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Saint Ephrem le Syrien diacre confesseur et docteur mémoire des Saints Marc et Marcellien Martyrs

18 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ephrem le Syrien diacre confesseur et docteur mémoire des Saints Marc et Marcellien Martyrs

Collecte

Accordez-nous, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, que, célébrant la naissance au ciel de vos bienheureux Martyrs Marc et Marcellien, nous soyons délivrés, grâce à leur intercession, de tous les maux qui nous menacent.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Éphrem de nationalité syrienne naquit à Nisibi, ville de Mésopotamie. Son père, qui était prêtre des idoles en même temps qu’il s’adonnait aux travaux des champs le chassa de sa demeure. Il était alors jeune encore, et il se rendit chez l’évêque saint Jacques de qui il reçut le baptême. Il fit en peu de temps de tels progrès dans la sainteté et dans la science, qu’il ne tarda pas à être chargé d’enseigner dans la florissante école de Nisibi. Après la mort de l’évêque Jacques, les Perses s’étant emparés de Nisibi, Éphrem partit pour Édesse : il y demeura quelque temps parmi les moines de la montagne, puis, pour se soustraire à des visites trop nombreuses, embrassa la vie érémitique. Ordonné diacre de l’Église d’Édesse et refusant par humilité le sacerdoce, il brilla de l’éclat de toutes les vertus et s’appliqua à acquérir, par la vraie pratique de la sagesse, la piété et la religion. Fixant en Dieu seul toute son espérance, il dédaignait tout ce qui est humain et éphémère, et aspirait assidûment à ce qui est divin et éternel.

Cinquième leçon. Une inspiration divine le conduisit à Césarée, en Cappadoce. Là il rencontra Basile le porte-parole de l’Église, et tous deux se lièrent d’une heureuse amitié. A cette époque, d’innombrables erreurs assaillaient l’Église de Dieu. Pour les réfuter et pour expliquer avec soin les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Éphrem publia de nombreux travaux écrits en syrien et presque tous traduits en grec ; saint Jérôme atteste qu’il s’acquit ainsi une telle célébrité que, dans certaines églises, on faisait la lecture publique de ses écrits après celle des Saintes Écritures.

Sixième leçon. Ces publications, pleines d’une doctrine si lumineuse, méritèrent à ce grand Saint que, de son vivant déjà, on l’honora comme un Docteur de l’Église. Il composa aussi des hymnes poétiques en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie et des Saints, ce qui lui valut d’être justement appelé par les Syriens, la cithare du Saint-Esprit, et se fit surtout remarquer par son extraordinaire et tendre dévotion à la Vierge immaculée. Il mourut plein de mérites à Édesse, en Mésopotamie, le quatorze des calendes de juillet, sous le règne de Valens. Cédant aux instances de nombreux Cardinaux, Patriarches, Archevêques, Évêques, abbés et familles religieuses, le Pape Benoît XV, après avoir pris l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, le déclara Docteur de l’Église universelle.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Éphrem de Syrie, Diacre.

Septième leçon. C’est une grande chose que d’entreprendre une bonne œuvre et de lui donner son achèvement, d’être agréable à Dieu et utile au prochain, de plaire enfin à notre souverain et très doux Maître le Christ Jésus qui a dit : Vous êtes le sel de la terre et les colonnes des cieux. Le labeur que tu poursuis dans l’affliction, très cher [frère, passe] comme un songe, mais le repos qui suivra ton labeur est indescriptible et inestimable. Veille donc attentivement sur toi-même, afin de ne point repousser l’un et perdre l’autre, en ne recherchant ni l’un ni l’autre, à savoir le contentement présent et la joie éternelle. Efforce-toi plutôt d’acquérir la vertu parfaite, ornée et caractérisée par toutes les dispositions que Dieu aime. Si tu y parviens, jamais tu ne provoqueras la colère de Dieu, ni ne feras tort à ton prochain. ’

Huitième leçon. Cette vertu [de charité] est appelée la seule vertu ; elle est dite d’une beauté unique car elle possède en soi la splendeur des diverses vertus. Le diadème des rois ne peut être achevé sans que des pierres précieuses et des perles brillantes y soient enchâssées et entrelacées, ainsi cette vertu unique ne peut-elle subsister sans l’éclat de vertus variées. Elle est assurément comparable à un diadème royal. Car de même que celui-ci ne peut scintiller entièrement sur la tête royale si une pierre ou une perle y fait défaut, de même cette unique vertu ne peut être appelée vertu parfaite, si elle n’a la gloire de réunir les autres vertus. Et semblablement dans un somptueux festin où les condiments les plus exquis ont été préparés mais où le sel fait défaut, comme ces mets précieux ne sauraient être mangés sans sel, ainsi, une vertu qui paraîtrait complète et posséder l’honneur et la gloire d’autres vertus variées, resterait assurément vile et méprisable, si l’amour de Dieu et du prochain en était absent.

Neuvième leçon. Quelques-uns sont parvenus à cette vertu et cherchant à l’orner comme on orne tout alentour un diadème royal, ils ont possédé en grande partie la parure qui lui convient. Mais, dans la suite, à l’occasion d’un objet quelconque, sûrement très méprisable, ils ont laissé décliner entièrement une vertu si précieuse. Leur âme s’est trouvée attachée aux sollicitudes terrestres et leur vertu arrêtée par des liens si vils, n’a pu entrer au ciel. Sois donc plein d’attention et de vigilance, mon très cher [frère], de peur qu’en t’embarrassant dans des entraves analogues, tu n’ouvres à l’ennemi en quête d’une proie et-que tu ne perdes cette vertu admirable et illustre recherchée par toi au prix de tant de labeurs ; de peur encore que tu ne la rendes incapable, ta vertu, de pénétrer dans les parvis célestes et que tu ne la places plutôt avec le rouge de la confusion devant le trône de l’époux divin, ou enfin que tu la laisses fixée à la terre par un cheveu. Donne-lui au contraire, l’essor d’une confiance, que rien n’empêche, ainsi qu’une voix élevée, afin qu’elle parvienne avec exultation au lieu du repos et puisse réclamer à haute voix sa récompense.

De la vertu

7J'ai cru nécessaire, mon bien-aimé, de joindre à ce traité de la vertu quelques instructions qui s'y rapportent, afin qu'en le lisant tu pries le Seigneur pour moi, pauvre pécheur que ses mauvaises œuvres couvrent de confusion, et que tu Le supplies de me remettre mes péchés et de me faire porter des fruits qui Lui soient agréables, avant le redoutable arrêt de la séparation de mon âme et de mon corps, avant ce jour où s'évanouissent pour jamais les pompes et l'éclat fastueux du monde. Malheur alors à celui qui aura offensé le Seigneur notre Dieu, et qui n'aura pas fait pénitence; c'est en vain qu'il voudra retrouver le temps perdu et réparer ses négligences. Pleurons donc en présence de notre Dieu pour obtenir ses miséricordes, et puisqu'il en est encore temps, travaillons à notre salut, efforçons-nous d'apaiser la colère du Seigneur. Ce que nous risquons, ce n'est pas de l'argent, dont la perte peut être facilement réparée; c'est notre âme qui est en danger: si nous la perdons, c'est pour toujours, suivant cette parole de l'Écriture: "Que servira à un homme de gagner tout le monde et de perdre son âme? que donnera-t-il en échange de son âme? Le Fils de l'homme viendra dans sa Gloire, et alors Il rendra à chacun selon ses œuvres" (Mt 16,26-27). S’Il rend donc à chacun selon ses œuvres, et si aucune d'elles ne peut être cachée à Dieu, pourquoi ne faisons-nous pas le bien dans l'espérance de recevoir le bien en échange? Pourquoi ne nous abstenons-nous pas du mal, pour ne pas devenir la proie du démon, ainsi qu'il a été écrit: "Éloigne-toi du mal et tu ne craindras pas, et la frayeur n'approchera point de toi" (Is 54,14). J'ai honte de le dire, et je ne puis pas me taire, tant a été grande ma négligence et celle des hommes qui me ressemblent! Les soldats, pour un misérable salaire qu'ils reçoivent du prince, n'hésitent point à s'exposer pour lui à toutes sortes de périls, et courent avec joie au-devant de la mort. Avec combien plus d'empressement, nous à qui de riches promesses ont été faites, ne devons-nous pas, par des œuvres de justice multipliées, prévenir les terribles effets du jugement éternel! Ne traitons pas en ennemie notre âme qui appartient à Dieu. Considérons la peine avec laquelle nous supportons l'ardeur du soleil et la violence de la fièvre, et demandons-nous pourquoi nous semblons ne pas redouter ce feu qui ne s'éteindra jamais? Que Dieu dispose donc de nous suivant sa Volonté, et que la force de son Bras nous protège dans les siècles des siècles.

Heureuse la ville gouvernée par des gens de bien; heureux le navire conduit par d'habiles pilotes; heureux aussi le monastère régi par des supérieurs sobres et continents. Mais malheur à la ville gouvernée par des méchants; malheur au vaisseau dirigé par des mains inexpérimentées; malheur au monastère tombé aux mains d'hommes intempérants (Qo 10,16-17) ! La ville sera envahie par les barbares, en punition de la perversité de ses magistrats; le vaisseau se brisera contre les écueils par l'impéritie de ceux qui le gouvernent, et la corruption des supérieurs ne fera du monastère qu'un lieu de désolation et d'effroi.

Quand, placé sous l'autorité de tes pères spirituels, tu es l'objet de leurs soins vigilants et qu'un mot flatteur t'est adressé en récompense de ta bonne conduite, ce n'est pas alors que peuvent éclater la force et la fermeté de ta foi; mais c'est lorsque tu as à supporter le mépris et la correction: l'animal le plus féroce s'apprivoise sous la main qui le caresse. Étouffe tout ressentiment de haine contre celui qui t'instruit et te corrige, si tu veux devenir un vase d'élection. Sache ce qu'il te faut d'obéissance et d'humilité pour marcher dans la voie du Seigneur, et n'oublie pas l'honneur qui t'en reviendra si tu y es fidèle. Les saints, mon cher frère, y ont trouvé toute la gloire de leur vie. Moïse, serviteur de Dieu, qui avait puisé dans les sciences de l'Égypte des connaissances profondes, se soumit néanmoins à servir Jéthro, étranger à toute espèce d'étude (Ex 3,1); Josué, fils de Navé, mérita par sa parfaite obéissance d'être le successeur de Moïse (Dt 34,9 Jos 1,16). L'obéissance au grand prêtre Héli rendit Samuel digne d'entendre la voix de Dieu (1S 3,4-14). C'est encore par l'effet de cette grande vertu qu'Élisée reçut le manteau de son maître et les grâces qui y étaient attachées (2R 2,13). Mais pourquoi parler d'hommes semblables à nous et sujets aux mêmes misères? Le Verbe Lui-même qui S'est incarné a vécu dans l'obéissance et dans l'humilité, comme nous l'apprend l'évangéliste par ces paroles: "Et Il leur était soumis" (Lc 2,51). L'Apôtre dit encore: "Et Il S'est rabaissé Lui-même, Il a été obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix" (Ph 2,8). Combien ne voyons-nous pas d'enfants qui s'exposent à de graves dangers, parce qu'ils ne veulent pas se conformer à la règle de vie que leur tracent leurs parents? Dans les villes, la plupart des peines qu'infligent les magistrats n'ont d'autre source que la désobéissance, l'obstination et la raideur de caractère. Les jeunes filles qui se refusent à régler leur conduite sur les bons avis qu'on leur donne, foulant aux pieds tout sentiment de honte et de pudeur, usent une vie infâme dans la débauche sur les places et les rues. Celles, au contraire, qui sont attentives au travail, gardent le silence et observent les lois de la pudeur, sont honorées des hommes, et un jour elles seront couronnées par les Mains du Seigneur. Ton œuvre est bien commencée, sois persévérant, afin d'être honoré dans le royaume des cieux avec ceux qui sont doux et humbles de cœur.

Si ton frère tombe malade au milieu de son travail, qu'il ait besoin de ton secours, remplis sa tâche avec amour, patience et humilité; mais lorsqu'il aura recouvré la santé, ne lui prends rien de son travail, tu attirerais sur toi la condamnation de Dieu et des hommes. Peut-être as-tu eu cette pensée: c'est la divine Providence qui a permis que mon frère tombât malade, pour que pendant ce temps je puisse profiter de son ouvrage. Mais pourquoi n'as-tu pas eu plutôt cette bonne pensée: cela s'est fait ainsi avec la permission de Dieu qui a voulu faire éclater ta bonne volonté, et montrer si c'est toi ou ton frère que tu aimes? Si ton frère, après sa guérison refuse lui-même le salaire de son travail, reçois-le avec confiance, mais d'après l'avis de ton supérieur, afin que les étrangers rendent de toi bon témoignage (1Tm 3,7); la piété ne suffit pas sans la justice. Il est écrit de saint Siméon qui prit le Seigneur entre ses bras, "qu'il était juste et pieux" (Lc 2,25 Lc 2,28) .

Mon bien-aimé, que ton cœur soit ferme et constant: la tiédeur est ennemie de la vertu. Lorsque nous sentons s'éteindre le feu qui nous animait, ne nous laissons point aller à l'abattement ni à la pusillanimité, mais reprenons courage à l'exemple de ce voyageur intrépide qui, sentant ses forces s'affaiblir et lui manquer dans le chemin, ne laisse point abattre son esprit, ne se détourne point de son but à cause de la longueur de son voyage, mais se console lui-même en disant: "Il n'y a plus qu'un peu de chemin pour arriver à l'hôtellerie et tu t'y reposeras." Et le Seigneur, voyant son courage, lui donne de nouvelles forces, lui aplanit le chemin et le lui rend plus doux. A la suite de la nonchalance et de la paresse marchent l'indigence des dons spirituels et la privation des choses nécessaires à la vie matérielle.

Si tu entres avant les autres dans l'enceinte où l'on célèbre les mystères divins, et que tu y demeures jusqu'à ce que tout soit consommé, que ton esprit ne s'enorgueillisse pas: pense que les ouvriers emploient beaucoup de soins et d'attention à leur ouvrage. Ne te mets pas seulement de corps en présence du Seigneur, recueille aussi tes pensées et humilie-toi devant Lui. L'orgueil est-il autre chose que la caverne où le dragon se tient caché pour tuer ceux qui s'en approchent? Parler de l'ivresse ou des plaisirs charnels me semble superflu avec un homme que la piété éclaire, parce qu'il est évident pour tout le monde qu'il y a en cela antipathie formelle avec la vertu. Il faut, en ce point, se tenir sur ses gardes et se préserver des attaques du démon; mais ce qu'il faut éviter aussi, ce sont les conversations licencieuses avec les hommes, car elles corrompent l'âme et l'entraînent à sa perte. Ce n'est pas parce que la femme est un mal en elle-même qu'il faut fuir sa conversation; mais parce qu'il est facile à l'ennemi de se faire contre nous des armes de l'entretien et des discours des femmes et de nous faire transgresser la loi divine. Aussi devons-nous considérer tous les côtés par lesquels les traits du démon peuvent arriver jusqu'à nous, et mettre notre confiance dans la solidité de l'armure que nous avons reçue du saint Esprit. Celui qui ferme une porte à l'ennemi et lui en ouvre deux, croyant s'être mis ainsi en sûreté, se trompe certainement. Il faut donc nous fortifier de toutes parts et ne fournir aucun moyen d'attaque à ceux qui les recherchent. "On ne se moque pas de Dieu" (Ga 6,7), et "c'est une chose terrible que de tomber entre les Mains du Dieu vivant" (He 10,31). A Lui soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen.

Un religieux qui était sous l'autorité des pères spirituels alla trouver un de ses frères, et lui dit: "Je désire quitter mes pères spirituels et vivre tranquillement par moi-même. Le frère lui répondit en ces termes: "Un homme avait un fils qu'il confia aux soins d'un artisan chargé de lui apprendre sa profession. Mais le jeune homme était distrait et peu attentif à son travail. Quelques jours après, il alla trouver son père et lui dit: "Mon père, fais-moi sortir de chez mon maître, j'apprendrai bien mieux ce métier par moi-même." "Si tu n'as rien fait, lui répondit son père, quand d'autres t'instruisaient et te guidaient, que pourras-tu faire par toi-même, mon fils? toi qui n'as su ni apprendre ni obéir comme tu le devais? Je vois, mon fils, que tu as du dégoût pour la profession à laquelle je t'ai destiné, et je crains fort que je ne me sois donné pour toi une peine inutile. Applique-toi donc comme il convient à ton travail, afin que, devenu habile dans cette profession, tu trouves le calme et le repos: la mort, voilà le partage de ceux qui, dans leur ignorance, refusent de se soumettre au joug de la discipline." Et nous aussi, mon frère, gardons-nous de briser le frein de l'obéissance en Jésus Christ, dans la crainte de déplaire à Dieu et de n'avoir personne qui vienne nous secourir, quand nous tomberons dans quelque tentation. Lorsque Agar, servante de Sara, fuyait les regards de sa maîtresse, l'ange de Dieu vint à elle et lui dit: "Retourne vers ta maîtresse, et humilie-toi sous sa main" (Gn 16,9). Elle fit ce qui lui avait été ordonné; mais lorsque son temps fut venu, Abraham lui donna des vivres et la renvoya paisiblement avec son fils: et comme elle errait dans le désert, et qu'elle et son fils Ismaël étaient sur le point de mourir de soif, Dieu ne les abandonna pas (Gn 21,17 cf. ss.). Nous devons donc souffrir avec courage les afflictions, en nous souvenant que c'est le Seigneur que nous servons et non les hommes. Aussi, puisque nous sommes sous la puissance des autres, nous devons nous garder de rien faire par esprit de révolte, dans la crainte d'avoir à souffrir comme Giési, serviteur du prophète Élisée (2R 5,27). Travaillons plutôt, par une pieuse et religieuse obéissance, à offrir des fruits parfaits à notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient la gloire et le règne dans tous les siècles. Amen.

Si quelqu'un vient te trouver en secret et te dire: "Unissons-nous ensemble; et lions-nous d'une si étroite amitié que, quand je te dirai quelque chose, tu m'écoutes sans me contredire." Puis si, après avoir reçu ton serment, il veut te détourner de la bonne voie et te porter au péché, ne respecte point ses conseils, bien qu'il ait recours à de magnifiques paroles et qu'il se prosterne à tes pieds jusqu'à terre, dans l'intention coupable de te faire transgresser les préceptes du Seigneur. "Ne fais point d'acception de personnes, lorsqu'il s'agit de ton âme" (Si 4,27). Ce n'est pas seulement ainsi que le démon travaille à la corruption; il sait aussi employer à son gré des citations de l'Écriture, alléguer la faiblesse de la chair et imaginer mille artifices pour rendre l'homme prévaricateur et se glorifier de sa défaite. Mais nous qui connaissons son activité et les vains efforts dans lesquels il s'épuise, nous devons être fermes dans notre piété et inébranlables dans les résolutions que nous avons prises. Ceux qui veulent faire leur propre volonté, ou plutôt celle du démon qui agit en eux, se donnent tant de peines et de soins pour atteindre au but qu'ils se sont proposé! Quelle adresse et quelle vigilance doivent donc déployer ceux qui font profession de la vie spirituelle, de peur que l'ange des ténèbres ne parvienne enfin à les vaincre! Mais, suivant les préceptes du Seigneur notre Dieu, il ne fallait pas se lier par un serment (Mt 5,34); car te voilà pris par tes propres paroles. Ne dis pas que c'est peu de chose; la complaisance que tu as eue pour ton ami t'a fait tomber entre les mains des malins esprits. "Ne laisse point aller tes yeux au sommeil, et que tes paupières ne se ferment point; sauve-toi comme un daim qui échappe au piège et comme l'oiseau qui se tire du filet" (Pr 6,4-5). Que le découragement et la confusion ne s'emparent pas de ton esprit. Tu peux changer de vie, si d'ailleurs tu as toujours le Seigneur devant les yeux. Veille sur toi-même; ton serment est nul et tu peux encore renoncer a mal. Celui qui, par amour pour les hommes, a prêché l'évangile dans le monde, le Seigneur enfin, a ordonné aux hommes de faire pénitence et de s'abstenir de tout péché (Mt 3,2). Il faut donc prendre garde que, dans le désir de satisfaire nos passions, le serment ne soit qu'un vain prétexte de ne point nous dégager du réseau empesté de notre ennemi (1Th 5). "On ne se moque pas de Dieu" (Ga 6,7). Il tend la main à ceux qui veulent être sauvés. "Évite le mal et fais le bien" (Ps 33,15). C'est ainsi que tu garderas ta parole selon le psalmiste :"Je retire mes pas de toute mauvaise voie, afin d'accomplir tes Ordonnances" (Ps 118,101) .

Veux-tu que je te prouve d'une manière complète et invincible que tu n'es pas lié par ta parole? Fuis le mal, fais le bien et sépare-toi de toute personne qui marche dans la voie du désordre (2Th 3,6). Écoute cette parabole ou plutôt cet exemple: Un père avait un fils qui l'entourait de ses respects, qui, toujours docile à ses ordres, se plaisait à lui obéir en toute choses. Quelqu'un, jaloux de la sagesse et de la perfection de ce jeune homme, vint lui dire en secret: "Jure-moi que tu feras à l'égard de ton père tout ce que je te dirai, et que tu ne m'opposeras jamais la moindre résistance." Le fils eut l'imprudence de le lui jurer; et aussitôt après il lui dit: "Va outrager ton père, frappe-le, ne respecte plus sa présence, et fais tout ce qu'il t'aura défendu de faire; j'ai reçu ta promesse, et tu ne peux te refuser à m'obéir. "Ce fils serait-il assez insensé, ou plutôt assez impie, pour ne pas mépriser cet abominable conseil? Et le respect et la vénération qu'il a pour son père ne seront-ils pas plus puissants? Certes, il lui répondra: "Je vois que tu es un homme qui foules aux pieds la vérité et la justice, qui es l'ennemi de mon père et qui ne cherches qu'à perdre mon âme. Mais tu ne me tromperas pas comme le serpent séduisit Eve (Gn 3). Ta fourberie et ta méchanceté ne me feront pas commettre une impiété aussi grande. Je ne veux pas que mon père puisse m'accuser ou me reprocher d'avoir obéi à un homme aussi pervers. Je méprise ton conseil par respect pour mon père et pour le salut de mon âme. Que le signe de la croix ferme mes oreilles à tes paroles empoisonnées, qui ne pourront y entrer désormais; je fuirai tout rapport avec toi, parce que tu es plein de ruse et de dissimulation."

