La Moravie entoura ses funérailles des mêmes honneurs que Rome avait rendus à Cyrille. Le souverain Pontife Léon XIII a ordonné que leur Fête, depuis longtemps solennisée parmi les peuples slaves, serait célébrée annuellement dans l’Église universelle avec un Office et une Messe propres.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Hom. 17 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Sauveur nous instruit, mes bien-aimés frères, tantôt par ses paroles, et tantôt par ses œuvres. Ses œuvres elles-mêmes sont des préceptes, et quand il agit, même sans rien dire, il nous apprend ce que nous avons à faire. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples prêcher ; il les envoie deux à deux, parce qu’il y a deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et qu’il faut être au moins deux pour qu’il y ait lieu de pratiquer la charité. Car, à proprement parler, on n’exerce pas la chanté envers soi-même ; mais l’amour, pour devenir charité, doit avoir pour objet une autre personne.

Huitième leçon. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples deux à deux pour prêcher ; il nous fait ainsi tacitement comprendre que celui qui n’a point de charité envers le prochain ne doit en aucune manière se charger du ministère de la prédication. C’est avec raison que le Seigneur dit qu’il a envoyé ses disciples devant lui, dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Le Seigneur suit ceux qui l’annoncent. La prédication a lieu d’abord ; et le Seigneur vient établir sa demeure dans nos âmes, quand les paroles de ceux qui nous exhortent l’ont devancé, et qu’ainsi la vérité a été reçue par notre esprit.

Neuvième leçon. Voilà pourquoi Isaïe a dit aux mêmes prédicateurs : « Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits les sentiers de notre Dieu ». A son tour le Psalmiste dit aux enfants de Dieu : « Faites un chemin à celui qui monte au-dessus du couchant ». Le Seigneur est en effet monté au-dessus du couchant ; car plus il s’est abaissé dans sa passion, plus il a manifesté sa gloire en sa résurrection. Il est vraiment monté au-dessus du couchant : car, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu’il avait endurée. Nous préparons donc le chemin à Celui qui est monté au-dessus du couchant quand nous vous prêchons sa gloire, afin que lui-même, venant ensuite, éclaire vos âmes par sa présence et son amour.

Il convenait que l’Octave des Princes des Apôtres ne s’éloignât point, sans qu’apparussent au Cycle sacré quelques-uns des satellites glorieux qui empruntent d’eux leur lumière à travers les siècles. Deux astres jumeaux se lèvent au ciel de la sainte Église, illuminant des feux de leur apostolat d’immenses contrées. Partis de Byzance, on croirait tout d’abord que leur évolution va s’accomplir indépendante des lois que l’ancienne Rome a puissance de dicter aux mouvements des cieux, dont il est dit qu’ils racontent la gloire de Dieu et les œuvres de ses mains. Mais saint Clément Ier, dont les reliques sont tirées par eux d’une obscurité de huit siècles, incline leur marche vers la cité maîtresse ; et bientôt on les voit graviter avec un éclat incomparable dans l’orbite de Pierre, manifestant une fois de plus au monde que toute vraie lumière, dans l’ordre du salut, rayonne uniquement du Vicaire de l’Homme-Dieu. Alors aussi, une fois de plus, se réalise magnifiquement la parole du Psaume, que tout idiome et toute langue entendra la voix des messagers de la lumière.

Au subit et splendide épanouissement de la Bonne Nouvelle qui marqua le premier siècle de notre ère, avait succédé le labeur du second apostolat, chargé par l’Esprit-Saint d’amener au Fils de Dieu les races nouvelles appelées par la divine Sagesse à remplacer l’ancien monde. Déjà, sous l’influence mystérieuse de la Ville éternelle s’assimilant par un triomphe nouveau ceux qui l’avaient vaincue, une autre race latine s’était formée des barbares mêmes dont l’invasion, comme un déluge, semblait avoir pour jamais submergé l’Empire. L’accession des Francs au baptême, la conversion des Goths ariens et de leurs nombreux frères d’armes achevaient à peine cette transformation merveilleuse, que les Anglo-Saxons, puis les Germains, suivis bientôt des Scandinaves, venaient, sous la conduite des moines Augustin, Boniface et Anschaire, frapper eux-mêmes aux portes de l’Église. A la voix créatrice des apôtres nouveaux, l’Europe apparaissait, sortant des eaux de la fontaine sacrée.

Cependant, le mouvement continu de la grande émigration des peuples avait amené sur les rives du Danube une famille dont le nom commençait, au IXe siècle, à fixer l’attention du monde. Entre l’Orient et l’Occident, les Slaves, mettant à profit la faiblesse des descendants de Charlemagne et les révolutions de la cour de Byzance, tendaient à ériger leurs tribus en principautés indépendantes de l’un et l’autre empire. C’était l’heure que la Providence avait choisie, pour conquérir au christianisme et à la civilisation une race jusque-là sans histoire. L’Esprit de la Pentecôte se reposait sur les deux saints frères que nous fêtons en ce jour. Préparés par la vie monastique à tous les dévouements, à toutes les souffrances, ils apportaient à ces peuples qui cherchaient à sortir de leur obscurité passée, les premiers éléments des lettres et la connaissance des nobles destinées auxquelles le Dieu Sauveur conviait les hommes et les nations. Ainsi la race Slave devenait digne de compléter la grande famille européenne, et Dieu, dans cette Europe objet des éternelles prédilections, lui concédait l’espace plus largement qu’il ne l’avait fait pour ses devancières.

Heureuse, si toujours elle s’était tenue attachée à cette Rome qui, dans les rivalités dont ses origines eurent à subir l’assaut, l’avait si grandement aidée ! Rien, en effet, ne seconda plus ses aspirations à l’indépendance que la faveur d’une langue spéciale dans les rites sacrés, obtenue pour elle du Siège de Pierre par ses deux apôtres. Les réclamations de ceux qui prétendaient la garder sous leurs lois montrèrent assez, dès lors, la portée politique d’une concession aussi insolite qu’elle était décisive pour consacrer dans ces régions l’existence d’un peuple nouveau, distinct à la fois des Germains et des Grecs.

L’avenir le devait mieux prouver encore. Si aujourd’hui, des Balkans à l’Oural, des rivages grecs aux bords glacés de l’Océan du Nord, la race Slave s’étend, toujours forte, irréductible aux invasions, maintenant, au sein des empires qui ont pu la terrasser un jour, ce dualisme que le peuple vainqueur doit se résigner à porter en ses flancs comme une menace toujours vivante à travers les siècles : un tel phénomène, qui ne se retrouve point ailleurs en pareille mesure, est le produit de la démarcation puissante opérée il y a mille ans, entre cette race et le reste du monde, par l’introduction dans la Liturgie de sa langue nationale. Devenu sacré par cet usage, le Slavon primitif ne connut point les variations inhérentes aux idiomes des autres nations ; tout en donnant naissance aux dialectes variés de divers peuples issus de la souche commune, il resta le même, suivant les moindres tribus slaves dans les péripéties de leur histoire et continuant, pour le plus grand nombre, de les grouper à part de toutes autres au pied des autels. Belle unité, gloire de l’Église, si le désir, si l’espérance des deux Saints qui l’avaient établie sur le roc immuable, avaient pu l’y maintenir ! Arme terrible au service de la tyrannie, si jamais Satan la faisait tomber parle schisme entre les mains de quelqu’un des suppôts de l’enfer. Mais ces considérations nous entraîneraient trop loin.

En inscrivant la solennité des saints Cyrille et Méthodius au calendrier universel, le Souverain Pontife Léon XIII a voulu donner lui-même leur expression aux hommages et prières de l’Église, dans les deux Hymnes de la fête (voir plus haut à l’Office).

A cet auguste hommage nous joignons nos vœux, ô saints frères. Avec le Pontife suprême, nous osons chanter vos louanges, et vous recommander l’immense portion de l’héritage du Christ où vos sueurs firent germer, à la place des ronces, les fleurs de la sainteté. Préparés dans la solitude à toute œuvre bonne et utile au Seigneur, vous ne craignîtes point d’aborder les premiers ces régions inconnues, l’effroi du vieux monde, ces terres de l’aquilon où les Prophètes avaient signalé le trône de Satan, la source intarissable des maux ravageant l’univers. L’appel de l’Esprit-Saint vous faisait apôtres, et les Apôtres ayant reçu ordre d’enseigner toutes les nations vous alliez, dans la simplicité de votre obéissance, à celles qui n’étaient pas encore évangélisées. Cette obéissance, Rome, c’était son devoir, voulut l’éprouver, et reconnut qu’elle était sans alliage. Satan aussi le reconnut, à sa défaite ; car l’Écriture avait dit : « L’homme obéissant racontera ses victoires ». Autre puissance qui fut la vôtre, et que nous révèle encore l’Écriture, disant : « Le frère aidé par le frère est comme une ville forte, et leurs conseils sont comme les barres des portes des villes ». Chassé par plus fort que lui, le fort armé vit donc avec rage passer au Christ le domaine qu’il croyait posséder la paix, et ses dernières dépouilles, les peuples de l’aquilon, devenir comme ceux du midi l’ornement de l’Épouse. Louez le Seigneur, toutes les nations ; louez-le, tous les peuples: toute langue confesse le Seigneur Jésus-Christ ! Comme monument de la victoire, le septénaire des langues sacrées se complète en ce jour. Mais, ô Méthodius, ô Cyrille, au milieu même des Hymnes saintes que vous dédiait le Pontife souverain, un cri d’alarme a retenti : « Gardez à Dieu les peuples Slaves ! Il est urgent à vous de protéger vos dons. » Levez vos yeux, pourrions-nous en effet dire avec le prophète ; considérez, vous qui venez de l’aquilon : où est le troupeau qui vous fut donné, ce troupeau magnifique ? Quoi donc ! Est-ce contre vous que vous l’avez instruit ? L’avez-vous armé pour votre perte ? Profondeurs de Satan ! le prince de l’aquilon a trop su réparer sa défaite ; et vos bienfaits, et la condescendance de Pierre, sont devenus par ses soins une arme de mort pour ces peuples auxquels vous aviez donné la vie. Détournée de sa voie, l’unité sainte que vous aviez fondée s’est traduite de nos jours, en caractères de sang, dans la formule d’un hideux panslavisme. Entre Byzance déjà de vos temps travaillée par le schisme, et l’Occident latin que l’hérésie devait lui-même plus tard affaiblir et démembrer, elle pouvait être, à son heure, un appui pour l’Église, un espoir de salut pour le monde. Perspectives séduisantes, que votre cœur sans doute avait rêvées, et qui, hélas ! ont abouti à ces atroces persécutions, scandale de nos temps, opprobre de la terre.

Réconfortez les exilés, soutenez les martyrs, gardez les restes d’un peuple de héros ; écartez de quelques autres la fatale illusion qui les solliciterait à courir d’eux-mêmes au-devant de la tyrannie ; pour tous que luise enfin le jour des justices du Seigneur, mais bien plutôt s’il se peut, tout est possible à Dieu, celui de sa miséricorde, assez puissante pour changer les bourreaux sans frustrer leurs victimes. Serait-il donc arrêté que le poids des crimes d’un grand empire a trop fait pencher la balance du côté de la condamnation, pour que ses chefs ouvrent maintenant les yeux, et comprennent quel rôle pourrait être le leur en l’état présent du monde, si Pierre, qui leur tend les bras, voyait revenir à lui l’immense troupeau que paralyse le schisme ? Apôtres des Slaves, et en même temps citoyens de cette Rome où reposent près de celles de Clément vos reliques saintes, aidez les efforts du Pontife suprême cherchant à replacer sur la base où vous l’aviez établi l’édifice qui fut votre gloire.

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Octave des Saints Pierre et Paul

6 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Octave des Saints Pierre et Paul

Collecte

Dieu, votre la droite soutint le bienheureux Pierre sur les flots, pour qu’il ne fût pas submergé, et retira du fond de la mer, Paul, son collègue dans l’apostolat, lors de son troisième naufrage : exaucez-nous dans votre miséricorde, et accordez-nous de parvenir, aidés des mérites de ces deux Saints, à la gloire de l’éternité.

Lecture Eccli. 44, 10-15

C’étaient des hommes de miséricorde, dont les œuvres de piété subsistent à jamais. Les biens qu’ils ont laissés demeurent à leur postérité ; leurs descendants sont un saint héritage, et leur race est demeurée fidèle à l’alliance ; à cause d’eux, leurs fils subsistent éternellement, et ni leur race ni leur gloire n’aura de fin. Leurs corps ont été ensevelis en paix, et leur nom vivra de génération en génération. Que les peuples racontent leur sagesse et que l’assemblée publie leurs louanges.

Évangile Mt. 14. 22-33

En ce temps-là : Jésus pressa ses disciples de monter dans la barque, et de le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et lorsqu’il eut renvoyé la foule, il monta seul sur une montagne, pour prier ; et, le soir étant venu, il était là seul. Cependant la barque était battue par les flots au milieu de la mer, car le vent était contraire. Mais, à la quatrième veille de la nuit, Jésus vint à eux, marchant sur la mer. Et le voyant marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : C’est un fantôme. Et ils poussèrent des cris d’effroi. Aussitôt Jésus leur parla, en disant : Ayez confiance ; c’est moi, ne craignez point. Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est vous, ordonnez que j’aille à vous sur les eaux. Jésus lui dit : Viens. Et Pierre, descendant de la barque, marchait sur l’eau pour aller à Jésus. Mais, voyant la violence du vent, il eut peur ; et comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauvez-moi ! Et aussitôt Jésus, étendant la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et lorsqu’ils furent montés dans la barque, le vent cessa. Alors ceux qui étaient dans la barque vinrent et l’adorèrent, en disant : Vous êtes vraiment le Fils de Dieu.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Quatrième leçon. Quelles actions de grâces vous rendre, ô bienheureux Apôtres, de tant de travaux accomplis pour nous ? Je ne puis me souvenir de toi, Pierre, sans être saisi d’admiration : je ne puis penser à toi, Paul, sans que, tout hors de moi, je fonde en larmes. Car je ne sais que dire, quelles paroles prononcer, en considérant vos épreuves. Que de prisons avez-vous sanctifiées ? Que de chaînes avez-vous honorées ? Que de tourments avez-vous supportés ? Que d’outrages avez-vous soufferts ? Comment avez-vous porté au loin le Christ ? Comment avez-vous réjoui et fécondé l’Église par vos prédications ? Vos langues sont des organes bénis ; vos membres ont été couverts de sang pour la sainte Église. Vous avez en tout imité le Christ. « Le son de votre voix s’est répandu par toute la terre et vos paroles ont retenti jusqu’aux extrémités du monde. »

Cinquième leçon. Réjouis-toi, Pierre, à qui il a été donné d’user du bois de la croix du Christ. Tu as voulu, il est vrai, être crucifié pour ressembler à ton maître, non cependant le visage en haut, comme lui, mais la tête tournée vers le sol, pour t’acheminer de la terre au ciel. Heureux les clous qui ont percé ces membres saints. Tu as remis avec pleine confiance ton âme entre les mains du Seigneur, toi qui l’as servi sans relâche, lui et son épouse l’Église, toi qui, le plus dévoué de tous les Apôtres, l’as aimé de toute l’ardeur de ton âme.

