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Saint Pierre d’Alcantara confesseur

19 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Pierre d’Alcantara confesseur

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O Dieu, qui avez daigné faire briller dans votre Confesseur, le bienheureux Pierre, les dons d’une admirable pénitence et d’une sublime contemplation, faites, s’il vous plaît, qu’aidés de ses mérites et mortifiant notre chair, nous obtenions plus facilement les biens célestes.

Office

Quatrième leçon. Pierre, né de parents nobles, à Alcantara en Espagne, donna, dès ses plus tendres années, des signes de sa sainteté future. Étant entré à seize ans dans l’Ordre des Frères Mineurs, il s’y montra un modèle de toutes les vertus. Ayant eu alors à exercer par obéissance le ministère de la prédication, il amena un nombre incalculable de Chrétiens des désordres du vice à une véritable pénitence. Désirant rétablir dans toute son exactitude l’observance primitive de l’institut franciscain, confiant dans le secours du ciel et appuyé de l’autorité apostolique, il fonda, près de Pédrosa, un couvent très étroit et très pauvre, où il commença pieusement un genre de vie fort austère, qui s’est merveilleusement répandu dans diverses provinces de l’Espagne et jusqu’aux Indes. Il aida sainte Thérèse, dont il avait éprouvé l’esprit, à établir la réforme des Carmélites. Cette Sainte ayant appris de Dieu qu’elle ne lui demanderait rien au nom de Pierre sans être exaucée sur-le-champ, avait coutume de se recommander à ses prières et de lui donner le nom de Saint, quoiqu’il vécût encore.
Cinquième leçon. Il se dérobait avec la plus grande humilité aux faveurs des princes qui le consultaient comme un oracle, et il refusa d’être le confesseur de l’empereur Charles-Quint. Très rigide observateur de la pauvreté, il se contentait d’une seule tunique, la plus mauvaise de toutes. Il était si délicat pour tout ce qui concerne la pureté, qu’il ne permit pas au frère qui le servait dans sa dernière maladie de le toucher tant soit peu. Il réduisit son corps en servitude par une continuité de veilles, de jeûnes, de flagellations ; par le froid, la nudité, par toutes sortes de rigueurs, ayant fait pacte avec lui de ne lui donner aucun repos en ce monde. L’amour de Dieu et du prochain qui remplissait son cœur, y excitait parfois une flamme si vive, qu’il était obligé de sortir brusquement de son étroite cellule pour aller, en pleine campagne, tempérer par la fraîcheur de l’air, l’ardeur qui le brûlait.
Sixième leçon. Il fut élevé à un degré de contemplation si admirable que, comme son esprit en était continuellement nourri, il lui arriva parfois de passer plusieurs jours sans prendre ni nourriture ni boisson. Fréquemment élevé en l’air, on l’a vu briller d’un éclat admirable. Il passa des fleuves rapides à pied sec. Dans une disette extrême, il nourrit ses frères d’un aliment venu du ciel. Un bâton qu’il avait fixé en terre devint bientôt un figuier verdoyant. Une nuit qu’il cheminait, la neige tombant épaisse, il entra dans une maison en ruines toute découverte, et la neige, restant suspendue en l’air, lui servit de toit pour qu’il ne fût pas étouffé par son abondance. Sainte Thérèse atteste qu’il était doué du don de prophétie et de discernement des esprits. Enfin, étant dans sa soixante-troisième année, il s’en alla vers le Seigneur, à l’heure qu’il avait prédite, ayant été fortifié par une merveilleuse vision et par la présence de plusieurs Bienheureux. A ce moment-là même, sainte Thérèse qui se trouvait dans un lieu fort éloigné, le vit porté au ciel. Lui ayant apparu -ensuite, il lui dit : O bienheureuse pénitence, qui m’a valu une si grande gloire ! Beaucoup de miracles l’ont illustré après sa mort et Clément IX l’a inscrit au nombre des Saints.

 

Traité de l’Oraison et de la Méditation, chapitre 5 : De quelques avis nécessaires aux personnes qui s’adonnent à l’oraison. Huitième et dernier avis (ce sont les dernières lignes du livre) :

 

Il convient d’avertir ici que toutes les choses que nous venons de signaler comme favorables à la dévotion, doivent être regardées comme de simples préparatifs par lesquels l’homme se dispose à l’action de la grâce divine, et qu’ainsi, tout en les mettant soigneusement en pratique, il ne doit pas établir en eux sa confiance, mais en Dieu seul. Je dis ceci, parce qu’il y a quelques personnes qui font comme un art de toutes ces règles et de tous ces enseignements. Il leur semble que, de même que celui qui apprend un métier, s’il en garde bien les règles, doit, en vertu de ces règles, devenir promptement un habile ouvrier ; de même aussi, celui qui observera fidèlement ces règles de la vie spirituelle, doit en vertu de cela’ acquérir en peu de temps ce qu’il désire. Mais ces personnes ne considèrent pas que c’est là faire un art de la grâce, et attribuer à des règles et à des industries humaines, ce qui est un pur don et une miséricorde du Seigneur.

C’est pourquoi il convient de considérer ces affaires de la vie spirituelle, non comme une chose d’art, mais comme une chose de la grâce. En les regardant ainsi, l’homme saura que le principal moyen pour obtenir des dons si précieux, est une profonde humilité et une parfaite connaissance de sa propre misère, avec une confiance entière en la miséricorde de Dieu. De cette vue de la misère et de la miséricorde, naîtront de continuelles larmes et de ferventes oraisons ; et l’homme, entrant ainsi par la porte de l’humilité, obtiendra par l’humilité ce qu’il désire, et le conservera avec humilité, sans se confier d’aucune manière ni en la méthode de ses exercices, ni en quoi que ce soit qui vienne de lui.

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De veritate, q. 29 a. 5

19 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

De veritate, q. 29 a. 5

Articulus 5

Quinto quaeritur utrum in Christo requiratur aliqua habitualis gratia ad hoc quod sit caput

Et videtur quod non.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 1 Quia apostolus ad Col. I, 19, ex hoc ponit in Christo capitis rationem, quia complacuit in ipso omnem plenitudinem inhabitare, ut in auctoritate supradicta, art. praeced. in fine, patet. Sed omnis plenitudo divinitatis Christum inhabitavit ex unione. Ergo praeter unionem non requiritur alia gratia ad hoc quod sit caput.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 2 Praeterea, Christus caput Ecclesiae est secundum quod ad nostram salutem operatur. Operatio autem humanitatis eius salutem nobis contulit, ut Damascenus dicit, secundum quod humanitas quasi instrumentum divinitatis erat. Cum igitur in instrumento non requiratur aliquis habitus, sed tantum motum a principali agente movetur; videtur quod in Christo, ad hoc quod esset caput Ecclesiae, nulla habitualis gratia requireretur.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 3 Praeterea, dupliciter alicuius hominis actio alteri potest esse salubris. Uno modo secundum quod agit ut persona singularis: et sic ad hoc quod eius actio sibi vel alteri meritoria esse possit, requiritur gratia. Alio modo ut persona communis: et sic sunt ministri Ecclesiae, qui sacramenta dispensando, et per orationes quas ex persona Ecclesiae Deo fundunt ad salutem aliorum operantur; et ad hoc non requiritur aliqua gratia, sed solummodo potestas vel status; fiunt enim huiusmodi non solum per bonos, sed etiam per malos. Christus autem, in quantum est Ecclesiae caput, consideratur ut persona communis, cuius vicem obtinent omnes Ecclesiae ministri. Ergo ad hoc quod esset caput, habituali gratia non indigebat.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 4 Praeterea, Christus fuit caput Ecclesiae secundum quod eius meritum fuit infinitum; sic enim in omnia membra Ecclesiae influere potuit ad deletionem omnium peccatorum. Sed meritum eius infinitatem non habuit ex gratia habituali, quae finita erat. Ergo Christus non fuit caput ratione alicuius habitualis gratiae.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 5 Praeterea, Christus est caput Ecclesiae, in quantum est Dei et hominum mediator. Sed mediator Dei et hominum est, in quantum est medius inter Deum et homines, habens cum Deo divinitatem, cum hominibus humanitatem; quod quidem est per unionem. Ergo sola unio absque habituali gratia sufficit ad capitis rationem.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 6 Praeterea, unius subiecti una est vita. Gratia autem est vita animae. Ergo in una anima est una gratia. Et ita in Christo, praeter gratiam quae est eius ut est singularis persona, non requiritur aliqua habitualis gratia, per quam sit caput.

De veritate, q. 29 a. 5 arg. 7 Praeterea, ex hoc Christus est caput quod influit in Ecclesiae membra. Sed Christus influere non posset quantumcumque gratiam haberet, nisi esset Deus et homo. Ergo non requiritur gratia habitualis, per quam sit caput; sed hoc ex sola unione habet.

De veritate, q. 29 a. 5 s. c. 1 Sed contra. Est quod dicitur Jn. I, 16: de plenitudine eius nos omnes accepimus gratiam pro gratia; et ita gratiam aliquam habuit, per quam in nos gratiam refudit.

De veritate, q. 29 a. 5 s. c. 2 Praeterea, caput corporis mystici similitudinem habet cum capite corporis naturalis. Sed ad perfectionem corporis naturalis requiritur quod sit in eo vis sensitiva plenissime, ad hoc quod sensum in membra refundere possit. Ergo in Christo, ad hoc quod sit caput, requiritur gratiae plenitudo.

De veritate, q. 29 a. 5 s. c. 3 Praeterea, Dionysius, II cap. caelestis hierarchiae, dicit, quod illi qui sunt alios illuminantes, perficientes et purgantes, praehabent lumen, puritatem et perfectionem. Sed Christus in quantum est caput Ecclesiae, purgat, illuminat et perficit. Ergo oportet, ad hoc quod sit caput, quod in eo sit gratiae plenitudo, per quam sit purus, lucidus et perfectus.