L'Apôtre nous avertit aussi de nous séparer de tous ceux d'entre nos frères qui mènent une vie déréglée (2Th 3,6). On n'honore point Dieu par de mauvaises actions. Mon bien-aimé, ne te laisse pas entraîner par des hommes pervers, dans la crainte d'offenser ton Père qui est dans les cieux; si tu fais des choses contraires à ses Commandements, tu n'auras pas d'excuse au jour du Jugement. Tu irrites ton Dieu en transgressant les préceptes du saint évangile. Veille sur toi-même et profite du sublime enseignement du prophète lorsqu'il dit: "J'ai juré et j'ai résolu", non pas de violer tes Préceptes et tes Commandements, mais "j'ai juré et j'ai résolu de garder tes Préceptes et d'accomplir tout ce qu'ordonnera ta Justice" (Ps 118,106). Et il ajoute: "Je hais l'iniquité et je l'ai en abomination, mais je chéris ta Loi"(Ps 118,163). Avec ces préceptes et la miséricorde de Dieu, tu éviteras bien des tentations et bien des dangers, et ce qui est écrit s'accomplir: "Le mal qu'il méditait retournera contre lui, et ses iniquités retomberont sur sa tête" (Ps 7,17).

Travaille donc à acquérir la charité et la paix, non pas celle que peuvent donner les serments, les flatteries et tout ce qui est défendu, mais celle qui est selon Dieu et qui émane directement de l'amour que ton âme a pour Lui: alors il ne s'y glissera rien d'injuste, rien de forcé, et la grâce de notre Seigneur Jésus Christ sera avec toi. A Lui la gloire et la puissance dans les siècles. Amen.

Fuis la compagnie des hérétiques et des libertins; leurs entretiens sont contraires à la foi, et semblables à des flèches, ils font au cœur de profondes blessures. Combien de gens empoisonnent les âmes du venin de leurs discours; ce sont peut-être ceux-là que l'Écriture désigne par l'expression symbolique d'hommes couverts de la lèpre (Lv 15,22) et dévorés de maladies honteuses. Ces derniers, selon le témoignage de la loi, rendent impurs tous les meubles sur lesquels ils se reposent et tout ce que touche leur salive. Ainsi les hérétiques et les débauchés, par leurs discours empestés, rendent abominables tous ceux qui reçoivent les émanations de leur âme impure et corrompue, et, comme je l'ai déjà dit, la dépravation de leur esprit peut être comparée à la lèpre. Une foule de saints se sont serré les reins avec une ceinture qui révélait toute l'austérité de leur vie. Ils étaient couverts de l'armure du saint Esprit, dont la vertu les défendait de toutes parts. Mais les hérétiques sont privés, par leur négligence personnelle, de ce don précieux. Leurs appétits charnels ne sont pas contenus par la barrière de chastes pensées: leurs mœurs sont dissolues, leurs actions et leurs paroles, tout en eux est corrompu. Les uns, dont la foi est faible et chancelante, disent: "Quel mal y a-t-il à se lier avec un homme quelconque, qu'il pense bien ou mal, pourvu que nous conservions l'intégrité de notre foi ?" D'autres, esclaves des plaisirs sensuels, se demandent: "Quel inconvénient y a-t-il à manger, à boire, à vivre dans les délices ?" La concupiscence de la chair est un mal; c'est un mal de désirer le bien d'autrui ou de le dérober. Cependant, si on leur en fait un reproche, ils répondent: "J'y ai été contraint par la nécessité; si j'ai volé, c'était pour satisfaire la faim qui me pressait." Est-il rien de plus impie que ce langage? Rien de plus honteux et de plus ignominieux qu'une semblable lèpre? Dieu ne veut pas que tu laisses ces abominables pensées infecter les tentes de ton âme. La loi ne permet pas à ceux qu ont eu des relations avec des lépreux de dresser leurs tentes au milieu des enfants d'Israël. Celui qui ouvre dans son cœur un sanctuaire aux saintes et sublimes pensées ne peut pas, sans crime, y laisser pénétrer l'impureté et le péché. L'Écriture fait assez connaître la corruption et la dissolution des mœurs de ces hommes pervers, le but honteux qu'ils se proposaient, leur conduite que rien ne saurait excuser, lorsqu'elle dit: "Tout homme affecté de la lèpre aura ses vêtements déchirés, la tête nue, le visage couvert, et il sera déclaré impur pendant tout le temps de sa maladie; et, à cause de son impureté et de ses souillures, il sera séparé du peuple et demeurera hors du camp" (Lv 13). Certains d'entre eux ne rougissent pas de dire: "Mangeons et buvons; nous mourrons peut-être demain" (Nb 12). Ce sont là des discours de gens qui ont fait divorce avec la vérité; c'est aussi le sentiment des hérétiques.

Pour donner une base à leurs erreurs, les hérétiques s'efforcent d'emprunter aux divines Écritures des passages et des citations à l'aide desquels ils pervertissent le cœur de ceux qui ont la faiblesse de les écouter. Un de nos saints leur adresse ces admirables paroles, qui renferment une excellente leçon: "Les raisons sur lesquelles ils s'appuient ne peuvent avoir pour fondement ni les prédictions des prophètes, ni les enseignements du Seigneur, ni la tradition des apôtres. Mais, pour qu'on ne dise pas que le travail de leur imagination ne repose sur aucune autorité, ils prétendent connaître les saintes Écritures bien mieux que tous les autres, et ils y voient ce qui ne s'y trouve pas; ils bâtissent sur le sable, comme on dit, en tâchant d'ajuster des vérités dignes de foi, ou les paraboles du Seigneur, ou des discours des prophètes et des apôtres, aux principes erronés qu'ils mettent en avant; ils passent sur toutes les règles prescrites pour expliquer les saintes Écritures, ils en corrompent le sens et morcellent, autant qu'ils peuvent la vérité même. Ils transposent les passages, les retournent, les mêlent ensemble et les confondent; enfin, ils dénaturent les paroles du Seigneur pour les adapter à l'imperfection de leur doctrine; ils ressemblent à un fou qui, prenant la statue d'un roi faite par un artiste habile et enrichie de pierres précieuses, les retirerait une à une, lui ferait perdre la forme humaine, pour ne reproduire que l'image d'un chien ou d'un renard, et qui soutiendrait ensuite et ferait croire, en montrant les pierres précieuses dont l'éclat séduirait peut-être les sots qui n'ont aucune idée exacte de la vérité, que cette statue ainsi défigurée est le véritable chef-d’œuvre de l'artisan habile qui voulut dignement représenter le prince. Ainsi les hérétiques, assemblant avec effort des contes et des fables absurdes, s'emparent des passages, des citations et des paroles éloquentes de Dieu pour les adapter à leurs folles rêveries" (st Irénée: 1 Contre les hérétiques,1). Suffisamment instruits par ces exemples, fuyons les hérétiques et leurs conversations perverses. Gardons-nous d'imiter ces hommes qui vivent dans le luxe et dans la débauche, tout en invoquant l'autorité de l'Écriture. Conservons-nous dans la pureté de la foi et des bonnes œuvres, afin d'offrir des fruits excellents et parfaits à notre Seigneur Jésus Christ, à qui soit la gloire dans les siècles. Amen.

Considère l'habit dont tu es revêtu, humble moine; vois combien il diffère de celui des gens du monde, et examine avec soin les devoirs dont il est l'emblème et le signe. Il te montre et il t'apprend le mépris que tu dois faire des mœurs et des choses du siècle, en même temps qu'il vous rappelle que tes œuvres doivent toutes être spirituelles. Ne néglige donc point la vertu, mais réunis toutes tes forces pour travailler à ta purification; c'est pour cela que tu as quitté le monde. Applique-toi à conquérir la chasteté et l'Esprit saint demeurera en toi. Écoute cet avis dans le Seigneur, ô mon bien-aimé, ne l'oublie jamais, et tu trouveras le repos en toi-même; loin de toi toute vaine complaisance, toute exécrable pensée de concupiscence. Garde-toi de l'appât des paroles trompeuses, ne porte point envie à ceux qui vivent dans l'iniquité et ne fais point attention aux fautes de ton prochain. Conserve-toi dans la pureté, et si l'ardeur du péché t'excite et t'embrase, que tes larmes en éteignent les flammes impures. Le Seigneur sauve ceux qui ont recours à Lui; demande-Lui donc ses grâces, car Il aime ceux qui Le servent saintement. La pureté est un précieux trésor, lorsqu'on y joint des pensées droites; si tu l'aimes, le Seigneur te glorifiera et tu prospéreras en toutes choses. Suis mes conseils, repousse le démon lorsqu'il veut étendre sur les yeux de ton esprit le voile de mauvaises pensées. Il ne viendra pas à ton secours, quand les mauvais anges t'entraîneront, lui qui ne peut se secourir lui-même; c'est pour lui et ses anges que l'enfer a été préparé (Mt 25,41); mais pour toi toutes les délices du paradis, si tu renonces à ses œuvres. Le démon est dans la joie quand tu mènes une vie criminelle; il s'afflige, au contraire, quand il te voit avancer par de bonnes œuvres dans la route de la vertu. Ne te rebute pas dans la carrière du bien que je t'ai tracée; la pratique est aisée et facile, et si tu crois fermement, bientôt tu en recueilleras des fruits; mais si tu es indocile à ma voix, tu t'en repentiras bientôt, et lorsque tu auras consumé tes forces, tu diras: "Pourquoi ai-je rejeté les saintes règles de la discipline? Pourquoi mon cœur a-t-il été rebelle a toutes les remontrances? Pourquoi n'ai-je point écouté la voix qui m'instruisait, ni prêté l'oreille aux leçons de mon maître? J'ai été presque plongé dans toutes sortes de maux, au milieu de l'église et de l'assemblée" (Pr 5,12-14). Ne négligeons donc pas notre salut, mon bien-aimé, et n'imitons point ceux qui vivent sans crainte dans l'ivresse de l'orgueil et de la volupté. Ceux qui haïssent le Seigneur seront couverts de honte et de confusion. Nos jours passent vite, notre fin approche: pleurons devant le Seigneur notre Dieu, avant que nous ne soyons enveloppés dans les ténèbres extérieures. Comment pourrons-nous nous préparer à ce temps, en versant d'abondantes larmes, si nous l'employons à opérer l'iniquité, ou si nous ne faisons aucun progrès dans la vertu? "Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant les jours de salut" (2Co 6,2). Heureux ceux qui sont sobres et vigilants, ils seront couronnés de gloire au milieu des tressaillements de joie; heureux ceux qui pleurent maintenant, ils seront consolés avec les élus de Dieu (Mt 5,5 cf. Lc 6,21); heureux ceux qui souffrent dans le Seigneur, les délices du paradis les attendent. Puissions-nous en jouir par l'intercession de tous ceux qui se sont rendus agréables à notre Seigneur Jésus Christ, à qui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Dévouons-nous, mon cher frère, à la vie spirituelle, unissons les œuvres à la foi, afin que, par leur coopération mutuelle, l'homme en nous arrive à la perfection. Nous ne serons propres à étudier la science de Dieu que du moment où nous aurons réprimé nos passions, chassé loin de nous toute affection charnelle et dégagé notre esprit de toute sollicitude pour les choses du siècle. La grâce du saint Esprit pouvant alors se reposer en nous, nous aurons par elle le don d'intelligence, elle éclairera nos cœurs et les rendra si resplendissants qu'ils seront comme des lampes bien garnies, d'où le feu jaillit aussitôt qu'on l'en approche, et qui répandent partout une éclatante lumière. Mais si nous sommes encore tourmentés par nos passions et dominés par elles, si, tout couverts de leur fange immonde, nous recherchons les honneurs et les dignités, nous courons les plus grands dangers et nous sommes semblables à une lampe qui, faute d'huile, ne peut conserver la lumière ni même la recevoir, quand on veut la lui communiquer. Il faut donc, avant tout, nous préparer à recevoir la lumière de l'intelligence, afin de nous rendre dignes des dons spirituels et de la grâce, et pour que l'âme soumise à l'Esprit saint soit purifiée par sa divine Puissance et que notre corps le soit en même temps, demandons tous les jours au Seigneur les larmes de la componction, pleurons nos fautes et notre âme sortira de la corruption du péché et reprendra une vigueur nouvelle. Ne négligeons point notre âme; c'est un champ qu'il faut cultiver et engraisser, afin qu'amollie et réchauffée, la terre rapporte de bons fruits pour le Seigneur. Elle s'amollira sous la double influence de l'Ancien et du Nouveau Testament; le feu du saint Esprit la réchauffera et la rendra féconde. Abandonnons-leur le soin de notre âme, arrosons-la de nos larmes, afin qu'étant ainsi cultivée et arrosée, elle porte des fruits de justice, et de peur que par notre négligence, au jour de la séparation, nous ne disions avec crainte et en tremblant comme le roi des Amalécite: "La mort est-elle donc si amère ?" (1S 15,32). Ézéchias, qui n'avait pas négligé les œuvres de justice pendant qu'il était en santé, trouva de la consolation auprès du Seigneur au milieu des souffrances et à l'approche de la mort. Le prophète lui ayant annoncé sa dernière heure de la part du Très-Haut, il tourna son visage vers la muraille et pria ainsi le Seigneur "Souviens-Toi, Seigneur, de quelle manière j'ai marché devant Toi dans la vérité et dans la pureté du cœur, et que j'ai fait ce qui T''était agréable" (2R 20,3). Ézéchias versa aussi une grande abondance de larmes. Que lui répondit alors le Seigneur plein de miséricorde? Il lui fit dire aussitôt par son prophète: "J'ai entendu ta prière et J'ai vu tes larmes, J'ajouterai encore quinze années au cours de ta vie, et Je te délivrerai des mains du roi des Assyriens" (2R 20,5-6).

Tu le vois, il est bon de ne pas vivre dans l'indifférence de ses devoirs, et d'avoir toujours devant les yeux la crainte du Seigneur. Un violent orage gronde sur nos têtes. Eh bien, appliquons-nous à faire de bonnes œuvres, afin qu'au temps de la persécution et du malheur, nous trouvions un appui et un soutien dans le Seigneur. O mon bien-aimé, que ces instructions ne sortent jamais de ta mémoire, veille sur toi-même et garde soigneusement ton âme, dans la crainte de ne pas trouver la perle que tu cherches. Chéris la piété et la tempérance, et tu feras de grands progrès dans la vertu. Mais si tu te relâches dans ta conduite, si tu t'abandonnes à l'ivresse et aux excès, tu périras avec ceux qui se nourrissent de mets délicats et recherchés. Et d'abord, tu éloigneras de toi la grâce de Dieu; puis ceux qui verront la dissolution de tes moeurs et ton intempérance te blâmeront et te condamneront. Le travail de tes mains ne pourra pas suffire à de si grandes dépenses; enfin, de là naîtront la dissipation, la curiosité, le mensonge, l'insolence, l'erreur et la folie, les flatteries et les complaisances pour les grands et pour les personnes élevées en dignité, et tant d'autres vices semblables. Que la piété et la tempérance sont de grands biens! L'avidité et l'excès des aliments corrompt les moeurs, la tempérance édifie. Ces deux manières de vivre sont opposées l'une à l'autre et s'excluent mutuellement. Si tu aimes sincèrement la piété et la tempérance, ton esprit planera au-dessus de toutes choses. La piété te fera aimer à vivre dans la solitude et à ne pas rester longtemps absent de ta cellule, et à éviter avec soin les conversations inutiles. Ne te mets point en peine d'avoir des habits somptueux: que cela ne t'occupe même pas. N'use pas à la fois un grand nombre de vêtements, tu n'en seras que plus tranquille. Si tu vis avec tempérance, satisfait du présent, tu n'auras pas à t'inquiéter de dépenses fastueuses. Tu satisferas à tous tes besoins avec trois, quatre ou cinq petits pains cuits sous la cendre, un peu de lentilles ou d'autres légumes ou herbages: si tu vis ainsi, le Seigneur te viendra en aide, Il fortifiera ton âme qu'Il nourrira des plus riches espérances. L'existence de ceux qui s'abandonnent à leurs honteux désirs est pleine d'inquiétude et de tourments; et ce qui est le pire de tous les maux, c'est qu'ils oublient Dieu Lui-même, jusqu'à n'en point garder le souvenir. Les misérables passions de l'âme se dissipent à la seule pensée de Dieu, comme les malfaiteurs à l'approche du magistrat; cette pensée suffit aussi pour nous purifier et faire de nous un temple où l'Esprit saint se plaît à habiter. Mais dès que le souvenir de Dieu s'efface, le règne des ténèbres et de la corruption commence, et la carrière est ouverte à toute espèce de mal. Au reste, je pense qu'il y a différents degrés qui conduisent à la vie charnelle ou à la vie spirituelle et religieuse, embellie du cortège de toutes les vertus.

Le démon, auteur du mal, ce malin esprit qui se réjouit de notre perte, s'efforce d'attirer notre âme hors de la bonne voie, pour qu'elle s'abaisse jusqu'aux choses charnelles: c'est ainsi qu'il entraîne peu à peu, qu'il pousse et qu'il précipite ceux qui ne veillent pas attentivement sur eux jusqu'à ce qu'il les ait jetés dans les profonds abîmes des enfers et qu'ils soient complètement exclus et chassés du royaume des cieux. Aussi l'Apôtre, comptant, pour ainsi dire, les degrés qui conduisent à l'enfer, s'exprime ainsi: "Il est aisé de connaître les oeuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, l'idolâtrie, les empoisonnements, les inimitiés, les jalousies, les rivalités, les querelles, les dissensions, les hérésies, l'envie, les meurtres, l'ivrognerie, les débauches et autres crimes semblables" (Ga 5,19-21). Et il déclare très positivement quelle en sera la fin, en disant: "Je vous déclare, encore une fois, que ceux qui agissent ainsi ne posséderont pas le royaume de Dieu" (Ibid.). Il est donc nécessaire d'élever notre esprit et nos pensées vers le ciel, et de ne point les laisser courir vers tout ce qui est défendu.

Si l'ennemi nous renverse par terre, relevons-nous au plus tôt, de peur qu'il ne nous entraîne encore au mal, et que, nous enveloppant peu à peu, de chute en chute il ne nous porte au comble du désespoir et à notre perte éternelle. Quelle que soit donc la défense qu'il nous fasse transgresser, gardons-nous de persévérer dans notre faute, et ne désespérons point de nous-mêmes, puisque la pénitence peut nous soustraire à toutes ces horreurs, et nous conduire au sanctuaire de la piété. Voyant notre changement de vie et notre sincère pénitence, voyant en même temps que c'est Lui seul que nous désirons de tout notre coeur et que nous faisons ce qui Lui plaît et Lui est agréable, le Seigneur ne nous parlera plus comme à des serviteurs, mais, nous regardant comme ses véritables amis, Il nous exhortera aux vertus les plus parfaites et les plus sublimes, en nous disant: "Mon ami, monte plus haut!" (Lc 14,10), c'est-à-dire: élève-toi à cette hauteur, où s'ouvrira pour toi la porte des cieux, et dont les degrés sont la foi, l'espérance, la charité et les autres fruits du saint Esprit. Devenus citoyens de la Jérusalem céleste, nous aurons notre coeur dans la joie que nul ne saurait lui ravir (Jn 16,22). Puisse le Seigneur Dieu tout-puissant nous conduire Lui-même par sa Sagesse et nous protéger par la puissance de son Bras. Malheur, malheur à l'homme que Dieu n'assiste pas! Il n'y a pas d'autre Dieu que le Dieu vivant: Il est le Seigneur du ciel et de la terre, et Il a fait tout ce qu'Il a voulu dans le ciel et sur le terre, dans la mer et dans les abîmes (Ps 134,6), et personne ne peut résister à sa Volonté. C'est à Lui qu'appartiennent la gloire, la puissance et la grandeur dans les siècles des siècles. Amen.

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Cœur Eucharistique de Jésus

18 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Cœur Eucharistique de Jésus

Il est difficile de clore un survol de la théologie du Cœur de Jésus chez les mystiques ainsi que l’évolution du culte rendu à ce Cœur très saint, sans s’arrêter longuement sur une facette essentielle du Cœur de Jésus: son Cœur Eucharistique.

Le pape Léon XIII écrivait, le 17 février 1903, dans une lettre apostolique : “Le culte du Cœur Eucharistique honore spécialement l’acte d’amour suprême par lequel notre Rédempteur, laissant déborder toutes les richesses de son Cœur, institua le sacrement adorable de l’Eucharistie.”   

Le 16 février 1916, le pape Benoît XV s’adressant à des représentants de l’Association des prêtres du Cœur Eucharistique, déclarait : “Cette dévotion, (la dévotion au Cœur Eucharistique de Jésus) la plus excellente, devrait être surtout celle des prêtres.”

