Saint Maurille
Saint Maurille, né aux environs de Milan, fut attiré à Tours par les vertus de saint Martin, auprès duquel il exerça pendant plusieurs années les fonctions de chantre puis, élevé à la prêtrise, il se dévoua au salut des âmes. Prés d'Angers par ses prières, il fit descendre le feu du ciel sur un temple païen, et construisit ensuite à la place une église de Jésus-Christ. puis un monastère.
A la mort de l'évêque d'Angers, Maurille lui succéda, par le choix de saint Martin lui-même. Au jour de sa consécration, une colombe descendit visiblement sur sa tête. Quelques années plus tard, un fait étrange arriva. Pendant la consécration de la Messe célébrée par le pontife, on apporta en toute hâte un enfant mourant, pour qu`il reçut la Confirmation; le Saint attendit la fin du Sacrifice, mais pendant ce temps l'enfant mourut,et Maurille en conçut un si si grand chagrin, qu'il s'enfuit sans avertir personne et s'embarqua pour l'Angleterre, où il se gagea comme jardinier chez un riche seigneur. Ses diocésains, dont la douleur était inconsolable, le firent si bien rechercher, qu'on découvrit sa retraite; mais il refusa de revenir au milieu de son troupeau, disant: "J e ne puis; car ayant perdu sur mer les clefs des reliques de ma cathédrale, que j'avais emportées par mégarde, j`ai fait serment de ne plus paraître à Angers avant de les avoir retrouvées. - Les voici, lui dirent les envoyés; pendant notre traversée, un poisson fut jeté sur le pont du navire par la vague, et dans son ventre on a trouvé ces clefs."
Maurille obéit à la Volonté du Ciel. A son retour, il se fit conduire au tombeau de l'enfant, et, les yeux baignés de larmes, il demanda à Dieu de lui rendre la vie. Le petit ressuscité reçut, à cause de cette seconde naissance, le nom de René, et fut le successeur de Maurille sur le siège d'Angers.
L’apparition de la Sainte Vierge à Maurille. Selon une très ancienne tradition, cet événement eut lieu en l'an 430, un an avant le Concile d’Éphèse. Au lieu-dit La Croix du Pichon, au confluent de l'Evre et de la Loire, la Vierge Marie est apparue à Maurille venu rendre visite à ses frères, les moines du Mont-Glonne, et qui était descendu au pied du coteau pour y prier dans la solitude. Voici comment les chroniques rapportent ce fait : « Maurille, évêque d'Angers, était en ce lieu, quand il se vit tout à coup environné d'une lumière céleste. C'était la Très Sainte Vierge, tenant en ses bras son divin Enfant, qui daignait lui apparaître, dans un peuplier. Elle dit à son dévot serviteur que la volonté de Dieu et le bon plaisir de son divin Fils étaient qu’il établît en son diocèse une fête solennelle du jour de sa sainte naissance, le 8 de septembre. C'est en Anjou que cette fête a commencé à être célébrée... » Un modeste oratoire est alors construit, sur ce qui deviendra la commune du Marillais (Maine-et-Loire). Depuis environ quinze siècles et pratiquement sans interruption malgré bien des événements contraires, la Vierge Marie est vénérée en ce lieu. À 40 km plus à l’est, saint Maurille établit aussi un lieu de dévotion mariale sur une île de la Loire, Notre-Dame de Béhuard. Beaucoup plus au sud, la tradition rapporte une apparition similaire au Puy-en-Velay (Haute-Loire), qui aurait eu lieu également en 430.
Le sanctuaire actuel. Le sanctuaire est de longue date un haut-lieu de pèlerinages et de spiritualité chrétienne, lié pendant longtemps aux bénédictins qui tenaient l’abbaye voisine de Saint-Florent-le-Vieil, malgré les ravages des guerres de Religion et de la Terreur. Le site est reconnu au XIXe siècle, puis couronné du nom de Notre-Dame-du-Marillais par Mgr Rumeau, avec l'autorisation du pape Pie XI, en 1931. Le 8 septembre 1873, le plus gros pèlerinage, conduit par Mgr Freppel, évêque d’Angers, réunissait 50 000 personnes venues d’Anjou, de Vendée et de Bretagne. L’ancienne chapelle a été remplacée par un large sanctuaire érigé entre 1890 et 1913, qui est de grande beauté avec sa tour carrée de 40 mètres de haut élevée après la Première Guerre mondiale. Cette basilique recèle plusieurs souvenirs de l’histoire vendéenne, avec notamment le vitrail du « champ des Martyrs ».
Marie, Mère de Dieu. En ce lieu très saint, la Sainte Vierge Marie s’est très tôt manifestée aux hommes pour leur dire qu’elle, Marie, est vraiment la Mère de Dieu et leur signifier le rôle éminent qu’elle, Marie, Mère de Dieu, est appelée à exercer dans l’histoire des hommes et l’économie du Salut. « En célébrant la Nativité de Marie Mère de Dieu, l’Église reconnaît, selon l’expression du Père de Montfort, que Marie a trouvé grâce devant Dieu pour elle et pour le genre humain, qu’elle a eu le pouvoir d’incarner et mettre au monde la Sagesse éternelle et qu’il n’y a encore qu’elle qui, par l’opération du Saint Esprit, ait le pouvoir de l’incarner pour ainsi dire en tous ceux qui sont appelés à devenir les fils bien-aimés du Père par le Baptême » (Père Joseph Guégnard). L’apparition de Marie en 430, près de Saint-Florent-le-Vieil, et sa demande que soit célébrée sa Nativité fut le prélude à la décision prise l’année suivante, sur l’inspiration de l’Esprit Saint, par le concile d’Éphèse, reconnaissant à la Sainte Vierge sa nature de Mère de Dieu.
L’apparition de Notre Dame du Marillais aussi appelée Notre Dame l’Angevine est en relation étroite et intime avec le message de Lourdes, délivré ultérieurement, le 25 mars 1858, par lequel la Vierge Marie dévoila : « Je suis l’Immaculée Conception ». Ce n’est donc pas sans raisons profondes que l’on a pu qualifier la France de « Royaume de Marie ».
Le Très Saint Nom de Marie
Collecte
Nous vous en prions, ô Dieu tout-puissant, accordez à vos fidèles, qui mettent leur joie dans le nom et la protection de la très sainte Vierge Marie, d’être par un effet de sa maternelle intercession, préservés de tous les maux sur la terre, et d’arriver dans le ciel aux joies de l’éternité.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Bernard, Abbé.
Quatrième leçon. « Et le nom de la Vierge était Marie, » dit l’Évangile. Parlons aussi un peu de ce nom que l’on dit signifier étoile de la mer et qui convient parfaitement à la Vierge Mère. Celle-ci est fort à propos comparée à l’étoile ; car, de même que l’astre émet son rayon sans en éprouver aucune altération, ainsi la Vierge a enfanté un fils sans dommage pour sa virginité. Le rayon n’amoindrit pas l’éclat de l’astre et le fils de la Vierge n’ôte rien à l’intégrité de sa mère. Marie est donc l’illustre étoile qui s’est levée de Jacob et dont le rayonnement illumine tout l’univers ; sa splendeur brille dans les cieux et pénètre les abîmes, luit partout sur la terre fait sentir sa chaleur aux âmes plutôt qu’aux corps, favorise l’épanouissement des vertus et réduit les vices. Elle est, dis-je, la très brillante et remarquable étoile qu’il était nécessaire d’élever au-dessus cette mer profonde et vaste, étoile étincelante par ses mérites, lumineuse en ses exemples.
Cinquième leçon. Ô vous, qui que vous soyez, qui vous sentez ici-bas ballotté au milieu des orages et des tempêtes, et non placé sur une terre ferme, ne détournez point vos yeux de cet astre plein d’éclat, si vous ne voulez pas être englouti par les flots. Si le vent des tentations se lève, si vous touchez les écueils des tribulations, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si vous êtes secoué par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si la colère, ou l’avarice, ou les séductions de la chair agitent le frêle esquif de votre âme, jetez un regard vers Marie. Si, troublé par l’énormité de vos crimes, confus de la laideur de votre conscience, effrayé des sévérités du jugement, vous vous sentez entraîné dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pensez à Marie.
Sixième leçon. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, songez à Marie, invoquez Marie. Qu’elle soit constamment sur vos lèvres, qu’elle soit constamment dans votre cœur, et pour obtenir l’appui de ses prières, ne perdez jamais de vue les exemples de sa vie. En suivant Marie, on ne s’égare point ; en la priant, on ne tombe pas dans le désespoir ; en pensant à elle, on n’erre point. Si elle vous soutient, vous ne tomberez pas ; si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre ; si elle vous accompagne, vous ne connaîtrez pas la fatigue ; sa protection vous conduira au terme et vous expérimenterez ainsi en vous-même avec quelle vérité il a été dit : « Et le nom de la Vierge était Marie ». Ce nom vénérable était déjà honoré depuis longtemps par un culte spécial dans quelques parties du monde chrétien ; lorsqu’une insigne victoire fut remportée à Vienne en Autriche, par le secours de la sainte Vierge Marie, sur le cruel sultan des Turcs, qui menaçait avec insulte de soumettre les peuples chrétiens à sa tyrannie. Le Pape Innocent XI, voulant donc perpétuer la mémoire d’un tel bienfait, ordonna que cette Fête serait célébrée chaque année dans l’Église universelle.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
Homélie de saint Pierre Chrysoloque.
