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Saint Luc évangéliste

18 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Luc évangéliste

Collecte

Nous vous en prions, Seigneur, que votre saint Évangéliste Luc intercède pour nous, lui qui n’a jamais cessé de porter dans son corps la mortification de la croix, pour l’honneur de votre nom

Office

Quatrième leçon. Luc, médecin d’Antioche, instruit, comme ses écrits l’indiquent, dans la langue grecque, fut le disciple de l’apôtre saint Paul, et son compagnon en ses diverses pérégrinations. Il a écrit un Évangile, et c’est de lui que le même Apôtre dit : « Nous avons envoyé avec lui un de nos frères dont on fait l’éloge, à cause de l’Évangile, dans toutes les Églises ; » et aux Colossiens : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue ; » et à Timothée : « Luc est seul avec moi. » Il a aussi laissé un autre livre excellent intitulé : Les Actes des Apôtres, et qui renferme l’histoire de ces temps-là jusqu’à la seconde année du séjour de Paul à Rome, c’est-à-dire la quatrième de Néron : d’où nous inférons que l’ouvrage fut composé dans cette même ville.
Cinquième leçon. Aussi regardons-nous les voyages de Paul, de Thècle et toute la fable du Lion baptisé, comme des livres apocryphes. Car est-il possible que, parmi tant d’autres choses, un compagnon de l’Apôtre n’ait oublié que celles-là ? D’ailleurs Tertullien, peu éloigné de ces temps-là, rapporte qu’en Asie, un certain prêtre, qui affectionnait l’Apôtre, ayant été convaincu par saint Jean d’être l’auteur de l’ouvrage et ayant avoué qu’il l’avait fait par affection pour saint Paul, fut déposé précisément pour ce sujet-là. Au sentiment de quelques-uns, toutes les fois que Paul, en ses Épîtres, écrit ces mots : « selon mon Évangile, » c’est de l’Évangile selon saint Luc qu’il entend parler.
Sixième leçon. Et ce n’est pas seulement de l’Apôtre saint Paul, qui n’avait point été avec le Seigneur au temps de sa vie mortelle, mais encore des autres apôtres, que saint Luc recueillit les récits de son Évangile. C’est ce qu’il déclare lui-même au commencement de son livre, en ces termes : « Suivant que ces choses nous ont été transmises par ceux qui, dès le commencement, les ont eux-mêmes vues, et qui ont été les ministres de la parole. » Ainsi donc, il a rédigé son Évangile sur le rapport d’autrui, et les Actes des Apôtres, d’après ce qu’il avait vu lui-même. Il vécut quatre-vingt-quatre ans et ne fut point marié ; on l’ensevelit à Constantinople, ses ossements y ayant été transportés d’Achaïe, avec les reliques de l’apôtre saint André, l’an vingtième de Constantin

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Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge

17 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, vous avez révélé miraculeusement à la bienheureuse vierge Marguerite Marie les richesses inépuisables de votre Cœur : que, par ses mérites et à son imitation, nous obtenions de vous aimer en tout et par dessus-tout, et d’établir en votre Cœur notre demeure permanente

Office

Quatrième leçon. Marguerite-Marie Alacoque, née d’une famille honorable dans un bourg du diocèse d’Autun, donna dès son enfance des signes de sa sainteté future. Brûlant d’amour pour la Vierge Mère de Dieu et pour l’auguste sacrement de l’Eucharistie, la jeune adolescente voua à Dieu sa virginité ; Avant toute chose, elle s’efforce de réaliser dans sa vie l’exercice des vertus chrétiennes. Elle a le plaisir de dépenser des heures dans les prières et dans la méditation sur les choses du ciel. Elle était humble et patiente dans l’adversité. Elle a exercé la pénitence physique. Elle a montré sa charité envers son prochain, en particulier les pauvres. Par tous les moyens dans les limites de son pouvoir, elle s’employa avec diligence à imiter les plus saints exemple a laissé par notre divin Rédempteur.
Cinquième leçon.Entrée dans l’Ordre de la Visitation, elle commença aussitôt à resplendir du rayonnement de la vie religieuse. Elle fut gratifiée par Dieu d’un don d’oraison très élevée, d’autres faveurs spirituelles et de visions fréquentes. La plus célèbre fut celle où, tandis qu’elle priait devant le Saint-Sacrement, Jésus se présenta lui-même à sa vue, lui montra, sur sa poitrine ouverte, son Divin Cœur tout embrasé et entouré d’épines et lui ordonna de faire en sorte, en raison d’un tel amour et pour réparer les outrages des hommes ingrats, qu’un culte public fût institué en l’honneur de son Cœur ; il promettait en retour de grandes récompenses puisées dans le trésor céleste. Lorsque, par l’humilité, elle a hésité d’entreprendre une telle tâche, son Sauveur très aimant l’a encouragé. En même temps, il a désigné Claude de la Colombière, un homme de grande sainteté, comme celui qui pourrait la guider et l’aider. Notre Seigneur l’a également conforté avec l’assurance qu’une très grande bénédiction s’étendrait sur l’Eglise grâce au culte de son divin Coeur.
Sixième leçon.Marguerite s’est ardemment dépensée à accomplir l’ordre du Rédempteur. Vexations, insultes ne lui manquèrent pas de la part de certains qui maintenaient qu’elle faisait l’objet d’aberrations mentales. Elle a non seulement porté ces souffrances patiemment, elle a même tiré profit, s’offrant elle-même dans l’angoisse et les douleurs comme une victime agréable à Dieu, supportant toute ces choses comme un moyen plus sûr de réaliser son but. Très estimée pour la perfection de sa vie religieuse et chaque jour plus unie au céleste Époux par la contemplation des réalités éternelles, elle s’envola vers lui, en la quarante-troisième année de son âge, l’an 1690 de la Rédemption. Elle fut glorifiée par des miracles ; Benoît XV l’inscrivit parmi les saints et Pie XI étendit son Office à l’Église universelle.

Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge
Prière au Cœur Eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Cette  prière a été composée par le Révérend Père Lepidi, Maître du Sacré Palais (c’est-à-dire théologien attitré du Pape) sous les pontificats de Saint Pie X et de Benoît XV.

O Cœur Eucharistique, ô amour souverain du Seigneur Jésus, qui avez institué l’auguste Sacrement pour demeurer ici-bas au milieu de nous, pour donner à nos âmes votre chair comme nourriture et votre sang comme céleste breuvage, nous croyons fermement, Seigneur Jésus, à cet amour suprême qui institua la Très Sainte Eucharistie, et ici, devant cette Hostie, il est juste que nous adorions cet amour, que nous le confessions et l’exaltions comme le grand foyer de la vie de votre Église. Cet amour est pour nous une pressante invitation ; vous semblez nous dire : « Voyez combien je vous aime ! En vous donnant ma chair en nourriture et mon sang en breuvage, je veux, par ce contact, exciter votre charité, vous unir à moi ; je veux réaliser la transformation de vos âmes en moi, le Crucifié ; en moi qui suis le Pain de la vie éternelle ; donnez-moi donc vos cœurs, vivez de ma vie et vous vivrez de Dieu. » Nous le reconnaissons, ô Seigneur, tel est l’appel de votre Cœur Eucharistique, et nous vous en remercions, et nous voulons, oui, nous voulons y répondre. Accordez-nous la grâce de bien nous pénétrer de cet amour suprême par lequel, avant de souffrir, vous nous avez conviés à prendre et à manger votre Corps sacré. Gravez dans le fond de nos âmes le propos stable d’être fidèles à cette invitation. Donnez-nous la dévotion, la révérence nécessaires pour honorer, pour recevoir dignement le don de votre Cœur Eucharistique, ce don de votre amour final. Que nous puissions ainsi, par votre grâce, célébrer effectivement le souvenir de votre Passion, réparer nos offenses et nos froideurs, alimenter et accroître notre amour pour vous, et conserver toujours vivante dans nos cœurs la semence de la bienheureuse immortalité.

Ainsi soit-il.

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Pour commencer ici-bas la vie du Ciel

17 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Pour commencer ici-bas la vie du Ciel
Père Onésime Lacouture - 3-12 - Le Saint-Esprit

LE SAINT-ESPRIT.

«Quand cet Esprit de vérité sera venu; il vous enseignera toute vérité; car il ne parlera pas de lui-même mais il dira tout ce qu’il aura entendu et il vous annoncera les choses à venir». Jn. 16-13.

Pour la plupart des catholiques, le Saint-Esprit est le grand Inconnu. Ils ont une idée bien vague de sa nature et de sa fonction au sein de l’Église. A quoi attribuer cette insouciance envers la Troisième Personne de la Sainte Trinité? Toutes les causes peuvent se résumer en celle-ci.

Comme le Saint-Esprit procède du Père et du Fils dans la Trinité, il faut aussi qu’il procède de ces deux Personnes en nous. C’est en proportion que nous vivons la vie de la grâce sanctifiante, qui est la vie du Père et que nous vivons la mentalité de Jésus dans nos facultés spirituelles, que le Saint-Esprit viendra en nous pour nous sanctifier et nous donner l’amour de Dieu qui est sa fonction propre et essentielle.

Or la plupart des chrétiens ne vivent pas suffisamment la vie propre des deux premières personnes divines. Ils estiment si peu la grâce sanctifiante qu’ils la perdent pour des riens. Comme ils commettent le péché mortel facilement! Comme ils restent longtemps dans cet état si triste! C’est donc qu’ils ne tiennent pas beaucoup à la vie du Père dans leur âme. Tous savent que la communion en est la nourriture par excellence et cependant comme ils communient rarement!

Où sont ceux qui ont la mentalité de Jésus? Qui pensent comme lui, parlent comme lui et agissent comme lui? Si peu l’étudient dans la Bible, si peu méditent sur les Évangiles et les Épîtres, qu’ils les connaissent peu. Ils ne l’ont donc pas dans le cœur. On le voit bien puisqu’ils n’en parlent à peu près jamais.

Ils sont tout aux choses du monde et lui donnent le meilleur de leur cœur et de leur temps. Ils s’affectionnent si bien aux bagatelles de la terre qu’ils n’ont plus de place dans leur cœur pour Jésus. Ce qui le concerne ne les intéresse pas ou trop peu.

Or Notre Esprit Saint à nous est celui qui procède de notre vie divine du Père et de notre vie de Jésus-Christ: il ne peut donc pas être plus fort ou plus vivant que les deux premières personnes le sont en nous. Tout chrétien doit donc s’efforcer d’augmenter en lui la vie divine et la mentalité de Jésus, afin d’augmenter son amour pour Dieu ou l’activité du Saint-Esprit en son âme. Ça devrait être là le but de toutes nos prières et de nos désirs. Demandez et vous recevrez.

N’attendons pas de sentir de l’attrait pour lui, il dépasse la vie des sens et même la raison, c’est la foi seule qui nous le révèle, alors il faut le vouloir selon la foi. Nous savons qu’il est Dieu et que c’est lui seul qui va nous sanctifier, c’est assez pour supplier Dieu constamment pour qu’il nous donne son Esprit Saint.

Voici le bon moyen pratique pour augmenter la vie du Saint-Esprit en nous. Saint Paul dit que le nouvel homme créé dans le Christ par l’opération du Saint-Esprit se renouvelle à mesure que le vieil homme créé en Adam et donc l’homme naturel dépérit en nous. Que chacun s’efforce donc de tuer en lui le «païen» en lui soustrayant ce qui l’alimente : les plaisirs sensibles et naturels, donc en pratiquant la mortification et le renoncement à soi-même. Il ne suffit pas d’éviter le péché, il faut en plus détruire toute affection pour les choses créées. Le malheur est que tant de prêtres philosophes se contentent de prêcher contre les péchés et tolèrent et même encouragent les attaches aux plaisirs sensibles. Mais cet amour pour les créatures empêche l’amour divin ou le Saint-Esprit de se donner aux fidèles qui cultivent ces affections naturelles même pour les bonnes choses.

Les trois personnes divines sont nécessaires à notre salut. C’est le Père qui nous a créés, c’est le Fils qui nous a rachetés, mais c’est le Saint-Esprit qui nous sanctifie. Ce dernier est donc aussi important pour nous que les deux autres. Respectons cet ordre et occupons-nous de chacune des personnes comme si elle était seule pour nous sauver. Or, un grand nombre de chrétiens ne s’occupent pas assez du Saint-Esprit. Faisons donc cette méditation pour augmenter notre dévotion envers notre sanctificateur. Étudions d’abord… fonction du Saint-Esprit dans…

SA FONCTION DANS LA TRINITÉ

La fonction essentielle d’un être le suit dans toute son existence. Si donc nous découvrons la fonction essentielle du Saint-Esprit au sein de la Trinité, nous saurons qu’il vient en nous pour exercer la même fonction. Il nous faut bien expliquer un peu le mystère de la Trinité pour nous faire une idée du Saint-Esprit. Dieu lui-même nous a révélé assez de ce mystère pour nous ravir d’admiration et nous enflammer de son amour.

Puisque Dieu nous a créés pour participer à cette activité trinitaire, il a dû nous créer un peu à son image. Commençons donc par examiner cette image de la Trinité en nous et de là nous monterons plus facilement au mystère lui-même dans le ciel. Faisons cette étude en priant le Saint-Esprit de nous éclairer de sa lumière divine.

Notre âme est un esprit vivant et immortel, correspondant à la substance du Père. Cet esprit agit et produit des pensées distinctes de lui, puisque ces pensées vont et viennent tandis que l’esprit demeure On admire ses pensées et on les veut, c’est de l’amour, nous avons donc en notre âme une substance spirituelle, des pensées intellectuelles et une volonté, ou de l’amour, ces trois choses constituent notre âme agissante. En Dieu nous retrouvons ces trois choses d’une façon infiniment plus parfaite. Dieu est la vie essentielle, la sagesse infinie et l’amour substantiel. En Dieu ce sont des Personnes formant un seul Dieu, parce qu’elles ont la même essence divine et infinie, distinctes cependant l’une de l’autre.

Le Saint-Esprit est comme le trait d’union entre le Père et le Fils et on l’appelle : l’amour. Il est aussi la sainteté de Dieu ou l’adhésion de la volonté divine pour toutes ses perfections infinies. Cela correspond en nous à notre amour-propre. En Dieu, comme tout est infini et essentiel, son amour-propre est parfaitement légitime et infiniment parfait comme toutes ses autres perfections. Il est aussi le bonheur divin, puisque le bonheur consiste dans l’amour. Les deux premières Personnes trouvent leur amour réciproque dans le Saint-Esprit.

