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Regnum Galliae Regnum Mariae
Articles récents

Saint Raymond de Pegnafort confesseur mémoire de Sainte Emérentienne Vierge et Martyre

23 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Raymond de Pegnafort confesseur mémoire de Sainte Emérentienne Vierge et Martyre

Collecte

O Dieu, qui avez choisi le bienheureux Raymond pour en faire un ministre admirable du sacrement de la pénitence, et qui lui avez fait traverser les eaux de la mer de façon merveilleuse, accordez-nous cette grâce, que, par son intercession, nous puissions porter de dignes fruits de pénitence et parvenir au port du salut éternel.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Le bienheureux Raymond, né à Barcelone, de la noble maison de Pegnafort, fut, encore enfant, instruit des éléments de la religion chrétienne, et dès lors il faisait présager quelque chose de grand par ses rares qualités d’esprit et de corps. Fort jeune il professa les humanités dans sa patrie, puis se rendit à Bologne, où il s’appliqua avec zèle aux devoirs de la piété et à l’étude du droit canonique et civil ; il y reçut le bonnet de Docteur, et y expliqua les saints Canons à l’admiration de tous. La réputation de ses vertus se répandant au loin, Bérenger, Évêque de Barcelone, qui retournait de Rome à son Église, passa par Bologne pour le voir, et obtint enfin à force de prières qu’il revînt avec lui dans sa patrie. Bientôt Raymond fut honoré de la dignité de chanoine et de prévôt de la même Église, où il surpassa le peuple et tout le clergé par l’éclat de son intégrité, de sa modestie, de sa doctrine, et par la douceur de ses mœurs. Il accrut toujours de toutes ses forces l’honneur et le culte de la Vierge Mère de Dieu, qu’il vénérait avec une piété et une affection singulières.

Cinquième leçon. A l’âge d’environ quarante-cinq ans, il fit profession solennelle dans l’Ordre des Frères Prêcheurs ; alors, comme un nouveau soldat, il s’exerça dans tous les genres de vertus, mais surtout dans la charité pour les indigents, principalement envers ceux que les infidèles retenaient captifs. Ce fut sur son conseil que saint Pierre Nolasque, dont il était le confesseur, consacra ses biens à cette œuvre de pitié ; la bienheureuse Vierge, apparaissant à Pierre ainsi qu’au bienheureux Raymond et à Jacques Ier, roi d’Aragon leur dit qu’il serait très agréable à elle et à son Fils unique, qu’on instituât en son honneur un Ordre de religieux à qui incomberait le soin de délivrer les captifs de la tyrannie des infidèles. C’est pourquoi, après en avoir conféré entre eux, ils fondèrent l’Ordre de Notre-Dame de la Merci de la Rédemption des captifs, pour lequel Raymond statua certaines règles de vie, très bien appropriées au but de cet institut. Quelques années après, il obtint de Grégoire IX l’approbation de ces lois, et il créa premier Général de l’Ordre, saint Pierre Nolasque, auquel il avait donné l’habit de ses propres mains.

Sixième leçon. Le même Grégoire IX l’appela à Rome, et ce Pontife le choisit pour son chapelain, son pénitencier et son confesseur ; ce fut par son ordre que Raymond rassembla en un volume appelé Décrétales, les décrets des Pontifes romains disséminés dans les Actes de divers conciles et dans différentes épîtres. Il refusa constamment avec fermeté l’archevêché de Tarragone qui lui était offert par le Pontife lui-même, et se démit spontanément du généralat de l’Ordre des Frères Prêcheurs, qu’il avait gouverné très saintement pendant deux années. Il détermina Jacques, roi d’Aragon, à établir dans ses états le saint office de l’Inquisition. Il fit beaucoup de miracles, parmi lesquels le plus éclatant fut que, voulant revenir de l’île Majorque à Barcelone, il étendit son manteau sur les eaux, fit cent soixante milles de chemin en six heures, et entra dans son monastère, bien que les portes en fussent closes Enfin presque centenaire, plein de vertus et de mérites, il s’endormit dans le Seigneur, l’an du salut mil deux cent soixante-quinze. Clément VIII l’a mis au nombre des Saints.

De nombreux essaim de Martyrs qui fait la garde autour de l’Emmanuel, jusqu’au jour de sa Présentation au Temple, entr’ouvre de temps en temps ses rangs glorieux pour donner place aux Confesseurs que la divine Sagesse a fait briller sur le Cycle dans cette saison. Les Martyrs y sont les plus nombreux ; mais la gloire des Confesseurs y est noblement représentée. Après Hilaire, Paul, Maur et Antoine, resplendit aujourd’hui Raymond de Pegnafort, l’une des gloires de l’Ordre de saint Dominique et de l’Église, au XIIIe siècle.

Selon la parole des Prophètes, le Messie est venu pour être notre Législateur ; il est lui-même la Loi. Sa parole sera la règle des hommes, et il laissera à son Église le pouvoir de la législation, afin qu’elle puisse conduire les peuples dans la sainteté et dans la justice, jusqu’à l’éternité. La sagesse de l’Emmanuel préside à la discipline canonique, comme sa vérité à l’enseignement de la foi. Mais l’Église, dans la compilation et la disposition de ses lois, emprunte le secours des hommes qui lui semblent joindre à un plus haut degré la science du Droit et l’intégrité de la morale.

Saint Raymond de Pegnafort a l’honneur d’avoir tenu la plume pour la rédaction du code canonique qui régit aujourd’hui l’Église. Ce fut lui qui, en 1234, compila, par ordre de Grégoire IX, les cinq livres des Décrétales ; et son nom est associé, pour jamais, à la gloire de cette œuvre qui forme encore la base de la discipline actuelle.

Disciple de Celui qui est descendu du ciel dans le sein d’une Vierge pour sauver les pécheurs, en les appelant au pardon, Raymond a mérité d’être appelé par l’Église l’insigne Ministre du Sacrement de Pénitence. Il est le premier qui ait recueilli, en corps de doctrine, les maximes de la morale chrétienne, qui servent à déterminer les devoirs du confesseur à l’égard des pécheurs qui viennent lui déposer leurs péchés. La Somme des Cas Pénitentiaux a ouvert la série de ces importants travaux, dans lesquels d’habiles et vertueux docteurs se sont appliqués à peser les droits de la loi et les obligations de l’homme, afin d’instruire le prêtre dans l’art de discerner , comme parle l’Écriture, la lèpre d’avec la lèpre.

Enfin, lorsque la glorieuse Mère de Dieu, qui est aussi la Mère des hommes, suscita pour opérer la Rédemption des captifs le généreux Pierre Nolasque, que nous verrons arriver, sous quelques jours, au berceau du Rédempteur, Raymond fut l’instrument puissant de ce grand œuvre de miséricorde ; et ce n’est pas en vain que l’Ordre de la Merci le considère comme l’un de ses fondateurs, et que tant de milliers de captifs, délivrés de la servitude musulmane, l’ont honoré comme l’un des principaux auteurs de leur liberté.

Dispensateur fidèle du Mystère de la réconciliation, vous avez puisé, au sein du Dieu incarné, cette charité qui a fait de votre cœur l’asile des pécheurs. Vous avez aimé les hommes ; et les besoins de leurs corps, aussi bien que ceux de leurs âmes, ont été l’objet de votre sollicitude. Éclairé des rayons du Soleil de justice, vous nous avez aidés à discerner le bien du mal, en nous donnant des règles pour apprécier les plaies de nos âmes. Rome a admiré votre science des lois ; elle se fait gloire d’avoir reçu de vos mains le Code sacré qui régit les Églises.

Réveillez dans nos cœurs, ô Raymond, cette componction sincère qui est la condition du pardon dans le Sacrement de Pénitence. Faites-nous comprendre la gravité du péché mortel qui sépare de Dieu pour l’éternité, et les dangers du péché véniel qui dispose l’âme tiède au péché mortel. Obtenez-nous des hommes pleins de charité et de science pour exercer ce sublime ministère qui guérit les âmes. Défendez-les du double écueil d’un rigorisme désespérant et d’une mollesse perfide. Ranimez chez nous la vraie science du Droit ecclésiastique, sans laquelle la maison du Seigneur deviendrait bientôt le séjour du désordre et de l’anarchie. Vous dont le cœur fut si tendre envers les captifs, consolez tous ceux qui languissent dans les chaînes ou dans l’exil ; préparez leur délivrance ; mais affranchissez-nous tous des liens du péché, qui retiennent trop souvent les âmes de ceux-là mêmes dont le corps est libre.

Vous avez été, ô Raymond, le confident du cœur de notre miséricordieuse Reine Marie ; elle vous a associé à son œuvre du rachat des captifs. Vous êtes puissant sur ce Cœur, qui est notre espérance après celui de Jésus. Présentez-lui nos hommages. Demandez pour nous à cette incomparable Mère de Dieu la grâce d’aimer toujours le céleste Enfant qu’elle tient dans ses bras. Qu’elle daigne aussi, par vos prières, être notre étoile sur cette mer du monde, plus orageuse que celle dont vous avez bravé les flots sur votre manteau miraculeux.

Souvenez-vous aussi de l’Espagne, votre patrie, au sein de laquelle vous avez opéré tant d’œuvres saintes. Longtemps son illustre Église fut dans le deuil d’avoir perdu les Ordres religieux qui faisaient sa force et sa splendeur ; une hospitalité généreuse a commencé de réparer ces maux : que toute entrave disparaisse enfin. Protégez l’Ordre des Frères Prêcheurs, dont vous avez honoré l’habit et la règle. Vous l’avez gouverné avec sagesse sur la terre ; aimez-le toujours paternellement dans le ciel. Qu’il répare ses pertes ; qu’il refleurisse dans toute l’Église, et qu’il produise, comme aux jours anciens, ces fruits de sainteté et de science qui en ont fait une des principales gloires de l’Église de Jésus-Christ.

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Saints Vincent et Anastase martyrs

22 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saints Vincent et Anastase martyrs

Collecte

Seigneur, exaucez nos supplications, afin que, nous reconnaissant coupables, nous soyons délivrés de nos iniquités, grâce à l’intercession de vos bienheureux Martyrs Vincent et Anastase.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Vincent, né à Huesca, dans l’Espagne intérieure, s’adonna à l’étude dès l’enfance, et fut instruit dans les saintes lettres par Valère, Évêque de Saragosse. Ce Prélat ne pouvant s’acquitter par lui-même du devoir de la prédication, à cause de la difficulté qu’il avait à parler, lui confia la charge de prêcher l’Évangile, ce qui fut rapporté à Dacien, que Dioclétien et Maximien avaient établi gouverneur de la province ; il donna ordre de saisir Vincent à Saragosse, et de le lui amener chargé de chaînes à Valence. Là, le Saint fut battu de verges, et torturé sur le chevalet, en présence de nombreux témoins ; mais ni la violence des tourments, ni la rudesse ou la douceur des paroles, ne purent le détourner de sa résolution ; après avoir été étendu sur un gril posé sur des charbons ardents, déchiré avec des ongles de fer, brûlé avec des lames ardentes, il fut de nouveau ramené dans la prison qu’on avait jonchée de têts de pots cassés, afin que son corps nu, accablé de sommeil, fût tourmenté par les têts aigus, sur lesquels il reposerait.

Cinquième leçon. Mais tandis qu’il était enfermé dans son cachot ténébreux, une très vive splendeur brilla soudain et illumina toute la prison ; cette lumière ravit de la plus profonde admiration tous ceux qui étaient présents, et le fait fut rapporté à Dacien par le gardien de la prison. Celui-ci ordonna de faire sortir Vincent de son cachot, et de retendre sur une couche molle ; c’est ainsi qu’il s’efforça de séduire par les délices celui qu’il n’avait pu amener à faire sa volonté par les supplices. Mais le courage invincible de Vincent, fortifié par la foi et l’espérance en Jésus-Christ, triompha de tout ; ayant vaincu le feu, le fer et la cruauté des bourreaux, il s’envola victorieux pour recevoir la céleste couronne du martyre, le onze des calendes de février. Comme son corps avait été jeté et laissé sans sépulture, un corbeau le défendit miraculeusement avec ses griffes, son bec et ses ailes contre un loup et contre les oiseaux. A cette nouvelle, Dacien commanda de jeter le corps en pleine mer ; mais Dieu voulut que les flots le ramenassent sur le rivage, et les Chrétiens l’ensevelirent.

Sixième leçon. Anastase, moine persan, après avoir visité les lieux saints de Jérusalem, sous l’empire d’Héraclius, souffrit avec constance, à Césarée de Palestine, les liens et les fouets pour la religion du Christ. Peu après, les Perses le soumirent à divers supplices pour la même cause et enfin le roi Chosroès lui fit trancher la tête, en même temps qu’à soixante-dix autres Chrétiens. Ses reliques, furent portées d’abord à Jérusalem, dans le monastère où il avait fait profession de la vie monastique, et ensuite à Rome, où on les plaça dans le monastère situé aux Eaux Salviennes.

 

Aujourd’hui Vincent, le Victorieux, couvert de la dalmatique sacrée, et tenant la palme entre ses mains fidèles, vient rejoindre au berceau de l’Emmanuel son chef et son frère Étienne le Couronné. L’Espagne l’a vu naître ; il exerce le ministère du Diaconat dans la glorieuse Église de Saragosse, et, par la force et l’ardeur de sa foi, il présage les destinées du royaume Catholique entre tous les autres. Mais il n’appartient point à l’Espagne seulement ; comme Étienne, comme Laurent, Vincent est le héros de l’Église entière. C’est à travers les pierres qui pleuvaient sur lui, comme sur un blasphémateur, que le Diacre Étienne a prêché le Christ ; c’est sur le gril embrasé, comme le Diacre Laurent, que le Diacre Vincent a confessé le Fils de Dieu. Ce triumvirat de Martyrs fait l’ornement de la Litanie sacrée, et leurs trois noms symboliques et prédestinés, Couronne, Laurier et Victoire, nous annoncent les plus vaillants chevaliers de l’Emmanuel.

Vincent a triomphé du feu, parce que la flamme de l’amour qui le consumait au dedans était plus ardente encore que celle qui brûlait son corps. Des prodiges admirables l’ont assisté dans ses rudes combats ; mais le Seigneur, qui se glorifiait en lui, n’a cependant pas voulu qu’il perdît la palme ; et, au milieu de ses tortures, le saint Diacre n’avait qu’une pensée, celle de reconnaître, par le don de son sang et de sa vie, le sacrifice du Dieu qui avait souffert la mort pour lui et pour tous les hommes. Avec quelle fidélité et quel amour il garde, en ces saints jours, le berceau de son Maître ! Comme il désire que cet Enfant soit aimé de ceux qui le visitent ! Lui qui n’a pas reculé, quand il s’est agi de se donner à lui à travers tant d’angoisses, comme il accuserait la lâcheté des chrétiens qui n’apporteraient à Jésus naissant que des cœurs froids et partagés ! A lui, on a demandé sa vie par lambeaux, il l’a donnée en souriant ; et nous refuserions de lever les obstacles futiles qui nous empêchent de commencer sérieusement avec Jésus une vie nouvelle ! Que le spectacle de tous ces Martyrs qui se pressent depuis quelques jours sur le Cycle stimule donc nos cœurs ; qu’ils apprennent à devenir simples et forts, comme l’a été le cœur des martyrs.

Une ancienne tradition, dans la chrétienté, assigne à saint Vincent le patronage sur les travaux de la vigne et sur ceux qui les exercent. Cette idée est heureuse, et nous rappelle mystérieusement la part que le Diacre prend au divin Sacrifice. C’est lui qui verse dans le calice ce vin qui bientôt va devenir le sang du Christ. Il y a peu de jours, nous assistions au festin de Cana : le Christ nous y offrait son divin breuvage, le vin de son amour ; aujourd’hui, il nous le présente de nouveau, par la main de Vincent. Pour se rendre digne d’un si haut ministère, le saint Diacre a fait ses preuves, en mêlant son propre sang, comme un vin généreux, dans la coupe qui contient le prix du salut du monde. Ainsi se vérifie la parole de l’Apôtre, qui nous dit que les Saints accomplissent dans leur chair, par le mérite de leurs souffrances, quelque chose qui manquait, non à l’efficacité, mais à la plénitude du Sacrifice du Christ dont ils sont les membres.....