Septième leçon. Aujourd’hui, frères bien-aimés, vous avez entendu un Ange traiter avec une femme de la réhabilitation de l’homme. Vous avez entendu qu’il s’agissait de ramener l’homme à la vie, par le même chemin qui l’avait conduit à la mort. C’est un Ange qui traite avec Marie du salut du genre humain, parce qu’un ange avait traité de sa perte avec Eve. Vous avez entendu cet Ange révéler le moyen ineffable de construire, du limon de notre chair, un temple à la divine Majesté. Vous avez entendu comment un mystère incompréhensible place Dieu sur la terre et l’homme dans le ciel. Vous avez entendu par quelle combinaison merveilleuse Dieu s’unit à l’homme dans un seul corps. Vous avez entendu comment la frêle nature de notre corps est affermie par l’exhortation d’un Ange, l’animant à porter toute la gloire de la divinité.
Huitième leçon. Enfin, de peur qu’en Marie le limon friable de notre corps ne s’affaissât sous le poids énorme du céleste édifice ; de peur que cette branche délicate qui devait porter le fruit de tout le genre humain ne se rompit, l’Ange a bientôt pris les devants et dit à la Vierge : « Ne craignez pas, Marie. » Avant d’énoncer le motif de sa mission, il lui fait entendre par ce nom, quelle est sa dignité. Car le mot hébreu de Marie, en latin Domina, signifie souveraine. L’Ange l’appelle souveraine, pour lui ôter la crainte qui appartient à la servitude, destinée qu’elle est à devenir la Mère du Dominateur, celui qu’elle doit enfanter ayant obtenu, par son autorité même, qu’elle naquît et fût appelée souveraine. « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce. » C’est vrai : celui qui a trouvé grâce ne saurait craindre. Or, vous avez trouvé grâce.
Neuvième leçon. Bienheureuse celle qui, seule parmi les êtres humains et de préférence à tous, mérita d’entendre ces paroles : « Vous avez trouvé grâce. » Quel degré de grâce ? Une grâce aussi entière que le donne à entendre ce terme employé auparavant par l’Ange : « pleine. » Et vraiment elle était en sa plénitude, la grâce dont les flots abondants s’étaient versés sur cette créature, l’avaient pénétrée et remplie. « Vous avez trouvé grâce devant Dieu. » Disant ces choses, l’Ange lui-même s’étonne, ou de ce qu’une femme l’ait méritée seule, ou de ce que tous les hommes aient mérité la vie par une femme ; oui, l’Ange est comme frappé de stupeur, en voyant venir se renfermer tout entier dans les étroites bornes d’un sein virginal, le Dieu pour qui toutes les choses créées réunies ne sont que petitesse. C’est pourquoi l’Ange tarde à préciser le but de sa mission ; de là vient qu’il nomme la Vierge par ce qui exprime son mérite, et la salue en mentionnant la grâce. A celle qui l’écoute, il ne livre que peu à peu son message, sans doute afin d’en faire ressortir la signification ; c’est aussi peu à peu qu’il achève de calmer sa crainte prolongée.
NUL NE PEUT VENIR À MOI SI LE PÈRE QUI M'A ENVOYÉ NE L’ATTIRE
935. Jésus, donc, dit d’abord : il n’est pas étonnant que vous murmuriez, parce que vous n’avez pas encore été attirés à moi par le Père. En effet, NUL NE PEUT VENIR A MOI, en croyant en moi, SI LE PÈRE QUI M’A ENVOYÉ NE L'ATTIRE.
Mais ici trois questions se posent. La première d’entre elles concerne cette parole du Christ SI LE PÈRE NE L’ATTIRE. En effet, nous venons au Christ par la foi, puisque, ainsi que nous l’avons déjà dit, c’est une même chose de venir à lui et de croire en lui. Or on ne peut croire qu’en le voulant. Mais le terme "attraction" exprime une certaine violence; celui qui vient au Christ en étant attiré vient donc à lui contraint et forcé.
Je réponds en disant que ce qui est affirmé ici de l’attraction du Père n’implique pas de contrainte, car tout ce qui attire ne fait pas nécessairement violence. Ainsi donc, le Pèࣨre a de multiples manières d’attirer au Fils sans exercer de violence sur les hommes. En effet, on peut attirer quelqu’un en le persuadant par une démarche de l’intelligence. Et de cette manière, le Père attire les hommes au Fils en leur démontrant qu’il est son Fils, soit par une révélation intérieure — Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, parce que ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, à savoir que le Christ est le Fils du Dieu vivant, mais mon Père qui est dans les cieux —, soit par des miracles accomplis par la puissance qu’il tient du Père : Les œuvres que le Père m’a données pour que je les accomplisse (...) rendent témoignage de moi.
D’autre part, certains attirent par leur charme : Par la douceur de ses lèvres, elle l’a entraîné. Ainsi, ceux qui s’approchent du Christ à cause de l’autorité 13 de la majesté du Père sont-ils attirés par le Père. Quiconque en effet met sa foi dans le Christ parce qu’il le croit Fils de Dieu, celui-là, le Père l’attire au Fils par sa majesté. Arius n’a pas subi cette attraction, lui qui ne croyait pas que le Christ est le vrai Fils de Dieu ni qu’il est engendré de la substance du Père; Photin non plus, lorsqu’il a affirmé comme étant de foi que le Christ n’est qu’un homme. Ainsi, ils sont attirés par le Père, ceux qui sont saisis par sa majesté; mais le Fils aussi les attire par l’amour de la vérité et le fait d’y trouver une joie prodigieuse; car la vérité est finalement le Fils de Dieu lui-même. Si en effet, ainsi que le dit Augustin, chacun est entraîné par ce qui lui donne de la joie, combien plus l’homme doit-il être entraîné vers le Christ s’il trouve sa joie dans la vérité, la béatitude, la justice, la vie éternelle, et si le Christ est tout cela? Si donc c’est par lui que nous devons être entraînés, laissons-nous entraîner par la joie que procure la vérité : Mets ta joie dans le Seigneur, et il te donnera ce que demande ton cœur; c’est pourquoi l’épouse disait : Entraîne-moi à ta suite, nous courrons à l’odeur de tes parfums.
Commentaire sur l' Évangile de Saint Jean
Saint Nicolas de Tolentino confesseur
Office
Quatrième leçon. Nicolas, dit de Tolentino, à cause de son long séjour dans cette localité, naquit à Saint-Ange, ville de la Marche d’Ancône, de parents recommandables par leur piété. Ceux-ci, dans un voyage qu’ils avaient fait à Bari, pour accomplir un vœu en vue d’obtenir des enfants, avaient reçu de saint Nicolas l’assurance qu’il leur naîtrait un fils ; et ce fils leur ayant été accordé, ils lui imposèrent le nom du Saint. Dès l’âge le plus tendre, l’enfant donna l’exemple de vertus nombreuses, et surtout d’abstinence, car à peine âgé de sept ans, à l’imitation du bienheureux Nicolas lui-même, il commença à jeûner plusieurs fois la semaine, coutume qu’il conserva dans la suite, en se contentant de pain et d’eau.
Cinquième leçon. N’étant encore qu’adolescent, il s’enrôla dans la milice ecclésiastique et fut pourvu d’un canonicat. Un jour qu’il assistait au sermon qu’un prédicateur de l’Ordre des Ermites de saint Augustin faisait sur le mépris du monde, il en fut touché, et sur-le-champ il entra dans cet Ordre. Il y observa les préceptes de la vie religieuse dans leur plus rigoureuse exactitude, portant des habits grossiers, domptant son corps par des disciplines et des chaînes de fer, s’abstenant de viande et presque de toute nourriture, pratiquant dans un degré éminent la charité, l’humilité, la pénitence et toutes les vertus.
Sixième leçon. Bien que Satan le fatiguât de ses ruses jusqu’à le frapper, l’assiduité de son application à la prière ne connut pas de défaillance. Toutes les nuits, durant les six derniers mois de son existence, il entendit des concerts angéliques dont la suavité lui faisait pressentir les joies du paradis et l’amenait à répéter fréquemment ces paroles de l’Apôtre : « Il me tarde de mourir pour être réuni au Christ. » Il prédit à ses frères le jour de sa mort, qui fut le quatre des ides de septembre. Des miracles nombreux, même après sa mort, rendirent son nom illustre. Ces miracles ayant été judiciairement et régulièrement constatés, le Pape Eugène IV le plaça au nombre des Saints.
