IXème dimanche après la Pentecôte
Introït
Voici que Dieu vient à mon aide, et que le Seigneur est le protecteur de ma vie. Faites retomber les maux de mes ennemis et exterminez-les dans votre vérité, Seigneur, mon protecteur. O Dieu, sauvez-moi par votre nom ; et rendez-moi justice par votre puissance.
Collecte
Seigneur, que les oreilles de votre miséricorde soient ouvertes aux prières de ceux qui l’implorent ; et afin que vous leur accordiez ce qu’ils désirent de vous, faites qu’ils ne vous demandent que ce qui vous est agréable.
Épitre1. Cor. 10, 6-13.
Mes Frères, ne convoitons pas les choses mauvaises, comme eux les convoitèrent. Ne devenez pas idolâtres, comme quelques-uns d’entre eux, selon qu’il est écrit : "Le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir." Ne nous livrons point à l’impudicité, comme quelques-uns d’entre eux s’y livrèrent ; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour. Ne tentons point le Christ, comme le tentèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent par les serpents. Ne murmurez point comme murmurèrent quelques-uns d’entre eux, qui périrent sous les coups de l’Exterminateur. Or toutes ces choses leur sont arrivées en figure, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps. Ainsi donc que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Aucune tentation ne vous est survenue, qui n’ait été humaine ; et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter.
Évangile Lc. 19, 41-47
En ce temps-là, Jésus s’étant approché de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : Si tu connaissais, toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, ce qui te procurerait la paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées, où ils t’enfermeront et te serreront de toutes parts ; et ils te renverseront à terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée. Et étant entré dans le temple, il se mit à chasser ceux qui y vendaient et ceux qui y achetaient, leur disant : il est écrit : Ma maison est une maison de prière ; mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. Et il enseignait tous les jours dans le temple.
Secrète
Accordez-nous, s’il vous plaît, Seigneur, d’assister souvent et dignement à ces saints mystères ; car chaque fois que l’on célèbre ce sacrifice commémoratif, les fruits de notre rédemption sont appliqués. Par Notre-Seigneur.
Communion
Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en mol et moi en lui, dit le Seigneur.
Postcommunion
Faites, nous vous en supplions, Seigneur, que la réception de votre sacrement, nous purifie et nous unisse à vous. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Office
Au premier nocturne.
Commencement du quatrième livre des Rois.
Première leçon. Après la mort d’Achab, Moab se révolta contre Israël. Comme Ochozias était tombé du balcon de son appartement à Samarie et qu’il allait mal, il envoya des messagers à qui il dit : « Allez consulter Belzéboub, dieu d’Eqron, pour savoir si je guérirai de mon mal présent. » L’Ange du Seigneur dit à Élie le Tisbite : « Debout ! monte à la rencontre des messagers du roi de Samarie et dis-leur : N’y a-t-il donc pas de Dieu en Israël, que vous alliez consulter Belzéboub, dieu d’Eqron ? C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur : Le lit où tu es monté, tu n’en descendras pas, tu mourras certainement. »
Deuxième leçon. Et Élie s’en alla. Les messagers revinrent vers Ochozias, qui leur dit : « Pourquoi donc revenez-vous ? » Ils lui répondirent : « Un homme nous a abordés et nous a dit : Allez, retournez auprès du roi qui vous a envoyés, et dites-lui : Ainsi par le Seigneur : N’y a-t-il donc pas de Dieu en Israël, que tu envoies consulter Belzéboub, dieu d’Eqron ? C’est pourquoi le lit où tu es monté, tu n’en descendras pas, tu mourras certainement. »
Troisième leçon. Il leur demanda : « De quel genre était l’homme qui vous a abordés et vous a dit ces paroles ? » Et ils lui répondirent : « C’était un homme avec une toison et un pagne de peau autour des reins. » Il dit : « C’est Élie le Tisbite ! » Il lui envoya un cinquantenier et sa cinquantaine, qui monta vers lui – il était assis au sommet de la montagne et le cinquantenier lui dit : « Homme de Dieu ! Le roi a ordonné : Descends ! » Élie répondit et dit au cinquantenier : « Si je suis un homme de Dieu, qu’un feu descende du ciel et te dévore, toi et ta cinquantaine », et un feu descendit du ciel et le dévora, lui et sa cinquantaine.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Augustin, évêque.
