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Saint Ignace de Loyola confesseur

31 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Ignace de Loyola confesseur

Collecte

Dieu, pour propager la plus grande gloire de votre nom, vous avez, par le bienheureux Ignace, procuré à votre Église militante de nouveaux renforts : accordez-nous, avec son secours et combattant à son exemple sur la terre, de mériter d’être couronnés avec lui dans le ciel.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Ignace de noble famille espagnole, et né à Loyola au pays des Cantabres, vécut d’abord à la cour du roi catholique, d’où il passa au service militaire. Ayant été grièvement blessé au siège de Pampelune, la lecture de livres pieux, qui lui tombèrent sous la main, l’enflamma d’un vif désir de marcher sur les traces de Jésus-Christ. Parti pour Mont-Serrat, il suspendit ses armes devant l’autel de la bienheureuse Vierge, et consacrant la nuit à veiller, fit ses débuts dans la milice sacrée. Retiré ensuite à Manrèse, couvert d’un sac qui remplaçait les riches habits qu’il avait donnés à un pauvre, il y demeura une année, mendiant le pain et l’eau dont il se nourrissait, jeûnant tous les jours excepté le dimanche, domptant sa chair au moyen d’une rude chaîne et d’un cilice, couchant sur la dure, et se flagellant jusqu’au sang avec des disciplines de fer. C’est alors que Dieu le favorisa de si grandes lumières, que plus tard il avait coutume de dire : « Quand même les saintes Écritures n’existeraient pas, je serais néanmoins prêt à mourir pour la foi, rien qu’en raison des choses que Dieu m’a dévoilées à Manrèse. » C’est alors également que cet homme, tout à fait ignorant dans les lettres, composa le livre des Exercices, livre admirable qui se recommande de l’approbation du Siège apostolique et du bien qu’en retirent les âmes.

Cinquième leçon. Afin de se rendre plus capable de travailler au salut des âmes, Ignace résolut de s’assurer le secours des lettres, et se mêla aux enfants pour commencer l’étude de la grammaire. Cependant il ne négligeait rien par rapport au salut d’autrui, et on ne saurait dire combien de fatigues et d’affronts il eut à subir en tous lieux, souffrant les plus dures épreuves, la prison et les coups, au point presque d’en mourir, ce qui ne l’empêchait pas d’en souhaiter bien davantage pour la gloire de son Maître. S’étant adjoint neuf compagnons de nations diverses, appartenant à l’Université de Paris, tous maîtres es arts et pourvus de leurs grades en théologie, il jeta les premiers fondements de son Ordre à Paris, sur le mont des Martyrs. L’ayant établi ensuite à Rome, ajoutant aux trois vœux ordinaires un quatrième vœu, relatif aux missions, il le mit sous l’étroite dépendance du Saint-Siège. Paul III d’abord l’admit et le confirma ; bientôt après, d’autres Pontifes et le concile de Trente l’approuvèrent. Ayant envoyé saint François Xavier prêcher l’Évangile aux Indes, et disséminé d’autres missionnaires dans les diverses parties du monde pour propager la religion, Ignace déclara lui-même la guerre à la superstition païenne et à l’hérésie. Cette lutte se continua avec un tel succès que, du sentiment universel appuyé sur le témoignage du souverain Pontife, il était évident que Dieu avait opposé Ignace et son institut à Luther et aux hérétiques d’alors, comme il avait suscité d’autres saints personnages à d’autres époques.

Sixième leçon. Ce qu’Ignace eut surtout à cœur, ce fut le renouvellement de la piété chez les catholiques. La beauté des temples, l’enseignement du catéchisme, la fréquentation des assemblées saintes et des sacrements durent beaucoup à son action. Il ouvrit partout des collèges pour former la jeunesse dans les lettres et la piété ; à Rome, il fonda le collège Germanique, des refuges pour les femmes perdues et les jeunes filles exposées à se perdre, des maisons pour recueillir tant les orphelins que les catéchumènes des deux sexes ; il s’appliquait encore avec un zèle infatigable à d’autres bonnes œuvres, afin de gagner des âmes à Dieu. Plus d’une fois on l’a entendu dire : « Si le choix m’était donné, j’aimerais mieux vivre incertain de la béatitude, tout en servant Dieu et en travaillant au salut du prochain, que de mourir immédiatement avec l’assurance de la gloire céleste. » Il exerça sur les démons un empire extraordinaire. Saint Philippe de Néri et plusieurs autres ont vu son visage tout radieux d’une lumière surnaturelle. Enfin, après avoir toujours eu sur les lèvres la plus grande gloire de Dieu, et l’avoir aussi cherchée en toutes choses, il quitta la terre dans sa soixante-cinquième année, pour aller s’unir au Seigneur. Ses grands mérites et ses miracles l’ayant rendu illustre dans l’Église, Grégoire XV ajouta son nom au calendrier des Saints, et Pie XI, accédant aux désirs des saints évêques, le déclara et l’établit céleste protecteur de tous ceux qui suivent les retraites dites exercices spirituels.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilía 17 in Evangelia

Septième leçon. Notre Seigneur et Sauveur nous instruit, mes bien-aimés frères, tantôt par ses paroles, et tantôt par ses œuvres. Ses œuvres elles-mêmes sont des préceptes, et quand il agit, même sans rien dire, il nous apprend ce que nous avons à faire. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples prêcher ; il les envoie deux à deux, parce qu’il y a deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et qu’il faut être au moins deux pour qu’il y ait lieu de pratiquer la charité. Car, à proprement parler, on n’exerce pas la chanté envers soi-même ; mais l’amour, pour devenir charité, doit avoir pour objet une autre personne.

Huitième leçon. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples deux à deux pour prêcher ; il nous fait ainsi tacitement comprendre que celui qui n’a point de charité envers le prochain ne doit en aucune manière se charger du ministère de la prédication. C’est avec raison que le Seigneur dit qu’il a envoyé ses disciples devant lui, dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Le Seigneur suit ceux qui l’annoncent. La prédication a lieu d’abord ; et le Seigneur vient établir sa demeure dans nos âmes, quand les paroles de ceux qui nous exhortent l’ont devancé, et qu’ainsi la vérité a été reçue par notre esprit.

Neuvième leçon. Voilà pourquoi Isaïe a dit aux mêmes prédicateurs : « Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits les sentiers de notre Dieu ». A son tour le Psalmiste dit aux enfants de Dieu : « Faites un chemin à celui qui monte au-dessus du couchant ». Le Seigneur est en effet monté au-dessus du couchant ; car plus il s’est abaissé dans sa passion, plus il a manifesté sa gloire en sa résurrection. Il est vraiment monté au-dessus du couchant : car, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu’il avait endurée. Nous préparons donc le chemin à Celui qui est monté au-dessus du couchant quand nous vous prêchons sa gloire, afin que lui-même, venant ensuite, éclaire vos âmes par sa présence et son amour.

Bien que le cycle du Temps après la Pentecôte nous ait maintes fois déjà manifesté la sollicitude avec laquelle l’Esprit divin préside à la défense de l’Église, l’enseignement resplendit aujourd’hui d’une manière nouvelle. Au XVIe siècle, un assaut formidable était livré à la cité sainte. Satan avait choisi pour chef de l’attaque un homme tombé comme lui des hauteurs du ciel. Luther, sollicité dans ses jeunes années par les grâces de choix qui font les parfaits, n’avait point su, dans un jour d’égarement, résister à l’esprit de révolte. Comme Lucifer, qui prétendit égaler Dieu, lui se posa en face du vicaire du Très-Haut sur la montagne du Testament ; bientôt, roulant aussi d’abîme en abîme, il entraînait de même à sa suite la troisième partie des étoiles du ciel de la sainte Église. Loi mystérieuse et terrible, que celle qui si souvent laisse à l’homme ou à l’ange déchu, dans les sphères du mal, la principauté qui devait s’exercer par eux pour le bien et l’amour ! Mais l’éternelle Sagesse n’est cependant jamais frustrée dans la divine loyauté de ce jeu sublime commencé avec le monde, et qui régit toujours les temps; c’est alors qu’à l’encontre de la liberté pervertie de l’ange ou de l’homme, elle met en œuvre cette autre loi de substitution miséricordieuse dont Michel bénéficia le premier.

La vocation d’Ignace à la sainteté suit pas à pas dans ses développements la défection luthérienne. Au printemps de l’année 1521, Luther, jetant son défi à toutes les puissances, venait à peine de quitter Worms et de gagner la Wartbourg qu’Ignace, à Pampelune, était frappé du coup qui devait le retirer du monde et bientôt le conduire à Manrèse. Valeureux comme ses nobles ancêtres, il s’était senti pénétrer dès ses premiers ans de l’ardeur belliqueuse qu’on les vit montrer sur les champs de bataille de la terre des Espagnes ; mais la campagne contre le Maure a pris fin dans les jours mêmes de sa naissance; se pourrait-il qu’il n’eût, pour satisfaire ses chevaleresques instincts, que les querelles mesquines où la politique des rois va toujours plus s’abaisser ? Le seul vrai Roi resté digne de sa grande âme, se révèle à lui dans l’épreuve qui vient d’arrêter ses projets mondains ; une milice nouvelle s’offre, à son ambition ; une autre croisade commence ; et l’an 1522 voit, des monts de Catalogne à ceux de Thuringe, se développer la divine stratégie dont les Anges seuls ont encore le secret.

Admirable campagne, où l’on dirait que le ciel se contente d’observer l’enfer, lui laissant prendre les devants, ne se gardant que le droit de faire surabonder la grâce là où l’iniquité prétend abonder. De même que, l’année d’auparavant, le premier appel d’Ignace avait suivi de trois semaines la rébellion consommée de Luther : à trois semaines également de distance, voici qu’en celle-ci l’enfer et le ciel produisent leurs élus sous l’armure différente qui convient aux deux camps dont ils seront chefs. Dix mois de manifestations étranges et d’ascèse diabolique ont préparé le lieutenant de Satan dans la retraite forcée qu’il nomme sa Pathmos ; et le 5 mars, en rupture de ban, le transfuge du sacerdoce et du cloître quitte la Wartbourg transformé sous la cuirasse et le casque en chevalier de fausse marque. Le 25 du même mois, dans la glorieuse nuit où le Verbe prit chair, le brillant soldat des armées du royaume catholique, le descendant des Ognès et des Loyola, vêtu d’un sac comme de l’insigne de pauvreté qui révèle ses projets nouveaux, passe en prières au Mont-Serrat sa veille des armes ; il suspend à l’autel de Marie sa vaillante épée, et de là s’en va préludant aux combats inconnus qui l’attendent dans une lutte sans merci contre lui-même.

Au drapeau du libre examen, qui partout déjà fait flotter ses plis orgueilleux, il oppose sur le sien pour unique devise : À la plus grande gloire de Dieu ! Bientôt Paris, où Calvin recrute dans le secret les futurs huguenots, le voit enrôler, pour le compte du Dieu des armées, la compagnie d’avant-poste qui doit dans sa pensée couvrir l’armée chrétienne en éclairant sa marche, porter et recevoir les premiers coups. L’Angleterre vient-elle, aux premiers mois de 1534, d’imiter dans leur défection l’Allemagne et les pays du Nord, que, le 15 août de cette année, les premiers soldats d’Ignace scellent à Montmartre avec lui l’engagement définitif qu’ils doivent renouveler solennellement plus tard à Saint-Paul-hors-les-Murs. Car c’est à Rome qu’est fixé le point de ralliement de la petite troupe, qui s’accroîtra bientôt merveilleusement, mais dont la profession spéciale sera d’être toujours prête à se porter, au moindre signe, sur tous les points où le Chef suprême de l’Église militante jugera bon d’utiliser son zèle pour la défense de la foi ou sa propagation, pour le progrès des âmes dans la doctrine et la vie chrétienne.

Une bouche illustre a dit en nos temps que « ce qui frappe de prime abord dans l’histoire de la société de Jésus, c’est que pour elle l’âge mûr est contemporain de la première formation. Qui connaît les premiers auteurs de la compagnie, connaît la compagnie entière dans son esprit, dans son but, dans ses entreprises, dans ses procédés, dans ses méthodes. Quelle génération que celle qui préside à ses origines ! Quelle union de science et d’activité, de vie intérieure et de vie militante ! On peut dire que ce sont des hommes universels, des hommes de race gigantesque, en comparaison desquels nous ne sommes que des insectes : de genere giganteo, quibus comparati quasi locustae videbamur ».

Combien plus touchante n’en apparaît pas la simplicité si pleine de charmes de ces premiers Pères de la compagnie, faisant la route qui les sépare de Rome à pied et jeûnant, épuisés, mais le cœur débordant d’allégresse et chantant à demi-voix les psaumes de David ! Quand il fallut, pour répondre aux nécessités de l’heure présente, abandonner dans le nouvel institut les grandes traditions de la prière publique, il en coûta à plusieurs de ces âmes ; ce ne fut pas sans lutte que Marie, sur ce point, dut céder à Marthe : tant de siècles durant, la solennelle célébration des divins Offices avait paru l’indispensable tâche de toute famille religieuse, dont elle formait la dette sociale première, comme elle était l’aliment premier de la sainteté individuelle de ses membres !

Mais l’arrivée de temps nouveaux promenant partout la déchéance et la ruine, appelait une exception aussi insolite alors que douloureuse pour la vaillante compagnie qui dévouait son existence à l’instabilité d’alertes sans fin et de sorties perpétuelles sur les terres ennemies. Ignace le comprit ; et il sacrifia au but particulier qui s’imposait à lui l’attrait personnel qu’il ressentit jusqu’à la fin pour le chant sacré, dont les moindres notes parvenant à son oreille faisaient couler de ses yeux des larmes d’extase. Après sa mort, l’Église, qui jusque-là n’avait point connu d’intérêt primant la splendeur à donner au culte de l’Époux, voulut revenir sur une dérogation qui portait une atteinte si profonde aux instincts les plus chers de son cœur d’Épouse ; on vit Paul IV la révoquer absolument ; mais saint Pie V eut beau lui-même longtemps lutter contre elle, il dut enfin la subir.

Avec les derniers siècles et leurs embûches, l’heure des milices spéciales organisées en camps volants avait sonné pour l’Église. Mais autant il devenait plus difficile chaque jour d’exiger de ces troupes méritantes, absorbées dans de continuels combats au dehors, les habitudes de ceux que protégeaient la Cité sainte et ses anciennes tours de défense : autant Ignace répudiait le contre-sens étrange qui eût voulu réformer les mœurs du peuple chrétien d’après la manière de vivre entraînée par le service de reconnaissances et de grand’garde, auquel il se sacrifiait pour tous. La troisième des dix-huit règles qu’il pose, comme couronnement des EXERCICES SPIRITUELS, pour avoir en nous les vrais sentiments de l’Église orthodoxe, est de recommander aux fidèles les chants de l’Église, les psaumes, et les différentes Heures canoniales au temps marqué pour chacune. Et, en tête de ce livre qui est bien le trésor de la Compagnie de Jésus, établissant les conditions qui permettront de retirer le plus grand fruit possible des mêmes Exercices, il détermine, dans son annotation vingtième, que celui qui le peut devra choisir, pour le temps de leur durée, une habitation d’où il lui soit facile de se rendre aux Offices de Matines et des Vêpres ainsi qu’au divin Sacrifice. Que fait du reste en cela notre Saint, sinon conseiller pour la pratique des Exercices le même esprit dans lequel ils furent composés, en cette retraite bénie de Manrèse où l’assistance quotidienne à la Messe solennelle et aux Offices du soir fut pour lui la source de délices du ciel ?

La victoire qui triomphe du monde est notre foi. Une fois de plus vous l’avez montré, ô vous qui fûtes le grand triomphateur du siècle où le Fils de Dieu vous choisit pour relever son drapeau humilié devant l’étendard de Babel. Contre les bataillons sans cesse grossissant des révoltés, vous fûtes longtemps presque seul, laissant au Dieu des armées le soin de choisir son heure pour vous mettre aux prises avec les cohortes de Satan, comme il l’avait choisie pour vous retirer de la milice des hommes. Le monde, instruit alors de vos desseins, n’y eût vu qu’un objet de risée ; et toutefois nul certes aujourd’hui ne saurait le nier : ce fut un moment solennel pour l’histoire du monde, que celui où, pareil dans votre confiance aux plus illustres capitaines concentrant leurs armées, vous donniez ordre à vos neuf compagnons de gagner trois par trois la Ville sainte. Quels résultats durant les quinze années où cette troupe d’élite, que recrutait l’Esprit-Saint, vous eut à sa tête comme premier Général ! L’hérésie refoulée d’Italie, confondue à Trente, enrayée partout, immobilisée jusqu’en son foyer même ; d’immenses conquêtes sur des terres nouvelles, réparant les pertes subies dans notre Occident ; Sion elle-même rajeunissant sa beauté, relevée dans son peuple et ses pasteurs, assurée pour ses fils d’une éducation répondant à leurs célestes destinées : sur toute la ligne enfin où il avait imprudemment crié victoire, Satan rugissant, dompté à nouveau par ce nom de Jésus qui fait fléchir tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ! Quelle gloire pour vous, ô Ignace, eût jamais égalé celle-là dans les armées des rois de la terre ?

Du trône que vous avez conquis par tant de hauts faits, veillez sur ces fruits de vos œuvres, et montrez-vous toujours le soldat de Dieu. Au travers des contradictions qui ne leur manquèrent jamais, soutenez vos fils au poste d’honneur et de vaillance qui fait d’eux les sentinelles avancées de l’Église. Qu’ils soient fidèles à l’esprit de leur glorieux Père, « ayant sans cesse devant les yeux : premièrement Dieu ; ensuite, comme une voie qui conduit à lui, la forme de leur institut, consacrant tout ce qu’ils ont de forces à atteindre ce but que Dieu leur marque ; chacun pourtant suivant la mesure de la grâce qu’il a reçue de l’Esprit-Saint et le degré propre de sa vocation». Enfin, ô chef d’une si noble descendance, étendez votre amour à toutes les familles religieuses, dont le sort en face de .la persécution est devenu si étroitement solidaire aujourd’hui de celui de la vôtre ; bénissez spécialement l’Ordre monastique qui protégea de ses antiques rameaux vos premiers pas dans la vie parfaite, et la naissance de l’illustre Compagnie qui sera votre couronne immortelle dans les cieux. Ayez pitié de la France, de ce Paris dont l’université vous fournit les assises de l’inébranlable édifice élevé par vous à la gloire du Très-Haut. Que tout chrétien apprenne de vous à militer pour le Seigneur, à ne jamais renier son drapeau ; que tout homme, sous votre conduite, revienne à Dieu son principe et sa fin.

Saint Ignace de Loyola confesseur
Saint Ignace de Loyola confesseur
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Saints Abdon et Sennen

30 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saints Abdon et Sennen

Martyrs à Rome

Princes persans qui renoncèrent aux pouvoirs terrestres pour rester fidèles au Christ. Ils furent amenés à Rome, prisonniers à la suite des victoires de l'empereur Dèce. C'est là qu'ils furent égorgés en refusant de renier le Christ.
Abdon et Sennen sont deux saints honorés dans l'église de Drudas, village du diocèse de Toulouse en Haute Garonne.
Ils sont aussi honorés à la fête d'Arles-sur-Tech dans les Pyrénées Orientales. (vidéo)
Également, sur le site de l'abbaye saint Benoît:
Abdon et Sennen souffrirent le martyre sous l'empereur Dèce... (récit conforme aux actes publiés par les Bollandistes) 
Des internautes nous écrivent:
"Saint-Abdon, patron des tonneliers? Qui était ce saint dont on trouve une statue en pierre polychrome dans l'église d'Ebaty, un oratoire dans un hameau près du château de Rully, la statue avec celle de saint-Sennen près du maître autel dans l’église Notre-Dame à Mercurey, une représentation en fresque dans la Chapelle des Moines deBerzé-la-Villeou dans les boiseries de l’église de Cuiseaux, à qui un pèlerinage est dédié dans la commune de Villers-la-Faye près de Nuits-Saint-Georges?"
"Saint Abdon est également fêté dans la
Paroisse Saints Salvy et Rustique en Minervois, diocèse de Montpellier, le 30 juillet, lieu de pèlerinage près du village d'Aigne."
"Saint Abdon était vénéré sur la
paroisse de Fontaine-le-Dun, diocèse de Rouen, où une léproserie portait son nom. Une statue de lui est toujours présente dans l'église du village. Son culte s'est ainsi étendu jusqu'en Normandie !"
"Il existe une statue de St Abdon et St Sennen dans l'église de Mercurey (71) et une statue de St Abdon au bord d'un chemin, dans un petit oratoire à Rully (71). Il était invoqué contre la foudre et la grêle. Ces 2 villages sont producteurs de vins de Bourgogne réputés."
"Il y a une statue en pierre de St Abdon dans l'église de Ebaty en sud Côte d'Or. Il est représenté nu-tête avec les mains enchaînées (datée du XVIIe ou XVIIe siècle, avec des traces de polychromie). Ce village est à une douzaine de km de Rully, une quinzaine de Mercurey."
"Ces deux saints sont également les patrons de la paroisse de Messac (35480) en Ille et Vilaine. Les statues (en soldats romains) font partie du retable principal de l'église ancienne, souvent modifié à travers les siècles et qui vient d'être restauré."
"L'église de St Senoux (35580 Ille et Vilaine) est dédiée à St Abdon et St Sennen."
"Ils sont aussi saints patrons de l'église de Mazirat 03420 (statues et vitraux) qui fait partie de la paroisse de la Sainte Famille du diocèse de Moulins."
"il existe aussi une statue de Saint Abdon dans l'église de Messey sur Grosne (71940) dépendant de la paroisse de Saint Vincent des Buis."

"Saint Abdon et Saint Sennen figurent sur deux vitraux du chœur de l'église Saint-Etienne de Cernay (68700); ils sont les patrons secondaires de la paroisse depuis le XVIIe siècle."
"Ils sont patrons du village de Corbarieu 82370 - Église Saint Abdon et Sennen - diocèse de Montauban"
"Saint-Abdon est aussi très présent dans la vallée de l'Yonne; par exemple, à Cézy (89410), il existe la place de la Croix Saint-Abdon et la croix de chemin: Croix Saint-Abdon à la Celle Saint Cyr (89116)."
"On retrouve Saint Abdon et Saint Sennen dans les peintures murales qui ornent le chœur de l'église Saint Fiacre de Ronchères (Yonne) près de Saint-Fargeau."
"Il y a une statue de saint Abdon dans l'église de Vergheas, paroisse Sainte Marie en Combrailles du diocèse de Clermont, Puy-de-Dôme; bois doré et peint du XIXe siècle. Il est représenté en soldat romain."
"il y a deux belles statues en bois de saint Abdon et de saint Sennen dans l'église de saint-Pierre-Laval 42620, doyenné des Monts de la Madeleine (paroisse Saint Jean en Pacaudois)"
"Saint Abdon et Saint Sennen ont chacun leur statue dans la chapelle Saint Jean Baptiste de l'église paroissiale Saint Georges à Salbris diocèse de Blois."
"Une bulle du pape Clément XI, datée de 1707, est affichée dans la chapelle de Cénat, commune de Saint Didier sur Doulon en Haute-Loire (illustration). Elle place la chapelle sous la protection de Abdon et Cenen."
À Rome, au cimetière de Pontien, sur la voie de Porto, les saints Abdon et Sennen, martyrs.