Super Eph., cap. 3 l. 5
Lectio 5
Super Eph., cap. 3 l. 5 Supra ostendit apostolus petitionis suae pro Ephesiis, et orationis intentum, scilicet corroborationem spiritus in fide et charitate, hic consequenter ostendit eius quam petiit corroborationis per fidem et charitatem fructum, qui est quaedam cognitio. Ideo primo proponit ipsam notitiam; secundo ipsius notitiae et cognitionis efficaciam, ibi ut impleamini in omnem plenitudinem Dei. Dicit ergo: ita sitis, charissimi, in charitate radicati et fundati, ut possitis comprehendere, et cetera. Quod quidem dupliciter legi potest. Primo modo, ut magis sequamur intentionem apostoli. Sciendum est ergo quod tam in futuro quam in praesenti cognitio Dei est nobis necessaria; nam in futuro gaudebimus et de cognitione Dei et de cognitione assumptae humanitatis. Jn. XVII, 3: haec est vita aeterna, ut, cognoscant, et cetera. Jn. X, 9: ingredietur, scilicet in contemplatione divinitatis, et egredietur, scilicet in contemplatione humanitatis, et pascua inveniet. Et quia fides est inchoatio illius futurae cognitionis, quia est substantia rerum sperandarum, etc., ut dicitur He. XI, 1 quasi iam in nobis res sperandas per modum cuiusdam inchoationis facit subsistere. Inde est quod fides nostra in his duobus consistit, scilicet in divinitate et humanitate Christi. I Cor. II, 2: non enim iudicavi me scire aliquid inter vos, nisi Iesum Christum, et cetera. Secundum hoc ergo primo praemittit eis cognitionem divinitatis; secundo cognitionem mysteriorum humanitatis, ibi scire etiam supereminentem scientiae, et cetera. Cognitionem autem divinitatis manifestat eis sub his verbis ut possitis, etc., quasi dicat: corroboramini per fidem et charitatem, quia si sic estis, pervenietis ad vitam aeternam, ubi habebitis Deum praesentem et perfecte eum cognoscetis. Quod autem Deus manifestetur amanti, patet Jn. XIV, 21: qui diligit me, diligetur a Patre meo, et ego diligam eum, et manifestabo ei meipsum; quod vero manifestetur credenti, patet, prout dicitur Is. VII, 9, secundum aliam litteram: nisi credideritis, non intelligetis. Oportet enim ut secundum fidem et charitatem corroboremini, ut possitis comprehendere. Ubi sciendum est quod comprehendere quandoque ponitur pro includere, et tunc oportet quod comprehendens contineat in se totaliter comprehensum. Quandoque autem ponitur pro apprehendere, et tunc dicit remotionem distantiae et insinuat propinquitatem. Primo autem modo a nullo intellectu creato Deus comprehendi potest. Jb XI, 7: forsitan vestigia Dei comprehendes, et usque ad perfectum omnipotentem reperies? Quasi dicat: non, quia sic posset eum perfecte cognoscere quantum cognoscibilis est. Et de hac cognitione non intelligitur quod dicitur ut possitis comprehendere, sed secundo modo. Et est una de tribus dotibus, et de hac loquitur apostolus, cum dicit ut possitis comprehendere, id est Deum habere praesentem et praesentialiter cognoscere. Ph. III, 12: sequor autem si quomodo comprehendam, in quo, et cetera. Et haec comprehensio est communis omnibus sanctis eius. Ideo subdit cum omnibus sanctis. Ps. CXLIX, 9: gloria haec est omnibus sanctis eius. Talibus autem dicitur illud I Cor. IX, 24: sic currite ut comprehendatis, et cetera. Quae sit latitudo, et cetera. Notandum quod verba ista videntur ortum habere ex verbis Jb XI, 7: forsan, inquit, vestigia Dei comprehendes? Quasi dicat: incomprehensibilis est; huius autem incomprehensibilitatis causam assignat, dicens: excelsior caelo est, et quid facies? Profundior Inferno est, et unde cognosces? Longior terra mensura eius, et latior mari. Ex quo videtur quod Job ostendat eum esse comprehensibilem, attribuens ei quadruplicem differentiam dimensionum. His enim verbis alludens apostolus dicit ut possitis comprehendere, quae sit latitudo, etc.; quasi dicat: habeatis tantam fidem et charitatem, ut possitis tandem comprehendere quod comprehensibile est. Et hoc modo exponit Dionysius. Non est tamen aliquo modo intelligendum has dimensiones corporaliter esse in Deo, quia spiritus est Deus, ut dicitur Jn IV, 24. Sunt tamen in Deo metaphorice. Unde per latitudinem designatur dimensio seu extensio virtutis, et sapientiae divinae super omnia. Eccli. I, 10: effudit illam, scilicet sapientiam, super omnia opera sua. Per longitudinem designatur aeterna eius duratio. Ps. ci, 13: tu autem, Domine, in aeternum permanes, et cetera. Ps. XCII, 5: domum tuam, Domine, decet sanctitudo in longitudinem dierum. Per sublimitatem vel celsitudinem vero, perfectio et nobilitas naturae eius, quae in infinitum excedit creaturam. Ps. CXII, 4: excelsus super omnes gentes Dominus. Et profundum, id est incomprehensibilitas sapientiae eius. Eccle. VII, 25: alta profunditas, scilicet sapientiae divinae, quis inveniet eam? Sic ergo patet quod finis fidei et charitatis nostrae est ut perveniamus ad perfectam fidei cognitionem, qua cognoscamus infinitam suae virtutis extensionem, aeternam et infinitam eius durationem, suae perfectissimae naturae celsitudinem, suae sapientiae profunditatem et incomprehensibilitatem, eo modo sicut est attingendum. Consequenter, quia adhuc alia cognitio est necessaria, scilicet cognitio mysteriorum humanitatis, ideo subdit scire etiam supereminentem scientiae, et cetera. Ubi sciendum est quod quidquid est in mysterio redemptionis humanae et incarnationis Christi, totum est opus charitatis. Nam quod incarnatum est, ex charitate processit. Supra II, 4: propter nimiam charitatem suam qua dilexit nos, et cetera. Quia vero mortuus fuit, ex charitate processit Jn. XV, 13: maiorem hac dilectionem nemo habet, etc.; infra V, 2: Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo. Propter hoc dicit Gregorius: o inaestimabilis dilectio charitatis. Ut servum redimeres, filium tradidisti. Et ideo scire charitatem Christi, est scire omnia mysteria incarnationis Christi et redemptionis nostrae, quae ex immensa charitate Dei processerunt, quae quidem charitas excedit omnem intellectum creatum et omnium scientiam, cum sit incomprehensibilis cogitatu. Et ideo dicit supereminentem scientiae, scilicet naturali et omnem intellectum creatum excedentem, Ph. IV, 7: et pax Dei, quae exsuperat omnem sensum; charitatem Christi, id est, quam Deus Pater fecit per Christum. II Cor. V, 19: Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi. Alio modo potest legi, ut referatur ad perfectionem charitatis nostrae, quasi dicat: corroboramini in charitate radicati et fundati, et hoc ut possitis comprehendere, non solum cognoscere, cum omnibus sanctis, quia hoc donum, scilicet charitatis, commune est omnibus, cum nullus possit esse sanctus sine charitate, ut dicitur Ep. III. Possitis, inquam, comprehendere quae sit latitudo, scilicet charitatis, quae se extendit usque ad inimicos. Ps. CXVIII, 96: latum mandatum tuum nimis. Lata est enim charitas ad suam diffusionem. Ps. XVII, 20: eduxit me in latitudinem dominus. Longitudo autem eius attenditur quantum ad sui perseverantiam, quia numquam deficit, sed hic incipit et perficitur in gloria. I Cor. XIII, 8: charitas numquam excidit. Ct. ult.: aquae multae non potuerunt extinguere charitatem. Sublimitas autem eius attenditur quantum ad intentionem caelestium, ut scilicet Deus non diligatur propter temporalia, quia huiusmodi charitas esset infirma, sed ut diligatur propter se tantum. Jb XL, 5: in sublime erigere, et esto gloriosus. Profundum vero attenditur quantum ad originem ipsius charitatis. Nam hoc quod Deum diligimus, non est ex nobis, sed a Spiritu Sancto, quia, ut dicitur Rm. V, 5, charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctum, et cetera. Hoc ergo quod unus habet charitatem longam, latam, sublimem et profundam, et alius non, venit ex profundo divinae praedestinationis. Eccli. I, 2: profundum abyssi quis dimensus est. Ergo, ut possitis comprehendere, id est perfecte consequi cum omnibus sanctis, quae sit latitudo, ut extendatur charitas vestra usque ad inimicos, quae sit longitudo, ut scilicet numquam deficiat, quae sit sublimitas, ut scilicet propter seipsum Deus diligatur, et quid sit profundum, scilicet praedestinationis, et cetera. Sciendum est autem hic quod Christus, in cuius potestate fuit eligere genus mortis quod vellet, quia ex charitate mortem subiit, elegit mortem crucis, in qua praedictae quatuor dimensiones sunt. Ibi est latitudo, scilicet in ligno transverso, cui affixae sunt manus, quia opera nostra debent per charitatem dilatari usque ad inimicos. Ps. XVII, 20: eduxit me in latitudinem Dominus. Ibi est longitudo in ligno erecto, cui innititur totum corpus, quia charitas debet esse perseverativa, quae sustinet et salvat hominem. Mt. X, 22: qui autem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. Ibi est sublimitas in ligno superiori, cui caput inhaeret, quia spes nostra debet elevari ad aeterna et divina. I Cor. XI, 3: caput viri Christus est. Ibi etiam est profundum in ligno quod latet sub terra et sustinet crucem, et tamen non videtur, quia profundum amoris divini sustinet nos, nec tamen videtur; quia ratio praedestinationis ut dictum est excedit intellectum nostrum. Sic ergo debemus comprehendere virtutem charitatis nostrae et Christi, et adhuc scire charitatem Christi supereminentem scientiae, scilicet humanae, quia nullus potest scire quantum Christus dilexit nos, vel scire etiam charitatem scientiae Christi, quae habetur cum scientia