XVI ème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que j’ai crié vers vous durant tout le jour, et parce vous, Seigneur, vous êtes bienveillant et doux, et répandez vos miséricordes avec abondance sur tous ceux qui vous invoquent. Inclinez votre oreille vers moi, Seigneur, et exaucez-moi car je suis faible et pauvre.
Collecte
Nous vous en prions, Seigneur, que votre grâce nous prévienne et nous accompagne toujours, et qu’elle nous donne d’être sans cesse appliqués aux bonnes œuvres.
Epitre
Mes frères, je vous demande de ne pas perdre courage, à cause de mes tribulations pour vous, car elles sont votre gloire. A cause de cela je fléchis les genoux devant le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, duquel toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, pour qu’il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur ; qu’il fasse que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, afin qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, et la longueur, et la hauteur, et la profondeur, et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. A celui qui, par sa puissance qui opère en nous, peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et tout ce que nous pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans la succession de tous les âges et de tous les siècles. Ainsi soit-il.
Evangile
En ce temps-là, Jésus entra, un jour de sabbat, dans la maison d’un des principaux pharisiens, pour y manger du pain ; et ceux-ci l’observaient. Et voici qu’un homme hydropique était devant lui. Et Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens : Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? Mais ils gardèrent le silence. Alors lui, prenant cet homme par la main, le guérit et le renvoya. Puis, s’adressant à eux, il dit : Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ? Et ils ne pouvaient rien répondre à cela. Il dit aussi aux invités cette parabole, considérant comment ils choisissaient les premières places. Il leur dit : Quand tu seras invité à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu’il n’y ait parmi les invités une personne plus considérable que toi, et que celui qui vous a conviés, toi et lui, ne vienne te dire : Cède la place à celui-ci, et qu’alors tu n’ailles, en rougissant, occuper la dernière place. Mais, quand tu auras été invité, va, mets-toi à la dernière place, afin que, lorsque celui qui t’a invité sera venu, il te dise : Mon ami, monte plus haut. Et alors ce sera une gloire pour toi devant ceux qui seront à table avec toi. Car quiconque s’élève sera humilié, et quiconque s’humilie sera élevé.
Bréviaire
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Septième leçon. Voici d’abord la guérison d’un hydropique, en qui le poids de la chair accablait l’âme et éteignait l’ardeur de l’esprit. Puis vient une leçon d’humilité, quand le Seigneur condamne ceux qui, dans le banquet nuptial, choisissent les premières places : il le fait néanmoins avec douceur, voulant qu’une bonté persuasive tempère la sévérité de la réprimande, que la raison serve à la persuasion, et que la correction réprime la convoitise. Cette leçon d’humilité est accompagnée d’une leçon de miséricorde, et les paroles du Seigneur nous prouvent que la miséricorde doit se pratiquer envers les pauvres et les faibles ; car être hospitalier pour ceux qui en récompenseront, c’est plutôt de l’avarice que de la charité.
Huitième leçon. Enfin, à l’un des convives, comme à un vétéran qui a fourni ses années de service, Jésus-Christ donne pour récompense le précepte du mépris des richesses ; puisque le royaume des cieux ne peut être acquis, ni par celui qui, tout aux choses d’ici-bas, s’est acheté des possessions terrestres, le Seigneur ayant dit : « Vends ce que tu as et suis-moi ; » ni par celui qui s’est acheté des bœufs (Élisée ayant égorgé et distribué ceux qu’il avait) ; ni enfin par ceux qui, ayant pris femme, pensent aux choses de ce monde, et non à celles de Dieu. Certes, l’état conjugal n’est point blâmé ; seulement la virginité est appelée à un plus grand honneur. « Car la femme non mariée et la veuve pensent aux choses qui sont du Seigneur, afin d’être saintes de corps et d’esprit. »
Neuvième leçon. Mais, pour rentrer maintenant en grâce avec les gens mariés, comme plus haut nous nous sommes concilié les personnes veuves, disons que nous ne nous refusons point à l’opinion de plusieurs interprètes, estimant que les trois genres d’hommes exclus de la participation au grand festin sont : les païens, les Juifs et les hérétiques. L’Apôtre nous dit de fuir l’avarice, de crainte qu’embarrassés, comme les Gentils, dans l’iniquité, la malice, l’impudicité et l’avarice, nous ne puissions arriver au royaume du Christ. « Car aucun impudique, ou avare, ce qui est une idolâtrie, n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu. »
...Mon cœur a proféré une parole excellente ; c’est au Roi que je dédie mes œuvres. L’enthousiasme du Psalmiste chantant l’épithalame sacré est passé dans l’âme du Docteur des nations, et lui inspire cette lettre merveilleuse qui résume les sublimités de son enseignement comme un hymne d’amour. Devenu le prisonnier de Néron, Paul montre bien que la parole de Dieu n’est pas arrêtée sous les liens qui retiennent l’apôtre captif.
L’Épître aux Éphésiens n’est pas, de beaucoup, la plus longue de ses lettres ; il n’en est point pourtant auxquelles soient faits de plus nombreux emprunts dans toute la série des Dimanches après la Pentecôte : nous devons en conclure qu’elle présente, mieux qu’aucune autre, la pensée dominante à laquelle l’Église voudrait ramener ses fils dans cette partie de l’Année liturgique. Apprenons donc le mystère de l’Évangile, en écoutant le héraut qui reçut pour mission spéciale d’annoncer aux nations ce trésor resté caché en Dieu depuis les siècles éternels. C’est comme ambassadeur qu’il vient vers nous ; les chaînes qui chargent ses bras, loin d’affaiblir l’autorité de son message, sont l’insigne glorieux qui l’accrédite auprès des disciples du Dieu du Calvaire.
Dieu seul au reste, il le déclare, peut fortifier suffisamment en nous les sens de l’homme intérieur pour nous permettre de connaître, avec les saints, les dimensions du grand mystère du Christ habitant l’homme afin de le remplir de la plénitude de Dieu. C’est pourquoi, fléchissant les genoux devant Celui de qui découle tout don parfait et qui nous a engendrés dans la vérité par son amour, il lui demande d’ouvrir par la foi et la charité les yeux de notre cœur, afin que nous comprenions les richesses glorieuses de l’héritage qu’il réserve à ses fils et le déploiement de puissance dont sont l’objet nos âmes ici-bas même.
Mais si la sainteté est nécessaire pour obtenir l’épanouissement complet de la vie divine dont parle l’Apôtre, observons également que le désir de saint Paul et sa prière étant pour tous, il s’en suit que personne n’est exclu de cette vocation sublime. Et par le fait, selon la remarque de saint Jean Chrysostome, les chrétiens auxquels il s’adresse vivent au milieu du monde, ayant femme, enfants et serviteurs, puisqu’il leur trace des règles de conduite sur tous ces points. Les saints d’Éphèse, comme de partout, ne sont autres que les fidèles du Christ Jésus, c’est-à-dire ceux qui suivent fidèlement l’impulsion du Seigneur dans la condition qui leur est propre. Or il ne tient qu’à nous de suivre la grâce ; nos résistances seules empêchent l’Esprit de faire de nous des saints. L’accès des régions supérieures où le mouvement progressif de la sainte Liturgie, depuis la Pentecôte, introduit l’Église est ouvert à tous. Si, peut-être, le nouvel ordre d’idées amené par ce mouvement a semblé plus d’une fois dépasser nos forces, peut-être aussi ne pourrions-nous point nous rendre le témoignage d’avoir mis à profit comme il convenait, depuis l’Avent et Noël, les enseignements, les grâces de tout genre, qui devaient développer en nous concurremment la vie chrétienne et la lumière. L’Église s’est mise à la portée de tous au commencement du Cycle ; mais elle ne pouvait rester stationnaire, et, par égard pour nos tiédeurs, négliger de conduire les hommes de bonne volonté à cette union divine qu’on leur avait annoncée comme devant « couronner à la fois le Cycle et l’âme sanctifiée par le Cycle. » Gardons-nous cependant de perdre courage. Le Cycle de la Liturgie ne se déroule pas une fois seulement au ciel de la sainte Église. Bientôt, revenant à son point de départ, il adaptera de nouveau la puissance de ses rayons à notre faiblesse. Si alors, instruits par l’expérience, nous ne nous contentons pas d’admirer comme à distance la gracieuse poésie, la douceur et les charmes de ses débuts ; si nous voulons sérieusement grandir avec cette lumière qui n’est autre que le Christ, en profitant des grâces de croissance qu’elle répandra de nouveau dans les âmes : l’œuvre de notre sanctification, déjà ébauchée, « pourra recevoir le complément que l’infirmité humaine avait suspendu. »
Dès maintenant, si peu complètes que puissent être nos dispositions, l’Esprit de miséricorde, qui règne sur cette partie du Cycle, ne refusera pas à notre humble prière de suppléer en quelque chose à ce qui nous manque. C’est déjà beaucoup, d’ailleurs, que l’œil de notre foi ait vu s’élargir devant lui les horizons surnaturels, qu’il ait pénétré dans les régions sereines où, loin du regard hébété de l’homme animal, la Sagesse révèle aux parfaits ce secret de l’amour que ne connaissent point les puissants et les sages de ce monde, que l’œil n’avait point vu, ni l’oreille entendu, ni le cœur même soupçonné ou compris. Nous comprendrons mieux désormais les divines réalités qui remplissent la vie des serviteurs de Dieu ; elles nous apparaîtront comme dépassant mille fois, par leur importance et leur grandeur, les vaines futilités ou les occupations au sein desquelles s’écoule l’existence prétendue positive des hommes de plaisirs ou d’affaires. Méditons sans fin le bienfait de cette élection divine qui nous a désignés, avant les siècles, pour être comblés de toutes les bénédictions spirituelles, dont les bénédictions temporelles de l’ancien peuple étaient la figure. Le monde n’était point encore, et déjà Dieu nous voyait dans son Verbe ; il assignait à chacun de nous la place qu’il devait occuper dans le corps de son Christ ; par avance, son regard paternel nous contemplait revêtus de cette grâce qui lui fait trouver dans l’Homme-Dieu ses complaisances, et il nous prédestinait, comme étant les membres de ce Fils bien-aimé, à nous asseoir avec lui à sa droite au plus haut des cieux.
