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O Sapientia

18 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

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Saint Eusèbe évêque et martyr mémoire de la férie de l'Avent

16 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Eusèbe évêque et martyr mémoire de la férie de l'Avent

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O Dieu, qui nous donnez chaque année un nouveau sujet de joie par la solennité de votre Martyr et Pontife, le bienheureux Eusèbe, accordez-nous, dans votre miséricorde,de pouvoir ressentir les effets de la protection de celui dont nous célébrons la naissance.

Office

Quatrième leçon. Eusèbe, Sarde de nation, Lecteur de l’Église romaine, puis Évêque de Verceil, sembla non sans raison choisi par un jugement divin pour gouverner cette Église ; car les électeurs, qui ne le connaissaient nullement auparavant, le désignèrent aussitôt qu’ils l’eurent vu, à l’exclusion de tous leurs concitoyens. Il ne leur fallut pas plus de temps pour l’apprécier que pour le voir. Eusèbe fut en Occident le premier que qui établit dans son Église des moines remplissant les fonctions de clercs, afin qu’on vît en eux tout à la fois le mépris des richesses et les occupations propres aux Lévites. C’était l’époque où les impiétés ariennes envahissaient de toutes parts l’Occident. Eusèbe les attaqua si vigoureusement, que le souverain Pontife Libère trouva dans la foi invincible de cet Évêque la consolation qui soutenait sa vie. Reconnaissant en lui la ferveur de l’Esprit de Dieu, le Pape le chargea d’aller avec ses légats plaider devant l’Empereur la cause de la foi. Eusèbe se rendit aussitôt avec eux auprès de Constance, et parvint à force de zèle à en obtenir tout ce qu’on se proposait dans cette légation, c’est-à-dire la célébration d’un concile.

Cinquième leçon. Le concile se réunit à Milan, l’année suivante ; Eusèbe fut invité par Constance à s’y rendre, tandis que les légats de Libère désiraient et réclamaient également sa présence. Bien loin de se laisser influencer par les menées de la synagogue arienne et de prendre part à ses fureurs contre saint Athanase, il déclara hautement dès l’abord que plusieurs des membres de l’assemblée lui étaient connus comme entachés d’hérésie, et proposa de leur faire souscrire à la foi de Nicée, avant de traiter d’autres matières. Les Ariens vivement irrités ne le voulurent point ; Eusèbe refusa de son côté de souscrire à la condamnation de saint Athanase et parvint même à dégager fort habilement la simplicité de saint Denys, le Martyr, qui, trompé par les hérétiques, avait souscrit à cette injustice. C’est pourquoi les Ariens, furieux contre Eusèbe, l’accablèrent de mauvais traitements, puis le firent condamner à l’exil. Mais le Saint, ayant secoué la poussière de ses pieds, et ne redoutant ni les menaces de César ni le tranchant du glaive, accepta l’exil comme une fonction de son ministère. Envoyé à Scythopolis, il y souffrit la faim, la soif, les coups et divers autres supplices ; mais il méprisa courageusement sa vie pour confesser la foi, et sans crainte de la mort, il livra son corps aux bourreaux.

Sixième leçon. Les lettres importantes que saint Eusèbe adressa de Scythopolis au clergé et au peuple de Verceil, et à quelques personnes du voisinage, montrent quelles furent envers lui la cruauté et l’insolence effrontée des Ariens. Elles prouvent encore qu’ils ne purent jamais, ni l’abattre par leurs menaces et leurs traitements inhumains, ni l’attirer à leur parti au moyen de ruses adroites et flatteuses. Déporté, à cause de sa fermeté, de Scythopolis en Cappadoce, et enfin en Thébaïde dans la Haute-Égypte, il supporta les rigueurs de l’exil jusqu’à la mort de Constance. Il lui fut alors permis de rejoindre son troupeau, mais il ne voulut partir qu’après avoir assisté au synode réuni à Alexandrie pour réparer les pertes de la foi. Il parcourut ensuite les provinces de l’Orient pour rendre à la santé, à l’instar d’un habile médecin, ceux qui étaient infirmes dans la foi, les instruisant dans la doctrine de l’Église. Continuant cette mission salutaire, i1 passa en Illyrie, et revint enfin dans l’Italie qui, à son retour, dépouilla ses vêtements de deuil. Ce fut là qu’il publia les commentaires d’Origène et d’Eusèbe de Césarée sur les Psaumes : commentaires qu’il avait expurgés de toute erreur et traduits du grec en latin. Enfin, illustré par tant d’actions excellentes, il alla recevoir l’inflétrissable couronne de gloire, que tant de souffrances lui avaient méritée. Sa mort eut lieu à Verceil, sous Valentinien et Valens.

Aux glorieux noms des défenseurs de la divinité du Verbe dont l’Église honore la mémoire au temps de l’Avent, vient s’associer de lui-même le nom de l’intrépide Eusèbe de Verceil. La foi catholique, ébranlée dans ses fondements au IVe siècle par l’hérésie arienne, se maintint debout par les travaux de quatre souverains Pontifes : Silvestre, qui confirma le Concile de Nicée ; Jules, qui fut l’appui de saint Athanase ; Libère, dont la foi ne défaillit pas, et qui, rendu à la liberté, confondit les Ariens ; et Damase, qui acheva de ruiner leurs espérances. L’un de ces quatre Pontifes brille sur le Cycle, au temps de l’Avent : c’est Damase, dont nous venons de célébrer la mémoire. A côté des Pontifes romains, combattent pour la divinité du Verbe quatre grands Évêques, desquels on peut affirmer que leur cause personnelle était en même temps celle du Fils de Dieu Consubstantiel : en sorte que leur dire anathème était dire anathème au Christ lui-même ; tous quatre puissants en œuvres et en paroles, la lumière des Églises, l’amour du peuple fidèle, les invincibles témoins du Christ. Le premier et le plus grand des quatre est l’Évêque du second Siège de l’Église, saint Athanase, Patriarche d’Alexandrie ; le deuxième est saint Ambroise de Milan, que nous avons fêté il va peu de jours ; le troisième est la gloire des Gaules, saint Hilaire, Évêque de Poitiers ; le quatrième est l’ornement de l’Italie, saint Eusèbe, Évêque de Verceil. C’est ce dernier que nous avons à honorer aujourd’hui. Hilaire aura son tour et confessera bientôt le Verbe éternel auprès de son berceau ; pour Athanase, il paraîtra en son temps, et célébrera dans sa Résurrection triomphante Celui qu’il proclama avec un courage magnanime, en ces jours de ténèbres où la sagesse humaine eût espéré volontiers que le royaume du Christ, après avoir triomphé de trois siècles de persécutions, ne survivrait pas à cinquante années de paix. Saint Eusèbe a donc été élu par la souveraine Providence de Dieu pour conduire le peuple fidèle à la Crèche, et lui révéler le Verbe divin sous les traits de notre faible mortalité. Les souffrances qu’il a endurées pour la divinité du Christ ont été si grandes, que l’Église lui a décerné les honneurs du Martyre, quoiqu’il n’ait pas répandu son sang dans les supplices.

Athlète invincible du Christ que nous attendons, Eusèbe, Martyr et Pontife, que vos fatigues et vos souffrances pour la cause de ce divin Messie ont été grandes ! Elles vous ont cependant paru légères, en comparaison de ce qui est dû à ce Verbe éternel du Père, que son amour a porté à devenir, par l’Incarnation, le serviteur de sa créature. Nous avons, envers ce divin Sauveur, les mêmes obligations que vous. C’est pour nous qu’il va naître d’une Vierge aussi bien que pour vous ; priez donc, afin que notre cœur lui soit toujours fidèle dans la guerre comme dans la paix, en face de nos tentations et de nos penchants, comme s’il s’agissait de le confesser devant les puissances du monde. Fortifiez les Pontifes de la sainte Église, afin que nulle erreur ne puisse tromper leur vigilance, nulle persécution lasser leur courage. Qu’ils soient fidèles imitateurs du souverain Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, et qu’ils paissent toujours le troupeau dans l’unité et la charité de Jésus-Christ.

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III ème dimanche de l’Avent

15 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

III ème dimanche de l’Avent

Introït

Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins. Seigneur, vous avez béni votre domaine, vous avez délivré Jacob de la captivité.

Collecte

Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et quand vous nous ferez la grâce de venir parmi nous, apportez votre lumière dans l’obscurité de nos âmes.

Épitre Ph. 4, 4–7

Mes Frères : Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute circonstance faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâce. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus

Évangile Jn, I, 19–28

En ce temps-là : Les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean pour demander : « Qui êtes-vous ? » Il déclara, et ne le nia point ; il déclara : « Je ne suis point le Christ. » Et ils lui demandèrent : « Quoi donc ! Êtes-vous Élie ? » Il dit « Je ne le suis point » « Êtes-vous le prophète ? » Il répondit « Non » « Qui êtes-vous donc », lui dirent-ils, « afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ». « Que dites-vous de vous-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l’a dit le prophète Isaïe. » Or ceux qu’on lui avait envoyés étaient des Pharisiens. Et ils l’interrogèrent, et lui dirent : « Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi je baptise dans l’eau ; mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, C’est celui qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. » Cela se passait à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait

Secrète

Faites, Seigneur, que sans cesse vous soit offerte la victime de notre sacrifice, pour que s’accomplisse le mystère divin que vous avez institué, et que s’opère en nous l’œuvre merveilleuse de notre salut.

Communion

Dites à ceux dont le cœur défaille : « Courage ! n’ayez plus peur !Voici notre Dieu qui vient : il va nous sauver. »

Office

Au premier nocturne.

Du Prophète Isaïe. Cap. 26, 1-14.

Première leçon. En ce jour-là, sera chanté ce cantique dans la terre de Juda : Notre ville forte est Sion ; le Sauveur y sera mis comme mur et avant-mur. Ouvrez les portes, et qu’il entre une nation juste, observant la vérité. L’ancienne erreur a disparu ; vous nous conserverez la paix : la paix, parce que nous avons espéré en vous. Vous avez espéré dans le Seigneur durant les siècles éternels, dans le Seigneur Dieu puissant à jamais. Parce qu’il abaissera ceux qui habitent dans les hauteurs, il humiliera la cité élevée. Il l’humiliera jusqu’à terre, et il la renversera jusque dans la poussière. Le pied la foulera, les pieds du pauvre, le pas des indigents .
Deuxième leçon. Le sentier du juste est droit, droit est le chemin où le juste doit marcher. Et dans le sentier de vos jugements, Seigneur, nous vous avons attendu patiemment ; votre nom et votre souvenir sont dans le désir de l’âme. Mon âme vous a désiré dans la nuit ; mais, et par mon esprit [et] dans mon cœur, dès le matin je veillerai pour vous. Lorsque vous aurez exercé vos jugements sur la terre, les habitants du globe apprendront la justice. Ayons pitié de l’impie, mais il n’apprendra pas la justice ; dans la terre des Saints, il a fait des choses iniques, et il ne verra pas la gloire du Seigneur.
Troisième leçon. Seigneur, que votre main s’élève et qu’ils ne voient pas ; qu’ils voient, et qu’ils soient confondus, ceux qui sont jaloux [de votre] peuple, et qu’un feu dévore vos ennemis. Seigneur, vous nous donnerez la paix ; car vous avez opéré toutes nos œuvres pour nous. Seigneur, notre Dieu, des maîtres étrangers nous ont possédés sans vous ; que seulement par vous, nous nous souvenions de votre nom. Que les morts ne revivent point, que les géants ne ressuscitent point  ; à cause de cela, vous les avez visités et brisés et vous avez anéanti toute leur mémoire.
Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Nous vous avertissons publiquement, mes très chers frères, et avec une sollicitude pastorale d’observer le jeûne du dixième mois. Le temps où nous sommes et la coutume de notre dévotion nous y engagent. Par ce jeûne, qu’on célèbre lorsque la récolte de tous les fruits de la terre est terminée, on offre à Dieu, qui nous a donné ces fruits, un très juste sacrifice de continence. En effet, que peut-il y avoir de plus utile que le jeûne ? Par son observance, nous nous approchons de Dieu, et, résistant au démon, nous surmontons les attraits des vices.
Cinquième leçon. Le jeûne a toujours été un aliment pour la vertu. L’abstinence produit les pensées chastes, les résolutions sages, les conseils salutaires ; et, par les mortifications volontaires, la chair meurt à ses convoitises, tandis que l’esprit reçoit une nouvelle vigueur pour pratiquer les vertus. Mais, parce que le salut de nos âmes ne s’acquiert pas uniquement par le jeûne, ajoutons au jeûne, des œuvres de miséricorde envers les pauvres. Faisons servir à la vertu ce que nous retranchons à la sensualité, et que l’abstinence de celui qui jeûne devienne le repas du pauvre.
Sixième leçon. Appliquons-nous à la défense des veuves, à l’assistance des orphelins, à la consolation de ceux qui pleurent : occupons-nous de pacifier ceux qui se querellent. Que l’étranger reçoive l’hospitalité ; secourons l’opprimé, donnons des vêtements à ceux qui sont nus ; environnons le malade de nos soins et de nos sollicitudes ; pour que tous ceux d’entre nous qui, par ces bonnes œuvres, auront offert à Dieu, l’auteur de tous les biens, un sacrifice de piété, méritent de recevoir de lui, en récompense, le royaume des cieux. Jeûnons donc mercredi et vendredi prochains ; et samedi, veillons ensemble dans l’église du bienheureux Apôtre saint Pierre, afin qu’aidés du suffrage de ses mérites, nous puissions obtenir ce que nous demandons, par notre Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Les paroles qu’on vient de nous lire, mes très chers frères, portent notre attention sur l’humilité de saint Jean. Lui, dont la vertu était si grande qu’on avait pu croire qu’il était le Christ, il préféra demeurer simplement et inébranlablement en son propre rôle et ne pas être vainement élevé dans l’opinion des hommes au-dessus de lui-même. Car il le déclara et ne le nia point ; il le proclama : « Je ne suis pas, moi, le Christ. » En disant : « Je ne le suis pas », il a clairement nié qu’il fût ce qu’il n’était pas ; mais il n’a pas nié être ce qu’il était, afin que, parlant selon la vérité, il devînt membre de celui dont il ne voulait pas usurper fallacieusement le nom. Parce qu’il ne veut pas chercher à prendre le nom de Christ, il est fait membre du Christ. Tandis qu’il s’étudie à reconnaître humblement sa propre faiblesse, il mérite de participer véritablement à la grandeur du Christ.
Huitième leçon. Mais, quand revient à l’esprit une autre parole de notre Rédempteur, les expressions que nous venons de lire soulèvent une question très compliquée. En effet, dans un autre endroit, le Seigneur, interrogé par ses disciples au sujet de l’avènement d’Élie, répondit : « Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas connu ; mais ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu : et, si vous voulez le savoir, Jean lui-même est Élie. » — Jean, cependant, étant interrogé, dit : « Je ne suis point Élie. » Comment se fait-il, mes frères, que la Vérité affirme une chose et que le Prophète de la Vérité la nie ? Car il y a opposition complète entre ces expressions : « Il est », et, « Je ne suis pas. » Comment donc est-il le Prophète de la Vérité, fil n’est pas d’accord avec les paroles de cette même Vérité ?
Neuvième leçon. Mais si l’on cherche à approfondir la vérité, on découvre comment ce qui paraît contradictoire ne l’est point. Car l’Ange, parlant de Jean, dit à Zacharie : « Il marchera devant Lui, dans l’esprit et la vertu d’Élie, » L’Ange parla de Jean, comme devant venir dans l’esprit et la vertu d’Élie, parce que, de même qu’Élie préviendra le second avènement du Seigneur, Jean a prévenu le premier ; et, comme celui-là sera le précurseur du Juge, celui-ci a été le précurseur du Rédempteur. Jean était donc Élie en esprit ; il ne l’était pas en personne. Ainsi ce que le Seigneur affirme de l’esprit, Jean le nie de la personne.