Christi. Charitatem, dico, supereminentem, scilicet alii charitati, quae est sine scientia. Sed numquid est verum quod charitas quae est cum scientia superemineat charitati quae est sine scientia? Et videtur quod non, quia sic malus theologus esset supereminentioris charitatis quam sancta vetula. Respondeo. Dico quod hoc intelligitur de scientia afficiente: nam ex vi cognitionis inducitur ad magis diligendum, quia, quanto Deus magis cognoscitur, tanto et magis diligitur. Propter quod petebat Augustinus: noverim te, noverim me. Vel hoc dicitur propter quosdam qui habent zelum Dei, sed non secundum scientiam. Talium enim charitati supereminet charitas, cum habetur praedicta scientia Christi. Consequenter cum dicit ut impleamini, etc., ponit cognitionis divinae efficaciam, dicens ut impleamini in omnem plenitudinem Dei, id est ut habeatis perfectam participationem omnium donorum Dei, ut scilicet hic habeatis plenitudinem virtutum, et postea beatitudinis, quae quidem efficit charitas. Eccli. XXIV, 26: transite ad me, omnes qui concupiscitis me, et cetera. Consequenter sequitur illa pars ei autem qui potens, et cetera. In qua apostolus agit Deo gratias de suae petitionis exauditione. Circa quod tria facit, quia primo ponit potestatem Dei, qua postulata concedit; secundo potestatis exemplum, ibi secundum virtutem quae operatur in nobis, etc.; tertio materiam gratiarum actionis, ibi ipsi gloria, et cetera. Potestatem autem Dei describit infinitam, dicens ei autem, scilicet Deo Christo et Deo Patri, qui potens est omnia facere, et cetera. Ex. XV, 3: omnipotens nomen eius. Rm. ult.: ei autem qui potens est vos confirmare iuxta Evangelium, et cetera. Et hoc superabundanter facere in nobis omnia quam sciamus petere per affectum, aut intelligere per intellectum, et hoc est quod dicit quam petimus, aut intelligimus. Exemplum autem huiusmodi abundantiae in nobis exhibitae ostendit, dicens secundum virtutem quam operatur in nobis, quasi dicat: apparet si attendamus ea quae operatus est in nobis, scilicet hominibus. Nam nec affectus, nec intellectus humanus potuissent considerare, vel intelligere, vel petere a Deo quod fieret homo et homo efficeretur Deus et consors naturae divinae, quae tamen secundum virtutem operatur in nobis, et hoc in incarnatione Filii sui. II P. I, 4: ut per hoc efficiamini divinae consortes naturae. Unde de his dicitur Eccli. XVIII, 2: quis sufficiet enarrare opera illius? Quis enim investigabit magnalia illius, virtutem autem magnitudinis quis annuntiabit? Vel operatus est in nobis, scilicet apostolis, quibus dedit gratiam evangelizandi investigabiles divitias Christi, et illuminare omnes quae sit dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo, ut supra eodem cap. et ibi dictum est. Materia autem gratiarum actionis dicitur esse duplex beneficium quod nobis contulit Deus. Primum est Ecclesiae institutio; secundum est Filii incarnatio. Dicit ergo ipsi, scilicet Deo Patri, gloria, sit, supple, in Ecclesia, id est pro his quae fecit in Ecclesia, quam instituit: quo ad primum; in Christo, id est per Christum, vel pro Christo, quem nobis dedit. Ipsi, inquam, sit gloria, ut gloriosus appareat, non solum in praesenti sed in omnes generationes saeculi saeculorum, id est saeculi omnia continentis. I Tm. I, 17: regi autem saeculorum immortali, invisibili, soli Deo honor et gloria in saecula saeculorum. Amen.
XVIème Dimanche après la Pentecôte
Introït
Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que j’ai crié vers vous durant tout le jour, et parce vous, Seigneur, vous êtes bienveillant et doux, et répandez vos miséricordes avec abondance sur tous ceux qui vous invoquent. Inclinez votre oreille vers moi, Seigneur, et exaucez-moi car je suis faible et pauvre.
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Collecte Nous vous en prions, Seigneur, que votre grâce nous prévienne et nous accompagne toujours, et qu’elle nous donne d’être sans cesse appliqués aux bonnes œuvres. Epître Ep. 3, 13-21 Mes frères, je vous demande de ne pas perdre courage, à cause de mes tribulations pour vous, car elles sont votre gloire. A cause de cela je fléchis les genoux devant le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, duquel toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom, pour qu’il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur ; qu’il fasse que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, afin qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, et la longueur, et la hauteur, et la profondeur, et connaître l’amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. A celui qui, par sa puissance qui opère en nous, peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et tout ce que nous pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans la succession de tous les âges et de tous les siècles. Ainsi soit-il. Evangile Lc. 14, 1-11. En ce temps-là, Jésus entra, un jour de sabbat, dans la maison d’un des principaux pharisiens, pour y manger du pain ; et ceux-ci l’observaient. Et voici qu’un homme hydropique était devant lui. Et Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens : Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? Mais ils gardèrent le silence. Alors lui, prenant cet homme par la main, le guérit et le renvoya. Puis, s’adressant à eux, il dit : Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne l’en retirera pas aussitôt, le jour du sabbat ? Et ils ne pouvaient rien répondre à cela. Il dit aussi aux invités cette parabole, considérant comment ils choisissaient les premières places. Il leur dit : Quand tu seras invité à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu’il n’y ait parmi les invités une personne plus considérable que toi, et que celui qui vous a conviés, toi et lui, ne vienne te dire : Cède la place à celui-ci, et qu’alors tu n’ailles, en rougissant, occuper la dernière place. Mais, quand tu auras été invité, va, mets-toi à la dernière place, afin que, lorsque celui qui t’a invité sera venu, il te dise : Mon ami, monte plus haut. Et alors ce sera une gloire pour toi devant ceux qui seront à table avec toi. Car quiconque s’élève sera humilié, et quiconque s’humilie sera élevé. Communion Seigneur, je me souviendrai de votre justice à vous seul ; ô Dieu, vous m’avez instruit dès ma jeunesse, jusque dans ma vieillesse et jusqu’au déclin de mes forces, ô Dieu, ne m’abandonnez pas. Postcommunion Nous vous en supplions, Seigneur, daignez, dans votre bonté, purifier et renouveler nos âmes par vos célestes sacrements, en sorte que nous en retirions pour nos corps aussi un secours qui nous serve à la fois pour le présent et l’avenir. Office Au troisième nocturne. Homélie de saint Ambroise, Évêque. Septième leçon. Voici d’abord la guérison d’un hydropique, en qui le poids de la chair accablait l’âme et éteignait l’ardeur de l’esprit. Puis vient une leçon d’humilité, quand le Seigneur condamne ceux qui, dans le banquet nuptial, choisissent les premières places : il le fait néanmoins avec douceur, voulant qu’une bonté persuasive tempère la sévérité de la réprimande, que la raison serve à la persuasion, et que la correction réprime la convoitise. Cette leçon d’humilité est accompagnée d’une leçon de miséricorde, et les paroles du Seigneur nous prouvent que la miséricorde doit se pratiquer envers les pauvres et les faibles ; car être hospitalier pour ceux qui en récompenseront, c’est plutôt de l’avarice que de la charité. Huitième leçon. Enfin, à l’un des convives, comme à un vétéran qui a fourni ses années de service, Jésus-Christ donne pour récompense le précepte du mépris des richesses ; puisque le royaume des cieux ne peut être acquis, ni par celui qui, tout aux choses d’ici-bas, s’est acheté des possessions terrestres, le Seigneur ayant dit : « Vends ce que tu as et suis-moi ; » ni par celui qui s’est acheté des bœufs (Élisée ayant égorgé et distribué ceux qu’il avait) ; ni enfin par ceux qui, ayant pris femme, pensent aux choses de ce monde, et non à celles de Dieu. Certes, l’état conjugal n’est point blâmé ; seulement la virginité est appelée à un plus grand honneur. « Car la femme non mariée et la veuve pensent aux choses qui sont du Seigneur, afin d’être saintes de corps et d’esprit. » Neuvième leçon. Mais, pour rentrer maintenant en grâce avec les gens mariés, comme plus haut nous nous sommes concilié les personnes veuves, disons que nous ne nous refusons point à l’opinion de plusieurs interprètes, estimant que les trois genres d’hommes exclus de la participation au grand festin sont : les païens, les Juifs et les hérétiques. L’Apôtre nous dit de fuir l’avarice, de crainte qu’embarrassés, comme les Gentils, dans l’iniquité, la malice, l’impudicité et l’avarice, nous ne puissions arriver au royaume du Christ. « Car aucun impudique, ou avare, ce qui est une idolâtrie, n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu. »
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ÉPÎTRE.
Mon cœur a proféré une parole excellente ; c’est au Roi que je dédie mes œuvres. L’enthousiasme du Psalmiste chantant l’épithalame sacré est passé dans l’âme du Docteur des nations, et lui inspire cette lettre merveilleuse qui résume les sublimités de son enseignement comme un hymne d’amour. Devenu le prisonnier de Néron, Paul montre bien que la parole de Dieu n’est pas arrêtée sous les liens qui retiennent l’apôtre captif.