Combien grandes ne sont pas nos obligations envers le Père souverain dont la bienveillance a décrété d’accorder de tels dons à la terre ! Sa volonté est son seul conseil, l’unique règle de ses actes ; et sa volonté n’est qu’amour. C’est de la mort coupable du péché qu’il nous appelle à cette vie qui n’est autre que la sienne à lui-même ; c’est de l’abîme ignominieux des vices, qu’après nous avoir lavés dans le sang de son Fils, il nous élève à cette gloire dont le spectacle étonne les anges et les plonge dans un saint tremblement.
Soyons donc saints à l’honneur de sa grâce. Le Christ est, dans sa divinité, la splendeur substantielle du Père et sa louange éternelle ; s’il a pris un corps, s’il s’est fait notre chef, ce n’a été que pour chanter sur un rythme nouveau le cantique des cieux : non content de présenter dans son humanité sainte aux regards de son Père le rayonnement créé des perfections infinies, il a voulu que la création entière renvoyât à l’adorable Trinité l’écho des divines harmonies. C’est pourquoi, rompant dans sa chair l’ancienne inimitié du gentil et du juif et rassemblant les hommes ennemis, il fait d’eux tous un même esprit, un seul corps, dont les mille voix s’unissent par lui dans l’unité de l’amour aux concerts angéliques, pour entourer sans fin le trône de Dieu d’une harmonie en accord avec le Verbe infini. Ainsi serons-nous à jamais pour Dieu, comme ce Verbe divin, la louange de sa gloire, selon l’expression qu’affectionne l’Apôtre dans le début de cette Épître aux Éphésiens ; ainsi doit être consommé le mystère qui fut, dès avant tous les temps, l’objet des desseins éternels : le mystère de l’union divine réalisée par le Christ Jésus rassemblant en lui, dans l’amour, et la terre et les deux.
L’Église, qui s’élève au milieu des nations, porte avec soi la marque de son divin architecte : Dieu se montre en elle dans sa majesté ; sa crainte s’impose par elle à tous les rois. Chantons, dans le Graduel et le Verset, les merveilles du Seigneur.
Le Très Saint Nom de Marie
Fête instituée par le Bhx Innocent XI en action de grâce pour la victoire des armées chrétiennes sur les Turcs à Vienne en 1683. Elle fut fixée au dimanche qui suivait la Nativité de la Ste Vierge. La réforme de Pie X, "libérant" les dimanches des fêtes de saints, l’a fixé au 12 septembre.
Collecte
Nous vous en prions, ô Dieu tout-puissant, accordez à vos fidèles, qui mettent leur joie dans le nom et la protection de la très sainte Vierge Marie, d’être par un effet de sa maternelle intercession, préservés de tous les maux sur la terre, et d’arriver dans le ciel aux joies de l’éternité.
Lecture
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
Evangile
En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. L’ange, étant entré auprès d’elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. Elle, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait quelle pouvait être cette salutation. Et l’ange lui dit : Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu 1ui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n’aura pas de fin. Alors Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il ? Car je ne connais point d’homme. L’ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voici qu’Elisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qui est appelée stérile ; car il n’y a rien d’impossible à Dieu. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole
Bréviaire
Sermon de saint Bernard, Abbé.
Quatrième leçon. « Et le nom de la Vierge était Marie, » dit l’Évangile. Parlons aussi un peu de ce nom que l’on dit signifier étoile de la mer et qui convient parfaitement à la Vierge Mère. Celle-ci est fort à propos comparée à l’étoile ; car, de même que l’astre émet son rayon sans en éprouver aucune altération, ainsi la Vierge a enfanté un fils sans dommage pour sa virginité. Le rayon n’amoindrit pas l’éclat de l’astre et le fils de la Vierge n’ôte rien à l’intégrité de sa mère. Marie est donc l’illustre étoile qui s’est levée de Jacob et dont le rayonnement illumine tout l’univers ; sa splendeur brille dans les cieux et pénètre les abîmes, luit partout sur la terre fait sentir sa chaleur aux âmes plutôt qu’aux corps, favorise l’épanouissement des vertus et réduit les vices. Elle est, dis-je, la très brillante et remarquable étoile qu’il était nécessaire d’élever au-dessus cette mer profonde et vaste, étoile étincelante par ses mérites, lumineuse en ses exemples.
Cinquième leçon. Ô vous, qui que vous soyez, qui vous sentez ici-bas ballotté au milieu des orages et des tempêtes, et non placé sur une terre ferme, ne détournez point vos yeux de cet astre plein d’éclat, si vous ne voulez pas être englouti par les flots. Si le vent des tentations se lève, si vous touchez les écueils des tribulations, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si vous êtes secoué par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si la colère, ou l’avarice, ou les séductions de la chair agitent le frêle esquif de votre âme, jetez un regard vers Marie. Si, troublé par l’énormité de vos crimes, confus de la laideur de votre conscience, effrayé des sévérités du jugement, vous vous sentez entraîné dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pensez à Marie.
Sixième leçon. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, songez à Marie, invoquez Marie. Qu’elle soit constamment sur vos lèvres, qu’elle soit constamment dans votre cœur, et pour obtenir l’appui de ses prières, ne perdez jamais de vue les exemples de sa vie. En suivant Marie, on ne s’égare point ; en la priant, on ne tombe pas dans le désespoir ; en pensant à elle, on n’erre point. Si elle vous soutient, vous ne tomberez pas ; si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre ; si elle vous accompagne, vous ne connaîtrez pas la fatigue ; sa protection vous conduira au terme et vous expérimenterez ainsi en vous-même avec quelle vérité il a été dit : « Et le nom de la Vierge était Marie ». Ce nom vénérable était déjà honoré depuis longtemps par un culte spécial dans quelques parties du monde chrétien ; lorsqu’une insigne victoire fut remportée à Vienne en Autriche, par le secours de la sainte Vierge Marie, sur le cruel sultan des Turcs, qui menaçait avec insulte de soumettre les peuples chrétiens à sa tyrannie. Le Pape Innocent XI, voulant donc perpétuer la mémoire d’un tel bienfait, ordonna que cette Fête serait célébrée chaque année dans l’Église universelle.
Homélie de saint Pierre Chrysoloque.
Septième leçon. Aujourd’hui, frères bien-aimés, vous avez entendu un Ange traiter avec une femme de la réhabilitation de l’homme. Vous avez entendu qu’il s’agissait de ramener l’homme à la vie, par le même chemin qui l’avait conduit à la mort. C’est un Ange qui traite avec Marie du salut du genre humain, parce qu’un ange avait traité de sa perte avec Eve. Vous avez entendu cet Ange révéler le moyen ineffable de construire, du limon de notre chair, un temple à la divine Majesté. Vous avez entendu comment un mystère incompréhensible place Dieu sur la terre et l’homme dans le ciel. Vous avez entendu par quelle combinaison merveilleuse Dieu s’unit à l’homme dans un seul corps. Vous avez entendu comment la frêle nature de notre corps est affermie par l’exhortation d’un Ange, l’animant à porter toute la gloire de la divinité.
Huitième leçon. Enfin, de peur qu’en Marie le limon friable de notre corps ne s’affaissât sous le poids énorme du céleste édifice ; de peur que cette branche délicate qui devait porter le fruit de tout le genre humain ne se rompit, l’Ange a bientôt pris les devants et dit à la Vierge : « Ne craignez pas, Marie. » Avant d’énoncer le motif de sa mission, il lui fait entendre par ce nom, quelle est sa dignité. Car le mot hébreu de Marie, en latin Domina, signifie souveraine. L’Ange l’appelle souveraine, pour lui ôter la crainte qui appartient à la servitude, destinée qu’elle est à devenir la Mère du Dominateur, celui qu’elle doit enfanter ayant obtenu, par son autorité même, qu’elle naquît et fût appelée souveraine. « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce. » C’est vrai : celui qui a trouvé grâce ne saurait craindre. Or, vous avez trouvé grâce.
