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Saint Félix de Valois confesseur

20 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Félix de Valois confesseur

Collecte

O Dieu, qui, par une inspiration céleste, avez daigné appeler votre bienheureux Confesseur Félix, de la solitude du désert à l’œuvre du rachat des captifs ; faites, s’il vous plaît, que son intercession nous obtienne de vous la grâce d’être délivrés de l’esclavage de nos péchés, et de parvenir à la patrie céleste

Office

Quatrième leçon. Félix, d’abord appelé Hugues, naquit en France, de la famille royale des Valois. Dès l’âge le plus tendre, il donna des gages sérieux de sa sainteté future, et principalement de sa charité envers les pauvres ; car, tout petit enfant, il distribuait, de sa propre main, des aumônes aux malheureux, comme s’il eût été plus avancé en âge et en pleine maturité de jugement. Devenu plus grand, il avait coutume d’envoyer aux indigents une partie des plats servis sur sa table, et il réservait d’ordinaire aux petits enfants pauvres le mets le plus savoureux. Au cours de son adolescence, il se dépouilla plus d’une fois de ses vêtements pour en couvrir les mendiants. Il obtint de son oncle Thibaut, comte de Champagne et de Blois, la grâce d’un condamné à mort, prédisant que ce misérable, alors assassin, parviendrait dans la suite à une très grande sainteté de vie ; l’événement confirma la vérité de cette prédiction.

Cinquième leçon. Après avoir passé d’une manière digne de louanges les années de son adolescence, son goût pour la contemplation des choses d’en haut commença à lui inspirer la pensée de la solitude ; mais il voulut auparavant recevoir les ordres sacrés, afin de s’enlever toute prétention au trône, dont la succession prochaine lui était assurée, en vertu de la loi salique. Ordonné Prêtre, il célébra avec la plus grande dévotion sa première Messe. Peu après, il se retira dans un désert où, vivant avec une extrême austérité, il nourrissait son âme de l’abondance des grâces célestes. Il y passa très saintement quelques années, en compagnie de saint Jean de Matha, docteur de Paris, qui, poussé par une inspiration d’en haut, s’était mis à sa recherche et l’avait trouvé. Sur l’avis que Dieu leur donna par le ministère d’un Ange, ils se rendirent tous deux à Rome, afin d’obtenir du souverain Pontife une règle de vie spéciale. De son côté, le Pape Innocent III, pendant qu’il célébrait les saints Mystères, eut une révélation, lui faisant connaître l’Ordre religieux et l’œuvre ayant pour but la rédemption des captifs. Ce Pontife revêtit donc lui-même Félix et son compagnon de vêtements blancs, marqués d’une croix de deux couleurs et de même forme que ceux dont l’Ange était revêtu lorsqu’il lui avait apparu. Le Pape voulut en outre que le nouvel institut religieux, conformément à l’indication emblématique de son habit aux trois couleurs, portât le nom de la très sainte Trinité.

Sixième leçon. Après avoir reçu du souverain Pontife Innocent III leur règle propre, confirmée par son autorité, les deux Saints retournèrent au diocèse de Meaux, dans le lieu appelé Cerfroid, où Félix agrandit le premier monastère de son Ordre, que, peu de temps auparavant, il avait construit avec l’aide de son compagnon. Il y fit merveilleusement prospérer l’observance religieuse et l’œuvre de la rédemption, qu’il propagea de là avec beaucoup de zèle dans les autres provinces, par l’entremise de ses disciples. C’est aussi en ce lieu qu’il reçut une faveur signalée de la Vierge-Mère : la nuit d’avant la Nativité de la Mère de Dieu, par une permission divine, tous les frères restèrent endormis et pas un ne se leva pour la récitation de Matines ; Félix, qui veillait, selon sa coutume, devança l’heure et, entrant au chœur, vit au milieu la bienheureuse Vierge, revêtue de l’habit de l’Ordre, marqué de la croix et accompagnée d’esprits célestes vêtus de même. Félix se joignit à eux, et la Mère de Dieu ayant entonné les divines louanges, il chanta tout l’Office avec eux. Il semblait avoir déjà reçu l’invitation de quitter les chœurs de la terre, pour aller se mêler à ceux du ciel ; un Ange, en effet, l’avait averti que l’heure de sa mort était proche. Ayant exhorté ses fils à la charité envers les pauvres et les captifs, il rendit son âme à Dieu, plein de jours et de mérites, l’an de l’Incarnation mil deux cent douze sous le pontificat du même Pape Innocent III.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Félix, appelé dès l’adolescence au désert, semblait devoir y mourir oublié d’un monde qu’il avait méprisé. Mais le Seigneur se réservait de rendre aux yeux des hommes sa vieillesse féconde.

On était à ce qu’on nomme de nos jours un tournant de l’histoire. Le premier des grands Ordres actifs allait, avec saint Jean de Matha, se lever dans l’Église ; d’autres suivraient, réclamés par les temps nouveaux. Ce fut l’heure où l’éternelle Sagesse, qui préside immuable aux variations des peuples  voulut montrer qu’elle non plus la sainteté ne change pas, la charité demeurant sous des formes variées ce que la connurent nos pères, n’ayant toujours qu’en Dieu aimé pour lui-même son principe et sa fin. Et c’est pourquoi Jean de Matha fut amené par l’Esprit à Félix de Valois, comme le disciple au maître ; l’anachorète dont les derniers ans s’achevaient au fond des forêts, vit se greffer sur la contemplation pure, en sa personne, la vie d’action débordante du rédempteur des captifs ; Cerfroid, son désert, resta le chef-lieu des Trinitaires comme il en avait été le berceau.

Lisons la vie du serviteur de Dieu dans le livre de la sainte Église (voir plus haut les lectures de Matines). Mais rappelons-nous qu’elle demande à être complétée par celle de son disciple et fils (VIII février).

Félix, heureux amant de la charité, enseignez-nous le prix de cette reine des vertus et aussi sa nature. C’est elle qui vous attira dans la solitude pour y poursuivre son objet divin, et quand vous sûtes trouver Dieu en lui-même, vous le montra et fit aimer dans vos frères. N’est-ce pas le secret qui rend l’amour fort comme la mort, lui donne comme en vos fils l’audace d’affronter l’enfer ? Puisse-t-il ne point cesser d’être chez nous l’inspirateur de tous les dévouements ; qu’il demeure la part excellente de votre saint Ordre, le procédé précieux de son adaptation toujours féconde aux besoins d’une société où ne cesse point de régner sous mille formes la tyrannie des pires servitudes.

 

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Sainte Elisabeth de Hongrie veuve mémoire de Saint Pontien Pape et Martyr

19 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Elisabeth de Hongrie veuve mémoire de Saint Pontien Pape et Martyr

Collecte

Dieu de miséricorde, éclairez les cœurs de vos fidèles, et, touché des glorieuses prières de sainte Élisabeth, faites-nous mépriser les prospérités du monde et jouir sans cesse des consolations célestes.

Office

Quatrième leçon. Élisabeth, fille d’André, roi de Hongrie, commença dès son enfance à craindre Dieu ; croissant en âge, elle croissait aussi en piété. Ayant été mariée à Louis, Landgrave de Hesse et de Thuringe, elle ne mit pas moins de zèle à remplir ses devoirs envers Dieu, que ses devoirs envers son mari. Se levant la nuit, elle vaquait longuement à l’oraison ; elle s’appliquait à diverses œuvres de charité, se dépensant au service des veuves, des orphelins, des malades, des indigents ; on la vit, durant une famine cruelle, distribuer libéralement le blé de sa maison. Elle donnait asile aux lépreux, leur baisait les mains et les pieds, et fit construire un grand hôpital, destiné à soigner et à nourrir les pauvres.

Cinquième leçon. A la mort de son époux, voulant servir Dieu avec plus de liberté, Élisabeth déposa toutes les parures du siècle, se revêtit d’une robe grossière et entra dans l’Ordre des Pénitents de saint François, où elle se fit particulièrement remarquer par les vertus de patience et d’humilité. Car, dépouillée de tous ses biens, chassée de son propre palais, délaissée de tout le monde, elle supporta avec un courage invincible, les injures, les sarcasmes et les médisances, ressentant même une très grande joie de souffrir ainsi pour Dieu, s’abaissant jusqu’aux plus vils offices auprès des pauvres et des malades, leur procurant les soulagements nécessaires, et se contentant d’herbes et de légumes pour sa nourriture.

Sixième leçon. Après avoir passé très religieusement sa vie dans l’accomplissement de ces œuvres de piété et de beaucoup d’autres non moins saintes, le terme de son pèlerinage arriva enfin ; elle l’avait déjà prédit à ceux qui l’entouraient. Ce fut pendant qu’elle se livrait à la contemplation divine, les yeux fixés au ciel, qu’elle s’endormit dans le Seigneur, après avoir été merveilleusement assistée de Dieu et fortifiée par la réception des sacrements. Il se fit aussitôt plusieurs miracles à son tombeau ; en ayant eu connaissance et les ayant constatés, Grégoire IX l’inscrivit au nombre des Saints.

Dom Guéranger l'Année Liturgique

Bien que tous les élus resplendissent au ciel d’un éclat propre à chacun d’eux, Dieu se complaît à les grouper par familles, comme il le fait dans la nature pour les astres du firmament. C’est la grâce qui préside à ce groupement des constellations dans le ciel des Saints ; mais parfois Dieu semble vouloir nous rappeler ici que nature et grâce l’ont pour commun auteur ; et les conviant malgré la chute à l’honorer ensemble dans ses élus, il fait de la sainteté comme un patrimoine auguste que se transmettent de générations en générations les membres d’une même famille de la terre. Parmi ces races bénies ne le cède à aucune la royale lignée qui, de l’antique Pannonie, étendit sur le monde aux meilleurs temps de la chrétienté l’ombre de ses rameaux ; riche en vertu, éprise du beau, comme parle l’Écriture, portant la paix dans ces maisons couronnées de la vieille Europe que tant d’alliances avaient rendues siennes, les noms qu’elle inscrivit au livre d’or des bienheureux perpétuent sa gloire.

Mais, de ces noms illustres, entouré d’eux comme un diamant serti d’une couronne de perles, le plus grand pour l’Église et les peuples est celui de l’aimable Sainte, mûre pour le ciel à vingt-quatre ans, qui rejoint aujourd’hui les Etienne, les Emeric et les Ladislas. Élisabeth ne demeura pas au-dessous de leurs mâles vertus ; mais la simplicité de son âme aimante imprégna l’héroïsme de sa race comme d’une huile parfumée dont la senteur, se répandant sous tous les cieux, entraîne dans la voie des Bienheureux et des Saints, avec sa fille Gertrude de Thuringe, sa tante Hedwige de Silésie, et ses cousines ou nièces et petites-nièces Agnès de Bohême, Marguerite de Hongrie, Cunégonde de Pologne, Élisabeth de Portugal.

Le Dieu des humbles sembla vouloir rivaliser avec toute la poésie de ces temps chevaleresques, pour idéaliser dans la mémoire des hommes la douce enfant qui, transplantée, fleur à peine éclose, de la cour de Hongrie à celle de Thuringe, ne sut qu’aimer et se dévouer pour lui. Quelle fraîcheur d’idylle, mais d’une idylle du ciel, en ces pages des contemporains où nous est racontée la vie de la chère Sainte avec l’époux si tendrement aimé qui fut le digne témoin des extases de sa piété sublime et naïve, le défenseur envers et contre tous de ses héroïques et candides vertus ! Aux intendants qui se plaignent que, dans une absence du duc Louis, elle a malgré eux épuisé le trésor pour les pauvres : « J’entends, dit-il, qu’on laisse mon Élisabeth agir à sa guise ; qu’elle donne tout ce qu’elle voudra, pourvu qu’elle me laisse la Wartbourg et Naumbourg. »

Aussi le Seigneur, ouvrant les yeux du landgrave, lui montrait sous la forme de roses, dignes déjà des parterres du ciel, les provisions qu’Élisabeth portait aux malheureux dans son manteau.

Jésus lui-même apparaissait en croix dans le lépreux qu’elle recueillait en ses appartements pour le soigner plus à l’aise. S’il arrivait que d’illustres hôtes survenant à l’improviste, la duchesse dont les bijoux passaient comme le reste en aumônes se trouvât dépourvue de la parure qui eût convenu pour leur faire honneur, les Anges y suppléaient si bien qu’aux yeux émerveillés des visiteurs, selon le dire des chroniqueurs allemands de l’époque, la reine de France n’eût pas été plus admirablement belle, plus richement parée.

C’est qu’en effet Élisabeth entendait ne se dérober à aucune des obligations ni convenances de sa situation de princesse souveraine ou d’épouse. Aussi gracieusement simple en ses vertus qu’affable pour tous, elle s’étonnait de l’attitude sombre et morose que plusieurs affectaient dans leurs prières ou leurs austérités : « Ils ont l’air de vouloir épouvanter le Bon Dieu, disait-elle, tandis qu’il aime celui qui donne joyeusement. »

Le temps, hélas ! vint vite pour elle de donner sans compter. Ce fut d’abord le départ en croisade du duc Louis, son époux, dont il sembla qu’elle ne se pourrait jamais séparer ; puis la scène déchirante où lui fut annoncée sa mort, au moment où pour la quatrième fois elle venait d’être mère ; enfin l’acte d’odieuse félonie par lequel Henri Raspon, l’indigne frère du landgrave, trouvant l’occasion bonne pour s’emparer des états du défunt, chassa ses enfants et sa veuve, avec défense à qui que ce fût de les recevoir. Dans ce pays où toute misère avait éprouvé ses bontés, Élisabeth dut mendier, en butte à mille rebuts, le pain des pauvres enfants, réduits comme elle à se contenter pour gîte d’une étable à pourceaux.

L’heure des réparations devait sonner avec le retour des chevaliers partis en la compagnie du duc Louis. Mais Élisabeth, devenue l’amante passionnée de la sainte pauvreté, resta parmi les pauvres. Première professe du Tiers-Ordre séraphique, le manteau que saint François lui avait envoyé comme à sa très chère fille demeura son unique trésor. Bientôt les sentiers du renoncement absolu l’eurent conduite au terme. Celle que, vingt ans auparavant, on apportait dans un berceau d’argent à son fiancé vêtue de soie et d’or, s’envolait à Dieu d’une masure de terre glaise, n’ayant pour vêtement qu’une robe rapiécetée ; les ménestrels dont les assauts de gai savoir avaient rendu fameuse l’année de sa naissance n’étaient plus là, mais on entendit les Anges qui chantaient, montant vers les cieux : Regnum mundi contempsi, propter amorem Domini mei Jesu Christi, quem vidi, quem amavi, in quem credidi,quem dilexi.

Quatre ans après, Élisabeth, déclarée Sainte par le Vicaire de Jésus-Christ, voyait tous les peuples du Saint-Empire, empereur en tête, affluer à Marbourg où elle reposait au milieu de ces pauvres dont elle avait ambitionné la vie. Son corps sacré fut remis à la garde des chevaliers Teutoniques, qui reconnurent l’honneur en faisant de Marbourg un chef-lieu de l’Ordre, et en élevant à la Sainte la première église ogivale que l’Allemagne ait possédée. De nombreux miracles y attirèrent longtemps l’univers chrétien.