ÉPÎTRE.

Nous devons, nous réjouir dans le Seigneur ; car le Prophète et l’Apôtre s’accordent à encourager nos désirs vers le Sauveur : l’un et l’autre nous annoncent la paix. Soyons donc sans inquiétude : Le Seigneur est proche ; il est proche de son Église ; il est proche de chacune de nos âmes. Pouvons-nous demeurer auprès d’un feu aussi ardent, et demeurer glacés ? Ne le sentons-nous pas venir, à travers tous les obstacles que sa souveraine élévation, notre profonde bassesse, nos nombreux péchés lui suscitaient ? Il franchit tout. Encore un pas, et il sera en nous. Allons au-devant de lui par ces prières, ces supplications, ces actions de grâces dont parle l’Apôtre. Redoublons de ferveur et de zèle pour nous unir à la sainte Église, dont les vœux vont devenir de jour en jour plus ardents vers celui qui est sa lumière et son amour. Répétons d’abord avec elle : « Vous qui êtes assis sur les Chérubins, faites éclater votre puissance, Seigneur, et venez. V/. Écoutez-nous, ô vous qui gouvernez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis. Alléluia, alléluia. V/. Seigneur, faites éclater votre puissance, venez et sauvez-nous. Alléluia. »

ÉVANGILE.

Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas, dit saint Jean-Baptiste aux envoyés des Juifs. Le Seigneur peut donc être proche ; il peut même être venu, et cependant demeurer encore inconnu à plusieurs. Ce divin Agneau fait la consolation du saint Précurseur, qui estime à si grand honneur de n’être que la Voix qui crie aux hommes de préparer les sentiers du Rédempteur. Saint Jean est en cela le type de l’Église et de toutes les âmes qui cherchent Jésus-Christ. Sa joie est entière à cause de l’arrivée de l’Époux ; mais il est entouré d’hommes pour qui ce divin Sauveur est comme s’il n’était pas. Or, nous voici parvenus à la troisième semaine de ce saint temps de l’Avent : tous les cœurs sont-ils ébranlés au bruit de la grande nouvelle de l’arrivée du Messie ? Ceux qui ne veulent pas l’aimer comme Sauveur, songent-ils du moins à le craindre comme juge ? Les voies tortueuses se redressent-elles ? les collines songent-elles à s’abaisser ? la cupidité et la sensualité ont-elles été sérieusement attaquées dans le cœur des chrétiens ? Le temps presse : Le Seigneur est proche ! Si ces lignes tombaient sous les yeux de quelques-uns de ceux qui dorment au lieu de veiller dans l’attente du divin Enfant, nous les conjurerions d’ouvrir les yeux et de ne plus tarder à se rendre dignes d’une visite qui sera pour eux, dans le temps, l’objet d’une grande consolation, et qui les rassurera contre les terreurs du dernier jour. O Jésus ! Envoyez votre grâce avec plus d’abondance encore ; forcez-les d’entrer, afin que ce que saint Jean disait de la Synagogue ne soit pas dit du peuple chrétien : Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas.

 

La cause de notre joie commentaire de Saint Thomas d'Aquin sur Phillipiens 4

 

Deinde cum dicit gaudete in Domino, etc., hortatur eos ad proficiendum in melius, et primo ordinat eorum animum ad proficiendum in melius; secundo actum eorum, ibi de caetero, et cetera. Animum autem ordinat tripliciter, et primo quantum ad spirituale gaudium; secundo quantum ad spiritualem quietem, ibi nihil solliciti, etc.; tertio quantum ad pacem, ibi et pax, et cetera. Circa primum primo describit quale debeat esse nostrum gaudium; secundo ostendit gaudii causam, ibi Dominus prope, et cetera. Necessarium est enim cuilibet volenti proficere, quod habeat spirituale gaudium. Pr. XVII, 22: animus gaudens aetatem floridam facit, et cetera. Conditiones autem quatuor veri gaudii tangit apostolus, et primo quod debet esse rectum, quod est quando est de proprio bono hominis, quod non est quid creatum, sed Deus, Ps. LXXII, 28: mihi adhaerere Deo bonum est, et cetera. Tunc autem rectum est quando in Domino. Ideo dicit in Domino. Neh. VIII,10: gaudium Domini est fortitudo vestra. Item continuum; unde dicit semper. I Th. ult.: semper gaudete. Quod fit quando non interrumpitur peccato: tunc enim est continuum. Aliquando vero interrumpitur per tristitiam temporalem, quod significat imperfectionem gaudii. Cum enim quis perfecte gaudet, non interrumpitur eius gaudium, quia parum curat de re parum durante. Et ideo dicit semper. Item multiplicatum debet esse; si enim gaudes de Deo, imminet tibi gaudere de eius incarnatione. Lc. II, 10: evangelizo vobis gaudium magnum, quia natus est, et cetera. Item ut gaudeas de actione. Pr. XXI, 15: gaudium est iusto facere iudicium, et cetera. Imminet etiam tibi gaudium de contemplatione. Sg.VIII, 16: non habet amaritudinem conversatio illius. Item si gaudes de bono proprio, imminet tibi gaudere similiter de bono aliorum. Item si de praesenti, imminet etiam de futuro; et ideo dicit iterum, et cetera. Item debet esse moderatum, ne scilicet effluat per voluptates, sicut facit gaudium mundi. Et ideo dicit modestia vestra, etc.; quasi dicat: ita sit moderatum gaudium vestrum, quod non vertatur in dissolutionem. Iudith ult.: populus erat iucundus secundum faciem sanctorum, et cetera. Pr. XII, 11: qui suavis est, vivit in moderationibus. Et dicit nota sit omnibus hominibus; quasi dicat: vita vestra sic moderata sit in exterioribus, ut nullius offendat aspectum: impediret enim conversationem vestram. Deinde cum dicit Dominus enim prope est, tangitur causa gaudii. Homo enim gaudet de propinquitate amici. Dominus quidem prope est praesentia maiestatis. Ac. XVII, 27: non longe est ab unoquoque. Item est prope propter propinquitatem carnis. Ep. II, 13: qui eratis longe, facti estis prope. Item est prope per inhabitantem gratiam. Jc. IV, 8: appropinquate Deo, et appropinquabit vobis. Item per exauditionis clementiam. Ps. CXLIV, 18: prope est Dominus invocantibus eum. Is. XIV, 1: prope est, ut veniat tempus eius, et dies eius non elongabuntur, et cetera. Deinde cum dicit nihil solliciti, etc., ostendit quod mens nostra debet esse quieta; et primo ostendit superfluam sollicitudinem; secundo ostendit quid loco eius in mente succedat, ibi sed in omni oratione, et cetera. Et satis convenienter subdit nihil solliciti, etc., ad hoc quod dixerat: Dominus prope est; quasi dicat: ipse omnia tribuet, unde non necesse est quod sitis solliciti. Mt. VI, 25: ne solliciti sitis animae vestrae quid manducetis, neque corpori vestro, quid induamini, et cetera. Sed contra, quia dicitur Rm. XII, 8: qui praeest in sollicitudine.

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Sainte Lucie vierge et martyre

13 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Lucie vierge et martyre

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Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, afin que, comme la fête de la Bienheureuse Lucie, votre Vierge, nous donne la joie, elle nous enseigne aussi la ferveur d’une sainte dévotion.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Lucie, vierge de Syracuse, illustre dès l’enfance non seulement par la noblesse de sa race, mais encore par la foi chrétienne, vint à Catane avec sa mère Eutychia malade d’un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Après avoir prié humblement près du tombeau de la sainte, elle y obtint la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu’elle distribuât aux pauvres de Jésus-Christ la dot qu’elle comptait lui donner. C’est pourquoi Lucie revint à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua le prix aux pauvres.
Cinquième leçon. Celui à qui cette vierge avait été fiancée par ses parents contre sa volonté, apprenant ce fait, la dénonça comme chrétienne au préfet Paschasius. Ce dernier ne pouvant, ni par ses prières ni par ses menaces, amener Lucie au culte des idoles, voyant au contraire que plus il s’efforçait de la faire changer de sentiments, plus elle semblait ardente à célébrer les louanges de la foi chrétienne, lui dit : « Tu ne parleras plus ainsi lorsqu’on en sera venu aux coups. — La parole, répondit la vierge, ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, car le Seigneur, le Christ leur a dit : Lorsque vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez ou de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera inspiré à l’heure même, car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit-Saint. »
Sixième leçon. Paschasius lui adressant cette question : « Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? » Elle répondit : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont le temple de l’Esprit-Saint. — Je vais donc te faire conduire en un lieu infâme, repartit le préfet, pour que le Saint-Esprit t’abandonne. » La vierge répondit : « Si vous ordonnez qu’on me fasse violence malgré moi, ma chasteté méritera doublement la couronne. » A ces mots Paschasius, enflammé de colère, ordonna d’entraîner la vierge ; mais, par un miracle de la puissance divine, celle-ci demeura ferme et immobile au même lieu, sans qu’aucun effort l’en pût arracher. C’est pourquoi le préfet, ayant fait répandre sur Lucie de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, ordonna d’allumer du feu autour d’elle ; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal, après qu’on l’eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d’un coup d’épée. Mortellement blessée, Lucie prédit la tranquillité dont l’Église devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, le jour des ides de décembre. Son corps, enseveli à Syracuse, fut ensuite transporté à Constantinople, et enfin à Venise.

Voici la quatrième de nos Vierges sages, la vaillante Lucie. Son nom glorieux étincelle au sacré Diptyque du Canon de la Messe, à côté de ceux d’Agathe, d’Agnès et de Cécile ; mais, dans les jours de l’Avent, le nom de Lucie annonce la Lumière qui approche, et console merveilleusement l’Église. Lucie est aussi une des trois gloires de la Sicile chrétienne ; elle triomphe à Syracuse, comme Agathe brille à Catane, comme Rosalie embaume Palerme de ses parfums. Fêtons-la donc avec amour, afin qu’elle nous soit en aide en ce saint temps, et nous introduise auprès de Celui dont l’amour l’a rendue victorieuse du monde. Comprenons encore que si le Seigneur a voulu que le berceau de son Fils parût ainsi entouré d’une élite de Vierges, et s’il ne s’est pas contenté d’y faire paraître des Apôtres, des Martyrs et des Pontifes, c’est afin qu’au milieu de la joie d’un tel Avènement, les enfants de l’Eglise n’oublient pas d’apporter à la crèche du Messie, avec la foi qui l’honore comme le souverain Seigneur, cette pureté du cœur et des sens que rien ne saurait remplacer dans ceux qui veulent approcher de Dieu.

Nous prenons dans l’Office de la Sainte quelques Antiennes, dont l’ensemble forme une œuvre lyrique pleine de grâce et de fraîcheur :

Sainte Lucie étant en prières, la bienheureuse Agathe lui apparut, et consolait la servante du Christ.
Vierge Lucie, lui dit-elle, pourquoi me demandes-tu pour ta mère un secours que toi-même lui peux procurer ?
A cause de toi, Vierge Lucie, la ville de Syracuse sera comblée de gloire par le Seigneur Jésus-Christ.
Voix de Lucie : Je vous bénis, ô Père de mon Seigneur Jésus-Christ, de ce que, par votre Fils, le feu qui m’environnait a été éteint.
Dans ta patience, tu as possédé ton âme, ô Lucie, Épouse du Christ ! tu as haï les choses du monde, et tu brilles avec les Anges : par ton propre sang, tu as vaincu l’ennemi.

Nous nous adressons à vous, ô Vierge Lucie, pour obtenir la grâce de voir dans son humilité Celui que vous contemplez présentement dans la gloire : daignez nous accepter sous votre puissant patronage. Le nom que vous avez reçu signifie Lumière : soyez notre flambeau dans la nuit qui nous environne. O Lampe toujours brillante de la splendeur de virginité, illuminez nos yeux ; guérissez les blessures que leur a faites la concupiscence, afin qu’ils s’élèvent, au-dessus de la créature, jusqu’à cette Lumière véritable qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne comprennent point. Obtenez que notre œil purifié voie et connaisse, dans l’Enfant qui va naître, l’Homme nouveau, le second Adam, l’exemplaire de notre vie régénérée. Souvenez-vous aussi, Vierge Lucie, de la sainte Église Romaine et de toutes celles qui empruntent d’elle la forme du Sacrifice : car elles prononcent chaque jour votre doux nom à l’autel, en présence de l’Agneau votre Époux, à qui il est agréable de l’entendre. Répandez vos bénédictions particulières sur l’île fortunée qui vous donna le jour terrestre et la palme de l’éternité. Maintenez-y l’intégrité de la foi, la pureté des mœurs, la prospérité temporelle, et guérissez les maux que vous connaissez.

 

 

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Saint Damase Ier pape et confesseur mémoire de la férie de l'Avent

11 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Damase Ier pape et confesseur mémoire de la férie de l'Avent

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Pasteur éternel de l’Église, regardez avec bienveillance votre troupeau, protégez-le et gardez-le toujours. Nous vous le demandons par le bienheureux Pape Damase que vous avez placé comme berger à la tête de l’Église.