Voilà les grandes lignes de la fonction du Saint-Esprit dans la Trinité. On peut en déduire des conséquences très pratiques pour notre vie spirituelle, comme nous le verrons à mesure que nous avancerons dans cette série.

C’est déjà assez pour montrer que nous devons donner autant d’importance à la troisième personne de la Trinité qu’aux deux autres. Nous avons tort de toujours nous arrêter seulement aux deux premières Personnes, c’est arrêter juste aux portes de l’amour divin! Et de la sainteté! Et du bonheur! Comme en nous, c’est l’abondance de la vie et de la sagesse qui contribue à notre bonheur, ainsi dans la Trinité c’est la vie du Père et la Sagesse du Fils qui constituent les deux éléments qui contribuent à former le Saint-Esprit. Plus nous lui serons dévoués et plus il nous introduira dans l’activité propre des deux premières Personnes: la vie divine et la sagesse divine.

C’est pourquoi il est dit des Apôtres, remplis du Saint-Esprit, qu’ils parlaient des grandeurs de Dieu: c’est que le Saint-Esprit qui les pénètre parfaitement les leur révélait. Il en sera de même pour nous, plus nous serons pleins de cet Esprit et plus nous pénétrons dans les profondeurs du mystère de la divinité. [Nous prêchons une sagesse de Dieu mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre glorification. Cette sagesse, nul des princes de ce siècle ne l'a connue; - car, s'ils l'avaient connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire. Mais ce sont, comme il est écrit, " des choses que l’œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l'homme, - des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. " C'est à nous que Dieu les a révélées par son Esprit; car l'Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu. Car qui d'entre les hommes connaît ce qui se passe dans l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui? De même personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu. Pour nous, nous avons reçu non l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce. Et nous en parlons, non avec des paroles qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu'enseigne l'Esprit, en exprimant les choses spirituelles par un langage spirituel(1Cor 2, 7-13)]

Si Jésus dit que nous devons être une seule chose avec lui, afin d’être une seule chose avec son Père, il est clair que nous devons faire une seule chose aussi avec le Saint-Esprit. Or il passe son éternité à scruter les profondeurs des perfections infinies de Dieu; il trouve là toutes ses complaisances. Eh bien! Tout chrétien doit faire de même, il doit s’efforcer de scruter les perfections divines que la révélation nous a manifestées. On les trouve dans les saintes Écritures que nous devrions lire assidûment et avec amour, afin d’y trouver la vie éternelle.

Quel dommage que les chrétiens recherchent tant la vie naturelle du corps et la science des hommes, qu’ils soient si indifférents pour la vie éternelle et la sagesse infinie de Dieu!

Nous savons maintenant ce que nous trouverons dans la Sainte Trinité et surtout dans l’Esprit Saint, l’amour, la sainteté et le bonheur. Ce devrait être assez pour nous encourager à étudier le Saint-Esprit et à vivre sa vie d’amour divin. Toute son activité est divine. Rien d’humain là. Eh bien! Plus nous nous dégagerons de notre activité naturelle intentionnelle pour n’agir qu’avec des motifs purement surnaturels et plus nous sentirons les effets de son amour divin en nous. Il ne s’agit pas ici simplement de parler de lui, mais de le vivre exactement comme il le fait dans la Sainte Trinité, tout occupé aux perfections divines. Faisons de même!

DANS L’ÉGLISE

Jésus nous indique souvent le rôle du Saint-Esprit dans l’Église. «J’ai encore beaucoup de choses à vous dire que vous ne pouvez porter maintenant; le Saint-Esprit y pourvoira quand le moment sera venu». Jn. 14-26. «IL VOUS ENSEIGNERA TOUTE VÉRITÉ». Jn. 16-13. «Il vous suggérera et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit» «…Il demeurera avec vous». Jn. 14-17 C’est donc lui qui fera comprendre le plan et la doctrine de Jésus et les leur fera pratiquer. Il continuera donc l’œuvre de Jésus-Christ d’une façon invisible mais bien réelle.

Les Actes des Apôtres attribuent au Saint-Esprit tous les faits merveilleux et les conversions qui se font par le ministère des Apôtres. «Ils se mirent à parler diverses langues selon que le Saint-Esprit les inspirait». C’est lui qui choisit ceux qui doivent prêcher et les endroits où ils doivent aller, comme dans le cas de Paul et de Barnabé. «Pierre parlait encore quand le Saint-Esprit tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole de Dieu». Ac. 10-40. Il envoie Paul et Barnabé à Chypre; il leur défend de parler à Bythinie comme ils en avaient l’intention. Ac. 22-22. C’est lui qui fait établir les prêtres et des évêques où il en faut. C’est donc le Saint-Esprit qui conduit l’Église naissante d’une façon manifeste dans les paroles et les actes. C’est donc encore ce qu’il fait puisqu’il doit la diriger jusqu’à la fin des temps.

La conclusion pratique est que nous devons respecter l’action du Saint-Esprit dans le travail de l’Église. A quoi bon trouver à redire contre le choix des prêtres et des évêques; il prend la matière qu’il a sous la main pour ainsi dire, comme il a pris les Apôtres avec leurs défauts naturels, tels qu’ils étaient.

Le magistère infaillible du Pontife romain

La primauté apostolique que le Pontife romain, en tant que successeur de Pierre, chef des Apôtres, possède dans l'Église universelle, comprend aussi le pouvoir suprême du magistère : le Saint-Siège l'a toujours tenu, l'usage perpétuel des Églises le prouve, et les conciles oecuméniques, surtout ceux où l'Orient se rencontrait avec l'Occident dans l'union de la foi et de la charité, l'ont déclaré.

Les Pères du IVe concile de Constantinople, suivant les traces de leurs ancêtres, émirent cette solennelle profession de foi : " La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe... On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : 'Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église' [Mt 16, 18]. Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine... nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne ".

Avec l'approbation du IIe concile de Lyon, les Grecs ont professé : " La sainte Église romaine possède aussi la primauté souveraine et l'autorité entière sur l'ensemble de l'Église catholique. Elle reconnaît sincèrement et humblement l'avoir reçue, avec la plénitude du pouvoir, du Seigneur lui-même, en la personne du bienheureux Pierre, chef ou tête des Apôtres, dont le Pontife romain est le successeur. Et comme elle doit, par-dessus tout, défendre la vérité de la foi, ainsi les questions qui surgiraient à propos de la foi doivent être définies par son jugement ".

Enfin, le concile de Florence a défini : " Le Pontife romain est le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l'Église ".

Pour s'acquitter de leur charge pastorale, nos prédécesseurs ont travaillé infatigablement à la propagation de la doctrine salutaire du Christ parmi tous les peuples de la terre, et ils ont veillé avec un soin égal à sa conservation authentique et pure, là où elle avait été reçue. C'est pourquoi les évêques du monde entier, tantôt individuellement, tantôt réunis en synodes, en suivant la longue coutume des églises et les formes de la règle antique, ont communiqué au Siège apostolique les dangers particuliers qui surgissaient en matière de foi, pour que les dommages causés à la foi fussent réparés là où elle ne saurait subir de défaillance. Les Pontifes romains, selon que l'exigeaient les conditions des temps et des choses, tantôt convoquèrent des conciles oecuméniques ou sondèrent l'opinion de l'Église répandue sur la terre, tantôt par des synodes particuliers, tantôt grâce à des moyens que leur fournissait la Providence, ont défini qu'on devait tenir ce qu'ils reconnaissaient, avec l'aide de Dieu, comme conforme aux saintes Lettres et aux traditions apostoliques.

CAR LE SAINT ESPRIT N'A PAS ÉTÉ PROMIS AUX SUCCESSEURS DE PIERRE POUR QU'ILS FASSENT CONNAÎTRE, SOUS SA RÉVÉLATION, UNE NOUVELLE DOCTRINE, MAIS POUR QU'AVEC SON ASSISTANCE ILS GARDENT SAINTEMENT ET EXPOSENT FIDÈLEMENT LA RÉVÉLATION TRANSMISE PAR LES APÔTRES, C'EST-À-DIRE LE DÉPÔT DE LA FOI.

Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les Pères vénérés, révérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes. Ils savaient parfaitement que CE SIÈGE DE PIERRE DEMEURAIT PUR DE TOUTE ERREUR, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : " J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères " [Lc 22, 32].

Ce charisme de vérité et de foi à jamais indéfectible a été accordé par Dieu à Pierre et à ses successeurs en cette chaire, afin qu'ils remplissent leur haute charge pour le salut de tous, afin que le troupeau universel du Christ, écarté des nourritures empoisonnées de l'erreur, soit nourri de l'aliment de la doctrine céleste, afin que, toute occasion de schisme étant supprimée, l'Église soit conservée tout entière dans l'unité et qu'établie sur son fondement elle tienne ferme contre les portes de l'enfer.

Mais comme en ce temps, qui exige au plus haut point l'efficacité salutaire de la charge apostolique, il ne manque pas l'hommes qui en contestent l'autorité, Nous avons jugé absolument nécessaire d'affirmer solennellement la prérogative que le Fils unique de Dieu a daigné joindre à la fonction pastorale suprême.

C'est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l'origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l'exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l'approbation du saint concile, NOUS ENSEIGNONS ET DÉFINISSONS COMME UN DOGME RÉVÉLÉ DE DIEU : Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église.

Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème.

Appliquons donc ici la doctrine de Saint Paul lorsqu’il dit que Dieu a laissé tomber dans l’infidélité les Juifs et il est allé chercher les païens dans l’infidélité pour que tous éprouvent les effets de sa miséricorde divine. Eh bien! C’est encore pour la même raison que le Saint-Esprit choisit des hommes souvent très imparfaits pour ses ministres, afin que la vertu de sa grâce soit plus manifeste et donc sa gloire plus grande. Il veut que tous s’améliorent constamment dans la vertu; tant pis pour celui qui ne le fait pas! Ce n’est pas la faute du Saint-Esprit!

Ne nous arrêtons donc plus aux éléments humains dans les prêtres ou les évêques. Mais surveillons l’action du Saint-Esprit à travers leurs imperfections et avec leurs imperfections. Faisons de même dans les événements civils, dans les guerres et les bouleversements des gouvernements. Le Saint-Esprit saura tirer du bien pour nos âmes si nous avons foi en lui.

Par exemple, lorsque Dieu enleva le Canada à la France catholique pour le jeter dans les bras de l’Angleterre protestante, les contemporains étaient navrés de ce qu’ils considéraient comme un immense malheur pour la colonie catholique. Cependant l’histoire montre que ce fut pour le plus grand bien des Canadiens. Quelques années après éclatait la Révolution française qui paganisa la France et ses colonies; nous aurions subi le même sort. Mais elle n’avait plus d’influence sur nous. Et comme nous nous défions de l’Angleterre protestante nous sommes restés unis à nos prêtres qui nous protégèrent contre le protestantisme de nos conquérants. C’était donc pour le plus grand bien du Canada quand Dieu envoya ce grand malheur à notre pays selon le jugement des Français du temps.

Nous pourrions appliquer ici une parole de Saint Paul qui dit que tout ce qui est arrivé dans l’Ancien Testament était une figure du nouveau et pour notre instruction. Or dans l’histoire du peuple de Dieu, l’action divine est très évidente. Par exemple, tous les faits qui ont contribué à la délivrance du peuple de l’esclavage des Egyptiens pour le conduire en Terre Promise sont presqu’un miracle continuel. Ce qui apparaît surtout dans les quarante années de leur marche dans le désert. Tout était contraire au bon sens humain et tout très pénible à la nature humaine. Aussi les Juifs n’ont pas cru en cette action divine et ils ont murmuré comme de vrais païens contre Dieu. Qu’ont-ils gagné? A part deux hommes, ils sont tous morts en route pour leur châtiment. S’ils s’étaient soumis à Dieu, ils auraient été soutenus par lui-même d’une façon miraculeuse et ils auraient été parfaitement heureux même dans ce désert.

Eh bien! Dieu tient autant à sa gloire pour nous conduire à la vraie Terre Promise du ciel; il va donc le faire par des moyens que réprouve le bon sens humain. Mais si nous vivons de foi malgré toutes ces épreuves, elles ne nous nuiront en rien et nous serons heureux même en ce monde.

Par exemple, on trouve que son curé agit en païen et n’a pas de vertu, une raison de plus pour mieux servir Dieu selon l’enseignement de la foi que nous devrions connaître. Dieu ne nous demandera pas compte de la conduite de notre curé mais de la nôtre. C’est justement pour que nous servions Dieu uniquement pour son amour que Dieu nous donne des prêtres imparfaits. S’ils étaient tous des saints, on serait bon chrétien pour l’amour de notre curé… et Dieu ne le veut pas! Si nous agissons selon la foi, les fautes de nos prêtres ne pourront jamais nous nuire. Comme le baptême ne dépend pas de la vertu de celui qui le confère, ainsi la pratique de notre religion ne dépend pas de la vertu des prêtres. Dieu le fait exprès pour nous laisser apparemment seuls quand nous voulons bien le servir, afin que nous le fassions uniquement par amour pour lui et pas pour faire comme les autres.

Cessons donc de critiquer contre nos supérieurs et contre les prêtres, autrement nous serons punis sévèrement comme les Juifs autrefois quand ils ont murmuré contre Moïse et Aaron. Nous le serons encore plus parce que nous avons plus d’instruction religieuse que les Juifs en avaient et que nous devons avoir plus de foi. Tous ceux qui murmurent montrent qu’ils vivent de raison naturelle et non de foi. Or Dieu nous conduit selon sa lumière divine de la foi, jugeons donc selon la même lumière. Rappelons-nous donc que Dieu aime à faire tout le contraire du bon sens humain précisément pour nous obliger à reconnaître que c’est sa sagesse seule qui mène le monde.

Est-ce que ce n’est pas sagesse divine que de nous faire crucifier tous les jours pour expier comme Jésus nos péchés et pour mériter le ciel? Est-ce que Jésus ne dit pas que nous devons tous porter la croix tous les jours de notre vie? Eh bien! Quoi d’étonnant qu’il nous vienne des croix des personnes avec lesquelles on vit, soit supérieurs, soit égaux, soit inférieurs? Eh bien! Toutes ces contrariétés nous sont envoyées par Dieu justement pour nous faire imiter Jésus dans le portement de sa croix et dans sa passion. «Nous régnerons avec lui, pourvu que nous souffrions avec lui».