Martyrologe romain

 

Au Moyen-Age, le Vallespir était en proie à des monstres fantastiques : Simiots, dragons, lions, ours, loups, à des épidémies de peste et au déchaînement des éléments. Pour conjurer le mauvais sort, l’abbé Arnulphe partit d’Arles-sur-Tech en quête d’un remède contre tous ces maux.

On pourrait situer cette “époque sombre” entre le IXe – Xe siècle pendant la reconquête. Après l’époque romaine et suite à l’invasion Maure, les villes et villages avaient été abandonnés. Ils étaient peu à peu retournés à la nature. Après la libération des terres par Charlemagne la Reconquista, les Catalans s’installent dans les vallées redevenues sauvages et doivent affronter les bêtes féroces qui peuplent les montagnes.

La quête des saintes reliques d’Abdon et Sennen

Il trouva écoute et réconfort auprès du Souverain Pontife qui lui proposa de choisir entre toutes les saintes reliques précieusement conservées à Rome. Arnulphe ne sachant quels Saints résoudraient son problème, il entra en méditation. Lui apparurent alors deux jeunes hommes qui se présentèrent sous le nom d’Abdon et Sennen, anciens princes de Perse et martyres à Rome. Ils lui indiquèrent exactement où leur dépouille était ensevelie dans le cimetière de Pontien. Ils lui dirent aussi de les emmener avec lui afin qu’ils guérissent les maux de son peuple. Arnulphe organisa alors une expédition et fit creuser à l’emplacement même qu’on lui avait indiqué. Des corps parfaitement conservés furent bientôt mis à jour dégageant d’une douce odeur florale caractéristique de saintes reliques.
Craignant pour la sûreté des reliques lors du voyage du retour, il les fit placer dans un tonneau. Puis ce tonneau fut mis dans une grande barrique qu’il fit remplir d’eau provenant du baptistère celui-là même où Saint-Pierre baptisa les premiers chrétiens et dont on rapporte un grand nombre de guérisons miraculeuses.
La barrique fut chargée à bord d’un navire et Arnulphe rentra au pays. Il fit charger la barrique sur une mule et commença son retour vers Arles-sur-Tech. Au cours du voyage la mule fut précipitée et disparue au fond d’un gouffre. Tous les espoirs d’Arnulphe furent anéantis. Résigné, il poursuivit son chemin jusqu’à l’abbaye d’Arles sur Tech. Il entendit bientôt les cloches sonner à toute volée et fut stupéfait de trouver la mule et son précieux chargement sur la place du village. Les bêtes féroces avaient fui à l’arrivée des saintes reliques d’Abdon et Sennen. On installa les saintes reliques dans une chapelle latérale de l’abbaye d’où elles ne sortent que pour la procession de la fête patronale de Saint Abdon et Saint Sennen le 30 juillet.

Saints Abdon et Sennen

Arnulphe soulagea la mule et vida l’eau de la barrique qui contenait les Saintes Reliques dans un ancien sarcophage à l’entrée de l’abbaye. Un lépreux vint boire l’eau et fut guéri instantanément. Les moines, voyant cela, refermèrent le sarcophage au moyen de son lourd couvercle de marbre. Ils commencèrent à puiser l’eau par un petit orifice pour l’offrir aux malades.

La Sainte Tombe est dégagée des murs de la cour de l’Abbaye et élevée du sol par deux blocs de marbre. elle se remplit d’eau au fil des jours et est puisée par le curé du village à l’aide d’une pompe à piston afin de perpétuer la tradition et de l’offrir aux malades. L’eau de ce sarcophage est pure et on lui alloue des propriétés curatives et miraculeuses.

Le miracle le plus connu est sans nul doute celui de la guérison du seigneur de Taillet. Il guéri vers 1200 d’un cancer du visage. L’origine de cette eau reste inconnue et elle est intarissable (excepté lors des deux guerres mondiales où le tombeau est resté vide).
Un autre témoignage de guérison a été donné plus récemment dans le cadre de l’émission Mystères par un habitant du village. Grièvement brûlé lors d’un feu de la Saint-Jean et soigné au moyen de l’eau du sarcophage.

Qu’en pensent les scientifiques ?

En 1910, l’abbé Crastre promet la récompense de 1 000 francs à celui qui éluciderait le mystère de la Sainte tombe d’Arles-sur-Tech. Cette somme fut déposée chez un notaire, mais personne n’a encore réclamé son dû. Les hommes de science ont alors émis plusieurs hypothèses et des mesures et expériences ont été réalisées.
L’une des hypothèses semble pour eux l’explication logique. Les deux parties du sarcophage (le sarcophage proprement dit et son couvercle) sont constituées de la même roche poreuse. Du calcaire de cette roche se dissout dans l’eau de pluie qui traverse le couvercle perméable. Les carbonates contenus dans cette eau se déposent sur le fond et le rendent imperméable. La porosité du couvercle permet la filtration de l’eau de pluie. Celle-ci est maintenue dans le sarcophage du fait que le fond a été bouché par des sédiments au fil des années. Le couvercle et le sarcophage ont été taillés dans le même bloc de pierre.

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Sainte Marthe vierge mémoire de Saint Félix, Pape, et des Saints Simplice Faustin et Béatrice Martyrs

29 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marthe vierge mémoire de Saint Félix, Pape, et des Saints Simplice Faustin et Béatrice Martyrs

Collecte

Exaucez-nous, ô Dieu notre salut : et comme nous trouvons un sujet de joie dans la fête de la bienheureuse Marthe, votre Vierge : faites que nous goûtions les enseignements et la ferveur d’une pieuse dévotion.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Marthe, issue de parents nobles et riches, est célèbre par l’hospitalité qu’elle donna au Seigneur. Après l’ascension de Jésus dans les cieux, les Juifs s’emparèrent d’elle, de son frère, de sa sœur, de Marcelle leur servante et de beaucoup d’autres Chrétiens, parmi lesquels Maximin, l’un des soixante-douze disciples, qui avait baptisé toute cette famille. Marthe fut embarquée sur un vaisseau sans voiles ni rames, et exposée à un naufrage certain sur l’immensité de la mer ; mais la main de Dieu dirigea le navire, qui les conduisit tous sains et saufs à Marseille.

Cinquième leçon. Leur prédication, jointe à ce miracle, convertit à Jésus-Christ les habitants de cette ville, puis ceux d’Aix et les populations voisines. Lazare fut créé Évêque de Marseille, et Maximin, Évêque d’Aix. Madeleine, qui avait eu coutume de se tenir aux pieds du Seigneur et d’écouter sa parole, alla s’enfermer dans une vaste caverne sur une haute montagne, afin de jouir de la meilleure part qu’elle s’était réservée, à savoir la contemplation du bonheur céleste ; elle y vécut trente ans, privée de tout rapport avec les hommes, et chaque jour les Anges relevaient dans les airs pour qu’elle entendît les louanges des esprits célestes.

Sixième leçon. Pour ce qui est de Marthe, dont l’éminente sainteté de vie et la charité provoquèrent l’amour et l’admiration de tous les Marseillais, elle se retira avec quelques femmes d’une haute vertu dans un lieu solitaire ; elle y vécut de longues années avec une grande réputation de piété et de prudence. Enfin, après s’être illustrée par des miracles et avoir prédit longtemps à l’avance le jour de sa mort, elle s’en alla vers le Seigneur, le quatrième jour des calendes d’août. A Tarascon on entoure son corps d’une grande vénération.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Sermo 26 de verbis Domini

Septième leçon. Les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ qu’on vient de lire dans l’Évangile, nous rappellent qu’il est une seule chose à laquelle nous devons tendre, au milieu des soins multiples de ce monde. Or, nous y tendons comme étrangers et non comme citoyens ; comme étant sur la route et non dans la patrie ; comme aspirants et non comme possesseurs. Tendons-y néanmoins, et tendons-y sans paresse et sans relâche, afin de pouvoir y arriver un jour. Marthe et Marie étaient deux sœurs, sœurs non seulement par la chair, mais par la religion ; toutes deux s’attachèrent au Seigneur ; toutes deux d’un commun accord, servirent le Seigneur pendant les jours de sa vie mortelle.

Huitième leçon. Marthe le reçut comme on reçoit un hôte, mais c’était néanmoins la servante qui recevait son Seigneur, une malade qui recevait son Sauveur, la créature qui recevait son Créateur. Elle le reçut pour lui donner la nourriture du corps, et pour recevoir de lui la nourriture de l’âme. Car le Seigneur a voulu prendre la forme d’esclave, et, dans cette forme d’esclave, être nourri par ses serviteurs, et cela par bonté, non par nécessité. Ce fut en effet de sa part une bonté que de se laisser nourrir. Sans doute, il avait une chair sujette à la faim et à la soif ; mais ignorez-vous que des Anges lui apportèrent à manger, quand il eut faim au désert ? Si donc il a voulu être nourri, ç’a été dans l’intérêt de quiconque le nourrissait. Et quoi d’étonnant, puisqu’il a fait ainsi du bien à une veuve, en nourrissant par elle le saint Prophète Élie, qu’il avait nourri auparavant par le ministère d’un corbeau ? Est-ce qu’il est impuissant à nourrir le Prophète, pour l’envoyer à cette veuve ? Nullement, mais il se proposait de bénir la pieuse veuve, en raison du service rendu à son serviteur.

Neuvième leçon. C’est donc ainsi que le Seigneur fut reçu en qualité d’hôte ; « lui qui est venu chez lui, et les siens ne l’ont point reçu, mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu », adoptant des esclaves et les prenant pour enfants, rachetant des captifs et les faisant ses cohéritiers. Qu’il n’arrive cependant à aucun de vous de dire : ô bienheureux ceux qui ont eu l’honneur de recevoir le Christ dans leur propre maison ! Garde-toi de te plaindre et de murmurer de ce que tu es né à une époque où tu ne vois plus le Seigneur en sa chair. Il ne t’a point privé de cette faveur. « Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces plus petits d’entre mes frères, dit-il, c’est à moi que vous l’avez fait ». En voilà assez sur la nourriture corporelle à offrir au Seigneur. Quant à la nourriture spirituelle qu’il nous donne, nous en dirons quelques mots à l’occasion.

 

Madeleine, cette fois, avait été la première au-devant du Seigneur. Huit jours à peine étaient écoulés depuis son glorieux passage, que rendant à sa sœur le bon office qu’elle en reçut autrefois, elle venait lui dire à son tour : « Le bien-aimé est là, et il t’appelle ». Et Jésus, prenant les devants, paraissait lui-même : « Viens, disait-il, « mon hôtesse ; viens de l’exil, tu seras couronnée ». Hôtesse du Seigneur, tel sera donc au ciel comme ici-bas le nom de Marthe et son titre de noblesse éternel.

« En quelque ville ou village que vous entriez, disait l’Homme-Dieu à ses disciples, informez-vous qui en est digne, et demeurez chez lui ». Or, raconte saint Luc, il arriva que comme ils marchaient, lui-même entra en un certain village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison Où chercher plus bel éloge, où trouver plus sûre louange de la sœur de Madeleine, que dans le rapprochement de ces deux textes du saint Évangile ?

Ce certain lieu où elle fut, comme en étant digne, élue par Jésus pour lui donner asile, ce village, dit saint Bernard est notre humble terre, perdue comme une bourgade obscure dans l’immensité des possessions du Seigneur. Le Fils de Dieu, parti des cieux, faisait route à la recherche de la brebis perdue, guidé par l’amour. Sous le déguisement de notre chair de péché, il était venu dans ce monde qui était son œuvre, et le monde ne l’avait point connu ; Israël, son peuple, n’avait pas eu pour lui, même une pierre où il pût reposer sa tête, et l’avait laissé dans sa soif mendier l’eau des Samaritains. Nous, ses rachetés de la gentilité, qu’à travers reniements et fatigues il poursuivait ainsi, n’est-il pas vrai que sa gratitude doit être aussi la nôtre pour celle qui, bravant l’impopularité du moment, la persécution de l’avenir, voulut solder envers lui notre dette à tous ?

Gloire donc à la fille de Sion, descendante des rois, qui, fidèle aux traditions d’hospitalité des patriarches ses premiers pères, fut bénie plus qu’eux dans l’exercice de cette noble vertu ! Plus ou moins obscurément encore, ils savaient pourtant, ces ancêtres de notre foi, que le désiré d’Israël et l’attente des nations devait paraître en voyageur et en étranger sur la terre. Aussi, eux-mêmes pèlerins d’une patrie meilleure, sans demeure fixe, ils honoraient le Sauveur futur en tout inconnu se présentant sous leur tente ; comme nous leurs fils dans la foi des mêmes promesses, accomplies maintenant, vénérons le Christ dans l’hôte que sa bonté nous envoie. Pour eux comme pour nous, cette relation qui leur était montrée entre Celui qui devait venir et l’étranger cherchant un asile, faisait de l’hospitalité, fille du ciel, une des plus augustes suivantes de la divine charité. Plus d’une fois, la visite d’Anges se prêtant sous des traits humains aux bons offices de leur zèle, manifesta en effet la complaisance qu’y prenaient les cieux. Mais s’il convient d’estimer à leur prix ces célestes prévenances dont notre terre n’était point digne, combien pourtant s’élève plus haut le privilège de Marthe, vraie dame et princesse de la sainte hospitalité, depuis qu’elle en a placé l’étendard au sommet vers lequel convergèrent tous les siècles de l’attente et ceux qui suivirent !

S’il fut grand d’honorer le Christ, avant sa venue, dans ceux qui de près ou de loin étaient ses figures ; si Jésus promet l’éternelle récompense à quiconque, depuis qu’il n’est plus avec nous, l’abrite et le sert en ses membres mystiques : celle-là est plus grande et mérita plus, qui reçut en personne Celui dont le simple souvenir ou la pensée donne à la vertu dans tous les temps mérite et grandeur. Et de même que Jean l’emporte sur tous les Prophètes, pour avoir montré présent le Messie qu’ils annonçaient à distance ; ainsi le privilège de Marthe, tirant son excellence de la propre et directe excellence du Verbe de Dieu qu’elle secourut dans la chair même qu’il avait prise pour nous sauver, établit la sœur de Madeleine au-dessus de tous ceux qui pratiquèrent jamais les œuvres de miséricorde.

Si donc Madeleine aux pieds du Seigneur garde pour elle la meilleure part, ne croyons pas que celle de Marthe doive être méprisée. Le corps est un, mais il a plusieurs membres, et tous ces membres n’ont pas le même rôle ; ainsi l’emploi de chacun dans le Christ est différent selon la grâce qu’il a reçue, soit pour prophétiser, soit pour servir. Et l’Apôtre, exposant cette diversité de l’appel divin : « Par la grâce qui m’a été donnée, disait-il, je recommande à tous ceux qui sont parmi vous de ne point être sage plus qu’il ne convient d’être sage, mais de se tenir à la mesure du don que Dieu départit à chacun dans la foi ». O discrétion, gardienne de la doctrine autant que mère des vertus, que de pertes dans les âmes, que de naufrages parfois, vous feriez éviter !

« Quiconque, dit saint Grégoire avec son sens si juste toujours, quiconque s’est donné entièrement à Dieu, doit avoir soin de ne pas se répandre seulement dans les œuvres, et tendre aussi aux sommets de la contemplation. Cependant il importe extrêmement ici de savoir qu’il y a une grande variété de tempéraments spirituels. Tel qui pouvait vaquer paisible à la contemplation de Dieu, tombera écrasé sous les œuvres ; tel que l’usuelle occupation des humains eût gardé dans une vie honnête, se blesse mortellement au glaive d’une contemplation qui dépasse ses forces : ou faute de l’amour qui empêche le repos de tourner en torpeur, ou faute de la crainte qui garde des illusions de l’orgueil et des sens. L’homme qui désire être parfait doit à cause de cela s’exercer dans la plaine d’abord, à la pratique des vertus, pour monter plus sûrement aux hauteurs, laissant en bas toute impulsion des sens qui ne peuvent qu’égarer les recherches de l’esprit, toute image dont les contours ne sauraient s’adapter à la lumière sans contours qu’il désire voir. A l’action donc le premier temps, à la contemplation le dernier. L’Évangile loue Marie, mais Marthe n’y est point blâmée, parce que grands sont les mérites de la vie active, quoique meilleurs ceux de la contemplation ».

Et si nous voulons pénétrer plus avant le mystère des deux sœurs, observons que, bien que Marie soit la préférée, ce n’est pourtant point dans sa maison, ni dans celle de Lazare leur frère, mais dans la maison de Marthe, que l’Homme-Dieu nous est montré faisant séjour ici-bas avec ceux qu’il aime. Jésus, dit saint Jean, aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare : Lazare, figure des pénitents que sa miséricordieuse toute-puissance appelle chaque jour de la mort du péché à la vie divine ; Marie, s’adonnant dès ce monde aux mœurs de l’éternité ; Marthe enfin, nommée ici la première comme l’aînée de son frère et de sa sœur, la première en date mystiquement selon ce que disait saint Grégoire, mais aussi comme celle de qui l’un et l’autre dépendent en cette demeure dont l’administration est remise à ses soins. Qui ne reconnaîtrait là le type parfait de l’Église, où, dans le dévouement d’un fraternel amour sous l’œil du Père qui est aux cieux, le ministère actif tient la préséance de gouvernement sur tous ceux que la grâce amène à Jésus ? Qui ne comprendrait aussi les préférences du Fils de Dieu pour cette maison bénie ? L’hospitalité qu’il y recevait, toute dévouée qu’elle fût, le reposait moins de sa route laborieuse que la vue si achevée déjà des traits de cette Église qui l’avait attiré du ciel en terre.

Marthe par avance avait donc compris que quiconque a la primauté doit être le serviteur : comme le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir ; comme plus tard le Vicaire de Jésus, le prince des prélats de la sainte Église, s’appellera Serviteur des serviteurs de Dieu. Mais en servant Jésus, comme elle servait avec lui et pour lui son frère et sa sœur, qui pourrait douter que plus que personne elle entrait en part des promesses de cet Homme-Dieu, lorsqu’il disait : « Qui me sert me suit ; et où je serai, là aussi sera mon serviteur ; et mon Père l’honorera »]. Et cette règle si belle de l’hospitalité antique, qui créait entre l’hôte et l’étranger admis une fois à son foyer des liens égaux à ceux du sang, croyons-nous que dans la circonstance l’Emmanuel ait pu n’en pas tenir compte, lorsqu’au contraire son Évangéliste nous dit qu’« à tous ceux qui le reçurent il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ». C’est qu’en effet « quiconque le reçoit, déclare-t-il lui-même, ne reçoit pas lui seulement, mais le Père qui l’envoie ».

La paix promise à toute maison qui se montrerait digne de recevoir les envoyés du ciel, la paix qui ne va point sans l’Esprit d’adoption des enfants, s’était reposée sur Marthe avec une incomparable abondance. L’exubérance trop humaine qui d’abord s’était laissée voir dans sa sollicitude empressée, avait été pour l’Homme-Dieu l’occasion de montrer sa divine jalousie pour la perfection de cette âme si dévouée et si pure. Au contact sacré, la vive nature de l’hôtesse du Roi pacifique dépouilla ce qu’il lui restait de fébrile inquiétude ; et servante plus active que jamais, plus agréée qu’aucune autre, elle puisa dans sa foi ardente au Christ Fils du Dieu vivant l’intelligence de l’unique nécessaire et de la meilleure part qui devait un jour être aussi la sienne. Oh ! quel maître de la vie spirituelle, quel modèle ici Jésus n’est il pas de discrète fermeté, de patiente douceur, de sagesse du ciel dans la conduite des âmes aux sommets !

Jusqu’à la fin de sa carrière mortelle, selon le conseil de stabilité que lui-même il donnait aux siens, l’Homme-Dieu resta fidèle à l’hospitalité de Béthanie : c’est de là qu’il partit pour sauver le monde en sa douloureuse Passion ; c’est de Béthanie encore que, quittant le monde, il voulut remonter dans les cieux. Alors cette demeure, paradis de la terre, qui avait abrité Dieu, la divine Mère, le collège entier des Apôtres, parut bien vide à ceux qui l’habitaient. L’Église tout à l’heure nous dira par quelles voies, toutes d’amour pour nous Gentils, l’Esprit de la Pentecôte transporta dans la terre des Gaules la famille bénie des amis de l’Homme-Dieu.

Sur les rives du Rhône, Marthe restée la même apparut comme une mère, compatissant à toutes misères, s’épuisant en bienfaits Jamais sans pauvres, dit l’ancien historien des deux sœurs, elle les nourrissait avec une tendre sollicitude des mets que le ciel fournissait abondamment à sa charité, n’oubliant qu’elle-même, ne se réservant que des herbes ; et en mémoire du glorieux passé, comme elle avait servi le Chef de l’Église en sa propre personne, elle le servait maintenant dans ses membres, toujours aimable pour tous, affable à chacun. Cependant les pratiques d’une effrayante pénitence étaient ses délices. Mille fois martyre, de toutes les puissances de son âme Marthe la très sainte aspirait aux cieux. Son esprit, perdu en Dieu, s’absorbait dans la prière et y passait les nuits. Infatigablement prosternée, elle adorait régnant au ciel Celui qu’elle avait vu sans gloire en sa maison. Souvent aussi elle parcourait les villes et les bourgs, annonçant aux peuples le Christ Sauveur.

Avignon et d’autres villes de la province Viennoise l’eurent pour apôtre. Tarascon fut par elle délivré de l’ancien serpent, qui sous une forme monstrueuse perdait les corps comme au dedans il tyrannisait les âmes. Ce fut là qu’au milieu d’une communauté de vierges qu’elle avait fondée, elle entendit le Seigneur l’appeler en retour de son hospitalité d’autrefois à celle des cieux. C’est là qu’aujourd’hui encore elle repose, protégeant son peuple de Provence, accueillant en souvenir de Jésus l’étranger. La paix des bienheureux qui respire en sa noble image, pénètre le pèlerin admis à baiser ses pieds apostoliques ; et en remontant les degrés de la crypte sacrée pour reprendre sa route dans cette vallée d’exil, il garde, comme un parfum de la patrie, le souvenir de l’unique et touchante épitaphe : SOLLICITA NON TURBATUR ; zélée toujours, elle n’est plus troublée.

Entrée pour jamais comme Madeleine en possession de la meilleure part, votre place, ô Marthe, est belle dans les cieux. Car celui qui sert dignement s’acquiert un rang élevé, dit saint Paul, et sa confiance est grande à juste titre dans la foi du Christ Jésus  : le service que les diacres dont parlait l’Apôtre accomplissent pour l’Église, vous l’avez accompli pour son Chef et son Époux ; vous avez bien gouverné votre maison, qui était la figure de cette Église aimée du Fils de Dieu. Or, assure encore le Docteur des nations, « Dieu n’est point injuste, pour oublier vos œuvres et l’amour que vous avez témoigné pour son nom, vous qui avez servi les saints ». Et le Saint des saints, devenu lui-même votre hôte et votre obligé, ne nous laisse-t-il pas déjà entrevoir assez vos grandeurs, lorsque parlant seulement du serviteur fidèle établi sur sa famille pour distribuer à chacun la nourriture au temps voulu, il s’écrie : « Heureux ce serviteur que le Maître, quand il viendra, trouvera agissant de la sorte ! en vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens ». O Marthe, l’Église tressaille en ce jour où le Seigneur vous trouva, sur notre terre des Gaules, continuant de l’accueillir en ces plus petits où il déclare que nous devons maintenant le chercher. Il est donc venu le moment de la rencontre éternelle ! Assise désormais, dans la maison de cet hôte fidèle plus qu’aucun aux lois de l’hospitalité, vous le voyez faire de sa table votre table, et se ceignant à son tour, vous servir comme vous l’avez servi.