L’Épître aux Éphésiens n’est pas, de beaucoup, la plus longue de ses lettres ; il n’en est point pourtant auxquelles soient faits de plus nombreux emprunts dans toute la série des Dimanches après la Pentecôte : nous devons en conclure qu’elle présente, mieux qu’aucune autre, la pensée dominante à laquelle l’Église voudrait ramener ses fils dans cette partie de l’Année liturgique. Apprenons donc le mystère de l’Évangile, en écoutant le héraut qui reçut pour mission spéciale d’annoncer aux nations ce trésor resté caché en Dieu depuis les siècles éternels. C’est comme ambassadeur qu’il vient vers nous ; les chaînes qui chargent ses bras, loin d’affaiblir l’autorité de son message, sont l’insigne glorieux qui l’accrédite auprès des disciples du Dieu du Calvaire.
Dieu seul au reste, il le déclare, peut fortifier suffisamment en nous les sens de l’homme intérieur pour nous permettre de connaître, avec les saints, les dimensions du grand mystère du Christ habitant l’homme afin de le remplir de la plénitude de Dieu. C’est pourquoi, fléchissant les genoux devant Celui de qui découle tout don parfait et qui nous a engendrés dans la vérité par son amour, il lui demande d’ouvrir par la foi et la charité les yeux de notre cœur, afin que nous comprenions les richesses glorieuses de l’héritage qu’il réserve à ses fils et le déploiement de puissance dont sont l’objet nos âmes ici-bas même.
Mais si la sainteté est nécessaire pour obtenir l’épanouissement complet de la vie divine dont parle l’Apôtre, observons également que le désir de saint Paul et sa prière étant pour tous, il s’en suit que personne n’est exclu de cette vocation sublime. Et par le fait, selon la remarque de saint Jean Chrysostome, les chrétiens auxquels il s’adresse vivent au milieu du monde, ayant femme, enfants et serviteurs, puisqu’il leur trace des règles de conduite sur tous ces points. Les saints d’Éphèse, comme de partout, ne sont autres que les fidèles du Christ Jésus, c’est-à-dire ceux qui suivent fidèlement l’impulsion du Seigneur dans la condition qui leur est propre. Or il ne tient qu’à nous de suivre la grâce ; nos résistances seules empêchent l’Esprit de faire de nous des saints. L’accès des régions supérieures où le mouvement progressif de la sainte Liturgie, depuis la Pentecôte, introduit l’Église est ouvert à tous. Si, peut-être, le nouvel ordre d’idées amené par ce mouvement a semblé plus d’une fois dépasser nos forces, peut-être aussi ne pourrions-nous point nous rendre le témoignage d’avoir mis à profit comme il convenait, depuis l’Avent et Noël, les enseignements, les grâces de tout genre, qui devaient développer en nous concurremment la vie chrétienne et la lumière. L’Église s’est mise à la portée de tous au commencement du Cycle ; mais elle ne pouvait rester stationnaire, et, par égard pour nos tiédeurs, négliger de conduire les hommes de bonne volonté à cette union divine qu’on leur avait annoncée comme devant « couronner à la fois le Cycle et l’âme sanctifiée par le Cycle. » Gardons-nous cependant de perdre courage. Le Cycle de la Liturgie ne se déroule pas une fois seulement au ciel de la sainte Église. Bientôt, revenant à son point de départ, il adaptera de nouveau la puissance de ses rayons à notre faiblesse. Si alors, instruits par l’expérience, nous ne nous contentons pas d’admirer comme à distance la gracieuse poésie, la douceur et les charmes de ses débuts ; si nous voulons sérieusement grandir avec cette lumière qui n’est autre que le Christ, en profitant des grâces de croissance qu’elle répandra de nouveau dans les âmes : l’œuvre de notre sanctification, déjà ébauchée, « pourra recevoir le complément que l’infirmité humaine avait suspendu. »
Dès maintenant, si peu complètes que puissent être nos dispositions, l’Esprit de miséricorde, qui règne sur cette partie du Cycle, ne refusera pas à notre humble prière de suppléer en quelque chose à ce qui nous manque. C’est déjà beaucoup, d’ailleurs, que l’œil de notre foi ait vu s’élargir devant lui les horizons surnaturels, qu’il ait pénétré dans les régions sereines où, loin du regard hébété de l’homme animal, la Sagesse révèle aux parfaits ce secret de l’amour que ne connaissent point les puissants et les sages de ce monde, que l’œil n’avait point vu, ni l’oreille entendu, ni le cœur même soupçonné ou compris. Nous comprendrons mieux désormais les divines réalités qui remplissent la vie des serviteurs de Dieu ; elles nous apparaîtront comme dépassant mille fois, par leur importance et leur grandeur, les vaines futilités ou les occupations au sein desquelles s’écoule l’existence prétendue positive des hommes de plaisirs ou d’affaires. Méditons sans fin le bienfait de cette élection divine qui nous a désignés, avant les siècles, pour être comblés de toutes les bénédictions spirituelles, dont les bénédictions temporelles de l’ancien peuple étaient la figure. Le monde n’était point encore, et déjà Dieu nous voyait dans son Verbe ; il assignait à chacun de nous la place qu’il devait occuper dans le corps de son Christ ; par avance, son regard paternel nous contemplait revêtus de cette grâce qui lui fait trouver dans l’Homme-Dieu ses complaisances, et il nous prédestinait, comme étant les membres de ce Fils bien-aimé, à nous asseoir avec lui à sa droite au plus haut des cieux.
Combien grandes ne sont pas nos obligations envers le Père souverain dont la bienveillance a décrété d’accorder de tels dons à la terre ! Sa volonté est son seul conseil, l’unique règle de ses actes ; et sa volonté n’est qu’amour. C’est de la mort coupable du péché qu’il nous appelle à cette vie qui n’est autre que la sienne à lui-même ; c’est de l’abîme ignominieux des vices, qu’après nous avoir lavés dans le sang de son Fils, il nous élève à cette gloire dont le spectacle étonne les anges et les plonge dans un saint tremblement.
Soyons donc saints à l’honneur de sa grâce. Le Christ est, dans sa divinité, la splendeur substantielle du Père et sa louange éternelle ; s’il a pris un corps, s’il s’est fait notre chef, ce n’a été que pour chanter sur un rythme nouveau le cantique des cieux : non content de présenter dans son humanité sainte aux regards de son Père le rayonnement créé des perfections infinies, il a voulu que la création entière renvoyât à l’adorable Trinité l’écho des divines harmonies. C’est pourquoi, rompant dans sa chair l’ancienne inimitié du gentil et du juif et rassemblant les hommes ennemis, il fait d’eux tous un même esprit, un seul corps, dont les mille voix s’unissent par lui dans l’unité de l’amour aux concerts angéliques, pour entourer sans fin le trône de Dieu d’une harmonie en accord avec le Verbe infini. Ainsi serons-nous à jamais pour Dieu, comme ce Verbe divin, la louange de sa gloire, selon l’expression qu’affectionne l’Apôtre dans le début de cette Épître aux Éphésiens ; ainsi doit être consommé le mystère qui fut, dès avant tous les temps, l’objet des desseins éternels : le mystère de l’union divine réalisée par le Christ Jésus rassemblant en lui, dans l’amour, et la terre et les deux.
ÉVANGILE
La sainte Église découvre aujourd’hui le but suprême qu’elle poursuit en ses fils depuis les jours de la Pentecôte. Les noces dont il est question dans notre Évangile sont celles du ciel, qui ont ici-bas pour prélude l’union divine consommée au banquet sacré. L’appel divin s’adresse à tous ; et cette invitation ne ressemble point à celles de la terre, où l’époux et l’épouse convient leurs proches comme simples témoins d’une union qui leur reste d’ailleurs étrangère. L’Époux est ici le Christ, et l’Église est l’Épouse ; comme membres de l’Église, ces noces sont donc aussi les nôtres ; et c’est pourquoi la salle du banquet n’est autre aussi que la chambre nuptiale, où n’entrent point les invités des noces vulgaires.
Mais si l’on veut que l’union soit féconde autant qu’elle doit l’être à l’honneur de l’Époux, il faut que l’âme apporte à celui-ci, dans le sanctuaire de la conscience, une fidélité qui ne soit pas d’un moment, un amour qui dure au delà de la rencontre sacrée des Mystères. L’union divine, quand elle est vraie, domine l’existence ; elle la fixe dans la contemplation persévérante du Bien-Aimé, dans la poursuite active de ses intérêts lors même qu’il semble se dérober au regard de l’âme et à son amour. L’Épouse mystique doit-elle moins faire pour Dieu que celles de ce monde pour un époux terrestre ? C’est à cette condition seulement que l’âme peut être considérée comme étant dans les voies de la vie unitive, et qu’elle en porte les fruits.
Mais pour en arriver à cette pleine domination du Christ sur l’âme et ses mouvements qui la rend véritablement sienne, qui la soumet à lui comme l’épouse à l’époux, il est nécessaire que toute compétition étrangère soit définitivement écartée. Or, nous ne le savons que trop : le Fils très noble du Père, le Verbe divin dont la beauté ravit les cieux, le Roi immortel dont les hauts faits, la puissance et les richesses sans prix dépassent tout ce que peut rêver l’imagination des enfants d’Ève, trouve ici-bas des prétentions rivales qui lui disputent le cœur des créatures rachetées par lui de l’esclavage et conviées à partager l’honneur de son trône. Dans celles-là même chez qui son amour finit enfin par l’emporter pleinement, combien de temps, presque toujours, n’est-il pas déplorablement tenu en échec ? Et cependant sans perdre patience, sans s’éloigner dans le sentiment d’un trop juste froissement, il continue durant des années son pressant appel, attendant miséricordieusement que les touches secrètes de sa grâce et le labeur de son Esprit-Saint aient triomphé d’inconcevables résistances.