Nous vous saluons, ô Diacre Victorieux, tenant entre vos mains le Calice du salut. Autrefois, vous le présentiez à l’autel, afin que la liqueur qu’il contenait fût transformée, par les paroles sacrées, au Sang du Christ ; vous le présentiez aux fidèles, afin que tous ceux qui avaient soif de Dieu se désaltérassent aux sources de la vie éternelle. Aujourd’hui, vous l’offrez vous-même au Christ ; et il est plein jusqu’au bord de votre propre sang. Ainsi avez-vous été un Diacre fidèle, donnant jusqu’à votre vie pour attester les Mystères dont vous étiez le dispensateur. Trois siècles s’étaient écoulés depuis l’immolation d’Etienne ; soixante ans depuis le jour où les membres de Laurent fumaient sur les brasiers de Rome, comme un encens à l’odeur suave et forte ; et dans cette dernière persécution de Dioclétien, à la veille du triomphe de l’Église, vous veniez attester, par votre constance, que la fidélité du Diacre n’avait point défailli.

Vous brillez en tête de la phalange des Martyrs, ô Vincent ! Et l’Église est fière de vos victoires ; souvenez-vous que c’est pour elle, après le Christ, que vous avez combattu. Soyez-nous donc propice ; et marquez ce jour de votre fête par les effets de votre protection sur nous. Vous contemplez, face à face, le Roi des siècles dont vous fûtes le Chevalier ; ses splendeurs éternelles luisent à vos regards, fermes quoique éblouis. Nous, dans cette vallée de larmes nous le possédons, nous le voyons aussi ; car il s’appelle Emmanuel, Dieu avec nous. Mais c’est sous la figure d’un faible enfant qu’il se montre à nos regards ; car il craint de nous effrayer par l’éclat de sa gloire. Rassurez cependant nos cœurs troublés quelquefois par la pensée que ce doux Sauveur doit être un jour notre juge. La vue de ce que vous avez fait, de ce que vous avez souffert pour son service, nous émeut, nous si vides de bonnes œuvres, si oublieux des droits d’un tel maître. Obtenez que vos exemples ne passent pas en vain sous nos yeux. Il vient nous recommander la simplicité de l’enfance, cette simplicité qui procède de l’humilité et de la confiance en lui, cette simplicité qui vous fit affronter tant de tourments sans faiblesse et d’un cœur tranquille. Rendez-nous dociles à écouter la voix d’un Dieu qui nous parle par ses exemples, calmes et joyeux dans l’accomplissement de ses volontés, dévoués uniquement à son bon plaisir.

Priez, ô Vincent, pour tous les Chrétiens ; car tous sont appelés à la lutte contre le monde et les passions de leur propre cœur. Tous nous sommes conviés à la palme, à la couronne, à la victoire. Jésus n’admettra que des vainqueurs au banquet de la gloire éternelle, à cette table où il nous a promis de boire avec nous le vin nouveau, au royaume de son Père. La robe nuptiale, nécessaire pour y avoir entrée, doit être teinte dans le sang de l’Agneau ; nous devons tous être martyrs, sinon d’effet, du moins de désir : car c’est peu d’avoir vaincu les bourreaux, si on ne s’est vaincu soi-même.

Assistez de votre secours les nouveaux martyrs qui versent encore aujourd’hui leur sang sur des plages lointaines, afin qu’ils soient dignes des temps glorieux qui donnèrent Vincent à l’Église. Protégez l’Espagne, votre patrie. Priez l’Emmanuel d’y susciter des héros forts et fidèles comme vous, afin que le royaume Catholique, toujours si jaloux de la pureté de la foi, sorte bientôt des épreuves auxquelles il est soumis. Ne souffrez pas que l’illustre Église de Sarragosse, fondée par l’Apôtre fils du Tonnerre, visitée par la glorieuse Mère de Dieu, sanctifiée par votre ministère de Diacre, voie s’affaiblir le sentiment de la foi catholique, ou se briser le lien de l’unité. Et puisque la piété des peuples vous révère comme le protecteur des vignobles, bénissez cette partie de la création que le Seigneur a destinée à l’usage de l’homme, et dont il a voulu faire l’instrument du plus profond des mystères et l’un des plus touchants symboles de son amour pour nous.

En ce même jour, l’Église honore la mémoire du saint moine Persan Anastase, qui souffrit le martyre en 628. Chosroès, s’étant emparé de Jérusalem, avait emporté en Perse le bois de la vraie Croix, qui fut reconquis plus tard par Héraclius. La vue de ce bois sacré excita dans Anastase, encore païen, le désir de connaître la Religion dont il est le trophée. Il renonça à la superstition persane pour embrasser le Christianisme et la vie monastique. Cette démarche, jointe au zèle du néophyte, anima contre lui le ressentiment des païens ; et après d’affreuses tortures, le soldat du Christ eut la tête tranchée. Son corps fut transféré à Constantinople, et de là à Rome, où il repose avec honneur. Deux Églises célèbres de cette capitale, l’une dans la ville, l’autre hors des murs, sont dédiées en commun à saint Vincent et à saint Anastase, parce que ces deux grands Martyrs ont souffert le même jour, quoique à des époques éloignées. Tel est le motif qui a porté l’Église à réunir leurs deux fêtes en une seule. Prions ce nouvel athlète du Christ de nous être favorable, et de nous recommander au Seigneur, dont la croix lui fut si chère.

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Sainte Agnès vierge et martyre

21 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Agnès vierge et martyre

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui choisissez ce qu’il y a de faible dans le monde, pour confondre les forts, accordez-nous, par votre miséricorde que, célébrant la solennité de la bienheureuse Agnès, votre Vierge et Martyre, nous ressentions auprès de vous les effets de sa protection.

Office

Au premier nocturne

Du livre de l’Ecclésiastique.

Première leçon. Je vous glorifierai, Seigneur Roi, et je vous louerai, vous qui êtes Dieu, mon Sauveur. Je glorifierai votre nom, parce que vous m’êtes devenu un aide et un protecteur. Et vous avez délivré mon corps de la perdition, du piège de la langue inique et des lèvres de ceux qui commettent le mensonge, et en présence de ceux qui se tenaient debout (près de moi), vous m’êtes devenu un aide. Et vous m’avez délivré, selon la multitude des miséricordes de votre nom, des lions rugissants prêts à me dévorer ; des mains de ceux qui recherchaient mon âme et des portes des tribulations qui m’ont environné ; de la violence de la flamme qui m’a environné, et au milieu du feu, je n’en ai pas senti la chaleur ; de la profondeur des entrailles de l’enfer, et de la langue souillée et de la parole du mensonge ; d’un roi inique et de la langue injuste.
Deuxième leçon. Jusqu’à la la mort mon âme louera le Seigneur ; car ma vie s’approchait de l’enfer, en bas. Ils m’ont environné de tous côtés, et il n’y avait personne qui me secourût. Je tournais mes regards vers le secours des hommes, et il n’en était point. Je me suis souvenu, Seigneur, de votre miséricorde et de votre œuvre, qui sont dès le commencement du monde ; parce que vous délivrez, Seigneur, ceux qui vous attendent avec patience et vous les sauvez des mains des nations.
Troisième leçon. Vous avez élevé sur la terre mon habitation ; et à cause de la mort qui découlait (sur moi), j’ai fait des supplications. J’ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur, afin qu’il ne me laisse point sans secours au jour de ma tribulation et au temps des superbes. Je louerai votre nom sans cesse et je le glorifierai dans mes louanges, car ma prière a été exaucée. Et vous m’avez délivré de la perdition, et vous m’avez arraché au temps de l’iniquité. C’est pourquoi je vous glorifierai, et je vous dirai une louange et je bénirai le nom du Seigneur.
 

Au deuxième nocturne

Du Livre de saint Ambroise, Évêque : des Vierges.

Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui la naissance au ciel d’une Vierge, recherchons la pureté. C’est la fête d’une Martyre, immolons des victimes. C’est la fête de sainte Agnès, que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses s’étonnent, que les vierges imitent. Mais que pouvons-nous dire qui soit digne de celle dont le nom même n’est pas vide d’éloge ? Son dévouement à Dieu était au dessus de son âge, sa vertu surpasse la nature : en sorte que son nom me semble ne pas lui venir d’un choix humain mais être une prédiction de martyre, une annonce de ce qu’elle devait être. Le nom de cette Vierge indique la pureté. Je l’appellerai Martyre et je l’aurai assez louée. La louange a de l’étendue quand on en est l’objet sans la rechercher. Personne n’est plus digne d’éloges que celui qui peut être loué de tous. Cette Martyre a autant de hérauts pour la louer qu’il y a d’hommes qui prononcent son nom.
Cinquième leçon. On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. La cruauté du tyran fut d’autant plus détestable qu’il n.’épargna pas un âge si tendre ; mais remarquons plutôt la grande puissance de la foi qui trouve des témoins de cet âge. Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? Et celle qui n’avait pas de quoi recevoir le fer, avait de quoi vaincre le fer. Elle est intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, elle ne s’émeut pas tandis qu’on tire avec bruit de lourdes chaînes, elle offre tout son corps au glaive du soldat furieux ; elle ignore encore ce que c’est que la mort, mais elle est prête, si on la traîne malgré elle aux autels des idoles, à tendre les mains vers le Christ, du sein des flammes, et à former jusque sur le brasier sacrilège, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Elle passe son cou et ses mains dans les fers qu’on lui présente, mais aucun ne pouvait serrer des membres si petits. Nouveau genre de martyre ! Cette Vierge n’est pas encore apte au supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; à peine peut-elle combattre, et elle est capable de remporter la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et elle pratiqua la vertu des maîtres.
Sixième leçon. L’épouse n’irait pas aux noces avec autant de hâte que cette sainte Vierge en mettait à se diriger d’un pas rapide vers le lieu de son supplice, joyeuse de son approche. Tous versaient des larmes, elle seule ne pleurait pas. La plupart admiraient avec quelle facilité, prodigue d’une vie à laquelle elle n’avait pas encore puisé, elle la donnait comme si elle l’eût épuisée. Tous étaient surpris qu’elle se montrât déjà témoin de la divinité, à un âge où elle ne pouvait encore disposer d’elle-même. Combien de menaces n’employa pas le sanguinaire tyran pour l’intimider ; combien de caresses pour la persuader ; et combien d’hommes la souhaitèrent pour épouse ! Mais elle de répondre : « La fiancée fait injure à l’époux si elle désire plaire à d’autres. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Qu’il périsse ce corps que peuvent aimer des yeux auxquels je ne veux pas plaire. » Elle se présenta, elle pria, elle courba la tête. Vous eussiez vu le bourreau saisi de crainte, comme si lui-même eût été Condamné ; sa main tremblait, son visage était pâte pour le péril d’autrui, pendant qu’une jeune fille voyait sans crainte son propre danger. Voici donc dans une seule victime un double martyre de pureté et de religion. Agnès demeura vierge et elle obtint le martyre.
 

Au troisième nocturne

Homélie de saint Grégoire, Pape. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès

Septième leçon. Je vous recommande souvent, mes très chers frères, de fuir le mal et de vous préserver de la corruption du monde ; mais aujourd’hui la lecture du saint Évangile m’oblige à vous dire de veiller avec beaucoup de soin à ne pas perdre le mérite de vos bonnes actions. Prenez garde que vous ne recherchiez dans le bien que vous faites, la faveur ou l’estime des hommes, qu’il ne s’y glisse un désir d’être loué, et que ce qui paraît au dehors ne recouvre un fond vide de mérite et peu digne de récompense. Voici que notre Rédempteur nous parle de dix vierges, il les nomme toutes vierges et cependant toutes ne méritèrent pas d’être admises an séjour de la béatitude, car tandis qu’elles espéraient recueillir de leur virginité une gloire extérieure, elles négligèrent de mettre de l’huile dans leurs vases.
Huitième leçon. II nous faut d’abord examiner ce qu’est le royaume des cieux, ou pourquoi il est comparé à dix vierges, et encore quelles sont les vierges prudentes et les vierges folles. Puisqu’il est certain qu’aucun réprouvé n’entrera dans le royaume des cieux, pourquoi nous dit-on qu’il est semblable à des vierges parmi lesquelles il y en a de folles ? Mais nous devons savoir que l’Église du temps présent est souvent désignée dans le langage sacré sous le nom de royaume des cieux ; d’où vient que le Seigneur dit en un autre endroit : « Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales ». Certes, ils ne pourraient trouver aucun scandale à enlever, dans ce royaume de la béatitude, où se trouve la plénitude de la paix.
Neuvième leçon. L’âme il humaine subsiste dans un corps doué de cinq sens. Le nombre cinq, multiplié par deux, donne celui de dix. Et parce que la multitude des fidèles comprend l’un et l’autre sexe, la sainte Église est comparée à dix vierges. Comme, dans cette Église, les méchants se trouvent mêlés avec les bons et ceux qui seront réprouvés avec les élus, ce n’est pas sans raison qu’on la dit semblable à des vierges, dont les unes sont sages et les autres insensées. Il y a en effet, beaucoup de personnes chastes qui veillent sur leurs passions quant aux choses extérieures et sont portées par l’espérance vers les biens intérieurs ; elles mortifient leur chair et aspirent de toute l’ardeur de leur désir vers la patrie d’en haut ; elles recherchent les récompenses éternelles, et ne veulent pas recevoir pour leurs travaux de louanges humaines : celles-ci ne mettent assurément pas leur gloire dans les paroles des hommes, mais la cachent au fond de leur conscience. Et il en est aussi plusieurs qui affligent leur corps par l’abstinence, mais attendent de cette abstinence même des applaudissements humains.

Nous n’avons pas épuisé encore la splendide constellation de Martyrs qui se rencontre en ces jours sur le Cycle. Hier, Sébastien ; demain, Vincent, qui porte la victoire jusque dans son nom. Entre ces deux fortes palmes apparaît aujourd’hui, tressée de lis et de roses, la gracieuse couronne d’Agnès. C’est à une enfant de treize ans que l’Emmanuel a donné ce mâle courage du martyre, qui l’a fait marcher dans l’arène d’un pas aussi ferme que le vaillant chef de la cohorte prétorienne et que l’intrépide Diacre de Sarragosse. S’ils sont les soldats du Christ, elle en est la chaste amante. Tels sont les triomphes du Fils de Marie. A peine s’est-il manifesté au monde, que tous les nobles cœurs volent vers lui, selon la parole qu’il a dite : « Où sera le corps, les aigles se rassembleront. ». Fruit admirable de la virginité de sa Mère, qui a mis en honneur la fécondité de l’âme, bien au-dessus de la fécondité des corps, et ouvert une voie ineffable par laquelle les âmes choisies s’élancent rapidement jusqu’au divin Soleil, dont leur regard épuré contemple, sans nuage, les rayons ; car il a dit aussi : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. ».

Gloire immortelle de l’Église catholique, qui, seule, possède en son sein le don de la virginité, principe de tous les dévouements, parce que la virginité procède uniquement de l’amour ! Honneur sublime pour Rome chrétienne d’avoir produit Agnès, cet ange de la terre, devant laquelle pâlissent ces anciennes Vestales, dont la virginité comblée de faveurs et de richesses ne fut jamais éprouvée par le fer ni le feu !

Quelle gloire est comparable à celle de cette enfant de treize ans, dont le nom retentira jusqu’à la fin des siècles dans le Canon sacré du Sacrifice universel ! La trace de ses pas innocents, après tant de siècles, est empreinte encore dans la ville sainte. Ici, sur l’ancien Cirque Agonal, un temple somptueux s’élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes jadis souillées par la prostitution, maintenant tout embaumées des parfums de la virginité d’Agnès. Plus loin, sur la voie Nomentane, hors des remparts de Rome, une élégante Basilique, bâtie par Constantin, garde, sous un autel revêtu de pierres précieuses, le chaste corps de la vierge. Sous terre, autour de la Basilique, commencent et s’étendent de vastes cryptes, au centre desquelles Agnès reposa jusqu’au jour de la paix, et où dormirent, comme sa garde d’honneur, des milliers de Martyrs.

Nous ne devons pas taire non plus le plus gracieux hommage que rend, chaque année, la sainte Église Romaine à notre illustre Vierge, au jour de sa fête. Deux agneaux sont placés sur l’autel de la Basilique Nomentane, rappelant à la fois la mansuétude du divin Agneau et la douceur d’Agnès. Après qu’ils ont été bénis par l’Abbé des Chanoines réguliers qui desservent cette église, ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur, qui les élèvent avec soin ; et leur laine sert à tisser les Pallium que le Pontife suprême doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction, à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. Ainsi le simple ornement de laine que ces Prélats doivent porter sur leurs épaules comme symbole de la brebis du bon Pasteur, et que le Pontife Romain prend sur le tombeau même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu’aux extrémités de l’Église, dans une union sublime, le double sentiment de la vigueur du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d’Agnès.