Neuvième leçon. Bienheureuse celle qui, seule parmi les êtres humains et de préférence à tous, mérita d’entendre ces paroles : « Vous avez trouvé grâce. » Quel degré de grâce ? Une grâce aussi entière que le donne à entendre ce terme employé auparavant par l’Ange : « pleine. » Et vraiment elle était en sa plénitude, la grâce dont les flots abondants s’étaient versés sur cette créature, l’avaient pénétrée et remplie. « Vous avez trouvé grâce devant Dieu. » Disant ces choses, l’Ange lui-même s’étonne, ou de ce qu’une femme l’ait méritée seule, ou de ce que tous les hommes aient mérité la vie par une femme ; oui, l’Ange est comme frappé de stupeur, en voyant venir se renfermer tout entier dans les étroites bornes d’un sein virginal, le Dieu pour qui toutes les choses créées réunies ne sont que petitesse. C’est pourquoi l’Ange tarde à préciser le but de sa mission ; de là vient qu’il nomme la Vierge par ce qui exprime son mérite, et la salue en mentionnant la grâce. A celle qui l’écoute, il ne livre que peu à peu son message, sans doute afin d’en faire ressortir la signification ; c’est aussi peu à peu qu’il achève de calmer sa crainte prolongée.
Saint Nicolas de Tolentino confesseur
A onze ans, il fut reçu dans l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin, où il se fit admirer de tous par la modestie de son maintien, sa parfaite obéissance, son humeur douce et toujours égale, surtout sa chasteté, gardée par d'effrayantes mortifications. On eût dit qu'il avait un corps de bronze. A quinze ans, il usait des chaînes, des ceintures de fer et des cilices; il jeûnait quatre fois la semaine, mangeait peu et des mets les plus grossiers, ne couchait que par terre ou sur une paillasse.
On raconte plusieurs visions d'âmes du Purgatoire qui lui devaient leur délivrance. Après avoir édifié successivement plusieurs couvents, le fervent religieux est envoyé à Tolentino, où il passe les trente dernières années de sa vie. Là il s'occupe à catéchiser les ignorants, à prêcher la parole de Dieu, à confesser les pécheurs; les coeurs les plus rebelles se rendent à ses exhortations, il embrase les plus indifférents du feu de l'amour divin, il ébranle les plus obstinés, sa douceur ramène les plus désespérés dans la voie du salut. Le salut des autres ne lui fait pas négliger le sien. On ne saurait dire quand il terminait son oraison; on le trouvait toujours absorbé en Dieu; il aimait surtout à méditer les souffrances de Jésus-Christ.
Nicolas était la terreur du démon, qui venait souvent troubler son oraison en imitant devant lui le cri de tous les animaux, en ébranlant la charpente de la maison, et faisant trembler sa cellule. Un jour l'esprit de ténèbres entra près de lui sous la forme d'un oiseau énorme, qui éteignit, renversa et brisa la lampe par un mouvement de ses ailes; Nicolas ramassa les morceaux et les rejoignit si merveilleusement, qu'il ne parut pas trace de l'accident. Le démon alla jusqu'à le frapper et à le laisser pour mort; le Saint demeura boiteux toute sa vie des coups qu'il avait reçus. Il partageait avec les pauvres le pain qu'on lui donnait à ses repas, et, un jour, son supérieur lui demandant ce qu'il portait: "Ce sont des fleurs," dit-il, et il montra le pain changé en roses. Pendant les six derniers mois de sa vie, les anges descendaient toutes les nuits dans sa chambre et le réjouissaient de leurs chants.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950
Bréviaire
Quatrième leçon. Nicolas, dit de Tolentino, à cause de son long séjour dans cette localité, naquit à Saint-Ange, ville de la Marche d’Ancône, de parents recommandables par leur piété. Ceux-ci, dans un voyage qu’ils avaient fait à Bari, pour accomplir un vœu en vue d’obtenir des enfants, avaient reçu de saint Nicolas l’assurance qu’il leur naîtrait un fils ; et ce fils leur ayant été accordé, ils lui imposèrent le nom du Saint. Dès l’âge le plus tendre, l’enfant donna l’exemple de vertus nombreuses, et surtout d’abstinence, car à peine âgé de sept ans, à l’imitation du bienheureux Nicolas lui-même, il commença à jeûner plusieurs fois la semaine, coutume qu’il conserva dans la suite, en se contentant de pain et d’eau.
Cinquième leçon. N’étant encore qu’adolescent, il s’enrôla dans la milice ecclésiastique et fut pourvu d’un canonicat. Un jour qu’il assistait au sermon qu’un prédicateur de l’Ordre des Ermites de saint Augustin faisait sur le mépris du monde, il en fut touché, et sur-le-champ il entra dans cet Ordre. Il y observa les préceptes de la vie religieuse dans leur plus rigoureuse exactitude, portant des habits grossiers, domptant son corps par des disciplines et des chaînes de fer, s’abstenant de viande et presque de toute nourriture, pratiquant dans un degré éminent la charité, l’humilité, la pénitence et toutes les vertus.
Sixième leçon. Bien que Satan le fatiguât de ses ruses jusqu’à le frapper, l’assiduité de son application à la prière ne connut pas de défaillance. Toutes les nuits, durant les six derniers mois de son existence, il entendit des concerts angéliques dont la suavité lui faisait pressentir les joies du paradis et l’amenait à répéter fréquemment ces paroles de l’Apôtre : « Il me tarde de mourir pour être réuni au Christ. » Il prédit à ses frères le jour de sa mort, qui fut le quatre des ides de septembre. Des miracles nombreux, même après sa mort, rendirent son nom illustre. Ces miracles ayant été judiciairement et régulièrement constatés, le Pape Eugène IV le plaça au nombre des Saints.
Cessons d'être naïfs, cessons de nous aveugler
Selon le Sunday Express citant une source de l'Etat islamique (article en v.o.) :
"Les combattants s'intègrent aux flux de réfugiés dans les ports turcs d'Izmir et de Mersin pour arriver en Italie via la mer Méditerranée. Ensuite, ils se dirigent vers d'autres pays européens notamment la Suède et l'Allemagne.
Deux passeurs ont confirmé cette information. L'un d'eux a confié avoir aidé une dizaine de terroristes à pénétrer en Europe. Certains prétendaient vouloir rendre visite à leurs familles, d'autres voulaient juste y aller pour "se tenir prêt".
L'envoi de combattants est le début d'une action de représailles pour les frappes aériennes de la coalition internationale en Irak et en Syrie dirigée par les Etats-Unis, selon la source du Sunday Express au sein de l'EI.
"Nous voulons établir le califat non seulement en Syrie mais aussi dans le monde entier", a-t-elle souligné."
Les questions que l'on ne posent pas : qui est responsable du chaos en Irak, qui est responsable du chaos en Libye, en Syrie, qui est responsable des printemps arabes qui exterminent directement ou indirectement les chrétiens d'Orient et qui nous submerge de migrants caviardés de djihadistes ?
Pour Laszlo Kiss-Rigó, un évêque du sud de la Hongrie, le pape François ne sait pas de quoi il parle. L’afflux de réfugiés n’est pas une crise humanitaire, mais “une invasion”, explique-t-il.
Le pape François se trompe. L’évêque hongrois Laszlo Kiss-Rigó s’insurge dans les colonnes du Washington Post contre l’appel lancé par le souverain pontife dimanche, dans lequel il enjoint à chaque paroisse catholique d’Europe d’accueillir une famille de réfugiés.
“Ce ne sont pas des réfugiés. C’est une invasion”, assène ce responsable catholique de Szeged, dans le sud de la Hongrie, une région où ont transité ces dernières semaines des dizaines de milliers de migrants. “Ils viennent ici en criant ‘Allah Akbar’. Ils veulent nous envahir”, prévient-il.
Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie mémoire de saint Adrien martyr
Lecture
Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant de faire quoi que ce soit, dès le principe. J’ai été établie dès l’éternité, et dès les temps anciens, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue ; les sources des eaux n’avaient pas encore jailli ; les montagnes ne s’étaient pas encore dressées avec leur pesante masse ; j’étais enfantée avant les collines. Il n’avait pas encore fait la terre, ni les fleuves, ni les bases du globe terrestre. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais là ; lorsqu’il environnait les abîmes de leurs bornes, par une loi inviolable ; lorsqu’il affermissait l’air dans les régions supérieures, et qu’il équilibrait les sources des eaux ; lorsqu’il entourait la mer de ses limites, et qu’il imposait une loi aux eaux, pour qu’elles ne franchissent point leurs bornes, lorsqu’il posait les fondements de la terre, j’étais avec lui, réglant toutes choses, et j’étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant sur le globe de la terre, et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies. Ecoutez mes instructions et soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux l’homme qui m’écoute, et qui veille tous les jours à ma porte, et qui se tient à la porte de ma maison. Celui qui me trouvera, trouvera la vie, et puisera le salut dans le Seigneur.