Sixième leçon. Réjouis-toi aussi, bienheureux Paul, à qui le glaive a tranché la tête et dont les vertus ne peuvent s’exprimer en aucun terme. Quel glaive a transpercé ta gorge sainte, cet instrument du Seigneur admiré du ciel et révéré de la terre ? Quel lieu a recueilli ton sang, qui a paru blanc comme du lait sur le vêtement de celui qui t’a frappé, et qui, adoucissant d’une façon miraculeuse l’âme de ce barbare, le convertit à la foi, lui et ses compagnons ? Que ce glaive me tienne lieu d’une couronne, et que les clous de Pierre remplacent pour moi des pierres précieuses enchâssées dans un diadème.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Le Seigneur, ordonnant à ses disciples de passer à l’autre bord, les obligea de monter dans une barque. Cette manière de parler fait voir que c’est à regret qu’ils se sont éloignés de lui, ne voulant pas, par amour pour leur maître, être séparés de lui, même un seul instant. « Après avoir renvoyé la foule, il monta seul sur la montagne pour prier. » Si les disciples témoins de la gloire de Jésus transfiguré, Pierre, Jacques et Jean, s’étaient trouvés alors avec lui, ils l’auraient peut-être accompagné sur la montagne ; mais la foule ne peut suivre le Seigneur sur les hauteurs ; s’il ne l’a d’abord instruite près de la mer, sur le rivage, et nourrie dans le désert.

Huitième leçon. Le fait qu’il monta seul pour prier ne doit pas se rapporter à celui qui, de cinq pains, rassasia cinq mille hommes, sans compter les enfants et les femmes ; mais à celui qui, ayant appris la mort de Jean (Baptiste), se retira dans la solitude ; non pas que nous admettions deux personnes dans le Seigneur, mais parce que nous distinguons les œuvres qu’il faut attribuer à sa divinité, de celles qui procèdent de son humanité. « Cependant la barque était agitée par les flots au milieu de la mer. » C’est avec raison que les Apôtres ne s’étaient éloignés du Seigneur que malgré eux et de force, craignant de faire naufrage en son absence.

Neuvième leçon. Enfin, dès que le Seigneur parvient et s’arrête au sommet de la montagne, un vent contraire s’élève, la mer s’agite, les Apôtres sont en danger, et la tempête continue de menacer leur vie, jusqu’à l’arrivée de Jésus. « Mais à la quatrième veille de la nuit, il vint à eux en marchant sur la mer. » Les stations et les veilles militaires se divisent en intervalles de trois heures. En disant donc qu’à la quatrième veille de la nuit, le Seigneur vint à ses disciples, l’Évangile montre qu’ils furent en danger toute la nuit ; et cela pour signifier que c’est au moment où la nuit s’achève, à la fin du monde, que Jésus-Christ viendra mettre en sûreté les siens.

Fermement appuyée sur Pierre, l’Église se retourne vers celui que l’Époux lui a donné pour chef et lui témoigne, non moins qu’obéissance et foi, vénération et amour. C’est le besoin de sa reconnaissance ; et d’autre part elle n’ignore point que, selon la parole de saint Pierre Damien attribuée par d’autres à un disciple de saint Bernard, « nul ne peut prétendre à l’intimité du Seigneur, sans être aussi l’intime de Pierre ». Admirable unité de la marche de Dieu vers sa créature ! Mais, en même temps, loi absolue du progrès de celle-ci vers la vie divine : Dieu ne se trouve qu’en Jésus, de même que Jésus dans l’Église, et l’Église avec Pierre. Si vous me connaissiez, disait le Seigneur, peut-être aussi connaîtriez-vous mon Père ; mais les Juifs cherchaient Dieu en dehors de Jésus, et leurs efforts étaient vains. D’autres depuis sont venus, qui ont voulu trouver Jésus en se passant de son Église ; mais ce que Dieu a uni, l’homme le séparerait-il donc? Et ces hommes, à la poursuite du Christ de leurs conceptions, n’ont rencontré ni Jésus ni l’Église. D’autres enfin sont fils de l’Église, mais se persuadent que dans les pâturages où, à bon droit, leur âme veut s’engraisser de Dieu, ils n’ont à rechercher que le Pasteur divin qui réside au ciel ; et néanmoins, en remettant à un autre le soin de paître agneaux et brebis Jésus sans doute n’entendait pas qu’il en fût ainsi : par ces paroles, ce n’est pas de quelques-uns seulement, des commençants ou des imparfaits, des puissants ou des saints, mais de tous, petits et grands, que le céleste Pasteur confiait à Simon fils de Jean la nourriture, la direction, l’accroissement et la garde.

O âme avide de Dieu, sache donc aller à Pierre ; ne crois pas arriver autrement à l’apaisement de la faim qui te presse. Formée à l’école de la sainte Liturgie, tu n’es point de celles assurément qui, dans le divin Fils de Marie, négligent l’humanité pour arriver, disent-elles, plus vite et plus sûrement au Verbe ; mais pareillement, ne cherche point, comme tu ferais d’un obstacle, à tourner le Vicaire de Dieu. Jésus n’est pas moins impatient que toi de la rencontre ; sois donc assurée que ce qu’il place entre toi et lui sur la route, n’est point retardement, mais secours. Comme, en l’auguste Eucharistie, les espèces sacrées ne sont que pour t’indiquer où t’attend celui que tu ne saurais trouver par toi-même ici-bas : ainsi le mystère de Pierre n’a d’autre fin que de te montrer sûrement où réside pour toi, dans son autorité et son infaillible conduite, celui qui réside pour toi de même au divin Sacrement dans sa propre substance. Les deux mystères se complètent ; ils marchent de pair et cesseront à la fois, lorsque nos yeux auront pouvoir de contempler directement Jésus ; mais d’ici là, l’Église y voit bien moins un intermédiaire ou un voile, que le signe mille fois précieux de l’Époux invisible. Aussi ne t’étonne point que les honneurs rendus par elle à Pierre, rivalisent avec ceux qu’elle prodigue à l’Hostie ; dans ces génuflexions multipliées également des deux parts, elle adore en effet également : non l’homme sans doute qu’elle voit assis au trône apostolique, pas plus que les espèces perçues par ses sens à l’autel ; mais des deux parts le même Jésus, qui se tait au Sacrement, qui parle et commande en son Vicaire.

Au reste, elle sait que Pierre seul peut lui donner l’Hostie. Le baptême qui nous fait fils de Dieu et tous les sacrements qui multiplient en nous les énergies divines, sont un trésor dont seul il a licence de disposer légitimement par lui-même ou par d’autres. C’est sa parole qui, dans tout le monde, à tous les degrés de l’enseignement autorisé, fait naître au fond des âmes la foi commencement du salut, et l’y développe, depuis ces humbles commencements jusqu’aux plus lumineux sommets de la sainteté. Et comme, sur les montagnes, la vie des conseils évangéliques est le jardin plus spécialement réservé de l’Époux, Pierre aussi se réserve la conduite et protection plus spéciale des familles religieuses, voulant pouvoir toujours lui-même, directement, offrir à Jésus les plus belles fleurs de cette sainteté dont son haut ministère est le principe et l’appui. Ainsi sanctifiée, c’est encore à Pierre que l’Église s’adresse pour apprendre de lui la manière d’aller à l’Époux dans ses hommages et son culte ; elle lui répète, comme autrefois les disciples au Sauveur : Enseignez-nous à prier ; et Pierre, s’inspirant de ce qu’il sait des pompes de la patrie, ordonne ici-bas l’étiquette sacrée et dicte à l’Épouse le thème de ses chants. Enfin à sa sainteté, qui donc, sinon Pierre, vient ajouter encore ces caractères d’unité, de catholicité, d’apostolicité, qui sont pour elle, en face du monde, l’irréfragable titre de ses droits au trône et à l’amour du Fils de Dieu ?

Si nous sommes vraiment fils de l’Église, si c’est au cœur de notre Mère que nous puisons nos sentiments, comprenons quels seront la reconnaissance, le respect plein d’amour, la tendre confiance, le dévouement absolu de tout notre être envers l’homme de qui, par la très suave volonté de Dieu, nous viennent tous ces biens. Pierre en lui-même et dans ses successeurs, en celui surtout qui porte de nos jours le poids du monde et nos propres fardeaux, sera l’objet constant de notre culte filial. Ses gloires, ses souffrances, ses pensées seront nôtres. N’oublions pas que celui dont le Pontife Romain est le représentant visible, a voulu que tous ses membres eussent leur part invisible au gouvernement de son Église ; la responsabilité de chacun en un point d’importance si majeure, est clairement indiquée par le devoir de la prière, qui compte plus que l’action devant Dieu, et que l’amour rend plus forte que l’enfer. Et cet autre devoir majeur de l’aumône, qui nous oblige à subvenir à l’indigence du plus humble de nos frères : croirions-nous donc en être libres à l’égard de l’évêque et du père de nos âmes, lorsque d’injustes spoliations l’amènent à connaître, dans les nécessités de son immense gestion, le besoin et la gêne ? Heureux qui, au tribut de l’or, peut être admis à joindre celui du sang ! Mais tous n’ont pas cet honneur.

En ce dernier jour de l’Octave consacrée au triomphe des deux princes des Apôtres, saluons encore la ville qui fut témoin de leurs derniers combats. Elle garde leurs tombes, et reste le siège du successeur de Pierre ; à ce double titre elle est le vestibule des cieux, la capitale de l’empire des âmes. La pensée des augustes trophées élevés sur les deux rives de son fleuve et des souvenirs glorieux multipliés alentour, faisait tressaillir sous le ciel de l’Orient saint Jean Chrysostome. « Non, s’écriait-il dans une Homélie à son peuple ; le ciel, lorsque le soleil l’illumine de tous ses feux, n’a rien de comparable à la splendeur de Rome versant sur le monde la lumière de ces deux flambeaux. C’est de là que sera enlevé Paul, que partira Pierre. Réfléchissez et frissonnez déjà à la pensée du spectacle dont Rome sera témoin, lorsque Paul avec Pierre se levant de leurs tombes seront emportés à la rencontre du Seigneur. Quelle rose éclatante Rome présente au Christ ! Quelles couronnes entourent cette cité ! De quelles chaînes d’or elle est ceinte ! Quelles fontaines elle possède ! Cette ville fameuse, je l’admire, non à cause de For dont elle abonde, non à cause de ses fastueux portiques, mais parce qu’elle garde dans son enceinte ces deux colonnes de l’Église ». Et l’illustre orateur exprimait en termes brûlants le désir qu’il aurait eu de visiter les grands tombeaux, trésor du monde, rempart assuré de la cité-reine.

Aujourd’hui, des divers territoires assignés à leur zèle, les chefs du peuple de Dieu viennent, à des intervalles fixés parle droit, visiter les basiliques élevées sur les restes précieux de Pierre et de Paul ; comme celui-ci durant sa vie mortelle

, ils doivent aussi venir voir Pierre vivant toujours dans le Pontife héritier de sa primauté. Si les simples chrétiens ne sont pas soumis à une obligation qui est, pour leurs évêques, l’objet d’un serment solennel, tout vrai catholique dirigera néanmoins fréquemment sa pensée vers les sommets bénis d’où partent les canaux du salut pour de là se diviser sur la terre entière. Un des symptômes les plus consolants de nos temps malheureux est le mouvement qui commence à ébranler les foules et à les porter vers la Ville éternelle. Mouvement à encourager, s’il en fut ; car il nous fait rentrer dans les plus saines traditions de nos pères ; et aujourd’hui, les facilités d’un pareil pèlerinage, une fois dans la vie, sont devenues telles que, pour un grand nombre, il ne saurait aller sérieusement à l’encontre d’aucune nécessité réelle de position ou de famille.

Si tous pourtant ne peuvent s’approprier en ce sens la parole du Psaume : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit, nous irons dans la maison du Seigneur ; » que tous du moins, aussi bien et mieux que le Juif, sachent redire ces accents du vrai patriotisme des âmes : « Que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô vraie Jérusalem ! Que la paix règne sur tes remparts, et l’abondance dans tes forteresses. C’est là mon vœu, à cause de mes frères qui sont en toi ; c’est là ma prière, parce que tu es pour moi la maison du Seigneur notre Dieu ».

Pour rendre honneur aux églises de la Ville éternelle qui gardent les principaux souvenirs des saints Apôtres, Benoît XIV établit que, chacun des jours de l’Octave, une Messe pontificale serait chantée successivement dans l’une de ces églises, avec le concours des chantres et autres ministres de la chapelle papale. Au lendemain de la fête du 29 juin, que le Pontife souverain se réserve de célébrer lui-même en la Basilique Vaticane sur le tombeau du prince des Apôtres, les évêques Assistants au trône pontifical sont convoqués dans la Basilique de la voie d’Ostie qui abrite, non loin du lieu de son martyre, le corps et les chaînes du Docteur des nations. Les Protonotaires apostoliques se réunissent le 1er juillet dans l’Église de Sainte-Pudentienne, ancienne maison du sénateur Pudens « où, dit Benoît XIV, Pierre annonçant la parole divine et célébrant les saints Mystères, jeta en quelque sorte les premiers fondements de l’Église Romaine mère et maîtresse des autres églises ». Le 2 juillet, les Auditeurs de Rote et le Maître du sacré palais honorent de même, à Sainte-Marie in Via lata, la mémoire du séjour que fit en ce lieu durant deux années l’Apôtre des gentils. Le cinquième jour, 3 juillet, la Messe pontificale est célébrée à Saint-Pierre-ès-liens, avec l’assistance des Clercs de la Chambre ; le sixième jour, à la prison Mamertine, en présence des Votants de la Signature ; le septième, devant les Abréviateurs du Parc Majeur, à Saint-Pierre in Montorio désigné par une tradition comme l’emplacement du martyre de l’Apôtre. Enfin, le 6 juillet, le Sacré-Collège des Cardinaux termine l’Octave en grande solennité à Saint-Jean de Latran, où sont exposés à la vénération publique, en de riches reliquaires, les chefs mêmes de saint Pierre et de saint Paul.

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Saint Antoine-Marie Zaccaria confesseur

5 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Antoine-Marie Zaccaria confesseur

Collecte

Faites-nous, Seigneur, la grâce d’apprendre selon l’esprit de l’Apôtre Paul la science suréminente de Jésus-Christ dont le bienheureux Antoine-Marie fut merveilleusement instruit, lui qui rassembla dans votre Église de nouvelles familles de clercs et de religieuses.

Office

Quatrième leçon. Antoine-Marie Zaccaria, né de famille noble à Crémone dans le Milanais fit pressentir dès son enfance sa sainteté future. On vit en effet briller en lui de bonne heure les indices de vertus éminentes, de piété envers Dieu et la bienheureuse Vierge, d’une remarquable charité, surtout à l’égard des pauvres dont il soulagea plus d’une fois la misère, même en se dépouillant pour eux de ses riches vêtements. Après avoir fait ses humanités dans son pays natal, puis sa philosophie à Pavie, il se livra à l’étude de la médecine à Padoue ; et comme il se distinguait entre tous ses condisciples par l’intégrité de sa vie, il les surpassait facilement aussi par la pénétration de son esprit. Ayant conquis ses grades et regagné la maison paternelle, il y comprit, sur un avertissement de Dieu, qu’il était appelé à guérir les maladies des âmes, plutôt que celles des corps, et s’appliqua aussitôt avec le plus grand soin à l’acquisition des sciences sacrées, sans cesser néanmoins de visiter les malades, de donner l’instruction religieuse aux enfants, de réunir des jeunes gens pour cultiver en eux la piété et d’exhorter aussi les personnes avancées en âge à réformer leurs mœurs. Ordonné prêtre, il parut, dit-on, aux yeux du peuple émerveillé, entouré d’une lumière céleste et d’une couronne d’anges, la première fois qu’il offrit le saint Sacrifice. A partir de cette époque, il se mit à pourvoir, avec un zèle plus ardent encore, au salut des âmes et à combattre de toutes ses forces la dépravation des mœurs. Accueillant avec une tendresse paternelle les étrangers, les pauvres et les affligés, il les relevait et les consolait si bien par ses douces paroles et ses secours, que sa maison était regardée comme le refuge des malheureux et qu’il mérita d’être appelé par ses concitoyens le père et l’ange de la patrie.