Et maintenant, bien que toujours debout, toujours belle en son deuil, Sainte-Élisabeth de Marbourg ne connaît plus que de nom celle qui fut sa gloire. A la Wartbourg embaumée des grâces de la chère Sainte, où s’écoula au milieu des plus suaves épisodes sa vie d’enfant et d’épouse, le grand souvenir qu’on montre au voyageur est la chaire d’un moine en rupture de ban, et la tache d’encre dont, en un jour de démence ou d’ivresse, il salit les murs, comme il devait de sa plume tenter de tout profaner et souiller dans l’Église de Dieu.

 

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Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul

18 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul
Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul

Collecte

O Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues.

Office

Leçons des Matines avant 1960

Au premier nocturne.

Du livre de l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean. Ap. 21, 18-27.

Première leçon. La muraille était bâtie de pierres de jaspe ; mais la ville elle-même était d’un or pur semblable à du verre très clair. Et les fondements de la muraille de la ville étaient ornés de toutes sortes de pierres précieuses. Le premier fondement était de jaspe, le second de saphir, le troisième de chalcédoine, le quatrième d’émeraude, le cinquième de sardonix, le sixième de sardoine, le septième de chrysolithe, le huitième de béryl, le neuvième de topaze, le dixième de chrysopase, le onzième d’hyacinthe, le douzième d’améthyste.

Deuxième leçon. Les douze portes étaient douze perles : ainsi chaque porte était d’une seule perle, et la place de la ville était d’un or pur comme un verre transparent. Je ne vis point de temple dans la ville, parce que le Seigneur tout-puissant et l’Agneau en sont le temple. Et la ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, parce que la gloire de Dieu l’éclairé, et que sa lampe est l’Agneau.

Troisième leçon. Les Nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire et leur honneur. Ses portes ne se fermeront point pendant le jour ; car là il n’y aura pas de nuit. Et l’on y apportera la gloire et l’honneur des Nations. Il n’y entrera rien de souillé, ni aucun de ceux qui commettent l’abomination-et le mensonge, mais ceux-là seulement qui sont écrits dans le livre de vie de l’Agneau.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Parmi les sanctuaires vénérés autrefois des Chrétiens, les plus célèbres et les plus fréquentés étaient ceux dans lesquels des corps de Saints avaient été ensevelis, ou bien dans lesquels se trouvait quelque vestige ou quelque souvenir des Martyrs. Au nombre de ces lieux saints et au premier rang, l’on distingua toujours cette partie du Vatican appelée Confession de saint Pierre. Les Chrétiens, en effet, y accouraient de tous les points de l’univers, comme à la pierre ferme de la foi et au fondement de l’Église, et vénéraient avec une religion et une piété souveraines, l’emplacement consacré par le sépulcre du prince des Apôtres.

Cinquième leçon. L’empereur Constantin le Grand vint là huit jours après avoir reçu le baptême ; il déposa le diadème, et, prosterné à terre, versa des larmes abondantes. Après quelques instants, ayant pris une houe et un hoyau, il se mit à creuser le sol. Il en tira douze corbeilles de terre, en l’honneur des douze Apôtres, désigna l’emplacement destiné à la basilique du prince des Apôtres et y fit commencer la construction d’une église. Le Pape saint Sylvestre la dédia le quatorze des calendes de décembre, en y observant les mêmes rites que pour la consécration de l’église de Latran, qui avait eu lieu le cinq des ides de novembre. Il y érigea un autel de pierre, qu’il oignit du saint chrême, et ordonna que dès lors on ne construirait plus que des autels en pierre. Saint Sylvestre dédia encore la basilique de l’Apôtre saint Paul, élevée à grands frais sur la route d’Ostie, par le même empereur Constantin. Cet empereur donna de grandes richesses à ces basiliques et les orna de splendides présents.

Sixième leçon. La basilique vaticane menaçant ruine par l’effet du temps, elle a été, grâce à la dévotion de beaucoup de Pontifes, totalement reconstruite sur un plan plus vaste et plus magnifique. Urbain VIII l’a solennellement consacrée l’an mil six cent vingt-six, en la date même où elle l’avait été lors de sa première érection. Quant à la basilique de la voie d’Ostie, un terrible incendie la consuma presque entièrement, en mil huit cent vingt-trois. Par les soins infatigables de quatre Papes, elle a été plus splendidement réédifiée, et comme vengée de son désastre. Pour la consacrer, une occasion très favorable s’offrit à Pie IX : la proclamation récente du dogme de l’Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie avait attiré à Rome, des régions les plus éloignées de l’univers catholique, un grand nombre de Cardinaux et d’Évêques. Il la dédia donc solennellement, entouré de cette magnifique couronne de membres du Sacré Collège et de Pontifes, le dix décembre mil huit cent cinquante-quatre, et fixa à ce jour la mémoire de cette solennelle Dédicace.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Si nous désirons être vraiment sages et contempler la sagesse même, reconnaissons humblement que nous ne sommes que des insensés. Renonçons à une sagesse dangereuse, apprenons une folie digne de louanges. C’est pour nous y engager qu’il est écrit : « Dieu a choisi ce qui est insensé selon le monde pour confondre les sages ». C’est pour cela encore qu’il a été dit : « Si quelqu’un d’entre vous paraît sage selon ce siècle, qu’il devienne fou pour être sage ». C’est pour cela enfin que les paroles de l’Évangile nous attestent que Zachée, ne pouvant voir à cause de la foule, monta sur un sycomore afin de contempler le Seigneur à son passage. Le mot sycomore signifie, en effet, figuier fou.

Huitième leçon. Zachée, qui était très petit de taille, monta donc sur un sycomore et vit le Seigneur ; car ceux qui choisissent humblement ce que le monde taxe de folie, contemplent avec clarté la sagesse de Dieu. La foule empêche notre petitesse de voir le Seigneur parce que le tumulte des sollicitudes du siècle accable l’infirmité de l’esprit humain, de telle sorte qu’il ne peut porter ses regards vers la lumière de la vérité. Mais nous montons sagement sur le sycomore, si nous gardons avec soin en notre esprit cette folie que nous conseillent les préceptes divins. Qu’y a-t-il en ce monde de plus insensé que de ne pas chercher à recouvrer les biens que l’on a perdus ; d’abandonner ce qu’on possède à ceux qui le ravissent ; de ne pas rendre injure pour injure, mais au contraire de n’opposer que la patience à un surcroît d’outrages ?

Neuvième leçon. Le Seigneur nous ordonne, en quelque sorte, de monter sur le sycomore, quand il nous dit : « Ne redemandez point votre bien à celui qui vous le ravit », et aussi : « A quiconque vous frappe sur une joue, présentez encore l’autre ». Du haut du sycomore on aperçoit le Seigneur qui passe ; car, grâce à cette sage folie, on voit la sagesse de Dieu, non point encore d’une manière complète et durable, mais par la lumière de la contemplation, et comme en passant. Au contraire ceux qui paraissent sages à leurs propres yeux ne le sauraient apercevoir, car, arrêtés par la foule de leurs orgueilleuses pensées, ils n’ont pas encore trouvé le sycomore pour contempler le Seigneur.

QUOD DUCE TE MUNDUS SURREXIT IN ASTRA TRIUMPHANS, HANC CONSTANTINUS VICTOR TIBI CONDIDIT AULAM. Parce que le monde sous ta conduite s’est élevé triomphant jusqu’aux cieux, Constantin vainqueur construisit ce temple à ta gloire. C’était l’inscription qui, dans l’ancienne basilique vaticane, se détachait en lettres d’or au sommet de l’arc triomphal. Jamais en moins de mots le génie romain ne s’exprima si magnifiquement ; jamais n’apparut mieux la grandeur de Simon fils de Jean sur les sept collines. En 1506, la sublime dédicace tombant de vétusté périt avec l’arc sous lequel, à la suite du premier empereur chrétien, peuples et rois, le front dans la poussière, s’étaient pressés durant douze siècles en présence de la Confession immortelle, centre et rendez-vous du monde entier. Mais la coupole lancée dans les airs par le génie de Michel-Ange, désigne toujours à la Ville et au monde le lieu où dort le pêcheur galiléen, successeur des Césars, résumant dans le Christ dont il est le Vicaire les destinées de la ville éternelle.

La seconde gloire de Rome est la tombe de Paul sur la voie d’Ostie. Cette tombe, à la différence de celle de Pierre qui continue de plonger dans les profondeurs de la crypte vaticane, est portée jusqu’à fleur de terre par un massif de maçonnerie, sur lequel pose le vaste sarcophage. On fut à même de constater cette particularité en 1841, lorsque l’on reconstruisit l’autel papal. Il parut évident que l’intention de soustraire le tombeau de l’apôtre aux inconvénients qu’amènent les débordements du Tibre, avait obligé de soulever ainsi le sarcophage de la place où d’abord Lucine l’avait établi . Le pèlerin n’a garde de s’en plaindre, lorsque par le soupirail qui s’ouvre au centre de l’autel, son œil respectueux peut s’arrêter sur le marbre qui ferme la tombe, et y lire ces imposantes paroles, tracées en vastes caractères de l’époque constantinienne : PAULO APOSTOLO ET MARTYRI.

Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul

Ainsi Rome chrétienne est protégée au nord et au midi par ces deux citadelles. Associons-nous aux sentiments de nos pères, lorsqu’ils disaient de la cité privilégiée : « Pierre, le portier, fixe ! à l’entrée sa demeure sainte ; qui niera que cette ville soit pareille aux cieux ? A l’autre extrémité, Paul, de son temple, en garde les murs ; Rome est assise entre les deux : là donc est Dieu. »

Donc aussi la présente fête méritait d’être plus qu’une solennité locale ; l’Église mère, en l’étendant à toute Église dans ces derniers siècles, a mérité la reconnaissance du monde. Grâce à elle, nous pouvons tous ensemble aujourd’hui faire en esprit ce pèlerinage ad limina que nos aïeux accomplissaient au prix de tant de fatigues, ne croyant jamais en acheter trop cher les saintes joies et les bénédictions. « Célestes monts, sommets brillants de la Sion nouvelle ! là sont les portes de la patrie, les deux lumières du monde en sa vaste étendue : là, Paul comme un tonnerre fait entendre sa voix ; là, Pierre retient ou lance la foudre. Par celui-là les cœurs des hommes sont ouverts, par celui-ci les cieux. Celui-ci est la pierre de fondement, celui-là l’ouvrier du temple où s’élève l’autel qui apaise Dieu. Tous deux, fontaine unique, épanchent les eaux qui guérissent et désaltèrent. »

Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul
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XXIIIème dimanche après la Pentecôte

17 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

XXIIIème dimanche après la Pentecôte

Introït

Moi, j’ai des pensées de paix et non d’affliction, dit le Seigneur ; vous m’invoquerez et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. Vous avez béni, Seigneur, votre terre, vous ayez délivré Jacob de la captivité.

Collecte

Pardonnez, nous vous en supplions, Seigneur, les offenses de vos peuples ; afin que, par votre bonté, nous soyons délivrés des liens des péchés que notre fragilité nous a fait commettre. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Épitre Ph 3, 17-21 : 4, 1-3

Mes frères, soyez mes imitateurs, et regardez ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. Car il y a en a beaucoup, dont je vous ai souvent parlé, et dont je vous parle encore maintenant avec larmes, qui marchent en ennemis de la croix du Christ. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui est leur honte, et leurs pensées sont pour la terre. Quant à nous, notre vie est dans le ciel, d’où nous attendons comme sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps d’humiliation, en le rendant semblable à son corps glorieux, par le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses. C’est pourquoi, mes frères très aimés et très désirés, qui êtes ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés. Je prie Evodie, et je conjure Syntiché, d’avoir les mêmes sentiments dans le Seigneur. Et toi aussi, mon fidèle collègue, je te prie de les assister, elles qui ont travaillé avec moi pour l’évangile, avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont dans le livre de vie

Évangile Mt. 9, 18-26

En ce temps-là, comme Jésus parlait à la foule, un chef de synagogue s’approcha, et se prosterna devant lui, en disant : Seigneur, ma fille est morte il y a un instant ; mais venez, imposez votre main sur elle, et elle vivra. Jésus, se levant, le suivait avec ses disciples. Et voici qu’une femme, qui souffrait d’une perte de sang depuis douze ans, s’approcha par derrière, et toucha la frange de son vêtement. Car elle disait en elle-même : Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. Jésus, se retournant et la voyant, dit : Aie confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée. Et la femme fut guérie à l’heure même. Lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef de synagogue, et qu’il eut vu les joueurs de flûte et une foule bruyante, il dit : Retirez-vous ; car cette jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui. Lorsque la foule eut été renvoyée, il entra, et prit la main de la jeune fille. Et la jeune fille se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays.

Secrète

Pour accroître notre zèle à vous servir, nous vous offrons, Seigneur, ce sacrifice de louange, afin que nous étant propice, vous acheviez en nous ce que sans mérite de notre part, votre grâce a commencé. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Postcommunion

Nous vous supplions, ô Seigneur notre Dieu, de ne pas supporter que ceux auxquels vous accordez la joie de prendre part au divin banquet, succombent dans les périls qui menacent l’humanité. Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Le huitième miracle est celui qu’un chef, qui ne veut pas être exclu du mystère de la vraie circoncision, demande à Jésus pour la résurrection de sa fille. Mais voici qu’une femme, affligée d’une perte de sang, se glisse à travers le cortège et est guérie en huitième lieu, de sorte que la fille du chef, déplacée de ce rang, n’a plus que le neuvième, conformément au mot du Psalmiste : « L’Éthiopie tendra la première ses mains vers Dieu ». Et à celui de l’Apôtre : lorsque « la plénitude des Gentils sera entrée, alors tout Israël sera sauvé ».

Huitième leçon. « Et voilà qu’une femme affligée d’une perte de sang depuis douze ans, s’approcha de lui par derrière, et toucha la frange de son vêtement. » Nous lisons dans l’Évangile selon saint Luc que la fille du prince de la synagogue avait douze ans. Cette femme, je veux dire le peuple gentil, commence donc à être malade au temps même où le peuple juif naissait à la foi. Ceci est à remarquer ; car un vice ne ressort que par le contraste des vertus.

Neuvième leçon. Or, ce n’est point à l’intérieur d’une maison, ni dans la ville même (en pareil cas le séjour des villes était interdit par la loi) que cette femme, affligée d’une perte de sang, s’approche du Sauveur, mais pendant qu’il était en marche pour s’y rendre ; de sorte qu’en allant vers une personne, il en guérissait une autre. Les Apôtres ont fait aussi de même, comme ils le déclarent : « C’était à vous qu’il fallait d’abord annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous vous jugez indignes de la vie éternelle, voilà que nous nous tournons vers les Gentils »

ÉPÎTRE.

Le nom de Clément, qui vient d’être prononcé par l’Apôtre, est celui du second successeur de saint Pierre. Assez souvent, le vingt-troisième Dimanche après la Pentecôte ne précède que de fort peu la solennité de ce grand pontife et martyr du premier siècle. Disciple de Paul, attaché depuis à la personne de Pierre, et désigné par le vicaire de l’Homme-Dieu comme le plus digne de monter après lui sur la chaire apostolique, Clément, nous le verrons au 23 novembre, était l’un des saints de cette époque primitive les plus vénérés des fidèles. La mention faite de lui à l’Office du Temps, dans les jours qui précédaient son apparition directe au cycle de la sainte Église, excitait la joie du peuple chrétien et ranimait sa ferveur, à la pensée de l’approche d’un de ses plus illustres protecteurs et amis.