Du sein de votre repos, protégez ceux qui continuent de gérer les intérêts du Christ ici-bas, dans son corps mystique qui est toute l’Église, dans ses membres fatigués ou souffrants qui sont les pauvres et les affligés de toutes sortes. Multipliez et bénissez les œuvres de la sainte hospitalité ; que le vaste champ de la miséricorde et de la charité voie ses prodigieuses moissons s’accroître encore en nos jours. Puisse rien ne se perdre de l’activité si louable où se dépense le zèle de tant d’âmes généreuses ! et dans ce but, ô sœur de Madeleine, apprenez à tous, comme vous-même l’avez appris du Seigneur, à mettre au-dessus de tout l’unique nécessaire, à estimer à son prix la meilleure part. Après la parole qui vous fut dite moins pour vous que pour tous, quiconque voudrait troubler Madeleine aux pieds de Jésus, ou l’empêcher de s’y rendre, verrait à bon droit le ciel froissé stériliser ses œuvres.

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Xème dimanche après la Pentecôte

28 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Xème dimanche après la Pentecôte

Introït

Lorsque je criais vers le Seigneur, il a exaucé ma voix, me mettant à l’abri de ceux qui m’assiégeaient. Il les a humiliés, lui qui est avant tous les siècles et demeure à jamais. Jetez vos préoccupations aux mains du Seigneur, et lui-même vous nourrira. Exaucez, ô Dieu, ma prière et ne méprisez pas ma supplication, écoutez-moi et exaucez-moi.

Collecte

O Dieu, qui montrez particulièrement votre toute puissance en pardonnant et en compatissant, multipliez sur nous votre miséricorde, afin qu’après avoir recherché les biens que vous avez promis, nous soyons rendus participants de ces biens dans le ciel.

Épitre 1. Cor 12, 2-11

Mes frères, vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon qu’on vous menait. C’est pourquoi je vous déclare que personne, parlant par l’Esprit de Dieu,ne dit anathème à Jésus ; et personne ne peut dire : ‘Seigneur Jésus’, si ce n’est par Esprit-Saint. Sans doute il y a diversité de grâces ; mais il n’y a qu’un même Esprit. Il y a diversité de ministères ; mais il n’y a qu’un même Seigneur. Et il y a aussi diversité d’opérations ; mais il n’y a qu’un même Dieu, qui opère tout en tous. Or la manifestation de l’Esprit est donnée à chacun pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de science, selon le même Esprit ; à un autre la foi, par le même Esprit ; à un autre, la grâce des guérisons par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Or c’est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun comme il veut.

ÉvangileLc. 18, 9-14.

En ce temps-là, Jésus dit cette parabole à quelques-uns qui se confiaient en eux-mêmes, comme étant justes, et qui méprisaient les autres : Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était pharisien, et l’autre publicain. Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. Et le publicain, se tenant éloigné, n’osait pas même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine, en disant : O Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur. Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre ; car quiconque s’élève sera humilié, et quiconque s’humilie sera élevé.

Offertoire

Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir. Et que mes ennemis ne se moquent point de moi, car tous ceux qui espèrent en vous, ne seront pas confondus.

Secrète

Qu’ils vous rendent gloire, Seigneur, les sacrifices qui vous sont dédiés et que vous nous avez accordé d’offrir à l’honneur de votre nom, afin qu’ils deviennent aussi des remèdes pour nos âmes.

Postcommunion

Nous vous en supplions, Seigneur, notre Dieu, dans votre bonté, ne privez pas de votre secours ceux que vous ne cessez de fortifier au moyen de vos divins sacrements.

Office

Au premier nocturne. Du quatrième livre des Rois.

Première leçon. En la onzième année de Joram fils d’Achab, Ochozias était devenu roi sur Juda. Jéhu rentra à Jizréel et Jézabel l’apprit. Elle se farda les yeux, s’orna la tête, se mit à la fenêtre et, lorsque Jéhu franchit la porte, elle dit : « Cela va-t-il bien, Zimri, assassin de son maître ? » Jéhu leva la tête vers la fenêtre et dit : « Qui est avec moi, qui ? » et deux ou trois eunuques se penchèrent vers lui. Il dit : « Jetez-la en bas. » Ils la jetèrent en bas, son sang éclaboussa les murs et les chevaux qui la piétinèrent. [Jéhu] entra, mangea et but, puis il ordonna : « Occupez-vous de cette maudite et donnez-lui la sépulture, car elle est fille de roi. » Deuxième leçon. On alla pour l’ensevelir, mais on ne trouva d’elle que le crâne, les pieds et les mains. On revint en informer Jéhu, qui dit : « C’est la parole du Seigneur, qu’il a prononcée par le ministère de son serviteur Élie le Tisbite : Dans le champ de Jizréel, les chiens dévoreront la chair de Jézabel ; le cadavre de Jézabel sera comme du fumier épandu dans la campagne, en sorte qu’on ne pourra pas dire : C’est Jézabel. » Il y avait à Samarie septante fils d’Achab. Jéhu écrivit des lettres qu’il envoya à Samarie aux commandants de la ville, aux anciens et aux tuteurs des enfants d’Achab" Il disait : « Maintenant, – quand cette lettre vous parviendra, – vous avez avec vous les fils de votre maître, vous avez les chars et les chevaux, les villes fortes et les armes. Voyez quel est, parmi les fils de votre maître, le meilleur et le plus digne, mettez-le sur le trône de son père, et combattez pour la maison de votre maître. »

Troisième leçon. Ils eurent une très grande peur et dirent : « Voilà que les deux rois n’ont pas tenu devant lui, comment pourrions-nous tenir nous-mêmes ? » Le maître du palais, le commandant de la ville, les anciens et les tuteurs envoyèrent ce message à Jéhu : « Nous sommes tes serviteurs, nous ferons tout ce que tu ordonneras, nous ne proclamerons pas de roi ; fais ce qui te paraît bon. » Jéhu leur écrivit une seconde lettre, où il disait : « Si donc vous êtes pour moi et si vous voulez m’écouter, prenez les têtes des hommes de la maison de votre maître et venez me trouver demain à cette heure à Jizréel. » (Il y avait chez les grands de la ville, qui les élevaient, septante fils du roi.) Dès que cette lettre leur parvint, ils prirent les fils du roi, les égorgèrent tous les septante, mirent leurs têtes dans des corbeilles et les lui envoyèrent à Jizréel.

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Quatrième leçon. N’allons pas croire que nous serons excusés parce que d’autres ont péché avec nous. Au contraire, notre châtiment n’en sera que plus grand. Le serpent a été puni plus que la femme et celle-ci plus que l’homme ; la peine imposée à Jézabel fut plus dure que celle d’Achab ; lui, il avait accaparé la vigne, mais elle avait ourdi toute l’affaire et précipité le roi dans sa chute. Toi aussi, dès lors, si tu as mené d’autres hommes à leur perte, tu subiras un sort plus terrible que ceux qui seront tombés par ta faute. Autre chose est, en effet, de pécher soi-même, autre chose – et plus pernicieuse – d’inciter autrui à pécher.

Cinquième leçon. Ainsi donc, si nous voyons d’autres se livrer au péché, loin de les encourager, efforçons-nous de les retirer de l’abîme de leur malice, si nous ne voulons pas payer pour la ruine d’autrui. Souvenons-nous sans cesse du tribunal redoutable, du fleuve de feu, des chaînes infrangibles, des ténèbres épaisses, des grincements de dents, du ver qui empoisonne. « Mais, diras-tu, Dieu aime les hommes. » Alors, tout ceci n’est que verbiage ? Et ce riche qui méprise Lazare, n’est-il point puni ? Et les vierges étourdies, ne sont-elles pas rejetées de la salle des noces ? Et ceux qui n’ont pas voulu soulager la faim du Christ ne vont-ils pas au feu préparé pour le diable ? Celui qui ose se montrer avec des vêtements sordides ne périra-t-il pas, pieds et poings liés ? Et celui qui a exigé le remboursement de ses cent deniers, n’est-il pas livré aux bourreaux ? Et ce qui est dit des adultères : « Leur ver ne mourra pas et leur feu ne s’éteindra jamais », cela ne sera-t-il pas vrai ?

Sixième leçon. Ces mots n’évoquent-ils que de simples menaces ? « Justement », diras-tu. Mais au nom de quel argument, dis-moi, oses-tu soutenir cela et porter, de ta propre autorité, un tel jugement ? Pour moi, je pourrai te prouver le contraire, à partir des paroles de Dieu et de ses œuvres. Car, si tu refuses de croire à l’annonce des châtiments futurs, crois du moins en voyant ceux qui ont déjà eu lieu. Assurément, ce qui s’est passé, et a pris forme d’évènements concrets, on ne peut l’appeler menaces et verbiage. Qui donc a submergé toute la terre au temps de Noé, déchaîné le terrible déluge et fait périr notre race tout entière ? Ensuite qui a lancé la foudre et les traits de feu sur le pays de Sodome ? Qui a englouti sous les flots toute l’Égypte ? Qui a voué aux flammes la bande d’Abiron ? Qui faucha en un instant septante mille hommes au temps de David ? Qui a infligé tous ces châtiments et d’autres encore, qui donc, sinon Dieu ?

Au troisième nocturne.

Homélie de l’évêque saint Augustin, évêque. Septième leçon. Si au moins ce pharisien avait dit : Je ne suis pas comme beaucoup d’hommes. Car par ces mots « le reste des hommes » que veut-il dire sinon, tous, lui seul excepté ? Moi, dit-il, je suis juste, tous les autres, pécheurs. « Je ne suis pas comme le reste des hommes, injustes, voleurs, adultères. » Et voici pour toi, dans le voisinage d’un publicain, une occasion de te rengorger davantage. « Comme ce publicain-là », dit-il. « Moi, dit-il, je suis un être à part ! Celui-là est un des autres ! » Non, dit-il, je ne suis pas tel que lui ! Grâce à mes oeuvres de justice, je ne suis pas un homme malhonnête. Huitième leçon. « Je jeûne deux fois la semaine, je paie la dîme de tout ce que je gagne. » Qu’a-t-il demandé à Dieu ? Cherche dans ses paroles, tu ne trouveras rien ! Il monte prier. Or, il ne veut pas implorer Dieu, mais se louer soi-même. C’est trop peu dire : « Pas implorer Dieu, mais se louer soi-même. » En surplus, il insulte celui qui prie. « Le publicain, lui, se tenait à distance » et cependant, il s’approchait de Dieu. Sa conscience secrète l’en éloignait, sa piété l’en rapprochait. « Le publicain, lui, se tenait à distance », mais, tout proche, le Seigneur lui prêtait attention. Neuvième leçon. Le Seigneur est le Très-Haut et il regarde l’humilité. Mais les hommes hautains, – et le pharisien était l’un d’eux –, il ne les connaît que de loin. Leurs actes hautains, Dieu les connaît de loin, mais il ne méconnaît pas leur faute. Écoute encore l’humilité du publicain. Non content de se tenir à distance, il ne levait même pas les yeux vers le ciel. Afin d’être regardé, lui ne regardait pas. Il n’osait pas relever les yeux. Sa conscience l’opprimait, l’espérance le soulevait. Écoute encore : « Il se frappait la poitrine. » De lui-même, il exige un châtiment. Aussi le Seigneur épargne-t-il celui qui confesse sa faute. « Il se frappait la poitrine en disant : Mon Dieu, sois indulgent au pécheur que je suis. » Le voilà, celui qui prie ! Pourquoi t’étonner ? La faute qu’il reconnaît Dieu, lui, ne veut plus la connaître.

 

ÉPÎTRE.

Le rejet de la synagogue vient de manifester l’Église comme héritière unique des promesses et dépositaire sans rivale des dons de Dieu ; elle conduit ses fils au Docteur des nations, pour apprendre de lui les principes qui doivent diriger l’appréciation ou l’usage de ces dons. Ainsi qu’on l’aura compris à la lecture de l’Épitre, il s’agit ici de faveurs toutes gratuites qui formaient plus ou moins à l’origine le lot commun des assemblées chrétiennes, et sont restées depuis le privilège de quelques âmes engagées d’ordinaire, quoique non toujours nécessairement, dans les voies spéciales de la Théologie mystique. Si, le plus souvent, les fidèles ne doivent pas rencontrer en eux-mêmes ces facultés infuses de la prophétie, de la science surnaturelle, du don des langues ou du miracle proprement dit, la Vie des Saints n’en forme pas moins toujours le patrimoine commun des enfants de l’Église ; ils ne peuvent donc point négliger de s’entourer des lumières utiles pour la comprendre, et pour mieux profiter d’une étude qui doit leur être si précieuse. Dans cette partie de l’année liturgique consacrée plus spécialement à célébrer les mystères de l’union divine, il importait de rencontrer la notion précise sans laquelle on risquerait de confondre ce qui, dans cette vie supérieure, est la perfection intime de l’âme et sa vraie sainteté, avec les phénomènes extrinsèques, intermittents, variables à l’infini, qui ne sont que le rayonnement divinement capricieux de l’Esprit d’amour.

Telles sont les raisons pour lesquelles l’Église ouvre aujourd’hui à cet endroit le livre de l’Apôtre. Si nous voulons entrer pleinement dans sa pensée, ne bornons point notre attention aux quelques lignes qu’on vient d’en lire ; la fin du chapitre d’où elles sont tirées, les deux qui suivent également, ne font qu’un même tout avec elles et n’en peuvent être séparés. Avec l’exposé de principes qui ne changent pas, nous trouvons là un instructif tableau de ce qu’étaient les réunions des Églises, en ces temps où la toute-puissance de l’Esprit ouvrait partout simultanément et faisait couler à pleins bords la double source du miracle et de la sainteté.

La conquête rapide de l’univers, qui devait faire resplendir dès le commencement la catholicité de l’Église, exigeait un grand déploiement de la vertu d’en haut ; pour que la promulgation de l’alliance nouvelle s accomplît avec autorité parmi les hommes, il avait fallu que Dieu l’entourât de formes solennelles et authentiques en la confirmant par des signes dont lui seul pouvait être l’auteur. De là vient que l’Esprit divin ne prenait guère alors possession d’une âme par le saint baptême, sans démontrer extérieurement la réalité de sa présence dans le nouveau chrétien par quelqu’une des manifestations qu’énumère l’Apôtre. Ainsi le témoin du Verbe accomplissait-il dans l’unité la double mission qu’il avait reçue, de sanctifier en vérité les fidèles du Christ, et de convaincre de péché le monde resté rebelle à la parole des messagers de l’Évangile.

Trois genres de preuves formaient en effet pour le monde, d’après saint Paul, un sûr garant de la divinité de Jésus-Christ : sa résurrection d’entre les morts, la sainteté de ceux qui se faisaient ses disciples, enfin les prodiges sans nombre accompagnant la prédication de ses Apôtres et la conversion des gentils. Sans rappeler autrement aujourd’hui la première de ces preuves qui sera proposée de nouveau dans huit jours à nos méditations, la divinité de la loi que Jésus de Nazareth avait donnée au monde s’affirmait pleinement par la transformation sublime de cette terre, où, on pouvait le redire quand il naquit pour nous sauver, toute chair avait corrompu sa voie. Aucun argument ne pouvait l’emporter, pour les vrais philosophes, sur cette démonstration qui consistait à faire germer en tous lieux du sein de la pourriture une moisson digne du ciel, à remplacer par les mœurs et les aspirations des anges, dans l’homme avili, le règne des appétits de la bête ; car faire prévaloir ainsi sur la corruption la bonne odeur du Christ, vivre de sa vie comme faisaient les chrétiens, c’était révéler Dieu aux hommes en manifestant la vie même de Dieu dans une chair mortelle. Mais pour le vulgaire qui ne sait point remonter au delà du présent ni s’élever au-dessus des sens, pour tant d’êtres malheureusement abrutis chez qui la vertu qui ne partage point leurs débauches ne fait qu’exciter de stupides étonnements et d’ineptes blasphèmes, l’Esprit-Saint avait préparé une démonstration tangible et visible, à la portée de tous, dans cette exubérance de dons surnaturels en activité partout où se trouvait une Église. Le don des langues, qui avait aidé si puissamment la prédication des Apôtres au jour de la Pentecôte, se multipliait avec une stupéfiante largesse autour des fontaines baptismales ; il continuait d’être le signe par la force duquel l’incroyant, surpris d’abord, inclinait peu à peu vers la parole de la foi sa pensée et son cœur. Mais l’œuvre de sa conversion avançait plus encore, lorsqu’introduit dans la réunion de ces hommes de son voisinage qu’il n’avait connus jusque-là que dans la simplicité des rapports de la vie civile, il les retrouvait transformés en prophètes et pénétrant jusqu’aux plus secrets replis de son âme infidèle : convaincu par tous, jugé par tous, il tombait la face contre terre, adorant Dieu et prononçant que le Seigneur était vraiment dans cette assemblée.

Les Corinthiens auxquels écrivait saint Paul étaient riches de ces dons spirituels ; rien ne leur manquait en ce genre de grâces, et l’Apôtre en remerciait pour eux le Père de tout bien ; car la bonne nouvelle s’en était trouvée chez eux merveilleusement affermie. Mais celui-là se fût trompé grandement, qui eût voulu conclure de cette profusion de l’Esprit envers leur Église à la perfection des Corinthiens. La jalousie, la vanité, l’entêtement, d’autres défauts encore, ne leur méritaient que trop l’épithète de charnels qui leur était appliquée par l’Esprit-Saint, et empêchaient le Docteur des nations de les traiter autrement qu’en enfants incapables de s’élever dans les hauteurs de la doctrine. Ces privilégiés des grâces gratuites montraient donc bien, dès lors, la différence d’estime qu’il convient au chrétien d’établir entre ces faveurs brillantes, mais stériles pour l’âme, et la grâce justifiante et sanctifiante qui fait l’ami de Dieu.

Fruit régulier des Sacrements institués pour tous par la divine munificence, cette dernière est la base nécessaire du salut ; mesure unique de la gloire future, elle tire du seul mérite de chacun son développement et sa croissance. La grâce gratuite au contraire, irrégulière et spontanée dans son origine comme dans ses allures, ne provient chez l’homme de dispositions ni de mérites d’aucune sorte. Comme l’autorité sur les âmes et les divers ministères dont il est aussi question dans notre Épître, elle a pour but moins l’utilité de celui qui la reçoit que celle de tous ; et ce but, elle l’atteint, quelles que soient d’ailleurs les vertus ou les imperfections de l’instrument qu’elle a voulu choisir. Le miracle ou la prophétie ne supposent donc point nécessairement, par eux seuls, tel ou tel degré de sainteté dans le prophète ou le thaumaturge. Mieux encore que nos Corinthiens, Balaam et Judas en fournissent la preuve ; Dieu, qui avait ses vues indépendantes de leur malice, maintenait en eux ses dons, comme il le fait dans le prêtre indigne exerçant validement, malgré le péché, des pouvoirs plus divins que nuls autres. Au jour du jugement, déclarait l’Homme-Dieu, beaucoup me diront : « Seigneur, Seigneur, est-ce ce que nous n’avons pas prophétisé en votre nom, chassé les démons en votre nom, opéré en votre nom de nombreux miracles ? » Et alors je leur dirai hautement : « Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquité. »

Aujourd’hui que ces manifestations de la puissance surnaturelle, n’étant plus nécessaires à la promulgation de l’Évangile, sont devenues moins fréquentes, il est rare sans doute qu’elles ne soient pas dans un chrétien l’indice d’une intimité véritable et sanctifiante établie entre lui et l’Esprit d’amour. L’Esprit qui élève ce chrétien au-dessus des voies communes se complaît dans son œuvre ; il aime à attirer sur elle l’attention du peuple fidèle ou de quelques privilégiés qui, émus par ces signes extraordinaires, rendent gloire à Dieu de ce qu’il fait dans cette âme. Alors même pourtant, on jugerait mal du degré d’avancement de l’âme favorisée, au nombre ou à l’éclat de ces faveurs du dehors. C’est le développement de la charité par l’exercice des vertus qui seul fait les saints ; l’union divine, dans ce qu’elle a d’accessible à tous comme sur les sommets réservés de la Théologie mystique, ne dépend aucunement de ces brillants phénomènes ; et ceux-ci, quand ils se produisent dans un sujet, n’attendent point généralement sa consommation dans l’amour qui seule lui donnera, s’il est fidèle, la perfection de la vraie sainteté.

Quelle conclusion poserons-nous pratiquement, sinon cette parole qui résume la doctrine de l’Apôtre : En eux-mêmes estimez tous ces dons comme l’œuvre de l’Esprit-Saint qui enrichit par eux diversement le corps social ; n’en méprisez aucun ; mais quand vous les rencontrerez, préférez comme meilleurs ceux qui vont davantage à l’édification de l’Église et des âmes.

Enfin, et surtout, écoutons saint Paul disant à la suite : « J’ai à vous montrer une voie autrement excellente! Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, quand je serais prophète et connaîtrais tous les mystères et posséderais toute science, quand j’aurais la foi qui transporte les montagnes : si je n’ai point la charité, je ne suis rien, rien ne me sert. La prophétie disparaîtra, les langues cesseront, la science s’évanouira dans la lumière : la charité ne finira pas, elle l’emporte sur tout  ! »

 

ÉVANGILE.

Le Vénérable Bède, commentant ce passage de saint Luc, en explique ainsi le mystère : « Le pharisien, c’est le peuple juif qui, se prévalant des justices de la loi, vante ses mérites ; le publicain est le gentil qui, resté loin de Dieu, avoue ses crimes. L’orgueil de l’un fait qu’il s’éloigne abaissé ; l’autre, relevé par ses gémissements, mérite d’approcher dans la louange. C’est des deux peuples, comme de tout humble et de tout superbe, qu’il est de même écrit ailleurs : l’élèvement du cœur précède la ruine, et l’humiliation de l’homme son élévation en gloire. »

On ne pouvait donc choisir, dans le saint Évangile, un enseignement qui convînt mieux après le récit de la chute de Jérusalem. Les enfants de l’Église qui la virent, à ses premiers jours, humiliée dans Sion sous l’arrogance de la synagogue, comprennent maintenant cette parole du Sage : Il est meilleur d’être humilié avec les doux, que de partager les dépouilles avec les superbes ! Selon un autre mot des Proverbes, la langue du Juif, cette langue qui décriait le publicain et accusait le gentil, est devenue dans sa bouche comme une verge d’orgueil qui l’a frappé à son tour en attirant sur lui la ruine. Mais la gentilité, en adorant la justice des vengeances du Seigneur, enchantant ses bontés, doit éviter de prendre elle-même la voie où s’est perdu le peuple infortuné dont elle tient la place. La faute d’Israël a posé le principe du salut des nations, dit saint Paul, mais son orgueil serait aussi leur perte ; et tandis qu’Israël est assuré par ses prophéties d’un retour en grâce à la tin des temps, rien ne garantit un second appel de la miséricorde aux nations redevenues criminelles après leur baptême. Si, aujourd’hui, la puissance de l’éternelle Sagesse fait porter aux gentils des fruits de gloire et d’honneur, qu’ils n’oublient donc jamais leur stérilité première ; alors l’humilité qui seule peut les garder, comme seule naguère elle attira sur eux les regards du Très-Haut, leur demeurera facile, et en même temps ils comprendront la considération dont doit toujours, malgré ses fautes, être entouré l’ancien peuple.