Plus tard Mgr Brincard, évêque du Puy en Velay, écrira :“Ce culte honore d’une manière particulière, et invite à contempler, le mystère de l’Acte d’Amour de Jésus instituant l’Eucharistie, le plus grand de tous les sacrements. En livrant son Corps et son Sang glorieux à son Église, Il laisse aux hommes le sacrifice d’amour de la Croix, ainsi que sa présence substantielle au milieu d’eux, les invitant sans cesse aux noces de l’Agneau.”    [1]

L’Eucharistie est le don suprême de Jésus, le don qui manifeste les profondeurs d’amour de son Cœur, Cœur de Celui qui est le prêtre unique et éternel et la Victime parfaite, la Grande Victime offerte au Père à travers l’offrande de la Croix. “Le culte du Cœur Eucharistique de Jésus nous aide à voir l’Eucharistie comme le pain vivant, descendu du ciel et qui donne la vie au monde... Le Cœur sacerdotal de Jésus, source de la très sainte Eucharistie, est le don le plus parfait de l’amour de Dieu Trinité, le don de l’Amour unique des trois personnes divines.”  [2] 

Dans l’encyclique “Haurietis Aquas” (1956) le pape Pie XII affirmera : “Le Cœur mérite le même culte d’adoration dont l’Église honore la personne même du Fils de Dieu incarné...”  Le Cœur du Christ exprime l’amour de Jésus envers le Père : “Le mystère de notre divine Rédemption est fondamentalement et par nature un mystère d’Amour : le mystère de cet Amour envers son Père céleste par lequel le Christ lui offre le sacrifice de la Croix en esprit d’Amour et d’obéissance, procurant ainsi la satisfaction surabondante et infinie due en raison des fautes du genre humain... En outre, mystère de l’Amour miséricordieux de l’Auguste Trinité et du divin Rédempteur envers tous les hommes.”

Il convient également de s’attarder sur l’aspect eschatologique et apocalyptique contenu dans cette expression, Cœur Eucharistique. C’est ce que fait Bertrand de Margerie qui consacre un chapitre entier sur ce sujet, dans son “Histoire doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus” Tome 2 “L’Amour devenu lumière(s)” [3]. L’objet du culte rendu au Cœur Eucharistique de Jésus, “c’est l’Amour sacrificiel passé et présent du Sauveur que l’Église annonce jusqu’à ce qu’Il revienne. C’est aussi le double acte d’Amour divin et humain de son retour glorieux, acte éternel et temporel, à venir, par lequel son Cœur glorifié et pour toujours blessé d’amour, se soumettra et s’assimilera l’univers physique tout entier, ressuscitera tous les cœurs, et manifestera parfaitement à tous ses prédestinés l’inépuisable incompréhensibilité de son Amour créateur, rédempteur et rémunérateur reçu du Père et dont la gloire du Père est le terme ultime.

En aimant ce Cœur Eucharistique et parousiaque, l’Église aime ce triple amour sensible, volontaire et divin, par lequel son Époux lui fait sans cesse présent de sa Mère, de son Sacrifice et de son Esprit pour rassembler et unifier l’univers en elle et le récapituler pour la gloire de son Père.”  [4] 

La dévotion au Cœur Eucharistique vise toutes les dimensions de l’Eucharistie, acte cultuel d’adoration par lequel le Christ lui-même construit et achève sans cesse son Église en la faisant croître. On rejoint alors la vision de l’Apocalypse johanique dont l’Agneau est une victime toujours vivante, l’Agneau immolé et vainqueur... L’objet intégral du culte rendu au Cœur Eucharistique de l’Agneau correspond donc aux deux aspects inséparables du Mystère Pascal: mystère de mort et de résurrection. Si on peut oser s’exprimer ainsi : le Cœur Eucharistique, c’est l’avenir du Cœur de Jésus, dans le temps futur, et dans l’éternité, car l’Agneau Immolé est l’Éternel Vivant.

L’Eucharistie occupe une place essentielle dans l’Église. L’Eucharistie, don de Lui-même aux hommes, Jésus l’a portée dans son Cœur durant toute sa vie terrestre. La vie intime du Christ, c’est son Cœur préparant le don suprême de tout son être à Dieu et aux hommes, c’est son Cœur vivant son Eucharistie, avant de la donner aux hommes. La vie intime du Christ, c’est son Cœur Eucharistique. Pour exprimer l’Amour de Jésus instituant l’Eucharistie, la veille de sa Passion, pour demeurer présent au milieu de nous dans tous les tabernacles du monde, et jusqu’à la consommation des siècles, de nombreux théologiens et mystiques ont utilisé ce terme : Cœur Eucharistique de Jésus. Plusieurs encycliques ont mentionné ou développé la théologie du Cœur Eucharistique de Jésus, et plusieurs auteurs ont longuement contemplé l’Amour infini, dans l’espace et dans le temps, de Jésus se livrant à nous, Agneau Immolé mais éternellement vivant, dans le Sacrement de son Mystère Pascal.

Pour contempler, nous aussi, le Cœur de Jésus dans son Eucharistie, il sera fait référence, outre les encycliques de Léon XIII (1899) Annum Sacrum, de Pie XI (1928)  Miserentissimus Redemptor, et de PIE XII (1956) Haurietis aquas in Gaudio,

Certaines remarques de mystiques anciens ou modernes seront rappelées. Enfin, les aspects trinitaires et eschatologiques du culte au Cœur Eucharistique seront souvent mis en évidence.

Remarquons tout d’abord que c’est Saint Jean qui, le premier, fera comprendre, par les symboles du côté ouvert de Jésus et de l’Eau vive qui jaillit de son Cœur transpercé, l’immensité de l’Amour de Jésus pour nous.

Bertrand de Margerie rappelle notamment [5] :

Le chapitre 7 de Saint Jean nous présente la promesse d’eau vive qui jaillira du Cœur transpercé du Christ : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Des fleuves d’eau vive, c’est-à-dire d’Amour, couleront de son sein. ” Mais c’est du sein de l’Église hiérarchique, et par son intermédiaire, c’est-à-dire tout à la fois du côté transpercé du Christ, principe de cette Église, des cœurs et des volontés aimantes des apôtres auxquels sont confiés les sacrements de Baptême et de l’Eucharistie, que sortent ces fleuves d’eau vive.”

Il faut noter que la promesse de Jésus est conditionnée par la soif, la soif d’une Révélation portant sur la connaissance de l’Amour divin et la soif d’aimer cet Amour : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi, et qu’il boive.” Et cet Amour dont nous devons avoir soif, ces fleuves d’eau vive qui nous sont promis, c’est le Sang du Christ. L’Amour dont nous devons avoir faim, le pain pour notre vie, c’est le Corps livré pour nous. L’Amour qu’il nous faut aimer, l’Amour qui nous a donné son Sang à boire et son Corps à manger, c’est le Cœur Eucharistique.

Peut-être est-il opportun de rappeler ici ce qu’un franciscain du XIIIe siècle, Ubertin de Casale [6], qui fut le docteur médiéval du Cœur de Jésus, a permis de comprendre de l’intensité de l’Amour de Jésus. Pour lui, le Cœur de Jésus, source de toute grâce et de tout mérite, est un abîme d’Amour, de douleur et de force. Le sacrifice que le Christ fait de lui-même, tant sur la Croix que sur les autels, est le signe du sacrifice invisible et ineffable qu’Il fait continuellement de Lui-même dans le temple immense de son Cœur. Toute la vie du Christ a été, et est, une messe solennelle dans laquelle Jésus était à la fois le temple, l’autel, le prêtre, l’hostie, et le Dieu acceptant le sacrifice. Ubertin de Casale est vraiment le premier théologien du Cœur Eucharistique.

L’Eucharistie, c’est l’offrande de Jésus

Obéissant jusqu’à la mort, Jésus est venu faire la volonté du Père et mourir sur une croix: le Sacrifice de la Croix est l’acte le plus profond du Cœur de Jésus. [7]L’Eucharistie est cette offrande d’Amour continuée dans la Messe. Grâce à sa présence glorieuse, réelle, c’est à son offrande réelle et à son Amour que Jésus nous invite à communier et à participer en présentant les nôtres : notre offrande et notre amour. Nous ferons, par amour, l’offrande de nos sacrifices; nous découvrirons la fécondité de nos souffrances, nous ferons nôtres la volonté et les sentiments de Jésus souffrant sa Passion et mourant sur la Croix. Par son sacrifice, Jésus a ôté le péché du monde. Avec Lui nous voulons vraiment le salut de tous les hommes.

La Cène, le Cœur Eucharistique et la Passion [8]

Saint Paul n’a livré au monde que ce qui lui avait été transmis par l’Église de son temps, d’une part, et par le Seigneur, d’autre part, à savoir: l’œuvre de salut qui s’est accomplie par la mort et la Résurrection du Christ, c’est-à-dire, le Mystère Pascal. Pour vivre il faut manger. Par ailleurs, Jésus savait qu’Il était l’Agneau Pascal qui allait être bientôt immolé. Au repas pascal juif Il allait substituer ce qui deviendrait le repas eucharistique: pour combler la faim et les besoins spirituels de l’humanité, Jésus, avant de se livrer, nous donne sa chair comme vraie nourriture et son sang comme vrai breuvage.

L’Eucharistie c’est le Christ en nourriture pour tous les hommes de tous les temps; son Cœur Eucharistique est le dernier état de son Cœur avant sa Passion: après la Cène, quand Judas sera parti, il fera “nuit”. Le Cœur Eucharistique, c’est Jésus qui livre son Corps et son Sang pour le rachat de tous les hommes, c’est la manifestation éminente de l’immensité de son amour pour nous.

Jésus a ardemment désiré l’Eucharistie [9] 

J’ai désiré, d’un grand désir, manger cette Pâque avec vous avant de souffrir.”

Jésus savait qu’Il était venu accomplir la volonté du Père. Il savait qu’Il était venu pour cette Heure, l’heure de son sacrifice, l’heure de la Croix. Par son sacrifice, Il allait allumer un feu sur la terre, le feu de l’Amour. C’est maintenant la Pâque, c’est maintenant son Heure: ce repas, Il l’a ardemment désiré, car Il précède cette Heure pour laquelle Il est venu, et qu’Il a longtemps désirée. Par l’Eucharistie, Jésus fait de ce qui aurait pu être un repas d’adieu, le début d’une série infinie de repas, où tous ses disciples et amis de tous les temps pourront Le retrouver et vivre dans son intimité.

Aussi, malgré l’imminence de sa terrible Passion, le Cœur Eucharistique de Jésus est-il empli d’une joie pure, la joie de la Rédemption qui s’accomplit, la joie du Mystère Pascal dont la Cène est inséparable.

Il faudrait aller encore plus loin. Jésus, doux et humble de cœur, Jésus le véritable Agneau Pascal pouvait, par l’Eucharistie, aller jusqu’au bout de son sacrifice. En disant : “Jamais plus je ne mangerai la Pâque avec vous jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le Royaume de Dieu... Je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où Je boirai du vin nouveau dans le Royaume de Dieu” Jésus attachait à ce repas pascal une note eschatologique: Il pensait déjà au céleste banquet du Royaume que l’Eucharistie préfigure. [10] 

L’Eucharistie nous révèle la profondeur du Cœur de Jésus [11] 

Le Cœur de Jésus, réellement présent dans l’Eucharistie, c’est tout l’Amour infini du Père et du Fils qu’est le Saint-Esprit. C’est la manifestation visible de notre rédemption réalisée par l’infini de l’Amour divin qui dépasse toute générosité possible et imaginable. C’est un amour de compassion, car Jésus a pris sur Lui tout le péché du monde, et avec ce péché, toute la souffrance qui en était la conséquence. C’est un amour qui s’adresse à tous les hommes, et c‘est un amour fidèle, source de la vie surnaturelle et éternelle, car, recevoir Jésus dans l’Eucharistie, c’est participer à sa propre Vie, c’est entrer dans la Trinité.

C’est donc une vie nouvelle que nous recevons quand nous nous nourrissons de l’Eucharistie, et nous devons profiter au maximum de cette nourriture divine qui peu à peu nous transforme et nous divinise. Car: "ce n’est plus nous qui vivons, c’est le Christ qui vit en nous.

L’Eucharistie est communion à l’action de grâces du Cœur de Jésus [12]

Jésus, dans son Corps glorieux présent dans son Eucharistie, continue son offrande devenue action de grâces. Le Cœur Eucharistique rend grâces pour la perfection de son Sacrifice qui répond parfaitement à ce que le Père attendait de Lui: perfection de l’amour, parfaite réparation de tous les péchés du monde, générosité de l’obéissance.

Le Cœur Eucharistique rend grâces surtout pour l’efficience de sa Rédemption source intarissable de vie surnaturelle et prélude de la vie éternelle:

efficience d’alliance, l’humanité séparée de Dieu par le péché connaît désormais une définitive réconciliation,

efficience de purification qui grandit toujours grâce à l’Eucharistie,

efficience de réparation, l’Amour infini du Fils de Dieu répare tous nos refus de Dieu et nos manques d’amour.

Jésus rend grâces parce que son Sacrifice qui réconcilie les hommes avec Dieu, glorifie le Père et le Fils. L’Eucharistie, c’est l’Action de grâces par excellence, c’est d’ailleurs le sens premier et littéral de ce mot qui désigne maintenant le Saint Sacrifice du Christ et le Sacrement qu’Il nous a laissé. 

Jésus rend grâces aussi parce qu’Il retourne au Père [13] : “Sachant que son Heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’au bout.”  Jésus retourne au Père, mais son Cœur Eucharistique, par le sacrement qui exprime ce qu’il y a de plus profond dans le Cœur du Christ, a livré tout son Amour aux siens, pour qu’ils ne restent pas orphelins. Le Cœur Eucharistique de Jésus, c’est Jésus toujours vivant au milieu de nous.

Les différents sens de l’expression : “ Cœur Eucharistique” de Jésus [14] 

L’expression signifie d’abord le Cœur physique de Jésus, réellement présent dans le pain (les hosties) consacré par un prêtre.

L’expression signifie ensuite que ce Cœur est présent, non comme un corps mort, mais bien vivant et palpitant d’amour: c’est ce Cœur qui avait cessé de battre au moment de la mort de Jésus sur la Croix, mais qui s’est remis à battre et à palpiter d’amour pour nous, depuis la Résurrection de Jésus. C’est ce Cœur passionné et impassible que nous recevons quand nous communions. Ce Cœur est vivant sur terre, dans les tabernacles. Il est également vivant et le sera éternellement dans la gloire du Ciel.

Le troisième sens, plus spécifique, désigne “l’Acte d’Amour suprême par lequel notre Rédempteur, répandant toutes les richesses de son Cœur, afin de demeurer avec nous jusqu’à la fin des siècles, institua l’adorable Sacrement de l’Eucharistie.” [15] En adorant le Cœur Eucharistique de Jésus, nous adorons sa présence réelle et le don de son amour. Le Cœur Eucharistique se donne d’une manière spéciale pour être notre nourriture en s’immolant pour nous.

L’aspect trinitaire du Cœur Eucharistique de Jésus [16] 

Jésus-Christ, c’est le Verbe de Dieu, “le Fils manifesté dans la chair. ” Or, c’est le Fils qui est présent dans l’Eucharistie. La communion eucharistique nous établit donc au cœur même de la Vie trinitaire : Là où est le Fils, là est le Père, là est le Saint-Esprit.” Dans l’Eucharistie, le Fils nous révèle le Père, et toute la richesse du Sacrifice du Christ auquel nous participons est un don du Père : “C’est le Père qui vous le donne, le pain du Ciel.” Cela, nous ne pouvons le comprendre que grâce au Saint-Esprit, “le Paraclet”, que Jésus monté au Ciel nous envoie et qui doit nous enseigner toutes choses.

Dieu est Amour. L’Amour du Cœur du Christ n’est qu’une participation à l’Amour même de Dieu. Nous ne pouvons communier au Cœur du Christ, au Cœur Eucharistique, sans recevoir le don de l’Amour même qui est Dieu, sans communier à la Vie trinitaire elle-même.

C’est par le don de l’Eucharistie que le Cœur de Jésus se manifeste à l’Église et agit dans le monde en vue de conduire tous les hommes à l’éternelle et inamissible contemplation de son Amour pour le Père, dans l’unité de l’Esprit. ” C’est l’aspect trinitaire du Cœur Eucharistique qui est ainsi mis en valeur. “En honorant, même liturgiquement, le Cœur Eucharistique de Jésus, l’Église veut aimer, louer et adorer le double acte d’amour -divin et humain, incréé et créé, éternel et temporel- par lequel le Verbe humanisé a décidé d’appliquer pour toujours, au soir de la Cène, les fruits de son Sacrifice Rédempteur en le pérennisant au cours de l’histoire, et de s’incorporer de cette façon l’humanité, dans la puissance de son Esprit, pour la Gloire de son Père.”

Le Verbe de Dieu veut l’Eucharistie et devient le Cœur Eucharistique de Jésus. Cet Acte d’Amour suprême, éternel et infini, inséré dans la volonté créatrice et rédemptrice de Celui qui est le Fils unique, sans cesse tourné vers le Père et recevant tout de Lui, est un acte divin: c’est l’acte unique de la Trinité indivisible. [17] 

Pie XII a repris les intuitions de saint Albert le Grand et de Léon XIII

Le culte au Cœur Eucharistique a pour but de nous rappeler l’Acte d’Amour suprême par lequel notre Rédempteur, répandant toutes les richesses de son Cœur, institua l’adorable sacrement de l’Eucharistie afin de demeurer avec nous jusqu’à la fin des siècles.” (Léon XIII)

L’Eucharistie, sacrifice et sacrement, est le don suprême offert par le Cœur de Jésus à chacun des membres de son Église. L’Amour indéfectible de Jésus le conduit à s’offrir sans cesse à la Miséricorde de son Père pour le salut temporel et éternel de ses frères et à se donner physiquement et spirituellement à chacun d’eux en gage de vie éternelle. ” (Haurietis Aquas) C’est cet Amour sacrificiel et sacramentel du Cœur blessé de Jésus que l’Église adore en rendant un culte à son Cœur Eucharistique.

Le don du Cœur de Jésus est au croisement de ses deux déclarations:

Vous ferez ceci en mémorial de Moi.”

Je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles”, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’histoire universelle, quand “Jésus remettra la Royauté à Dieu son Père après avoir détruit toutes les puissances hostiles au Règne de Dieu.”

Ainsi la dévotion au Cœur Eucharistique de Jésus prend en compte toutes les dimensions de l’Eucharistie : sacrifice, sacrement transitoire (communion) et sacrement permanent (présence réelle de la sainte Réserve). Et nous rejoignons alors la vision de l’Apocalypse de Jean.

Aspect eschatologique [18] 

Dans la vision de l’Apocalypse johannique, l’Agneau est une victime, immolée, mais de nouveau vivante. C’est l’Agneau Immolé et Vainqueur, adoré dans le ciel à cause de son sacrifice et faisant participer sur terre, à sa gloire, tous ceux qui ont su profiter de son Sang pour expier leurs fautes. L’objet intégral du culte rendu au Cœur Eucharistique de l’Agneau correspond donc aux deux volets du Mystère Pascal : mort et résurrection.

Cette théologie du Cœur Eucharistique de l’Agneau rejoint l’iconographie chrétienne primitive qui présente une lampe en forme d’agneau, du sein duquel jaillit une source éternelle d’huile pour communiquer aux hommes lumière et sainteté. Cet agneau porte une croix sur sa poitrine et sa tête est surmontée d’une colombe, symbole du Saint-Esprit. A cette représentation ancienne correspond l’image moderne de Jésus montrant son Cœur brûlant d’amour pour les hommes et ayant devant Lui un calice et un pain, pour signifier l’institution de l’Eucharistie, don de son Cœur.

Le culte rendu au Cœur Eucharistique ne diffère pas du culte rendu au Cœur de Jésus, mais il met l’accent sur l’Acte d’Amour suprême de Jésus s’offrant au Père et instituant le Sacrement qui lui permettra de rester avec nous jusqu’à la fin des siècles. De plus, nous voyons en ce Cœur Eucharistique, la transfixion toujours présente dans le corps du Ressuscité.

Le Cœur Eucharistique c’est aussi le lien entre le Cœur du Rédempteur et l’Église, son épouse, née du Cœur transpercé de l’Agneau. L’amour blessé qui institue l’Eucharistie est aussi celui qui institue l’Église (symbolisée au Moyen-âge par une représentation de la nouvelle Ève) communauté de vie sacrificielle et hiérarchique, dirigée par des “sacrificateurs” toujours obligés de s’offrir en victimes d’holocaustes pour leur communauté. La dévotion au Cœur Eucharistique vise toutes les dimensions de l’Eucharistie, acte cultuel d’adoration par lequel le Christ lui-même construit et achève sans cesse son Église en la faisant croître.

On voit nettement l’évolution iconographique dans l’Église qui a contemplé tour à tour:

l’Agneau au flanc percé,

l’Ève nouvelle recueillant le Sang précieux dans le calice eucharistique,

Jésus montrant son Cœur enflammé au moment où il consacre le pain et le vin placés devant Lui.

Le Cœur Eucharistique est le Cœur du monde.

Le Cœur de Jésus, nous donnant sans cesse son Eucharistie, devient un symbole récapitulateur et universellement englobant. Le Christ se donne à nous dans l’Eucharistie pour que nous continuions de construire, dans l’amour, l’Église avec Lui. Le Cœur Eucharistique nous aide à attendre le retour de Jésus : “Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce vin, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il revienne.”

Si je peux oser m’exprimer ainsi: le Cœur Eucharistique, c’est l’avenir du Cœur de Jésus, dans le temps à venir, et dans l’éternité ; car l’Agneau Immolé est l’Éternel Vivant.

Aspect ecclésial - Le Cœur Eucharistique et les chrétiens 

Nous  avons vu plus haut que l’objet du culte rendu au Cœur Eucharistique de Jésus, “c’est le double Acte d’Amour divin et humain de son retour glorieux, acte éternel et temporel, à venir, par lequel son Cœur glorifié et pour toujours blessé d’amour, se soumettra et s’assimilera l’univers physique tout entier, ressuscitera tous les cœurs, et manifestera parfaitement à tous ses prédestinés l’inépuisable incompréhensibilité de son Amour créateur, rédempteur et rémunérateur reçu du Père, et dont la gloire du Père est le terme ultime.”

Le Cœur Eucharistique effectue dans le communiant une merveilleuse croissance dans la charité, le poussant à s’offrir toujours plus intensément avec Lui en victime au Père dans l’Esprit, par la participation quotidienne à la Messe, chaque fois qu’elle est possible. Par la communion sacramentelle le baptisé participe au Sacrifice de Jésus Crucifié, et devient une seule victime avec Lui  pour le salut du monde.

