Une hypothèse saugrenue : le mentevacantiste
LE MONDE N’A JAMAIS ÉTÉ AUSSI MAUVAIS IL EST DONC NORMAL QUE LES PAPES LE SOIENT AUSSI !!!!!! Et c'est pour cela qu'ils sont canonisés ?
Le monde a toujours fait de mauvais Papes, mais jamais aussi mauvais
Que dans le monde actuel, qui est d’une corruption sans précédent.
À chaque fois qu’une prétention est mise en avant à l’effet que les Papes conciliaires soient au moins en partie de bonne foi [Mais ce n’est pas la bonne foi qui sauve, mais la foi intègre et catholique, un pape, de par sa fonction de conserver le dépôt et de confirmer ses frères ne peut être seulement « en partie » catholique], il y a généralement des Catholiques qui protestent. Ils diront que les Papes sont des hommes d’Église intelligents et bien éduqués ; il est donc impossible qu’ils ne prennent pas pleinement conscience de ce qu’ils font. Pour ces mêmes critiques, la théorie « mentévacantiste » selon laquelle ces Papes ont l’esprit vacant ou sont en partie ignorants des conséquences de leurs propres actions, est absurde. On peut comprendre l’objection, mais laissez-moi citer un ami qui comprend le « mentévacantisme » comme il doit être compris :—
« Que des Papes puissent en toute bonne foi avoir tort, parce qu’ils tiennent que certaines erreurs ne sont pas opposées à la Foi, c’est une idée qui jouit de peu de considération, car les gens se font une idée de la papauté qui est trop détachée du monde, alors que toute l’histoire des Papes est celle d’hommes de leur temps sujets en tout aux bonnes et aux mauvaises habitudes et aux vices de leur époque. La différence se trouve dans la force de l’erreur, laquelle n’a jamais été aussi formidable qu’aujourd’hui, la race humaine n’ayant jamais été aussi dégénérée qu’elle l’est à l’heure présente, il ne faut pas l’oublier.
« En effet, le libéralisme est maintenant partout et il écrase tout. Il n’est plus simplement une pensée ou façon de penser, il est devenu une véritable manière d’être qui pénètre chaque homme existant, qu’il soit en lui-même un libéral absolu ou un agent du libéralisme et de sa subversion, ou simplement un de ses instruments. Tel est le cas des Papes Conciliaires. Ils croient qu’ils se rapprochent du monde pour le rétablir. Ils ne comprennent pas que c’est le monde qui se les attire pour les infecter et les contrôler. [Ils ne savent pas qui est le Prince de ce monde ?]
« Dans une telle situation, on peut certainement parler de Papes libéraux mais pas de Papes non-catholiques, dans la mesure où manque le nécessaire pour une telle condamnation, à savoir la volonté personnelle de leur part d’être libéraux et non pas catholiques. Tout ce que l’on peut faire c’est de reconnaître qu’il y a chez ces Papes la volonté personnelle d’être catholiques et non pas des libéraux anti-catholiques, puisque pour eux il n’y a aucune contradiction entre les deux, loin de là. Selon leur théologien et penseur, Joseph Ratzinger, le libéralisme est l’un des dérivés heureux du catholicisme [Mais c’est justement là, son hérésie, son errance], n’ayant besoin que d’être purifié de certaines distorsions allogènes pour être catholique. Ainsi, quant à la destruction de l’Église, il est évident – cela s’impose à la raison – que des Papes qui croient dans un catholicisme aussi compromis ne peuvent pas s’empêcher d’avoir comme une des conséquences de leurs actions la destruction de l’Église.
« En ce qui concerne Monseigneur Lefebvre, étant donné qu’il a grandi dans une Église bien différente de celle d’aujourd’hui, je peux seulement conclure que pour lui il était impossible qu’un catholique servant d’instrument de la subversion ne pût avoir conscience de ce qu’il faisait. ENCORE MOINS UN PAPE NE POUVAIT-IL PAS S’EN RENDRE COMPTE [Donc vous êtes infidèle à la pensée de Mgr Lefebvre]. Lisant entre les lignes de certains écrits de Monseigneur, je crois que, bien que sa vision du monde inclût certainement le fait d’une dégénération continue jusqu’à la fin du monde, cette vision n’a pas envisagé que ce processus pût clairement affecter l’Église elle-même. »
Je peux très bien m’imaginer l’objection de certains lecteurs à ce genre d’analyse : « Oh ! Excellence, s’il vous plaît, cessez de prendre la défense des Papes Conciliaires. C’est noir ou blanc. S’ils sont noirs, je serai un heureux sédévacantiste. S’ils sont blancs, un joyeux libéral. Vos zones d’ombre ne font que m’embrouiller ! »
Cher lecteur, le noir est noir, le blanc blanc, mais rarement dans la vie réelle trouvons-nous du pur blanc, et jamais du pur noir (le pire qui soit a la bonté d’être) [Oui, mais la foi est intègre ou n’est pas]. Si vous désirez comprendre cette justification relative des Papes conciliaires, la clef en est de bien comprendre que le monde n’a jamais été si profondément mauvais qu’aujourd’hui [Car tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais du monde 1Jn 2, 16 Donc, c’est pour cela que l’ouverture au monde est une erreur mortifère]. De cette dégénérescence sans précédent, il doit être évident qu’à cet égard les Papes conciliaires qui s’écartent de la Foi sont plus excusables qu’aucun de leurs prédécesseurs. [Parce que tout ce qui est né de Dieu remporte la victoire sur le monde; et la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. Qui est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? 1Jn 5, 4-5 Des papes qui s’écartent de la foi restent papes et en plus sont excusables, voilà qui est fort de café] Kyrie eleison. Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 23 mai 2015
Le "mentevacantisme" consiste à dire qu'un pape peut, s'écarter de la foi, être libéral, moderniste, poser des actions qui démolissent l'église, et cela en toute bonne foi, en croyant être catholique, mais cette théorie est démentie par celui dont on prétend être le fidèle disciple, et dans la citation même qui est faite. De plus, cette théorie est toute subjective et donc à saveur éminemment moderniste.
Fête de la Sainte Trinité
Introït
Bénie soit la sainte Trinité et son indivisible unité : glorifions-la, parce qu’elle a fait éclater sur nous sa miséricorde.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, vous avez donné à vos serviteurs, dans la confession de la vraie foi, de reconnaître la gloire de l’éternelle Trinité, et d’adorer une parfaite Unité en votre majesté souveraine : faites, nous vous en prions, qu’affermis par cette même foi, nous soyons constamment munis contre toutes les adversités.
Epître
Ô profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies impénétrables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur ? ou qui a été son conseiller ? Ou qui lui a donné le premier, et recevra de lui en retour ? Car c’est de lui, et par lui, et en lui que sont toutes choses ; à lui la gloire dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
Evangile
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles.
Bréviaire
En l’année où est mort le roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé ; et ce qui était sous lui remplissait le temple. Des Séraphins étaient au-dessus du trône : l’un avait six ailes, et l’autre six ailes ; avec deux ils voilaient leur face, et avec deux ils voilaient leurs pieds, et avec deux ils volaient. Et ils se criaient l’un à l’autre, et ils disaient : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées, toute la terre est pleine de sa gloire. Et les linteaux des gonds furent ébranlés par la voix qui criait, et la maison fut remplie de fumée.
Et je dis : Malheur à moi, parce que je me suis tu, parce que moi je suis un homme souillé par mes lèvres, et que j’habite au milieu d’un peuple qui a les lèvres souillées, et que j’ai vu le roi Seigneur des armées de mes yeux. Et vers moi vola un des Séraphins et dans sa main un caillou qu’avec des pincettes il avait enlevé de l’autel. Et il en toucha ma bouche et dit : Cela a touché tes lèvres, et ton iniquité sera effacée, et ton péché sera purifié. Et j’entendis la voix du Seigneur disant : Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? Et je dis : Me voici ; envoyez-moi.
Et il dit : Va, et tu diras à ce peuple : Écoutant, écoutez, et ne comprenez pas ; et voyez la vision, et ne la discernez pas ; aveugle le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles sourdes, et ferme ses yeux ; de peur qu’il ne voie de ses yeux, et qu’il n’entende de ses oreilles, et que de son cœur il ne comprenne, et qu’il ne se convertisse et que je ne le guérisse. Et j’ai dit : Jusques à quand, Seigneur ? Et il a dit : Jusqu’à ce que les cités soient désolées, et sans un habitant, et que les maisons soient sans un homme ; et la terre sera laissée déserte. Et le Seigneur éloignera les hommes, et elle se multipliera, celle qui avait été délaissée au milieu de la terre.
Du livre de saint Fulgence, Évêque : De la Foi à Pierre
La foi que les saints Patriarches et les Prophètes ont reçue de Dieu avant l’incarnation de son Fils, la foi que les saints Apôtres ont recueillie de la bouche du Seigneur conversant dans la chair, que le Saint-Esprit leur a enseignée et qu’ils ont non seulement prêchée par la parole, mais consignée dans leurs écrits pour la salutaire instruction de la postérité, cette foi proclame, avec l’unité de Dieu, la Trinité qui est en lui, c’est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais il n’y aurait pas une véritable Trinité, si c’était une seule et même personne qui fût appelée Père, Fils et Saint-Esprit.
Si en effet le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient une seule et même personne comme ils sont une seule et même substance, il n’y aurait plus lieu à professer une trinité véritable. Pareillement il y aurait trinité, mais cette trinité ne serait plus un seul Dieu, si le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient séparés entre eux par la diversité de leurs natures, comme ils sont distincts par leurs propriétés personnelles. Mais comme il est véritable que cet unique vrai Dieu par sa nature non seulement est un, mais qu’il est Trinité, ce vrai Dieu est Trinité dans les personnes et un dans l’unité de la nature.
Par cette unité de nature, le Père est tout entier dans le Fils et le Saint-Esprit ; le Fils tout entier dans le Père et le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père et dans le Fils. Aucune de ces trois personnes ne subsiste séparée et comme en dehors des deux autres, car il n’en est aucune qui précède les autres en éternité, ou qui les dépasse en grandeur, ou qui les surpasse en puissance. Le Père, en ce qui touche à l’unité de la nature divine, n’est ni plus ancien, ni plus grand que le Fils et que l’Esprit-Saint ; de même, l’éternité et l’immensité du Fils ne peut non plus, par la nécessité de la nature divine, surpasser l’éternité et l’immensité du Saint-Esprit.
Homélie de saint Grégoire de Nazianze
Quel Catholique ignore que le Père est vraiment Père, le Fils vraiment Fils, et l’Esprit-Saint vraiment Esprit-Saint ? Ainsi que le Seigneur lui-même l’a dit à ses Apôtres : « Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » C’est là cette Trinité parfaite dans l’unité d’une unique substance, à laquelle nous faisons profession de croire. Car nous n’admettons point en Dieu de division à la manière des substances corporelles ; mais à cause de la puissance de la nature divine qui est immatérielle, nous faisons profession de croire, et à la distinction réelle des personnes que nous nommons, et à l’unité de la nature divine.
Nous ne disons point, comme quelques-uns l’ont imaginé, que le Fils de Dieu est une extension de quelque partie de Dieu ; nous n’admettons pas non plus un Verbe sans réalité, tel qu’est le simple son de la voix ; mais nous croyons que les trois appellations et les trois personnes ont une même essence, une même majesté, une même puissance. Nous confessons donc un seul Dieu, parce que l’unité de la majesté nous défend de nommer plusieurs Dieux. Enfin nous nommons distinctement, conformément aux règles catholiques du langage, le Père et le Fils, mais nous ne pouvons ni ne devons dire deux Dieux. Ce n’est pas que le Fils de Dieu ne soit Dieu, étant vrai Dieu de Dieu, mais parce que nous savons qu’il n’a point d’autre principe que son Père, nous disons qu’il n’y a qu’un Dieu. C’est là ce que nous ont transmis les Prophètes et les Apôtres ; c’est là ce que le Seigneur lui-même nous a enseigné, quand il a dit : « Moi et mon Père, nous sommes une seule chose » Par ces mots « une seule chose, » il exprime, comme je l’ai dit, l’unité de la divinité ; et par ceux-ci : « nous sommes, » il marque la pluralité des personnes.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Il y a deux œuvres de miséricorde qui délivrent les âmes et que le Seigneur nous propose brièvement dans l’Évangile : « Remettez et il vous sera remis, donnez et il vous sera donné. » Cette parole, « remettez et il vous sera remis » regarde le pardon des offenses ; cette autre, « donnez et il vous sera donné » regarde l’obligation de faire du bien au prochain. Pour ce qui concerne le pardon, d’une part, tu désires que ton péché te soit pardonné, et d’une autre part, tu as à pardonner à ton prochain. Et pour ce qui regarde le devoir de la bienfaisance, un mendiant te demande l’aumône, et tu es toi-même le mendiant de Dieu. Tous en effet, nous sommes, lorsque nous prions, les mendiants de Dieu ; nous nous tenons à la porte de ce père de famille grand et puissant, nous nous y prosternons, nous gémissons dans nos supplications, nous voulons recevoir un don : et ce don, c’est Dieu lui-même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu, sinon le Christ qui a dit : « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel ». Voulez-vous qu’il vous soit pardonné ? Remettez et il vous sera remis. Voulez-vous recevoir ? Donnez et l’on vous donnera.