Quatrième leçon. Au cours des récits qui nous sont lus en ces jours, frères très chers, je vous ai souvent avertis de ne pas suivre la lettre qui tue, de ne pas abandonner l’esprit qui vivifie. C’est bien ce que dit l’Apôtre : « La lettre tue, l’Esprit vivifie ». Si nous ne voulons comprendre que les résonances de la lettre, nous ne retirerons des divines lectures, que peu ou point d’édification. Tous les récits que nous avons entendus sont un signe, une image des choses à venir. Figurées dans le Judaïsme, elles se sont accomplies au milieu de nous, par le don de la grâce de Dieu.
Cinquième leçon. Le bienheureux Élie est une figure du Seigneur, notre Sauveur. Tout comme Élie a souffert persécution de la part de Juifs, ainsi notre Seigneur, le véritable Élie, fut réprouvé et méprisé par des Juifs mêmes. Élie abandonne son peuple et le Christ déserte la synagogue. Élie s’en va au désert et le Christ vient dans le monde. Élie au désert est assisté par les corbeaux qui le nourrissent et le Christ dans le désert de ce monde est réconforté par la foi des Nations.
Sixième leçon. Car ces corbeaux qui, sur l’ordre du Seigneur, servaient le bienheureux Élie figuraient le peuple des Nations. Voilà pourquoi il est dit de l’Église des Nations : « Je suis noire mais pourtant belle, fille de Jérusalem ». Comment cette Église est-elle noire mais pourtant belle ? Noire par nature, belle par la grâce. Pourquoi noire ? « Vois, je suis né mauvais ma mère m’a conçu pécheur ». Pourquoi belle ? « Efface mon péché avec l’hysope, je serai pur, lave-moi, je serai plus blanc que neige ».
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, pape. Septième leçon. Quiconque a lu l’histoire de la chute de Jérusalem survenue sous les chefs romains Vespasien et Titus, reconnaît cette ruine que le Seigneur a décrite en pleurant. N’est-ce pas les chefs romains qu’il dénonce quand il dit : « Car des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’entoureront de tranchées » ? Et ces paroles aussi : « Ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre », témoignent du déplacement même de cette ville. Car si maintenant elle a été reconstruite en dehors de la porte, là où le Seigneur fut crucifié, c’est que la Jérusalem antérieure a été renversée de fond en comble, comme il est dit.
Huitième leçon. On indique pour quelle faute elle a subi la peine de sa ruine : c’est « parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu étais visitée ». Le Créateur de toutes choses avait, en effet, daigné la visiter par le mystère de son Incarnation. Mais elle ne s’est guère souciée ni de sa crainte ni de son amour. La prophétie y fait aussi allusion quand elle interpelle les oiseaux du ciel pour réprimander le cœur humain : « Même la cigogne, dans le ciel, connaît sa saison. La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration. Et mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur »
Neuvième leçon. Mais oui ! Le Rédempteur pleure la ruine de cette cité infidèle alors que cette cité même ne se doute en rien de ce qui va se passer. C’est bien a elle que le Seigneur dit en pleurant : « Si tu avais pu reconnaître, toi aussi, » – sous-entendu : tu pleurerais –. Mais parce que tu ignores ce qui t’attend tu jouis. Et c’est pourquoi il ajoute : « En ce jour qui était le tien, ce qui t’apportait la paix ». Car en son jour où elle se livrait aux désirs charnels et ne se souciait guère des malheurs à venir, elle avait ce qui pouvait lui apporter la paix.
La déploration des malheurs de Jérusalem forme en Occident le sujet de l’Évangile du jour ; elle a depuis longtemps donné son nom, chez les Latins, au neuvième Dimanche après la Pentecôte.
Nous avons vu qu’il était facile de retrouver aujourd’hui encore, dans la sainte Liturgie, les traces de la préoccupation de l’Église naissante à l’endroit du prochain accomplissement des prophéties contre la ville ingrate qui fut l’objet des premières prédilections du Seigneur. Le dernier terme imposé par la miséricorde à la justice divine arrive enfin. Jésus-Christ, parlant du renversement de Sion et du temple, avait prédit que la génération qui entendait ses paroles ne passerait pas que tout ce qu’il annonçait ne fût accompli. Près de quarante ans, laissés à Juda pour détourner la colère du ciel, n’ont fait qu’affermir dans son reniement obstiné la race déicide. Comme un torrent longtemps contenu qui rompt ses digues, la vengeance se rue sur l’ancien Israël ; l’année 70 voit exécuter la sentence que lui-même a portée, lorsqu’il s’écriait en livrant aux Gentils son roi et son Dieu : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !
Dès l’année 67, Rome, provoquée par la folle insolence des Juifs, députait Flavius Vespasien pour venger son injure. Le nom peu connu du nouveau général avait été sa recommandation la plus puissante au choix de l’inquiète jalousie du césar Néron ; mais à la famille obscure encore de ce soldat Dieu réservait l’empire, comme prix du service qu’attendait de lui et de Titus son fils la justice souveraine. Titus, en effet, le reconnaîtra plus tard : ce n’est point Rome, mais Dieu qui véritablement, ici, mène la guerre et commande aux légions. Moïse, de loin, avait vu la nation pareille à l’aigle, fondre avec rage sur la Judée pour châtier les crimes de son peuple. Mais à peine l’aigle romaine a-t-elle touché la terre des vengeances, que, domptée visiblement par une force supérieure, elle modère ou précipite sa fougue au gré des prophètes du Dieu des armées. Son regard, avide d’obéissance autant que de combats, semblé scruter les Écritures. Là, en effet, était son mot d’ordre pour chacun des jours de ces années terribles.
On avait pu s’en convaincre, lorsqu’une première fois, en 66, l’armée de Syrie, conduite par Cestius Gallus, s’était montrée sous les murs de Jérusalem. Le Seigneur voulait seulement alors donner aux siens l’avertissement qu’il leur avait promis, en précisant d’avance la suite des événements. « Lorsque vous entendrez le tumulte des séditions et des bruits de guerre, disait-il, n’en soyez point troublés : ces choses arriveront d’abord, sans que la fin vienne aussitôt Mais quand vous aurez eu le spectacle de Jérusalem entourée d’une armée, sachez que sa désolation est proche, et fuyez loin d’elle. » Et, en effet, nous avons vu que la synagogue s’exerçait à l’émeute depuis longtemps déjà, sans avoir pu lasser la patience ou le mépris de la reine du monde ; jusqu’à ce que, le sang romain lui-même ayant coulé sous les coups des séditieux, Rome dut enfin s’émouvoir et faire avancer ses légions. Mais son armée devait premièrement fournir aux disciples de Jésus le signe annoncé), entourer Jérusalem, et se retirer ensuite pour un peu de temps, afin de permettre aux chrétiens de quitter la cité maudite. Aussi vit-on le proconsul romain, au moment où il serrait la ville de si près qu’il semblait à la veille de la prendre en terminant la guerre d’un seul coup, donner à ses troupes le signal d’une retraite inexplicable, et lâcher la victoire déjà dans ses mains. Cestius Gallus parut alors à tous saisi d’aveuglement et de vertige ; mais il exécutait, sans en avoir conscience, les ordres d’en haut, et dégageait la parole du Seigneur à son Église.
Vespasien lui-même rencontra dès le commencement, sur sa route, un de ces retardements divins que l’habileté de la tactique romaine devait se montrer plus d’une fois encore impuissante à tourner avant l’heure. Le plan arrêté dans les conseils du Très-Haut portait qu’avant toutes choses, avant que le sceptre déjà brisé de l’ancienne alliance disparût consumé jusqu’aux derniers restes dans les flammes allumées par les Juifs eux-mêmes, l’établissement du Testament nouveau serait affermi chez les nations et confirmé solennellement par la consommation du témoignage apostolique dans le sang des témoins. Or ce fut le 29 juin de l’année 67 que Pierre et Paul, fondant par leur trépas glorieux la stabilité de l’Église-mère, prouvèrent au monde que rien ne manquait plus désormais à la promulgation du règne du Messie méconnu d’Israël. Vespasien, entré en campagne au printemps de cette année, avait dû attendre que la triomphante confession des princes des Apôtres ouvrît à l’impatience de ses légions la voie des conquêtes : immobilisé, quarante-sept jours durant, au pied de la citadelle dont la prise devait lui assurer la possession de la Galilée, ce fut le 29 juin qu’il en força les portes.
Quarante mille cadavres, amoncelés sur les pentes de la montagne et s’élevant jusqu’à la hauteur des murs, apprirent aux Romains la résistance désespérée que s’apprêtait à leur opposer partout le fanatisme juif ; des habitants ou défenseurs de Jotapat deux hommes seuls survivaient, dont l’un fut Josèphe, l’un des chefs principaux et l’historien de cette guerre affreuse. Les enfants et les femmes eurent alors pourtant la vie sauve. Mais un peu plus tard, à Gamala, autre forteresse bâtie sur le penchant d’un abîme, lorsque la moitié des assiégés eut succombé sous le fer ennemi et que la défense fut devenue impossible, les survivants, rassemblant les femmes et les enfants, se précipitèrent, avec eux tous, au bas des rochers et s’y brisèrent au nombre de cinq mille ; les légions, à la fin de cette effroyable journée, ne virent plus autour d’elles que la solitude absolue du désert.