De veritate, q. 29 a. 5 co. Respondeo. Dicendum, quod, sicut dicit Damascenus, humanitas Christi quasi instrumentum divinitatis fuit; et ideo actiones eius nobis poterant esse salubres. In quantum ergo speciale divinitatis instrumentum fuit, oportuit quamdam specialem coniunctionem ipsius ad divinitatem esse. Unaquaeque autem substantia tanto a Deo plenius bonitatem eius participat, quanto ad eius bonitatem appropinquat, ut patet per Dionysium, XII cap. caelestis hierarchiae. Unde et humanitas Christi, ex hoc ipso quod prae aliis vicinius et specialius divinitati erat coniuncta, excellentius bonitatem divinam participavit per gratiae donum. Ex quo idoneitas in ea fuit ut non solum gratiam haberet, sed etiam per eam gratia in alios transfunderetur, sicut per corpora magis lucentia lumen solis ad alia transit. Et quia Christus in omnes creaturas rationales quodammodo effectus gratiarum influit, inde est quod ipse est principium quodammodo omnis gratiae secundum humanitatem, sicut Deus est principium omnis esse: unde, sicut in Deo omnis essendi perfectio adunatur, ita in Christo omnis gratiae plenitudo et virtutis invenitur, per quam non solum ipse possit in gratiae opus, sed etiam alios in gratiam adducere. Et per hoc habet capitis rationem. In capite enim naturali non solum est vis sensitiva, ad hoc quod sentiat per visum, auditum et tactum, et huiusmodi sensus; sed etiam est in eo ut in radice, a qua in alia membra sensus effluunt. Sic ergo una et eadem gratia habitualis in Christo dicitur unionis, in quantum congruit naturae divinitati unitae: et capitis, in quantum per eam fit refusio in alios ad salutem; singularis vero personae, in quantum ad opera meritoria perficiebat.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in Christo intelligitur duplex plenitudo: una divinitatis, secundum quam Christus est plenus Deus; alia gratiae, secundum quam dicitur plenus gratiae et veritatis: et de hac plenitudine loquitur apostolus ad Col. I, 19; de prima autem Col. II, 9. Haec autem secunda a prima derivatur, et per eam gratia capitis completur.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod instrumentum inanimatum, quale est securis, habitu non indiget; instrumentum autem animatum, quale est servus, indiget: et tale instrumentum divinitatis est humana natura in Christo.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod minister Ecclesiae non agit in sacramentis quasi ex propria virtute, sed ex virtute alterius, scilicet Christi; et ideo in eo non requiritur gratia personalis, sed solum auctoritas ordinis, per quam quasi Christi vicarius constituitur. Christus autem operatus est nostram salutem quasi ex propria virtute, et ideo oportuit quod in eo esset gratiae plenitudo.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis meritum Christi quamdam infinitatis rationem habeat ex dignitate personae, tamen rationem meriti habet ex gratia habituali, sine qua meritum esse non potest.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Christus est mediator Dei et hominum etiam secundum humanam naturam, in quantum cum hominibus habet passibilitatem, cum Deo vero iustitiam, quae est in eo per gratiam: et ideo requiritur praeter unionem habitualis gratia in Christo ad hoc quod sit mediator et caput.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 6 Ad sextum dicendum, quod una et eadem gratia habitualis diversa ratione est gratia capitis et singularis personae et unionis, per modum superius dictum, in corp. art.

De veritate, q. 29 a. 5 ad 7 Ad septimum dicendum, quod licet in Christo requiratur, ad hoc quod sit caput, utraque natura; tamen ex ipsa unione divinae naturae ad humanam sequitur in humana quaedam gratiae plenitudo, ex qua in alios redundantia fiat a capite Christo.


 

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Saint Luc évangéliste

18 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Luc évangéliste

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Nous vous en prions, Seigneur, que votre saint Évangéliste Luc intercède pour nous, lui qui n’a jamais cessé de porter dans son corps la mortification de la croix, pour l’honneur de votre nom.

Évangile Lc. 10, 1-9

En ce temps-là : le Seigneur désigna encore soixante-dix autres disciples, et il les envoya devant lui, deux à deux, en toute ville et endroit où lui-même devait aller. Il leur disait : La moisson est grande, mais les ouvriers sont en petit nombre. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Allez : voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni besace, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : "Paix à cette maison !" Et s’il y a là un fils de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Demeurez dans cette maison, mangeant et buvant de ce qu’il y aura chez eux, car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Et en quelque ville que vous entriez et qu’on vous reçoive, mangez ce qui vous sera servi ; guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : "Le royaume de Dieu est proche de vous."

Office

Du livre de saint Jérôme, Prêtre : Des écrivains ecclésiastiques.
Quatrième leçon. Luc, médecin d’Antioche, instruit, comme ses écrits l’indiquent, dans la langue grecque, fut le disciple de l’apôtre saint Paul, et son compagnon en ses diverses pérégrinations. Il a écrit un Évangile, et c’est de lui que le même Apôtre dit : « Nous avons envoyé avec lui un de nos frères dont on fait l’éloge, à cause de l’Évangile, dans toutes les Églises ; » et aux Colossiens : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue ; » et à Timothée : « Luc est seul avec moi. » Il a aussi laissé un autre livre excellent intitulé : Les Actes des Apôtres, et qui renferme l’histoire de ces temps-là jusqu’à la seconde année du séjour de Paul à Rome, c’est-à-dire la quatrième de Néron : d’où nous inférons que l’ouvrage fut composé dans cette même ville.
Cinquième leçon. Aussi regardons-nous les voyages de Paul, de Thècle et toute la fable du Lion baptisé, comme des livres apocryphes. Car est-il possible que, parmi tant d’autres choses, un compagnon de l’Apôtre n’ait oublié que celles-là ? D’ailleurs Tertullien, peu éloigné de ces temps-là, rapporte qu’en Asie, un certain prêtre, qui affectionnait l’Apôtre, ayant été convaincu par saint Jean d’être l’auteur de l’ouvrage et ayant avoué qu’il l’avait fait par affection pour saint Paul, fut déposé précisément pour ce sujet-là. Au sentiment de quelques-uns, toutes les fois que Paul, en ses Épîtres, écrit ces mots : « selon mon Évangile, » c’est de l’Évangile selon saint Luc qu’il entend parler.
Sixième leçon. Et ce n’est pas seulement de l’Apôtre saint Paul, qui n’avait point été avec le Seigneur au temps de sa vie mortelle, mais encore des autres apôtres, que saint Luc recueillit les récits de son Évangile. C’est ce qu’il déclare lui-même au commencement de son livre, en ces termes : « Suivant que ces choses nous ont été transmises par ceux qui, dès le commencement, les ont eux-mêmes vues, et qui ont été les ministres de la parole. » Ainsi donc, il a rédigé son Évangile sur le rapport d’autrui, et les Actes des Apôtres, d’après ce qu’il avait vu lui-même. Il vécut quatre-vingt-quatre ans et ne fut point marié ; on l’ensevelit à Constantinople, ses ossements y ayant été transportés d’Achaïe, avec les reliques de l’apôtre saint André, l’an vingtième de Constantin.

 

SAINT LUC, SAINT PATRON DES PEINTRES
 
Traditionnellement, Saint Luc est considéré comme le patron des peintres. Il obtint de Marie, mère de Jésus, le privilège d'être, à plusieurs reprises, son portraitiste. On imagine l'angoisse de l'artiste, car ce n'était pas trois pommes sur un coin de table qu'il devait représenter ! L'exigence était à la hauteur du modèle. Mais la grâce divine dut guider son pinceau car son Modèle le remercia de cette phrase :
"Ma grâce sera toujours avec cette image".
 
La scène, souvent représentée en icône,
 
 
a aussi inspiré l'art occidental.
 
Roger Van der Weyden, en 1440, pour la confrérie des peintres de Bruxelles, exécute ce retable, où, séduit par la mise en abîme, un peintre peignant un peintre en train de peindre, donne ses propres traits 
à Saint Luc.
 
Nicolas de Hoey, peintre de la Renaissance française, a ajouté à sa représentation des livres et un flacon d'urine (sur l'étagère) car St Luc est aussi le saint patron des médecins et, au centre, un perroquet pour souligner son éloquence.
 
Le Greco fait son autoportrait en St Luc, pinceau en main.
 
Cette fresque de Giorgio Vasari, en 1565, pour une chapelle florentine où sont enterrés des peintres illustres. Remarquez le taureau emblème de l'évangéliste.
 
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Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge

17 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge

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Seigneur Jésus-Christ, vous avez révélé miraculeusement à la bienheureuse vierge Marguerite Marie les richesses inépuisables de votre Cœur : que, par ses mérites et à son imitation, nous obtenions de vous aimer en tout et par dessus-tout, et d’établir en votre Cœur notre demeure permanente.

Office

Quatrième leçon. Marguerite-Marie Alacoque, née d’une famille honorable dans un bourg du diocèse d’Autun, donna dès son enfance des signes de sa sainteté future. Brûlant d’amour pour la Vierge Mère de Dieu et pour l’auguste sacrement de l’Eucharistie, la jeune adolescente voua à Dieu sa virginité ; Avant toute chose, elle s’efforce de réaliser dans sa vie l’exercice des vertus chrétiennes. Elle a le plaisir de dépenser des heures dans les prières et dans la méditation sur les choses du ciel. Elle était humble et patiente dans l’adversité. Elle a exercé la pénitence physique. Elle a montré sa charité envers son prochain, en particulier les pauvres. Par tous les moyens dans les limites de son pouvoir, elle s’employa avec diligence à imiter les plus saints exemple a laissé par notre divin Rédempteur.
Cinquième leçon.Entrée dans l’Ordre de la Visitation, elle commença aussitôt à resplendir du rayonnement de la vie religieuse. Elle fut gratifiée par Dieu d’un don d’oraison très élevée, d’autres faveurs spirituelles et de visions fréquentes. La plus célèbre fut celle où, tandis qu’elle priait devant le Saint-Sacrement, Jésus se présenta lui-même à sa vue, lui montra, sur sa poitrine ouverte, son Divin Cœur tout embrasé et entouré d’épines et lui ordonna de faire en sorte, en raison d’un tel amour et pour réparer les outrages des hommes ingrats, qu’un culte public fût institué en l’honneur de son Cœur ; il promettait en retour de grandes récompenses puisées dans le trésor céleste. Lorsque, par l’humilité, elle a hésité d’entreprendre une telle tâche, son Sauveur très aimant l’a encouragé. En même temps, il a désigné Claude de la Colombière, un homme de grande sainteté, comme celui qui pourrait la guider et l’aider. Notre Seigneur l’a également conforté avec l’assurance qu’une très grande bénédiction s’étendrait sur l’Eglise grâce au culte de son divin Coeur.
Sixième leçon.Marguerite s’est ardemment dépensée à accomplir l’ordre du Rédempteur. Vexations, insultes ne lui manquèrent pas de la part de certains qui maintenaient qu’elle faisait l’objet d’aberrations mentales. Elle a non seulement porté ces souffrances patiemment, elle a même tiré profit, s’offrant elle-même dans l’angoisse et les douleurs comme une victime agréable à Dieu, supportant toute ces choses comme un moyen plus sûr de réaliser son but. Très estimée pour la perfection de sa vie religieuse et chaque jour plus unie au céleste Époux par la contemplation des réalités éternelles, elle s’envola vers lui, en la quarante-troisième année de son âge, l’an 1690 de la Rédemption. Elle fut glorifiée par des miracles ; Benoît XV l’inscrivit parmi les saints et Pie XI étendit son Office à l’Église universelle.