Le culte du Cœur Eucharistique de Jésus aide les âmes à mieux percevoir l’appel que Jésus adresse à chacun en particulier. “Par son sacrifice unique rendu actuel à chaque messe, Jésus, en son Cœur, présente chaque âme au Père: en tant que prêtre, Jésus veut offrir chaque baptisé à son Père comme victime d’amour. Dans l’Eucharistie, Jésus convie l’âme, par une union oblative que réalise l’Esprit-Saint, à un intime commerce d’amour avec Dieu Trinité.”  [19]

C’est donc logiquement que la consécration du chrétien, oblation totale de soi au Cœur Eucharistique de Jésus, conduit à la Messe et à la communion sacramentelle de chaque jour ainsi qu’aux multiples communions spirituelles au cours de la journée. Sinon il y aurait refus de la perfection dans la réciprocité d’amour à l’égard du Cœur Eucharistique. Comment, en effet, se donner totalement à Lui sans vouloir L’offrir et Le recevoir chaque jour ?

Dans ce contexte, l’adoration du Saint Sacrement exposé constitue une forme particulière de dévotion au Cœur de Jésus, donateur suprême de l’Eucharistie.

L’Église fait surtout régner le Cœur Eucharistique de Jésus en gardant en ses membres ses préceptes d’humilité, d’abnégation, de justice et d’amour. En adorant le Cœur Eucharistique de Jésus, l’Église adore l’auteur de la Nouvelle Alliance qui est aussi l’auteur des préparations et préfigurations historiques de l’Église comme de sa pérennité indéfectible.

Avec le pape Benoît XV, à la veille de sa mort, on peut dire : “La dévotion  au Cœur Eucharistique sera une source de grâces pour les âmes; elle se répandra de plus en plus dans l’Église.”

Aspect apostolique et volonté de présence continuelle

Jésus est uni au Père dans un Amour de valeur infinie. Cette union se manifeste par l’union totale des volontés du Père et du Fils. La volonté du Père est la volonté de Jésus : “Me voici, ô Père, pour faire Ta volonté.”  Et cette volonté du Père, c’est que tous les hommes soient sauvés par l’offrande amoureuse du Sacrifice du Fils: “Dieu a tant aimé les hommes qu’Il a donné son Fils unique afin que tout homme qui croit ait la vie éternelle.

La volonté du Père a guidé toute la vie du Fils. Pour annoncer la Bonne Nouvelle: le salut de tous les hommes grâce au Sacrifice de la Croix, Jésus a constitué une équipe apostolique pour continuer son œuvre et sa mission : “Comme le Père m’a envoyé, Moi aussi je vous envoie... Allez dans le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute créature...”

Jésus est toujours présent parmi nous grâce à l’Eucharistie. C’est en participant au Saint Sacrifice de la Messe qu’on communie au Cœur apostolique de Jésus. Dans l’Eucharistie le Cœur apostolique de Jésus est aussi son Cœur Eucharistique. Et nous, qui communions au Corps et au Sang du Christ, nous partageons son activité apostolique. Nos activités apostoliques, au sein de l’Église qui en a reçu mission de la part de Jésus, ne valent que dans la communion au Cœur du Christ.

Jésus est la vigne véritable qui donne le vin, lequel deviendra son Sang. Jésus est le pain de vie qui deviendra son Corps. En affirmant qu’il est la vigne, Jésus ne se réfère pas seulement au repas eucharistique, acte transitoire, mais Il nous assure de sa présence réelle à chaque instant de notre vie, car “nous sommes les sarments de cette vigne.”  [20] 

L’Eucharistie nous conduit à une union de plus en plus intime et constante avec le Cœur Eucharistique : “Demeurez en Moi comme Moi en vous... Demeurez dans mon Amour.” Jésus veut assurer une permanence qui aille au-delà de sa résurrection. Par l’Eucharistie Jésus est toujours la vigne qui communique la vie aux sarments et leur permet de porter du fruit dans leur apostolat.

Voici que Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde.” dit Jésus. C’est dans l’Eucharistie qu’Il demeure avec nous, qu’Il est avec nous. A Moïse, Yahvé avait dit: “Je serai avec toi.” Jésus, par sa présence eucharistique, "est avec nous.” Le Cœur Eucharistique est présent parmi nous. Il cherche des adorateurs, des consolateurs. Il cherche des contemplatifs pour les rendre missionnaires.

Le Cœur Eucharistique nous ouvre le Royaume de l’Amour: “Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’à la fin.”  C’est en manifestant cet Amour que Jésus nous donne l’Eucharistie. En disant: “Comme Je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres,” Jésus nous livre son Cœur Eucharistique et s’empare du cœur des Chrétiens pour les engager résolument au plus profond de la loi de Dieu, la voie de l’Amour, la voie de la charité.

Le Cœur Eucharistique et Marie

Voici ce qu’écrit Mgr H. BRINCARD: “Le culte du Cœur Eucharistique de Jésus aide à contempler le Cœur Douloureux et Immaculé de Marie par lequel Jésus veut répandre dans les âmes les flots de grâces jaillis de son Cœur transpercé... Par son FIAT renouvelé au pied de la Croix, Marie, immolée en son Fils à la volonté du Père, est devenue Mère de l’Église et Reine de l’univers... Marie vient encourager l’Église dans l’épreuve, la soutenir dans le combat,...  tournant toujours davantage l’Épouse du Christ vers son Époux crucifié vainqueur de la mort... Marie forme au sein de l’Église une multitude d’âmes silencieuses... afin de préparer le règne de Jésus et de travailler ainsi à la gloire du Père; le règne des saints Cœurs de Jésus et de Marie se fonde sur l’offrande cachée d’âmes humbles et fidèles.” [21] 

Quand s’accomplit le Sacrifice du Christ, Marie est au pied de la Croix, avec Jean. Marie, la Mère des douleurs, communie à toutes les souffrances de son Fils, Victime immolée pour le salut du monde, et victime elle-même selon la prédiction de Syméon : “un glaive te transpercera le cœur.”  A l’heure suprême de sa mort, Jésus fait communier sa Mère, et le disciple qu’Il aimait, à l’immensité de son Amour. Jésus mourant remet son âme entre les mains du Père, avec une totale confiance, une certitude intense de lumière et de vie, d’amour et de joie. C’est cette certitude de lumière, d’Amour et de joie, que Jésus avait dans son Cœur, son Cœur Eucharistique, qu’Il donne à sa Mère pour qu’elle devienne la Mère de Jean et notre Mère. 

Cœur Eucharistique de Jésus - Ferment d’unité

Tout ce qui précède sur la théologie du Cœur Eucharistique de Jésus peut paraître un peu abstrait. Pourtant, il ne faut pas oublier que le Cœur Eucharistique, c’est le Cœur de l’Amour qui se donne, c’est le Cœur de Jésus qui nous aime tellement qu’Il ne peut se résoudre à nous laisser orphelins. L’Eucharistie c’est l’œuvre de notre rédemption sans cesse renouvelée. L’Eucharistie, c’est ce qui soude l’Église, c’est le ferment de notre unité. Essayons, nous aussi, à l’imitation des mystiques, de nous laisser aller à contempler Jésus dans son Cœur Eucharistique, ciment de son Église.


[1] “Le Cœur Eucharistique - Approches théologiques” - de Mg Henri BRINCARD, Évêque du Puy en Velay

[2]  “Le Cœur Eucharistique - Approches théologiques” - de Mg Henri BRINCARD, Évêque du Puy en Velay

[3] “Histoire Doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus -L’Amour devenu lumière(s)” - de Bertrand de MARGERIE -  Éditions Saint Paul

[4] Haurietis Aquas § 28

[5]5 ”Histoire doctrinale du culte au Cœur de Jésus”- Chapitre 2 (III) de Bertrand de MARGERIE -  Éditions Saint Paul

[6]6 “Histoire doctrinale du culte au Cœur de Jésus” - Chapitre 5-(II) de Bertrand de MARGERIE -  Éditions Saint Paul

[7]  Robert de Gourmont- “Le Cœur Eucharistique du Sauveur”  - Éditions TÉQUI

[8]  Jean Galot - “Le Cœur Eucharistique “ pages 27 à 36 -  Éditions TÉQUI

[9]  Jean Galot - “Le Cœur Eucharistique” pages  39 à 54 -  Éditions TÉQUI

[10] Jean Galot - “Le Cœur Eucharistique” pages  55 à 61 -  Éditions TÉQUI

[11] Robert de Gourmont - Le Cœur Eucharistique du Sauveur pages 12  à 15 -  Éditions TÉQUI

[12]  Robert de Gourmont - Le Cœur Eucharistique du Sauveur pages 22 à 24 -  Éditions TÉQUI

[13] Jean Galot - Le  Cœur Eucharistique  pages  84 et 85 -  Éditions TÉQUI

[14] Bertrand de Margerie,  Histoire  doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus - tome 2

[15] A. Lepidi,  Explication dogmatique sur le culte du Cœur Eucharistique de Jésus

[16] Bertrand de Margerie,  Histoire  doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus - tome 2 - Éditions saint Paul,  et Robert de Gourmont - Le Cœur Eucharistique du Sauveur - Éditions TÉQUI

[17] Bertrand de Margerie,  Histoire  doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus - tome 2  page 242

[18] Bertrand de Margerie,  Histoire  doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus - tome 2

[19]  Le Cœur Eucharistique - Approches théologiques - de Mg Henri BRINCARD, Évêque du Puy en Velay

[20] Jean Galot - Le  Cœur Eucharistique  pages123 et suivantes -  Éditions TÉQUI

[21] Mgr  Henri Brincard “Le Cœur Eucharistique - Approches théologiques”.

 

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Saint Grégoire Barbarigo évêque et confesseur

17 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Grégoire Barbarigo évêque et confesseur

Collecte

Seigneur, vous avez voulu illuminer le bienheureux Grégoire, votre Confesseur et Pontife, par le zèle pastoral et la tendresse pour les pauvres : accordez-nos favorablement qu’en célébrant ses mérites, nous prenions exemple sur sa charité.

Office

Troisième leçon. Grégoire Barbarigo, né à Venise d’une famille très ancienne, obtint avec grands éloges les deux doctorats en droit à l’Université Padoue. A l’âge de dix-neuf ans, il se rendit à Munster pour y assister aux pourparlers réglant les préliminaires de la paix de Westphalie, et, sur les conseils du legs pontifical Fabio Chigi, il décida d’entrer dans les ordres. Quand il fut prêtre, le même Chigi, devenu Pape sous le nom d’Alexandre VII le nomma d’abord évêque de Pergame ; puis, l’ayant associé au Collège des cardinaux, il le choisit pour le siège de Padoue. Dans l’exercice de sa charge épiscopale, il se proposa comme modèle saint Charles Borromée et, jusqu’à dernier souffle, s’appuyant sur le avis et les décrets du saint concile de Trente, il travailla à extirper le vices et a propager les vertus, développa les séminaires de ces deux diocèses, il dota en particulier celui de Padoue d’une bibliothèque et d’une imprimerie, destinée notamment à publier des livres qu’il voulait répandre parmi les peuples du Proche-Orient. Il favorisa énergiquement l’enseignement catéchétique et parcourut avec ardeur chaque localité de son diocèse, en enseignant et en exhortant. Il se distingua par les œuvres de charité et par la sainteté de sa vie, il se montra si généreux envers les indigents et les pauvres qu’il alla jusqu’à distribuer pour leur venir en aide le mobilier de sa maison, ses vêtements et son lit. Enfin, après une courte maladie il s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 18 juin 1697. Illustre par ses mérites et par ses vertus, il fut placé au nombre des bienheureux par Clément XIII et au nombre des saints par Jean XXIII.

 

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Saint Basile le Grand évêque confesseur et docteur

14 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Basile le Grand évêque confesseur et docteur

Collecte

Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Basile, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Basile, noble Cappadocien, après avoir étudié à Athènes les lettres profanes en compagnie de son intime ami Grégoire de Nazianze, acquit dans un monastère une connaissance admirable des sciences sacrées ; en peu de temps sa doctrine et sa sainteté furent telles, qu’on lui donna le surnom de Grand. Appelé à prêcher l’Évangile de Jésus-Christ dans le Pont, il ramena dans la voie du salut cette province qui s’était éloignée des habitudes chrétiennes. Eusèbe, Évêque de Césarée, se l’adjoignit bientôt pour instruire le peuple de cette ville, et Basile lui succéda sur ce siège. Il se montra l’ardent défenseur de la consubstantialité du Père et du Fils ; l’empereur Valens, irrité contre lui, fut vaincu par de tels miracles, qu’en dépit de sa volonté bien arrêtée de l’envoyer en exil, il dut abandonner son projet.

Cinquième leçon. Étant sur le point de porter le décret de bannissement contre Basile, le siège où il voulait s’asseoir se brisa ; de trois roseaux qu’il prit pour écrire ce décret, aucun ne laissa couler l’encre ; et comme il n’en persistait pas moins dans la résolution de rédiger ce décret impie, sa main droite, énervée et toute tremblante, refusa d’obéir. Valens effrayé mit en pièces de ses deux mains le papier fatal. Pendant la nuit qu’on avait donnée à Basile pour délibérer, l’impératrice fut torturée de douleurs d’entrailles et son fils unique tomba gravement malade. L’empereur terrifié, reconnaissant son injustice, appela Basile ; en sa présence, l’enfant commença d’aller mieux, mais Valens ayant invité ensuite les hérétiques à voir le petit malade, il mourut peu après.

Sixième leçon. Basile était d’une abstinence et d’une continence admirables ; il se contentait d’une seule tunique et gardait un jeûne rigoureux. Assidu à la prière, il y employait souvent toute la nuit. Il garda une virginité perpétuelle. Dans les monastères qu’il fonda, la vie des moines fut réglée de telle sorte qu’elle réunit on ne peut mieux les avantages de la solitude et de l’action. Ses nombreux écrits sont pleins de science, et personne, au témoignage de Grégoire de Nazianze, n’expliqua les Livres saints avec plus d’abondance et de vérité. Sa mort arriva le premier janvier ; n’ayant vécu que par l’esprit, il semblait ne garder de son corps que les os et la peau.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Basile, Évêque.

Septième leçon. Le parfait renoncement consiste à en venir à ne pas être porté à aimer la vie pour elle-même, et à comprendre la leçon de la mort qui nous avertit de ne pas nous fier en nos propres forces. Ce renoncement commence par le dépouillement des choses extérieures, comme des biens, de la vaine gloire, des habitudes de la vie, de l’amour des choses inutiles. Ils nous l’ont montré, à l’imitation de notre Seigneur, ses saints disciples Jacques et Jean, par exemple, quand ils ont laissé leur père Zébédée et jusqu’à leur barque, dont dépendait leur subsistance. Matthieu l’a pratiqué aussi, lorsqu’il se leva de son bureau et suivit le divin Maître.

Huitième leçon. Mais qu’est-il besoin de nos raisons ou des exemples des saints pour appuyer nos paroles, puisque nous pouvons produire les propres enseignements du Seigneur, enseignements bien capables d’émouvoir une âme religieuse et craignant Dieu ? Voici ce que le Seigneur déclare nettement et sans laisser place au doute : « Ainsi donc quiconque d’entre vous ne renonce point à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple. » Et ailleurs, après avoir dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres ; » il ajoute : « Viens, suis-moi. »

Neuvième leçon. Le renoncement est donc, comme nous l’avons enseigné, le dégagement des liens qui nous attachent à cette vie terrestre et temporelle ; c’est la délivrance des affaires humaines, délivrance dont l’effet est de nous rendre dociles et prompts à suivre le chemin qui conduit à Dieu : c’est le moyen qui nous facilite l’acquisition et l’usage des biens mille fois préférables à l’or et aux pierres précieuses. C’est ce qui porte le cœur humain si haut, qu’il peut habiter dans le ciel et dire : « Notre vie est dans les deux. » C’est enfin, et surtout, ce par quoi nous commençons à ressembler à Jésus-Christ « qui pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était. »

 

Le quaternaire sacré des Docteurs qui font la gloire de l’Église grecque, se complète aujourd’hui sur le Cycle. Jean Chrysostome, le premier, parut au ciel dans les jours de l’enfance du Sauveur ; la glorieuse Pâque vit se lever, comme deux astres radieux, Athanase et Grégoire de Nazianze ; Basile le Grand réservait ses rayons pour illustrer les temps du règne de l’Esprit-Saint. Une telle place lui fut méritée par les grands combats, où sa doctrine éminente prépara le triomphe du Paraclet sur les blasphèmes d’une secte impie. Macédonius reprenait contre la troisième personne de l’auguste et consubstantielle Trinité les arguments de l’arianisme expirant ; il déniait au Saint-Esprit la divinité qu’Arius son chef avait vainement prétendu enlever au Verbe. Le concile de Constantinople, achevant l’œuvre du concile de Nicée, formula la foi des Églises en Celui qui procède du Père non moins que le Verbe lui-même, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils. Basile n’assistait pas à la victoire ; prématurément épuisé d’austérités et de travaux, il reposait dans la paix depuis deux ans déjà, quand la définition fut rendue. Mais son enseignement inspirait l’assemblée conciliaire ; il demeure comme l’expression splendide de la tradition sur cet Esprit de Dieu, aimant universel vers qui se précipite tout ce qui aspire à la sainteté, souffle puissant soulevant les âmes, perfection de toute chose. De même que nous avons entendu Grégoire de Nazianze, au jour de sa fête, parler magnifiquement du mystère de la Pâque, écoutons son illustre ami nous expliquer le mystère du temps présent, qui est celui de la sanctification dans les âmes.

« L’union de l’Esprit et de l’âme se fait par l’éloignement des passions qui, étant survenues a dans l’âme, l’avaient séparée de Dieu. Si quelqu’un donc se dégage de la difformité provenant du vice et revient à la beauté qu’il tenait de son Créateur, s’il restaure en lui les traits primitifs de l’esquisse royale et divine, alors, et alors seulement, il se rapproche du Paraclet. Mais alors aussi, comme le soleil qui, rencontrant un œil non souillé, l’illumine, le Paraclet révèle à cet homme l’image de celui qu’on ne peut voir ; et dans la bienheureuse contemplation de cette image, il aperçoit l’ineffable beauté du principe, modèle de tout. Dans cette ascension des cœurs, dont les débuts chancelants et la croissante consommation sont également son œuvre, l’Esprit rend spirituels ceux qui sont absous de toute tache, en vertu de la participation où il les met de lui-même. Les corps limpides et diaphanes, pénétrés du rayon lumineux, deviennent resplendissants et répandent autour d’eux la lumière ; ainsi les âmes portant l’Esprit-Saint resplendissent de lui, et, devenues esprit elles-mêmes, répandent sur les autres la grâce. De là l’intelligence supérieure des élus et leur conversation dans les cieux ; de là tous les dons ; de là ta ressemblance avec Dieu ; de là vient, ô sublimité ! que toi-même tu es dieu. C’est donc proprement et en toute vérité par l’illumination de l’Esprit-Saint, que nous contemplons la splendeur de la gloire de Dieu ; c’est par le caractère de ressemblance qu’il imprime en nos âmes, que nous sommes élevés jusqu’à la hauteur de celui dont il porte avec lui, cachet divin, la pleine similitude. Esprit de sagesse, il nous révèle, non comme du dehors, mais en lui-même, le Christ Sagesse de Dieu. La voie de la contemplation conduit de l’Esprit par le Fils au Père ; concurremment, la bonté, la sainteté, la royale dignité des élus vient du Père par le Fils à l’Esprit-Saint dont ils sont les temples, et qui les remplit de sa propre gloire, illuminant leur front par la vue de Dieu comme celui de Moïse. Ainsi fit-il pour l’humanité du Sauveur ; ainsi fait-il pour les séraphins qui ne peuvent dire qu’en lui leur triple Sanctus, pour tous les chœurs des anges dont il règle le concert et produit les chants. Mais l’homme charnel, qui n’a jamais exercé son âme à la contemplation, qui la retient captive dans le bourbier des sens, ne peut élever les yeux vers la lumière spirituelle ; l’Esprit n’est point pour lui ».

L’action du Paraclet dépasse la puissance de toute créature ; en rappelant ainsi les opérations de l’Esprit d’amour, l’évêque de Césarée voulait amener ses adversaires à confesser d’eux-mêmes sa divinité. D’autre part, qui ne reconnaîtrait à cette exposition chaleureuse de la doctrine, non seulement l’invincible théologien vengeur du dogme, mais encore le guide exercé des âmes, l’ascète sublime chargé par Dieu de mettre à la portée de tous les merveilles de sainteté qu’Antoine et Pacôme avaient fait éclore au désert ?

Comme l’abeille butinant parmi les fleurs évite les épines et sait se garder des sucs dangereux, nombreux sur sa route, ainsi Basile en son adolescence avait traversé les écoles de Constantinople et d’Athènes sans se souiller à leurs poisons ; selon le conseil qu’il adressait plus tard aux jeunes gens dans un célèbre discours, sa vive intelligence, restée pure des passions où s’étiolent pour tant d’autres les plus beaux dons, avait su néanmoins dérober aux rhéteurs et aux poètes tout ce qui pouvait, en l’ornant, la développer encore et la discipliner pour les luttes de la vie. Le monde souriait au jeune orateur, dont la diction si pure et la persuasive éloquence rappelaient le beau temps de la Grèce littéraire ; mais les plus nobles gloires que le monde puisse offrir, restaient au-dessous de l’ambition dont son âme s’était éprise à la lecture des Écritures sacrées. La lutte de la vie se présentait à ses yeux comme un combat pour la vérité. Mais c’est en lui que devait triompher d’abord cette divine vérité, par la défaite de la nature et la victoire de l’Esprit-Saint créant l’homme nouveau. Sans donc se soucier de connaître avant l’heure si l’Esprit se réserve de remporter par lui d’autres triomphes, sans voir les multitudes qui bientôt s’attacheront à sa suite et réclameront ses lois, il vient demander aux solitudes du Pont l’oubli des hommes et la sainteté. La vue des misères de son temps ne le fait point tomber dans la faute si commune de nos jours, et qui consiste à vouloir se dévouer pour les autres avant d’avoir soi-même réglé son âme. Tel n’est point l’ordre de la charité, reine des vertus ; telle n’est point la conduite des saints. C’est toi-même que Dieu veut de toi tout d’abord ; quand tu seras à lui dans la mesure qu’il l’entend, il saura bien te donner aux autres, s’il ne préfère, à ton grand avantage, te garder pour lui seul. Mais il n’aime point, il bénit peu les utilités hâtives qui s’imposent de la sorte à sa providence. Antoine de Padoue le montrait hier ; la leçon nous revient aujourd’hui : ce qui importe à l’extension de la gloire du Seigneur n’est point le temps donné aux œuvres, mais la sainteté de l’ouvrier.