De toutes parts, dans la malheureuse Galilée, le sang coulait à torrents et les sinistres lueurs de l’incendie embrasaient l’horizon. Comment reconnaître dans ce pays dévasté la terre de l’enfance du Sauveur, le théâtre de ses premiers miracles et des enseignements où marquaient leur empreinte, en paraboles gracieuses, les sites charmants qu’offraient aux regards de l’Homme-Dieu les collines pittoresques et les vallons fertiles de cette heureuse contrée ! Le bras de Dieu pesait maintenant de tout son poids sur cette terre de Zabulon et de Nephtali pour qui la première, comme nous le chantions dans la nuit de Noël, s’était levée si brillante la lumière du salut. La première donc, cette fois encore, elle recevait la visite du Seigneur. Mais ce n’était plus, dans ces tristes jours, la visite de l’Orient divin ouvrant au monde les sentiers de la paix. Caché maintenant sous la tempête, il lançait les feux de la destruction sur l’ingrate patrie qui ne l’avait point accueilli dans l’infirmité miséricordieuse de sa chair mortelle. « En vain au jour de ma vengeance, disait le Psaume, ils s’exclameront vers quelqu’un qui les sauve et crieront au Seigneur ; je les briserai, je les disperserai comme la poussière dans l’ouragan, je les écraserai comme la boue des places. »
Oh ! Comme l’Église apprit alors, pour ne plus l’oublier, qu’aucune bénédiction, qu’aucune sainteté passée ne garantit un lieu de la souillure et de la ruine ! Spectatrice terrifiée de ces événements du premier âge de son histoire, elle voyait la violence et tous les crimes porter leurs profanations dans les sentiers foulés par les pieds de son chef adoré, comme sur les montagnes où s’étaient prolongées durant la nuit ses prières et sa louange au Père de toutes choses. Un jour elle vit souiller affreusement jusqu’aux ondes si pures du lac de Génésareth, où s’étaient reflétés les traits de l’Époux quand il le traversait marchant sur les eaux, ou reposant dans la barque de Pierre et dirigeant ces pêches mystérieuses qui présageaient l’avenir. Six mille révoltés, traqués par la colère divine et le fer des Romains, rougirent de leur sang cette mer de Tibériade où Jésus avait dompté la tempête ; leurs corps livides, rejetés par les flots, portèrent l’horreur sur ce rivage dont le Christ avait maudit les villes, pour ne s’être point converties à la vue des miracles sans nombre que sa divine condescendance y avait accomplis.
Leçon effrayante donnée aux âmes que Dieu prévient de ses faveurs de choix, et qu’il convie à une intimité plus grande ! Malheur à elles si, dans leur nonchalance et leur lâcheté, elles négligent de correspondre à la grâce, ou, comme les villes des bords du lac de Galilée, se contentent de l’honneur, sans chercher à produire des fruits de sainteté en rapport avec la grandeur et la fréquence des dons célestes ! Le prophète Amos, visant à la fois ces âmes oublieuses et ces cités distraites restées longtemps le séjour miséricordieusement préféré du Verbe divin, s’écriait pour lui à l’avance : « Je n’ai connu que vous de toutes les nations de la terre. Mais peut-on marcher à deux, sans qu’il y ait accord mutuel ? Aussi vengerai-je sur vous toutes vos iniquités. » Nul châtiment significatif, en effet, nul rapprochement vengeur ne devait être épargné à Israël. Au printemps de l’année 68, un lieutenant de Vespasien chassait devant lui, sur la rive gauche du Jourdain, les populations éperdues. Les malheureux fuyards couraient en masse dans la direction de Jéricho, où ils espéraient trouver un refuge, lorsqu’arrêtés en face de cette ville par le fleuve débordé, ils se virent entassés sous le glaive des troupes romaines qui, en arrière, leur fermaient toute issue. L’arche sainte avait autrefois, sur ces bords, ouvert un passage miraculeux aux tribus d’Israël ; mais, eût-elle été présente à cette heure, elle n’avait plus à protéger ces descendants indignes des patriarches, qui brisaient eux-mêmes le pacte de l’alliance conclue par Dieu avec la maison de Jacob. Ce fut alors une effroyable tuerie, un abatis sans nom d’êtres humains, là même où, quarante ans auparavant, saint Jean-Baptiste avait vu la cognée à la racine des arbres, où il avait prédit la colère à venir à cette race de vipères qui se disait fille d’Abraham et rejetait la pénitence. Une multitude infinie, précipitée dans les flots du Jourdain, trouva la mort dans ces eaux que le Sauveur avait sanctifiées en s’y plongeant sous la main du précurseur. Elles tenaient de lui la vertu de donner la vie au monde ; mais Israël avait préféré le règne du prince de la mort à celui de l’auteur de la vie]. Le nombre de ceux qui périrent dans ces ondes sacrées fut si grand, que l’amoncellement des cadavres rendit quelque temps impraticable aux bateaux le passage du fleuve ; jusqu’à ce que la force du courant, triomphant enfin de l’obstacle, emporta tous les corps à la mer Morte, et répandit au loin sur le lac maudit ces hideuses épaves de la synagogue. Sodome n’avait-elle pas été moins coupable, aux yeux du Seigneur ? La conquête de l’Idumée par les légions déjà maîtresses, au Nord, de la Galilée et de la Samarie, à l’Est et à l’Ouest, des rives du Jourdain et du littoral de la Méditerranée, acheva de fermer du côté du Midi le cercle de fer qui devait enserrer Jérusalem. Des garnisons romaines occupaient Emmaüs, Jéricho, et tous les points fortifiés commandant les avenues de la capitale juive. Vespasien, après avoir châtié pour Dieu tant de cités ingrates, s’apprêtait à commencer enfin le siège de la ville criminelle entre toutes, quand la chute de Néron et les événements qui suivirent vinrent détourner l’attention du monde et la sienne.