Pendant que le vice originel de leur naissance faisait des peuples gentils comme autant d’oliviers sauvages ne produisant que des fruits sans valeur, l’olivier franc, dans les branches duquel coulait la sève de la grâce, croissait ailleurs, puisant pour ses rameaux la sanctification dans la racine sainte des patriarches bénis de Dieu. Or cet arbre de salut est toujours le même. Quelques branches, il est vrai, étant tombées à terre, d’autres les ont remplacées ; mais cette accession des gentils, admis par grâce à enter leurs rameaux sur la tige sacrée, n’a changé ni cette tige, ni sa racine. Le Dieu des nations n’est point autre que le Dieu d’Isaac et de Jacob ; la souche unique du céleste olivier plonge toujours dans le sein d’Abraham : c’est de la foi de ce juste sans pareil, de la bénédiction promise à lui et à son germe divin pour toutes les familles du monde, que procède la sève vivace et luxuriante qui transformera la gentilité dans toute la suite des âges. Que les nations chrétiennes, en quête de leurs origines, se gardent donc d’oublier la principale ! Les fondateurs des empires de la terre ne sont point devant Dieu les vrais pères des peuples ; dans l’ordre des intérêts surnaturels, les seuls qui doivent compter ici-bas, Abraham l’Hébreu, sorti de Chaldée à la voix du Très-Haut, est devenu dès lors par la fécondité de sa foi l’unique père des nations .

Nous comprendrons maintenant cette parole de l’Apôtre : « Arbre sauvage, greffé malgré ta nature sur le franc olivier, ne te glorifie point contre les premiers rameaux. Que si tu es tenté de présomption à leur endroit, songe que ce n’est point toi qui portes la racine, mais la racine qui te porte. Ne t’élève donc pas, mais tiens-toi dans la crainte. »

L’humilité, qui produit en nous cette crainte salutaire, est la vertu qui met l’homme à sa vraie place, dans sa propre estime, à l’égard de Dieu comme de ses semblables. Elle repose sur la conscience intime que la grâce nous met au cœur du tout de Dieu en l’homme et du vide de notre nature, abaissée encore de notre fait à nous-mêmes, par le péché, au-dessous du néant. La raison seule suffit pour donner à qui réfléchit un instant la conviction du néant de toute créature ; mais à l’état de conclusion purement théorique, cette conviction n’est pas encore l’humilité : elle s’impose au démon dans l’enfer, et le dépit qu’elle lui inspire est le plus actif aliment de la rage de ce prince des orgueilleux. Pas plus donc que la foi, qui nous révèle ce qu’est Dieu dans l’ordre de la fin surnaturelle, l’humilité, qui nous apprend ce que nous sommes en face de Dieu, ne procède de la raison pure et ne réside dans la seule intelligence ; pour être une vertu véritable, elle doit tirer d’en haut sa lumière, et mouvoir aussi dans l’Esprit-Saint nos volontés. En même temps que l’Esprit divin fait pénétrer dans nos âmes la notion de leur petitesse, il les incline doucement à l’acceptation, à l’amour de cette vérité que la raison toute seule serait tentée de trouver importune. Et combien la lumière de cet Esprit de vérité, de cet incomparable témoin des cœurs, ne l’emporte-t-elle pas en ce point, quand il s’empare d’une âme, sur les données de la simple raison ! On est stupéfait lorsqu’on voit jusqu’où va toujours, dans les saints, le sentiment de leur misère ; il les conduit à s’estimer au-dessous de tous, et les pousse, dans leur langage et leurs actes, à des extrémités qui semblent, au jugement de notre pauvre sagesse, excéder par trop les bornes de toute vérité comme de toute justice. Mais l’Esprit qui les dirige et les domine en juge autrement ; et c’est parce qu’il est à la fois l’Esprit de toute vérité comme de toute justice, l’Esprit sanctificateur en un mot, que, voulant accroître immensément leur sainteté, il développe en eux sans mesure la connaissance de la vérité sur eux-mêmes et sur Dieu. Satan, l’esprit de péché, fait prendre aux siens le contre-pied de cette conduite divine, ainsi qu’il le fit au commencement pour lui-même : il ne s’est point tenu dans la vérité, nous dit le Seigneur, il a prétendu égaler le Très-Haut, mais son orgueil n’a réussi qu’à le fixer pour jamais dans le faux et l’absurde. C’est à cause de cela que la vérité nous délivre en nous enlevant à l’empire de ce père du mensonge, comme elle nous sanctifie en nous unissant à Dieu vérité vivante et substantielle.

A mesure que dans les voies de l’union divine l’homme se rapproche de ce tout infini, de celui qui seul est par essence, son être d’emprunt, loin de s’évanouir, gagne sans doute merveilleusement en lumière et chaleur ; mais il achève de perdre, avec sa vie propre, le rayonnement factice qui accompagnait cette vie diminuée, et que, plus éloigné du centre divin, il semblait posséder par lui-même. Ainsi les astres gravitant autour du soleil, quoique plus que jamais transpercés de ses feux quand ils l’avoisinent, s’effacent entièrement sous l’action immédiate de son puissant foyer ; tandis que la clarté qu’ils tiennent de lui paraît moins dépendante avec l’isolement que produit la distance, et semble être la leur d’autant plus qu’ils s’éloignent davantage. Il est des hommes qui ont tout fait, comme Satan, pour quitter l’orbite du divin soleil : plutôt que de s’avouer redevables au Dieu Très-Haut, ils s’anéantiraient, si la chose était possible ; à la jouissance des célestes trésors du Père commun, ouverts à quiconque se reconnaît son enfant, ils préfèrent la satisfaction de s’en tenir aux biens de nature, pour ne relever que d’eux-mêmes. Insensés, qui ne comprennent pas qu’alors même ils n’en tiennent pas moins tout ce qu’ils ont de ce Dieu méconnu ! Esprits infirmes, qui prennent pour sentiments de légitime fierté ces vapeurs du néant dont leurs cerveaux troublés se repaissent ! Leur noblesse n’est qu’ignominie ; leur indépendance n’aboutit qu’au servage. Car, rejetant Dieu comme père, il ne se peut pourtant qu’ils ne l’aient pour maître ; faute donc d’être ses fils, ils seront ses esclaves. A eux tout d’abord, ici-bas, la nourriture grossière qu’ils ont préférée aux pures délices dont la Sagesse enivre ceux qui la suivent ; à eux bientôt le fouet et la chaîne. Ils n’ont point voulu, dans leur suffisance, du trône qu’on leur préparait, ni de la robe nuptiale ; qu’ils se drapent, s’ils veulent, dans leurs vêtements luxueux du moment ! Mais déjà, plus avant qu’avec le fer rouge, la note servile s’imprime dans leur chair révoltée. C’est qu’en dépit de leur vaine philosophie, ils n’ont point su que, la vraie grandeur étant dans la vérité, l’humilité pouvait seule les y conduire.

Non seulement l’homme ne s’amoindrit pas en s’abaissant lui-même, puisqu’il ne fait que rentrer ainsi dans la notion de ce qu’il est réellement ; mais, selon l’expression évangélique, le degré de cet abaissement volontaire marque pour chacun la mesure de son élévation devant Dieu. L’Esprit ne ménage point ses dons à qui sait lui en rapporter la gloire. C’est aux petits que le Seigneur du ciel et de la terre révèle ce qu’il cache aux prudents et aux sages. Ou plutôt les vrais sages, les parfaits dont parle saint Paul, qui seuls entendent, pour les avoir éprouvés dès ce monde, les mystères de l’amour infini, ne sont-ils pas, nous l’avons dit ailleurs, ces parvuli que la Sagesse convoque autour d’elle, qui ne sont rien à leurs yeux, mais dont la confiante simplicité ravit son cœur, et qui trouvent tous les biens dans son divin commerce ? C’est vraiment en eux qu’elle prend ses délices parmi les fils des hommes ; et c’est ce que ne comprenaient point les disciples, lorsqu’à la suite du discours du Sauveur qui fait le sujet de notre Évangile, ils voulaient, ainsi que le rapporte saint Luc, éloigner de lui les petits enfants. Mais Jésus, Sagesse incarnée, les rassemblant au contraire, disait comme dans les livres de l’ancienne Alliance : « Laissez venir à moi les petits enfants, et gardez-vous de les en empêcher, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent ; je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point » Dans ce royaume de Dieu, l’humilité des saints dépasse encore en effet ce qu’elle fut sur la terre, parce qu’ils y voient les réalités qu’ils ne saisissaient qu’obscurément durant leur vie. Leur bonheur est de mesurer dans l’adoration cette altitude de Dieu dont ils ne se feront jamais une idée parfaite, et de descendre toujours plus bas dans leur néant. Méditons ces pensées ; nous comprendrons mieux comment les plus grands saints ont été les plus humbles des hommes ici-bas, puisqu’il en est encore ainsi dans le ciel même, la lumière croissant pour les élus en proportion de leur gloire. Près du trône de son divin Fils comme à Nazareth, Notre-Dame est toujours la plus humble des créatures, parce qu’elle est la plus éclairée, parce qu’elle comprend mieux que les chérubins et les séraphins la grandeur de Dieu et le néant de la créature.

C’est l’humilité qui donne à l’Église la confiance dont elle fait preuve dans l’Offertoire. Plus, en effet, cette vertu fait sentir à l’homme sa faiblesse, plus elle lui montre en même temps la puissance du Dieu qui se tient toujours prêt à sauver ceux qui l’invoquent.

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Super Heb., cap. 3 l. 1

27 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb., cap. 3 l. 1

Caput 3

Lectio 1

Super Heb., cap. 3 l. 1 Sicut supra dictum fuit, lex vetus ex tribus habuit auctoritatem, scilicet ex Angelo, ex Moyse, et ex Aaron pontifice. Apostolus autem supra praetulit Christum auctorem novi testamenti Angelis, per quos lex data fuit, hic intendit ipsum praeferre Moysi, qui fuit promulgator, et quasi legislator veteris testamenti. Et circa hoc facit duo. Primo enim praefert Christum Moysi; secundo concludit ex hoc, quod sit efficacissime obediendum Christo, ibi quapropter sicut. Circa primum duo facit. Primo praemittit dignitatem Christi; secundo ostendit quid sit commune Christo et Moysi, ibi amplioris. Circa primum duo facit, quia primo ponit conditionem eorum ad quos loquitur; secundo ponit conditionem eius de quo loquitur, ibi considerate. Illos autem ad quos loquitur describit tripliciter. Primo ex charitate. Unde dicit fratres, quasi diceret: quia ex semine Abrahae fratres estis et Christi, et inter vos ad invicem. Mt. XXIII, 8: omnes vos fratres estis, et cetera. Item fratres Christi. Supra II, 11: non confunditur eos vocare fratres. Hanc autem fraternitatem facit charitas. Ps. CXXXII, 1: ecce quam bonum et quam iucundum, et cetera. Secundo etiam describit eos ex sanctitate, cum dicit sancti. Et hoc propter sacramentorum perceptionem, qua sanctificamur a Christo. I Cor. VI, 11: sed abluti estis, sed sanctificati estis, et cetera. Tertio describit eos ex vocatione, cum dicit vocationis caelestis participes. Ista autem vocatio dupliciter potest intelligi caelestis esse. Vel ratione finis, vel ratione principii. Ratione quidem finis, quia vocati sunt non ad terrena, sicut in veteri testamento, sed vocati sunt ad caelestia regna. I Th. II, 12: vocavit nos ad suum regnum et gloriam. I P. II, 9: qui de tenebris vocavit in admirabile lumen suum. Ratione vero principii, quia non est ex meritis nostris, nec ex humana adinventione, sed sola caelesti gratia. Ga. I, 6: vocavit per gratiam suam. Rm. VIII, 30: quos autem praedestinavit, hos et vocavit. Is. XLI, 2: qui suscitavit ab oriente iustum, vocavit eum, ut sequeretur se. Dicit autem participes, quia non solum Iudaei vocati sunt ad gratiam fidei et novi testamenti, sed etiam gentes. Col. I, 12: dignos nos fecit in partem sortis sanctorum in lumine. Quia ergo estis in charitate, et sancti, et vocati ad caelestia, debetis libenter audire loqui de eo, per quem ista vobis proveniunt. Consequenter describit illum de quo loquitur, cum dicit considerate. Infra XII, 2: aspicientes in auctorem fidei et consummatorem Iesum, et cetera. Sed quem? Apostolum, inquit, et pontificem confessionis nostrae Iesum. Apostolus enim in sequentibus praefert Christum Moysi et Aaron, et ideo adscribit ei utriusque dignitatem; Moysi, scilicet quia missus fuit a Deo. Ps.: misit Moysen servum suum. Aaron vero, qui pontifex fuit. Ex. XXVIII, 1: applica quoque ad te Aaron, et cetera. Christus autem excellentius missus fuit apostolus, quam Moyses. Ex. IV, 13: obsecro, Domine, mitte quem missurus es, quasi dicat: alium digniorem missurus es. Item ipse est pontifex et sacerdos. Ps. CIX, 5: tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech. Quasi ergo praemittit hic conditionem suam principalem, dicens unde, id est, ergo, fratres, considerate apostolum, quasi dicat: praetermittatis considerare illum apostolum, id est, missum Moysen et pontificem Aaron, et considerate apostolum et pontificem confessionis nostrae, id est, illum quem nos confitemur. Hoc est enim necessarium ad salutem, ut confiteamur eum. Rm. X, 10: corde creditur ad iustitiam, ore autem confessio fit ad salutem. Vel confessionis, id est, sacrificii spiritualis. Omnis enim sacerdos ordinatur ad sacrificia offerenda. Duplex autem est sacrificium, scilicet corporale vel temporale. Et ad hoc institutus fuit Aaron. Aliud autem est sacrificium spirituale, quod est in fidei confessione. Ps. XLIX, 23: sacrificium laudis honorificabit me. Et ad istud sacrificium institutus est Christus, non ad tauros. Is. I, 11: holocausta arietum et adipem pinguium, et sanguinem vitulorum, et agnorum, et hircorum nolui. Et paulo post, sequitur: ne offeratis ultra sacrificium frustra. Deinde cum dicit qui fidelis, etc., comparat Christum Moysi. De Aaron infra facit mentionem specialem. Et ponit primo hic, ut dictum est, illud in quo conveniunt; secundo, in quo Christus superat Moysen, ibi amplioris enim gloriae. Commune Christo et Moysi est fidelitas ad Deum; et ideo dicit qui fidelis est. Ubi sciendum est, quod totum hoc, quod hic dicitur de Moyse, fundatur super illud quod habetur Nm. XII, 7, ubi Dominus ostendit excellentiam Moysi, postquam iurgati sunt contra ipsum Aaron et Maria, ubi ponuntur haec verba, quae apostolus hic allegat. Ibi enim dicitur sic: at non talis servus meus Moyses, qui in omni domo mea fidelissimus est. Ubi, si bene attendimus, magis commendatur Moyses, quam in aliquo loco Bibliae. Et ideo apostolus tamquam excellentissimum ad commendationem Moysi hoc accipit. Hoc autem potest convenire et Christo et Moysi. De Moyse enim patet ex ipsa historia allegata. De Christo etiam intelligitur, quia ipse secundum quod homo, fidelis est ei qui fecit eum, scilicet Deo Patri, qui fecit eum, scilicet apostolum et pontificem, non secundum divinam naturam, quia sic non est factus, nec creatus, sed genitus, sed secundum humanam. Rm. I, 3: qui factus est ei ex semine David secundum carnem. Fidelis autem fuit Deo Patri, primo non attribuens sibi quod habebat, sed patri. Jn. VII, 16: mea doctrina non est mea. Secundo quia gloriam eius quaerebat, non suam. Jn. VIII, 50: ego gloriam meam non quaero. Et VII, 18 dicitur: qui quaerit gloriam eius, qui eum misit, hic verax est, et iniustitia in illo non est. Tertio, quia perfecte obedivit Patri. Ph. II, 8: factus obediens usque ad mortem. Fidelis ergo est Christus ei qui fecit eum. Sicut et Moyses, et hoc in omni domo eius, quae domus est universitas fidelium, de qua Ps. XCII, 7: domum tuam decet sanctitudo, Domine. Vel in omni domo eius, id est, in toto mundo non tantum in Iudaea, sicut Moyses. Is.: dedi te in lucem gentium, ut sis salus mea usque ad extremum terrae. Deinde cum dicit amplioris enim gloriae, praefert Christum Moysi, et hoc quantum ad duo. Primo quantum ad potestatem; secundo quantum ad conditionem, ibi et Moyses. Commendando autem Christum, commendat ipsum habuisse honorem in omni domo, sicut Moyses; sed quod Christus ipsum excellat ostendit. Ubi primo ponit rationem; secundo manifestat, ibi omnis namque. Ratio autem apostoli est, quod maior gloria debetur illi qui fecit domum, quam illi qui eam inhabitat; Christus autem fabricavit domum. Ps. LXXIII, 16: tu fabricatus es auroram et solem. Pr. IX, 1: sapientia aedificavit sibi domum, id est, Ecclesiam. Ipse enim Christus, per quem gratia et veritas facta est, tamquam legislator aedificavit Ecclesiam. Moyses autem tamquam legis pronuntiator; et ideo solum ut pronuntiatori debetur gloria Moysi. Unde et resplenduit facies eius, de qua Ex. XXXIV, 29 et II Cor. III, 7: ita ut non possent filii Israel intendere in faciem Moysi propter gloriam vultus eius. Continuatur ergo sic littera: tu dicis quod Christus est fidelis sicut Moyses, quare ergo dimittemus ne consideremus? Certe quia amplioris gloriae dignus est habitus prae Moyse, quanto ampliorem gloriam habet dominus domus qui fabricavit illam. Quasi dicat: etsi Moyses multum sit honorabilis, tamen Christus honorabilior est, sicut fabricator domus, et sicut legislator principalis. Jb XXXVI, 22: ecce Deus excelsus in fortitudine sua, et nullus ei similis in legislatoribus. Si ergo debetur gloria Moysi, ampliori dignus est Christus. II Cor. III, 9: si ministratio damnationis in gloria est, multo magis ministerium iustitiae erit in gloria. Consequenter probat minorem suae rationis, cum dicit omnis namque domus fabricatur ab aliquo. Minor autem est, quod Christus fabricavit domum istam; et hoc probat primo, quia omnis domus indiget fabricatore; secundo, quia ista domus de qua loquitur, a Christo fabricata est, ibi qui autem omnia. Primo ergo probat quod ista domus sicut et quaelibet alia indiget fabricatore, quia diversa non coniunguntur nisi ab aliquo uno, sicut patet de domo artificiali, in qua ligna et lapides, ex quibus composita est, uniuntur ab aliquo. Aggregatio autem fidelium, quae est Ecclesia et domus Dei, ex diversis collecta est, scilicet Iudaeis et gentibus, servis et liberis. Et ideo Ecclesia sicut et omnis domus ab aliquo uniente fabricatur. Huius rationis ponit tantum conclusionem, supponens veritatem praemissarum ex facti evidentia. I P. II, 5: ipsi tamquam lapides vivi superaedificamini domos spirituales, et cetera. Ep. II, 20: superaedificati supra fundamentum apostolorum et prophetarum, et cetera. Deinde cum dicit qui autem creavit omnia, Deus, probat quod Christus sit istius domus aedificator, ipse enim est Deus qui fecit omnia. Et si hoc intelligitur de toto mundo, planum est. Ps. XXXII, 9: ipse dixit, et facta sunt, et cetera. Est autem alia creatio spiritualis, quae fit per spiritum. Ps. CIII, 30: emitte spiritum tuum, et creabuntur, et renovabis faciem, et cetera. Et haec fit a Deo per Christum. Jc. I, 18: voluntarie genuit nos verbo veritatis, ut simus initium aliquod creaturae eius. Ep. II, 10: ipsius factura sumus, creati in Christo Iesu in operibus bonis. Deus ergo istam domum, scilicet Ecclesiam, ex nihilo, scilicet de statu peccati, in statum gratiae creavit. Ergo Christus per quem fecit omnia supra I, 2: per quem fecit et saecula. Jn. I, 3: omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso, etc., est excellentior, utpote quia habet potestatem factoris, quam Moyses, qui solum fuit pronuntiator. Deinde cum dicit et Moyses quidem, praefert Christum Moysi quantum ad conditionem, et circa hoc duo facit. Primo enim ponit rationem suam; secundo manifestat eam, ibi quae domus. Ratio autem sua talis est: constat quod amplioris gratiae est Dominus et in domo propria, quam famulus et in domo Domini. Sed Moyses est fidelis sicut servus et in domo Domini, Christus vero sicut dominus et in domo sua, ergo, et cetera. Circa quod sciendum est quod apostolus valde diligenter notat verba illa, scripta de Moyse, in quibus duo dicuntur de ipso: vocatur enim servus, vocatur etiam fidelis non in domo propria, sed in domo Dei nostri. Et quantum ad ista duo, praefert Christum Moysi. Primo enim ostendit quid conveniat Moysi; secundo quid conveniat Christo, ibi Christus vero tamquam filius. Dicit ergo quod Moyses fidelis erat tamquam servus, id est, sicut fidelis dispensator. Mt. XXV, 21: euge, serve bone et fidelis, quia in pauca fuisti fidelis, supra multa te constituam. Christus autem quodammodo servus est, scilicet secundum carnem, Ph. II, 7: formam servi accipiens, sed Moyses fuit famulus Dei in verbis Dei proponendis filiis Israel. Ex quo patet, quod quia erat fidelis famulus, illa quae dicebat ordinabantur ad alium, scilicet ad Christum. Et hoc erat in testimonium eorum, quae dicenda erant. Jn. V, 46: si crederetis Moysi, crederetis forsitan et mihi, de me enim ille scripsit. Ac. X, 43: huic omnes prophetae testimonium perhibent. Quia ergo erat famulus, ideo erat non in domo propria, sed in aliena; et quia ea quae dicebat erant in testimonium eorum quae dicenda erant de Christo, ideo Moyses omniquaque minor fuit Christo. Deinde cum dicit Christus vero, ostendit quid conveniat Christo, quia scilicet Christus non est sicut servus, sed tamquam Filius in domo patris, et per consequens sua, quia haeres naturalis. Supra I, 2: quem constituit haeredem universorum, et cetera. Ecclesia enim est domus Christi. Pr. XIV, 1: sapiens mulier aedificat domum. Ps. II, 7: Dominus dixit ad me: filius meus es tu, et cetera. Mt. III, 7: Filius meus dilectus, et cetera. Est ergo non servus, sed Filius, et in domo sua: sed Moyses est servus, et in domo aliena. Jn. VIII, 35: Filius manet in aeternum. Deinde cum dicit quae domus sumus nos, ostendit quae sit ista domus. Ista domus sunt fideles, et sunt domus Christi, qui credunt in Christum. I Tm. III, 15: in domo Dei, quae est Ecclesia. Et etiam quia Christus habitat in ipsis. Ep. III, 17: habitare Christum per fidem in cordibus vestris. Haec ergo domus nos fideles sumus. Ad hoc autem, quod simus domus Dei, quatuor oportet, quae requiruntur circa domum, quae non sunt in tabernaculo. Et ista tangit apostolus. Primo, quod spes nostra et fides sit certa et permanens: tabernaculum autem etsi sit firmum, tamen cito moveri potest. Et significat illos qui ad tempus credunt, et in tempore tentationis recedunt; sed illi sunt domus, qui verbum Dei retinent. Et ideo dicit si retineamus fiduciam. Dictum est supra, quod fiducia est spes cum expectatione firma et sine timore. II Cor. III, 4: fiduciam talem habemus per Christum ad Deum. Secundo quod sit ordinate disposita. Et ideo dicit spei gloriam, id est, ad gloriam Dei ordinatam, ita quod, contemptis aliis, gloriemur in spe gloriae. Jr. IX, 24: in hoc glorietur qui gloriatur, scire et nosse me. Tertio quod perseverans. Unde dicit usque in finem. Mt. X, 22: qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. Quarto quod sit firma, ut scilicet nulla adversitate moveatur. Unde dicit firmam. Infra VI, 18 s.: confugimus ad tenendam propositam spem, quam sicut anchoram habemus animae tutam et firmam.