Selon une coutume fréquente en ce siècle où l’on craignait d’exposer la grâce du baptême à de tristes naufrages, Basile était resté simple catéchumène jusqu’aux derniers temps de son adolescence. Sa vie de baptisé compte treize années de vie monastique, et neuf ans d’épiscopat. A cinquante ans il meurt ; mais, loin de finir avec lui, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint son œuvre apparaît plus féconde et s’en va grandissant dans la suite des âges.

Humble moine, sur les bords de l’Iris où l’avaient précédé sa mère et sa sœur, il était venu sauver son âme du jugement de Dieu, s’exercer à courir généreusement dans la voie qui conduit aux éternelles récompenses. D’autres ensuite l’ayant prié de les former eux-mêmes à la milice du Christ roi dans la simplicité de la foi et des Écritures, notre saint ne voulut point pour eux de la vie des ascètes solitaires, trop isolée pour n’être pas dangereuse au grand nombre ; mais il préféra joindre à la bienheureuse contemplation de ces derniers le complément et le rempart de la vie commune, où s’exercent la charité et l’humilité sous la conduite d’un chef se regardant lui-même comme serviteur de tous. Encore n’admettait-il personne en ses monastères, sans une épreuve sérieuse et prolongée, suivie du solennel engagement de persévérer dans cette vie nouvelle.

Au souvenir de ce qu’il avait admiré chez les solitaires d’Égypte et de Syrie, Basile se comparait, lui et ses disciples, à des enfants qui cherchent dans leur petite mesure à imiter les forts, aux commençants restés aux prises avec les premiers éléments et à peine introduits sur la route de la piété. Cependant le temps vient où ces géants de la solitude, où les législateurs du désert verront leurs héroïques coutumes et leurs codes monastiques céder la place aux discours familiers, aux réponses sans apprêt que Basile adressait à ses moines pour résoudre leurs difficultés et les former à la pratique des divins conseils. Bientôt l’Orient tout entier s’est rangé sous sa Règle. En Occident, Benoît l’appelle son père. Pépinière féconde de saints moines et de vierges, d’évêques, de docteurs et de martyrs, son Ordre a peuplé les cieux ; il fut longtemps pour Byzance le boulevard de la foi ; jusque en nos jours, sous la sauvage persécution du tout-puissant tsar des Russies, malgré les désastres du schisme, on a vu ses tronçons fidèles donner sans compter à l’Église mère le témoignage du sang et de la souffrance.

Noble descendance, couronne de Basile au ciel ! Mais combien aussi rejaillit sur les enfants la gloire personnelle du père ! Petit-fils des martyrs, fils et frère de six saints ou saintes, lui-même était bien le noble rejeton d’une souche glorieuse entre toutes. Il compte, lui septième, au catalogue des bienheureux, comme le plus illustre membre de cette race qu’avait élevée dans l’indomptable amour du Christ Dieu Macrine l’ancienne, revenue des forêts où sans abri, sept années durant, elle avait enduré, sous la persécution de Maximin, la faim et les frimas. Saluons ici la femme forte à qui l’Église doit en toute vérité la grandeur de Basile. Échappée aux bourreaux, miraculeusement soutenue durant son terrible exil, Dieu l’avait gardée pour infuser dans l’âme de son petit-fils la foi ferme et pure qu’elle tenait de Grégoire le Thaumaturge. Tel était, jusque dans le tombeau, l’ascendant que la vaillante orthodoxie de cette femme avait conservé sur les peuples, qu’on verra, dans les afflictions de ses dernières années, Basile l’évêque, le docteur, le patriarche des moines, en appeler, comme garantie de sa propre foi devant l’Église de Dieu, à l’éducation qu’il avait reçue tout enfant de sa vénérable aïeule.

C’est qu’en effet on était arrivé à l’un de ces temps douloureux, temps d’exception, pleins de naufrages et d’angoisses, où l’obscurité, mal suprême des intelligences, prévaut jusque sur les fils de lumière ; où de trop nombreuses défaillances se produisant parmi les chefs du troupeau sur le terrain des croyances essentielles ou de l’union au successeur de Pierre, les peuples inquiets se retournent vers les saints qui sont dans leurs rangs, pour retrouver quelque assurance en marchant après eux dans la nuit que ne savent plus dissiper les pasteurs. On venait de traverser les années lamentables, où la perfidie de quelques évêques et la faiblesse de presque tous avaient souscrit la condamnation de la foi de Nicée ; où, selon le mot de saint Jérôme, l’univers gémissant s’étonna d’être arien. Basile, à coup sûr, n’était point de ces pasteurs perfides, insuffisants ou lâches, qui n’éclairent pas le troupeau confié à leurs soins : sentinelles qui ne voient plus, chiens muets qui ne savent ou ne peuvent aboyer. Dans l’année même où se tint la fatale assemblée de Rimini, on l’avait vu, simple Lecteur encore, se séparer de son évêque engagé dans les filets des ariens, et donner ainsi aux fidèles l’exemple qu’ils avaient à suivre, en même temps que le signal du danger. Plus tard, évêque à son tour, sollicité d’accorder pour le bien de la paix quelque trêve aux ariens, supplié, menacé vainement de confiscation, de mort ou d’exil, on avait entendu sa fière réplique au préfet Modestus s’exclamant que personne ne lui avait jamais parlé avec une telle liberté : « C’est qu’apparemment, répondit Basile, vous n’avez jamais rencontré un évêque ». Mais sa grande âme, qui ne soupçonnait point la duplicité, s’était laissée prendre un jour aux apparentes austérités d’un faux moine, d’un évêque hypocrite, Eustathe de Sébaste, dont la fourberie retint longtemps captive l’amitié de Basile, ignorante de ses trahisons : faute inconsciente, que Dieu permit pour augmenter encore la sainteté de son serviteur ; car elle devait remplir la fin de sa vie d’amertume, et lui valut la plus dure épreuve qui pût l’atteindre, en attirant sur sa foi la défiance de plusieurs.

Basile en appela de la calomnie au jugement de ses frères les évêques ; mais il ne dédaigna point de se justifier lui-même près du peuple fidèle. Car il savait que le premier trésor d’une église est la sûreté de la foi du pasteur et sa plénitude de doctrine. Le chef des grands combats de la première moitié de ce siècle, le vainqueur d’Arius et de l’empereur Constance, Athanase n’était plus ; il venait de rejoindre dans le repos bien mérité de la vraie patrie ses vaillants compagnons, Eusèbe de Verceil et Hilaire de Poitiers. Dans la confusion qu’avait ramenée sur l’Orient la persécution de Valens, les saints mêmes ne savaient plus tenir tête à l’orage ; on les voyait passer de l’effacement d’une prudence excessive aux démarches fausses d’un zèle indiscret. Basile seul était de taille à porter la tempête. Son noble cœur, froissé dans ses sentiments les plus délicats, avait épuisé la lie du calice ; mais, fortifié par le divin agonisant de Gethsémani, l’épreuve ne l’abattit pas. L’âme brisée, le corps anéanti par la recrudescence d’infirmités de vieille date, mourant déjà, il se roidit contre la mort et fit face aux flots en furie. Du navire en détresse auquel il comparait l’Église d’Orient heurtée dans la nuit à tous les écueils, s’élevèrent pressants ses appels à l’heureux Occident assis dans la paix de son indéfectible lumière, à cette Rome de qui seule le salut pouvait venir, et dont la sage lenteur en vint à le désespérer presque un jour. En attendant l’intervention du successeur de Pierre, il modérait près de lui les ardeurs intempestives, n’exigeant des faibles dans la foi que l’indispensable ; comme, dans une autre circonstance, il avait dû reprendre sévèrement Grégoire de Nysse son frère, dont la simplicité se laissait entraîner par amour de la paix à des mesures inconsidérées.

La paix, Basile la désirait plus que personne. Mais cette paix pour laquelle il eût donné sa vie, c’était, disait-il, la vraie paix laissée par le Seigneur à son Église. Ses exigences sur le terrain de la foi ne provenaient que de son amour pour cette paix véritable. C’était pour elle, déclarait-il encore, qu’il refusait d’entrer en communion avec ces hommes de juste milieu qui ne redoutent rien tant que la claire et simple expression du dogme ; leurs insaisissables faux-fuyants, leurs formules captieuses, ne sont à ses yeux que le fait d’hypocrites avec lesquels il refuse de marcher à l’autel de Dieu. Quant à ceux qui ne sont qu’égarés, « qu’on leur propose en toute tendresse et charité la foi des Pères : s’ils donnent à cette foi leur assentiment, recevons-les dans notre société ; autrement demeurons entre nous, sans regarder au nombre, écartant ces âmes équivoques qui n’ont rien de la simplicité sans dol, caractère de quiconque au commencement de l’Évangile accédait à la foi. Les croyants, est-il dit, n’avaient qu’un cœur et qu’une âme. Pour ceux-là donc qui nous reprochent de ne point vouloir d’apaisement, qu’on les corrige, et ce sera parfait ; sinon, qu’on reconnaisse où sont les auteurs de la guerre, et qu’on ne nous parle plus de réconciliation ».

« A toutes les raisons, dit-il ailleurs, qui sembleraient nous conseiller le silence, nous opposons la charité qui ne tient compte ni de son propre intérêt, ni de la difficulté des temps. Lors même que personne ne nous imiterait, en devons-nous moins quant à nous faire notre devoir ? Dans la fournaise, les enfants de Babylone chantaient au Seigneur, sans calculer la multitude de ceux qui laissaient de côté la vérité : ils se suffisaient à eux-mêmes, trois qu’ils étaient ».

Et à ses moines, traqués par un gouvernement qui se défendait d’être persécuteur, il écrivait : « Beaucoup d’honnêtes gens, tout en trouvant qu’on vous poursuit sans justice, n’estiment point à confession les souffrances que vous endurez pour la vérité ; mais il n’est pas nécessaire d’être païen pour faire des martyrs. Nos ennemis du jour ne nous détestent pas moins que ne faisaient les adorateurs des idoles ; s’ils trompent la multitude sur le motif de leur haine, c’est afin de vous enlever, croient-ils, la gloire dont on entourait les anciens confesseurs. Mais soyez-en convaincus : devant le juste juge, votre confession n’en subsiste pas moins. Ayez donc bon courage ; sous la tourmente renouvelez-vous dans l’amour ; ajoutez chaque jour à votre zèle, sachant qu’en vous doivent se conserver les restes de la piété que le Seigneur à son avènement trouvera sur la terre. Ne vous troublez pas des trahisons, d’où qu’elles viennent : ce furent les princes des prêtres, les scribes et les anciens, qui dressèrent les embûches où notre Maître voulut succomber. N’ayez égard aux pensées de la foule, que le moindre souffle agite en divers sens comme l’eau des mers. N’y en eût-il qu’un seul à faire son salut comme Loth à Sodome, il ne doit pas dévier de la rectitude parce que lui seul a raison, mais maintenir immuable son espérance en Jésus-Christ ».

Lui-même, de son lit de souffrances, donnait l’exemple à tous. Mais quelles n’étaient pas les angoisses de son âme, en constatant le peu de correspondance à ses efforts qu’il trouvait dans les chefs des diocèses ! Il s’étonnait douloureusement à la vue de ces hommes dont l’ambition n’était pas éteinte par l’état lamentable des églises ; n’écoutant que leurs susceptibilités jalouses, lorsque déjà le vaisseau coulait bas, ils se disputaient à qui commanderait sur ce navire en perdition. D’autres, et des meilleurs, se tenaient à l’écart, espérant se faire oublier dans le silence de leur inertie, ne comprenant pas que, lorsque les intérêts généraux sont engagés, ce n’est point un éloignement égoïste de la lutte qui sauve les particuliers ou les absout du crime de trahison. Un jour, et il est curieux d’entendre notre saint raconter le fait à son ami Eusèbe de Samosate, le futur martyr, un jour se répandit le bruit de la mort de Basile ; tous ces évêques aussitôt d’accourir à Césarée pour lui donner un successeur. « Mais, dit Basile, comme il plut à Dieu qu’ils me trouvassent vivant, je les prêchai d’importance. Peine inutile malheureusement ! Moi présent, ils me craignent et promettent tout ; à peine retirés, ils se retrouvent les mêmes ». Cependant la persécution grandissait sans cesse, et pour tous arrivait tôt ou tard le moment de choisir entre l’hérésie flagrante ou le bannissement. Plusieurs alors consommaient leur apostasie ; d’autres, ouvrant enfin les yeux, prenaient la route de l’exil, où ils pouvaient méditer à loisir sur les avantages de leur politique d’effacement, et, ce qui valait mieux, réparer leur faiblesse passée par l’héroïsme avec lequel ils souffraient désormais pour la foi.

La vertu de Basile en imposait aux persécuteurs, et Dieu le gardait par des prodiges, si bien que lui, qui s’était exposé plus que personne au danger, restait presque seul à la tête de son Église. Il en profita pour faire jouir cette Église fortunée des bienfaits d’un enseignement et d’une administration, dont les résultats merveilleux eussent semblé réclamer tous l’exclusive attention d’un évêque et la paix la plus grande. Césarée le payait de retour. Sa parole excitait une telle avidité dans toutes les classes du peuple, que le troupeau ne pouvait se passer du pasteur et qu’on l’attendait des journées entières dans les églises où il devait prêcher ; lui-même, un jour qu’exténué, l’ardeur de son insatiable auditoire ne lui permettait pas le repos, se compare à la mère épuisée qui ne laisse pas de donner le sein à son enfant, moins pour le nourrir que pour apaiser ses cris. Quelle délicieuse entente dans ces réunions ! Lorsque l’orateur laissait inexpliqué par mégarde un verset de l’Écriture, les signes discrets, les muettes réclamations des fils rappelaient au père le passage dont on prétendait bien ne pas lui faire grâce ; Basile alors se répandait en excuses charmantes et s’exécutait, mais il était fier de son peuple. Expliquant parmi les merveilles de l’œuvre des six jours les splendeurs du vaste Océan, il s’arrête, et, promenant sur la multitude rangée autour de sa chaire un regard d’ineffable complaisance : « Si la mer est belle et digne de louange devant Dieu, reprend-il, combien plus belle n’est pas cette immense assemblée ! où, mieux que les ondes venant mourir au rivage, la voix mêlée des hommes, des femmes et des enfants porte jusqu’à Dieu nos prières ; calme océan, gardant la paix dans ses profondeurs, parce que le souffle mauvais de l’hérésie reste impuissant à soulever ses flots ».

Heureux peuple, formé par Basile à l’intelligence des Écritures, des Psaumes surtout, dont il sut inspirer aux fidèles un si grand amour, que tous contractèrent l’habitude de se rendre la nuit à la maison de Dieu, pour y répandre leur âme dans une prière commune et la solennelle louange de la psalmodie alternative ! Cette communauté de la prière était un des fruits de son ministère que Basile, en véritable moine, estimait le plus ; l’importance qu’il y attachait fit de lui l’un des principaux Pères de la Liturgie grecque. « Ne me parlez pas, s’écriait-il, de maisons privées, d’assemblées particulières. Adorez le Seigneur en sa cour sainte, dit le Psalmiste ; l’adoration requise ici est celle qui se fait, non pas en dehors de l’église, mais à la cour, à l’unique cour de Dieu »

Le temps nous manque pour suivre notre saint dans les détails de cette grande et vraie vie de famille avec tout un peuple, qui fit la consolation de son existence par delà si orageuse. Il faudrait le montrer se faisant tout à tous dans les douleurs et la joie, avec cette simplicité qui s’alliait si bien chez lui à la grandeur ; répondant aux plus humbles consultations, comme s’il n’eût pas eu d’occupation plus urgente que de satisfaire le moindre de ses fils ; réclamant, jusqu’à pleine satisfaction, contre toute injustice atteignant l’un des siens ; et enfin, avec l’appui de sa fidèle Césarée soulevée tout entière pour la défense de son évêque, faisant de sa personne un infranchissable rempart aux vierges et aux veuves contre les brutales poursuites des puissants. Pauvre et dénué de tout, depuis qu’en embrassant la vie monastique il a distribué aux pauvres les grands biens qu’il tenait de sa famille, il n’en trouve pas moins le secret d’élever dans sa ville épiscopale un établissement immense, refuge assuré des pèlerins et des pauvres, asile ouvert dans un ordre parfait à toutes les souffrances, à tous les besoins des divers âges : véritable cité nouvelle à côté de la grande ville, et que la reconnaissance des peuples appela du nom de son fondateur. Prêt à la fois pour toutes les luttes, on le vit maintenir intrépidement les droits d’exarchat que possédait son siège sur les onze provinces composant la vaste division administrative, connue par les Romains d’alors sous le nom générique de diocèse du Pont. Infatigable zélateur des saints canons, en même temps qu’il défendait ses clercs contre les atteintes portées à leurs immunités, il réforma les abus qui s’étaient introduits en des temps moins troublés que les siens ; et sous l’effort même de la tempête, il sut ramener la discipline sacrée à l’exacte perfection des plus beaux jours.

Cependant le temps vint où les intérêts majeurs de la foi, qui semblaient avoir suspendu pour son corps épuisé la loi de toute chair, ne réclamèrent plus aussi impérieusement sa présence. Le 9 août 378, la flèche des Goths faisait justice de Valens ; bientôt l’édit de Gratien rappelait d’exil les confesseurs, et Théodose paraissait en Orient. Dès le 1er janvier 379, libre enfin, Basile s’endormait dans le Seigneur.

L’Église grecque fête la mémoire du grand évêque une première fois le jour même de cette mort, conjointement avec la Circoncision du Verbe fait chair ; le 3 du même mois elle l’unit dans une nouvelle solennité à ses deux autres Docteurs, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome, accumulant les magnificences de sa Liturgie pour chanter dignement ce trentième jour de janvier, qu’un triple soleil illumine ainsi de ses splendeurs concordantes à la gloire de la Trinité sainte.

L’Église latine a choisi, pour célébrer Basile, la date du 14 juin comme étant celle de son ordination.

N’est-ce pas vous avoir assez loué, grand Pontife, que d’avoir seulement énoncé vos œuvres ? Puissent-elles, ces œuvres, trouver de nos temps des imitateurs ! Car, l’histoire le montre clairement, ce sont les saints de votre taille qui font la grandeur d’une époque et son salut. Le peuple le plus éprouvé, le plus abandonné en apparence, n’a besoin que d’un chef docile en tout, docile jusqu’à l’héroïsme aux inspirations de l’Esprit toujours présent dans l’Église, et ce peuple portera la tempête, et il vaincra enfin ; tandis que lorsque le sel de la terre est affadi, la société se dissout, sans qu’il soit même besoin d’un Julien ou d’un Valons pour la mener à sa perte. Obtenez donc, ô Basile, des chefs tels que vous à notre société si malade ; que l’étonnement de Modestus se reproduise en nos jours ; que les successeurs des préfets de Valens rencontrent partout un évêque à la tête des églises : et leur étonnement sera pour nous le signal du triomphe ; car un évêque n’est jamais vaincu, dût-il passer par l’exil ou la mort. En même temps que vous maintiendrez les pasteurs des Églises à la hauteur de cet état de perfection Où les veut l’onction sainte, élevez aussi le troupeau jusqu’aux voies de la sainteté que son christianisme suppose. Ce n’est pas aux moines seulement qu’il a été dit : Le royaume des cieux est en vous

. Vous nous apprenez que ce royaume des cieux, cette béatitude qui déjà peut être la nôtre, est la contemplation qui nous est accessible ici-bas des réalités éternelles, non par la claire et directe vision, mais dans le miroir dont parle l’Apôtre. Quelle absurdité, ainsi que vous le dites, de ne cultiver, de ne nourrir dans l’homme que les sens affamés de matière, et de refuser au seul esprit son libre jeu et sa pâture ! L’esprit ne s’élance-t-il pas de lui-même vers les régions de l’intelligible pour lequel il est fait ? Si son essor est laborieux, c’est que les sens ont prévalu contre lui. Apprenez-nous à le guérir par la foi et l’amour, qui lui rendront l’agilité du cerf et relèveront sur les montagnes. Répétez aux hommes de notre temps qui pourraient l’oublier, que le souci d’une foi droite n’est pas moins nécessaire à cette fin que la rectitude de la vie. Hélas ! vos fils en trop grand nombre ont oublié que tout vrai moine, tout vrai chrétien, déteste l’hérétique. Bénissez d’autant mieux ceux que tant d’épreuves continues n’ont pu ébranler ; multipliez les retours ; hâtez le jour heureux où l’Orient, secouant le double joug du schisme et de l’Islam, reprendra dans le bercail unique de l’unique pasteur une place qui fut si glorieuse.

Pour nous qui sommes en ce moment prosternés à vos pieds, ô Docteur de l’Esprit-Saint, défenseur du Verbe consubstantiel au Père, faites que comme vous nous vivions toujours à la gloire de la Trinité sainte. Vous l’exprimiez dans une admirable formule : « Être baptisé dans la Trinité, croire conformément à son baptême, glorifier Dieu selon sa foi », c’était pour vous l’essentielle base de ce que doit être le moine ; mais n’est-ce pas aussi tout le chrétien ? Faites-le comprendre à tous, et bénissez-nous.