Samedi des Quatre-Temps de la Pentecôte
Collecte
Nous vous en supplions, Seigneur, répandez avec bonté, dans nos âmes, l’Esprit-Saint : dont la Sagesse nous a créés et dont la providence nous gouverne. Par N.-S... en l’unité du même.
Lecture
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens auront des visions. Même sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai en ces jours-là mon Esprit. Je ferai paraître des prodiges dans le ciel et sur la terre, du sang, du feu et des tourbillons de fumée. Le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le grand et terrible jour du Seigneur. Et alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
Lecture
En ces jours-là, le Seigneur parla à Moïse en ces termes : Parlez aux enfants d’Israël, et dites-leur : Lorsque vous serez entrés dans la terre que je vous donnerai, et que vous moissonnerez le blé, vous porterez au prêtre une gerbe d’épis, comme les prémices de votre moisson ; et, le lendemain du sabbat, le prêtre élèvera devant le Seigneur cette gerbe, afin que le Seigneur vous soit favorable en la recevant, et il la consacrera au Seigneur. Vous compterez donc, depuis le lendemain du sabbat où vous aurez offert la gerbe des prémices, sept semaines pleines, jusqu’au lendemain du jour où la septième semaine sera accomplie, c’est-à-dire cinquante jours ; et vous offrirez au Seigneur comme un sacrifice nouveau, de tous les lieux où vous demeurerez, deux pains de prémices, de deux dixièmes de pure farine avec du levain, que vous ferez cuire pour être les prémices du Seigneur. Vous appellerez ce jour-là très célèbre et très saint ; vous ne ferez aucune œuvre servile en ce jour. Cette ordonnance sera observée éternellement dans tous les 1ieux où vous demeurerez, et dans toute votre postérité, dit le Seigneur tout-puissant.
Lecture
En ces jours-là, Moïse dit aux enfants d’Israël : Écoutez, ô Israël, les choses que je vous ordonne aujourd’hui : Lorsque vous serez entré dans le pays dont le Seigneur votre Dieu doit vous mettre en possession, que vous en serez devenu le maître, et que vous y serez établi, vous prendrez les prémices de tous les fruits de votre terre, et, les ayant mis dans une corbeille, vous irez au lieu que le Seigneur votre Dieu aura choisi afin que son nom y soit invoqué. Là, vous approchant du prêtre qui sera en ce temps-là, vous lui direz : Je déclare aujourd’hui au Seigneur votre Dieu que c’est lui qui nous a exaucés, et qui, regardant favorablement notre affliction, nos travaux, et l’extrémité où nous étions réduits, nous tira d’Egypte par sa main toute-puissante et en déployant toute la force de son bras, après avoir jeté une frayeur extraordinaire dans ces peuples par des miracles et des prodiges inouïs ; il nous a fait entrer dans ce pays, et nous a donné cette terre où coulent le lait et le miel. C’est pourquoi j’offre maintenant les prémices des fruits de la terre que le Seigneur m’a donnée. Vous laisserez ces prémices devant le Seigneur votre Dieu, et après avoir adoré le Seigneur votre Dieu, vous ferez un festin de réjouissance en mangeant de tous les biens que le Seigneur votre Dieu vous aura donnés.
Lecture
En ces jours-là, Dieu dit à Moïse : Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur : Si vous marchez selon mes préceptes, si vous gardez et pratiquez mes commandements, je vous donnerai les pluies en leur saison. La terre produira ses récoltes, et les arbres seront remplis de fruits. La moisson, avant d’être battue, sera pressée par la vendange ; et la vendange sera elle-même avant qu’on l’achève, pressée par le temps des semences. Vous mangerez votre pain, et vous serez rassasiés, et vous habiterez dans votre terre sans aucune crainte. J’établirai la paix dans l’étendue de votre pays ; vous dormirez en repos, et il n’y aura personne qui vous inquiète. J’éloignerai de vous les bêtes féroces, et l’épée ne passera point par vos terres. Vous poursuivrez vos ennemis, et ils tomberont en foule devant vous. Cinq d’entre vous en poursuivront cent, et cent d’entre vous en poursuivront dix mille ; vos ennemis tomberont sous l’épée devant vos yeux. Je vous regarderai favorablement, et je vous ferai croître ; vous vous multiplierez de plus en plus, et j’affermirai mon alliance avec vous. Vous mangerez les fruits de la terre que vous aviez en réserve depuis longtemps, et vous rejetterez à la fin les anciennes récoltes, dans la grande abondance des nouvelles. J’établirai ma demeure au milieu de vous, et je ne vous rejetterai point. Je marcherai parmi vous, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple, dit le Seigneur tout-puissant.
Lecture
En ces jours-là, l’Ange du Seigneur descendit auprès d’Azarias et de ses compagnons dans la fournaise, et il écarta les flammes et le feu de la fournaise, et il fit au milieu de la fournaise comme un vent de rosée qui soufflait. Et la flamme s’élevait quarante-neuf coudées de haut au-dessus de la fournaise ; et elle s’élança et brûla ceux des Chaldéens qu’elle trouva près de la fournaise. Et le feu ne les toucha nullement ; il ne les incommoda pas et ne leur causa aucune peine. Alors ces trois hommes, comme d’une seule bouche, louaient, glorifiaient et bénissaient Dieu dans la fournaise, en disant :
Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères ; vous êtes digne de louange dans tous les siècles.
Epître
Mes frères, étant justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui nous devons aussi d’avoir accès par la foi à cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et de nous glorifier dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu. Et non seulement cela, mais nous nous glorifions même dans les afflictions, sachant que l’affliction produit la patience ; la patience l’épreuve, et l’épreuve l’espérance. Or l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint, qui nous a été donné.
Evangile
En ce temps-là : Jésus, s’étant levé, sortit de la synagogue, et entra dans la maison de Simon. Or la belle-mère de Simon était retenue par une forte fièvre : et ils le prièrent pour elle. Alors, debout auprès d’elle, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. Et se levant aussitôt, elle les servait. Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses maladies les lui amenaient. Et lui, imposant les mains sur chacun d’eux, les guérissait. Et les démons sortaient d’un grand nombre, criant et disant : vous êtes le Fils de Dieu. Mais il les menaçait, et il ne leur permettait pas de dire qu’ils savaient qu’il était le Christ. Lorsqu’il fut jour, il sortit et alla dans un lieu désert ; et les foules le cherchaient, et elles vinrent jusqu’à lui, et elles voulaient le retenir, de peur qu’il ne les quittât. Il leur dit. Il faut que j’annonce aussi aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. Et il prêchait dans les synagogues de Galilée.
La grande pitié de l'église de France
En ce moment, est-ce la faveur des hommes, ou celle de Dieu que je recherche? Mon dessein est-il de complaire aux hommes? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ. Ga 1, 10
LE PRIMAT DES GAULES À PROPOS DU VOTE IRLANDAIS FAVORABLE AUX UNIONS CONTRE NATURE
« L’archevêque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, a réagi aux résultats du référendum en disant que l’Église devait à la fois « trouver un nouveau langage pour parler aux gens » et « ouvrir les yeux ». Que signifient ces deux impératifs pour l’Église, au-delà de l’Irlande ?
Il me semble que ce “nouveau langage” est une référence au fait que l’on a faussé, durci, rétréci le langage de la Bible [Le châtiment de Sodome et Gomorrhe est assez clair cependant]. Il faut se souvenir que la parole de Dieu n’est pas un ensemble de règlements [Celui qui garde mes commandements, c’est celui là qui m’aime] : elle est une parole de liberté, une condition de la liberté. Oui, il nous faut « ouvrir les yeux », c’est-à-dire écouter, entendre le désir des personnes homosexuelles, ne pas détourner le visage lorsqu’elles viennent nous voir. Nous devons non seulement leur dire qu’elles sont aimées de Dieu, mais aussi leur montrer la place qu’elles ont dans l’Église. L’Église doit reconnaître qu’elles ont de la valeur.
Comment l’Église peut-elle promouvoir son enseignement sur le mariage, dans des sociétés où elle est de plus en plus marginalisée ? N’a-t-elle pas perdu sa crédibilité ?
Je n’aime pas ce mot de crédibilité : je ne cherche pas à vendre une marchandise. Si je considère que la parole de Dieu est éclairante, il faut que je la dise. Mais pour qu’elle touche les cœurs, je dois comprendre la personne en face de moi.
Plusieurs fois, des couples homosexuels sont venus me voir, en toute sincérité, me disant qu’ils avaient été blessés par des prêtres, lors d’une confession. À la fois, certains voient que ce qu’ils vivent n’est pas conforme à la parole de Dieu, et en même temps, ils se présentent à l’Église tels qu’ils sont, vivant leur engagement l’un à l’égard de l’autre dans la sincérité. Je ne conteste pas cela, pas plus que l’authenticité de leur désir, mais je leur dis qu’il y a plus de vie et de vérité dans la parole de Dieu que dans leurs désirs.
L’Église n’essaye pas de faire passer un discours à toute force. C’est à nous, chrétiens, de l’incarner, tout en reconnaissant que nous ne sommes pas parfaits et que cette parole est aussi valable pour nous. C’est sans doute ce à quoi fait référence l’archevêque de Dublin lorsqu’il dit que nous vivons dans une « zone grise », et non pas dans un monde « en noir et blanc ».
Cela signifie-t-il que l’Église doit reconnaître du « bon » dans le couple homosexuel ?
Dans toute personne, il y a des choses bonnes [son être créé par Dieu, et des mauvaises, le mauvais usage du don de Dieu]. Chez les couples homosexuels que je connais, il y a des aspects que j’admire : leur combat, leur foi, leur générosité. Je ne conteste pas non plus qu’il y ait entre eux des gestes de charité et de bonté. Certains sont également d’extraordinaires messagers de Jésus. D’ailleurs, lorsque j’écris un texte sur le sujet, il m’arrive souvent de le faire relire par des personnes homosexuelles, et même si elles ne sont pas d’accord avec moi sur le fond, elles ont assez de charité pour me signaler tel ou tel mot qui pourrait blesser inutilement.
Toutefois, lorsque l’on me demande une bénédiction, je ne bénis pas les unions mais j’accorde la bénédiction à chaque personne, individuellement. Nous prions ensemble pour que le Seigneur fasse son travail dans les cœurs, et que chacun distingue la volonté de Dieu, et non la sienne. ». Source La Croix Entrevue avec le cardinal Barbarin
Vendredi des Quatre Temps de la Pentecôte
Collecte
Dieu de miséricorde, donnez à votre Église, nous vous en prions : que rassemblée par le Saint-Esprit, elle ne soit troublée en aucune façon par les attaques ennemies. Par N.-S... en l’unité du même.
Epître
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Soyez dans l’allégresse, et réjouissez-vous dans le Seigneur votre Dieu, parce qu’il vous a donné un docteur de justice, et qu’il fera descendre sur vous la pluie d’automne et la pluie du printemps, comme au commencement. Les aires seront pleines de blé, et les pressoirs regorgeront de vin et d’huile. Vous mangerez, et vous serez rassasiés, et vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu, qui a fait pour vous des merveilles, et mon peuple ne tombera plus jamais dans la confusion. Vous saurez alors que je suis au milieu d’Israël, que je suis le Seigneur votre Dieu,et qu’il n’y en a pas d’autre que moi ; et mon peuple ne tombera plus jamais dans la confusion, dit le Seigneur tout-puissant.
Evangile
En ce temps-là : Il arriva que Jésus était assis et enseignait. Et des pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus de tous les villages de la Galilée, et de la Judée, et de Jérusalem, étaient assis auprès de lui : et la puissance du Seigneur agissait pour opérer des guérisons, et voici que des gens, portant sur un lit un homme qui était paralytique, cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant Jésus. Mais, ne trouvant point par où le faire entrer, à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et, par les tuiles, ils le descendirent avec le lit au milieu de l’assemblée, devant Jésus. Dès qu’il vit leur foi, il dit : Homme, tes péchés te sont remis. Alors, les scribes et les pharisiens se mirent à penser et à dire en eux-mêmes : Quel est celui-ci, qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul ? Mais Jésus, connaissant leurs pensées, prit la parole, et leur dit : Que pensez-vous dans vos cœurs ? Lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont remis ; ou de dire : Lève-toi et marche ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison. Et aussitôt, se levant devant eux, il prit le lit sur lequel il était couché, et s’en alla dans sa maison, glorifiant Dieu. Et la stupeur les saisit tous, et ils glorifiaient Dieu. Et ils furent remplis de crainte, et ils disaient : Nous avons vu aujourd’hui des choses prodigieuses.