Aux tremblements de terre en divers lieux, aux pestes, aux signes dans le ciel, qui s’étaient multipliés dans les dernières années du tyran, s’ajoutèrent alors les soulèvements de nation à nation, de royaume à royaume. L’Occident tout entier se levait en armes, et l’Orient bientôt fut entraîné vers Rome, à son tour, par l’ébranlement immense qui marqua d’un caractère unique dans l’histoire l’année 69 de l’ère chrétienne. Des sommets de l’Atlas au Pont-Euxin, des rives de l’Humber à celles du Nil, barbares et romains, provinces et peuples rêvèrent pour chacun d’eux l’empire. Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, proclamés par des armées rivales, envoyaient les légions de Bretagne et du Rhin, de l’Illyrie et du Danube, s’écraser au rendez-vous sanglant de Bédriac. Vainqueurs et vaincus dévastaient l’Italie. Rome était prise par des Romains, tandis qu’aux frontières dégarnies apparaissaient les Suèves, les Sarmates et les Daces. A la lueur du Capitule en feu, au bruit du temple de Jupiter s’écroulant dans les flammes, les Gaules proclamaient leur indépendance et Velléda soulevait la Germanie. Le vieux monde parut s’affaisser dans l’anarchie et la guerre universelle.
Les circonstances étaient donc redevenues subitement favorables à Jérusalem ; elles semblaient l’inviter encore à réparer ses crimes. Nous verrons, en commentant l’Évangile, qu’elle en profita pour multiplier ses fautes et se déchirer elle-même plus cruellement que n’eussent fait les Romains.
Saint Jérôme Emilien confesseur mémoire de Sainte Marguerite Vierge et Martyre
Collecte
Dieu, Père des miséricordes, par les mérites et l’intercession du bienheureux Jérôme, que vous avez donné pour soutien et pour père aux orphelins : faites-nous la grâce de conserver fidèlement cet esprit d’adoption en vertu duquel nous sommes appelés vos fils et le devenons réellement.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Jérôme, né à Venise de la famille patricienne des Emiliani, fut initié au métier des armes dès sa première adolescence, et préposé, en des temps très difficiles pour la république, à la défense de Castelnovo, près de Quero, dans les monts de Trévise. Ses ennemis s’emparèrent de la citadelle ; et lui-même, jeté dans une horrible prison, eut les pieds et les mains chargés de fers. Privé de tout secours humain, il eut recours à la très sainte Vierge qui exauça ses prières. Elle lui apparut, brisa ses liens et le conduisit sain et sauf en vue de Trévise, le faisant passer au milieu des ennemis qui occupaient toutes les routes. Une fois entré dans la ville, il suspendit à l’autel de la Mère de Dieu, à laquelle il s’était voué, les menottes, les entraves et les chaînes qu’il avait emportées avec lui. De retour à Venise, il se donna tout entier au service de Dieu, se dépensa d’une façon admirable pour les pauvres, et eut surtout compassion des enfants orphelins qui erraient dans la ville, dénués de tout et dans un état pitoyable. Louant des salles pour les recueillir, il les nourrissait de ses propres ressources et les formait aux mœurs chrétiennes.
