Maternité de la Vierge Marie
Collecte
O Dieu, vous avez voulu qu’à l’annonce de l’Ange, le Verbe votre Fils prenne chair dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie : accordez à ceux qui vous supplient, et qui croient qu’elle est vraiment la Mère de Dieu, qu’elle nous secoure par son intercession.
Lecture Eccli. 24, 23-31.
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
Office
AU PREMIER NOCTURNE
Du livre de l’Ecclésiastique
Première leçon.Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, la première engendrée avant toute créature. Dans les cieux j’ai fait surgir une lumière sans fin, et comme une vapeur j’ai couvert la terre. Au plus haut des cieux j’ai ma demeure, et mon trône, sur la colonne de nuée. Seule j’ai fait le tour du cercle des cieux, j’ai parcouru la profondeur des abîmes. Dans les flots de la mer j’ai marché, sur la terre entière j’ai séjourné, sur tout peuple et toute nation j’ai dominé. Les cœurs de tous, des grands et des petits, je les ai soumis par ma puissance. En toute choses, j’ai cherché du repos, et c’est dans l’héritage du Seigneur que je demeurerai.
Deuxième leçon.Alors a ordonné et m’a parlé le Créateur de l’univers ; et celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m’a dit : Habite dans Jacob, et en Israël place ton héritage, et au milieu de mes élus, étends tes racines. Dès le commencement et avant tous les siècles, j’ai été créée, et jusqu’au siècle futur je ne cesserai pas d’être, et dans l’habitation sainte, j’ai exercé devant lui mon ministère. Et ainsi dans Sion j’ai été affermie, et dans la cité sainte je me suis reposée ; et dans Jérusalem est ma puissance. Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dans la part de Dieu, [laquelle est] son héritage ; et dans l’assemblée entière des saints est ma demeure.
Troisième leçon. Comme un cèdre, je me suis élevée sur le Liban, et comme un cyprès sur la montagne de Sion ; comme un palmier, je me suis élevée à Cadès, et comme des rosiers à Jéricho ; je me suis élevée comme un bel olivier dans les champs, et comme un platane sur le bord de l’eau, dans les places publiques. Comme le cinnamome et le baume aromatique, j’ai répandu une odeur ; comme la myrrhe de choix, j’ai exhalé une odeur suave ; et comme le storax, le galbanum, l’onyx, le stacté, et comme le Liban qui sort sans incision, j’ai rempli de vapeur mon habitation et comme un baume non mélangé est mon odeur. Moi, comme un térébinthe, j’ai étendu mes rameaux, et mes rameaux sont d’honneur et de grâce.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Sermon de saint Léon, pape
Quatrième leçon. Une vierge, issue de la race royale de David, est choisie pour porter en elle le germe saint, à la fois divin et humain, qu’elle conçut dans son esprit, avant même de le concevoir en son corps. De peur que, si elle eût ignoré le dessein divin, elle n’eût été effrayée de ses conséquences inattendues, elle apprit de la bouche d’un ange ce que l’Esprit-Saint allait opérer en elle. Celle qui allait devenir la mère de Dieu ne craignit pas que ce ne fût au détriment de sa pudeur. Comment n’eut-elle pas espéré une conception insolite, celle à qui était promise l’efficacité de la puissance du Très-Haut ? La foi de l’âme croyante est encore confirmée par un précèdent miracle : à Élisabeth est donnée une fécondité inespérée ; ainsi ne pourrait-on douter que celui qui avait donné à une femme stérile la possibilité de concevoir, ne l’octroyât aussi à une vierge. Donc, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, fils de Dieu "qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait et rien sans lui" s’est fait homme pour libérer l’homme de la mort éternelle.
Cinquième leçon. Jésus Christ, notre Seigneur, descend de son trône du ciel pour pénétrer notre misère, sans pourtant quitter la gloire de son Père, en des conditions tout à fait nouvelles et d’une manière inusitée. Dans des conditions nouvelles, puisque invisible en soi, il se rend visible à nous, incompréhensible, il accepte d’être appréhendé, éternel, il commence à exister dans le temps. — D’une manière inusitée, puisque conçu et né d’une vierge sans la participation d’un homme et sans que soit faite injure à l’intégrité de sa mère. Une telle naissance convenait en effet au futur Sauveur des hommes qui, tout en revêtant la substance de la nature humaine, ignorerait les souillures de la chair. Il serait différent de nous par l’origine, mais semblable par la nature. Nous le croyons, cette naissance fut en dehors du cours normal de la génération humaine, mais elle s’appuya sur la puissance de Dieu, puisque la virginité de la mère demeura intacte dans la conception, l’enfantement et la suite des temps.
Sixième leçon. En l’an 1931, aux applaudissements de tout l’univers catholique, on célébrait le quinzième centenaire du concile d’Éphèse, au cours duquel la bienheureuse Vierge Marie, de qui est né Jésus, fut proclamée, contre l’hérésie de Nestorius, Mère de Dieu par les Pères en union avec le Pape Célestin ; le Souverain Pontife Pie XI voulut que le souvenir de cet heureux événement fut perpétué par un témoignage constant de sa piété. Il existait à Rome un monument glorieux de la proclamation d’Éphèse, l’arc triomphal de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, sur l’Esquilin, orné par son prédécesseur Sixte III d’admirables mosaïques, mais détérioré par l’injure du temps ; il le fit heureusement restaurer à ses frais, ainsi que l’aile transversale de la basilique. Il décrivit dans une lettre encyclique la vraie physionomie du concile œcuménique d’Éphèse et exposa abondamment et avec piété le privilège ineffable de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie, afin que la connaissance d’un mystère si sublime se gravât plus profondément dans les âmes des fidèles. En même temps il proposa Marie Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes, et la famille de Nazareth, comme un modèle à imiter, illustre entre tous, tant pour la dignité et la sainteté d’un chaste mariage que pour la pieuse éducation de la jeunesse. Enfin, pour que subsistât aussi un monument liturgique, il décréta que la fête de la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie serait célébrée chaque année le 11 octobre par l’Église universelle, sous le rite double de deuxième classe, avec une Messe et un office propres.
AU DEUXIÈME NOCTURNE
Homélie de saint Bernard, abbé
Septième leçon. Marie donne au Dieu et Seigneur des anges le nom de "fils" : "Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ?" Quel est l’ange qui oserait en dire autant ? Il leur suffit, et ils le tiennent déjà pour un grand honneur, d’être promus et appelés "anges" par grâce, alors qu’ils sont par nature des esprits, au témoignage de David : "des esprits, le Seigneur fait ses anges". Mais Marie sait qu’elle est sa mère et, en toute simplicité, elle appelle son fils celui que les anges servent avec respect. Quant à Dieu, il ne dédaigne pas de recevoir le titre de ce qu’il a daigné être. Peu après, l’évangéliste ajoute : "Et il leur était soumis". Qui ? — A qui ? — Dieu à des hommes ! Dieu, dis-je, dont les anges sont les sujets, à qui obéissent Principautés et Puissances, c’est à Marie qu’il se soumet !
Huitième leçon. Des deux merveilles, laquelle faut-il admirer davantage ? La condescendance toute d’amour du Fils ou la dignité si remarquable de sa Mère ? Toutes deux provoquent la stupeur car elles sont toutes deux un prodige. Dieu obéit à une femme : humilité sans exemple ! Une femme commande à Dieu : sublimité sans pareille ! Comme un privilège des vierges, le Cantique assure qu’« elles suivent l’Agneau partout où il va ». De quelles louanges, pensez-vous sera digne celle qui même le précède ? Apprends, homme, l’obéissance ! Apprends, limon, la soumission ! Apprends, poussière, l’humble dépendance ! C’est en parlant de ton Créateur que l’évangéliste dit : "Et il leur était soumis". Rougis, cendre imbibée d’orgueil ! Dieu s’abaisse pendant que tu t’élèves ! Dieu se soumet aux hommes et toi, n’aspirant qu’à les dominer, tu veux prendre rang au-dessus de ton Créateur !
Neuvième leçon. Heureuse Marie à qui n’ont manqué ni l’humilité ni la virginité ! Singulière virginité que la fécondité, au lieu d’y apporter atteinte, a magnifiée ! Humilité non moins notable, que cette féconde virginité, au lieu de l’éteindre, a exaltée ! Incomparable fécondité enfin qu’accompagnent la virginité et l’humilité ! Tout n’est-il pas ici admirable, inégalable, inouï ? Il serait étonnant que vous n’hésitiez pas pour savoir ce qui vous paraît le plus digne d’admiration : la fécondité chez une vierge ou la virginité chez une mère, l’élévation que cause un tel enfantement ou l’humilité qui lui est jointe ? A moins que, sans doute, tout cela ne vous semble en même temps préférable et que vous ne pensiez incomparablement meilleur et heureux de recevoir à la fois tous ces bienfaits. D’ailleurs, quoi d’étonnant à ce que Dieu qui, nous le lisons, "est admirable dans ses saints", se montrât plus admirable encore en sa Mère ? Vénérez donc, épouses, l’intégrité de sa chair dans une chair corruptible et vous, vierges consacrées, vénérez la fécondité dans une vierge. Vous tous, qui que vous soyez, imitez l’humilité de la Mère de Dieu.
Saint François de Borgia confesseur
Collecte
Seigneur Jésus-Christ, vous qui êtes le modèle et la récompense de la véritable humilité, et qui avez fait du bienheureux François votre glorieux imitateur dans le mépris des honneurs terrestres, accordez-nous la grâce de l’imiter et de partager sa gloire.
Office
Quatrième leçon. François, quatrième duc de Gandie, fils de Jean de Borgia et de Jeanne d’Aragon, petite-fille de Ferdinand le Catholique, après avoir passé au sein de sa famille une enfance admirable d’innocence et de piété, se montra plus admirable encore par la pratique exemplaire des vertus chrétiennes et l’austérité de sa vie, à la cour de l’empereur Charles-Quint, et ensuite dans le gouvernement de la Catalogne. A la mort de l’impératrice Isabelle, il fut chargé de conduire son corps à Grenade, pour y recevoir la sépulture. En voyant le changement opéré sur le visage de l’impératrice, il réfléchit à la vanité de tout ce qui est mortel, et s’engagea par vœu à se dépouiller de tous ses biens dès qu’il le pourrait, pour ne plus servir que le Roi des rois. Dès lors il avança tellement dans la vertu, qu’au milieu des affaires du siècle, il reproduisait tous les traits de la perfection religieuse, et qu’on l’appelait le prodige des princes.
Cinquième leçon. Éléonore de Castro, son épouse étant morte, il entra dans la Compagnie de Jésus, afin d’y mener plus sûrement une vie cachée, et de s’interdire l’accès aux dignités par l’engagement sacré d’un vœu. Il mérita que son exemple portât plusieurs princes à embrasser un genre de vie plus austère, et que Charles-Quint lui-même, en abdiquant l’empire, déclarât que François avait été son inspirateur et son guide. Dans cette profession de vie rigoureuse, François réduisit son corps à une maigreur extrême par le jeûne, les chaînes de fer, le cilice, des flagellations longues et sanglantes et la privation de sommeil. D’ailleurs, il ne s’épargnait aucune fatigue pour se vaincre et pour sauver les âmes. Orné de tant de vertus, il fut nommé, par saint Ignace, commissaire général de la Compagnie en Espagne, et quelques années après, on l’élut, malgré lui, troisième général de la Compagnie. Dans cette charge, il se rendit extrêmement cher aux princes temporels et aux souverains Pontifes, par sa prudence et sa sainteté. Il fonda ou développa en divers lieux nombre d’établissements, envoya des membres de sa Compagnie en Pologne, dans les îles de l’Océan, au Mexique et au Pérou, dirigea vers d’autres contrées des missionnaires qui, par leurs prédications, leurs sueurs et leur sang, propagèrent la foi catholique et romaine
Sixième leçon. Il avait de lui-même une si basse opinion qu’il s’appropriait le nom de pécheur, comme étant le sien. Il refusa avec une humilité qui ne se démentit jamais, la pourpre romaine que les souverains Pontifes lui offrirent à différentes reprises. Balayer la maison, mendier son pain aux portes, servir les malades dans les hôpitaux, par mépris de soi-même et du monde, il en faisait ses délices. Tous les jours il consacrait de longues heures, ordinairement huit et quelquefois dix, à la méditation des choses du ciel. Cent fois par jour, il faisait la génuflexion pour adorer Dieu. Jamais il n’omit de célébrer la sainte Messe. L’ardeur divine qui le consumait, se manifestait par l’éclat de son visage lorsqu’il offrait le saint Sacrifice, et quelquefois même pendant qu’il prêchait. Un instinct céleste lui marquait les lieux où le très saint corps de Jésus Christ, caché dans l’Eucharistie, se trouvait en réserve. Sur l’ordre de saint Pie V, il accompagna le Cardinal Alexandrin, légat du Siège apostolique, que le Pape envoyait auprès des princes chrétiens, pour former une ligue contre les Turcs. Ce fut donc par obéissance qu’il entreprit ce long voyage, malgré l’affaiblissement de ses forces. Il mourut à son retour à Rome, où il avait désiré achever sa vie, à l’âge de soixante-deux ans, en l’année mil cinq cent soixante-douze. Sainte Thérèse, qui recourait à ses conseils, l’appelait un saint, et Grégoire XIII, un fidèle administrateur. Enfin, de nombreux et grands miracles l’ayant glorifié, Clément X l’inscrivit au nombre des Saints.
Prière très suggestive, tirée des écrits spirituels de saint François de Borgia (1510-1572). Après une vie de père de famille et de responsable politique très proche de Charles-Quint, il entra à près de 40 ans dans la Compagnie de Jésus, dont il fut le 3e Supérieur général.
« Nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14, 23)
Prendre soin de la demeure où les trois personnes divines doivent habiter, c’est prendre soin de notre mémoire, de notre intelligence et de notre cœur, car c’est là que travaille en nous la ressemblance de l’Image de Dieu.
La mémoire, demeure du Père. Chaque fois que me viendra le souvenir de quelque bien, j’accourrai au Père éternel, Hôte de ma mémoire, et j’en prendrai motif pour me souvenir de lui et aller à lui, pour lui dire ces mots, ou d’autres : « Hôte très saint, qui est l’homme pour que tu te souviennes de lui ? Que trouves-tu en moi, pour être en moi comme le livre de ma mémoire, qui me donne l’attention dans mon inattention, la mémoire dans mon oubli ? » … Recommande ta mémoire au Père pour qu’il te rappelle ce que tu dois dire et faire, comment et quand tu le feras. Fais-lui confiance, il ne dort pas ton gardien !
L’intelligence, demeure du Fils. Elle est la demeure du Fils de Dieu, puisqu’elle connait le Père qui l’a envoyé et le Fils qui est envoyé pour donner la vie et pour demeurer en notre intelligence. Si nous sommes affligés d’affaires qui mènent aux ténèbres, le remède sera d’aller à notre Hôte. Arrivés à lui, nous serons libres de tout aveuglement ou trace de l’esprit de ténèbres. « Donc, mon âme, va vers la lumière. Tu demeureras avec elle et ton visage ne sera pas confondu ». En cet état, l’oraison continuelle est nécessaire, car celui qui prie, élevant son intelligence vers Dieu, accède à la lumière.
La volonté (le cœur), demeure de l’Esprit d’amour. Le fait de savoir tirer des peines le repos, de l’infamie l’honneur, de la mort la vie, c’est ce que fait la volonté, si nous en usons dans la liberté. « Quand tu voudras commencer quelque chose, ne l’entreprends pas sans l’aide de ton Hôte, car il est écrit que sans lui tu ne peux rien faire. Si tu dois penser quelque chose, recueille-toi avec lui. Si tu sors de la maison, prends-le pour guide car le bon esprit est celui qui guide à la bonne terre. Si tu dois traiter quelque affaire, mets-la d’abord sur ton cœur, pour que tout ce qui se fait, se fasse en son amour et pour son amour.
Envoie ton esprit et la terre sera renouvelée… Viens Père des pauvres, enrichir ma pauvreté… Sans toi, je ne vis pas ; sans toi, je manque de cœur ; sans toi, je ne me trouve pas ; sans toi, je n’aime pas ».
Saints Denis, évêque Rustique et Eleuthère martyrs mémoire de saint Jean Léonardi confesseur
Collecte
O Dieu, qui, en ce jour, avez fortifié le bienheureux Denis, votre Martyr et Pontife, lui donnant la constance dans l’épreuve du martyre, et qui avez daigné lui associer Rustique et Éleuthère, pour annoncer votre gloire aux Gentils ; faites-nous, s’il vous plaît, la grâce de mépriser, à leur exemple et pour l’amour de vous, les prospérités du monde et de ne craindre aucune de ses adversités.