Au moment où saint Paul écrivait aux Philippiens, Clément, qui devait longtemps encore survivre aux Apôtres, était bien des hommes dont parle notre Épître, imitateurs de ces illustres modèles, appelés à perpétuer dans le troupeau confié à leurs soins la règle des mœurs, moins encore par la fidélité de l’enseignement que par la force de l’exemple. L’unique Épouse du Verbe divin se reconnaît à l’incommunicable privilège d’avoir en elle, par la sainteté, la vérité toujours vivante et non point seulement lettre morte. L’Esprit-Saint n’a point empêché les livres sacrés des Écritures de passer aux mains des sectes séparées ; mais il a réservé à l’Église le trésor de la tradition qui seule transmet pleinement, d’une génération à l’autre, le Verbe lumière et vie, par la vérité et la sainteté de l’Homme-Dieu toujours présentes en ses membres, toujours tangibles et visibles en l’Église. La sainteté inhérente à l’Église est la tradition à sa plus haute expression, parce qu’elle est la vérité non seulement proférée, mais agissante, comme elle l’était en Jésus-Christ, comme elle l’est en Dieu. C’est là le dépôt que les disciples des Apôtres recevaient la mission de transmettre à leurs successeurs, comme les Apôtres eux-mêmes l’avaient reçu du Verbe descendu en terre.

Aussi saint Paul ne se bornait point à confier l’enseignement dogmatique à son disciple Timothée ; il lui disait : « Sois l’exemple des fidèles dans la parole et la conduite. » Il redisait à Tite : « Montre-toi un modèle, en fait de doctrine et d’intégrité de vie » Il répétait à tous : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ. » Il envoyait aux Corinthiens Timothée, pour leur rappeler, pour leur apprendre au besoin, non les dogmes seulement de son Évangile, mais ses voies en Jésus-Christ, sa manière de vivre ; car cette manière de vivre de l’Apôtre était, pour une part, son enseignement même en toutes les Églises ; et il louait les fidèles de Corinthe de ce qu’en effet ils se souvenaient de lui pour l’imiter en toutes choses, gardant ainsi la tradition de Jésus-Christ. Les Thessaloniciens étaient si bien entrés dans cet enseignement tiré de la vie de leur Apôtre, que, devenus ses imitateurs, et par là même ceux de Jésus-Christ, ils étaient, dit saint Paul, la forme de tous les croyants ; cet enseignement muet de la révélation chrétienne, qu’ils donnaient en leurs mœurs, rendait comme inutile la parole même des messagers de l’Évangile.

L’Église est un temple admirable qui s’élève à la gloire du Très-Haut par le concours des pierres vivantes appelées à entrer dans ses murs. La construction de ces murailles sacrées sur le plan arrêté par l’Homme-Dieu est l’œuvre de tous. Ce que l’un fait par la parole, l’autre le fait par l’exemple ; mais tous deux construisent, tous deux édifient la cité sainte ; et, comme au temps des Apôtres, l’édification par l’exemple l’emporte sur l’autre en efficacité, quand la parole n’est pas soutenue de l’autorité d’une vie conforme à l’Évangile.

Mais de même que l’édification de ceux qui l’entourent est, pour le chrétien, une obligation fondée à la fois sur la charité envers le prochain et sur le zèle de la maison de Dieu, il doit, sous peine de présomption, chercher dans autrui cette même édification pour lui-même. La lecture des bons livres, l’étude de la vie des saints, l’observation, selon l’expression de notre Épître, l’observation respectueuse des bons chrétiens qui vivent à ses côtés, lui seront d’un immense secours pour l’œuvre de sa sanctification personnelle et l’accomplissement des vues de Dieu en lui. Cette fréquentation de pensées avec les élus de la terre et du ciel nous éloignera des mauvais, qui repoussent la croix de Jésus-Christ et ne rêvent que les honteuses satisfactions des sens. Elle placera véritablement notre conversation dans les cieux. Attendant pour un jour qui n’est plus éloigné l’avènement du Seigneur, nous demeurerons fermes en lui, malgré la défection de tant de malheureux entraînés par le courant qui emporte le monde à sa perte. L’angoisse et les souffrances des derniers temps ne feront qu’accroître en nous la sainte espérance ; car elles exciteront toujours plus notre désir du moment solennel où le Seigneur apparaîtra pour achever l’œuvre du salut des siens, en revêtant notre chair même de l’éclat de son divin corps. Soyons unis, comme le demande l’Apôtre, et, pour le reste : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur », écrit-il à ses chers Philippiens ; « je le dis de nouveau, réjouissez-vous : le Seigneur est proche. »

ÉVANGILE.

Quoique le choix de cet Évangile pour aujourd’hui ne remonte pas partout à la plus haute antiquité, il entre bien dans l’économie générale de la sainte Liturgie, et confirme ce que nous avons dit du caractère de cette partie de l’année. Saint Jérôme nous apprend, dans l’Homélie du jour, que l’hémorroïsse guérie par le Sauveur figure la gentilité, tandis que la nation juive est représentée par la fille du prince de la synagogue. Celle-ci ne devait retrouver la vie qu’après le rétablissement de la première ; et tel est précisément le mystère que nous célébrons en ces jours, où, la plénitude des nations avant reconnu le médecin céleste, l’aveuglement dont Israël avait été frappé cesse enfin lui-même.

De cette hauteur où nous sommes parvenus, de ce point où le monde, ayant achevé ses destinées, ne va sembler sombrer un instant que pour se dégager des impies et s’épanouir de nouveau, transformé dans la lumière et l’amour : combien mystérieuses et à la fois fortes et suaves nous apparaissent les voies de l’éternelle Sagesse ! Le péché, dès le début, avait rompu l’harmonie du monde, en jetant l’homme hors de sa voie. Si, entre toutes, une famille avait attiré sur elle la miséricorde, la lumière, en se levant sur cette privilégiée, n’avait fait que manifester plus profonde la nuit où végétait le genre humain. Les nations, abandonnées à leur misère épuisante, voyaient les attentions divines aller à Israël, et l’oubli s’appesantir sur elles au contraire. Lors même que les temps où la faute première devait être réparée se trouvèrent accomplis, il sembla que la réprobation des gentils dût être consommée du même coup ; car on vit le salut, venu du ciel en la personne de l’Homme-Dieu, se diriger exclusivement vers les Juifs et les brebis perdues de la maison d’Israël.

Cependant la race gratuitement fortunée, dont les pères et les premiers princes avaient si ardemment sollicité l’arrivée du Messie, ne se trouvait plus à la hauteur où l’avaient placée les patriarches et les saints prophètes. Sa religion si belle, fondée sur le désir et l’espérance, n’était plus qu’une attente stérile qui la tenait dans l’impuissance de faire un pas au-devant du Sauveur ; sa loi incomprise, après l’avoir immobilisée , achevait de l’étouffer dans les liens d’un formalisme sectaire. Or, pendant qu’en dépit de ce coupable engourdissement, elle comptait, dans son orgueil jaloux, garder l’apanage exclusif des faveurs d’en haut, la gentilité que son mal, toujours grandissant lui aussi, portait au-devant d’un libérateur, la gentilité reconnaissait en Jésus le Sauveur du monde, et sa confiante initiative lui méritait d’être guérie la première. Le dédain apparent du Seigneur n’avait servi qu’à l’affermir dans l’humilité, dont la puissance pénètre les cieux.

Israël devait donc attendre à son tour. Selon qu’il le chantait dans le psaume, l’Éthiopie l’avait prévenu en tendant ses mains vers Dieu la première. Désormais ce fut à lui de retrouver, dans les souffrances d’un long abandon, l’humilité qui avait valu à ses pères les promesses divines et pouvait seule lui en mériter l’accomplissement. Mais aujourd’hui la parole de salut a retenti dans toutes les nations, sauvant tous ceux qui devaient l’être. Jésus, retardé sur sa route, arrive enfin à la maison vers laquelle se dirigeaient ses pas dès l’abord, à cette maison de Juda où dure toujours l’assoupissement de la fille de Sion. Sa toute-puissance compatissante écarte de la pauvre abandonnée la foule confuse des faux docteurs, et ces prophètes de mensonge qui l’avaient endormie aux accents de leurs paroles vaines ; il chasse loin d’elle pour jamais ces insulteurs du Christ, qui prétendaient la garder dans la mort. Prenant la main de la malade, il la rend à la vie dans tout l’éclat de sa première jeunesse ; prouvant bien que sa mort apparente n’était qu’un sommeil, et que l’accumulation des siècles ne pouvait prévaloir contre la parole donnée par Dieu à Abraham son serviteur.

Au monde maintenant de se tenir prêt pour la transformation dernière. Car la nouvelle du rétablissement de la fille de Sion met le dernier sceau à l’accomplissement des prophéties. Il ne reste plus aux tombeaux qu’à rendre leurs morts. La vallée de Josaphat se prépare pour le grand rassemblement des nations ; le mont des Oliviers va de nouveau porter l’Homme-Dieu, mais cette fois comme Seigneur et comme juge.

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Sainte Gertrude vierge

16 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Gertrude vierge

Collecte

O Dieu, qui vous êtes préparé une demeure agréable dans le cœur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, dans votre clémence, en égard à ses mérites et à son intercession, laver les taches qui souillent notre cœur et nous faire jouir de sa compagnie.

Office

Quatrième leçon. Née de parents nobles à Eisleben en Saxe, Gertrude, dès l’âge de cinq ans, consacra à Jésus-Christ sa personne et sa virginité, dans le monastère bénédictin de Rodesdorf. A partir de ce moment, tout à fait étrangère aux choses du monde et s’appliquant avec zèle à pratiquer la vertu, elle mena une vie toute céleste. A la connaissance des lettres humaines, elle joignait la science des choses divines, dont la méditation l’excitait à la vertu et lui fit, en peu de temps, acquérir la perfection chrétienne. Elle parlait souvent, et avec de pieux sentiments, du Christ et des mystères de sa vie, et ne pensant qu’à la gloire de Dieu, elle y rapportait tous ses désirs et toutes ses actions. Bien que Dieu l’eût abondamment comblée de dons excellents, dans l’ordre de la nature et de la grâce, elle se méprisait cependant elle-même au point de compter, parmi les principaux miracles de la divine bonté, le fait d’en être miséricordieusement supportée, quoiqu’indigne pécheresse.

Cinquième leçon. A l’âge de trente ans, elle fut choisie pour gouverner d’abord le monastère de Rodesdorf, où elle avait embrassé la vie religieuse, puis le monastère d’Heldelfs. Pendant quarante ans, elle remplit sa charge avec tant de charité, de prudence et de zèle pour l’observance de la discipline régulière, que son monastère semblait être l’asile de la perfection religieuse. Dans ces deux communautés, bien qu’elle fût la mère et la supérieure de toutes les religieuses, elle voulait néanmoins être considérée comme la dernière ; et, s’abaissant de fait, elle se faisait la servante des autres. Pour s’occuper de Dieu avec une plus grande liberté d’esprit, elle mortifiait son corps par les veilles, les jeûnes et toutes sortes d’austérités. Toujours égale à elle-même, elle ne cessa de montrer une innocence de vie, une douceur, une patience extraordinaires. Elle s’appliqua par tous les moyens à procurer le salut du prochain, et, de sa pieuse sollicitude, elle recueillit des fruits abondants. La force de son amour pour Dieu lui faisait éprouver de fréquentes extases, et lui obtint d’être élevée à un très haut degré de contemplation et aux jouissances de l’union divine.

Sixième leçon. Jésus-Christ, voulant montrer le mérite de son épouse bien-aimée, déclara que le cœur de Gertrude était pour lui une demeure pleine de délices. Elle honorait d’une dévotion toute spéciale la glorieuse Vierge Marie, que Jésus lui-même lui avait donnée pour mère et protectrice, et reçut d’elle un grand nombre de faveurs. Le très adorable sacrement de l’Eucharistie et la passion du Seigneur la pénétraient d’un tel amour et d’une si vive reconnaissance, qu’en les méditant, elle répandait des larmes abondantes. Elle soulageait chaque jour par ses suffrages et ses prières les âmes des justes condamnées aux flammes expiatoires. Gertrude composa de nombreux écrits, propres à ranimer la piété. Des révélations divines et le don de prophétie l’ont aussi rendue célèbre. Enfin, réduite à un état de langueur, plutôt par son ardent amour de Dieu que par la maladie, elle mourut l’an du Seigneur mil deux cent quatre-vingt douze. Après sa mort comme pendant sa vie, Dieu l’a glorifiée par des miracles.

L’école qui a pour base la règle du Patriarche des moines d’Occident, commence à saint Grégoire le Grand ; et telle a été l’indépendance de l’Esprit-Saint qui la dirigeait, que des femmes y ont prophétisé comme les hommes. Il suffit de rappeler sainte Hildegarde et sainte Gertrude, à côté de laquelle figure avec honneur sa compagne, sainte Mechtilde, et la grande sainte Françoise romaine. Quiconque en fera l’expérience, s’il a pratiqué les auteurs plus récents sur l’ascèse et la mystique, ne tardera pas à sentir cette saveur si différente, cette autorité douce qui ne s’impose pas, mais qui entraîne. Là, rien de cette habileté, de cette stratégie, de cette analyse savante que l’on rencontre ailleurs ; procédés qui réussissent plus ou moins, et dont on ne recommence l’application qu’avec le risque d’en sortir blasé.

Le pieux et docte P. Faber a relevé avec sa sagacité ordinaire les avantages de cette forme de spiritualité qui ménage la liberté d’esprit, et produit dans les âmes, sans méthode rigoureuse, les dispositions dont les méthodes modernes n’ont pas toujours le secret. « Nul ne peut lire, dit-il, les écrivains spirituels de l’ancienne école de saint Benoît, sans remarquer avec admiration la liberté d’esprit dont leur âme était pénétrée. Sainte Gertrude en est un bel exemple ; elle respire partout l’esprit de saint Benoît. L’esprit de la religion catholique est un esprit facile, un esprit de liberté ; et c’était là surtout l’apanage des Bénédictins ascétiques de la vieille école. Les écrivains modernes ont cherché à tout circonscrire, et cette déplorable méthode a causé plus de mal que de bien. »

Au reste, les voies sont diverses, et tout chemin qui mène l’homme à Dieu par la réforme de soi-même est un heureux chemin. Nous n’avons voulu dire qu’une chose, c’est que celui qui se livrera à la conduite d’un Saint de la vieille école ne perdra pas son temps, et que s’il est exposé à rencontrer moins de philosophie, moins de psychologie sur son chemin, il a chance d’être séduit par la simplicité et l’autorité du langage, d’être ébranlé et bientôt réduit parle sentiment du contraste qui existe entre lui et la sainteté de son guide. Telle est l’heureuse révolution qu’éprouvera pour l’ordinaire une âme qui, se proposant de resserrer ses relations avec Dieu, et s’étant établie dans la droiture de l’intention et dans un sincère recueillement, voudra suivre sainte Gertrude, tout spécialement dans la semaine d’Exercices qu’elle a tracée. Nous oserions presque lui promettre qu’elle en sortira tout autre qu’elle n’y était entrée. Il est même à croire qu’elle y reviendra plus d’une fois et avec plaisir ; car il ne lui souvient pas qu’elle ait éprouvé la moindre fatigue, et que la liberté de son esprit ait été enchaînée même un instant. Elle a pu être confondue de se sentir si près d’une âme sanctifiée, elle si loin de la sainteté ; mais elle a senti qu’ayant après tout la même fin que cette âme, il lui faut sortir de la voie molle et dangereuse qui l’entraînerait à sa perte.