Nous donnerons maintenant les admirables pages que saint Ambroise, dans son livre des Vierges, a consacrées à la louange de sainte Agnès. L’Église en lit la plus grande partie dans l’Office d’aujourd’hui ; et la vierge du Christ ne pouvait désirer un plus aimable panégyriste que le grand évêque de Milan, le plus éloquent des Pères sur la virginité, et le plus persuasif ; car l’histoire nous apprend que, dans les villes où il prêchait, les mères renfermaient leurs filles, dans la crainte que les attrayantes paroles du prélat n’allumassent en elles un si ardent amour du Christ, qu’on les vît renoncer à tout hymen terrestre.

« Ayant à écrire un livre de la Virginité, dit le grand évêque, je m’estime heureux de l’ouvrir par l’éloge de la vierge dont la solennité nous réunit. C’est aujourd’hui la fête d’une Vierge : recherchons la pureté. C’est aujourd’hui la fête d’une Martyre : immolons des victimes. C’est aujourd’hui la fête de sainte Agnès : que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses considèrent avec étonnement, que les vierges imitent. Mais comment pourrons-nous parler dignement de celle dont le nom même renferme l’éloge ? Son zèle a été au-dessus de son âge, sa vertu au-dessus de la nature ; en sorte que son nom ne semble pas un nom humain, mais plutôt un oracle qui présageait son martyre. » Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau, dont on peut dériver le nom d’Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnos, qui signifie pur, et continue ainsi son discours :
« Le nom de cette vierge est aussi un titre de pureté : j’ai donc à la célébrer et comme Martyre et comme Vierge. C’est une louange abondante que celle que l’on n’a pas besoin de chercher, et qui existe déjà par elle-même. Que le rhéteur se retire, que l’éloquence se taise ; un seul mot, son nom seul, loue Agnès. Que les vieillards, que les jeunes gens, que les enfants la chantent. Tous les hommes célèbrent cette Martyre ; car ils ne peuvent dire son nom sans la louer.
« On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. Cruauté détestable du tyran, qui n’épargne pas un âge si tendre ; mais, plus encore, merveilleuse puissance de la foi, qui trouve des témoins de cet âge ! Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? A peine le glaive trouvait-il sur cette enfant un lieu où frapper ; et cependant Agnès avait en elle de quoi vaincre le glaive.
« A cet âge, la jeune fille tremble au regard irrité de sa mère ; une piqûre d’aiguille lui arrache des larmes, comme ferait une blessure. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, Agnès se tient immobile sous le fracas des lourdes chaînes qui l’écrasent ; ignorante encore de la mort, mais prête à mourir, elle présente tout son corps à la pointe du glaive d’un soldat furieux. La traîne-t-on, malgré elle, aux autels : elle tend les bras au Christ, à travers les feux du sacrifice ; et sa main forme, jusque sur les flammes sacrilèges, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Son cou, ses deux mains, elle les passe dans les fers qu’on lui présente ; mais on n’en trouve pas qui puissent serrer des membres si petits.
« Nouveau genre de martyre ! La Vierge n’a pas encore l’âge du supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; elle n’est pas mûre pour le combat, et déjà elle est capable de la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et déjà elle est maîtresse en fait de vertu. L’épouse ne marche pas vers le lit nuptial avec autant de vitesse que cette Vierge qui s’avance, pleine de joie, d’un pas dégagé, vers le lieu de son supplice ; parée, non d’une chevelure artificieusement disposée, mais du Christ ; couronnée, non de fleurs, mais de pureté.
« Tous étaient en larmes ; elle seule ne pleure pas ; on s’étonne qu’elle prodigue si facilement une vie qu’elle n’a pas encore goûtée ; qu’elle la sacrifie , comme si elle l’eût épuisée. Tous admirent qu’elle soit déjà le témoin de la divinité, à un âge où elle ne pourrait encore disposer d’elle-même. Sa parole n’aurait pas valeur dans la cause d’un mortel : on la croit aujourd’hui dans le témoignage qu’elle rend à Dieu. En effet, une force qui est au-dessus de la nature ne saurait venir que de l’auteur delà nature. Quelles terreurs n’employa pas le juge pour l’intimider ! que de caresses pour la gagner ! Combien d’hommes la demandèrent pour épouse ! Elle s’écrie : La fiancée fait injure à l’époux, si elle se fait attendre. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux que je n’agrée pas.
« Elle se présente, elle prie, elle courbe la tête. Vous eussiez vu trembler le bourreau, comme si lui-même eût été condamné. Sa main était agitée, son visage était pâle sur le danger d’un a autre, pendant que la jeune fille voyait, sans crainte, son propre péril. Voici donc, dans une seule victime, un double martyre : l’un de chasteté, l’autre de religion. Agnès demeura vierge, et elle obtint le martyre. »

 

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Saints Fabien pape et Sébastien martyrs

20 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

 Saints Fabien pape et Sébastien martyrs

Collecte

Dieu tout-puissant, regardez notre faiblesse ; et parce que le poids de nos péchés nous accable, fortifiez-nous par la glorieuse intercession des bienheureux Fabien et Sébastien, vos Martyrs.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Fabien, romain d’origine, gouverna l’Église depuis Maximin jusqu’à Dèce. Il divisa les sept régions de la ville entre sept Diacres, qui devaient avoir soin des pauvres. Il créa autant de sous-diacres, qu’il chargea de recueillir les Actes des Martyrs, qui étaient écrits par sept notaires. Le même Pape statua que chaque année en la 5e Férie, dite de la Cène du Seigneur, on renouvellerait le saint Chrême, après avoir brûlé l’ancien. Enfin, le treize des calendes de février, il reçut la couronne du martyre pendant la persécution de Dèce, et fut enseveli au cimetière de Calixte, sur la voie Appienne. Il avait siégé quinze ans et quatre jours, et fait, au mois de décembre, cinq ordinations, par lesquelles il ordonna vingt-deux Prêtres, sept Diacres et sacra onze Évêques pour divers lieux.

Cinquième leçon. Sébastien, dont le père était narbonnais et la mère milanaise, fut cher à Dioclétien à cause de la noblesse de sa naissance et de son courage. Chef de la première cohorte, il aidait de ses services et de ses biens les Chrétiens, dont il pratiquait secrètement la foi, et il fortifiait tellement par ses exhortations ceux qui paraissaient redouter la violence des tourments, qu’un grand nombre d’entre eux se livrèrent spontanément aux bourreaux pour Jésus-Christ. De ce nombre furent deux frères, Marc et Marcellien, qui étaient en prison à Rome chez Nicostrate, dont la femme, nommée Zoé, recouvra, par la prière de Sébastien, la voix qu’elle avait perdue. Ces faits ayant été rapportés à Dioclétien, il fit venir Sébastien, et après l’avoir réprimandé fortement, il s’efforça, par tous les artifices, de le détourner de la foi du Christ. Mais comme il ne gagnait rien, ni par ses promesses ni par ses menaces, il ordonna de le lier à un poteau et de le percer de flèches.

Sixième leçon. Tous le croyant mort, une sainte femme nommée Irène, fit enlever son corps pendant la nuit pour lui donner la sépulture ; mais il fut trouvé vivant, et elle le soigna dans sa maison. Peu après, Sébastien qui avait recouvré la santé se mit sur le passage de Dioclétien et lui reprocha très librement son impiété. A son aspect, l’empereur fut frappé de stupeur, car il le croyait mort ; la nouveauté du prodige et les reproches sévères de Sébastien l’enflammèrent de colère, et il commanda de le battre de verges jusqu’à ce qu’il rendît son âme à Dieu. Son corps fut jeté dans un cloaque ; mais Lucine, avertie en songe par Sébastien lui-même du lieu où il se trouvait et de l’endroit où il voulait être inhumé, l’ensevelit aux catacombes, et c’est là qu’on édifia depuis une célèbre église sous le nom de Saint-Sébastien.

 

Deux grands Martyrs partagent, sur le Cycle, les honneurs de cette journée : l’un, Pontife de l’Église de Rome ; l’autre, l’un des fidèles de cette Église-Mère. Fabien reçut la couronne du martyre l’an 25o, sous la persécution de Décius ; la persécution de Dioclétien couronna Sébastien en 288. Nous considérerons séparément les mérites de ces deux athlètes du Christ.

A l’exemple de ses prédécesseurs, saint Clément et saint Anthéros, le saint Pape Fabien prit un soin particulier de faire rédiger les Actes des Martyrs ; mais la persécution de Dioclétien, qui nous a privés d’un si grand nombre de ces précieux monuments condamnés aux flammes par les Édits impériaux, nous a ravi le récit des souffrances et du martyre de notre saint Pontife. Quelques traits seulement de sa vie pastorale sont arrivés jusqu’à nous ; mais nous pouvons prendre une idée de ses vertus, par l’éloge que fait de lui saint Cyprien, qui l’appelle un homme incomparable, dans une Lettre qu’il écrit au Pape saint Corneille, successeur de Fabien. L’évêque de Carthage célèbre aussi la pureté et la sainteté de la vie du saint Pontife, qui domina d’un front tranquille les orages dont l’Église fut agitée de son temps. On aime à contempler cette tête calme et vénérable sur laquelle une colombe alla se reposer, pour désigner dans Fabien le successeur de Pierre, le jour où le peuple et le clergé de Rome étaient réunis pour l’élection d’un Pontife, après le martyre d’Anthéros. Ce rapport avec le Christ désigné pour le Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la divine colombe, rend plus sacré encore le touchant caractère de Fabien. Dépositaire de la puissance de régénération qui réside dans les eaux depuis le baptême du Christ, il eut à cœur la propagation du Christianisme ; et parmi les Evêques qu’il sacra pour annoncer la foi en divers lieux, l’Église des Gaules en reconnaît plusieurs pour ses principaux fondateurs.

Les jours de votre Pontificat furent longs et orageux, ô Fabien ! Mais, pressentant l’avenir de paix que Dieu réservait à son Église, vous ne vouliez pas que les grands exemples de l’âge des Martyrs fussent perdus pour les siècles futurs, et votre sollicitude veillait à leur conservation. Les flammes nous ont ravi une grande partie des trésors que vous aviez amassés pour nous ; à peine pouvons-nous formuler quelques détails de votre propre vie ; mais nous en savons assez pour louer Dieu de vous avoir choisi dans ces temps difficiles, et pour célébrer aujourd’hui le glorieux triomphe que remporta votre constance. La colombe qui vous désignait comme l’élu du ciel, se reposant sur votre tête, vous marquait comme le Christ visible de la terre ; elle vous dévouait aux sollicitudes et au martyre ; elle avertissait l’Église entière de vous reconnaître et de vous écouter. Vous donc, ô saint Pontife, qui avez eu ce trait de ressemblance avec l’Emmanuel dans le mystère de l’Épiphanie, priez-le pour nous afin qu’il daigne se manifester de plus en plus à nos esprits et à nos cœurs. Obtenez-nous de lui cette docilité à sa grâce, cette dépendance d’amour à l’égard de ses moindres volontés, ce détachement de toutes choses, qui furent l’élément continuel de votre vie, au milieu de cette tourmente qui menaça, durant quinze années, de vous engloutir. Enfin un dernier tourbillon vous enleva, calme et préparé, pour vous porter, par le martyre, jusque dans le sein de Celui qui avait déjà accueilli un si grand nombre de vos brebis. Nous aussi, nous attendons la vague qui doit nous détacher de la grève, et nous pousser jusqu’au ciel ; demandez, ô Pasteur, qu’elle nous trouve prêts. Si l’amour du divin Enfant vit en nous, si nous imitons, comme vous, ô Fabien, la simplicité de la colombe, notre voie est sûre. Nous offrons nos cœurs ; hâtez-vous de les préparer.

Après les glorieux Apôtres Pierre et Paul, qui font sa principale gloire, Rome inscrit en tête de ses fastes ses deux plus vaillants martyrs, Laurent et Sébastien, et ses deux plus illustres vierges, Cécile et Agnès. Or, voici que la partie actuelle du Cycle réclame, pour faire honneur au Christ naissant, une partie de cette noble cour. Laurent et Cécile paraîtront à leur tour pour accompagner d’autres mystères ; aujourd’hui, l’invincible chef de la cohorte prétorienne, Sébastien, est appelé à faire son service près de l’Emmanuel ; demain, Agnès, douce comme l’agneau, intrépide comme le lion, sera admise auprès de l’Époux divin qu’elle a préféré à tout. Le caractère chevaleresque de Sébastien offre plusieurs traits de ressemblance avec celui du grand Archidiacre : l’un dans le sanctuaire, l’autre dans le siècle, ont défié avec un mâle courage les tortures et la mort. A moitié rôti, Laurent défie le tyran de le retourner de l’autre côté ; Sébastien, tout hérissé de flèches meurtrières, n’a pas plutôt senti se cicatriser ses plaies, qu’il court se présenter devant Dioclétien, et appelle un nouveau martyre. Mais nous n’avons à nous occuper aujourd’hui que de Sébastien.

Qu’on se figure un jeune homme, s’arrachant à tous les liens qui le retenaient à Milan sa patrie, par le seul motif que la persécution n’y sévit pas avec assez de rigueur, tandis que la tempête, à Rome, est dans toute sa violence. Il tremble pour la constance des Chrétiens ; mais il sait que, plus d’une fois, les soldats du Christ, couverts de l’armure des soldats de César, se sont introduits dans les prisons, et ont ranimé le courage des confesseurs. C’est la mission qu’il ambitionne, en attendant le jour où il pourra lui-même saisir la palme. Il vient donc soutenir ceux que les larmes de leurs parents avaient ébranlés ; les geôliers même, cédant à l’empire de sa foi et de ses miracles, affrontent le martyre, et jusqu’à un magistrat romain demande à se faire instruire de la doctrine qui donne tant de puissance aux hommes. Comblé des marques de la faveur de Dioclétien et de Maximien-Hercule, Sébastien dispose dans Rome d’une influence si salutaire pour le Christianisme, que le saint pape Caïus le proclame le Défenseur de l’Église.

Après avoir envoyé au ciel d’innombrables martyrs, le héros obtient enfin la couronne pour laquelle il soupirait. Par sa courageuse confession il encourt la disgrâce de Dioclétien, auquel il préfère l’Empereur céleste qu’il avait servi uniquement sous le casque et la chlamyde. Il est livré aux archers de Mauritanie qui le dépouillent, l’enchaînent et le percent de leurs flèches. Si les pieux soins d’Irène le rappellent à la vie, c’est pour expirer sous les coups, dans un hippodrome attenant au palais des Césars.

Tels sont les soldats de notre Roi nouveau-né ; mais avec quelle recherche sa munificence les honore ! Rome chrétienne, capitale de l’Église, s’élève sur sept Basiliques principales, comme l’ancienne Rome sur sept collines ; le nom et la tombe de Sébastien décorent l’un de ces sept sanctuaires. Hors les murs de la ville éternelle, sur la voie Appienne, la Basilique de Sébastien est assise dans la solitude ; elle garde le corps du pieux Martyr et Pontife Fabien ; mais les premiers honneurs de ce temple sont pour l’illustre chef de la milice prétorienne, qui avait voulu être enseveli dans ce lieu, comme un fidèle serviteur, près du puits au fond duquel furent cachés plusieurs années les corps des saints Apôtres, quand il fallut les soustraire aux recherches des persécuteurs.

En retour du zèle de saint Sébastien pour les âmes des fidèles, qu’il désira tant préserver de la contagion du paganisme, Dieu lui a donné d’être l’intercesseur du peuple chrétien contre le fléau de la peste. Ce pouvoir du saint Martyr a été éprouvé, dès l’an 680, à Rome, sous le pontificat de saint Agathon.