Bréviaire Saint Ambroise
La guérison de ce paralytique n’est ni inutile, ni d’une portée restreinte, puisque nous y voyons que le Seigneur commença par prier, non certes qu’il eût besoin de quelque suffrage, mais afin de nous donner l’exemple. Il a proposé un modèle à notre imitation, ce n’est pas l’ostentation dans la prière qu’il a recherchée. Alors que beaucoup de docteurs de la loi étaient rassemblés de toute la Galilée, de la Judée et de Jérusalem, parmi les guérisons d’autres malades, l’Évangile nous raconte celle de ce paralytique. Et d’abord, comme nous l’avons dit plus haut, tout malade doit employer des intercesseurs pour demander son salut, afin que, grâce à eux, le relâchement de notre vie et la marche chancelante de nos actions soient réformés par le remède de la parole céleste.
Qu’il y ait donc quelques personnes, qui, avertissant l’esprit de l’homme, élèvent son âme vers les choses supérieures, bien qu’elle soit engourdie par la faiblesse de son enveloppe corporelle. Que l’homme, se prêtant alors à s’élever par leur secours et à s’humilier, soit placé devant Jésus, digne d’être aperçu par le divin regard. Le Seigneur en effet regarde l’humilité, car « il a regardé l’humilité de sa servante ». Le Fils de Dieu, dès qu’il vit leur foi, dit : « Homme, tes péchés te sont remis ». Qu’il est grand le Seigneur qui pardonne ainsi aux uns leurs péchés, par égard pour les mérites des autres ; et qui, donnant son approbation à ceux-ci, absout ceux-là de leurs égarements ! Pourquoi donc, Ô homme, la prière de ton égal n’a-t-elle pas d’influence sur toi lorsqu’auprès de Dieu un esclave possède le mérite qu’il faut pour intercéder, et le droit d’obtenir ?
Toi qui juges, apprends à pardonner ; toi qui es malade, apprends à obtenir. Si tu te défies du pardon de tes fautes graves, fais paraître des intercesseurs, fais paraître l’Église pour qu’elle prie pour toi, et afin qu’en considération d’elle, le Seigneur te pardonne ce qu’il pourrait refuser à toi-même. Et bien que nous ne devions pas laisser de croire à la vérité de cette histoire (car nous croyons que le corps de ce paralytique a été réellement guéri), il nous faut reconnaître aussi en lui la guérison de l’homme intérieur, auquel les péchés sont remis. Lorsque les Juifs affirment que Dieu seul peut remettre les péchés, ils confessent assurément par là que Jésus est Dieu, et ils proclament eux-mêmes, par leur propre jugement, leur infidélité ; ils affirment l’œuvre divine, pour nier la divinité de la personne.
Elle est sublime cette mission du Saint-Esprit qui lui a été conférée par le Père et par le Fils, et qu’il exerce sur le genre humain. Au sein de la divinité l’Esprit-Saint est produit et ne produit pas. Le Père engendre le Fils, le Père et le Fils produisent le Saint-Esprit ; cette différence est fondée dans la nature divine elle-même, qui n’est et ne peut être qu’en trois personnes. De là vient, comme l’enseignent les Pères, que le Saint-Esprit a reçu pour le dehors la fécondité qu’il n’exerce pas dans l’essence divine. Si donc il s’agit de produire l’humanité du Fils de Dieu au sein de Marie, c’est lui qui opère ; et s’il s’agit de créer le chrétien du sein de la corruption originelle, et de l’appeler à la vie de la grâce, c’est lui encore qui exercera son action : en sorte que, selon l’énergique expression de saint Augustin, « la même grâce qui a produit le Christ à son commencement, produit le chrétien lorsqu’il commence à croire ; le même Esprit duquel le Christ a été conçu est le principe de la nouvelle naissance du fidèle ».
Nous nous sommes étendu longuement sur l’action du Saint-Esprit dans la formation et le gouvernement de l’Église, parce que l’œuvre principale de ce divin Esprit est de former sur la terre l’Épouse du Fils de Dieu, et que c’est par elle que nous viennent tous les biens. Elle est dépositaire d’une partie des grâces de cet auguste Paraclet, qui a daigné se mettre à sa disposition pour nous sauver et nous sanctifier. C’est pour nous également qu’il l’a rendue catholique, visible à tous les regards, afin qu’il nous fût plus facile de la trouver ; c’est pour nous qu’il maintient dans son sein la vérité et la sainteté, afin que nous soyons abreuvés à ces deux sources ineffables. Aujourd’hui nous voici attentifs à ce qu’il opère dans les âmes, et tout d’abord nous nous trouvons en face de son pouvoir créateur. N’est-ce pas en effet une véritable création, d’amener une âme plongée dans la déchéance originelle, ou, ce qui est plus merveilleux encore, une âme défigurée par le péché volontaire et personnel, de l’amener à devenir en un moment la fille adoptive du Père céleste, le membre chéri du Fils de Dieu ? Le Père et le Fils se complaisent à voir accomplir cette œuvre par l’Esprit qui est leur amour mutuel. Ils l’ont envoyé afin qu’il agisse, afin qu’il se conduise en maître dans sa mission, et partout où il règne, ils règnent aussi.
Éternellement l’âme élue a été présente à la divine Trinité ; mais, le moment arrivé, l’Esprit descend. Il s’empare de cette âme comme de l’objet désigné à son amour. Le vol de la colombe miséricordieuse est plus rapide que celui de l’aigle qui fond sur sa proie. Que la volonté humaine n’entrave pas son action, et il arrivera de cette âme ce qui est arrivé pour l’Église elle-même, c’est-à-dire que « ce qui n’était même pas triomphera de « ce qui était ». On voit alors des miracles d’un ordre étonnant, « la grâce surabondant là même où le péché avait abondé ».
Nous avons vu l’Emmanuel conférer aux eaux la vertu de purifier les âmes ; mais nous nous souvenons que lorsqu’il descendit dans les flots du Jourdain, la colombe divine vint se poser sur sa tête, et prit possession de l’élément régénérateur. La fontaine baptismale est demeurée son domaine. « C’est là, nous dit le grand saint Léon, qu’il préside à la nouvelle naissance de l’homme, rendant féconde la fontaine sacrée, comme autrefois il rendit fécond le sein de la Vierge, à cette différence que le péché fut absent dans la conception sacrée du Fils de Dieu, tandis que la mystérieuse ablution le détruit en nous ».
Avec quelle tendresse l’Esprit divin contemple cette nouvelle créature sortant des eaux ! Avec quelle impétuosité d’amour il fait irruption en elle ! Il est le Don du Dieu très haut, envoyé sur nous pour résider en nous. Il prend donc son habitation dans cette âme toute neuve, qu’elle soit celle de l’enfant d’un jour, ou celle de l’adulte déjà chargé d’années. Il se complaît dans ce séjour qu’il a éternellement ambitionné ; il l’inonde de ses feux et de sa lumière, et comme il est par nature inséparable des deux autres personnes divines, sa présence est cause que le Père et le Fils viennent établir aussi leur demeure en cette âme fortunée.
Mais l’Esprit-Saint a ici son action propre, sa mission sanctificatrice, et pour bien comprendre la nature de sa présence dans le chrétien, il faut savoir qu’elle ne se borne pas à l’âme. Le corps fait aussi partie de l’homme, et il a eu sa part dans la régénération ; c’est pourquoi l’Apôtre, en même temps qu’il nous révèle l’heureuse « habitation » du divin Esprit en nous], nous apprend encore que nos membres matériels sont eux-mêmes ses temples. Il veut les faire servir à la justice et à la sainteté; il dépose en eux un germe d’immortalité qui les conservera dans la dissolution même du tombeau, en sorte qu’au jour de la résurrection ils reparaîtront, mais spiritualisés, gardant ainsi le signe de l’Esprit qui les aura possédés en cette vie mortelle.
Le chrétien étant donc ainsi l’habitation de l’Esprit-Saint, nous ne devons pas nous étonner que ce divin Esprit songe à orner dignement la demeure qu’il s’est choisie. Quelle plus noble parure que celle des vertus théologales : la Foi qui nous met en possession certaine et substantielle des vérités divines que notre intelligence ne peut voir encore ; l’Espérance qui rend déjà présent le secours divin qui nous est nécessaire et la félicité éternelle que nous attendons ; la Charité qui nous unit à Dieu par le plus fort et le plus doux des liens ! Or, ces trois vertus, ces trois moyens pour l’homme régénéré d’être en rapport avec sa fin, c’est à la présence du Saint-Esprit que le chrétien les doit. Il a daigné signaler son arrivée par ce triple bienfait qui dépasse tous nos mérites passés, présents et futurs.
Au-dessous des trois vertus théologales, il établit ces quatre autres qui sont comme les assises de la vie morale de l’homme : la justice, la force, la prudence et la tempérance ; qualités naturelles, qu’il transforme en les adaptant à la fin surnaturelle du chrétien. Enfin comme un dernier lustre qu’il ajoute à sa demeure, il y dépose le septénaire sacré de ses dons, destines à répandre le mouvement et la vie dans le septénaire des vertus.
Mais les vertus et les dons qui tous tendent vers Dieu, réclament l’élément supérieur qui est le moyen essentiel de l’union avec lui : élément indispensable et que rien ne peut suppléer, âme de l’âme, principe vivifiant, sans lequel elle ne saurait ni voir ni posséder Dieu ; c’est la Grâce sanctifiante. Avec quelle satisfaction l’Esprit divin l’introduit dans l’âme à laquelle elle s’incorpore, et qu’elle rend l’objet des complaisances divines ! Une étroite alliance existe entre cette grâce et la présence de l’Esprit-Saint ; car si l’âme venait à donner entrée au péché mortel, l’Esprit cesserait d’habiter cette âme infortunée, au moment même où s’éteindrait en elle la grâce sanctifiante.
Mais il veille soigneusement sur son héritage, et il n’y demeure pas oisif. Les vertus qu’il a infusées dans cette âme si chère ne doivent pas demeurer inertes ; il faut qu’elles produisent les actes vertueux, et que le mérite qu’elles obtiendront vienne accroître la puissance de l’élément fondamental, fortifier et développer cette grâce sanctifiante qui enchaîne si étroitement le chrétien à Dieu. L’Esprit-Saint ne cesse donc de mouvoir l’âme vers l’action soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, par ces touches divines que la théologie appelle grâces actuelles. Il obtient ainsi que sa créature s’élève de plus en plus dans le bien, qu’elle s’enrichisse et se consolide toujours davantage, enfin qu’elle serve à la gloire de son auteur qui la veut féconde et agissante.
Dans cette intention, l’Esprit qui s’est donné à elle, qui l’habite avec une si vive tendresse, la pousse à la prière par laquelle elle pourra tout obtenir, lumière, force et succès. « Mais, dit l’Apôtre, savons-nous comment il faut prier ? » A cette question il répond lui-même d’après son expérience : « Ce sera l’Esprit qui demandera pour nous dans des gémissements inénarrables ». Ainsi le divin Esprit s’associe à tous nos besoins ; il est Dieu, et il gémit comme la colombe, afin de mettre ses accents à l’unisson des nôtres. « Il crie vers Dieu dans nos cœurs, » dit le même Apôtre ; nous certifiant ainsi par sa présence et ses opérations en nous que nous sommes les enfants de Dieu. Se peut-il rien de plus intime, et devons-nous nous étonner que Jésus nous ait dit qu’il n’y avait qu’à demander pour recevoir, lorsque c’est son Esprit même qui demande en nous ?
Auteur de la prière, il coopère puissamment à l’action. Son intimité avec l’âme fait qu’il ne laisse à celle-ci que la liberté nécessaire au mérite ; pour le reste, il la meut, il la soutient, il la dirige, en sorte qu’à son tour elle n’a plus qu’à coopérer à ce qu’il fait en elle et par elle. A cette action commune de l’Esprit et du chrétien, le Père céleste reconnaît ceux qui lui appartiennent, et c’est pour cela que l’Apôtre nous dit encore que « ceux-là sont les enfants de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu ». Heureuse société qui mène le chrétien à la vie éternelle, qui fait triompher Jésus en lui, Jésus dont l’Esprit-Saint imprime les traits dans sa créature, afin qu’elle soit un membre digne d’être uni à son Chef !