Ce qui est dit qu’au commencement du monde, «le Saint-Esprit se mouvait sur les eaux», peut se dire aussi de nos jours. Le Saint-Esprit couvre toute l’Eglise de son action divine et de son influence continuelle pour la protéger contre l’enfer et la conduire au ciel. Il n’a de limites que dans la volonté humaine qui s’oppose souvent à son action divine par ses péchés, ses mauvaises tendances et ses attaches aux créatures.

De nos jours, le pire obstacle à l’action du Saint-Esprit est certainement le philosophisme que nous avons attaqué déjà bien souvent. Comme cette ivraie tient toute la religion dans la tête seulement, le Saint-Esprit qui est amour n’agit pas là. Il veut agir dans les cœurs; c’est donc là qu’il faut mettre notre religion si nous voulons qu’il agisse avec amour en nous. Cet Esprit n’a rien à faire avec la religion abstraite des «in se». C’est le cœur qu’il veut, mais les philosophes tiennent les fidèles uniquement dans la tête avec leur religion abstraite.

Que Dieu nous accorde la grâce de massacrer ce philosophisme diabolique qui infecte tout le clergé en général! Que Dieu nous donne son Saint-Esprit et le monde sera recréé et la face de la terre renouvelée! Cette religion squelette du philosophisme ne nourrit pas les âmes, tandis que la religion du cœur et de l’amour de Dieu ferait des merveilles pour améliorer le monde. Puisse Dieu débarrasser l’Eglise de cette engeance infernale qui est d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas dans ce que les prêtres disent, mais dans ce qu’ils ignorent et donc qu’ils ne disent pas! Que toutes les bonnes âmes prient et se mortifient pour obtenir de Dieu la grâce que les évêques arrivent à voir cette ivraie subtile et néfaste, afin de lui faire une guerre à mort!

DANS L’ÂME

Évidemment, tout ce que nous venons de dire de la fonction du Saint-Esprit dans l’Église s’applique en petit à toute âme chrétienne ou même païenne dans une certaine mesure. Cependant, il est utile de descendre dans quelques détails de la fonction du Saint-Esprit dans chaque homme en particulier.

Pour comprendre cette fonction, il est bon de nous arrêter à notre fin dernière. Nous avons été créés dans l’ordre naturel, mais Dieu nous destine à l’ordre surnaturel. De nous-mêmes, nous ne pouvons rien faire pour nous transformer de simples humains en êtres divins. C’est là le but de l’action du Saint-Esprit en nous: elle est double, nous purifier du péché et nous dépaganiser parfaitement, puis ensuite nous diviniser parfaitement aussi. En d’autres termes, comme il veut se substituer à nos deux amours naturels pour que nous vivions d’amour surnaturel, il dirige toutes ses grâces à produire ces deux effets en nous.

Il faut à tout prix qu’il nous enlève nos attaches même aux bonnes créatures, car son amour divin ne peut supporter de rival. Or nous avons tous des attaches. Voilà pourquoi il nous faut faire la guerre à ces attaches de toutes les façons possibles. Car les saints enseignent qu’une seule attache même met un mur infranchissable entre Dieu et l’âme et que cette âme n’aura pas l’intelligence des choses de Dieu.

Trop de chrétiens pensent qu’il leur faut seulement sortir de leurs péchés pour recevoir les grâces du Saint-Esprit avec son union intime dans l’amour. Comme on vient de le dire: tout amour étranger l’empêche de se donner. Jésus nous a bien dit que nous ne pouvions pas aimer Dieu et le monde, que si on aime l’un, on déteste l’autre. Par conséquent, pour avoir l’amour divin, il faut nous débarrasser de tout amour pour les créatures.

Comme il n’y a pas de bonheur pour des époux dont l’un entretient une affection étrangère, de même le Saint-Esprit boude ceux qui ont des attaches pour quelque créature que ce soit. Le moindre fil empêche un oiseau de voler tant qu’il ne brise pas cette attache, de même la moindre attache empêche l’âme de s’envoler vers Dieu, dans le monde de l’amour.

Voilà pourquoi le Saint-Esprit agit si peu dans nos chrétiens et qu’ils n’ont pas de dévotion pour l’amour divin: leur cœur est déjà pris par l’amour naturel des créatures. Nos prêtres philosophes sont responsables de ce triste état de choses, puisqu’ils permettent ces affections naturelles pour les bonnes choses créées.

Tout ce que nous venons de dire n’est qu’une préparation négative pour recevoir le Saint-Esprit. Est-ce qu’une épouse serait satisfaite si son mari se contentait de ne pas la tuer ni de la blesser? Sûrement non! Elle s’attend à des actes positifs d’amour de toutes sortes dans les petits détails de la vie journalière. Eh bien! Après s’être purifié de ses péchés et de ses attaches, tout catholique doit s’efforcer de faire plaisir constamment au Saint-Esprit dans tous les petits détails de sa vie spirituelle, il doit penser comme Dieu, il doit parler comme Jésus-Christ et il doit aimer comme le Saint-Esprit. Donc il doit vivre habituellement dans l’ordre surnaturel et tout faire uniquement pour des motifs absolument surnaturels.

Il doit parler des choses de Dieu à tout le monde autant que possible, comme on parle à tout le monde de ceux qu’on aime. Qu’il agisse comme en véritable enfant de Dieu, s’efforçant de faire tout ce qu’il sait, lui être agréable, comme de visiter les malades, les pauvres et les secourir, visiter Jésus-Christ. au Tabernacle, le recevoir dans la Sainte Communion, en un mot il doit être tout aux choses de Dieu.

Jamais on ne récompense un homme parce qu’il ne tue pas ou ne blesse personne, mais pour des actes de charité, pour des œuvres méritoires et pour son amour qu’il manifeste envers les autres. Qu’on cesse donc de croire en règle en Dieu parce qu’on ne pèche plus mortellement, ni véniellement, il faut en plus des actions positives d’amour de Dieu et du prochain. En proportion qu’on fait des actes agréables à Dieu, on éprouvera les effets de la bonté divine en recevant les grâces et les lumières abondantes du Saint-Esprit pour nous sanctifier. Dieu dit qu’il donnera la même mesure que nous lui donnons.

Si nous savions ce que le Saint-Esprit peut faire avec une âme qui s’abandonne parfaitement à son action, nous ferions tout au monde pour lui être agréable en tout, après nous être purifiés de nos péchés et de nos attaches, Jésus lui-même dit que nous ferions même plus que lui avec la grâce.à Dieu.

Que de bien à faire dans ce triste monde livré à la vie animale et au paganisme intellectuel avec tous les maux qui affligent l’humanité sous le règne de Satan! Tout remède à ces misères nous dépasse absolument, mais si nous nous unissons à la vie d’amour divin du Saint-Esprit, nous pourrons renouveler la face de la terre et créer un monde nouveau. Où sont les généreux et les anges pour se livrer à l’amour divin comme instruments dociles dans ses mains pour accomplir ces merveilles? Quel est le prix? Le sacrifice des plaisirs des échantillons pour jouir des joies ineffables de l’amour divin dans la contemplation des perfections divines!

LA SOIF DU DIVIN

Comme l’essence du Saint-Esprit est un soupir d’amour réciproque des deux premières personnes divines, si nous voulons participer à son essence nous devons essayer de faire souvent de ces soupirs d’amour vers Dieu. Au début surtout, le Saint-Esprit attend que nous fassions notre petite part en montrant notre bonne volonté d’avances davantage dans le divin. Il ne faut pas s’attendre à sentir de l’attraction pour ces désirs vers l’amour divin. Ils doivent être formés d’après la lumière de la foi. Par elle, nous savons que c’est le Saint-Esprit seul qui nous sanctifie… et qu’il se donne en proportion que nous le désirons. Avec cela, c’est assez pour que nous désirions ardemment recevoir ce divin Esprit dans nos cœurs, afin qu’il nous divinise davantage par ses grâces. Notre éternité va consister à nous abreuver aux sources infinies de la divinité dans l’amour de Dieu. Commençons tout de suite pour continuer dans l’éternité.

Quand Jésus veut exciter la soif de la grâce dans l’âme de la Samaritaine, il commence par lui faire mépriser l’eau naturelle qu’elle est venue chercher. «Ceux qui boivent de cette eau auront encore soif; mais ceux qui boiront de l’eau que je leur donnerai n’auront plus jamais soif! Et la Samaritaine lui demande tout de suite de cette eau merveilleuse… et il lui en donne!

Remarquons que la quatrième béatitude: «Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice» vient après les trois premières qui demandent le détachement de tout.

Par conséquent pour exciter la soif du divin en nous, il ne suffit pas de la désirer ni de la demander dans la prière, il faut en plus diminuer notre amour pour les choses créées et donc en sacrifier le plus possible. Alors le Saint-Esprit remplacera cet amour naturel par son amour surnaturel de Dieu. Les prêtres devraient toujours exiger des sacrifices en plus de la prière, autrement elle n’est guère efficace. Que d’illusion à croire qu’on préfère Dieu aux choses créées quand on se contente de le lui dire dans la prière! C’est l’amour naturel qu’il faut tailler par des sacrifices, alors on montre vraiment que c’est l’amour divin qu’on veut… et on l’aura dans la même mesure.

Si le cultivateur ne faisait que prier pour une récolte et qu’il ne sème rien, il n’aurait rien! Mais quand il sème justement le grain qu’il aime, son amour passe de sa semence à sa récolte future. Il en sera de même pour nous. Notre amour pour les choses créées passera à l’amour de Dieu à mesure que nous la sèmerons pour l’amour de Dieu.

N’écoutons pas les philosophes qui nous permettent et même nous encouragent à jouir des plaisirs permis sous prétexte qu’ils ne sont pas péchés. Quand même cela est vrai, on ne sème pas alors son amour naturel pour ces choses et l’on ne récoltera pas d’amour surnaturel.

Excitons donc notre soif pour les biens célestes en les contemplant souvent; à force de les avoir dans l’esprit, ils descendront dans le cœur et de là passeront dans la vie. On les voudra de plus en plus et le Saint-Esprit nous les donnera dans la même mesure. «Cherchez et vous trouverez! Demandez et vous recevrez!». Prenons donc ces deux moyens efficaces: désirons le divin et récoltons-le en semant notre amour pour les plaisirs terrestres! Que Dieu nous exauce!

Père Onésime Lacouture - 3-13 - Les dons du Saint-Esprit

 

LES DONS DU SAINT-ESPRIT.

 «Un rameau sortira du tronc de Jessé et de ses racines croîtra un rejeton. Sur lui reposera l’Esprit de Yahveh: esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahveh; il mettra ses délices dans la crainte de Yahveh». Is. 11.

Toute cette activité du Saint-Esprit n’est pas facile à comprendre, et pourtant nous devons la connaître afin de nous mieux plier à ses exigences dans ses différentes manières d’agir dans l’âme.

L’ignorance, là, peut nuire considérablement à l’efficacité de cette action divine. C’est pourquoi il est bon de comparer l’action réciproque des vertus théologales avec celles des dons. Autrement, on est bien exposé à les confondre, surtout parce que leur champ d’opération est pratiquement le même et que tous deux sont des habitudes surnaturelles produites dans l’âme par le Saint-Esprit.

NATURE DES VERTUS THÉOLOGALES

Ce sont des habitudes surnaturelles que Dieu infuse dans l’âme pour perfectionner nos facultés et leur permettre d’agir divinement. Elles se plient au mode humain d’agir de nos facultés. Nous devons agir selon la manière ordinaire de ces facultés, par exemple, réfléchir, discuter, chercher les meilleurs moyens pour nous conduire à notre fin selon les règles de la prudence humaine, éclairée par la grâce.

Par exemple, c’est comme un enfant qui marche parce que sa mère le tient par la main; c’est lui qui exerce son activité propre, mais aidé par l’activité de sa mère. Ainsi pour faire un acte de foi, c’est moi qui le fais avec un acte de mon intelligence et de ma volonté, mais par le moyen de la grâce que Dieu me donne Les vertus sont donc actives ou produites par notre activité personnelle sous l’influence de la grâce.

Les vertus sont donc produites par deux principes: l’un intérieur, qui est la raison et l’autre extérieur, qui est la grâce. Elles sont supérieures aux dons, mais elles reçoivent d’eux une perfection nouvelle. L’arbre est plus parfait que ses fruits, mais ces derniers lui apportent une perfection appréciable.

On voit tout de suite que l’activité des dons dépend en bonne mesure de la perfection des vertus théologales. Plus elles seront parfaites en nous et plus nous avons des chances de recevoir les dons du Saint-Esprit. Que chacun donc examine comment il pratique ses vertus théologales pour mieux se disposer à recevoir les dons.

Quand on veut récolter de bons fruits, on prend un grand soin des arbres; si donc on veut recevoir les dons, il faut cultiver soigneusement ses vertus théologales. Ceux qui n’ont pas le courage de se servir de leur propre activité pour développer leur vertu de foi, d’espérance et de charité avec la grâce de Dieu, ne doivent pas s’attendre à ce que le Saint-Esprit va encourager leur paresse en produisant lui-même toute l’activité des dons. Qu’ils fassent ce qui dépend un peu d’eux-mêmes, et ensuite ils pourront espérer que le Saint-Esprit viendra à leur secours pour les surnaturaliser davantage. Il nous faut vivre habituellement dans le monde surnaturel des trois vertus théologales pour être l’objet des dons. Ce n’est que dans ce monde que le Saint-Esprit agit. Allons donc nous présenter à lui dans le surnaturel des vertus pour recevoir ce complément merveilleux que sont les dons.

NATURE DES DONS

Ils sont des habitudes surnaturelles qui donnent à nos facultés une telle souplesse qu’elles obéissent promptement aux inspirations de la grâce. Ils ne sont pas des motions de la grâce ni des actes passagers du Saint-Esprit, mais des qualités permanentes ou des dispositions qui rendent le chrétien docile aux inspirations de la grâce. Ils sont produits directement par le Saint-Esprit dans l’âme qui est plutôt passive, mais par eux elle reçoit une grande énergie pour agir divinement. Elle devient plus active pour faire l’œuvre de Dieu.