Cinquième leçon. A cette époque abordèrent à Venise le bienheureux Gaétan et Pierre Caraffa, qui devint plus tard Paul IV : goûtant l’esprit dont Jérôme était animé, et approuvant le nouvel institut destiné à recueillir les orphelins, ils l’amenèrent à l’hôpital des incurables, dans lequel, tout en élevant les orphelins, il devait servir les malades avec une égale charité. Sur leur conseil, il partit pour le continent voisin, et érigea des orphelinats, à Brescia d’abord, puis à Bergame et à Côme ; ce fut surtout à Bergame qu’il déploya son zèle. Outre deux orphelinats, l’un pour les garçons, l’autre pour les filles, il ouvrit un établissement pour recevoir les femmes de mauvaise vie qui se convertissaient. Enfin, dans un humble village du territoire de Bergame, à Somasque, sur les limites des possessions vénitiennes, il fonda une résidence pour lui et les siens ; il y organisa sa congrégation qui a pris, de ce lieu, le nom de Somasque. Elle s’est développée et répandue dans la suite, et, ne se bornant plus à l’éducation des orphelins et au service des églises, elle s’appliqua pour le plus grand bien de la société chrétienne, à initier les jeunes gens aux lettres et aux bonnes mœurs, dans les collèges, les académies et les séminaires. C’est pour cela que saint Pie V l’a mise au rang des Ordres religieux, et que d’autres Pontifes lui ont accordé des privilèges.
Sixième leçon. Ne pensant qu’aux orphelins à recueillir, Jérôme se dirige sur Milan et Pavie ; dans ces villes, grâce à la faveur de nobles personnages, il procure providentiellement à une multitude d’enfants, un gîte, des provisions, des vêtements et des maîtres. Revenu à Somasque, il se fait tout à tous ; aucun labeur ne le rebutait quand il prévoyait que sa peine profiterait au prochain. Il abordait les cultivateurs dispersés dans les champs, leur venait en aide au temps de la moisson, et leur expliquait les mystères de la foi. Il nettoyait les enfants atteints de maladies à la tête, les soignait patiemment, et pansait si bien les pauvres gens qui avaient des plaies dégoûtantes, qu’on l’eût dit doué de la grâce des guérisons. Ayant découvert une caverne sur la montagne dominant Somasque, il s’y retira, et là, se frappant à coups de fouet, restant à jeun des jours entiers, faisant oraison la plus grande partie de la nuit, ne prenant qu’un peu de sommeil sur la pierre nue, il pleurait ses péchés et ceux des autres. Au fond de cette grotte, une source d’eau jaillit du roc même. Une constante tradition l’attribue aux prières du Saint ; elle n’a point cessé de couler jusqu’à ce jour, et cette eau, portée en divers pays, rend la santé à beaucoup de malades. Enfin, une peste étant venue à sévir dans la vallée, Jérôme en fut atteint pendant qu’il se dévouait auprès des pestiférés et qu’il portait les cadavres sur ses épaules au lieu de la sépulture. Sa mort précieuse, qu’il avait prédite quelque temps auparavant, arriva l’an mil cinq cent trente-sept : les nombreux miracles qu’il opéra pendant sa vie et après sa mort le rendirent illustre ; Benoît XIV le béatifia et Clément XIII l’inscrivit solennellement aux fastes des Saints.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Jean Chrysostome. Homilia 62 in Matthæum
Septième leçon. Pourquoi les disciples éloignaient-ils de Jésus les enfants ? Par égard pour sa dignité. Alors que fait-il ? Afin d’inculquer aux Apôtres des sentiments modestes et de leur apprendre à fouler aux pieds le faste mondain, il accueille ces enfants, les prend dans ses bras, et promet à ceux qui leur ressemblent le royaume des cieux, ce qu’il avait déjà fait précédemment. Voulons-nous donc avoir part, nous aussi, à l’héritage céleste, appliquons-nous avec grand soin à cette vertu ; car c’est le plus haut degré de la philosophie, que d’être simple avec prudence, c’est la vie angélique. Un tout petit enfant n’a aucun vice dans son âme ; il ne garde point le souvenir des injures, il va droit à ceux qui lui en font, de même qu’à des amis, comme si de rien n’était. Sa mère a beau le châtier, il la cherche toujours, et la met bien au-dessus de toute autre personne.