Mais, hélas ! Cette société fortunée peut se dissoudre. Notre liberté, qui ne se transforme qu’au ciel, peut amener et amène trop souvent la rupture entre l’Esprit sanctificateur et l’homme sanctifié. Le désir malheureux de l’indépendance, les passions que l’homme aurait le moyen de régler s’il était docile à l’Esprit, ouvrent le cœur imprudent à la convoitise de ce qui est au-dessous de lui. Satan, jaloux du règne de l’Esprit, ose faire briller aux yeux de l’homme la trompeuse image d’un bonheur ou d’un contentement hors de Dieu. Le monde, qui est aussi un esprit maudit, ose rivaliser avec l’Esprit du Père et du Fils. Subtil, audacieux, actif, il excelle à séduire, et nul ne pourrait compter les naufrages qu’il a causés. Il est cependant dénoncé aux chrétiens par Jésus lui-même qui nous a déclaré qu’il ne prierait pas pour lui, et par l’Apôtre qui nous avertit « que ce n’est pas l’esprit du monde que nous avons reçu, mais bien l’Esprit qui est de Dieu ».
Néanmoins un cruel divorce s’opère fréquemment entre l’homme et son hôte divin. Il est précédé pour l’ordinaire par un refroidissement qui se manifeste du côté de la créature envers son bienfaiteur. Un manque d’égards, une légère désobéissance, sont les préludes de la rupture. C’est alors qu’a lieu chez le divin Esprit ce froissement qui montre si clairement l’amour qu’il porte à l’âme, et que l’Apôtre nous rend d’une manière expressive, lorsqu’il nous recommande de ne pas contraster l’Esprit-Saint qui nous marqua de son sceau au jour où la rédemption venait à nous. Parole remplie d’un sentiment profond, et qui nous révèle la responsabilité qu’entraîne après lui le péché véniel. L’habitation de l’Esprit-Saint dans l’âme devient pour lui une cause d’amertume, une séparation est à craindre ; et si, comme l’enseigne saint Augustin, « il n’abandonne pas qu’il ne soit abandonné, » si la grâce sanctifiante demeure encore, les grâces actuelles deviennent plus rares et moins pressantes.
Mais le comble du malheur est dans la rupture du pacte sacré qui unissait l’âme et l’Esprit divin dans une si étroite alliance. Le péché mortel est l’acte d’une souveraine audace et d’une cruelle ingratitude. Cet Esprit si rempli de douceur se voit expulsé de l’asile qu’il s’était choisi, et qu’il avait embelli en tant de manières. C’est le comble de l’outrage, et l’on n’a pas droit de s’étonner de l’indignation de l’Apôtre quand il s’écrie : « Quel supplice ne mérite-t-il pas celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu, méprisé le sang de l’alliance, et fait une telle injure à l’Esprit de grâce ? ».
Cependant cette situation désolante du chrétien infidèle au Saint-Esprit peut encore exciter la compassion de celui qui, étant Dieu, a été envoyé vers nous pour être notre hôte plein de mansuétude. Il est si triste l’état de celui qui, en chassant l’Esprit divin, a perdu l’âme de son âme, qui a vu s’éteindre au même moment le flambeau de la grâce sanctifiante, et s’anéantir tous les mérites dont elle s’était accrue. Chose admirable et digne d’une reconnaissance éternelle ! L’Esprit-Saint expulsé du cœur de l’homme aspire à y rentrer. Telle est l’étendue de la mission qu’a reçue du Père et du Fils celui qui est amour, et qui par amour ne veut pas abandonner à sa perte le chétif et ingrat vermisseau qu’il avait voulu élever jusqu’à la participation de la nature divine.
On le verra donc, avec une abnégation sublime dont l’amour seul a le secret, faire le siège de cette âme, jusqu’à ce qu’il ait pu s’en emparer de nouveau. Il l’effrayera par les terreurs de la justice divine, il lui fera sentir la honte et le malheur où se précipite celui qui a perdu la vie de son âme. Il le détache ainsi du mal par ces premières atteintes que le saint Concile de Trente appelle « les impulsions de l’Esprit-Saint qui meut l’âme au dehors, sans l’habiter encore au dedans ». L’âme inquiète et mécontente d’elle-même finit par aspirer à la réconciliation ; elle rompt les liens de son esclavage, et bientôt le sacrement de Pénitence va répandre en elle l’amour qui ranime la vie, en consommant la justification. Qui pourrait exprimer le charme et le triomphe de la rentrée du divin Esprit dans son domaine chéri ! Le Père et le Fils reviennent vers cette demeure souillée naguère, et peut-être depuis longtemps. Tout revit dans l’âme renouvelée ; la grâce sanctifiante y renaît telle qu’elle était au moment où l’âme sortit de la fontaine baptismale. Les mérites acquis en avaient développé la puissance, mais nous les avons vus tristement sombrer dans la tempête ; ils sont restitués en leur entier, et l’Esprit de vie se réjouit de ce que son pouvoir est égal à son amour.
Un changement si merveilleux n’a pas lieu une fois dans un siècle ; chaque jour, chaque heure le voient s’accomplir. Telle est la mission de l’Esprit divin. Il est descendu pour sanctifier l’homme, il faut qu’il le sanctifie. Le Fils de Dieu est venu ; il s’est donné à nous. Nous ayant trouvés en proie à Satan, il nous a rachetés au prix de son sang ; il a tout disposé pour nous conduire à lui et à son Père ; et s’il a dû remonter aux cieux pour nous y préparer notre place, bientôt il a fait descendre sur nous son propre Esprit, afin qu’il soit notre second Consolateur jusqu’à son retour. Voici donc à l’œuvre ce divin auxiliaire. Éblouis de la magnificence de ses opérations, célébrons avec effusion l’amour avec lequel il nous traite, la puissance et la sagesse qu’il développe dans l’accomplissement de sa mission. Qu’il soit donc béni, qu’il soit glorifié, qu’il soit connu en ce monde qui lui doit tout, dans l’Église dont il est l’âme, et dans ces millions de cœurs qu’il désire habiter pour les sauver et les rendre heureux à jamais !
Ce jour est consacré au jeûne comme celui du mercredi précédent. L’Ordination des prêtres et des ministres sacrés aura lieu demain. Il importe de faire une plus vive instance auprès de Dieu pour obtenir que l’effusion de la grâce soit aussi abondante que sera durable et auguste le caractère que l’Esprit-Saint imprimera sur les membres de la tribu sainte qui lui seront présentés.
LA SUBVERSION CONTINUE IL RESTE ENCORE UN PEU DE MORALE À ÉLIMINER
C'était le but de la rencontre informelle et très discrète de certains évêques à Rome, autour du très controversé (voir ici, ici, ici et là) cardinal Marx, selon le vaticaniste Edward Pentin. Il a rendu compte dans le National Catholic Register de cette rencontre confidentielle. Jeanne Smits a traduit ce qu'en dit Pentin :
"La rencontre a rassemblé une cinquantaine de participants : des théologiens, des évêques et même des représentants des médias, à l’invitation des présidents des conférences épiscopales d’Allemagne, de Suisse et de France, soit le cardinal Marx, Mgr Markus Büchel et Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille. Tout cela, on le sait, en revanche, la réunion s’est tenue à huis-clos et l’un des thèmes clefs, selon des participants qui ont tout de même parlé, était de déterminer comment l’Eglise peut mieux accueillir les personnes se trouvant au sein d’unions stables de même sexe. Il semblerait que « personne » ne se soit opposé à la reconnaissance par l’Eglise de ces unions comme étant valides.
Incise.
— S’il y avait des représentants des médias, la rencontre ne peut pas avoir été confidentielle et discrète, et encore moins secrète !, direz-vous.
Mais si, justement. Un journaliste sait se taire, c’est même une de ses principales et paradoxales qualités. Il sait quoi dire, et jusqu’où. Il semble, s’il faut en croire Edward Pentin, ou plutôt un observateur qu’il cite, que ces représentants des médias soient importants dans le dispositif, leur rôle étant de promouvoir les thèmes soulevés et leur traitement, conformément aux choix de ce Rhineland Group qui pivote autour de l’épiscopat allemand, dans les semaines qui précéderont le synode sur la famille à l’automne prochain. Pour la France, des journalistes de La Croix et d’I-Media étaient présents selon The New Catholic Register qui affirme être en possession de la liste complète des participants.
Quoi qu’il en soit la rencontre aura été à la fois une opération discrète et une opération de communication. S’agit-il de préparer les esprits à une tentative massive de modification de l’enseignement multi-séculaire – et surtout certain ! – de l’Eglise catholique ?
Outre le nouveau regard sur les unions homosexuelles, les participants ont évoqué, selon Pentin, la nécessité de « développer » l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité humaine, afin de remplacer la « théologie du corps » de saint Jean-Paul II par une « théologie de l’amour ». [...]
Mais poursuivons avec Pentin. « Un prêtre suisse a mis en avant « l’importance de la libido humaine » ; un autre participant, parlant de la communion pour les divorcés remariés, demande : « Comment pouvons-nous la refuser, comme si c’était une punition pour les gens qui ont eu un échec et qui ont trouvé un nouveau partenaire avec qui commencer une nouvelle vie ? » [...]
Edward Pentin rapporte que le cardinal Reinhard Marx est sorti de la réunion en insistant sur le fait qu’elle n’était pas « secrète », mais pressé de questions sur le manque de publicité qui lui avait été donnée, il s’est irrité, affirmant qu’il était là de manière « privée » et qu’il avait tous les droits de s’y rendre comme il voulait.
Personne ne se trompe en tout cas sur les grands objectifs de la rencontre, discrète ou pas, puisque le cardinal Marx ne cache pas sa volonté de voir modifier l’approche de l’Eglise vis-à-vis des homosexuels : dimanche dernier, jour de la Pentecôte, son homélie appelait à une « culture de l’accueil » de la part de l’Eglise à l’égard des homosexuels : « Ce ne sont pas les différences qui comptent, mais ce qui nous unit. »
Parmi les participants, Edward Pentin évoque la présence du chef de la conférence épiscopale suisse, Mgr Büchel de Sankt-Gallen qui préconise l’ordination des femmes. Mgr Pontier, également présent, ne brille pas par la rigueur de ses déclarations. Le Père jésuite Hans Langendörfer, secrétaire général de la conférence épiscopale d’Allemagne, a été la cheville ouvrière de lois du travail allemandes qui permettent aux divorcés remariés et aux couples homosexuels de travailler au sein d’institutions catholiques.
Une mention spéciale pour le P. Eberhard Schockendorff, théologien moral : les catholiques allemands de tournure plus traditionnelle y voient le « cerveau » des attaques contre l’enseignement certain de l’Eglise au sein de l’épiscopat allemand. Il est connu comme critique de Humanae vitae et comme soutien du clergé homosexuel, ainsi que de tous ceux qui demandent une modification de l’éthique sexuelle. Dès 2010, il donnait une interview où il rendait hommage à la permanence et à la solidarité que l’on constate au sein de certaines unions homosexuelles, d’une réelle « valeur éthique », disait-il. Toute évaluation des actes homosexuels « doit être reléguée au siège arrière » parce que les fidèles se distancient toujours davantage de la « morale sexuelle catholique » qui leur paraît « irréaliste et hostile », disait-il. Le pape et les évêques « doivent prendre cela au sérieux et ne pas rejeter ces idées comme laxistes », disait-il. Sans surprise, il propose de « libérer » la théologie morale de la « loi naturelle » et que la conscience doit s’appuyer sur « l’expérience de vie des fidèles ». Il est partisan de l’accès des divorcés remariés à la communion au motif que cela « ne remet pas sérieusement en cause l’indissolubilité du mariage », ce qui est le signe soit d’un ramollissement cérébral soit d’une totale absence de foi en la présence réelle de Notre Seigneur dans l’Eucharistie…
Edward Pentin cite encore parmi les présents Marco Impagliazzo, président de la communauté laïque Sant’Egidio, le père jésuite Andreas Battlogg, professeur de philosophie et de théologie, rédacteur en chef du journal de gauche Zimmen der Zeit, et le salésien Mgr Markus Graulich, auditeur prélat de la Rote romaine, l’un des rares représentants officiels de la Curie à prendre part à ce qu’il faut bien appeler cet exercice subversif. [...]"
Jeudi de la Pentecôte
Collecte
Dieu, qui avez instruit en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit : donnez-nous, par le même Esprit, de goûter ce qui est bien ; et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Notre-Seigneur … en l’unité du même Esprit.
Epître
En ces jours-là, Philippe, étant descendu dans la ville de Samarie, leur prêchait le Christ. Et les foules étaient attentives aux choses que Philippe disait, écoutant d’un commun accord, et voyant les miracles qu’il faisait. Car beaucoup d’esprits impurs sortaient de ceux qu’ils possédaient, en poussant de grands cris. Beaucoup de paralytiques et de boiteux furent aussi guéris. Il y eut donc une grande joie dans cette ville.
Evangile
En ce temps-là : Jésus ayant assemblé les douze apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. Puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. Et il leur dit : Ne portez rien en route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques. Dans quelque maison que vous soyez entrés, demeurez-y et n’en sortez pas. Et lorsqu’on ne vous aura pas reçus, sortant de cette ville, secouez la poussière même de vos pieds, en témoignage contre eux. Étant donc partis, ils parcouraient les villages, annonçant l’Évangile et guérissant partout.