Office

Quatrième leçon. Damase, espagnol, homme excellent et versé dans les Écritures, ayant convoqué le premier concile de Constantinople, étouffa la criminelle hérésie d’Eunomius et de Macédonius. Il condamna de nouveau l’assemblée de Rimini, déjà rejetée par Libère, dans laquelle, comme l’écrit saint Jérôme, les artifices d’Ursace et surtout de Valens avaient fait proclamer une condamnation de la foi de Nicée, en sorte que le monde gémissant, s’étonnait d’être arien.

Cinquième leçon. Il édifia deux basiliques, l’une sous le nom de Saint-Laurent (près du théâtre de Pompée), qu’il enrichit par les plus grands présents, et à laquelle il attribua des revenus de maisons et de terres ; l’autre sur la voie Ardéatine, aux Catacombes. Il dédia le lieu enrichi de marbres où les corps de saint Pierre et de saint Paul ont reposé quelque temps, et l’orna de vers élégamment composés. Il écrivit aussi sur la virginité en vers et en prose, et composa beaucoup d’autres poésies. Sixième leçon. Il établit la peine du talion contre ceux qui auraient accusé quelqu’un faussement, et ordonna que, selon l’usage déjà reçu en plusieurs lieux on chanterait jour et nuit, dans toutes les églises, les Psaumes à deux chœurs, et qu’on ajouterait à la fin de chaque Psaume : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Ce fut lui qui chargea saint Jérôme de traduire le nouveau Testament selon la fidélité du texte grec. Il gouverna l’Église pendant dix-sept ans, deux mois et vingt-six jours, et fit cinq ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa trente et un Prêtres, onze Diacres, et soixante-deux Évêques pour divers lieux. Illustre par sa vertu, sa science et sa prudence, et presque octogénaire, Damase s’endormit dans le Seigneur, sous l’empire de Théodose le Grand, et fut enseveli avec sa mère et sa sœur, dans la basilique qu’il avait lui-même élevée sur la voie Ardéatine. Ses reliques ont été transportées depuis dans l’église de Saint-Laurent, appelée de son nom, in Damaso.

Ce grand Pontife apparaît au Cycle, non plus pour annoncer la Paix comme saint Melchiade, mais comme un des plus illustres défenseurs du grand Mystère de l’Incarnation. Il venge la foi des Églises dans la divinité du Verbe, en condamnant, comme son prédécesseur Libère, les actes et les fauteurs du trop fameux concile de Rimini ; il atteste par sa souveraine autorité l’Humanité complète du Fils de Dieu incarné, en proscrivant l’hérésie d’Apollinaire. Enfin, nous pouvons considérer comme un nouvel et éclatant témoignage de sa foi et de son amour envers l’Homme-Dieu, la charge qu’il donna à saint Jérôme de travailler à une nouvelle version du Nouveau Testament sur l’original grec, pour l’usage de l’Église Romaine. Honorons un si grand Pontife que le Concile de Chalcédoine appelle l’ornement et la force de Rome par sa piété, et que son illustre ami et protégé saint Jérôme qualifie d’homme excellent, incomparable, savant dans les Écritures, Docteur vierge d’une Église vierge.

Saint Pontife Damase ! Vous avez été durant votre vie le flambeau des enfants de l’Église ; car vous leur avez fait connaître le Verbe incarné, vous les avez prémunis contre les doctrines perfides au moyen desquelles l’Enfer cherchera toujours à dissoudre ce Symbole glorieux, dans lequel sont écrites la souveraine miséricorde d’un Dieu pour l’œuvre de ses mains, et la dignité sublime de l’homme racheté. Du haut de la Chaire de Pierre, vous avez confirmé vos frères, et votre foi n’a point défailli ; car le Christ avait prié pour vous. Nous nous réjouissons de la récompense infinie que le Prince des Pasteurs a octroyée à votre intégrité, ô Docteur vierge de l’Église vierge ! Du haut du ciel, faites descendre jusqu’à nous un rayon de cette lumière dans laquelle le Seigneur Jésus se fait voir à vous en sa gloire ; afin que nous puissions aussi le voir, le reconnaître, le goûter dans l’humilité sous laquelle il va bientôt se montrer à nous. Obtenez-nous et l’intelligence des saintes Écritures, dans la science desquelles vous fûtes un si grand Docteur, et la docilité aux enseignements du Pontife romain, auquel il a été dit, en la personne du Prince des Apôtres : Duc in altum : avancez dans la haute mer.

Faites, ô puissant successeur de ce pêcheur d’hommes, que tous les Chrétiens soient animés des mêmes sentiments que Jérôme, lorsque, s’adressant à votre Apostolat, dans une célèbre Épître, il disait : « C’est la Chaire de Pierre que je veux consulter ; je veux que d’elle me vienne la foi, nourriture démon âme. La vaste étendue des mers, la distance des terres, ne m’arrêteront point dans la recherche de cette perle précieuse : là où se trouve le corps, il est juste que les aigles s’y rassemblent. C’est à l’Occident que maintenant se lève le Soleil de justice : c’est pourquoi je demande au Pontife la Victime du salut ; du Pasteur, moi brebis, j’implore le secours. Sur la Chaire de Pierre est bâtie l’Église : quiconque mange l’Agneau hors de cette Maison est un profane ; quiconque ne sera pas dans l’Arche de Noé, périra dans les eaux du déluge. Je ne connais pas Vital ; je n’ai rien de commun avec Mélèce ; Paulin m’est inconnu : quiconque ne recueille pas avec vous, ô Damase, dissipe ce qu’il a amassé ; car celui qui n’est pas au Christ est à l’Antéchrist »

 

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Immaculée Conception de la Vierge Marie mémoire du deuxième dimanche de l'Avent

8 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Immaculée Conception de la Vierge Marie mémoire du deuxième dimanche de l'Avent

Introït

Je me réjouirai avec effusion dans le Seigneur, et mon âme sera ravie d’allégresse en mon Dieu : car il m’a revêtu des vêtements du salut : et il m’a entouré des ornements de la justice, comme une épouse parée de ses bijoux. Je vous exalterai, Seigneur, parce que vous m’avez relevé, et que vous n’avez pas réjoui mes ennemis à mon sujet.

Collecte

O Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, nous vous en supplions, vous qui, en prévision de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, accordez-nous, par son intercession, d’être purifiés et de parvenir à vous.

Lecture Pr. 8. 22-35

Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant de faire quoi que ce soit, dès le principe. J’ai été établie dès l’éternité, et dès les temps anciens, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue ; les sources des eaux n’avaient pas encore jailli ; les montagnes ne s’étaient pas encore dressées avec leur pesante masse ; j’étais enfantée avant les collines. Il n’avait pas encore fait la terre, ni les fleuves, ni les bases du globe terrestre. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais là ; lorsqu’il environnait les abîmes de leurs bornes, par une loi inviolable ; lorsqu’il affermissait l’air dans les régions supérieures, et qu’il équilibrait les sources des eaux ; lorsqu’il entourait la mer de ses limites, et qu’il imposait une loi aux eaux, pour qu’elles ne franchissent point leurs bornes, lorsqu’il posait les fondements de la terre, j’étais avec lui, réglant toutes choses, et j’étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant sur le globe de la terre, et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies. Écoutez mes instructions et soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux l’homme qui m’écoute, et qui veille tous les jours à ma porte, et qui se tient à la porte de ma maison. Celui qui me trouvera, trouvera la vie, et puisera le salut dans le Seigneur.

Évangile Lc. 1, 26-28

En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. L’ange, étant entré auprès d’elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes.

Secrète

Recevez, Seigneur, l’hostie salutaire que nous vous offrons en la solennité commémoraison de l’Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, et accordez-nous que, de même que nous confessons qu’elle a été exempte de toute tache par votre grâce qui l’a prévenue, nous soyons ainsi, par son intercession, délivrés de toutes nos fautes

Postcommunion

Seigneur, notre Dieu, que ce sacrement que nous avons reçu, répare en nous les blessures de cette faute dont, par un privilège tout spécial, vous avez préservé la bienheureuse Marie dans sa Conception Immaculée.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Jérôme, Prêtre.

Quatrième leçon. Les qualités et les grandeurs de la bienheureuse et glorieuse Marie, toujours vierge, l’ange nous les déclare de la part de Dieu, quand il dit : « Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Il convenait que de tels dons fussent assurés à la Vierge. Celle-là devait être pleine de grâce, qui a donné de la gloire au ciel et le Seigneur à la terre, qui a fait luire la paix, qui a apporté la foi aux nations, une fin aux vices, une règle de vie, .une discipline pour les mœurs. Pleine de grâce, en effet, Marie en a reçu la plénitude, tandis que la grâce n’est donnée aux autres que partiellement. Vraiment pleine de grâce, parce que si la grâce s’est trouvée dans les saints Pères et dans les Prophètes, elle ne leur fut pas octroyée dans sa plénitude ; mais en Marie fut mise, quoique d’une manière différente, toute la somme des grâces qui se trouvent dans le Christ. Et c’est pourquoi l’Ange lui dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes ; » c’est-à-dire bénie au-dessus de toutes les femmes. Et par cela même, tout ce qu’il y avait de malédiction attirée par Ève, a été effacé par la bénédiction de Marie. C’est d’elle que Salomon chante comme à sa louange dans ses Cantiques : « Viens, ma colombe, mon immaculée ; déjà l’hiver est passé, la pluie a cessé ; » et il ajoute : « Viens du Liban, viens, tu seras couronnée. »
Cinquième leçon. C’est donc bien justement qu’on l’invite à venir du Liban, parce que Liban s’interprète : blancheur éclatante. Elle était éclatante de mérites et de vertus sans nombre, plus blanche que la neige la plus pure. Comblée des dons du Saint-Esprit, elle offre en tout la simplicité de la colombe, parce que tout ce qui s’accomplit en elle est pureté et simplicité, tout est vérité et grâce, tout est miséricorde et justice, de cette justice qui vient du ciel ; et elle est immaculée, parce qu’il n’y a en elle aucune souillure. Elle a conçu, en effet, un homme dans son sein, comme l’atteste Jérémie, sans rien perdre de sa virginité. « Le Seigneur, dit ce Prophète, a créé un nouveau prodige sur la terre : une femme environnera un homme. » Nouveauté vraiment inouïe, nouveauté des vertus, excellente entre toutes les nouveautés : Dieu, que le monde ne saurait contenir, que nul ne peut voir sans mourir, entre dans le sein d’une vierge comme dans un saint asile, sans être prisonnier dans ce corps, et cependant il s’y renferme tout entier, et il en sort, comme le dit Ézéchiel, les portes fermées. Aussi est-il chanté dans le Cantique au sujet de Marie : « Jardin fermé, fontaine scellée, source des délices du paradis. » Véritable jardin de délices, qui réunit toutes les espèces de fleurs et tous les parfums des vertus : si bien fermé que ni la violence ni la ruse ne peuvent en forcer l’entrée ; fontaine scellée du sceau de toute la Trinité.
Des Actes du Pape Pie IX.

Sixième leçon. Or, la victoire de la Vierge, Mère de Dieu, remportée sur le très cruel ennemi du genre humain, cette victoire que les divines Écritures, la tradition la plus vénérable, le sentiment perpétuel de l’Église, l’accord singulier des Évêques et des fidèles, les actes insignes des souverains Pontifes, aussi bien que leurs constitutions avaient déjà merveilleusement célébrée, Pie IX, Pontife suprême, déférant au vœu de toute l’Église, résolut de la proclamer solennellement par un oracle souverain et infaillible. C’est pourquoi le six des ides de décembre de l’année 1854, dans la basilique du Vatican, au milieu d’une immense assemblée de Pères de la sainte Église romaine, de Cardinaux et d’Évêques venus même des contrées les plus lointaines, le Pape, aux applaudissements de l’univers entier, proclama et définit solennellement que la doctrine qui tient la bienheureuse Vierge Marie pure et préservée de toute tache de la faute originelle, dès le premier instant de sa Conception, par un privilège et un don singulier de la faveur divine, a été révélée de Dieu, et doit, par conséquent, être crue fermement et invariablement par tous les fidèles.
 

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Germain, Évêque.

Septième leçon. Je vous salue, Marie, pleine de grâce, plus sainte que les Saints, plus élevée que les cieux, plus glorieuse que les Chérubins, plus digne d’honneur que les Séraphins, et vénérable au-dessus de toute créature. Salut, ô colombe, qui nous apportez le fruit de l’olivier et nous annoncez Celui par qui nous sommes préservés du déluge spirituel, et qui est le port du salut ; vous dont les ailes ont la blancheur de l’argent et dont le dos brille de l’éclat de l’or et des rayons de l’Esprit très saint et illuminateur. Salut, paradis de Dieu, jardin raisonnable et très agréable, planté aujourd’hui à l’Orient par la main toute bienveillante et toute puissante de ce même Dieu, exhalant pour lui l’odeur suave du lis, et produisant la rosé d’une inaltérable beauté pour la guérison de ceux qui avaient, du côté de l’Occident, bu jusqu’à la lie l’amertume d’une mort désastreuse et funeste à l’âme ; paradis, dans lequel l’arbre de vie fleurit pour la connaissance de la vérité, donnant l’immortalité à ceux qui goûtent de son fruit. Salut, édifice sacrosaint, immaculé, palais très pur de Dieu le souverain Roi, orné tout autour par la magnificence de ce même Roi divin. Ce palais offre à tous l’hospitalité, et les réconforte par de mystérieuses délices ; dans son enceinte se trouve la couche nuptiale de l’Époux spirituel, elle n’a pas été faite à la main et elle brillé d’ornements divers ; c’est là que le Verbe, voulant rappeler dans la voie droite l’humanité errante, s’est uni la chair, afin de réconcilier avec son Père, ceux qui s’étaient exilés par l’effet de leur propre volonté.
Huitième leçon. Salut, montagne de Dieu très fertile et ombragée, sur laquelle a été nourri l’agneau plein de sagesse qui a porté nos péchés et nos infirmités ; montagne d’où a roulé, sans qu’aucune main la détachât, cette pierre qui a brisé les autels des idoles et qui « est devenue le sommet de l’angle : fait admirable à nos yeux. » Salut, trône sacré de Dieu, autel divin, maison de gloire, ornement d’une beauté incomparable, trésor choisi, propitiatoire de tout l’univers, ciel qui raconte la gloire de Dieu. Salut, vase formé d’un or pur, contenant le plus suave attrait de nos âmes : le Christ, qui est la manne véritable. O Vierge très pure et très digne de toute louange comme de tout respect, temple consacré à Dieu et surpassant en excellence toute créature, terre intacte, champ fécond sans culture, vigne entièrement fleurie, fontaine répandant des eaux abondantes, vierge féconde et mère sans union, trésor caché d’innocence et beauté toute sainte, intercédez pour nous auprès de celui qui est à la fois votre Fils (né de vous, sans avoir de père terrestre) et le Seigneur notre Dieu, Créateur de toutes choses. Daignez, par vos prières toujours agréées et douées de la puissance qui donne l’autorité maternelle, prendre en main le gouvernement de l’ordre ecclésiastique et nous conduire au port tranquille.
Neuvième leçon. O Marie, revêtez les prêtres de justice, inspirez-leur les pieux transports d’une foi éprouvée, pure et sincère. Quant aux princes orthodoxes dont vous êtes, de préférence à l’éclat de la pourpre et de l’or, aux perles et aux pierres précieuses, le diadème, le manteau royal, la gloire la plus solide, dirigez-les dans la tranquillité et la paix. Abattez et soumettez-leur les nations infidèles, qui blasphèment contre vous et contre le Dieu né de vous. Affermissez leurs peuples dans la foi, afin qu’ils persévèrent, selon le précepte de Dieu, dans l’obéissance et dans une douce dépendance. Couronnez de l’honneur de la victoire cette cité qui vous est consacrée, et pour laquelle vous êtes comme une tour et un fondement ; gardez, en l’environnant de force, l’habitation de Dieu ; conservez toujours la beauté du temple. Délivrez de tout danger et de toute angoisse ceux qui vous louent ; donnez la liberté aux captifs, un asile .aux voyageurs, et soyez la consolation des malheureux, quel que soit le secours dont ils sont dépourvus. Tendez à l’univers entier votre main secourable, afin que nous célébrions vos fêtes dans la joie et l’allégresse, et que toutes se terminent comme celle que nous venons de solenniser, en nous laissant des fruits éclatants de salut, en Jésus-Christ, Roi de tous et notre vrai Dieu, à qui soient gloire et puissance, avec Dieu le Père, le saint principe de sa vie, et l’Esprit coéternel, consubstantiel et corégnant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Enfin, l’aurore du Soleil tant désiré brille aux extrémités du ciel, tendre et radieuse. L’heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même ; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes ; le Fils de l’homme est à la porte. Deux vrais Israélites, Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toute-puissance divine. Gloire au Seigneur qui s’est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de l’iniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix !

La fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que l’Église célèbre au saint temps de l’Avent ; et s’il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commémoration de quelqu’un des Mystères de Marie, il n’en est aucun dont l’objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l’Église en cette mystique saison de l’attente. Célébrons donc avec joie cette solennité ; car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus.

L’intention de l’Église, dans cette fête, n’est pas seulement de célébrer l’anniversaire de l’instant fortuné auquel commença, au sein de la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse Vierge Marie ; mais encore d’honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que, par un décret souverain et universel, tous les enfants d’Adam contractent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l’Église catholique que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu même, au jour à jamais mémorable du huit Décembre 1854, cette foi qu’a proclamée l’oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclamations de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu’au moment où Dieu a uni l’âme de Marie qu’il venait de créer au corps qu’elle devait animer, cette âme à jamais bénie, non seulement n’a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu’elle a été remplie d’une grâce immense qui l’a rendue, dès ce moment, le miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu’il est possible à un être créé.

Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à devenir la propre Mère du Fils, et le Sanctuaire ineffable de l’Esprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se rencontrât, même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l’adorable Trinité ; qu’aucune ombre n’eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu’il appelle à jouir au ciel de sa simple vue ; en un mot, comme le dit le grand Docteur saint Anselme : « Il était juste qu’elle fût ornée d’une pureté au-dessus de laquelle on n’en puisse concevoir de plus grande que celle de Dieu même, cette Vierge à qui Dieu le Père devait donner son Fils d’une manière si particulière que ce Fils deviendrait par nature le Fils commun et unique de Dieu et de la Vierge ; cette Vierge que le Fils devait élire pour en faire substantiellement sa Mère, et au sein de laquelle l’Esprit-Saint voulait opérer la conception et la naissance de Celui dont il procédait lui-même. » (De Conceptu Virginali. Cap. XVIII.)

En même temps, les relations que le Fils de Dieu avait à contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence filiales, avant été éternellement présentes à sa pensée, elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu’il devait avoir dans le temps, un amour d’une nature infiniment supérieure à celui qu’il éprouvait pour tous les êtres créés par sa puissance. L’honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu’elle devait être sa Mère, qu’elle l’était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins. L’amour du Fils a donc protégé la Mère ; et si celle-ci, dans son humilité sublime, n’a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences même de la loi de Moïse qui n’avait pas été portée pour elle, la main du Fils divin a abaissé pour elle l’humiliante barrière qui arrête tout enfant d’Adam venant en ce monde, et lui ferme le sentier de la lumière et de la grâce jusqu’à ce qu’il ait été régénéré dans une nouvelle naissance.

Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Ève qu’il n’avait fait pour l’ancienne, qui fut établie tout d’abord, ainsi que le premier homme, dans l’état de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir que la femme à laquelle il emprunterait sa nature humaine eût à envier quelque chose à celle qui a été la mère de prévarication. L’Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que sa Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle ; mais une Mère de Dieu devait en être exempte. Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé librement cette loi, n’était-il pas le maître d’en affranchir celle qu’il avait destinée à lui être unie en tant de manières ? Il le pouvait, il le devait : il l’a donc fait.

Et n’était-ce pas cette glorieuse exception qu’il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévaricateurs dont nous sommes tous issus ? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l’anathème qui tombait sur le serpent. « J’établirai moi-même, disait le Seigneur, une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et son fruit ; et elle-même t’écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d’une victoire contre Satan ; et cette victoire, c’est la Femme qui la devait remporter pour nous tous. Et que l’on ne dise pas que ce sera le fils de la femme qui la remportera seul, cette victoire : le Seigneur nous dit que l’inimitié de la femme contre le serpent sera personnelle, et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de l’odieux reptile ; en un mot, que la nouvelle Ève sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée, non seulement parle Dieu fait homme, mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché ; en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice (Ephes. 4, 24) reparaîtra en elle, comme si la faute primitive n’avait pas été commise.

Relevez donc la tête, enfants d’Adam, et secouez vos chaînes. Aujourd’hui, l’humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie, qui est votre chair et votre sang, a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraîne toutes les générations : le souffle du dragon infernal s’est détourné pour ne pas la flétrir ; la dignité première de votre origine est rétablie en elle. Saluez donc ce jour fortuné où la pureté première de votre sang est renouvelée : la nouvelle Ève est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d’heures, le Dieu-homme qui procède d’elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle.

Et comment n’admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l’a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l’accent d’une complaisance toute d’amour : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n’y a en vous aucune tache ? » (Cant. 4, 7.) C’est le Dieu de toute sainteté qui parle ; son œil qui pénètre tout ne découvre en Marie aucune trace, aucune cicatrice du péché ; voilà pourquoi il se conjoint avec elle, et la félicite du don qu’il a daigné lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message, soit saisi d’admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroissements sans limites ; qu’il s’incline profondément devant une telle merveille, et qu’il dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel ; il est le frère des Chérubins et des Séraphins, des Trônes et des Dominations ; son regard parcourt éternellement ces neuf hiérarchies angéliques où la lumière et la sainteté resplendissent souverainement, croissant toujours de degré en degré ; mais voici qu’il a rencontré sur la terre, dans une créature d’un rang inférieur aux Anges, la plénitude de la grâce, de cette grâce qui n’a été donnée qu’avec mesure aux Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis le premier instant de sa création. C’est la future Mère de Dieu toujours sainte, toujours pure, toujours immaculée.

Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin Fils de Marie, recueillie dans l’Église, enseignée par les saints Docteurs, crue avec une fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d’une Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu, c’était déjà croire implicitement que celle en qui devait se réaliser ce titre sublime n’avait jamais rien eu de commun avec le péché, et que nulle exception n’avait pu coûter à Dieu pour l’en préserver. Mais désormais l’honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu’a dictée l’Esprit-Saint. Pierre a parlé par la bouche de Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais » (Luc. 27, 32) ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité qui demeurera avec vous à jamais, et vous fera souci venir de tout ce que je vous avais enseigné. » (Jean. 14, 20.)

Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l’objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau la pression victorieuse du pied de la Vierge-mère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable ; car il a daigné l’éclairer tout entière d’un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N’a-t-elle pas tressailli, cette terre ? N’a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n’oubliera jamais ? Quelque chose de grand s’accomplissait à cette moitié du siècle ; et nous attendrons désormais les temps avec plus de confiance, puisque si l’Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par là que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.

En attendant l’heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Église le confessait chaque année, en célébrant la fête d’aujourd’hui. Cette fête n’était pas appelée, il est vrai, la Conception immaculée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l’Angélique Docteur saint Thomas s’accordent à enseigner que l’Église ne peut pas célébrer la fête de ce qui n’est pas saint ; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l’Église, depuis tant de siècles, l’honore d’une fête spéciale. La Nativité de Marie est l’objet d’une solennité dans l’Église, parce que Marie naquit pleine de grâce ; si donc le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa Conception n’aurait pu être l’objet d’un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l’Église que celle que nous célébrons aujourd’hui.

L’Église grecque, héritière plus prochaine des pieuses traditions de l’Orient, la célébrait déjà au VIe siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le VIIIe siècle, dans l’Église gothique d’Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au IXe siècle, pour l’usage de l’Église de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moine au Mont-Cassin, célébrait le mystère de l’Immaculée-Conception dans une Hymne remarquable. En 1066, la fête s’établissait en Angleterre à la suite d’un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Helsin, et bientôt elle s’étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevêque de Cantorbéry ; delà elle passait en Normandie, et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en 1049, par saint Léon IX ; dans la Navarre, en 1090, à l’abbaye d’Irach ; en Belgique, à Liège, en 1142. C’est ainsi que toutes les Églises de l’Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en acceptant la fête qui l’exprimait.

Enfin, l’Église de Rome l’adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les Églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1568, saint Pie V publiait l’édition universelle du Bréviaire Romain ; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l’une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir les vœux des fidèles. Rome n’avait pas déterminé le mouvement de la piété catholique envers le mystère ; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle l’a confirmé, dans ces derniers temps, de son autorité doctrinale.

Les trois grands États de l’Europe catholique, l’Empire d’Allemagne, la France et l’Espagne, se signalèrent, chacun à sa manière, par les manifestations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Conception. La France, par l’entremise de Louis XIV, obtint de Clément IX que la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume : faveur qui fut bientôt étendue à l’Église universelle par Innocent XII. Déjà, depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment de soutenir le privilège de Marie, et elle maintint cette pieuse pratique jusqu’à son dernier jour.

L’empereur Ferdinand III, en 1647, fit élever sur la grande place de Vienne une splendide colonne couverte d’emblèmes et de figures qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le péché, et surmontée de la statue de notre Reine immaculée.

L’Espagne dépassa tous les États catholiques par son zèle pour le privilège de Marie. Dès l’année 1398, Jean Ier, roi d’Aragon, donnait une charte solennelle pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de Marie conçue sans péché. Plus tard, les rois Philippe III et Philippe IV faisaient partir pour Rome des ambassades qui sollicitaient en leur nom la solennelle décision que le ciel, dans sa miséricorde, avait réservée pour nos temps. Charles III, au siècle dernier, obtenait de Clément XIII que la Conception immaculée devînt la fête patronale des Espagnes. Les habitants du royaume Catholique inscrivaient sur la porte ou sur la façade de leurs maisons la louange du privilège de Marie ; ils se saluaient en le prononçant dans une formule touchante. Marie de Jésus, abbesse du monastère de l’Immaculée-Conception d’Agréda, écrivait son livre de la Cité mystique de Dieu, dans lequel Murillo s’inspirait pour produire le chef-d’œuvre de la peinture espagnole.

Mais il ne serait pas juste d’omettre, dans cette énumération des hommages rendus à Marie immaculée, la part immense qu’a eue l’Ordre Séraphique au triomphe terrestre de cette auguste Souveraine de la terre et des cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns Scot, qui le premier sut assigner au dogme de la Conception immaculée le rang qu’il occupe dans la divine théorie de l’Incarnation du Verbe, ne mérite-t-il pas d’être nommé aujourd’hui avec l’honneur qui lui est dû ? Et toute l’Église n’a-t-elle pas applaudi à l’audience sublime que reçut du Pontife la grande famille des Frères-Mineurs, au moment où toutes les pompes de la solennelle proclamation du dogme paraissant accomplies, Pie IX y mit le dernier sceau en acceptant des mains de l’Ordre de Saint-François l’hommage touchant et les actions de grâces que lui offrait l’École scotiste, après quatre siècles de savants travaux en faveur du privilège de Marie ?  En présence de cinquante-quatre Cardinaux, de quarante-deux Archevêques et de quatre-vingt-douze Évêques, sous les regards d’un peuple immense qui remplissait le plus vaste temple de l’univers, et avait joint sa voix pour implorer la présence de l’Esprit de vérité, le Vicaire du Christ venait de prononcer l’oracle attendu depuis des siècles ; le divin Sacrifice avait été offert par lui sur la Confession de saint Pierre ; la main du Pontife avait orné d’un splendide diadème l’image de la Reine immaculée ; porté sur son trône aérien et le front ceint de la triple couronne, il était arrivé près du portique de la basilique. Là, prosternés à ses pieds, les deux représentants du Patriarche Séraphique arrêtèrent sa marche triomphale. L’un présentait une branche de lis en argent : c’était le Général des Frères-Mineurs de l’Observance ; une tige de rosier chargée de ses fleurs, de même métal, brillait aux mains du second : c’était le Général des Frères-Mineurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de Marie, pureté et amour symbolisés dans cette offrande que rehaussait la blancheur de l’argent, pour rappeler le doux éclat de l’astre sur lequel se réfléchit la lumière du soleil : car Marie « est belle comme la lune », nous dit le divin Cantique (4, 9). Le Pontife ému daigna accepter le don de la famille Franciscaine, de qui l’on pouvait dire en ce jour, comme de l’étendard de notre héroïne française, « qu’ayant été à la lutte, il était juste qu’elle fût aussi au triomphe. » Et ainsi se terminèrent les pompes si imposantes de cette grande matinée du huit décembre 1854.

C’est ainsi que vous avez été glorifiée sur la terre en votre Conception Immaculée, ô vous la plus humble des créatures ! Mais comment les hommes ne mettraient-ils pas toute leur joie à vous honorer, divine aurore du Soleil de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces jours, la nouvelle de leur salut ? N’êtes-vous pas, ô Marie, cette radieuse espérance qui vient tout d’un coup briller au sein même de l’abîme de la désolation ? Qu’allions-nous devenir sans le Christ qui vient nous sauver ? Et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure des vierges, la plus aimante des mères !