Cinquième leçon. Pensant que les intérêts chrétiens seraient servis avec plus de fruit s’il s’adjoignait des compagnons pour travailler avec lui à la vigne du Seigneur, il communiqua, dans la ville de Milan, son dessein à Barthélémy Ferrari et à Jacques Morigia, personnages d’une haute noblesse et d’une grande sainteté, et il jeta avec eux les fondements de l’Ordre des Clercs réguliers, qu’il nomma Clercs réguliers de saint Paul, à cause de son amour pour l’Apôtre des Gentils. Cette Société, approuvée par le souverain Pontife Clément VII et confirmée par Paul III, se répandit bientôt dans divers pays. Une Congrégation de saintes Religieuses, les Angéliques, eut également Antoine Marie pour fondateur et père. Lui, cependant, était si désireux de demeurer dans l’humilité et la dépendance, que jamais il ne voulut en aucune manière être à la tête de son Ordre. Si grande fut sa patience, qu’il essuya avec confiance et courage les tempêtes les plus terribles suscitées contre les siens ; si grande sa charité, que jamais il ne cessa d’enflammer d’amour de Dieu les cœurs des religieux par ses pieuses exhortations, de rappeler les prêtres à la vie apostolique, de fonder des associations de pères de famille pour les amener à une vie meilleure. Bien plus, cette charité le poussa quelquefois à parcourir avec les siens les rues et les places publiques, en faisant porter devant lui la croix, pour ramener dans la voie du salut, par la chaleur et la véhémence de ses exhortations, les âmes commençant à s’égarer ou déjà perverties.

Sixième leçon. Il faut rappeler encore qu’Antoine-Marie Zaccaria, brûlant d’amour pour Jésus crucifié, s’efforça de faire honorer par tous le mystère de la Croix, en réunissant à cet effet, chaque vendredi, vers le soir, le peuple fidèle, au son de la cloche. Le très saint nom du Christ revient à chaque instant dans ses écrits, comme il était toujours sur ses lèvres ; vrai disciple de saint Paul, il reproduisait en lui-même les tourments du Sauveur. Un attrait d’amour tout spécial le portrait vers la sainte Eucharistie ; on dit qu’il rétablit l’habitude de recevoir fréquemment la sainte communion et introduisit celle de faire des triduums d’adoration publique en l’honneur du Saint Sacrement, exposé sur un trône élevé. Il pratiqua avec un tel soin la chasteté et la modestie, qu’il donna même un témoignage de son amour pour la pudeur après sa mort, son corps inanimé paraissant pour cela reprendre la vie. A ces vertus vinrent s’ajouter des faveurs célestes, les extases, le don des larmes, la connaissance des événements futurs, le don de scruter les cœurs, une grande puissance contre l’ennemi du genre humain. Enfin, après avoir accompli partout de grands travaux, il tomba gravement malade à Quastallo, où il avait été appelé pour rétablir la paix. Ramené à Crémone, au milieu des larmes des siens et des embrassements de sa très pieuse mère, à laquelle il annonça qu’elle mourrait très prochainement, consolé par la vision céleste des Apôtres et prophétisant le progrès de son Ordre, il mourut très saintement à l’âge de trente-six ans, le troisième jour des nones de juillet de l’an mil cinq cent trente-neuf. Sa renommée d’éminente sainteté et ses nombreux miracles amenèrent aussitôt le peuple chrétien à honorer d’un culte particulier ce grand serviteur de Dieu ; et ce culte, le souverain Pontife Léon XIII l’a ratifié et confirmé, en inscrivant solennellement Antoine-Marie Zaccaria dans les fastes des Saints, le jour de la fête de l’Ascension de notre Seigneur, de l’année mil huit cent quatre-vingt-dix-sept. »

Après Gaétan de Thienne, avant Ignace de Loyola, Antoine-Marie mérita d’être le père d’une de ces familles religieuses qui furent appelées en si grand nombre, au XVIe siècle, à réparer les ruines de la maison de Dieu. La Lombardie, épuisée, démoralisée par les guerres dont la possession du duché de Milan avait été l’enjeu, se reprit à croire, à espérer, à aimer, au spectacle des héroïques vertus de Zaccaria ; elle écouta ses prédications enflammées qui l’appelaient à la pénitence, à la méditation de la Passion du Sauveur, au culte plus assidu, à l’adoration plus solennelle de la très sainte Eucharistie. Ainsi fut-il en toute vérité le précurseur de saint Charles Borromée qui, dans la réforme du clergé, du peuple, des monastères du Milanais, n’eut pas d’auxiliaires plus précieux que ses fils et ses filles, les Clercs réguliers et les Angéliques de Saint-Paul.

L’oratoire de l’éternelle Sagesse avait vu, à Milan, les débuts de la Congrégation nouvelle ; l’église Saint-Barnabé, où elle s’établit peu après la mort de Zaccaria et qui garde aujourd’hui son corps, fit donner le nom de Barnabites à ces autres disciples du Docteur des nations. Ils devaient par la suite se répandre, non seulement dans toute l’Italie, mais en France, en Autriche, en Suède, et jusqu’en Chine et en Birmanie, s’adonnant aux missions, à l’enseignement de la jeunesse, à toutes les œuvres qui intéressent le culte divin et la sanctification des âmes. Quant au saint fondateur, dès l’année 1539, aux premières Vêpres de l’Octave des Apôtres, il s’envolait au ciel à trente-six ans, de la maison même où il était né, des bras de la pieuse mère qui l’avait élevé pour Dieu et qui le rejoignait peu après.

Lorsque parurent au siècle suivant les célèbres décrets d’Urbain VIII, il manquait cinq années à la prescription centenaire qui eût permis de considérer comme acquis le culte rendu au bienheureux dès après sa mort ; et comme, d’autre part, les témoins requis dans ces mêmes décrets pour la canonisation régulière des serviteurs de Dieu avaient disparu, la cause demeura en suspens : ce fut le Souverain Pontife Léon XIII qui, de nos jours, ayant d’abord (en 1890) réintégré le culte d’Antoine-Marie, l’inscrivit solennellement, quelques années plus tard, au nombre des Saints et étendit sa fête à toute l’Église.

En cette Octave des saints Apôtres, vous nous apparaissez, ô bienheureux, comme une pierre de grand prix rehaussant leur couronne. De la place d’honneur où monte ainsi vers vous l’hommage de l’Église, daignez bénir ceux qui comme vous poursuivent ici-bas l’œuvre apostolique, sans retour sur eux-mêmes, sans espoir qu’en Dieu, sans se lasser des perpétuels recommencements qu’imposent aux ouvriers du salut la sape et la mine de l’enfer.

De notre temps comme de vos jours, les démolisseurs applaudissent au renversement prochain de la maison de Dieu ; et tout semble, maintenant comme alors, justifier leur funeste espérance. De notre temps comme de vos jours cependant, l’enseignement des Apôtres, soutenu de l’exemple et de la prière des Saints, suffit à sauver la terre. Si plus que jamais le monde ne voit que folie dans la Croix et ceux qui la prêchent, plus que jamais elle demeure seule pourtant la vertu de Dieu. Derechef s’accomplit sous nos yeux l’oracle qui dit : Je perdrai la sagesse des sages, je condamnerai la prudence des prudents. Où sont à cette heure, en effet, les sages ? Où sont les doctes et les habiles qui se promettaient d’adapter aux exigences de temps nouveaux la parole du salut ? La première condition du triomphe qui ne manque jamais, dit l’Apôtre, aux fidèles du Christ Jésus], est de n’altérer point le Verbe de Dieu, de l’annoncer sous l’œil de Dieu tel que Dieu nous le donne, ne prétendant point le rendre acceptable pour ceux qui s’obstinent à périr.

Disciple de Paul et son imitateur fidèle, ce fut la science du Christ apprise à son école qui, de médecin des corps, vous fit sauveur d’âmes ; ce fut l’amour, supérieur à toute science, qui jusque par delà le tombeau rendit féconde votre vie si courte et pourtant si remplie. Puisse Dieu, comme le demande par votre intercession l’Église, susciter au milieu de nous cet esprit réparateur et sauveur ; puissent, les premiers, vos fils et vos filles, rangés sous la bannière apostolique, faire honneur toujours au grand nom du Docteur des nations.

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VIème Dimanche après la Pentecôte

4 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

VIème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Le Seigneur est la force de son peuple et le protecteur salutaire de son Messie : sauvez votre peuple, Seigneur, et bénissez votre héritage, régissez-les jusqu’aux siècles sans fin. Je crierai vers vous, Seigneur, mon Dieu, ne gardez pas le silence à mon égard : de peur que, si vous ne répondez pas, je ne sois semblable à ceux qui descende dans la fosse.

Collecte

Dieu des vertus, unique auteur de tout ce qui est très bon : imprimez dans nos cœurs l’amour de votre nom, et augmentez en nous l’esprit de religion ; afin que vous y nourrissiez tout ce qu’il y a de bien, et que par l’amour de la piété vous conserviez ce que vous avez nourri.

Épitre Rm. 6, 3-11

Mes Frères : nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle. Si, en effet, nous avons été greffés sur lui, par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par celle de sa résurrection : sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus les esclaves du péché ; car celui qui est mort est affranchi du péché. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons avec lui, sachant que le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n’a plus sur lui d’empire. Car sa mort fut une mort au péché une fois pour toutes, et sa vie est une vie pour Dieu. Ainsi vous-mêmes regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Évangile Mc. 8, 1-9

En ce temps-là : Comme il y avait avec Jésus une nombreuse foule qui n’avait pas de quoi manger, il appela ses disciples et leur dit : « J’ai compassion de cette foule, car voilà trois jours déjà qu’ils restent près de moi, et ils n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, les forces leur manqueront en chemin ; or plusieurs d’entre eux sont venus de loin. » Ses disciples lui répondirent : « Comment pourrait-on ici, dans un désert, rassasier de pain ces gens ? » Et il leur demanda : « Combien de pains avez-vous ? » Ils dirent : « Sept ». Alors il fit asseoir la foule par terre, prit les sept pains, et, après avoir rendu grâces, il les rompit et les donna à ses disciples pour les servir ; et ils les servirent à la foule. Ils avaient (en outre) quelques petits poissons ; après avoir prononcé la bénédiction sur eux, il dit de les servir aussi. Ils mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta sept corbeilles des morceaux qui restaient. Or ils étaient environ quatre mille. Et il les renvoya.

Offertoire

Affermissez mes pas dans vos sentiers, afin que mes pieds ne soient point ébranlés : inclinez votre oreille et exaucez mes paroles : Seigneur, faites éclater vos miséricordes, vous qui sauvez ceux qui espèrent en vous.

Secrète

Laissez-vous fléchir, Seigneur, par nos supplications, et recevez avec bonté ces offrandes de votre peuple : et pour que les vœux d’aucun de vos fidèles ne restent sans fruit, faites que nul ne vous adresse de vaines demandes, en sorte que nous obtenions l’effet de ce que nous demandons avec foi.

Office

4e leçon

Du livre de saint Ambroise, Évêque, sur l’Apologie de David.

Que de fautes chacun de nous ne commet-il pas à toute heure ! Et cependant aucun de nous, qui formons le peuple, ne pense à l’obligation de les confesser. David, ce roi si glorieux et si puissant, ne peut garder en lui, même un temps assez court, le péché qui pèse sur sa conscience : mais, par une prompte confession, accompagnée d’un regret sans mesure, il s’en décharge aux pieds du Seigneur. Me trouveriez-vous facilement aujourd’hui quelqu’un de riche et d’honoré, qui souffre sans peine d’être repris pour une faute qu’il aurait commise ? Et David, dans l’éclat de la puissance royale, David, loué si souvent par les saintes Écritures, lorsqu’un particulier lui reproche un grand crime, ne frémit point d’indignation, mais au contraire avoue sa faute et en gémit avec douleur.

5e leçon

Aussi le Seigneur fut-il touché de cette immense douleur, si bien que Nathan dit à David : Parce que tu t’es repenti, le Seigneur a mis à l’écart ton péché. La promptitude du pardon fait voir que le repentir du prince était bien profond, pour écarter ainsi l’offense d’un tel égarement. Le reste des hommes, lorsque les Prêtres ont lieu de les reprendre, aggravent leur péché, en cherchant soit à le nier, soit à l’excuser ; et il y a pour eux chute plus grande, là même où l’on espérait les voir se relever. Mais les saints du Seigneur, qui brûlent de continuer le pieux combat et de fournir en entier la carrière du salut, si parfois, hommes qu’ils sont, ils viennent à faillir, moins par détermination de pécher que par fragilité naturelle, ils se relèvent plus ardents à la course, et, stimulés par la honte de la chute, ils la compensent par de plus rudes combats. De sorte que leur chute, au lieu de leur avoir causé quelque retard, n’a servi qu’à les aiguillonner et à les faire avancer plus vite.

6e leçon

David pèche, ce qui arrive aux rois trop souvent ; mais il fait pénitence, il pleure, il gémit : ce qui est assez rare chez les rois. Il reconnaît sa faute, il en demande pardon, le front dans la poussière ; il déplore sa misérable fragilité ; il jeûne, il prie, et, manifestant ainsi sa douleur, fait parvenir aux siècles futurs le témoignage de sa confession. L’aveu qui fait rougir de honte les particuliers, ce prince n’en rougit pas. Ceux que les lois atteignent osent nier leur péché, ou ne veulent pas demander ce pardon que sollicite un souverain, qui n’est soumis aux lois d’aucun homme. En péchant, il a donné un signe de sa fragile condition ; en suppliant, il donne une marque d’amendement.

7e leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

C’est après que cette femme qui figurait l’Église, eut été guérie d’un flux de sang ; c’est après que les Apôtres eurent été choisis pour prêcher l’Évangile du royaume de Dieu, que Jésus-Christ distribua l’aliment de la grâce céleste. Et remarquez à qui il le dispense : ce n’est point à ceux qui demeurent oisifs, à ceux qui restent dans la ville, c’est-à-dire à ceux qui s’attardent dans la synagogue ou se complaisent dans les honneurs du siècle ; mais c’est à ceux qui, pour chercher le Christ, pénètrent jusqu’au désert. Ceux qui surmontent toute répugnance, ceux-là sont accueillis par le Christ, c’est avec eux que le Verbe de Dieu s’entretient, non des affaires de ce monde, mais du royaume de Dieu. Et si parmi eux il en est qui soient affligés de quelque infirmité corporelle, il leur accorde d’abord le bienfait de la guérison.