 

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Sainte Anne mère de la Très Sainte Vierge Marie

26 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Anne mère de la Très Sainte Vierge Marie

Collecte

Dieu, vous avez daigné donner à sainte Anne la grâce de mériter d’être la mère de celle par laquelle votre Fils unique est né : faites que nous soyons aidés de son patronage en ce jour où nous célébrons sa solennité.

Office

4e leçon

Sermon de saint Jean Damascène.

On ouvre devant nous la chambre nuptiale de sainte Anne, où s’offrent à nos regards deux modèles à la fois : l’un de vie conjugale, dans la mère ; et l’autre, de virginité, dans la fille. La première a été récemment délivrée de l’opprobre de la stérilité ; et bientôt la seconde, par un enfantement étranger aux lois de la nature, donnera naissance au Christ, que l’opération divine aura formé et formé semblable à nous. C’est donc à bon droit que, remplie de l’Esprit de Dieu, Anne fait ainsi éclater son bonheur et son allégresse : Réjouissez-vous avec moi de ce que mes entrailles stériles ont porté le rejeton que le Seigneur m’avait promis, et de ce que mon sein nourrit, selon mes vœux, le fruit de la bénédiction d’en haut. J’ai mis de côté le deuil de la stérilité, pour revêtir les habits de fête de la fécondité. Qu’en ce jour, Anne, la rivale de Phénenna, se réjouisse avec moi, et célèbre par son exemple le nouveau et si étonnant prodige opéré en moi.

5e leçon

Que Sara, comblée de joie en ses vieux jours par une grossesse qui était la figure de ma fécondité tardive, s’unisse à mes transports. Que les femmes qui n’ont jamais conçu célèbrent avec moi l’admirable visite que le ciel a daigné me faire. Que toutes celles qui ont eu cette joie de là maternité disent également : Béni soit le Seigneur qui a exaucé les prières et rempli les vœux de ses servantes, et qui, rendant féconde une épouse stérile, lui a donné ce fruit incomparable d’une Vierge devenue Mère de Dieu selon la chair, une Vierge dont le sein très pur est un ciel, où celui qu’aucun lieu ne peut contenir a voulu demeurer. Mêlons nos voix aux leurs pour offrir aussi nos louanges à celle qu’on appelait stérile, et qui maintenant est mère d’une mère vierge. Disons-lui avec l’Écriture : Heureuse la maison de David dont vous êtes issue ! Heureux le sein dans lequel le Seigneur lui-même a construit son arche de sanctification, c’est-à-dire Marie, qui l’a conçu sans le concours de l’homme.

6e leçon

Vous êtes vraiment heureuse et trois fois heureuse, Anne, d’avoir mis au monde une fille à qui le Seigneur a donné en partage la béatitude, cette Vierge Marie, que son nom même rend singulièrement vénérable, le rejeton qui a produit la fleur de vie, Jésus-Christ ; cette Vierge dont la naissance a été glorieuse, et dont l’enfantement sera plus sublime que tout au monde. Nous vous félicitons encore, ô bienheureuse Anne, d’avoir eu le privilège de donner à la terre l’espérance de tous les cœurs, le rejeton objet des divines promesses. Oui, vous êtes bienheureuse, et bienheureux est le fruit de vos entrailles. Les âmes pieuses glorifient celle que vous avez conçue, et toute langue célèbre avec joie votre enfantement. Et certes il est digne, il est on ne peut plus juste, de louer une sainte que la bonté divine a favorisée d’un oracle, et qui nous a donné le fruit merveilleux duquel est sorti le très doux Jésus.

7e leçon

Homélie de saint Grégoire, Pape

Si le Seigneur, mes très chers frères, nous dépeint le royaume des cieux comme semblable à des objets terrestres, c’est pour que notre esprit s’élève, de ce qu’il connaît, à ce qu’il ne connaît pas ; qu’il se porte vers les biens invisibles par l’exemple des choses visibles, et, qu’excité par des vérités dont il a l’expérience, il s’enflamme de telle sorte, que l’affection qu’il éprouve pour un bien connu lui apprenne à aimer aussi des biens inconnus. Voici « que le royaume des cieux est comparé à un trésor caché dans un champ ; celui qui l’a trouvé, le cache, et à cause de la joie qu’il en a, il va et vend tout ce qu’il a, et il achète ce champ »

8e leçon

Il faut remarquer dans ce fait, que le trésor une fois trouvé, on le cache afin de le conserver. C’est parce que celui qui ne met pas à l’abri des louanges humaines l’ardeur des désirs qu’il ressent pour le ciel, ne parvient pas à les défendre contre les malins esprits. Nous sommes, en effet, dans la vie présente comme dans un chemin par lequel nous nous dirigeons vers la patrie ; et les esprits malins infestent notre route, comme le feraient des voleurs. C’est vouloir être dépouillé que de porter un trésor à découvert sur le chemin. Je ne dis pas cela, néanmoins, pour empêcher que le prochain soit témoin de nos bonnes œuvres, selon ce qui est écrit : « Qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » ; mais afin que nous ne recherchions pas, dans le motif qui nous fait agir, les louanges du dehors. Que l’action soit publique, mais que notre intention demeure cachée, pour que nous donnions ainsi à notre prochain l’exemple d’une bonne œuvre, et cependant que par l’intention que nous avons de plaire uniquement à Dieu, nous souhaitions toujours le secret.

9e leçon

Or, le trésor, c’est le désir du ciel, et le champ où est caché ce trésor, c’est une vie digne du ciel. Il vend bien tout ce qu’il a pour acheter ce champ, celui qui, renonçant aux voluptés charnelles, foule aux pieds tous ses désirs terrestres, par la pratique exacte de cette vie digne du ciel, en sorte que plus rien de ce qui flatte les sens ne lui plaise, et que son esprit ne redoute rien de ce qui détruit la vie charnelle.

Joignant le sang des rois à celui des pontifes, Anne apparaît glorieuse plus encore de son incomparable descendance au milieu des filles d’Ève. La plus noble de toutes celles qui conçurent jamais en vertu du Croissez et multipliez des premiers jours, à elle s’arrête, comme parvenue à son sommet, comme au seuil de Dieu, la loi de génération de toute chair ; car de son fruit Dieu même doit sortir, fils uniquement ici-bas de la Vierge bénie, petit-fils à la fois d’Anne et de Joachim.

Avant d’être favorisés de la bénédiction la plus haute qu’union humaine dût recevoir, les deux saints aïeuls du Verbe fait chair connurent l’angoisse qui purifie l’âme. Des traditions dont l’expression, mélangée de détails de moindre valeur, remonte pourtant aux origines du christianisme, nous montrent les illustres époux soumis à l’épreuve d’une stérilité prolongée, en butte à cause d’elle aux dédains de leur peuple, Joachim repoussé du temple allant cacher sa tristesse au désert, et Anne demeurée seule pleurant son veuvage et son humiliation. Quel exquis sentiment dans ce récit, comparable aux plus beaux que nous aient gardes les saints Livres !

« C’était le jour d’une grande fête du Seigneur. Maigre sa tristesse extrême, Anne déposa ses vêtements de deuil, et elle orna sa tête, et elle se revêtit de sa robe nuptiale. Et vers la neuvième heure, elle descendit au jardin pour s’y promener ; et voyant un laurier, elle s’assit à son ombre et répandit sa prière en présence du Seigneur Dieu, disant : « Dieu de mes pères, bénissez-moi « et exaucez mes supplications, comme vous avez « béni Sara et lui avez donné un fils ! »

Et levant les yeux au ciel, elle vit sur le laurier un nid de passereau, et gémissant elle dit : « Hélas ! quel sein m’a portée, pour être ainsi malédiction en Israël ?
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel ; car les oiseaux sont bénis de vous, Seigneur.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux animaux de la terre ; car eux aussi sont féconds devant vous.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux eaux ; car elles ne sont point stériles en votre présence, et les fleuves et les océans poissonneux vous louent dans leurs soulèvements ou leur cours paisible.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer à la terre même ; car la terre elle aussi porte ses fruits en son temps, et elle vous bénit, Seigneur ».

Or voici qu’un Ange du Seigneur survint, lui disant :
« Anne, Dieu a exaucé ta prière ; tu concevras et enfanteras, et ton fruit sera célébré dans toute terre habitée ».

Et le temps venu, Anne mit au monde une fille, et elle dit : « Mon âme est magnifiée à cette heure ».

Et elle nomma l’enfant Marie ; et lui donnant le sein, elle entonna ce cantique au Seigneur :

« Je chanterai la louange du Seigneur mon Dieu ; car il m’a visitée, il a éloigné de moi l’opprobre, il m’a donné un fruit de justice. Qui annoncera aux fils de Ruben qu’Anne est devenue féconde ? Écoutez, écoutez, douze tribus : voici qu’Anne allaite ! »

La fête de Joachim, que l’Église a placée au Dimanche dans l’Octave de l’Assomption de sa bienheureuse fille, nous permettra de compléter bientôt l’exposé si suave d’épreuves et de joies qui furent aussi les siennes. Averti par le ciel de quitter le désert, il avait rencontré son épouse sous la porte Dorée donnant accès au temple du côté de l’Orient. Non loin, près de la piscine Probatique, où les agneaux destinés à l’autel lavaient leur blanche toison avant d’être offerts au Seigneur, s’élève aujourd’hui la basilique restaurée de Sainte-Anne, appelée primitivement Sainte-Marie de la Nativité. C’est là que, dans la sérénité du paradis, germa sur la tige de Jessé le béni rejeton salué du Prophète et qui devait porter la divine fleur éclose au sein du Père avant tous les temps. Séphoris, patrie d’Anne, Nazareth, où vécut Marie, disputent, il est vrai, à la Ville sainte l’honneur que réclament ici pour Jérusalem d’antiques et constantes traditions. Mais nos hommages à coup sûr ne sauraient s’égarer, quand ils s’adressent en ce jour à la bienheureuse Anne, vraie terre incontestée des prodiges dont le souvenir renouvelle l’allégresse des cieux, la fureur de Satan, le triomphe du monde.

Anne, point de départ du salut, horizon qu’observaient les Prophètes, région du ciel la première empourprée des feux de l’aurore ; sol béni, dont la fertilité si pure donna dès lors à croire aux Anges qu’Éden nous était rendu ! Mais dans l’auréole d’incomparable paix qui l’entoure, saluons en elle aussi la terre de victoire éclipsant tous les champs de bataille fameux : sanctuaire de l’Immaculée Conception, là fut repris par notre race humiliée le grand combat commencé près du trône de Dieu par les célestes phalanges ; là le dragon chassé des deux vit broyer sa tête, et Michel surpassé en gloire remit joyeux à la douce souveraine qui, dès son éveil à l’existence, se déclarait ainsi, le commandement des armées du Seigneur.

Quelle bouche humaine, si le charbon ardent ne l’a touchée, pourra dire l’admiratif étonnement des angéliques principautés, lorsque la sereine complaisance de la Trinité sainte, passant des brûlants Séraphins jusqu’aux derniers rangs des neuf chœurs, inclina leurs regards de feu à la contemplation de la sainteté subitement éclose au sein d’Anne ? Le Psalmiste avait dit de la Cité glorieuse dont les fondations se cachent en celle qui auparavant fut stérile : Ses fondements sont posés sur les saintes montagnes ; et les célestes hiérarchies couronnant les pentes des collines éternelles découvrent là des hauteurs inconnues qu’elles n’atteignirent jamais, des sommets avoisinant la divinité de si presque déjà elle s’apprête à y poser son trône. Comme Moïse à la vue du buisson ardent sur Horeb, elles sont saisies d’une frayeur sainte, en reconnaissant au désert de notre monde de néant la montagne de Dieu, et comprennent que l’affliction d’Israël va cesser. Quoique sous le nuage qui la couvre encore, Marie, au sein d’Anne, est en effet déjà cette montagne bénie dont la base, le point de départ de grâce, dépasse le faîte des monts où les plus hautes saintetés créées trouvent leur consommation dans la gloire et l’amour.

Oh ! Combien donc justement Anne, par son nom, signifie grâce, elle qui, neuf mois durant, resta le lieu des complaisances souveraines du Très-Haut, de l’extase des très purs esprits, de l’espoir de toute chair ! Sans doute ce fut Marie, la fille et non la mère, dont l’odeur si suave attira dès lors si puissamment les cieux vers nos humbles régions. Mais c’est le propre du parfum d’imprégner de lui premièrement le vase qui le garde, et, lors même qu’il en est sorti, d’y laisser sa senteur. La coutume n’est-elle pas du reste que ce vase lui aussi soit avec mille soins préparé d’avance, qu’on le choisisse d’autant plus pure, d’autant plus noble matière, qu’on le relève d’autant plus riches ornements que plus exquise et plus rare est l’essence qu’on se propose d’y laisser séjourner ? Ainsi Madeleine renfermait-elle son nard précieux dans l’albâtre. Ne croyons pas que l’Esprit-Saint, qui préside à la composition des parfums du ciel, ait pu avoir de tout cela moins souci que les hommes. Or le rôle de la bienheureuse Anne fut loin de se borner, comme fait le vase pour le parfum, à contenir passivement le trésor du monde. C’est de sa chair que prit un corps celle en qui Dieu prit chair à son tour ; c’est de son lait qu’elle fut nourrie ; c’est de sa bouche que, tout inondée qu’elle fût directement de la divine lumière, elle reçut les premières et pratiques notions de la vie. Anne eut dans l’éducation de son illustre fille la part de toute mère ; non seulement, quand Marie dut quitter ses genoux, elle dirigea ses premiers pas ; elle fut en toute vérité la coopératrice de l’Esprit-Saint dans la formation de cette âme et la préparation de ses incomparables destinées : jusqu’au jour où, l’œuvre parvenue à tout le développement qui relevait de sa maternité, sans retarder d’une heure, sans retour sur elle-même, elle offrit l’enfant de sa tendresse à celui qui la lui avait donnée.

Sic fingit tabernaculum Deo, ainsi elle crée un tabernacle à Dieu : c’était la devise que portaient, autour de l’image d’Anne instruisant Marie, les jetons de l’ancienne corporation des ébénistes et des menuisiers, qui, regardant la confection des tabernacles de nos églises où Dieu daigne habiter comme son œuvre la plus haute, avait pris sainte Anne pour patronne et modèle auguste. Heureux âge que celui où ce que l’on aime à nommer la naïve simplicité de nos pères, atteignait si avant dans l’intelligence pratique des mystères que la stupide infatuation de leurs fils se fait gloire d’ignorer ! Les travaux du fuseau, de tissage, de couture, de broderie, les soins d’administration domestique, apanage de la femme forte exaltée au livre des Proverbes, rangèrent naturellement aussi dans ces temps les mères de famille, les maîtresses de maison, les ouvrières du vêtement, sous la protection directe de la sainte épouse de Joachim. Plus d’une fois, celles que le ciel faisait passer par l’épreuve douloureuse qui, sous le nid du passereau, avait dicté sa prière touchante, expérimentèrent la puissance d’intercession de l’heureuse mère de Marie pour attirer sur d’autres qu’elle-même la bénédiction du Seigneur Dieu.

L’Orient précéda l’Occident dans le culte public de l’aïeule du Messie. Vers le milieu du VIe siècle, Constantinople lui dédiait une église. Le Typicon de saint Sabbas ramène sa mémoire liturgique trois fois dans l’année : le 9 septembre, en la compagnie de Joachim son époux, au lendemain de la Nativité de leur illustre fille ; le 9 décembre, où les Grecs, qui retardent d’un jour sur les Latins la solennité de la Conception immaculée de Notre-Dame, célèbrent cette fête sous un titre qui rappelle plus directement la part d’Anne au mystère ; enfin le 25 juillet, qui, n’étant point occupé chez eux par la mémoire de saint Jacques le Majeur anticipée au 30 avril, est appelé Dormition ou mort précieuse de sainte Anne, mère de la très sainte Mère de Dieu : ce sont les expressions mêmes que le Martyrologe romain devait adopter par la suite.

Si Rome, toujours plus réservée, n’autorisa que beaucoup plus tard l’introduction dans les Églises latines d’une fête liturgique de sainte Anne, elle n’avait point attendu cependant pour diriger de ce côté, en l’encourageant, la piété des fidèles. Dès le temps de saint Léon III, et parle commandement exprès de l’illustre Pontife, on représentait l’histoire d’Anne et de Joachim sur les ornements sacrés destinés aux plus nobles basiliques de la Ville éternelle. L’Ordre des Carmes, si dévot à sainte Anne, contribua puissamment, par son heureuse transmigration dans nos contrées, au développement croissant d’un culte appelé d’ailleurs comme naturellement par les progrès de la dévotion des peuples à la Mère de Dieu. Cette étroite relation des deux cultes est en effet rappelée dans les termes de la concession par laquelle, en 1381, Urbain VI donnait satisfaction aux vœux des fidèles d’Angleterre et autorisait pour ce royaume la fête de la bienheureuse Anne. Déjà au siècle précédent, l’Église d’Apt en Provence était en possession de cette solennité : priorité s’expliquant chez elle par l’honneur insigne qui lui échut pour ainsi dire avec la foi, lorsqu’au premier âge du christianisme elle reçut en dépôt le très saint corps de l’aïeule du Messie.

Depuis que le Seigneur remonté aux cieux a voulu que, comme lui, Notre-Dame y fût couronnée sans plus tarder dans la totalité de son être virginal, n’est-il pas vrai de dire que les reliques de la Mère de Marie doivent être doublement chères au monde : et comme toutes autres, en raison de la sainteté de celle dont ils sont les restes augustes ; et plus qu’aucunes autres, par ce côté qui nous les montre en voisinage plus immédiat qu’aucune avec le mystère de la divine Incarnation ? Dans son abondance, l’Église d’Apt crut pouvoir se montrer prodigue ; si bien qu’il nous serait impossible d’énumérer les sanctuaires qui, soit de cette source incomparable, soit d’ailleurs pour de plus ou moins notables portions, se trouvent aujourd’hui enrichis d’une part de ces restes précieux. Nous ne pouvons omettre de nommer cependant, parmi ces lieux privilégiés, l’insigne Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs ; dans une apparition à sainte Brigitte de Suède, Anne voulut confirmer elle-même l’authenticité du bras que l’église où repose le Docteur des nations, conserve d’elle comme un des plus nobles joyaux de son opulent trésor.

Ce fut seulement en 1584, que Grégoire XIII ordonna la célébration de la fête du 26 juillet dans le monde entier, sous le rit double. C’était Léon XIII qui devait, de nos jours (1879), l’élever en même temps que celle de saint Joachim à la dignité des solennités de seconde Classe. Mais auparavant, en 1622, Grégoire XV, guéri d’une grave maladie par sainte Anne, avait déjà mis sa fête au nombre des fêtes de précepte entraînant l’abstention des œuvres serviles.

Anne recevait enfin ici-bas les hommages dus au rang qu’elle occupe au ciel ; elle ne tardait pas à reconnaître par des bienfaits nouveaux la louange plus solennelle qui lui venait delà terre. Dans les années 1623, 1624, 1625, au village de Keranna près Auray en Bretagne, elle se manifestait à Yves Nicolazic, et lui faisait trouver au champ du Bocenno, qu’il tenait à ferme, l’antique statue dont la découverte allait, après mille ans d’interruption et de ruines, amener les peuples au lieu où l’avaient jadis honorée les habitants de la vieille Armorique. Les grâces sans nombre obtenues en ce lieu, devaient en effet porter leur renommée bien au delà des frontières d’une province à laquelle sa foi, digne des anciens âges, venait de mériter la faveur de l’aïeule du Messie ; Sainte-Anne d’Auray allait compter bientôt parmi les principaux pèlerinages du monde chrétien.

Plus heureuse que l’épouse d’Elcana, qui vous avait figurée par ses épreuves et son nom même], ô Anne, vous chantez maintenant les magnificences du Seigneur. Où est la synagogue altière qui vous imposait ses mépris ? Les descendants de la stérile sont aujourd’hui sans nombre ; et nous tous, les frères de Jésus, les enfants comme lui de Marie votre fille, c’est dans la joie qu’amenés par notre Mère, nous vous présentons avec elle nos vœux en ce jour. Quelle fête plus touchante au foyer que celle de l’aïeule, quand autour d’elle, comme aujourd’hui, viennent se ranger ses petits-fils dans la déférence et l’amour ! Pour tant d’infortunés qui n’eussent jamais connu ces solennités suaves, ces fêtes de famille, de jour en jour, hélas ! Plus rares, où la bénédiction du paradis terrestre semble revivre en sa fraîcheur, quelle douce compensation réservait la miséricordieuse prévoyance de notre Dieu ! lia voulu, ce Dieu très haut, tenir à nous de si près qu’il fût un de nous dans la chair ; il a connu ainsi que nous les relations, les dépendances mutuelles résultant comme une loi de notre nature, ces liens d’Adam dans lesquels il avait projeté de nous prendre et où il se prit le premier. Car, en élevant la nature au-dessus d’elle-même, il ne l’avait pas supprimée ; il faisait seulement que la grâce, s’emparant d’elle, l’introduisît jusqu’aux cieux : en sorte qu’alliées dans le temps par leur commun auteur, nature et grâce demeurassent pour sa gloire unies dans l’éternité. Frères donc par la grâce de celui qui reste à jamais votre petit-fils par nature, nous devons à cette disposition pleine d’amour de la divine Sagesse de n’être point, sous votre toit, des étrangers en ce jour ; vraie fête du cœur pour Jésus et Marie, cette solennité de famille est aussi la nôtre.