Les anciens livres liturgiques contiennent de nombreuses pièces en l’honneur de saint Sébastien ; nous donnerons seulement l’Hymne suivante, qui appartient au Bréviaire Ambrosien :

HYMNE
En ce jour dédié à l’honneur de Sébastien Martyr, notre concitoyen illustre, rendons-lui gloire dans nos chants unanimes.
Ce noble athlète du Christ, plein de l’ardeur du combat, abandonne sa patrie, qui pour lui a moins de dangers, et vient dans Rome affronter la lutte.
C’est là que, sectateur d’une doctrine sublime, repoussant l’idolâtrie, il aspire aux trophées d’un glorieux martyre.
Des nœuds multipliés l’enchaînent au tronc d’un arbre ; c’est là que sa poitrine, comme un bouclier suspendu, sert de but aux traits des archers.
Les flèches se réunissent sur son corps comme une forêt ; mais son âme, plus ferme que l’airain, insulte à la mollesse du fer, et demande à ce fer d’être plus meurtrier.
A voir le sang qui baigne le corps du Martyr, on croirait qu’il a expiré ; mais une chaste femme est venue panser ces plaies enflammées.
Ces blessures profondes inspirent un courage céleste au soldat du Christ ; il va provoquer encore le tyran, et bientôt il expire sous les coups meurtriers.
Maintenant, assis dans les hauteurs du ciel, vaillant guerrier ! éloignez la peste, et gardez même les corps de vos concitoyens.
Au Père, au Fils, et à vous, Esprit-Saint, comme toujours, soit à jamais gloire dans tous les siècles.
Amen.

Vaillant soldat de l’Emmanuel ! vous vous reposez maintenant à ses pieds. Vos blessures sont guéries, et vos palmes sont toujours verdoyantes. Du haut du ciel, jetez les regards sur la chrétienté qui applaudit à vos triomphes. A cette époque de l’année, vous nous apparaissez comme le gardien fidèle du berceau de l’Enfant divin ; l’emploi que vous remplissiez à la cour des princes de la terre, vous l’exercez maintenant dans le palais du Roi des rois. Daignez y introduire et y protéger nos vœux et nos prières.

Avec quelle faveur l’Emmanuel écoutera vos requêtes, lui que vous avez aimé d’un si invincible amour ! Dans l’ardeur de verser votre sang pour son service, un théâtre vulgaire ne vous suffisait pas ; il vous fallait Rome, cette Babylone enivrée du sang des Martyrs, comme parle saint Jean. Mais vous ne vouliez pas cueillir seulement une palme, et monter en hâte dans les cieux ; votre zèle pour vos frères vous rendait inquiet sur leur constance. Vous aimiez à pénétrer dans les cachots où ils rentraient tout brisés par les tortures ; et vous veniez raffermir entre leurs mains la palme chancelante. On eût dit que vous aviez reçu l’ordre de former la milice prétorienne du Roi céleste, et que vous ne deviez entrer au ciel que dans la société des guerriers choisis par vous pour la garde de sa personne.

Enfin, le moment est venu où vous devez songer à votre propre couronne ; l’heure de la confession a sonné. Mais, pour un athlète comme vous, ô Sébastien, un martyre unique ne suffit pas. En vain les archers ont épuisé leurs carquois sur vos membres ; la vie est restée en vous tout entière ; et la victime demeure aussi tout entière pour une seconde immolation. Tels furent les chrétiens du premier âge, et nous sommes leurs fils.

Donc, ô guerrier du Seigneur, considérez l’extrême faiblesse de nos cœurs où languit l’amour du Christ ; prenez pitié de vos derniers descendants. Tout nous effraie, tout nous abat, et trop souvent nous sommes, même à notre insu, les ennemis de la croix. Nous oublions trop souvent que nous ne pouvons habiter avec les Martyrs, si nos cœurs ne sont pas généreux comme le fut le cœur des Martyrs. Nous sommes lâches dans la lutte avec le monde et ses pompes, avec les penchants de notre cœur et l’attrait des sens ; et quand nous avons fait avec Dieu une paix facile, scellée du gage de son amour, nous croyons qu’il ne nous reste plus qu’à cheminer doucement vers le ciel, sans épreuves et sans sacrifices volontaires. Arrachez-nous à de telles illusions, ô Sébastien ! Réveillez-nous de notre sommeil ; et pour cela ranimez l’amour qui dort dans nos cœurs.

Défendez-nous delà contagion de l’exemple, et de l’envahissement des maximes mondaines qui se glissent sous un faux air de christianisme. Rendez-nous ardents pour notre sanctification, vigilants sur nos inclinations, zélés pour le salut de nos frères, amis de la croix, et détachés de notre corps. Par ces flèches qui ont percé vos membres généreux, éloignez de nous les traits que l’ennemi nous lance dans l’ombre.

Armez-nous, ô soldat du Christ, de l’armure céleste que nous décrit le grand Apôtre dans sa Lettre aux Éphésiens ; placez sur notre cœur la cuirasse de la justice, qui le défendra contre le péché ; couvrez notre tête du casque du salut, c’est-à-dire de l’espérance des biens futurs, espérance éloignée également de l’inquiétude et de la présomption ; placez à notre bras le bouclier de la foi, dur comme le diamant, et contre lequel viendront se briser tous les traits de l’ennemi qui voudrait égarer notre esprit pour séduire notre cœur ; enfin, mettez à notre main le glaive de la parole de Dieu, par lequel nous dissiperons toutes les erreurs et renverserons tous les vices ; car le ciel et la terre passent, et la Parole de Dieu reste, comme notre règle et notre espérance.

Défenseur de l’Église, ainsi appelé par la bouche d’un saint Pape Martyr, levez votre épée pour la défendre encore. Abattez ses ennemis, dissipez leurs plans perfides ; donnez-nous cette paix que l’Église goûte si rarement, et durant laquelle elle se prépare à de nouveaux combats. Bénissez les armes chrétiennes, au jour où nous aurions à lutter contre les ennemis extérieurs. Protégez Rome qui honore votre tombeau ; sauvez la France, qui se glorifia longtemps de posséder une partie de vos sacrés ossements. Éloignez de nous les fléaux de la peste et les maladies contagieuses ; écoutez la voix de ceux qui, chaque année, vous implorent pour la conservation des animaux que le Seigneur a donnés à l’homme pour l’aider dans ses labeurs. Enfin, par vos prières, assurez-nous le repos de la vie présente, mais surtout les biens de l’éternité.

 

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IIème dimanche après l’Epiphanie

19 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

IIème dimanche après l’Epiphanie

Introït

Que la terre vous adore, ô Dieu, et chante en votre honneur, qu’elle dise un hymne à votre nom, ô Très-Haut. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel qui régissez tout à la foi le ciel et la terre : écoutez avec clémence les prières de votre peuple, et accordez votre paix à nos temps.

Épitre Rm. 12, 6-16

Mes Frères : nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée : soit de prophétie, selon la mesure de notre foi, soit de ministère, pour nous exercer dans le ministère ; celui-ci a reçu le don d’enseigner : qu’il enseigne ; celui-là, le don d’exhorter : qu’il exhorte ; un autre distribue : qu’il s’en acquitte avec simplicité ; un autre préside : qu’il le fasse avec zèle ; un autre exerce les œuvres de miséricorde : qu’il s’y livre avec joie. Que votre charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Quant à l’amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres, vous prévenant d’honneur les uns les autres ; pour ce qui est du zèle, ne soyez pas nonchalants. Soyez fervents d’esprit ; c’est le Seigneur que vous servez. Soyez pleins de la joie que donne l’espérance, patients dans l’affliction, assidus à la prière, prêts à subvenir aux nécessités des saints, empressés à donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent : bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent. Ayez les mêmes sentiments entre vous ; n’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.

Évangile Jn. 2, 1-11

En ce temps là : il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : "Ils n’ont plus de vin." Jésus lui répondit : "Femme, qu’est-ce que cela pour moi et pour vous ? Mon heure n’est pas encore venue." Sa mère dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu’il vous dira." Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : "Remplissez d’eau ces urnes." Et ils les remplirent jusqu’au haut. Et il leur dit : "Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin ; et ils en portèrent. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux et lui dit : "Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment." Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Offertoire

Poussez des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom. Venez et entendez, vous tous qui craignez Dieu et je vous raconterai tout ce que le Seigneur a fait à mon âme. Alléluia.

Postcommunion

Qu’elle ait en nous plus d’influence, nous vous en supplions, Seigneur, l’action de votre vertu puissante ; afin que nourris de vos divins sacrements, nous soyons disposés par votre grâce à en recueillir les fruits promis.

Office

Au premier nocturne.

Commencement de la seconde Épître de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens.

Première leçon. Cap. 1, 1-5 Paul, apôtre du Christ Jésus de par la volonté de Dieu, et Timothée, notre frère, à l’Église de Dieu établie à Corinthe, ainsi qu’à tous les saints qui se trouvent dans l’Achaïe entière ; à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur, le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort, qui nous réconforte dans toutes nos épreuves afin que, réconfortés par Dieu ; nous puissions nous-mêmes réconforter ceux qui subissent toutes sortes d’épreuves. De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre réconfort.

Deuxième leçon. Cap. 1, 6-7 Si nous sommes éprouvés, c’est pour votre réconfort et votre salut : si nous sommes réconfortés, c’est pour votre réconfort, qui vous permet de porter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons nous aussi. Et nous avons pour vous une ferme espérance : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre réconfort.

Troisième leçon. Cap. 1, 8-11 Car nous ne voulons pas, frères, vous le laisser ignorer : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablé à l’extrême, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. Vraiment nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-même mais en Dieu, qui ressuscite les morts. C’est lui qui d’une telle mort nous a délivré et nous délivrera ; oui, nous avons en lui cette espérance qu’il nous délivrera encore. Vous-mêmes nous aiderez par la prière ; et ainsi ce bienfait, qu’un grand nombre de personnes nous auront obtenu, sera pour un grand nombre motif d’action de grâces à notre sujet.

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Quatrième leçon. Lorsque j’écoute assidûment la lecture des Épîtres de saint Paul, – et cela souvent deux, trois et même quatre fois par semaine, chaque fois que nous célébrons les mémoires des saints martyrs –, j’exulte de joie, je jouis de cette trompette spirituelle, je suis transporté et enflammé de désir en reconnaissant cette voix qui m’est chère ; il me semble presque voir le saint présent et l’entendre parler ! Et pourtant je m’afflige et je supporte avec peine que tous ne connaissent pas ce grand homme comme il mérite de l’être ; bien plus, certains – et ils sont nombreux – l’ignorent au point de ne pas même savoir exactement le nombre de ses Épîtres. Or, cela provient non de leur incapacité, mais de ce qu’ils ne veulent pas avoir assidûment entre les mains les écrits de cet homme bienheureux.

Cinquième leçon. Nous-même, en effet, ce que nous en savons, – si tant est que nous en sachions quelque chose –, nous ne le devons pas à l’excellence ou à la pénétration de notre esprit, mais parce que nous éprouvons beaucoup d’affection pour ce grand homme, nous ne nous arrêtons jamais de le lire. En effet, ceux qui aiment, connaissent mieux que tous les autres les faits et gestes de ceux qu’ils aiment, parce qu’ils se préoccupent d’eux. Cela, le bienheureux nous le montre en quelque sorte lorsqu’il écrit aux Philippiens : « Il est juste que j’aie ces sentiments envers vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, aussi bien dans mes chaînes que dans la défense et l’affermissement de l’Évangile. »

Sixième leçon. C’est pourquoi, si vous aussi vous voulez vous appliquer diligemment à cette lecture, il ne vous faudra point chercher autre chose. Elle est vraie, en effet, la parole du Christ : « Cherchez, et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. ». Par ailleurs, un grand nombre de ceux qui sont rassemblés ici avec nous, chargés de l’éducation d’enfants, du soin d’une épouse, de l’entretien d’une famille, ne peuvent s’adonner tout entiers à ce travail. Mais excitez-vous à profiter au moins de ce que d’autres ont recueilli ; dépensez autant d’effort pour écouter ce qui est dit, que pour gagner de l’argent, car il est honteux de ne pas exiger de vous plus d’empressement mais il sera déjà souhaitable que vous en accordiez au moins autant !

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Invité, le Seigneur vient aux noces. En dehors même de toute signification mystique, il a voulu par là confirmer qu’il est lui-même l’auteur des noces. Il s’en trouvera plus tard pour interdire le mariage, – l’Apôtre les mentionne –, ils diront que les noces sont un mal, que le diable en est l’auteur. Tout au contraire, dans l’Évangile, le Seigneur, tandis qu’on l’interroge pour savoir s’il est permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif, affirme que c’est illicite, hormis le cas de fornication. Et dans sa réponse, si vous vous en souvenez, il dit ceci : « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point. »

Huitième leçon. Ceux qui sont bien instruits dans la foi catholique savent que Dieu est l’auteur des noces. Et comme l’union provient de Dieu, ainsi le divorce provient du diable. Mais s’il est permis de renvoyer sa femme en cas de fornication c’est parce que, la première, elle refuse d’être épouse, celle qui ne garde pas la foi conjugale envers son mari. Celles-là mêmes qui vouent à Dieu leur virginité tiennent sans doute dans l’Église un rang plus élevé d’honneur et de sainteté, elles ne sont pourtant pas sans noces, car elles participent aux noces avec l’Église entière et dans ces noces, l’Époux, c’est le Christ.

Neuvième leçon. Ainsi donc, invité, le Seigneur vient aux noces. C’est afin d’affermir la chasteté conjugale, mais c’est aussi pour manifester le mystère des noces. Car l’époux de ces noces figurait la personne du Seigneur. C’est à lui qu’il est dit : « Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Le Christ, en effet, a gardé jusqu’à maintenant le bon vin, c’est-à-dire son Évangile.

Le troisième Mystère de l’Épiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu’il nous manifeste une troisième fois la gloire de l’Emmanuel. L’Étoile a conduit l’âme à la foi, l’Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l’unit à son Dieu. Nous avons chanté l’Époux sortant radieux au-devant de l’Épouse ; nous l’avons entendu l’appeler des sommets du Liban ; maintenant qu’il l’a éclairée et purifiée, il veut l’enivrer du vin de son amour.

Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l’Incarnation du Verbe, il convient qu’elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu’il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu’alors la Gentilité n’avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n’avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l’homme, et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu’avait chanté David.

Marie dit au Sauveur : « Ils n’ont point de vin. » C’est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu’il avait reçue d’elle. Marie a compris tout d’abord l’intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu’elle répète sans cesse à tous ses enfants : Faites ce qu’il vous dira.

Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l’enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l’instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d’eau ces vases ; mais l’eau ne convient pas pour le festin de l’Époux. Les figures, les prophéties de l’ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu’à l’ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiquer, n’avait contracté l’alliance avec le Verbe divin.

Mais lorsque l’Emmanuel est venu, il n’a qu’une parole à dire : « Puisez maintenant. » Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l’eau, il en a ménagé la transformation ; il l’a élevée jusqu’à lui, nous rendant participants de la nature divine ; il nous a rendus capables de contracter l’union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Église dont il est l’Époux, et qu’il aimait de toute éternité d’un si ardent amour, qu’il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.

O sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l’Apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde ». Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d’honneur. Jésus ordonne à ses ministres d’y verser l’eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n’avoir rien fait encore tant qu’il ne les a pas remplies jusqu’au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu’au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d’amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l’Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu’à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l’Apôtre, rendons-les semblables à cette Vierge pure qui est destinée à un Époux sans tache.

Saint Matthieu, Évangéliste de l’humanité du Sauveur, a reçu de l’Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l’Etoile ; saint Luc, Évangéliste du Sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère delà Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C’est pourquoi, suggérant à la sainte Église l’intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y MANIFESTA sa gloire. A Bethlehem, l’Or et l’Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l’Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l’Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l’artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : « car, dit saint Augustin, Celui qui transforma l’eau en vin dans les vases ne pouvait être que Celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne. » Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, « ses Disciples crurent en lui », et le collège apostolique commença à se former.

 

 

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Super II Thes., cap. 3 l.

18 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Super II Thes., cap. 3 l.