Ne nous étonnons point que l’Église dispose tout de son côté, dans l’ordonnance de sa Liturgie, pour amener un résultat si précieux ; car chaque conquête du Christ en ce genre resserre le lien qui l’attache à l’Époux. C’est pourquoi nous l’avons vue appeler notre attention, dans les Dimanches précédents, sur les efforts de la triple concupiscence ; la volupté, la superbe et la cupidité sont en effet les conseillères perfides qui suscitent en nous, contre Dieu, ces rivalités indignes dont nous parlions tout à l’heure. Aujourd’hui, confiante dans la bonne volonté de ses fils, l’Église espère qu’ils auront réduit à l’impuissance l’ennemi ainsi démasqué ; et c’est avec moins de crainte de rester incomprise ou de les voir de nouveau rebuter le Seigneur, qu’elle leur propose, sous le voile de l’allégorie évangélique, le grand mystère dont l’Homme-Dieu disait : Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fait les noces de son fils.
Toutefois sa double sollicitude de Mère et d’Épouse ne lui permet pas de se tenir pour assurée au sujet des parfaits eux-mêmes, tant qu’ils sont en ce monde. Afin de les maintenir en garde contre un retour sans cesse possible des plus viles passions, saint Ambroise, interprète de l’Église en ce jour, signale derechef au guerrier vieilli dans les combats du salut les multiples embûches dressées contre lui par la concupiscence. Il peut encore, hélas ! s’écarter de la voie, et, bien que l’ayant suivie longtemps sans broncher, ne point parvenir au royaume de Dieu ; il peut se faire exclure pour toujours du bienheureux festin des noces, avec les hérétiques, les païens et les juifs. Qu’il veille donc soigneusement à ne point contracter les vices dont il s’est gardé jusqu’ici par l’aide de la grâce. Qu’il ne devienne point, à la longue, cet hydropique chez qui, nous dit l’évêque de Milan, l’exubérance morbide de la chair alourdit l’âme et finit par éteindre entièrement l’ardeur de l’esprit]. Mais que surtout, dans les infirmités qui l’atteignent, il n’oublie pas le céleste médecin toujours prêt à le guérir ; qu’il se présente sans fausse honte à son Sauveur ; sa délivrance ne sera pas remise au lendemain : bien moins que l’homme, Jésus ne connaît point de repos, quand il s’agit de retirer quelqu’un des siens de l’abîme.
L’Église ne s’arrête pas, dans l’Homélie du jour, aux seules lignes de saint Luc que nous venons d’entendre ; elle y joint la suite du chapitre, où s’affirme toujours plus la nature du mystérieux banquet. Partant de là, saint Ambroise nous rappelle en son nom que, si la chair doit être domptée pour permettre d’y prendre part, l’attache aux biens de ce monde ne serait pas moins contraire à l’élan qui doit nous élever, sur l’aile de l’esprit, vers le ciel où réside notre amour.
Mais, plus que tout le reste, la garde de l’humilité doit attirer l’attention de quiconque prétend obtenir une place éminente au banquet de Dieu. L’ambition de la gloire à venir est le propre des saints ; mais ils savent que, pour l’acquérir, ils doivent descendre d’autant plus bas dans leur néant durant la vie présente, qu’ils veulent monter plus haut dans le siècle futur. En attendant le grand jour où chacun recevra selon ses œuvres, nous ne pouvons rien perdre à nous mettre au-dessous de tous ; le rang qui nous est réservé dans le royaume des cieux ne dépend pas plus, en effet, de notre appréciation que de celle d’autrui, mais seulement de la volonté du Seigneur qui exalte les humbles et renverse les puissants de leurs trônes. Plus vous êtes grand, plus vous devez vous abaisser en toutes choses, et vous trouverez ainsi grâce devant Dieu, dit l’Ecclésiastique ; car il n’y a que Dieu qui soit grand.
Suivons donc, ne fût-ce que par intérêt, le conseil de l’Évangile ; réputons nôtre en tout la dernière place. Dans les rapports sociaux, l’humilité n’est point réelle si l’on ne joint l’estime des autres au peu de cas fait de soi-même, prévenant chacun d’honneur, cédant volontiers à tous en ce qui i n’intéresse pas la conscience, et cela par le sentiment profond de notre misère, de notre infériorité, devant celui qui scrute les reins et les cœurs. L’humilité envers Dieu lui-même n’a pas de plus sûre pierre de touche que cette charité effective envers le prochain, qui nous porte à le faire passer avant nous, sans affectation, dans les diverses circonstances de la vie de chaque jour.
Par contre, une des marques les plus infaillibles de la fausseté des voies prétendues spirituelles, où l’ennemi engage quelquefois de malheureuses âmes trop peu sur leurs gardes, est le mépris subtil qu’il leur inspire à l’endroit du prochain, et dont on voit s’imprégner en maintes rencontres leurs pensées, leurs paroles ou leurs actes. Pour une part plus ou moins grande, plus ou moins inconsciente peut-être, l’estime de soi forme la base de l’édifice de leurs vertus ; à coup sûr donc, les illuminations, les douceurs mystiques dont ces âmes se prétendent gratifiées n’ont rien de commun avec l’Esprit-Saint. Quand se lèvera l’authentique lumière du Soleil de justice dans la vallée du jugement, la contre-façon apparaîtra au grand jour, et ces chrétiens abusés verront s’évanouir en vaine fumée les fantômes qui remplirent leur vie. Heureux encoresi, bien au-dessous du rang qu’ils s’attribuaient, se trouve pour eux quelque place au banquet divin ; si la confusion de voir passer en grand honneur au-dessus d’eux tant d’hommes qui furent de leur part l’objet d’appréciations peu bienveillantes ici-bas, doit être alors tout leur châtiment !
Premier samedi du mois
L’Église honore le Cœur immaculé de Marie, car il est le symbole absolu de la pureté, de la foi et de la confiance en Dieu. Marie a en effet répondu à l'appel de Dieu et accueilli le Christ mieux que quiconque. Ainsi, son Cœur immaculé est étroitement lié à celui de son fils, le Sacré-Cœur de Jésus.
Dans la soirée du 10 décembre 1925, la jeune postulante s'étant retirée dans sa cellule, reçut la visite de la Vierge et à côté d'Elle, portée par une nuée lumineuse, l'Enfant-Jésus. La Sainte Vierge lui montra un Cœur entouré d'épines qu'Elle tenait dans Sa main. L'Enfant-Jésus dit :
- « Aie compassion du Cœur de ta Très Sainte Mère entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu'il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. »
Puis, notre Mère du Ciel lui dit : « Vois, ma fille, mon Cœur entouré d'épines que les hommes ingrats m'enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l'heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. »
Remarquons ici que cette demande de communion pour les premiers samedis est parallèle à celle du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie pour les premiers vendredis. Aussi, il faut bien comprendre que l'intention première de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis n'est pas d'obtenir la grâce de la persévérance finale, à savoir : être assisté à l'heure de notre mort pour aller au Ciel ; mais de consoler le Cœur de Notre Mère du Ciel en lui retirant les épines que nous même nous lui enfonçons par notre tiédeur, ainsi celles que les hérétiques, les impies, les apostats enfoncent dans Son divin Cœur ; moyennant quoi, la Sainte Vierge promet assistance au moment où notre âme comparaîtra devant Dieu.
Une lettre du Père Aparicio, datée du 10 janvier 1938 et adressée à Mgr José da Sila, nous apprend que la jeune religieuse lui fit part en 1927 de la dévotion des cinq premiers samedis du mois. Le prêtre lui demanda si elle en avait parlé à quelqu'un d'autre. Elle répondit oui elle avait même mis tout par écrit sur l'ordre de son confesseur d'alors, don Lino Garcia ; mais ensuite elle en avait parlé à la Mère Magalhaes, Supérieure du couvent, et, sans préciser ce que contenait l'écrit, lui avait demandé la permission de le brûler, permission qui lui avait été accordée et qu'elle avait exécutée immédiatement (en 1927).
Alors le Père Aparicio lui ordonna de tout écrire de nouveau et de le lui donner. Par humilité, elle montra de la répugnance à rédiger cela à la première personne car elle n'était pas encore relevée de la consigne de silence sur son identité, que lui avait donnée Mgr. da Silva, à quatorze ans, lorsqu'elle avait quitté son pays natal. Le Père Aparicio lui dit qu'elle pouvait rédiger à la troisième personne, et ainsi fit-elle. Telle est la raison pour laquelle le document est écrit à la troisième personne.
Au cours de l’apparition du 13 juillet 1917, la Très Sainte Vierge avait dit : « Pour empêcher la guerre je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la Communion réparatrice des Premiers Samedis ».
Cette dernière dévotion, la Très Sainte Vierge est en effet venue la demander à Sœur Lucie en lui apparaissant le 10 décembre 1925 à Pontevedra (Espagne). Elle lui dit alors : « Regarde, ma fille, mon cœur entouré d'épines que les hommes ingrats, à tout moment, lui enfoncent par des blasphèmes et des ingratitudes. Toi, du moins, cherche à me consoler et dis que je promets d'assister à l'heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires au salut, tous ceux qui, le Premier Samedi cinq mois de suite, se confesseront, recevront la Sainte communion, réciteront le chapelet et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant les 15 mystères du Rosaire avec l'intention de me faire réparation ».