Sainte Marguerite-Marie Alacoque vierge

« O Cœur embrasé et vivant d’amour ! ô sanctuaire de la Divinité, temple de la majesté souveraine, autel de la divine charité, Cœur qui brûlez d’amour et pour Dieu et pour moi, je Vous adore, je Vous aime, je me fonds d’amour et de respect devant Vous !

   Je m’unis à vos saintes dispositions ; je veux, oui je veux et brûler de vos feux et vivre de votre vie.
Que j’ai de joie de Vous voir heureux et content !
Que je prends part à vos grâces, à vos douleurs et à votre gloire, et que de bon coeur je voudrais mourir et souffrir, plutôt que de Vous déplaire !

O mon cœur, il ne faut plus agir que par les mouvements du Cœur sacré de Jésus ; il faut expirer en silence devant Lui à tout ce qui est humain et naturel.

   O Cœur divin, je m’unis à Vous et me perds en Vous. Je ne veux plus vivre que de Vous, par Vous et pour Vous.
Ainsi tout mon emploi sera de demeurer en silence et en respect, anéantie devant Vous comme une lampe ardente qui se consomme devant le Saint Sacrement.
Aimer, souffrir et mourir ! Ainsi soit-il. »

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Sainte Hedwige veuve

16 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Hedwige veuve

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O Dieu, de qui la bienheureuse Hedwige apprit à passer généreusement du sein des pompes du siècle en l’humble voie de votre croix ; faites que, par ses mérites et à son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables du monde et à surmonter, en embrassant votre croix, tout ce qui nous est contraire.

Office

Quatrième leçon. Hedwige, née de famille royale et plus illustre encore par l’innocence de sa vie, était fille de Berthold, duc de Moravie et d’Agnès, son épouse, ainsi que tante maternelle de sainte Elisabeth de Hongrie. Dès ses plus tendres années, elle se fit remarquer par sa sagesse et son éloignement pour les amusements de son âge. Donnée en mariage par ses parents, à l’âge de douze ans, à Henri, duc de Pologne, elle remplit saintement tous ses devoirs de fidèle épouse, et éleva ses enfants dans la crainte du Seigneur. Pour mieux s’appliquer au service de Dieu, elle amena son époux à consentir et à s’engager par vœu, comme elle, à garder la continence. Le duc étant mort, Hedwige, après d’instantes prières et sur l’inspiration divine, prit généreusement l’habit de l’Ordre de Cîteaux, dans le monastère de Trebnitz ; et là, s’appliquant à la contemplation et assistant avec assiduité, du lever du soleil jusqu’à midi, aux divins Offices et à la célébration des Messes, elle se montra courageuse à mépriser l’antique ennemi du genre humain.
Cinquième leçon. Elle ne voulut plus soit parler soit entendre parler des choses du siècle, à moins qu’elles ne se rapportassent à la gloire de Dieu ou au salut des âmes. La prudence brillait dans ses actions, en sorte qu’il ne s’y produisait ni excès quant à la mesure à garder, ni erreur pour l’ordre à suivre ; Hedwige était en outre affable et douce envers le prochain. Macérant son corps par des jeûnes, des veilles, ainsi que par la sévère rudesse de ses vêtements, elle remporta une grande victoire sur elle-même, et dès lors on vit fleurir en elle les plus sublimes vertus du christianisme, et elle devint un rare modèle de piété religieuse, par la gravité de ses conseils, la candeur et la sérénité de son âme. Se mettre volontiers au dessous de toutes ses sœurs, et les devancer toutes pour remplir avec joie les emplois les plus vils, servir les pauvres, même à genoux, laver et baiser les pieds des lépreux, tout cela lui était familier, car elle était assez maîtresse d’elle-même pour ne pas être arrêtée par le dégoût à la vue de la sanie découlant de leurs ulcères.
Sixième leçon. La pieuse duchesse se montra admirable de patience et de force d’âme, principalement à la mort de son fils Henri, duc de Silésie, tué dans une guerre contre les Tartares ; car, au lieu d’accorder des larmes à ce fils qu’elle aimait tendrement, elle rendit grâces à Dieu. Le don des miracles accrut encore sa gloire. Un enfant étant tombé à l’eau, engagé dans les roues d’un moulin et tout broyé, on eut recours à Hedwige, et elle le rendit à la vie. Elle accomplit d’autres prodiges encore, qui, dûment constatés, portèrent Clément IV à l’inscrire au nombre des Saints, et à concéder que la Pologne, qui l’honore comme sa patronne d’une vénération particulière, célébrât sa Fête le quinzième jour d’octobre. Plus tard, Innocent XI a rehaussé la solennité de cette Fête, en décidant

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Sainte Thérèse vierge

15 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Thérèse vierge

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Exaucez-nous, ô Dieu, qui êtes notre salut, et faites que, célébrant avec joie la fête de la bienheureuse Thérèse, votre Vierge, nous soyons nourris du pain de sa céleste doctrine et formés aux sentiments d’une piété fervente.

Office

Quatrième leçon. La vierge Thérèse naquit à Avila, en Espagne, de parents illustres par leur naissance et leur piété. Nourrie par eux du lait de la crainte de Dieu, elle donna, dans un âge bien tendre, un merveilleux présage de sa sainteté future. Car en lisant les actes des saints Martyrs et en les méditant, elle fut tellement embrasée du feu de l’Esprit-Saint que, s’enfuyant de la maison paternelle, elle voulut passer en Afrique, afin d’y donner sa vie pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Son oncle paternel l’ayant ramenée, elle compensa par des aumônes et d’autres œuvres de piété le souhait ardent, [mais irréalisé,] du martyre, se plaignant avec des larmes continuelles d’avoir été privée d’un si heureux sort. Sa mère étant morte, elle pria la très sainte Vierge de lui montrer qu’elle était mère aussi, et son vœu fut exaucé, car la Mère de Dieu la protégea toujours comme sa fille. En sa vingtième année, elle entra chez les religieuses de Notre Dame du Mont-Carmel, où, pendant dix-huit ans, elle fut affligée de très grandes maladies et agitée de diverses tentations ; mais elle demeura ferme sous les armes de la pénitence chrétienne, sans être soutenue par l’aliment de ces consolations célestes dont la sainteté est ordinairement comblée même sur la terre.
Cinquième leçon. Enrichie de vertus angéliques, Thérèse ne se contenta pas de travailler à son propre salut, mais elle se dépensa pour celui de tous, avec une charité pleine de sollicitude. C’est dans le but de le procurer que, d’après l’inspiration de Dieu et avec l’approbation de Pie IV, elle proposa d’abord aux femmes et ensuite aux hommes, l’observation de la règle plus austère des anciens Carmes. Le Seigneur tout-puissant et miséricordieux daigna bénir cette entreprise, car cette vierge, sans ressources, privée de toute assistance humaine, ayant même le plus souvent contre elle les princes du siècle, réussit à bâtir trente-deux monastères. Elle déplorait par des larmes continuelles l’aveuglement des infidèles et des hérétiques ; et afin d’apaiser la colère et de détourner la vengeance divine, elle offrait à Dieu, pour leur salut, les tourments volontaires qu’elle infligeait à son corps. Son âme était si embrasée du feu de l’amour divin, qu’elle mérita de voir un Ange lui percer le cœur avec un dard à la pointe enflammée, et d’entendre Jésus-Christ lui dire, en lui tendant sa main droite : Désormais, comme une véritable épouse, tu brûleras de zèle pour mon honneur. Ce fut par son inspiration qu’elle prononça le vœu si difficile de faire toujours ce qu’elle comprendrait être le plus parfait. Elle a écrit plusieurs ouvrages remplis d’une sagesse céleste, extrêmement propres à exciter les âmes des fidèles au désir de la patrie d’en haut.
Sixième leçon. Or, tandis qu’elle donnait de constants exemples de vertus, elle brûlait d’un si anxieux désir de châtier son corps, que, quoique les maladies dont elle était affligée lui persuadassent le contraire, elle tourmentait souvent ses membres par des cilices, des chaînes, des poignées d’orties et par d’autres pénitences très rigoureuses ; parfois même elle se roulait sur des épines, et elle avait coutume de dire à Dieu : « Seigneur, ou souffrir ou mourir ; » estimant toujours qu’elle périssait d’une très déplorable mort, aussi longtemps qu’elle vivait éloignée de la fontaine céleste de la vie éternelle. Elle eut à un très haut degré le don de prophétie, et le Seigneur l’enrichissait de faveurs spéciales avec tant de largesse, qu’elle le priait souvent avec d’ardentes exclamations de mettre des bornes à ses divins bienfaits, et de ne pas effacer par un si prompt oubli le souvenir de ses fautes. Réduite à s’aliter lors de son arrivée à Albe, moins par la violence de la maladie que par l’effet de l’amour divin dont elle ne pouvait plus supporter l’incendie, ayant prédit le jour de sa mort, reçu les sacrements de l’Église, et exhorté ses filles à la paix, à la charité ainsi qu’à l’observance régulière, Thérèse rendit à Dieu son âme très pure, [qu’on vit s’élever vers le ciel] sous l’aspect d’une colombe ; elle avait vécu soixante-sept ans, et c’était l’an mil cinq cent quatre-vingt-deux, le quinze octobre, selon la réformation du calendrier romain. A ses derniers moments, Jésus-Christ lui apparut au milieu des troupes d’anges, et un arbre desséché, proche de sa cellule, refleurit tout à coup. Le corps de Thérèse, demeuré jusqu’à ce jour exempt de corruption, répand une liqueur odoriférante et est l’objet d’une pieuse vénération. D’éclatants miracles l’ont glorifiée avant comme après sa mort, aussi Grégoire XV l’a-t-il mise au nombre des Saints.

Le chemin de la perfection de Sainte Thérèse d'Avila

CHAPITRE dix neuvième

    De l' oraison qui se fait en méditant. De ceux dont l' esprit s' égare dans l' oraison. La contemplation est comme une source d' eau vive. Trois proprietez de l' eau comparées aux effets de l' union de l' âme avec Dieu dans la contemplation. Que cette union est quelquefois telle qu' elle cause la mort du corps. Ce qu' il faut tascher de faire en ces rencontres.