O Marie ! Que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Etoile du matin ! Vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! Préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’A vent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie ! à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous.

O Marie ! Arche d’alliance, formée d’un bois incorruptible, revêtue de l’or le plus pur, aidez-nous à correspondre aux desseins ineffables du Dieu qui, après s’être glorifié dans votre pureté incomparable, veut maintenant se glorifier dans notre indignité, et ne nous a arrachés au démon que pour faire de nous son temple et sa demeure la plus chère Venez à notre aide, ô vous qui, par la miséricorde de votre Fils, n’avez jamais connu le péché ! et recevez en ce jour nos hommages. Car vous êtes l’Arche de Salut qui surnage seule sur les eaux du déluge universel ; la blanche Toison rafraîchie par la rosée du ciel, pendant que la terre entière demeure dans la sécheresse ; la Flamme que les grandes eaux n’ont pu éteindre ; le Lis qui fleurit entre les épines ; le Jardin fermé au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont la limpidité ne fut jamais troublée ; la Maison du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ouverts sans cesse, et dans laquelle rien de souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mystique dont on raconte tant de merveilles (Ps. 86). Nous nous plaisons à redire vos titres d’honneur, ô Marie ! Car nous vous aimons ; et la gloire de la Mère est celle des enfants. Continuez de bénir et de protéger ceux qui honorent votre auguste privilège, vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt naissez, concevez l’Emmanuel, enfantez-le et montrez-le à notre amour.

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Saint Ambroise évêque confesseur et docteur

7 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ambroise évêque confesseur et docteur

Collecte

Dieu, vous avez accordé à votre peuple le bienheureux Ambroise pour ministre du salut éternel : faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui fut sur cette terre Docteur de la vie.

Office

Quatrième leçon. Ambroise, Évêque de Milan, fils d’Ambroise citoyen romain, vint au monde tandis que son père était préfet des Gaules. On dit qu’en son enfance un essaim d’abeilles se posa sur ses lèvres : présage de la divine éloquence qu’il devait montrer un jour. On l’instruisit dans les arts libéraux, et bientôt le préfet Probus le préposa au gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie. Il se rendit à Milan par l’ordre du même Probus, au moment où le peuple, après la mort de l’évêque arien Auxence, était en dissension touchant le choix de son successeur. Ambroise se rendit donc à l’église selon le devoir de sa charge, pour calmer la sédition. Quand il eut, à cette fin, parlé avec éloquence de la paix et de la tranquillité publique, un enfant s’écria tout à coup : « Ambroise Évêque ! » Tout le peuple répéta cette acclamation, demandant Ambroise pour son Évêque.

Cinquième leçon. Comme Ambroise refusait d’accepter et résistait aux prières de la multitude, le vœu ardent du peuple fut déféré à l’empereur Valentinien, auquel il fut très agréable de voir qu’on demandait pour le sacerdoce ceux qu’il avait choisis pour magistrats. Cette élection ne satisfit pas moins le préfet Probus qui, au départ d’Ambroise pour Milan, lui avait dit comme par inspiration divine : « Allez et agissez, non pas en juge mais en Évêque. » La volonté impériale s’accordant avec le désir du peuple, Ambroise fut baptisé (car il était encore catéchumène), initié aux mystères sacrés, et, ayant passé par tous les degrés des Ordres de l’Église, il reçut la charge épiscopale huit jours après son élection, le sept des ides de décembre. Devenu Évêque, il défendit résolument la foi catholique et la discipline ecclésiastique, convertit à la vraie foi beaucoup d’Ariens et d’autres hérétiques, et parmi ceux-ci il enfanta à Jésus-Christ saint Augustin, cette lumière éclatante de l’Église.

Sixième leçon. Quand l’empereur Gratien eut été tué, Ambroise se rendit deux fois en députation auprès de Maxime, son meurtrier ; mais celui-ci refusant de faire pénitence, il cessa toute relation avec lui. Il interdit à l’empereur Théodose l’entrée de l’église, à cause du massacre des Thessaloniciens ; comme le prince représentait que David, roi comme lui, avait été adultère et homicide : « Vous l’avez imité dans sa faute, répondit Ambroise, imitez-le dans sa pénitence. » C’est pourquoi Théodose accomplit humblement la pénitence publique que lui avait imposée Ambroise. Le saint Évêque s’étant donc acquitté de sa charge en multipliant pour l’Église de Dieu ses travaux et ses soins, et ayant écrit beaucoup de livres remarquables, prédit le jour de sa mort, avant de tomber malade. Honorat, Évêque de Verceil, trois fois averti par la voix de Dieu, accourut auprès de lui, et lui donna le corps sacré du Seigneur. Ambroise, l’ayant reçu, pria, les mains étendues en forme de croix, puis il rendit son âme à Dieu. C’était la veille des nones d’avril, l’an de Jésus-Christ trois cent quatre-vingt-dix-sept.

Cet illustre Pontife figure dignement sur le Cycle catholique, à côté du grand Evêque de Myre. Celui-ci a confessé, à Nicée, la divinité du Rédempteur des hommes ; celui-là, dans Milan, a été en butte à toute la fureur des Ariens, et par son courage invincible, il a triomphé des ennemis du Christ. Qu’il unisse donc sa voix de Docteur à celle de saint Pierre Chrysologue, et qu’il nous annonce les grandeurs et les abaissements du Messie. Mais telle est en particulier la gloire d’Ambroise, comme Docteur, que si, entre les brillantes lumières de l’Église latine, quatre illustres Maîtres de la Doctrine marchent en tête du cortège des divins interprètes de la Foi, le glorieux Pontife de Milan complète, avec Grégoire, Augustin et Jérôme, ce nombre mystique.

Ambroise doit l’honneur d’occuper sur le Cycle une si noble place en ces jours, à l’antique coutume de l’Église qui, aux premiers siècles, excluait du Carême les fêtes des Saints. Le jour de sa sortie de ce monde et de son entrée au ciel fut le quatre Avril ; or, l’anniversaire de cet heureux trépas se rencontre, la plupart du temps, dans le cours de la sainte Quarantaine : on fut donc contraint de faire choix d’un autre jour dans l’année, et le sept Décembre, anniversaire de l’Ordination épiscopale d’Ambroise, se recommandait de lui-même pour recevoir la fête annuelle du saint Docteur.

Au reste, le souvenir d’Ambroise est un des plus doux parfums dont pût être embaumée la route qui conduit à Bethlehem. Quelle plus glorieuse, ci en même temps quelle plus charmante mémoire que celle de ce saint et aimable Évêque, en qui la force du lion s’unit à la douceur de la colombe ? En vain les siècles ont passé sur cette mémoire : ils n’ont fait que la rendre plus vive et plus chère. Comment pourrait-on oublier ce jeune gouverneur de la Ligurie et de l’Émilie, si sage, si lettré, qui fait son entrée à Milan, encore simple catéchumène, et se voit tout à coup élevé, aux acclamations du peuple fidèle, sur le trône épiscopal de celte grande ville ? Et ces beaux présages de son éloquence enchanteresse, dans l’essaim d’abeilles qui, lorsqu’il dormait un jour, encore enfant, sur les gazons du jardin paternel, l’entoura et pénétra jusque dans sa bouche, comme pour annoncer la douceur de sa parole ! et cette gravité prophétique avec laquelle l’aimable adolescent présentait sa main à baiser à sa mère et à sa sœur, parce que, disait-il, cette main serait un jour celle d’un Évêque !

Mais quels combats attendaient le néophyte de Milan, sitôt régénéré dans l’eau baptismale, sitôt consacré prêtre et pontife ! Il lui fallait se livrer sans retard à l’étude assidue des saintes lettres, pour accourir docteur à la défense de l’Église attaquée dans son dogme fondamental par la fausse science des Ariens ; et telle fut en peu de temps la plénitude et la sûreté de sa doctrine que, non seulement elle opposa un mur d’airain aux progrès de l’erreur contemporaine, mais encore que les livres écrits par Ambroise mériteront d’être signalés par l’Église, jusqu’à la fin des siècles, comme l’un des arsenaux de la vérité.

Mais l’arène de la controverse n’était pas la seule où dût descendre le nouveau docteur ; sa vie devait être menacée plus d’une fois par les sectateurs de l’hérésie qu’il avait confondue. Quel sublime spectacle que celui de cet Évêque bloqua dans son église par les troupes de l’impératrice Justine, et gardé au dedans, nuit et jour, par son peuple ! Quel pasteur ! Quel troupeau ! Une vie dépensée tout entière pour la cité et la province avait valu à Ambroise cette fidélité et cette confiance de la part de son peuple. Par son zèle, son dévouement, son constant oubli de lui-même, il était l’image du Christ qu’il annonçait.

Au milieu des périls qui l’environnent, sa grande âme demeure calme et tranquille. C’est ce moment même qu’il choisit pour instituer, dans l’Église de Milan, le chant alternatif des Psaumes. Jusqu’alors la voix seule du lecteur faisait entendre du haut d’un ambon le divin Cantique ; il n’a fallu qu’un moment pour organiser en deux chœurs l’assistance, ravie de pouvoir désormais prêter sa voix aux chants inspirés du royal Prophète. Née ainsi au fort de la tempête, au milieu d’un siège héroïque, la psalmodie alternative est désormais acquise aux peuples fidèles de l’Occident. Rome adoptera l’institution d’Ambroise, et cette institution accompagnera l’Église jusqu’à la fin des siècles. Durant ces heures de lutte, le grand Évêque a encore un don à faire à ces fidèles catholiques qui lui ont fait un rempart de leurs corps. Il est poète, et souvent il a chanté dans des vers pleins de douceur et de majesté les grandeurs du Dieu des chrétiens et les mystères du salut de l’homme. Il livre à son peuple dévoué ces nobles hymnes qui n’étaient pas destinées à un usage public, et bientôt les basiliques de Milan retentissent de leur mélodie. Elles s’étendront plus tard à l’Église latine tout entière ; à l’honneur du saint Évêque qui ouvrit ainsi une des plus riches sources de la sainte Liturgie, on appellera longtemps un Ambrosien ce que, dans la suite, on a désigné sous le nom d’Hymne, et l’Église romaine acceptera dans ses Offices ce nouveau mode de varier la louange divine, et de fournir à l’Épouse du Christ un moyen de plus d’épancher les sentiments qui l’animent.

Ainsi donc, notre chant alternatif des Psaumes, nos Hymnes elles-mêmes sont autant de trophées de la victoire d’Ambroise. Il avait été suscité de Dieu, non seulement pour son temps, mais pour les âges futurs. C’est ainsi que l’Esprit-Saint lui donna le sentiment du droit chrétien avec la mission de le soutenir, dès cette époque où le paganisme abattu respirait encore, où le césarisme en décadence conservait encore trop d’instincts de son passé. Ambroise veillait appuyé sur l’Évangile. Il n’entendait pas que l’autorité impériale pût à volonté livrer aux Ariens, pour le bien de la paix, une basilique où s’étaient réunis les catholiques. Pour défendre l’héritage de l’Église, il était prêt à verser son sang. Des courtisans osèrent l’accuser de tyrannie auprès du prince. Il répondit : « Non ; les évêques ne sont pas des tyrans, mais c’est de la part des tyrans qu’ils ont eu souvent à souffrir. » L’eunuque Calligone, chambellan de Valentinien II, osa dire à Ambroise : « Comment, moi vivant, tu oses mépriser Valentinien ! Je te trancherai la tête. » — « Que Dieu te le permette ! répondit Ambroise : je souffrirai alors ce que souffrent les évêques ; et toi tu auras a fait ce que savent faire les eunuques. »

Cette noble constance dans la défense des droits de l’Église avait paru avec plus d’éclat encore, lorsque le Sénat romain, ou plutôt la minorité du Sénat restée païenne, tenta, à l’instigation du Préfet de Rome Symmaque, d’obtenir le rétablissement de l’autel de la Victoire au Capitole, sous le vain prétexte d’opposer un remède aux désastres de l’empire. Ambroise qui disait : « Je déteste la religion des Nérons », s’opposa comme un lion à cette prétention du polythéisme aux abois. Dans d’éloquents mémoires à Valentinien, il protesta contre une tentative qui avait pour but d’amener un prince chrétien à reconnaître des droits à l’erreur, et de faire reculer les conquêtes du Christ, seul maître des peuples. Valentinien se rendit aux vigoureuses remontrances de l’Évêque qui lui avait appris « qu’un empereur chrétien ne devait savoir respecter que l’autel du Christ », et ce prince répondit aux sénateurs païens qu’il aimait Rome comme sa mère, mais qu’il devait obéir à Dieu comme à l’auteur de son salut.

On peut croire que si les décrets divins n’eussent irrévocablement condamné l’empire à périr, des influences comme celles d’Ambroise, exercées sur des princes d’un cœur droit, l’auraient préservé de la ruine. Sa maxime était ferme ; mais elle ne devait être appliquée que dans les sociétés nouvelles qui surgirent après la chute de l’empire, et que le Christianisme constitua à son gré. Il disait donc : « Il n’est pas de titre plus honorable pour un Empereur que celui de Fils de l’Église. L’Empereur est dans l’Église ; il n’est pas au-dessus d’elle. »

Quoi de plus touchant que le patronage exercé avec tant de sollicitude par Ambroise sur le jeune Empereur Gratien, dont le trépas lui fit répandre tant de larmes ! Et Théodose, cette sublime ébauche du prince chrétien, Théodose, en faveur duquel Dieu retarda la chute de l’Empire, accordant constamment la victoire à ses armes, avec quelle tendresse ne fut-il pas aimé de l’évêque de Milan ? Un jour, il est vrai, le César païen sembla reparaître dans ce fils de l’Église ; mais Ambroise, par une sévérité aussi inflexible qu’était profond son attachement pour le coupable, rendit son Théodose à lui-même et à Dieu. « Oui, dit le saint Évêque, dans l’éloge funèbre d’un si grand prince, j’ai aimé cet homme qui préféra à ses flatteurs celui qui le réprimandait. Il jeta à terre tous les insignes de la dignité impériale, il pleura publiquement dans l’Église le péché dans lequel on l’avait perfidement entraîné, il en implora le pardon avec larmes et gémissements. De simples particuliers se laissent détourner par la honte, et un Empereur n’a pas rougi d’accomplir la pénitence publique ; et désormais, pas un seul jour ne s’écoula pour lui sans qu’il eût déploré sa faute. » Qu’ils sont beaux dans le même amour de la justice, ce César et cet Évêque ! le César soutient l’Empire prêt à crouler, et l’Évêque soutient le César.