La présence de Notre Seigneur au côté de sa sainte Mère signifie bien que Jacinthe avait raison lorsqu'elle disait, sept ans auparavant, à Lucie : « Tu diras bien que Jésus veut que le Cœur de sa Mère soit honoré en même temps que le Sien » et nous rappelle, en outre, l'enseignement de l'Ange de la Paix lorsqu'il nous appris que le Cœur de Marie conduit infailliblement au Cœur de Jésus.
15 mystères = 15 minutes ; soit 1 minute seulement par mystère.
Notre-Dame a donc montré son Cœur entouré d'épines qui représentent nos péchés. Pour retirer ces épines, elle a demandé que nous fassions des actes d'amende honorable par la dévotion réparatrice des Cinq Premiers Samedis du mois. Comme récompense elle nous promet « toutes les grâces nécessaires à notre salut ».
Jésus, les deux années suivantes — le 15 février 1926 et le 17 décembre 1927 — a insisté sur la propagation de cette dévotion. Lucie a écrit : « De la pratique de la dévotion des Premiers Samedis unie à la consécration au Cœur Immaculé de Marie dépend la guerre ou la paix du monde ».
CINQ : POURQUOI ?
IL s'agit en effet de Cinq Samedis parce que, selon une révélation de Jésus, il y a cinq espèces d'offenses et de blasphèmes contre le Cœur Immaculé de Marie :
1) les blasphèmes contre l'Immaculée Conception ;
2) contre la Virginité de Marie ;
3) contre sa Maternité divine et contre le refus de la reconnaître également comme Mère des hommes ;
4) Il y a des gens qui cherchent à mettre dans le cœur des enfants l'indifférence, le mépris, et même la haine, contre cette Mère immaculée ;
5) Il y a ceux qui l'outragent directement dans ses saintes images.
CONDITIONS
IL y a quatre conditions pour gagner le privilège des Cinq Premiers Samedis du mois.
La confession
- Pour chaque Premier Samedi une confession est requise avec une intention réparatrice ; elle peut être faite n'importe quel jour avant ou après le Premier Samedi à condition de communier en état de grâce ce jour-là.
- La voyante a demandé à Notre Seigneur : « O mon Jésus ! Et les personnes qui oublieront de former cette intention (réparatrice) ? »; Jésus répondit : « Elles peuvent la former dans la confession suivante en profitant de la première occasion pour se confesser ».
Les trois autres conditions doivent être réalisées le jour du Premier Samedi à moins qu'un prêtre, pour de justes motifs, ne permette de les réaliser le dimanche suivant ; ce sont :
La communion réparatrice
Le chapelet
Ce fut là le message souvent renouvelé de la Mère de Dieu aux petits bergers. En plus de la récitation du chapelet, les cinq premiers samedis, récitez-le chaque jour de votre vie. Plus que cela, imitez, l'exemple de la petite Jacinthe et efforcez-vous de le faire réciter chaque jour le soir en famille. Notre-Dame tenait toujours un chapelet entre ses mains lors des apparitions.
Elle demanda aussi aux trois enfants de réciter une prière spéciale après chaque dizaine : « Vous réciterez aussi après chaque "Gloire soit au Père" de chaque dizaine la prière suivante : « O mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l'enfer et conduisez toutes les âmes au Ciel, surtout celles qui ont le plus besoin de Votre Miséricorde. »(1). Après chaque dizaine de notre chapelet récitons donc cette belle prière, qui est en si parfaite harmonie avec l'esprit des apparitions de Fatima. Il est de la plus grande importance de se rappeler que la méditation sur les Mystères en récitant les prières du chapelet est une condition essentielle pour le bien réciter ; autrement il pourrait si facilement devenir une pure répétition mécanique de paroles.
La méditation pendant 15 minutes d'un seul mystère, de plusieurs mystères du Rosaire, ou de tous. Il suffit aussi d'une méditation ou d'une explication de trois minutes avant chacune des cinq dizaines du chapelet.
Dans ces quatre actes on doit avoir l'intention de faire amende honorable au Cœur Immaculé de Marie.
Cette dévotion a été approuvée par l’évêque de Leiria-Fatima le 13 septembre 1939
Voilà donc les conditions de la dévotion des premiers samedis, comme l'exprime la Grande Promesse. Elles sont ce qu'on pourrait appeler le minimum exigé. Cependant, l'esprit de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie implique autre chose. Ses exigences vont plus loin. Vous en trouverez, maintes fois l'expression au cours des entretiens entre le Sainte Vierge et les enfants de Fatima.
Amende honorable au Sacré Cœur
« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur en communiant ce jour-là, et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels »
Amende honorable au Sacré Cœur de l'Enfant Jésus (XIX°)
Cette formule d'amende honorable figurait, ainsi que la suivante, dans le Manuel de Piété à l'usage des élèves du Sacré-Cœur, en usage dès 1835, et composé par le Père Le Baillif, chanoine de la cathédrale du Mans et aumônier du Sacré-Cœur (Paris, Lecoffre Fils et Cie, nouvelle éd., 1871).
Je viens me prosterner devant vous, ô aimable Jésus ! pour vous faire amende honorable de mon ingratitude envers vous : je suis obligée de l'avouer, les traits qui déchirent le plus douloureusement votre Cœur partent du mien, pour lequel vous avez épuisé votre amour et vos miséricordes. C'est pour moi que je vous vois, dès votre enfance, environné de misères, reposant sur la paille et versant des larmes d'amour ; c'est pour moi que vous passez votre vie dans la pauvreté, le travail et les contradictions, que vous expirez dans le mépris et la douleur sur le lit de la croix. Votre amour, ô bon Jésus ! a été plus loin que la mort : il vous a suggéré le moyen de rester avec moi dans cette vallée de larmes, pour me soulager dans mes misères, me fortifier dans mes faiblesses, me consoler dans mon exil : et que ne vous en a-t-il pas coûté, ô mon Dieu ! pour me donner cette preuve de votre amour ? Il a fallu anéantir votre grandeur, obéir à votre créature, vous exposer aux outrages, aux blasphèmes, à l'indifférence, à l'oubli de vos propres enfants. Qu'ai-je fait pour reconnaître tant d'amour ? Hélas ! je ne vous ai point aimé ; je ne me suis pas occupée de vos intérêts ; je n'ai point été assidue à vous visiter, fervente à vous recevoir, fidèle à écouter votre voix : à peine ai-je pensé à vous. Combien de fois la dissipation, les créatures, la vanité, les bagatelles, ont-elles occupé mon esprit, jusqu'au pied de votre Tabernacle ? Combien de fois, vous possédant dans mon cœur, vous ai-je laissé seul sans vous entretenir ?… Que vous dirai-je pour m'excuser ? Ah ! Seigneur, il ne me reste qu'à m'anéantir. Pardonnez à une coupable qui reconnaît son ingratitude ; ne rejetez pas un cœur contrit et humilié : vous m'avez dit de venir à vous quand je serais accablée du poids de ma misère ; daignez me soulager, me guérir et me permettre encore de vous aimer. Et qu'aimerais-je, ô Dieu d'amour ! si je ne vous aimais pas, vous qui possédez toutes les perfections et toutes les amabilités ? Ah ! que désormais mon cœur ne soupire plus que pour vous ; qu'il se fonde et se consume au seul mot de crèche, de croix, d'Eucharistie. Vous aimer, ô mon Jésus ! et ne plus vivre que pour votre amour, c'est tout ce que je désire pour le temps et pour l'éternité. Ainsi soit-il.
De la vie
« AMEN, AMEN JE VOUS LE DIS, CELUI QUI ÉCOUTE MA PAROLE ET CROIT A CELUI QUI M’A ENVOYÉ A LA VIE ÉTERNELLE ET IL NE VIENT PAS EN JUGEMENT, MAIS IL EST PASSÉ DE LA MORT À LA VIE.
Au sujet de la participation de la vie, il faut avoir présent à l’esprit qu’il y a quatre degrés de vie. Le premier se trouve dans les végétaux qui se nourrissent, croissent, sont engendrés et engendrent; le second dans les animaux qui n’ont que la sensation; le troisième dans les animaux qui se meuvent et qui sont les animaux parfaits; le dernier, et c’est vraiment un autre degré de vie, se trouve dans ceux qui sont doués d’intelligence. Parmi tous ces degrés de vie, il est impossible que la vie première soit celle des végétaux, ou même celle qui se caractérise par la sensation ou par le mouvement; la vie première, en effet, doit être vie par elle-même, et non vie participée. Mais aucune vie ne peut être telle si ce n’est la seule vie intellectuelle : d’une part les trois autres sont communes à toutes les créatures corporelles même spirituelles, et d’autre part le corps qui vit n’est pas la vie elle-même, mais participe la vie. La vie intellectuelle est donc la vie première; c’est la vie de l’esprit qui est reçue immédiatement du premier principe de vie, et c’est pourquoi on l’appelle vie de sagesse. Ainsi l’Écriture attribue la vie à la Sagesse : Celui qui m’aura trouvée trouvera la vie Pr 8, 35. C’est donc du Christ que nous participons la vie, Lui qui est la Sagesse de Dieu 1 Cor 1, 24, dans la mesure où notre âme reçoit de Lui la sagesse.