Bréviaire
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de S. Augustin, Evêque.
Quatrième leçon. Nous voici, mes très chers frères, au jour désiré, le jour de la bienheureuse et vénérable Marie, toujours vierge. Que notre terre, illustrée par la naissance d’une telle Vierge, se livre donc aux plus joyeux transports. Car elle est cette fleur des champs, d’où est sorti le précieux lis des vallées ; et c’est par son enfantement que le sort de nos premiers parents a été changé, et leur faute effacée. La sentence de malédiction prononcée contre Eve : « C’est dans la douleur que tu mettras au monde tes enfants, » Marie ne l’a point subie, puisque c’est dans la joie qu’elle a enfanté le Seigneur.
Cinquième leçon. Eve a gémi, Marie a tressailli d’allégresse ; Eve a porté dans son sein un fruit de larmes, et Marie un fruit de joie, attendu que l’une a enfanté un pécheur, et l’autre l’Innocent. La mère du genre humain a introduit le châtiment dans le monde, la Mère de notre Seigneur a apporté le salut. Eve a été la source du péché, et Marie, la source du mérite. Eve nous a été funeste, elle nous a donné la mort ; Marie nous a fait du bien, elle nous a rendu la vie. Celle-là nous a blessés, celle-ci nous a guéris. La désobéissance a été remplacée par l’obéissance, et l’incrédulité par la foi.
Sixième leçon. Que Marie touche maintenant les instruments d’harmonie, et que les doigts agiles de la Vierge-Mère frappent les tambourins sonores. Que nos chœurs joyeux lui répondent, et que le doux concert de nos voix alterne avec ses mélodieux cantiques. Écoutez donc ce que chanta notre musicienne inspirée : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur ; parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante ; et voici que toutes les générations me diront bienheureuse ; car celui qui est puissant m’a fait de grandes choses. » Ainsi donc le prodige d’un enfantement tout nouveau a remédié à une faute qui nous avait perdus, et le chant de Marie a mis fin aux lamentations d’Eve.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Septième leçon. Nous lisons dans Isaïe : « Qui racontera sa génération ? » De ce que saint Matthieu, au début même de son Évangile, entreprend de raconter ce qui est ineffable, au dire d’Isaïe, ne pensons pas pour cela que l’Évangéliste contredit le Prophète ; car Isaïe parle de la génération divine, et saint Matthieu de l’incarnation. Or celui-ci commence par ce qui regarde la chair, afin que, par l’homme, nous commencions à connaître Dieu. « Fils de David, fils d’Abraham. » L’ordre est interverti, mais ce renversement est nécessaire. Car si l’Évangéliste avait nommé d’abord Abraham et en second lieu David, il aurait dû revenir à Abraham, pour enchaîner la suite de la généalogie.
Huitième leçon. Or il a donné Jésus-Christ comme fils de ces deux Patriarches, sans mentionner les autres, parce que le Christ avait été particulièrement promis à ces deux-là ; promis à Abraham en ces termes : « Toutes les nations seront bénies en ta postérité, » c’est-à-dire dans le Christ ; promis à David par ces paroles : « Je mettrai un fils du fruit de tes entrailles sur ton trône. » « De Thamar, Juda engendra Phares et Zara. » Il faut noter que, dans la généalogie du Sauveur, on ne nomme aucune des saintes femmes, mais seulement celles que l’Écriture juge répréhensibles : c’est afin de montrer que celui qui venait pour les pécheurs, en naissant des pécheurs, devait effacer les péchés de tous. Et c’est pour cela que Ruth la Moabite, et Bethsabée, femme d’Urie, sont nommées aux versets qui suivent.
Neuvième leçon. « Jacob engendra Joseph » A cette occasion, l’empereur Julien nous a objecté une dissonance dans les évangélistes, en ce que Matthieu appelle Joseph fils de Jacob, tandis que Luc le dit fils d’Héli. Il ne comprenait pas que d’après la coutume des Écritures, l’un était père selon la nature, et l’autre selon la loi. Nous savons, en effet, que, selon l’ordre de Dieu, il a été prescrit par Moïse, que lorsqu’un frère ou un parent mourait sans enfants, un autre prenait son épouse pour donner des descendants à son frère ou à son parent. « Joseph époux de Marie ». En entendant le mot de mari, écartez toute idée de noces, mais rappelez-vous que c’est l’habitude des Écritures d’appeler les fiancés mari et épouse.
FRAGMENT D'UN DISCOURS SUR LA VIE CHRÉTIENNE
Je tirerai mon raisonnement de deux excellents discours de saint Augustin : le premier c'est le Traité XIX sur saint Jean; le second c'est le Sermon XVIII des paroles de l'Apôtre. Ce grand homme, aux lieux allégués, distingue en l’âme deux sortes de vie : l'une est celle qu'elle communique au corps; l'autre est celle dont elle vit elle-même. Comme l’âme est la vie du corps, ce saint évêque enseigne que Dieu est sa vie. Pénétrons, s'il vous plaît, sa pensée. L’âme ne pourrait donner la vie à nos corps, si elle n'avait ces trois qualités. Il faut premièrement qu'elle soit plus noble, car il est plus noble de donner que de recevoir ; il faut en second lieu qu'elle lui soit unie, car notre vie ne peut point être hors de nous; il faut enfin qu'elle lui communique des opérations que le corps ne puisse exercer sans elle, car la vie consiste principalement dans l'action. Ces trois choses paraissent clairement en nous : ce corps mortel dans lequel nous vivons, si vous le séparez de son âme, qu'est-ce autre chose qu'un tronc inutile et qu'une masse de boue ? Mais sitôt que l’âme lui est conjointe, il se remue, il voit, il entend, il est capable de toutes les fonctions de la vie. Si je vous fais voir maintenant que Dieu fait à l'égard de l’âme la même chose (pie ce que l’âme fait à l'égard du corps, vous avouerez sans doute que, tout ainsi que l’âme est la vie du corps, ainsi Dieu est la vie de l’âme; et la proposition de saint Augustin sera véritable. Voyons ce qui en est, et prouvons tout solidement par les Écritures. Et premièrement, que Dieu soit plus noble et plus éminent que nos âmes, ce serait perdre le temps de vous le prouver. Pour ce qui regarde l'union de Dieu avec nos esprits, il n'y a non plus de lieu d'en douter, après que l'Écriture a dit tant de fois que « Dieu viendrait en nous, qu'il ferait sa demeure chez nous (Jn. XIV, 23), que nous serions son peuple et qu'il demeurerait en nous (Lv. XXVI, 12); » et ailleurs, que « qui adhère à Dieu est un même esprit avec lui (I Cor. VI, 17); » et enfin, que « la charité a été répandue en nos cœurs par le Saint-Esprit qu'on nous a donné (Rm. V, 3). » Tous ces témoignages sont clairs, et n'ont pas besoin d'explication.
L'union de Dieu avec nos âmes étant établie, il reste donc maintenant à considérer si l’âme par cette union avec Dieu est élevée à quelque action de vie, dont sa nature ne soit pas capable par elle-même. Mais nous n'y trouverons point de difficultés, si nous avons bien retenu les choses qui ont déjà été accordées. Suivez, s'il vous plaît, mon raisonnement; vous verrez qu'il relève merveilleusement la dignité de la vie chrétienne. Il n'y a rien qui ne devienne plus parfait en s'unissant à un être plus noble : par exemple, les corps les plus bruts reçoivent tout à coup un certain éclat, quand la lumière du soleil s'y attache. Par conséquent il ne se peut faire que l’âme s'unissant à ce premier Être très-parfait, très-excellent et très-bon, elle n'en devienne meilleure. Et d'autant que les causes agissent selon la perfection de leur être, qui ne voit que l’âme étant meilleure elle agira mieux? Car dans cet état d'union avec Dieu, que nous avons montré par les Écritures, sa vertu est fortifiée par la toute-puissante vertu de Dieu qui s'unit à elle, de sorte qu'elle participe en quelque façon aux actions divines. Cela est peut-être un peu relevé; mais tâchons de le rendre sensible par un exemple.