Huitième leçon. Montrez-lui une reine parée du diadème : il ne la préfère point à sa mère couverte de haillons ; et la vue de sa mère dans la livrée de la pauvreté lui est plus douce que la vue d’une princesse magnifiquement vêtue. Car c’est l’amour, et non la pauvreté et la richesse, qui lui fait discerner les siens d’avec les étrangers. Il se contente du nécessaire ; et aussitôt qu’il s’est rassasié de lait, il laisse le sein maternel. Il n’éprouve pas les mêmes chagrins que nous éprouvons, soit pour une perte d’argent, soit pour des choses de ce genre. Il ne se réjouit pas des mêmes vanités que nous, et il n’admire pas la beauté corporelle. Aussi le Sauveur disait-il : « Le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent », afin que par un effort de notre volonté, nous pratiquions ces vertus qui semblent naturelles aux enfants.
Neuvième leçon. Comme les Pharisiens n’avaient d’autres mobiles de leurs actes que la malice et l’arrogance, notre Seigneur ne cesse d’exhorter ses disciples à être simples ; et il le leur recommande au moment même où il les institue. Car rien n’engendre l’orgueil, comme l’exercice du pouvoir et le privilège d’occuper les premières places. Sachant donc qu’ils obtiendraient de par le monde beaucoup d’honneur, il prémunit leurs esprits, il ne veut pas qu’ils souffrent en eux rien d’humain, ni la recherche de la popularité, ni l’envie de s’élever au-dessus des autres. Ces choses qui paraissent petites, occasionnent pourtant de grands maux. C’est en effet pour avoir eu ces convoitises que les Pharisiens arrivèrent au dernier degré du mal. En recherchant les salutations, les premiers rangs et les places d’honneur, ils tombèrent dans un amour effréné de la gloire, et de là dans un abîme d’impiété.
Issu de cette puissante aristocratie qui valut à la reine de l’Adriatique douze siècles de splendeurs, Jérôme vint au monde à l’époque où Venise atteignait l’apogée de sa gloire. A quinze ans soldat, il fut un des héros de la lutte formidable où sa patrie soutint l’effort de l’Europe presque entière coalisée contre elle dans la ligue de Cambrai. La cité d’or, écrasée un instant et rétablie bientôt dans son ancienne fortune, offrait ses honneurs au défenseur de Castelnovo, tombé vaillamment et relevé comme elle. Mais Notre-Dame de Trévise, en délivrant le prisonnier des chaînes allemandes, l’avait fait son captif ; elle le rendait à saint Marc pour une mission plus haute que celles que la fière république aurait pu lui donner. Le descendant des Aemiliani, conquis par l’éternelle beauté comme un siècle plus tôt Laurent Justinien, n’allait plus vivre que pour l’humilité qui conduit au ciel et les hauts faits de la charité. Somasque, obscur village devenu le camp retranché d’une milice nouvelle recrutée par ses soins, éclipsera pour lui tous les titres de la terre ; et ses victoires seront maintenant d’amener à Dieu les petits enfants. Les patriciens, dont naguère il marchait l’égal, ne le verront plus dans leurs palais ; car sa noblesse est plus élevée : ils servent le monde, et lui le : cieux ; les Anges sont les émules de sa gloire leur ambition, comme la sienne, est de garder au Père l’hommage immaculé de ces âmes innocentes dont le plus grand au royaume des cieux doit porter la ressemblance.
« En effet, nous dit aujourd’hui l’Église par la bouche si pleine de charmes de saint Jean Chrysostome, l’âme de l’enfant est pure de toutes passions. Il ne garde point rancune à ceux qui l’offensent, mais, comme si de rien n’eût été, les revient trouver en amis. Si souvent que sa mère le frappe, il la cherche toujours et la préfère à tout. Montrez-lui une reine avec sa couronne : il ne la met point au-dessus de sa mère en haillons, et il aime mieux la vue de celle-ci dans sa pauvreté que le spectacle de la reine en sa magnificence. Car il juge de ce qui l’intéresse ou ne le touche point, non sur la richesse ou la pénurie, mais sur l’amour. Le nécessaire et rien plus est tout son désir ; gorgé du lait qu’il aime, il laisse en repos le sein où il puise. L’enfant n’a pas nos chagrins : ni perte de biens, ni rien de pareil ne saurait le troubler ; il ne goûte pas nos plaisirs : ni la beauté des corps, ni tout ce périssable qui nous séduit, ne peut l’émouvoir. C’est pourquoi le Seigneur disait : Le royaume des cieux est pour qui leur ressemble, nous exhortant à pratiquer par choix ce que les enfants font par nature ».
Leurs célestes gardiens plongeant la vue dans ces êtres si purs, c’est encore la parole du Seigneur, ne sont point distraits delà contemplation du Père qui est au ciel; car il réside en eux comme sur les ailes des Chérubins, depuis le baptême qui en a fait ses fils. Heureux notre Saint d’avoir été choisi par Dieu pour partager les soucis des Anges ici-bas, en attendant d’être associé à leur félicité dans les cieux !