8e leçon

Il était naturel qu’il tint en réserve un aliment spirituel, pour faire cesser le jeûne de ceux dont il venait de guérir les blessures. Personne donc ne reçoit la nourriture du Christ, s’il n’a d’abord été guéri, et tous ceux qui sont appelés au banquet, sont auparavant guéris par l’appel divin. Celui qui était boiteux a reçu, pour venir, la faculté de marcher ; celui qui était privé de la vue n’a pu entrer dans la maison du Seigneur, qu’après que la lumière lui a été rendue.

9e leçon

C’est donc un ordre mystérieux toujours observé : d’abord la rémission des péchés guérit les blessures spirituelles, ensuite la céleste nourriture est accordée avec largesse. Et cependant, cette foule n’est pas encore appelée à se nourrir des aliments les plus substantiels : ces cœurs, vides d’une foi solide, ne sont pas restaurés par le corps et le sang du Christ. « Je ne vous ai donné que du lait, dit l’Apôtre, vous ne pouviez encore supporter autre chose, et d’ailleurs vous en êtes encore incapables ». Ici, les cinq pains rappellent le lait : la nourriture plus substantielle, c’est le corps du Christ ; le breuvage plus fortifiant, c’est le sang du Seigneur.

L’Office du sixième Dimanche après la Pentecôte s’ouvrait hier soir par l’exclamation poignante d’un immense repentir. David, le roi-prophète, le vainqueur de Goliath, vaincu à son tour par l’entraînement des sens, et d’adultère devenu homicide, s’écriait sous le poids de son double crime : « Je vous en prie, mon Dieu, pardonnez l’iniquité de votre serviteur, car j’ai agi en insensé ! »

Le péché, quels que soient le coupable et la faute, est toujours faiblesse et folie. L’orgueil de l’ange rebelle ou de l’homme déchu aura beau faire : il n’empêchera pas que la flétrissure de ces deux mots ne s’attache, comme un stigmate humiliant, à la révolte contre Dieu, à l’oubli de sa loi, à cet acte insensé de la créature qui, conviée à s’élever dans les régions sereines où réside son auteur, s’échappe et fuit vers le néant, pour retomber plus bas même que ce néant d’où elle était sortie. Folie volontaire cependant, et faiblesse sans excuse ; car si l’être créé ne possède de son fonds que ténèbres et misères, la bonté souveraine met à sa disposition par la grâce, qui ne manque jamais, la force et la lumière de Dieu.

Le dernier, le plus obscur pécheur ne saurait donc avoir de raisons pour justifier ses fautes ; mais l’offense est plus injurieuse à Dieu, quand elle lui vient d’une créature comblée de ses dons et placée par sa bonté plus haut que d’autres dans l’ordre des grâces. Qu’elles ne l’oublient pas ces âmes pour qui le Seigneur a, comme pour David, multiplié ses magnificences. Conduites par les voies réservées de son amour, elles auraient beau avoir atteint déjà les sommets de l’union divine ; une vigilance sans fin peut seule garder quiconque n’a pas déposé le fardeau de la chair. Sur les montagnes comme dans les plaines et les vallées, toujours et partout, la chute est possible ; et combien n’est-elle pas plus effrayante, quand le pied glisse sur ces pics élevés de la terre d’exil qui déjà confinent à la patrie et donnent entrée dans les puissances du Seigneur ! Alors les précipices béants, que l’âme avait évités dans la montée, semblent tous l’appeler à la fois ; elle roule d’abîme en abîme, effrayant quelquefois jusqu’aux méchants eux-mêmes par la violence des passions longtemps contenues qui l’entraînent.

Âme brisée, que l’orgueil de Satan va chercher à fixer dans la fange ! Mais bien plutôt, du fond du gouffre où l’a jetée sa chute lamentable, qu’elle s’humilie, qu’elle pleure son crime ; qu’elle ne craigne point de lever de nouveau ses yeux humides vers les hauteurs brillantes où naguère elle semblait faire partie déjà des phalanges bienheureuses. Sans plus tarder, qu’elle s’écrie comme David : « J’ai péché contre le Seigneur » ; et comme à lui, il sera répondu : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas » ; et comme pour David, Dieu pourra faire encore en elle de grandes choses. David innocent avait paru la fidèle image du Christ, objet divin des complaisances de la terre et des cieux ; David pécheur, mais pénitent, resta la très noble figure de l’Homme-Dieu chargé des crimes du monde, et portant sur lui la miséricordieuse et juste vengeance de son Père offensé.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Les Messes des Dimanches après la Pentecôte ne nous avaient présenté qu’une seule fois jusqu’ici les Épîtres de saint Paul. C’est à saint Pierre et à saint Jean qu’était réservée de préférence la mission d’enseigner les fidèles au commencement des sacrés Mystères. Il semble que l’Église, en ces semaines qui représentent les premiers temps de la prédication apostolique, ait voulu rappeler ainsi le rôle prédominant du disciple de la foi et de celui de l’amour dans cette première promulgation de l’alliance nouvelle qui eut lieu tout d’abord au sein du peuple juif. Paul en effet n’était alors que Saul le persécuteur, et se montrait l’ennemi le plus violent de la parole qu’il devait porter plus tard avec tant d’éclat jusqu’aux extrémités du monde. Si ensuite sa conversion fit de lui un apôtre ardent et convaincu pour les Juifs eux-mêmes, il parut bientôt pourtant que la maison de Jacob n’était point, dans le domaine de l’apostolat, la part de son héritage. Après avoir affirmé publiquement sa croyance à Jésus Fils de Dieu et confondu la synagogue par l’autorité de son témoignage, il laissa silencieusement s’écouler la fin de la trêve accordée à Juda pour accepter l’alliance ; il attendit dans la retraite que le vicaire de l’Homme-Dieu, le chef du collège apostolique, donnât le signal de l’appel des Gentils, et ouvrît en personne les portes de l’Église à ces nouveaux fils d’Abraham.

Mais Israël a désormais trop longtemps abusé des divines condescendances ; l’heure de la répudiation approche pour l’ingrate Jérusalem, et l’Époux s’est enfin tourné vers les races étrangères. La parole est maintenant au Docteur des nations ; il la gardera jusqu’au dernier jour ; il ne se taira plus, jusqu’à ce qu’ayant redressé, soulevé vers Dieu la gentilité, il l’ait affermie dans la foi et l’amour. Il ne se donnera point de repos qu’il n’ait amené cette délaissée à la consommation des noces du Christ, à cette pleine fécondité de l’union divine, dont il dira au XXIVe et dernier Dimanche après la Pentecôte : « Nous n’avons point cessé de demander, de supplier que vous fussiez remplis de toute sagesse et doctrine, dignes de Dieu, lui plaisant en toutes choses, féconds dans toutes les bonnes œuvres et en toute vertu, par la puissance de celui qui nous a rendus dignes d’avoir part au sort des Saints dans la lumière de son Fils bien-aimé ».

C’est aux Romains que s’adressent aujourd’hui les instructions inspirées du grand Apôtre. L’Église en effet, dans la lecture de ces admirables Épîtres, observera l’ordre même de leur inscription au canon des Écritures : la lettre aux Romains, les deux aux Corinthiens, celles aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, passeront successivement sous nos yeux. Sublime correspondance, où l’âme de Paul, se livrant tout entière, donne en même temps le précepte et l’exemple de l’amour ! « Je vous en prie, dit-il sans cesse, soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ ».

C’est qu’en effet l’Évangile, le royaume de Dieu, la vie chrétienne, n’est point simplement affaire de discours. Rien de moins spéculatif que la science du salut ; rien qui la fasse pénétrer plus avant dans les âmes que la sainteté de ceux qui l’enseignent. Pour cette raison, celui-là seul, dans le christianisme, est reconnu comme Apôtre ou Docteur, qui sait fournir aux hommes, dans l’unité de sa vie, le double enseignement de la doctrine et des œuvres. Ainsi le premier, Jésus, prince des pasteurs, a-t-il traduit l’éternelle vérité, non seulement dans les mots sortis de sa bouche divine, mais encore dans les actes de sa vie sur terre. Ainsi l’Apôtre, devenu lui-même la forme du troupeau, révèle à tous en sa personne les progrès merveilleux qu’une âme fidèle peut accomplir au souffle de l’Esprit sanctificateur. Soyons attentifs aux accents de cette bouche puissante toujours ouverte sur le monde ; mais, en même temps, ouvrons les yeux de notre âme pour voir à l’œuvre notre Apôtre et marcher à sa suite. Par ses Épîtres si vivantes, il reste véritablement sur la terre ; il demeure avec nous, comme il l’avait dit, pour notre avancement, pour la joie et le triomphe de notre foi.

D’autre part, si nous estimons à leur prix l’exemple et la doctrine de ce père des nations, rappelons-nous également ses travaux et ses souffrances ; n’oublions point la sollicitude, l’amour ardent qu’il professait pour tous ceux qui n’avaient point vu son visage en la chair. Payons de retour, en dilatant pour lui nos cœurs ; aimons avec la lumière celui qui nous l’apporte, et tous ceux qui, comme lui, l’ont puisée si brillante dans les trésors de Dieu le Père et de son Christ. C’est la touchante recommandation de saint Paul lui-même ; c’est l’intention voulue par Dieu, lorsqu’il daigna confier à des hommes mortels le soin d’instruire conjointement avec lui les nations. La Sagesse éternelle ne se montre point directement ici-bas : elle s’est cachée dans l’Homme-Dieu tout entière ; elle se révèle donc par lui, mais aussi par l’Église, qui est le corps mystique de cet Homme-Dieu. Nous ne pouvons, en dehors du Christ Jésus, ni l’aimer, ni l’atteindre ; mais nous n’aimons, nous ne comprenons Jésus, qu’en aimant et comprenant son Église. Or, si dans cette Église, assemblée glorieuse des élus, il n’en est point qui ne réclament légitimement notre amour, est-il douteux pourtant que nous devions aimer et vénérer ceux-là surtout qui sont plus étroitement associés à l’humanité du Sauveur dans la manifestation du Verbe divin, centre unique de nos pensées dès ce monde et pour l’éternité ?

Personne, à ce titre, ne mérita plus que Paul la vénération, la reconnaissance et l’amour du peuple fidèle. Qui en effet, des prophètes et des saints apôtres, pénétra davantage le mystère du Christ ? Qui comme lui révéla au monde les rayonnements divins de la face du Sauveur? La vie d’union, cette union merveilleuse qui multiplie la vie du Verbe et la prolonge en chacun des chrétiens, eut-elle jamais un docteur plus complet, un si éloquent interprète ? A lui, le dernier venu, fut donnée cette grâce d’annoncer aux nations les insondables richesses du Christ ; le plus petit des saints, proclame-t-il dans son humilité sublime, il reçut la mission d’enseigner à toute créature le dernier mot de la création, resté longtemps caché en Dieu comme le secret des siècles et de l’histoire du monde, à savoir : la manifestation de la Sagesse infinie par l’Église, en Jésus-Christ notre Seigneur.

Car l’Église n’étant autre chose que le corps de l’Homme-Dieu et son mystique complément, la formation de l’Église, ses accroissements, ne sont pour saint Paul que la suite régulière de l’Incarnation, le développement continu du mystère apparu dans la crèche aux célestes principautés. Après l’Incarnation, Dieu fut mieux connu des Anges ; bien que le même en son immuable essence, il leur apparut plus grand et plus magnifique au reflet de ses perfections infinies dans la chair de son Verbe. Ainsi, bien que sans croissance possible elles-mêmes et fixées dans la plénitude, la perfection et la sainteté créées de l’Homme-Dieu se révèlent plus grandes à leur tour, à mesure que se multiplient dans le monde des merveilles de perfection et de sainteté qui ne trouvent qu’en lui leur source.

Parti de lui, coulant toujours de sa plénitude, le flot de la grâce et de la vérité parcourt sans fin chacun des membres de l’immense corps de l’Église. Principe de divine croissance, sève mystérieuse dont les canaux rattachent plus étroitement l’Église à son Chef auguste, que les nerfs et les vaisseaux portant le mouvement et la vie jusqu’aux extrémités de notre corps ne rattachent ses diverses parties à la tête qui dirige et commande. Mais de même que dans le corps humain la vie est une pour la tête et les membres, constituant chacun d’eux dans la proportion et l’harmonie qui font l’homme parfait : ainsi n’y a-t-il dans l’Église qu’une seule vie, celle de l’Homme-Dieu, du Christ chef formant son corps mystique et développant dans l’Esprit-Saint ses divers membres. Un temps viendra qu’il ne manquera plus rien à ce développement ; alors l’humanité, fondue avec son chef divin dans la mesure et la splendeur de l’âge parfait qui convient au Christ, apparaîtra sur le trône du Verbe, pour y faire à jamais l’admiration des Anges et l’objet des complaisances de la Trinité bienheureuse. Mais, en attendant, le Christ se complète en toutes choses et dans tous ; comme autrefois à Nazareth, Jésus grandit encore, et ses accroissements manifestent chaque jour davantage la Sagesse infinie dans sa beauté.

La sainteté, les souffrances, et ensuite la gloire du Seigneur Jésus, sa vie même en un mot prolongée dans ses membres telle est pour saint Paul la vie chrétienne : simple et sublime notion, qui résume à ses yeux le commencement, le progrès et la consommation du travail de l’Esprit d’amour en toute âme sanctifiée. Nous le verrons par la suite développer longuement cette vérité pratique, dont il se contente aujourd’hui de poser la base dans l’Épître que l’Église nous fait lire. Qu’est-ce que le baptême en effet, cette première entrée dans la voie qui conduit au ciel, sinon l’incorporation du néophyte à l’Homme-Dieu mort une fois au péché pour vivre à jamais en Dieu son Père ? Au Samedi saint, près des bords de la fontaine sacrée, nous avons compris, à l’aide d’un passage semblable de l’Apôtre, les divines réalités accomplies sous l’onde mystérieuse. La sainte Église n’y revient aujourd’hui que pour rappeler ce grand principe des commencements de la vie chrétienne, et l’établir comme point de départ des instructions qui vont suivre. Si le premier acte de la sanctification du fidèle enseveli dans son baptême avec Jésus-Christ a pour objet de le refaire tout entier, de le créer de nouveau dans cet Homme-Dieu, de greffer sa vie nouvelle sur la vie même du Seigneur Jésus pour en produire les fruits, nous ne serons point surpris que l’Apôtre se refuse à tracer aux chrétiens d’autre procédé de contemplation, d’autre règle de conduite, que l’étude et l’imitation du Sauveur. La perfection de l’homme et sa récompense sont en lui seul : selon donc la connaissance que vous avez reçue de lui, marchez en lui; car vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Le Docteur des nations le déclare : il ne connaît, il ne saurait prêcher autre chose. A son école, prenant en nous les sentiments qu’avait Jésus-Christ, nous deviendrons d’autres Christs, ou plutôt un seul Christ avec l’Homme-Dieu, par l’union des pensées et la conformité des vertus sous l’impulsion du même Esprit sanctificateur.

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Saint Irénée évêque et martyr

3 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Irénée évêque et martyr

Collecte

Dieu, vous avez accordé au bienheureux Irénée, votre Martyr et Pontife, de réprimer les hérésies par la vérité de sa doctrine et d’affermir la paix de l’Église : nous vous en supplions, donnez à votre peuple la constance dans la sainte religion, et à nos temps la paix.