Bréviaire saint Ambroise
Les préceptes évangéliques nous enseignent comment doit être celui qui annonce le royaume de Dieu : il faut qu’il soit sans bâton, ni sac, ni chaussure, ni pain, ni argent, c’est-à-dire qu’il ne recherche point les secours et les appuis de ce monde, mais que, fort de sa foi, il pense trouver d’autant mieux ces choses, qu’il les recherche moins. Ces mêmes paroles de l’Évangile, on peut, si l’on veut, les entendre aussi comme nous enseignant à spiritualiser les affections de notre cœur. Le cœur, en effet, semble se dépouiller comme d’un vêtement matériel, lorsque, non content de rejeter l’ambition et de mépriser les richesses, il renonce encore aux séductions de la chair. Aux prédicateurs de l’Évangile, il est donné avant tout le précepte général de porter la paix, de maintenir la constance, de garder les lois qu’imposé l’hospitalité ; ce précepte affirme qu’il est malséant pour un prédicateur du royaume céleste de courir de maison en maison et de méconnaître les lois de l’inviolable hospitalité.
Mais comme la gratitude pour le bienfait de l’hospitalité est prescrite, il est aussi commandé aux disciples, s’ils ne sont point reçus, de secouer la poussière, et de sortir de la ville. Ce qui nous apprend que la récompense de l’hospitalité ne sera pas un bien médiocre, c’est que non seulement nous apportons la paix à nos hôtes, mais que même, s’ils ont sur la conscience les taches de fautes commises par fragilité, elles leur seront enlevées par l’entrée et la réception des prédicateurs apostoliques. Ce n’est pas sans raison non plus que, dans l’Évangile de saint Matthieu, il est recommandé aux Apôtres de choisir la maison où ils doivent loger, afin qu’ils ne s’exposent point à l’occasion de violer les liens de l’hospitalité, en changeant de demeure. La même précaution n’est pas cependant requise de l’hôte, de crainte qu’en choisissant ceux qu’il reçoit, il n’exerce moins véritablement l’hospitalité.
Mais si ce précepte sur les devoirs de l’hospitalité, dans son sens littéral, est digne de respect ; l’enseignement céleste, dans le sens mystique, est plein de charmes. Lorsqu’on choisit une maison, on recherche un hôte digne. Voyons donc si ce n’est pas l’Église et le Christ qui sont désignés à nos préférences ? En effet, y a-t-il une maison plus digne de recevoir la prédication apostolique que la sainte Église ? Et le Christ ne nous semble-t-il pas devoir être préféré à tous, lui qui a coutume de laver les pieds de ceux qu’il reçoit, et qui ne souffre pas que ceux qu’il a reçus dans sa maison restent dans un chemin souillé ; mais qui, les trouvant couverts des taches de leur vie antérieure, daigne néanmoins les purifier pour l’avenir ? Jésus-Christ est donc le seul hôte que personne ne doit abandonner, que personne ne doit quitter pour un autre. C’est à lui qu’on dit avec raison : « Seigneur, à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle ; pour nous, nous croyons »
Le divin Esprit qui tient unis dans un même tout les membres de la sainte Église, parce qu’il est lui-même unique, n’a pas seulement été envoyé pour assurer l’unité inviolable à l’Épouse du Christ. Cette Épouse d’un Dieu qui s’est appelé lui-même la Vérité, a besoin d’être dans la vérité, et ne peut être accessible à l'erreur. Jésus lui a confié sa doctrine, il l’a instruite en la personne des Apôtres. « Tout ce que j’ai entendu de mon Père, dit-il, je vous l’ai manifesté ». Mais comment cette Église, si elle est laissée à l’humaine faiblesse, pourra-t-elle conserver sans mélange et sans altération, durant la traversée des siècles, cette parole que Jésus n’a pas écrite, cette vérité qu’il est venu de si haut apportera la terre ? L’expérience prouve que tout s’altère ici-bas, que les textes écrits sont sujets à de fausses interprétations, et que les traditions non écrites deviennent méconnaissables par le cours des années.
C’est ici encore que nous devons reconnaître la divine prévoyance de notre Emmanuel montant au ciel. De même que pour accomplir le désir qu’il a « que nous soyons un, comme il est un avec son Père », il a député vers nous son unique Esprit ; ainsi, pour nous maintenir dans la vérité, il nous a envoyé ce même Esprit qu’il appelle l’Esprit de vérité. « Quand il sera venu, dit-il, cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité ». Et quelle est la vérité qu’enseignera cet Esprit ? « Il enseignera toutes choses, et il vous suggérera tout ce que je vous aurai dit ».
Rien donc ne se perdra de ce que le Verbe divin a dit aux hommes. La beauté de son Épouse aura pour fondement la vérité ; car la beauté est la splendeur du vrai. Sa fidélité à l’Époux sera parfaite ; car s’il est la Vérité, la Vérité est assurée en elle pour jamais. Jésus le déclare ainsi : « Le nouveau Consolateur que le Père vous enverra demeurera avec vous pour toujours, et il sera en vous ». C’est donc par l’Esprit-Saint que l’Église possédera en propre la vérité, et cette possession ne lui sera jamais enlevée ; car cet Esprit envoyé par le Père et par le Fils s’attachera à l’Église et ne la quittera plus.
C’est ici le moment de se rappeler la magnifique théorie de saint Augustin. Selon sa doctrine qui n’est que l’explication des passages du saint Évangile que nous venons de lire, l’Esprit-Saint est le principe de la vie dans l’Église ; étant donc l’Esprit de vérité, il conserve la vérité en elle, il la dirige dans la vérité, en sorte qu’elle ne peut exprimer que la vérité dans son enseignement et dans sa conduite. Il assume la responsabilité de ses paroles, comme notre esprit répond de ce que profère notre langue ; et c’est pour cela que la sainte Église est tellement identifiée avec la vérité par son union avec l’Esprit divin, que l’Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire qu’elle en est « la colonne et l’appui ». Que l’on ne s’étonne donc pas si le chrétien se repose sur l’Église dans sa croyance. Ne sait-il pas que cette Église n’est jamais seule, qu’elle est toujours avec l’Esprit divin qui vit en elle, que sa parole n’est pas sa parole à elle, mais la parole de l’Esprit qui n’est autre que la parole de Jésus ? Or cette parole de Jésus, l’Esprit la conserve pour l’Église dans un double dépôt. Il veille sur elle dans les saints Évangiles qu’il a inspirés à leurs auteurs. Par ses soins, ces livres sacrés sont défendus contre toute altération, et ils traversent les siècles sans que la main de l’homme leur ait fait subir de changement. Il en est de même des autres livres du Nouveau Testament composés sous le souffle du même Esprit. Ceux dont se compose l’Ancien Testament sont également le produit de l’inspiration du divin Esprit. S’ils ne rapportent pas les discours de Jésus durant sa vie mortelle, ils parlent de lui, ils l’annoncent, en même temps qu’ils contiennent la première initiation aux choses divines. Cet ensemble des livres sacrés est rempli des mystères dont l’Esprit a la clef pour la communiquer à l’Église.
L’autre source de la parole de Jésus est la Tradition. Tout ne devait pas être écrit, et l’Église existait déjà que les Évangiles n’étaient pas encore rédigés. Cette Tradition, élément divin comme l’Écriture elle-même, comment aurait-elle survécu sans altération, si l’Esprit de Vérité ne veillait à sa garde ? Il la maintient donc dans la mémoire de l’Église, il la préserve de tout changement : c’est sa mission, et par la fidélité qu’il met à remplir cette mission, l’Épouse demeure en possession de tous les secrets de l’Époux.
Mais il ne suffit pas que l’Église possède la vérité écrite et traditionnelle, comme un dépôt scellé. Il faut encore qu’elle en ait le discernement, afin de pouvoir l’interpréter à ceux auxquels elle doit rendre les enseignements de Jésus. La vérité n’est pas descendue du ciel pour n’être pas communiquée aux hommes ; car elle est leur lumière, et sans elle ils languiraient dans les ténèbres, sans savoir d’où ils viennent et où ils vont. L’Esprit de Vérité ne se bornera donc pas à conserver la parole de Jésus dans l’Église comme un trésor caché, il en dirigera l’épanchement sur les hommes, afin qu’ils y puisent la vie de leurs âmes. L’Église sera donc infaillible dans son enseignement ; car elle ne pourrait se tromper ni tromper les hommes, puisque l’Esprit de Vérité la conduit en tout et parle par son organe. Il est son âme, et nous avons reconnu, avec saint Augustin, que lorsque la langue s’exprime, c’est l’âme que l’on entend.
La voilà, cette infaillibilité de notre mère la sainte Église, résultat direct et immédiat de l’incorporation de l’Esprit de Vérité en elle ! C’est la promesse du Fils de Dieu, c’est l’effet nécessaire de la présence du Saint-Esprit. Quiconque ne reconnaît pas l’Église pour infaillible doit, s’il est conséquent avec lui-même, admettre que le Fils de Dieu a été impuissant à remplir sa promesse, et que l’Esprit de Vérité n’est qu’un Esprit d’erreur. Mais celui qui raisonne ainsi a perdu le sentier de la vie ; il a cru nier seulement l’Église, et sans s’en apercevoir, c’est Dieu même qu’il a renié. Tel est le crime et le malheur de l’hérésie. Le défaut de réflexion sérieuse peut voiler cette terrible conséquence : elle n’en est pas moins rigoureusement déduite. L’hérétique a rompu avec le Saint-Esprit, en rompant de pensée avec l’Église : il pourrait revivre en retournant humblement vers l’Épouse du Christ, mais présentement il est dans la mort ; car l’âme ne l’anime plus. Écoutons encore le grand Docteur : « Il arrive parfois, dit-il, qu’un membre du corps humain soit coupé, une main, un doigt, un pied : l’âme suit-elle le membre ainsi séparé du corps ? Non ; ce membre, quand il était uni au corps, jouissait de la vie ; isolé maintenant, c’est la vie même qu’il a perdue. De même le chrétien demeure catholique tant qu’il est adhérent au corps de l’Église ; en est-il séparé, le voilà hérétique ; l’Esprit ne suit pas le membre qui s’est détaché ».
Honneur soit donc à l’Esprit divin pour la splendeur de vérité qu’il communique à l’Épouse ! Mais pourrions-nous, sans le plus affreux péril, imposer des bornes à notre docilité, aux enseignements qui nous viennent à la fois de l’Esprit et de l’Épouse que nous savons unis d’une manière si indissoluble ? Soit donc que l’Église nous intime ce que nous devons croire en nous montrant sa pratique, ou par la simple énonciation de ses sentiments, soit qu’elle déclare solennellement la définition attendue, nous devons regarder et écouter avec soumission de cœur : car la pratique de l’Église est maintenue dans la vérité par l’Esprit qui la vivifie ; renonciation de ses sentiments à toute heure est l’aspiration continue de cet Esprit qui vit en elle ; et quant aux sentences qu’elle rend, ce n’est pas elle seule qui prononce, c’est l’Esprit qui prononce en elle et par elle. Si c’est son Chef visible qui déclare la doctrine, nous savons que Jésus a daigné prier pour que la foi de Pierre ne défaille pas, qu’il l’a obtenu de son Père, et qu’il a confié à l’Esprit la charge de maintenir Pierre en possession d’un don si précieux pour nous. Si le Pontife suprême, à la tète du collège épiscopal réuni conciliairement, déclare la foi dans l’accord parfait du Chef et des membres, c’est l’Esprit qui dans ce jugement collectif prononce avec une majesté souveraine pour la gloire de la vérité et la confusion de l’erreur. C’est l’Esprit qui a abattu toutes les hérésies sous les pieds de l’Épouse victorieuse ; c’est l’Esprit qui a suscité dans son sein, à tous les siècles, les docteurs qui ont terrassé l’erreur aussitôt qu’elle s’est montrée.
Elle a donc en partage le don de l’infaillibilité, notre Église bien-aimée ; elle est donc vraie en tout et toujours, l’Épouse de Jésus ; et elle doit cet heureux sort à celui qui procède éternellement du Père et du Fils. Mais il est encore une gloire dont elle lui est redevable.
L’Épouse du Dieu saint doit être sainte. Elle l’est ; et c’est de l’Esprit de sainteté qu’elle reçoit la sainteté. La vérité et la sainteté sont unies en Dieu d’une manière indissoluble ; et c’est pour cela que Jésus voulant « que nous soyons parfaits comme notre Père céleste est parfait », et que tout en restant de simples créatures nous cherchions notre type dans le souverain bien, demande « que nous soyons sanctifiés dans la Vérité ».