Lecture Ac. 17, 22-34
En ces jours-là : Paul, au milieu de l’Aéropage, dit : Athéniens, en toutes choses je vous vois en quelque sorte religieux à l’excès. Car en passant, et en regardant vos objets sacrés, j’ai trouvé aussi un autel sur lequel il était écrit : A un Dieu inconnu. Ce que vous adorez sans le connaître, moi je vous l’annonce. Dieu, qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples bâtis par les hommes, et il n’est pas servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses. Il a fait naître d’un seul toute la race des hommes, pour habiter sur la face entière de la terre, ayant fixé des temps précis, et les limites de l’habitation des peuples, afin qu’ils cherchent Dieu, et qu’ils tâchent de le toucher et de le trouver, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ; et comme quelques-uns de vos poètes l’ont dit : Nous sommes aussi de sa race. Etant donc de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la Divinité est semblable à de l’or, à de l’argent, ou à de la pierre, sculptés par l’art et l’industrie des hommes. Mais Dieu, ne tenant pas compte de ces temps d’ignorance, annonce maintenant aux hommes qu’ils aient tous et partout à faire pénitence ; parce qu’il a fixé le jour où il doit juger le monde selon l’équité, par l’homme qu’il a établi, et qu’il a accrédité auprès de tous, en le ressuscitant d’entre les morts. Mais lorsqu’ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns se moquèrent, et les autres dirent : Nous t’entendrons sur ce point une autre fois. C’est ainsi que Paul sortit du milieu d’eux. Quelques hommes cependant se joignirent à lui et devinrent croyants ; entre autres Denis, membre de l’Aéropage, une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux.
Office
Quatrième leçon. Denis, Athénien et membre de l’Aréopage, était un personnage versé en toutes sortes de sciences. On rapporte qu’étant encore imbu des erreurs du paganisme, il remarqua que le soleil s’éclipsa, contrairement aux lois ordinaires, le jour où notre Seigneur fut crucifié, et qu’il s’écria : « Ou c’est le Dieu de la nature qui souffre, ou c’est la destruction de la machine du monde qui s’annonce. » Lorsque saint Paul, venu à Athènes et conduit à l’Aréopage, eut expliqué la doctrine qu’il prêchait, affirmant que le Seigneur Jésus-Christ était ressuscité et que tous les morts reviendraient à la vie, Denis crut en Jésus-Christ et, avec lui, beaucoup d’autres.
Cinquième leçon. Baptisé par l’Apôtre, il se vit confier l’administration de l’Église d’Athènes et, comme il était ensuite venu à Rome, le Pape saint Clément l’envoya prêcher l’Évangile dans les Gaules. Le Prêtre Rustique et le Diacre Éleuthère l’accompagnèrent jusqu’à Paris, où, ayant converti un grand nombre d’infidèles, Denis fut, pour ce motif, battu de verges avec ses compagnons, par ordre du préfet Fescennius. N’en continuant pas moins de prêcher la foi chrétienne, il fut saisi de nouveau, jeté sur un gril au-dessus d’un brasier, et endura encore plusieurs autres supplices avec ceux qu’il s’était associé.
Sixième leçon. Ces divers tourments, tous trois les subirent courageusement et avec joie. Denis, qui était âgé de plus de cent ans, eut enfin la tête tranchée, ainsi que Rustique et Éleuthère, le septième jour des ides d’octobre. On rapporte de ce saint Évêque, qu’il prit dans ses mains sa tête coupée, et la porta l’espace de deux mille pas. Il a composé des ouvrages admirables et vraiment célestes sur les Noms divins, la Hiérarchie céleste et ecclésiastique, la Théologie mystique, et quelques autres écrits.
Super Mt., cap. 5 l. 2
Super Mt.*, cap. 5 l. 2 Posuit supra Evangelista quasi brevem titulum doctrinae Christi, nunc ponit ipsam doctrinam, et effectum eius, scilicet admirationem turbarum. Considerandum autem, quod secundum Augustinum in isto sermone Domini tota perfectio vitae nostrae continetur. Et probat per id quod Dominus subiungit finem ad quem ducit, scilicet repromissionem aliquam. Id autem quod maxime homo desiderat, est beatitudo. Unde Dominus hic tria facit. Primo praemittit praemium quod consequitur istos qui istam doctrinam accipiunt; secundo ponit praecepta, ibi nolite putare quoniam veni solvere legem etc.; tertio docet quomodo aliquis potest pervenire ad observandum ea, ibi petite et accipietis. Circa primum duo facit, quia huius doctrinae aliqui sunt observatores tantum, aliqui ministri. Primo ergo describit beatitudinem observantium; secundo ministrantium, ibi beati estis cum maledixerint vobis. Notandum autem quod hic ponuntur plura de beatitudinibus; sed numquam aliquis in verbis Domini posset ita subtiliter loqui, quod pertingeret ad propositum Domini. Sciendum tamen quod in istis verbis includitur omnis plena beatitudo: omnes enim homines appetunt beatitudinem, sed differunt in iudicando de beatitudine; et ideo quidam istud, quidam illud appetunt. Invenimus autem quadruplicem opinionem de beatitudine. Quidam enim credunt, quod in exterioribus tantum consistat, scilicet in affluentia istorum temporalium; Ps. CXLIII, 15: beatum dixerunt populum cui haec sunt. Alii quod perfecta beatitudo consistit in hoc quod homo satisfaciat voluntati suae; unde dicimus: beatus est qui vivit ut vult. Eccle. III, 12: et cognovi quod non esset melius nisi laetari et cetera. Alii dicunt quod perfecta beatitudo consistit in virtutibus activae vitae. Alii quod in virtutibus contemplativae vitae, scilicet divinorum et intelligibilium, sicut Aristoteles. Omnes autem istae opiniones falsae sunt: quamvis non eodem modo. Unde Dominus omnes reprobat. Opinionem illorum qui dixerunt quod consistit in affluentia exteriorum, reprobat: unde dicit beati pauperes, scilicet quasi, non beati affluentes. Opinionem vero eorum qui ponebant beatitudinem in satisfactione appetitus, reprobat cum dicit beati misericordes. Sed sciendum quod triplex est appetitus in homine: irascibilis, qui appetit vindictam de inimicis, et hoc reprobat, cum dicit beati mites. Concupiscibilis, cuius bonum est gaudere et delectari: hoc reprobat cum dicit beati qui lugent. Voluntatis, qui est duplex, secundum quod duo quaerit. Primo quod voluntas nulla superiori lege coerceatur; secundo quod possit restringere alios ut subditos: unde desiderat praeesse, et non subesse. Dominus autem contrarium ostendit quantum ad utrumque. Et quantum ad primum dicit beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Quantum autem ad secundum dicit beati misericordes. Ergo et illi qui ponunt beatitudinem in exteriori affluentia, et qui in satisfactione appetitus, errant. Illi autem qui ponunt beatitudinem in actibus activae vitae, scilicet moralibus, errant; sed minus, quia illud est via ad beatitudinem. Unde Dominus non reprobat tamquam malum, sed ostendit ordinatum ad beatitudinem: quia vel ordinantur ad seipsum, sicut temperantia et huiusmodi, et finis eorum est munditia cordis, quia faciunt vincere passiones; vel ordinantur ad alterum, et sic finis eorum est pax, et huiusmodi: opus enim iustitiae est pax. Et ideo istae virtutes sunt viae in beatitudinem, et non ipsa beatitudo; et hoc est beati mundo corde quoniam ipsi Deum videbunt. Non dicit vident, quia hoc esset ipsa beatitudo. Et iterum beati pacifici, non quia pacifici, sed quia in aliud tendunt, quoniam filii Dei vocabuntur. Illorum autem opinio qui dicunt quod beatitudo consistit in contemplatione divinorum, reprobat Dominus quantum ad tempus, quia alias vera est, quia ultima felicitas consistit in visione optimi intelligibilis, scilicet Dei: unde dicit videbunt. Et notandum quod, secundum philosophum, ad hoc quod actus contemplativi faciant beatum, duo requiruntur: unum substantialiter, scilicet quod sit actus altissimi intelligibilis, quod est Deus; aliud formaliter, scilicet amor et delectatio: delectatio enim perficit felicitatem, sicut pulchritudo iuventutem. Et ideo Dominus duo ponit Deum videbunt et filii Dei vocabuntur: hoc enim pertinet ad unionem amoris; I Jn. III, 1: videte qualem caritatem dedit nobis Pater, ut Filii Dei nominemur et simus. Item notandum quod in istis beatitudinibus quaedam ponuntur ut merita, et quaedam ut praemia: et hoc in singulis. Beati pauperes spiritu: ecce meritum; quoniam ipsorum est regnum caelorum: ecce praemium, et sic in aliis. Et notandum est etiam aliquid circa meritum in communi, et aliquid circa praemium in communi. Circa meritum sciendum, quod philosophus distinguit duplex genus virtutis: unum communis, quae perficit hominem humano modo; aliud specialis, quam vocat heroicam, quae perficit supra humanum modum. Quando enim fortis timet ubi est timendum, istud est virtus; sed si non timeret, esset vitium. Si autem in nullo timeret confisus Dei auxilio, ista virtus esset supra humanum modum: et istae virtutes vocantur divinae. Isti ergo actus sunt perfecti, et virtus etiam, secundum philosophum, est operatio perfecta. Ergo ista merita vel sunt actus donorum, vel actus virtutum secundum quod perficiuntur a donis. Item nota quod actus virtutum sunt illi de quibus lex praecipit; merita autem beatitudinis sunt actus virtutum; et ideo omnia quae praecipiuntur et infra continentur, referuntur ad istas beatitudines. Unde sicut Moyses primo proposuit praecepta, et post multa dixit, quae omnia referebantur ad praecepta proposita: ita Christus in doctrina sua, primo praemisit istas beatitudines, ad quas omnia alia reducuntur. Circa primum autem notandum, quod Deus est praemium eorum qui ei serviunt; Thr. III, 24: pars mea Dominus, dixit anima mea, propterea expectabo eum; Ps. XV, 5: dominus pars haereditatis meae et calicis mei; Gn. XV, 7: ego Dominus qui eduxi te de Ur Chaldaeorum, ut darem tibi terram istam, et possideres eam. Et sicut Augustinus dicit in II Confessionum, anima cum recedit a te, bona quaerit extra te. Homines autem diversa quaerunt; sed quidquid inveniri potest in qualibet vita, totum Dominus repromisit in Deo. Aliqui enim ponunt summum bonum affluentiam divitiarum, per quam possunt pervenire ad maximas dignitates; Dominus promittit regnum quod complectitur utrumque; sed ad hoc regnum dicit perveniri per viam paupertatis, non divitiarum. Unde beati pauperes. Alii perveniunt ad istos honores per bella; Dominus autem dicit beati mites et cetera. Alii consolationes quaerunt per voluptates; Dominus dicit beati qui lugent. Aliqui nolunt subdi; Dominus autem dicit, beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Aliqui volunt vitare malum opprimendo subditos; Dominus dicit beati misericordes et cetera. Aliqui ponunt visionem Dei in contemplatione veritatis in via; Dominus autem promittit in patria; unde beati mundo corde et cetera. Et notandum quod ista praemia, quae Dominus hic tangit, possunt dupliciter haberi, scilicet perfecte et consummate, et sic in patria tantum: et secundum inchoationem et imperfecte, et sic in via. Unde sancti habent quamdam inchoationem illius beatitudinis. Et quia in hac vita non possunt explicari illa sicut erunt in patria; ideo Augustinus exponit secundum quod sunt in hac vita beati ergo pauperes spiritu: non spe tantum, sed etiam re. Lc. XVII, 21: regnum Dei intra vos est. Unde istis praemissis, accedamus ad litteram. In istis beatitudinibus duo facit Evangelista. Primo ponuntur ipsae beatitudines; secundo manifestatio beatitudinum, ibi beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam; quoniam ipsorum est regnum caelorum; hoc enim est declarativum omnium beatitudinum. Virtus autem tria facit: quia removet a malo, operatur et facit operari bonum, et disponit ad optimum. Primo ergo determinat de primo, ibi beati pauperes; de secundo, ibi beati qui esuriunt; de tertio, ibi beati mundo corde, determinat. Removet autem virtus a tribus malis: cupiditatis, crudelitatis sive inquietudinis, et voluptatis noxiae. Primum notatur ibi beati pauperes; secundum ibi beati misericordes; tertio ibi beati qui lugent. Dicit ergo beati pauperes, dupliciter legitur. Primo sic beati pauperes, idest humiles, qui se aestimant pauperes: illi enim sunt vere humiles, qui se pauperes aestimant, non solum in exterioribus, sed etiam in interioribus; Ps. XXXIX, 18: ego autem mendicus sum et pauper, contra illud Ap. III, 17: dicis quia dives sum, et locupletatus, et nullius egeo, et nescis quia tu es miser, et miserabilis, et pauper, et caecus, et nudus et cetera. Et tunc hoc quod dicit spiritu, potest tripliciter legi. Spiritus enim aliquando dicitur superbia hominis; Is. II, 22: quiescite ab homine, cuius spiritus in naribus est, quia excelsus reputatus est ipse; Is. XXV, 4: spiritus robustorum quasi turbo impellens parietem. Et dicitur superbia spiritus quia sicut per flatum inflantur utres, ita per superbiam homines; Col. II, 18: inflatus sensu carnis suae. Ergo beati pauperes, scilicet hi, qui parum habent de spiritu superbiae. Vel accipitur spiritus pro voluntate hominis. Quidam enim sunt necessitate humiles, et isti non sunt beati, sed qui humilitatem affectant. Tertio accipitur pro Spiritu Sancto; unde beati pauperes spiritu, qui humiles sunt per Spiritum Sanctum. Et istae duae quasi ad idem redeunt. Et dicit pauperes spiritu, quia humilitas dat Spiritum Sanctum; Is. LXVI, 2: ad quem respiciam nisi ad pauperculum, et contritum spiritu, et trementem sermones meos? Istis pauperibus repromittitur regnum, in quo intelligitur summa excellentia. Et licet istud retribuatur cuilibet virtuti, specialiter tamen datur humilitati; quia omnis qui se humiliat exaltabitur, infra cap. XXIII, 12. Et Pr. XXIX, 23: humilem spiritum suscipiet gloria. Vel aliter, secundum Hieronymum. Pauperes spiritu, ad litteram, in abdicatione rerum temporalium. Et dicit spiritu: quia quidam pauperes necessitate sunt, sed non debetur illis beatitudo, sed illis qui voluntate. Et isti dicuntur dupliciter; quia etsi aliqui divitias habent, tamen non habent eas in corde; Ps. LXI, 11: divitiae si affluant, nolite cor apponere. Aliqui nec habent, nec affectant, et istud securius est, quia mens trahitur a spiritualibus ex divitiis: et isti dicuntur proprie pauperes spiritu, quia actus donorum, qui sunt supra humanum modum, sunt hominis beati: et quod homo omnes divitias abiiciat, ut nec aliquo etiam modo appetat, hoc est supra humanum modum. Istis autem repromittitur regnum caelorum, in quo notatur non solum altitudo honoris, sed affluentia divitiarum; Jc. II, 5: nonne Deus eligit pauperes in hoc mundo, divites in fide? Et nota quod Moyses primo promisit divitias; Dt. XXVIII, 1: faciet te Dominus Deus tuus excelsiorem cunctis gentibus, quae versantur in terra; et infra: benedictus tu in civitate, et benedictus in agro. Et ideo ut distinguat Dominus legem veterem a nova, primo ponit beatitudinem in contemptu divitiarum temporalium. Item, secundum Augustinum nota, quod ista beatitudo pertinet ad donum timoris: quia timor, maxime filialis, facit habere reverentiam ad Deum; et ex hoc contemnit homo divitias. Ponit Isaias beatitudines descendendo; Is. XI, 1: egredietur virga de radice Iesse, et flos de radice eius ascendet, et requiescet super eum spiritus domini, spiritus sapientiae et intellectus, spiritus consilii et fortitudinis, spiritus scientiae et pietatis, et replebit eum spiritus timoris domini. Christus e converso a dono timoris, scilicet a paupertate, quia Isaias praenuntiavit adventum Christi ad terram; Christus autem de terra sursum trahebat. Beati mites. Haec est secunda beatitudo; sed ne aliquis dicat quod sufficit paupertas ad beatitudinem, ostendit quod non sufficit: immo requiritur mansuetudo, quae temperat circa iras, sicut temperantia circa concupiscentias: ille enim est mitis, qui nec irritatur. Hoc autem poterit fieri per virtutem, ut scilicet non irascaris nisi causa iusta; sed si habeas etiam causam iustam, et non provocaris, hoc est supra humanum modum; et ideo dicit beati mites. Pugna enim est propter abundantiam exteriorum rerum; et ideo numquam esset turbatio, si homo divitias non affectaret; et ideo qui non sunt mites, non sunt pauperes spiritu. Et propterea statim subiungit beati mites. Et nota, quod hoc in duobus consistit. Primo quod homo non irascatur; secundo, quod si irascatur, iram temperet. Ita dicit Ambrosius: prudentis est irae motus temperare, nec minor virtus dicitur temperate irasci, quam omnino non irasci est: plurimumque hoc levius, illud fortius existimo et cetera. Chrysostomus dicit: inter multas promissiones aeternas ponit unam terrenam. Unde, ad litteram, terram istam possident mites. Multi enim litigant, ut possessiones acquirant, sed frequenter vitam et omnia perdunt; sed frequenter mansueti totum habent; Ps. XXXVI, 11: mansueti haereditabunt terram. Sed melius exponitur, ut referatur ad futurum. Et potest tunc exponi multipliciter. Hilarius sic: possidebunt terram, idest corpus Christi glorificatum, quia erunt conformes in corpore suo illi claritati; Is. XXXIII, 17: videbunt regem in decore suo; oculi eius cernent terram de longe; Ph. III, 21: reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. Vel aliter. Ista terra modo est mortuorum, quia subiecta est corruptioni, sed liberabitur a corruptione secundum apostolum, Rm. VIII, 21. Ergo ista terra, quando erit clarificata et liberata a servitute corruptionis, vocabitur terra viventium. Vel per terram intelligitur caelum Empyreum, in quo sunt beati: et vocatur terra, quia sicut se habet terra ad caelum, ita caelum illud ad caelum sanctae Trinitatis. Vel possidebunt terram, idest corpus suum glorificatum. Augustinus exponit metaphorice: et dicit quod per hoc intelligenda est quaedam soliditas sanctorum in cognitione primae veritatis; Ps. XXVI, 13: credo videre bona Domini in terra viventium. Ista secunda beatitudo adaptatur dono pietatis: quia illi proprie irascuntur, qui non sunt contenti divina ordinatione. Beati qui lugent et cetera. Positae sunt duae beatitudines, per quas abstrahimur a malo cupiditatis et crudelitatis; hic ponitur tertia, per quam abstrahimur a malo noxiae voluptatis, vel iucunditatis: et hoc est beati qui lugent. In veteri testamento terrena promittebat, et terrenam iucunditatem; Jr. XXXI, 12: confluent ad bona Domini super frumento, vino et oleo etc.; et post: laetabitur virgo in choro, iuvenes et senes simul. Sed per contrarium Dominus ponit beatitudinem in luctu. Notandum autem quod non quicumque ploratus luctus dici potest; sed ille quo quis mortuum plorat sibi dilectum: Dominus enim per excessum loquitur hic. Sicut supra beati pauperes, ita hic de maximo luctu mentionem facit; sicut enim nullam recipiunt consolationem hi qui mortuum plorant, ita Dominus vult vitam nostram in luctu esse; Jr. VI, 26: luctum unigeniti fac tibi, planctum amarum et cetera. Et potest iste luctus tripliciter exponi. Primo pro peccatis non solum propriis, sed etiam alienis: quia si lugemus mortuos carnaliter, multo magis spiritualiter; I R. XVI, 1: usquequo tu luges, Saul? et cetera. Jr. IX, 1: quis dabit capiti meo aquam, et oculis meis fontem lacrimarum? Et plorabo die ac nocte interfectos filiae populi mei. Ponitur autem satis congrue ista beatitudo post praemissam. Posset enim quis dicere: sufficit non facere malum: et verum est a principio ante peccatum; sed post commissum peccatum non sufficit nisi satisfacias. Secundo potest accipi de luctu pro incolatu praesentis miseriae; Ps. CXIX, 5: heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est. Istud est irriguum superius et inferius, de quo Jos. XV, 19: pro peccatis plorate, et pro caelestis patriae incolatu. Tertio, secundum Augustinum, pro luctu quem habent homines de gaudiis saeculi, quae dimittunt veniendo ad Christum: homines enim aliqui saeculo moriuntur, et saeculum moritur eis; Ga. ult., 14: per quem mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. Nos autem sicut de mortuis lugemus, ita illi lugent: quia non potest esse quin, in dimittendo, aliquem dolorem sentiant. Isti autem triplici luctui triplex consolatio respondet: quia luctui pro peccatis datur remissio peccatorum, quam petebat David dicens Ps. l, 14: redde mihi laetitiam salutaris tui. Dilationi caelestis patriae, et incolatui praesentis miseriae respondet consolatio vitae aeternae, de qua Jr. XXXI, 13: convertam luctum vestrum in gaudium, et consolabor eos, et laetificabo a dolore suo; et Is. ult., 13: in Ierusalem consolabimini. Tertio luctui respondet consolatio divini amoris: quando enim aliquis dolet de amissione rei dilectae, consolationem recipit si aliam rem magis dilectam acquirit. Unde homines consolantur, quando pro temporalibus rebus recipiunt spirituales et aeternas, quod est spiritum sanctum recipere; quare dicitur Paraclitus Jn. XV, 26. Per Spiritum Sanctum enim, qui est amor divinus, homines gaudebunt; Jn. XVI, 20: tristitia vestra convertetur in gaudium. Et notandum, quod ista beatitudo appropriatur dono scientiae, quia illi lugent qui miserias aliorum cognoscunt: unde de quibusdam talem scientiam non habentibus dicitur Sg. XIV, 22: in magno viventes inscientiae bello, et tot et tam magna mala pacem appellant; e converso Eccle. I, 18: qui addit scientiam, addit et laborem. Et notandum quod ista praemia ita ordinantur, quod semper secundum addit super primum. Primo enim dixit beati pauperes, quoniam ipsorum est regnum caelorum; postea quoniam ipsi possidebunt terram: plus enim est possidere, quam habere tantum. Item postea quoniam ipsi consolabuntur: plus enim est consolari, quam possidere, aliqui enim possident ista, sed non delectantur in eis. Consequenter positis beatitudinibus, quae pertinent ad remotionem mali, hic ponitur beatitudo quae pertinet ad operationem boni. Est autem duplex bonum nostrum, iustitiae scilicet, et misericordiae. Et ideo duo ponit. Quantum ad primum dicit beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam. Iustitia tripliciter sumitur, secundum Chrysostomum et philosophum. Quandoque enim pro omni virtute: et dicitur omnis virtus iustitia legalis, quae praecipit de actibus virtutum. Unde inquantum homo obedit legi, implet opus omnium virtutum. Alio modo secundum quod est specialis virtus, de quatuor cardinalibus, quae opponitur avaritiae, vel iniustitiae, et est circa emptiones, venditiones, conductiones. Quod ergo dicit hic qui esuriunt iustitiam, potest intelligi generaliter, vel specialiter. Si intelligatur de generali, hoc dicit propter duas rationes. Prima Hieronymi, qui dicit quod non sufficit quod homo iustitiae opus operetur, nisi cum desiderio operetur; Ps. LIII, 8: voluntarie sacrificabo tibi et cetera. Et alibi, Ps. XLI, 3: sitivit anima mea ad Deum fontem vivum et cetera. Am VIII, 11: mittam famem in terram istam, non famem panis, neque sitim aquae, sed audiendi verbum Dei. Ergo est esuries quando cum desiderio operatur quis. Alia ratio. Iustitia est duplex, perfecta et imperfecta: perfectam in mundo habere non possumus, quia si dixerimus quia peccatum non habemus, ipsi nos seducimus, et veritas in nobis non est, I Jn. I, 8. Et Is. LXIV, 6: omnes iustitiae nostrae quasi pannus menstruatae. Sed hanc habemus in caelo; Is. LX, 21: populus tuus omnes iusti in perpetuum haereditabunt terram. Sed desiderium iustitiae possumus hic habere: et ideo dicit beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam et cetera. Et est simile illud quod Pythagoras fecit. Tempore enim Pythagorae illi qui studebant, vocabantur sophi, idest sapientes; Pythagoras autem noluit vocari sophos, idest sapiens, sed philosophus, hoc est sapientiae amator: ita vult Dominus quod sui sint, et vocentur amatores iustitiae. Si autem intelligatur de iustitia speciali, quae est, quod homo reddat unicuique quod suum est, convenienter dicitur beati qui esuriunt etc.; quia esuries et sitis proprie avarorum est, quia numquam satiantur qui aliena iniuste possidere desiderant: unde ista esuries, de qua dicit dominus, opponitur huic, scilicet avarorum. Et vult Dominus quod ita anhelemus ad istam iustitiam, quod numquam quasi satiemur in vita ista, sicut avarus numquam satiatur. Beati ergo qui esuriunt et sitiunt iustitiam, quoniam ipsi saturabuntur. Conveniens praemium ponitur saturabuntur, et primum in aeterna visione, videbunt enim Deum per essentiam; Ps. XVI, 15: satiabor cum apparuerit gloria tua: ibi enim nihil restabit ad desiderandum; Ps. CII, 5: qui replet in bonis desiderium tuum; Pr. X, 24: desiderium suum iustis dabitur. Secundo in praesenti. Et haec est duplex. Una est in bonis spiritualibus, hoc est in impletione mandatorum Dei; Jn. IV, 34: meus cibus est ut faciam voluntatem eius qui misit me, ut perficiam opus eius: et de isto exponit Augustinus. Alio modo accipitur de saturitate rerum temporalium. Homines iniusti numquam saturantur, sed homines qui habent terminum suum ipsam iustitiam, ultra non procedunt; Pr. XIII, 25: iustus comedit, et replet animam suam. Ista beatitudo secundum Augustinum reducitur ad donum fortitudinis: quia quod homo iuste operetur, hoc pertinet ad fortitudinem. Item superaddit aliquid praemio supra posito, quia saturari est implere totaliter desiderium. Item nota quod primo dicit beati qui lugent: homo enim quando infirmus est, non appetit comedere, sed tunc appetere incipit, quando iam incipit sanari; et ita est in spiritualibus, quod quando homines sunt in peccato, non sentiunt famem spiritualem, sed quando dimittunt peccata, tunc sentiunt; et ideo statim subdit beati misericordes: quia iustitia sine misericordia crudelitas est, misericordia sine iustitia mater est dissolutionis. Et ideo oportet quod utrumque coniungatur, secundum illud Pr. III, 3: misericordia et veritas non te deserant et cetera. Ps. LXXXIV, 11: misericordia et veritas obviaverunt sibi et cetera. Beati misericordes, quoniam ipsi misericordiam consequentur. Misericordem esse est habere miserum cor de miseria aliorum: tunc autem habemus misericordiam de miseria aliorum, quando illam reputamus quasi nostram. De nostra autem dolemus, et studemus repellere. Ergo tunc vere misericors es, quando miseriam aliorum studes repellere. Est autem duplex miseria proximi. Prima in istis rebus temporalibus; et ad istam debemus habere miserum cor; I Jn. III, 17: qui habuerit substantiam huius mundi, et viderit fratrem suum necesse habere, et clauserit viscera sua ab eo, quomodo caritas Dei manet in eo? Secunda qua homo per peccatum miser efficitur: quia, sicut beatitudo est in operibus virtutum, ita miseria propria in vitiis; Pr. XIV, 34: miseros facit populos peccatum. Et ideo quando admonemus corruentes ut redeant, misericordes sumus; infra IX, 36: videns autem Iesus turbas, misericordia motus est. Isti ergo misericordes beati. Et quare? Quoniam ipsi misericordiam consequentur. Et sciendum quod semper dona Dei excedunt merita nostra; Eccli. XXXV, 13: quoniam Dominus retribuens est, et septies tantum retribuet tibi. Ergo multo maior est misericordia quam Dominus impendet nobis, quam illa quam impendimus proximo. Ista misericordia inchoatur in hac vita dupliciter. Primo, quia relaxantur peccata; Ps. CII, 3: qui propitiatur omnibus iniquitatibus tuis. Secundo, quia removet defectus temporales, ita quod solem suum facit oriri; perficietur tamen in futuro, quando omnis miseria, et culpae, et poenae removebuntur; Ps. XXXV, 6: Domine, in caelo misericordia tua. Et hoc est quoniam ipsi misericordiam consequentur. Ista beatitudo reducitur ad donum consilii: quia hoc est singulare consilium ut inter pericula huius mundi misericordiam consequamur; I Tm. IV, 8: pietas ad omnia utilis est; Dn. IV, 24: consilium meum regi placeat. Sic ergo positi sunt actus virtutum, quibus removemur a malo, et operamur bonum. Nunc ponuntur actus quibus disponimur ad optimum; unde beati mundo corde et cetera. Ista beatitudo in duobus consistit: in visione Dei et dilectione proximi, unde primo ponit beatitudinem quae pertinet ad visionem Dei; secundo beatitudinem quae pertinet ad dilectionem proximi, ibi beati pacifici et cetera. Dicit ergo beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt. Hic primo est quaestio litteralis. Habemus enim quod Deus videri non potest: I Jn. IV, 12: Deum nemo vidit unquam. Et ne aliquis diceret, quod quamvis nullus videat in praesenti, videbit in futuro, removet hoc apostolus I Tm. ult., 16: lucem habitat inaccessibilem, quem nullus hominum vidit, sed nec videre potest. Sed sciendum quod circa hoc sunt diversae opiniones. Aliqui enim posuerunt quod numquam Deus per essentiam videatur, sed in aliqua refulgentia suae claritatis; sed hoc reprobat Glossa super illud Ex. XXXIII, 20: non videbit me homo, et vivet, propter duo. Primo, quia hoc repugnat auctoritati sacrae Scripturae, I Jn. III, 2: videbimus eum sicuti est. Item I Cor. XIII, 12: videmus nunc per speculum in aenigmate, tunc autem facie ad faciem. Item rationi, quia beatitudo hominis est ultimum bonum hominis, in quo quietatur desiderium eius. Naturale autem desiderium est, quod homo videns effectus inquirat de causa: unde etiam admiratio philosophorum fuit origo philosophiae, quia videntes effectus admirabantur, et quaerebant causam. Istud ergo desiderium non quietabitur, donec perveniat ad primam causam, quae Deus est, scilicet ad ipsam divinam essentiam. Videbitur ergo per essentiam. Alii plus etiam erraverunt ponentes contrarium: quia dixerunt quod non solum videbimus oculo mentis, sed etiam corporis, essentiam Dei, et quod Christus videt oculo corporali essentiam divinam. Sed hoc non convenit: quod patet primo ex auctoritate quae hic ponitur, quia non diceret beati mundo corde; sed, beati qui habent mundos et puros oculos. Ergo dat intelligere, quod non videtur nisi corde, idest intellectu: sic enim accipitur hic cor, sicut et Ep. I, 18: illuminatos oculos cordis vestri. Secundo, quia sensus corporis non potest nisi in suum obiectum; si autem dicatur quod tunc habebit maiorem potentiam, dicendum quod tunc non esset visio corporalis, quia oculus corporalis non videt nisi colores, essentiam autem per accidens, secundum Augustinum Lib. ult. de civitate Dei, XIX. Sicut cum video vivens, possumus dicere quod video vitam, inquantum video quaedam indicia quibus indicatur mihi vita sua; ita erit in visione divina, quia tanta erit refulgentia in caelo novo, et terra nova, et corporibus glorificatis, quod per ista dicemur videre Deum quasi oculis corporalibus. Ergo beati mundo corde et cetera. Solvit vero illud, Deum nemo vidit unquam, tripliciter. Primo quia non visione comprehensiva; secundo oculis corporalibus; tertio in hac vita: quia si alicui datum fuerit quod viderit in hac vita Deum, hoc fuit quia totaliter alienatus est et elevatus supra sensus corporales. Et ideo dicitur beati mundo corde: quia sicut oculus videns colorem oportet quod sit depuratus, ita mens videns Deum; Sg. I 1: in simplicitate cordis quaerite illum, quoniam invenitur ab his qui non tentant illum; apparet autem his qui fidem habent in illum: fide enim purificatur cor; Ac. XV, 9: fide purificans corda eorum. Et quia visio succedet fidei, ideo dicitur quoniam ipsi Deum videbunt. Beati mundo corde, qui scilicet habent munditiam generalem ab alienis cogitationibus, per quam cor eorum templum Dei sanctum est, in quo Deum contemplandum vident: templum enim a contemplando dici videtur. Specialiter vero beati mundo corde, idest qui habent munditiam carnis: nihil enim ita impedit spiritualem contemplationem, sicut immunditia carnis. Pacem sequimini, et sanctimoniam, sine qua nemo videbit Deum, He. XII, 14. Et ideo quidam dicunt quod virtutes morales proficiunt ad vitam contemplativam, et praecipue castitas. Et secundum hoc beati mundo corde, potest intelligi de visione viae: sancti enim qui habent cor repletum iustitia, vident excellentius quam alii qui vident per effectus corporales: quanto enim effectus sunt propinquiores, tanto Deus magis cognoscitur per illos. Unde sancti qui habent iustitiam, caritatem, et huiusmodi effectus, qui sunt simillimi Deo, cognoscunt magis quam alii; Ps. XXXIII, 9: gustate, et videte quoniam suavis est Dominus. Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur. Hic ponitur septima beatitudo: et, sicut dictum est, virtutes ad optimum disponentes disponunt ad duo, scilicet ad visionem Dei et dilectionem. Et sicut munditia cordis disponit ad visionem Dei, ita pax ad dilectionem Dei disponit, qua filii Dei nominamur et sumus; et sic disponit ad dilectionem proximi, quia, sicut dicitur I Jn. IV, 20, qui non diligit fratrem suum quem videt, Deum quem non videt, quomodo potest diligere? Et notandum quod hic ponuntur duo praemia beatitudinis, videlicet beati pacifici, et beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam. Et omnia praecedentia reducuntur ad ista duo, et sunt effectus omnium praecedentium. Quid enim agitur per paupertatem spiritus, per luctum, per mansuetudinem, nisi ut mundum cor habeatur? Quid per iustitiam et misericordiam, nisi ut pacem habeamus? Is. XXXII, 17: fructus iustitiae pax, et cultus iustitiae silentium, et securitas usque in sempiternum. Beati ergo pacifici. Sed videndum est quid sit pax, et quomodo ad eam possimus pervenire. Pax est tranquillitas ordinis. Ordo autem est parium dispariumque sua loca cuique tribuens dispositio. Ergo pax est in hoc quod omnes teneant sua loca. Unde debet mens hominis primo Deo subiecta esse. Secundo motus et vires inferiores, quae sunt nobis et brutis communes, subiecta esse homini: per rationem enim homo praeest animalibus; Gn. I, 26: faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram, et praesit piscibus maris, et volatilibus caeli, et bestiis universaeque terrae, omnique reptili quod movetur in terra. Tertio ut homo pacem habeat ad alios, quia sic totaliter erit ordinatus. Ista autem ordinatio non potest esse nisi in hominibus sanctis; Ps. CXVIII, 165: pax multa diligentibus nomen tuum; Is. XLVIII, 22: non est pax impiis: pacem enim interiorem habere non possunt; Sg. XIV, 22: in magno viventes inscientiae bello, tot et tam magna mala pacem appellant. Pacem talem mundus dare non potest; Jn. XIV, 27: non quomodo mundus dat, ego do vobis. Item non sufficit totum hoc, sed debent inter discordes pacem facere; Pr. XII, 20: qui ineunt pacis consilia, sequitur eos gaudium. Tamen sciendum quod ista pax hic inchoatur, sed non perficitur, quia nullus potest totaliter habere motus brutales rationi subiectos; Rm. VII, 23: video aliam legem in membris meis repugnantem legi mentis meae, et captivantem me in lege peccati, quae est in membris meis. Unde vera erit in vita aeterna; Ps. IV, 9: in pace in idipsum dormiam et requiescam; Ph. IV, 7: pax Dei exuperat omnem sensum. Quoniam filii Dei vocabuntur, triplici ratione. Prima est, quia habent officium filii Dei: ad hoc enim filius dicitur venisse in mundum, ut congregaret dispersos; Ep. II, 14: ipse enim est pax nostra; Col. I, 20: pacificans in sanguine crucis eius, sive quae in terris, sive quae in caelis. Secundo, quia per pacem cum caritate pervenitur ad regnum aeternum, in quo omnes filii Dei vocabuntur; Sg. V, 5: ecce quomodo computati sunt inter filios Dei, et inter sanctos sors illorum est. Ep. IV, 3: solliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis. Tertio, quia per hoc homo assimilatur Deo, quia ubi est pax, non est aliqua resistentia; Deo autem nullus resistere potest; Jb IX, 4: quis restitit ei, et pacem habuit? Et notandum quod istae beatitudines sibi invicem superaddunt: plus enim est misericordiam consequi quam saturari; quia saturari est impleri eo quod est sibi proportionatum, sed misericordia superabundat. Item non omnes qui misericordiam accipiunt, admittuntur a rege ad videndum regem. Item plus est esse filium regis, quam regem videre. Et tamen sciendum, quod per omnia ista unum praemium designatur. Sed quare ita Dominus per multa voluit significare illud? Dicendum quod omnia quae in inferioribus divisa sunt, in superioribus congregantur. Et quia in rebus humanis ista inveniuntur dispersa, et nos manuducimur per sensibilia, ideo Dominus per multa significavit illud praemium aeternum. Ista autem septima beatitudo adaptatur dono sapientiae: sapientia enim facit esse filios Dei. Item notandum, quod in septima beatitudine ponitur pax, sicut in die septima requies, Gn. II, 2. Consequenter ponitur octava beatitudo, quae designat perfectionem omnium praecedentium: tunc enim homo in omnibus illis perfectus est, quando nullam deserit propter tribulationes; Eccli. XXVII, 6: vasa figuli probat fornax, et homines iustos tentatio tribulationis. Beati ergo qui persecutionem patiuntur et cetera. Sed aliquis forte audiens beati pacifici, dicet hos non esse beatos propter persecutionem: quia persecutio pacem turbat, vel totaliter tollit; sed certe non interiorem, sed exteriorem; Ps. CXVIII, 165. Pax multa diligentibus legem tuam et cetera. Ipsa autem persecutio non facit beatum, sed eius causa: unde dicit propter iustitiam; I P. III, 14: si quid patimini propter iustitiam, beati. Chrysostomus: non dicit a Paganis et pro fide, sed propter iustitiam.
Sainte Brigitte veuve mémoire des Saints Serge Bacchus Marcel et Apulée Martyrs
Collecte
Seigneur notre Dieu, qui avez révélé par votre Fils unique, à la bienheureuse Brigitte, les secrets célestes, faites que, par sa pieuse intercession, nous qui sommes vos serviteurs, nous jouissions dans l’éternelle félicité de la manifestation de votre gloire.
Office
Quatrième leçon. Brigitte née en Suède de parents illustres et pieux, vécut très saintement. A cause d’elle, sa mère, qui la portait encore dans son sein, fut préservée d’un naufrage. A l’âge de dix ans, après avoir entendu un sermon sur la passion de notre Seigneur, elle vit la nuit suivante, Jésus en croix, couvert de son sang, comme s’il venait de le répandre. Il s’entretint avec elle de sa passion, et depuis lors, elle était si vivement affectée en méditant ce mystère, qu’elle n’y pouvait jamais penser sans répandre des larmes.
Cinquième leçon. Mariée à Ulfon, prince de Méricie, elle le porta aux œuvres de piété autant par ses excellents exemples que par ses paroles convaincantes. Remplie de piété dans l’éducation qu’elle donnait à ses enfants, elle s’occupait aussi des pauvres et surtout des malades et les servait avec un si grand amour dans une maison disposée pour eux, qu’elle avait coutume de leur laver et de leur baiser les pieds. Au retour d’un pèlerinage qu’elle avait fait avec son époux au tombeau de l’Apôtre saint Jacques, à Compostelle, Ulfon étant tombé dangereusement malade à Arras, Saint Denis apparut à Brigitte pendant la nuit, et lui prédit la guérison de son mari et d’autres événements à venir.
Sixième leçon. Ulfon s’étant fait moine cistercien et étant mort bientôt après, Brigitte entendit en songe l’appel du Christ et embrassa un genre de vie plus austère. Dans la suite, Dieu lui révéla plusieurs choses ignorées. Elle fonda à Wastein un monastère, sous la règle du Saint-Sauveur, qu’elle avait reçue du Seigneur lui-même. Étant allée à Rome sur un ordre du ciel, elle y excita puissamment de nombreuses âmes à l’amour de Dieu. Elle fit ensuite le pèlerinage de Jérusalem et revint à Rome, où elle fut prise d’une fièvre qui persista et la fit souffrir pendant une année entière. Elle partit pour le ciel, comblée de mérites, après avoir annoncé le jour de sa mort. On transporta son corps au monastère de Wastein. Illustrée par des miracles, elle a été mise au nombre des Saints par Boniface IX.
Sainte Brigitte de Suède (1303-1373) a eu de nombreuses Apparitions et Révélations de Jésus et de Marie, mais c'est dans la Basilique Saint Paul, au Sud de Rome, que Jésus, par un Crucifix en bois qui s'anima, dicta les « 15 Oraisons » à Sainte Brigitte de Suède et les Promesses de Notre Seigneur pour la récitation de ces « 15 Oraisons ».
Les Promesses de Notre Seigneur pour la récitation des 15 Oraisons :
Comme il y avait longtemps que Sainte Brigitte de Suède désirait savoir le nombre de coups que Notre Seigneur reçut en sa Passion, un jour Il lui apparut et lui dit : « J'ai reçu en mon Corps 5480 coups. Si vous voulez les honorer par quelque vénération, vous direz 15 Notre Père, 15 Je Vous Salue Marie et les 15 oraisons, que je vais vous enseigner, pendant un an entier... L'année étant écoulée, vous aurez salué chacune de mes plaies » .
- Quiconque accomplira cette dévotion, délivrera du Purgatoire 15 âmes de sa lignée, 15 justes de sa même lignée seront confirmés en grâce et 15 pêcheurs de sa même lignée seront convertis.
- Celui qui dira ces Oraisons aura les premiers degrés de perfection et 15 jours avant sa mort, je lui donnerai mon précieux Corps et mon précieux Sang, afin que par ceux-ci, il soit délivré de la faim et de la soif éternelles. 15 jours avant sa mort, il aura une amère contrition de tous ses péchés et une parfaite connaissance de ceux-ci.
- Je mettrai le Signe de ma très victorieuse Croix devant lui, pour son secours et sa défense contre les embûches de ses ennemis.
- Avant sa mort, Je viendrai avec ma très chère et bien-aimée Mère, et Je recevrai bénignement son âme et la mènerai aux joies éternelles... L'ayant menée jusque là, Je lui donnerai un singulier trait à boire de la fontaine de ma Déité, ce que Je ne ferai point à d'autres ne disant pas mes 15 Oraisons.
- Celui qui dira ces 15 Oraisons est assuré d'être joint au suprême Choeur des Anges, et, quiconque les enseignera à un autre, sa joie et son mérite ne manqueront jamais, mais seront stables et dureront à perpétuité ».
- 1ère Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus-Christ ! douceur éternelle à ceux qui vous aiment, joie qui surpasse toute joie et tout désir, espoir et salut des pécheurs, qui avez témoigné n'avoir de plus grand contentement que d'être parmi les hommes jusqu'à prendre la nature humaine en la plénitude des temps pour l'amour d'eux, souvenez-vous des souffrances que vous avez endurées dès l'instant de votre conception et surtout dans le temps de votre sainte Passion, ainsi qu'il avait été décrété et ordonné de toute éternité dans la pensée divine. Souvenez-vous, Seigneur, que faisant la Cène avec vos disciples, après leur avoir lavé les pieds, vous leur avez donné votre Corps Sacré et votre Précieux Sang, et, tout en les consolant avec douceur, vous leur avez prédit votre prochaine Passion. Souvenez-vous de la tristesse et de l'amertume que vous avez éprouvées en votre âme, comme vous l'avez témoigné vous-même, disant : « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » Souvenez-vous, Seigneur, des craintes, angoisses et douleurs que vous avez endurées en votre Corps délicat avant le supplice de la Croix, quand, après avoir prié trois fois en répandant une sueur de Sang, vous avez été trahi par Judas, votre disciple, pris par la nation que vous aviez choisie et élevée, accusé par de faux témoins, injustement jugé par trois juges, en la fleur de votre jeunesse et dans le temps solennel de la Pâque. Souvenez-vous que vous avez été dépouillé de vos propres vêtements et revêtu de ceux de la dérision ; qu'on vous a voilé les yeux et la face, qu'on vous a donné des soufflets, que vous avez été couronné d'épines, qu'on vous a mis un roseau à la main, et qu'attaché à une colonne vous avez été déchiré de coups et accablé d'affronts et d'outrages. En mémoire de ces peines et douleurs que vous avez endurées avant votre Passion sur la Croix, donnez-moi avant la mort une vraie contrition, une pure et entière confession, une digne pénitence et la rémission de tous mes péchés. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 2ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Vraie liberté des anges, paradis de délices, ayez mémoire de l'horreur de tristesse que vous avez endurée lorsque vos ennemis, tels des lions furieux, vous entourèrent, et par mille injures, crachats, soufflets, griffures et autres supplices inouïs, vous tourmentèrent à l'envie. En considération de ces tourments et de ces paroles injurieuses, je vous supplie, ô mon Sauveur, de me délivrer de mes ennemis visibles et invisibles, et de me faire arriver, sous votre protection, à la perfection du salut éternel. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 3ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Créateur du Ciel et de la Terre, que nulle chose ne peut borner ni limiter, vous qui enfermez et tenez tout sous votre Puissance, souvenez-vous de la douleur très amère que vous avez endurée lorsque les soldats, attachant vos mains sacrées et vos pieds très délicats à la Croix, les percèrent de part en part avec de gros clous émoussés et, ne vous trouvant pas dans l'état qu'ils voulaient pour contenter leur rage, agrandirent vos plaies, y ajoutèrent douleur sur douleur puis, par une cruauté inouïe, vous allongèrent alors sur la Croix et vous tirèrent de tous côtés en disloquant vos membres. Je vous conjure, par la mémoire de cette très sainte et très aimante douleur de la Croix, de me donner votre crainte et votre amour. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 4ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Céleste médecin, élevé sur la Croix pour guérir nos plaies par les vôtres, souvenez-vous des langueurs et meurtrissures que vous avez souffertes en tous vos membres, dont aucun ne demeurera en sa place, en sorte qu'il n'y avait douleur semblable à la vôtre. De la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, aucune partie de votre Corps n'était sans tourments ; et cependant, oubliant vos souffrances, vous ne vous êtes point lassé de prier votre Père pour vos ennemis, lui disant : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ! » Par cette grande Miséricorde et en mémoire de cette douleur, faites que le souvenir de votre très amère Passion opère en moi une parfaite contrition et la rémission de tous mes péchés. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 5ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Miroir de splendeur éternelle, souvenez-vous de la tristesse que vous avez eue, lorsque, contemplant dans la lumière de votre divinité la prédestination de ceux qui devaient être sauvés par les mérites de votre sainte Passion, vous voyiez en même temps la multitude des réprouvés qui devaient être damnés par leurs péchés, et vous plaigniez amèrement ces malheureux pécheurs perdus et désespérés. Par cet abîme de compassion et de pitié, et principalement par la bonté que vous fîtes paraître envers le Bon Larron, lui disant : « Tu seras aujourd'hui avec moi en Paradis », je vous prie, ô doux Jésus, qu'à l'heure de ma mort vous me fassiez miséricorde. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 6ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Roi aimable et tout désirable, souvenez-vous de la douleur que vous avez eue quand, nu et comme un misérable, attaché et élevé en Croix, tous vos parents et vos amis vous abandonnèrent, excepté votre Mère bien-aimée qui demeura, en compagnie de saint Jean, très fidèlement auprès de vous dans l'Agonie et que vous avez recommandés l'un à l'autre en disant : « Femme, voilà ton fils ! », et à saint Jean : « Voilà ta mère ! » Je vous supplie, ô mon Sauveur, par le glaive de douleur qui alors transperça l'âme de votre sainte Mère, d'avoir compassion de moi en toutes mes afflictions et tribulations, tant corporelles que spirituelles, et de m'assister dans mes épreuves, surtout à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 7ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Fontaine de pitié inépuisable qui, par une profonde affection d'amour avez dit sur la Croix : « J'ai soif ! », mais de la soif du salut du genre humain, je vous prie, ô mon Sauveur, d'exalter le désir de mon cœur pour tendre à la perfection dans toutes mes œuvres, et d'éteindre entièrement en moi la concupiscence charnelle et l'ardeur des appétits mondains. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 8ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Douceur des cœurs, suavité des esprits, par l'amertume du fiel et du vinaigre que vous avez goûtés sur la Croix pour l'amour de nous, accordez-moi de recevoir dignement votre Corps et votre Sang Précieux pendant la vie et à l'heure de ma mort, pour servir de remède et de consolation à mon âme. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 9ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Vertu royale, joie de l'esprit, souvenez-vous de la douleur que vous avez endurée, lorsque plongé dans l'amertume à l'approche de la mort, insulté et outragé par les hommes, vous avez crié avoir été abandonné de votre Père, lui disant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Par cette angoisse, je vous conjure, ô mon Sauveur, ne m'abandonnez pas dans les terreurs et les douleurs de la mort. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 10ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Qui êtes en toutes choses commencement et fin, vie et vertu, souvenez-vous que vous vous êtes plongé pour nous dans un abîme de douleurs, de la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. En considération de la grandeur de vos plaies, apprenez-moi à garder vos Commandements par une vraie charité, ces Commandements dont la voie est large et aisée pour ceux qui vous aiment. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 11ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Abîme très profond de Miséricorde, je vous supplie, en mémoire de vos Plaies qui ont pénétré jusqu'à la moelle de vos os et de vos entrailles, de me tirer, moi, misérable submergé par mes offenses, hors du péché, et de me cacher de votre face irritée dans les trous de vos Plaies, jusqu'à ce que votre colère et votre juste indignation soient passées. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 12ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Miroir de vérité, marque d'unité, lien de charité, souvenez-vous de la multitude de plaies dont vous avez été blessé de la tête aux pieds, déchiré et tout rougi par l'effusion de votre Sang adorable ! Ô grande et universelle douleur que vous avez soufferte pour l'amour de nous en votre chair virginale ! Très doux Jésus, qu'auriez-vous pu faire pour nous que vous n'ayez fait ! Je vous conjure, ô mon Sauveur, de marquer de votre Précieux Sang toutes vos plaies dans mon cœur, afin que j'y lise sans cesse vos douleurs et votre Amour. Que par le fidèle souvenir de votre Passion, le fruit de vos souffrances soit renouvelé dans mon âme, et que votre Amour s'y augmente chaque jour, jusqu'à ce que je parvienne à vous qui êtes le trésor de tous les biens et de toutes les joies, que je vous supplie de me donner, ô très doux Jésus, dans la vie éternelle. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 13ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Lion très fort, Roi immortel et invincible, ayez mémoire de la douleur que vous avez endurée, lorsque toutes vos forces, tant du cœur que du corps, étant épuisées, vous avez incliné la tête en disant : « Tout est consommé ! » Par cette angoisse et cette douleur, je vous supplie, Seigneur Jésus, d'avoir pitié de moi en la dernière heure de ma vie, lorsque mon âme sera dans l'angoisse et que mon esprit sera troublé. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 14ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Fils unique du Père, splendeur et figure de sa substance, souvenez-vous de l'humble recommandation que vous avez faite à votre Père, lui disant : « Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » Puis, votre Corps déchiré, votre Cœur brisé, et les entrailles de votre Miséricorde ouvertes pour nous racheter, vous avez expiré ! Par cette précieuse Mort, je vous conjure, ô Roi des saints, de me réconforter et de me secourir pour résister au démon, à la chair et au sang, afin qu'étant mort au monde je vive en vous seul. Recevez je vous prie, à l'heure de ma mort, mon âme pèlerine et exilée qui retourne à Vous. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
- 15ème Oraison à Jésus-Christ de Sainte Brigitte de Suède :
« Ô Jésus ! Vraie et féconde vigne, souvenez-vous de l'abondante effusion de Sang que vous avez si généreusement répandue de votre Corps Sacré, ainsi que le raisin sous le pressoir. De votre côté percé d'un coup de lance par un soldat, vous avez donné du Sang et de l'Eau, de telle sorte qu'il n'en est plus demeuré une seule goutte. Et enfin, comme un faisceau de myrrhe élevé du haut de la Croix, votre Chair délicate s'est anéantie, l'humeur de vos entrailles s'est tarie, la moelle de vos os s'est desséchée. Par cette amère Passion et par l'effusion de votre Précieux Sang, je vous supplie, ô bon Jésus, de recevoir mon âme lorsque je serai à l'agonie. Ainsi soit-il. »
1 Pater Noster + 1 Ave Maria
Prière après l’oraison : « Ô Doux Jésus ! Blessez mon cœur, afin que des larmes de pénitence, de douleur et d’amour nuit et jour me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon cœur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie Vous soit tellement louable qu’après ma mort je puisse mériter votre Paradis et Vous louer à jamais avec tous Vos Saints. Ainsi soit-il. »
Sainte Brigitte de Suède (1303-1373)
Notre-Dame du Rosaire mémoire de Saint Marc Pape et Confesseur
Collecte
O Dieu, dont le Fils unique nous a obtenu le prix du salut éternel par sa vie, sa mort et sa résurrection ; faites, nous vous en prions, qu’honorant ces mystères au moyen du très saint Rosaire de la bienheureuse Vierge Marie, nous imitions ce qu’ils contiennent, et obtenions ce qu’ils promettent.
Lecture Pr. 8, 22-24 et 32-35
Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant de faire quoi que ce soit, dès le principe. J’ai été établie dès l’éternité, et dès les temps anciens, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue. Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies. Écoutez mes instructions et soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux l’homme qui m’écoute, et qui veille tous les jours à ma porte, et qui se tient à la porte de ma maison. Celui qui me trouvera, trouvera la vie, et puisera le salut dans le Seigneur.
Évangile Lc. 1, 26-38
En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. L’ange, étant entré auprès d’elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. Elle, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle se demandait quelle pouvait être cette salutation. Et l’ange lui dit : Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu 1ui donnera le trône de David son père, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n’aura pas de fin. Alors Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il ? Car je ne connais point d’homme. L’ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qui est appelée stérile ; car il n’y a rien d’impossible à Dieu. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Du livre de l’Ecclésiastique.
Première leçon. En toute choses, j’ai cherché du repos, et c’est dans l’héritage du Seigneur que je demeurerai. Alors a ordonné et m’a parlé le Créateur de l’univers ; et celui qui m’a créée a reposé dans mon tabernacle, et il m’a dit : Habite dans Jacob, et en Israël place ton héritage, et au milieu de mes élus, étends tes racines. Dès le commencement et avant tous les siècles, j’ai été créée, et jusqu’au siècle futur je ne cesserai pas d’être, et dans l’habitation sainte, j’ai exercé devant lui mon ministère. Et ainsi dans Sion j’ai été affermie, et dans la cité sainte je me suis reposée ; et dans Jérusalem est ma puissance. Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, et dans la part de Dieu, [laquelle est] son héritage ; et dans l’assemblée entière des saints est ma demeure.
Deuxième leçon. Comme un cèdre, je me suis élevée sur le Liban, et comme un cyprès sur la montagne de Sion ; comme un palmier, je me suis élevée à Cadès, et comme des rosiers à Jéricho ; je me suis élevée comme un bel olivier dans les champs, et comme un platane sur le bord de l’eau, dans les places publiques . Comme le cinnamome et le baume aromatique, j’ai répandu une odeur ; comme la myrrhe de choix, j’ai exhalé une odeur suave ; et comme le storax, le galbanum, l’onyx, le stacté, et comme le Liban qui sort sans incision, j’ai rempli de vapeur mon habitation et comme un baume non mélangé est mon odeur. Moi, comme un térébinthe, j’ai étendu mes rameaux, et mes rameaux sont d’honneur et de grâce.Troisième leçon. Moi, je suis la mère du pur amour, et de la crainte, et de la science, et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi toute l’espérance de la vie et de la vertu Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, et remplissez-vous de mes productions; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage l’emporte sur le miel et le rayon. Ma mémoire vivra dans les générations des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu ; et ceux qui agissent par moi ne pécheront pas. Ceux qui me font connaître auront la vie éternelle.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Quand l’hérésie albigeoise s’étendait avec impiété dans la province de Toulouse, et y poussait des racines de jour en jour plus profondes, saint Dominique, qui avait fondé récemment l’Ordre des Frères Prêcheurs, s’appliqua tout entier à la faire disparaître. Pour y arriver plus sûrement, il implora par des prières assidues le secours de la bienheureuse Vierge, dont les hérétiques attaquaient impudemment la dignité, et à laquelle il a été donné de détruire les hérésies dans l’univers entier. Dominique (à ce que rapporte la tradition), reçut de Marie l’avertissement de prêcher le Rosaire au peuple, comme un secours singulièrement efficace contre les hérésies et les vices ; et il est prodigieux de voir avec quelle ferveur, et aussi quel succès, il s’acquitta de la tâche qui lui avait été imposée. Or le Rosaire est une formule particulière de prière, dans laquelle on distingue quinze décades de salutations angéliques, décades séparées l’une de l’autre par l’oraison dominicale, et à chacune desquelles nous passons en revue et méditons pieusement les mystères de notre rédemption. C’est donc à partir de ce moment que, grâce à saint Dominique, cette manière de prier commença à se faire connaître et à se répandre ; et, qu’il en soit l’instituteur et l’auteur, on le trouve affirmé dans les lettres apostoliques de souverains Pontifes.Cinquième leçon. De cette institution si salutaire, découlèrent sur le peuple chrétien d’innombrables bienfaits, parmi lesquels on cite avec raison la victoire que le très saint Pontife Pie V et les princes chrétiens, enflammés par ses paroles, remportèrent près des îles Echinades sur le puissant despote des Turcs. En effet, comme au jour même où fut remportée cette victoire, les confréries du très saint Rosaire adressaient à Marie, dans tout l’univers, les supplications accoutumées et les prières prescrites selon l’usage, le triomphe obtenu a été attribué, non sans raison, à ces prières. Grégoire XIII en a lui-même rendu témoignage, et, pour qu’en souvenir d’un bienfait si marqué, d’éternelles actions de grâces fussent rendues à la bienheureuse Vierge, invoquée par les fidèles sous l’appellation de Notre Dame du Rosaire, il a concédé un Office du rite double majeur, à célébrer à perpétuité, dans toutes les églises où il y avait un autel du Rosaire. D’autres Pontifes ont accordé des indulgences presque innombrables à ceux qui réciteraient le Rosaire, comme aux confréries de ce même Rosaire.
Sixième leçon. Clément XI attribuait en son cœur à l’efficacité des mêmes prières, la victoire également insigne remportée l’an mil sept cent seize dans le royaume de Hongrie, sur les troupes innombrables des Turcs, par Charles VI, empereur des Romains, car cette victoire arriva le jour où l’on célébrait la fête de la Dédicace de sainte Marie aux Neiges, et environ à l’heure où les confrères du très saint Rosaire, ayant organisé dans la Ville sainte une supplication publique et solennelle, avec un immense concours de peuple et une grande marque de religion, versaient aux pieds du Seigneur de ferventes prières pour la défaite des Turcs, et imploraient humblement le puissant secours de la Vierge Mère de Dieu, en faveur des Chrétiens. En raison de ces circonstances, Clément XI jugea donc devoir pieusement attribuer à la protection de la bienheureuse Vierge cette victoire, ainsi que la délivrance de l’île de Corcyre, assiégée par les Mahométans, qui la suivit de près. Pour que ce nouveau bienfait, si insigne aussi, laissât un souvenir et une reconnaissance perpétuels, il étendit à l’Église universelle, sous le même rite, la Fête du très saint Rosaire. Benoît XIII ordonna d’insérer toutes ces faveurs dans le Bréviaire romain. Enfin Léon XIII, dans nos temps si troublés pour l’Église et en présence de l’affreux déchaînement des maux qui nous accablent depuis si longtemps, a souvent et vivement excité par des lettres apostoliques, réitérées, tous les fidèles du monde à la dévotion du Rosaire de Marie, les engageant à le réciter, surtout pendant le mois d’octobre. Il a, de plus, élevé cette fête à un grade supérieur, et ajouté aux Litanies de Lorette l’invocation de « Reine du très saint Rosaire, » et enfin concédé à l’Église universelle un Office propre pour la même solennité. Vénérons donc toujours la très sainte Mère de Dieu, au moyen de cette dévotion qui lui est très agréable ; et celle qui, tant de fois invoquée par les fidèles du Christ confiants dans les supplications du Rosaire, nous a obtenu d’abaisser et d’anéantir nos ennemis terrestres, nous accordera pareillement de triompher de ceux de l’enfer.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Bernard, Abbé.
Septième leçon. Voulant faire apprécier sa grâce et confondre la sagesse humaine, Dieu daigna prendre chair d’une femme, mais d’une vierge, afin de restituer la ressemblance par un semblable, de guérir le contraire par un contraire, d’arracher l’épine vénéneuse et d’effacer, avec une souveraine puissance, la cédule du péché. Eve a été l’épine, en blessant, et Marie, la rose, en gagnant l’affection de tous. Eve a été l’épine inoculant la mort à tous, et Marie la rose qui nous a tous guéris. Marie fut une rose blanche par la virginité, et rouge par la charité ; blanche par la chasteté de son corps, rouge par la ferveur de son esprit ; blanche en recherchant la vertu, rouge en foulant aux pieds les vices ; blanche par la pureté des affections, rouge par la mortification de la chair ; blanche en aimant Dieu, rouge en compatissant au prochain.
Huitième leçon. « Le Verbe s’est fait chair, » et déjà il habite en nous. Il habite dans notre mémoire, il habite dans notre pensée, car il descend jusque dans notre imagination elle-même. Comment cela, dites-vous ? En gisant sur la paille de la crèche, en reposant sur un sein virginal, en prêchant sur la montagne, en passant la nuit en prières, en se laissant suspendre à la croix et défigurer par le trépas, en se montrant « libre entre les morts » et en commandant à l’enfer ; en ressuscitant le troisième jour, en montrant à ses Apôtres, dans les traces des clous, les signes de sa victoire, enfin en s’élevant devant eux au plus haut du ciel.
Neuvième leçon. Est-ce que chacun de ces faits n’inspire pas des pensées vraies, pieuses, saintes ? Quand je les repasse dans mon esprit, c’est à Dieu que je pense, et dans ces mystères, je trouve mon Dieu. Méditer ces choses, selon moi, c’est sagesse, et, à mon jugement, c’est prudence que d’en ramener le souvenir, souvenir dont la douceur est comme l’amande du fruit produit en abondance par la verge d’Aaron, et que Marie est allée cueillir dans les hauteurs des cieux, pour le répandre sur nous à profusion. Oui, c’est bien au plus haut des cieux qu’elle est allée le prendre, et par delà les Anges, quand elle a reçu le Verbe du sein de Dieu même, pour nous enrichir. C’est dans les hauteurs et plus haut que les Anges, que Marie a reçu le Verbe, du sein même du Père.
XXème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Tout ce que vous nous avez fait, Seigneur, vous l’avez fait par un juste jugement, car nous avons péché contre vous et nous n’avons pas obéi à vos commandements ; mais glorifiez votre nom et agissez envers nous selon la multitude de vos miséricordes. Heureux ceux qui sont purs dans leurs voies, qui marchent dans la loi du Seigneur.
Collecte
Laissez-vous fléchir, Seigneur, et accordez à vos fidèles le pardon et la paix, afin qu’ils soient purifiés de toutes leurs fautes, et qu’ils vous servent avec un cœur rempli de confiance.
Épitre Ep. 5, 15-21
Mes frères, ayez soin de vous conduire avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des sages ; rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais. C’est pourquoi ne devenez pas inconsidérés mais comprenez quelle est la volonté de Dieu. Et ne vous enivrez pas de vin, c’est de la débauche ; mais remplissez-vous de saint-Esprit, vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant dans vos cœurs au Seigneur ; rendant grâces sans cesse pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ; vous soumettant les uns aux autres dans la crainte du Christ.