Office

Quatrième leçon. Irénée, né dans l’Asie proconsulaire non loin de la ville de Smyrne se mit dès son enfance sous la conduite de saint Polycarpe, disciple de saint Jean l’Évangéliste et Évêque de cette Église de Smyrne. Grâce à la direction de cet excellent maître, ses progrès dans la connaissance et la pratique de la religion chrétienne furent remarquables. Quand Polycarpe lui eut été enlevé pour le ciel par un glorieux martyre, Irénée, bien qu’admirablement instruit des saintes Écritures, brûlait cependant encore du plus ardent désir d’étudier au lieu même où elles avaient été confiées à leur garde, les traditions que d’autres pouvaient avoir reçues quant à l’enseignement et aux institutions apostoliques. Il put rencontrer plusieurs disciples des Apôtres ; ce qu’il apprit d’eux, il le grava dans sa mémoire, et il devait dans la suite opposer fort à propos ce qu’il en avait recueilli, aux hérésies qu’il voyait s’étendre chaque jour davantage non sans grand péril pour le peuple chrétien, et qu’il se proposait de combattre avec soin et abondance de preuves. S’étant rendu dans les Gaules, Irénée fut ordonné prêtre de l’Église de Lyon par l’Évêque Pothin. Il remplit les devoirs de son ministère avec tant d’assiduité pour la prédication et tant de science qu’au témoignage de saints Martyrs qui combattirent courageusement pour la vraie religion sous l’empereur Marc-Aurèle, il se montra le zélateur du testament du Christ.

Cinquième leçon. Comme les Confesseurs de la foi eux-mêmes et le clergé de Lyon étaient au plus haut point préoccupés de la paix des Églises d’Asie que troublait la faction des Montanistes, ils s’adressèrent à Irénée qu’ils proclamaient être l’homme le plus capable d’obtenir gain de cause, et le choisirent avec grande unanimité pour aller prier le Pape Éleuthère de condamner les nouveaux sectaires par l’autorité du Siège apostolique et de supprimer ainsi la cause des discordes. Déjà l’Évêque Pothin était mort martyr, Irénée lui ayant succédé s’acquitta de la charge épiscopale avec tant de succès, par sa sagesse, sa prière et son exemple, qu’en peu de temps il vit non seulement tous les habitants de Lyon, mais ceux de beaucoup d’autres cités gauloises, rejeter l’erreur et la superstition et s’inscrire dans la milice chrétienne. Tandis qu’il se livrait à ces labeurs apostoliques une discussion s’était élevée au sujet du jour auquel il convenait de célébrer la fête de Pâques et, le Pontife romain Victor voyant les Évêques d’Asie se séparer presque tous de leurs frères dans l’épiscopat quant au jour de cette célébration, les traitait avec rigueur ou menaçait de les excommunier. Irénée, ami de la paix, intervint respectueusement auprès du Pape et, faisant valoir l’exemple des Pontifes précédents, il l’amena à ne pas souffrir que tant d’Églises se séparassent de l’unité catholique à propos d’un rite qu’elles affirmaient avoir reçu par tradition.

Sixième leçon. Irénée composa de nombreux ouvrages qu’ont cité Eusèbe de Césarée et saint Jérôme ; mais dont une grande partie a disparu par le malheur des temps. On a encore de lui cinq livres contre les hérésies, écrits vers l’année cent quatre vingt, quand Éleuthère régissait encore la chrétienté. Dans le troisième de ces livres, l’homme de Dieu, instruit par ceux qu’il déclare avoir ouï l’enseignement direct des Apôtres, dit au sujet de l’Église romaine et de sa succession de Pontifes, que son témoignage est le plus grand et le plus éclatant parce qu’elle a la garde fidèle perpétuelle et très sûre de la tradition divine. Aussi, ajoute-t-il, est-il nécessaire qu’avec cette Église, en raison de sa puissante primauté, s’accorde toute Église, c’est-à-dire les fidèles de tous les lieux. En même temps que d’innombrables chrétiens qui lui devaient le bonheur d’être parvenus à la vraie foi, Irénée obtint enfin la couronne du martyre et partit pour le ciel l’an du salut deux cent deux, alors que Septime Sévère avait ordonné de vouer à la torture et à la mort tous ceux qui voudraient persévérer avec constance dans la pratique de la religion chrétienne. Le Souverain Pontife Benoît XV a ordonné d’étendre la fête de saint Irénée à l’Église universelle. »

L’Année Liturgique est écrite avant que la fête de St Irénée ne soit inscrite au calendrier universel en 1921, d’abord à la date du 28 juin, ce qui entraîna le déplacement de celle de Léon ‘II’ au 3 juillet, puis à la date du 3 juillet en 1960, avec la suppression de Léon ‘II’.

Quoique la fête de saint Léon II eût suffi par elle-même à compléter les enseignements de cette journée, l’Église de Lyon présente à la reconnaissante admiration du monde, en ce même jour, son grand docteur, le pacifique et vaillant Irénée, lumière de l’Occident. A cette date qui le vit confirmer dans son sang la doctrine qu’il avait prêchée, il est bon de l’écouter rendant à l’Église-mère le témoignage célèbre qui, jusqu’à nos temps, a désespéré l’hérésie et confondu l’enfer ; c’est pour une instruction si propre à préparer nos cœurs aux gloires du lendemain, que l’éternelle Sagesse a voulu fixer aujourd’hui son triomphe. Entendons l’élève de Polycarpe, l’auditeur zélé des disciples des Apôtres, celui que sa science et ses pérégrinations, depuis la brillante Ionie jusqu’au pays des Celtes, ont rendu le témoin le plus autorisé de la foi des Églises au second siècle. Toutes ces Églises, nous dit l’évêque de Lyon, s’inclinent devant Rome la maîtresse et la mère. « Car c’est avec elle, à cause de sa principauté supérieure, qu’il faut que s’accordent les autres ; c’est en elle que les fidèles qui sont en tous lieux, gardent toujours pure la foi qui leur fut prêchée. Grande et vénérable par son antiquité entre toutes, connue de tous, fondée par Pierre et Paul les deux plus glorieux des Apôtres, ses évêques sont, par leur succession, le canal qui transmet jusqu’à nous dans son intégrité la tradition apostolique : de telle sorte que quiconque diffère d’elle en sa croyance, est confondu par le seul fait ».

La pierre qui porte l’Église était dès lors inébranlable aux efforts de la fausse science. Et pourtant ce n’était pas une attaque sans périls que celle de la Gnose, hérésie multiple, aux trames ourdies, dans un étrange accord, par les puissances les plus opposées de l’abîme. On eût dit que, pour éprouver le fondement qu’il avait posé, le Christ avait permis à l’enfer d’essayer contre lui l’assaut simultané de toutes les erreurs qui se divisaient alors le monde, ou même devaient plus tard se partager les siècles. Simon le Mage, engagé par Satan dans les filets des sciences occultes, fut choisi pour lieutenant du prince des ténèbres dans cette entreprise. Démasqué à Samarie par le vicaire de l’Homme-Dieu, il avait commencé, contre Simon Pierre, une lutte jalouse qui ne se termina point à la mort tragique du père des hérésies, mais continua plus vive encore dans le siècle suivant, grâce aux disciples qu’il s’était formés. Saturnin, Basilide, Valentin ne firent qu’appliquer les données du maître, en les diversifiant selon les instincts que faisait naître autour d’eux la corruption de l’esprit ou du cœur. Procédé d’autant plus avouable, que la prétention du Mage avait été de sceller l’alliance des philosophies, des religions, des aspirations les plus contradictoires de l’humanité. Il n’était point d’aberrations, depuis le dualisme persan, l’idéalisme hindou, jusqu’à la cabale juive et au polythéisme grec, qui ne se donnassent la main dans le sanctuaire réservé de la Gnose ; là, déjà, se voyaient formulées les hétérodoxes conceptions d’Arius et d’Eutychès ; là par avance prenaient mouvement et vie, dans un roman panthéistique étrange, les plus bizarres des rêves creux de la métaphysique allemande. Dieu abîme, roulant de chute en chute jusqu’à la matière, pour prendre conscience de lui-même dans l’humanité et retourner par l’anéantissement au silence éternel : c’était tout le dogme de la Gnose, engendrant pour morale un composé de mystique transcendante et de pratiques impures, posant en politique les bases du communisme et du nihilisme modernes.

Combien ce spectacle de la Babel gnostique, élevant ses matériaux incohérents sur les eaux de l’orgueil ou des passions immondes, était de nature à faire ressortir l’admirable unité présidant aux accroissements de la cité sainte ! Saint Irénée, choisi de Dieu pour opposer à la Gnose les arguments de sa puissante logique et rétablir contre elle le sens véritable des Écritures, excellait plus encore, quand, en face des mille sectes portant si ouvertement la marque du père de la division et du mensonge, il montrait l’Église gardant pieusement dans l’univers entier la tradition reçue des Apôtres. La foi à la Trinité sainte gouvernant ce monde qui est son ouvrage, au mystère de justice et de miséricorde qui, délaissant les anges tombés, a relevé jusqu’à notre chair en Jésus le bien-aimé, fils de Marie, notre Dieu, notre Sauveur et Roi : tel était le dépôt que Pierre et Paul, que les Apôtres et leurs disciples avaient confié au monde. « L’Église donc, constate saint Irénée dans son pieux et docte enthousiasme, l’Église ayant reçu cette foi la garde diligemment, faisant comme une maison unique de la terre où elle vit dispersée : ensemble elle croit, d’une seule âme, d’un seul cœur ; d’une même voix elle prêche, enseigne, transmet la doctrine, comme n’ayant qu’une seule bouche. Car, encore bien que dans le monde les idiomes soient divers, cela pourtant n’empêche point que la tradition demeure une en sa sève. Les églises fondées dans la Germanie, chez les Ibères ou les Celtes, ne croient point autrement, n’enseignent point autrement que les églises de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ou celles qui sont établies au centre du monde. Mais comme le soleil, créature de Dieu, est le même et demeure un dans l’univers entier : ainsi l’enseignement de la vérité resplendit, illuminant tout homme qui veut parvenir à la connaissance du vrai. Que les chefs des églises soient inégaux dans l’art de bien dire, la tradition n’en est point modifiée : celui qui l’expose éloquemment ne saurait l’accroître ; celui qui parle avec moins d’abondance ne la diminue pas ».

Unité sainte, foi précieuse déposée comme un ferment d’éternelle jeunesse en nos cœurs, ceux-là ne vous connaissent point qui se détournent de l’Église. S’éloignant d’elle, ils perdent Jésus et tous ses dons. « Car où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu ; et où se trouve l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. Infortunés qui s’en séparent, ils ne puisent point la vie aux mamelles nourrissantes où les appelait leur mère, ils n’étanchent point leur soif à la très pure fontaine du corps du Sauveur ; mais, loin de la pierre unique, ils s’abreuvent à la boue des citernes creusées dans le limon fétide où ne séjourne point l’eau de la vérité ». Sophistes pleins de formules et vides du vrai, que leur servira leur science ? « Oh ! combien, s’écrie l’évêque de Lyon dans un élan dont l’auteur de l’Imitation semblera s’inspirer plus tard combien meilleur il est d’être ignorant ou de peu de science, et d’approcher de Dieu par l’amour ! Quelle utilité de savoir, de passer pour avoir beaucoup appris, et d’être ennemi de son Seigneur ? Et c’est pourquoi Paul s’écriait : La science enfle, mais la charité édifie. Non qu’il réprouvât la vraie science de Dieu : autrement, il se fût condamné lui-même le premier ; mais il voyait que quelques-uns, s’élevant sous prétexte de science, ne savaient plus aimer. Oui certes, pourtant : mieux vaut ne rien du tout savoir, ignorer les raisons des choses, et croire à Dieu et posséder la charité. Évitons la vaine enflure qui nous ferait déchoir de l’amour, vie de nos âmes ; que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, crucifié pour nous, soit toute notre science ».

Plutôt que de relever ici, à la suite d’illustres auteurs, le génie de l’éminent controversiste du second siècle, il nous plaît de citer de ces traits qui nous font entrer dans sa grande âme, et nous révèlent sa sainteté si aimante et si douce. « Quand viendra l’Époux, dit-il encore des malheureux qu’il voudrait ramener, ce n’est pas leur science qui tiendra leur lampe allumée, et ils se trouveront exclus de la chambre nuptiale ».

En maints endroits, au milieu de l’argumentation la plus serrée, celui qu’on pourrait appeler le petit-fils du disciple bien-aimé trahit son cœur ; il montre sur les traces d’Abraham la voie qui conduit à l’Époux : sa bouche alors redit sans fin le nom qui remplit ses pensées. Nous reconnaîtrons, dans ces paroles émues, l’apôtre qui avait quitté famille et patrie pour avancer le règne du Verbe en notre terre des Gaules : « Abraham fit bien d’abandonner sa parenté terrestre pour suivre le Verbe de Dieu, de s’exiler avec le Verbe pour vivre avec lui. Les Apôtres rirent bien, pour suivre le Verbe de Dieu, d’abandonner leur barque et leur père. Nous aussi, qui avons la même foi qu’Abraham, nous faisons bien, portant la croix comme Isaac le bois, de marcher à sa suite. En Abraham l’humanité connut qu’elle pouvait suivre le Verbe de Dieu, et elle affermit ses pas dans cette voie bienheureuse. Le Verbe, lui, cependant, disposait l’homme aux mystères divins par des figures éclairant l’avenir. Moïse épousait l’Éthiopienne, rendue ainsi fille d’Israël : et par ces noces de Moïse les noces du Verbe étaient montrées, et par cette Éthiopienne était signifiée l’Église sortie des gentils  ; en attendant le jour où le Verbe lui-même viendrait laver de ses mains, au banquet de la Cène, les souillures des filles de Sion

. Car il faut que le temple soit pur, où l’Époux et l’Épouse goûteront les délices de l’Esprit de Dieu ; et comme l’Épouse ne peut elle-même prendre un Époux, mais doit attendre qu’elle soit recherchée : ainsi cette chair ne peut monter seule à la magnificence du trône divin ; mais quand l’Époux viendra, il l’élèvera, elle le possédera moins qu’elle ne sera possédée par lui. Le Verbe fait chair se l’assimilera pleinement, et la rendra précieuse au Père par cette conformité avec son Verbe visible. Et alors se consommera l’union à Dieu dans l’amour. L’union divine est vie et lumière ; elle donne la jouissance de tous les biens qui sont à Dieu ; elle est éternelle de soi, comme ces biens eux-mêmes. Malheur à ceux qui s’en éloignent : leur châtiment vient moins de Dieu que d’eux-mêmes et du libre choix par lequel, se détournant de Dieu, ils ont perdu tous les biens ».