 

    Il s' est passé tant de jours depuis ce que j'ay dit cy-dessus sans que j'aye pû trouver le temps de continuer, qu' à moins que de le relire je ne sçaurois dire où j'en estois. Mais pour ne perdre point de temps à cela il ira comme il pourra sans ordre et sans suite. Il y a tant de bons livres faits par des personnes sçavantes, et propres pour des esprits non distraits ny dissipez, et pour des âmes exercées dans la méditation et qui peuvent se recueillir au dedans d'elles-mesmes, que vous n' avez pas sujet de faire cas de ce que je pourray vous dire touchant l' oraison. Vous trouverez excellemment écrit dans ces livres de quelle sorte il faut méditer durant chaque jour de la semaine sur quelque mystère de la vie et de la passion de nostre sauveur, sur le dernier jugement, sur l' enfer, sur nostre néant, sur les obligations infinies dont nous sommes redevables à Dieu, et sur la manière dont on doit agir dans le commencement et la fin de l' oraison. Ceux qui sont accoûtumez à cette sorte d' oraison n' ont rien à désirer davantage, puis que nostre seigneur ne manquera pas de les conduire par ce chemin à sa divine lumière, et que la fin répondra sans doute à un si bon commencement. Ils n' ont donc qu' à y marcher sans crainte lors qu' ils verront que leur entendement est attaché à des méditations si utiles. Mais mon dessein est de donner quelque remède aux âmes qui ne sont pas dans cette disposition, si Dieu me fait la grâce d'y reüssir, ou au moins de vous faire voir qu' il y a plusieurs personnes en cette peine, afin que vous ne vous affligiez point si vous vous trouvez estre de ce nombre. Il y a certains esprits si déréglez qu' ils sont comme ces chevaux qui ont la bouche égarée. Ils vont tantost d' un costé, tantost d' un autre, et toûjours avec inquiétude sans qu' on puisse les arrester, soit que cela procède de leur naturel, ou que Dieu le permette de la sorte. J'avouë qu' ils me font grande pitié. Ils ressemblent à mon avis à une personne qui ayant une extrême soif et voulant aller boire à une fontaine qu' il voit de loin, trouve des gens qui luy en disputent le passage à l' entrée, au milieu, et à la fin du chemin. Car après avoir avec beaucoup de peine surmonté les premiers de ces ennemis, ils se laissent surmonter par les seconds, aimant mieux mourir de soif que de combattre plus long-temps pour boire d' une eau qui leur doit coûter si cher. La force leur manque : ils perdent courage ; et ceux-mesme qui en ont assez pour vaincre les seconds de ces ennemis, se laissent vaincre par les troisiémes, quoy qu' ils ne fussent peut-estre alors qu' à deux pas de cette source d' eau vive dont nostre seigneur dit à la samaritaine, que ceux qui seront si heureux que d' en boire n' auront plus jamais de soif. ô qu' il est bien vray comme l' a dit celuy qui est la verité mesme, que ceux qui boivent de l' eau de cette divine fontaine ne sont plus alterez des choses de cette vie ; mais seulement de celles de l' autre, dont leur soif est incomparablement plus grande que nostre soif naturelle ne sçauroit nous le faire imaginer ! Car rien n' approche de la soif qu' ils ont d' avoir cette soif, parce qu' ils en connoissent le prix, et que quelque grande que soit la peine qu' elle cause, elle porte avec elle le remède qui la fait cesser. Tellement que c' est une soif qui en étouffant le désir des choses de la terre rassasie l' âme au regard de celles du ciel. Ainsi quand Dieu luy fait cette grâce, l' une des plus grandes faveurs dont il puisse l' accompagner est de la laisser toujours dans le mesme besoin et encore plus grand de recommencer à boire de cette eau merveilleuse et incomparable. Entre les proprietez de l' eau je me souviens qu' elle en a trois qui reviennent à mon sujet. La première est de rafraichir, car il n' y a point de si grande chaleur qu' elle n' amortisse : et elle éteint mesme les plus grands feux, si ce ne sont des feux d' artifice, qu' elle ne fait au contraire qu' accroistre. ô quelle merveille, mon Dieu, de voir qu' un feu qui n' est point assujetty aux loix ordinaires de la nature ait une force si prodigieuse, que son contraire voulant l' éteindre ne fait que l' augmenter davantage ! J'aurois icy grand besoin de sçavoir la philosophie pour me pouvoir bien expliquer par la connoissance qu' elle me donneroit de la propriété des choses, et j'y prendrois un grand plaisir ; mais je ne sçay comment le dire, et ne sçay peut-estre pas mesme ce que je veux dire. Celles d' entre vous, mes soeurs, qui beuvez dés à présent de cette eau, et celles à qui Dieu fera aussi la grâce d' en boire entreront sans peine dans ces sentimens, et comprendront comme le veritable amour de Dieu, lors qu' il est en sa force et dans une sainte liberté qui l'élève au dessus de toutes les choses de la terre, devient le maistre des élemens. Ainsi ne craignez point que l' eau qui ne tire son origine que d'icy bas puisse éteindre ce feu de l'amour de Dieu. Car bien qu' ils soient opposez, cette eau n'a pas le pouvoir d'éteindre ce feu. Il demeure toujours absolu et indépendant sans luy estre assujetty : et par conséquent vous ne devez pas vous étonner que j'aye un si grand désir de vous porter à aquerir cette sainte et heureuse liberté. N'est-ce pas une chose admirable qu'une pauvre religieuse du monastère de Saint Joseph puisse arriver jusques à dominer les élemens et tout ce qui est dans le monde ? Et quel sujet y a-t-il donc de s'étonner que les saints avec l'assistance de Dieu leur ayent imposé telles loix qu' il leur a plû ? C' est ainsi que l'eau et le feu obeïssoient à Saint Martin ; les poissons et les oiseaux à Saint François ; et de mesme d' autres créatures à d' autres saints que l'on a vû manifestement s'estre rendus maistres de toutes les choses de la terre en les méprisant, et en se soûmettant entièrement à celuy de qui toutes les créatures tiennent leur estre. Ainsi comme je l'ay dit, l'eau d'icy bas ne peut rien contre ce feu. Ses flâmes sont si élevées qu' elle ne sçauroit y atteindre : et comme il est tout céleste il n' a garde de tirer sa naissance de la terre. Il y a d' autres feux qui n' ayant pour principe qu' un assez foible amour de Dieu sont étouffez par les moindres obstacles qu' ils rencontrent. Mais quand mille tentations viendroient en foule ainsi qu' une grande mer pour éteindre celuy dont je parle, non seulement il ne diminuëroit rien de sa chaleur, mais il les dissiperoit toutes et en demeureroit pleinement victorieux. Que si c' est une eau qui tombe du ciel au lieu de luy nuire elle ne fait que redoubler encore son ardeur. Car tant s' en faut que cette eau celeste et ce feu divin soient opposez, ils n' ont qu' une mesme origine. C' est pourquoy n' apprehendez point que ces deux élemens surnaturels se combattent. Ils se donneront plûtost l' un à l' autre de nouvelles forces. L' eau des véritables larmes qui sont celles que la veritable oraison produit, est un don du roy du ciel qui augmente la chaleur et la durée de ce feu céleste ; ainsi que ce mesme feu augmente la fraischeur de ces precieuses larmes. ô mon seigneur et mon Dieu, n' est-ce pas une chose agréable et merveilleuse tout ensemble de voir un feu qui ne refroidit pas seulement, mais qui glace toutes les affections du monde lors qu' il est joint avec cette eau vive qui vient du ciel où est la source de ces larmes qui nous sont données, et qu' il n' est pas en nostre puissance d'aquerir ? Car il est certain que cette eau céleste ne laisse en nous nulle chaleur pour nous attacher d' affection à aucune chose de la terre. Son naturel est d' allumer toûjours de plus en plus ce feu divin, et de le répandre s' il estoit possible dans tout le monde. La seconde propriété de l' eau est de nettoyer ce qui est impur : et si l'on manquoit d'eau pour cet usage, en quel estat seroit le monde ? Or sçavez-vous bien que cette eau vive, cette eau céleste, cette eau claire dont je parle netoye de telle sorte les âmes lors que sans estre troublée ny meslée de quelque fange elle tombe toute pure du ciel, que je tiens pour certain qu' une âme n' en sçauroit boire une seule fois sans estre purifiée de toutes ses taches. Car comme je l'ay dit ailleurs, cette eau qui n' est autre chose que nostre union avec Dieu estant toute surnaturelle et ne dépendant point de nous, il ne permet à quelques âmes d' en boire que pour les purifier des soüillures de leurs pechez, et les affranchir des misères qui en estoient une suite malheureuse. Quant à ces autres douceurs que l' on reçoit par l'entremise de l'entendement, quelque grandes qu' elles soient elles sont comme une eau qui n' estant pas puisée dans la source, mais courant sur la terre, trouve toûjours quelque limon qui l'arreste et qui l'empesche d'estre si claire et si pure. C' est pourquoy je ne donne point le nom d' eau vive à cette oraison à laquelle l' entendement a tant de part, parce que j' estime que passant par l' esprit qui est impur par luy-mesme et par l'infection naturelle de ce corps vil et terrestre, elle contracte toûjours quelque impureté, sans qu' il nous soit possible de l' éviter. Ou pour m' expliquer plus clairement, je dis que lors que pour mépriser le monde nous considérons ce que c' est, et comme tout y finit, nous arrestons sans nous en appercevoir nostre pensée sur des choses qui nous y plaisent. Et encore que nous désirions de les fuir, nous ne laissons pas de tomber dans quelques distractions, en songeant ce que ce monde a esté : ce qu' il sera : ce qui s' y est fait : ce qui s' y fera. Quelquefois mesme en voulant penser à ce que nous devons faire pour sortir de ces embarras, nous nous y engageons encore davantage. Ce n' est pas que je veüille que pour cela on quite le sujet de son oraison : mais il y a lieu de craindre de s' égarer ; et il faut toûjours estre sur ses gardes. Au contraire dans l' oraison d' union Dieu nous délivre de cette peine. Il ne veut pas se fier à nous : mais prend luy-mesme le soin de nous-mesmes. Il aime