Donc, ô Mère, souriez à nos chants, bénissez nos vœux. Aujourd’hui et toujours, soyez propice aux supplications qui montent vers vous de ce séjour d’épreuves. Dans leurs désirs selon Dieu, dans leurs douloureuses confidences, exaucez les épouses et les mères. Maintenez, où il en est temps encore, les traditions du foyer chrétien. Mais déjà, que de familles où le souffle de ce siècle a passé, réduisant à néant le sérieux de la vie, débilitant la foi, ne semant qu’impuissance, lassitude, frivolité, sinon pis, à la place des fécondes et vraies joies de nos pères ! Oh ! Comme le Sage, s’il revenait parmi nous, dirait haut toujours : « Qui trouvera la femme forte ? » Elle seule, en effet, par son ascendant, peut encore conjurer ces maux, mais à la condition de ne point oublier où réside sa puissance ; à savoir dans les plus humbles soins du ménage exercés par elle-même, le dévouement qui se dépense obscurément, veilles de nuit, prévoyance de chaque heure, travaux de la laine et du lin, jeu du fuseau : toutes ces fortes choses qui lui assurent confiance et louange de la part de l’époux, autorité sur tous, abondance au foyer, bénédiction du pauvre assisté par ses mains, estime de l’étranger, respect de ses fils et pour elle-même, dans la crainte du Seigneur, noblesse et dignité, beauté autant que force, sagesse, douceur et contentement, sérénité du dernier jour.

Bienheureuse Anne, secourez la société qui se meurt parle défaut de ces vertus qui furent vôtres. Vos maternelles bontés, dont les effusions sont devenues plus fréquentes, ont accru la confiance de l’Église ; daignez répondre aux espérances qu’elle met en vous. Bénissez spécialement votre Bretagne fidèle ; ayez pitié de la France malheureuse, que vous avez aimée si tôt en lui confiant votre saint corps, que vous avez choisie plus tard de préférence comme le lieu toujours cher d’où vous vouliez vous manifester au monde, que naguère encore vous avez comblée en lui remettant le sanctuaire qui rappelle dans Jérusalem votre gloire et vos ineffables joies : ô vous donc qui, comme le Christ, aimez les Francs, qui dans la Gaule déchue daignez toujours voir le royaume de Marie, continuez-nous cet amour, tradition de famille pour nous si précieuse. Que votre initiative bénie vous fasse connaître par le monde à ceux de nos frères qui vous ignoreraient encore. Pour nous qui dès longtemps avons connu votre puissance, éprouvé vos bontés, laissez-nous toujours chercher en vous, ô Mère, repos, sécurité, force en toute épreuve ; à qui s’appuie sur vous, rien n’est à craindre ici-bas : ce que votre bras porte est bien porté.

Intérieur de la chapelle royale Sainte-Anne. Cathédrale d'Apt

Intérieur de la chapelle royale Sainte-Anne. Cathédrale d'Apt

Apt : les reliques de sainte Anne retrouvées par miracle

Une très ancienne tradition rapporte le miracle qui a permis, sous le règne de Charlemagne, de retrouver dans la cathédrale d’Apt, en Provence, les reliques perdues de sainte Anne, mère de la Vierge Marie. Si, depuis le XVIIe siècle, certains critiques s’acharnent à déconstruire l’histoire, celle-ci n’a rien d’invraisemblable. Les circonstances exactes de l’arrivée des reliques de sainte Anne en ces lieux prêtent à débat, mais jamais l’Église n’a remis en cause le fait qu’il s’agisse bien des reliques de l’aïeule de Jésus.

  • La redécouverte des reliques de sainte Anne lors du passage de Charlemagne à Apt, en 792, est permise par la clairvoyance inexplicable d’un sourd-muet qui montre l’endroit où elles étaient cachées, sous le maître-autel de l’église. La guérison soudaine du jeune infirme, le miracle de la lampe qui brûle sans se consumer dans le souterrain, près des reliques, l’odeur agréable se dégageant de la cachette : ces éléments sont plusieurs fois attestés dans l’histoire de l’Église lors de la redécouverte de reliques.
  • Plusieurs sources ecclésiastiques contemporaines, dont les bréviaires de l’Église d’Apt, citent un office de l’invention – au sens de découverte – des reliques de sainte Anne et en affirment le culte « de toujours ».

  • La « légende » – au sens étymologique de « récit qu’il faut avoir lu » – raconte que les restes mortels d’Anne sont arrivés en Provence avec ses nièces, deux des célèbres saintes Maries de la Mer, et qu’à leur mort, après avoir séjourné un temps à Marseille, où le culte d’Anne est antique, ils ont été confiés à la communauté chrétienne d’Apta Julia.
  • Au début de la persécution hérodienne contre la communauté chrétienne de Judée, au début des années 40 de notre ère, les plus proches parentes des défunts Anne et Joachim, leurs nièces, au moment de s’embarquer pour échapper à la mort, pourraient effectivement avoir emporté avec elles les dépouilles des grands-parents de Jésus pour les soustraire aux profanations.
  • Vers 250, l’évêque de l’époque, Auspicius, inquiet à la fois de la menace barbare – les raids germaniques se multipliant sur les Gaules – et d’une nouvelle persécution déclenchée contre les chrétiens, aurait pris la précaution de les dissimuler sous le sanctuaire, dans une crypte dite « antrum antiquum » (« le vieil antre ») à l’abri d’une petite armoire dissimulée dans une niche murée, accompagnée d’inscriptions, entre autres les noms de ses prêtres qui authentifiaient le dépôt, et d’une représentation d’une vigne chargée de grappes enlaçant l’arbre de Jessé. La vigne est le symbole de sainte Anne se greffant sur l’arbre des ascendants de Jésus. Tout cela est archéologiquement conforme aux usages de l’époque.

  • La mort d’Auspicius, martyrisé sans doute avec la plupart de ses prêtres, puis la destruction de la cathédrale dans une attaque germanique, explique que l’on a depuis oublié la cachette du précieux dépôt, d’autant qu’Apt sera détruite de nouveau par les Lombards, puis par les Sarrasins, qui occuperont la région jusqu’à sa libération par Charlemagne.
  • Le culte de sainte Anne est attesté à Jérusalem dès le IIe siècle, comme le prouvent des inscriptions antiques dans l’église Sainte-Anne, mais on n’y vénère pas son tombeau. Au IVe siècle, lors de son pèlerinage en Terre sainte, l’impératrice Hélène l’a pourtant recherché. C’est donc bien que les reliques avaient été déplacées ailleurs, conformément à la tradition provençale.
  • Plus étonnant, en ces époques de piété où les églises s’arrachent la possession des corps saints, aucun autre sanctuaire ne prétend détenir les reliques d’Anne, et toutes celles que l’on vénère aujourd’hui dans le monde proviennent d’Apt.
  • Les très savants travaux du père dominicain québécois Charland ont démontré, voilà plus d’un siècle, que la mère de Marie a été vénérée dans la chrétienté dès les commencements de l’Église et que son culte s’est répandu en Occident au moins un demi-millénaire avant le XIIe siècle. L’antériorité de ce culte en France accrédite l’authenticité des reliques d’Apt.
  • Que les reliques vénérées à Apt y soient depuis le Ier siècle ou depuis l’époque byzantine, personne ne remet en cause leur authenticité, la preuve étant que le sanctuaire en a distribué, encore à l’époque contemporaine, à tous les lieux de culte voués dans le monde à sainte Anne, ce que l’Église n’aurait pas toléré en cas de doute.
  • Le nombre des miracles qu’elles opèrent en témoigne aussi, comme les protections étonnantes accordées à la cité par leur intermédiaire, qu’il s’agisse d’y préserver la foi catholique contre le protestantisme ou d’éloigner les épidémies. Ainsi Apt sera-t-elle, avec Tarascon qui recourut à l’intervention de sainte Marthe, sa patronne, entre 1720 et 1722, l’une des seules villes de Provence épargnées par la peste qui, venue de Marseille, dévasta la région.
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Saint Jacques apôtre mémoire de Saint Christophe Martyre

25 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

 Saint Jacques apôtre mémoire de Saint Christophe Martyre

Collecte

Seigneur, soyez le sanctificateur de votre peuple et son gardien : afin qu’aidé par l’assistance de votre Apôtre Jacques, il mène une vie qui vous soit agréable et vous serve avec tranquillité et confiance.

Épitre 1. Cor. 4. 9-15

Mes Frères : il me semble que Dieu nous ait fait paraître, nous les Apôtres, comme les derniers des hommes, comme des condamnés à mort, puisque nous avons été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Nous, nous sommes insensés à cause du Christ, et vous, vous êtes sages en Jésus-Christ ; nous, nous sommes faibles, et vous, vous êtes forts ; vous, vous êtes en honneur, et nous dans le mépris ! A cette heure encore, nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; nous sommes meurtris de coups, nous n’avons ni feu ni lieu, et nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains ; maudits, nous bénissons ; persécutés, nous le supportons ; calomniés, nous supplions ; nous sommes jusqu’à présent comme des balayures du monde, le rebut des hommes. Ce n’est pas pour vous faire honte que j’écris ces choses ; mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés. Car, eussiez-vous dix mille maîtres dans le Christ, vous n’avez pas cependant plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile.

Évangile Mt. 20, 20-23

En ce temps-là : la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande ; Il lui dit : "Que voulez-vous ?" Elle lui dit : "Ordonnez que mes deux fils, que voici, siègent l’un à votre droite, l’autre à votre gauche, dans votre royaume." Jésus répondit : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que, moi, je dois boire ? — Nous le pouvons," lui dirent-ils. Il leur dit : "Vous boirez, en effet, mon calice ; quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder ; c’est pour ceux pour qui mon Père l’a préparé."

Office

4e leçon

Après l’ascension de Jésus-Christ au ciel, Jacques prêcha sa divinité dans la Judée et la Samarie, et détermina beaucoup d’hommes à embrasser la foi chrétienne. Il partit bientôt pour l’Espagne, et y convertit quelques personnes au Christ. De ce nombre, il y en eut sept que saint Pierre ordonna Évêques dans la suite et qui furent envoyés les premiers en Espagne. Jacques étant revenu à Jérusalem, le magicien Hermogène fut un de ceux auxquels il inculqua les vérités de la foi. Comme l’Apôtre proclamait librement la divinité de Jésus-Christ, Hérode Agrippa, élevé à la royauté sous l’empereur Claude et désireux de se concilier les Juifs, le condamna à la peine capitale. Celui qui l’avait conduit au tribunal ayant vu son courage pour le martyre, déclara sur-le-champ que lui aussi était chrétien.

6e leçon

Tandis qu’on les emmenait au supplice, le nouveau chrétien demanda pardon à saint Jacques : « Que la paix soit avec toi » lui répondit celui-ci en l’embrassant. Ils furent tous deux frappés de la hache ; l’Apôtre avait, un moment auparavant, guéri un paralytique. Le corps du Saint a été plus tard transporté à Compostelle, où son culte est en très grand honneur, et où se rassemblent des pèlerins amenés de tous les points du monde par leur piété et leurs vœux. Pour célébrer la mémoire de la naissance du saint Apôtre à la vie du ciel, l’Église a pris le jour qui est celui de la translation de son corps ; car c’est aux environs de la fête de Pâques, que, le premier d’entre les Apôtres, il a rendu témoignage à Jésus-Christ par l’effusion de son sang, dans la ville de Jérusalem.

7e leçon

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Que personne ne se trouble, si nous disons qu’il y avait tant d’imperfection chez les Apôtres. Car le mystère de la croix n’était pas encore consommé, et la grâce du Saint-Esprit n’avait pas encore été répandue dans leurs âmes. Si vous voulez savoir qu’elle a été leur vertu, considérez ce qu’ils furent après avoir reçu la grâce du Saint-Esprit et vous les trouverez vainqueurs de toute inclination mauvaise. Leur imperfection n’est ignorée de personne aujourd’hui, afin qu’on apprécie mieux à quel point la grâce les a tout d’un coup transformés. Qu’ils n’aient rien sollicité de spirituel, et qu’ils n’aient pas même eu la pensée du royaume céleste, cela est évident. Mais examinons comment ils abordent Jésus-Christ, et lui adressent la parole. « Nous voudrions, disent-ils, que tout ce que nous vous demanderons, vous le fissiez pour nous. Mais le Christ leur répondit : Que voulez-vous ? Non qu’il l’ignorât, certes, mais pour les obliger à s’expliquer, afin de mettre à nu leur plaie et d’être ainsi à même d’y appliquer le remède.

8e leçon

Mais eux, rougissant de honte et confus, parce qu’ils en étaient venus à des sentiments humains, ayant pris Jésus en particulier, lui firent en secret leur demande. Ils marchèrent en effet devant les autres, comme l’insinue l’Évangéliste, à dessein de n’être pas entendus. Et c’est ainsi qu’ils exprimèrent enfin ce qu’ils voulaient. Or, ce qu’ils voulaient, le voici, je présume. Comme ils lui avaient ouï dire que ses Apôtres seraient assis sur douze trônes, ils désiraient occuper les premiers de ces trônes. Sans doute ils savaient que Jésus les avait en prédilection ; mais redoutant que Pierre ne leur fût préféré, ils eurent la hardiesse de dire : « Ordonnez que nous soyons assis, l’un à votre droite et l’autre à votre gauche », ils le pressent par ce mot : ordonnez. Que va-t-il donc répondre ? Pour leur faire entendre qu’ils ne demandaient rien de spirituel, et qu’ils ne savaient pas même ce qu’ils sollicitaient, car s’ils le savaient, ils n’oseraient pas le demander, il leur fait cette réponse : « Vous ne savez pas ce que vous demandez » : vous ignorez combien cette chose est grande, combien elle est admirable, et dépassant même les plus hautes Vertus des cieux.

9e leçon

Et Il ajouta : « Pouvez-vous boire le calice que je vais boire », et être baptisé du baptême dont je suis baptisé ? Remarquez comment, tout en les entretenant de choses bien opposées, il les éloigne aussitôt de cette espérance. Vous me parlez, dit-il, d’honneur et de couronnes ; et moi, je vous parle de combats et de travaux. Ce n’est point ici le temps des récompenses, et cette gloire, qui m’appartient, n’apparaîtra pas de sitôt ; c’est à présent le temps de la persécution et des périls. Mais observez comme, par cette interrogation même, il les exhorte et les attire. Il ne leur dit point : Pouvez-vous endurer les mauvais traitements ? pouvez-vous verser votre sang ? il dit seulement : « Pouvez-vous boire le calice ? » et pour les attirer, il ajoute : « que je vais boire » afin de les mieux disposer à souffrir, par la perspective même de partager ses souffrances.

Saluons l’astre brillant qui se lève sur l’Église. Compostelle jadis resplendit par lui de l’éclat de tels feux que, pendant mille années, l’univers subit l’attraction de la ville obscure devenue, avec Jérusalem et Rome, l’un des foyers puissants de la piété des peuples. Tant que dura la chrétienté, Jacques le Grand le disputa, pour la gloire de sa tombe, à celle du sépulcre où Pierre repose soutenant l’Église.

Parmi les Saints de Dieu, il n’en est pas qui manifeste mieux la mystérieuse survivance des élus à leur carrière mortelle, dans la poursuite des intérêts que leur confia le Seigneur. La vie de Jacques fut courte après l’appel qui le faisait Apôtre ; le résultat de son apostolat apparut presque nul en cette Espagne qui lui était donnée. A peine l’avait-on vu comme prendre possession du sol de l’Ibérie dans sa course rapide ; et empressé à boire le calice qui devait satisfaire sa persévérante ambition d’être près du Seigneur, le premier des douze il ouvrait dans l’arène la marche glorieuse que l’autre fils de Zébédée devait clore. O Salomé, qui les mîtes au monde et fûtes près de Jésus l’interprète de leurs prétentions, tressaillez d’une double allégresse : vous n’êtes point rebutée ; vous avez pour complice celui qui fit le cœur des mères. N’est-ce pas lui qui déjà dès ce monde, à l’exclusion de tous autres et en la compagnie du seul Simon son vicaire, appelait les enfants que vous lui aviez donnés au spectacle des plus profondes œuvres de sa puissance, à la contemplation de sa gloire au Thabor, à la divine confidence de son trouble mortel au jardin de l’agonie ? Or voici qu’aujourd’hui l’aîné de votre sein devient le premier-né du collège sacré dans la mort ; protomartyr apostolique, ainsi quant à lui reconnut-il l’amour spécial du Seigneur Christ.

Comment pourtant sera-t il le messager de la foi, celui dont le glaive d’Hérode Agrippa] vient d’arrêter subitement la mission ? Comment justifiera-t-il son nom de fils du tonnerre, l’Apôtre dont quelques disciples au plus entendirent la voix dans le désert de l’infidélité ? Ce nom nouveau qui mettait à part encore une fois les deux frères, Jean le réalisa en déchirant la nue par les éclairs sublimes qui révélèrent au monde dans ses écrits les profondeurs de Dieu ; pour lui, comme pour Simon nommé Pierre par le Christ et devenu à jamais le fondement du temple, l’appellation reçue de l’Homme-Dieu fut prophétie et non vain titre ; pour Jacques aussi bien que pour Jean, l’éternelle Sagesse ne peut s’être trompée.

Ne croyons pas que le glaive d’un Hérode quelconque puisse déconcerter le Très-Haut dans les appels qu’il fait entendre aux hommes de sa droite. La vie des Saints n’est jamais tronquée ; leur mort, toujours précieuse, l’est plus encore quand c’est pour Dieu qu’elle semble arriver avant l’heure. C’est alors doublement qu’on peut dire en toute vérité que leurs œuvres les suivent, Dieu même étant tenu d’honneur et pour eux et pour lui à ce que rien ne manque à leur plénitude. « Il les a reçus comme une hostie d’holocauste, dit l’Esprit-Saint ; mais ils reparaîtront dans leur temps. On les verra scintiller comme la flamme qui court parmi les roseaux. Ils jugeront les nations, dompteront les peuples ; et le « Seigneur régnera par eux éternellement ». Oh ! Combien littéral devait, en ce qui touche notre Saint, se montrer l’oracle !

A l’extrémité nord de la péninsule ibérique, sur le tombeau où la piété de deux disciples avait jadis comme à la dérobée ramené son corps, près de huit siècles avaient passé, qui pour les habitants des cieux sont moins qu’un jour. Durant ce temps, la terre de son héritage, si rapidement parcourue naguère, avait vu les Barbares ariens succéder aux Romains idolâtres, puis le Croissant ramener plus profonde la nuit un moment dissipée. Un jour, au-dessus des ronces recouvrant le monument oublié, ont étincelé des lueurs, appelant l’attention sur ce lieu qui ne sera plus connu désormais que sous le nom de champ des étoiles. Mais soudain quelles clameurs retentissent, descendant des montagnes, ébranlant les échos des vallées profondes ? Quel est le chef inconnu ramenant au combat, contre une armée immense, la petite troupe épuisée que le plus vaillant héroïsme n’a pu la veille sauver d’une défaite ? Prompt comme l’éclair, brandissant d’une main son blanc étendard à la croix rouge, il fond haut l’épée sur l’ennemi éperdu, dont soixante-dix mille cadavres teignent de leur sang les pieds de son cheval de bataille. Salut au chef de la guerre sainte dont tant de fois cette Année liturgique a rappelé le souvenir ! Saint Jacques ! Saint Jacques ! Espagne, en avant ! C’est la rentrée en scène du pêcheur galiléen, que l’Homme-Dieu appela autrefois de la barque où il raccommodait ses filets ; c’est la réapparition de l’aîné des fils du tonnerre, libre enfin de lancer la foudre sur les Samaritains nouveaux qui prétendent honorer l’unité de Dieu en ne voyant qu’un prophète dans son Christ. Désormais Jacques sera pour l’Espagne chrétienne la torche ardente qu’avait vue le Prophète, le feu qui dévore à droite et à gauche les nations enserrant la cité sainte, jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé ses anciennes limites, et soit habitée au même lieu qu’autrefois par ses fils.

 

HISTOIRE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR

Ce que disent les Évangiles et les Actes des apôtres

Fils d’un homme appelé Zébédée et frère de saint Jean l’évangéliste, saint Jacques le Majeur était pêcheur dans le lac de Tibériade (ou mer de Galilée).

Appelés par le Christ aussitôt après saint Pierre et saint André, les deux frères quittent tout pour le suivre et deviennent ses disciples.

Saint Jacques est un des apôtres les plus présents dans les Évangiles puisqu’il est choisi avec Pierre et Jean pour assister à la Transfiguration de Jésus et pour l’assister dans sa nuit d’agonie, au Mont des Oliviers.

Il intervient également dans d’autres épisodes, parfois de façon assez brutale. Cela lui vaut d’être repris par son maître qui le surnomme « Fils du tonnerre » peut-être en raison de la vivacité de son caractère.

En ce qui concerne le qualificatif de Majeur, les explications les plus courantes, qui ne sont d’ailleurs pas contradictoires, sont les suivantes :

  • Il était le frère aîné de l'apôtre saint Jean,
  • Il est devenu disciple du Christ avant le second Jacques dit, pour cette raison, le Mineur.

Il a été le premier apôtre martyrisé, puisqu’il fut décapité à Jérusalem sur l’ordre du roi Hérode Agrippa. 

Ce que dit la Tradition

Après la Pentecôte, saint Jacques le Majeur serait parti en Espagne (alors appelée Ibérie) pour y répandre la foi nouvelle. Sa prédication n’aurait pas été un succès puisqu’il n’aurait converti qu’un très petit nombre de personnes.

À la suite d’une vision, il serait rentré en Palestine accompagné de deux des nouveaux chrétiens.  Il y aurait rencontré, vaincu et converti le mage Hermogène.

Après son martyre, ceux-ci auraient ramené son corps en Ibérie. Ils auraient débarqué dans le port romain d’Ira Flavia (aujourd’hui Padrón). Là ils se seraient opposés à Lupia ou Louve, reine de la contrée. Pour les empêcher d’inhumer leur maître sur ses terres, celle-ci leur aurait ordonné de le transporter dans un char tiré par des taureaux sauvages. Mais cette tentative échoua car, contre toute attente, les bêtes se seraient montrées dociles. La cérémonie de l’inhumation se serait alors déroulée sans autre incident et la reine et sa cour se seraient converties.

Ce qui se passe ensuite

Après des siècles d’oubli en 831, un ermite nommé Pélayo ou Pélage découvre par révélation divine le lieu de la sépulture de Jacques le Majeur (une nouvelle étoile apparue dans le ciel lui en indique l’endroit).

Très vite les autorités religieuses et laïques de l’endroit admettent l’authenticité de cette découverte et le culte de l’apôtre commence à se développer. Compostelle est née.

Coïncidant avec le début de la « Reconquista » chrétienne, menée par les rois asturiens, le pèlerinage au tombeau de l’apôtre connaît un succès croissant puisque, dès le milieu du siècle suivant, Godescalc, évêque du Puy, fait le voyage de Compostelle (sans qu’il soit possible de dire quel fut son itinéraire exact).

Cette croissance est brutalement interrompue par le raid en 997 du chef musulman Abou Amir al Mansour (Almanzor dans la littérature européenne) qui rase la ville et l’église, mais ne détruit pas le sépulcre de l’apôtre.

La cité est rapidement reconstruite et le pèlerinage vers Saint-Jacques devient de plus en plus populaire. Depuis, et même si il a connu des périodes d’effacement presque total, il n’a jamais cessé.