Jésus a donc remis son Épouse à la direction de l’Esprit, afin qu’il la rendît sainte. Or, la sainteté est tellement inhérente à cet Esprit divin qu’elle sert à le désigner comme sa qualité fondamentale. Jésus lui-même l’appelle le Saint-Esprit, en sorte que c’est sur le témoignage du Fils de Dieu que nous lui donnons ce beau nom. Le Père est la Puissance, le Fils est la Vérité, l’Esprit est la Sainteté ; et c’est pour cela que l’Esprit remplit ici-bas le ministère de sanctificateur, bien que le Père et le Fils soient saints, de même que la vérité est dans le Père et dans l’Esprit, et que l’Esprit ainsi que le Fils aient aussi la puissance. Les trois divines personnes ont leurs propriétés spéciales, mais elles sont unies dans une seule et même essence. Or, la propriété spéciale du Saint-Esprit est d’être l’amour, et l’amour produit la sainteté ; car il unit et identifie le souverain bien avec celui qui en a l’amour, et cette union ou identification est la sainteté qui est la splendeur du Bien, comme la beauté est la splendeur du Vrai.
Pour être digne de l’Emmanuel son Époux, l’Église devait donc être sainte. Il lui avait donne la vérité que l’Esprit a maintenue en elle ; l’Esprit à son tour lui donnera la sainteté, et le Père céleste la voyant vraie et sainte, l’adoptera pour sa fille : telle est sa destinée glorieuse. Voyons maintenant les traits de cette sainteté. Le premier est la fidélité à l’Époux. Or, l’histoire de l’Église tout entière dépose de cette fidélité. Tous les pièges lui ont été tendus, toutes les violences ont été dirigées contre elle, pour la séduire et pour la détacher de l’Époux. Elle a tout déjoué, tout bravé ; elle a sacrifié son sang, son repos, et jusqu’au territoire où elle régnait, plutôt que de laisser altérer entre ses mains le dépôt que l’Époux lui avait confié. Comptez, si vous pouvez, les martyrs depuis les Apôtres jusqu’aujourd’hui. Rappelez-vous les offres des princes, si elle voulait se taire sur la vérité divine, les menaces et les traitements cruels qu’elle a encourus plutôt que de laisser mutiler son symbole. Pourrait-on oublier les luttes formidables qu’elle a soutenues contre les empereurs d’Allemagne pour sauvegarder sa liberté dont son Époux est si jaloux ; le noble détachement qu’elle a montré, aimant mieux voir l’Angleterre rompre avec elle que de sanctionner par une dispense illicite l’adultère d’un roi ; la générosité qu’elle a fait paraître dans la personne de Pie IX, en bravant les dédains de la politique mondaine et les lâches étonnements des faux catholiques, plutôt que de laisser un enfant juif à qui le baptême avait été conféré en danger de mort, exposé à renier l’ineffable caractère de chrétien, et à blasphémer le Christ dont il était devenu l’heureux membre ?
L’Église agit et agira ainsi jusqu’à la fin, parce qu’elle est sainte dans sa fidélité ; et l’Esprit nourrit toujours en elle un amour qui ne calcule jamais en présence du devoir. Elle peut ouvrir le code de ses lois en présence de ses ennemis comme de ses enfants fidèles, et leur demander s’ils pourraient en signaler une seule qui n’ait pas pour objet de procurer la gloire de son Époux et le bien des hommes par la pratique de la vertu.
Aussi, voyons-nous sortir de son sein des millions d’êtres vertueux qui s’en vont à Dieu après cette vie. Ce sont les saints que l’Église sainte produit par l’influence de l’Esprit-Saint. Dans toutes ces myriades d’élus, il n’en est pas un que l’Église ne revendique comme le fruit de son sein maternel. Ceux-là mêmes qu’une permission divine a laissé naître dans les sociétés séparées, s’ils ont vécu dans la disposition d’embrasser la vraie Église quand elle leur serait manifestée, et s’ils ont pratiqué toutes les vertus dans une entière fidélité à la grâce qui est le fruit de l’universelle rédemption : cette Église sainte les réclame pour ses fils.
Chez elle fleurissent tous les dévouements, tous les héroïsmes. Des vertus inconnues au monde avant qu’elle fût fondée, sont journalières dans son sein. En elle il est des saintetés éclatantes qu’elle couronne des honneurs de la canonisation : il est des vertus humbles et cachées qui ne rayonneront qu’au jour de l’éternité. Les préceptes de Jésus sont observés par ses disciples, et il règne en eux comme un maître chéri. Mais ce maître a donné aussi des conseils qui ne sont pas à la portée de tous, et c’est la source d’un nouvel épanouissement de la sainteté intarissable de l’Épouse. Non seulement il est des âmes généreuses qui s’attachent avec amour à ces divins conseils ; mais le sein de l’Église fécondé par le divin Esprit ne cesse de produire et d’alimenter d’immenses familles religieuses, dont l’élément est la perfection, dont la loi suprême est la pratique des conseils unie par le vœu à celle des préceptes.
Nous ne nous étonnerons plus après cela que l’Épouse resplendisse de ce don des miracles qui atteste visiblement la sainteté. Jésus lui a promis que son front serait toujours entouré de cette surnaturelle auréole : or, l’Apôtre nous enseigne que les prodiges opères dans l’Église sont l’œuvre directe du Saint-Esprit.
Que si quelqu’un fait la remarque que tous les membres de l’Église ne sont pas saints, nous lui répondrons qu’il suffit que cette Épouse du Christ offre à tous le moyen de le devenir ; mais que la liberté étant donnée pour être l’instrument du mérite, il serait contradictoire que ceux qui possèdent la liberté fussent en même temps nécessités au bien. Nous ajouterons qu’un nombre immense de ceux qui sont dans le péché, restant membres de l’Église par la foi et la soumission respectueuse aux pasteurs légitimes et principalement au Pontife romain, rentreront tôt ou tard en grâce avec Dieu et termineront leur vie dans la sainteté. La miséricorde de l’Esprit-Saint opère cette merveille par le moyen de l’Église qui, à l’exemple de son Époux, « n’éteint pas la mèche qui fume encore, et n’achève pas de rompre le roseau déjà éclaté ».
Celle qui a reçu, pour le communiquer à ses membres, le divin septénaire des Sacrements dont nous avons exposé la richesse dans le cours d’une des semaines précédentes, comment ne serait-elle pas sainte ? Est-il rien de plus saint que cet auguste ensemble de rites qui donnent les uns la vie aux pécheurs, les autres l’accroissement de la grâce aux justes ? Ces Sacrements établis par Jésus lui-même et qui sont l’héritage de la sainte Église, ont tous leur relation avec l’Esprit-Saint. Dans le Baptême, la Confirmation et l’Ordre, c’est lui-même qui agit directement ; dans le Sacrifice eucharistique, c’est par son action que l’Homme-Dieu vit et est immolé sur notre autel ; il fait renaître la grâce baptismale dans la Pénitence ; il est l’Esprit de Force qui conforte le mourant dans l’Onction suprême, le lien sacré qui unit indissolublement les époux dans le Mariage. En montant aux cieux, notre Emmanuel nous laissait comme gage de son amour ce septénaire sacramentel ; mais le trésor demeura scellé jusqu’à ce que l’Esprit divin fût descendu. Il devait lui-même mettre l’Épouse en possession d’un dépôt si précieux, l’ayant préparée, en la sanctifiant, à le recevoir dans ses royales mains et à l’administrer fidèlement à ses heureux membres.
L’Église enfin est sainte au moyen de la prière qui en elle est incessante. Celui qui est « l’Esprit de grâce et de prières » produit continuellement dans les fidèles de l’Église, les actes divers qui forment le sublime concert de la prière : adoration, action de grâces, demande, élans du repentir, effusions de l’amour. Il y joint chez plusieurs les dons de la contemplation, par lesquels la créature est tantôt ravie jusqu’en Dieu, tantôt voit descendre Dieu jusqu’à elle avec des faveurs qui tiennent de la vie à venir plus que de celle-ci. Qui pourrait compter les respirations de la sainte Église, je veux dire ses épanchements vers l’Époux, dans les millions de prières qui montent à chaque minute de la terre au ciel, et semblent les unir l’un à l’autre dans le plus étroit embrassement ? Comment ne serait-elle pas sainte, celle qui a ainsi, selon la forte expression de l’Apôtre : « sa conversation dans le ciel ? ».
Mais si la prière des membres est si merveilleuse dans sa multiplication et son ardeur, combien plus encore est imposante et plus belle la prière générale de l’Église elle-même dans la sainte Liturgie, où l’Esprit-Saint agit avec plénitude, inspirant l’Épouse, et lui suggérant ces touchants et nobles accents que nous avons cherché à traduire dans la succession de cet ouvrage ! Que ceux qui nous ont suivi jusqu’ici disent si la prière liturgique n’est pas la première de toutes, si elle n’est pas désormais la lumière et la vie de leur prière personnelle. Qu’ils applaudissent donc à la sainteté de l’Épouse qui leur donne de sa plénitude, et qu’ils glorifient « l’Esprit de grâce et de prière » de ce qu’il daigne faire pour elle et pour eux.
O Église, vous êtes « sanctifiée dans la vérité » ; et par vous nous sommes initiés à toute la doctrine de Jésus votre Époux ; par vous nous sommes établis dans la voie de cette sainteté qui est votre élément. Que pouvons-nous désirer, ayant ainsi le Vrai et le Bien ? Hors de vous c’est en vain que nous les chercherions, et notre bonheur consiste en ce que nous n’avons rien à chercher ; car votre cœur de mère ne désire que de répandre sur nous tout ce qu’il a reçu de dons et de lumières. Soyez bénie en cette solennité de la Pentecôte où vous avez tant reçu pour nous ! Nous sommes éblouis de l’éclat des prérogatives que la munificence de votre Époux vous a préparées, et dont l’Esprit-Saint vous comble de sa part ; et maintenant que nous vous connaissons mieux encore, nous promettons de vous être plus fidèles que jamais.
La Station du Jeudi de la Pentecôte est dans la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Ce vénérable sanctuaire où repose la dépouille du vaillant Archidiacre de l’Église romaine, est un des plus nobles trophées de la victoire de l’Esprit divin sur le Prince du monde, et l’assemblée annuelle des fidèles dans un tel lieu depuis tant de siècles atteste combien fut complète la victoire qui donna au Christ Home et sa puissance.
L’Église arménienne se retrouve aujourd’hui pour nous fournir la matière des louanges que nous offrirons à l’Esprit Saint, dans ces belles strophes qui respirent un si odorant parfum d’antiquité.
Mercredi des Quatre-Temps de la Pentecôte
Les Quatre-Temps d’été coïncident toujours avec l’Octave de la Pentecôte. L’Eglise y offre à Dieu les prémices de la saison nouvelle et prie pour les prêtres qui, samedi prochain, vont recevoir l’Esprit-Saint dans le Sacrement de l’Ordre. La Station du Mercredi des Quatre-Temps se faisait toujours à Sainte-Marie-Majeure. C’est aux pieds de la Vierge, que l’Esprit-Saint remplit de ses grâces au Cénacle, que se réunissaient les nouveaux baptisés.
Epître
En ces jours-là, Pierre se présentant avec les onze, éleva la voix, et leur dit : Hommes Juifs, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, sachez bien ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles. Ces hommes ne sont pas ivres, comme vous le supposez, car il n’est que la troisième heure du jour. Mais il arrive ce qui a été dit par le prophète Joël : Il arrivera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes. Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront. Et je ferai paraître en haut des prodiges dans le ciel, et des miracles en bas sur la terre ; du sang, du feu, et une vapeur de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le grand et glorieux jour du Seigneur. Et alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
Lecture
En ces jours-là, par les mains des apôtres il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges parmi le peuple ; et ils se tenaient tous ensemble sous le portique de Salomon. Aucun des autres n’osait se joindre à eux ; mais le peuple faisait d’eux de grands éloges. Et la multitude de ceux qui croyaient au Seigneur, hommes et femmes, s’augmentait de plus en plus ; au point qu’on apportait les malades dans les rues, et qu’on les mettait sur des lits et des grabats, afin que, Pierre venant à passer, son ombre au moins couvrît quelqu’un d’eux, et qu’ils fussent délivrés de leurs infirmités. Une foule nombreuse accourait aussi à Jérusalem des villes voisines, amenant des malades, et ceux que tourmentaient des esprits impurs ; et ils étaient tous guéris.
Evangile
En ce temps-là : Jésus dit à la foule des Juifs : Personne ne peut venir à moi, si le Père, qui m’a envoyé, ne l’attire ; et moi je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconque a entendu le Père, et a reçu son enseignement, vient à moi. Non que quelqu’un ait vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu ; celui-là a vu le Père. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde.