Si l’on se demande d’où vient à notre Sainte cet empire qu’elle exerce sur quiconque consent à l’écouter, nous répondrons que le secret de son influence est dans la sainteté dont elle est remplie : elle ne démontre pas le mouvement, elle marche. Une âme bienheureuse, descendue du ciel pour demeurer quelque temps avec les hommes, et parlant la langue de la patrie sur cette terre d’exil, transformerait ceux qui auraient le bonheur de l’entendre parler. Sainte Gertrude, admise dès ici-bas à la plus étroite familiarité avec le Fils de Dieu, semble avoir quelque chose de l’accent qu’aurait cette âme ; voilà pourquoi ses paroles sont autant de flèches pénétrantes qui abattent toute résistance dans ceux qui se placent à leur portée. L’intelligence est éclairée par cette doctrine si pure et si élevée, et cependant Gertrude ne disserte pas ; le cœur est ému, et cependant Gertrude n’adresse la parole qu’à Dieu ; l’âme se juge, se condamne, se renouvelle par la componction, et cependant Gertrude n’a pas cherché un instant à l’établir dans un état factice.

Si l’on veut maintenant se rendre compte de la bénédiction particulière attachée à son langage, qu’on recherche la source de ses sentiments et des expressions sous lesquelles ils se traduisent. Tout émane de la divine parole, non seulement de celle que Gertrude a entendue de la bouche de l’Époux céleste, mais aussi de celle qu’elle a goûtée, dont elle s’est nourrie dans les livres sacrés et dans la sainte Liturgie. Cette fille du cloître n’a pas cessé un seul jour de puiser la lumière et la vie aux sources de la contemplation véritable, de cette contemplation que l’âme goûte en s’abreuvant à la fontaine d’eau vive, qui jaillit de la psalmodie et des paroles inspirées des divins Offices. Elle s’est tellement enivrée de cette liqueur céleste, qu’elle ne dit pas un mot qui ne dévoile l’attrait qu’elle y trouve. Telle est sa vie, si complètement absorbée dans la Liturgie de l’Église, que nous voyons constamment, dans ses Révélations, le Seigneur arriver près d’elle, lui manifester les mystères du ciel, la Mère de Dieu et les Saints se présenter à ses regards et l’entretenir, à propos d’une Antienne, d’un Répons, d’un Introït, que Gertrude chante avec délices et dont elle déguste toute la saveur.

Delà, chez elle, ce lyrisme continuel qu’elle ne recherche pas, mais qui lui est devenu comme naturel ; cet enthousiasme sacré auquel elle ne peut se soustraire, et qui l’amène à produire tant de pages où la beauté littéraire semble arriver à la hauteur de l’inspiration mystique. Cette fille du XIIIe siècle, au fond d’un monastère de la Souabe, a réalisé avant Dante le problème de la poésie spiritualiste Tantôt la tendresse de son âme s’épanche dans une touchante élégie ; tantôt le feu qui la consume éclate en brûlants transports ; tantôt c’est la forme dramatique qu’elle emploie pour rendre le sentiment qui la domine. Parfois ce vol sublime s’arrête : l’émule des Séraphins semble vouloir redescendre sur la terre ; mais c’est pour repartir bientôt et s’élever plus haut encore. Une lutte incessante a lieu entre son humilité qui la tient prosternée dans la poussière, et son cœur haletant vers Jésus qui l’attire et lui adonné tant de gages de son amour.

A notre avis, les plus sublimes passages de sainte Thérèse, mis en regard des effusions de sainte Gertrude, n’en affaibliraient en rien l’ineffable beauté. Il nous semble même que souvent l’avantage resterait à la vierge de Germanie sur la vierge espagnole. Ardente et impétueuse, la seconde n’a pas, il est vrai, la teinte un peu mélancolique et réfléchie de la première ; mais Gertrude, initiée à la langue latine, ravivée sans cesse par la lecture des saintes Écritures et les divins Offices qui n’ont pas d’obscurités pour elle, y puise un langage dont la richesse et la puissance nous semblent l’emporter généralement sur les immortels épanchements de Thérèse à qui ces secours ont été moins familiers.

Que le lecteur cependant ne s’effraie pas à la pensée d’être placé tout à coup sous la conduite d’un Séraphin, lorsque sa conscience lui rend le témoignage qu’il a encore une longue station à faire dans la région purgative, avant de songer à parcourir des voies qui peut-être ne s’ouvriront jamais devant lui. Qu’il écoute simplement Gertrude, qu’il la contemple et qu’il ait foi dans le but d’arrivée. La sainte Église, lorsqu’elle met dans notre bouche les Psaumes du Roi-Prophète, n’ignore pas que leurs expressions dépassent trop souvent les sentiments de notre âme ; mais le moyen d’arriver à l’unisson avec ces divins cantiques, n’est-ce pas de les réciter fréquemment avec foi et humilité, et d’obtenir ainsi la transformation que nul autre moyen n’aurait opérée ? Gertrude nous détache doucement de nous-mêmes et nous conduit à Jésus-Christ, en nous précédant de loin, mais en nous entraînant après elle. Elle va droit au cœur de son Époux divin : rien n’est plus juste ; mais ne lui serons-nous pas déjà assez redevables, si elle nous conduit à ses pieds comme Madeleine repentante et régénérée ?

Même quand elle écrit plus spécialement pour ses sœurs, on doit se garder de penser que la lecture de ces pages si émouvantes soit inutile à ceux qui sont engagés dans la vie du siècle. La vie religieuse exposée par un tel interprète est un spectacle aussi instructif qu’il est éloquent. Est-il permis d’ignorer que la pratique des préceptes devient plus aisée à quiconque s’est donné la peine d’approfondir et d’admirer celle des conseils ? Le livre de l’Imitation, qu’est-il autre chose que le livre d’un moine écrit pour des moines ? En quelles mains cependant ne le rencontre-t-on pas ? Combien de personnes séculières sont sous le charme des écrits de sainte Thérèse ? Et néanmoins la vierge du Carmel concentre sur la vie religieuse ses écrits et sa doctrine.

Nous nous garderons d’analyser ici des merveilles qu’il faut contempler soi-même. Dans notre société désaccoutumée du langage ferme et coloré des âges de foi, gâtée, dans ce qui tient à la piété, par les fadeurs ou les prétentions mondaines des livres de dévotion que l’on voit éclore chaque jour, sainte Gertrude étonnera et choquera même plus d’un lecteur. Que faire alors ? Si l’on a désappris le langage de l’antique piété qui formait les Saints, il semble qu’il n’y aurait rien de mieux à faire que de le rapprendre, et il est de fait que sainte Gertrude y pourrait servir beaucoup.

La liste des admirateurs de sainte Gertrude serait longue Mais il est encore une autorité plus imposante : nous voulons dire celle de l’Église elle-même. Cette Mère des fidèles, toujours dirigée parle divin Esprit, a rendu son témoignage par l’organe de la sainte Liturgie. La personne de Gertrude et l’esprit qui l’animait y sont à jamais recommandés et glorifiés aux yeux de tous les chrétiens, par le jugement solennel contenu dans l’Office de la Sainte.

La vie de Gertrude la Grande, ainsi qu’elle mérita d’être désignée entre les Saintes du même nom, fut humble et cachée. Entrée à cinq ans à l’Abbaye d’Helfta, près Eisleben, elle s’y perdit dans le secret de la face de Dieu. Malgré la confusion qui régna plusieurs siècles à ce sujet et qui se retrouve dans la Légende de la fête, c’est à tort qu’on l’a prise pour son homonyme, grandement prévenue elle-même des dons divins, l’Abbesse Gertrude de Hackeborn, qui gouverna de son temps le monastère. Ce fut sur la sublimité de ses Révélations tardivement publiéesqu’inscrite en 1677 au Martyrologe, elle vit au siècle suivant Clément XII ordonner la célébration de sa fête dans toute l’Église sous le rit Double. Les Indes Occidentales l’acclamèrent comme Patronne, et le Nouveau-Mexique bâtit une ville en son honneur.

 

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Saint Albert le Grand évêque confesseur et docteur

15 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Albert le Grand évêque confesseur et docteur

Collecte

O Dieu, vous avez donné au bienheureux Albert, votre Pontife et Docteur, la grandeur de soumettre la sagesse humaine à la foi divine : donnez-nous, nous vous en prions, de suivre si bien les traces de ce maître que nous puissions jouir au ciel de la lumière parfaite.

Office

Albert, surnommé le Grand pour sa science extraordinaire, naquit à Lauingen sur le Danube, en Souabe, et reçut dès l’enfance une éducation soignée. Il quitta sa patrie pour faire ses études et, pendant son séjour à Padoue, sur les conseils du bienheureux Jourdain, Maître général de l’Ordre des Prêcheurs, il demanda, malgré l’opposition de son oncle, à être reçu dans la famille Dominicaine. Admis parmi les frères, il se distingua par l’observance religieuse et la piété, il aima ardemment la Bienheureuse Vierge Marie et brûla du zèle des âmes. Il fut envoyé à Cologne pour achever ses études. Ensuite, il fut nommé lecteur à Hildesheim, à Fribourg, à Ratisbonne et à Strasbourg. Il acquit une grande renommée dans son enseignement à Paris. Il eut pour disciple préféré Thomas d’Aquin et fut le premier à reconnaître et à proclamer la profondeur de son esprit. A Anagni, devant le Souverain Pontife Alexandre IV, il réfuta Guillaume qui, avec une audace impie, attaquait les Ordres mendiants et il fut ensuite nommé évêque de Ratisbonne. Il sut admirablement donner des conseils et régler des différends, et on put l’appeler à juste titre médiateur de paix. Il composa de très nombreux écrits sur presque toutes les sciences, et surtout les sciences sacrées, il écrivit de façon remarquable sur le Sacrement admirable de l’autel. Très illustre par ses vertus et ses miracles, il mourut dans le Seigneur, en 1280. Le Pape Pie XI accrut le culte qui, par autorisation des Pontifes Romains, lui était rendu depuis longtemps déjà dans plusieurs diocèses et dans l’Ordre des Prêcheurs et, accueillant favorablement le vœu de la Sacrée Congrégation des Rites, il lui décerna le titre de Docteur et étendit sa fête à l’Église universelle. Pie XII le constitua Patron céleste auprès de Dieu de ceux qui étudient les sciences naturelles.

 

LE PARADIS DE L’ÂME
PAR SAINT ALBERT LE GRAND

CHAPITRE I

La Charité

LA CHARITÉ ENVERS DIEU

1. « La charité envers Dieu est véritable et parfaite, quand l'âme s'unit à Dieu avec toutes ses facultés et toute l'ardeur de son amour, sans chercher en lui aucun avantage temporel ou éternel, mais uniquement éprise de sa bonté, de sa sainteté, de sa perfection, de sa béatitude essentielles. »

2. Pour une âme délicate, en effet, la seule idée d'aimer Dieu, comme on aime un avantage ou une récompense, est un sujet d'horreur. Elle ressemble à Dieu qui se répand en notre âme avec toute sa puissance, sans en attendre jamais aucune utilité ; mais simplement parce qu'il veut nous associer à son propre bonheur. Au contraire, celui qui aime Dieu parce que Dieu est bon pour lui, c'est-à-dire principalement afin que Dieu lui communique sa béatitude, celui-là est convaincu de n'avoir qu'une charité naturelle et imparfaite.

3. Le moyen de parvenir à une charité vraie, c'est la connaissance vraie de Dieu. Car en Lui se trouve tout ce qu'’on peut aimer, à savoir : la noblesse, la sainteté, la puissance, la sagesse, la bonté, la beauté, la providence, etc. De même, l'amour de Dieu pour nous, amour éternel, immense, sans interruption et très fidèle, nous attire à la vraie charité.

4. Comment se prouve la vraie charité. Notre-Seigneur nous l'apprend par ces paroles : « Celui qui a mes commandements et les garde, c'est celui-là qui m'aime » (Jean, ch. 14, v. 21). Saint Augustin atteste aussi que « la mesure de notre amour de Dieu est celle même de notre obéissance à ses commandements ». Ce qu'il faut entendre aussi des engagements volontaires ou des voeœux qui obligent autant que des commandements.

Le bienheureux Grégoire rend aussi témoignage à la parole de Notre-Seigneur : « Rentrez en vous-mêmes, frères très chers, et demandez-vous si vous aimez vraiment Dieu. Ne croyez pas cependant à la réponse que votre cœur peut vous faire, si vos œœuvres ne la confirment. Touchant l'amour de votre Créateur, interrogez tout ensemble votre langue, votre âme et votre vie. Jamais l'amour de Dieu ne se repose : il fait de grandes choses, s'il existe, s'il refuse d'agir, c'est qu'il n'est pas un amour. »

Encore faut-il que l'accomplissement des œœuvres et l'observation des commandements soient purifiés dans leur intention même. On ne doit pas les entreprendre par crainte d'un châtiment ni les accomplir par amour de la récompense. C'est la pensée de saint Augustin : « Celui-là aime Dieu qui ne garde pas ses commandements en considération de la grandeur du châtiment ou parce qu'il est poussé à le faire par son désir avide de la récompense, mais simplement parce que ce que Dieu ordonne est très bon et très juste. »

Il existe encore deux autres signes à quoi l'on reconnaît la vraie charité. Voici le premier : se réjouir avec Dieu de tout ce qui Lui plait, quels qu'en soient l'auteur, le temps et le lieu. Seul, en effet, l'amour désintéressé, toujours en tendance vers autrui, vers ce qu'il aime, mérite des louanges de la part de Dieu ; mais non l'amour intéressé, parce qu'il revient sans cesse sur lui-même et cherche son intérêt particulier.

Et voici le second signe : s'attrister avec Dieu de tout ce qui Lui déplaît, par quelque personne, en quelque temps, heure ou lieu que cela se produise.

LA CHARITÉ VÉRITABLE ENVERS LE PROCHAIN

1 et 2. La vraie charité envers le prochain consiste à aimer comme soi-même son prochain, ami et ennemi, en la manière indiquée par saint Augustin : « Aimer le prochain comme soi-même, c'est l'aimer en Dieu et à cause de Dieu. Telle est la manière dont chacun doit aimer comme soi-même son prochain. Et parce que pour soi on désire tout bien et on fuit tout mal, qu'on n'agisse pas différemment pout le prochain. »

Voici une autre façon d'expliquer ce commandement. Tout homme aime son bien propre dans son corps et dans son âme, dans ses richesses et dans son honneur, et en ces différentes espèces de biens il fuit tout mal et il hait tout dommage personnel ; ainsi, en ce quadruple domaine, chacun doit aimer tout bien d'un ami comme d'un ennemi, et haïr tout dommage. Cependant le commandement de la charité n'oblige pas de se porter vers le prochain autant et aussi ardemment qu'on est affecté vis-à-vis de soi-même.