Mais que l’on ne croie pas qu’Ambroise n’aspire qu’aux choses élevées et retentissantes. Il sait être le pasteur attentif aux moindres besoins des brebis de son troupeau. Nous avons sa vie intime écrite par son diacre Paulin. Ce témoin nous révèle qu’Ambroise, lorsqu’il recevait la confession des pécheurs, versait tant de larmes qu’il entraînait à pleurer avec lui celui qui était venu découvrir sa faute. « Il semblait, dit le biographe, qu’il fût tombé lui-même avec celui qui avait failli. » On sait avec quel touchant et paternel intérêt il accueillit Augustin captif encore dans les liens de l’erreur et des passions ; et qui voudra connaître Ambroise, peut lire dans les Confessions de l’évêque d’Hippone les épanchements de son admiration et de sa reconnaissance. Déjà Ambroise avait accueilli Monique, la mère affligée d’Augustin ; il l’avait consolée et fortifiée par l’espérance du retour de son fils. Le jour si ardemment désiré arriva ; et ce fut la main d’Ambroise qui plongea dans les eaux purifiantes du baptême celui qui devait être le prince des Docteurs.

Un cœur aussi fidèle à ses affections ne pouvait manquer de se répandre sur ceux que les liens du sang lui avaient attachés. On sait l’amitié qui unit Ambroise à son frère Satyre, dont il a raconté les vertus avec l’accent d’une si émouvante tendresse dans le double éloge funèbre qu’il lui consacra. Marcelline sa sœur ne fut pas moins chère à Ambroise. Dès sa première jeunesse, la noble patricienne avait dédaigné le monde et ses pompes. Sous le voile de la virginité qu’elle avait reçu da mains du pape Libère, elle habitait Rome au sein de la famille. Mais l’affection d’Ambroise ne connaissait pas de distances ; ses lettres allaient chercher la servante de Dieu dans son mystérieux asile. Il n’ignorait pas quel zèle elle nourrissait pour l’Église, avec quelle ardeur elle s’associait à toute les œuvres de son frère, et plusieurs des lettre qu’il lui adressait nous ont été conservées. On est ému en lisant seulement la suscription de ces épîtres : « Le frère à la sœur », ou encore : « A Marcelline ma sœur, plus chère à moi que mes yeux et ma vie. » Le texte de la lettre vient ensuite, rapide, animé, comme les luttes qu’il retrace. Il en est une qui fut écrite dans les heures même où grondait l’orage, pendant que le courageux pontife était assiégé dans sa basilique par les troupes de Justine. Ses discours au peuple de Milan, ses succès comme ses épreuves, les sentiments héroïques de son âme épiscopale, tout se peint dans ces fraternelles dépêches, tout y révèle la force et la sainteté du lien qui unit Ambroise et Marcelline. La basilique Ambrosienne garde encore le tombeau du frère et celui de la sœur ; sur l’un et l’autre chaque jour le divin Sacrifice est offert.

Tel fut Ambroise, dont Théodose disait un jour : « Il n’y a qu’un évêque au monde ». Glorifions l’Esprit-Saint qui a daigné produire un type aussi sublime dans l’Église, et demandons au saint Pontife qu’il daigne nous obtenir une part à cette foi vive, à cet amour si ardent qu’il témoigne dans ses suaves et éloquents écrits envers le mystère de la divine Incarnation. En ces jours qui doivent aboutir à celui où le Verbe fait chair va paraître, Ambroise est l’un de nos plus puissants intercesseurs.

Sa piété envers Marie nous apprend aussi quelle admiration et quel amour nous devons avoir pour la Vierge bénie. Avec saint Éphrem, l’évêque de Milan est celui des Pères du IVe siècle qui a le plus vivement exprimé les grandeurs du ministère et de la personne de Marie. Il a tout connu, tout ressenti, tout témoigné. Marie exempte par grâce de toute tache de péché, Marie au pied de la Croix s’unissant à son fils pour le salut du genre humain, Jésus ressuscité apparaissant d’abord à sa mère, et tant d’autres points sur lesquels Ambroise est l’écho de la croyance antérieure, lui donnent un des premiers rangs parmi les témoins de la tradition sur les mystères de la Mère de Dieu.

Cette tendre prédilection pour Marie explique l’enthousiasme dont Ambroise est rempli pour la virginité chrétienne, dont il mérite d’être considéré comme le Docteur spécial. Aucun des Pères ne l’a égalé dans le charme et l’éloquence avec lesquels il a proclamé la dignité et la félicité des vierges. Quatre de ses écrits sont consacres à glorifier cet état sublime, dont le paganisme expirant essayait encore une dernière contrefaçon dans ses vestales, recrutées au nombre de sept, comblées d’honneurs et de richesses, et déclarées libres après un temps. Ambroise leur oppose l’innombrable essaim des vierges chrétiennes, remplissant le monde entier du parfum de leur humilité, de leur constance et de leur désintéressement. Mais sur un tel sujet sa parole était plus attrayante encore que sa plume, et l’on sait, par les récits contemporains, que, dans les villes qu’il visitait et où sa voix devait se faire entendre, les mères retenaient leurs filles à la maison, dans la crainte que les discours d’un si saint et si irrésistible séducteur ne leur eussent persuadé de n’aspirer plus qu’aux noces éternelles.

Saluons un si grand Docteur, en répétant ces paroles de la sainte Église, dans l’Office des Vêpres : « O Docteur excellent ! Lumière de la sainte Église, bienheureux Ambroise, amateur de la loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu. »

Nous vous louerons aussi, tout indignes que nous en sommes, immortel Ambroise ! Nous exalterons les dons magnifiques que le Seigneur a placés en vous. Vous êtes la Lumière de l’Église, le Sel de la terre, par votre doctrine céleste ; vous êtes le Pasteur vigilant, le Père tendre, le Pontife invincible : mais combien votre cœur aima le Seigneur Jésus que nous attendons ! Avec quel indomptable courage vous sûtes, au péril de vos jours, vous opposer à ceux qui blasphémaient ce Verbe divin ! Par là, vous avez mérité d’être choisi pour initier, chaque année, le peuple fidèle à la connaissance de Celui qui est son Sauveur et son Chef. Faites donc pénétrer jusqu’à notre œil le rayon de la vérité qui vous éclairait ici-bas ; faites goûter à notre bouche la saveur emmiellée de votre parole ; touchez notre cœur d’un véritable amour pour Jésus qui s’approche d’heure en heure. Obtenez qu’à votre exemple, nous prenions avec force sa cause en main, contre les ennemis de la foi, contre les esprits de ténèbres, contre nous-mêmes. Que tout cède, que tout s’anéantisse, que tout genou ploie, que tout cœur s’avoue vaincu, en présence de Jésus-Christ, Verbe éternel du Père, Fils de Dieu et fils de Marie, notre Rédempteur, notre Juge, notre souverain bien.

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l’une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l’Église, cette humble et inflexible vigueur avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle, quand elles abusent de l’autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Que leur front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu’ils sachent s’opposer comme un mur pour la maison d’Israël ; qu’ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l’Épouse du Christ.

Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l’Église vous a donné pour attribut ; et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l’Arianisme qui, sous divers noms, se montrent encore jusqu’en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable le Dieu redoutable qui les a créés, et qui, par un pur motif de dévouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l’homme, au risque d’en être méconnu.

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu’une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l’erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu’ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n’en existent pas moins ; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers Celui « à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu’il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu’il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu’enfin, s’il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l’abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d’être complices de ceux qui n’ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

Enfin, au milieu de ces ombres qui s’appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Église qui n’est plus qu’une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l’ont reniée ; qu’elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu’elle soit l’aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d’Épouse du Christ. S’il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d’humiliations et de défections, qu’il lui soit donné encore de consacrer à son Époux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l’ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

 

Un portrait de saint Ambroise de Milan

Celui qui est considéré comme un des plus grands Pères de l’Église (339-397) fut initié aux études bibliques par Origène. "Il a transposé dans le contexte culturel latin -a expliqué le Pape- la méditation de l'Écriture, inaugurant en occident la Lectio Divina, qui inspira sa prédication et son œuvre, toute orientée sur l'écoute" de la Parole divine. Il enseigna tout d'abord aux catéchumènes "l'art de vivre bien afin d'être bien préparés aux grands mystères christiques". Sa prédication partant "de la lecture des Livres sacrés pour vivre en conformité à la Révélation". "Il est évident -a précisé le Saint-Père- que le témoignage personnel du prédicateur et son exemple pour la communauté conditionnent l'efficacité de sa démarche. C'est pourquoi le mode de vie et la réalité de la Parole vécue sont déterminants". Puis Benoît XVI a rappelé le témoignage de saint Augustin dont la conversion fut le fruit des "belles homélies" d'Ambroise entendues à Milan, mais aussi "du témoignage qu'il donnait et de celui de l’Église milanaise qui ne faisaient qu'un en priant et chantant d'une seule voix". L’Évêque d'Hippone raconte également sa surprise de voir Ambroise lire mentalement en privé les Écritures, "alors qu'à l'époque leur lecture devait être faite à voix haute afin d'en faciliter la compréhension". Dans ce mode de lecture, a souligné le Pape, "où le cœur s'efforce de comprendre la Parole de Dieu, on entrevoit la méthode catéchistique de saint Ambroise. Complètement assimilée, l'Écriture suggère les contenus à diffuser en vue de la conservation des cœurs... De fait, la catéchèse est inséparable du témoignage de vie". "Qui éduque dans la foi ne saurait courir le risque de sembler un acteur interprétant un rôle". Le prédicateur doit, "à l'exemple de Jean, appuyer sa tête sur le cœur de son maître, adoptant son mode de pensée, de parler et d'agir". Ambroise de Milan mourut la nuit du Vendredi Saint les bras en croix, "exprimant dans cette attitude sa participation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur. Ce fut là son ultime catéchèse". Sans paroles et dans le silence des gestes il continua de témoigner.

Le Notre Père commenté par Saint Ambroise de Milan

Notre Père qui êtes aux Cieux

Que signifie aux cieux? Écoute l’Écriture qui dit : “Le Seigneur et élevé au-dessus de tous les Cieux”, (Ps 112,4), et tu trouves partout que le Seigneur est au-dessus des cieux des cieux, comme si les anges n’étaient pas aussi aux cieux, comme si les dominations n’étaient pas aussi aux cieux. Mais aux cieux dont il est dit: “Les cieux racontent la gloire de Dieu”, (Ps 18,2). Le ciel est là où a cessé la faute, le ciel est là où les crimes sont punis, le ciel est là où il n’y a aucune blessure de la mort. “Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié.” Que signifie “soit sanctifié ?” Comme si nous souhaitions que soit sanctifié celui qui a dit: “Soyez saints parce que je suis saint”, (Lv 19,2), comme si notre parole pouvait accroître sa sainteté. Non, mais qu’il soit sanctifié en nous, afin que son action sanctifiante puisse parvenir jusqu’à nous.

Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive


Comme si le règne de Dieu n’était pas éternel. Jésus dit: “J’y suis né”, (Jn 18,37), et tu dis : “Que votre règne arrive”, comme s’il n’était pas venu. Mais le règne de Dieu est arrivé quand vous avez obtenu la grâce. Car il dit lui-même: “Le règne de Dieu est en vous”, (Lc 17,21).

Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien

Je me souviens de ce que je vous ai dit quand j’expliquais les sacrements. Je vous ai dit qu’avant les paroles du Christ, ce qu’on offre s’appelle pain; dès que les paroles du Christ ont été prononcées, on ne l’appelle plus du pain, mais on l’appelle corps. Pourquoi dans l’oraison dominicale qui suit immédiatement dit-il “notre pain”? Il dit pain, mais «epiousios» (en grec), c’est-à-dire substantiel. Ce n’est pas ce pain qui entre dans le corps, mais ce pain de vie éternelle qui réconforte la substance de notre âme. C’est pour cela que le grec l’appelle «epiousios». Le latin a appelé quotidien ce pain que les Grecs appellent “de demain”, parce que les Grecs appellent demain «ten epiousian hemeran». Ainsi donc ce que dit le latin et ce que dit le grec semblent également utiles. Le grec a exprimé les deux sens par un seul mot, le latin a dit quotidien. S’il est quotidien, ce pain, pourquoi attendrais-tu une année pour le recevoir, comme les Grecs ont coutume de faire en Orient ? Reçois chaque jour ce qui doit te profiter chaque jour. Vis de telle manière que tu mérites de le recevoir chaque jour. Celui qui ne mérite pas de le recevoir chaque jour ne mérite pas de le recevoir après une année. Ainsi le saint Job offrait chaque jour un sacrifice pour ses fils, de peur qu’ils n’eussent commis quelque péché dans leur coeur ou en paroles, (Jb 1,5). Toi donc, tu entends dire que chaque fois qu’on offre le sacrifice, on représente la mort du Seigneur, la résurrection du Seigneur, l’ascension du Seigneur, ainsi que la rémission des péchés, et tu ne reçois pas chaque jour le pain de vie ? Celui qui a une blessure cherche un remède. C’est une blessure pour nous d’être soumis au péché : le remède céleste, c’est le vénérable sacrement. “Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien” Si tu le reçois chaque jour, chaque jour pour toi c’est aujourd’hui. Si le Christ est à toi aujourd’hui, il ressuscite pour toi aujourd’hui. Comment ? “Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré.”, (Ps 2,7) Aujourd’hui, c’est quand le Christ ressuscite. “Il était hier et il est aujourd’hui”, (He 13,8), dit l’apôtre Paul. Mais il dit ailleurs “La nuit est passée, le jour est arrivé”, (Rm 13,12). La nuit d’hier est passée, aujourd’hui le jour est arrivé.

Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs

Qu’est la dette, sinon le péché ? Si tu n’avais pas accepté d’argent d’un prêteur étranger, tu ne serais pas dans la gêne, et c’est pour cela qu’on t’attribue le péché. Tu as possédé l’argent avec lequel tu devais naître riche. Tu étais riche, fait l’image et la ressemblance de Dieu, (Gn 1,26-27). Tu as perdu ce que tu possédais, c’est-à-dire, l’humilité, quand tu désires te venger de l’arrogance, tu as perdu ton argent, tu t’es fait nu comme Adam, tu as accepté du diable une dette qui n’était pas nécessaire. Et par là, toi qui étais libre dans le Christ, tu t’es fait le débiteur du diable. L’ennemi tenait ta garantie, mais le Seigneur l’a crucifiée et l’a effacée par son sang, (Col 2,14-15). Il a supprimé ta dette, il t’a rendu la liberté. C’est donc avec raison qu’il dit: “Et remets nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs”. Fais attention à ce que tu dis: “Remets-moi comme moi je leur remets.” Si tu remets, tu fais un juste accord pour qu’on te remette. Si tu ne remets pas, comment l’engages-tu à te remettre ?