Considérez les cordes d'un instrument : d'elles-mêmes elles sont muettes et immobiles. Sont-elles touchées d'une main savante, elles reçoivent en elles la mesure et la cadence, et même elles la portent aux autres. Cette mesure et cette cadence, elles sont originairement dans l'esprit du maître; mais il les fait en quelque sorte passer dans les cordes , lorsque les touchant avec art, il les fait participer à son action. Ainsi l’âme, si j'ose parler de la sorte, s'élevant à cette justice, à cette sagesse, à cette infinie sainteté qui n'est autre chose que Dieu, touchée pour ainsi dire par l'Esprit de Dieu, elle devient juste, elle devient sage, elle devient sainte ; et participant selon sa portée aux actions divines, elle agit saintement comme Dieu lui-même agit saintement. Elle croit en Dieu, elle aime Dieu, elle espère en Dieu, et lorsqu'elle croit en Dieu, qu'elle aime Dieu, qu'elle espère en Dieu, c'est Dieu qui fait en elle cette toi, cette espérance et ce saint amour. C'est pourquoi l'Apôtre nous dit que « Dieu fait en nous le vouloir et le faire (Ph. II, 13); » c'est-à-dire si nous le savons bien comprendre, que nous ne faisons le bien que par l'action qu'il nous donne ; nous ne voulons le bien que par la volonté qu'il opère en nous. Donc toutes les actions chrétiennes sont des actions divines et surnaturelles auxquelles l’âme ne pourrait parvenir ; n'était que Dieu s'unissant à elle, les lui communique par le Saint-Esprit qui est répandu dans nos cœurs. De plus, ces actions que Dieu fait en nous, ce sont aussi actions de vie, et même de vie éternelle. Par conséquent on ne peut nier que Dieu s'unissant à nos âmes, mouvant ainsi nos âmes, ne soit véritablement la vie de nos âmes. Et c'est là, si nous l'entendons, la nouveauté de vie dont parle l'Apôtre (Rm. VI, 4).
Passons outre maintenant, et disons : Si Dieu est notre vie, parce qu'il agit en nous, parce qu'il nous fait vivre divinement en nous rendant participons des actions divines : il est absolument nécessaire qu'il détruise en nous le péché, qui non seulement nous éloigne de Dieu, mais encore nous fait vivre comme des bêtes, hors de la conduite de la raison. Et ainsi, chrétiens, élevons nos cœurs; et puisque dans cette bienheureuse nouveauté de vie nous devons vivre et agir selon Dieu, rejetons loin de nous le péché qui nous fait vivre comme des bêtes brutes, et aimons la justice de la vertu, par laquelle nous sommes participants, comme dit l'apôtre saint Pierre (II P. I, 4), de la nature divine. C'est à quoi nous exhorte saint Paul, quand il dit : « Si nous vivons de l'esprit, marchons en esprit : » Si spiritu vivimus, spiritu et ambulemus (Ga. V, 25) ; c'est-à-dire si nous vivons d'une vie divine, faisons des actions dignes d'une vie divine. Si l'Esprit de Dieu nous anime, laissons la chair et ses convoitises, et vivons comme animés de l'Esprit de Dieu, faisons des œuvres convenables à l'Esprit de Dieu; et comme Jésus Christ est ressuscité par la gloire du Père, ainsi marchons en nouveauté de vie.
Regardons avec l'apôtre saint Paul (He. XII, 2) Jésus ressuscité, qui est la source de notre vie. Quel était le Sauveur Jésus pendant le cours de sa vie mortelle ? Il était chargé des péchés du monde, il s'était mis volontairement en la place de tous les pécheurs, pour lesquels il s'était constitué caution, et dont il était convenu de subir les peines. C'est pour cela que sa chair a été infirme; pour cela il a langui sur la croix parmi des douleurs incroyables; pour cela il est cruellement mort avec la perte de tout son sang. Dieu éternel, qu'il est changé maintenant ! « Il est mort au péché , » dit l'Apôtre (Rm. VI, 10), c'est-à-dire qu'il a dépouillé toutes les faiblesses qui avaient environné sa personne en qualité de caution des pécheurs. « Il est mort au péché et il vit à Dieu, » parce qu'il a commencé une vie nouvelle qui n'a plus rien de l'infirmité de la chair, mais en laquelle reluit la gloire de Dieu : Quod autem vivit, vivit Deo. « Ainsi estimez, continue l'Apôtre, vous qui êtes ressuscites avec Jésus-Christ, estimez que vous êtes morts au péché, et vivants à Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ (Ibid., 11) : et comme Jésus-Christ est ressuscité par la gloire du Père, marchons aussi dans une vie nouvelle (Ibid., 4). » C'est à quoi nous oblige la résurrection de notre Sauveur, et la doctrine du saint Evangile : et ce que la doctrine évangélique nous prêche, cela même est confirmé en nous par le saint baptême.
De là était née cette belle cérémonie que l'on observait dans l'ancienne Eglise au baptême des chrétiens. On les plongeait entièrement dans les eaux, en invoquant sur eux le saint nom de Dieu. Les spectateurs (a) qui voyaient les nouveaux baptisés se noyer pour ainsi dire et se perdre dans les ondes de ce bain salutaire, puis revenir aussitôt lavés de cette fontaine très pure, se les représentaient en un moment tout changés par la vertu occulte du Saint-Esprit, dont ces eaux étaient animées ; comme si sortant de ce monde en même temps qu'ils disparaissaient à leur vue, ils fussent allés mourir avec le Sauveur pour ressusciter avec lui selon la vie nouvelle du christianisme. Telle était la cérémonie du baptême à laquelle l'Apôtre regarde, lorsqu'il dit dans le texte que nous traitons que nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ pour mourir avec lui dans le saint baptême, afin que comme Jésus-Christ est ressuscité par la gloire du l'ère, ainsi nous marchions en nouveauté de vie. Il regardait à cette cérémonie du baptême, qui se pratiquait sans doute du temps des apôtres : or encore que le temps ait changé, que la cérémonie ne soit plus la même, la vertu du baptême n'est point altérée, à cause qu'elle ne consiste pas tant dans cet élément corruptible que dans la parole de Jésus-Christ, et dans l'invocation de La Trinité, et dans la communication de l'Esprit de Dieu, qui sont choses sur lesquelles le temps ne peut rien.
En effet, tout autant que nous sommes de baptisés, nous sommes tous consacrés dans le saint baptême à la Trinité très-auguste par la mort du péché et par la résurrection à la vie nouvelle. C'est pourquoi nos péchés y sont abolis et la nouveauté de vie y est commencée : et de là vient que nous appelons le baptême le sacrement de régénération et de renouvellement de l'homme par le Saint-Esprit. D'où je conclus que le dessein de Dieu est de détruire en nous le péché, puisqu'il veut que la vie chrétienne commence par l'abolition de nos crimes, et ainsi il nous rend la justice que la prévarication du premier père nous avait ôtée. Grâces à votre bonté, ô grand Dieu, qui faites un si grand présent à vos serviteurs par Jésus-Christ le Juste, qui se chargeant de nos péchés à la croix, par un divin échange nous a communiqué sa justice.
Mais ici peut-être vous m'objecterez que le péché n'est point détruit, même dans les justes, puisque la foi catholique professe qu'il n'y a aucun homme vivant qui ne soit pécheur. Pour résoudre cette difficulté, et connaître clairement quelle est la justice que le Saint-Esprit nous rend en ce monde, l'ordre de mon raisonnement m'oblige d'entrer en ma seconde partie , et de vous faire voir le combat du fidèle contre la chair et ses convoitises. Je joindrai donc cette seconde partie avec ce qui me reste à dire de la première, dans une même suite de discours. Je tâcherai pourtant de ne rien confondre ; mais j'ai besoin que vous renouveliez vos attentions.
La seconde partie de la vie chrétienne, c'est de combattre la concupiscence, pour détruire en nous le péché. Or quand je parle ici de concupiscence, n'entendez par ce mot aucune passion particulière, mais plutôt toutes les passions assemblées, que l'Écriture a accoutumé d'appeler d'un nom général la concupiscence et la chair. Mais définissons en un mot la concupiscence, et disons avec le grand Augustin : La concupiscence, c'est un attrait qui nous fait incliner à la créature au préjudice du Créateur, qui nous pousse aux choses sensibles au préjudice des biens éternels.
Qu'est-il nécessaire de vous dire combien cet attrait est puissant en nous? Chacun sait qu'il est né avec nous, et qu'il nous est passé en nature. Voyez avant le christianisme comme le vrai Dieu était méprisé par toute la terre : voyez depuis le christianisme combien peu de personnes goûtent comme il faut les vérités célestes de l'Evangile; et vous verrez que les choses divines nous touchent bien peu. Qui fait cela, fidèles, si ce n'est que nous aimons les créatures désordonnément ? C'est pourquoi l'apôtre saint Paul dit : « La chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair (Ga. V, 17). » Et ailleurs : « Je me plais en la loi selon l'homme intérieur; mais je sens en moi-même une loi qui résiste à la loi de l'esprit (Rm. VII, 22-23) » voilà le combat. Que si l'Apôtre même ressent cette guerre, qui ne voit que cette opiniâtre contrariété de la convoitise répugnante au bien, se rencontre même dans les plus justes?