Cette vie de l’intelligence atteint sa perfection dans la vraie connaissance de la Sagesse divine, qui est la vie éternelle La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Mais l’homme ne peut parvenir à aucune sagesse, si ce n’est par la foi : ainsi, personne n’atteint la sagesse dans les sciences s’il n’a d’abord cru aux dires d’un maître. Si donc nous voulons parvenir à cette vie de la Sagesse, il nous faut croire, par la foi, ce qui nous est révélé d’elle : Il faut que celui qui s’approche de Dieu croie qu’Il est, et qu’Il récompense ceux qui Le cherchent He 11, 6. Et, d’après une version du texte d’Isaïe : Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas Is 7, 9 .
Aussi est-ce très justement que le Seigneur montre ici que c’est par la foi que l’on parvient à la vie. Il le fait d’abord en affirmant le mérite de la foi, puis en montrant quelle est sa récompense.
Au sujet du mérite de la foi, Il montre d’abord ce qui conduit à la foi, puis ce sur quoi elle s’appuie. Ce qui conduit à la foi, c’est la parole de l’homme : La foi vient de ce qu’on entend, et on entend par une parole du Christ Rm 10, 17. Mais la foi ne s’appuie pas sur la parole de l’homme, elle s’appuie sur Dieu Lui-même — Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice Gn 15, 6. — Vous qui craignez le Seigneur, croyez en Lui Si 2, 8. Ainsi nous sommes amenés par la parole de l’homme à croire, non à l’homme qui parle, mais à Dieu dont il dit les paroles — Ayant reçu la parole de Dieu que vous avez entendue de nous, vous l’avez reçue non comme la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est vraiment) comme la parole de Dieu 1 Th 2, 13. Le Seigneur montre donc d’abord ce qui conduit à la foi, en disant : CELUI QUI ÉCOUTE MA PAROLE, qui conduit à la foi; puis ce sur quoi elle s’appuie : ET CROIT À CELUI QUI M’A ENVOYÉ, c’est-à-dire non à moi, mais à Celui par la puissance de qui je parle.
Ces paroles peuvent convenir au Christ en tant qu’homme, puisque par sa parole humaine des hommes se convertirent à la foi. Elles Lui conviennent aussi en tant que Dieu, puisque le Christ est le Verbe de Dieu. En effet, puisque le Christ est le Verbe de Dieu, il est manifeste que ceux qui L’écoutaient écoutaient le Verbe de Dieu et par conséquent croyaient à Dieu. C’est bien ce qu’Il dit : CELUI QUI ÉCOUTE MA PAROLE, c’est-à-dire moi qui suis le Verbe de Dieu, ET CROIT À CELUI QUI M’A ENVOYÉ, c’est-à-dire au Père dont je suis le Verbe.
Le Christ indique ensuite quelle est la récompense de la foi, en disant que celui qui croit A LA VIE ÉTERNELLE. Et Il montre les trois biens que nous posséderons dans la gloire, mais Il les donne dans l’ordre inverse. En effet, nous obtiendrons d’abord la résurrection d’entre les morts, puis nous serons libérés du jugement à venir, et enfin nous entrerons dans la vie éternelle; car, après le jugement, les justes s’en iront à la vie éternelle Mt 25, 46. Ces trois biens, le Seigneur montre qu’ils sont la récompense de la foi, et Il nomme le troisième en premier lieu, comme étant le plus désiré.
C’est pourquoi Il dit : CELUI QUI CROIT, c’est-à-dire par la foi, A LA VIE ÉTERNELLE qui consiste dans la pleine vision de Dieu. Il est juste en effet que celui qui, à cause de Dieu, croit aux réalités qu’il ne voit pas, soit conduit à leur pleine vision — Cela a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » Saint Thomas d'Aquin Commentaire sur l'Évangile de saint Jean
Saint Laurent Justinien évêque et confesseur
Office
Quatrième leçon. Laurent, né à Venise de l’illustre famille des Justinien, montra dès son enfance une très grande gravité de mœurs. Les pratiques d’une piété fervente sanctifièrent son adolescence, et l’appel de la Sagesse divine ayant convié son âme aux chastes fiançailles du Christ, il s’appliqua à connaître dans quel institut religieux il se consacrerait à Dieu. Voulant donc se préparer en secret à cette nouvelle milice, il se mit, entre autres mortifications, à coucher sur des planches nues. Un jour qu’il considérait, d’une part les plaisirs du monde et une alliance négociée par sa mère à son intention, et d’autre part les rudes austérités du cloître, il jeta les yeux sur la croix du Christ souffrant et s’écria : « C’est vous, Seigneur, qui êtes mon espérance, et c’est en vous que se trouve la consolation et la force. » Laurent dirigea ses pas vers la communauté des Chanoines de Saint-Georges in Alga, où, ingénieux à trouver de nouveaux moyens de se mortifier, il engagea contre lui-même le plus opiniâtre des combats, comme s’il se fût agi de son ennemi le plus redoutable. Ne s’accordant aucune satisfaction, il s’interdit même l’entrée du jardin de la maison paternelle, et ne franchit jamais le seuil de cette demeure, si ce n’est pour remplir auprès de sa mère mourante les derniers devoirs de la piété, ce qu’il fit sans verser de larmes. Égal à son esprit de pénitence se montrait son zèle pour la pratique de l’obéissance, de la douceur et surtout de l’humilité, qui lui faisait rechercher les emplois les plus abjects du monastère, mendier dans les endroits les plus fréquentés de la ville, en y recueillant moins de vivres que de moqueries, et supporter, impassible et silencieux, les injures ainsi que les calomnies. C’était principalement dans une oraison assidue, où souvent l’extase le ravissait en Dieu, que s’enflammait la grande ardeur dont son cœur brûlait, ardeur telle qu’elle excitait à la persévérance les frères chancelants et les embrasait d’amour pour Jésus-Christ
Cinquième leçon. Désigné par Eugène IV pour occuper le siège épiscopal de Venise, Laurent fit tous ses efforts pour décliner cette dignité, dont il remplit les devoirs d’une manière digne des plus grands éloges. Il ne changea absolument rien à son genre de vie accoutumé ; conserva dans ses repas, ses meubles et son coucher, la même pauvreté qu’il avait toujours pratiquée et ne prit qu’un petit nombre de domestiques, disant qu’il possédait une grande famille, les pauvres du Christ. A quelque heure du jour qu’on l’abordât, il était tout à tous, prodiguant à chacun sa charité paternelle et n’hésitant même pas à se charger de dettes pour venir en aide à l’indigence du prochain. Quand on lui demandait sur quoi il comptait : « Sur mon Seigneur, qui pourra facilement acquitter mes dettes, répondait-il. » Sa confiance n’avait jamais été trompée par la divine Providence, comme le montraient les secours inespérés qui lui arrivaient. Il construisit plusieurs monastères de vierges, qu’il forma par sa vigilance à la pratique de la vie parfaite, s’appliqua avec grand soin à arracher les dames aux pompes du siècle et à la vanité des parures, et n’apporta pas moins d’ardeur à la réforme de la discipline et des mœurs dans le clergé, se montrant digne assurément d’être proclamé par le Pape Eugène III, devant les Cardinaux, la gloire et l’honneur de l’épiscopat, et d’être nommé par Nicolas V, son successeur, le premier Patriarche de Venise, quand ce titre eut été transféré de Grado dans cette cité.
Sixième leçon. Favorisé du don des larmes, Laurent offrait chaque jour au Dieu tout-puissant l’hostie de propitiation. Une fois même, la nuit de la Nativité du Seigneur, en accomplissant les saints Mystères, il mérita de contempler Jésus-Christ sous la forme d’un gracieux petit enfant. Si grande était l’efficacité de ses prières pour le troupeau confié à ses soins, que la République devait son salut à l’intercession et au mérite de son Pontife, d’après un témoignage qu’en a rendu le ciel. Doué de l’esprit prophétique, il prédit plusieurs fois des événements qu’on ne pouvait humainement prévoir. Ses prières eurent souvent pour effet de guérir les malades et de chasser les démons. Il composa des ouvrages remplis d’une doctrine toute céleste et respirant la piété, bien qu’il sût à peine les règles du style. Enfin une maladie mortelle étant venue l’atteindre, comme ses domestiques lui préparaient un lit plus commode pour un vieillard et pour un malade, il refusa des soulagements qui lui semblaient trop contraster avec la très dure croix sur laquelle avait expiré son Seigneur, et voulut qu’on le déposât sur sa couche habituelle. Puis voyant sa fin approcher, il leva les yeux au ciel, et dit ces paroles : « Je vais à vous, ô bon Jésus. » Et le huitième jour du mois de janvier, il s’endormit dans le Seigneur. Sa mort fut précieuse devant Dieu. Ce qui le prouve ce sont les concerts angéliques entendus par des religieux Chartreux ; c’est aussi la conservation de son saint corps, qui demeura dans toute son intégrité et sans trace de corruption, exhalant une odeur suave, conservant un visage vermeil, durant plus de deux mois qu’il resta sans sépulture ; ce sont enfin les nouveaux miracles qui suivirent cette mort. En considération de ces prodiges, le souverain Pontife Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints, et Innocent XII fixa la célébration de sa Fête au cinq septembre, jour où le Saint était monté sur la chaire épiscopale.
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