 

La communauté de nature de l’Esprit avec le Père et le Fils se fonde sur le fait qu’il est, comme eux, difficile à contempler
par saint Basile le Grand

53. Le saint Esprit est appelé des mêmes noms que le Père et le Fils et il est en communion d’actes avec eux, mais ce n’est pas seulement cela qui en fait la supériorité de nature : c’est aussi qu’il est, comme eux, difficile à contempler. Ce qui est dit du Père : qu’il surpasse toute pensée humaine, et qui l’est aussi du Seigneur, le Seigneur le dit également du saint Esprit : « Père juste, le monde ne t’a pas connu » (Jn 17,25), le « monde » signifiant ici non pas l’ensemble du ciel et de la terre, mais cette vie périssable, sujette à une infinité de variations. Et parlant cette fois de sa propre personne : « Encore un peu de temps, dit-il, et le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez » (Jn 14,19). De nouveau, le terme de “monde” désigne ceux qui ont encore besoin de la vie matérielle et charnelle et qui confient à leurs seuls yeux de chair le soin de juger de la vérité, alors que leur manque de foi en la résurrection ne leur permet plus de voir notre Seigneur avec les yeux du cœur. Or, il a dit la même chose de l’Esprit : « L’Esprit de vérité, que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit ni ne le connaît, vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous » (Jn 14,17). En effet, l’homme charnel qui n’a pas exercé son esprit à la contemplation, mais qui le laisse bien plutôt enfoui, comme en un bourbier, dans les pensées de la chair, ne parvient pas à lever les yeux vers la lumière spirituelle de la vérité. C’est pourquoi le monde, c’est-à-dire la vie esclave des passions de la chair, ne reçoit pas plus la grâce de l’Esprit qu’un œil malade la lumière d’un rayon de soleil.

Au contraire, attestant que ses enseignements ont purifié la vie de ses disciples, le Seigneur leur accorde dès maintenant d’accéder à la contemplation des plus hauts mystères de l’Esprit : « Purifiés, vous l’êtes déjà, grâce à la parole que je vous ai annoncée » (Jn 15,3). Ainsi, le monde est incapable d’accueillir l’Esprit, car il ne le voit pas : « Vous vous le connaissez, parce qu’il demeure en vous » (Jn 14,17). Isaïe de même : « Lui qui affermit la terre et ce qu’elle porte, qui a donné l’haleine au peuple qui l’habite et le souffle à ceux qui la foulent » (Is 42,5). Ceux qui foulent les choses de la terre et s’élèvent au-dessus d’elles, témoignage leur est rendu qu’ils sont dignes de l’Esprit. Mais alors, lui que le monde ne peut contenir et que seuls les saints peuvent contempler en raison de la pureté de leur cœur, que faut-il penser de lui ? De quelle sorte sont les honneurs qui lui reviennent ?

 


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Dimanche dans l’Octave du Sacré-Cœur

13 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l’Octave du Sacré-Cœur

Introït

Jetez un regard sur moi et ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis seul et pauvre, voyez mon humiliation et mon labeur et pardonnez-moi tous mes péchés. Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme, ô mon Dieu, en vous je me confie, je ne serai pas confondu.

Collecte

Dieu, protecteur de ceux qui espèrent en vous, et sans lequel il n’y a rien de ferme, ni de saint : multipliez sur nous vos miséricordes ; afin que, sous votre loi et votre conduite, nous passions de telle sorte par les biens temporels, que nous ne perdions pas les éternels.

Épitre 1. P 5, 6-11

Mes bien-aimés : Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève au temps de sa visite ; vous déchargeant sur lui de tous vos soucis, car c’est lui qui prend soin de vous. Soyez sobres et veillez ; car votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, demeurant fermes dans la foi, sachant que vos frères qui sont dans le monde souffrent les mêmes afflictions que vous. Le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés dans le Christ Jésus à son éternelle gloire, lui-même vous perfectionnera, vous affermira et vous fortifiera, après que vous aurez un peu souffert. A lui soient la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Évangile Lc. 15, 1-10.

En ce temps-là : les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’écouter. Et les pharisiens et les scribes murmuraient, en disant : Cet homme accueille les pécheurs, et mange avec eux. Alors il leur dit cette parabole : Quel est l’homme parmi vous qui a cent brebis, et qui, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix neuf autres dans le désert, pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve ? Et lorsqu’il l’a trouvée il la met sur ses épaules avec joie ; et venant dans sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue. Je vous le dis, il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence. Ou quelle est la femme qui, ayant dix drachmes, si elle en perd une, n’allume la lampe, ne balaie la maison, et ne cherche avec soin jusqu’à ce qu’elle la trouve ? Et lorsqu’elle l’a trouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue. De même, je vous le dis, il y aura de la joie parmi les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui fait pénitence.

 

Offertoire

C’est en vous que se confient tous ceux qui ont connu votre nom, Seigneur, car vous n’abandonnez point ceux qui vous cherchent. Chantez le Seigneur qui habite en Sion, car il n’a pas oublié la prière des pauvres.

Postcommunion

Que le sacrement saint reçu par nous, Seigneur, nous vivifie et que nous ayant purifiés de nos fautes, il nous prépare à jouir sans fin de votre miséricorde.

Office

4e leçon

Des Encycliques du Pape Pie XI.

Parmi toutes ces pratiques de la dévotion au Sacré-Cœur, il en est une remarquable qui mérite d’être signalée, c’est la pieuse consécration par laquelle, offrant à Dieu nos personnes et tous les biens que nous tenons de son éternelle bonté, nous les vouons au divin Cœur de Jésus. A tous ces hommages, il faut ajouter encore autre chose : à savoir l’amende honorable ou la réparation selon l’expression courante à offrir au Cœur sacré de Jésus. Si, dans la consécration, le but premier et principal pour la créature est de rendre à son Créateur amour pour amour, il s’ensuit naturellement qu’elle doit offrir à l’égard de l’amour incréé une compensation pour l’indifférence, l’oubli, les offenses, les outrages, les injures qu’il subit : c’est ce qu’on appelle couramment le devoir de la réparation.

5e leçon

Si les mêmes raisons nous obligent à ce double devoir, cependant le devoir de réparation et d’expiation s’impose en vertu d’un motif encore plus impérieux de justice et d’amour : de justice d’abord, car l’offense faite à Dieu par nos crimes doit être expiée, et l’ordre violé doit être rétabli par la pénitence ; mais d’amour aussi, car nous devons "compatir au Christ souffrant et saturé d’opprobres", et lui offrir, selon notre petitesse, quelque consolation. Tous nous sommes des pécheurs ; de nombreuses fautes nous chargent ; nous avons donc l’obligation d’honorer Dieu non seulement par notre culte, par une adoration qui rend à sa Majesté suprême de légitimes hommages, par des prières qui reconnaissent son souverain domaine, par des louanges et des actions de grâces pour son infinie bonté ; mais à ce Dieu juste vengeur nous avons encore le devoir d’offrir satisfaction pour nos innombrables péchés, offenses et négligences. Ainsi à la consécration, par laquelle nous nous donnons à Dieu et qui nous mérite d’être voués à Dieu, avec la sainteté et la stabilité qui, suivant l’enseignement du Docteur angélique sont le propre de la consécration, il faut donc ajouter l’expiation qui répare entièrement les péchés, de peur que, dans sa sainteté, la Souveraine Justice ne nous repousse pour notre impudente indignité et, loin d’agréer notre offrande, ne la rejette.

6e leçon

En fait, ce devoir d’expiation incombe au genre humain tout entier. Comme nous l’enseigne la foi chrétienne, après la déplorable chute d’Adam, l’homme, infecté de la souillure originelle, esclave de la concupiscence et des plus lamentables dépravations, se trouva ainsi voué à la perte éternelle. De nos jours, des savants orgueilleux nient ces vérités et, s’inspirant de la vieille erreur de Pélage, vantent des vertus innées de la nature humaine qui la conduiraient, par ses seules forces, jusqu’aux cimes les plus élevées. Ces fausses théories de l’orgueil humain, l’Apôtre les réfute en nous rappelant que, par nature, nous étions enfants de colère. Dès les débuts, en réalité, la nécessité de cette expiation commune a été reconnue, puisque, cédant à un instinct naturel, les hommes se sont efforcés d’apaiser Dieu par des sacrifices même publics.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape

Vous avez entendu, mes frères, dans la lecture de l’Évangile, que les pécheurs et les publicains s’approchèrent de notre Rédempteur, et qu’ils furent admis non seulement à s’entretenir, mais encore à manger avec lui. Voyant cette condescendance, les Pharisiens en conçurent du dédain pour le Sauveur. Il ressort de ce fait que la vraie justice est compatissante ; la fausse justice, dédaigneuse. Ce n’est pas que les justes ne montrent quelquefois, et avec raison, de l’indignation contre les pécheurs ; mais les actions qu’inspiré le zèle de la foi sont bien différentes de celles que provoque l’orgueil.

8e leçon

Les justes ont de l’indignation, mais comme s’ils n’en avaient point ; ils désespèrent des pécheurs, comme n’en désespérant point ; ils les poursuivent, mais c’est en les aimant ; car si le zèle du bien leur met souvent aux lèvres des réprimandes, ils conservent néanmoins au dedans la douceur de la charité. Ils mettent la plupart du temps au-dessus d’eux-mêmes, dans leur estime, ceux qu’ils reprennent, et ils croient meilleurs qu’eux-mêmes ceux dont ils sont établis les juges ; de la sorte, en contenant leurs inférieurs par la discipline, ils se conservent eux-mêmes par l’humilité.

9e leçon

Au contraire, ceux qui s’enorgueillissent d’une fausse justice, méprisent les autres, sans condescendre avec miséricorde à leur faiblesse, et par là même qu’ils ne se croient pas pécheurs, ils deviennent plus coupables. Les Pharisiens étaient assurément de ce nombre, car, en blâmant le Seigneur de ce qu’il accueillait les pécheurs, ils reprenaient avec leur cœur desséché, la source même de la miséricorde. Mais parce qu’ils étaient malades au point d’ignorer leur mal, le céleste médecin les traite par de doux remèdes, leur présente une touchante parabole, et presse dans leur cœur la tumeur qu’ils y portent.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Les misères de cette vie sont l’épreuve que Dieu fait subir à ses soldats, pour les juger et les classer dans l’autre selon leur valeur. Aussi tous, en ce monde, ont leur part de souffrances. Le concours est ouvert, le combat engagé ; l’Arbitre des jeux regarde et compare : bientôt il prononcera sur les mérites divers des combattants, et les appellera du labeur de l’arène au repos du trône où il siège lui-même. Heureux alors ceux qui, reconnaissant la main de Dieu dans l’épreuve, se seront abaissés sous cette main puissante avec amour et confiance ! Contre ces âmes fortes dans la foi, le lion rugissant n’aura pu prévaloir. Sobres et vigilantes dans cette carrière de leur pèlerinage, sans se poser en victimes, sachant bien que tout souffre ici-bas, elles auront uni joyeusement leurs souffrances à celles du Christ, et elles tressailliront dans la manifestation éternelle de sa gloire qui sera aussi leur partage pour les siècles sans fin.

ÉVANGILE.

Cette parabole de la brebis rapportée au bercail sur les épaules du Pasteur était chère aux premiers chrétiens ; on la rencontre partout dans les monuments figures des premiers siècles. En même temps qu’elle continue d’affermir notre confiance dans la miséricorde infinie, elle nous rappelle ineffablement le Seigneur Jésus qui naguère rentrait triomphalement dans les cieux, portant avec lui l’humanité perdue et reconquise. « Car quel est ce Pasteur de notre parabole, s’écrie saint Ambroise, sinon le Christ qui te porte en son corps et a pris sur lui tes péchés ? Cette brebis est une par le genre, non par le nombre. Riche Pasteur, dont nous tous formons la centième partie du troupeau ! Car il a les Anges, il a les Archanges, les Dominations, les Puissances, les Trônes, et le reste, innombrables troupeaux qu’il a laissés sur les montagnes, pour courir après la brebis perdue »

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Saint Jean de Saint-Facond confesseur mémoire des Saints Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire, Martyrs

12 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean de Saint-Facond confesseur mémoire des Saints Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire, Martyrs

Collecte

Dieu, auteur de la paix, et amant de la charité, vous avez orné le bienheureux Jean, votre Confesseur, d’un merveilleux don du ciel pour apaiser les différends : accordez-nous, par ses mérites et son intercession, d’être tellement affermis dans votre amour, que nous ne soyons plus séparés de vous par aucune tentation.

Quatrième leçon. Jean, issu d’une noble famille de Sahagun (Saint-Facond) en Espagne, fut obtenu de Dieu par les prières et les bonnes œuvres de ses pieux parents, restés longtemps sans enfant. Dès son jeune âge, il donna des signes remarquables de sa future sainteté. On le vit souvent adresser, d’un lieu élevé où il avait pris place, la parole aux autres enfants, pour les exhorter à la vertu et au culte de Dieu, ou pour apaiser leurs querelles. Confié, dans son pays même, aux moines bénédictins de Saint-Facond, il fut initié par eux aux premiers éléments des belles-lettres. Pendant qu’il s’appliquait à ces études, son père lui procura le bénéfice d’une paroisse ; mais le jeune homme ne voulut à aucun prix conserver les avantages de cette charge. Admis parmi les familiers de l’Évêque de Burgos, il devint son intime conseiller à cause de sa remarquable intégrité ; l’Évêque le fit prêtre et chanoine et lui donna de nombreux bénéfices. Mais Jean quitta le palais épiscopal pour servir Dieu plus paisiblement, et, renonçant à tous ses revenus ecclésiastiques, s’attacha à une petite chapelle, où tous les jours il célébrait la messe et parlait souvent des choses de Dieu, à la grande édification de ses auditeurs.

Cinquième leçon. S’étant rendu plus tard à Salamanque pour y étudier, et ayant été reçu au célèbre collège de Saint-Barthélemy, il exerça le ministère sacerdotal de telle sorte que, tout en se livrant à ses chères études, il n’en était pas moins assidu aux pieuses assemblées. Tombé gravement malade, il fit vœu de s’imposer une discipline plus sévère ; et, pour accomplir ce vœu, donna d’abord à un pauvre presque nu le meilleur des deux seuls vêtements qu’il possédait, puis se rendit au monastère de Saint-Augustin, alors très florissant par sa sévère observance. Admis dans ce couvent, il surpassa les plus avancés par son obéissance, son abnégation, ses veilles et ses prières. On lui confia le soin de la cave, et il lui suffit de toucher un petit fût de vin pour en tirer pendant une année entière ce qui était nécessaire à tous les religieux. Au bout d’une année de noviciat, il reprit, sur l’ordre du préfet du couvent, le ministère de la prédication. Salamanque était alors déchirée à ce point par les factions, que toutes les lois divines et humaines y étaient confondues ; des massacres avaient lieu presque à chaque heure, les rues et les places, et même les églises, regorgeaient du sang de personnes de toutes conditions et principalement de la noblesse.

Sixième leçon. Tant par ses prédications que par des entretiens particuliers, Jean parvint à calmer les esprits, et ramena la tranquillité dans la ville. Ayant vivement blessé un haut personnage en lui reprochant sa cruauté envers ses inférieurs, celui-ci envoya pour ce motif deux cavaliers sur son passage pour le mettre à mort. Déjà ils s’approchaient de lui, quand Dieu permit qu’ils fussent saisis de stupeur et immobilisés ainsi que leurs chevaux, jusqu’à ce que, prosternés aux pieds du saint homme, ils eussent demandé grâce pour leur crime. Ce seigneur, frappé lui-même d’une terreur subite, désespérait déjà de survivre ; mais, ayant rappelé Jean et s’étant repenti de ce qu’il avait fait, il fut rendu à la santé. Une autre fois, des factieux qui poursuivaient Jean avec des bâtons eurent les bras paralysés et ne recouvrèrent leurs forces qu’après avoir imploré leur pardon. Pendant sa Messe, Jean voyait notre Seigneur présent, et s’abreuvait des célestes mystères à la source même de la divinité. Souvent il pénétrait les secrets des cœurs, et prédisait l’avenir avec une rare sagacité. La fille de son frère étant morte à l’âge de sept ans, il la ressuscita. Enfin, après avoir prédit le jour de sa mort et avoir reçu avec une grande dévotion les sacrements de l’Église, il rendit le dernier soupir. Après comme avant sa mort, de nombreux miracles firent éclater sa gloire. Ces miracles furent constatés selon les rites de l’Église, et Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints.

Le règne que les Apôtres ont pour mission d’établir dans le monde est le règne de la paix. C’était elle que les cieux promettaient à la terre en la glorieuse nuit qui nous donna l’Emmanuel ; et dans cette autre nuit qui vit les adieux du Seigneur, au banquet de la Cène, l’Homme-Dieu fonda le Testament nouveau sur le double legs qu’il fit à l’Église de son corps sacré et de cette paix que les anges avaient annoncée : paix que le monde n’avait point connue jusque-là, disait le Sauveur ; paix toute sienne parce qu’elle procède de lui sans être lui-même, don substantiel et divin qui n’est autre que l’Esprit-Saint dans sa propre personne. Les jours de la Pentecôte ont répandu cette paix comme un levain sacré dans la race humaine. Hommes et peuples ont senti son intime influence. L’homme, en lutte avec le ciel et divisé contre lui-même, justement puni de son insoumission à Dieu par le triomphe des sens dans sa chair révoltée, a vu l’harmonie rentrer dans son être, et Dieu satisfait traiter en fils le rebelle obstiné des anciens jours. Les fils du Très-Haut formeront dans le monde un peuple nouveau, le peuple de Dieu, reculant ses confins jusqu’aux extrémités de la terre. Assis dans la beauté de la paix, selon l’expression du Prophète, il verra venir à lui tous les peuples, et attirera ici-bas les complaisances du ciel qui doit trouver en lui son image.

Autrefois sans cesse aux prises en d’atroces combats qui ne trouvaient fin qu’avec l’extermination du vaincu, les nations baptisées se reconnaîtront pour sœurs dans la filiation du Père qui est aux cieux. Sujettes fidèles du Roi pacifique, elles laisseront l’Esprit-Saint adoucir leurs mœurs ; et si la guerre, suite du péché, vient encore trop souvent rappeler au monde les désastreuses conséquences de la première chute, l’inévitable fléau connaîtra du moins désormais d’autres lois que la force. Le droit des gens, droit tout chrétien que n’admit point l’antiquité païenne, la foi des traités, l’arbitrage du vicaire de l’Homme-Dieu modérateur suprême de la conscience des rois, éloigneront les occasions de discordes sanglantes. En certains siècles, la paix de Dieu, la trêve de Dieu, mille industries de la Mère commune, restreindront les années et les jours où le glaive qui tue les corps aura licence de sortir du fourreau ; s’il outrepasse les bornes posées, il sera brisé par la puissance du glaive spirituel, plus redoutable à tous les points de vue dans ces temps que le fer du guerrier. Telle apparaîtra la force de l’Évangile, qu’en nos temps mêmes d’universelle décroissance, le respect de l’ennemi désarmé s’imposera aux plus fougueux adversaires, et qu’après la bataille vainqueurs et vaincus, se retrouvant frères, prodigueront les mêmes soins du corps et de l’âme aux blessés des deux camps : énergie persévérante du ferment surnaturel qui transforme progressivement l’humanité depuis dix-huit siècles, et agit à la fin sur ceux-là même qui continuent de nier sa puissance !

Or c’est un serviteur de cette conduite merveilleuse de la Providence, et l’un des plus glorieux, que nous fêtons en ce jour. La paix, fille du ciel, mêle ses reflets divins à l’auréole brillante qui rayonne sur son front. Noble enfant de la catholique Espagne, il prépara les grandeurs de sa patrie, non moins que ne le firent les héros des combats où le Maure succombait sans retour. Au moment où s’achevait la croisade huit fois séculaire qui chassa le Croissant du sol ibérique, lorsque les multiples royaumes de cette terre magnanime se rassemblaient dans l’unité d’un seul sceptre, l’humble ermite de Saint-Augustin fondait dans les cœurs cette unité puissante inaugurant déjà les gloires du XVIe siècle. Quand il parut, les rivalités qu’un faux point d’honneur excite trop facilement dans une nation armée, souillaient l’Espagne du sang de ses fils versé par des mains chrétiennes ; la discorde, abattue par ses mains désarmées, forme le piédestal où il reçoit maintenant les hommages de l’Église.

Vous méritiez, bienheureux Saint, d’apparaître au ciel de l’Église en ces semaines qui relèvent immédiatement de la glorieuse Pentecôte. Longtemps à l’avance, Isaïe, contemplant le monde au lendemain de l’avènement du Paraclet, décrivait ainsi le spectacle offert à ses yeux prophétiques : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds des messagers de la paix, des porteurs du salut disant à Sion : Ton Dieu va régner ! » C’étaient les Apôtres, prenant pour Dieu possession du monde, qu’admirait ainsi le Prophète ; mais leur mission, telle qu’il la définit dans son enthousiasme inspiré, ne fut-elle pas aussi la vôtre ? Le même Esprit qui les animait dirigea vos voies ; le Roi pacifique vit par vous son sceptre affermi dans une des plus illustres nations formant son empire. Au ciel où vous régnez avec lui, la paix qui fut l’objet de vos travaux est aujourd’hui votre récompense. Vous éprouvez la vérité de cette parole que le Maître avait dite en pensant à ceux qui vous ressemblent, à tous ceux qui, apôtres ou non, établissent du moins la paix dans la terre de leurs cœurs : « Bienheureux les pacifiques ; car ils seront appelés fils de Dieu ! » Vous êtes entré en possession de l’héritage du Père ; le béatifiant repos de la Trinité sainte remplit votre âme, et s’épanche d’elle jusqu’à nos froides régions en ce jour.