Caput 3

Lectio 1

Super II Thes., cap. 3 l. 1 Supra instruxit eos de futuris in novissimis, hic instruit eos de quibusdam, quae particulariter eis agenda erant, ubi primo ponitur instructio; secundo epistolae conclusio, ibi ipse autem Deus pacis. Item primo monet qualiter se habeant ad ipsum; secundo ostendit quid de eis confidat ipse, ibi fidelis autem Deus; tertio quomodo se habeant ad alios, qui inordinate ambulant, ibi denuntiamus autem vobis. Circa primum primo ponit orationem; secundo quid in oratione est petendum, ibi ut sermo. Dicit ergo de caetero, scilicet quia estis sufficienter instructi, orate pro nobis. Rm. XV, 30: obsecro igitur vos, fratres, per Dominum nostrum Iesum Christum et per charitatem Spiritus Sancti, ut adiuvetis me in orationibus vestris pro me ad Deum. Et hoc est debitum, quia curati habent curam utilitatis gregis. He. XIII, 7: mementote praepositorum vestrorum, qui vobis locuti sunt verbum Dei, et cetera. Secundo ostendit quid petendum est, ut scilicet tollantur impedimenta praedicationis; et ideo dicit ut sermo Dei currat, quia non potest totaliter impediri, sed retardari. Ideo dicit currat. Col. IV, 3: orantes simul etiam pro nobis, ut Dominus aperiat nobis ostium sermonis ad loquendum mysterium Christi. Item ut clarificetur, scilicet per claram et lucidam expositionem, apud rudes et sapientes, sicut et apud vos. Rm. I, 14: sapientibus et insipientibus debitor sum. Pr. XIV, 6: doctrina prudentium facilis. Item per miracula, quae sunt demonstrationes fidei. Est enim omnis scientia clara per demonstrationes, et hoc est orandum. Ac. IV, 29: da servis tuis cum omni fiducia loqui verbum tuum, et cetera. Item, secundo, orandum est pro praedicatoribus, ut liberentur ab importunis et malis hominibus, scilicet pseudoapostolis, qui sunt importuni in disputando, mali in seducendo. Vel a persecutoribus qui cogitaverunt iniquitatem in corde. Et ratio petitionis est, quia omnium non est fides, quia licet videantur habere eam, non tamen habent veram. Is. LIII, 1: Domine, quis credidit auditui nostro? Rm. X, 16: non omnes obediunt Evangelio. Deinde cum dicit fidelis, etc., ponit fiduciam quam habet de eis. Et primo facit hoc; secundo orat pro eis, ibi Dominus autem, et cetera. Fiducia autem pendet ex eo qui gratiam dat, et ex hominibus qui sunt liberi arbitrii, ut dirigantur in gratia. Dicit, primo, ex parte Dei: confido quod orabitis, et exaudiemini, quia fidelis est Dominus, qui confirmabit in bonis quae in vobis est operatus. I P. ult.: perficiet, confirmabit, consolidabitque, et cetera. Et custodiet a malo, culpae et poenae. Si tamen in mala poenae incidant, est eis in bonum, quia diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum, ut dicitur Rm. VIII, 28. Secundo, ex parte eorum dicit confidimus autem de vobis, fratres, scilicet ex gratia quam accepistis, sed in Domino, non in virtute vestra. He. VI, 9: confidimus autem de vobis, dilectissimi, meliora et viciniora salutis, et cetera. Quoniam quaecumque praecipimus, etc., id est, quoniam perseverabitis. Ex. XXIV, 7: omnia verba, quae locutus est Dominus, faciemus. Deinde cum dicit Dominus, etc., pro eis orat, dicens Dominus autem dirigat, scilicet ut perveniatis. Est autem hominis animam praeparare, et Domini linguam gubernare, ut dicitur Pr. XVI, 1. Et paulo post: cor hominis disponit viam suam, sed Domini est dirigere gressus eius, scilicet ad destinatum bravium. Et ideo dicit dirigat corda nostra, non solum exteriora opera; et hoc in charitate Dei. Duo autem sunt, per quae in via salutis incedimus, scilicet bona quae facimus, et mala quae sustinemus. Sed opera non sunt bona, nisi directa in finem charitatis. I Tm. I, 5: finis praecepti est charitas, et cetera. Item nec patientia, nisi per Christum. Lc. XXI, 19: in patientia vestra possidebitis animas vestras. Mt. V, 11: beati eritis, cum maledixerint vobis homines. Et ideo dicit et patientia Christi, id est, tolerantia malorum propter Christum, vel ad exemplum eius. I P. II, 21: Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, et cetera. Deinde cum dicit denuntiamus, etc., ostendit quomodo se habeant ad homines inordinatos. Et primo proponit edictum; secundo exponit, ibi ipsi enim, etc.; tertio ostendit necessitatem edicti proponendi, ibi audivimus. Dicit ergo: sic vos vivitis, et sic confido; sed quia sunt quidam mali inter vos, denuntiamus, etc., scilicet perfectis, in nomine, et cetera. Hoc enim ad praelatum pertinet. Is. LVIII, 1: annuntia populo meo scelera eorum, et domui Iacob peccata eorum, et cetera. Ez. III, 18: sanguinem illius de manu tua requiram. Et sequitur edictum, dicens ut subtrahatis, et cetera. Ex hoc introductum est in Ecclesia, quod mali vitentur, et hoc ne infirmiores ex eorum consortio maculentur. Eccli. XIII, 1: qui tetigerit picem inquinabitur ab ea. I Cor. V, 6: modicum fermentum totam massam corrumpit. Item ad sanationem peccantis, ut confusio cedat ei in salutem. Eccli. IV, 25: est confusio adducens peccatum, et est confusio adducens gloriam. Nec hoc debet fieri passim, sed cum deliberatione et maturitate. I Cor. V, 4: congregatis vobis et meo spiritu cum virtute Domini Iesu tradere huiusmodi hominem Satanae in interitum, et cetera. Et sic hic dicitur ut subtrahatis, et cetera. Nec debet fieri excommunicatio, nisi pro aliquo peccato, quia hic dicitur inordinate, et cetera. Et hoc est quando aliquid est secundum se malum, et contra ordinem iuris naturalis, ut Glossa exponit. I Cor. XIV, 40: ut omnia honeste et secundum ordinem fiant in vobis. Rm. XIII, 1: omnia quae sunt, a Deo ordinata sunt. Vel quia est prohibitum, et contra doctrinam Ecclesiae. Unde dicit et non secundum traditionem, et cetera. Supra secundo huius: tenete traditiones quas didicistis sive per sermonem, sive per epistolam nostram. Deinde cum dicit ipsi enim, etc., exponit quantum ad ultimum quod dixerat, scilicet secundum traditiones, ostendens quae sit traditio haec, et quomodo acceperunt ab ipso. Est autem haec traditio ut non essent otiosi, vel curiosi. Et primo ostendit quomodo acceperunt exemplo; secundo quomodo verbo. Item primo ostendit quod vitavit inquietudinem; secundo quomodo; tertio assignat causam. Dicit ergo traditionem quam acceperunt, scitis, etc., quia praelati sunt imitandi non in omnibus, sed in his, quae sunt secundum regulam Christi. I Cor. IV, 16 et XI, 1: imitatores mei estote, sicut et ego Christi. Et in quo? Quoniam non inquieti fuimus inter vos. Erant enim Thessalonicenses valde liberales. I Th. IV, 9: de charitate fraternitatis non necesse habemus scribere vobis, ipsi enim didicistis, et cetera. Et hac ratione pauperes otiose vivebant, et ex otio dabant se operibus indebitis, nec pertinentibus ad eos. Et hoc erat inquietudo. Et ideo dicit quoniam non inquieti, et cetera. I Th. IV, 11: operam detis, ut quieti sitis, et cetera. Item neque gratis panem manducavimus, etc., quia operibus manuum operabatur. Ac. XX, 34 dicitur: ipsi scitis quoniam ad ea quae mihi opus erant, et his qui mecum sunt, ministraverunt manus istae. Et Pr. ult.: panem otiosa non comedit. Nm. XVI, 15: tu scis, quia nec asellum quidem unquam acceperim ab eis, et cetera. Sed in labore et fatigatione. Non parum, sed nocte et die, id est, continue, quia aliquando oportebat eum praedicare et docere, et residuum ponebat in labore, ne quem vestrum gravaremus. II Cor. XII, 13: quid est quod prae caeteris minus habuistis, nisi quod non gravavi vos? Deinde cum dicit non quasi, etc., assignat causam sui operis manualis. Ubi excludit primo causam falsam, secundo ponit veram. Falsa quidem causa esset si quis diceret quod ei non liceret accipere ab eis sumptus. Et ideo dicit non quasi non habuerimus, immo habuimus potestatem vivendi de sumptibus fidelium. I Cor. IX, 13: qui altari deserviunt, cum altari participant. Mt. X, 10: dignus est operarius cibo suo. I Cor. IX, 14: sic et Dominus ordinavit his qui Evangelium annuntiant, de Evangelio vivere. Et sic ex Evangelio sunt duo genera hominum potestatem habentium vivere ex aliorum sumptibus, qui scilicet altari deserviunt, et praedicatores. Deinde cum dicit sed ut vos, etc., ponit veram causam. Nam duplicem causam invenimus, quare apostolus manibus laboravit: una apud Corinthios; alia hic. Illi enim erant avari, et graviter tulissent, sicut ibi dicitur. Causa autem quare laboravit hic fuit horum otium. Et ideo dicit ut nos formam daremus, etc., scilicet laborandi. I Tm. IV, 12: exemplum esto fidelium in verbo, in conversatione, in charitate, in fide, in castitate. I P. V, 3: forma facti gregis. Alia causa ponitur in Glossa, I Cor. IV, scilicet quando non invenimus qui det nobis, et tunc laborabat. Quarta causa erat, ut sicut monachi Aegypti non essent otiosi. Eccli. XXXIII, 29: multam malitiam docuit otiositas. Unde qui non habent exercitium officii, vel studii, vel lectionis, periculose vivunt otiosi.

 

Lectio 2

Super II Thes., cap. 3 l. 2 Supra ostendit apostolus quid eis suo exemplo tradidit, ut scilicet non essent inquieti, sed ut operarentur, hic ostendit quomodo hoc praesens verbis et factis tradidit. Unde dicit cum essemus, quasi dicat: ut formam daremus vobis, fecimus quod docuimus, quia hoc denuntiabamus, quoniam, et cetera. Haec verba, sicut dicit Glossa et Augustinus in libro de operibus monachorum, quidam pervertebant quod non sit licitum servis Dei manibus operari, propter hoc quod dicitur Mt. VI, 34: nolite solliciti esse, et cetera. Nam dicunt hanc operationem pertinere ad sollicitudinem victus. Et propter hoc istud referebant ad spiritualia opera; quasi dicat: si quis non vult facere opera meritoria et spiritualia, non est dignus manducare. Sed hoc est contra intentionem apostoli, qui dicit denuntiabamus nos sic fecisse, scilicet in labore et fatigatione. Sed quid est quoniam si quis non vult, et cetera? Estne hoc consilium vel praeceptum? Et videtur esse praeceptum, quia infra dicitur: si quis non obedierit verbo nostro, et cetera. Ergo omnes tenentur manibus operari. Qui igitur non operatur manibus, sed stat otiosus, peccat mortaliter. Respondeo. Dicendum est quod est praeceptum, sed aliquid praecipitur dupliciter: simpliciter, vel sub conditione. Simpliciter praecipitur quod per se est necessarium ad salutem: et haec sunt opera virtutum. Sub conditione vero, ut quando talis est casus, quod sine opere manuali praeceptum servari non potest. Praecipitur autem homini quod corpus suum sustentet, alias enim est homicida sui ipsius. Gn. II, 16: de omni ligno Paradisi comede, et cetera. Ex praecepto ergo tenetur homo corpus suum nutrire, et similiter ad omnia, sine quibus corpus non potest vivere, tenemur. Unde quicumque non habet alias, unde corpus sustentet licite, vel possessione, vel licito negotio, tenetur laborare, ne furetur. Ep. IV, 28: qui furabatur, iam non furetur, magis autem laboret operando manibus suis, et cetera. Est ergo praeceptum, quando aliter non potest licite vivere. Unde dicit si quis non vult operari, nec manducet. Est ergo alterum duorum necessarium, ut homo possit manducare, scilicet vel quod habeat possessionem, vel quod licite procuret. Ps. CXXVII, 2: labores manuum tuarum quia manducabis, et cetera. I Th. IV, 11: operamini manibus vestris, sicut praecepimus vobis, et cetera. Deinde cum dicit audivimus, etc., ponit necessitatem huius praecepti, quia apostolus dicit hoc non tam ex officio docentis, quam propter vitium gentis. Ideo primo ponit culpam quae inducit necessitatem praecepti; secundo adhibet remedium, ibi his autem qui, et cetera. Dicit ergo audivimus, etc.; quasi dicat: ideo non occulto hoc praeceptum, quia audivimus quosdam, et cetera. Anima enim hominis semper oportet quod circa aliquid occupetur, et ideo necesse est quod otiosi inquietudinem patiantur circa illicita. I Th. IV, 11: operam detis ut quieti sitis, et cetera. Et addit sed curiose agentes, scilicet de negotiis aliorum. Pr. XXI, 25: desideria occidunt pigrum. Deinde adhibet remedium, cum dicit his autem qui, et cetera. Et primo ex parte peccantium, secundo ex parte aliorum, ibi vos autem, et cetera. Dicit ergo his qui sunt eiusmodi denuntiamus severe, ut praelatus, et obsecramus charitative, ut pater eorum, ut panem suum, non alienum sed debitum sibi, scilicet licite acquisitum, cum silentio, id est, sine inquietudine, non discurrendo, manducet. Is. XXX: cultus iustitiae, silentium. Ez. multam malitiam docuit otiositas. Deinde cum dicit vos autem, etc. ex parte aliorum non peccantium duplex adhibet remedium. Primo scilicet quod non cessent benefaciendo, secundo quod illos corripiant, ibi quod si quis, et cetera. Dicit ergo vos autem, etc., quasi dicat: nolite deficere benefaciendo, licet otiosi abutantur. Ga. V: bonum facientes, non deficiamus, et cetera. Et hoc necessarium est, etiam si operentur manibus, et non deesset illis aliquid, quia necessaria est aliis subventio. Deinde cum dicit quod si quis, etc., innuit quod corrigantur, et primo ostendit quo ordine puniantur; secundo ostendit effectum poenae, ibi ut confundantur; tertio finem, ibi et nolite, et cetera. In ordine vero, primo, ponit culpam, secundo eius manifestationem, tertio eius punitionem. Culpa est inobedientia; et ideo dicit quod si quis non obedierit. I R. XV, 23: quasi peccatum ariolandi est repugnare, et quasi scelus idololatriae nolle acquiescere. Manifestatio et convictio ponitur, cum dicit hunc per epistolam notate, id est, manifestate, sed per veritatis inquisitionem. Jb. XXIX, 16: causam quam nesciebam, diligentissime investigabam. Poena eorum est sententia excommunicationis; unde dicit et non commisceamini cum illo, et cetera. I Cor. V, 11: cum huiusmodi nec cibum sumere. II Jn. V, 10: nolite recipere eum in domum, nec ave ei dixeritis. Hic nota quod excommunicatio infligitur pro inobedientia; debet tamen esse convictus. Unde dicit si quis non obedierit, per epistolam vestram, hunc notate, id est, significate nobis, ut puniatur: et tamen vos interim ne commisceamini cum illo. Sed effectus poenae est, ut confundatur, et ex hoc resipiscat. Eccli. IV, 25: est confusio adducens peccatum, et est confusio adducens gloriam. Finis autem et intentio debet esse eius correctio, quam intendit charitas; unde dicit et nolite invicem existimare, quia non debet fieri ex livore odii, sed ex studio charitatis; quasi dicat: quod ipsum vitatis, non fiat ex odio inimicitiae. Mt. V, 44: diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos. Et ideo dicit sed corripite ut fratrem. In quo ostenditur charitas. Ps. CXXXII, 1: ecce quam bonum, et quam iucundum habitare fratres in unum, et cetera. Deinde cum dicit ipse autem, etc., concludit epistolam. Et primo ponitur conclusio; secundo salutatio, quae est quasi epistolae sigillum, ibi salutatio, et cetera. Iterum prima in duas, quia eis primo optat dona Dei, secundo ipsum Deum, ibi Dominus sit, et cetera. Quantum ad primum dicit ipse, et cetera. Deus dicitur esse pacis quantum ad duo. Pax enim consistit in duobus, ut scilicet homo concordet ad seipsum, et ad alios. Et neutrum potest haberi sufficienter nisi in Deo: quia sibi non concordat sufficienter nisi in Deo et minus aliis quia tunc affectus hominis concordat in seipso quando quod appetitur secundum unum, sufficit quantum ad omnes, quod nihil potest esse praeter Deum. Ps. CII, 5: qui replet in bonis desiderium tuum. Quaecumque enim alia, praeter Deum, non sufficiunt ad omnes, sed Deus sufficit. Jn. XVI, 33: in me pacem habebitis, et cetera. Item homines non uniuntur inter se, nisi in eo quod est commune inter eos, et hoc est maxime Deus. Et ideo dicit Deus pacis det, non pacem temporalem, sed sempiternam, id est, spiritualem, quae hic incipit, et ibi perficitur. Ps. CXLVII, 3: qui posuit fines tuos pacem, et cetera. Et hoc in omni loco, et in toto mundo apud fideles. Quantum ad secundum dicit Dominus sit cum omnibus vobis, quia nihil aliud bene habetur, nisi ipse habeatur per fidem et charitatem. Salutatio mea, hoc dicit propter infideles pervertentes epistolas eius. Ga. ult.: videte qualibus litteris scripsi vobis manu mea, et cetera. Quod est signum, et cetera. Gratia, id est, gratuitum donum Dei, quod gratos vos reddit Deo, et cetera. Jn. I, 17: gratia et veritas per Iesum Christum facta est.