On ne peut pas juger de la véritable charité d'après l'amour que l'on a pour ses amis. Car les païens aussi aiment ceux qui les aiment (Mt., 5, 46-47). Mais c'est à l'amour de l'ennemi que l'on estime la vraie charité. Aimer un ami, c'est naturel et ce n'est pas méritoire ; aimer, au contraire, quelqu'un qui n'aime pas, cela vient de la grâce.

Il y a un moyen plus excellent encore d'apprécier la vérité de l'amour envers le prochain, il est fourni par la Glose sur saint Matthieu : « Aimer un ami, cela relève de la nature ; mais celui qui n'aime pas, par des bienfaits l'amener à aimer, c'est le propre de la perfection. » Sans doute, personne n'est tenu en vertu du commandement, d'aimer autant qu'un ami et aussi chaudement son ennemi ; bienheureux serait-il, cependant, et souverainement parfait, celui qui pourrait avoir de l'affection, et faire des œœuvres de charité autant, plus même, pour un ennemi que pour un ami, pour celui qui le reprend et le corrige que pour celui qui le flatte, pour celui qui le blâme que pour celui qui lui adresse des louanges. C'est que « rien, au témoignage de saint Jean Chrysostome, ne rend aussi semblable à Dieu que d'être indulgent à ceux qui font du tort et aux méchants ». On obtiendrait certainement de la persécution, si on savait l'utiliser comme il faut, bien plus de grâce et de gloire que de la faveur des hommes. Ainsi, beaucoup plus que leurs amis, les bourreaux ont été utiles aux saints martyrs pour la gloire éternelle.

3. La nature elle-même doit nous porter à aimer notre prochain. « Tout vivant aime son semblable : tout homme aussi aime son prochain » (Eccli., ch. 13, v. 19). Ce qui nous pousse encore à l'aimer, c'est qu'il a en lui l'image de Dieu. De plus, c'est commandé dans l'Écriture.

4. Les preuves d'une charité véritable envers le prochain sont de s'affliger sincèrement avec un ennemi comme avec un ami, dans toute adversité ; de se réjouir avec eux de tout leur bonheur, vraiment et du fond du cœoeur. Ces deux sentiments sont excessivement rares dans le monde.

5. Ceci révèle une véritable haine pour 1e prochain : quand on ne peut penser à lui sans avoir l'esprit accablé ; quand on le voit avec une tristesse de cœoeur ; quand c'est avec des sentiments amers qu'on lui parle, qu'on parle de lui ou qu'on en entend parler ; quand on empêche aussi ses avantages et son bonheur ; lorsque le bien qui est en lui, on l'amoindrit et on le dénature.

Le Seigneur Jésus n'a pas agi de la sorte avec le traître Judas. Au moment où celui-ci le trahissait, il le nourrissait de son corps et de son sang avec ses autres chers disciples ; et sur les lieux de la trahison, loin de se dérober à son baiser, il le salua avec une bienveillance extrême, plus affligé, au dire de saint Jérôme, du crime de ce malheureux que de sa propre souffrance.

Mais, ô merveille, parfois on se vante d'aimer ses frères, et l'on porte dans le cœoeur ces marques de la haine. Par ailleurs, il semble à beaucoup qu'il suffit de désirer pour le prochain la vie éternelle. Cette vie éternelle, ils ne peuvent ni la donner ni la ravir ; et ils la souhaiteraient aussi bien aux Juifs et aux païens. Non, ils ne veulent pas se rappeler que nous aussi, puisque le Seigneur a donné sa vie pour ses ennemis, nous sommes tenus, non seulement d'aimer nos frères dans le Christ, mais encore d'exposer pour eux nos biens, notre vie même, si c'est nécessaire. Cette obligation atteint surtout les supérieurs.

La charité envers Dieu s'entretient par l'accomplissement de ses ordres, selon cette parole : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurez dans mon amour, comme j'ai gardé moi-même les commandements de mon Père et comme je demeure en son amour » (Jn, 15, 10)

Ce qui favorise la charité envers le prochain, c'est la compassion, d'après ce que dit l'Ecclésiastique, 7, 34-35 : « Ne faites pas défaut à ceux qui pleurent, pour les consoler ; et allez de concert avec les affligés. Ne négligez pas de visiter les malades : car cela vous affermira dans la charité. » .........

CHAPITRE XXXII

La Solitude

1 et 2. La solitude véritable consiste à retirer son âme du souci et de l'embarras des actions extérieures, et de tout plaisir goûté dans les créatures, puis, de diriger en Dieu, autant que possible et avec ensemble, toutes ses affections, toutes ses volontés, toutes ses intentions, afin de devenir un seul esprit avec lui. C'est à cela que le prophète Isaïe nous exhorte : « Entrez dans la pierre, et cachez-vous dans les trous de la terre » ( 2, 10, 19), c'est-à-dire : entrez dans la divinité du Christ, et cachez-vous dans ses plaies. On est seul, si l'on entre dans cette pierre, mais si l'on reste en dehors, on est dans la multitude. En cette solitude spirituelle, l’'âme reçoit des grâces et des lumières si grandes, que celui qui les reçoit fait peine à voir aux autres : ainsi, Moïse, demeuré seul sur la montagne avec Dieu, pendant quarante jours et quarante nuits, fut tellement sous la splendeur divine qu'une lumière jaillissait de sa face, et il en sortait comme des rayons de soleil, et les fils d'Israël ne pouvaient les regarder que lorsque Moïse eut voilé son visage (Ex 34, 29-34).

3. Les saints exemples de Notre-Seigneur Jésus-Christ doivent nous porter à l'amour de la solitude. Personne ne pouvait l'empêcher de traiter spirituellement avec son Père, et cependant, souvent il s'écartait de la foule, parce qu'il aimait la solitude. Et, une fois, pour prier, il s'éloigna à la distance d'un jet de pierre (Lc, 22, 41), même de ses apôtres les plus aimés ; pouvait-il faire davantage ? Il nous signifiait, par là, que même les saintes gens ne peuvent pas, au milieu de la foule, s'occuper de Dieu intimement, et qu'on n'obtient que peu de grâce efficace, ou pas du tout, parmi les hommes. Ainsi, Zachée, dans la foule, ne pouvait voir le Seigneur Jésus ; ce n'est qu'après qu'il fut monté, seul, sur un arbre, qu'il vit le Sauveur et entendit ses paroles (Lc, 19,. 2-7).

Les avantages de la solitude doivent nous exciter à l'aimer. « Je la conduirai, disait Dieu au sujet de (l'âme) son épouse, je la conduirai dans la solitude, et je lui parlerai au coeœur » (Os, 2,  14). Heureux celui qui entend, ne serait-ce qu'une seule fois, le Seigneur lui parler au fond de l'âme ! Le langage de Dieu au coeœur consiste à donner à l'âme la sécurité à propos des grâces (plus) élevées.

Jadis, de saints ermites ont parcouru les déserts, errant dans la solitude et les montagnes, dans les cavernes et les antres de la terre, afin de pouvoir servir Dieu continuellement ; parfois, ils furent quarante ans sans voir un seul être humain. Cela aussi doit nous faire aimer la solitude.

4. Une preuve de vraie solitude, c'est d'avoir à charge la société des hommes, et de s'en séparer chaque fois qu'on le peut. « Voici, je me suis enfui bien loin, et j'ai fait ma demeure dans la solitude » (Ps. 54,  8). Ainsi, ce fut un supplice pour Marie-Madeleine que de voir les hommes, depuis qu'elle ne pouvait plus voir Jésus ; et même, de voir les Anges lui fut pénible. Ils voulaient la consoler de ce que le Seigneur était sorti du sépulcre, mais elle de dire : « C'est le Créateur que je cherche, voilà pourquoi il m'est pénible de voir la créature. » Et par amour pour Jésus-Christ, elle s'enfuit dans le désert ; pendant trente ans, elle s'abstint de manger et de boire. Les Anges, à chacune des heures assignées à la prière, la soulevaient dans les airs, et c'est dans sa prière qu'elle prenait la nourriture de son âme et de son corps.

5. Il prouve que sa solitude n'est pas véritable, celui qui se tient devant Dieu, de corps seulement, pendant que son âme, tiraillée en tous sens, s'occupe à quantité d'affaires.

À eux deux, le silence et la solitude peuvent élever (l'âme), jusqu'à la contemplation. « L'homme, dit Jérémie, s'assiéra seul, en silence, parce qu'il s'est élevé au-dessus de lui-même » (Lam, 3, 28).

 

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Saint Josaphat évêque et martyr

14 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Josaphat évêque et martyr

Collecte

Nous vous en prions, Seigneur, suscitez dans votre Église l’Esprit qui remplissait votre bienheureux Martyr et Pontife Josaphat, et qui le porta à donner sa vie pour ses brebis ; afin qu’étant, par son intercession, animés et fortifiés, nous aussi, de ce même Esprit, nous ne craignions point de sacrifier notre vie pour nos frères.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Josaphat Kuncewicz naquit de parents nobles et catholiques, à Vladimir en Volhynie. Étant tout petit enfant, tandis qu’il écoutait sa mère lui parler de la passion du Christ devant une image de Jésus crucifié, un trait, parti du côté du Sauveur, vint le blesser au cœur. Embrasé de l’amour de Dieu, il s’adonna dès lors avec une telle ferveur à l’oraison et à d’autres exercices de piété, qu’il était un modèle et un sujet d’admiration pour les jeunes gens plus âgés que lui. A vingt ans, entrant dans le cloître, il embrassa la vie monastique parmi les religieux de l’Ordre de saint Basile, et fit de merveilleux progrès dans la perfection évangélique. Il marchait nu-pieds, malgré l’excessive rigueur de l’hiver dans ces contrées, ne mangeait jamais de viande, et ne prenait de vin que par obéissance ; jusqu’à la fin de sa vie, un cilice très rude affligea son corps. Josaphat conserva la fleur de sa chasteté, inviolée, qu’il avait, dès l’adolescence, consacrée à la Vierge Mère de Dieu. La renommée de sa science et de ses vertus n’ayant pas tardé à se répandre, on le chargea, quoique très jeune encore, de gouverner le monastère de Bytène ; peu de temps après, il devint Archimandrite de Vilna, et enfin, bien malgré lui, mais sur les instances des Catholiques, fut nommé Archevêque de Polotsk.

Cinquième leçon. Revêtu de cette dignité, Josaphat ne se relâcha en rien du genre de vie qu’il menait auparavant, et eut uniquement à cœur de favoriser le culte divin et d’assurer le salut du troupeau confié à sa vigilance. Énergique défenseur de l’unité et de la vérité catholiques, il travailla de tout son pouvoir à faire rentrer les schismatiques et les hérétiques dans la communion avec la chaire de saint Pierre. Pour ce qui est du souverain Pontife et de la plénitude de son autorité, il ne cessa d’en prendre la défense, contre les calomnies impudentes et les erreurs des impies, soit par des discours, soit par des écrits pleins de piété et de doctrine. Il revendiqua la juridiction épiscopale et les biens de l’église, que des laïques avaient usurpés. On aurait peine à croire combien d’hérétiques ont été ramenés par lui dans le sein maternel de l’Église. Quant à l’union de l’Église grecque avec l’Église latine, les déclarations des souverains Pontifes attestent expressément que Josaphat en a été le plus illustre promoteur. A cette fin, et aussi pour rendre aux édifices sacrés leur magnificence, construire des demeures destinées aux vierges consacrées au Seigneur et soutenir d’autres œuvres pies, il donna spontanément les revenus de sa mense épiscopale. Sa libéralité envers les indigents alla si loin, qu’un jour, ne trouvant plus rien pour soulager la misère d’une pauvre veuve, il fit mettre en gage son homophorion ou manteau épiscopal.

Sixième leçon. Un si grand développement de la foi catholique excita la haine de certains hommes corrompus, au point qu’il se forma un complot, pour attenter à la vie de ce champion du Christ. Dans un sermon à son peuple, le saint annonça lui-même la mort dont il était menacé. Comme il s’était rendu à Vitebsk, dans le but d’y faire la visite pastorale, les conspirateurs envahissent le palais archiépiscopal, frappent et massacrent tous ceux qu’ils y rencontrent. Aussitôt Josaphat, admirable de douceur, s’élance au-devant de ceux qui le cherchent, et leur adressant avec charité la parole : « Mes chers enfants, leur dit-il, pourquoi maltraiter mes serviteurs ? Si c’est à moi que vous en voulez, me voici. » Aussitôt les meurtriers se précipitent sur lui, l’accablent de coups, le percent de leurs armes, jusqu’à ce qu’enfin, l’ayant tué d’un violent coup de hache, ils jettent son cadavre dans le fleuve. C’était le douzième jour de novembre, de l’an mil six cent vingt-trois, Josaphat étant alors dans la quarante-troisième année de son âge. Son corps, entouré d’une merveilleuse lumière, fut retiré du fond du fleuve. Les meurtriers du Martyr furent les premiers à ressentir les effets salutaires de son sang : condamnés presque tous à la peine capitale, ils abjurèrent le schisme et reconnurent l’horreur de leur crime. Le saint Évêque après sa mort, s’étant illustré par de nombreux miracles, le souverain Pontife Urbain VIII lui décerna les honneurs de la béatification. Pie IX, le troisième jour des calendes de juillet, de l’an mil huit cent soixante-sept, à l’occasion des fêtes solennelles célébrées pour honorer le centenaire des princes des Apôtres, devant l’assemblée des Cardinaux, en présence des Patriarches, Métropolitains et Évêques de tous les rites, venus de toutes les parties du monde et réunis au nombre de cinq cents environ dans la basilique Vaticane, le mit solennellement au nombre des Saints, comme étant, parmi les Orientaux, le premier défenseur de l’unité de l’Église. Le souverain Pontife Léon XIII a étendu à l’Église universelle l’Office et la Messe de saint Josaphat.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Septième leçon. Elle est grande, mes très chers frères, elle est grande, dis-je, la dignité de prélat dans l’Église, et elle exige beaucoup de sagesse et de force en celui qui en est revêtu ! Notre courage doit, selon l’exemple proposé par Jésus-Christ, être tel que nous donnions notre vie pour nos brebis, que jamais nous ne les abandonnions, et que nous résistions généreusement au loup. Car voici la différence entre le pasteur et le mercenaire : l’un veille à sa propre conservation, sans guère s’inquiéter des brebis ; l’autre veille toujours au salut des brebis, en négligeant même ses propres intérêts. Après avoir donc caractérisé le pasteur, Jésus-Christ signale deux sortes de personnes qui nuisent au troupeau : le voleur, qui tue et ravit les brebis, et le mercenaire, qui laisse faire le voleur, ne défendant pas les brebis confiées à sa garde.