Légendes les plus connues

La bataille de Clavijo en 844

13 ans après la découverte de Pélage, le roi asturien Ramire livre une bataille au souverain musulman Abd al-Rahman II. 

Les chrétiens remportent la victoire grâce à l’intervention de saint Jacques qui charge à leur tête monté sur un cheval blanc, d’où Santiago Matamoro (tueur de maures) dont les représentations sont fréquentes en Espagne

 

Saint Jacques "Matamoros" - Cathédrale de Ségovie

Saint Jacques "Matamoros" - Cathédrale de Ségovie

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Super Heb. Prooemium

24 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Super Heb. Prooemium

Prooemium

Non est similis tui in diis, Domine, et non est secundum opera tua, Ps. Verba proposita exprimunt excellentiam Christi, in quibus Psalmista duo facit: primo ponit excellentiam Christi super omnes deos quantum ad naturam, secundo quantum ad operationem. Quantum ad primum dicit: non est similis tui in diis, Domine, circa quod sciendum est quod quamvis sit unus Deus natura, ut dicitur Dt. VI: Dominus Deus tuus unus est, participatione tamen multi sunt dii in caelo et in terra, ut dicitur infra cap. VIII; nam dii quandoque dicuntur ipsi Angeli, ut patet Jb I et II: cum venissent filii Dei ut assisterent coram Domino etc., quandoque prophetae, sicut de Moyse dicitur, Ex. VI: constitui te Deum Pharaonis, quandoque sacerdotes, secundum illud Ex. XXII: diis, idest sacerdotibus, non detrahes. Sed Angeli quidem dicuntur dii propter vehementem refulgentiam claritatis divinae gloriae, secundum illud Jb XXVI: numquid est numerus militum eius et super quem non fulgeat lumen illius?; Sed Angeli non sunt similes Christo in diis qui est splendor paternae gloriae, Ep. I: constituit eum super omnem principatum et potestatem et cetera. Prophetae vero dicuntur dii, quia ad eos verbum Dei factum est; non ergo sunt similes Christo in diis, quia est substantialiter ipsum verbum Dei, Jn. I: verbum erat apud Deum et Deus erat verbum. Sacerdotes autem dicuntur dii quia sunt ministri Dei nostri; non ergo sunt similes Christo in diis qui est Dominus, infra IV: tamquam Dominus in omni domo sua. Sic ergo patet excellentia eius super omnes deos quantum ad naturam, quia ipse est splendor, Angeli autem participant refulgentiam splendoris eius; ipse est verbum Dei quod prophetis innotescit; ipse est Deus et Dominus cuius ministerio sacerdotes deputantur. Secundo manifestat excellentiam Christi quantum ad operationem, cum dicit: et non est secundum opera tua. Ubi sciendum est quod triplex est excellens opus Christi: unum quod se extendit ad totam naturam, scilicet opus creationis, Jn. I: omnia per ipsum facta sunt; aliud quod se extendit ad creaturam rationalem tantum quae per ipsum illuminatur, Jn. I: lux vera quae illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum; tertium est opus iustificationis per quam a Christo sancti familiariter iustificantur, Jn. I: et vita erat lux hominum. Et quantum ad istud triplex opus, non adaequantur Christo dii praedicti: Angeli quidem non, quia non sunt creatores sed creaturae, Ps.: qui facit Angelos suos spiritus; non prophetae, quia non sunt illuminatores sed illuminati, Lc. I: illuminare his qui etc.; non sacerdotes, quia non sunt iustificatores sed iustificati, infra IX (X 4): impossibile est enim sanguine taurorum et hircorum auferri peccata. Sic ergo manifestum est quod Christo nullus similis est in diis nec in operibus, et ideo haec verba perfecte continent materiam huius epistolae quae scribitur ad Hebraeos. Quae quidem epistola dividitur contra praecedentes, cum enim intentio apostoli in omnibus epistolis sit commendare gratiam novi testamenti; Ecclesia autem tota est corpus mysticum: habet quidem similitudinem cum corpore naturali quantum ad tria: quantum ad ipsum corpus, quantum ad membra principalia et quantum ad caput; in primis ergo epistolis directis ad Ecclesias, scilicet Romanorum, Corinthiensium et Galatarum, etc. usque ad primam ad Timotheum, commendat gratiam novi testamenti quantum ad ipsum corpus mysticum; in sequentibus vero epistolis directis ad personas speciales, scilicet Timotheum, Titum, Philemonem, commendat gratiam novi testamenti quantum ad membra principalia; in ista vero epistola commendat ipsam quantum ad caput, scilicet Christum, unde hic agitur de excellentia Christi. Sed antequam accedamus ad divisionem, sciendum est quod quidam apud Nicenam synodum dubitaverant an haec epistola edita fuisset a beato Paulo; et quod non esset eius probabant duobus argumentis: uno quidem modo, quia in aliis suis epistolis salutationem praemisit et proprium nomen expressit, in hac vero et nomen tacuit et salutationem intermisit; alio modo, quia epistola illa non concordat in stylo cum aliis, immo et elegantiorem modum habet et ordinatiorem in verbis et sententiis. Sed contra hoc est quia ab antiquis doctoribus testimonia huius epistolae accipiuntur sicut a Paulo editae, ut patet ex dictis Dionysii et aliorum, et ideo Nicena synodus recepit eam sicut epistolam Pauli. Ad primum ergo dicendum quod salutationem et nomen suum non expressit et praetermisit propter tria: primo, cum esset apostolus gentium (secundum quod dicitur Ga. II: qui operatus est Petro in apostolatu, operatus est et mihi inter gentes etc.), nolebat officium suum insinuare nisi ipsis gentibus, quod etiam oportuisset ipsum fecisse ipsis Iudaeis si salutationem praemisisset; quia tamen emulabatur salutem gentis suae, nisi desisteret a salutatione, non cessavit quin scriberet eis, Rm. II: quamdiu ego sum apostolus gentium, ministerium meum honorabo, si quomodo etc.; secundo, quia nomen suum erat odiosum Iudaeis, cum doceret legalia non debere servari; tertio, quia Iudaeus erat: domestici enim non bene sustinent excellentiam suorum, Jn. IV: propheta in patria sua honorem non habet, et ideo ne tam salubris doctrina impediretur, tacuit nomen suum, et propter suam humilitatem et propter Iudaeorum superbiam. Ad secundum, dicendum quod causa elegantiae fuit, in stylo et ordine in sententia et verbis eius, quia non scripsit eam in Graeco sed in Hebraeo, in qua utpote in propria lingua quam a pueritia didicit eruditus loquebatur. Nam licet alias linguas sciret ex dono Spiritus Sancti, non tamen in aliis ita ordinate loquebatur (I Cor. XI: etsi inexpertus sermone, non tamen scientia): cum enim omne quod recipitur sit secundum modum et dispositionem eius in quo recipitur, non est mirum si apostolus perfectius receperit donum Spiritus Sancti secundum modum propriae linguae in qua nutritus fuerat. Unde Glossa super illud Am I: Dominus de excelsis rugiet, dicitur quod prophetae similitudines illarum rerum videbant circa quas versabantur, et inde est quod Amos qui fuit pastor instruebatur sub similitudinibus animalium; Isaias vero qui fuit vir urbanus et nobilis, sub similitudinibus nobilioribus, Is. VI: vidi Dominum sedentem super solium excelsum et elevatum et cetera. Quamvis possit dici quod fuerit translata a Luca de Hebraico in Graecum, qui utpote optimus prolocutor ornatum sui styli modum servavit. Scripta autem est haec epistola propter errores quorumdam qui ex Iudaismo conversi ad fidem Christi volebant simul et legalia servare cum Evangelio, quasi non sufficiebat gratia Christi ad salutem; quod, ut dictum est, intendit apostolus destruere ostendendo excellentiam Christi. Dividitur autem haec epistola in partes duas: primo enim multipliciter ostendit excellentiam capitis ut ex hoc praeferatur novum testamentum veteri, secundo determinat de his quibus membra iunguntur capiti, et hoc a X capitulo et ultra. Circa primum est sciendum quod apostolus ostendit excellentiam novae legis ad veterem legem. In veteri autem lege, quantum ad eius lationem, interveniunt tres personae excellentes per quas ipsius legis dignitas assumi posset, scilicet Angeli quorum ministerio tradita est, Ac. I, Ga. IV: ordinata est per Angelos etc.; item Moyses per quem data est, Dt. ult.: non surrexit propheta in Israel sicut Moyses quem noscit Deus facie ad faciem; item Aaron per quem sacerdotium exercebatur, infra IX: in priori quidem tabernaculo semper introibant sacerdotes et cetera. Et ideo dividitur pars illa prima in tres partes: primo ostendit excellentiam Christi quantum ad Angelos, secundo quantum ad Moysen, III cap. ibi: unde fratres sancti, tertio quantum ad sacerdotes, V cap. ibi: omnis namque pontifex. Prima pars dividitur in duas partes: primo ponit Christi ad Angelos excellentiam, secundo concludit novae legi exhibendam esse reverentiam, II cap. ibi: propter quod abundantius. Circa primum duo facit: primo proponit intentum, secundo properat (probat) propositum, ibi: tanto melior et cetera. Circa primum, sciendum est quod singulare est in hac epistola ut singula verba singulas habeant sententias et suum ordinem servent. Intentio igitur apostoli est ostendere excellentiam Christi quantum ad quattuor: primo quantum ad naturalem proprietatem originis, vocando eum verum filium Dei essentialem, cum dicit: locutus est nobis in Filio; secundo quantum ad maiestatem dominationis, cum dicit: quem constituit heredem universorum; tertio quantum ad virtutem operationis, cum dicit: per quem fecit et saecula; quarto quantum ad sublimitatem gloriae et divinitatis, cum dicit: qui, cum sit splendor gloriae. Et quia apostolus commendat Christi excellentiam ut hic redundet in novo testamento, ideo comparat novum testamentum veteri. Circa vetus autem testamentum quinque ponit: modum tradendi, traditionis tempus, auctorem, personas quibus fuit traditum et ministros per quos traditum est. Modus autem tradendi est cum multiplicitate, cum dicit: multipharie multisque modis et cetera.


 

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Saint Apollinaire évêque et martyr mémoire de Saint Liboire Évêque et Confesseur

23 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Apollinaire évêque et martyr mémoire de Saint Liboire Évêque et Confesseur

Collecte

Dieu, qui récompensez les âmes fidèles, vous avez consacré ce jour par le martyre du bienheureux Apollinaire, votre Prêtre : faites, s’il vous plaît, que nous, qui sommes vos serviteurs, nos obtenions notre pardon au moyen des prières de celui dont nous célébrons la fête vénérable.

Office

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Apollinaire vint d’Antioche à Rome avec le prince des Apôtres, qui l’ordonna Évêque et l’envoya à Ravenne pour prêcher l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. Comme il convertissait dans cette ville beaucoup d’âmes à la foi chrétienne, il fut arrêté par les prêtres des idoles et cruellement frappé. Par ses prières, un noble personnage nommé Boniface, muet depuis longtemps, recouvra la parole, et sa fille fut délivrée d’un esprit immonde : ces miracles soulevèrent une nouvelle sédition contre le Saint. On le battit de verges, et on le contraignit à marcher pieds nus sur des charbons ardents ; comme le feu de ces charbons ne le brûlait point, on le chassa de la ville.

Cinquième leçon. Il se cacha un certain temps avec quelques Chrétiens, puis partit pour l’Émilie, où il ressuscita la fille du patricien Rufin ; ce prodige détermina toute la famille de Rufin à croire en Jésus-Christ. Le préfet, s’en étant fort irrité, manda Apollinaire et lui enjoignit de ne plus propager la foi du Christ dans la ville. Comme Apollinaire ne tenait aucun compte de ses ordres, on le tortura sur le chevalet, on répandit de l’eau bouillante sur ses plaies et on lui frappa le visage avec une pierre ; ensuite, le chargeant de chaînes, on le jeta en prison. Quatre jours après, on l’embarqua pour l’envoyer en exil ; ayant fait naufrage, il vint en Mysie ; de là, sur les rives du Danube, et puis en Thrace.

Sixième leçon. Pendant que le disciple de l’Apôtre Pierre y séjournait, le démon refusa de donner des réponses dans le temple de Sérapis. Après qu’on l’eut cherché longtemps, Apollinaire fut enfin trouvé et de nouveau contraint de prendre la mer. Étant donc revenu à Ravenne, et les mêmes prêtres des idoles recommençant à l’accuser, il fut confié à la garde d’un centurion. Celui-ci, qui honorait secrètement le Christ, favorisa son évasion pendant la nuit. La chose connue, les satellites se mirent à le poursuivre, le couvrirent de blessures et le laissèrent pour mort sur le chemin. Recueilli par des Chrétiens, il les exhorta à rester fermes dans la foi et quitta cette vie sept jours après, couronné de la gloire du martyre. Son corps fut enseveli non loin des murailles de la ville.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.. Lib. 10 in Lucæ cap. 22, post init.

Septième leçon. Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Il n’y a donc pas moyen pour l’homme d’égaler Dieu ; mais il doit y avoir émulation pour lui ressembler. Seul le Christ est l’image parfaite de Dieu, ne faisant qu’un avec son Père dont il exprime en sa personne toute la splendeur. L’homme juste, lui, est à l’image de Dieu, quand éclairé par la connaissance de Dieu et désireux d’imiter la conduite divine, il compte pour peu ce bas monde et dédaigne les voluptés de la terre, rassasié qu’il est du Verbe, aliment vivifiant de nos âmes : aussi mangeons-nous le corps du Christ, afin de pouvoir être participants de la vie éternelle.

Huitième leçon. Car ce qui nous est promis en fait de récompense et d’honneur ce n’est pas de manger et de boire ; c’est la communication de la grâce céleste et de la vie sans fin. Les douze trônes ne sont pas non plus comme des sièges faits pour asseoir le corps. Mais de même que le Christ, en raison de son égalité avec Dieu, juge les âmes d’après la connaissance intime qu’il en a, et non d’après un interrogatoire qui les force à déclarer leurs actes, rémunérant la vertu et condamnant l’impiété, de même aussi, les Apôtres sont destinés et formés à l’exercice d’un jugement spirituel par lequel la foi est récompensée, l’incrédulité détestée ; ils refusent l’erreur avec force et poursuivent les sacrilèges d’une haine sainte.

Neuvième leçon. Convertissons-nous et prenons garde qu’il ne s’élève entre nous, pour notre perte, quelque contestation au sujet du premier rang. Que les Apôtres même eurent à ce sujet un débat, cela n’est point rappelé pour nous fournir une excuse mais pour nous mettre sur nos gardes. Si Pierre ne fut qu’à la fin tout à fait converti, lui qui avait suivi le Seigneur dès son premier appel, qui donc pourra se vanter d’une conversion tôt et vite accomplie ? Évitez donc la jactance ; évitez le monde. Il reçut l’ordre de quitter ses frères, l’Apôtre qui a dit : « Nous avons tout quitté et nous vous avons suivi ».

Ravenne, mère des cités, convoque aujourd’hui l’univers à célébrer l’évêque martyr dont les travaux firent plus pour son éternelle renommée que la faveur des empereurs et des rois. Du milieu de ses antiques monuments la rivale de Rome, aujourd’hui déchue, n’en montre pas moins fièrement la chaîne ininterrompue de ses Pontifes, remontant jusqu’au Vicaire de l’Homme-Dieu par Apollinaire, qu’ont exalté dans leurs discours les Pères et Docteurs de l’Église universelle, ses successeurs et ses fils. Plût au ciel que toujours la noble ville se fût souvenue de ce qu’elle devait à Pierre !

Pour suivre uniquement le Prince des Apôtres, Apollinaire, oubliant famille, patrie, avait tout quitté. Or, un jour, le maître dit au disciple : « Pourquoi restes-tu assis avec nous ? Voilà que tu es instruit de tout ce que Jésus a fait : lève-toi, reçois le Saint-Esprit, et va vers cette ville qui ne le connaît pas ». Et le bénissant, et lui donnant le baiser, il l’envoya au loin. Scènes sublimes de séparation, fréquentes en ces premiers temps, bien des fois répétées depuis, et qui font dans leur héroïque simplicité la grandeur de l’Église.

Apollinaire courait au sacrifice. Le Christ, dit saint Pierre Chrysologue, se hâtait au-devant du martyr, le martyr précipitait le pas vers son Roi : l’Église qui voulait garder cet appui de son enfance se jeta au-devant du Christ pour retarder, non le combat, mais la couronne ; et durant vingt-neuf ans, ajoute Pierre Damien, le martyre se poursuivit à travers d’innombrables tourments, de telle sorte que les labeurs du seul Apollinaire suffirent à ces contrées qui n’eurent point d’autre témoin de la foi par le sang. Selon les traditions de l’Église qu’il avait si puissamment fondée, la divine Colombe intervint directement et visiblement par douze fois, jusqu’à l’âge de la paix, pour désigner chacun des successeurs d’Apollinaire.

Instruits par Venance Fortunat venu de Ravenne en nos régions du Nord, nous saluons de loin votre glorieuse tombe. Répondez-nous par le souhait que vous formuliez durant les jours de votre vie mortelle : Que la paix de notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ repose sur vous ! La paix, don parfait, premier salut de l’apôtre et consommation de toute grâce : combien vous l’avez appréciée, combien vous en fûtes jaloux pour vos fils, même après avoir quitté la terre ! C’est elle qui vous fit obtenir du Dieu de paix et de dilection cette intervention miraculeuse par laquelle si longtemps furent marqués les pontifes qui devaient après vous s’asseoir en votre chaire. Vous-même n’apparûtes-vous pas un jour au Pontife romain, pour lui montrer dans Chrysologue l’élu de Pierre et d’Apollinaire ? Et plus tard, sachant que les cloîtres allaient devenir l’asile de cette divine paix bannie du reste du monde, vous vîntes en personne par deux fois solliciter Romuald d’obéir à l’appel de la grâce et d’aller féconder le désert.

Pourquoi faut-il qu’enivré de faveurs qui partaient de la terre, plus d’un de vos successeurs, que ne désignait plus, hélas ! La divine Colombe, ait oublié si tôt les leçons laissées par vous à votre Église ? Fille de Rome, ne devait-elle pas se trouver assez grande d’occuper entre ses illustres sœurs la première place à la droite de la mère ? Du moins l’Évangile même chanté depuis douze siècles et plus peut-être, en la solennité de ce jour, aurait-il dû la protéger contre les lamentables excès appelés à précipiter sa déchéance. Rome, avertie par de trop regrettables indices, prévoyait-elle donc déjà les sacrilèges ambitions des Guibert, quand son choix se fixait sur ce passage du texte sacré : Il s’éleva une contestation parmi les disciples, à qui devait passer pour le plus grand ? Et quel commentaire, à la fois plus significatif et plus touchant, pouvait-on donner à cet Évangile, que les paroles de Pierre même en l’Épître : « Les vieillards qui sont parmi vous, je les supplie, moi vieillard comme eux et témoin des souffrances du Christ, de paître le troupeau, non dans un esprit de domination sur l’héritage du Seigneur, mais en étant ses modèles dans le désintéressement et l’amour ; que tous s’animent à l’humilité mutuellement, car Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles ». Faites, ô Apollinaire, que pasteurs et troupeau, dans toutes les Églises, profitent maintenant du moins de ces apostoliques et divines leçons, pour que tous un jour nous nous trouvions assis à la table éternelle où le Seigneur convie les siens près de Pierre et de vous dans son royaume

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Sainte Marie-Madeleine pénitente

22 Juillet 2024 , Rédigé par Ludovicus

 Sainte Marie-Madeleine pénitente

Collecte

Nous vous prions, Seigneur, par les suffrages de la bienheureuse Marie-Madeleine, de venir à notre aide : vous qui, fléchi par ses prières, avez ressuscité vivant des enfers son frère Lazare, mort depuis quatre jours.

Office

4e leçon

Sermon de saint Grégoire, Pape

Marie-Madeleine, qui avait été « connue dans la ville comme pécheresse », a lavé de ses larmes les taches de sa vie criminelle en aimant la vérité, et cette parole de la Vérité s’est accomplie : « Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé ». Madeleine, qui auparavant était demeurée dans la froideur en péchant, était dans la suite embrasée d’ardeur dans son amour. Elle ne quittait point le sépulcre du Seigneur, alors même que les disciples s’en éloignaient. Elle chercha avec soin celui qu’elle n’avait point trouvé d’abord. Elle pleurait en le cherchant, et embrasée du feu de son amour, elle brûlait de retrouver celui qu’elle croyait enlevé ! Aussi arriva-t-il que Madeleine seule le vit alors, elle qui était restée pour le chercher ; c’est qu’en effet toute bonne œuvre a son mérite dans la persévérance.

5e leçon

Elle le chercha donc d’abord sans le trouver ; mais en continuant sa recherche, elle réussit enfin à le trouver. Il se fit que le retard augmenta ses désirs, et que ses désirs devenus plus vifs rencontrèrent ce qu’ils voulaient trouver. C’est ce qui fait dire à l’Épouse mystique, l’Église, parlant de cela dans le Cantique des cantiques : « Sur ma couche, pendant les nuits, j’ai cherché celui que chérit mon âme ». Le bien-aimé, nous le cherchons, couchés sur notre lit, lorsque, dans le peu de repos que laisse la vie présente, le désir de voir notre Sauveur nous fait soupirer après lui. Nous le cherchons pendant la nuit ; car, si déjà notre esprit veille en pensant à lui, l’obscurité pèse encore sur notre vue.

6e leçon

Mais que celui qui ne trouve pas son bien-aimé se lève à la fin et fasse le tour de la ville ; c’est-à-dire, qu’il porte dans la sainte Église des élus les investigations de son esprit ; qu’il cherche par les rues et les places : c’est-à-dire qu’il observe ceux qui suivent les chemins étroits et ceux qui fréquentent les routes plus larges, pour voir s’il ne découvre pas quelques traces de Celui qu’il aime : car il y a des personnes, jusque dans la vie du siècle, qui offrent quelque chose à imiter pour la pratique de la vertu. Mais au milieu de nos recherches, nous voici rencontrés par les sentinelles de la ville : je veux dire que les saints Pères, qui veillent à la sécurité de l’Église, viennent au-devant de nos bons desseins, pour nous instruire et par leurs discours et par leurs écrits. Et c’est après les avoir un peu dépassés, que nous trouvons l’objet de notre amour. Car si notre humble Sauveur s’est fait l’égal des hommes par son humanité, il les a toujours surpassés par sa divinité.

7e leçon

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Vous avez écouté très attentivement l’Évangile qu’on vient de lire, et le fait qu’il rapporte a été soigneusement retracé aux yeux de votre esprit. Vous avez vu, non des yeux du corps mais de ceux de l’âme, notre Seigneur Jésus-Christ s’asseoir à table chez un Pharisien dont il n’avait pas dédaigné l’invitation. Vous avez vu aussi une femme, célèbre dans la ville par sa mauvaise réputation, pénétrant dans la salle, sans avoir été conviée au repas offert au médecin de son âme, et osant, par une sainte hardiesse, lui demander sa guérison. Sa présence est importune pour un festin, mais très opportune par rapport au bienfait qu’elle attend. Madeleine connaissait, en effet, la gravité de son mal, et elle savait que celui qu’elle était venue trouver était capable de la guérir.