En parlant de l’action du Saint-Esprit, Jésus dit: «Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va; ainsi en est-il de quiconque est né du Saint-Esprit». Jn. 3-8. L’Esprit agit donc d’une façon qui dépasse notre mode humain. Sans nous consulter, pour ainsi dire, il prend les devants et agit de lui-même, sans que nous ayons le temps de consulter la raison; ce sont des inspiration soudaines qui opèrent en nous sans aucune délibération, mais avec notre consentement. C’est comme un instinct divin qui nous indique comment agir promptement selon l’indication divine.

Par les dons, on voit que l’âme participe d’une façon merveilleuse à la vie intime du Saint-Esprit ou de l’Amour divin. C’est tout ce qu’il y a de plus parfait dans notre vie surnaturelle. C’est un mode qui nous rapproche beaucoup du mode d’agir dans le ciel. C’est l’amour divin qui illumine notre intelligence, fortifie notre volonté et enflamme notre amour pour Dieu et les choses de Dieu. Avec ces dons l’âme est capable de faire des actes héroïques et sublimes pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

C’est encore par les dons que l’âme est dans une disposition prochaine pour recevoir la contemplation infuse. C’est donc un moyen très parfait pour arriver à la plus haute sainteté.

Tous ceux qui sont en état de grâce ont les dons comme des facultés surnaturelles, mais tous ne les ont pas en exercice. Cela dépend de leur développement surnaturel surtout dans la charité. Plus celle-ci est parfaite et plus les dons s’exercent dans l’âme habituellement unie à Dieu. Les dons croissent avec les vertus théologales et ils sont connexes avec la charité et solidaires les uns des autres. C’est tout un organisme surnaturel qui se soutient ensemble comme l’organisme humain; si une partie est malade ou fait défaut, tout le reste s’en ressent.

MOYENS DE DÉVELOPPER LES DONS

Il ne suffit pas de vouloir les dons, il faut suivre la marche ordinaire que Dieu a fixée dans son plan pour nous diviniser totalement. Comme il ne suffit pas de vouloir être en santé pour l’être, mais il faut prendre les moyens que Dieu a mis à notre dispositions pour le devenir.

Nous savons que Dieu greffe le surnaturel sur l’organisme naturel de l’homme. Par exemple, la foi doit s’adapter à la façon de comprendre de l’intelligence. Alors plus l’intelligence est développée et plus la foi pourra agir dans l’homme. On peut donc s’attendre que les dons trouveront un sol d’autant plus propre à leur développement qu’il aura été mieux cultivé. Est-ce qu’un cultivateur récolterait quelque chose s’il se contentait de vouloir une récolte et de prier pour l’avoir? Sûrement non! Eh bien! Il en est de même dans la vie spirituelle dans un composé complexe comme l’homme. Plus son naturel sera parfait et plus le surnaturel a de chances de croître en lui.

VERTUS MORALES.

Pour être souple à l’action du Saint-Esprit dans les dons, il faut que l’homme ait dompté ses passions et se soit débarrassé de ses vices.[1 écarter les obstacles] Car ces tendances animales sont aveugles et ne suivent pas du tout les inspirations divines que Dieu peut donner à l’âme. Elles poussent l’homme justement dans le sens opposé à l’amour de Dieu. Il faut pratiquer une saine ascèse, il faut se mortifier, pratiquer la chasteté, l’humilité et l’obéissance, avoir appris à se renoncer pour n’avoir plus d’attaches aux choses créées, afin d’être libre de suivre les directives du Saint-Esprit.

Trop de directeurs spirituels lancent les âmes dans les sommets de la perfection sans prendre les moyens établis par Dieu pour y parvenir. Aussi après bien des années, on les retrouve encore bien impatients, irritables, susceptibles comme des païens! Et quel orgueil encore! Ils ne sont pas capables de prendre le moindre reproche sans faire des colères insensées. Ils ont brûlé les étapes, sans aucun profit spirituel.

On fait la même erreur au sujet de la communion fréquente.

Combien pensent qu’elle dispense de la pratique des vertus morales! Que d’élèves dans les collèges et les couvents communient tous les jours pendant des années… et comme ils sont imparfaits encore! Comme ils ont acquis peu l’amour de Dieu comme on peut le voir pendant les vacances où très peu vont encore communier ou après leurs études finies. Il leur a manqué la pratique de l’ascèse ou des vertus.

On peut ramener ces vertus morales ou pratiques aux quatre vertus cardinales: prudence, justice, force et tempérance. Voilà les moyens établis par Dieu pour préparer l’âme à recevoir la vie surnaturelle correspondant à ces vertus. Ainsi comment se donner aux choses de Dieu si on n’est pas tempérant dans les plaisirs de la terre? Comment un gourmet peut-il désirer la communion fréquente?… Un passionné pour les jeux aimera la prière et la solitude qui préparent à l’union avec Dieu? Tous devraient donc commencer par se purifier de toutes ces passions, non seulement charnelles, mais intellectuelles, comme l’orgueil, l’amour-propre, l’ambition, le respect humain, etc. Perfectionnons donc notre nature humaine le plus possible pour la rendre apte à mieux subir l’influence du surnaturel et même son action directe.

Ces quatre vertus mettent de l’ordre dans tout notre système rationnel: la prudence perfectionne l’intelligence, la justice règle la volonté, la force domine l’appétit irascible et la tempérance l’appétit concupiscible. Mais comme ces deux derniers appétits ne sont susceptibles de moralité que par la volonté, on dit que ces vertus résident dans la volonté. Il faut donc que tout cela soit parfaitement réglé en nous avant de compter sur l’exercice des dons. Or comme cette formation fait lamentablement défaut dans le clergé! Où est le prêtre qui enseigne la pratique de ces vertus dans le détail? Où sont les fidèles qui cultivent ces vertus? Que dirait-on d’un cultivateur qui ne travaille pas sa terre du tout et qui y fait ses semailles? On ne rencontre pas de pareil nigaud dans le peuple! Mais dans le clergé, c’est par milliers ceux qui ignorent comment préparer une âme à recevoir les familiarités de Dieu. Pourtant, Jésus nous donne une très belle parabole à ce sujet dans celle du semeur. Il dit carrément que la semence produit en proportion qu’on a travaillé la terre, qu’on l’a débarrassée des épines, des mauvaises herbes et qu’on sème dans la bonne terre profonde et non sur le bord des chemins ou sur la pierre. La parole de Dieu se sème dans les cœurs exactement comme le grain dans la terre. Il faut donc arracher du cœur tout ce qui est contraire à ce divin. Or, c’est par les vertus morales qu’on nettoie son cœur; commençons par là!

TUER NOS DEUX AMOURS NATURELS

Dieu est amour et pour aller participer à sa vie divine, il faut avoir son amour. Or son plan est qu’il nous faut semer les biens de la terre pour récolter ceux du paradis. Pour nous permettre de récolter son amour divin, Dieu nous a donné deux amours naturels: l’amour de soi et celui des créatures, qui sont bons en soi évidemment, mais que nous devons semer quand même et précisément pour cela.

La gloire de Dieu exige que nous préférions son amour à quelque chose de bon.

D’abord il faut renoncer à l’amour des créatures même bonnes en soi; je ne dis pas aux créatures, mais à l’affection des créatures. Les créatures ne sont pas rivales de Dieu, mais mon amour pour elles est rival de mon amour pour Dieu.

Nous n’avons qu’un cœur pour aimer Dieu et les choses créées: ce que je donne aux créatures est donc autant d’enlevé à mon amour pour Dieu. Par son premier commandement, Dieu accapare absolument toute notre capacité d’aimer pour lui seul; il n’en reste donc plus pour le créé.

Or les dons sont tout ce qu’il y a de plus parfait dans l’amour divin pour nous. Comment le Saint-Esprit nous les donnerait-il si nous aimons ses rivales à notre affection? Aussi tous les Saints sont d’accord pour nous dire que toute affection ou toute attache pour la moindre créature empêche l’amour de Dieu, empêche l’intelligence des choses de Dieu et met un mur infranchissable entre l’âme et Dieu.

Or les prêtres en général permettent toutes les attaches aux plaisirs créés bons en soi. Mais quand même ils sont bons, l’amour qu’on leur donne est d’autant moins pour l’amour de Dieu. Où sont les chrétiens qui luttent contre ces attaches? Où sont les prêtres qui leur enseignent à faire la guerre à tout amour naturel même bon en soi? Ils sont très rares…

Alors comment le Saint-Esprit donnerait-il ses touches merveilleuses de son amour intime à des hommes qui conservent des amours étrangers au sien? Non, jamais ceux qui ont des attaches n’éprouveront les effets des dons du Saint-Esprit! Or la masse des prêtres comme des fidèles ont des attaches de toutes sortes, comme le tabac, les jeux, les cinémas, la télévision, les courses, la bourse, le luxe, les chiens, les chats même! Ces gens ne recevront pas l’activité des dons. Au contraire ils ont encore une foule de défauts et de mauvaises tendances qu’ils auraient dû corriger par la pratique des vertus morales et le renoncement aux affections des créatures.

L’amour de soi est encore un bien plus grand obstacle aux dons que l’amour des créatures. Encore là, nos philosophes n’enseignent pas aux fidèles de le combattre, pas plus qu’ils ne le font eux-mêmes parce qu’il est bon en soi. Ces gens se donnent à eux-mêmes tout ce qu’ils devraient donner à Dieu; ils travaillent pour leur propre gloire; ils recherchent leurs satisfactions en tout, étant pleins d’eux-mêmes. C’est donc impossible que l’amour divin se donne à eux dans ces conditions.

C’est par le Saint-Esprit que nous suivons Jésus-Christ. Or Jésus dit : «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive!». Il dit de même pour l’amour du monde: «Si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui».

Donc tout chrétien doit combattre absolument ces deux amours naturels pour se disposer à recevoir les dons du Saint-Esprit. Ce n’est pas une question de fuir le péché, mais de cesser d’aimer une créature quelconque pour elle-même. Qu’on ne dise donc pas : fumer une cigarette n’est pas mal en soi. Cela ne fait aucune différence, du moment qu’on la fume par affection. Elle empêche l’amour divin de se donner dans la même proportion.

De même ceux qui écoutent avec amour la radio ou la télévision le font aux dépens de leur amour de Dieu et donc n’auront pas l’exercice des dons. Ne donnons donc aucun amour aux créatures; gardons-le tout pour Dieu comme le veut le premier commandement. «N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde; si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui». Or les dons vont avec la charité du Père…

RECUEILLEMENT INTÉRIEUR.

Il est absolument nécessaire aussi pour l’exercice des dons. Il faut que l’âme ait l’habitude de s’entretenir avec Dieu dans le silence intérieur et dans le calme de l’âme. Car si le cœur est pris avec l’affection des créatures, le Saint-Esprit ne se donnera pas à l’âme d’une façon intime. L’amour de Dieu est exclusif et il aime que nous le sachions, que nous nous éloignions de ses rivales, les créatures. Il nous le fait dire par son prophète Osée: «Je te conduirai dans la solitude et là je te parlerai au cœur». L’amour aime à être seul.

Ceux donc qui courent les places publiques, les foules et les bruits du monde n’ont aucune chance d’entendre la voix du Saint-Esprit dans leur cœur. Tous les Saints ont affectionné la solitude et le calme justement pour être seuls avec Dieu et alors ils entendaient les inspirations de Dieu et ils recevaient l’exercice des dons du Saint-Esprit.

Que chacun se fasse une solitude dans le cœur même au milieu du bruit des villes ou du travail. Il suffit de penser que Dieu nous est toujours présent surtout lorsque nous sommes en état de grâce. [Importance de la mémoire de la présence de Dieu] Est-ce qu’on ne peut pas bien converser avec un ami intime même au milieu des foules, dans les trains, les places publiques et à l’ouvrage? Quand on aimera le bon Dieu, on fera de même pour lui. On pourra converser avec lui au fond du cœur en tout temps et en tout lieu. Cette intimité avec le bon Dieu est une excellente préparation à l’exercice des dons. C’est de l’amour qui appelle l’amour.

Le prophète Ezéchiel se promenait dans la solitude sur les bords du fleuve Chobar quand le Saint-Esprit est descendu sur lui pour en faire son prophète et pour lui révéler les secrets de la Providence divine au sujet du peuple d’Israël. De même Daniel s’abreuvait de divin dans la solitude des bords du Tigre quand le Saint-Esprit lui donna sa fameuse vision de la venue du Messie.

Ce que Dieu a fait en grand pour ces grands prophètes, il le fera en petit pour tous ceux qui fuient le brouhaha du monde pour s’unir à Dieu et converser avec lui dans les déserts loin des hommes. C’est là que tout à coup il nous vient une lumière spéciale sur un point de la religion qui illumine toute la vie. Une vérité qu’on avait entendue souvent sans en être frappé se présente avec une clarté merveilleuse avec toutes ses conséquences pour la vie pratique. C’est le Saint-Esprit qui a agi par ses dons. Combien de Saints se sont donnés à Dieu par une de ces lumières soudaines du Saint-Esprit!

Ce sont les dons qui font voir le point de vue surnaturel dans le plan divin et dans la religion comme dans notre vie. Que peut-on désirer de plus sur la terre que de voir clair dans tout ce que Dieu a fait pour nous avoir avec lui? Ça vaut bien la peine de tout faire pour nous disposer à recevoir ces dons du Saint-Esprit, qui nous transportent au sein de la Trinité dans la foi, il est vrai, mais encore bien réellement.

On voit comment toute cette préparation revient à détruire nos deux amours naturels qui sont la vie de notre moi païen. Quand ce n’est plus moi qui vis, mais Jésus-Christ, qui vit en moi, alors dans la même proportion, c’est le Saint-Esprit qui se charge pour ainsi dire de toute notre activité libre pour l’orienter vers lui. C’est là qu’il aime à agir directement par ses effusions des dons. Il nous fait commencer notre vie au sein de la Trinité avec un mode divin d’agir à la place du mode humain dans les régions inférieures de la vie spirituelle.

Nous ne voulons pas dire que les dons nous font faire des actes miraculeux ou extraordinaires comme des extases ou des prophéties. Nous voulons parler des actes des plus ordinaires de la vie, mais faits dans la foi pure et avec des motifs absolument surnaturels. Les dons du Saint-Esprit agissent là comme dans les états extraordinaires. Ainsi la Sainte Vierge faisait des choses bien ordinaires mais avec un amour et une intention extraordinairement divine.[La véritable imitation de la Très Sainte Vierge] Tout le divin se trouve non pas dans l’acte lui-même, mais dans le mode ou l’intention et dans le degré de grâce sanctifiante. Plus un acte a de divin en lui et plus il est méritoire devant Dieu.