Dieu éternel, d'où vient ce désordre? Pourquoi cet attrait du mal, même dans les saints? Car enfin ils se plaignent tous généralement que dans le dessein qu'ils ont de s'unir à Dieu, ils sentent une résistance continuelle. Grand Dieu, je connais vos desseins : vous voulez que nous expérimentions en nous-mêmes une répugnance éternelle à ce que votre loi si juste et si sainte désire de nous, afin que nous sachions distinguer ce que nous faisons par nous-mêmes d'avec ce que vous faites en nous par votre Esprit-Saint; et que par l'épreuve de notre impuissance nous apprenions à attribuer la victoire, non point à nos propres forces, mais à votre bras et à l'honneur de votre assistance. Et ainsi vous nous laissez nos faiblesses, afin de faire triompher votre grâce dans l'infirmité de notre nature. Par où vous voyez, chrétiens, que la concupiscence combat dans les justes, mais que la grâce divine surmonte. C'est la grâce qui oppose à l'attrait du mal la chaste délectation des biens éternels ; c'est-à-dire la charité qui nous fait observer la loi, non point par la crainte de la peine, mais par l'amour de la véritable justice : et cette charité est répandue en nos cœurs, non par le libre arbitre qui est né avec nous, mais par le Saint-Esprit qui nous est donné (Rm. V, 5).
La charité donc et la convoitise se font la guerre sans aucune trêve : à mesure que l'une croît, l'autre diminue. Il en est comme d'une balance : autant que vous ôtez à la charité, autant vous ajoutez de poids à la convoitise. Quand la charité surmonte, nous sommes libres de cette liberté dont parle l'Apôtre (Ga. IV, 31), par laquelle Jésus-Christ nous a affranchis. Nous sommes libres, dis-je, parce que nous agissons par la charité, c'est-à-dire par une affection libérale. Mais notre liberté n'est point achevée, parce que le règne de la charité n'est pas accompli. La liberté sera entière, quand la paix sera assurée, c'est-à-dire au ciel. Cependant nous gémissons ici-bas, parce que la paix de la charité que nous y avons étant toujours mêlée avec la guerre de la convoitise, elle n'est pas tant le calme de nos troubles que la consolation de notre misère : et en voici une belle raison de saint Augustin.
La liberté n'est point parfaite, dit-il, et la paix n'est pas assurée, parce que la convoitise qui nous résiste ne peut être combattue sans péril : elle ne peut être aussi bridée sans contrainte, ni par conséquent modérée sans inquiétude : Illa quœ resistunt, pericidoso debellantur praelio; et illa quœ victa sunt, nondùm securo triumphantur otio, sed adhuc sollicito premuntur imperio (De Civit. Dei, lib. XIX. cap. XXVII). Et delà vient que notre justice ici-bas, je parle encore avec le grand Augustin, de là vient que « notre justice consiste plus en la rémission des péchés qu'en la perfection des vertus : » Magis remissione peccatorum constat, quàm perfectione virtutum (Ibid.). Certes, je sais que ceux qui sont humbles goûteront cette doctrine toute évangélique, qui est la base de l'humilité chrétienne.
Mais si la vie des justes est accompagnée de péchés, comment est-ce que ma proposition sera véritable, que Dieu détruit le péché dans les justes, même en cette vie ? C'est, s'il vous en souvient, ce que j'avais laissé à résoudre : maintenant je vous dirai en un mot : J'avoue que les plus grands saints sont pécheurs; et s'ils ne le reconnaissent humblement, ils ne sont pas saints. Il sont pécheurs, mais ils ne servent plus au péché : ils ne sont pas entièrement exempts de péché, mais ils sont délivrés de sa servitude. Il y a quelques restes de péché en eux ; mais le péché n'y règne plus, comme dit l'Apôtre (Rm. VI. 12) : « Que le péché ne règne plus en vos corps mortels » et ainsi le péché n'y est pas éteint tout à fait ; mais le règne du péché y est abattu par le règne de la justice, selon cette parole de l'Apôtre (Ibid., 18) : « Etant libres du péché, vous êtes faits soumis à la justice. »
Comment est-ce que le règne du péché est abattu dans les justes? Ecoutez l'apôtre saint Paul : « Que le péché ne règne plus en vos corps mortels, pour obéir à ses convoitises. » Vous voyez par là que le péché règne où les convoitises sont obéies. Les uns leur lâchent la bride ; et se laissant emporter à leur brutale impétuosité , ils tombent dans ces péchés qu'on nomme mortels, desquels l'Apôtre a dit que « qui fait ces choses il ne possédera point le royaume de Dieu (I Cor. VI, 9-10). » Les justes au contraire, bien loin d'obéir à leurs convoitises, ils leur résistent, ils leur font la guerre; ainsi que je disais tout à l'heure. Et bien que la victoire leur demeure par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, toutefois dans un conflit si long, si opiniâtre, où les combattons sont aux mains de si près : en frappant ils sont frappés quelquefois : Percutimus et percutimur, dit saint Augustin (Serm. CCCLI, n. 6.) : et le victorieux ne sort point d'une mêlée si âpre et si rude sans quelques blessures, c'est ce que nous appelons péchés véniels. Parce que la justice est victorieuse, elle mérite le nom de véritable justice : parce qu'elle reçoit quelque atteinte qui diminue de beaucoup son éclat, elle n'est point justice parfaite. C'est autre chose d'avoir le bien accompli, autre chose de ne se plaire point dans le mal. « Notre vue peut se déplaire dans les ténèbres, encore qu'elle ne puisse pas s'arrêter dans cette vive source de la lumière : » Potest oculus nullis tenebris delectari, quamvis non possit in fulgentissimà luce defigi (S. August., de Spirit. et litt., n. 65).
Si l'homme juste, résistant à la convoitise, tombe quelquefois dans le mal, du moins il a cet avantage qu'il ne s'y plaît pas ; au contraire il déplore sa servitude, il soupire ardemment après cette bienheureuse liberté du ciel ; il dit avec l'apôtre saint Paul (Rm. VI, 24) : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort? » S'il tombe, il se relève aussitôt : s'il a quelques péchés, il a aussi la charité qui les couvre : « La charité, dit l'apôtre saint Pierre, couvre la multitude des péchés (P. IV, 8). »
Bien plus, ce grand Dieu tout-puissant fait éclater la lumière même du sein des plus épaisses ténèbres, il fait servir à la justice le péché même. Admirable économie de la grâce ! oui les péchés mêmes, je l'oserai dire, dans lesquels la fragilité humaine fait tomber le juste, si d'un côté ils diminuent la justice, ils l'augmentent et l'accroissent de l'autre. Et comment cela ? C'est qu'ils enflamment les saints désirs de l'homme fidèle; c'est qu'en lui faisant connaître sa servitude, ils font qu'il désire bien plus ardemment les bienheureux embrassements de son Dieu, dans lesquels il trouvera la vraie liberté ; c'est qu'ils lui font confesser sa propre faiblesse et le besoin qu'il a de la grâce, dans un état d'un profond anéantissement. Et d'autant que le plus juste c'est le plus humble, le péché même en quelque sorte accroît la justice, parce qu'il nous fonde de plus en plus dans l'humilité.
Vivons ainsi, fidèles, vivons ainsi; faisons que notre faiblesse augmente l'honneur de notre victoire par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aimons cette justice divine qui fait que le péché même nous tourne à bien : quand nous voyons croître nos iniquités, songeons à nous enrichir par les bonnes œuvres, afin de réparer notre perte. Le fidèle qui vit de la sorte, expiant ses péchés par les aumônes, se purifiant toute sa vie par la pénitence, par le sacrifice d'un cœur contrit, par les œuvres de miséricorde, il ne détruit pas seulement le règne du péché, comme je disais tout à l'heure ; je passe maintenant plus outre, et je dis qu'il détruit entièrement le péché, parce que, dit saint Augustin, « comme notre vie n'est pas sans péché, aussi les remèdes pour les purger ne nous manquent pas : » Sicut peccata non defuerunt, ita etiam remedia, quibus purgarentur, affuerunt (Ad Hilar., ep. CLVII, n. 3).
Enfin celui qui vit de la sorte, détestant les péchés mortels, faisant toute sa vie pénitence pour les véniels à la manière que je viens de dire avec l'incomparable saint Augustin, il méritera, dit le même Père. Que nos nouveaux réformateurs entendent ce mot : c'est dans cette belle Epître à Hilaire, où ce grand personnage combat l'orgueilleuse hérésie de Pelage, ennemi de la grâce de Jésus-Christ. Cet humble défenseur de la grâce chrétienne se sert en ce lieu du mot de mérite : était-ce pour enfler le libre arbitre? N'était-ce pas plutôt pour relever la dignité de la grâce et des saints mouvements que Dieu fait en nous? Quelle est donc votre vanité et votre injustice, ô très charitables réformateurs, de prêcher que nous ruinons la grâce de Dieu, parce que nous nous servons du mot de mérite, si ce n'est peut-être que vous vouliez dire que saint Augustin a détruit la grâce et que Calvin seul l'a bien établie? Pardonnez-moi cette digression; je reviens à mon passage de saint Augustin. Un homme passant sa vie dans l'esprit de mortification et de pénitence, « encore qu'il ne vive pas sans péché, il méritera, dit saint Augustin, de sortir de ce monde sans aucun péché : » Merebitur hinc exire sine peccato, quamvis, cùm hic vivent, habitent nonnulla peccata; et ainsi le péché est détruit en nous, à cause du mérite de la vraie foi qui opère par la charité.