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Saint Antoine, abbé

17 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

 Saint Antoine, abbé

Collecte

Que l’intercession du bienheureux Abbé Antoine, nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Antoine, Égyptien, naquit de parents nobles et chrétiens, dont il se vit privé, encore adolescent. Entrant un jour dans une église, il entendit citer ces paroles de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; » il pensa devoir obéir au Christ notre Seigneur, comme si ces paroles lui eussent été adressées. Ayant donc vendu son bien, il en distribua tout l’argent aux pauvres. Dégagé de ces entraves, il entreprit de mener sur la terre un genre de vie tout céleste. Mais comme il descendait dans l’arène pour un combat si périlleux, il jugea qu’il devait adjoindre au bouclier de la foi dont il était armé, le secours des autres vertus, et il s’enflamma d’un tel zèle pour les acquérir, qu’il s’efforçait d’imiter quiconque lui semblait exceller en quelque vertu.

Cinquième leçon. Nul n’était plus continent que lui, nul plus vigilant. Il surpassait tous les autres en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail, et dans l’étude des divines Écritures. Antoine avait une telle horreur de la rencontre et des discours des hérétiques et des schismatiques, surtout des Ariens, qu’il disait qu’il ne fallait pas les aborder. Il couchait sur le sol lorsqu’un sommeil nécessaire s’emparait de lui, et se portait au jeûne avec tant d’ardeur qu’il ne mangeait que du pain avec un peu de sel, et n’étanchait sa soif qu’avec de l’eau ; et il ne réparait ses forces par cette nourriture et ce breuvage qu’après le coucher du soleil ; souvent même il s’abstenait de nourriture pendant deux jours consécutifs, et très fréquemment passait toute la nuit en prière. Étant devenu ainsi un vrai soldat de Dieu, Antoine fut attaqué de diverses tentations par l’ennemi du genre humain mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeûne et la prière. Toutefois, malgré ses nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté ; car il savait que le diable use d’innombrables artifices pour nuire aux hommes.

Sixième leçon. C’est pourquoi il se retira dans une vaste solitude de l’Égypte, où, faisant chaque jour de nouveaux progrès dans la perfection chrétienne, il en vint à mépriser tellement les démons qu’il leur reprochait leur faiblesse. Leurs assauts étaient cependant d’autant plus violents qu’Antoine devenait plus fort pour leur résister. Souvent il disait à ses disciples, qu’il excitait à combattre contre le diable, leur enseignant par quelles armes on peut le vaincre : « Croyez-moi, mes frères, Satan redoute les veilles pieuses, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde et l’humilité, mais surtout l'ardent amour pour le Christ notre Seigneur, dont la sainte croix lui est si redoutable, que le seul signe de cette croix l’affaiblit et le met en fuite. » Le saint Abbé devint si redoutable aux démons, qu’un grand nombre de possédés furent délivrés en Égypte en invoquant le nom d’Antoine. Telle était la renommée de sa sainteté que Constantin le Grand et ses fils se recommandèrent par lettres à ses prières. Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant déjà d’innombrables imitateurs du genre de vie qu’il avait institué, il assembla ses moines, et après leur avoir donné des instructions touchant la règle parfaite de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il s’en alla au ciel le seize des calendes de février.

Qu’aujourd’hui, l’Orient et l’Occident s’unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites, le grand Antoine. Avant lui, la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d’irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houlette d’un pasteur.

D’abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons, il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l’attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le déserta vu, par lui, commencer les monastères. L’âge des Martyrs touche à sa fin ; la persécution de Dioclétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence, qui veille sur l’Église, d’inaugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle publiquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s’élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités, et les fidèles auront désormais sous les yeux, comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils. Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s’éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l’Église ne tardera pas à aller chercher, dans ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes, ses plus généreux Apôtres.

Car l’exemple d’Antoine inspirera les siècles à venir ; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert, et qu’il apparut tout à coup dans les rues d’Alexandrie, au fort de la persécution païenne, pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n’oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore, aux jours affreux de l’Arianisme, il reparut dans la grande cité, pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée, et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche, au fond de son désert, qu’il procurait de tous ses moyens l’avancement de l’œuvre monastique, qu’il plaçait dans la fidélité des moines l’espoir du salut de l’Église, et qu’il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?

C’est dans cet admirable récit qu’on apprend à connaître Antoine ; c’est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Âgé de dix-huit ans, déjà héritier d’une fortune considérable, il entend lire à l’église un passage de l’Évangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage ; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu’il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.

L’Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu ; on dirait que Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu’Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Égyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.

Après vingt ans de combats qui l’ont aguerri, son âme s’est fixée en Dieu ; et c’est alors qu’il est révélé au monde. Malgré ses efforts pour demeurer caché, il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter et demander ses prières ; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité ; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l’âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.

Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l’Orient. Ils s’attendent aux émotions d’un spectacle, et ils ne voient qu’un homme d’un abord aisé, d’une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule, ni vaine complaisance des marques d’estime et de respect qu’on lui prodigue ; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l’habitation de Dieu.

Il n’est pas jusqu’aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir, Antoine leur adresse le premier la parole : « Pourquoi donc, ô philosophes, leur dit-il, avez-vous pris tant de peines pour venir visiter un insensé ? » Déconcertés d’un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu’ils ne le croyaient pas tel, mais qu’ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. « A ce compte, reprit Antoine, si vous me croyez sage, imitez ma sagesse. » Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d’autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d’un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : « Puisque vous êtes si bien établis sur la dialectique, répondez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt croire quand il s’agit de la connaissance de Dieu, ou à l’action efficace de la foi, ou aux arguments de la raison ? » — « A l’action efficace de la foi, » répondirent-ils. — « Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes ; ou si vous ne le pouvez, et que j’y parvienne par l’opération de la foi, et au nom de Jésus-Christ, avouez l’impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. » Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux : aussitôt ils furent délivrés.

Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence. « N’allez pas croire, leur dit le saint Abbé, que c’est par ma propre vertu que j’ai délivré ces possédés ; c’est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n’est pas la philosophie, mais une foi simple et sincère qui fait opérer les miracles. » On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme ; mais l’illustre biographe nous apprend qu’ils se retirèrent remplis d’estime et d’admiration pour Antoine, et avouèrent que leur visite au désert n’avait pas été pour eux sans utilité.

Cependant le nom d’Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu’à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père, implorant de lui la faveur d’une réponse. Le saint s’en défendit d’abord ; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu’ils pourraient se tenir offensés de son silence, il leur écrivit qu’il était heureux d’apprendre qu’ils adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d’état de leur pouvoir, qu’ils en vinssent à oublier qu’ils étaient hommes. Il leur recommanda d’être cléments, de rendre une exacte justice, d’assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.

Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople : « Les rois de la terre nous ont écrit ; mais qu’est-ce que cela doit être pour un chrétien ? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c’est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes, mais qu’il leur a aussi parlé par son propre Fils. »

Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d’aller se replonger dans le désert, et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits ; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim, où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait, dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. « Le roc, dit-il, s’élève à la hauteur de mille pas : de sa base s’échappent des eaux dont le sable boit une partie ; le reste descend en ruisseau, et son cours est bordé d’un grand nombre de palmiers qui en font une oasis aussi commode qu’agréable à l’œil. » Une étroite anfractuosité de la roche servait d’abri à l’homme de Dieu contre les injures de l’air.

L’amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine ; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petit terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d’Antoine qui lui disaient avec attendrissement : « Ici, il chantait les psaumes ; là, il s’entretenait avec Dieu dans l’oraison ; ici, il se livrait au travail ; là, il prenait du repos, lorsqu’il se sentait fatigué ; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, lui-même a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l’arrosement du jardin. » Ils racontèrent au saint, en lui montrant ce jardin, qu’un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s’arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : « Pourquoi manges-tu ce que tu n’as pas semé ? » Ces animaux s’arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.

Nous nous laissons aller au charme de ces récits ; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine descendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu’ils avaient au désert. Une fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l’avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première montagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l’affaiblissement de ses forces, et il leur dit :

« Mes fils bien-aimés, voici l’heure où, selon le langage de la sainte Écriture, je vais entrer dans la voie de mes pères. Je vois que le Seigneur m’appelle, et mon cœur brûle du désir de s’unir à lui dans le ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de mon âme, n’allez pas perdre, par un relâchement désastreux, le fruit du travail auquel vous vous êtes appliqués depuis tant d’années. Représentez-vous chaque jour à vous-mêmes que vous ne faites que d’entrer au service de Dieu et d’en pratiquer les exercices : par ce moyen, votre bonne volonté sera plus énergique, et ira toujours croissant. Vous savez quelles embûches nous tendent les démons. Vous avez été témoins de leurs fureurs, et aussi de leur faiblesse. Attachez-vous inviolablement à l’amour de Jésus-Christ ; confiez-vous à lui entièrement, et vous triompherez de la malice de ces esprits pervers. N’oubliez jamais les divers enseignements que je vous ai donnés ; mais je vous recommande surtout de penser que chaque jour vous pouvez mourir. »

Il leur rappela ensuite l’obligation de n’avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. « Quant aux habits que je laisse, ajouta-t-il, en voici la a destination : vous donnerez à l’évêque Athanase une de mes tuniques, avec le manteau qu’il m’avait apporté neuf, et que je lui rends usé. » C’était un second manteau que le grand docteur avait donnée Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l’ermite Paul. « Vous donnerez, reprit le saint, l’autre tunique à l’évêque Sérapion, et vous garderez pour vous mon cilice. » Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples : « Adieu, leur dit-il, mes fils bien-aimés ; votre Antoine s’en va, il n’est plus avec vous. »

C’est avec cette simplicité et cette grandeur que la vie monastique s’inaugurait dans les déserts de l’Égypte, pour rayonner de là dans l’Église entière ; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d’une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l’Église, toujours forte quand l’élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence ? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l’amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu ? Que tout l’honneur en revienne donc à notre Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu.

La grotte de saint Antoine au Mont Qolzum

La grotte de saint Antoine au Mont Qolzum

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Saint Marcel Ier pape et martyr

16 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Marcel Ier pape et martyr

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Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer, dans votre clémence, les prières de votre peuple, afin que nous soyons aidés par les mérites du bienheureux Marcel, votre Martyr et Pontife, dont la passion est pour nous une source de joie.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Marcel, né à Rome, exerça le pontificat depuis Constance et Galère jusqu’à Maxence. Ce fut à son instigation que Lucine, matrone romaine, établit l’Église de Dieu héritière de ses biens. Le nombre des fidèles s’étant accru dans Rome, il institua de nouveaux Titres (ou paroisses), et partagea la ville comme en différents districts, pour y administrer les sacrements de baptême et de pénitence à ceux qui embrasseraient la religion chrétienne, ainsi que pour l’utilité des fidèles et pour la sépulture des Martyrs. Maxence, enflammé de colère par cette sage administration, menaça Marcel de rigoureux supplices, s’il ne déposait le pontificat et ne sacrifiait aux idoles.

Cinquième leçon. Comme Marcel méprisait les paroles insensées d’un homme, le tyran l’envoya dans les écuries impériales pour qu’il y prît soin des bêtes qu’on nourrissait aux dépens du public. Marcel y passa neuf mois en prières et en jeûnes continuels, visitant par ses lettres les paroisses qu’il ne pouvait visiter en personne. Tiré de là par les clercs de Rome, il reçut l’hospitalité chez la bienheureuse Lucine, et dédia dans sa demeure une église qui est aujourd’hui désignée sous le Titre de Saint-Marcel : les Chrétiens allaient y prier et le bienheureux Marcel y prêchait lui-même.

Sixième leçon. Maxence, ayant connaissance de ces faits, ordonna d’amener dans cette église les bêtes de ses écuries et commanda qu’elles soient gardées, par Marcel. C’est en ce lieu que, souffrant de la malpropreté et accablé de tribulations, il s’endormit dans le Seigneur. Son corps fut enseveli le 17 des calendes de février, par la bienheureuse Lucine, au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il siégea cinq ans, un mois, et vingt-cinq jours. Il écrivit une épître aux Évêques de la province d’Antioche, au sujet de la primauté de l’Église romaine, qu’il prouve devoir être appelée le chef des Églises, et y dit aussi que nul concile ne peut être légitimement célébré sans l’autorité du Pontife romain. Il ordonna à Rome, au mois de décembre, vingt-cinq Prêtres, deux Diacres et sacra vingt et un Évêques pour divers lieux.

 

Au glorieux Pape et Martyr Hygin, vient s’adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l’Église ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l’Emmanuel.

Marcel a gouverné l’Église à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu’au sang, et méritera d’être associé à Étienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l’Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s’enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléem, où elle mit au monde un humble enfant : aujourd’hui, l’empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l’Église.

Quelles furent vos pensées, ô glorieux Marcel, lorsque l’impie dérision d’un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais de l’ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n’attendait plus qu’un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n’avait pas encore le secret de sa destinée. Comme l’Enfant de Bethléem, ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l’Église qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d’amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d’être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l’orgueil, l’amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves.

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Saint Paul premier ermite et confesseur mémoire de Saint Maur abbé

15 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Paul premier ermite et confesseur mémoire de Saint Maur abbé

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O Dieu qui nous réjouissez par la solennité annuelle du bienheureux Paul, votre Confesseur : faites, dans votre bonté, qu’honorant sa naissance au ciel, nous imitions aussi les actions de sa vie.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Paul, l’instituteur et le maître des Ermites, naquit dans la basse Thébaïde ; il n’avait que quinze ans lorsqu’il perdit son père et sa mère. Quelque temps après, pour fuir la persécution de Dèce et de Valérien et pour servir Dieu avec plus de liberté, il se retira dans une caverne du désert. C’est là qu’un palmier lui fournissant de quoi se nourrir et se vêtir, il vécut jusqu’à l’âge de cent treize ans : alors saint Antoine, qui en avait quatre-vingt-dix, le visita, d’après un avertissement de Dieu. Ils se saluèrent de leurs propres noms, bien qu’ils ne se connussent point auparavant, et pendant qu’ils se complaisaient à s’entretenir du royaume de Dieu, un corbeau, qui jusqu’alors avait toujours apporté à Paul la moitié d’un pain, en déposa un tout entier auprès d’eux.

Cinquième leçon. Après le départ du corbeau : « Voyez, dit Paul, comment le Seigneur vraiment bon, vraiment miséricordieux, nous a envoyé notre repas. Il y a déjà soixante ans que je reçois chaque jour la moitié d’un pain, et maintenant, à votre arrivée, Jésus-Christ a donné une ration double pour ses soldats. » Ils prirent donc leur nourriture avec action de grâces, au bord d’une fontaine ; ayant ainsi réparé leurs forces et rendu de nouveau grâces à Dieu, selon la coutume, ils passèrent la nuit dans les louanges divines. Au point du jour, Paul, sachant que sa mort était proche, en avertit Antoine, et le pria d’aller chercher, pour ensevelir son corps, le manteau qu’il avait reçu de saint Athanase. Antoine, étant en route pour revenir, vit l’âme de Paul monter au ciel parmi les chœurs des Anges et dans la compagnie des Prophètes et des Apôtres.

Sixième leçon. Quand il fut arrivé à la cellule de Paul, il le trouva à genoux, la tête levée, les mains étendues vers le ciel et le corps inanimé. Il l’enveloppa du manteau et chanta des hymnes et des Psaumes, selon la tradition chrétienne. Comme il n’avait pas d’instrument pour creuser la terre, deux lions accoururent du fond du désert et s’arrêtèrent près du corps du bienheureux vieillard, donnant à entendre qu’ils le pleuraient à leur manière. Ils creusèrent la terre avec leurs griffes à l’envi l’un de l’autre et firent une fosse capable de contenir un homme. Lorsqu’ils furent partis, Antoine déposa le saint corps en ce lieu, et le couvrant de terre, il lui dressa un tombeau à la manière des chrétiens. Quant à la tunique de Paul, qu’il avait tissue de feuilles de palmier comme on fait les corbeilles, il l’emporta avec lui, et tant qu’il vécut, il se servit de ce vêtement aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

L’Église honore aujourd’hui la mémoire d’un des hommes le plus spécialement choisis pour représenter la pensée de ce détachement sublime que l’exemple du Fils de Dieu, né dans une grotte, à Bethléem, révéla au monde. L’ermite Paul a tant estimé la pauvreté de Jésus-Christ, qu’il s’est enfui au désert, loin de toute possession humaine et de toute convoitise. Une caverne pour habitation, un palmier pour sa nourriture et son vêtement, une fontaine pour y désaltérer sa soif, un pain journellement apporté du ciel par un corbeau pour prolonger cette vie merveilleuse : c’est ainsi que Paul servit, pendant soixante ans, étranger aux hommes, Celui qui n’avait pas trouvé de place dans la demeure des hommes, et qui fut contraint d’aller naître dans une étable abandonnée.