On comprend combien importante est la mort à soi pour laisser le champ libre au Saint-Esprit! Plus je m’efface et plus il prend ma place pour faire par lui-même ce que je faisais moi-même. Cependant je garde assez de liberté pour acquiescer à son action et ainsi avoir du mérite devant Dieu.

Saint Jean de la Croix dit que l’âme doit se tenir dans un silence recueilli et une solitude absolue pour que le Saint-Esprit puisse réaliser ses désirs sur elle. Il la porte comme une mère qui prend son enfant dans ses bras et il se charge lui-même de sa direction intime. Il règne en elle par l’abondance et la tranquillité de la paix qu’il y répand.

Que tous ceux donc qui veulent vivre des dons se retirent des plaisirs du monde et de tout ce qui peut capter leur attention en dehors des choses de Dieu. Ils doivent faire le vide au fond de l’âme pour que le Saint-Esprit ne trouve aucun rival à son amour. L’amour veut tout ou rien! Car c’est une fin. A plus forte raison l’amour infini!

LA PRIÈRE est nécessaire ici encore plus que jamais pour montrer notre amour pour les dons. Comme il s’agit de faveurs immenses pour nous sanctifier, Dieu fait dépendre ses dons de la prière. Il faut les demander constamment et humblement. Demandons-les en union avec Jésus-Christ qui nous a promis de nous envoyer son Saint-Esprit et en invoquant celle qui est le temple du Saint-Esprit et qui a prié avec les Apôtres pour recevoir le Paraclet à la Pentecôte.

Apprenons par cœur les hymnes et les prières de la liturgie concernant le Saint-Esprit et récitons-les souvent: le Veni, Creator Spiritus, le Veni, Sancte Spiritus, etc.

Il ne faut pas oublier aussi de faire les sacrifices que la Providence divine nous demande au jour le jour. Si personne ne peut montrer plus d’amour pour ses amis qu’en mourant pour eux, nous montrons un grand amour pour Jésus-Christ en mourant un peu dans tous les sacrifices qu’il nous demande. Participer à sa croix, c’est participer à son amour et cela d’une façon bien concrète et pratique.

C’est le complément de la prière. Puisqu’on demande les biens célestes, il est bon en même temps de montrer qu’on méprise les biens terrestres en les sacrifiant pour l’amour de Dieu. Ces deux bonnes choses sont une préparation à la réception des dons si l’on remplit les autres conditions aussi que nous avons déjà indiquées plus haut.

D’après Saint Thomas, les dons sont nécessaires au salut. I-II, q. 68, ad 2. Car la Sagesse dit, 7-26: «Dieu n’aime que celui qui habite avec la sagesse». Et dans l’Ecclésiastique, 1-28: «Celui qui n’a pas la crainte de Dieu ne pourra devenir juste». Or la sagesse est le plus élevé des dons et la crainte est la moins élevée. Donc tous sont nécessaires au salut.

Léon XIII, Encyc. sur le Saint-Esprit, écrit: «Le juste qui vit de la vie de la grâce et qui agit par les vertus comme par des facultés a absolument besoin des sept dons du Saint-Esprit».

Les prêtres devraient le savoir et donc les expliquer souvent aux fidèles, afin qu’ils se disposent mieux à les recevoir et qu’ils prient plus pour cette faveur.

Tous ces dons sont connexes avec la charité et en dépendent. Ils se développent et se manifestent selon le degré de charité qu’on a. Ils sont aussi solidaires les uns des autres. Pour augmenter en l’un, il faut augmenter en tous. Cependant il arrive que chaque chrétien brille surtout dans quelques-uns plus que dans les autres, selon son tempérament et la grâce de Dieu.

LEUR DIVISION

Leur division en sept leur vient de la nature des facultés qu’ils perfectionnent. Comme la lumière blanche en passant à travers un prisme se divise en différentes couleurs et nuances, ainsi l’action simple du Saint-Esprit passant par nos facultés se divise en sept dons différents. Les trois moins parfaits: la crainte, la piété et la force perfectionnent la volonté et les quatre autres, l’intelligence.

Supposons qu’on amène à une belle pièce de théâtre un homme presque aveugle, sourd et peu intelligent, que va-t-il prendre de cette pièce? A peu près rien. Ces choses ne l’intéresseront pas. Eh bien! Il en est un peu ainsi dans la vie spirituelle: ceux qui n’ont pas les dons comprennent peu et goûtent encore moins les choses de Dieu; ils restent bien indifférents à leur égard.

Par l’insouciance à peu près générale des fidèles pour les choses spirituelles, on peut en conclure que très peu remplissent les conditions exigées par le Saint-Esprit pour recevoir le dons. C’est guère mieux chez les prêtres et les religieux. Quel dommage que d’avoir fait tant de sacrifices pour être catholique et arrêter justement au moment de recevoir les plus grandes faveurs de Dieu dans ces dons du Saint-Esprit! C’est surtout par eux que nous vivons la vraie vie de Dieu comme dans le ciel, où Dieu produira en nous toute son activité divine et avec nous. Il se réserve toutes nos initiatives et nous conduit comme une mère conduit son enfant par la main… C’est là qu’on devient parfait comme le Père céleste en agissant comme lui, en lui et par lui. Le travail de la perfection consiste à se défaire du mode humain dans les vertus pour prendre le mode divin qui se réalise surtout par les dons. Car même dans la foi, on est exposé à voir les choses à la façon des hommes et donc très imparfaitement. Par exemple, la foi me dit que Jésus-Christ est présent au Tabernacle, je le crois, mais que de nuances dans cette croyance parmi les chrétiens! Quelle indifférence chez la plupart pour ce Jésus! Mais à mesure qu’ils se disposent pour recevoir les dons, ils voient des merveilles dans ce sacrement qu’ils ne voyaient pas avant. De même au sujet de l’amour du prochain, il faut les dons pour voir Jésus-Christ dans son prochain d’une façon pratique et méritoire pour le ciel.

Enfin, en proportion qu’on veut commencer sur terre la vie du ciel en société des trois Personnes de la Trinité, on doit tout faire pour acquérir les dons du Saint-Esprit. Ce sont eux qui donnent le couronnement à notre vie spirituelle dans la grâce sanctifiante. Ce sont eux qui l’illuminent des clartés divines comme prélude de notre vie au ciel.

«Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils verront Dieu»! Demandons les dons et recherchons-les de toutes nos forces pour notre plus grand bonheur et la plus grande gloire de Dieu! Que Marie Médiatrice de toute grâce nous obtienne ces dons divins!

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Sainte Hedwige veuve

16 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Hedwige veuve

Collecte

O Dieu, de qui la bienheureuse Hedwige apprit à passer généreusement du sein des pompes du siècle en l’humble voie de votre croix ; faites que, par ses mérites et à son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables du monde et à surmonter, en embrassant votre croix, tout ce qui nous est contraire.

Office

Quatrième leçon. Hedwige, née de famille royale et plus illustre encore par l’innocence de sa vie, était fille de Berthold, duc de Moravie et d’Agnès, son épouse, ainsi que tante maternelle de sainte Elisabeth de Hongrie. Dès ses plus tendres années, elle se fit remarquer par sa sagesse et son éloignement pour les amusements de son âge. Donnée en mariage par ses parents, à l’âge de douze ans, à Henri, duc de Pologne, elle remplit saintement tous ses devoirs de fidèle épouse, et éleva ses enfants dans la crainte du Seigneur. Pour mieux s’appliquer au service de Dieu, elle amena son époux à consentir et à s’engager par vœu, comme elle, à garder la continence. Le duc étant mort, Hedwige, après d’instantes prières et sur l’inspiration divine, prit généreusement l’habit de l’Ordre de Cîteaux, dans le monastère de Trebnitz ; et là, s’appliquant à la contemplation et assistant avec assiduité, du lever du soleil jusqu’à midi, aux divins Offices et à la célébration des Messes, elle se montra courageuse à mépriser l’antique ennemi du genre humain.
Cinquième leçon. Elle ne voulut plus soit parler soit entendre parler des choses du siècle, à moins qu’elles ne se rapportassent à la gloire de Dieu ou au salut des âmes. La prudence brillait dans ses actions, en sorte qu’il ne s’y produisait ni excès quant à la mesure à garder, ni erreur pour l’ordre à suivre ; Hedwige était en outre affable et douce envers le prochain. Macérant son corps par des jeûnes, des veilles, ainsi que par la sévère rudesse de ses vêtements, elle remporta une grande victoire sur elle-même, et dès lors on vit fleurir en elle les plus sublimes vertus du christianisme, et elle devint un rare modèle de piété religieuse, par la gravité de ses conseils, la candeur et la sérénité de son âme. Se mettre volontiers au dessous de toutes ses sœurs, et les devancer toutes pour remplir avec joie les emplois les plus vils, servir les pauvres, même à genoux, laver et baiser les pieds des lépreux, tout cela lui était familier, car elle était assez maîtresse d’elle-même pour ne pas être arrêtée par le dégoût à la vue de la sanie découlant de leurs ulcères.
Sixième leçon. La pieuse duchesse se montra admirable de patience et de force d’âme, principalement à la mort de son fils Henri, duc de Silésie, tué dans une guerre contre les Tartares ; car, au lieu d’accorder des larmes à ce fils qu’elle aimait tendrement, elle rendit grâces à Dieu. Le don des miracles accrut encore sa gloire. Un enfant étant tombé à l’eau, engagé dans les roues d’un moulin et tout broyé, on eut recours à Hedwige, et elle le rendit à la vie. Elle accomplit d’autres prodiges encore, qui, dûment constatés, portèrent Clément IV à l’inscrire au nombre des Saints, et à concéder que la Pologne, qui l’honore comme sa patronne d’une vénération particulière, célébrât sa Fête le quinzième jour d’octobre. Plus tard, Innocent XI a rehaussé la solennité de cette Fête, en décidant qu’on la ferait dans toute l’Église

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Sainte Thérèse vierge

15 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Thérèse vierge

Collecte

Exaucez-nous, ô Dieu, qui êtes notre salut, et faites que, célébrant avec joie la fête de la bienheureuse Thérèse, votre Vierge, nous soyons nourris du pain de sa céleste doctrine et formés aux sentiments d’une piété fervente.

Office

Quatrième leçon. La vierge Thérèse naquit à Avila, en Espagne, de parents illustres par leur naissance et leur piété. Nourrie par eux du lait de la crainte de Dieu, elle donna, dans un âge bien tendre, un merveilleux présage de sa sainteté future. Car en lisant les actes des saints Martyrs et en les méditant, elle fut tellement embrasée du feu de l’Esprit-Saint que, s’enfuyant de la maison paternelle, elle voulut passer en Afrique, afin d’y donner sa vie pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Son oncle paternel l’ayant ramenée, elle compensa par des aumônes et d’autres œuvres de piété le souhait ardent, [mais irréalisé,] du martyre, se plaignant avec des larmes continuelles d’avoir été privée d’un si heureux sort. Sa mère étant morte, elle pria la très sainte Vierge de lui montrer qu’elle était mère aussi, et son vœu fut exaucé, car la Mère de Dieu la protégea toujours comme sa fille. En sa vingtième année, elle entra chez les religieuses de Notre Dame du Mont-Carmel, où, pendant dix-huit ans, elle fut affligée de très grandes maladies et agitée de diverses tentations ; mais elle demeura ferme sous les armes de la pénitence chrétienne, sans être soutenue par l’aliment de ces consolations célestes dont la sainteté est ordinairement comblée même sur la terre.
Cinquième leçon. Enrichie de vertus angéliques, Thérèse ne se contenta pas de travailler à son propre salut, mais elle se dépensa pour celui de tous, avec une charité pleine de sollicitude. C’est dans le but de le procurer que, d’après l’inspiration de Dieu et avec l’approbation de Pie IV, elle proposa d’abord aux femmes et ensuite aux hommes, l’observation de la règle plus austère des anciens Carmes. Le Seigneur tout-puissant et miséricordieux daigna bénir cette entreprise, car cette vierge, sans ressources, privée de toute assistance humaine, ayant même le plus souvent contre elle les princes du siècle, réussit à bâtir trente-deux monastères. Elle déplorait par des larmes continuelles l’aveuglement des infidèles et des hérétiques ; et afin d’apaiser la colère et de détourner la vengeance divine, elle offrait à Dieu, pour leur salut, les tourments volontaires qu’elle infligeait à son corps. Son âme était si embrasée du feu de l’amour divin, qu’elle mérita de voir un Ange lui percer le cœur avec un dard à la pointe enflammée, et d’entendre Jésus-Christ lui dire, en lui tendant sa main droite : Désormais, comme une véritable épouse, tu brûleras de zèle pour mon honneur. Ce fut par son inspiration qu’elle prononça le vœu si difficile de faire toujours ce qu’elle comprendrait être le plus parfait. Elle a écrit plusieurs ouvrages remplis d’une sagesse céleste, extrêmement propres à exciter les âmes des fidèles au désir de la patrie d’en haut.
Sixième leçon. Or, tandis qu’elle donnait de constants exemples de vertus, elle brûlait d’un si anxieux désir de châtier son corps, que, quoique les maladies dont elle était affligée lui persuadassent le contraire, elle tourmentait souvent ses membres par des cilices, des chaînes, des poignées d’orties et par d’autres pénitences très rigoureuses ; parfois même elle se roulait sur des épines, et elle avait coutume de dire à Dieu : « Seigneur, ou souffrir ou mourir ; » estimant toujours qu’elle périssait d’une très déplorable mort, aussi longtemps qu’elle vivait éloignée de la fontaine céleste de la vie éternelle. Elle eut à un très haut degré le don de prophétie, et le Seigneur l’enrichissait de faveurs spéciales avec tant de largesse, qu’elle le priait souvent avec d’ardentes exclamations de mettre des bornes à ses divins bienfaits, et de ne pas effacer par un si prompt oubli le souvenir de ses fautes. Réduite à s’aliter lors de son arrivée à Albe, moins par la violence de la maladie que par l’effet de l’amour divin dont elle ne pouvait plus supporter l’incendie, ayant prédit le jour de sa mort, reçu les sacrements de l’Église, et exhorté ses filles à la paix, à la charité ainsi qu’à l’observance régulière, Thérèse rendit à Dieu son âme très pure, [qu’on vit s’élever vers le ciel] sous l’aspect d’une colombe ; elle avait vécu soixante-sept ans, et c’était l’an mil cinq cent quatre-vingt-deux, le quinze octobre, selon la réformation du calendrier romain. A ses derniers moments, Jésus-Christ lui apparut au milieu des troupes d’anges, et un arbre desséché, proche de sa cellule, refleurit tout à coup. Le corps de Thérèse, demeuré jusqu’à ce jour exempt de corruption, répand une liqueur odoriférante et est l’objet d’une pieuse vénération. D’éclatants miracles l’ont glorifiée avant comme après sa mort, aussi Grégoire XV l’a-t-il mise au nombre des Saints.