Continuez à l’Espagne, votre patrie, le secours qui lui fut si précieux. Elle n’occupe plus dans la chrétienté cette place éminente qui fut la sienne après votre mort glorieuse. Persuadez-la que ce n’est pas en prêtant l’oreille toujours plus aux accents d’une fausse liberté, qu’elle retrouvera sa grandeur. Ce qui l’a faite dans le passé puissante et forte, peut toujours attirer sur elle les bénédictions de Celui par qui règnent les rois. Le dévouement au Christ fut sa gloire, l’attachement à la vérité son trésor. La vérité révélée met seule les hommes dans la vraie liberté ; seule encore, elle peut garder indissolublement uni dans une nation le faisceau des intelligences et des volontés : lien puissant, qui assure la force d’un pays en dehors de ses frontières, et au dedans la paix. Apôtre de la paix, rappelez donc à votre peuple, apprenez à tous, que la fidélité absolue aux enseignements de l’Église est le seul terrain où des chrétiens puissent chercher et trouver la concorde.

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Fête du Sacré Coeur

11 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Fête du Sacré Coeur

Introït

Les pensées de son Cœur subsistent de génération en génération : délivrer leurs âmes de la mort et les nourrir au temps de la famine.

Collecte

Dieu, dans le Cœur de Votre Fils blessé par nos péchés, daignez nous prodiguer les trésors infinis de son amour : faites, nous vous en supplions, qu’en Lui rendant l’hommage de notre dévotion et de notre piété, nous remplissions aussi dignement envers Lui le devoir de la réparation.

Épitre Ep. 3, 8 19

Mes frères : à moi le plus petit de tous les saints, a été accordée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les richesses incommensurables du Christ ; et de mettre en lumière devant tous quelle est l’économie du mystère caché dès l’origine des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses ; afin que les principautés et les puissances, dans les cieux, connaissent par l’Église la sagesse infiniment variée de Dieu, selon le dessein éternel qu’il a formé en Jésus-Christ Notre-Seigneur, en qui nous avons la liberté de nous approcher (de Dieu) en confiance, par la foi en Lui. A cause de cela je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, duquel toute paternité dans les cieux et sur la terre tire son nom, pour qu’il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur : que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, afin qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, et la hauteur et la profondeur, et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu.

Évangile Jn 19 ,31-37

En ce temps-là : Ce jour étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu’on leur rompît les jambes, et qu’on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Étant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Et celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai. Et il sait qu’il est vrai, afin que, vous aussi, vous croyiez. Car ces choses ont été faites, afin que l’Écriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os. Et ailleurs, l’Écriture dit encore : Ils contempleront celui qu’ils ont percé.

Offertoire

Mon cœur s’est attendu aux outrages et à la misère j’ai cherché quelqu’un qui s’affligeât avec moi et personne n’est venu ; quelqu’un qui me consolât, et je ne l’ai point trouvé.

Secrète

Considérez, nous vous en supplions, Seigneur, la charité ineffable du Cœur de votre Fils bien-aimé : afin que notre offrande vous soit agréable et nous purifie de nos péchés.

Postcommunion

Que vos saints mystères, Seigneur Jésus, produisent en nous une ferveur divine qui nous fasse goûter la suavité de votre Cœur très doux et nous apprenne à mépriser ce qui est terrestre pour n’aimer que les biens du ciel. Vous qui vivez.

Office

4e leçon

Sermon de saint Bonaventure, Évêque

Étant une fois venus au très doux Cœur de Jésus et comme il est bon d’être là, ne nous laissons pas facilement séparer de celui dont il est écrit : « Ceux qui se retirent de vous seront écrits sur la terre ». Mais quel sera le partage de ceux qui s’en approchent ? Vous nous l’apprenez vous-mêmes. Vous avez dit à ceux qui venaient à vous : « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux ». Approchons-nous donc de vous, et nous tressaillirons et nous nous réjouirons en vous, nous souvenant de votre Cœur. « Oh ! Qu’il est avantageux et qu’il est agréable d’habiter » dans ce Cœur ! Je donnerai volontiers toutes choses, toutes les pensées et les affections de mon âme en échange de ce trésor, jetant toutes mes sollicitudes dans le Cœur du Seigneur Jésus, et sans nul doute ce Cœur me nourrira.

5e leçon

C’est à ce temple, à ce Saint des saints, à cette Arche du Testament, que j’adorerai, et que je louerai le nom du Seigneur, disant avec David : J’ai trouvé mon cœur pour prier mon Dieu. Et moi j’ai trouvé le Cœur de mon Roi, mon frère et mon tendre ami, Jésus. Ne l’adorerai-je pas ? Ayant donc trouvé ce Cœur qui est le vôtre et le mien, ô très doux Jésus, je vous prierai, ô vous qui êtes mon Dieu. Daignez seulement recevoir mes supplications dans ce sanctuaire où vous exaucez, ou plutôt attirez-moi tout entier dans votre Cœur. O Jésus, dont la beauté surpasse toute beauté, « lavez-moi encore plus de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché », afin qu’étant purifié par vous, je puisse approcher de vous qui êtes si pur, que je mérite d’habiter dans votre Cœur tous les jours de ma vie, et que je puisse voir et en même temps accomplir votre volonté.

6e leçon

Votre côté a été percé, pour qu’une entrée nous y fût ouverte. Votre Cœur a été blessé, afin qu’en lui et en vous, nous puissions habiter, à l’abri des perturbations du dehors. Toutefois il a encore été blessé pour que la blessure visible nous révélât la blessure invisible de l’amour. Pouvait-il mieux montrer cet amour ardent qu’en laissant blesser d’un coup de lance non seulement son corps, mais son Cœur aussi en même temps ? La blessure corporelle indique donc la blessure spirituelle. Qui n’aimerait ce Cœur profondément blessé ? Qui ne paierait d’amour celui qui a tant aimé ? Qui n’embrasserait un amant si chaste ? A nous qui demeurons encore dans notre enveloppe corporelle, à nous d’aimer de toutes nos forces, de payer d’amour, d’embrasser notre divin blessé, à qui des vignerons impies ont percé les mains et les pieds le côté et le Cœur ; à nous, de rester près de lui, afin qu’il daigne enchaîner du lien et blesser du trait de son amour, notre cœur encore dur et impénitent. — Désireux de voir honorer avec plus de dévotion et de ferveur, sous le symbole du Sacré-Cœur, la charité du Christ souffrant et mourant pour la rédemption du genre humain, et instituant en mémoire de sa mort le sacrement de son corps et de son sang ; souhaitant que les fidèles recueillissent plus abondamment les fruits de la divine charité, Clément XIII permit à plusieurs Églises de célébrer la Fête de ce Cœur très saint, Pie IX étendit cette fête à l’Église universelle, et enfin le souverain Pontife Léon XIII, accueillant les vœux du monde catholique, l’a élevée au rite double de première classe.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

« Un des soldats ouvrit son côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau ». L’Évangéliste s’est servi d’une expression choisie à dessein ; il ne dit pas : Il frappa son côté, ou : Il le blessa, ou toute autre chose, mais : « Il ouvrit », pour nous apprendre qu’elle fut en quelque sorte ouverte au Calvaire, la porte de la vie d’où sont sortis les sacrements de l’Église, sans lesquels on ne peut avoir d’accès à la vie qui est la seule véritable vie. Ce sang, qui a été répandu, a coulé pour la rémission des péchés, cette eau vient se mêler pour nous au breuvage du salut ; elle est à la fois un bain qui purifie et une boisson rafraîchissante. C’était la signification de cette porte que Noé eut ordre d’ouvrir au flanc de l’arche, pour y faire passer les animaux que devait épargner le déluge et qui représentaient l’Église.

8e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome

Remarquez-vous quelle est la puissance de la vérité ? Par ce qu’ils font, les Juifs accomplissent une prophétie, car une de plus s’est ici vérifiée. « Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes des deux larrons » ; mais non celles du Christ. Toutefois, pour ne pas déplaire aux Juifs, ils lui ouvrirent le côté d’un coup de lance, continuant à l’insulter, même après sa mort. O volonté détestable et criminelle. Cependant, ne te laisse pas troubler, frère bien-aimé : les actes que leur inspiraient leurs mauvais sentiments tournaient tous à l’honneur de la vérité. Elle est accomplie, la prophétie disant : « Ils porteront leurs regards sur celui qu’ils ont transpercé ». Ce que les soldats viennent de faire n’a pas servi seulement à réaliser la parole du prophète mais encore à convaincre plus tard ceux qui devaient refuser de croire, comme Thomas et d’autres avec lui. En outre un profond mystère s’est également accompli au même instant, car : « il coula du sang et de l’eau ». Ce n’est ni par hasard ni sans but que ces deux sources jaillirent ; c’est d’elles que l’Église a été formée.

9e leçon

Homélie de saint Bonaventure, Évêque

Or donc, c’a été pour que l’Église fût formée du côté du Christ endormi, qu’une disposition toute divine a voulu qu’un des soldats ouvrit avec une lance et transperçât ce flanc sacré, de manière à faire couler du sang et de l’eau, et à répandre le prix de notre salut. C’est cette effusion, provenant d’une source mystérieuse, de la source du Cœur, qui donna aux sacrements de l’Église la vertu de communiquer la vie de la grâce ; c’est là désormais, pour ceux qui vivent dans le Christ, le breuvage de la source vive qui rejaillit dans la vie éternelle. Lève-toi donc, ô âme, fidèle amie du Christ, ne cesse de veiller ; viens, approche tes lèvres pour t’abreuver aux fontaines du Sauveur.

Fête du Sacré Coeur

L’Acte de réparation au Sacré-Cœur de Jésus « Très doux Jésus, nous Vous promettons de réparer nos fautes passées » :

« Très doux Jésus, Vous avez répandu sur les hommes les Bienfaits de votre Charité, et leur ingratitude n’y répond que par l’oubli, le délaissement, le mépris. Nous voici donc prosternés devant votre Autel, animés du désir de réparer, par un hommage spécial, leur coupable indifférence et les outrages dont, de toutes parts, ils accablent votre Cœur très aimant.

Cependant, nous souvenant que nous-mêmes, nous nous sommes dans le passé rendus coupables d’une si indigne conduite, et pénétrés d’une profonde douleur, nous implorons d’abord pour nous-même votre Miséricorde. Nous sommes prêts à réparer, par une expiation volontaire, les fautes que nous avons commises, tout prêts aussi à expier pour ceux qui, égarés hors de la voie du salut, s’obstinent dans leur infidélité, refusant de Vous suivre, Vous, leur Pasteur et leur Chef, ou, secouant le joug si doux de votre Loi, foulent aux pieds les promesses de leur Baptême.

Nous voudrions expier pour tant de fautes lamentables, réparer pour chacune d’elles : désordres de la conduite, indécence des modes, scandales, corrupteurs des âmes innocentes, profanation des Dimanches et des Fêtes, blasphèmes exécrables contre Vous et contre vos Saints, insultes à votre Vicaire et à vos Prêtres, abandon et violations odieusement sacrilèges du divin Sacrement de votre Amour, péchés publics enfin des nations qui se révoltent contre les droits et l’autorité de votre Église.

Que ne pouvons-nous effacer de notre propre sang tant d’offenses ! Du moins, pour réparer votre Honneur outragé, nous Vous présentons cette même satisfaction que Vous avez offerte à votre Père sur la Croix et dont Vous renouvelez l’Offrande, chaque jour, sur l’Autel ; nous Vous La présentons, accompagnée de toutes les satisfactions de la Très Sainte Vierge votre Mère, des Saints, des chrétiens fidèles.

Nous Vous promettons, de tout notre cœur, autant qu’il dépend de nous et avec le Secours de votre Grâce, de réparer nos fautes passées, celles de notre prochain, l’indifférence à l’égard d’un si grand Amour, par la fermeté de notre foi, la pureté de notre vie, la docilité parfaite aux préceptes de l’Évangile, à celui surtout de la charité.

Nous Vous promettons aussi de faire tous nos efforts pour Vous épargner de nouvelles offenses et pour entraîner à Votre suite le plus d’âmes possible.

Agréez, nous Vous en supplions, ô très bon Jésus, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Réparatrice, cet hommage spontané d’expiation ; gardez-nous, jusqu’à la mort, inébranlablement fidèles à notre devoir et à Votre service, accordez-nous ce don précieux de la persévérance qui nous conduise tous enfin à la Patrie où, avec le Père et le Saint-Esprit, Vous régnez, Dieu, dans les siècles des siècles ».

Ainsi soit-il.

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Sainte Marguerite d’Ecosse reine et veuve

10 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marguerite d’Ecosse reine et veuve

Collecte

Dieu, vous avez rendu admirable la bienheureuse reine Marguerite, en lui inspirant une extrême charité pour les pauvres : faites que, par son intercession et à son exemple, votre charité croisse continuellement dans nos cœurs.

Office

Quatrième leçon. Marguerite, reine d’Écosse, qui avait la gloire de descendre des rois d’Angleterre par son père, et des Césars par sa mère, devint plus illustre encore par la pratique des vertus chrétiennes. Elle naquit en Hongrie, où son père était alors exilé. Après avoir passé son enfance dans la plus grande piété, elle vint en Angleterre avec son père qui était appelé par son oncle, saint Édouard, roi des Anglais, à monter sur le trône de ses aïeux. Bientôt, partageant les revers de sa famille, Marguerite quitta les rivages d’Angleterre, mais une tempête, ou plus véritablement un dessein de la divine Providence, la conduisit sur les côtes d’Écosse. Là, pour obéir à sa mère, elle épousa le roi de ce pays, Malcolm III, qui avait été charmé par ses belles qualités, et se rendit merveilleusement utile à tout le royaume par ses œuvres de sainteté et de piété pendant les trente années qu’elle régna.

Cinquième leçon. Au milieu des délices de la cour, elle affligeait son corps par des macérations, des veilles, et réservait une grande partie de la nuit à ses pieuses oraisons. Indépendamment des autres jeûnes qu’elle observait en diverses circonstances, elle avait l’habitude de jeûner quarante jours entiers avant les fêtes de Noël, et cela avec une telle rigueur, qu’elle persévérait à le faire malgré les plus vives souffrances. Dévouée au culte divin, elle construisit à nouveau ou restaura plusieurs églises et monastères, qu’elle enrichit d’objets précieux et d’un revenu abondant. Par son très salutaire exemple, elle amena le roi son époux à une conduite meilleure et à des œuvres semblables à celles qu’elle pratiquait. Elle éleva ses enfants avec tant de piété et de succès, que plusieurs d’entre eux embrassèrent, comme Agathe sa mère et Christine sa sœur, le genre de vie le plus saint. Pleine de sollicitude pour la prospérité du royaume entier, elle délivra le peuple de tous les vices qui s’y étaient glissés insensiblement, et le ramena à des mœurs dignes de la foi chrétienne.

Sixième leçon. Rien cependant ne fut plus admirable en elle que son ardente charité envers le prochain et surtout à l’égard des indigents. Non contente d’en soutenir des multitudes par ses aumônes, elle se faisait une fête de fournir tous les jours, avec une bonté maternelle, le repas de trois cents d’entre eux, de remplir à genoux l’office d’une servante envers ces pauvres, de leur laver les pieds de ses mains royales, et de panser leurs plaies, n’hésitant même point à baiser leurs ulcères. Pour ces générosités et autres dépenses, elle sacrifia ses parures royales et ses joyaux précieux, et alla même plus d’une fois jusqu’à épuiser le trésor. Enfin, après avoir enduré des peines très amères avec une patience admirable et avoir été purifiée par six mois de souffrances corporelles, elle rendit son âme à son Créateur le quatre des ides de juin. Au même instant, son visage défiguré pendant sa longue maladie par la pâleur et la maigreur, s’épanouit avec une beauté extraordinaire. Marguerite fut illustre, même après sa mort, par des prodiges éclatants. L’autorité de Clément X l’a donnée pour patronne à l’Écosse ; et elle est dans le monde entier très religieusement honorée.

Une semaine s’est écoulée depuis le jour où, s’élevant de la terre de France dédiée au Christ par ses soins, Clotilde apprenait au monde le rôle réservé à la femme près du berceau des peuples. Avant le christianisme, l’homme, amoindri par le péché dans sa personne et dans sa vie sociale, ne connaissait pas la grandeur en ce point des intentions divines ; la philosophie et l’histoire ignoraient l’une et l’autre que la maternité pût s’élever jusqu’à ces hauteurs. Mais l’Esprit-Saint, donné aux hommes pour les instruire de toute vérité, théoriquement et pratiquement, multiplie depuis sa venue les exemples, afin de nous révéler l’ampleur merveilleuse du plan divin, la force et la suavité présidant ici comme partout aux conseils de l’éternelle Sagesse.

L’Écosse était chrétienne depuis longtemps déjà, lorsque Marguerite lui fut donnée, non pour l’amener au baptême, mais pour établir parmi ses peuplades diverses et trop souvent ennemies l’unité qui fait la nation. L’ancienne Calédonie, défendue par ses lacs, ses montagnes et ses fleuves, avait jusqu’à la fin de l’empire romain gardé son indépendance. Mais, inaccessible aux armées, elle était devenue le refuge des vaincus de toute race, des proscrits de toutes les époques. Les irruptions, qui s’arrêtaient à ses frontières, avaient été nombreuses et sans merci dans les provinces méridionales de la grande île britannique ; Bretons dépossédés, Saxons, Danois, envahisseurs chassés à leur tour et fuyant vers le nord, étaient venus successivement juxtaposer leurs mœurs à celles des premiers habitants, ajouter leurs rancunes mutuelles aux vieilles divisions des Pictes et des Scots. Mais du mal même le remède devait sortir. Dieu, pour montrer qu’il est le maître des révolutions aussi bien que des flots en furie, allait confier l’exécution de ses desseins miséricordieux sur l’Écosse aux bouleversements politiques et à la tempête.

Dans les premières années du XIe siècle, l’invasion danoise chassait du sol anglais les fils du dernier roi saxon, Edmond Côte de fer. L’apôtre couronné de la Hongrie, saint Étienne Ier, recevait à sa cour les petits-neveux d’Édouard le Martyr et donnait à l’aîné sa fille en mariage, tandis que le second s’alliait à la nièce de l’empereur saint Henri, le virginal époux de sainte Cunégonde. De cette dernière union naquirent deux filles : Christine qui se voua plus tard au Seigneur, Marguerite dont l’Église célèbre la gloire en ce jour, et un prince, Edgard Etheling, que les événements ramenèrent bientôt sur les marches du trône d’Angleterre. La royauté venait en effet de passer des princes danois à Édouard le Confesseur, oncle d’Edgard ; et l’angélique union du saint roi avec la douce Édith n’étant appelée à produire de fruits que pour le ciel, la couronne semblait devoir appartenir après lui par droit de naissance au frère de sainte Marguerite, son plus proche héritier. Nés dans l’exil, Edgard et ses sœurs virent donc enfin s’ouvrir pour eux la patrie. Mais peu après, la mort d’Édouard et la conquête normande bannissaient de nouveau la famille royale ; le navire qui devait reconduire sur le continent les augustes fugitifs était jeté par un ouragan sur les côtes d’Écosse. Edgard Etheling, malgré les efforts du parti saxon, ne devait jamais relever le trône de ses pères ; mais sa sainte sœur conquérait la terre où le naufrage, instrument de Dieu, l’avait portée.

Devenue l’épouse de Malcolm III, sa sereine influence assouplit les instincts farouches du fils de Duncan, et triompha de la barbarie trop dominante encore en ces contrées jusque-là séparées du reste du monde. Les habitants des hautes et des basses terres, réconciliés, suivaient leur douce souveraine dans les sentiers nouveaux qu’elle ouvrait devant eux à la lumière de l’Évangile. Les puissants se rapprochèrent du faible et du pauvre, et, déposant leur dureté de race, se laissèrent prendre aux charmes de la charité. La pénitence chrétienne reprit ses droits sur les instincts grossiers de la pure nature. La pratique des sacrements, remise en honneur, produisait ses fruits. Partout, dans l’Église et l’État, disparaissaient les abus. Tout le royaume n’était plus qu’une famille, dont Marguerite se disait à bon droit la mère ; car l’Écosse naissait par elle à la vraie civilisation. David Ier, inscrit comme sa mère au catalogue des Saints, achèvera l’œuvre commencée ; pendant ce temps, un autre enfant de Marguerite, également digne d’elle, sainte Mathilde d’Écosse, épouse d’Henri Ier fils de Guillaume de Normandie, mettra fin sur le sol anglais aux rivalités persévérantes des conquérants et des vaincus par le mélange du sang des deux races.

Nous vous saluons, ô reine, digne des éloges que la postérité consacre aux plus illustres souveraines. Dans vos mains, la puissance a été l’instrument du salut des peuples. Votre passage a marqué pour l’Écosse le plein midi de la vraie lumière. Hier, en son Martyrologe, la sainte Église nous rappelait la mémoire de celui qui fut votre précurseur glorieux sur cette terre lointaine : au VIe siècle, Colomb-Kil, sortant de l’Irlande, y portait la foi. Mais le christianisme de ses habitants, comprimé par mille causes diverses dans son essor, n’avait point produit parmi eux tous ses effets civilisateurs. Une mère seule pouvait parfaire l’éducation surnaturelle de la nation. L’Esprit-Saint, qui vous avait choisie pour cette tâche, ô Marguerite, prépara votre maternité dans la tribulation et l’angoisse : ainsi avait-il procédé pour Clotilde ; ainsi fait-il pour toutes les mères. Combien mystérieuses et cachées n’apparaissent pas en votre personne les voies de l’éternelle Sagesse ! Cette naissance de proscrite loin du sol des aïeux, cette rentrée dans la patrie, suivie bientôt d’infortunes plus poignantes, cette tempête, enfin, qui vous jette dénuée de tout sur les rochers d’une terre inconnue : quel prudent de ce monde eût pressenti, dans une série de désastres pareils, la conduite d’une miséricordieuse providence faisant servir à ses plus suaves résolutions la violence combinée des hommes et des éléments ? Et pourtant, c’est ainsi que se formait en vous la femme forte, supérieure aux tromperies de la vie présente et fixée en Dieu, le seul bien que n’atteignent pas les révolutions de ce monde.