Huitième leçon. C’est là ce qui arrachait autrefois à Ézéchiel ces invectives : « Malheur aux pasteurs d’Israël ! ne se paissaient-ils pas eux-mêmes ? N’est-ce point les troupeaux que les pasteurs font paître ? » Mais eux, ils faisaient le contraire, conduite des plus criminelles, et source de calamités nombreuses. Ainsi, ajoute le Prophète : « Ils ne ramenaient pas (au bercail) la brebis égarée, ne recherchaient pas la brebis perdue, ne bandaient pas la brebis blessée, ne fortifiaient pas la brebis faible ou malade ; soucieux qu’ils étaient, non de paître le troupeau, mais de se paître eux-mêmes. » Saint Paul exprime cette vérité en d’autres termes : « Tous cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ. »

Neuvième leçon. Le Christ se fait voir bien différent, et du voleur, et du mercenaire ; différent d’abord de ceux qui viennent pour la perte des autres, quand il dit « être venu pour qu’ils aient la vie, et l’aient avec plus d’abondance » ; différent ensuite de ceux dont la négligence permettait aux loups de ravir les brebis ; et il le montre en disant qu’il « donne sa vie pour ses brebis, afin qu’elles ne périssent pas. » En effet, bien que les Juifs cherchassent à le faire mourir, il n’a point, pour cela, cessé de répandre sa doctrine, ni abandonné ses disciples ; mais il est demeuré ferme et il a souffert la mort. Aussi a-t-il répété souvent : « Je suis le bon pasteur. » Comme on ne voyait pas de preuve de ce qu’il avançait, (car cette parole : « Je donne ma vie, » n’eut son accomplissement que peu de temps après, et celle-ci : « Afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient très abondamment, » ne devait se réaliser qu’au siècle futur,) que fait-il ? Il confirme l’une assertion par l’autre.

Contemporain de François de Sales et de Vincent de Paul, Josaphat Kuncewiez a l’allure d’un moine grec du XIe siècle, pénitent à la façon d’un ascète de la Thébaïde. Étranger à la culture intellectuelle de l’Occident, il ne connaît que les livres liturgiques et les textes sacrés à l’usage de son église ; prêtre, archimandrite, réformateur de son Ordre basilien, et enfin archevêque, il combat toute sa vie contre les conséquences du schisme de Photius ; et martyr, il cueille enfin dans cette lutte la palme de la victoire. Cependant la scène se passe en pleine Europe, dans des contrées soumises alors à la Pologne catholique, sous le règne du plus pieux de ses rois. Comment expliquer ce mystère ?

« Au lendemain des invasions mongoles, la Pologne reçut dans ses bras bien plus qu’elle ne conquit la nation ruthène, c’est-à-dire les Slaves du rit grec du Dniepr et de la Dina, qui avaient formé autour de Kiev, leur métropole religieuse et leur capitale, le noyau primitif de cette puissance, appelée aujourd’hui la Russie. En faisant participer à sa vie nationale ces frères séparés, mais non pas ennemis de l’unité romaine, qui venaient à elle pleins de confiance dans sa force et dans son équité, la Pologne aurait assuré le triomphe de la cause catholique et sa propre hégémonie dans le monde slave tout entier. L’union au Pontife romain des nouveaux arrivants, qui avec plus d’esprit politique et de zèle religieux, aurait dû être conclue dès le XIVe siècle, ne fut proclamée qu’en 1595.

« Ce fut l’Union de Brest. Par le pacte signé dans cette petite ville de Lituanie, le métropolite de Kiev et les autres évêques grecs, sujets de la Pologne, déclaraient rentrer dans la communion du Saint-Siège apostolique. Chefs spirituels de la moitié de la nation, ils achevaient ainsi la fusion des trois peuples ruthène, lithuanien et polonais, réunis alors sous le sceptre de Sigismond III. Or une réforme religieuse, fût-elle décrétée dans un concile, ne devient une réalité que si des hommes de Dieu, de vrais apôtres et, au besoin, des martyrs apparaissent pour la consommer. Tel fut le rôle de saint Josaphat, l’apôtre et le martyr de l’Union de Brest. Ce qu’il ne fit pas lui-même, ses disciples l’achevèrent. Un siècle de gloire était assuré à la nation, et sa ruine politique en fut de deux cents ans retardée.

« Mais la Pologne laissa dans un état d’infériorité humiliante ce clergé et ce peuple du rit gréco slave, qui s’abritaient dans son sein ; ses politiques n’admirent jamais dans la pratique que des chrétiens du rit grec pussent être de véritables catholiques, égaux à leurs frères latins. Bientôt cependant un duel à mort allait s’engager entre la Moscovie, personnifiant l’influence gréco-slave, et la Pologne latine. On sait comment cette dernière fut vaincue. Les historiens signalent les causes de sa défaite ; mais ils oublient d’ordinaire la principale, celle qui l’a rendue irrémédiable : la destruction presque totale de l’Union de Brest, le retour forcé au schisme de l’immense majorité des Ruthènes ramenés autrefois à l’Église catholique par saint Josaphat. La consommation de cette œuvre néfaste, bien plus que les circonstances politiques et les triomphes militaires, a rendu définitive la victoire de la Russie. La Pologne, réduite à ses neuf ou dix millions de Latins, ne peut plus lutter contre sa rivale d’autrefois, devenue sa rude dominatrice d’aujourd’hui.

« La puissance des Slaves séparés de l’unité catholique grandit chaque jour. De jeunes nations, émancipées du joug musulman, se sont formées dans la presqu’île des Balkans ; la fidélité au rite gréco-slave, dans lequel s’identifiaient pour eux leur nationalité et le christianisme, a été la force unique qui a. empêché ces peuples d’être broyés sous les pieds des escadrons turcs ; victorieux de l’ennemi séculaire, ils ne peuvent oublier d’où leur est venu le salut : la direction morale et religieuse de ces nations ressuscitées appartient à la Russie. Profitant de ces avantages avec une habileté constante et une énergie souveraine, elle développe sans cesse son influence en Orient. Du côté de l’Asie, ses progrès sont plus prodigieux encore. Le tzar qui, à la fin du XVIIIe siècle, commandait seulement à trente millions d’hommes, en gouverne aujourd’hui cent vingt-cinq ; et par la seule progression normale d’une population exceptionnellement féconde, avant un demi-siècle, l’Empire comptera plus de deux cents millions de sujets.

« Pour le malheur de la Russie et de l’Église, cette force est dirigée présentement par d’aveugles préjugés. Non seulement la Russie est séparée de l’unité catholique, mais l’intérêt politique et le souvenir des luttes anciennes lui font croire que sa grandeur est identifiée avec le triomphe de ce qu’elle appelle l’orthodoxie et qui est simplement le schisme photien. Pourtant, toujours dévouée et généreuse, l’Église romaine ouvre les bras pour recevoir sa fille égarée ; et, oubliant les affronts qu’elle en a reçus, elle réclame seulement qu’on la salue du nom de mère. Que ce mot soit prononcé, et tout un douloureux passé sera effacé.

« La Russie catholique, c’est la fin de l’Islam et le triomphe définitif de la Croix sur le Bosphore, sans péril aucun pour l’Europe ; c’est l’empire chrétien d’Orient relevé avec un éclat et une puissance qu’il n’eut jamais ; c’est l’Asie évangélisée, non plus seulement par quelques prêtres pauvres et isolés, mais avec le concours d’une autorité plus forte que celle de Charlemagne. C’est enfin la grande famille slave réconciliée dans l’unité de foi et d’aspirations pour sa propre grandeur. Cette transformation sera le plus grand événement du siècle qui la verra s’accomplir et changera la face du monde.

« De pareilles espérances ont-elles quelque fondement ? Quoi qu’il arrive, saint Josaphat sera toujours le patron et le modèle des futurs apôtres de l’Union en Russie et dans tout le monde gréco-slave. Par sa naissance, son éducation, ses études, toutes les allures de sa piété et toutes les habitudes de sa vie, il ressemblait plus aux moines russes d’aujourd’hui qu’aux prélats latins de son temps. Il voulut toujours la conservation intégrale de l’antique liturgie de son Église, et, jusqu’à son dernier soupir, il la pratiqua avec amour sans altération, sans diminution aucune, telle que les premiers apôtres de la foi chrétienne l’avaient apportée à Kiev de Constantinople. Puissent s’effacer les préjugés, fils de l’ignorance ; et si décrié que soit aujourd’hui son nom en Russie, saint Josaphat sera, aussitôt que connu, aimé et invoqué par les Russes eux-mêmes. « Nos frères gréco-slaves ne peuvent fermer plus longtemps l’oreille aux appels du Pontife suprême. Espérons donc qu’un jour viendra et qu’il n’est pas éloigné, dans lequel la muraille de division s’écroulera pour jamais, et le même chant d’action de grâces retentira à la fois sous le dôme de Saint-Pierre et les coupoles de Kiew et de Saint-Pétersbourg. »

« Daignez, Seigneur, nous écouter et susciter en votre Église l’Esprit dont fut rempli le bienheureux Josaphat, votre Martyr et Pontife. » Ainsi prie aujourd’hui la Mère commune ; et l’Évangile achève de montrer son désir d’obtenir des chefs qui vous ressemblent. Le texte sacré nous parle du faux pasteur qui fuit dès qu’il voit le loup venir ; mais l’Homélie qui l’explique dans l’Office de la nuit flétrit non moins du titre de mercenaire le gardien qui, sans fuir, laisse en silence l’ennemi faire son œuvre à son gré dans la bergerie. O Josaphat, préservez-nous de ces hommes, fléau du troupeau, qui ne songent qu’à se paître eux-mêmes Puisse le Pasteur divin, votre modèle jusqu’à la fin jusqu’à la mort pour les brebis, revivre dans tous ceux qu’il daigne appeler comme Pierre en part d’un plus grand amour.

Apôtre de l’unité, secondez les vues du Pontife suprême rappelant au bercail unique ses brebis dispersées. Les Anges qui veillent sur la famille Slave ont applaudi à vos combats : de votre sang devaient germer d’autres héros ; les grâces méritées par son effusion soutiennent toujours l’admirable population des humbles et des pauvres de la Ruthénie, faisant échec au schisme tout-puissant ; tandis que, sur les confins de cette terre des martyrs, renaît l’espérance avec le renouvellement de l’antique Ordre basilien dont vous fûtes la gloire. Puissent-elles ces grâces déborder sur les fils des persécuteurs ; puisse l’apaisement présent préluder au plein épanouissement de la lumière, et les ramener à leur tour vers cette Rome qui a pour eux les promesses du temps comme de l’éternité !

 

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Saint Martin évêque et confesseur mémoire de Saint Menne Martyr

11 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Martin évêque et confesseur mémoire de Saint Menne Martyr

Collecte

O Dieu, qui voyez que nous ne saurions nullement subsister par nos propres forces ; faites, dans votre bonté, que l’intercession du bienheureux Martin, votre Pontife et Confesseur, nous fortifie contre tous les maux.

Office

Au premier nocturne.

De la 1ère Épître de saint Paul Apôtre à Timothée. Cap. 3, 1-7.

Première leçon. Cette parole est certaine : si quelqu’un désire l’épiscopat, il désire une œuvre excellente. Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, prudent, grave, chaste, hospitalier, capable d’instruire ; qu’il ne soit ni adonné au vin, ni violent, mais modéré, éloigné des querelles, désintéressé ; qu’il gouverne bien sa propre maison, qu’il maintienne ses fils dans la soumission et dans une parfaite honnêteté. Car si quelqu’un ne sait pas gouverner sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu ? Qu’il ne soit pas un néophyte, de peur qu’enflé d’orgueil, il ne tombe dans la même condamnation que le diable. Il faut encore qu’il ait un bon témoignage de ceux du dehors, afin de ne pas tomber dans l’opprobre et dans le piège du diable.


De l’Épître à Tite. Cap. 1, 7-11 ; 2, 1-8.

Deuxième leçon. Il faut que l’évêque soit irréprochable, comme étant l’intendant de Dieu ; pas orgueilleux, ni colère, ni adonné au vin, ni prompt à frapper, ni porté à un gain honteux, mais hospitalier, affable, sobre, juste, saint, tempérant, fortement attaché à la parole authentique, telle qu’elle a été enseignée, afin qu’il soit capable d’exhorter selon la saine doctrine, et de confondre ceux qui la contredisent. Car il y en a beaucoup, surtout parmi ceux de la circoncision, qui sont insoumis, vains parleurs, et séducteurs des âmes, auxquels il faut fermer la bouche, car ils bouleversent des maisons entières, enseignant ce qu’il ne faut pas, en vue d’un gain honteux.
Troisième leçon. Pour toi, enseigne ce qui convient à la saine doctrine : aux vieillards à être sobres, pudiques, sages, sains dans la foi, dans la charité, dans la patience ; pareillement, aux femmes âgées, à avoir une sainte modestie dans leur tenue, à n’être pas médisantes, pas adonnées aux excès du vin, à bien instruire, pour enseigner la sagesse aux jeunes femmes, leur apprenant à aimer leurs maris, à chérir leurs enfants, à être sages, chastes, sobres, appliquées au soin de leur maison, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas décriée. Exhorte pareillement les jeunes hommes à être sobres. En toutes choses montre-toi toi-même un modèle de bonnes œuvres, dans la doctrine, dans l’intégrité, dans la gravité ; que la parole soit saine, irrépréhensible, afin que l’adversaire soit confondu, n’ayant aucun mal à dire de vous.
Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Martin, né à Sabarie en Pannonie, s’enfuit à l’église, malgré ses parents, quand il eut atteint sa dixième année, et se fit inscrire au nombre des catéchumènes. Enrôlé à quinze ans dans les armées romaines, il servit d’abord sous Constantin, puis sous Julien. Tandis qu’il n’avait pas autre chose que ses armes et le vêtement dont il était couvert, un pauvre lui demanda, près d’Amiens, l’aumône au nom du Christ, et Martin lui donna une partie de sa chlamyde. La nuit suivante, le Christ lui apparut revêtu de cette moitié de manteau, faisant entendre ces paroles : « Martin, simple catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. »
Cinquième leçon. A l’âge de dix-huit ans, il reçut le baptême. Aussi, ayant abandonné la vie militaire, se rendit-il auprès d’Hilaire, Évêque de Poitiers, qui le mit au nombre des Acolytes. Devenu plus tard Évêque de Tours, Martin bâtit un monastère, où il vécut quelque ; temps de la manière la plus sainte, avec quatre-vingts moines. Étant tombé gravement malade de la fièvre, à Candes, bourg de son diocèse, il priait instamment Dieu de le délivrer de la prison de ce corps mortel. Ses disciples qui l’écoutaient, lui dirent : « Père, pourquoi nous quitter ? à qui abandonnez-vous vos pauvres enfants ? » Et Martin, touché de leurs accents, priait Dieu ainsi : « O Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. »
Sixième leçon. Ses disciples voyant que, malgré la force de la fièvre, il restait couché sur le dos et ne cessait de prier, le supplièrent de prendre une autre position, et de se reposer en s’inclinant un peu, jusqu’à ce que la violence du mal diminuât. Mais Martin leur dit : « Laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme, sur le point d’aller au Seigneur, soit déjà dirigée vers la route qu’elle doit prendre. » La mort étant proche, il vit l’ennemi du genre humain et lui dit : « Que fais-tu là, bête cruelle ? esprit du mal, tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne. » Et, en prononçant ces paroles, le Saint rendit son âme à Dieu, étant âgé de quatre-vingt un ans. Une troupe d’Anges le reçut au ciel, et plusieurs personnes, entre autres saint Séverin, Évêque de Cologne, les entendirent chanter les louanges de Dieu.
Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. Ayant mis, par ce qui précède, l’Église au-dessus de la Synagogue, le Sauveur nous invite à porter plutôt notre foi de cette dernière à l’Église. La lampe, (dont parle) l’Évangile est la foi, conformément à ce qui est écrit : « c’est une lampe (éclairant) mes pieds que votre parole, Seigneur. » La parole de Dieu est l’objet de notre foi ; et la parole de Dieu est lumière. La foi est une lampe. « Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » Or une lampe ne peut luire, si elle ne reçoit d’ailleurs la lumière.
Huitième leçon. La puissance de notre âme et de nos sentiments est cette lampe qu’on allume, afin de pouvoir retrouver cette drachme perdue. Que personne donc ne mette la foi sous la loi ; car la loi est contenue dans une étroite mesure, la grâce dépasse la mesure ; la loi couvre de son ombre, la grâce éclaire. Que nul, par conséquent, ne renferme sa foi dans la mesure étroite de la loi ; mais que (chacun de nous) la donne à l’Église, en qui (brille la lumière) des sept dons du Saint-Esprit ; à cette Église que Jésus-Christ, vrai prince des Prêtres, illumine des splendeurs de sa divinité suprême ; qu’il la lui donne, de peur que l’ombre de la loi ne prive sa lampe de lumière.
Neuvième leçon. Ainsi, la lampe que le grand-prêtre, sous l’ancien rite des Juifs, avait coutume d’allumer tous les matins et tous les soirs, a cessé de luire, comme étouffée sous le boisseau de la loi ; et la Jérusalem terrestre, cette cité « qui a tué les Prophètes, » est cachée et comme enfouie dans la vallée des larmes. Mais la Jérusalem céleste, en laquelle notre foi combat, étant établie sur la plus haute de toutes les montagnes, qui est Jésus-Christ, .ne peut être cachée par les ténèbres et les ruines de ce monde ; au contraire, toute brillante de la splendeur du soleil éternel, elle éclaire nos âmes des lumières spirituelles de la grâce.