Sainte Thérèse vierge

Thérèse décrit le château intérieur de la façon suivante :

  • A l'extérieur du « château » se trouvent les âmes qui ignorent Dieu, qui sont incapables « d'entrer en elle-même », qui ne cherchent pas « à entrer dans le château ».
  • 1re Demeure : ces demeures sont habitées par les personnes « qui ont des désirs de perfection mais qui sont encore prises dans les préoccupations du monde ». L’âme y découvre le mystère du mal et du péché qui consiste, de la part du démon, « à refroidir l’amour et la charité des unes envers les autres ». Thérèse y dénonce également ici « les zèles spirituels intempestifs » qu'elle considère comme une ruse du démon.
  • 2e Demeure : dans ces demeures se trouvent les personnes « qui ont une grande détermination de vivre dans la grâce et qui s’adonnent par conséquent à l’oraison et à quelque mortification bien qu’avec beaucoup de tentations de ne pas abandonner totalement le monde ». Thérèse met l’accent sur la vertu de persévérance dans l’oraison, car « si mollement que vous vouliez la pratiquer, Dieu en fait grand cas ». Thérèse ajoute que l’aide spirituelle peut venir de « voix et d’appels » tels que des paroles de gens de bien, des sermons, de bonnes lectures, mais aussi des maladies ou des épreuves.
  • 3e Demeure : dans ces demeures se trouvent ceux « qui pratiquent la vertu et l’oraison mais en y mettant un amour dissimulé d’elles-mêmes. Ces personnes ont besoin de développer l’humilité et l’obéissance ». Thérèse prévient que les sécheresses spirituelles, qui tarissent l'oraison, doivent être une école d’humilité et non d’inquiétude. Elle ajoute que cette humilité consiste à accepter cette épreuve et « à soumettre en tout notre volonté à celle de Dieu ».
  • 4e Demeure : dans ces demeures débutent « des choses surnaturelles : l’oraison de quiétude et un début d’union. D'après Thérèse, les fruits de ces grâces ne sont pas encore permanents ; pour continuer, ces âmes doivent fuir le monde et les occasions de chute ». À partir de ce point l'âme commence à « respirer Dieu ». « Comme à présent ces demeures sont plus proches du lieu où se tient le Roi, grande est leur beauté ». Thérèse fait la distinction entre les joies naturelles et bénéfiques qui « ont leur source en nous et aboutissent à Dieu » et « la jouissance spirituelle qui a sa source en Dieu ». Ce vocabulaire prépare à la notion d’union mystique.
  • 5e Demeure : dans ces demeures débute déjà « une pleine vie mystique avec l’oraison d’union (qui est une grâce surnaturelle) ». Thérèse indique que Dieu la donne quand il veut et comme il veut, bien que l’âme puisse s’y préparer (Dieu vient « visiter l'âme »). Elle ajoute que la fidélité est grandement nécessaire pour continuer (le chemin). Elle explique que Dieu vient s'unir à l'âme dans l'oraison : « Sa Majesté elle-même est notre demeure dans cette oraison d’union dont nous sommes, nous, les ouvrières ». Et plus loin : « Oh, Seigneur, quelles épreuves nouvelles attendent cette âme ! Qui aurait dit cela après une aussi haute faveur ? Enfin, bref, d’une manière ou d’une autre, il y a forcément une croix à porter tant que nous vivons ». Pour Thérèse, les signes que cette union est véritable sont les suivants :
    • que l'union soit totale
    • que ne manque pas la certitude de la présence de Dieu
    • et que se produisent les tribulations et les souffrances dans lesquelles le fidèle prouve son amour pour Dieu.
  • 6e Demeure : dans ces demeures, le fidèle parvient « à une grande purification intérieure de l’âme et parmi les grâces totalement surnaturelles qui y sont données, se trouvent les locutions, les extases, etc. Un grand zèle pour le salut des âmes qui conduit à abandonner sa solitude. La contemplation de l’humanité du Christ est nécessaire pour arriver aux derniers degrés de la vie mystique ». On parle alors de « fiançailles mystiques ». Mais Thérèse d'ajouter qu'« à mesure que le Seigneur accorde de plus hautes faveurs, les épreuves se font plus rudes ». Ainsi, d'après Thérèse, l’âme va éprouver toutes sortes d’épreuves intérieures et extérieures avant d’entrer dans la septième demeure : persiflage ou éloges excessifs, très graves maladies sans compter les peines intérieures. Mais pour Thérèse, certains signes indubitables vont montrer que l’âme a bien expérimenté l’oraison d’union : d’abord la charge de puissance et d’autorité des mots entendus, ensuite la grande quiétude qui demeure en l’âme, enfin la persistance de ces paroles qui ne s’effacent jamais.
  • 7e Demeure : ces demeures sont « le sommet de la vie spirituelle : c'est le mariage spirituel ». Thérèse indique que le fidèle y reçoit la grâce du mariage spirituel et une intime communication avec la Trinité « d’où surgit spontanément une grande paix dans laquelle vit l’âme, tout en étant active et contemplative en même temps. Une contemplation qui n’est pas subjective mais qui transcende l’homme en le faisant s’oublier et se livrer au Christ et à l’Église. ». Pour Thérèse, l'âme reçoit la révélation du Mystère de la Très Sainte Trinité : « L’âme comprend avec une absolue certitude que ces trois personnes distinctes sont une seule substance, un seul pouvoir, un seul savoir et un seul Dieu. [...] L’âme voit de toute évidence qu’elle abrite ces trois Personnes en son sein, tout à fait à l’intérieur, au plus profond, sans pouvoir dire, par manque d’instruction, comment elle ressent en elle cette divine compagnie ».

 

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Saint Calixte Ier pape et martyr

14 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Calixte Ier pape et martyr

Collecte

O Dieu, qui nous voyez défaillir à cause de notre faiblesse, raffermissez-nous miséricordieusement dans votre amour au moyen des exemples de vos Saints.

Office

Quatrième leçon. Calixte, Romain d’origine, gouverna l’Église, Antonin Héliogabale étant empereur. Ce fut ce Pape qui établit les Quatre-Temps et qui ordonna qu’en ces jours, le jeûne reçu dans l’Église de tradition apostolique, serait obligatoire pour tous. Il construisit la basilique de Sainte Marie du Transtévère et agrandit un ancien cimetière sur la voie Appienne, où beaucoup de saints Prêtres et Martyrs avaient été ensevelis, et qu’on appela depuis cimetière de Calixte.
Cinquième leçon. Ce fut aussi par une inspiration de sa piété, qu’il eut soin de faire rechercher le corps du Prêtre et Martyr Callépode, qui avait été jeté dans le Tibre, et, quand on l’eut trouvé, de le faire ensevelir avec honneur. Ayant baptisé Palmatius, personnage consulaire, et Simplicius, illustre sénateur, ainsi que Félix et Blanda, qui, plus tard, subirent tous le martyre, il fut incarcéré, et, dans sa prison, guérit d’une manière merveilleuse le soldat Privatus, qui était couvert d’ulcères, et le gagna au Christ. Bientôt après, ce soldat frappé jusqu’à la mort à coups de fouets plombés, succomba pour Celui dont il venait de recevoir la foi.
Sixième leçon. Calixte occupa le Saint-Siège cinq ans, un mois et douze jours. En cinq ordinations, au mois de décembre, il ordonna seize Prêtres, quatre Diacres et sacra huit Évêques. Après lui avoir fait endurer la faim et subir de nombreuses fustigations, on le précipita dans un puits. Ainsi couronné du martyre, sous l’empereur Alexandre, il fut déposé, le premier jour des ides d’octobre, dans le cimetière de Callépode, sur la voie Aurélia, au troisième mille au sortir de Rome. Plus tard, on transporta son corps dans la basilique de Sainte-Marie du Transtévère, bâtie par lui, et on le plaça sous le maître autel, où il est l’objet d’une très grande vénération.

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La plus grande injustice

13 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

ACTUALITÉ DE SAINT PAUL

En effet, la colère de Dieu éclate du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui, par leur injustice, retiennent la vérité captive;

car ce qui se peut connaître de Dieu, est manifeste parmi eux: Dieu le leur a manifesté.

En effet ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l'intelligence par le moyen de ses œuvres.

La plus grande injusticeLa plus grande injustice
La plus grande injusticeLa plus grande injustice

Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces;

mais ils sont devenus vains dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence s'est enveloppé de ténèbres.

Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous;

et ils ont échangé la majesté du Dieu incorruptible pour des images représentant l'homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles.

Aussi Dieu les a-t-il livrés, au milieu des convoitises de leurs cœurs, à l'impureté, en sorte qu'ils déshonorent entre eux leurs propres corps,

eux qui ont échangé le Dieu véritable pour le mensonge, et qui ont adoré et servi la créature de préférence au Créateur, (lequel est béni éternellement. Amen!)

C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions d'ignominie: leurs femmes ont changé l'usage naturel en celui qui est contre nature; de même aussi les hommes, au lieu d'user de la femme selon l'ordre de la nature, ont, dans leurs désirs, brûlé les uns pour les autres, ayant hommes avec hommes un commerce infâme, et recevant dans une mutuelle dégradation, le juste salaire de leur égarement.

Et comme ils ne se sont pas souciés de bien connaître Dieu,

Dieu les a livrés à leur sens pervers pour faire ce qui ne convient pas, étant remplis de toute espèce d'iniquité, de malice, de fornication, de cupidité, de méchanceté, pleins d'envie, de pensées homicides, de querelle, de fraude, de malignité, semeurs de faux bruits, calomniateurs, haïs de Dieu, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, sans intelligence, sans loyauté, implacables, sans affection, sans pitié.

La plus grande injustice
La plus grande injustice

Et bien qu'ils connaissent le jugement de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font. (Rm 1, 18-32)

La plus grande injustice
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XVIII ème Dimanche après la Pentecôte

13 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

XVIII ème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Donnez la paix, Seigneur, à ceux qui vous attendent afin que vos prophètes soient trouvés fidèles : exaucez les prières de votre serviteur, et celles d’Israël votre peuple. Je me suis réjoui de ces mots qui m’ont été dits : Nous irons dans la maison du Seigneur.

Collecte

Seigneur, nous vous en supplions, que l’opération de votre grâce dirige nos cœurs, puisque sans vous nous ne pouvons vous plaire.

Épitre 1. Cor. 1, 4-8

Mes frères, je rends grâces continuellement à mon Dieu pour vous, à cause de la grâce de Dieu, qui vous a été donnée dans le Christ Jésus ; car en lui, vous êtes devenus riches en toutes choses, en toute parole et en toute science, le témoignage du Christ ayant été aussi confirmé parmi vous, de sorte qu’il ne vous manque aucune grâce, à vous qui attendez la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ, lequel vous affermira encore jusqu’à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de l’avènement de Jésus-Christ notre Seigneur.

Évangile Mt. 9, 1-8

En ce temps-là, Jésus étant monté dans une barque, repassa le lac et vint dans sa ville. Et voici qu’on lui présenta un paralytique couché sur un lit. Et Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Aie confiance, mon fils ; tes péchés te sont remis. Et voici que quelques-uns des scribes dirent en eux-mêmes : Cet homme blasphème. Et Jésus, ayant vu leurs pensées, dit : Pourquoi pensez-vous le mal dans vos cœurs ? Lequel est le plus aisé, de dire : Tes péchés te sont remis ; ou de dire : Lève-toi et marche ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Lève-toi, dit-il alors au paralytique ; prends ton lit, et va dans ta maison. Et il se leva, et s’en alla dans sa maison. Les foules, voyant cela, furent remplies de crainte, et glorifièrent Dieu, qui avait donné un tel pouvoir aux hommes.

Secrète

O Dieu, qui par les échanges admirables s’accomplissant en ce sacrifice, nous rendez participants de votre souveraine et unique divinité, faites, nous vous en supplions, que comme nous connaissons votre vérité, nous la suivions en ayant une conduite digne de notre foi.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Pierre Chrysologue.

Septième leçon. Le Christ accomplit des mystères divins, en ses actions humaines et sous des apparences visibles, il opère des œuvres invisibles : la lecture de ce jour nous le montre. « Il monta dans une barque, dit l’Évangile, et il passa sur l’autre rive. Il vint dans sa ville. » N’est-ce pas celui-là même qui, après avoir repoussé les flots, met à nu les tréfonds de la mer, de sorte que le peuple d’Israël passe à pied sec au milieu des eaux figées d’étonnement, comme dans un creux entre des montagnes ? N’est-ce pas lui qui incline les vagues de la mer sous les pieds de Pierre si bien qu’une route d’eau offre aux pas d’un homme un sillage solide ?

Huitième leçon. Alors, pourquoi refuse-t-il pour lui-même les services de la mer, et recourt-il à ceux d’un batelier pour traverser un si petit lac ? « Il monta dans une barque, dit l’Évangile, et il passa sur l’autre rive. » Et quoi d’étonnant, frères ? Le Christ est venu se charger de nos faiblesses et nous donner sa force, chercher ce qui est humain, accorder ce qui est divin, accepter des injures, rendre des dignités, porter des maux, apporter la guérison ; car le médecin qui ne porte pas l’infirmité ne sait pas guérir, et celui qui n’a pas été malade avec le malade ne peut pas apporter au malade la guérison.