tellement nostre âme qu' il ne veut pas luy permettre de s' engager en des choses qui luy peuvent nuire dans le temps où il a dessein de la favoriser davantage. Ainsi il l' approche de luy tout d' un coup, il la tient unie à luy, et luy fait voir en un instant plus de veritez, et luy donne une plus claire connoissance de toutes les choses du monde qu' elle n' auroit pû en aquerir en plusieurs années par cette autre oraison qui est moins parfaite. Car au lieu que dans le chemin que nous tenons d' ordinaire la poussière nous aveugle et nous empesche d' avancer : icy nostre seigneur nous fait arriver sans retardement à la fin où nous tendons, et sans que nous puissions comprendre de quelle sorte cela s' est fait. La troisiéme propriété de l' eau est d' éteindre nostre soif. Or la soif à mon avis n' est que le désir d' une chose dont nous avons un si grand besoin que nous ne sçaurions sans mourir en estre privez entierement. Et certes il est étrange que l' eau soit d' une telle nature que son manquement nous donne la mort, et sa trop grande abondance nous oste la vie, comme on le voit en ceux qui se noyent. ô mon sauveur, qui seroit si heureux que de se voir submergé dans cette eau vive jusques à y perdre la vie ? Cela n' est pas impossible, parce que nostre amour pour Dieu et le desir de le posseder peuvent croistre jusques à un tel point, que nostre corps ne pourra le supporter : et ainsi il y a eu des personnes qui en sont mortes. J' en connois une à qui nostre seigneur donnoit une si grande abondance de cette eau, que s' il ne l' eut bien-tost secouruë, les ravissemens où elle entroit l'auroient presque fait sortir d' elle-mesme. Je dis qu' elle seroit presque sortie d' elle-mesme, parce que l'extreme peine qu' elle avoit de souffrir le monde la faisant presque mourir, il sembloit qu' au mesme temps elle ressuscitoit en Dieu avec un admirable repos, et que sa divine majesté en la ravissant en luy la rendoit capable d' un bon-heur dont elle n' auroit pû joüir sans perdre la vie si elle fust demeurée en elle-mesme. On peut connoistre par ce que je viens de dire, que comme il ne sçauroit rien y avoir en Dieu qui est nostre souverain bien, qui ne soit parfait, il ne nous donne jamais rien aussi qui ne nous soit avantageux. Ainsi quelque abondante que soit cette eau elle ne peut estre excessive, parce qu' il ne sçauroit y avoir d' excés en ce qui procede de luy. C' est pourquoy lors qu' il donne de cette eau vive à une âme en fort grande quantité il la rend capable d' en beaucoup boire : de mesme que celuy qui fait un vase le rend capable de recevoir ce qu' il y veut mettre. Lors que le désir de jouïr de ces faveurs vient de nous il ne faut pas trouver étrange qu' il soit toûjours accompagné de quelques défauts : et s' il s' y rencontre quelque chose de bon, nous le devons à l' assistance de nostre seigneur. Car nos affections sont si déreglées qu' à cause que cette peine est fort agréable nous croyons ne nous en pouvoir rassasier : ce qui fait qu' au lieu de modérer nostre désir, nous nous y laissons emporter de telle sorte que quelquefois il nous tuë. ô qu' une telle mort est heureuse quoy que peut-estre ceux qui la souffrent eussent pû en continuant de vivre aider les autres à mourir du désir de mourir ainsi ! Pour moy je croy que c' est le démon qui voyant combien la vie de ces personnes luy peut apporter de dommage les tente de ruiner ainsi entièrement leur santé par des penitences indiscretes. C' est pourquoy j' estime qu' une âme qui est arrivée jusques à se sentir embrasée d' une soif si violente doit fort se tenir sur ses gardes, parce qu' elle a sujet de croire qu' elle tombera dans cette tentation, et que quand bien cette soif ne la tuëroit pas, elle ruineroit entièrement sa santé, dont la défaillance contre son dessein, paroistroit en son exterieur, ce qu' il n' y a rien qu' il ne faille faire pour éviter. Il arrivera mesme quelquefois que tous nos soins n' empescheront pas que l' on ne s' en apperçoive. Au moins sommes-nous obligées lors que nous sentons l'impetuosité de ce désir s' accroistre avec tant de violence, de ne le pas augmenter encore par une application indiscrete. Au contraire nous devons tascher de l' arrester doucement en nous attachant à mediter quelqu' autre sujet, parce qu' il se peut faire que nostre naturel y contribuë autant que nostre amour pour Dieu. Car il y a des personnes qui désirent avec ardeur tout ce qu' elles desirent, quand mesme il seroit mauvais : et celles-là à mon avis ne sont pas des plus mortifiées, puis que la mortification qui sert à tout, les devroit modérer dans ce désir. Il paroistra peut-estre qu' il y a de la resverie à dire qu' il faut se détacher d' une chose qui est si bonne : mais je vous assure qu' il n' y en a point. Car je ne pretens pas conseiller d' effacer ce désir de son esprit ; mais seulement de le modérer par un autre qui pourra estre encore meilleur. Il faut que je m' explique plus clairement. Il nous vient un grand desir de nous voir détachez de la prison de ce corps pour estre avec Dieu, qui est le desir dont S Paul estoit si fortement possedé. Et comme ce desir nous donne une peine qui estant née d' une telle cause est tres-agréable, il n' est pas besoin d' une petite mortification pour l' arrester, et on ne le peut pas mesme entièrement. Elle passe quelquefois dans un tel excés qu' elle va presque jusques à troubler le jugement, ainsi que je l' ay vû arriver il n' y a pas encore long-temps à une personne qui bien que violente de son naturel est si accoûtumée à renoncer à sa volonté, comme elle le témoigne en d' autres occasions, qu' il semble qu' elle n' en ait plus. On auroit crû que durant ce moment elle auroit perdu l' esprit, tant la peine qu' elle souffroit estoit excessive, et tant l' effort qu' elle se faisoit pour la dissimuler estoit grand. Sur quoy j' estime que dans ces rencontres si extraordinaires, quoy que cela procede de l' esprit de Dieu, c' est une humilité fort loüable que de craindre, parce que nous ne devons pas nous persuader d' avoir un si grand amour pour luy qu' il soit capable de nous reduire à un tel estat. Je dis donc encore que j' estimerois utile si cette personne le peut (car peut-estre ne le pourra-t-elle pas toûjours) qu' elle renonçast à ce désir qu' elle a de mourir, en considerant le peu de service qu' elle a jusques alors rendu à Dieu ; qu' elle pourra davantage luy plaire en conservant sa vie qu' en la perdant, et qu' il veut peut-estre se servir d' elle pour ouvrir les yeux de quelque ame qui s' alloit perdre. Car se rendant ainsi plus agreable à sa divine majesté elle aura sujet d' espérer de la posséder un jour plus pleinement qu' elle n' auroit fait si elle estoit morte à l' heure-mesme. Ce remede me semble bon pour adoucir une peine si pressante, et on en tirera sans doute un grand avantage, puis que pour servir Dieu fidellement il faut icy-bas porter sa croix. C' est comme si pour consoler une personne fort affligée on luy disoit : prenez patience : abandonnez-vous à la conduite de Dieu : priez-le d' accomplir en vous sa volonté ; et croyez que le plus sûr est d' en user ainsi en toutes choses. Il se peut faire aussi que le démon contribuë fort à augmenter la violence de ce désir de mourir, ainsi qu' il me semble que Cassien en rapporte l' exemple d' un hermite dont la vie estoit tres-austère, à qui cet esprit malheureux persuada de se jetter dans un puits, disant qu' il en verroit plûtost Dieu. Sur quoy j' estime que la vie de ce solitaire n' avoit pas esté sainte ny son humilité véritable, puis qu' autrement nostre seigneur estant aussi bon qu' il est et si fidelle en ses promesses, il n' auroit jamais permis qu' il se fust aveuglé de telle sorte dans une chose qui est si claire. Car il est évident qu' il n' auroit pas commis un tel crime si ce désir fust venu de Dieu qui ne nous inspire aucuns mouvemens qui ne soient accompagnez de lumière, de discrétion, et de sagesse. Mais il n' y a point d' artifice dont cet ennemy de nostre salut ne se serve pour nous nuire. Et comme il veille toûjours pour nous attaquer, tenons-nous aussi toûjours sur nos gardes pour nous défendre. Cet avis est utile en plusieurs rencontres, et particulièrement pour abréger le temps de l' oraison, quelque consolation que l'on y reçoive, lors que l'on sent les forces du corps commencer à défaillir, ou que l' on a mal à la teste : car la discrétion est nécessaire en toutes choses. Or pourquoy pensez-vous, mes filles, que j' aye voulu vous faire voir avant le combat quel en est le prix et la récompense, en vous parlant des avantages qui se trouvent à boire de l' eau si vive et si pure de cette fontaine céleste ? C' est afin que vous ne vous découragiez point par les travaux et les contradictions qui se rencontrent dans le chemin qui vous y conduit ; mais que vous marchiez avec courage et sans craindre la lassitude, parce qu' il pourroit arriver, comme je l' ay dit, qu'estant venuës jusques au bord de la fontaine et ne restant plus qu' à vous baisser pour y boire, vous vous priveriez d' un si grand bien, et abandonneriez vostre entreprise en vous imaginant de n' avoir pas assez de force pour l' executer. Considerez que nostre seigneur nous y convie tous. Et puis qu' il est la verité mesme, pouvons-nous douter de la vérité de ses paroles ? Si ce banquet n' estoit general il ne nous y appelleroit pas tous. Et quand mesme il nous y appelleroit, il ne diroit pas : je vous donneray à boire. Il pouvoit se contenter de dire : venez tous : vous ne perdrez rien à me servir, et je donneray à boire de cette eau à ceux à qui il me plaira d' en donner. Mais comme il a usé du mot de tous sans y mettre cette condition, je tiens pour certain que cette eau vive sera pour tous ceux qui ne se lasseront pas de marcher dans ce chemin. Je prie nostre seigneur de vouloir par son extrême bonté donner aux personnes à qui il la promet la grâce de la chercher en la manière qu' elle la doit estre.