 

Saint Martin évêque et confesseur mémoire de Saint Menne Martyr
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XXII ème Dimanche après la Pentecôte

10 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

XXII ème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Si vous demandez un compte rigoureux des iniquités, Seigneur ; Seigneur, qui pourra soutenir votre jugement ? Mais vous aimez à pardonner, ô Dieu d’Israël. Des profondeurs de ma misère, j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, exaucez ma voix.

Collecte

O Dieu, notre refuge et notre force, écoutez favorablement les pieuses supplications de votre Église, vous l’auteur même de toute pitié, et faites que nous obtenions sûrement ce que nous demandons avec foi.

Épitre Ph, 1, 6-11

Mes frères, j’ai confiance que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la perfectionnera jusqu’au jour du Christ Jésus. Et il est juste que j’aie ce sentiment de vous tous, parce que je vous ai dans mon cœur, vous qui,soit dans mes liens, soit dans la défense et l’affermissement de l’évangile, participez tous à ma joie. Car Dieu m’est témoin combien je vous chéris tous dans les entrailles de Jésus-Christ. Et ce que je demande, c’est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence, pour apprécier ce qui est meilleur, afin que vous soyez purs et irrépréhensibles pour le jour du Christ, étant remplis du fruit de justice par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu

Évangile Mt. 22, 15-21.

En ce temps-là, les pharisiens, s’étant retirés, tinrent conseil sur le moyen de surprendre Jésus dans ses paroles. Et ils lui envoyèrent leurs disciples avec les hérodiens, qui lui dirent : Maître, nous savons que vous êtes véridique, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans vous inquiéter de personne, car vous ne regardez pas la condition des hommes. Dites-nous ce qu’il vous en semble : Est-il permis de payer le tribut à César ou non ? Mais Jésus, connaissant leur malice, dit : Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? Montrez-moi la monnaie du tribut. Et ils lui présentèrent un denier. Et Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription ? Ils lui dirent : De César. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

Offertoire

Souvenez vous de moi, Seigneur, vous qui dominez toute puissance terrestre, et mettez sur mes lèvres un langage plein de droiture, en sorte que mes paroles, prononcées en présence de celui qui est le principe de toutes choses lui soient agréables

Secrète

Faites, ô Dieu de miséricorde, que cette oblation salutaire nous délivre sans cesse de nos propres fautes et nous protège contre toute adversité.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Hilaire, évêque.

Septième leçon. Souvent les pharisiens s’agitent et ne peuvent tirer des faits passés l’occasion d’incriminer Jésus. Car aucun défaut ne pouvait se glisser ni dans ses actes ni dans ses paroles. Mais dans leur malice, ils s’efforcent de découvrir la moindre faille pour l’accuser. Or Jésus appelait tout le monde à passer des vices du siècle et des superstitions religieuses humaines à l’espérance du Royaume des Cieux. Les pharisiens, par conséquent, tendent un piège subtil dans la façon de formuler leur question : ou bien violer le pouvoir séculier, ou bien admettre évidemment l’obligation de payer le tribut à César.

Huitième leçon. Connaissant le secret de leurs pensées, (car Dieu observe ce qui est caché au plus intime des hommes) Jésus se fait apporter un denier, et il s’informe de qui sont l’inscription et l’effigie. Les pharisiens répondent : « De César. » Il leur dit : « A César il faut rendre ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. » Réponse vraiment admirable, et solution parfaite que cette parole céleste ! Le Seigneur équilibre si bien tout entre le mépris du siècle et l’injure blessante pour César, qu’il décharge les âmes consacrées à Dieu de tous les soucis et embarras humains en décrétant qu’il faut rendre à César ce qui lui appartient. Car s’il ne reste rien de lui chez nous nous ne serons pas obligés de lui rendre ce qui lui appartient.

Neuvième leçon. Si au contraire, nous couvons son bien, si nous recourons à son pouvoir, nous nous astreignons aussi comme des mercenaires, à gérer un patrimoine étranger, et il n’y a point à se plaindre d’injustice : il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui lui revient : notre corps, notre âme, notre volonté. C’est de lui en effet que nous les tenons au départ et dans leur accroissement ; il est donc juste qu’ils retournent entièrement à celui dont ils reconnaissent tirer tout ensemble l’origine et le progrès.

ÉPÎTRE.

Saint Paul, au nom de l’Église, attire de nouveau notre attention sur l’approche de la fin. Mais ce dernier des jours, qu’il nommait Dimanche le jour mauvais, est appelé aujourd’hui par deux fois, dans le court passage de l’Épître aux Philippiens qu’on vient d’entendre, le jour du Christ Jésus. La lettre aux Philippiens est toute à la confiance, l’allégresse y déborde ; et cependant elle nous montre la persécution sévissant sur l’Église, et l’ennemi mettant à profit la tempête pour exciter les passions mauvaises au sein même du troupeau du Christ. L’Apôtre est enchaîné ; la jalousie et la trahison des faux frères ajoutent à ses maux.

Mais la joie domine sur la souffrance en son cœur, parce qu’il est arrivé à cette plénitude de l’amour où la douleur alimente mieux que toutes délices la divine charité. Pour lui, Jésus-Christ est sa vie, et la mort est un gain : entre la mort qui répondrait au plus intime désir de son cœur en le rendant au Christ et la vie qui multiplie ses mérites et le fruit de ses œuvres il ne sait que choisir. Que peuvent, en effet, sur lui les considérations personnelles ? Sa joie présente, sa joie future, est que le Christ soit connu et glorifié, peu lui importe en quelle manière. Son attente ne sera point confondue, puisque la vie et la mort n’aboutiront qu’à glorifier le Christ en sa chair.

De là, dans l’âme de Paul, cette indifférence sublime qui est le sommet de la vie chrétienne, et n’a rien de commun, on le voit, avec l’engourdissement fatal où les faux mystiques prétendirent, au XVIIe siècle, enfermer l’amour. Quelle tendresse prodigue à ses frères le converti de Damas, à cette hauteur où il est parvenu dans le chemin de la perfection ! Dieu m’est témoin, dit-il, combien je vous aime et désire tous dans les entrailles de Jésus-Christ ! L’aspiration qui le remplit et l’absorbe, est que le Dieu qui a commencé en eux l’œuvre bonne par excellence, cette œuvre de la perfection du chrétien arrivée à sa consommation dans l’Apôtre, la poursuive et l’achève en tous pour le jour où le Christ apparaîtra dans sa gloire. Il prie pour que la charité, cette robe nuptiale des bénis du Père qu’il a fiancés à l’unique Époux , les entoure d’un éclat non pareil au grand jour des noces éternelles.

Or le moyen que la charité se développe en eux sûrement, c’est qu’elle y grandisse dans l’intelligence et la science du salut, c’est-à-dire dans la foi. C’est la foi, en effet, qui forme la base de toute justice surnaturelle. Une foi diminuée ne peut, dès lors, porter qu’une charité restreinte. Combien donc ils se trompent, ces hommes pour qui le souci de la vérité révélée ne va pas de pair avec celui de l’amour ! Leur christianisme se résume à ne croire que le moins possible, à prêcher l’inopportunité de nouvelles définitions, à rétrécir savamment et sans fin l’horizon surnaturel par égard pour l’erreur. La charité, disent-ils, est la reine des vertus ; elle leur inspire de ménager même le mensonge ; reconnaître à l’erreur les mêmes droits qu’à la vérité, est pour eux le dernier mot de la civilisation chrétienne établie sur l’amour. Et ils perdent de vue que le premier objet de la charité étant Dieu, qui est la vérité substantielle, n’a pas de pire ennemi que le mensonge ; et ils oublient qu’on ne fait point acte d’amour, en plaçant sur le même pied l’objet aimé et son ennemi mortel.

Ce n’est point ainsi que l’entendaient les Apôtres : pour faire germer la charité dans le monde, ils y semaient la vérité. Tout rayon nouveau dans l’âme de leurs disciples profitait à l’amour ; et ces disciples, devenus lumière eux-mêmes au saint baptême, n’avaient rien tant à cœur que de ne pactiser point avec les ténèbres. Renier la vérité était, dans ces temps, le plus grand des crimes ; s’exposer par mégarde à diminuer quoi que ce fût de ses droits, était la souveraine imprudence.

Le christianisme avait trouvé l’erreur maîtresse du monde ; devant la nuit qui retenait la race humaine immobilisée dans la mort, il ne connut point d’autre procédé de salut que de faire briller la lumière ; il n’eut point d’autre politique que de proclamer la puissance de la seule vérité pour sauver l’homme, et d’affirmer ses droits exclusifs à régner sur le monde. Ce fut le triomphe de l’Évangile, après trois siècles de lutte acharnée et violente du côté des ténèbres, qui se prétendaient souveraines et voulaient rester telles, de lutte sereine et radieuse du côté des chrétiens, dont le sang versé ne faisait qu’augmenter l’allégresse en affermissant sur la terre le règne simultané de l’amour et de la vérité.

Aujourd’hui que par la connivence des baptisés l’erreur reprend ses prétendus droits, la charité d’un grand nombre a diminué du même coup ; la nuit s’étend de nouveau sur un monde agonisant et glacé. La ligne de conduite des fils de lumière reste la même qu’aux premiers jours. Sans terreur et sans trouble, fiers de souffrir pour Jésus-Christ, comme leurs devanciers et comme les Apôtres ils gardent chèrement la parole de vie ; car ils savent que, tant qu’il restera pour le monde une lueur d’espérance, elle sera dans la vérité. Ne se préoccupant que de marcher d’une manière digne de l’Évangile, ils poursuivent, dans la simplicité des enfants de Dieu, leur carrière au milieu d’une génération mauvaise et perverse, comme font les astres au firmament dans la nuit. « Les astres brillent dans la nuit, dit saint Jean Chrysostome, ils éclatent dans les ténèbres ; bien loin de perdre à l’obscurité qui les entoure, ils en apparaissent plus brillants : ainsi en sera-t-il de toi-même, si tu demeures juste au milieu des pervers ; ta lumière en ressortira davantage. » — « Comme les étoiles, dit de même saint Augustin, poursuivent leur course dans les sentiers tracés par Dieu, sans se lasser de projeter leur lumière au sein des ténèbres, sans se troubler des maux qui arrivent sur la terre : ainsi doivent faire les saints, dont la conversation est vraiment au ciel, ne se préoccupant pas plus que les astres eux-mêmes de ce qui se dit ou se fait contre eux. »

ÉVANGILE.

Il faut bien que la diminution des vérités doive être le danger tout spécial des derniers temps, puisque l’Église, en ces semaines qui ont pour objet de représenter les derniers jours du monde, nous ramène saris cesse à la prudence de l’entendement comme à la grande vertu qui doit alors garder ses fils. Dimanche, elle leur remettait comme arme défensive le bouclier de la foi, comme arme offensive la parole de Dieu ; huit jours plus tôt, c’était la circonspection de l’intelligence qui leur était recommandée, pour conserver, dans les jours mauvais, leur sainteté fondée sur la vérité leur richesse consistant dans la science. Aujourd’hui, dans l’Épître, c’était encore l’intelligence et la science qui leur étaient proposées, comme pouvant seules accroître leur amour et parfaire l’œuvre de leur sanctification pour le jour du Christ. L’Évangile vient conclure opportunément ces leçons de l’Apôtre parle récit d’un fait tiré de l’histoire du Sauveur, et leur donner l’autorité qu’apporte avec soi tout exemple emprunté à la vie du divin modèle de l’Église. Jésus-Christ, en effet, s’y montre à nous comme l’exemple des siens dans les embûches tendues à leur bonne foi par les complots des méchants.

C’était le dernier jour des enseignements publics de l’Homme-Dieu, presque à la veille de sa sortie de ce monde. Ses ennemis, tant de fois déjoués dans leurs ruses, essayèrent un suprême effort. Les Pharisiens, qui ne reconnaissaient point la domination de César et son droit au tribut, s’unirent à leurs adversaires, les partisans d’Hérode et de Rome, pour poser à Jésus la question insidieuse : Est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Si la réponse du Sauveur était négative, il encourait la colère du prince ; s’il se prononçait pour l’affirmative, il perdait tout crédit dans l’esprit du peuple. Avec sa divine prudence, Jésus déconcerta leurs menées. Les deux partis, si étrangement alliés par la passion, se refusèrent à comprendre l’oracle qui pouvait les unir dans la vérité, et retournèrent bientôt sans doute à leurs querelles. Mais la coalition formée contre le juste était rompue ; l’effort de l’erreur, comme toujours, avait tourné contre elle ; et la parole qu’elle avait suscitée, passant des lèvres de l’Époux à celles de l’Épouse, ne devait plus cesser de retentir en ce monde, où elle forme la base du droit social au sein des nations.

Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, redisaient les Apôtres ; et s’ils proclamaient bien haut qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ils ajoutaient : « Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne procède de Dieu, et celles qui existent, c’est Dieu qui les a établies. Celui donc qui résiste à la puissance, résiste à l’ordre établi de Dieu, et s’attire la damnation. Demeurez donc soumis, parce qu’il est nécessaire, soumis non seulement par le sentiment de la crainte, mais aussi parle devoir de la conscience. C’est pour la même raison que vous payez des tributs aux princes, parce qu’ils sont les ministres de Dieu. »

La volonté de Dieu telle est donc la source comme la vraie grandeur de toute autorité parmi les hommes. L’homme, par lui-même, n’a aucun droit de commander à son semblable. Le nombre ne change rien à cette impuissance des hommes sur ma conscience, puisque, nombreux ou non, je suis l’égal de chacun d’eux par nature, et qu’additionner les droits sur moi de chacun, c’est additionner le néant. Mais Dieu, voulant que les hommes vécussent en société, a voulu par là même qu’il y eût à leur tête un pouvoir chargé de ramener les volontés multiples à l’unité du but social. Il laisse aux événements conduits par sa providence, aux hommes eux-mêmes à l’origine des sociétés, une grande latitude pour déterminer la forme sous laquelle devra s’exercer le pouvoir civil et son mode de transmission. Mais, une fois régulièrement investis, les dépositaires souverains du pouvoir ne relèvent que de Dieu dans la sphère de leurs attributions légitimes, parce que c’est de lui seul que leur vient la puissance, non de leurs peuples qui, n’ayant point cette puissance en eux-mêmes, ne pourraient la donner. Tant qu’ils observent les conditions du pacte social, ou ne tournent pas à la ruine de la société le pouvoir reçu pour son bien, leur droit à l’obéissance est celui de Dieu même : soit qu’ils prélèvent les tributs nécessaires à leur gouvernement ; soit que les lois portées par eux viennent restreindre, dans le commerce ordinaire de la vie, la liberté laissée par le droit naturel, ou que leurs ordres envoient le soldat à une mort certaine pour la défense de la patrie. Dans tous ces cas, c’est Dieu même qui commande par eux et veut être obéi : dès ce monde, il met le glaive en leurs mains pour la punition des rebelles ; il châtiera lui-même dans l’autre éternellement ceux qui ne se seront pas amendés.

Combien grande n’est donc pas cette dignité de la loi humaine, qui fait du législateur le vicaire même de Dieu, en même temps qu’elle épargne au sujet l’humiliation de l’abaissement devant un autre homme ! Mais, pour que la loi oblige et soit vraiment loi, il est clair qu’elle doit avant tout se conformer aux prescriptions et aux défenses de l’Être souverain dont la volonté seule peut lui donner son caractère auguste, en la faisant entrer dans le domaine de la conscience. C’est pour cela qu’il ne peut y avoir de loi contre Dieu, contre son Christ ou son Église. Dès lors que Dieu n’est plus avec l’homme qui commande, la puissance de celui-ci n’est que force brutale. Le prince ou l’assemblée qui prétend réglementer les mœurs d’un pays à l’encontre de Dieu, n’a donc droit qu’à la révolte et au mépris de tous les gens de cœur ; donner le nom sacré de loi à ces tyranniques élucubrations, est une profanation indigne d’un chrétien comme de tout homme libre.

 

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Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur mémoire de Saint Théodore Martyr

9 Novembre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur mémoire de Saint Théodore Martyr

Il est bon alors que la Sainte Église est occupée par la secte moderniste qui prêche une nouvelle religion, célèbre une nouvelle "messe", dispense de nouveaux sacrements....... de se remémorer et de ne pas perdre de vue la forme de l'Église en ordre :

La constitution divine de l’Église est hiérarchique, hiérarchie des ministères du Pape aux évêques par la succession apostolique, de l’évêque au curé par la mission donnée par le Pasteur du Diocèse, du curé aux fidèles par l’éminente responsabilité du curé sur chacune des âmes du peuple de Dieu qui lui sont ainsi confiées par l’Église.

Cette hiérarchie se retrouve exprimée de manière liturgique par la hiérarchie des Autels. Les cérémonies d’installation de chaque nouveau successeur de Pierre se terminent par son installation sur la cathèdre de sa cathédrale et la célébration de sa première messe sur l’autel majeure de cette cathédrale, la basilique du Latran. Chaque année, l’Église convoque les fidèles pour l’anniversaire de la dédicace de cette « cathédrale des cathédrales » le 9 novembre.

Devant son autel cathédral, l’évêque de chaque diocèse paraît dans tout l’éclat de sa plénitude sacerdotale. Sanctificateur premier de son troupeau, il exerce sa primauté par excellence chaque fois qu’il célèbre dans l’Église Mère du diocèse, qu’il y confère les saints ordres ou consacre les saintes huiles qui serviront aux sacrements dispensés dans son diocèse. Comme pour la cathédrale du Pape, l’Église convoque les fidèles à l’anniversaire de la dédicace de l’Église Mère du diocèse.

Pour soumettre à l’action vivifiante de son sacerdoce jusqu’aux extrémités les plus reculées de son diocèse, l’évêque détache des prêtres et les envoie avec mission « d’offrir, de bénir de présider, d’instruire et de baptiser » en dépendance de lui, chacun devant l’autel paroissial que lui ou ses prédécesseurs ont dressé et consacré. Comme les prêtres dépendent de leur évêque, ainsi les églises paroissiales dépendent de l’Église Mère du diocèse.

L’extension du royaume surnaturel du Christ dans les âmes par le rayonnement de sa lumière et la diffusion de sa vie constitue une œuvre de conquête conduite par la hiérarchie sacerdotale de l’Église militante, qui, au fur et à mesure qu’elle enseigne les nations et les baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, les groupe autour de ses autels comme autour d’autant de foyers où elle leur départit sans mesure la vie surnaturelle, la vie divine, la grâce qui émane de la plénitude du Christ. Dans un diocèse, les autels paroissiaux constituent les bornes miliaires de la prise de possession du royaume des âmes par l’Église.

Non seulement les fidèles sont convoqués chaque année pour l’anniversaire de la dédicace de leur église paroissiale, mais la liturgie en fait la solennité le dimanche suivant.

 

Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur mémoire de Saint Théodore Martyr

Introït

Ce lieu est terrible : c’est la maison de Dieu et la porte du ciel, et on l’appellera le palais de Dieu. Que vos tabernacles sont aimables, ô Dieu des armées ! Mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur.

Collecte

O Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues.

Lecture Ap. 21, 2-5

En ces jours-là, je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Et j’entendis une voix forte venant du trône, qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux ; et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux, comme leur Dieu ; et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort n’existera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car ce qui était autrefois a disparu. Alors celui qui était assis sur le trône dit : Voici, je vais faire toutes choses nouvelles.

Évangile Lc. 19, 1-10

En ce temps-là, Jésus étant entré dans Jéricho, traversait la ville. Et voici qu’un homme, nommé Zachée, chef des publicains, et fort riche, cherchait à voir qui était Jésus ; et il ne le pouvait à cause de la foule, parce qu’il était petit de taille. Courant donc en avant, il monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. Arrivé en cet endroit, Jésus leva les yeux ; et l’ayant vu, il lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre ; car, aujourd’hui, il faut que je demeure dans ta maison. Zachée se hâta de descendre, et le reçut avec joie. Voyant cela, tous murmuraient, disant qu’il était allé loger chez un homme pécheur. Cependant Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, voici que je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut a été accordé à cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Communion

Ma maison sera appelée une maison de prière, dit le Seigneur. Quiconque y demande reçoit ; et celui qui cherche trouve ; et on ouvrira à celui qui frappe.

Postcommunion

O Dieu qui préparez un temple éternel à votre majesté au moyen de pierres vivantes et choisies, venez en aide à votre peuple suppliant, afin que ce qui est utile à votre Église en fait d’espaces matériels soit l’occasion d’accroissements spirituels

Office

Au premier nocturne.

Du livre de l’Apocalypse de saint Jean, Apôtre. Ap. 21, 9-18.

Première leçon. Alors vint un des sept Anges qui avaient les sept coupes des dernières plaies, et il me parla, disant : Viens, et je te montrerai la nouvelle mariée, l’Épouse de l’Agneau. Et il me transporta en esprit sur une montagne grande et haute, et il me montra la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, ayant la clarté de Dieu ; sa lumière était semblable à une pierre précieuse, telle qu’une pierre de jaspe, semblable au cristal.

Deuxième leçon. Elle avait une grande et haute muraille, ayant elle-même douze portes, et aux portes douze Anges, et des noms écrits, qui sont les noms des douze tribus des enfants d’Israël. A l’Orient étaient trois portes, au septentrion trois portes, au midi trois portes, et à l’occident trois portes. La muraille de la ville avait douze fondements, et sur ces fondements étaient les douze noms des Apôtres de l’Agneau. Celui qui me parlait avait une verge d’or pour mesurer la ville, ses portes et la muraille.

Troisième leçon. La ville est bâtie en carré ; sa longueur est aussi grande que sa largeur elle-même. Il mesura donc la ville avec sa verge d’or, dans l’étendue de douze milles stades ; or, sa longueur, sa largeur et sa hauteur sont égales. Il en mesura aussi la muraille, qui était de cent quarante-quatre coudées de mesure d’homme, qui est celle de l’Ange. La muraille était bâtie de pierres de jaspe ; mais la ville elle-même était d’un or pur, semblable à du verre très clair.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Les rites que l’Église observe dans la consécration des temples et des autels, ont été institués par le Pape saint Sylvestre 1er. Bien que, depuis te temps des Apôtres, il existât des lieux dédiés à Dieu et appelés tantôt oratoires, tantôt églises, où, le Dimanche, se tenaient les assemblées et où le peuple chrétien avait coutume de prier, d’entendre la parole de Dieu et de recevoir l’Eucharistie, toutefois ces lieux n’étaient pas consacrés avec tant de solennité, et il ne s’y trouvait pas encore d’autel érigé en titre et oint du saint chrême, pour représenter Jésus-Christ, qui est notre autel, notre hostie et notre Pontife.

Cinquième leçon. Ce fut quand l’empereur Constantin eut obtenu la santé et le salut par le sacrement du baptême, qu’il fut permis pour la première fois aux Chrétiens, par une loi de ce prince, de bâtir partout des églises ; et il les excita à la construction de ces édifices sacrés, non seulement par son édit, mais encore par son exemple. Il dédia, en effet, dans son palais de Latran, une église au Sauveur, tout près de laquelle il édifia aussi une basilique sous le nom de saint Jean-Baptiste, au lieu même où, baptisé par saint Sylvestre, il avait été guéri de la lèpre de l’infidélité. Ce Pape consacra l’église du Sauveur le cinquième jour des ides de novembre ; et c’est de cette consécration qu’on célèbre aujourd’hui la mémoire, parce que c’est en ce jour que la première dédicace publique d’une église a été faite à Rome et que l’image du Sauveur apparut au peuple romain, peinte sur la muraille.

Sixième leçon. Si le bienheureux Sylvestre décréta dans la suite, en consacrant l’autel du prince des Apôtres, que l’on n’édifierait plus désormais d’autels qu’en pierre, et si cependant, celui de la basilique de Latran est en bois, il n’y a pas lieu de s’en étonner ; depuis saint Pierre jusqu’à Sylvestre, les Papes ne pouvaient, à cause des persécutions, résider en un lieu fixe : partout où la nécessité les poussait, soit dans les cryptes, soit dans les cimetières, soit dans les maisons de pieux fidèles, ils offraient le sacrifice sur cet autel de bois, qui était creux et en forme de coffre. Or, la paix ayant été rendue à l’Église, saint Sylvestre le plaça dans la première église, qui fut celle de Latran, et, en l’honneur du prince des Apôtres, que l’on dit avoir offert le Saint Sacrifice sur cet autel, ainsi que des autres Pontifes qui, jusque-là, s’en étaient servis pour la célébration des Mystères, il ordonna qu’aucun autre que le Pape n’y célébrerait jamais la messe. La basilique du Saint-Sauveur, successivement endommagée par des incendies, dévastée, renversée par des tremblements de terre, fut restaurée avec grand soin puis reconstruite par les Papes. Le vingt-huit avril mil sept cent vingt-six, le souverain Pontife Benoît XIII, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, l’a consacrée solennellement et a décidé qu’on célébrerait en ce jour la mémoire de cette solennelle Dédicace. Selon ce que Pie IX avait projeté d’entreprendre, Léon XIII fit exécuter de grands travaux pour allonger et élargir le chœur du maître-autel, qui allait s’affaissant de vétusté ; il donna l’ordre de restaurer, selon les dessins antiques, les vieilles mosaïques, déjà réparées en beaucoup d’endroits, et de les transporter dans la nouvelle abside, magnifiquement construite et ornée ; il pourvut aussi à l’achèvement de l’ornementation du transept et à la réparation des caissons du plafond ; l’an mil huit cent quatre-vingt-quatre, il ajouta la sacristie, la demeure des chanoines et une galerie contiguë, menant au Baptistère de Constantin.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. Zachée, homme de fort petite taille, c’est-à-dire de basse extraction, et de peu de mérite, comme l’était le peuple Gentil, ayant entendu parler de la venue de notre Seigneur et Sauveur, désirait voir Celui que les siens n’avaient pas reçu. Mais personne ne voit facilement Jésus, aucun homme ne peut le voir s’il demeure à terre. Et parce que Zachée n’avait ni les Prophètes ni la loi, c’est-à-dire aucune grâce naturelle, il monta sur un sycomore, comme foulant aux pieds la vanité des Juifs et corrigeant aussi les égarements de sa vie passée ; c’est pourquoi il reçut Jésus, à table d’hôte, dans sa maison.

Huitième leçon. C’est avec raison que Zachée monta sur un arbre, parce qu’il devait lui-même devenir un bon arbre portant de bons fruits, et, qu’étant détaché de l’olivier sauvage pour être greffé, contre sa nature, sur un bon olivier, il allait pouvoir porter le fruit de la loi. Car la loi était parmi les Juifs une racine sainte ; mais elle avait des rameaux inutiles : c’était une gloire vaine, et le peuple Gentil s’éleva plus haut qu’eux par la foi en la résurrection, comme par une certaine élévation corporelle. Zachée était donc sur le sycomore et l’aveugle au bord du chemin ; le Seigneur attend l’un pour lui faire miséricorde ; il ennoblit et honore l’autre en séjournant dans sa maison ; il interroge le premier pour le guérir et il s’invite lui-même chez le second qui ne l’invitait pas. Il savait combien la récompense de l’hospitalité qu’on lui accorderait serait abondante ; et il n’avait pas entendu la voix de Zachée l’inviter, il avait vu déjà les sentiments de son cœur.

Neuvième leçon. Mais de peur qu’il ne semble que ce soit par mépris des pauvres, que nous ayons si tôt quitté cet aveugle pour parler du riche Zachée, arrêtons-nous à considérer ce qui se passe à l’égard du premier, puisque le Seigneur aussi s’arrêta pour l’attendre ; interrogeons-le, puisque Jésus-Christ l’interrogea. Nous l’interrogerons parce que nous ne le connaissons pas ; Lui l’interrogea parce qu’il le connaissait. Nous l’interrogerons pour savoir comment il a été guéri ; Jésus l’interrogea, afin que nous apprissions par l’exemple d’un seul, ce que tous nous devons faire pour mériter de voir le Seigneur. Il l’a interrogé pour nous apprendre que personne ne peut être sauvé s’il ne confesse la vérité.

 

 

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