Neuvième leçon. Le Christ donc, s’il était demeuré dans sa puissance, n’aurait rien eu de commun avec les hommes ; et s’il n’avait pas assumé la condition de la nature charnelle, c’est en vain qu’il aurait revêtu la chair. « Il monta dans une barque, dit l’Évangile, et il passa sur l’autre rive. Il vint dans sa ville. » Le Créateur des choses, le Seigneur de l’univers, après s’être mis à l’étroit pour nous dans notre chair, commence par avoir une patrie humaine, commence par être citoyen d’une ville de Judée, commence par avoir des parents, lui qui est le père de tous les parents. N’est-ce pas l’amour qui invite, la charité qui attire, l’affection qui triomphe, la bonté qui persuade ceux que la tyrannie a chassés, que la crainte a dispersés, que la contrainte a bannis ?

ÉPÎTRE

Le dernier avènement du Fils de Dieu n’est plus éloigné. L’approche du dénouement qui doit donner la pleine possession de l’Époux à l’Église redouble ses espérances ; mais le jugement final, qui doit consommer en même temps la réprobation d’un grand nombre de ses fils, joint chez elle la crainte au désir, et ces deux sentiments vont se faire jour plus souvent désormais dans la sainte Liturgie.

L’attente sans doute n’a point cessé d’être pour l’Église comme le fonds même de son existence. Séparée de l’Époux quant à la vision de ses charmes divins, elle n’eût fait depuis sa naissance que soupirer dans la vallée de l’exil, si l’amour qui la pousse ne l’eût pressée de se dépenser, sans retour sur elle-même, pour celui à qui allait tout son cœur. Sans compter donc, elle s’est donnée par le travail, la souffrance, la prière et les larmes. Mais son dévouement, tout généreux qu’il fût, ne lui a point fait oublier l’espérance. Un amour sans désir n’est point la vertu de l’Église ; elle le condamne, dans ses fils, comme une injure à l’Époux.

Si légitimes et si véhémentes à la fois étaient dès l’origine ses aspirations, que l’éternelle Sagesse voulut ménager l’Épouse, en lui cachant la durée de l’exil. L’heure de son retour est le seul point sur lequel Jésus, interrogé par les Apôtres, ait refusé de renseigner son Église. Un tel secret entrait dans les vues générales du gouvernement divin sur le monde ; mais c’était aussi, de la part de l’Homme-Dieu, compassion et tendresse : l’épreuve eût été trop cruelle ; et mieux valait laisser l’Église à la pensée, véritable d’ailleurs, de la proximité de la fin devant Dieu, pour qui mille ans sont comme un jour. C’est ce qui nous explique la complaisance avec laquelle les Apôtres, interprètes des aspirations de la sainte Église, reviennent sans cesse, dans leurs paroles, sur l’affirmation de l’avènement prochain du Seigneur. Le chrétien, saint Paul vient de nous le dire jusqu’à deux fois en une même phrase, est celui qui attend la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ au jour qu’il viendra. Appliquant au second avènement, dans sa lettre aux Hébreux, les soupirs enflammés des Prophètes aspirant au premier : Encore un peu, un très peu de temps, dit-il, et celui qui doit venir viendra, et il ne tardera point C’est qu’en effet, sous la nouvelle comme dans l’ancienne alliance, l’Homme-Dieu s’appelle, en raison de sa manifestation finale attendue, celui qui vient, celui qui doit venir. Le cri qui terminera l’histoire du monde sera l’annonce de son arrivée : Voici l’époux qui vient !

« Ceignant donc spirituellement vos reins, dit saint Pierre à son tour, pensez à la gloire du jour où se révélera le Seigneur ; attendez-le, espérez-le d’une parfaite espérance. » Le Vicaire de l’Homme-Dieu prévoyait cependant le parti que les docteurs de mensonge allaient tirer d’une attente si longtemps prolongée. « Où donc est la promesse ? devaient-ils dire ; à quand son arrivée ? Nos pères se sont endormis du grand sommeil, et toutes choses demeurent comme au commencement ». Or le chef du collège apostolique reprenait par avance, contre eux, la réponse que Paul son frère avait déjà faite : « Ce n’est point, comme quelques-uns pensent, que le Seigneur retarde sa promesse ; mais il agit ainsi dans sa patience, à cause de vous, ne voulant pas, s’il était possible, qu’aucun pérît, mais que tous revinssent à lui par la pénitence. Le jour du Seigneur n’en arrivera pas moins comme un voleur, et alors, dans une effroyable tempête, les cieux passeront, les éléments se dissoudront embrasés, la terre et ses ouvrages seront consumés. Puis donc que tout cela doit périr, quels ne devez-vous pas être par la sainteté de votre vie et vos œuvres pieuses, attendant, hâtant de vos désirs l’arrivée de ce jour du Seigneur où le feu dissoudra les éléments et les cieux ? Car nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où habite la justice. C’est pourquoi, mes bien-aimés, faites en sorte que le Seigneur, quand il viendra, vous trouve dans la paix, sans reproche et sans tache... Instruits ainsi de toutes choses à l’avance, veillez sur vous, de peur que, vous laissant emporter aux égarements des insensés, vous ne tombiez de l’état si ferme qui est aujourd’hui le vôtre. »

Si, en effet, le péril doit être grand dans ces derniers jours où les vertus des cieux seront ébranlées, le Seigneur, ainsi que le dit notre Épître, a pris soin de confirmer en nous son témoignage, d’affermir notre foi par les multiples manifestations de sa puissance. Et comme pour vérifier cette autre parole de la même Épître, qu’il confirmera de la sorte jusqu’à la fin ceux qui croient en lui, ses prodiges redoublent en nos temps précurseurs de la fin. Partout le miracle s’affirme à la face du monde ; les mille voix de la publicité moderne en portent les échos jusqu’aux extrémités de la terre. Au nom de Jésus, au nom de ses Saints, au nom surtout de sa Mère immaculée qui prépare le dernier triomphe de l’Église, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les maux du corps et de l’âme perdent soudain leur empire. La manifestation de la puissance surnaturelle est devenue si intense, que les services publics, hostiles ou non, doivent en tenir compte ; le tracé des voies ferrées elles-mêmes se plie à la nécessité de porter les peuples aux lieux bénis où Marie s’est montrée. La terre catholique n’est point la seule où éclate le divin pouvoir. Naguère encore, au cœur de l’infidélité musulmane, n’a-t-on pas vu la ville des sultans tressaillir au bruit des merveilles accomplies par la Reine du ciel en ses murs ? L’eau de sa fontaine miraculeuse a pénétré jusqu’en cette cité de la Mecque ouest fixé le tombeau du fondateur de l’Islam, et dans laquelle jadis un chrétien ne pouvait entrer sans mourir.

L’impie a beau dire en son cœur : Il n’y a point de Dieu ! S’il n’entend pas le témoignage divin, c’est que la corruption ou l’orgueil prévaut chez lui sur l’intelligence, comme autrefois sur l’intelligence des ennemis de Jésus durant les jours de sa vie mortelle. Pareil est-il à l’aspic du Psaume, qui se rend sourd ; il se bouche les oreilles, pour ne point ouïr la voix de l’enchanteur divin qui veut nous sauver. Sa conduite n’est que rage et folie ; il aura bien mérité la vengeance.

Ne l’imitons point ; mais, avec l’Apôtre, remercions Dieu pour la profusion miséricordieuse dont il fait preuve envers nous. Jamais ses dons gratuits ne furent plus nécessaires qu’en nos temps misérables. Il ne s’agit plus sans doute, chez nous, de promulguer l’Évangile ; mais les efforts de l’enfer sont devenus tels contre lui, qu’il ne faut rien moins, pour le soutenir, qu’un déploiement de la vertu d’en haut pareil, en quelque chose, à celui dont l’histoire des origines de l’Église nous retrace le tableau. Demandons au Seigneur des hommes puissants en paroles et en œuvres. Obtenons que l’imposition des mains produise plus que jamais, dans les élus du sacerdoce, son plein résultat ; qu’elle les fasse riches en toutes choses, et spécialement dans la parole et dans la science. Que nos jours, où tout s’éteint, voient du moins la lumière du salut briller vive et pure par les soins des guides du troupeau du Christ. Puissent les compromis et les lâchetés de générations où tout s’étiole et s’amoindrit, ne jamais amener ces nouveaux christs à décroître eux-mêmes, ni à laisser tronquer en leurs mains la mesure de l’homme parfait qui leur fut confiée pour l’appliquer, jusqu’à la fin, atout chrétien soucieux d’observer l’Évangile ! Puisse leur voix, en dépit des vaines menaces, et dominant toujours le tumulte des passions déchaînées, retentir partout aussi ferme et vibrante qu’il convient à l’écho du Verbe !

ÉVANGILE.

Au XIIe siècle, dans plusieurs Églises d’Occident, on lisait aujourd’hui, comme Évangile, le passage du livre sacré où Jésus parle des Scribes et des Pharisiens assis sur la chaire de Moïse. L’Abbé Rupert, qui nous fait connaître cette particularité dans son livre Des divins Offices, rapproche heureusement cet ancien Évangile et l’Antienne de l’Offertoire toujours en usage, où il est aussi question de Moïse. « L’Office de ce Dimanche, dit-il, montre éloquemment à celui qui préside dans la maison du Seigneur et qui a reçu la charge des âmes, la manière dont il doit se comporter dans le rang supérieur où l’a placé la vocation divine. Qu’il ne ressemble pas à ces hommes assis indignement sur la chaire de Moïse ; mais qu’il soit comme Moïse lui-même, lequel présente dans l’Offertoire et ses Versets un beau modèle aux chefs de l’Église. Les pasteurs des âmes ne doivent pas ignorer, en effet, pour quelle cause ils occupent un lieu plus élevé : à savoir, non tant pour gouverner que pour servir. » L’Homme-Dieu disait des docteurs juifs : Ce qu’ils disent, faites-le ; ce qu’ils font, gardez-vous de le faire ; car ils disent bien ce qu’il faut faire, mais ne font rien de ce qu’ils disent. A l’encontre de ces indignes dépositaires de la Loi, ceux qui sont assis dans la chaire de la doctrine « doivent enseigner et agir conformément à leur enseignement, dit Rupert ; ou plutôt, qu’ils fassent d’abord ce qu’il convient de faire, afin de l’enseigner ensuite avec autorité ; qu’ils ne recherchent pas les honneurs et les titres, mais tendent à cet unique but de porter sur eux mêmes les péchés du peuple, et de parvenir à détourner de ceux qui leur sont soumis la colère de Dieu, comme fit Moïse, ainsi que le dit l’Offertoire. »

L’Évangile des Scribes et des Pharisiens établis sur la chaire de Moïse a été réservé, depuis, pour le mardi de la deuxième semaine de Carême. Mais celui qui est maintenant partout en usage, n’éloigne point nos pensées de la considération des pouvoirs suréminents du sacerdoce, qui sont le bien commun de l’humanité régénérée. Les fidèles dont l’attention, en ce jour, était autrefois attirée sur le droit d’enseigner confié aux pasteurs, méditent maintenant sur la prérogative qu’ont ces mêmes hommes de pardonner les péchés et de guérir les âmes. De même qu’une conduite en contradiction avec leur enseignement n’enlèverait rien à l’autorité de la chaire sacrée, d’où ils dispensent pour l’Église et en son nom le pain de la doctrine à ses fils, l’indignité de leur âme sacerdotale ne diminuerait pas non plus, dans leurs mains, la puissance des clefs augustes qui ouvrent le ciel et ferment l’enfer. Car, c’est le Fils de l’homme, c’est Jésus qui par eux, indignes ou non, relève de leurs fautes les hommes ses frères et ses créatures, dont il a pris sur lui les misères et racheté les crimes dans son sang.

L’épisode de la guérison du paralytique, qui fut pour Jésus l’occasion d’affirmer son pouvoir de remettre les péchés en tant que fils de l’homme, a toujours été particulièrement cher à l’Église. Outre le récit que nous en fait aujourd’hui saint Matthieu, elle a placé la narration qu’en donne aussi saint Luc au vendredi des Quatre-Temps de la Pentecôte. Les fresques des catacombes, parvenues jusqu’à nous, attestent encore la prédilection qu’elle inspira pour ce sujet aux artistes chrétiens du premier âge. C’est qu’en effet, dès l’origine du christianisme, on vit l’hérésie dénier à l’Église le pouvoir de pardonner au nom de Dieu, qu’elle tient de son divin Chef ; c’était condamner irrémissiblement à la mort un nombre incalculable de chrétiens, malheureusement tombés après leur baptême, et que guérit le sacrement de Pénitence. Or quel trésor une mère peut-elle défendre avec plus d’énergie, que le remède auquel la vie de ses enfants est attachée ? L’Église donc frappa de ses anathèmes et chassa de son sein ces Pharisiens de la loi nouvelle, qui, comme leurs pères du judaïsme, méconnaissaient la miséricorde infinie et l’étendue du grand mystère de la Rédemption. Elle-même, comme Jésus sous les yeux des scribes ses contradicteurs, avait produit, en garantie de ses affirmations, un miracle visible à la face des sectaires, sans arriver plus que l’Homme-Dieu à les convaincre de la réalité du miracle de grâce opéré invisiblement par ses paroles de rémission et de pardon. La guérison extérieure du paralytique fut tout ensemble, en effet, l’image et la preuve de la guérison de son âme réduite auparavant à l’impuissance ; mais lui-même représentait un bien autre malade : le genre humain, gisant immobile en son péché depuis des siècles. L’Homme-Dieu avait déjà quitté la terre, quand la foi des Apôtres opéra ce premier prodige de transporter aux pieds de l’Église le monde vieilli dans son infirmité. L’Église donc, voyant le genre humain docile à l’impulsion des messagers du ciel et partageant déjà leur foi, avait retrouvé pour lui dans son cœur de mère la parole de l’Époux : Mon fils, aie confiance, tes péchés sont remis. Soudain, aux yeux étonnés de la philosophie sceptique, et confondant la rage de l’enfer, le monde s’était levé ostensiblement de sa couche ignominieuse ; montrant bien que ses forces lui étaient rendues, on l’avait vu charger sur ses épaules, par le travail de la pénitence et de la répression des passions, le lit de ses langueurs et de son impuissance, où l’avaient retenu si longtemps l’orgueil, la chair et la cupidité. Depuis lors, fidèle à la parole du Seigneur qui lui a été répétée par l’Église, il est en marche pour retourner dans sa maison, le paradis, où l’attendent les joies fécondes de l’éternité ! Et la multitude des cohortes angéliques, voyant sur la terre un pareil spectacle de rénovation et de sainteté, est saisie de stupeur, et elle glorifie Dieu qui a donné aux hommes une telle puissance.