Évangile Jn. 4, 46-53
En ce temps-là, il y avait un officier du roi, dont le fils était malade à Capharnaüm. Ayant appris que .Jésus venait de Judée en Galilée, il alla auprès de lui, et le pria de descendre, et de guérir son fils, qui était près de mourir. Jésus lui dit : Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez point. L’officier lui dit : Seigneur, descendez avant que mon fils meure. Jésus lui dit : Va, ton fils vit. Cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite, et il s’en alla. Comme déjà il descendait, ses serviteurs vinrent au-devant de lui, et lui annoncèrent que son fils vivait. Il leur demanda l’heure à laquelle il s’était trouvé mieux ; et ils lui dirent : Hier, à la septième heure, la fièvre l’a quitté. Le père reconnut que c’était à cette heure-là que Jésus lui avait dit : Ton fils vit ; et il crut, lui, et toute sa maison.
Secrète
Nous vous en supplions, Seigneur, faites que ces mystères nous soient un remède céleste et purifient notre cœur de ses vices.
Communion
Souvenez-vous, Seigneur, de votre parole à votre serviteur, de cette parole en laquelle vous m’avez donné l’espérance ; c’est elle qui m’a consolé dans mon humiliation.
Postcommunion
Afin que nous soyons rendus dignes de participer à vos dons sacrés, faites, nous vous en supplions, Seigneur, que nous obéissions toujours à vos préceptes.
Office
Au troisième nocturne. Lecture du saint Évangile selon saint Jean.
En ce temps-là : Il y avait un officier du roi, dont le fils était malade à Capharnaüm.. Et le reste.
Homélie de saint Grégoire, Pape.
Septième leçon. La lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre, frères, n’a pas besoin d’explication ; mais pour ne pas sembler la passer sous silence, disons un mot d’exhortation plutôt que d’explication. Je ne vois rien que nous devions expliquer, sauf ceci : pourquoi celui qui était venu demander le salut pour son fils s’est-il entendu dire : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges vous ne croirez pas » ? Il est évident que celui qui cherchait à sauver son fils croyait. Autrement, aurait-il cherché le salut auprès de quelqu’un qu’il ne croyait pas être Sauveur ? Pourquoi, donc, est-il dit : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas », à celui qui a cru avant d’avoir vu des miracles ?
Huitième leçon. Rappelez-vous ce qu’il a demandé alors vous verrez plus clairement qu’il a douté dans sa foi. Car il lui demanda de « descendre et de guérir son fils ». Donc il cherchait la présence corporelle du Seigneur qui, par son esprit était présent partout. C’est en cela qu’il n’a pas cru assez en celui qu’il n’a pas estimé capable de rendre le salut s’il n’était pas présent corporellement. S’il avait cru parfaitement, il aurait tenu pour certain qu’il n’y a pas de lieu où Dieu ne soit.
Neuvième leçon. Il a donc grandement manqué de confiance parce qu’il n’a pas rendu honneur à la majesté, mais à la présence corporelle. Il demanda donc le salut de son fils, et cependant il douta dans sa foi. Il crut celui à qui il était venu puissant pour guérir, pourtant il l’estima éloigné de son fils mourant. Mais le Seigneur qui est prié de venir montre qu’il n’est pas absent du lieu où il est invité : par son seul commandement il rendit le salut, lui qui par sa volonté a tout créé.
ÉPÎTRE.
L’approche de la consommation des noces du Fils de Dieu coïncidera ici-bas avec un redoublement des fureurs de l’enfer pour perdre l’Épouse. Le dragon de l’Apocalypse, l’ancien serpent séducteur d’Ève, vomissant comme un fleuve sa bave immonde déchaînera toutes les passions pour entraîner la vraie mère des vivants sous l’effort. Cependant il sera impuissant à souiller le pacte de l’alliance éternelle ; et, sans forces contre l’Église, il tournera sa rage contre les derniers fils de la nouvelle Ève, réservés pour l’honneur périlleux des luttes suprêmes qu’a décrites le prophète de Pathmos.
C’est alors surtout que les chrétiens fidèles devront se souvenir des avis de l’Apôtre, et se conduire avec la circonspection qu’il recommande, mettant tous leurs soins à garder pure leur intelligence non moins que leur volonté, dans ces jours mauvais. Car la lumière n’aura point alors à subir seulement les assauts des fils de ténèbres étalant leurs perverses doctrines ; elle sera plus encore, peut-être, amoindrie et faussée par les défaillances des enfants de lumière eux-mêmes sur le terrain des principes, par les atermoiements, les transactions, l’humaine prudence des prétendus sages. Plusieurs sembleront ignorer pratiquement que l’Épouse de l’Homme-Dieu ne peut succomber sous le choc d’aucune force créée. S’ils se souviennent que le Christ s’est engagé à garder lui-même son Église jusqu’à la fin des siècles, ils n’en croiront pas moins faire merveille en apportant à la bonne cause le secours d’une politique dont les concessions ne seront pas toujours pesées suffisamment au poids du sanctuaire : sans songer que le Seigneur n’a point besoin, pour l’aider à tenir sa promesse, d’habiletés détournées ; sans se dire surtout que la coopération qu’il daigne accepter des siens, pour la défense des droits de l’Église, ne saurait consister dans l’amoindrissement ou la dissimulation des vérités qui font la force et la beauté de l’Épouse. Combien oublieront la maxime de saint Paul écrivant aux Romains que se conformer à ce siècle, chercher une adaptation impossible de l’Évangile avec un monde déchristianisé, n’est point le moyen d’arriver à discerner sûrement le bon, le meilleur, le parfait aux yeux du Seigneur ! Aussi sera-ce un grand et rare mérite, en bien des circonstances de ces temps malheureux, de comprendre seulement quelle est la volonté de Dieu, comme le dit notre Épître.
Veillez, dirait saint Jean, à ne point perdre le fruit de vos œuvres ; assurez-vous la pleine récompense qui n’est donnée qu’à la plénitude persévérante de la doctrine et de la foi. Au reste, alors comme toujours, selon la parole de l’Esprit-Saint, la simplicité des justes les conduira sûrement ; l’humilité leur donnera la Sagesse ; et, s’attachant uniquement à cette très noble compagne, ils seront vraiment sages par elle et sauront ce qui plaît au Seigneur. Ils comprendront qu’aspirant comme l’Église à l’union au Verbe éternel, pour eux comme pour l’Église la fidélité à l’Époux n’est autre chose que la fidélité à à la vérité ; car le Verbe, objet de leur commun amour, n’est autre en Dieu que le rayonnement de la vérité infinie. Leur unique soin sera donc toujours de se rapprocher du Bien-Aimé par une ressemblance plus grande avec lui, c’est-à-dire par une reproduction plus complète du vrai dans leurs paroles et leurs actes. Et en cela ils serviront la société comme elle doit l’être, mettant en pratique le conseil du Seigneur qui nous demande de chercher d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et de nous confier en lui pour le reste. Laissant à d’autres la recherche d’humaines et louvoyantes combinaisons, d’incertains compromis destinés, dans la pensée de leurs auteurs, à retarder de quelques semaines, de quelques mois peut-être, le flot montant de la révolution, ils comprendront différemment, pour eux, le conseil de racheter le temps que nous donne l’Apôtre.
L’Époux avait acheté le temps d’un grand prix, pour être employé par ses membres mystiques à la glorification du Très-Haut. Perdu parla multitude dévoyée dans la révolte et l’orgie, les âmes fidèles le rachèteront en donnant une telle intensité aux actes de leur foi et de leur amour, que rien ne soit diminué, s’il se peut, jusqu’au dernier moment, du tribut qu’offrait chaque jour la terre à la Trinité souveraine. Contre la bête à la bouche insolente et pleine de blasphèmes, ils reprendront le cri de Michel contre Satan promoteur de la bête : Qui est comme Dieu !
L’antiquité chrétienne appelait les dernières semaines du Cycle à son déclin : Semaines du saint Ange ; nous avons vu comment, dans un de ces Dimanches, elle chantait l’arrivée du grand Archange au secours du peuple de Dieu, ainsi que Daniel l’avait annoncé pour les derniers jours du monde. Quand donc commenceront les épreuves de la fin, lorsque l’exil dispersera les baptisés et que le glaive s’abattra sur leurs têtes aux applaudissements d’un monde prosterné devant la bête et son image, n’oublions point que nous avons un chef choisi par Dieu, acclamé par l’Église, pour nous conduire dans ces derniers combats où la défaite des saints (4) sera plus glorieuse que les triomphes de l’Église aux jours de sa domination sur le monde. Ce que Dieu alors, en effet, demandera des siens, ce ne sera plus ni le succès de la diplomatie, ni la victoire armée, mais la fidélité à sa vérité, à son Verbe : fidélité d’autant plus franche et plus entière, que la défection sera plus universelle autour de la petite troupe rangée sous la bannière de l’Archange. Proféré par une seule poitrine fidèle avec la vaillance de la foi et l’ardeur de l’amour en de telles circonstances, le cri de saint Michel, une fois déjà vainqueur des infernales légions, honorera plus Dieu que ne l’atteindront les ignobles blasphèmes des millions d’êtres dégradés sectateurs de la bête.
Pénétrons-nous de ces pensées que suggèrent les premières lignes de notre Épître ; comprenons également les autres instructions qu’elle renferme et qui, du reste, ne s’éloignent pas des premières. Pour ce Dimanche où se lisait autrefois l’Évangile des noces du Fils de l’homme et de l’appel à son divin banquet, la sainte Église remarque opportunément, dans l’Épître, combien l’ivresse et les délices des noces sacrées sont différentes des joies mondaines. La sérénité, la pureté, la paix du juste admis dans l’intimité divine, font en son âme un festin continuel dont la Sagesse est le mets savoureux et l’éternelle convive. Laissant le monde à ses mesquins et trop souvent honteux plaisirs, le Verbe et l’âme, qu’il a remplie de l’Esprit-Saint par un mode ineffable, s’unissent pour chanter le Père souverain dans un concert merveilleux, où l’action de grâces et la louange trouvent sans cesse un nouvel aliment. Le hideux spectacle qu’offrira la terre, quand ses habitants se porteront en foule au-devant de la prostituée siégeant sur la bête et leur offrant la coupe d’ignominie, n’empêchera point le ciel de se reposer délicieusement dans la contemplation de ces âmes fortunées. Car les convulsions du monde agonisant, les poursuites de la femme ivre du sang des martyrs, loin de troubler l’harmonie qui s’élève de l’âme unie au Verbe, ne feront que donner plus d’ampleur à ses notes divines, plus de suavité à ses accents humains. « Qui donc, en effet, nous séparera de l’amour de Jésus-Christ ? Sera-ce la tribulation ou l’angoisse ? la faim ou la nudité ? les dangers, la persécution, le glaive ? Oui, sans doute, il est écrit qu’à cause de vous, tous les jours on nous met à mort, qu’on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie ! Mais en tout cela nous sommes vainqueurs, à cause de celui qui nous a aimés. Car je suis sûr que ni la mort, ni la vie, ni anges, ni principautés, ni vertus, ni choses présentes, ni choses futures, ni violence, ni rien de ce qui est dans les hauteurs, ni rien de ce qui est dans les abîmes, ni créature quelconque ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur. »
ÉVANGILE.
L’Évangile est tiré de saint Jean aujourd’hui, pour la première et l’unique fois dans tout le cours des Dimanches après la Pentecôte. Il donne son nom de l’Officier de Capharnaüm au vingtième Dimanche. L’Église l’a choisi parce qu’il n’est pas sans une relation mystérieuse avec l’état du monde, dans les temps auxquels se rapportent prophétiquement les derniers jours du Cycle.
Le monde penche vers sa fin, et lui aussi commence à mourir. Miné par la fièvre des passions dans Capharnaüm, la ville du lucre et des jouissances, déjà il est sans forces pour aller de lui-même au-devant du médecin qui pourrait le guérir. C’est à son père, aux pasteurs qui l’ont engendré dans le baptême à la vie de la grâce, et gouvernent le peuple chrétien comme officiers de la sainte Église, c’est à eux de se rendre auprès du Seigneur et de lui demander le salut du malade. Le disciple bien-aimé nous fait savoir, en tête de son récit, qu’ils trouveront Jésus à Cana, la ville des noces et de la manifestation de sa gloire au banquet nuptial ; c’est le ciel, où l’Homme-Dieu réside depuis qu’il a quitté notre terre, laissant ses disciples, privés de l’Époux, s’exercer pour un temps dans le champ de la pénitence. Étymologiquement, en effet, Capharnaüm signifie le champ de la pénitence et de la consolation qui naît de la pénitence. Telle devait être cette terre pour l’homme depuis sa sortie d’Éden, telle était la consolation à laquelle devait aspirer pendant cette vie le pécheur ; et c’est pour en avoir préféré d’autres, pour avoir voulu faire du champ de la pénitence un paradis nouveau, que le monde est maintenant près de finir. Car il n’a remplacé les délices vivifiantes de l’Éden que par le plaisir défendu qui tue l’âme, énerve les corps, et appelle la vengeance de Dieu.
Son seul remède est dans le zèle des pasteurs, et dans la prière de cette portion du troupeau du Christ qui ne s’est point laissée entraîner aux séductions de la licence universelle. Mais combien il importe que fidèles et pasteurs, sans retours personnels, entrent pleinement sur ce point dans les sentiments de la sainte Église ! En butte à l’ingratitude la plus révoltante, aux injustices, aux calomnies, aux perfidies de tout genre, la mère des peuples oublie ses injures pour ne penser qu’à la saine prospérité et au salut des nations qui l’outragent. Elle sait, à n’en pas douter, que le terme approche où le Très-Haut se fera justice enfin ;et, cependant, elle n’en continue pas moins de lutter contre Dieu, comme Jacob, jusqu’à l’aurore du jour terrible qu’ont annoncé David et la sibylle]. A la pensée de l’étang de feu dont les vapeurs maudites paraissent déjà empester l’air, et qui bientôt va engloutir en une seule fois tous ses enfants insoumis, elle semble oublier jusqu’à l’approche des noces éternelles et à la véhémence de ses désirs d’Épouse ; et, ne se souvenant plus de rien sinon qu’elle est mère, elle prie comme elle l’a toujours fait, mais avec plus d’ardeur que jamais, pour le retardement de la fin, pro mora finis].
Afin de répondre à sa pensée, « réunissons-nous donc, comme le dit Tertullien, en une seule troupe, en une seule assemblée, pour aller trouver Dieu et l’investir de nos prières comme d’une armée. Cette violence lui est agréable. » Mais c’est à la condition d’être inspirée par une foi entière et que rien ne puisse ébranler. Si c’est notre foi qui nous donne la victoire sur le monde], c’est elle aussi qui triomphe de Dieu dans les cas les plus extrêmes. Songeons, comme notre mère l’Église, au péril imminent de tant de malheureux qui dansent follement sur l’abîme, où demain va s’engloutir en rugissant leur désespoir. Sans doute, ils sont inexcusables ; Dimanche encore, on les avertissait des pleurs et des grincements de dents réservés, sous les ténèbres extérieures, aux contempteurs des noces sacrées. Mais ils sont nos frères, et nous ne devons pas nous résigner si facilement au deuil de leur perte. Espérons contre toute espérance. L’Homme-Dieu, qui connaissait de science certaine l’inévitable damnation des pécheurs obstinés, en a-t-il moins versé pour eux tout son sang ? Nous voulons mériter de nous unir à lui par une pleine ressemblance ; ayons donc la résolution de l’imiter en cela même, dans la mesure qui peut être la nôtre : prions sans repos ni trêve pour les ennemis de l’Église et nos ennemis, tant que leur damnation n’est pas consommée. Dans cet ordre, rien n’est inutile, rien ne se perd. Quoi qu’il arrive, le Seigneur sera grandement glorifié de notre foi et de l’ardeur de notre charité.
Mettons seulement tous nos soins à ne pas mériter les reproches qu’il adressait à la foi boiteuse de la génération dont faisait partie l’officier de Capharnaüm. Nous savons qu’il n’a nul besoin de descendre du ciel en terre, pour donner leur efficacité aux ordres émanés de sa volonté miséricordieuse. S’il daigne multiplier autour de nous les miracles et les prodiges, nous lui serons reconnaissants pour nos frères plus faibles dans la foi, nous prendrons de là occasion d’exalter sa gloire, mais en protestant que notre âme n’avait plus besoin, pour croire à lui, des manifestations nouvelles de sa puissance.
DE LA VIE
Parmi les opérations vitales, la plus élevée est celle de l'intelligence, qui est l'intellection, et c'est pourquoi l'opération de l'intelligence est au plus haut point la vie. Or, de même que la sensation en acte est semblable au sensible en acte, ainsi celui qui intellige en acte est la chose intelligée en acte. Donc, puisque l'intelligence est la vie et qu'intelliger c'est vivre, il s'ensuit qu'intelliger une réalité éternelle est la vie éternelle. Or Dieu est éternel, donc intelliger Dieu et le voir est une vie éternelle.