Bréviaire
Ne t’imagine pas que tu sois attiré malgré toi ; l’âme est attirée par l’amour aussi. Et nous ne devons pas craindre d’être repris peut-être, au sujet de cette parole évangélique des saintes Écritures, par des hommes qui pèsent à l’excès les paroles et qui sont loin de comprendre les choses, surtout celles de Dieu ; nous ne devons pas craindre que l’on nous dise : Comment puis-je croire par ma libre volonté si je suis attiré ? Moi je réponds : C’est peu dire : par la volonté, vous êtes même attiré par le plaisir. Qu’est-ce qu’être attiré par le plaisir ? « Mets tes délices dans le Seigneur, et il t’accordera ce que ton cœur demande ». Il existe une certaine volupté pour le cœur auquel est doux ce pain céleste. Or si un poète a pu dire : « Chacun est attiré par son plaisir » ; remarquez, non par la nécessité, mais par le plaisir ; non par le devoir, mais par la jouissance : à combien plus forte raison, devons-nous dire que celui-là est attiré vers le Christ, qui fait ses délices de la vérité, de la béatitude, de la justice, de la vie éternelle ; car le Christ est tout cela. Quoi ! Les sens du corps auraient leurs voluptés, et l’âme n’aurait point les siennes ? Si l’âme n’a point ses jouissances, comment expliquer ces paroles : « Les enfants des hommes espéreront à l’abri de vos ailes, ils seront enivrés de l’abondance de votre maison, et vous les abreuverez du torrent de vos délices ; parce qu’en vous est une source de vie, et que dans votre lumière nous verrons la lumière ? »
Donne-moi un cœur qui aime, il sent ce que je dis ; donne-moi un cœur qui désire, donne-moi un cœur qui ait faim, donne-moi un cœur qui se regarde comme exilé et voyageur dans ce désert, un cœur qui ait soif du ciel et qui soupire après la source de l’éternelle patrie ; donne-moi un tel cœur, il sait ce que je dis. Mais si je parle à un cœur froid, il ne comprend pas mon langage. Tels étaient les juifs qui murmuraient entre eux. « Celui, dit le Sauveur, que mon Père attire, vient à moi. » Mais que signifient ces paroles : « Celui que mon Père attire, » puisque le Christ lui-même attire ? Dans quelle intention le Sauveur s’est-il exprimé ainsi : « Celui que mon Père attire ? » Si nous devons être entraînés, soyons-le par celui à qui une âme aimante disait : « Après toi nous courrons à l’odeur de tes parfums ».Considérons attentivement, mes frères, ce que le Sauveur veut nous faire entendre, et comprenons le dans la mesure de nos forces. Le Père attire au Fils ceux qui croient au Fils, par ce qu’ils sont persuadés qu’il a Dieu pour Père. Dieu le Père, en effet, a engendré un Fils égal à lui ; et l’homme qui reconnaît dans sa pensée que celui en qui il croit est égal au Père, qui possède dans sa foi le sentiment de cette vérité et qui la médite, le Père l’attire vers son Fils.
Arius a cru que le Fils était une créature ; le Père ne l’a point attiré, car on ne considère pas le Père, lorsqu’on ne croit point que le Fils lui est égal. Que dis-tu, ô Arius ? Que dis-tu, hérétique ? Quel langage tiens-tu ? Qu’est-ce que le Christ ? Il n’est point le Dieu véritable, dis-tu, mais il a été fait par le Dieu véritable. Le Père ne t’a point attiré : car tu n’as pas compris le Père dont tu nies le Fils. Ce que tu penses du Christ est tout différent de ce qu’il est, ce n’est pas lui ; tu n’es point attiré par le Père, et tu n’es point attiré vers le Fils, car autre chose est le Fils, autre chose ce que tu dis qu’il est. Photin dit : Jésus-Christ n’est qu’un homme : il n’est pas Dieu aussi. Celui qui pense ainsi, le Père ne l’a pas attiré. Quel est celui que le Père a attiré ? Celui qui dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant » On montre à une brebis un rameau vert et on l’attire ; on montre des noix à un enfant et il est attiré ; et puisqu’il court, il est attiré par ce qu’il aime, il est attiré sans aucune violence extérieure, il est attiré par le lien du cœur. Si les charmes que les délices et les voluptés terrestres révèlent aux cœurs aimants exercent sur eux une véritable puissance d’attraction, car elle est vraie cette maxime : « Chacun est attiré par son plaisir, » refuserons-nous cette puissance à Jésus-Christ, qui nous est révélé par le Père ? Qu’est-ce que l’âme, en effet, désire plus vivement que la vérité ?
....L’union de l’Esprit-Saint avec l’humanité de Jésus est une des bases du mystère de l’Incarnation. Notre divin médiateur est appelé le Christ, parce qu’il a reçu l’onction et cette onction est l’effet de l’union de son humanité avec le Saint-Esprit. Cette union est indissoluble : éternellement le Verbe demeurera uni à son humanité, éternellement aussi le divin Esprit-Saint imprimera sur cette humanité le sceau de l’onction qui fait le Christ. Il suit de là que l’Église, étant le corps de Jésus-Christ, doit avoir part à l’union qui existe entre son divin Chef et l’Esprit-Saint. Le chrétien, dans le baptême, reçoit l’onction divine par le Saint-Esprit qui habite désormais en lui comme le gage de l’héritage éternel ; mais il y a cette différence qu’il peut perdre par le péché cette union qui est en lui le principe de la vie surnaturelle, tandis qu’elle ne peut jamais faire défaut au corps même de l’Église. L’Esprit-Saint est incorporé à l’Église pour toujours ; il est le principe qui l’anime, qui la fait agir et mouvoir, et lui fait surmonter toutes les crises auxquelles, par la permission divine, elle demeure exposée durant le trajet de cette vie militante.
Saint Augustin exprime admirablement cette doctrine dans un de ses Sermons pour la fête de la Pentecôte : « Le souffle par lequel vit l’homme, nous dit-il, s’appelle l’âme ; et vous êtes à même d’observer le rôle de cette âme relativement au corps. C’est elle qui donne la vie aux membres : elle qui voit par l’œil, entend par l’oreille, sent par l’odorat, parle par la langue, opère par la main, marche par les pieds. Présente à chaque membre, elle donne la vie à tous et la fonction à chacun. Ce n’est pas l’œil qui entend, ce n’est pas l’oreille qui voit ni la langue, de même que ce n’est ni l’oreille ni l’œil qui parlent ; cependant l’oreille est vivante, la langue est vivante ; les fonctions des sens sont donc variées, mais une même vie est commune à tous. Ainsi en est-il dans l’Église de Dieu. Dans tel saint elle opère des miracles, dans tel autre elle enseigne la vérité, dans celui-ci elle pratique la virginité, dans celui-là elle garde la chasteté conjugale ; en un mot les divers membres de l’Église ont leurs fonctions variées, mais tous puisent la vie à une même source. Or ce qu’est l’âme au corps humain, le Saint-Esprit l’est au corps du Christ qui est l’Église. Le Saint-Esprit opère dans toute l’Église ce que l’âme opère dans tous les membres d’un même corps ».
La voilà donc dégagée, cette notion à l’aide de laquelle nous nous rendrons compte de l’existence de l’Église et de ses opérations. L’Église est le corps du Christ, et en elle le Saint-Esprit est le principe de la vie. C’est lui qui l’anime, la conserve, agit en elle et par elle. Il est son âme, non plus seulement dans le sens restreint selon lequel nous avons parlé plus haut de l’âme de l’Église, c’est-à-dire son être intérieur qui est du reste en elle le produit de l’action du Saint-Esprit ; mais il est son âme en ce que toute sa vie intérieure et extérieure, et toute son opération, procèdent de lui. L’Église est impérissable, parce que l’amour qui a porté l’Esprit-Saint à habiter en elle durera toujours ; telle est la raison de cette perpétuité qui est le phénomène le plus étonnant en ce monde.
Mais il nous faut considérer maintenant cette autre merveille qui consiste dans la conservation de l’unité au sein de cette société. L’Époux, dans le divin Cantique, appelle l’Église « son unique ». Il n’a pas désiré plusieurs épouses ; l’Esprit-Saint aura donc dû veiller avec sollicitude sur l’accomplissement du dessein de l’Emmanuel. Suivons les traces de sa sollicitude pour obtenir un tel résultat. Est-il possible humainement qu’une société traverse dix-huit siècles sans avoir changé, sans avoir remanié son existence en mille façons, en supposant même que, sous un nom ou sous un autre, elle ait pu remplir une telle durée ? Songez que cette société, durant un si long espace de temps, n’a pu manquer de voir s’agiter dans son sein, sous mille formes, les passions humaines qui souvent entraînent tout après elles ; qu’elle a toujours été composée de races diverses de langage, de génie, de mœurs, tantôt éloignées les unes des autres au point de se connaître à peine, tantôt voisines mais divisées par des intérêts et même par des antipathies nationales ; que des révolutions politiques sans nombre ont modifié sans cesse, renversé même l’existence des peuples ; et cependant, partout où il a existé, partout où il existera des catholiques, l’unité demeure le caractère de ce corps immense et des membres qui le composent. Une même foi, un même symbole, une même soumission à un même chef visible, un même culte quant aux points essentiels, une même manière de trancher toute question par la tradition et l’autorité. Des sectes se sont élevées en chaque siècle ; toutes ont dit : « Je suis la vraie Église » ; et pas une seule n’a pu survivre aux circonstances qui l’avaient produite. Où sont maintenant les ariens avec leur puissance politique, les nestoriens, les eutychiens, les monothélites, avec leurs inépuisables subtilités ? Quoi de plus impuissant et de plus stérile que le schisme grec asservi soit au sultan, soit au moscovite ? Que reste-t-il du jansénisme épuisé par ses vains efforts pour se maintenir dans l’Église malgré l’Église ? et quant au protestantisme parti du principe de négation, ne l’a-t-on pas vu dès le lendemain brisé en morceaux, sans jamais pouvoir former une même société religieuse ? Et ne le voyons-nous pas aujourd’hui aux abois, incapable de retenir les dogmes qu’il avait regardés d’abord comme fondamentaux : l’inspiration des Écritures et la divinité de Jésus-Christ ?
En face de tant de ruines amoncelées, qu’elle est belle et radieuse dans son unité, notre mère la sainte Église catholique, l’Épouse unique de l’Emmanuel ! Les millions d’hommes qui l’ont composée, et qui la composent encore aujourd’hui, seraient-ils d’une autre nature que ceux qui se sont partagés entre les diverses sectes qu’elle a vues naître et mourir ? Orthodoxes ou hétérodoxes, ne sommes-nous pas tous membres de la même famille humaine, sujets aux mêmes passions et aux mêmes erreurs ? D’où vient aux fils de l’Église catholique cette consistance qui triomphe du temps, sur laquelle n’influe pas la dissemblance des races, qui survit à ces crises et à ces changements que n’ont pu prévenir ni la forte constitution des États, ni la résistance séculaire des nationalités ? Il faut en convenir, un élément divin est là qui résiste et qui maintient. L’âme de l’Église, l’Esprit-Saint, influe dans tous ses membres, et comme il est unique, il produit l’unité dans tout l’ensemble qu’il anime. Ne pouvant être contraire à lui-même, rien ne subsiste par lui qu’au moyen d’une entière conformité avec ce qu’il est. Nous avons ainsi la clef du grand problème.
Demain nous parlerons de ce que fait l’Esprit-Saint pour le maintien de la foi une et invariable dans tout le corps de l’Église ; arrêtons-nous aujourd’hui à le considérer comme principe d’union extérieure par la subordination volontaire à un même centre d’unité. Jésus avait dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ; mais Pierre devait mourir. La promesse n’avait donc pas pour objet sa personne seulement, mais toute la suite de ses successeurs jusqu’à la fin des siècles. Quelle étonnante et énergique action du divin Esprit produit ainsi, anneau par anneau, cette dynastie de princes spirituels arrivée à son deux cent soixante-troisième Pontife, et devant se poursuivre jusqu’au dernier jour du monde ! Aucune violence ne sera faite à la liberté humaine ; le divin Esprit lui laissera tout tenter ; mais il faut cependant qu’il poursuive sa mission. Qu’un Décius produise par ses violences une vacance de quatre ans sur le siège de Rome, qu’il s’élève des antipapes soutenus les uns par la faveur populaire, les autres par la politique des princes, qu’un long schisme rende douteuse la légitimité de plusieurs Pontifes, l’Esprit-Saint laissera s’écouler l’épreuve, il fortifiera, pendant qu’elle dure, la foi de ses fidèles ; enfin, au moment marqué, il produira son élu, et toute l’Église le recevra avec acclamation.