Loin de s’aigrir ou de se dessécher sous la souffrance, votre cœur, établi au-dessus des variations de cette terre à la vraie source de l’amour, y puisait toutes les prévoyances et tous les dévouements qui, sans autre préparation, vous tenaient à la hauteur de la mission qui devait être la vôtre. Ainsi fûtes-vous en toute vérité ce trésor qui mérite qu’on l’aille chercher jusqu’aux extrémités du monde, ce navire qui apporte des plages lointaines la nourriture et toutes les richesses au rivage où les vents l’ont poussé. Heureuse votre patrie d’adoption, si jamais elle n’eût oublié vos enseignements et vos exemples ! Heureux vos descendants, si toujours ils s’étaient souvenus que le sang des Saints coulait dans leurs veines ! Digne de vous dans la mort, la dernière reine d’Écosse porta du moins sous la hache du bourreau une tête jusqu’au bout fidèle à son baptême. Mais on vit l’indigne fils de Marie Smart, par une politique aussi fausse que sacrilège, abandonner en même temps l’Église et sa mère. L’hérésie desséchait pour jamais la souche illustre d’où sortirent tant de rois, au moment où l’Angleterre et l’Écosse s’unissaient sous leur sceptre agrandi ; car la trahison consommée par Jacques Ier ne devait pas être rachetée devant Dieu par la fidélité de Jacques II à la foi de ses pères. O Marguerite, du ciel où votre trône est affermi pour les siècles sans fin, n’abandonnez ni l’Angleterre à qui vous appartenez par vos glorieux ancêtres, ni l’Écosse dont la protection spéciale vous reste confiée par l’Église de la terre. L’apôtre André partage avec vous les droits de ce puissant patronage. De concert avec lui, gardez les âmes restées fidèles, multipliez le nombre des retours à l’antique foi, et préparez pour un avenir prochain la rentrée du troupeau tout entier sous la houlette de l’unique Pasteur.

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Une puissante prière

9 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Une puissante prière

Litaniae Beatae Mariae Virginis ab Ordine Praedicatorum receptae

Kyrie, eleison.
Christe, eleison
Kyrie, eleison
Christe, audi nos
Christe, exaudi nos

Pater de cælis Deus, miserere nobis
Fili Redemptor mundi Deus,
Spiritus Sancte Deus,
Sancta Trinitas, unus Deus,

Sancta Maria Mater Christi sanctissima, ora pro nobis
Sancta Maria Dei Genetrix Virgo,
Sancta Maria Mater innupta,
Sancta Maria Mater inviolata,
Sancta Maria Virgo virginum,
Sancta Maria Virgo perpetua,
Sancta Maria gratia Dei plena,
Sancta Maria æterni Regis filia,
Sancta Maria Christi Mater et Sponsa,
Sancta Maria Spiritus Sancti templum,
Sancta Maria cælorum Regina,
Sancta Maria Angelorum Domina,
Sancta Maria scala Dei,
Sancta Maria porta Paradisi,
Sancta Maria nostra Mater et Domina,
Sancta Maria nosta spes vera,
Sancta Maria nova mater,
Sancta Maria omnium fidelium fides,
Sancta Maria caritas Dei perfecta,
Sancta Maria imperatrix nostra,
Sancta Maria fons dulcedinis,
Sancta Maria mater misericordiæ,
Sancta Maria mater æterni Principis,
Sancta Maria mater veri consilii,
Sancta Maria mater veræ fidei,
Sancta Maria nostra resurrectio,
Sancta Maria per quam renovatur omnis creatura,
Sancta Maria generans æternum Lumen,
Sancta Maria omnia portantem portans,
Sancta Maria virtus divinæ Incarnationis,
Sancta Maria cubile thesauri cælestis,
Sancta Maria generans factorem omnium,
Sancta Maria consilii cælestis arcanum,
Sancta Maria nostra salus vera,
Sancta Maria thesaurus fidelium,
Sancta Maria pulcherrima Domina,
Sancta Maria iris plena lætitia,
Sancta Maria mater veri gaudii,
Sancta Maria iter nostrum ad Dominum,
Sancta Maria advocatrix nostra,
Sancta Maria stella cæli clarissima,
Sancta Maria præclarior luna,
Sancta Maria solem lumine vincens,
Sancta Maria æterni Dei Mater,
Sancta Maria delens tenebras æternæ noctis,
Sancta Maria delens chyrographum nostræ perditionis,
Sancta Maria fons veræ sapietiæ,
Sancta Maria lumen rectæ scietiæ,
Sancta Maria inæstimable gaudium nostrum,
Sancta Maria præmium nostrum,
Sancta Maria cælestis patriæ desiderium,
Sancta Maria speculum divinæ contemplationis,
Sancta Maria omnium Beatorum beatissima,
Sancta Maria omni laude dignissima,
Sancta Maria clementissima Domina,
Sancta Maria consolatrix ad te confugentium,
Sancta Maria plena pietate,
Sancta Maria omni dulcedine superabundans,
Sancta Maria pulchritude Angelorum,
Sancta Maria flos Patriarcharum,
Sancta Maria humilitas Prophetarum,
Sancta Maria thesaurus Apostolorum,
Sancta Maria laus Martyrum,
Sancta Maria glorificatio Sacerdotum,
Sancta Maria decus Virginum,
Sancta Maria castitatis lilium,
Sancta Maria super omnes feminas benedicta,
Sancta Maria reparatio omnium perditorum,
Sancta Maria laus omnium iustorum,
Sancta Maria secretorum Dei conscia,
Sancta Maria sanctissima omnium feminarum,
Sancta Maria præclarissima Domina,
Sancta Maria margarita cælestis Sponsi,
Sancta Maria palatium Christi,
Sancta Maria immaculata Virgo,
Sancta Maria templum Domini,
Sancta Maria gloria Ierusalem,
Sancta Maria lætitia Israel,
Sancta Maria filia Dei,
Sancta Maria Sponsa Christi amantissima,
Sancta Maria stella maris,
Sancta Maria diadema in capite summi Regis,
Sancta Maria omni honore dignissima,
Sancta Maria omni dulcedine plena,
Sancta Maria regni cælestis meritum,
Sancta Maria cælestis vitæ ianua,
Sancta Maria porta clausa et patens,
Sancta Maria per quam intratur ad Dominum,
Sancta Maria immarcescibilis rosa,
Sancta Maria omni mundo pretiosior,
Sancta Maria omni thesauro desiderabilior,
Sancta Maria altior cælo,
Sancta Maria Angelis mundior,
Sancta Maria Archangelorum lætitia,
Sancta Maria omnium Sanctorum exultatio,
Sancta Maria honor et laus, et gloria, et fiducia nostra,
Sancta Maria extende manum tuam et tange cor nostrum, ut illumines et liberes nos peccatores.

Filia Dei, Maria, nos respice
Filia Ioachim, Maria, nos dilige
Filia Annæ, Maria, nos suscipe

Agna Dei, tu porta spei, porta nos ad Filium
Agna Dei, nos iungas ei, virginale lilium
Agna Dei, da requietis regnum post exilium

Pater noster – Ave Maria.

V. Ora pro nobis, Sancta Dei Genitrix.
R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.
V. Dignare me laudare te, Virgo sacrata. (T.P. Alleluia)
R. Da mihi virtutem contra hostes tuos. (T.P. Alleluia)
V. Domine, exaudi orationem meam.
R. Et clamor meus ad te veniat.

Oremus

Defende, quæsumus, Domine Deus, intercedente beata et gloriosa Dei Genetrice Maria cum omnibus Sanctis tuis, nostram ab omni adversitate Domum et Congregationem, et ab hostium tuere clementer insidiis. Per Christum Dominum nostrum.

Amen.

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Dimanche dans l’Octave de la Fête-Dieu

7 Juin 2021 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l’Octave de la Fête-Dieu

Introït

Le Seigneur s’est fait mon protecteur et il m’a conduit au large : il m’a sauvé, parce qu’il m’aime. Je vous aimerai, Seigneur, ma force : Le Seigneur est mon ferme appui, et mon refuge et mon libérateur.

Collecte

Faites, Seigneur, que nous ayons toujours la crainte et l’amour de votre saint nom, parce que vous ne cessez jamais de diriger ceux que vous établissez dans la solidité de votre amour.

Épitre 1. Jn. 3, 13-18

Mes bien-aimés : Ne vous étonnez pas, si le monde vous hait. Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide ; et vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui. A ceci nous avons connu l’amour de Dieu : c’est qu’il a donné sa vie pour nous ; et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères. Si quelqu’un possède les biens de ce monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles ni avec la langue, mais par les actes et en vérité.

Évangile Lc. 14, 16-24

En ce temps-là, Jésus dit cette parabole aux Pharisiens : Un homme fit un grand souper, et invita de nombreux convives, Et à l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux invités de venir, parce que tout était prêt. Mais tous, unanimement, commencèrent à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté une terre, et il est nécessaire que j’aille la voir ; je t’en prie, excuse-moi. Le second lui dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je t’en prie, excuse-moi. Et un autre dit : J’ai épousé une femme, et c’est pourquoi je ne puis venir. A son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors le père de famille, irrité, dit à son serviteur : Va promptement sur les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur dit ensuite : Seigneur, ce que vous avez commandé a été fait, et il y a encore de la place. Et le maître dit au serviteur : Va dans les chemins et le long des haies, et contrains les gens d’entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper.

Postcommunion

Après avoir reçu ces dons sacrés, nous vous en supplions, Seigneur, de nous faire la grâce que, par la communion fréquente à ces mystères, les fruits de salut s’accroissent en nous.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Chrysostome

Puisque le Verbe a dit : « Ceci est mon corps, » adhérons et croyons à sa parole, et contemplons-le des yeux de l’esprit. Car le Christ ne nous a rien donné de sensible, mais sous des choses sensibles, il nous donne tout à comprendre. Il en est de même dans le baptême aussi, où par cette chose tout à fait sensible, l’eau, le don nous est conféré ; spirituelle est la chose accomplie, à savoir la régénération et la rénovation. Si tu n’avais point de corps, il n’y aurait rien de corporel dans les dons que Dieu te fait ; mais parce que l’âme est unie au corps, il te donne le spirituel au moyen du sensible. Combien y en a-t-il maintenant qui disent : Je voudrais le voir lui-même, son visage, ses vêtements, sa chaussure ? Eh bien, tu le vois, tu le touches, tu le manges. Tu désires de voir ses habits, et le voici lui-même qui te permet, non seulement de le voir, mais encore de le toucher, de le manger et de le recevoir au dedans de toi.

5e leçon

Que personne donc ne s’approche avec dégoût, avec nonchalance ; que tous viennent à lui, brûlants d’amour, remplis de ferveur et de zèle. Si les Juifs mangeaient l’agneau pascal debout, avec leur chaussure, un bâton à la main, avec empressement, à combien plus forte raison dois-tu pratiquer ici la vigilance ! Les Juifs étaient alors sur le point de passer de l’Égypte dans la Palestine, c’est pourquoi ils avaient l’attitude de voyageurs : mais toi, tu dois émigrer au ciel. Il te faut donc toujours veiller ; car ce n’est pas d’un léger supplice, que sont menacés ceux qui reçoivent le corps du Seigneur indignement. Songe à ta propre indignation contre celui qui a trahi et ceux qui ont crucifié le Sauveur ; prends garde que tu ne deviennes, toi aussi, coupable du corps et du sang du Christ. Ces malheureux firent souffrir la mort au très saint corps du Seigneur, et toi, tu le reçois avec une âme impure après tant de bienfaits. Non content de s’être fait homme, d’avoir été souffleté, crucifié, le Fils de Dieu a voulu de plus s’unir à nous, de telle sorte que nous devenons un même corps avec lui, non seulement par la foi, mais effectivement et en réalité.

6e leçon

Qui donc doit être plus pur que celui qui est participant d’un tel sacrifice ? Quel rayon de soleil ne doit point céder en splendeur à la main qui distribue cette chair, à la bouche qui est remplie de ce feu spirituel, à la langue qui est empourprée de ce sang redoutable ? Pense à tout l’honneur que tu reçois et à quelle table tu prends place. Ce que les Anges regardent en tremblant, ce dont ils ne peuvent soutenir la rayonnante splendeur, nous en faisons notre nourriture, nous nous y unissons et nous devenons avec le Christ un seul corps et une seule chair. « Qui dira les puissances du Seigneur, et fera entendre ses louanges ? » Quel pasteur a jamais donné son sang pour nourriture à ses brebis ? Que dis-je, un pasteur ? Il y a beaucoup de mères qui livrent à des nourrices étrangères les enfants qu’elles viennent de mettre au monde : Jésus-Christ n’agit pas de la sorte, il nous nourrit lui-même de son propre sang, il nous incorpore absolument à lui.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Voici, très chers frères, en quoi les jouissances du corps et celles de l’âme diffèrent ordinairement ; les jouissances corporelles, avant leur possession, allument en nous un ardent désir ; mais pendant qu’on s’en repaît avidement, elles amènent bientôt au dégoût, par la satiété même, celui qui les savoure. Les jouissances spirituelles, au contraire, provoquent le mépris avant leur possession, mais excitent le désir quand on les possède ; et celui qui les goûte en est d’autant plus affamé qu’il s’en nourrit davantage. Dans celles-là, le désir plaît, mais l’expérience est déplaisir ; celles-ci semblent au contraire de peu de valeur lorsqu’on ne fait encore que les désirer, mais leur usage est ce qui plaît le plus. Dans les premières, l’appétit engendre le rassasiement, et le rassasiement, le dégoût ; dans les secondes, l’appétit fait naître la jouissance, et le rassasiement, l’appétit.

8e leçon

Les délices spirituelles augmentent en effet le désir dans l’âme, à mesure qu’elle s’en rassasie ; plus on goûte leur saveur, mieux on connaît qu’on doit les désirer avec avidité ; c’est ce qui explique pourquoi on ne peut les aimer sans les avoir éprouvées, puisqu’on n’en connaît pas la saveur. Qui peut, en effet, aimer ce qu’il ne connaît pas ? Aussi le Psalmiste nous en avertit en disant : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux ». Comme s’il disait formellement : Vous ne connaissez pas sa douceur si vous ne le goûtez point, mais touchez avec le palais de votre cœur, l’aliment de vie, afin que, faisant l’expérience de sa douceur, vous deveniez capables de l’aimer. L’homme a perdu ces délices quand il pécha dans le paradis ; il en sortit lorsqu’il ferma sa bouche à l’aliment d’éternelle douceur.

9e leçon

De là, vient aussi qu’étant nés dans les peines de cet exil, nous en arrivons ici-bas à un tel dégoût, que nous ne savons plus ce que nous devons désirer. Cette maladie de l’ennui s’augmente d’autant plus en nous, que l’âme s’éloigne davantage de cette nourriture pleine de douceur. Elle en arrive à perdre tout appétit pour ces délices intérieures, par cette raison même qu’elle s’en est tenue éloignée et a perdu depuis longtemps l’habitude de les goûter. C’est donc notre dégoût qui nous fait dépérir ; c’est cette funeste inanition prolongée qui nous épuise. Et, parce que nous ne voulons pas goûter au dedans la douceur qui nous est offerte, nous aimons, misérables que nous sommes, la faim qui nous consume au dehors.

Dom Guéranger, l'Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Ces touchantes paroles du disciple bien-aimé ne pouvaient mieux être rappelées au peuple fidèle qu’en la radieuse Octave qui poursuit son cours. L’amour de Dieu pour nous est le modèle comme la raison de celui que nous devons à nos semblables ; la charité divine est le type de la nôtre. « Je vous ai donné l’exemple, dit le Sauveur, afin que, comme j’ai fait à votre égard, vous fassiez vous-mêmes ». Si donc il a été jusqu’à donner sa vie, il faut savoir aussi donner la nôtre à l’occasion pour sauver nos frères. A plus forte raison devons-nous les secourir selon nos moyens dans leurs nécessités, les aimer non de parole ou de langue, mais effectivement et en vérité.

Or le divin mémorial, qui rayonne sur nous dans sa splendeur, est-il autre chose que l’éloquente démonstration de l’amour infini, le monument réel et la représentation permanente de cette mort d’un Dieu à laquelle s’en réfère l’Apôtre ?

Aussi le Seigneur attendit-il, pour promulguer la loi de l’amour fraternel qu’il venait apporter au monde, l’institution du Sacrement divin qui devait fournir à cette loi son puissant point d’appui. Mais à peine a-t-il créé l’auguste Mystère, à peine s’est-il donné sous les espèces sacrées : « Je vous a donne un commandement nouveau, dit-il aussitôt ; et mon commandement, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ». Précepte nouveau, en effet, pour un monde dont l’égoïsme était l’unique loi ; marque distinctive qui allait foire reconnaître entre tous les disciples du Christ, et les vouer du même coup à la haine du genre humain ; rebelle à cette loi d’amour. C’est à l’accueil hostile fait par le monde d’alors au nouveau peuple, que répondent les paroles de saint Jean dans notre Épitre : « Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse. Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. »

L’union des membres entre eux par le Chef divin est la condition d’existence du christianisme ; l’Eucharistie est l’aliment substantiel de cette union, le lien puissant du corps mystique du Sauveur qui, par elle, croît tous les jours dans la charité]. La charité, la paix, la concorde, est donc, avec l’amour de Dieu lui-même, la plus indispensable et la meilleure préparation aux sacrés Mystères. C’est ce qui nous explique la recommandation du Seigneur dans l’Évangile : « Si, lorsque vous présentez votre offrande à l’autel, vous vous souvenez là même que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l’autel, et allez d’abord vous réconcilier avec votre frère, et venez ensuite présenter votre offrande ».

ÉVANGILE.

La fête du Corps du Seigneur n’était point encore établie, que déjà cet Évangile était attribué au présent Dimanche. C’est ce que témoignent, pour le XIIe siècle, Honorius d’Autun et Rupert. Le divin Esprit, qui assiste l’Église dans l’ordonnance de sa Liturgie, préparait ainsi à l’avance le complément des enseignements de cette grande solennité.

La parabole que propose ici le Sauveur à la table d’un chef des Pharisiens] reviendra sur ses lèvres divines au milieu du temple, dans les jours qui précéderont immédiatement sa Passion et sa mort. Insistance significative, qui nous révèle assez l’importance de l’allégorie. Quel est, en effet, ce repas aux nombreux invités, ce festin des noces, sinon celui-là même dont la Sagesse éternelle a fait les apprêts dès l’origine du monde ? Rien n’a manqué aux magnificences de ces divins apprêts : ni les splendeurs de la salle du festin élevée au sommet des monts et soutenue parles sept colonnes mystérieuses; ni le choix des mets, ni l’excellence du pain, ni les délices du vin servis sur la table royale. Elle-même, de ses mains, la Sagesse du Père a pressuré dans la coupe la grappe de cypre au suc généreux, broyé le froment levé sans semence d’une terre sacrée, immolé la victime. Israël, l’élu du Père, était l’heureux convive qu’attendait son amour ; elle multipliait ses messages aux fils de Jacob. La Sagesse de Dieu s’était dit : Je leur enverrai les prophètes et les apôtres. Mais le peuple aimé, engraissé de bienfaits, a regimbé contre l’amour ; il a prisa tâche de provoquer par ses abandons méprisants la colère du Dieu son Sauveur

. La fille de Sion, dans son orgueil adultère, a préféré le libelle de répudiation au festin des noces ; Jérusalem a méconnu les célestes messages, tué les prophètes, et crucifié l’Époux.

Mais, alors même, la Sagesse éternelle offre encore aux fils ingrats d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, en souvenir de leurs pères, la première place à son divin banquet ; c’est aux brebis perdues delà maison d’Israël que sont d’abord envoyés les Apôtres. « Ineffables égards, s’écrie saint Jean Chrysostome ! Le Christ appelle les Juifs avant la croix ; il persévère après son immolation et continue de les appeler. Lorsqu’il devait, semble-t-il, les accabler du plus dur châtiment, il les invite à son alliance et les comble d’honneurs. Mais eux, qui ont massacré ses prophètes et qui l’ont tué lui-même, sollicités par un tel Époux, conviés à dételles noces par leur propre victime, ils n’en tiennent nul compte, et prétextent leurs paires de bœufs, leurs femmes ou leurs champs ».

Bientôt ces pontifes, ces scribes, ces pharisiens hypocrites, poursuivront et tueront les Apôtres à leur tour ; et le serviteur de la parabole ne ramènera de Jérusalem au banquet du père de famille que les pauvres, les petits, les infirmes des rues et places de la ville, chez qui du moins l’ambition, l’avarice ou les plaisirs n’auront point fait obstacle à l’avènement du royaume de Dieu.

C’est alors que se consommera la vocation des gentils, et le grand mystère de la substitution du nouveau peuple à l’ancien dans l’alliance divine. « Les noces de mon Fils étaient prêtes, dira Dieu le Père à ses serviteurs ; mais ceux que j’y avais invités n’en ont point été dignes. Allez donc ; quittez la ville maudite qui a méconnu le temps de sa visite ; sortez dans les carrefours, parti courez toutes les routes, cherchez dans les champs de la gentilité, et appelez aux noces tous ceux que vous rencontrerez ».

Gentils, glorifiez Dieu pour sa miséricorde. Conviés sans mérites de votre part au festin préparé pour d’autres, craignez d’encourir les reproches qui les ont exclus des faveurs promises à leurs pères. Boiteux et aveugle appelé du carrefour, sois empressé à la table sacrée. Mais songe aussi, par honneur pour Celui qui t’appelle, à déposer les vêtements souillés du mendiant du chemin. Revêts en hâte la robe nuptiale. Ton âme est reine désormais par l’appel à ces noces sublimes : « Orne-la donc de pourpre, dit saint Jean Chrysostome ; mets-lui le diadème, et place-la sur un trône. Songe aux noces qui t’attendent, aux noces de Dieu ! De quels tissus d’or, de quelle variété d’ornements ne doit pas resplendir l’âme appelée à franchir le seuil de cette salle du festin, de cette chambre nuptiale » !

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