Mais Paul habitait avec Dieu dans sa grotte ; et en lui commence la race sublime des Anachorètes, qui, pour converser avec le Seigneur, ont renoncé à la société et même à la vue des hommes : anges terrestres dans lesquels a éclaté, pour l’instruction des siècles suivants, la puissance et la richesse du Dieu qui suffit lui seul aux besoins de sa créature. Admirons un tel prodige ; et considérons, avec reconnaissance, à quelle hauteur le mystère d’un Dieu incarné a pu élever la nature humaine tombée dans la servitude des sens, et tout enivrée de l’amour des biens terrestres.

N’allons pas croire cependant que cette vie de soixante ans passée au désert, cette contemplation surhumaine de l’objet de la béatitude éternelle, eussent désintéressé Paul de l’Église et de ses luttes glorieuses. Nul n’est assuré d’être dans la voie qui conduit à la vision et à la possession de Dieu, qu’autant qu’il se tient uni à l’Épouse que le Christ s’est choisie, et qu’il a établie pour être la colonne et le soutien de la vérité. Or, parmi les enfants de l’Église, ceux qui doivent le plus étroitement se presser contre son sein maternel, sont les contemplatifs ; car ils parcourent des voies sublimes et ardues, où plusieurs ont rencontré le péril Du fond de sa grotte, Paul, éclairé d’une lumière supérieure, suivait les luttes de l’Église contre l’arianisme ; il se tenait uni aux défenseurs du Verbe consubstantiel au Père : et afin de montrer sa sympathie pour saint Athanase, le vaillant athlète de la foi, il pria saint Antoine, à qui il laissait sa tunique de feuilles de palmier, de l’ensevelir dans un manteau dont l’illustre patriarche d’Alexandrie, qui aimait tendrement le saint abbé, lui avait fait présent.

Le nom de Paul, père des Anachorètes, est donc enchaîné à celui d’Antoine, père des Cénobites ; les races fondées par ces deux apôtres de la solitude sont sœurs ; toutes deux émanent de Bethlehem comme d’une source commune. La même période du Cycle réunit, à un jour d’intervalle, les deux fidèles disciples de la crèche du Sauveur.

Nous donnons ici les trois strophes suivantes, consacrées par l’Église Grecque, dans ses Menées, à la louange du premier des Ermites :

Quand, par l’inspiration divine, tu as abandonné avec sagesse, ô Père, les sollicitudes de la vie pour embrasser les travaux de l’ascèse ; alors, enflammé de l’amour du Seigneur , plein de joie, tu t’es emparé du désert, laissant derrière toi les passions de l’homme , et poursuivant avec persévérance ce qu’il y a de meilleur, semblable à un Ange, tu as accompli ta vie.
Séparé volontairement de toute société humaine, dès ton adolescence, ô Paul, notre Père, tu as, le premier de tous, embrassé la complète solitude , dépassant tous les autres solitaires, et tu as été inconnu pendant toute ta vie : c’est pourquoi Antoine, par un mouvement divin, t’a découvert, toi qui étais comme caché, et il t’a manifesté à l’univers.
Livré, ô Paul, à un genre de vie inaccoutumé sur la terre, tu as habité avec les bêtes, assisté du ministère d’un oiseau, par la volonté divine ; à cette vue, le grand Antoine stupéfait, au jour où il te découvrit, te célébra sans relâche, comme le Prophète et le Maître de tous comme un être divin.

Vous contemplez maintenant dans sa gloire, ô prince des Anachorètes, le Dieu dont vous avez médité, durant soixante années, la faiblesse et les abaissements volontaires ; votre conversation avec lui est éternelle. Pour cette caverne, qui fut le théâtre de votre pénitence, vous avez l’immensité des cieux ; pour cette tunique de feuilles de palmier, un vêtement de lumière ; pour ce pain matériel, l’éternel Pain de vie ; pour cette humble fontaine, la source de ces eaux qui jaillissent jusque dans l’éternité. Dans votre isolement sublime, vous imitiez le silence du Fils de Dieu en Bethlehem ; maintenant, votre langue est déliée, et la louange s’échappe à jamais de votre bouche avec le cri de la félicité. Souvenez-vous cependant de cette terre dont vous n’avez connu que les déserts ; rappelez à l’Emmanuel qu’il ne l’a visitée que dans son amour, et faites descendre sur nous ses bénédictions. Obtenez-nous la grâce d’un parfait détachement des choses périssables, l’estime de la pauvreté, l’amour de la prière, et une continuelle aspiration vers la patrie céleste.

 

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Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr

14 Janvier 2025 , Rédigé par Ludovicus

Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr

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O Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Hilaire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Hilaire, né en Aquitaine de famille noble, excella en doctrine et en éloquence. Engagé d’abord dans le mariage, il y mena une vie presque monastique ; créé ensuite Évêque de Poitiers à cause de ses rares vertus, il s’acquitta de la charge épiscopale de façon à mériter les plus grandes louanges de la part des fidèles. C’était à l’époque où l’empereur Constance persécutait les Catholiques, employant la terreur, la spoliation des biens, l’exil, et toutes sortes de cruautés, s’ils ne voulaient pas passer au parti des Ariens ; Hilaire, s’opposant aux efforts de l’Arianisme comme un mur inébranlable, attira sur lui toute la fureur des hérétiques. Aussi beaucoup de pièges lui furent tendus, et enfin, par les artifices de Saturnin, Évêque d’Arles, il se vit exilé par le synode de Béziers et relégué en Phrygie. Dans son exil, il ressuscita un mort et écrivit contre les Ariens ses douze livres sur la Trinité.

Cinquième leçon. Quatre ans après, un concile ayant été rassemblé à Séleucie, ville d’Isaurie. Hilaire fut contraint d’y assister. Il partit ensuite pour Constantinople où il remarqua l’extrême péril de la foi, et demanda, par trois requêtes publiques, audience à l’empereur, afin de disputer devant lui de la foi avec ses adversaires. Mais comme Ursace et Valens, Évêques ariens qu’Hilaire avait réfutés dans ses écrits, craignaient la présence d’un homme si savant, ils persuadèrent à Constance de le rétablir dans son évêché, comme pour lui faire honneur. Ce fut alors que l’Église des Gaules, selon l’expression de saint Jérôme, embrassa Hilaire revenant de ses combats contre les hérétiques. Saint Martin le suivit jusqu’à sa ville épiscopale, et fut depuis élevé au gouvernement de l’Église de Tours ; la sainteté de sa vie montra dans la suite combien il avait profité des leçons d’un tel maître.

Sixième leçon. Depuis lors, Hilaire gouverna l’Église de Poitiers dans une grande tranquillité. Il amena la Gaule entière à condamner l’impiété des Ariens. Il écrivit plusieurs livres d’une admirable érudition. Saint Jérôme, dans sa lettre à Læta, atteste qu’ils peuvent tous être lus sans’ crainte d’y rencontrer l’erreur. « On peut, dit-il, lire sans aucun risque les livres d’Hilaire. » II s’en alla au ciel le jour des ides de janvier, sous les empereurs Valentinien et Valens, l’an de la naissance de Jésus-Christ trois cent soixante-neuf. Un grand nombre de Pères et plusieurs conciles ont donné à Hilaire le nom de Docteur insigne de l’Église, et dans quelques diocèses il était honoré sous ce titre : enfin, sur les instances du synode de Bordeaux, le souverain Pontife Pie IX, après avoir pris l’avis de la sacrée Congrégation des Rites, a déclaré et confirmé saint Hilaire Docteur de l’Église universelle, et ordonné qu’au jour de sa fête, il fût partout honoré de ce titre à la Messe et à l’Office.

Après avoir consacré à la gloire de l’Emmanuel manifesté à la terre la radieuse Octave de l’Épiphanie, la sainte Église, toujours occupée du divin Enfant et de son auguste Mère, jusqu’au jour où Marie portera dans ses bras ce fruit béni de ses entrailles au Temple où il doit être offert ; la sainte Église, disons-nous, admet sur son glorieux Cycle de nombreux amis de Dieu, qui nous tracent au ciel, comme autant d’astres étincelants, la voie qui conduit des joies de la Nativité au sacré mystère de la Purification.

Tout d’abord, éclate d’une gloire sans pareille, dès le lendemain du jour consacré à la mémoire du Baptême du Christ, le fidèle et courageux Hilaire, honneur immortel de l’Église des Gaules, le frère d’Athanase et d’Eusèbe de Verceil dans les combats qu’il soutint pour la divinité de l’Emmanuel. Le lendemain des persécutions sanglantes du paganisme, commence cette lutte affreuse de l’Arianisme, qui avait juré d’enlever au Christ vainqueur, par ses Martyrs, de la violence et de la politique des Césars, la gloire et les honneurs de la divinité. L’Église, affranchie par son propre sang, ne fit point défaut sur ce nouveau champ de bataille ; de nombreux Martyrs scellèrent encore de leur sang, versé par .des princes désormais chrétiens, mais hérétiques, la divinité du Seigneur immortel qui a daigné apparaître dans la faiblesse delà chair ; mais à côté de ces généreux athlètes, brillèrent, martyrs eux-mêmes de désir, d’illustres Docteurs qui vengèrent, par leur savoir et leur éloquence, cette foi de Nicée qui avait été celle des Apôtres. Au premier rang, et tout couvert des palmes d’une glorieuse confession, apparaît Hilaire, élevé, comme dit saint Jérôme, sur le cothurne gaulois et paré des fleurs de la Grèce, le Rhône de l’éloquence latine, et l’insigne Docteur des Églises, selon saint Augustin.

Sublime par son génie, profond dans sa doctrine, Hilaire est plus grand encore dans son amour pour le Verbe incarné, dans son zèle pour la liberté de l’Église ; toujours dévoré de la soif du martyre, toujours invincible à cette époque désolante où la foi, victorieuse des tyrans, sembla un jour au moment d’expirer, par l’astuce des princes, et parla lâche défection de tant de pasteurs.

L’ancienne Église Gallicane, dans ses livres liturgiques dont quelques fragments sont venus jusqu’à nous, consacre les éloges suivants au plus illustre de ses Pontifes. Nous donnerons d’abord cette Allocution au peuple fidèle, extraite d’un antique Sacramentaire.

ALLOCUTION.

Supplions, ô peuples, l’adorable Seigneur, dans l’abondance de nos vœux, en ce retour solennel de la fête du très heureux pontife Hilaire, dont la bouche a tonné au milieu du monde, pour l’égalité des trois divines personnes, avec tant de force, que ce soldat du Christ a renversé le Prince de ce siècle, et est entré vainqueur au palais du Roi céleste. Demandons à Celui qui l’a rendu chef vigilant de ses armées, et calme au milieu des combats, qu’il daigne nous faire la grâce d’obtenir, par le suffrage d’Hilaire, ce que nous sollicitons en son honneur.

Cette Préface, qui célèbre les vertus et les prodiges de saint Hilaire, s’est conservée dans l’Église des Gaules, même après l’introduction de la Liturgie Romaine :

PRÉFACE.

Il est vraiment digne et juste de vous rendre grâces , de vous offrir des vœux, de vous consacrer ces dons, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez élu le bienheureux Hilaire votre Confesseur pour le Pontife de votre confession sacrée : cet homme tout éclatant d’une lumière immense, orné d’une si grande douceur de mœurs, enflammé des ardeurs de la foi, source impétueuse d’éloquence ; lui dont la gloire paraît dans le concours des peuples à son tombeau, dans la guérison des possédés, dans le soulagement de ceux qui languissent, dans les signes des plus merveilleux prodiges. Selon la nature, il a quitté notre séjour ; mais les mérites de ce Pontife survivent au delà du tombeau, en la présence du Sauveur Jésus-Christ, notre Seigneur.

L’Oraison suivante a été recueillie de plusieurs anciens Missels manuscrits :

ORAISON.

O Dieu, dont la miséricorde change les pécheurs pour le pardon, et transfère les justes pour les couronner ; vous qui, habitant dans le cœur du bienheureux Pontife Hilaire, y avez donné les réponses de la foi, comme du sein de votre sanctuaire ; vous qui avez donné à cet illustre Confesseur de ne pas craindre César : daignez, par son intercession, défendre votre peuple suppliant contre son ennemi spirituel, et faire qu’il soit protégé par la fidèle prière de celui dont il célèbre avec transport la solennité.

L’Église de Poitiers, toujours fidèle à la mémoire de son héroïque Pontife, célèbre sa fête avec une religion filiale. Pour honorer avec plus d’éclat le témoignage rendu par le grand Docteur des Gaules, au mystère qui fait la base du Christianisme tout entier, elle chante en ce jour, à la Messe, la Préface de la Sainte Trinité. Nous donnerons ici quelques pièces liturgiques empruntées aux anciens livres de cette illustre Église. Les Répons suivants sont tirés en partie de la Légende du Saint, rédigée par saint Venance Fortunat, l’un de ses plus illustres successeurs.

R/. Le bienheureux Hilaire, distingué au-dessus de tous par l’honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son cœur, * Brillant comme l’étoile du matin, a paru au milieu des astres, V/. Le bienheureux Hilaire, Évêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d’Aquitaine, * Brillant comme l’étoile.

R/. Oh ! Qu’il fut parfait dans l’état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs. * L’occupation de sa vie n’était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l’aimer avec crainte, V/. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire ; ceux qui s’en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l’incrédule, les supplices. * L’occupation de sa vie.

R/. Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d’Asie, pour l’accroissement de sa vertu ; * Car plus il s’éloignait, pour l’amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s’approcher du ciel. V/. Étant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent accordées. * Car plus il s’éloignait.

R/. De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ; * Car l’Église recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur. V/. La perle des Prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse. * Car l’Église.

De nos jours, l’Église de Poitiers chante en l’honneur de son grand Évêque ces deux Hymnes composées par le pieux Simon Gourdan, chanoine régulier de cette même abbaye de Saint-Victor de Paris, tant illustrée par les Séquences de son immortel Adam.

HYMNE.
Depuis le jour où l’Église, mère féconde de tant d’hommes illustres, réunit les Gaulois à son immense troupeau, quel homme parmi eux a été comparable à Hilaire ? Quel docteur a vengé avec plus de courage le Fils engendré par le Père ?
Célèbre, ô peuple fidèle, les titres de gloire qui le recommandent, la dignité de son élocution, les qualités nombreuses qui brillèrent en lui ; mais son suprême honneur, c’est la foi, par laquelle il proclame hautement le Fils de Dieu.
La mitre qui brille sur son auguste front n’a pas été teinte de son sang ; mais sa vie a été en proie à mille épreuves ; ses fatigues incessantes ont compense pour lui l’honneur du martyre.
La foi de Nicée resplendit par les efforts d’un tel vengeur ; en vain la fureur des enfers s’efforce d’en renverser le Symbole ; Hilaire lance les éclairs de sa parole semblable à un glaive d’or ; il chasse les loups dévastateurs.
Avec quel transport le fidèle troupeau reçoit, à son retour, le Pontife exilé I Après ses longs combats, que de lauriers Hilaire moissonne ! O Martin ! c’est alors qu’il t’enseigne à marcher d’un pas ferme dans le sentier des vertus.
Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l’Esprit divin !
Amen.
HYMNE.
Ni la fraude, ni la faveur des princes, ni leurs menaces, n’ébranlent l’athlète magnanime ; Pasteur, il est contraint par un ordre tyrannique de quitter son troupeau. Qui désormais repoussera la fureur des loups ?
Tu pars, ô Pontife ! Mais tandis que ton grand cœur se soumet à l’exil, la Gaule est baignée dans les larmes ; et la terre de Phrygie, qui reçoit en toi un père, va se réjouir de posséder en toi le vengeur du Verbe.
Puissant Docteur, il illumine du flambeau d’une lumière nouvelle les ténèbres sous lesquelles se cachait l’erreur ; ses eaux vives nettoient les pâturages souillés d’un impur limon ; il éclaire des nations que l’infidélité rendait encore féroces.
Il confirme dans la foi des pasteurs chancelants : on voit revenir vers leurs troupeaux les gardiens timides que l’audace de l’hérésie en avait éloignés ; la voix d’Hilaire est pour eux la voix d’un père.
Sublime Pontife, qui, au plus haut des cieux, contemples de près le Soleil de justice, obtiens qu’il daigne nous éclairer, ce Verbe dont tu nous as fait connaître l’essence.
Qu’ils tremblent en présence du prince de ce monde ceux qui ne goûtent que les choses terrestres ; pour Hilaire, il dédaigne les fureurs d’un César irrité ; il n’affirme qu’avec plus de liberté la pure foi du Christ.
Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l’Esprit divin. Amen.