La perte de la foi étant, de toutes les causes de l’éloignement de Dieu, la plus radicale et la plus profonde, on ne doit pas s’étonner de l’horreur qu’inspirait l’hérésie, dans ces temps où l’union à Dieu était le trésor qu’ambitionnaient toutes les conditions et tous les âges. Le nom d’Irénée signifie la paix ; et, justifiant ce beau nom, sa condescendante charité amena un jour le Pontife Romain à déposer ses foudres dans la question, pourtant si grave, de la célébration de la Pâque. Néanmoins, c’est Irénée qui nous rapporte de Polycarpe son maître, qu’ayant rencontré Marcion l’hérétique, sur sa demande s’il le connaissait, il lui répondit : « Je te reconnais pour le premier-né de Satan ». C’est lui encore de qui nous tenons que l’apôtre saint Jean s’enfuit précipitamment d’un édifice public, à la vue de Cérinthe qui s’y trouvait, de peur, disait-il, que la présence de cet ennemi de la vérité ne fît écrouler les murailles : « tant, remarque l’évêque de Lyon, les Apôtres et leurs disciples avaient crainte de communiquer, même en parole, avec quelqu’un de ceux qui altéraient la vérité »

. Celui que les compagnons de Pothin et de Blandine nommaient dans leur prison le zélateur du Testament du Christ, était, sur ce point comme en tous les autres, le digne héritier de Jean et de Polycarpe. Loin d’en souffrir, son cœur, comme celui de ses maîtres vénérés, puisait dans cette pureté de l’intelligence la tendresse infinie dont il faisait preuve envers les égarés qu’il espérait sauver encore. Quoi de plus touchant que la lettre écrite par Irénée à l’un de ces malheureux, que le mirage des nouvelles doctrines entraînait au gouffre : « O Florinus, cet enseignement n’est point celui que vous ont transmis nos anciens, les disciples des Apôtres. Je vous ai vu autrefois près de Polycarpe ; vous brilliez à la cour, et n’en cherchiez pas moins à lui plaire. Je n’étais qu’un enfant, mais je me souviens mieux des choses d’alors que des événements arrivés hier ; les souvenirs de l’enfance font comme partie de l’âme, en effet ; ils grandissent avec elle. Je pourrais dire encore l’endroit où le bienheureux Polycarpe s’asseyait pour nous entretenir, sa démarche, son abord, son genre de vie, tous ses traits, les discours enfin qu’il faisait à la multitude. Vous vous rappelez comment il nous racontait ses relations avec Jean et les autres qui avaient vu le Seigneur, avec quelle fidélité de mémoire il redisait leurs paroles ; ce qu’il en avait appris touchant le Seigneur, ses miracles, sa doctrine, Polycarpe nous le transmettait comme le tenant de ceux-là mêmes qui avaient vu de leurs yeux le Verbe de vie ; et tout, dans ce qu’il nous disait, était conforme aux Écritures. Quelle grâce de Dieu que ces entretiens ! J’écoutais avidement, transcrivant tout, non sur le parchemin, mais dans mon cœur ; et à l’heure qu’il est, parla même grâce de Dieu, j’en vis toujours. Aussi puis-je l’attester devant Dieu : si le bienheureux, l’apostolique vieillard, eût entendu des discours tels que les vôtres, il eût poussé un grand cri, et se serait bouché les oreilles, en disant selon sa coutume : O Dieu très bon, à quels temps m’avez-vous réservé ! Et il se fût levé aussitôt pour fuir ce lieu de blasphème »

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Visitation de la Vierge Marie mémoire des Saints Processus et Martinien Martyrs

2 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Visitation de la Vierge Marie mémoire des Saints Processus et Martinien Martyrs

Collecte

Seigneur, nous vous prions d’accorder à vos serviteurs le don de la grâce céleste : et, comme l’enfantement de la bienheureuse Vierge a été le principe de leur salut ; qu’ainsi la pieuse solennité de sa Visitation leur procure un accroissement de paix.

Lecture Ct. 2, 8-14

Voici qu’il vient, bondissant sur les montagnes, sautant sur les collines. Mon bien-aimé est semblable à la gazelle, ou au faon des biches. Le voici, il est derrière notre mur, regardant par la fenêtre, épiant par le treillis. Voici, mon bien-aimé me dit : "Lève-toi, hâte-toi, mon amie, ma colombe, ma belle, et viens ! Car voici que l’hiver est fini ; la pluie a cessé, elle a disparu. Les fleurs ont paru sur notre terre, le temps des chants est arrivé ; la voix de la tourterelle s’est fait entendre dans nos campagnes ; le figuier pousse ses fruits naissants, les vignes en fleur donnent son parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! Ma colombe, qui te tiens dans la fente du rocher, dans l’abri des parois escarpées, montre-moi ton visage, que ta voix résonne à mes oreilles ; car ta voix est douce, et ton visage charmant.

Évangile Lc. 1, 39-47

En ces jours-là : Marie partit et s’en alla en hâte vers la montagne, en une ville de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Et elle s’écria à haute voix, disant : "Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! Car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur !" Et Marie dit : "Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur".

Secrète

Qu’elle nous porte secours, Seigneur, la bonté de votre Fils unique, qui né d’une Vierge, n’a point altéré l’intégrité de sa Mère mais l’a consacrée, afin que nous purifiant de nos fautes en la solennité de sa Visitation, il vous rende notre oblation agréable, lui Jésus-Christ Notre-Seigneur qui…

Postcommunion

Nous avons reçu, Seigneur, les choses saintes qui vous sont offertes en cette solennité annuelle, faites, nous vous en supplions, qu’elles nous donnent les remèdes spirituels utiles à la vie temporelle et conduisant à la vie éternelle.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Lorsque le Rédempteur de notre race fut venu, il alla aussitôt près de Jean, son ami, tandis que celui-ci était encore dans le sein de sa mère. Du sein d’Élisabeth, Jean reconnut Jésus-Christ dans le sein de Marie ; et faisant tressaillir son enveloppe naturelle, il s’écrie : Je vois le Seigneur, qui a établi des limites à la nature et je n’attends pas le temps de naître : le terme des neuf mois ne m’est point ici nécessaire, car j’ai en moi celui qui est éternel ; je sortirai de cette demeure ténébreuse, je prêcherai la connaissance sommaire de choses admirables. Je suis un signe : je présagerai l’avènement du Christ. Je suis une trompette : j’annoncerai le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu. Je retentirai comme une trompette, je bénirai la langue de mon père et la délierai afin qu’elle parle. Je retentirai comme une trompette, et je vivifierai le sein de ma mère.

5e leçon

Tu vois, ô bien-aimé, combien ce mystère est nouveau et admirable. Jean n’est pas encore né, et il s’exprime par des tressaillements ; il ne paraît pas encore, et il adresse des menaces ; il n’est pas encore en état de pousser des cris, et il se fait entendre par des actes ; il n’a pas commencé sa vie, et il publie la gloire de Dieu ; il ne voit pas encore la lumière, et il montre le vrai Soleil ; il n’est pas encore mis au monde, et il se hâte d’agir en précurseur. Car, à la présence du Seigneur, il ne peut plus se contenir, il ne supporte pas d’attendre le terme fixé par la nature ; mais il s’efforce de rompre la prison du sein de sa mère et il s’applique à faire connaître d’avance l’avènement du Sauveur. Il est arrivé, dit-il, celui qui brise les entraves : et pourquoi, moi, reste-je là enchaîné, et suis-je là pour y demeurer ? Le Verbe est arrivé pour constituer toutes choses : et moi je reste encore ici captif ! Je sortirai, je courrai en avant, à tous je dirai bien haut : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde »

6e leçon

Mais dis-nous, Jean, comment, encore enfermé dans l’obscure demeure du sein maternel, peux-tu voir et entendre ? Comment contemples-tu les choses divines ? Comment peux-tu avoir des tressaillements et des transports ? C’est là, dit-il, un grand mystère qui s’accomplit, et un acte qui dépasse l’intelligence humaine. Il faut bien que j’innove dans l’ordre naturel, à cause de celui qui doit innover dans l’ordre surnaturel. Je vois, étant encore dans le sein de ma mère, parce que le Soleil que porte le sein virginal m’éclaire et me fait voir. Mes oreilles entendent parce que je nais pour être la voix de celui qui est le Verbe par excellence. Je jette des exclamations, parce que je considère le Fils unique de Dieu enveloppé de chair. J’exulte, parce que je vois le Créateur de l’univers s’approprier la nature humaine. Je suis transporté, parce que le Rédempteur du monde a pris un corps. Je suis le Précurseur de son avènement, et je viens en quelque sorte au-devant de vous pour en témoigner.

7e leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

Remarquons-le : la supériorité vient à l’infériorité pour lui être utile ; Marie se rend vers Élisabeth, le Christ va trouver Jean. C’est aussi pour sanctifier le baptême de Jean, que le Seigneur ira plus tard à ce baptême. Remarquons en outre que les bienfaits de la divine présence ne tardent pas à se manifester. Distinguez bien tout, et notez la signification propre de chacun des termes. Ce fut Élisabeth qui, la première, entendit la voix, suivant l’ordre de la nature ; mais Jean fut le premier à recevoir la grâce, d’après l’économie du mystère. Élisabeth s’est ressentie de l’approche de Marie, et Jean, de l’approche du Seigneur. Élisabeth et Marie s’entretiennent de la grâce ; les deux enfants la produisent en elles : mystérieux et premier office d’une piété filiale qui s’annonce par les biens procurés à leurs mères ; un double miracle fait qu’elles prophétisent l’une et l’autre sous l’inspiration de leurs enfants. Jean tressaillit. Élisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint ; la mère n’est pas remplie avant son fils, mais le fils a été rempli d’abord, et ensuite il remplit sa mère.

8e leçon

« Et d’où me vient-il que la Mère de mon Seigneur me visite ? » Ce qui veut dire : Quel grand bien c’est pour moi, que la Mère de mon Seigneur me visite ! J’aperçois le miracle, je m’explique le mystère : celle qui est appelée ici la Mère du Seigneur a conçu le Verbe, elle est remplie de la divinité. « Or, Marie demeura trois mois avec Élisabeth, et s’en retourna dans sa maison ». L’Évangéliste a bien raison de nous présenter la sainte Vierge accomplissant un devoir de charité et observant, dans la durée de son séjour, un nombre consacré.

9e leçon

En effet, elle ne resta pas tout ce temps auprès d’Élisabeth uniquement pour jouir de son intimité : ce fut encore au profit d’un si grand Prophète. Car s’il y eut de prime abord un effet de grâce si prodigieux, qu’à la salutation de Marie, Jean tressaillit dans le sein de sa mère, et que celle-ci fut remplie de l’Esprit-Saint, combien, pensons-nous, que dans toute la durée de la visite, la présence de Marie y ait surajouté ? C’est ainsi que le Précurseur reçut l’onction du Saint-Esprit et fut exercé dans le sein de sa mère, comme un athlète vaillant. C’est ainsi que sa vigueur était préparée en vue des plus rudes combats.

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Le Précieux Sang

1 Juillet 2021 , Rédigé par Ludovicus

Le Précieux Sang

Introït

Vous nous avez rachetés, Seigneur, par votre Sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation : et vous nous avez fait royaume pour notre Dieu. Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur : de génération en génération ma bouche annoncera votre vérité.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, vous avez établi votre Fils unique rédempteur du monde, et vous avez voulu que votre justice soit apaisée par son sang : faites-nous la grâce, nous vous en prions, de vénérer d’un culte solennel ce prix de notre salut, et d’être ici-bas préservés par sa vertu des maux de la vie présente ; de manière à jouir éternellement de ses fruits dans les cieux. Par le même.

Épitre He. 9, 11-15

Mes Frères : le Christ ayant paru comme grand prêtre des biens à venir, c’est en passant par un tabernacle plus excellent et plus parfait, qui n’est pas construit de main d’homme, c’est-à-dire, qui n’appartient pas à cette création-ci et ce n’est pas avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, qu’il est entré une fois pour toutes dans le saint des Saints, après avoir acquis une rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux, si la cendre d’une génisse, dont on asperge ceux qui sont souillés, sanctifient de manière à procurer la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ qui, par l’Esprit-Saint, s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant ? Et c’est pour cela qu’il est médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour le pardon des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Évangile Jn. 19. 30-35

En ce temps-là : Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : "Tout est consommé", et inclinant la tête il rendit l’esprit. Or, comme c’était la Préparation, de peur que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat, car le jour de ce sabbat était très solennel, les Juifs demandèrent à Pilate qu’on rompît les jambes aux crucifiés et qu’on les détachât. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Mais quand ils vinrent à Jésus, le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes. Mais un des soldats lui transperça le côté avec sa lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Et celui qui l’a vu en rend témoignage, et son témoignage est vrai.

Secrète

Nous vous en supplions, Dieu des vertus, que par ces divins mystères, nous puissions avoir accès auprès de Jésus le médiateur de la nouvelle alliance, et que nous renouvelions sur vos autels l’effusion de ce sang plus éloquent que celui d’Abel.

Postcommunion

Admis à la table sacrée, nous avons puisé avec joie des eaux aux fontaines du Sauveur ; faites, nous vous en supplions, Seigneur, que son Sang devienne pour nous une source d’eau vive jaillissant jusqu’à la vie éternelle.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Veux-tu apprendre la vertu du sang du Christ ? Remontons à ce qui l’a figuré et rappelons-nous sa première image, en puisant aux récits de l’Écriture ancienne. C’était en Égypte, Dieu menaçait les Égyptiens d’une dixième plaie, il avait résolu de faire périr leurs premiers-nés, parce qu’ils retenaient son peuple premier-né. Mais afin que le peuple juif qu’il aimait ne risquât pas d’être frappé avec eux (car ils habitaient tous un même pays), le Seigneur lui indiqua un remède qui devait servir au discernement des Israélites et des Gentils. C’est un exemple admirable et propre à vous faire véritablement connaître la vertu du sang de Jésus-Christ. Les effets de la colère divine étaient attendus, et le messager de la mort allait de maison en maison. Que fait donc Moïse ? « Tuez, dit-il, un agneau d’un an, et de son sang, marquez vos portes ». Que dis-tu, Moïse ? Le sang d’un agneau peut-il donc préserver l’homme doué de raison ? Certainement, nous répond-il ; non parce que c’est du sang, mais parce que le sang du Seigneur y est représenté.

5e leçon

Comme les statues des rois, inertes et muettes, protègent d’ordinaire les hommes doués d’une âme et de raison qui se réfugient près d’elles, non parce qu’elles sont d’airain, mais parce qu’elles sont l’image du prince ; ainsi ce sang privé de raison délivra des hommes ayant une âme, non parce que c’était du sang, mais parce qu’il annonçait pour l’avenir le sang du Christ. Et alors l’Ange destructeur, en voyant les portes teintes, passa plus loin et n’osa pas entrer. Si donc aujourd’hui, au lieu de voir des portes teintes du sang d’un agneau figuratif, l’ennemi voit les lèvres des fidèles, portes des temples de Jésus-Christ, reluire du sang de l’Agneau véritable, cet ennemi s’éloignera bien plus. Car si l’Ange se retira devant la figure, à combien plus forte raison l’ennemi sera-t-il saisi de frayeur s’il aperçoit la réalité elle-même ? Voulez-vous sonder encore une autre vertu de ce sang ? Je le veux bien. Voyez d’où il s’est d’abord répandu, et de quelle source il est sorti. C’est de la croix même qu’il commença à couler ; le côté du Seigneur fut sa source. Car, est-il dit, Jésus étant mort et encore suspendu à la croix, un soldat s’approche, lui frappe le côté avec sa lance, et il en sort de l’eau et du sang : l’une, symbole du baptême ; l’autre, du Sacrement. C’est pourquoi l’Évangile ne dit pas : Il en sortit du sang et de l’eau, mais de l’eau d’abord, et puis du sang ; parce que nous sommes d’abord lavés dans l’eau baptismale, et consacrés ensuite par le très saint Mystère. Un soldat ouvre le côté, il fait une ouverture dans la muraille du temple saint. Et moi j’ai trouvé un trésor précieux, et je me félicite de découvrir de grandes richesses.