Il est donc vrai, fidèles, ce que j'ai dit, que même dans cet exil Dieu détruit le péché par sa grâce ; il est vrai qu'il y surmonte la concupiscence : et ainsi, par la miséricorde de Dieu, je me suis déjà acquitté envers vous des deux premières parties de ma dette. Faites votre profit de cette doctrine; elle est haute, mais nécessaire. Je sais que les humbles l'entendent; peut-être ne plaira-t-elle pas aux superbes. Les lâches sans doute seront fâchés qu'on leur parle toujours de combattre. Mais pour vous, ô vrais chrétiens, travaillez sans aucun relâche, puisque vous avez un ennemi en vous-mêmes avec lequel si vous faites la paix en ce monde, vous ne sauriez avoir la paix avec Dieu. Voyez combien il est nécessaire de veiller toujours, de prier toujours, de peur de tomber en tentation. Que si cette guerre continuelle vous semble fâcheuse, consolez-vous par l'espérance fidèle de la glorieuse résurrection, qui se commence déjà en nos corps. C'est la troisième opération que le Saint-Esprit exerce dans l'homme fidèle durant le pèlerinage de cette vie; et c'est aussi par où je m'en vais conclure. Bossuet FRAGMENT D'UN DISCOURS SUR LA VIE CHRÉTIENNE
XV Dimanche après la Pentecôte
Collecte
Seigneur, purifiez et fortifiez votre Église par le continuel effet de votre miséricorde ; et puisqu’elle ne peut subsister sans vous, conduisez-la toujours au moyen de votre grâce.
Epître
Mes frères, si nous vivons par l’esprit, marchons aussi selon l’esprit. Ne devenons pas avides d’une vaine gloire, nous provoquant les uns les autres, et nous portant mutuellement envie. Mes frères, si un homme est tombé par surprise dans quelque faute, vous qui êtes spirituels, relevez-le avec un esprit de douceur ; prenant garde à toi-même, de peur que, toi aussi, tu ne sois tenté. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. Car si quelqu’un s’imagine être quelque chose, alors qu’il n’est rien, il se séduit lui-même. Mais que chacun examine son œuvre, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport aux autres. Car chacun portera son propre fardeau. Que celui à qui on enseigne la parole de Dieu, fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne. Ne vous y trompez point : on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l’homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème dans sa chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème dans l’esprit moissonnera de l’esprit la vie éternelle. Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, le moment venu, nous moissonnerons, si nous ne nous lassons pas. C’est pourquoi, pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux qui sont de la famille de la foi.
Evangile
En ce temps-là, Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, ainsi qu’une foule nombreuse. Et comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; et il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. Lorsque le Seigneur l’eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit : Ne pleure point. Puis il s’approcha, et toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s’arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. Et le mort se mit sur son séant, et commença à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.
Bréviaire
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. Une mère, veuve, fut dans la joie lors de la résurrection de ce jeune homme. Une mère, l’Église, est dans la joie chaque jour lors de la résurrection spirituelle des hommes. Celui-là était mort dans son corps mais ceux-ci, dans leur âme. La mort visible était pleurée par des larmes visibles. Quant à la mort invisible, nul n’en prenait souci, nul ne l’apercevait, Celui-là qui connaissait les morts prit souci d’eux. Celui-là seul connaissait les morts qui pouvait les rendre à la vie. S’il n’était pas venu pour ressusciter les morts, l’Apôtre ne dirait pas : « Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi luira le Christ »
Huitième leçon. Trois morts furent, à notre connaissance, ressuscités visiblement par le Seigneur. Des milliers, invisiblement. Combien de morts a-t-il, en fait, ressuscités visiblement ? Qui le sait ? Tout ce qu’il a fait ne fut pas écrit. Voici ce que dit Jean : « Jésus a accompli encore bien d’autres actions. Si on les relatait, le monde entier ne suffirait pas, je pense, à en contenir les livres » (Jn 21, 25). On peut en conclure que beaucoup d’autres, sans doute, furent ressuscités, mais ce n’est pas en vain qu’il est fait mention de trois. Notre Seigneur Jésus-Christ voulait que ses actions corporelles soient comprises aussi dans un sens spirituel. Il ne faisait pas seulement des miracles pour les miracles, mais afin que ceux qu’ils faisaient soient tout à la fois merveilles pour les regards et vérités pour l’intelligence.
Neuvième leçon. A titre de comparaison : celui qui voit des lettres dans un livre très bien écrit, et qui ne sait point lire, loue la main du copiste, admire la beauté des caractères mais il ne sait ce que veulent dire, ce que signifient ces caractères. Par ses regards, il est louangeur, par son esprit, il n’est pas connaisseur. Un autre, tout au contraire, louera l’écriture et saisira le sens de l’écrit. Tel est celui qui non seulement est capable de voir – cela tous le peuvent – mais aussi de lire – et cela, celui qui ne l’a pas appris, ne le peut. Ainsi ceux qui les ont vu et n’ont pas compris ce que les miracles du Christ leur voulaient dire, et les signes qu’ils faisaient en quelque sorte si on les comprend, ceux-là ont admiré seulement les actions, mais d’autres ont aussi admiré les actions et ils en ont obtenu l’intelligence. Tels devons-nous être à l’école du Christ.
CERTAINS PRÉFÈRENT LES APPARENCES
Depuis Paul VI il n’y a plus une Église mais deux. Obéissez à l’Église, obéissez à Rome, nous crient les hiérarques et les silencieux[1].
Ils peuvent s’époumoner à se rendre malades, ils ont bien fini de nous impressionner car nous savons désormais qu’il y a deux Romes comme il y a deux Églises. Obéir à Rome, obéir à l’Église nous ne voulons que cela ; nous sommes sûrs de ne pas faire autre chose. Mais justement, Rome, la seule Rome, la Rome qui est encore dans Rome, c’est celle des deux cent soixante-deux pontifes et qui ne se contredivisent pas à la Rome d’avant Paul VI et d’avant « le » concile. L’Église, l’unique Église est celle qui n’oppose pas une Messe moderne à celle de quinze siècles de Messes ; qui ne substitue pas hypocritement le catéchisme batave au catéchisme de Trente ; qui transmet l’Écriture Sainte intégrale au lieu de la trafiquer ; qui garde ce qui demeure encore intact de vie religieuse contemplative ou active au lieu de le déliter et de le dissoudre au nom de l’obéissance. Nous obéissons à l’Église une, celle qui domine le monde moderne et la prétendue civilisation technique. Nous n’obéissons pas à une église moderniste, une église apparente qui est irrémédiablement engagée dans l’engrenage d’un monde qu’elle a prétendu épouser. Cette pseudo-église peut bien s’acharner à réduire en esclavage l’unique Église, nous ne sommes pas dupes. Nous ne sommes pas de la Rome qui n’est plus dans Rome ; nous ne sommes pas de l’église apparente et polyvalente. Nous sommes de l’Église de toujours, de la Rome de toujours. Telle est l’âme de notre résistance. (Itinéraires 190, « Réclamation au Saint-Père », p. 9-10.)
Il nous faut avoir le courage de voir ce qui est : par un processus insensible une église apparente est en train de se substituer à l’Église véritable. Nous savons qu’elle ne réussira pas ; mais enfin la confusion et la corruption peuvent aller très loin et jusqu’à, séduire, s’il se pouvait, les élus eux-mêmes. C’est surtout, me semble-t-il, par l’extension de l’église apparente que se réalise la montée de l’apostasie. (Itinéraires 106, « Théologie de l’histoire », Annexe VII : Pseudo-Eglise, p. 179.)
Comment en sommes-nous descendus à ce point et avec cette rapidité ? Ce serait, me semble-t-il, une explication insuffisante de tenir compte, uniquement, des théologiens hétérodoxes ou même du savoir-faire et de l’audace des novateurs forcenés. Il a fallu, en même temps, l’action ininterrompue de ces organismes occultes qui sont experts dans l’art redoutable d’orchestrer les mots d’ordre ambigus (sinon franchement hérétiques), qui les imposent peu à peu à des laïcs ou à des ecclésiastiques, qui font peser sans en avoir l’air une pression écrasante sur les autorités officielles. – Ainsi, prenons garde de ne pas oublier les Franc-Maçonneries de toute espèce et leur fonctionnement méthodique lorsque nous cherchons une explication suffisante de cette nouveauté apocalyptique des temps actuels : une Église apparente qui s’infiltre dans la véritable Église et tente de la supplanter. Nous parlons d’infiltration. Il s’agit en effet, de nos jours, d’une pénétration peu visible à un regard superficiel, peu apparente, insidieuse, plutôt que d’une persécution ouverte. A la suite des suggestions de Roca et de Saint-Yves d’Alveydre, les Franc-Maçonneries se préoccupent moins de combattre l’Église violemment que de lui enlever en douceur, et sous anesthésie préalable, ce qui la constitue en elle-même : la vie surnaturelle et la structure hiérarchique avec la primauté pontificale. (Itinéraires 105, « Sociétés secrètes et victoire de Jésus-Christ », p. 9-10.)