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Saint Calixte Ier pape et martyr

14 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

 Saint Calixte à la cathédrale de Reims

Saint Calixte à la cathédrale de Reims

Collecte

O Dieu, qui nous voyez défaillir à cause de notre faiblesse, raffermissez-nous miséricordieusement dans votre amour au moyen des exemples de vos Saints.

Office

Quatrième leçon. Calixte, Romain d’origine, gouverna l’Église, Antonin Héliogabale étant empereur. Ce fut ce Pape qui établit les Quatre-Temps et qui ordonna qu’en ces jours, le jeûne reçu dans l’Église de tradition apostolique, serait obligatoire pour tous. Il construisit la basilique de Sainte Marie du Transtévère et agrandit un ancien cimetière sur la voie Appienne, où beaucoup de saints Prêtres et Martyrs avaient été ensevelis, et qu’on appela depuis cimetière de Calixte.
Cinquième leçon. Ce fut aussi par une inspiration de sa piété, qu’il eut soin de faire rechercher le corps du Prêtre et Martyr Callépode, qui avait été jeté dans le Tibre, et, quand on l’eut trouvé, de le faire ensevelir avec honneur. Ayant baptisé Palmatius, personnage consulaire, et Simplicius, illustre sénateur, ainsi que Félix et Blanda, qui, plus tard, subirent tous le martyre, il fut incarcéré, et, dans sa prison, guérit d’une manière merveilleuse le soldat Privatus, qui était couvert d’ulcères, et le gagna au Christ. Bientôt après, ce soldat frappé jusqu’à la mort à coups de fouets plombés, succomba pour Celui dont il venait de recevoir la foi.
Sixième leçon. Calixte occupa le Saint-Siège cinq ans, un mois et douze jours. En cinq ordinations, au mois de décembre, il ordonna seize Prêtres, quatre Diacres et sacra huit Évêques. Après lui avoir fait endurer la faim et subir de nombreuses fustigations, on le précipita dans un puits. Ainsi couronné du martyre, sous l’empereur Alexandre, il fut déposé, le premier jour des ides d’octobre, dans le cimetière de Callépode, sur la voie Aurélia, au troisième mille au sortir de Rome. Plus tard, on transporta son corps dans la basilique de Sainte-Marie du Transtévère, bâtie par lui, et on le plaça sous le maître autel, où il est l’objet d’une très grande vénération.

Prière à Saint Calixte 1er

" L'Esprit-Saint, qui garde l’Église, vous prépara comme un auxiliaire d'élite dans la souffrance et l'humiliation. Vous naquîtes esclave ; la fourberie judaïque sema de bonne heure les embûches sous vos pas ; jeune encore, les mines de Sardaigne comptaient en vous un forçat déplus, mais c'était pour le Seigneur. Serf de la peine, comme disait l'ancienne Rome, vous ne l'étiez plus de votre ancien maître ; et délivré des mines à l'heure marquée par Celui qui conduit les événements au gré de sa providence, le titre de Confesseur, en vous ennoblissant pour jamais, vous recommandait à l'attention maternelle de l’Église.

Tels apparurent dès lors votre mérite et vos vertus, qu'inaugurant le plus long pontificat de l'époque des martyrs, Zéphyrin vous choisit pour le conseiller, l'appui, le suppléant de sa vieillesse ; en attendant que l’Église, suffisamment instruite par l'expérience de ces dix-huit années, vous élût à son tour comme pasteur suprême.

Combien grande vous la laissez aujourd'hui, cette noble Épouse du Fils de Dieu ! Toute la noblesse des anciens âges, toute la valeur morale, tout l'essor intellectuel de l'humanité apparaissent concentrés en elle à cette heure. Où sont les mépris de jadis, les calomnies d’antan ? Le monde n'ignore plus qu'il a devant lui la reine de l'avenir ; l'atrocité des persécutions que l’État païen lui réserve encore viendra de cette conviction qu'il s'agit pour lui de la lutte, et d'une lutte désespérée, pour la vie. Aussi hésite-t-il, et semble-t-il plutôt vouloir aujourd'hui transiger avec les chrétiens.

Vous fûtes l'initiateur des voies nouvelles, pleines de péril comme de grandeur, où entrait l’Église. De l'absolu et brutal Non licet esse vos (Il ne vous est pas permis d'être) des jurisconsultes bourreaux, vous fûtes le premier amener l'empire à reconnaître en quelque chose officiellement les droits de la communauté chrétienne : Cécile assurait par vous à celle-ci la propriété de la tombe, la faculté de se réunir, de se cotiser, pour honorer ses morts ; à Marie, Fons olei, et ce fut l'occasion de votre martyre, il vous était donné de consacrer le premier sanctuaire légalement acquis dans Rome aux chrétiens. Or, loin de céder, quoi que ce fût des droits de Dieu, en pactisant avec César, vous affirmiez dans le même temps à l'encontre de celui-ci, comme nul ne l'avait fait encore, l'indépendance absolue de l’Église concernant cette question du mariage soustraite de par le Christ-roi à la juridiction des pouvoirs civils.

D'ores et déjà, " ne dirait-on pas une nation dans la nation ?" oui ; jusqu'à ce que la nation elle-même ait passé tout entière dans les rangs de ce peuple nouveau ". (Le Temps pascal, t. II ; Jeudi de la troisième semaine après Pâques).

Au sein de l’Église, autres soucis, l'ardeur des luttes doctrinales est à son comble et s'est portée sur le premier de nos mystères : Sabellius, condamné pour son audace à déclarer incompatible avec l'unité de Dieu la réelle distinction de la Trinité sainte, laisse le champ libre à l'école qui sépare les augustes personnes au risque de multiplier Dieu même.

Puis c'est Montan, dont les disciples, ennemis des théories sabelliennes antérieurement à Sabellius même, escomptent la faveur du premier Siège pour leur système de fausse mystique et de réforme outrée. Mais comme le pilote expérimenté déjoue les écueils, entre les subtilités des dogmatisants, les prétentions des rigoristes, les utopies des politiques, vous dirigiez d'une main dont la sûreté était celle de l'Esprit-Saint lui-même la barque de Pierre à ses immortelles destinées. En la mesure où Satan vous déteste et vous poursuit jusqu'à nos jours, soyez glorifié à jamais ; bénissez en nous vos disciples et vos fils."

Source : hodiemecum.hautefort

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De la foi

14 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

De la foi

IIª-IIae q. 5 a. 3 co. Respondeo dicendum quod haereticus qui discredit unum articulum fidei non habet habitum fidei neque formatae neque informis. Cuius ratio est quia species cuiuslibet habitus dependet ex formali ratione obiecti, qua sublata, species habitus remanere non potest. Formale autem obiectum fidei est veritas prima secundum quod manifestatur in Scripturis sacris et doctrina Ecclesiae. Unde quicumque non inhaeret, sicut infallibili et divinae regulae, doctrinae Ecclesiae, quae procedit ex veritate prima in Scripturis sacris manifestata, ille non habet habitum fidei, sed ea quae sunt fidei alio modo tenet quam per fidem. Sicut si aliquis teneat mente aliquam conclusionem non cognoscens medium illius demonstrationis, manifestum est quod non habet eius scientiam, sed opinionem solum. Manifestum est autem quod ille qui inhaeret doctrinae Ecclesiae tanquam infallibili regulae, omnibus assentit quae Ecclesia docet. Alioquin, si de his quae Ecclesia docet quae vult tenet et quae vult non tenet, non iam inhaeret Ecclesiae doctrinae sicut infallibili regulae, sed propriae voluntati. Et sic manifestum est quod haereticus qui pertinaciter discredit unum articulum non est paratus sequi in omnibus doctrinam Ecclesiae (si enim non pertinaciter, iam non est haereticus, sed solum errans). Unde manifestum est quod talis haereticus circa unum articulum fidem non habet de aliis articulis, sed opinionem quandam secundum propriam voluntatem.

IIª-IIae q. 5 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum quod in diversis conclusionibus unius scientiae sunt diversa media per quae probantur, quorum unum potest cognosci sine alio. Et ideo homo potest scire quasdam conclusiones unius scientiae, ignoratis aliis. Sed omnibus articulis fidei inhaeret fides propter unum medium, scilicet propter veritatem primam propositam nobis in Scripturis secundum doctrinam Ecclesiae intellectis sane. Et ideo qui ab hoc medio decidit totaliter fide caret.

Zubizarreta, Theologia dogmatico-scholastica, III, n° 366. A ce propos Marin Sola O. P., écrit (L’Évolution homogène du dogme catholique, n° 149 et ss.) commentant St Thomas, II, II, 5, 3, ad 2um:

Quiconque cherche à adhérer à la Vérité Première de l’Écriture et de la Tradition par un autre chemin que l’Autorité de l’Église, n’a pas une vraie foi divine, mais une autre foi, une foi à lui, une foi créée, humaine: une foi scientifique ou acquise. (…) L’homme ne peut parvenir à l’assentiment de foi divine, que par un seul moyen: l’autorité de l’Église. Sans ce moyen, l’acte de notre foi divine est totalement impossible.

 
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XXIème Dimanche après la Pentecôte

13 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

XXIème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Tout est soumis à votre volonté, Seigneur, et nul ne peut lui résister, car vous avez tout créé, le ciel et la terre et toutes les choses qui sont comprises dans le cours des cieux ; vous êtes le Seigneur de l’univers. Bienheureux ceux qui sont purs dans leurs voies, qui marchent dans la loi du Seigneur.

Collecte

Nous vous supplions, Seigneur, de garder votre famille par l’assistance continuelle de votre bonté, afin que, par votre protection, elle soit délivrée de toute adversité et qu’elle soit fervente dans la pratique des bonnes œuvres, pour la gloire de votre nom.

Épitre Ep. 6, 10-17.

Mes frères : Fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa vertu toute-puissante. Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les embûches du diable. Car ce n’est pas contre la chair et le sang que nous avons à lutter, mais contre les principautés et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice des régions célestes. C’est pourquoi, recevez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister dans le jour mauvais, et rester debout après avoir tout supporté. Tenez ferme, ayant vos reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de zèle pour l’évangile de la paix, prenant par-dessus tout le bouclier de la foi, au moyen duquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin. Prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

Évangile Mt. 18, 23-35

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un roi, qui voulut faire rendre leurs comptes à ses serviteurs. Et lorsqu’il eut commencé à faire rendre compte, on lui en présenta un qui lui devait dix mille talents. Mais, comme il n’avait pas de quoi les rendre, son maître ordonna qu’on le vendît, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu’il avait, pour acquitter la dette. Ce serviteur, se jetant à ses pieds, le priait, en disant : Ayez patience envers moi, et je vous rendrai tout. Touché de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit sa dette. Mais ce serviteur, étant sorti, trouva un de ses compagnons qui lui devait cent deniers ; et le saisissant, il l’étouffait, en disant : Rends-moi ce que tu me dois. Et son compagnon, se jetant à ses pieds, le priait, en disant : Aie patience envers moi, et je te rendrai tout. Mais il ne voulut pas ; et il s’en alla, et le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il lui rendît ce qu’il devait. Les autres serviteurs, ayant vu ce qui était arrivé, en furent vivement attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je t’ai remis toute ta dette, parce que tu m’en avais prié ; ne fallait-il donc pas avoir pitié, toi aussi, de ton compagnon, comme j’avais eu pitié de toi ? Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il payât tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.