Et c'est pourquoi le Seigneur dit que la vie éternelle consiste principalement, selon toute sa substance, en une vision. Certes l'amour nous meut vers elle et en est un certain achèvement : car de la joie causée par la jouissance divine, que réalise la charité, naissent l'achèvement et la beauté de la béatitude, mais sa substance consiste en une vision - Nous le verrons comme il est. Saint Thomas d'Aquin Comment. Sup Jn.
De conscientia
Iª q. 79 a. 13 arg. 1 Ad tertiumdecimum sic proceditur. Videtur quod conscientia sit quaedam potentia. Dicit enim Origenes quod conscientia est spiritus corrector et paedagogus animae sociatus, quo separatur a malis et adhaeret bonis. Sed spiritus in anima nominat potentiam aliquam, vel ipsam mentem, secundum illud Ep. IV, renovamini spiritu mentis vestrae; vel ipsam imaginationem; unde et imaginaria visio spiritualis vocatur, ut patet per Augustinum, XII super Gen. ad Litt. Est ergo conscientia quaedam potentia.
Iª q. 79 a. 13 arg. 2 Praeterea, nihil est peccati subiectum nisi potentia animae. Sed conscientia est subiectum peccati, dicitur enim ad Tt. I, de quibusdam, quod inquinatae sunt eorum mens et conscientia. Ergo videtur quod conscientia sit potentia.
Iª q. 79 a. 13 arg. 3 Praeterea, necesse est quod conscientia sit vel actus, vel habitus, vel potentia. Sed non est actus, quia non semper maneret in homine. Nec est habitus, non enim esset unum quid conscientia, sed multa; per multos enim habitus cognoscitivos dirigimur in agendis. Ergo conscientia est potentia.
Iª q. 79 a. 13 s. c. Sed contra, conscientia deponi potest, non autem potentia. Ergo conscientia non est potentia.
Iª q. 79 a. 13 co. Respondeo dicendum quod conscientia, proprie loquendo, non est potentia, sed actus. Et hoc patet tum ex ratione nominis, tum etiam ex his quae secundum communem usum loquendi, conscientiae attribuuntur. Conscientia enim, secundum proprietatem vocabuli, importat ordinem scientiae ad aliquid, nam conscientia dicitur cum alio scientia. Applicatio autem scientiae ad aliquid fit per aliquem actum. Unde ex ista ratione nominis patet quod conscientia sit actus. Idem autem apparet ex his quae conscientiae attribuuntur. Dicitur enim conscientia testificari, ligare vel instigare, et etiam accusare vel remordere sive reprehendere. Et haec omnia consequuntur applicationem alicuius nostrae cognitionis vel scientiae ad ea quae agimus. Quae quidem applicatio fit tripliciter. Uno modo, secundum quod recognoscimus aliquid nos fecisse vel non fecisse, secundum illud Eccle. VII, scit conscientia tua te crebro maledixisse aliis, et secundum hoc, conscientia dicitur testificari. Alio modo applicatur secundum quod per nostram conscientiam iudicamus aliquid esse faciendum vel non faciendum, et secundum hoc, dicitur conscientia instigare vel ligare. Tertio modo applicatur secundum quod per conscientiam iudicamus quod aliquid quod est factum, sit bene factum vel non bene factum, et secundum hoc, conscientia dicitur excusare vel accusare, seu remordere. Patet autem quod omnia haec consequuntur actualem applicationem scientiae ad ea quae agimus. Unde proprie loquendo, conscientia nominat actum. Quia tamen habitus est principium actus, quandoque nomen conscientiae attribuitur primo habitui naturali, scilicet synderesi, sicut Hieronymus, in Glossa Ezech. I, synderesim conscientiam nominat; et Basilius naturale iudicatorium; et Damascenus dicit quod est lex intellectus nostri. Consuetum enim est quod causae et effectus per invicem nominentur.
Iª q. 79 a. 13 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod conscientia dicitur spiritus, secundum quod spiritus pro mente ponitur, quia est quoddam mentis dictamen.
Iª q. 79 a. 13 ad 2 Ad secundum dicendum quod inquinatio dicitur esse in conscientia, non sicut in subiecto, sed sicut cognitum in cognitione, inquantum scilicet aliquis scit se esse inquinatum.
Iª q. 79 a. 13 ad 3 Ad tertium dicendum quod actus, etsi non semper maneat in se, semper tamen manet in sua causa, quae est potentia et habitus. Habitus autem ex quibus conscientia informatur, etsi multi sint, omnes tamen efficaciam habent ab uno primo, scilicet ab habitu primorum principiorum, qui dicitur synderesis. Unde specialiter hic habitus interdum conscientia nominatur, ut supra dictum est.
Iª-IIae q. 19 a. 5 s. c. Sed contra, sicut in primo dictum est, conscientia nihil aliud est quam applicatio scientiae ad aliquem actum. Scientia autem in ratione est. Voluntas ergo discordans a ratione errante, est contra conscientiam. Sed omnis talis voluntas est mala, dicitur enim Rm. XIV, omne quod non est ex fide, peccatum est, idest omne quod est contra conscientiam. Ergo voluntas discordans a ratione errante, est mala.
Iª-IIae q. 19 a. 5 co. Respondeo dicendum quod, cum conscientia sit quodammodo dictamen rationis (est enim quaedam applicatio scientiae ad actum, ut in primo dictum est), idem est quaerere utrum voluntas discordans a ratione errante sit mala, quod quaerere utrum conscientia errans obliget. Circa quod, aliqui distinxerunt tria genera actuum, quidam enim sunt boni ex genere; quidam sunt indifferentes; quidam sunt mali ex genere. Dicunt ergo quod, si ratio vel conscientia dicat aliquid esse faciendum quod sit bonum ex suo genere, non est ibi error. Similiter, si dicat aliquid non esse faciendum quod est malum ex suo genere, eadem enim ratione praecipiuntur bona, qua prohibentur mala. Sed si ratio vel conscientia dicat alicui quod illa quae sunt secundum se mala, homo teneatur facere ex praecepto; vel quod illa quae sunt secundum se bona, sint prohibita; erit ratio vel conscientia errans. Et similiter si ratio vel conscientia dicat alicui quod id quod est secundum se indifferens, ut levare festucam de terra, sit prohibitum vel praeceptum, erit ratio vel conscientia errans. Dicunt ergo quod ratio vel conscientia errans circa indifferentia, sive praecipiendo sive prohibendo, obligat, ita quod voluntas discordans a tali ratione errante, erit mala et peccatum. Sed ratio vel conscientia errans praecipiendo ea quae sunt per se mala, vel prohibendo ea quae sunt per se bona et necessaria ad salutem, non obligat, unde in talibus voluntas discordans a ratione vel conscientia errante, non est mala. Sed hoc irrationabiliter dicitur. In indifferentibus enim, voluntas discordans a ratione vel conscientia errante, est mala aliquo modo propter obiectum, a quo bonitas vel malitia voluntatis dependet, non autem propter obiectum secundum sui naturam; sed secundum quod per accidens a ratione apprehenditur ut malum ad faciendum vel ad vitandum. Et quia obiectum voluntatis est id quod proponitur a ratione, ut dictum est, ex quo aliquid proponitur a ratione ut malum, voluntas, dum in illud fertur, accipit rationem mali. Hoc autem contingit non solum in indifferentibus, sed etiam in per se bonis vel malis. Non solum enim id quod est indifferens, potest accipere rationem boni vel mali per accidens; sed etiam id quod est bonum, potest accipere rationem mali, vel illud quod est malum, rationem boni, propter apprehensionem rationis. Puta, abstinere a fornicatione bonum quoddam est, tamen in hoc bonum non fertur voluntas, nisi secundum quod a ratione proponitur. Si ergo proponatur ut malum a ratione errante, feretur in hoc sub ratione mali. Unde voluntas erit mala, quia vult malum, non quidem id quod est malum per se, sed id quod est malum per accidens, propter apprehensionem rationis. Et similiter credere in Christum est per se bonum, et necessarium ad salutem, sed voluntas non fertur in hoc, nisi secundum quod a ratione proponitur. Unde si a ratione proponatur ut malum, voluntas feretur in hoc ut malum, non quia sit malum secundum se, sed quia est malum per accidens ex apprehensione rationis. Et ideo philosophus dicit, in VII Ethic., quod, per se loquendo, incontinens est qui non sequitur rationem rectam, per accidens autem, qui non sequitur etiam rationem falsam. Unde dicendum est simpliciter quod omnis voluntas discordans a ratione, sive recta sive errante, semper est mala.
Iª-IIae q. 19 a. 5 s. c. Sed contra, sicut in primo dictum est, conscientia nihil aliud est quam applicatio scientiae ad aliquem actum. Scientia autem in ratione est. Voluntas ergo discordans a ratione errante, est contra conscientiam. Sed omnis talis voluntas est mala, dicitur enim Rm. XIV, omne quod non est ex fide, peccatum est, idest omne quod est contra conscientiam. Ergo voluntas discordans a ratione errante, est mala.
Iª-IIae q. 19 a. 6 co. Respondeo dicendum quod, sicut praemissa quaestio eadem est cum quaestione qua quaeritur utrum conscientia erronea liget; ita ista quaestio eadem est cum illa qua quaeritur utrum conscientia erronea excuset. Haec autem quaestio dependet ab eo quod supra de ignorantia dictum est. Dictum est enim supra quod ignorantia quandoque causat involuntarium, quandoque autem non. Et quia bonum et malum morale consistit in actu inquantum est voluntarius, ut ex praemissis patet; manifestum est quod illa ignorantia quae causat involuntarium, tollit rationem boni et mali moralis; non autem illa quae involuntarium non causat. Dictum est etiam supra quod ignorantia quae est aliquo modo volita, sive directe sive indirecte, non causat involuntarium. Et dico ignorantiam directe voluntariam, in quam actus voluntatis fertur, indirecte autem, propter negligentiam, ex eo quod aliquis non vult illud scire quod scire tenetur, ut supra dictum est. Si igitur ratio vel conscientia erret errore voluntario, vel directe, vel propter negligentiam, quia est error circa id quod quis scire tenetur; tunc talis error rationis vel conscientiae non excusat quin voluntas concordans rationi vel conscientiae sic erranti, sit mala. Si autem sit error qui causet involuntarium, proveniens ex ignorantia alicuius circumstantiae absque omni negligentia; tunc talis error rationis vel conscientiae excusat, ut voluntas concordans rationi erranti non sit mala. Puta, si ratio errans dicat quod homo teneatur ad uxorem alterius accedere, voluntas concordans huic rationi erranti est mala, eo quod error iste provenit ex ignorantia legis Dei, quam scire tenetur. Si autem ratio erret in hoc, quod credat aliquam mulierem submissam, esse suam uxorem, et, ea petente debitum, velit eam cognoscere; excusatur voluntas eius, ut non sit mala, quia error iste ex ignorantia circumstantiae provenit, quae excusat, et involuntarium causat.
IIª-IIae q. 19 a. 7 co. Respondeo dicendum quod initium sapientiae potest aliquid dici dupliciter, uno modo, quia est initium ipsius sapientiae quantum ad eius essentiam; alio modo, quantum ad eius effectum. Sicut initium artis secundum eius essentiam sunt principia ex quibus procedit ars, initium autem artis secundum eius effectum est unde incipit ars operari; sicut si dicamus quod principium artis aedificativae est fundamentum, quia ibi incipit aedificator operari. Cum autem sapientia sit cognitio divinorum, ut infra dicetur, aliter consideratur a nobis et aliter a philosophis. Quia enim vita nostra ad divinam fruitionem ordinatur et dirigitur secundum quandam participationem divinae naturae, quae est per gratiam; sapientia secundum nos non solum consideratur ut est cognoscitiva Dei, sicut apud philosophos; sed etiam ut est directiva humanae vitae, quae non solum dirigitur secundum rationes humanas, sed etiam secundum rationes divinas, ut patet per Augustinum, XII de Trin. Sic igitur initium sapientiae secundum eius essentiam sunt prima principia sapientiae, quae sunt articuli fidei. Et secundum hoc fides dicitur sapientiae initium. Sed quantum ad effectum, initium sapientiae est unde sapientia incipit operari. Et hoc modo timor est initium sapientiae. Aliter tamen timor servilis, et aliter timor filialis. Timor enim servilis est sicut principium extra disponens ad sapientiam, inquantum aliquis timore poenae discedit a peccato, et per hoc habilitatur ad sapientiae effectum; secundum illud Eccli. I, timor Domini expellit peccatum. Timor autem castus vel filialis est initium sapientiae sicut primus sapientiae effectus. Cum enim ad sapientiam pertineat quod humana vita reguletur secundum rationes divinas, hinc oportet sumere principium, ut homo Deum revereatur et se ei subiiciat, sic enim consequenter in omnibus secundum Deum regulabitur.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 2 Praeterea, Roman. II, 14, super illud, cum enim gens quae legem etc., dicit Glossa: etsi gentiles non habent legem scriptam, habent tamen legem naturalem, quam quisque intelligit, et qua quisque sibi conscius est quid sit bonum et malum. Ex quo videtur quod lex naturalis sit qua aliquis sibi conscius est. Sed quilibet sibi conscius est per conscientiam. Ergo conscientia est lex naturalis; et sic idem quod prius.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 3 Praeterea, scientia nominat habitum conclusionis. Sed conscientia quaedam scientia est. Ergo est habitus.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 4 Praeterea, ex actibus multiplicatis generatur aliquis habitus. Sed aliquis frequenter operatur secundum conscientiam. Ergo ex talibus actibus generatur aliquis habitus, qui conscientia dici potest.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 5 Praeterea, I Tm. I, 5: finis praecepti est caritas de corde puro, conscientia bona et fide non ficta, Glosa: de conscientia bona, id est spe. Sed spes est habitus quidam. Ergo et conscientia.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 6 Praeterea, illud quod est in nobis per immissionem a Deo, videtur esse habitus infusus. Sed, secundum Damascenum in IV Lib., sicut fomes est per immissionem a Daemone, ita conscientia per immissionem a Deo. Ergo conscientia est habitus infusus.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 7 Praeterea, secundum philosophum in II Ethic., omne quod est in anima, est potentia vel habitus, vel passio. Sed conscientia non est passio; quia passionibus nec meremur nec demeremur, nec laudamur nec vituperamur, ut ibidem philosophus dicit. Neque iterum est potentia, quia potentia non potest deponi, conscientia autem deponitur. Ergo conscientia est habitus.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 8 Sed e contra, videtur quod conscientia sit actus. Conscientia enim dicitur accusare vel excusare. Sed non accusatur aliquis vel excusatur, nisi secundum quod actu aliquid considerat. Ergo conscientia actus aliquis est.
De veritate, q. 17 a. 1 s. c. 9 Praeterea, scire quod consistit in collatione, est scire in actu. Sed conscientia nominat scientiam cum collatione; dicitur enim conscire, quasi simul scire. Ergo conscientia est scientia actualis.