Et ne nous laisse pas induire en tentation mais délivre-nous du mal

Fais attention à ce qu’il dit: “Et ne nous laisse pas induire en tentation à laquelle nous ne pouvons pas résister.” Il ne dit pas: “Ne nous induis pas en tentation” mais comme un athlète il veut une épreuve telle que l’humanité puisse la supporter et que chacun soit délivré du mal, c’est-à-dire, de l’ennemi, du péché. Mais le Seigneur, qui a ôté votre péché et pardonné vos fautes, est capable de vous protéger et de vous garder contre les ruses du diable qui vous combat, afin que l’ennemi, qui d’habitude engendre la faute, ne vous surprenne pas. Mais qui se confie à Dieu rie craint pas le diable. Car si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? C’est donc à lui qu’appartiennent la louange et la gloire depuis toujours, maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles. Amen.

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Saint Nicolas évêque et confesseur

6 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Nicolas évêque et confesseur

Collecte

O Dieu, qui avez rendu illustre par d’innombrables miracles, le bienheureux Pontife Nicolas, accordez-nous, s’il vous plaît, par ses mérites et ses prières d’être préservés des feux de l’enfer.

Office

Quatrième leçon. Nicolas naquit d’une famille illustre, à Patara, ville de Lycie. Ses parents avaient obtenu de Dieu cet enfant par leurs prières. Dès le berceau il fit présager l’éminente sainteté qu’il devait faire paraître dans la suite. On le vit, en effet, les mercredis et vendredis ne prendre le lait de sa nourrice qu’une seule fois, et sur le soir, bien qu’il le fît fréquemment les autres jours. Il conserva toute sa vie l’habitude de jeûner la quatrième et la sixième férie. Orphelin dès l’adolescence, il distribua ses biens aux pauvres. On raconte de lui ce bel exemple de charité chrétienne : un indigent, ne parvenant point à marier ses trois filles, pensait a les abandonner au vice ; Nicolas l’ayant su jeta, la nuit, par une fenêtre, dans la maison de cet homme, autant d’argent qu’il en fallait pour doter une de ces jeunes filles. Ayant réitéré une seconde et une troisième fois cet acte de générosité, toutes trouvèrent d’honorables partis.

Cinquième leçon. Le Saint s’étant entièrement consacré à Dieu, partit pour la Palestine, afin de visiter et de vénérer les lieux saints. Durant son voyage, il prédit aux matelots, par un ciel serein et une mer tranquille, l’approche d’une horrible tempête. Elle s’éleva bientôt, et tous les passagers coururent un grand danger : mais il l’apaisa miraculeusement par ses prières. De retour dans sa patrie, il donna à tous les exemples d’une grande sainteté ; et, par un avertissement de Dieu, il se rendit à Myre, métropole de la Lycie. Cette ville venait de perdre son Évêque, et tous les Évêques de la province étaient rassemblés afin de pourvoir à l’élection d’un successeur. Pendant leur délibération ils furent divinement avertis de choisir celui qui, le lendemain, entrerait le premier dans l’église, et se nommerait Nicolas. Cet ordre du ciel fut exécuté, et Nicolas, trouvé à la porte de l’église, fut créé Évêque de Myre à la grande satisfaction de tous. Durant son épiscopat on vit constamment briller en lui la chasteté, qu’il avait toujours gardée, la gravité, l’assiduité à la prière et aux veilles, l’abstinence, la libéralité et l’hospitalité, la mansuétude dans les exhortations, la sévérité dans les réprimandes.

Sixième leçon. Il ne cessa d’assister les veuves et les orphelins de ses aumônes, de ses conseils et de ses services, il s’employa avec tant d’ardeur à soulager les opprimés, que trois tribuns, condamnés sur une calomnie par l’empereur Constantin, encouragés par le bruit des miracles du Saint, s’étant recommandés à lui dans leurs prières, malgré la distance, Nicolas, encore vivant, apparut à l’empereur avec un air menaçant, et les délivra. Comme il prêchait à Myre la vérité de la foi chrétienne, contrairement à l’édit de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté par les satellites impériaux, emmené au loin et jeté en prison. Il y resta jusqu’à l’avènement de l’empereur Constantin, par l’ordre duquel il fut délivré de captivité, revint à Myre, puis se rendit au concile de Nicée, et, avec les trois cent dix-huit Pères de cette assemblée, y condamna l’hérésie arienne. De Nicée, il retourna dans sa ville épiscopale, où, peu de temps après, il sentit sa mort approcher ; élevant les yeux au ciel il vit les Anges venir à sa rencontre, et commença le Psaume : « En vous, Seigneur, j’ai espéré. » Arrivé à ce verset : « En vos mains, je remets mon âme », il s’en alla dans la patrie céleste. Son corps fut transporté à Bari dans la Fouille, où il est honoré par une grande affluence de peuple et avec la plus profonde vénération.

Pour faire honneur au Messie Pontife, la souveraine Sagesse a multiplié les Pontifes sur la route qui conduit à lui. Deux Papes, saint Melchiade et saint Damase ; deux Docteurs, saint Pierre Chrysologue et saint Ambroise ; deux Évêques, l’amour de leur troupeau, saint Nicolas et saint Eusèbe : tels sont les glorieux Pontifes qui ont reçu la charge de préparer, par leurs suffrages, la voie du peuple fidèle vers Celui qui est le souverain Prêtre selon l’ordre de Melchisédech. Nous développerons successivement leurs titres à faire partie de cette noble cour. Aujourd’hui, l’Église célèbre avec joie la mémoire de l’insigne thaumaturge Nicolas, aussi fameux dans l’Orient que le grand saint Martin l’est dans l’Occident, et honoré depuis près de mille ans par l’Église latine. Rendons hommage au souverain pouvoir que Dieu lui avait donné sur la nature ; mais félicitons-le surtout d’avoir été du nombre des trois cent dix-huit Évêques qui proclamèrent, à Nicée, le Verbe consubstantiel au Père. Il ne fut point scandalisé des abaissements du Fils de Dieu ; ni la bassesse de la chair que le souverain Seigneur de toutes choses revêtit au sein de la Vierge, ni l’humilité de la crèche, ne l’empêchèrent de proclamer Fils de Dieu, égal à Dieu, le fils de Marie ; c’est pourquoi il a été élevé en gloire et a reçu la charge d’obtenir, chaque année, pour le peuple chrétien, la grâce d’aller au-devant du Verbe de vie, avec une foi simple et un ardent amour.

Saint Pontife Nicolas, que votre gloire est grande dans l’Église de Dieu ! Vous avez confessé Jésus-Christ devant les Proconsuls, et endure la persécution pour son Nom ; vous avez ensuite été témoin des merveilles du Seigneur, quand il rendit la paix à son Église ; et peu après, votre bouche s’ouvrait dans l’Assemblée des trois cent dix-huit Pères, pour confesser, avec une autorité irréfragable, la divinité du Sauveur Jésus-Christ, pour lequel tant de millions de Martyrs avaient répandu leur sang. Recevez les félicitations du peuple chrétien qui, par toute la terre, tressaille de joie à votre doux souvenir ; et soyez-nous propice, en ces jours où nous attendons la venue de Celui que vous avez proclamé Consubstantiel au Père. Daignez aider notre foi et seconder notre amour. Vous le voyez maintenant face à face, ce Verbe par qui toutes choses ont été faites et réparées ; demandez-lui qu’il daigne se laisser approcher par notre indignité. Soyez notre médiateur entre lui et nous. Vous l’avez fait connaître à notre intelligence, comme le Dieu souverain et éternel ; révélez-le à notre cœur, comme le suprême bienfaiteur des fils d’Adam. C’est en lui, ô Pontife charitable, que vous aviez puisé cette compassion tendre pour toutes les misères, qui fait que tous vos miracles sont autant de bienfaits : continuez, du haut du ciel, de secourir le peuple chrétien.

Ranimez et augmentez la foi des nations dans le Sauveur que Dieu leur a envoyé. Que, par l’effet de vos prières, le Verbe divin cesse d’être méconnu et oublié dans ce monde qu’il a racheté de son sang. Demandez, pour les Pasteurs de l’Église, l’esprit de charité qui brilla si excellemment en vous, cet esprit qui les rend imitateurs de Jésus-Christ, et leur gagne le cœur du troupeau.

Souvenez-vous aussi, saint Pontife, de cette Église d’Orient qui vous garde encore une si vive tendresse. Votre pouvoir sur la terre s’étendait jusqu’à ressusciter les morts ; priez, afin que la véritable vie, celle qui est dans la Foi et l’Unité, revienne animer cet immense cadavre. Par vos instances auprès de Dieu, obtenez que le Sacrifice Je l’Agneau que nous attendons soit de nouveau et bientôt célébré sous les Dômes de Sainte-Sophie. Restituez à l’unité les Sanctuaires de Kiev et de Moscou, et après avoir soumis à la Croix l’orgueil du Croissant, abaissez devant les Clefs de saint Pierre la majesté des Tzars, afin qu’il n’y ait plus ni Scythe, ni Barbare, mais un seul pasteur.

Saint Nicolas évêque et confesseur
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Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

6 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour découvrir à ses serviteurs les événements qui doivent arriver bientôt; et qu'il a fait connaître, en l'envoyant par son ange, à Jean, son serviteur,qui a attesté la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ en tout ce qu'il a vu.

Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de cette prophétie, et qui gardent les choses qui y sont écrites, car le temps est proche!

Jean aux sept Églises qui sont en Asie: grâce et paix vous soient données de la part de Celui qui est, qui était et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, et de la part de Jésus-Christ;c'est le Témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts et le Prince des rois de la terre.

A celui qui nous a aimés, qui nous a lavés de nos péchés par son sang, et qui nous a faits rois et prêtres de Dieu, son Père, à lui la gloire et la puissance des siècles des siècles! Amen!

Le voici qui vient sur les nuées. Tout œil le verra, et ceux même qui l'ont percé; et toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine en le voyant.

Oui. Amen! "Je suis l'alpha et l'oméga ", dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

Moi Jean, votre frère, qui participe avec vous, à l'affliction, à la royauté et à la patience en Jésus-Christ, j'étais dans l'île appelée Patmos, à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus.

 Je fus ravi en esprit le jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, comme une trompette, qui disait: "Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises qui sont en Asie: à Éphèse, à Smyrne, à Pergames, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée."

Alors je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait; et quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d'or, et, au milieu des chandeliers, quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme; il était vêtu d'une longue robe, portait à la hauteur des seins une ceinture d'or; sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu; ses pieds étaient semblables à de l'airain qu'on aurait embrasé dans une fournaise, et sa voix était comme la voix des grandes eaux. Il tenait dans sa main droite sept étoiles; de sa bouche sortait un glaive aigu, à deux tranchants, et son visage était comme le soleil lorsqu'il brille dans sa force.

Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort; et il posa sur moi sa main droite, en disant: " Ne crains point; je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant; j'ai été mort, et voici que je suis vivant aux siècles des siècles; je tiens les clefs de la mort et de l'enfer.

Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver ensuite, le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, et les sept chandeliers d'or. Les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont sept Églises.

Écris à l'ange de l'Église d'Éphèse

Voici ce que dit Celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, Celui qui marche au milieu des sept chandeliers d'or 

Je connais tes œuvres, ton labeur et ta patience; je sais que tu ne peux supporter les méchants; que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et que tu les a trouvés menteurs; que tu as de la patience, que tu as eu à supporter pour mon nom, et que tu ne t'es point lassé.

Mais j'ai contre toi que tu t'es relâché de ta première charité. Souviens-toi donc d'où tu es tombé, repens-toi et reviens à tes premières œuvres sinon, je viendrai à toi, et j'ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes.

Pourtant tu as en ta faveur que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, œuvres que moi aussi je hais.

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

A celui qui vaincra, je lui donnerai à manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de mon Dieu.

Écris encore à l'ange de l'Église de Smyrne.

Voici ce que dit le Premier et le Dernier, Celui qui était mort et qui a repris vie

 Je connais ta tribulation et ta pauvreté, - mais tu es riche, - et les insultes de ceux qui se disent juifs et ne le sont pas, mais bien une synagogue de Satan. Ne crains rien de ce que tu auras à souffrir. Voici que le diable va jeter quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez mis à l'épreuve, et vous aurez une tribulation de dix jours.

Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de la vie.

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

Celui qui vaincra ne recevra aucun dommage de la seconde mort.

Écris encore à l'ange de l'Église de Pergame:

Voici ce que dit Celui qui a le glaive aigu à deux tranchants

Je sais où tu habites: là où se trouve le trône de Satan; mais tu es fermement attaché à mon nom, et tu n'as point renié ta foi, même en ces jours où Antipas, mon témoin fidèle, a été mis à mort chez vous, où Satan habite.

Mais j'ai contre toi quelques griefs; c'est que tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam, qui conseillait à Balac de mettre devant les fils d'Israël une pierre d'achoppement, pour les amener à manger des viandes immolées aux idoles et à se livrer à l'impudicité. De même toi aussi, tu as des gens attachés pareillement à la doctrine des Nicolaïtes.

Repens-toi! sinon, je viendrai à toi promptement, et je leur ferai la guerre avec le glaive de ma bouche.

Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l'Esprit aux Églises!

A celui qui vaincra, je donnerai de la manne cachée; et je lui donnerai une pierre blanche, et sur cette pierre est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit.

Écris encore à l'ange de l'Église de Thyatire:

Voici ce que dit le Fils de Dieu, Celui qui a les yeux comme une flamme de feu, et dont les pieds sont semblables à l'airain.

Je connais tes œuvres, ta charité, ta foi, ta bienfaisance, ta patience et ces dernières œuvres plus nombreuses que les premières.

Mais j'ai contre toi quelques griefs: c'est que tu laisses la femme Jézabel, se disant prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs, pour qu'ils se livrent à l'impudicité et mangent des viandes immolées aux idoles.