Offertoire

Il y avait dans la terre de Hus un homme du nom de Job, simple, droit et craignant Dieu. Satan demanda de le tenter, et pouvoir lui fut donné par le Seigneur sur ses biens et sur son corps. Il lui fit perdre tous ses biens et ses enfants ; il attaqua aussi sa chair d’un douloureux ulcère.

Secrète

Recevez favorablement, Seigneur, ces hosties au moyen desquelles vous avez voulu, dans votre puissante bonté, que votre justice fût apaisée et que le salut nous fût rendu.

Postcommunion

Ayant reçu l’aliment de l’immortalité, nous vous supplions, Seigneur, de faire que nous conservions dans un cœur pur ce que notre bouche a reçu.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, prêtre.

Septième leçon. C’est une habitude, chez les Syriens et surtout les Palestiniens, de toujours mêler à leurs propos quelque parabole ; ainsi, les auditeurs saisissent par des comparaisons et des exemples ce qu’un simple précepte ne peut leur faire entendre. Par la comparaison du roi et maître et du serviteur qui devait 10.000 talents et qui obtint de son maître la remise qu’il implorait, le Seigneur prescrit à Pierre de remettre à ses compagnons de service les péchés moins considérables. Car si ce roi et maître remet si facilement les 10.000 talents que son serviteur lui doit, à combien plus forte raison les serviteurs doivent-ils remettre de moindres dettes à leurs compagnons de service ?

Huitième leçon. Pour plus de clarté, prenons un exemple. Si l’un de nous commet un adultère, un homicide, un sacrilège, eh bien, ces crimes plus importants que la dette de 10.000 talents, sont remis à ceux qui implorent, pour autant qu’eux-mêmes remettent à ceux qui leur doivent beaucoup moins. Mais si pour une injure reçue nous sommes implacables, si pour une parole amère nous gardons rancune sans fin, ne reconnaîtrons-nous pas que nous méritons d’être incarcérés et que par l’exemple de notre action nous nous fermons la possibilité du pardon pour nos fautes plus graves ?

Neuvième leçon. « C’est ainsi que mon Père du Ciel vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. » Redoutable sentence qui soumet et transforme le jugement de Dieu selon les dispositions de notre cœur ! Si nous ne remettons pas à nos frères les petites offenses, Dieu ne nous remettra pas les grandes. Et parce que chacun peut dire : « Je n’ai rien contre lui, il le sait bien, il a Dieu pour juge ; je ne me soucie pas de ce qu’il veut faire, je lui ai pardonné », le Seigneur insiste sur ce qu’il vient d’énoncer et ruine tout semblant de paix fictive par ces mots : « Si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. »

ÉPÎTRE.

Les commencements de l’union divine sont, d’ordinaire, sous le charme d’une sérénité sans mélange. L’éternelle Sagesse qui, tout d’abord, a conduit l’homme par les épreuves laborieuses de la purification de l’esprit et des sens, le laisse, quand l’alliance est conclue, reposer sur son sein, et achève de se l’attacher par des délices enivrantes qui sont l’avant-goût des joies célestes. Il semble que, selon la prescription du Deutéronome nulle guerre, nul souci, ne doivent troubler les premiers temps de cette union fortunée. Mais une telle exemption des charges publiques ne se prolonge jamais ; car la guerre est la condition de tout homme ici-bas.

Le Très-Haut se complaît dans la lutte ; il n’est point de nom qui lui soit plus souvent appliqué par les Prophètes que celui de Dieu des armées. Son Fils, qui est l’Époux, se présente à la terre comme le Seigneur puissant dans les combats L’épithalame sacré nous le montre ceignant l’épée, et se faisant jour par ses flèches aiguës au travers des ennemis, pour arriver dans la valeur et la victoire jusqu’à son Épouse. Pareille à lui, cette Épouse dont il a convoité la beauté, qu’il veut associer à toutes ses gloires, s’avance au-devant de lui dans l’éclat d’une parure de guerre, entourée de chœurs chantant les hauts faits de l’Époux, terrible elle-même comme une armée rangée en bataille. L’armure des forts charge ses bras et sa poitrine ; son cou rappelle la tour de David avec ses remparts et ses mille boucliers.

Dans les délices de son union avec l’Époux, les plus vaillants guerriers l’entourent. Leur titre à cet honneur est la sûreté de leur glaive et leur science des combats ; chacun d’eux a l’épée au côté, dans la crainte des surprises de la nuit. Car d’ici que se lève le jour éternel, et que les ombres de la vie présente s’évanouissent dans la lumière de l’Agneau pleinement vainqueur, la puissance est aux chefs de ce monde de ténèbres, nous dit saint Paul ; et c’est contre eux qu’il nous faut revêtir l’armure de Dieu dont il parle, si nous voulons être en mesure de résister, au jour mauvais.

Les jours mauvais, que signalait l’Apôtre Dimanche dernier déjà, sont nombreux dans la vie de chaque homme et dans l’histoire du monde. Mais, pour chaque homme et pour le monde, il est un jour mauvais entre tous : celui de la fin et du jugement, dont l’Église chante que le malheur et la misère en feront un jour grand d’amertume. Les années ne sont données à l’homme, les siècles ne se suivent pour le monde, que dans le but de préparer le dernier jour. Heureux les combattants du bon combat et les vainqueurs en ce jour terrible, ceux qui, selon le mot du Docteur des nations, apparaîtront alors debout sur les ruines et parfaits en tout ! Ils ne connaîtront point la seconde mort ; couronnés du diadème de la justice, ils régneront avec Dieu sur le trône de son Verbe.

La guerre est facile avec l’Homme-Dieu pour chef. Il ne nous demande, par son Apôtre, que de chercher notre force en lui seul et dans la puissance de sa vertu. C’est appuyée sur son Bien-Aimé que l’Église monte du désert ; soutenue ainsi, elle afflue de délices dans les plus mauvais jours. L’âme fidèle se sent émue d’amour à la pensée que les armes qu’elle porte sont celles mêmes de l’Époux. Ce n’est point en vain que les Prophètes nous l’avaient dépeint à l’avance ceignant le premier le baudrier de la foi, prenant le casque du salut, le bouclier, la cuirasse de justice, le glaive de l’esprit qui est la parole de Dieu : l’Évangile nous l’a montré descendu dans la lice pour former les siens, par son exemple, au maniement de ces armes divines.

Armes multiples en raison de leurs multiples effets, et qui toutes cependant, offensives ou défensives, se résument dans la foi. Il est facile de le voir en lisant notre Épître, et c’est ce que notre chef divin a voulu nous apprendre, lorsqu’à la triple attaque dirigée contre lui sur la montagne de la Quarantaine, il se contenta de répondre en invoquant par trois fois l’Écriture. La victoire qui triomphe du monde est celle de notre foi, dit saint Jean ; c’est dans le combat de la foi que Paul, à la fin de sa carrière, résume les luttes de son existence et de toute vie chrétienne. C’est la foi qui, en dépit des conditions désavantageuses signalées par l’Apôtre, assure le triomphe aux hommes de bonne volonté. Si l’on devait, dans la lutte engagée, estimer les espérances de succès des parties adverses à la comparaison de leurs forces respectives, la présomption ne serait certes pas en notre faveur. Car ce n’est point à des êtres de chair et de sang comme nous le sommes, qu’il nous faut tenir tête, mais à des ennemis insaisissables, remplissant l’air et pourtant invisibles, intelligents et forts, connaissant à merveille les tristes secrets de notre pauvre nature déchue, et tournant tous leurs avantages contre l’homme à le tromper, pour le perdre en haine de Dieu. Créés à l’origine pour refléter dans la pureté d’une nature toute spirituelle l’éclat divin de leur auteur, ils montrent, accompli en eux par l’orgueil, ce hideux prodige de pures intelligences dévouées au mal et à la haine de la lumière.

Comment donc nous, qui déjà ne sommes par notre nature qu’obscurité, lutterons-nous avec ces puissances spirituelles mettant leur intelligence au service de la nuit ? « En devenant lumière », dit saint Jean Chrysostome. La face du Père, il est vrai, ne doit point luire directement sur nous avant le grand jour de la révélation des fils de Dieu ; mais d’ici là, pour suppléer à notre cécité, nous avons la parole révélée. Le baptême a ouvert l’ouïe en nous, quoique non encore les yeux ; Dieu parle par l’Écriture et son Église, et la foi nous donne une certitude aussi grande que si déjà nous voyions.

Par sa docilité d’enfant, le juste marche en paix dans la simplicité de l’Évangile. Mieux que le bouclier, mieux que le casque et la cuirasse, la foi le couvre contre les dangers ; elle émousse les traits des passions, et rend impuissantes les ruses ennemies Point n’est besoin avec elle de subtils raisonnements ni de considérations prolongées : pour découvrir les sophismes de l’enfer ou prendre une décision dans un sens ou dans l’autre, ne suffit-il pas, en toute circonstance, de la parole de Dieu qui ne manque jamais ? Satan craint qui s’en contente. Il redoute plus un tel homme que toutes les académies ; il sait qu’en toute rencontre, il sera broyé sous ses pieds avec une rapidité plus grande que celle de la foudre. Ainsi, au jour du grand combat, fut-il précipité des cieux par un seul mot de Michel l’Archange, devenu, comme nous l’avons dit, notre modèle et notre défenseur en ces jours.

ÉVANGILE.

« Juge vengeur et juste, accordez-nous remise avant le jour des comptes ! » C’est le cri qui s’échappe du cœur de l’Église en ces jours, lorsqu’elle songe au sort de ses innombrables fils moissonnés chaque année par la mort ; c’est la supplication qui doit s’élever de toute âme vivante, à la lecture de l’Évangile que nous venons d’entendre. La Prose des morts, d’où est tirée cette exclamation poignante, n’est point seulement une prière sublime pour les trépassés ; elle est également, dans cette partie du Cycle, l’expression de l’attente de nous tous qui vivons encore, qui semblons abandonnés, oubliés sur le soir des siècles, et pourtant ne préviendrons point au pied du redoutable tribunal ceux qui dorment déjà du grand sommeil.