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[1] Les silencieux : allusion au mouvement des Silencieux de l’Eglise, lancé par Pierre Debray, et qui voulaient regrouper les catholiques conservateurs... dans la parfaite obéissance au Pape ! (NDLR.)
Mieux encore, qu’une éclipse dans laquelle les deux astres en présence restent parfaitement intègres, le Père Calmel, nous décrit le processus subtil du remplacement d’une église par une autre, cela peut faire penser à ce qui s’est passé en Angleterre, où l’église catholique d’Angleterre a fait place à l’église schismatique anglicane tout en gardant certaines apparences de son origine, apparences « matérielles » vidées de leur substance.
C’est aussi, ce que dénonçait Mgr Lefebvre quand il disait que nous avions à faire à quelque chose de plus grave que l’attaque de la foi, mais que nous assistions à la mise en place d’une nouvelle religion. Or, cette nouvelle religion nous la voyons tous les jours parée d’une ressemblance trompeuse qui égare les plus avertis. Il est pitoyable de voir les successeurs d’un des rares ayant résisté à cette forfaiture, se mettre au service de celle-ci.
Saint Laurent Justinien évêque et confesseur
Prière de Saint Laurent Justinien « Sagesse de Dieu, plus belle que le soleil, plus suave que le baume » :
« Venez, vous tous que sollicite l'attrait du bien immuable, et qui vainement le demandez à ce siècle qui passe ; je vous dirai ce que le ciel a fait pour moi. Comme vous jadis je cherchais fiévreusement ; et ce monde extérieur ne donnait point satisfaction à mon désir brûlant. Mais, par la divine grâce qui nourrissait mon angoisse, enfin m'est apparue, plus belle que le soleil, plus suave que le baume, Celle dont alors le nom m'était ignoré. Venant à moi, combien son visage était doux ! Combien pacifiante était sa voix, me disant : « ô toi dont la jeunesse est toute pleine de l'amour que je t'inspire, pourquoi répandre ainsi ton cœur ? La paix que tu cherches par tant de sentiers divers est avec moi ; ton désir sera comblé, je t'en donne ma foi : si, cependant, tu veux de moi pour épouse ». J'avoue qu'à ces mots défaillit mon cœur ; mon âme fut transpercée du trait de son Amour. Comme toutefois je désirais savoir son Nom, sa Dignité, son Origine, elle me dit qu'elle se nommait la Sagesse de Dieu, laquelle, invisible d'abord au sein du Père, avait pris d'une Mère une nature visible pour être plus facilement aimée. Alors, en grande allégresse, je Lui donnai consentement ; et Elle, me donnant le baiser, se retira joyeuse. Depuis, la Flamme de son Amour a été croissant, absorbant mes pensées. Ses délices durent toujours; c'est mon Epouse bien-aimée, mon inséparable Compagne. Par Elle, la paix que je cherchais fait maintenant ma joie. Aussi, écoutez-moi, vous tous : allez à Elle de même; car Elle met son bonheur à ne rebuter personne. Amen. »
Bréviaire
Quatrième leçon. Laurent, né à Venise de l’illustre famille des Justinien, montra dès son enfance une très grande gravité de mœurs. Les pratiques d’une piété fervente sanctifièrent son adolescence, et l’appel de la Sagesse divine ayant convié son âme aux chastes fiançailles du Christ, il s’appliqua à connaître dans quel institut religieux il se consacrerait à Dieu. Voulant donc se préparer en secret à cette nouvelle milice, il se mit, entre autres mortifications, à coucher sur des planches nues. Un jour qu’il considérait, d’une part les plaisirs du monde et une alliance négociée par sa mère à son intention, et d’autre part les rudes austérités du cloître, il jeta les yeux sur la croix du Christ souffrant et s’écria : « C’est vous, Seigneur, qui êtes mon espérance, et c’est en vous que se trouve la consolation et la force. » Laurent dirigea ses pas vers la communauté des Chanoines de Saint-Georges in Alga, où, ingénieux à trouver de nouveaux moyens de se mortifier, il engagea contre lui-même le plus opiniâtre des combats, comme s’il se fût agi de son ennemi le plus redoutable. Ne s’accordant aucune satisfaction, il s’interdit même l’entrée du jardin de la maison paternelle, et ne franchit jamais le seuil de cette demeure, si ce n’est pour remplir auprès de sa mère mourante les derniers devoirs de la piété, ce qu’il fit sans verser de larmes. Égal à son esprit de pénitence se montrait son zèle pour la pratique de l’obéissance, de la douceur et surtout de l’humilité, qui lui faisait rechercher les emplois les plus abjects du monastère, mendier dans les endroits les plus fréquentés de la ville, en y recueillant moins de vivres que de moqueries, et supporter, impassible et silencieux, les injures ainsi que les calomnies. C’était principalement dans une oraison assidue, où souvent l’extase le ravissait en Dieu, que s’enflammait la grande ardeur dont son cœur brûlait, ardeur telle qu’elle excitait à la persévérance les frères chancelants et les embrasait d’amour pour Jésus-Christ
Cinquième leçon. Désigné par Eugène IV pour occuper le siège épiscopal de Venise, Laurent fit tous ses efforts pour décliner cette dignité, dont il remplit les devoirs d’une manière digne des plus grands éloges. Il ne changea absolument rien à son genre de vie accoutumé ; conserva dans ses repas, ses meubles et son coucher, la même pauvreté qu’il avait toujours pratiquée et ne prit qu’un petit nombre de domestiques, disant qu’il possédait une grande famille, les pauvres du Christ. A quelque heure du jour qu’on l’abordât, il était tout à tous, prodiguant à chacun sa charité paternelle et n’hésitant même pas à se charger de dettes pour venir en aide à l’indigence du prochain. Quand on lui demandait sur quoi il comptait : « Sur mon Seigneur, qui pourra facilement acquitter mes dettes, répondait-il. » Sa confiance n’avait jamais été trompée par la divine Providence, comme le montraient les secours inespérés qui lui arrivaient. Il construisit plusieurs monastères de vierges, qu’il forma par sa vigilance à la pratique de la vie parfaite, s’appliqua avec grand soin à arracher les dames aux pompes du siècle et à la vanité des parures, et n’apporta pas moins d’ardeur à la réforme de la discipline et des mœurs dans le clergé, se montrant digne assurément d’être proclamé par le Pape Eugène III, devant les Cardinaux, la gloire et l’honneur de l’épiscopat, et d’être nommé par Nicolas V, son successeur, le premier Patriarche de Venise, quand ce titre eut été transféré de Grado dans cette cité.
Sixième leçon. Favorisé du don des larmes, Laurent offrait chaque jour au Dieu tout-puissant l’hostie de propitiation. Une fois même, la nuit de la Nativité du Seigneur, en accomplissant les saints Mystères, il mérita de contempler Jésus-Christ sous la forme d’un gracieux petit enfant. Si grande était l’efficacité de ses prières pour le troupeau confié à ses soins, que la République devait son salut à l’intercession et au mérite de son Pontife, d’après un témoignage qu’en a rendu le ciel. Doué de l’esprit prophétique, il prédit plusieurs fois des événements qu’on ne pouvait humainement prévoir. Ses prières eurent souvent pour effet de guérir les malades et de chasser les démons. Il composa des ouvrages remplis d’une doctrine toute céleste et respirant la piété, bien qu’il sût à peine les règles du style. Enfin une maladie mortelle étant venue l’atteindre, comme ses domestiques lui préparaient un lit plus commode pour un vieillard et pour un malade, il refusa des soulagements qui lui semblaient trop contraster avec la très dure croix sur laquelle avait expiré son Seigneur, et voulut qu’on le déposât sur sa couche habituelle. Puis voyant sa fin approcher, il leva les yeux au ciel, et dit ces paroles : « Je vais à vous, ô bon Jésus. » Et le huitième jour du mois de janvier, il s’endormit dans le Seigneur. Sa mort fut précieuse devant Dieu. Ce qui le prouve ce sont les concerts angéliques entendus par des religieux Chartreux ; c’est aussi la conservation de son saint corps, qui demeura dans toute son intégrité et sans trace de corruption, exhalant une odeur suave, conservant un visage vermeil, durant plus de deux mois qu’il resta sans sépulture ; ce sont enfin les nouveaux miracles qui suivirent cette mort. En considération de ces prodiges, le souverain Pontife Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints, et Innocent XII fixa la célébration de sa Fête au cinq septembre, jour où le Saint était monté sur la chaire épiscopale.
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