 Je lui ai donné du temps pour faire pénitence, et elle ne veut pas se repentir de son impudicité. Voici que je vais la jeter sur un lit, et plonger dans une grande tristesse ses compagnons d'adultère, s'ils ne se repentent des œuvres qu'elle leur à enseignées.  Je frapperai de mort ses enfants, et toutes les églises connaîtront que je suis Celui qui sonde les reins et les cœurs; et je rendrai à chacun de vous selon vos œuvres

Mais à vous, aux autres fidèles de Thyatire, qui ne reçoivent pas cette doctrine, qui n'ont pas connu les profondeurs de Satan (comme ils les appellent), je vous dis: Je ne vous imposerai pas d'autre fardeau; seulement, tenez ferme ce que vous avez, jusqu'à ce que je vienne.

Et à celui qui vaincra et qui gardera jusqu'à la fin mes œuvres, je lui donnerai pouvoir sur les nations; il les gouvernera avec un sceptre de fer, ainsi que l'on brise les vases d'argile, comme moi-même j'en ai reçu le pouvoir de mon Père, et je lui donnerai l'étoile du matin.

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux églises!

 

Écris encore à l'ange de l'Église de Sardes:

Voici ce que dit Celui qui a les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles.

Je connais tes oeuvres: tu as la réputation d'être vivant, mais tu es mort. Sois vigilant, et affermis le reste qui allait mourir; car je n'ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu. Souviens-toi donc de l'enseignement que tu as reçu et entendu; garde-le et repens-toi. Si donc tu ne veilles pas, je viendrai à toi comme un voleur, sans que tu aies su à quelle heure je viendrai à toi.

Pourtant tu as à Sardes quelques personnes qui n'ont pas souillé leurs vêtements; ceux-là marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu'ils en sont dignes.

Celui qui vaincra sera ainsi revêtu de vêtements blancs; je n'effacerai point son nom du livre de la vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges.

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

Écris encore à l'ange de l'Église de Philadelphie:

Voici ce que dit le Saint, le Véritable, Celui qui a la clef de David, Celui qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n'ouvre

 Je connais tes œuvres Voici que j'ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer, parce que tu as peu de puissance, que tu as gardé ma parole et que tu n'as point renié mon nom.

Voici que je te donne quelques-uns de la synagogue de Satan, qui se disent Juifs, et ne le sont point, mais ils mentent; voici, je les ferai venir se prosterner à tes pieds, et ils connaîtront que je t'ai aimé.

Parce que tu as gardé ma parole sur la patience, moi aussi je te garderai de l'heure de l'épreuve qui va venir sur le monde entier, pour éprouver les habitants de la terre.

Voici que je viens bientôt: tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne ravisse ta couronne.

Celui qui vaincra, j'en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n'en sortira plus; et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel d'auprès de mon Dieu, et mon nom nouveau.

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

 

Écris encore à l'ange de l’Église de Laodicée:

Voici ce que dit l'Amen, le Témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu

Je connais tes œuvres: tu n'es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud!  Aussi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche.

Tu dis: Je suis riche, j'ai acquis de grands biens, je n'ai besoin de rien; et tu ne sais pas que tu es un malheureux, un misérable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille de m'acheter de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche; des vêtements blancs pour te vêtir et ne pas laisser paraître la honte de ta nudité; et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies. Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j'aime; aie donc du zèle et repens-toi.

Voici que je me tiens à la porte et je frappe: si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez toi, je souperai avec lui et lui avec moi.

Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône comme moi aussi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône

Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises!

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Saint Pierre Chrysologue évêque confesseur et docteur mémoire de Sainte Barbe Vierge et Martyre

4 Décembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Pierre Chrysologue évêque confesseur et docteur mémoire de Sainte Barbe Vierge et Martyre

Collecte

O Dieu, qui, par des prodiges divins, avez désigné et fait élire pour gouverner et enseigner votre Église l’illustre Docteur, le bienheureux Pierre Chrysologue, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux, celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Office

Quatrième leçon. Pierre, surnommé Chrysologue, à cause de l’or de son éloquence, naquit de parents honnêtes, à Imola dans l’Émilie. Dès son jeune âge, tournant son cœur vers la piété, il s’attacha à l’Évêque de cette ville, Cornélius le romain ; ayant fait auprès de lui de rapides progrès en science et en sainteté, il fut créé Diacre. Peu après, l’Archevêque de Ravenne étant mort, les habitants de cette ville envoyèrent, à Rome, suivant l’usage, le successeur qu’ils avaient élu, solliciter du saint Pape Sixte III, la confirmation de cette élection. Cornélius se joignit aux députés de Ravenne et emmena avec lui son Diacre. Cependant l’Apôtre saint Pierre et le Martyr Apollinaire apparurent en songe au Souverain Pontife, ayant entre eux ce jeune lévite, et ordonnèrent au Pape de ne pas en placer d’autre que lui sur le siège archiépiscopal de Ravenne. Aussi le Pontife n’eut pas plutôt vu Pierre, qu’il reconnut en lui l’élu du Seigneur ; il rejeta donc le candidat qui lui avait été présenté et préposa Pierre au gouvernement de cette Église métropolitaine, l’an du Christ quatre cent trente-trois. Les envoyés de l’Église de Ravenne eurent d’abord quelque peine à accepter ce choix, mais au récit de la vision ils acquiescèrent volontiers à la volonté divine et reçurent le nouvel Archevêque avec le plus grand respect.

Cinquième leçon. Ainsi Pierre, sacré Archevêque malgré lui, fut conduit à Ravenne où l’empereur Valentinien, Galla Placidia sa mère, et tout le peuple, l’accueillirent avec une grande joie ; il leur déclara qu’ayant consenti à porter pour leur salut un si lourd fardeau, il ne leur demandait qu’une chose : de s’appliquer à suivre ses avis et de ne pas résister aux préceptes divins. Il s’occupa alors de faire ensevelir avec des parfums précieux les corps de deux Saints morts en cette ville, saint Barbatien Prêtre, et saint Germain, Évêque d’Auxerre, dont il revendiqua comme héritage le capuchon et le cilice. Il ordonna Évêques, Projectus et Marcellin. Il fit creuser à Classe une fontaine vraiment admirable de grandeur et éleva plusieurs temples magnifiques en l’honneur du bienheureux Apôtre André et d’autres Saints. On avait coutume de célébrer aux calendes de janvier, des jeux accompagnés de représentations théâtrales et de danses ; il abolit cet usage par la force de ses exhortations, et dit à ce propos, entre plusieurs autres choses remarquables : « Celui qui veut s’amuser avec le diable ne pourra pas se réjouir avec le Christ. » Par l’ordre de saint Léon le Grand, il écrivit au concile de Chalcédoine contre l’hérésie d’Eutychès. En outre, il répondit à l’hérésiarque lui-même, par une autre lettre qu’on a jointe aux actes du concile dans les dernières éditions, et qui est consignée dans les annales ecclésiastiques.

Sixième leçon. Dans les prédications publiques qu’il adressait à son peuple, l’éloquence de Pierre était si véhémente et son ardeur si grande, que parfois la voix fui manqua, comme il arriva dans son sermon sur l’hémorroïsse. Les Ravennais présents en furent si émus et remplirent tellement l’église de larmes, de cris et de prières que, dans la suite, le Saint lui-même remerciait Dieu d’avoir fait tourner son extinction de voix au profit de l’amour du Sauveur. Il gouvernait très saintement cette Église depuis environ dix-huit ans, lorsqu’ayant appris par une révélation divine que la fin de ses travaux approchait, il revint dans sa ville natale. Là, il se rendit dans l’église de Saint-Cassien et y déposa en offrande sur l’autel principal, un grand diadème d’or orné de pierres précieuses, une coupe également en or, et une patène d’argent qui donne à l’eau qu’on y met et qui en est versée comme on l’a souvent expérimenté, la vertu de guérir les morsures de chiens enragés, et de couper la fièvre. Alors il congédia ceux des habitants de Ravenne qui l’avaient suivi, leur recommandant d’apporter le plus grand soin au choix d’un excellent pasteur. Puis, adressant à Dieu d’humbles prières, et suppliant saint Cassien, son protecteur, de recevoir avec bonté son âme, il s’en alla doucement de cette vie, le trois des nones de décembre, vers l’an quatre cent cinquante. Son saint corps fut enseveli avec honneur, au milieu des larmes et des témoignages de piété de la ville entière, et déposé auprès de celui du même saint Cassien, où, de nos jours encore, il est religieusement honoré. Un de ses bras, entouré d’or et de pierres précieuses, a été transporté à Ravenne, et on l’y vénère dans la basilique Ursicane

La même Providence divine qui n’a pas permis que l’Église, au saint temps de l’Avent, fût privée de la consolation de fêter quelques-uns des Apôtres qui ont annoncé la venue du Verbe aux Gentils, a voulu aussi qu’à la même époque, les saints Docteurs qui ont défendu la vraie Foi contre les hérétiques, fussent pareillement représentés dans cette importante fraction du Cycle catholique. Deux d’entre eux, saint Ambroise et saint Pierre Chrysologue, resplendissent au ciel de la sainte Église, en cette saison, comme deux astres éclatants. Il est digne de remarque que tous deux ont été les vengeurs du Fils de Dieu que nous attendons. Le premier a vaillamment combattu les Ariens, dont le dogme impie voudrait faire du Christ, objet de nos espérances, une créature et non un Dieu ; le second s’est opposé à Eutychés, dont le système sacrilège détruit toute la gloire de l’Incarnation du Fils de Dieu, osant enseigner que, dans ce mystère, la nature humaine a été absorbée par la divinité.

C’est ce second Docteur, le pieux Pontife de Ravenne, que nous honorons aujourd’hui. Son éloquence pastorale lui acquit une haute réputation, et il nous est resté un grand nombre de ses Sermons. On y recueille une foule de traits de la plus exquise beauté, bien qu’on y sente quelquefois la décadence de la littérature au Ve siècle. Le mystère de l’Incarnation y est souvent traité, et toujours avec une précision et un enthousiasme qui révèlent la science et la piété du saint évêque. Son admiration et son amour envers Marie Mère de Dieu qui avait, en ce siècle, triomphé de ses ennemis par le décret du concile d’Éphèse, lui inspirent les plus beaux mouvements et les plus heureuses pensées.

Nous citerons quelques lignes sur l’Annonciation :
« A la Vierge Dieu envoie un messager ailé. C’est lui qui sera le porteur de la grâce ; il présentera les arrhes et en recevra le retour. C’est a lui qui rapportera la foi donnée, et qui, après avoir conféré la récompense à une si haute vertu, remontera en hâte porteur de la promesse virginale. L’ardent messager s’élance d’un vol rapide vers la Vierge ; il vient suspendre les droits de l’union humaine ; sans enlever la Vierge à Joseph, il la restitue au Christ à qui elle fut fiancée dès l’instant même où elle était créée. C’est donc son épouse que le Christ reprend, et non celle d’un autre ; ce n’est pas une séparation qu’il opère, c’est lui qui se donne à sa créature en s’incarnant en elle.
Mais écoutons ce que le récit nous raconte de l’Ange : Étant entré près d’elle, il lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous. De telles paroles annoncent déjà le don céleste ; elles n’expriment pas un salut ordinaire. Salut ! C’est-à-dire : recevez la grâce, ne tremblez pas, ne songez pas à la nature. Pleine de grâce, c’est-à-dire : en d’autres réside la grâce, mais en vous résidera la plénitude de la grâce. Le Seigneur est avec vous : qu’est-ce à dire ? Sinon que le Seigneur n’entend pas seulement vous visiter, mais qu’il descend en vous, pour naître de vous par un mystère tout nouveau. L’Ange ajoute : Vous êtes bénie entre toutes les femmes : pourquoi ? parce que celles dont Ève la maudite déchirait les entrailles, ont maintenant Marie la bénie qui se réjouit en elles, qui les honore, qui devient leur type. Ève, par la nature, n’était plus que la mère des mourants ; Marie devient, par la grâce, la mère des vivants. »

Dans le discours suivant, le saint Docteur nous enseigne avec quelle profonde vénération nous devons contempler Marie en ces jours où Dieu réside encore en elle. « Quand il s’agit, dit-il, de l’appartement intime du roi, de quel mystère, de quelle révérence, de quels profonds égards ce lieu n’est-il pas entouré ? L’accès en est interdit à tout étranger, à tout immonde, à tout infidèle. Les usages des cours disent assez combien doivent être dignes et fidèles les services que l’on y rend ; l’homme vil, l’homme » indigne seraient-ils soufferts à se rencontrer seulement aux portes du palais ? Lors donc qu’il s’agit du sanctuaire secret de l’Époux divin, qui pourrait être admis, s’il n’est intime, si sa conscience n’est pure, si sa renommée n’est honorable, si sa vie n’est vertueuse ? Dans cet asile sacré, où un Dieu possède la Vierge, la virginité sans tache a seule le droit de pénétrer. Vois donc, ô homme, ce que tu as, ce que tu peux valoir, et demande-toi si tu pourrais sonder le mystère de l’Incarnation du Seigneur, si tu as mérité d’approcher de l’auguste asile où repose encore en ce moment la majesté tout entière du Roi suprême, de la Divinité en personne. »

Saint Pontife, dont la bouche d’or s’est ouverte dans l’assemblée des fidèles, pour faire connaître Jésus-Christ, daignez considérer d’un œil paternel le peuple chrétien qui veille dans l’attente de cet Homme-Dieu dont vous avez si hautement confessé la double nature. Obtenez-nous la grâce de le recevoir avec le souverain respect dû à un Dieu qui descend vers sa créature, et avec la tendre confiance que l’on doit à un frère qui vient s’offrir en sacrifice pour ses frères indignes. Fortifiez notre foi, ô très saint Docteur ! Car l’amour qu’il nous faut procède de la foi. Détruisez les hérésies qui dévastent le champ du Père de famille ; confondez surtout l’odieux Panthéisme, dont l’erreur d’Eutychès est une des plus funestes semences. Éteignez-le enfin dans ces nombreuses chrétientés d’Orient qui ne connaissent l’ineffable mystère de l’Incarnation que pour le blasphémer, et poursuivez aussi parmi nous ce système monstrueux qui, sous une forme plus repoussante encore, menace de tout dévorer. Inspirez aux fidèles enfants de l’Église cette parfaite obéissance aux jugements du Siège Apostolique, dont vous donniez à l’hérésiarque Eutychès, dans votre immortelle Épître, une si belle et si utile leçon, quand vous lui disiez : « Sur toutes choses, nous vous exhortons, honorable frère, de recevoir avec obéissance les choses qui ont été écrites par le bienheureux Pape de la ville de Rome ; car saint Pierre, qui vit et préside toujours sur son propre Siège, y manifeste la vérité de la foi à tous ceux qui la lui demandent. »

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