6e leçon

Ainsi a-t-il été fait de cet Agneau. Les Juifs ont tué l’Agneau, et moi j’ai connu le fruit du Sacrement. Du côté coulèrent le sang et l’eau. Je ne veux pas, mon auditeur, passer si rapidement sur les secrets d’un si grand mystère, car il me reste encore à vous dire des choses mystiques et profondes. J’ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et des Mystères. D’eux, en effet, a été fondée l’Église, par la régénération du bain et la rénovation du Saint-Esprit : je dis par le baptême et les Mystères, qui paraissent être sortis du côté. De son côté donc le Christ a édifié l’Église, comme du côté d’Adam fut tirée Ève, son épouse. Saint Paul atteste aussi cette origine, lorsqu’il dit : « Nous sommes les membres de son corps, formés de ses os », faisant allusion au côté du Christ. Oui, ainsi que Dieu fit la femme du côté d’Adam, de même le Christ nous donna de son côté l’eau et le sang, destinés à l’Église comme éléments réparateurs. – A l’occasion du dix-neuvième centenaire de la rédemption du genre humain, le pape Pie XI a promulgué un jubilé solennel pour commémorer un bienfait si ineffable. Voulant multiplier les grâces du précieux sang par lequel nous avons été rachetés dans le sang du Christ, l’agneau sans tache, et recommander plus intensément son souvenir aux fidèles, le Souverain Pontife a élevé au rang de première classe la fête du Précieux Sang de notre Seigneur Jésus Christ, que l’Église célèbre tous les ans.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque

L’Évangéliste s’est servi d’une expression choisie à dessein, il ne dit pas : Il frappa son côté, ou : Il le blessa, ou, toute autre chose, mais : « Il ouvrit », pour nous apprendre qu’elle fut en quelque sorte ouverte au Calvaire, la porte de la vie d’où sont sortis les sacrements de l’Église, sans lesquels on ne peut avoir d’accès à la vie qui est la seule véritable vie. Ce sang qui a été répandu, a été versé pour la rémission des péchés ; cette eau vient se mêler pour nous au breuvage du salut ; elle est à la fois un bain qui purifie et une boisson rafraîchissante. Nous voyons une figure de ce mystère dans l’ordre donné à Noé d’ouvrir, sur un côté de l’arche, une porte par où pussent entrer les animaux qui devaient échapper au déluge et qui représentaient l’Église. C’est en vue de ce même mystère que la première femme a été faite d’une des côtes d’Adam pendant son sommeil, et qu’elle fut appelée vie et mère des vivants. Elle était la figure d’un grand bien, avant le grand mal de la prévarication. Nous voyons ici le second Adam s’endormir sur la croix, après avoir incliné la tête, pour qu’une épouse lui fût formée par ce sang et cette eau qui coulèrent de son côté pendant son sommeil. O mort qui devient pour les morts un principe de résurrection et de vie ! Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ?

8e leçon

Les hommes servaient le démon et étaient ses esclaves, mais ils ont été rachetés de la captivité. Car ils ont pu se vendre, mais non se racheter. Le Rédempteur est venu et il a donné la rançon ; il a répandu son sang et il a racheté le monde entier. Vous demandez ce qu’il a acheté ? Voyez ce qu’il a donné et vous verrez ce qu’il a acheté. Le sang de Jésus-Christ est le prix. Que vaut-il, si ce n’est l’univers entier ? Que vaut-il, si ce n’est toutes les nations ? Ils sont très ingrats et n’apprécient pas son prix, ou sont démesurément superbes, ceux qui disent qu’il valait si peu qu’il n’a acheté que les Africains, ou qu’ils sont eux-mêmes si grands, que tout le prix leur a été consacré. Qu’ils ne s’élèvent pas, qu’ils ne s’enorgueillissent pas. Il a donné pour tous, tout ce qu’il a donné.

9e leçon

Il eut, lui, du sang au prix duquel il pouvait nous sauver ; et c’est pour ceci qu’il l’a pris ; afin que ce sang fût celui qu’il répandrait pour notre rédemption. Le sang du Seigneur, si vous le voulez, il est donné pour vous ; si vous ne voulez pas qu’il en soit ainsi, il n’est pas donné pour vous. Car vous dites peut-être : Mon Dieu eut du sang qui pouvait me sauver ; mais maintenant qu’il a souffert déjà, il l’a donné tout entier. Que lui en est-il resté, qu’il pût encore donner pour moi ? Mais voici ce qui est grand : c’est qu’il l’a donné une fois et qu’en même temps, il l’a donné pour tous. Le sang du Christ est le salut pour qui l’accepte et le supplice pour qui le refuse. Pourquoi donc hésitez-vous, vous qui ne voulez pas mourir et ne voulez-vous pas plutôt être délivré d’une seconde mort ? Et vous en êtes délivré si vous voulez porter votre croix et suivre le Seigneur ; car il a porté, lui, la sienne, et a cherché un serviteur.

Jean-Baptiste a montré l’Agneau, Pierre affermi son trône, Paul préparé l’Épouse : œuvre commune, dont l’unité fut la raison qui devait les rapprocher de si près tous trois sur le Cycle. L’alliance étant donc maintenant assurée, tous trois rentrent dans l’ombre ; et seule, sur les sommets où ils l’ont établie, l’Épouse apparaît, tenant en mains la coupe sacrée du festin des noces.

Tel est le secret de la fête de ce jour. Son lever au ciel de la sainte Liturgie, en la saison présente, est plein de mystère. Déjà, et plus solennellement, l’Église a révélé aux fils de la nouvelle Alliance le prix du Sang dont ils furent rachetés, sa vertu nourrissante et les honneurs de l’adoration qu’il mérite. Au grand Vendredi, la terre et les cieux contemplèrent tous les crimes noyés dans le fleuve de salut dont les digues éternelles s’étaient enfin rompues, sous l’effort combiné de la violence des hommes et de l’amour du divin Cœur. La fête du Très-Saint-Sacrement nous a vus prosternés devant les autels où se perpétue l’immolation du Calvaire, et l’effusion du Sang précieux devenu le breuvage des humbles et l’objet des hommages des puissants de ce monde. Voici que l’Église, cependant, convie de nouveau les chrétiens à célébrer les flots qui s’épanchent de la source sacrée : qu’est-ce à dire, sinon, en effet, que les solennités précédentes n’en ont point sans doute épuisé le mystère ?

La paix faite par ce Sang dans les bas lieux comme sur les hauteurs ; le courant de ses ondes ramenant des abîmes les fils d’Adam purifiés, renouvelés, dans tout l’éclat d’une céleste parure ; la table sainte dressée pour eux sur le rivage, et ce calice dont il est la liqueur enivrante : tous ces apprêts seraient sans but, toutes ces magnificences demeureraient incomprises, si l’homme n’y voyait les avances d’un amour dont les prétentions entendent n’être dépassées par les prétentions d’aucun autre amour. Le Sang de Jésus doit être pour nous à cette heure le Sang du Testament, le gage de l’alliance que Dieu nous propose, la dot constituée par l’éternelle Sagesse appelant les hommes à cette union divine, dont l’Esprit de sainteté poursuit sans fin la consommation dans nos âmes. Et c’est pourquoi la présente fête, fixée toujours à quelqu’un des Dimanches après la Pentecôte, n’interrompt point l’enseignement qu’ils ont mission de nous donner en ce sens, mais le confirme merveilleusement au contraire.

« Ayons donc confiance, ô mes Frères, nous dit l’Apôtre ; et, par le Sang du Christ, entrons dans le Saint des Saints. Suivons la route nouvelle dont le secret est devenu nôtre, la route vivante qu’il nous a tracée au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair. Approchons d’un cœur vrai, d’une foi pleine, purs en tout, maintenant ferme la profession de notre inébranlable espérance ; car celui qui s’est engagé envers nous est fidèle. Excitons-nous chacun d’exemple à l’accroissement de l’amour. Et que le Dieu de paix qui a ressuscité d’entre les morts notre Seigneur Jésus-Christ, le grand pasteur des brebis dans le Sang de l’Alliance éternelle, vous dispose à tout bien, pour accomplir sa volonté, pour que lui-même fasse en vous selon son bon plaisir par Jésus-Christ, à qui soit gloire dans les siècles des siècles ! »

Nous ne devons pas omettre de rappeler ici que cette fête est le monument de l’une des plus éclatantes victoires de l’Église au dernier siècle. Pie IX avait été chassé de Rome, en 1848, par la Révolution triomphante ; dans ces mêmes jours, l’année suivante, il voyait rétablir son pouvoir. Les 28, 29 et 30 juin, sous l’égide des Apôtres, la fille aînée de l’Église, fidèle à son glorieux passé, balayait les remparts de la Ville éternelle ; le 2 juillet, fête de Marie, s’achevait la conquête. Bientôt un double décret notifiait à la Ville et au monde la reconnaissance du Pontife, et la manière dont il entendait perpétuer par la sainte Liturgie le souvenir de ces événements. Le 10 août, de Gaète même, lieu de son refuge pendant la tourmente, Pie IX, avant d’aller reprendre le gouvernement de ses États, s’adressait au Chef invisible de l’Église et la lui confiait par l’établissement de la fête de ce jour, lui rappelant que, pour cette Église, il avait versé tout son Sang. Peu après, rentré dans sa capitale, il se tournait vers Marie, comme avaient fait en d’autres circonstances saint Pie V et Pie VII ; le Vicaire de l’Homme-Dieu renvoyait à celle qui est le Secours des chrétiens l’honneur de la victoire remportée au jour de sa glorieuse Visitation, et statuait que la fête du 2 juillet serait élevée du rite double-majeur à celui de seconde classe pour toutes les Églises : prélude à la définition du dogme de la Conception immaculée, que l’immortel Pontife projetait dès lors, et qui devait achever l’écrasement de la tête du serpent.

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Commémoraison de Saint Paul apôtre

30 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Commémoraison de Saint Paul apôtre

Collecte

Dieu, vous avez instruit une multitude de nations par la prédication du bienheureux Apôtre Paul : accordez-nous, nous vous en supplions, que, célébrant sa naissance au ciel, nous ressentions les effets de sa protection.

Office

4e leçon

Du livre de saint Augustin, Évêque : De la grâce et du libre arbitre.

Que l’Apôtre Paul ait reçu sans aucun mérite, et malgré de nombreux démérites, la grâce du Dieu qui rend le bien pour le mal, nous en avons la certitude. Voyons comment il parle, un peu avant sa passion, en écrivant à Timothée. « Pour moi, dit-il, me voici à la veille d’être immolé, et l’heure de ma dissolution approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ». Ces choses qui assurément lui sont des mérites, il les mentionne d’abord, pour en venir bientôt à la couronne qu’il espère obtenir en récompense de ses mérites, lui qui, malgré ses démérites, a obtenu la grâce. Aussi remarquez bien ce qu’il ajoute : « Il me reste la couronne de justice que le Seigneur, juste juge, doit me rendre en ce jour ». A qui ce juste juge rendrait-il la couronne, si le Père miséricordieux n’avait point donné sa grâce ? Et comment serait-ce une couronne de justice, si la grâce qui justifie le pécheur n’avait point précédé ? Comment pourrait-il y avoir des mérites à récompenser, si des grâces gratuites n’avaient pas été données auparavant ?

5e leçon

Considérant donc en l’Apôtre Paul ses mérites eux-mêmes, auxquels le juste juge rendra la couronne, voyons s’ils lui appartiennent comme étant de lui, c’est-à-dire, comme se les étant acquis de lui-même, ou bien s’il faut y reconnaître les dons de Dieu : « J’ai combattu le bon combat, dit-il, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ». Remarquons d’abord que ces bonnes œuvres seraient nulles, si de bonnes pensées ne les avaient précédées. II faut donc examiner ce qu’il dit des pensées elles-mêmes. Or voici comment il parle, en écrivant aux Corinthiens : « Non que nous soyons capables par nous-mêmes de produire, comme de nous, une seule pensée ; mais notre capacité vient de Dieu ». Après cela, entrons dans le détail.

6e leçon

« J’ai combattu le bon combat ». Je demande par quelle force il a combattu. Est-ce par une force qu’il aurait eue de lui-même, ou par une force reçue d’en haut ? Mais loin de nous la pensée qu’un tel docteur ait ignoré la loi de Dieu, parlant ainsi dans le Deutéronome : « Ne dis pas dans ton cœur : C’est ma force et la puissance de mon bras qui m’a rendu capable de cette grande œuvre ; mais souviens-toi du Seigneur ton Dieu, parce que c’est lui qui te fortifie pour bien faire ». Mais que sert-il de bien combattre, si le combat n’est point suivi de la victoire ? Et qui rend victorieux, si ce n’est celui dont l’Apôtre dit lui-même : « Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ »

7e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Le divin Maître semble parler ainsi aux Apôtres : Ne soyez point troublés si ; vous envoyant au milieu des loups, je vous enjoins d’être comme des brebis et des colombes. Sans doute, je pourrais agir autrement ; je pourrais empêcher que vous ne souffriez quelque chose de fâcheux et faire en sorte, qu’au lieu d’être exposés aux loups comme des brebis, vous deveniez plus terribles que des lions. Il vaut mieux cependant qu’il en soit comme je l’ai réglé : c’est le moyen, et de manifester votre vertu, et de faire éclater ma puissance. Et voilà dans quel sens il dira plus tard à saint Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance se fait mieux sentir dans la faiblesse ». C’est donc moi qui, vous ai rendus tels.

8e leçon

Mais examinons quelle prudence il exige. La prudence même du serpent. Le serpent expose et livre tout son corps, et dût-il être coupé en morceaux s’en met très peu en peine, pourvu seulement qu’il ait la tête sauve. Ni toi non plus, pour conserver la foi, n’hésite pas à perdre tout le reste, fallût-il sacrifier ta fortune, tes membres et jusqu’à ta vie elle-même. La foi est la tête et la racine du chrétien ; si tu la conserves, en perdant tout le reste, tu recouvreras tout avec plus de gloire. Ainsi Jésus ne demande ni la simplicité sans la prudence, ni la prudence sans la simplicité ; il les a liées ensemble, voulant que ses Apôtres fissent, de ces deux choses réunies, une vertu parfaite.

9e leçon

Si tu veux savoir par les faits mêmes comment cela s’est accompli, ouvre le livre des Actes. Tu ne pourras manquer de voir qu’il arriva souvent aux Juifs de se ruer comme des bêtes affamées contre les Apôtres, et que les Apôtres, imitant la simplicité de la colombe, et répondant avec la modestie convenable, ont désarmé la colère, apaisé la fureur, arrêté l’emportement de ce peuple. Les Juifs leur disaient : « Ne vous avons-nous pas défendu absolument d’enseigner en ce nom-là ? » Et quoiqu’ils pussent opérer une infinité de miracles, ils n’ont cependant rien dit ni rien fait qui témoignât de l’aigreur. Ils répondirent au contraire avec une douceur extrême : « Jugez s’il est juste de vous obéir plutôt qu’à Dieu ». Dans ces paroles, tu as rencontré ta simplicité de la colombe ; vois la prudence du serpent dans les paroles qui suivent : « Nous ne pouvons pas taire les choses que nous avons vues et entendues »

Les Grecs unissent aujourd’hui dans une même solennité la mémoire des illustres saints, les douze Apôtres, dignes de toute louange. Rome, tout absorbée hier par le triomphe que le Vicaire de l’Homme-Dieu remportait dans ses murs, voit le successeur de Pierre et sa noble cour aller porter au Docteur des nations, couché d’hier, lui aussi, en sa tombe glorieuse, l’hommage reconnaissant de la Ville et du monde. Suivons par la pensée le peuple romain qui, plus heureux que nous, accompagne le Pontife et fait retentir de ses chants de victoire la splendide Basilique de la voie d’Ostie.