De veritate, q. 17 a. 1 co. Responsio. Dicendum, quod quidam dicunt conscientiam tripliciter dici. Quandoque enim conscientia sumitur pro ipsa re conscita, sicut etiam fides accipitur pro re credita; quandoque pro potentia qua conscimus; quandoque etiam pro habitu; a quibusdam etiam dicitur quod quandoque pro actu. Et huius distinctionis haec videtur esse ratio; quia cum conscientiae sit aliquis actus, circa actum autem consideretur obiectum, potentia, habitus, et ipse actus; invenitur quandoque aliquod nomen quod ad ista quatuor aequivocatur: sicut hoc nomen intellectus quandoque significat rem intellectam, sicut nomina dicuntur significare intellectus; quandoque vero ipsam intellectivam potentiam; quandoque vero habitum quemdam; quandoque etiam actum. In huiusmodi tamen nominationibus sequendus est usus loquendi; quia nominibus utendum ut plures, ut dicitur II Topic. Istud quidem secundum usum loquentium esse videtur ut conscientia quandoque pro re conscita accipiatur, ut cum dicitur: dicam tibi conscientiam meam; id est quod est in conscientia mea. Sed potentiae vel habitui hoc nomen attribui proprie non potest, sed solum actui; in qua significatione sola concordant omnia quae de conscientia dicuntur. Sciendum est enim, quod non consuevit idem nomen esse actus et potentiae vel habitus, nisi quando actus aliquis est proprius alicuius potentiae vel alicuius habitus; sicut videre est proprium potentiae visivae, et scire in actu habitus scientiae: unde visus quandoque nominat potentiam, quandoque actum; et similiter scientia. Si autem sit aliquis actus qui conveniat pluribus aut omnibus habitibus vel potentiis, non consuevit a tali nomine actus aliqua potentia vel aliquis habitus denominari: sicut patet de hoc nomine usus; significat enim actum cuiuslibet habitus. Actus quidem cuiuslibet habitus et potentiae usus quidam est illius cuius est actus; unde hoc nomen usus ita significat actum, quod nullo modo potentiam vel habitum. Et similiter esse videtur de conscientia. Nomen enim conscientiae significat applicationem scientiae ad aliquid; unde conscire dicitur quasi simul scire. Quaelibet autem scientia ad aliquid applicari potest; unde conscientia non potest nominare aliquem habitum specialem, vel aliquam potentiam, sed nominat ipsum actum, qui est applicatio cuiuscumque habitus vel cuiuscumque notitiae ad aliquem actum particularem. Applicatur autem aliqua notitia ad aliquem actum dupliciter: uno modo secundum quod consideratur an actus sit vel fuerit: alio modo secundum quod consideratur an actus sit rectus vel non rectus. Et secundum quidem primum modum applicationis dicimur habere conscientiam alicuius actus, in quantum scimus illum actum esse factum vel non factum; sicut est in communi loquendi usu, quando dicitur, hoc non est factum de conscientia mea, idest nescio vel nescivi an hoc factum sit vel fuerit. Et secundum hunc modum loquendi intelligitur quod habetur Gn. XLIII, 22: non est in conscientiis nostris quis pecuniam posuerit in saccis nostris; et Eccle. VII, 23: scit conscientia tua te crebro maledixisse aliis. Et secundum hoc dicitur conscientia testificari aliquid; Rm. IX, 1: testimonium mihi perhibente conscientia mea et cetera. Secundum vero alium modum applicationis, quo notitia applicatur ad actum, ut sciatur an rectus sit, duplex est via. Una secundum quod per habitum scientiae dirigimur ad aliquid faciendum vel non faciendum. Alio modo secundum quod actus postquam factus est, examinatur ad habitum scientiae, an sit rectus vel non rectus. Et haec duplex via in operativis distinguitur secundum duplicem viam quae etiam est in speculativis; scilicet viam inveniendi et iudicandi. Illa enim via qua per scientiam inspicimus quid agendum sit, quasi consiliantes, est similis inventioni, per quam ex principiis investigamus conclusiones. Illa autem via qua ea quae iam facta sunt, examinamus et discutimus an recta sint, est sicut via iudicii, per quam conclusiones in principia resolvuntur. Secundum autem utrumque applicationis modum nomine conscientiae utimur. Secundum enim quod applicatur scientia ad actum ut dirigens in ipsum, secundum hoc dicitur conscientia instigare, vel inducere, vel ligare. Secundum vero quod applicatur scientia ad actum per modum examinationis eorum quae iam acta sunt, sic dicitur conscientia accusare vel remordere, quando id quod factum est, invenitur discordare a scientia ad quam examinatur; defendere autem vel excusare, quando invenitur id quod factum est, processisse secundum formam scientiae. Sed sciendum, quod in prima applicatione qua applicatur scientia ad actum ut sciatur an factum sit, est applicatio ad actum particularem notitiae sensitivae, ut memoriae, per quam eius quod factum est, recordamur; vel sensus, per quem hunc particularem actum quem nunc agimus, percipimus. Sed in secunda et tertia applicatione, qua consiliamur quid agendum sit, vel examinamus iam facta, applicantur ad actum habitus rationis operativi, scilicet habitus synderesis et habitus sapientiae, quo perficitur superior ratio, et habitus scientiae, quo perficitur ratio inferior; sive simul omnes applicentur, sive alter eorum tantum. Ad hos enim habitus examinamus quae fecimus, et secundum eos consiliamur de faciendis. Examinatio tamen non solum est de factis, sed etiam de faciendis; sed consilium est de faciendis tantum.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 1 Ad primum igitur dicendum, quod cum dicit Hieronymus: hanc conscientiam praecipitari videmus, non demonstratur ipsa synderesis, quam dixerat esse conscientiae scintillam; sed demonstratur ipsa conscientia, de qua supra fecerat mentionem. Vel potest dici, quod quia tota vis conscientiae examinantis vel consiliantis ex iudicio synderesis pendet, sicut tota veritas rationis speculativae pendet ex principiis primis. Ideo conscientiam synderesim nominat, in quantum scilicet ex vi eius agit: et praecipue quando volebat exprimere defectum quo synderesis deficere potest: non enim deficit in universali, sed in applicatione ad singularia; et sic synderesis non in se deficit, sed quodammodo in conscientia. Et ideo in explicando defectum synderesis, synderesi conscientiam coniunxit.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod inquinatio non dicitur esse in conscientia sicut in subiecto, sed sicut scitum in cognitione; dicitur enim aliquis habere conscientiam inquinatam, quando alicuius inquinationis sibi est conscius.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod secundum hoc conscientia inquinata emundari dicitur, secundum quod aliquis qui prius fuit sibi peccati conscius, postmodum scit se esse a peccato mundatum; et ita dicitur habere conscientiam puram. Est igitur eadem conscientia quae prius erat immunda, et postmodum munda; non quidem ita quod conscientia sit subiectum munditiae et immunditiae, sed quia per conscientiam examinantem utrumque cognoscitur; non quod sit idem actus numero quo prius sciebat aliquis se esse immundum, et post scit se esse purum; sed quia ex eisdem principiis utrumque cognoscitur, sicut dicitur esse eadem consideratio quae ex eisdem principiis procedit.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod iudicium conscientiae et liberi arbitrii quantum ad aliquid differunt, et quantum ad aliquid conveniunt. Conveniunt quidem quantum ad hoc quod utrumque est de hoc particulari actu; competit autem iudicium conscientiae in via qua est examinans; et in hoc differt iudicium utriusque a iudicio synderesis. Differt autem iudicium conscientiae et liberi arbitrii, quia iudicium conscientiae consistit in pura cognitione, iudicium autem liberi arbitrii in applicatione cognitionis ad affectionem: quod quidem iudicium est iudicium electionis. Et ideo contingit quandoque quod iudicium liberi arbitrii pervertitur, non autem iudicium conscientiae; sicut cum aliquis examinat aliquid quod imminet faciendum, et iudicat, quasi adhuc speculando per principia, hoc esse malum, utpote fornicari cum hac muliere; sed quando incipit applicare ad agendum, occurrunt undique multae circumstantiae circa ipsum actum, ut puta fornicationis delectatio, ex cuius concupiscentia ligatur ratio, ne eius dictamen in electionem prorumpat. Et sic aliquis errat in eligendo, et non in conscientia; sed contra conscientiam facit: et dicitur hoc mala conscientia facere, in quantum factum iudicio scientiae non concordat. Et sic patet quod non oportet conscientiam esse idem quod liberum arbitrium.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod conscientia dicitur esse naturale iudicatorium, in quantum tota examinatio vel consiliatio conscientiae ex naturali iudicatorio dependet, ut prius dictum est.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod peccatum est in ratione et voluntate sicut in subiecto, in conscientia autem alio modo, ut dictum est.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod conscientia dicitur scire aliquid non proprie sed secundum illum modum loquendi quo dicitur scire illud quo scimus.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod conscientia dicitur esse spiritus, idest spiritus nostri instinctus, prout spiritus ratio dicitur.
De veritate, q. 17 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod conscientia nec est potentia nec habitus, sed actus. Et quamvis actus conscientiae non sit semper, nec sit in dormiente, tamen actus ipse manet in sua radice, idest in habitibus applicabilibus ad actum. Rationes autem illas quae probant conscientiam non esse habitum, concedimus.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 1 Ad primum vero quod in contrarium obiicitur, quod scilicet sit habitus, dicendum quod conscientia dicitur esse lex intellectus nostri quia est iudicium rationis ex lege naturali deductum.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 2 Ad secundum dicendum, quod aliquis sibi ipsi conscius esse dicitur per legem naturalem eo modo loquendi quo aliquis considerare dicitur secundum principia; sed per conscientiam, eo modo loquendi quo aliquis dicitur considerare ipso actu considerationis.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis scientia sit habitus, tamen applicatio scientiae ad aliquid non est habitus, sed est actus; et hoc significatur nomine conscientiae.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 4 Ad quartum dicendum, quod ex actibus non generatur habitus alterius modi ab illo habitu a quo actus eliciuntur; sed vel aliquis habitus eiusdem rationis, sicut ex actibus infusae caritatis generatur aliquis habitus acquisitus dilectionis, vel etiam habitus praeexistens augmentatur: sicut in eo qui habet habitum temperantiae acquisitum ex actibus temperantiae, ipse habitus augmentatur. Et ita, cum actus conscientiae procedat ex habitu sapientiae et scientiae, non generabitur inde aliquis habitus alius ab eis, sed illi habitus perficientur.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 5 Ad quintum dicendum, quod cum conscientia dicitur esse spes, est praedicatio per causam, in quantum scilicet conscientia bona facit hominem esse bonae spei, ut Glossa, ibidem, exponit.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 6 Ad sextum dicendum, quod etiam ipsi habitus naturales insunt nobis ex immissione divina; et ideo cum conscientia sit actus proveniens ex habitu naturali ipsius synderesis, dicitur conscientia ex divina immissione esse, per modum quod omnis cognitio veritatis quae est in nobis, dicitur esse a Deo, a quo principiorum primorum cognitio naturae nostrae est indita.
De veritate, q. 17 a. 1 ad s. c. 7 Ad septimum dicendum, quod in illa divisione philosophi actus in habitu includitur, eo quod habitus ex actibus generari probaverat, et similium actuum eos esse principium; et sic conscientia nec est passio nec potentia, sed actus, qui ad habitum reducitur. Rationes autem quae probant conscientiam esse actum, concedimus.
SYNDÉRÈSE QUID ?
Nom commun. (Théologie) Partie la plus élevée de l'âme, faculté en l'homme de reconnaître de manière infaillible le bien. (Religion) Remords de conscience. (Philosophie) Jugement pratique infaillible poussant à toujours rechercher un bien pour soi et à éviter un mal.
Terme technique utilisé par les théologiens pour désigner la connaissance innée des principes moraux essentiels. La syndérèse ou conscience habituelle, nous éclaire et nous pousse à faire le bien. Terme de dévotion. (Église catholique en France)
Remords de conscience.
Sait que c'est qu'hypostase avec que syndérèse, Régnier, Sat. XII. D'où vient que la conscience aveugle et corrompue ne l'emporte jamais tellement sur la saine conscience, que celle-ci, quoique d'une voix faible, ne réclame encore contre le mal que nous faisons, et qu'au moins par des doutes affligeants et par des syndérèses importunes elle n'empêche la prescription de l'erreur qui nous fait agir ? Bourdaloue, Carême, t. I, p. 281.
Il s'élève aussi bien dans le fond de mon cœur certain remords cuisant, certaine syndérèse, Qui furieusement sur l'estomac me pèse, Regnard, le Légataire, IV, 7. (Dictionnaire Littré )
THÉOL. [Chez les aut. scolast.] Faculté des premiers principes d'ordre pratique conduisant les opérations de jugement moral.
Lucifer se complait toujours dans sa faute, mais il a horreur de la peine qu'il subit. Tout ce qu'il délibère et tout ce qu'il fait est mal; il n'a aucune vertu. La cause de son obstination est double: son endurcissement dans le mal et la punition de sa faute par Dieu. Il n'a pas de puissance sensible naturelle. La syndérèse lui reste (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 394).
− P. ext. Remords de conscience. Il me semble que Washington, retiré dans son champ de la Virginie, ne devait pas éprouver les syndérèses de Bonaparte attendant l'exil dans ses jardins de la Malmaison (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 634).
Terme de Dévotion. Remords de conscience. Les mouvemens de la syndérèse. La syndérèse le tourmente continuellement. Avoir une perpétuelle syndérèse. (Dictionnaire de l’Académie française, 3e édition (1740)
1: connaissance innée des principes fondamentaux de l'action morale. distingué de la syndérèse . 2. : l'essence, le fondement ou le centre de l'âme qui entre en communion avec Dieu : l'étincelle ou l'émanation de la divinité dans l'âme.
En philosophie morale scolastique, la synderesis ou synteresis est la connaissance habituelle des principes pratiques universels de l'action morale. Le processus de raisonnement dans le domaine de la science spéculative présuppose certains axiomes fondamentaux sur lesquels repose toute science.
Faites donc aux hommes tout ce que vous voulez qu’ils vous fassent : car c’est là la loi et les prophètes. Mt 7, 12
Saint François d’Assise confesseur
Collecte
O Dieu, qui, par les mérites du bienheureux François, avez enrichi votre Église, en lui donnant une nouvelle famille, faites-nous la grâce de l’imiter en méprisant les biens de la terre, et d’avoir la joie de participer toujours aux dons célestes.
Office
Quatrième leçon. François naquit à Assise en Ombrie, et suivit l’exemple de son père, en se livrant au commerce, dès sa jeunesse. Un jour qu’un pauvre lui demanda l’aumône pour l’amour de Jésus-Christ, François, contre son habitude, le repoussa d’abord, mais troublé aussitôt de ce refus, il lui accorda plus qu’il n’avait coutume de donner, et, le jour même promit à Dieu de ne jamais refuser son aumône à quiconque la lui demanderait. Quelque temps après il tomba gravement malade, et à peine fut-il guéri qu’il commença à se livrer très ardemment aux offices de la charité, et fit de tels progrès dans cette vertu qu’épris de la perfection évangélique il distribuait aux pauvres tout ce qu’il possédait. Son père ne put souffrir une telle conduite, aussi l’obligea-t-il, par devant l’Évêque d’Assise, à renoncer à tous les biens patrimoniaux. François abandonna tout et jusqu’à ses habits, disant que désormais il aurait un motif de plus de répéter : Notre Père, qui êtes aux cieux.
Cinquième leçon. Ayant entendu lire cette parole de l’Évangile : « Ne possédez ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussures, » François se proposa de la prendre pour règle de vie. Quittant donc ses chaussures, se contentant d’une seule tunique, et s’associant douze compagnons, il institua l’Ordre des Mineurs. En l’année mil deux cent neuf, il se rendit à Rome, pour que le Saint-Siège confirmât la règle de son Ordre. Sa demande fut d’abord rejetée par le souverain Pontife Innocent III. Mais ayant vu en songe, pendant la nuit, celui qu’il avait repoussé, soutenir sur ses épaules la basilique de Latran chancelante, le Pape, troublé par cette vision, fit rechercher François, le reçut avec bonté et confirma sa règle. Le saint fondateur envoya donc ses frères prêcher l’Évangile dans tout l’univers ; et lui-même, ambitionnant la gloire du martyre, fit voile pour la Syrie, où il fut reçu par le Soudan avec toutes sortes d’égards. N’obtenant pas le résultat qu’il désirait, il revint en Italie.
Sixième leçon. Après avoir construit quantité de maisons de son institut, François se retira dans la solitude, sur le mont Alverne. Ayant commencé là un jeûne de quarante jours, en l’honneur de l’Archange saint Michel, il advint qu’en la fête de l’Exaltation de la sainte Croix, un Séraphin lui apparut, portant entre ses ailes l’image du Crucifié. Ce Séraphin imprima sur les mains, les pieds et le côté de François, les stigmates des clous. Saint Bonaventure affirme dans ses lettres avoir entendu le Pape Alexandre IV déclarer, dans un sermon, qu’il avait vu les stigmates. Ces témoignages de l’amour de Jésus-Christ excitèrent l’admiration de tous. Enfin, deux ans après, se sentant gravement malade, François voulut qu’on le transportât dans l’église de Sainte-Marie-des-Anges, afin de rendre, son dernier souffle là même où Dieu lui avait accordé la vie de la grâce. En ce lieu, il exhorta ses frères à conserver très fidèlement la pauvreté, la patience et la foi de la sainte Église romaine. Pendant qu’il récitait le Psaume : « De ma voix, j’ai crié vers le Seigneur, » étant arrivé à ce verset : « Des justes m’attendent jusqu’à ce que vous m’exauciez, » il rendit son âme à Dieu. C’était le quatrième jour des nones d’octobre. De nombreux miracles l’ayant illustré, Grégoire IX l’inscrivit au catalogue des Saints.
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