Pour comprendre tout ce que cette action surnaturelle renferme de merveilleux, il ne suffit pas d’apprécier les résultats extérieurs qu’elle produit dans l’histoire ; il faut la suivre dans ce qu’elle a d’intime et de mystérieux. L’unité de l’Église n’est pas du genre de cette unité que les conquérants établissent dans les pays qu’ils ont soumis, où l’on paie le tribut parce qu’il faut bien se soumettre à la force. Les membres de l’Église gardent l’unité dans la foi et dans la soumission, parce qu’ils se courbent avec amour sous un joug imposé à leur liberté et à leur raison. Mais qui donc captive ainsi l’orgueil humain sous une telle obéissance ? Qui donc fait trouver la joie et le contentement dans l’abaissement de toute prétention personnelle ? Qui donc dispose l’homme à mettre sa sécurité et son bonheur à disparaître comme individu dans cette unité absolue, et cela en des questions où le caprice humain s’est donné plus large carrière dans tous les temps ? N’est-ce pas le divin Esprit qui opère ce miracle multiple et permanent, qui anime et harmonise ce vaste ensemble, et qui, sans violence, fond dans l’unité d’un même concert les millions de cœurs et d’esprits qui forment l’Épouse « unique » du Fils de Dieu ?
Dans les jours de sa vie mortelle, Jésus demandait pour nous l’unité au Père céleste. « Qu’ils soient un, comme nous sommes un », disait-il. Il la prépare, en nous appelant à devenir ses membres ; mais pour opérer cette union, il envoie aux hommes son Esprit, cet Esprit divin qui est le lien éternel entre le Père et le Fils, et qui daigne, dans le temps, descendre jusqu’à nous, pour y réaliser cette unité ineffable qui a son type en Dieu même. Grâces vous soient donc rendues, divin Esprit, qui habitant ainsi dans l’Église de Jésus, nous inclinez miséricordieusement vers l’unité, qui nous la faites aimer, et nous disposez à tout souffrir plutôt que de la rompre. Fortifiez-la en nous, et ne permettez jamais qu’un défaut de soumission l’altère même légèrement. Vous êtes l’âme de la sainte Église ; gouvernez-nous comme des membres toujours dociles à votre impulsion ; car nous savons que nous ne saurions être à Jésus qui vous a envoyé, si nous n’étions à l’Église son Épouse et notre Mère, à cette Église qu’il a rachetée de son sang, et qu’il vous a donnée à former et à conduire.
Une notion de la Rédemption incomplète et un subtil naturalisme
«De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… Recevez l’Esprit Saint» (Jn 20, 21-22), nous dit Jésus. L’effusion qui a eu lieu le soir de la Résurrection se répète le jour de Pentecôte [Non, ce n'est pas la même car Jésus n'a pas été encore glorifié], renforcée par d’extraordinaires manifestations extérieures. Le soir de Pâques, Jésus apparaît aux Apôtre et souffle sur eux son Esprit (cf. Jn 20, 22); le matin de la Pentecôte, l’effusion se produit de façon retentissante, comme un vent qui s’abat avec impétuosité sur la maison et fait irruption dans les esprits et dans les cœurs des Apôtres. En conséquent, ils reçoivent une énergie telle qu’elle les pousse à annoncer en différentes langues l’événement de la Résurrection du Christ: «Tous furent remplis d’Esprit Saint: ils se mirent à parler en d’autres langues» (Ac 2, 4). Avec eux se trouvait Marie, la Mère de Jésus, la première disciple, et ici Mère de l’Église naissante. De sa paix, de son sourire, de sa maternité, elle accompagnait la joie de la jeune Épouse, l’Église de Jésus.
La Parole de Dieu, spécialement celle d’aujourd’hui, nous dit que l’Esprit agit, dans les personnes et dans les communautés qui en sont remplies, il les rend capables de recipere Deum, “capax Dei”, disent les Pères de l’Église. Et que fait l’Esprit Saint par cette nouvelle capacité qu’il nous donne? Il conduit dans la vérité tout entière (Jn 16, 13), renouvelle la face de la terre (Ps 103) et donne ses fruits (Ga 5, 22-23). Il conduit, il renouvelle et il fructifie.
Dans l’Évangile, Jésus promet à ses disciples que, lorsqu’il sera retourné au Père, il enverra l’Esprit Saint qui les «conduira dans la vérité tout entière» (Jn 16, 13). Il l’appelle vraiment «Esprit de vérité» et il leur explique que son action sera celle de les introduire toujours plus dans la compréhension de ce que Lui, le Messie, a dit et a fait, en particulier de sa mort et résurrection. Aux Apôtres, incapables de supporter le scandale de la passion de leur Maître, l’Esprit donnera une nouvelle clé de lecture pour les introduire dans la vérité et dans la beauté de l’événement du salut. Ces hommes, d’abord effrayés et bloqués, enfermés dans le Cénacle pour éviter les répercussions du vendredi saint, n’auront plus honte d’être disciples du Christ, ils ne craindront plus devant les tribunaux humains. Grâce à l’Esprit Saint dont ils sont remplis, ils comprennent «la vérité tout entière», c’est-à-dire que la mort de Jésus n’est pas sa défaite, mais l’expression extrême de l’amour de Dieu; amour qui, dans la Résurrection, vainc la mort et exalte Jésus comme le Vivant, le Seigneur, le Rédempteur de l’homme, le Seigneur de l’histoire et du monde [La Passion est la victoire sur le Prince de ce monde, le rachat, la satisfaction, la réparation, du péché originel et de tous le péchés personnels, qui a inauguré le règne de la mort, la réparation du péché de désobéissance, la réconciliation avec Dieu et la preuve effectivement de l’amour du Père qui a donné son Fils pour racheter ses créatures devenues ses ennemis]. Et cette réalité, dont ils sont témoins, devient la Bonne Nouvelle à annoncer à tous.
Ensuite, l’Esprit Saint renouvelle – guide et renouvelle – renouvelle la face de la terre. Le Psaume dit: «Tu envoies ton souffle… et tu renouvelles la face de la terre» (Ps 103, 30). Le récit des Actes des Apôtres sur la naissance de l’Église trouve une correspondance significative dans ce Psaume, qui est une grande louange au Dieu Créateur [Mais à la Pentecôte nous sommes face au Dieu Rédempteur, Re-Créateur, Sauveur de ce qui était perdu]. L’Esprit Saint que le Christ a envoyé du Père, et l’Esprit créateur qui a donné la vie à toute chose, sont un seul et le même [Oui, le Saint-Esprit est le même, c’est la même troisième Personne de la Trinité, mais dans l’ordre naturel pour la Création et dans l’ordre surnaturel pour la Rédemption]. C’est pourquoi le respect du créé est une exigence de notre foi [La Création est la manifestation visible de Dieu et elle doit nous porter à la foi dans le Créateur, mais cela reste dans l’ordre naturel qui est infiniment en-deça de l’ordre surnaturel]: le “jardin” dans lequel nous vivons ne nous est pas confié pour que nous l’exploitions mais pour que nous le cultivions et le gardions avec respect (cf. Gn 2, 15). Mais cela est n’est possible que si Adam – l’homme formé de la terre – à son tour se laisser renouveler par l’Esprit Saint, s’il se laisse remodeler par le Père sur le modèle du Christ, nouvel Adam [Pour cela il faut qu’il se convertisse, qu’il est la foi et soit baptisé]. Alors oui, renouvelés par l’Esprit, nous pouvons vivre la liberté des fils, en harmonie avec tout le créé [Surtout dans l’amitié de Dieu, dans la vie théologale de foi d’espérance et de charité qui est la vie éternelle], et nous pouvons reconnaître en chaque créature un reflet de la gloire du Créateur, comme l’affirme un autre psaume: «Ô Seigneur notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre!» (8, 2.10). Il conduit, il renouvelle et donne, il donne du fruit.[Mais le Nom par lequel tous sont sauvés est le Nom de Jésus]
Dans la Lettre aux Galates, saint Paul veut montrer quel est le “fruit” qui se manifeste dans la vie de ceux qui marchent selon l’Esprit (cf. 5, 22). D’un côté, il y a la «chair» avec le cortège de ses vices que l’Apôtre énumère, et qui sont les œuvres de l’homme égoïste, fermé à l’action de la grâce de Dieu. Au contraire, dans l’homme qui par la foi, laisse l’Esprit de Dieu faire irruption en lui, fleurissent les dons divins, résumés en neuf vertus joyeuses que Paul appelle «fruits de l’Esprit». De là l’appel, répété en ouverture et en conclusion, comme un programme de vie: «Marchez sous la conduite de l’Esprit Saint» (Ga 5, 16.25).
Le monde a besoin d’hommes et de femmes qui ne soient pas fermés, mais remplis d’Esprit Saint. La fermeture à l’Esprit Saint est non seulement manque de liberté, mais aussi péché. Il y a tant de manières de se fermer à l’Esprit Saint: dans l’égoïsme de son propre avantage, dans le légalisme rigide – comme l’attitude des docteurs de la Loi que Jésus appelle hypocrites –, dans le manque de mémoire pour ce que Jésus a enseigné, dans le fait de vivre la vie chrétienne non comme service mais comme intérêt personnel, et ainsi de suite. Au contraire, le monde a besoin du courage, de l’espérance, de la foi et de la persévérance des disciples du Christ. Le monde a besoin des fruits, des dons de l’Esprit Saint, comme énumère saint Paul : «amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi» (Ga 5, 22). Le don de l’Esprit Saint a été accordé en abondance à l’Église et à chacun de nous, pour que nous puissions vivre avec une foi authentique et une charité active, pour que nous puissions répandre les germes de la réconciliation et de la paix [Et non pour nous prostituer avec les faux dieux et les fausses religions]. Fortifiés par l’Esprit – qui conduit, nous conduit dans la vérité, qui nous renouvelle, nous et toute la terre, et qui nous donne les fruits – fortifiés par l’Esprit et par ses multiples dons, devenons capables de lutter sans compromissions contre le péché et de lutter sans compromissions contre la corruption, qui s’étend toujours plus dans le monde de jour en jour, et de nous dévouer avec une persévérance patiente aux œuvres de la justice et de la paix. Rome, 25 mai 2015 ZENIT
Mardi de la Pentecôte
Epître
En ces jours-là, quand les apôtres, qui étaient à Jérusalem, eurent appris que les habitants de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant venus, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent l’Esprit-Saint : car il n’était encore descendu sur aucun d’eux, mais ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils leur imposaient les mains, et ils recevaient l’Esprit-Saint.
Evangile
En ce temps-là : Jésus dit aux Pharisiens : En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un larron. Mais celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. A celui-ci le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle ses propres brebis par leur nom, et il les fait sortir. Et lorsqu’il a fait sortir ses propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivent point un étranger, mais elles le fuient ; car elles ne connaissent pas la voix des étrangers.
Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait. Jésus leur dit donc encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des larrons, et les brebis ne les ont point écoutés. Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient plus abondamment.
Bréviaire
Le Seigneur nous a proposé, dans la lecture d’aujourd’hui, une parabole relative à son troupeau et à la porte par laquelle on entre dans la bergerie. Que les païens disent donc : Nous nous conduisons bien. S’ils n’entrent point par la porte, à quoi leur sert ce dont ils se font gloire ? Bien vivre doit servir à chacun à obtenir le don d’une vie qui ne finit point ; car à celui à qui il n’est pas donné de vivre toujours, à quoi sert-il de bien vivre ? Il ne faut pas dire qu’ils vivent bien ceux qui, par aveuglement, ne connaissent pas la fin d’une vie bonne, ou la méprisent par orgueil. Personne ne peut avoir l’espérance véritable et certaine de vivre toujours, s’il ne connaît préalablement la vie, c’est-à-dire le Christ, et s’il n’entre dans la bergerie par la porte.
Les hommes dont nous parlons cherchent donc le plus souvent à persuader aussi à leurs semblables de mener une vie honnête, sans être pour cela chrétiens. Ils veulent pénétrer par un autre endroit, enlever les brebis et les tuer, n’agissant pas comme le bon |pasteur, qui veut les conserver et les sauver. Il s’est trouvé des philosophes dissertant longuement avec subtilité sur les vertus et les vices ; distinguant, définissant, tirant des conclusions de raisonnements très ingénieux, remplissant des livres, vantant leur sagesse avec grand bruit ; ces philosophes sont allés jusqu’à oser dire aux hommes : Suivez-nous, attachez-vous à notre secte, si vous voulez vivre heureux. Mais ils n’entraient pas par la porte : ils voulaient perdre, immoler et mettre à mort.
Que dirai-je des Juifs ? Les Pharisiens eux-mêmes lisaient les Écritures, et en ce qu’ils lisaient, ils célébraient le Christ, ils espéraient sa venue, et ils ne le reconnaissaient pas, lui qui était présent. Ils se vantaient aussi d’être du nombre des Voyants, c’est-à-dire du nombre des sages, et ils niaient le Christ et n’entraient point par la porte. Eux aussi, par conséquent, s’ils parvenaient à en séduire quelques-uns, les attiraient non pour les délivrer, mais pour les immoler et les tuer. Laissons-les donc également : voyons si ceux-ci au moins qui se glorifient du nom du Christ entrent par la porte. Ils sont innombrables ceux qui non seulement se vantent d’être des voyants, mais veulent être considérés comme illuminés par le Christ : ce sont les hérétiques.
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