8e leçon

Elle vint donc tout près du Seigneur, non à sa tête, mais à ses pieds, cherchant des traces de vertu, après avoir longtemps erré dans le vice. D’abord elle fait couler de son cœur un ruisseau de larmes, et en lave les pieds du divin Maître par l’humble aveu de ses fautes. Et les ayant essuyés avec ses cheveux, elle les baise et y répand une profusion de parfums. Son silence était tout un langage ; pas un mot ne sortait de sa bouche, mais elle faisait voir sa dévotion. La voyant donc toucher le Sauveur, voyant qu’elle arrose de larmes ses pieds, qu’elle les essuie, les couvre de baisers et les parfume, le Pharisien qui avait invité notre Seigneur Jésus-Christ, et qui était un de ces hommes superbes désignés par le Prophète Isaïe : « Qui disent : Retire-toi de moi, ne m’approche pas, parce que je suis pur », ce Pharisien supposa que le Seigneur ne savait pas ce qu’était cette femme.

9e leçon

O Pharisien, qui invites le Seigneur et qui souris à son sujet, tu le nourris, et tu ne comprends point que c’est lui qui doit te nourrir ! D’où sais-tu qu’il ignore ce qu’a été cette femme, sinon parce que tu vois qu’il s’est laissé approcher, qu’elle lui baise les pieds, qu’elle les essuie et les parfume ? Apparemment il ne fallait point permettre à une femme impure de toucher des pieds si purs. Et si pareille femme fût venue aux pieds du Pharisien, il n’aurait pas manqué de lui dire ce qu’Isaïe met dans la bouche de ces orgueilleux : « Retire-toi de moi, et ne me touche pas, parce que je suis pur ». Celle-ci, au contraire, eut accès auprès du Seigneur ; elle s’approcha souillée, pour s’en aller purifiée ; elle s’approcha malade, pour s’en aller guérie ; elle s’approcha en confessant ses fautes pour s’en aller ayant professé sa foi.

« Trois Saints, dit à Brigitte de Suède le Fils de Dieu, m’ont agréé pardessus tous les autres : Marie ma mère, Jean-Baptiste, et Marie Madeleine ». Figure, nous disent les Pères, de l’Église des Gentils appelée des abîmes du péché à la justice parfaite, Marie Madeleine plus qu’aucune autre, en effet, personnifia les égarements et l’amour de cette humanité que le Verbe avait épousée. Comme les plus illustres personnages de la loi de grâce, elle se préexista dans les siècles. Suivons dans l’histoire de la grande pénitente la marche tracée par la voix unanimement concordante de la tradition : Madeleine, on le verra, n’en sera point diminuée.

Lorsqu’avant tous les temps Dieu décréta de manifester sa gloire, il voulut régner sur un monde tiré du néant ; et la bonté en lui égalant la puissance, il fit du triomphe de l’amour souverain la loi de ce royaume que l’Évangile nous montre semblable à un roi qui fait les noces de son fils.

C’était jusqu’aux limites extrêmes de la création, que l’immortel Fils du Roi des siècles arrêta de venir contracter l’alliance résolue au sommet des collines éternelles. Bien au-dessous de l’ineffable simplicité du premier Être, plus loin que les pures intelligences dont la divine lumière parcourt en se jouant les neuf chœurs, l’humaine nature apparaissait, esprit et corps, faite elle aussi pour connaître Dieu, mais le cherchant avec labeur, nourrissant d’incomplets échos sa soif d’harmonies, glanant les derniers reflets de l’infinie beauté sur l’inerte matière. Elle pouvait mieux, dans son infirmité, manifester la condescendance suprême ; elle fixa le choix de Celui qui s’annonçait comme l’Époux.

Parce que l’homme est chair et sang, lui donc aussi se ferait chair ; il n’aurait point les Anges pour frères, et serait fils d’Adam. Splendeur du Père dans les deux, le plus beau de sa race ici-bas, il captiverait l’humanité dans les liens qui l’attirent. Au premier jour du monde, en élevant par la grâce l’être humain jusqu’à Dieu, en le plaçant au paradis de l’attente, l’acte même de création scella les fiançailles.

Hélas ! Sous les ombrages de l’Éden, l’humanité ne sut attendre l’Époux. Chassée du jardin de délices, elle se jeta dans tous les bois sacrés des nations et prostitua aux idoles vaines ce qui lui restait de sa gloire. Car grands encore étaient ses attraits ; mais ces dons de nature, quoiqu’elle l’eût oublié], restaient les présents profanés de l’Époux : « Cette beauté qui te rendait parfaite aux yeux, c’était la mienne que j’avais mise en toi, dit le Seigneur Dieu » .

L’amour n’avouait pas sa défaite ; la Sagesse, suave et forte, entreprenait de redresser les sentiers des humains. Dans l’universelle conspiration, laissant les nations mener jusqu’au bout leur folle expérience, elle se choisit un peuple issu de souche sainte, en qui la promesse faite à tous serait gardée. Quand Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare, la nation juive fut consacrée à Dieu, Israël devint son domaine. En la personne du fils de Béor, la gentilité vit passer au désert ce peuple nouveau, et elle le bénit dans l’admiration des magnificences du Seigneur habitant avec lui sous la tente, et cette vue fit battre en elle un instant le cœur de l’Épouse. « Je le verrai, s’écria-t-elle en son transport, mais non maintenant ; je le contemplerai, mais plus tard ! » Du sommet des collines sauvages] d’où l’Époux l’appellera un jour, elle salua l’étoile qui devait se lever de Jacob, et redescendit prédisant la ruine à ces Hébreux qui l’avaient pour un temps supplantée.

Extase sublime, suivie bientôt de plus coupables égarements ! Jusques à quand, fille vagabonde, t’épuiseras-tu dans ces délices fausses ? Comprends qu’il t’a été mauvais d’abandonner ton Dieu. Les siècles ont passé ; la nuit tombe ; l’étoile a paru, signe de l’Époux conviant les nations. Laisse-toi ramener au désert ; écoute Celui qui parle à ton cœur. Ta rivale d’autrefois n’a point su rester reine ; l’alliance du Sinaï n’a produit qu’une esclave. L’Époux attend toujours l’Épouse.

Quelle attente, ô Dieu, que celle qui vous fait franchir au-devant de l’infidèle humanité les collines et les monts ! A quel point donc peuvent s’abaisser les cieux, que devenu péché pour l’homme pécheur, vous portiez vos conquêtes au delà du néant, et triomphiez de préférence au fond des abîmes ? Quelle est cette table où votre Évangéliste nous montre le Fils de l’Eternel, inconnu sous la servile livrée des hommes mortels, assis sans gloire dans la maison du pharisien superbe ? L’heure a sonné où l’altière synagogue qui n’a su ni jeûner avec Jean, ni se réjouir avec Celui dont il préparait les sentiers, va voir enfin Dieu justifier les délais de son miséricordieux amour. « Ne méprisons pas comme des pharisiens les conseils de Dieu, s’écrie saint Ambroise à cet endroit du livre sacré. Voici que chantent les fils de la Sagesse ; écoute leurs voix, entends leurs danses : c’est l’heure des noces. Ainsi chantait le Prophète, quand il disait : Viens ici du Liban, mon Épouse, viens ici du Liban ».

Et voici qu’une femme, qui était pécheresse dans la ville, quand elle apprit qu’il était assis à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum ; et se tenant derrière lui à ses pieds, elle commença à les arroser de ses larmes, et les essuyant avec ses cheveux, elle les baisait, et y répandait le parfum. « Quelle est cette femme ? L’Église sans nul doute, répond saint Pierre Chrysologue : l’Église sous le poids des souillures de ses péchés passés dans la cité de ce monde. A la nouvelle que le Christ a paru dans la Judée, qu’il s’est montré au banquet de la Pâque, où il livre ses mystères, où il révèle le Sacrement divin, où il manifeste le secret du salut : soudain, se précipitant, elle dédaigne les contradictions des scribes qui lui ferment l’entrée, elle brave les princes de la synagogue ; et ardente, toute de désirs, elle pénètre au sanctuaire, où elle trouve Celui qu’elle cherche trahi par la fourberie judaïque au banquet de l’amour, sans que la passion, la croix, le sépulcre, arrêtent sa foi et l’empêchent de porter au Christ ses parfums ».

Et quelle autre que l’Église, disent à leur tour ensemble Paulin de Noie et Ambroise de Milan, a le secret de ce parfum ? Elle dont les fleurs sans nombre ont tous les arômes, qui, odorante des sucs variés de la céleste grâce, exhale suavement à Dieu les multiples senteurs des vertus provenant de nations diverses et les prières des saints, comme autant d’essences s’élevant sous l’action de l’Esprit de coupes embrasées. De ce parfum de sa conversion, qu’elle mêle aux pleurs de son repentir, elle arrose les pieds du Seigneur, honorant en eux son humanité. Sa foi qui l’a justifiée croit de pair avec son amour ; bientôt la tête même de l’Époux, sa divinité, reçoit d’elle l’hommage de la pleine mesure de nard précieux et sans mélange signifiant la justice consommée, dont l’héroïsme va jusqu’à briser le vase de la chair mortelle qui le contenait dans le martyre de l’amour ou des tourments.

Mais alors même qu’elle est parvenue au sommet du mystère, elle n’oublie pas les pieds sacrés dont le contact l’a délivrée des sept démonsreprésentant tous les vices ; car à jamais pour le cœur de l’Épouse, comme désormais au sein du Père, l’Homme-Dieu reste inséparable en sa double nature. A la différence donc du Juif qui, ne voulant du Christ ni pour fondement ni pour chef, n’a trouvé, comme Jésus l’observe ni pour sa tête l’huile odorante, ni l’eau même pour ses pieds, elle verse sur les deux son parfum de grand prix ; et tandis que l’odeur suave de sa foi si complète remplit la terre devenue par la victoire de cette foi la maison du Seigneur, elle continue, comme au temps où elle y répandait ses larmes, d’essuyer de ses longs cheveux les pieds du Maître. Mystique chevelure, gloire de l’Épouse : où les saints voient ses œuvres innombrables et ses prières sans fin ; dont la croissance réclame tous ses soins d’ici-bas ; dont l’abondance et la beauté seront divinement exaltées dans les cieux par Celui qui comptera jalousement, sans négliger aucune, sans laisser perdre une seule, toutes les œuvres de l’Église. C’est alors que de sa tête, comme de celle de l’Époux, le divin parfum qui est l’Esprit-Saint se répandra éternellement, comme une huile d’allégresse, jusqu’aux extrémités de la cité sainte.

En attendant, ô pharisien qui méprises la pauvresse dont l’amour pleure aux pieds de ton hôte divin méconnu, j’aime mieux, s’écrie le solitaire de Nole, me trouver lié dans ses cheveux aux pieds du Christ, que d’être assis près du Christ avec toi sans le Christ. Heureuse pécheresse que celle qui mérita de figurer l’Église, au point d’avoir été directement prévue et annoncée par les Prophètes, comme le fut l’Église même ! C’est ce qu’enseignent saint Jérôme et saint Cyrille d’Alexandrie, pour sa vie de grâce comme pour son existence de péché. Et résumant à son ordinaire la tradition qui l’a précédé, Bède le Vénérable ne craint pas d’affirmer qu’en effet « ce que Madeleine a fait une fois, reste le type de ce que fait toute l’Église, de ce que chaque âme parfaite doit toujours faire ».

Qui ne comprendrait la prédilection de l’Homme-Dieu pour cette âme dont le retour, en raison même de la misère plus profonde où elle était tombée, manifesta dès l’abord et si pleinement le succès de sa venue, la défaite de Satan, le triomphe de cet amour souverain posé à l’origine comme l’unique loi de ce monde ! Lorsque Israël n’attendait du Messie que des biens périssables, quand les Apôtres eux-mêmes et jusqu’à Jean le bien-aimé ne rêvaient près de lui que préséances et honneurs, la première elle vient à Jésus pour lui seul et non pour ses dons. Avide uniquement de purification et d’amour, elle ne veut pour partage que les pieds augustes fatigués à la recherche de la brebis égarée : autel béni, où elle trouve le moyen d’offrir à son libérateur autant d’holocaustes d’elle-même, dit saint Grégoire, qu’elle avait eu de vains objets de complaisance. Désormais ses biens comme sa personne sont à Jésus, dont elle n’aura plus d’occupation que de contempler les mystères et la vie, dont elle recueillera chaque parole, dont elle suivra tous les pas dans la prédication du royaume de Dieu. S’asseoir à ses pieds est pour elle l’unique bien, le voir l’unique joie, l’entendre le seul intérêt de ce monde. Combien vite, dans la lumière de son humble confiance, elle a dépassé la synagogue et les justes eux-mêmes ! Le pharisien s’indigne, sa sœur se plaint, les disciples murmurent : partout Marie se tait, mais Jésus parle pour elle ; on sent que son Cœur sacré est atteint de la moindre appréciation défavorable à rencontre. A la mort de Lazare, le Maître doit l’appeler du repos mystérieux où même alors, remarque saint Jean, elle restait assise ; sa présence au tombeau fait plus que celle du collège entier des Apôtres et de la tourbe des Juifs ; un seul mot d’elle, déjà dit par Marthe accourue la première, est plus puissant que tous les discours de celle-ci ; ses pleurs enfin font pleurer l’Homme-Dieu, et suscitent en lui le frémissement sacré, précurseur du rappel à la vie de ce mort de quatre jours, le trouble divin qui montre Dieu conquis à sa créature. Bien véritablement donc, pour les siens comme pour elle-même, pour le monde comme pour Dieu, Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée.

En ce qui précède, nous n’avons fait, pour ainsi dire, que coudre l’un à l’autre les témoignages bien incomplets d’une vénération qui se retrouve la même, toujours et partout, chez les dépositaires de la doctrine et les maîtres de la science. Cependant les hommages réunis des Docteurs n’équivalent point, pour l’humble Madeleine, à celui que lui rend l’Église même, lorsqu’au jour de la glorieuse Assomption de Notre-Dame, elle n’hésite pas à rapprocher l’incomparable souveraine du monde et la pécheresse justifiée, au point d’appliquer à la première en son triomphe l’éloge évangélique qui regarde celle-ci. Ne devançons point les lumières que le Cycle nous réserve en ses développements ; mais entendons Albert le Grand nous attester pour sûr que, dans le monde de la grâce aussi bien que dans celui de la création matérielle, Dieu a fait deux grands astres, à savoir deux Maries, la Mère du Seigneur et la sœur de Lazare : le plus grand, qui est la Vierge bienheureuse, pour présider au jour de l’innocence ; le plus petit, qui est Marie la pénitente sous les pieds de cette bienheureuse Vierge, pour présider à la nuit en éclairant les pécheurs qui viennent comme elle à repentir. Comme la lune par ses phases marque les jours de fête à la terre, ainsi sans doute Madeleine, au ciel, donne le signal de la joie qui éclate parmi les Anges de Dieu sur tout pécheur faisant pénitence. N’est-elle donc pas également, par son nom de Marie et en participation de l’Immaculée, l’Étoile de la mer, ainsi que le chantaient autrefois nos Églises des Gaules, lorsqu’elles rappelaient qu’en pleine subordination servante et reine avaient été toutes deux principe d’allégresse en l’Église : l’une engendrant le salut, l’autre annonçant la Pâque !

Nous ne reviendrons point sur les inoubliables récits de ce jour, le plus grand des jours, où Madeleine, comme l’étoile du matin, marcha en avant de l’astre vainqueur inaugurant l’éternité sans couchant. Glorieuse aurore, où la divine rosée, s’élevant de la terre, effaça du fatal décret la déchéance prononcée contre Ève ! Femme, pourquoi pleures-tu ? Tu ne te trompes pas : c’est bien le divin jardinier qui te parle, celui qui, hélas ! au commencement avait planté le paradis. Mais trêve aux pleurs ; dans cet autre jardin, dont le centre est un tombeau vide, le paradis t’est rendu : vois les Anges, qui n’en ferment plus l’entrée ; vois l’arbre de vie qui, depuis trois jours, a donné son fruit. Ce fruit que tu réclames pour t’en saisir encore et l’emporter  comme aux premiers jours, il t’appartient en effet pour jamais ; car ton nom maintenant n’est plus Ève, mais Marie. S’il se refuse à tes empressements, situ ne peux le toucher encore, c’est que de même qu’autrefois tu ne voulus point goûter seule le fruit de la mort, tu ne dois pas non plus jouir de l’autre aujourd’hui, sans ramener préalablement l’homme qui par toi fut perdu.

O profondeurs en notre Dieu de la sagesse et de la miséricorde ! voici donc que, réhabilitée, la femme retrouve des honneurs plus grands qu’avant la chute même, n’étant plus seulement la compagne de l’homme, mais son guide à la lumière. Madeleine, à qui toute femme doit cette revanche glorieuse, conquiert en ce moment la place à part que lui assigne l’Église dans ses Litanies en tête des vierges elles-mêmes, comme Jean-Baptiste précède l’armée entière des Saints par le privilège qui fit de lui le premier témoin du salut. Le témoignage de la pécheresse complète celui du Précurseur : sur la foi de Jean, l’Église a reconnu l’Agneau qui efface les péchés du monde ; sur la foi de Madeleine, elle acclame l’Époux triomphateur de la mort : et constatant que, par ce dernier témoignage, le cycle entier des mystères est désormais pleinement acquis à la croyance catholique, elle entonne aujourd’hui l’immortel Symbole dont les accents lui paraissaient prématurés encore en la solennité du fils de Zacharie.

O Marie, combien grande vous apparûtes aux regards des cieux dans l’instant solennel où, la terre ignorant encore le triomphe de la vie, il vous fut dit par l’Emmanuel vainqueur : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ! » Vous étiez bien toujours alors notre représentante, à nous Gentils, qui ne devions entrer en possession du Seigneur par la foi qu’après son Ascension par delà les nues. Ces frères vers qui vous envoyait l’Homme-Dieu, c’étaient sans doute les privilégiés que lui-même durant sa vie mortelle avait appelés à le connaître, et auxquels vous deviez, ô Apôtre des Apôtres, manifester ainsi le mystère complet de la Pâque ; toutefois déjà la miséricordieuse bonté du Maître projetait de se montrer le jour même à plusieurs, et tous devaient être comme vous bientôt les témoins de son Ascension triomphante. Qu’est-ce à dire, sinon que, tout en s’adressant aux disciples immédiats du Sauveur, votre mission, ô Madeleine, s’étendait bien plus dans l’espace et les temps ?

Pour l’œil du vainqueur de la mort à cette heure de son entrée dans la vie sans fin, ils remplissaient en effet la terre et les siècles ces frères en Adam comme en Dieu qu’il amenait à la gloire, selon l’expression du Docteur futur de la gentilité. C’est d’eux qu’il avait dit dans le Psaume : « J’annoncerai votre Nom à mes frères ; je vous louerai dans la grande assemblée des nations, au sein du peuple encore à naître qui doit appartenir au Seigneur ». C’est d’eux, c’est de nous tous composant cette génération à venir à laquelle le Seigneur devait être annoncé, qu’il vous disait alors : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Et au loin comme auprès vous êtes venue, vous venez sans cesse, remplir votre mission près des disciples et leur dire : « J’ai vu le Seigneur, et il m’a dit ces choses ».

Vous êtes venue, ô Marie, lorsque notre Occident vous vit sur ses montagnes foulant de vos pieds apostoliques, dont Cyrille d’Alexandrie salue la beauté, les rochers de Provence. Sept fois le jour, enlevée vers l’Époux sur l’aile des Anges, vous montriez à l’Église, plus éloquemment que n’eût fait tout discours, la voie qu’il avait suivie, qu’elle devait suivre elle-même par ses aspirations, en attendant de le rejoindre enfin pour jamais.

Ineffable démonstration que l’apostolat lui-même, en son mérite le plus élevé, n’est point dépendant de la parole effective ! Au ciel, les Séraphins, les Chérubins, les Trônes fixent sans cesse l’éternelle Trinité, sans jamais abaisser leurs yeux vers ce monde de néant ; et cependant par eux passent la force, la lumière et l’amour dont les augustes messagers des hiérarchies subordonnées sont les distributeurs à la terre. Ainsi, ô Madeleine, vous ne quittez plus les pieds sacrés rendus maintenant à votre amour ; et pourtant, de ce sanctuaire où votre vie reste absorbée sans nulle réserve avec le Christ en Dieu qui mieux que vous nous redit à toute heure : « Si vous êtes ressuscites avec le Christ, cherchez ce qui est en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu ; goûtez ce qui est en haut, non ce qui est sur la terre ! »

O vous, dont le choix si hautement approuvé du Seigneur a révélé au monde la meilleure part, faites qu’elle demeure toujours appréciée comme telle en l’Église, cette part de la divine contemplation qui prélude ici-bas à la vie du ciel, et reste en son repos fécond la source des grâces que le ministère actif répand par le monde. La mort même, qui la fait s’épanouir en la pleine et directe vision, ne l’enlève pas, mais la confirme à qui la possède. Puisse nul de ceux qui l’ont reçue de la gratuite et souveraine bonté, ne travailler à s’en déposséder lui-même ! Fortunée maison, bienheureuse assemblée, dit le dévot saint Bernard, où Marthe se plaint de Marie ! Mais l’indignité serait grande de voir Marie jalouser Marthe. Saint Jude nous l’apprend : malheur aux anges qui ne gardent point leur principauté, qui, familiers du Très-Haut, veulent abandonner sa cour ! Maintenez au cœur des familles religieuses établies par leurs pères sur les sommets avoisinant les cieux, le sentiment de leur noblesse native : elles ne sont point faites pour la poussière et le bruit de la plaine ; elles ne sauraient s’en rapprocher qu’au grand détriment de l’Église et d’elles-mêmes. Pas plus que vous, ô Madeleine, elles ne se désintéressent pour cela des brebis perdues, mais prennent en restant ce qu’elles sont le plus sûr moyen d’assainir la terre et d’élever les âmes.

Ainsi même vous fut-il donné un jour, à Vézelay, de soulever l’Occident dans ce grand mouvement des croisades dont le moindre mérite ne fut pas de surnaturaliser en l’âme des chevaliers chrétiens, armés pour la défense du saint tombeau qui avait vu vos pleurs et votre ravissement, les sentiments qui sont l’honneur de l’humanité.

Et n’était-ce pas encore une leçon de ce genre que le Dieu par qui seul règnent les rois, et qui se rit des projets de leur vanité, voulut donner dans les premières années de ce siècle au guerrier fameux dont l’orgueil dictait ses lois aux empires ? Dans l’ivresse de sa puissance, on le vit prétendre élever à lui-même et à son armée ce qu’il appelait le Temple de la gloire. Mais bientôt, emportant le guerrier, passait la tempête ; et continué par d’autres constructeurs, le noble édifice s’achevait, portant comme dédicace à son fronton le nom de Madeleine.

O Marie, bénissez ce dernier hommage de notre France que vous avez tant aimée, et dont le peuple et les princes entourèrent toujours d’une vénération si profonde votre retraite bénie de la Sainte-Baume et votre église de Saint-Maximin, où reposent les restes mille fois précieux de celle qui sut rendre amour pour amour. En retour, apprenez-nous que la seule vraie et durable gloire est de suivre comme vous, dans ses ascensions, Celui qui vous envoya vers nous autrefois, disant : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ! »

 

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