Ainsi a mérité d’être glorifié le saint Pontife Hilaire, pour avoir conservé, par ses courageux efforts, et jusqu’à exposer sa tête, la foi dans le premier des mystères. Une autre gloire que Dieu lui a donnée est d’avoir fécondé, par sa vigueur, le grand principe de la Liberté de l’Église, principe sans lequel l’Épouse de Jésus-Christ est menacée de perdre, du même coup, la fécondité et la vie. Naguère, nous avons honoré la mémoire du saint Martyr de Cantorbéry ; aujourd’hui, nous célébrons la fête d’un des plus illustres Confesseurs dont l’exemple l’éclaira et l’encouragea dans la lutte. L’un et l’autre s’inspiraient des leçons qu’avaient données aux ministres du Christ les Apôtres eux-mêmes, lorsqu’ils parurent pour la première fois devant les tribunaux de ce monde et prononcèrent cette grande parole, qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. (Ac. V, 29.) Mais les uns et les autres n’étaient si forts contre la chair et le sang, que parce qu’ils étaient détachés des biens terrestres, et avaient compris que la vraie richesse du chrétien et du Pontife est dans l’humilité et le dénuement de la crèche, la seule force victorieuse dans la simplicité et la faiblesse de l’Enfant qui nous est né. Ils avaient tous goûté les leçons de l’école de Bethléem, et voilà pourquoi aucune promesse d’honneurs, de richesses, de paix même, ne put les séduire.

Avec quelle dignité cette nouvelle famille de héros du Christ se lève au sein de l’Église ! Si la politique des tyrans qui veulent paraître chrétiens, malgré le christianisme, leur refuse avec obstination la gloire du martyre, de quelle voix tonnante ne proclament-ils pas la liberté due à l’Emmanuel et à ses ministres ! D’abord, ils savent dire aux princes, avec notre grand Évêque de Poitiers, dans son premier Mémoire à Constance : « Glorieux Auguste, votre sagesse singulière comprend qu’il ne convient pas, qu’il n’est pas possible de contraindre violemment des hommes qui y répugnent de toutes leurs forces, à se soumettre, et à s’unir à ceux qui ne cessent de répandre les semences corrompues d’une doctrine adultère. L’unique but de vos travaux, de vos desseins, de votre gouvernement, de vos veilles, doit être de faire jouir des douceurs de la liberté tous ceux à qui vous commandez. Pas d’autre moyen d’apaiser les troubles, de réunir ce qui a été disjoint avec violence, que de rendre chacun exempt de la servitude, et maître de sa vie. Laissez donc parvenir aux oreilles de votre mansuétude toutes ces voix qui crient : Je suis Catholique, je ne veux pas être hérétique ; je suis Chrétien, je ne suis pas Arien : je préfère mourir en ce monde, plutôt que de laisser corrompre par la domination d’un homme la pureté virginale de la vérité. »

Et lorsque l’on faisait retentir aux oreilles d’Hilaire le nom profané de la Loi pour justifier la trahison dont l’Église était l’objet de la part de ceux qui préféraient les bonnes grâces de César au service de Jésus-Christ, le saint Pontife, dans son Livre contre Auxence, rappelait avec courage à ses collègues l’origine de l’Église, qui n’a pu s’établir qu’à rencontre des lois humaines, et qui se fait gloire d’enfreindre toutes celles qui entraveraient sa conservation, ses développements et son action.

« Quelle pitié nous inspire toute cette peine qu’on se donne de notre temps, et combien il nous faut gémir en considérant les folles opinions de ce siècle, quand on rencontre des hommes qui pensent que les choses humaines peuvent protéger Dieu, et qui travaillent à défendre l’Église du Christ par les moyens de l’ambition séculière ! Je vous le demande, à vous, Évêques, de quel appui les Apôtres se sont-ils servis dans la publication de l’Évangile ? Quelles sont les puissances qui les ont aidés à prêcher le Christ, à faire passer presque toutes les nations du culte des idoles à celui de Dieu ? Obtenaient-ils quelques dignités de la cour, eux qui chantaient des hymnes à Dieu dans les prisons, sous les chaînes, et après avoir été flagellés ? Était-ce par les édits du prince, que Paul rassemblait l’Église du Christ ? Sans doute qu’il agissait sous le patronage d’un Néron, d’un Vespasien, ou d’un Décius, de ces princes dont la haine a fait fleurir la prédication divine ! Ces Apôtres, qui vivaient du travail de leurs mains, qui tenaient leurs assemblées dans des lieux secrets, qui parcouraient les villages, les villes, les nations, par terre et par mer, en dépit des Sénatus-Consultes et des Édits royaux, ils n’avaient sans doute pas les clefs du Royaume des Cieux ! Ou bien encore, ce n’est pas la vertu de Dieu qui triomphait des passions humaines, dans ces temps où la prédication du Christ s’étendait en proportion des défenses dont elle était l’objet ! »

Mais quand le moment est arrivé de s’adresser à l’Empereur lui-même, et de protester en face contre la servitude de l’Église, Hilaire, le plus doux des hommes, revêt cette indignation divine dont le Christ lui-même parut animé contre les violateurs du Temple ; et son zèle apostolique brave tous les dangers pour signaler les périls du système que Constance a inventé pour étouffer l’Église du Christ, après l’avoir flétrie.

« Le temps de parler est venu ; car le temps de se taire est passé. Il nous faut attendre le Christ ; car le règne de l’Antéchrist a commencé. Que les pasteurs poussent des cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. Donnons nos vies pour nos brebis ; car les voleurs sont entrés, et le a lion furieux tourne autour de nous. Allons au-devant du martyre ; car l’ange de Satan est transformé en ange de lumière.
« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne m’avez-vous pas fait naître, et remplir mon ministère au temps des Néron et des Décius ? Plein du feu de l’Esprit-Saint, je n’eusse pas craint le chevalet, au souvenir d’Isaïe scié en deux ; le feu ne m’eût pas épouvanté, à la pensée des Enfants Hébreux chantant au milieu des flammes ; ni la croix, ni le brisement des membres ne m’eussent effrayé, en me rappelant le larron transféré dans le Paradis après un semblable supplice ; les abîmes de la mer, la fureur des vagues n’eussent point affaibli mon courage ; car l’exemple de Jonas et de Paul aurait été là pour m’apprendre que vos fidèles peuvent vivre sous les flots.
« Contre vos ennemis avoués, j’aurais combattu avec bonheur ; car je n’aurais pas eu de doute qu’ils ne fussent de vrais persécuteurs, ceux qui m’auraient voulu contraindre par les supplices, le fer et le feu, à renier votre Nom ; pour vous rendre témoignage, notre mort seule aurait suffi. Nous eussions combattu ouvertement et avec confiance contre ceux qui vous renient, contre des bourreaux, contre des meurtriers ; et nos peuples, avertis par la publicité de la persécution, nous eussent suivis comme leurs chefs, dans le sacrifice qui vous rend témoignage.
« Mais aujourd’hui nous avons à combattre contre un persécuteur déguisé, contre un ennemi qui nous flatte, contre Constance l’Antéchrist, qui a pour nous, non des coups, mais des caresses ; qui ne proscrit pas ses victimes pour leur donner la vie véritable, mais les comble de richesses pour leur donner la mort ; qui ne leur octroie pas la liberté des cachots, mais leur donne une servitude d’honneurs dans ses palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tête avec le glaive, mais tue l’âme avec son or ; qui ne publie pas d’édits pour condamner au feu, mais allume, pour chacun, le feu de l’enfer. Il ne dispute pas, dans la crainte d’être vaincu ; mais il flatte pour dominer ; il confesse le Christ, pour le renier ; il procure une fausse unité, afin qu’il n’y ait pas de paix ; il sévit contre certaines erreurs, pour mieux détruire la doctrine du Christ ; il honore les Évêques, afin qu’ils cessent d’être Évêques ; il bâtit des églises, tout en ruinant la foi.
« Qu’on cesse de m’accuser de médisance, de calomnie ; le devoir des ministres de la vérité est de ne dire que des choses véritables. Si nous disons des choses fausses, nous consentons à ce que nos paroles soient réputées infâmes ; mais si nous faisons voir que tout ce que nous disons est manifeste, nous n’avons pas dépassé la liberté et la modestie des Apôtres, nous qui n’accusons qu’après un long silence.
« Je te dis hautement, Constance, ce que j’aurais dit à Néron, ce que Décius et Maximien auraient entendu de ma bouche : Tu combats contre Dieu, tu sévis contre l’Église, tu persécutes les saints, tu hais les prédicateurs du Christ, tu enlèves la religion ; tu es un tyran, sinon dans les choses humaines, du moins dans les choses divines. Voilà ce que j’aurais dit en commun, à toi et à eux ; maintenant, écoute ce qui t’est propre. Sous le masque d’un chrétien, tu es un nouvel ennemi du Christ ; précurseur de l’Antéchrist, tu opères déjà ses odieux mystères. Vivant contre la foi, tu t’ingères à en dresser des formules ; tu distribues les évêchés à tes créatures ; tu remplaces les bons par des méchants. Par un nouveau triomphe de la politique, tu trouves le moyen de persécuter sans faire de martyrs. « _ Combien plus nous fûmes redevables à votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par vous, nous avons vaincu le diable. La piété a recueilli en tous lieux le sang des martyrs ; et leurs ossements vénérés rendent témoignage de toutes parts. Mais toi, plus cruel que tous les tyrans, tu nous attaques avec un plus grand péril pour nous, et tu nous laisses moins d’espoir pour le pardon. A ceux qui auraient eu le malheur d’être faibles, il ne reste même pas l’excuse de pouvoir montrer à l’éternel Juge la trace des tortures et les cicatrices de leurs corps déchirés, pour se faire pardonner la faiblesse, en considération de la nécessité. O le plus scélérat des a hommes ! tu tempères les maux de la persécution de telle sorte que tu enlèves l’indulgence à la faute, et le martyre à la confession.
« Nous te reconnaissons sous tes vêtements de brebis, loup ravissant ! Avec l’or de l’État, tu décores le sanctuaire de Dieu ; tu lui offres ce que tu enlèves aux temples des Gentils, ce que tu extorques par tes édits et tes exactions. Tu reçois les Évêques par le même baiser dont le Christ a été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bénédiction, et tu foules aux pieds la foi ; tu fais remise des impôts aux clercs, pour en faire des chrétiens renégats ; tu relâches de tes droits, dans le but de faire perdre à Dieu les siens. »

Telle était la vigueur du saint évêque en face d’un prince qui finit par faire des martyrs ; mais Hilaire n’eut pas seulement à lutter contre César. A toutes les époques, l’Église a renfermé dans son sein des demi-fidèles que l’éducation, une certaine bienséance, quelques succès d’influence et de talent, retiennent parmi les catholiques, mais que l’esprit du monde a pervertis. Ils se sont fait une Église humaine, parce que le naturalisme ayant faussé leur esprit, ils sont devenus incapables de saisir l’essence surnaturelle de la véritable Église. Accoutumés aux variations de la politique, aux tours habiles à l’aide desquels les hommes d’État arrivent à maintenir un équilibre passager à travers les crises, il leur semble que l’Église, dans la déclaration même des dogmes, doit compter avec ses ennemis, qu’elle pourrait se méprendre sur l’opportunité de ses résolutions, en un mot que sa précipitation peut attirer sur elle, et sur ceux qu’elle compromettra avec elle, une défaveur funeste. Arbres déracinés, dit un apôtre ; car en effet leurs racines ne plongent plus dans le sol qui les eût nourris et rendus féconds. Les promesses formelles de Jésus-Christ, la direction immédiate de l’Esprit-Saint sur l’Église, l’aspiration du vrai fidèle à entendre proclamer dans son complément la vérité qui nourrit la foi, en attendant la vision, la soumission passive due préalablement à toute définition qui émane et émanera de l’Église jusqu’à la consommation du monde : tout cela pour eux n’appartient point à l’ordre pratique. Dans l’enivrement de leur politique mondaine et des encouragements qu’elle leur vaut de la part de ceux qui haïssent l’Église, ils se compromettent devant Dieu et devant l’histoire par les efforts désespérés qu’ils osent faire pour arrêter la promulgation de la vérité révélée.

Hilaire devait aussi les rencontrer sur son chemin, ces hommes qu’effrayait le consubstantiel, comme d’autres se sont effarouchés de la transsubstantiation et de l’infaillibilité. Il s’opposa comme un mur d’airain à leurs pusillanimités et à leurs vulgaires calculs. Écoutons-le lui-même commenté par le plus éloquent de ses successeurs : « La paix, me dites-vous ? N’allez-vous pas troubler la paix, troubler l’union ? » — C’est un beau nom que celui de la paix ; c’est aussi une belle chose que l’idée d’unité ; mais qui donc ignore que, pour l’Église et pour l’Évangile, il n’y a pas d’autre unité et d’autre paix que l’unité et la paix de Jésus-Christ ? » — Mais, lui objectait-on encore, ne savez-vous pas avec qui vous vous mesurez, et n’avez-vous pas peur ? » — « Oui, vraiment j’ai peur : j’ai peur des dangers que court le monde ; j’ai peur de la terrible responsabilité qui pèserait sur moi par la connivence, par la complicité de mon silence. J’ai peur enfin du jugement de Dieu, j’en ai peur pour mes frères sortis de la voie de la vérité, j’en ai peur pour moi, dont c’est le devoir de les y ramener. » On ajoutait : « Mais n’y a-t-il pas des réticences permises, des ménagements nécessaires ? » Hilaire répondait que l’Église n’a vraiment pas besoin qu’on lui fasse la leçon, et qu’elle ne peut oublier sa mission essentielle. Or, cette mission, la voici : « Ministres de la vérité, il nous appartient de déclarer ce qui est vrai. Ministros veritatis decet vera proferre. »

C’était donc avec raison, glorieux Hilaire, que l’Église de Poitiers vous adressait, dès les temps anciens, ce magnifique éloge que l’Église Romaine consacre à votre illustre disciple Martin : « O bienheureux Pontife ! Qui aimait de toutes ses entrailles le Christ Roi, et qui ne ployait pas sous le faix du commandement ! O âme très sainte ! Que le glaive du persécuteur n’a point séparée du corps, et qui cependant n’a pas perdu la palme du martyre ! » Si la palme vous a manqué, du moins n’avez-vous pas manqué à la palme ; et la couronne de Martyr, qui ceint le front de votre illustre frère Eusèbe, ne convient pas moins à votre tête sacrée qu’entoure déjà l’auréole de Docteur. Tant de gloire est due à votre courage dans la confession de ce Verbe divin dont nous honorons, en ces jours, les abaissements et l’ineffable enfance. Comme les Mages, vous n’avez point tremblé en présence d’Hérode ; et si les ordres de César vous exilèrent sur la terre étrangère, votre cœur se consola en songeant à l’exil de Jésus enfant, dans la terre d’Égypte. Obtenez-nous la grâce de comprendre, à notre tour, ces divins mystères.

Veillez aussi sur la foi des Églises ; et par votre suffrage puissant, conservez-y la connaissance et l’amour du divin Emmanuel. Souvenez-vous de celle que vous avez gouvernée, et qui se glorifie encore d’être votre fille ; mais puisque l’ardeur de votre zèle embrassait la Gaule tout entière dont vous fûtes l’invincible boulevard, protégez aujourd’hui la France chrétienne. Qu’elle garde toujours le don de la foi ; que ses Evêques soient les athlètes courageux de la liberté ecclésiastique ; formez dans son sein des prélats puissants en œuvres et en paroles, comme Martin et comme vous, profonds dans la doctrine, et fidèles dans la garde du dépôt.

Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr
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