Nous aussi, rendons grâces à l’Époux dont la dot merveilleuse, qui est son sang versé pour l’Épouse, suffit jusqu’à la fin à solder les droits de la justice éternelle. Dans les jours de la Pâque, nous avons contemplé l’Homme-Dieu établissant le sacrement précieux qui rend ainsi, en un instant, vie et forces au pécheur. Mais combien sa vertu n’apparaît-elle pas plus merveilleuse encore, en nos temps d’affaissement et de ruine universelle ! L’iniquité abonde, les crimes se multiplient ; et toujours la piscine réparatrice, alimentée par les flots qui s’échappent du côté de Jésus entr’ouvert, absorbe et dissout, quand on le veut, sans laisser trace aucune, ces montagnes de péchés, ces hideux trésors de l’enfer entassés durant toute une vie par la complicité du démon, du monde et de l’homme même !

 

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Maternité de la Vierge Marie

11 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Maternité de la Vierge Marie

Collecte

O Dieu, vous avez voulu qu’à l’annonce de l’Ange, le Verbe votre Fils prenne chair dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie : accordez à ceux qui vous supplient, et qui croient qu’elle est vraiment la Mère de Dieu, qu’elle nous secoure par son intercession.

Office

AU PREMIER NOCTURNE
Du livre de l’Ecclésiastique
Première leçon.Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, la première engendrée avant toute créature. Dans les cieux j’ai fait surgir une lumière sans fin, et comme une vapeur j’ai couvert la terre. Au plus haut des cieux j’ai ma demeure, et mon trône, sur la colonne de nuée. Seule j’ai fait le tour du cercle des cieux, j’ai parcouru la profondeur des abîmes. Dans les flots de la mer j’ai marché, sur la terre entière j’ai séjourné, sur tout peuple et toute nation j’ai dominé. Les cœurs de tous, des grands et des petits, je les ai soumis par ma puissance. En toute choses, j’ai cherché du repos, et c’est dans l’héritage du Seigneur que je demeurerai.
Deuxième leçon. Alors a ordonné et m’a parlé le Créateur de l’univers ; et celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m’a dit : Habite dans Jacob, et en Israël place ton héritage, et au milieu de mes élus, étends tes racines. Dès le commencement et avant tous les siècles, j’ai été créée, et jusqu’au siècle futur je ne cesserai pas d’être, et dans l’habitation sainte, j’ai exercé devant lui mon ministère. Et ainsi dans Sion j’ai été affermie, et dans la cité sainte je me suis reposée ; et dans Jérusalem est ma puissance. Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dans la part de Dieu, [laquelle est] son héritage ; et dans l’assemblée entière des saints est ma demeure.
Troisième leçon. Comme un cèdre, je me suis élevée sur le Liban, et comme un cyprès sur la montagne de Sion ; comme un palmier, je me suis élevée à Cadès, et comme des rosiers à Jéricho ; je me suis élevée comme un bel olivier dans les champs, et comme un platane sur le bord de l’eau, dans les places publiques. Comme le cinnamome et le baume aromatique, j’ai répandu une odeur ; comme la myrrhe de choix, j’ai exhalé une odeur suave ; et comme le storax, le galbanum, l’onyx, le stacté, et comme le Liban qui sort sans incision, j’ai rempli de vapeur mon habitation et comme un baume non mélangé est mon odeur. Moi, comme un térébinthe, j’ai étendu mes rameaux, et mes rameaux sont d’honneur et de grâce.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Sermon de saint Léon, pape
Quatrième leçon. Une vierge, issue de la race royale de David, est choisie pour porter en elle le germe saint, à la fois divin et humain, qu’elle conçut dans son esprit, avant même de le concevoir en son corps. De peur que, si elle eût ignoré le dessein divin, elle n’eût été effrayée de ses conséquences inattendues, elle apprit de la bouche d’un ange ce que l’Esprit-Saint allait opérer en elle. Celle qui allait devenir la mère de Dieu ne craignit pas que ce ne fût au détriment de sa pudeur. Comment n’eut-elle pas espéré une conception insolite, celle à qui était promise l’efficacité de la puissance du Très-Haut ? La foi de l’âme croyante est encore confirmée par un précèdent miracle : à Élisabeth est donnée une fécondité inespérée ; ainsi ne pourrait-on douter que celui qui avait donné à une femme stérile la possibilité de concevoir, ne l’octroyât aussi à une vierge. Donc, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, fils de Dieu "qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait et rien sans lui" s’est fait homme pour libérer l’homme de la mort éternelle.
Cinquième leçon. Jésus Christ, notre Seigneur, descend de son trône du ciel pour pénétrer notre misère, sans pourtant quitter la gloire de son Père, en des conditions tout à fait nouvelles et d’une manière inusitée. Dans des conditions nouvelles, puisque invisible en soi, il se rend visible à nous, incompréhensible, il accepte d’être appréhendé, éternel, il commence à exister dans le temps. — D’une manière inusitée, puisque conçu et né d’une vierge sans la participation d’un homme et sans que soit faite injure à l’intégrité de sa mère. Une telle naissance convenait en effet au futur Sauveur des hommes qui, tout en revêtant la substance de la nature humaine, ignorerait les souillures de la chair. Il serait différent de nous par l’origine, mais semblable par la nature. Nous le croyons, cette naissance fut en dehors du cours normal de la génération humaine, mais elle s’appuya sur la puissance de Dieu, puisque la virginité de la mère demeura intacte dans la conception, l’enfantement et la suite des temps.
Sixième leçon. En l’an 1931, aux applaudissements de tout l’univers catholique, on célébrait le quinzième centenaire du concile d’Éphèse, au cours duquel la bienheureuse Vierge Marie, de qui est né Jésus, fut proclamée, contre l’hérésie de Nestorius, Mère de Dieu par les Pères en union avec le Pape Célestin ; le Souverain Pontife Pie XI voulut que le souvenir de cet heureux événement fut perpétué par un témoignage constant de sa piété. Il existait à Rome un monument glorieux de la proclamation d’Éphèse, l’arc triomphal de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, sur l’Esquilin, orné par son prédécesseur Sixte III d’admirables mosaïques, mais détérioré par l’injure du temps ; il le fit heureusement restaurer à ses frais, ainsi que l’aile transversale de la basilique. Il décrivit dans une lettre encyclique la vraie physionomie du concile œcuménique d’Éphèse et exposa abondamment et avec piété le privilège ineffable de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie, afin que la connaissance d’un mystère si sublime se gravât plus profondément dans les âmes des fidèles. En même temps il proposa Marie Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes, et la famille de Nazareth, comme un modèle à imiter, illustre entre tous, tant pour la dignité et la sainteté d’un chaste mariage que pour la pieuse éducation de la jeunesse. Enfin, pour que subsistât aussi un monument liturgique, il décréta que la fête de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie serait célébrée chaque année le 11 octobre par l’Église universelle, sous le rite double de deuxième classe, avec une Messe et un office propres.
 

AU DEUXIÈME NOCTURNE

Homélie de saint Bernard, abbé
Septième leçon. Marie donne au Dieu et Seigneur des anges le nom de "fils" : "Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ?" Quel est l’ange qui oserait en dire autant ? Il leur suffit, et ils le tiennent déjà pour un grand honneur, d’être promus et appelés "anges" par grâce, alors qu’ils sont par nature des esprits, au témoignage de David : "des esprits, le Seigneur fait ses anges". Mais Marie sait qu’elle est sa mère et, en toute simplicité, elle appelle son fils celui que les anges servent avec respect. Quant à Dieu, il ne dédaigne pas de recevoir le titre de ce qu’il a daigné être. Peu après, l’évangéliste ajoute : "Et il leur était soumis". Qui ? — A qui ? — Dieu à des hommes ! Dieu, dis-je, dont les anges sont les sujets, à qui obéissent Principautés et Puissances, c’est à Marie qu’il se soumet !
Huitième leçon. Des deux merveilles, laquelle faut-il admirer davantage ? La condescendance toute d’amour du Fils ou la dignité si remarquable de sa Mère ? Toutes deux provoquent la stupeur car elles sont toutes deux un prodige. Dieu obéit à une femme : humilité sans exemple ! Une femme commande à Dieu : sublimité sans pareille ! Comme un privilège des vierges, le Cantique assure qu’« elles suivent l’Agneau partout où il va ». De quelles louanges, pensez-vous sera digne celle qui même le précède ? Apprends, homme, l’obéissance ! Apprends, limon, la soumission ! Apprends, poussière, l’humble dépendance ! C’est en parlant de ton Créateur que l’évangéliste dit : "Et il leur était soumis". Rougis, cendre imbibée d’orgueil ! Dieu s’abaisse pendant que tu t’élèves ! Dieu se soumet aux hommes et toi, n’aspirant qu’à les dominer, tu veux prendre rang au-dessus de ton Créateur !
Neuvième leçon. Heureuse Marie à qui n’ont manqué ni l’humilité ni la virginité ! Singulière virginité que la fécondité, au lieu d’y apporter atteinte, a magnifiée ! Humilité non moins notable, que cette féconde virginité, au lieu de l’éteindre, a exaltée ! Incomparable fécondité enfin qu’accompagnent la virginité et l’humilité ! Tout n’est-il pas ici admirable, inégalable, inouï ? Il serait étonnant que vous n’hésitiez pas pour savoir ce qui vous paraît le plus digne d’admiration : la fécondité chez une vierge ou la virginité chez une mère, l’élévation que cause un tel enfantement ou l’humilité qui lui est jointe ? A moins que, sans doute, tout cela ne vous semble en même temps préférable et que vous ne pensiez incomparablement meilleur et heureux de recevoir à la fois tous ces bienfaits. D’ailleurs, quoi d’étonnant à ce que Dieu qui, nous le lisons, "est admirable dans ses saints", se montrât plus admirable encore en sa Mère ? Vénérez donc, épouses, l’intégrité de sa chair dans une chair corruptible et vous, vierges consacrées, vénérez la fécondité dans une vierge. Vous tous, qui que vous soyez, imitez l’humilité de la Mère de Dieu.

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Saint François de Borgia confesseur

10 Octobre 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint François de Borgia confesseur

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, vous qui êtes le modèle et la récompense de la véritable humilité, et qui avez fait du bienheureux François votre glorieux imitateur dans le mépris des honneurs terrestres, accordez-nous la grâce de l’imiter et de partager sa gloire.

Office

Quatrième leçon. François, quatrième duc de Gandie, fils de Jean de Borgia et de Jeanne d’Aragon, petite-fille de Ferdinand le Catholique, après avoir passé au sein de sa famille une enfance admirable d’innocence et de piété, se montra plus admirable encore par la pratique exemplaire des vertus chrétiennes et l’austérité de sa vie, à la cour de l’empereur Charles-Quint, et ensuite dans le gouvernement de la Catalogne. A la mort de l’impératrice Isabelle, il fut chargé de conduire son corps à Grenade, pour y recevoir la sépulture. En voyant le changement opéré sur le visage de l’impératrice, il réfléchit à la vanité de tout ce qui est mortel, et s’engagea par vœu à se dépouiller de tous ses biens dès qu’il le pourrait, pour ne plus servir que le Roi des rois. Dès lors il avança tellement dans la vertu, qu’au milieu des affaires du siècle, il reproduisait tous les traits de la perfection religieuse, et qu’on l’appelait le prodige des princes.
Cinquième leçon. Éléonore de Castro, son épouse étant morte, il entra dans la Compagnie de Jésus, afin d’y mener plus sûrement une vie cachée, et de s’interdire l’accès aux dignités par l’engagement sacré d’un vœu. Il mérita que son exemple portât plusieurs princes à embrasser un genre de vie plus austère, et que Charles-Quint lui-même, en abdiquant l’empire, déclarât que François avait été son inspirateur et son guide. Dans cette profession de vie rigoureuse, François réduisit son corps à une maigreur extrême par le jeûne, les chaînes de fer, le cilice, des flagellations longues et sanglantes et la privation de sommeil. D’ailleurs, il ne s’épargnait aucune fatigue pour se vaincre et pour sauver les âmes. Orné de tant de vertus, il fut nommé, par saint Ignace, commissaire général de la Compagnie en Espagne, et quelques années après, on l’élut, malgré lui, troisième général de la Compagnie. Dans cette charge, il se rendit extrêmement cher aux princes temporels et aux souverains Pontifes, par sa prudence et sa sainteté. Il fonda ou développa en divers lieux nombre d’établissements, envoya des membres de sa Compagnie en Pologne, dans les îles de l’Océan, au Mexique et au Pérou, dirigea vers d’autres contrées des missionnaires qui, par leurs prédications, leurs sueurs et leur sang, propagèrent la foi catholique et romaine
Sixième leçon. Il avait de lui-même une si basse opinion qu’il s’appropriait le nom de pécheur, comme étant le sien. Il refusa avec une humilité qui ne se démentit jamais, la pourpre romaine que les souverains Pontifes lui offrirent à différentes reprises. Balayer la maison, mendier son pain aux portes, servir les malades dans les hôpitaux, par mépris de soi-même et du monde, il en faisait ses délices. Tous les jours il consacrait de longues heures, ordinairement huit et quelquefois dix, à la méditation des choses du ciel. Cent fois par jour, il faisait la génuflexion pour adorer Dieu. Jamais il n’omit de célébrer la sainte Messe. L’ardeur divine qui le consumait, se manifestait par l’éclat de son visage lorsqu’il offrait le saint Sacrifice, et quelquefois même pendant qu’il prêchait. Un instinct céleste lui marquait les lieux où le très saint corps de Jésus Christ, caché dans l’Eucharistie, se trouvait en réserve. Sur l’ordre de saint Pie V, il accompagna le Cardinal Alexandrin, légat du Siège apostolique, que le Pape envoyait auprès des princes chrétiens, pour former une ligue contre les Turcs. Ce fut donc par obéissance qu’il entreprit ce long voyage, malgré l’affaiblissement de ses forces. Il mourut à son retour à Rome, où il avait désiré achever sa vie, à l’âge de soixante-deux ans, en l’année mil cinq cent soixante-douze. Sainte Thérèse, qui recourait à ses conseils, l’appelait un saint, et Grégoire XIII, un fidèle administrateur. Enfin, de nombreux et grands miracles l’ayant glorifié, Clément X l’inscrivit au nombre des Saints.

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