Au vingt-cinq janvier, nous vîmes l’Enfant-Dieu, par le concours d’Étienne le Protomartyr, amener à sa crèche, terrassé et dompté, le loup de Benjamin qui, dans la matinée de sa jeunesse fougueuse, avait rempli de larmes et de sang l’Église de Dieu. Le soir était venu, comme l’avait vu Jacob, où Saul le persécuteur allait plus que tous ses devanciers dans le Christ accroître le bercail, et nourrir le troupeau de l’aliment de sa céleste doctrine.

Par un privilège qui n’a pas eu de semblable, le Sauveur déjà assis à la droite du Père dans les cieux, daigna instruire directement ce néophyte, afin qu’il fût un jour compté au nombre de ses Apôtres. Mais les voies de Dieu n’étant jamais opposées entre elles, cette création d’un nouvel Apôtre ne pouvait contredire la constitution divinement donnée à l’Église chrétienne par le Fils de Dieu. Paul, au sortir des contemplations sublimes durant lesquelles le dogme chrétien était versé dans son âme, dut se rendre à Jérusalem, afin de « voir Pierre », comme il le raconta lui-même à ses disciples de Galatie. Il dut, selon l’expression de Bossuet, « conférer son propre Évangile avec celui du prince des Apôtres ». Agréé dès lors pour coopérateur à la prédication de l’Évangile, nous le soyons, au livre des Actes, associé à Barnabé, se présenter avec celui-ci dans Antioche après la conversion de Cornélius, et l’ouverture de l’Église aux gentils par la déclaration de Pierre. Il passe dans cette ville une année entière signalée par une abondante moisson. Après la prison de Pierre à Jérusalem et son départ pour Rome, un avertissement d’en haut manifeste aux ministres des choses saintes qui présidaient à l’Église d’Antioche, que le moment est venu d’imposer les mains aux deux missionnaires, et on leur confère le caractère sacré de l’ordination.

A partir de ce moment, Paul grandit de toute la hauteur d’un Apôtre, et l’on sent que la mission pour laquelle il avait été préparé est enfin ouverte. Tout aussitôt, dans le récit de saint Luc, Barnabé s’efface et n’a plus qu’une destination secondaire. Le nouvel Apôtre a ses disciples à lui, et il entreprend, comme chef désormais, une longue suite de pérégrinations marquées par autant de conquêtes. Son premier pas est en Chypre, et c’est là qu’il vient sceller avec l’ancienne Rome une alliance qui est comme la sœur de celle que Pierre avait contractée à Césarée. En l’année 43, où Paul aborda en Chypre, l’île avait pour proconsul Sergius Paulus, recommandable par ses aïeux, mais plus digne d’estime encore pour la sagesse de son gouvernement. Il désira entendre Paul et Barnabé. Un miracle de Paul, opéré sous ses yeux, le convainquit de la vérité de l’enseignement des deux Apôtres, et l’Église chrétienne compta, ce jour-là, dans son sein un héritier nouveau du nom et de la gloire des plus illustres familles romaines. Un échange touchant eut lieu à ce moment. Le patricien romain était affranchi du joug de la gentilité par le juif, et en retour, le juif, qu’on appelait Saul jusqu’alors, reçut et adopta désormais le nom Paul, comme un trophée digne de l’Apôtre des gentils.

De Chypre, Paul se rend successivement en Cilicie, dans la Pamphylie, dans la Pisidie, dans la Lycaonie. Partout il évangélise, et partout il fonde des chrétientés. Il revient ensuite à Antioche, en l’année 47, et il trouve l’Église de cette ville dans l’agitation. Un parti de Juifs sortis des rangs du pharisaïsme consentait à l’admission des gentils dans l’Église, mais seulement à la condition qu’ils seraient assujettis aux pratiques mosaïques, c’est-à-dire à la circoncision, à la distinction des viandes, etc. Les chrétiens sortis de la gentilité répugnaient à cette servitude à laquelle Pierre ne les avait pas astreints, et la controverse devint si vive que Paul jugea nécessaire d’entreprendre le voyage de Jérusalem, où Pierre fugitif de Rome venait d’arriver. Il partit donc avec Barnabé, apportant la question à résoudre aux représentants de la loi nouvelle réunis dans la ville de David. Outre Jacques qui résidait habituellement à Jérusalem comme évêque, Pierre, ainsi que nous l’avons dit, et Jean, y représentèrent en cette circonstance tout le collège apostolique. Un décret fut formulé où toute exigence à l’égard des gentils relativement aux rites judaïques était interdite, et cette disposition était prise au nom et sous l’influence de l’Esprit-Saint. Ce fut dans cette réunion de Jérusalem que Paul fut accueilli par les trois grands Apôtres comme devant exercer spécialement l’apostolat des gentils. Il reçut de la part de ceux qu’il appelle les colonnes, une confirmation de cet apostolat surajouté à celui des douze. Par ce ministère extraordinaire qui surgissait en faveur de ceux qui avaient été appelés les derniers, le christianisme affirmait définitivement son indépendance à l’égard du judaïsme, et la gentilité allait se précipiter en foule dans l’Église.

Paul reprit le cours de ses excursions apostoliques à travers les provinces qu’il avait déjà évangélisées, afin d’y confirmer les Églises. De là, traversant la Phrygie, il vit la Macédoine, s’arrêta un moment à Athènes, d’où il se rendit à Corinthe, où il séjourna un an et demi. A son départ, il laissait dans cette ville une Église florissante, non sans avoir excité contre lui la fureur des Juifs. De Corinthe, Paul se rendit à Éphèse, qui le retint plus de deux ans. Il y obtint un tel succès auprès des gentils, que le culte de Diane en éprouva un affaiblissement sensible. Une émeute violente s’ensuivit, et Paul jugea que le moment était venu de sortir d’Éphèse. Durant son séjour dans cette ville, il avait révélé à ses disciples la pensée qui l’occupait déjà depuis longtemps : « Il faut, leur dit-il, que je voie Rome ». La capitale de la gentilité appelait l’Apôtre des gentils.

L’accroissement rapide du christianisme dans la capitale de l’Empire avait mis en présence, d’une manière plus frappante qu’ailleurs, les deux éléments hétérogènes dont l’Église d’alors était formée. L’unité d’une même foi réunissait dans le même bercail les anciens juifs et les anciens païens. Il s’en rencontra quelques-uns dans chacune de ces deux races qui, oubliant trop promptement la gratuité de leur commune vocation, se laissèrent aller au mépris de leurs frères, les réputant moins dignes qu’eux-mêmes du baptême qui les avait tous faits égaux dans le Christ. Certains juifs dédaignaient les gentils, se rappelant le polythéisme qui avait souillé leur vie passée de tous les vices qu’il entraînait à sa suite. Certains gentils méprisaient les juifs, comme issus d’un peuple ingrat et aveugle, qui, abusant des secours que Dieu lui avait prodigués, n’avait su que crucifier le Messie.

En l’année 53, Paul, qui fut à même de connaître ces débats, profita d’un second séjour à Corinthe pour écrire aux fidèles de l’Église romaine la célèbre Épître dans laquelle il s’attache à établir la gratuité du don de la foi, juifs et gentils étant indignes de l’adoption divine et n’ayant été appelés que par une pure miséricorde ; juifs et gentils, oubliant leur passé, n’avaient qu’à s’embrasser dans la fraternité d’une même foi, et à témoigner leur reconnaissance à Dieu qui les avait prévenus par sa grâce les uns et les autres. Sa qualité d’Apôtre reconnu donnait à Paul le droit d’intervenir en cette manière, au sein même d’une chrétienté qu’il n’avait pas fondée. En attendant qu’il pût contempler de ses yeux l’Église reine que Pierre avait établie sur les sept collines, l’Apôtre voulut accomplir encore une fois le pèlerinage de la cité de David. Mais la rage des Juifs de Jérusalem se déchaîna à cette occasion jusqu’au dernier excès. Leur orgueil en voulait surtout à cet ancien disciple de Gamaliel, à ce complice du meurtre d’Etienne, qui maintenant conviait les gentils à s’unir aux fils d’Abraham sous la loi de Jésus de Nazareth. Le tribun Lysias l’arracha des mains de ces acharnés qui allaient le mettre en pièces. La nuit suivante, le Christ apparut à Paul et lui dit : « Sois ferme ; car il te faudra rendre de moi à Rome le même témoignage que tu me rends en ce moment à Jérusalem ».

Ce ne fut pourtant qu’après une captivité de plus de deux années que Paul, en ayant appelé à l’empereur, aborda l’Italie au commencement de l’année 56. Enfin l’Apôtre des gentils fit son entrée dans Rome. L’appareil d’un triomphateur ne l’entourait pas : c’était un humble prisonnier juif que l’on conduisait au dépôt où s’entassaient les prévenus qui avaient appelé à César. Mais Paul était ce Juif qui avait eu le Christ lui-même pour conquérant sur le chemin de Damas. Il n’était plus Saul le Benjamite ; il se présentait sous le nom romain de Paul, et ce nom n’était pas un larcin chez celui qui, après Pierre, devait être la seconde gloire de Rome et le second gage de son immortalité. Il n’apportait pas avec lui, comme Pierre, la primauté que le Christ n’avait confiée qu’à un seul ; mais il venait rattacher au centre même de l’évangélisation des gentils, la délégation divine qu’il avait reçue en leur faveur, comme un affluent verse ses eaux dans le cours du fleuve qui les confond avec les siennes et les entraîne à l’océan.

Paul ne devait pas avoir de successeur dans sa mission extraordinaire ; mais l’élément qu’il venait déposer dans l’Église mère et maîtresse représentait une telle valeur que, dans tous les siècles, on entendra les pontifes romains, héritiers du pouvoir monarchique de Pierre, faire appel encore à un autre souvenir, et commander au nom des « bienheureux Apôtres Pierre et Paul ».

Au lieu d’attendre en prison le jour où sa cause serait appelée, Paul eut la liberté de se choisir un logement dans la ville, obligé seulement d’avoir jour et nuit la compagnie d’un soldat représentant la force publique, et auquel, selon l’usage en pareil cas, il était lié par une chaîne qui l’empêchait de fuir, mais laissait libres tous ses mouvements. L’Apôtre continuait ainsi de pouvoir annoncer la parole de Dieu. Vers la fin de l’année 57, on accorda enfin à Paul l’audience à laquelle lui donnait droit l’appel qu’il avait interjeté à César. Il comparut au prétoire, et le succès de son plaidoyer amena l’acquittement.

Paul, devenu libre, voulut revoir l’Orient. Il visita de nouveau Éphèse, où il établit évoque son disciple Timothée. Il évangélisa la Crète, où il laissa Tite pour pasteur. Mais il ne quittait pas pour toujours cette Église romaine qu’il avait illustrée par son séjour, accrue et fortifiée par sa prédication ; il devait revenir pour l’illuminer des derniers rayons de son apostolat, et l’empourprer de son sang glorieux.

L’Apôtre avait achevé ses courses évangéliques dans l’Orient ; il avait confirmé les Églises fondées par sa parole, et les épreuves, pas plus que les consolations, n’avaient manqué sur sa route. Tout à coup un avertissement céleste, semblable à celui que Pierre lui-même devait recevoir bientôt, lui enjoint de se rendre à Rome où le martyre l’attend. C’est saint Athanase qui nous instruit de ce fait, rapporté aussi par saint Astère d’Amasée. Ce dernier nous dépeint l’Apôtre entrant de nouveau dans Rome, « afin d’enseigner les maîtres du monde, de s’en faire des disciples, et par eux de lutter avec le reste du genre humain. Là, dit encore l’éloquent évêque du quatrième siècle, Paul retrouve Pierre vaquant au même travail. Il s’attèle avec lui au char divin, et se met à instruire dans les synagogues les enfants de la loi, et au dehors les gentils ».

Rome possède donc enfin réunis ses deux princes : l’un assis sur la Chaire éternelle, et tenant en mains les clefs du royaume des cieux ; l’autre entouré des gerbes qu’il a cueillies dans le champ de la gentilité. Ils ne se sépareront plus, même dans la mort, comme le chante l’Église. Le moment qui les vit rapprochés fut rapide ; car ils devaient avoir rendu à leur Maître le témoignage du sang, avant que le monde romain fût affranchi de l’odieux tyran qui l’opprimait. Leur supplice fut comme le dernier crime, après lequel Néron s’affaissa, laissant le monde épouvanté de sa fin aussi honteuse qu’elle fut tragique.

C’était en l’année 65 que Paul était rentré dans Rome. Il y signala de nouveau sa présence par toutes les œuvres de l’apostolat. Dès son premier séjour, sa parole avait produit des chrétiens jusque dans le palais de César. De retour sur le grand théâtre de son zèle, il retrouva ses entrées dans la demeure impériale. Une femme qui vivait dans un commerce coupable avec Néron, se sentit ébranlée par cette parole à laquelle il était dur de résister. Un échanson du palais fut pris aussi dans les filets de l’Apôtre. Néron s’indigna de cette influence d’un étranger jusque dans sa maison, et la perte de Paul fut résolue. Jeté en prison, l’Apôtre ne laissa pas refroidir son zèle, et continua d’annoncer Jésus-Christ. La maîtresse de l’empereur et son échanson abjurèrent, avec l’erreur païenne, la vie qu’ils avaient menée, et leur double conversion hâta le martyre de Paul. Il le sentait, et on s’en rend compte en lisant ces lignes qu’il écrit à Timothée : « Je travaille, dit-il, jusqu’à porter les fers, comme un méchant ouvrier ; mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée : à cause des élus, je supporte tout. Me voici à cette heure comme la victime déjà arrosée de l’eau lustrale, et le temps de mon trépas est proche. J’ai vaillamment combattu, j’ai achevé ma course, j’ai été le gardien de la foi ; la couronne de justice m’est réservée, et le Seigneur, juge équitable, me la donnera ».

Le 29 juin de l’année 67, tandis que Pierre traversait le Tibre sur le pont Triomphal et se dirigeait vers la croix dressée dans la plaine Vaticane, un autre martyre se consommait sur la rive gauche du fleuve. Paul, entraîné le long de la voie d’Ostie, était suivi aussi par un groupe de fidèles qui s’étaient joints à l’escorte du condamné. La sentence rendue contre lui portait qu’il aurait la tête tranchée aux Eaux Salviennes. Après avoir suivi environ deux milles la voie d’Ostie, les soldats conduisirent Paul par un sentier qui se dirigeait vers l’Orient, et bientôt on arriva sur le lieu désigné pour le martyre du Docteur des gentils. Paul se mit à genoux et adressa à Dieu sa dernière prière ; puis, s’étant bandé les yeux, il attendit le coup de la mort. Un soldat brandit son glaive, et la tête de l’Apôtre, détachée du tronc, fit trois bonds sur la terre. Trois fontaines jaillirent aussitôt aux endroits qu’elle avait touchés. Telle est la tradition gardée sur le lieu du martyre, où l’on voit trois fontaines sur chacune desquelles s’élève un autel.

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