« Combien grande sera la terreur, dit la sainte, Mère Église, quand le juge viendra pour tout scruter rigoureusement ! La trompette éclatante, retentissant par les sépulcres de l’univers, rassemblera tous les humains devant le trône. La mort et la nature seront dans la stupeur, lorsque ressuscitera la créature pour répondre à son juge. On produira le livre écrit renfermant tout l’objet du jugement du monde. Quand donc s’assiéra le juge, tout ce qui se cache apparaîtra, rien ne demeurera sans vengeance. Que dirai-je alors, malheureux ? Quel défenseur implorerai-je, quand à peine rassuré sera le juste ? Roi de majesté redoutable, qui sauvez gratuitement ceux qui doivent l’être, sauvez-moi, source de miséricorde. Souvenez-vous, ô doux Jésus, que je suis la cause de votre venue : ne me perdez pas en ce jour ! »

Sans nul doute, une telle prière a toute chance d’être exaucée, lorsqu’elle s’adresse ainsi à celui qui n’a rien plus à cœur que notre salut, et qui, pour l’obtenir, s’est dévoué aux fatigues, aux tourments, à la mort de la croix. Mais nous serions inexcusables et mériterions doublement la condamnation, en ne profitant pas des avis qu’il nous donne lui-même, pour parer d’avance aux angoisses de « ce jour de larmes où l’homme coupable se lèvera de sa cendre pour être jugé. » Méditons donc la parabole de notre Évangile, qui n’a d’autre but que de nous enseigner un moyen sûr d’apurer dès maintenant nos comptes avec le Roi éternel.

Nous sommes tous, a le bien prendre, ce serviteur négligent, débiteur insolvable, que son maître est en droit de vendre avec tout ce qu’il possède et de livrer aux bourreaux. La dette contractée par nos fautes envers la Majesté souveraine est de telle nature qu’elle requiert, en toute justice, des tourments sans fin, et suppose un enfer éternel où, payant sans cesse, l’homme pourtant ne s’acquitte jamais. Louange donc et reconnaissance infinie au divin créancier ! touché par les prières du malheureux qui le supplie de lui donner le temps de s’acquitter, il va plus loin que sa demande et lui remet dès l’instant toute sa dette. Mais c’est à la condition pour le serviteur, la suite le fait bien voir et la clause est trop juste, d’en user avec ses compagnons comme son maître l’a fait avec lui. Exaucé si grandement par son Seigneur et Roi, délivré gratuitement d’une dette infinie, pourrait-il rejeter, venant d’un égal, cette même prière qui l’a sauvé, et se montrer impitoyable au sujet des obligations contractées envers lui ?

« Tout homme sans doute, dit saint Augustin, a son frère pour débiteur ; car quel est l’homme qui n’ait jamais été offensé par personne ? Mais quel est l’homme aussi qui ne soit le débiteur de Dieu, puisque tous ont péché ? L’homme est donc à la fois débiteur de Dieu, créancier de son frère. C’est pourquoi le Dieu juste t’a posé cette règle d’en agir avec ton débiteur comme il le fait avec le sien.... Tous les jours nous prions, tous les jours nous faisons monter la même supplication aux oreilles divines, tous les jours nous nous prosternons pour dire : Remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à nos débiteurs. De quelles dettes parles-tu ? de toutes tes dettes, ou seulement d’une partie ? Tu vas dire : De toutes. Remets donc tout toi-même à ton débiteur, puisque c’est la règle posée, la condition acceptée. » « Il est plus grand, dit saint Jean Chrysostome, de remettre au prochain ses torts envers nous qu’une dette d’argent ; car, en lui remettant ses péchés, nous imitons Dieu. » Et qu’est donc, après tout, le tort de l’homme envers l’homme, comparé à l’offense de l’homme envers Dieu ? Cependant, hélas ! celle-ci nous est familière : le juste la connaît sept fois le jour ; plus ou moins donc, elle remplit nos journées. Qu’au moins l’assurance d’être pardonnés chaque soir à la seule condition du désaveu de nos misères, nous rende accessibles à la miséricorde pour autrui. C’est une sainte habitude que celle de ne regagner sa couche qu’à la condition de pouvoir s’endormir sur le sein de Dieu, comme l’enfant d’un jour ; mais si nous éprouvons l’heureux besoin de ne trouver à la fin de nos journées, dans le cœur du Père qui est aux cieux, qu’oubli de nos fautes et tendresse infinie, comment prétendre garder en même temps dans notre cœur à nous de fâcheux souvenirs ou des rancunes, petites ou grandes, contre nos frères qui sont aussi ses fils ? Lors même que nous aurions été de leur part l’objet d’injustes violences ou d’atroces injures, leurs fautes contre nous égaleront-elles jamais nos attentats contre ce Dieu très bon dont nous sommes nés les ennemis, dont nous avons causé la mort ? Il n’est donc point de circonstance où ne s’applique la règle de l’Apôtre : Soyez miséricordieux, pardonnez-vous mutuellement comme Dieu vous a pardonné dans le Christ ; soyez les imitateurs de Dieu comme ses fils très chers. Tu appelles Dieu ton Père, et tu gardes mémoire d’une injure ! « Ce n’est pas là le fait d’un fils de Dieu », dit encore admirablement saint Jean Chrysostome ; « l’œuvre d’un fils de Dieu, c’est de pardonnera ses ennemis, de prier pour ceux qui le crucifient, de répandre son sang pour ceux qui le haïssent. Voilà qui est digne d’un fils de Dieu ; les ennemis, les ingrats, les voleurs, les impudents, les traîtres, en faire ses frères et ses cohéritiers ! ».

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IIIª q. 82 a. 7

12 Octobre 2024 , Rédigé par Ludovicus

IIIª q. 82 a. 7

IIIª q. 82 a. 7 arg. 1 Ad septimum sic proceditur. Videtur quod haeretici et schismatici et excommunicati consecrare non possunt. Dicit enim Augustinus quod extra Ecclesiam Catholicam non est locus veri sacrificii. Et Leo Papa dicit, et habetur in decretis, I, qu. I, aliter, (scilicet quam in Ecclesia, quae corpus Christi est) nec rata sunt sacerdotia, nec vera sacrificia. Sed haeretici, schismatici et excommunicati sunt ab Ecclesia separati. Ergo non possunt verum sacrificium conficere.

IIIª q. 82 a. 7 arg. 2 Praeterea, sicut legitur ibidem, Innocentius Papa dicit, Arianos, ceterasque huiusmodi pestes, quia laicos eorum sub imagine poenitentiae suscipimus, non videntur clerici eorum cum sacerdotii aut cuiuspiam mysterii suscipiendi dignitate esse, quibus solum Baptisma ratum esse permittimus. Sed non potest aliquis consecrare Eucharistiam nisi sit cum sacerdotii dignitate. Ergo haeretici, et ceteri huiusmodi, non possunt Eucharistiam conficere.

IIIª q. 82 a. 7 arg. 3 Praeterea, ille qui est extra Ecclesiam, non videtur aliquid posse agere in persona totius Ecclesiae. Sed sacerdos consecrans Eucharistiam hoc agit in persona totius Ecclesiae, quod patet ex hoc quod omnes orationes proponit in persona Ecclesiae. Ergo videtur quod illi qui sunt extra Ecclesiam, scilicet haeretici et schismatici et excommunicati, non possunt consecrare Eucharistiam.

IIIª q. 82 a. 7 s. c. Sed contra est quod Augustinus dicit, in II contra Parmen., sicut Baptismus in eis, scilicet haereticis, schismaticis et excommunicatis, ita ordinatio mansit integra. Sed ex vi ordinationis sacerdos potest consecrare Eucharistiam. Ergo haeretici, schismatici et excommunicati, cum in eis maneat ordinatio integra, videtur quod possint consecrare Eucharistiam.

IIIª q. 82 a. 7 co. Respondeo dicendum quod quidam dixerunt quod haeretici, schismatici et excommunicati, quia sunt extra Ecclesiam, non possunt conficere hoc sacramentum. Sed in hoc decipiuntur. Quia, sicut Augustinus dicit, in II contra Parmen., aliud est aliquid omnino non habere, aliud autem non recte habere, et similiter est etiam aliud non dare, et aliud non recte dare. Illi igitur qui, intra Ecclesiam constituti, receperunt potestatem consecrandi in ordinatione sacerdotii, recte quidem habent potestatem, sed non recte ea utuntur, si postmodum per haeresim aut schisma vel excommunicationem ab Ecclesia separentur. Qui autem sic separati ordinantur, nec recte habent potestatem, nec recte utuntur. Quod tamen utrique potestatem habeant, per hoc patet quod, sicut Augustinus ibidem dicit, cum redeunt ad unitatem Ecclesiae, non reordinantur, sed recipiuntur in suis ordinibus. Et quia consecratio Eucharistiae est actus consequens ordinis potestatem, illi qui sunt ab Ecclesia separati per haeresim aut schisma vel excommunicationem, possunt quidem consecrare Eucharistiam, quae ab eis consecrata verum corpus Christi et sanguinem continet, non tamen recte hoc faciunt, sed peccant facientes. Et ideo fructum sacrificii non percipiunt, quod est sacrificium spirituale.

IIIª q. 82 a. 7 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod auctoritas illa et similes intelligendae sunt quantum ad hoc quod non recte extra Ecclesiam sacrificium offertur. Unde extra Ecclesiam non potest esse spirituale sacrificium, quod est verum veritate fructus, licet sit verum veritate sacramenti, sicut etiam supra dictum est quod peccator sumit corpus Christi sacramentaliter, sed non spiritualiter.

IIIª q. 82 a. 7 ad 2 Ad secundum dicendum quod solus Baptismus permittitur esse ratus haereticis et schismaticis, quia possunt licite baptizare in articulo necessitatis. In nullo autem casu licite possunt Eucharistiam consecrare, vel alia sacramenta conferre.

IIIª q. 82 a. 7 ad 3 Ad tertium dicendum quod sacerdos in Missa in orationibus quidem loquitur in persona Ecclesiae, in cuius unitate consistit. Sed in consecratione sacramenti loquitur in persona Christi, cuius vicem in hoc gerit per ordinis potestatem. Et ideo, si sacerdos ab unitate Ecclesiae praecisus Missam celebret, quia potestatem ordinis non amittit, consecrat verum corpus et sanguinem Christi, sed quia est ab Ecclesiae unitate separatus, orationes eius efficaciam non habent.

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