Avec Vincent de Paul et Camille de Lellis, ô Jérôme Émilien, vous constituez sur le Cycle en ces jours le triumvirat de la charité. Ainsi l’Esprit divin, dont le règne se poursuit, trouve-t-il ses complaisances à marquer l’empreinte de la Trinité sur les temps ; ainsi veut-il manifester que l’amour du Seigneur Dieu, qu’il apporte au monde, ne va point sans celui des frères. Dans le temps même où il fournissait par vous cette démonstration à la terre, l’esprit du mal faisait de son côté la preuve que l’amour vrai de nos semblables disparaît d’où s’en va celui du Seigneur, lequel lui-même s’éteint là où la foi n’est plus : entre les ruines de la prétendue réforme et la fécondité toujours nouvelle de l’Esprit de sainteté, l’humanité put choisir. Son choix, hélas ! fut loin d’être partout conforme à ses intérêts du temps et de l’éternité. Combien plus que vous n’aurions-nous pas raison de répéter la prière que vous enseigniez aux petits orphelins : « Notre doux-Père, Seigneur Jésus-Christ, nous vous en supplions par votre bonté infinie, relevez la chrétienté, ramenez-la toute à cette droiture de la sainteté qui fleurit au temps de vos Apôtres ».
Vous avez travaillé largement pour votre part à cette œuvre immense de restauration. La Mère de la divine grâce, en brisant vos chaînes dans la prison, rendait à votre âme plus cruellement captive l’essor du baptême et de vos premiers ans ; votre jeunesse, comme celle de l’aigle, était renouvelée ; décuplée au service du prince très puissant chanté dans le Psaume, la valeur qui vous avait illustré dans les armées d’ici-bas, multiplia vos conquêtes sur la mort et l’enfer. Qui jamais, dans cette arène nouvelle, pourrait nombrer vos prises ? Jésus, le Roi de la guerre du salut, vous communiqua ses prédilections pour les petits enfants : qui comptera ceux que vous sûtes garder à ses caresses divines en leur innocence, ceux qui déjà périssaient et vous devront leur couronne au ciel ! Du trône où vous entourent déjà leurs gracieuses phalanges, multipliez vos fils, soutenez tous ceux qui continuent votre œuvre sur la terre ; que votre esprit se répande toujours plus dans un temps où l’odieuse jalousie de Satan dispute plus que jamais le jeune âge au Seigneur. Heureux, à l’heure dernière, ceux qui auront accompli l’œuvre de miséricorde par excellence en nos jours : sauvé la foi des enfants, préservé leur baptême ! Eussent-ils comme vous autrefois mérité la colère, ils pourront redire avec confiance ces mots que vous affectionniez : « O très doux Jésus, soyez-moi sauveur et non juge ! »
Saint Vincent de Paul confesseur
Collecte
Dieu, vous avez fortifié le bienheureux Vincent par un courage apostolique pour évangéliser les pauvres et augmenter la gloire de l’ordre ecclésiastique : faites, s’il vous plaît, qu’en honorant sa piété et ses mérites, l’exemple de ses vertus nous instruise.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Vincent de Paul, français de nation, naquit à Pouy, non loin de Dax, en Aquitaine, et manifesta dès son enfance une grande charité pour les pauvres. Étant passé de la garde du troupeau paternel à la culture des lettres, il étudia la littérature à Aix, et la théologie à Toulouse et à Saragosse. Ordonné Prêtre et reçu bachelier en théologie, il tomba aux mains des Turcs qui l’emmenèrent captif en Afrique. Pendant sa captivité, il gagna son maître lui-même à Jésus-Christ ; grâce au secours de la Mère de Dieu, il put s’échapper avec lui de ces pays barbares, et prit le chemin de Rome. De retour en France, il gouverna très saintement les paroisses de Clichy et de Châtillon. Nommé par le roi grand aumônier des galères de France, il apporta dans cette fonction un zèle merveilleux pour le salut des officiers et des rameurs ; saint François de Sales le donna comme supérieur aux religieuses de la Visitation, et, pendant près de quarante ans, il remplit cette charge avec tant de prudence, qu’il justifia de tout point le jugement du saint Prélat, qui déclarait ne pas connaître de Prêtre plus digne que Vincent.
Cinquième leçon. Il s’appliqua avec une ardeur infatigable jusqu’à un âge très avancé à évangéliser les pauvres, et surtout les paysans, et astreignit spécialement à cette œuvre apostolique, par un vœu perpétuel que le Saint-Siège a confirmé, et lui-même et les membres de la congrégation qu’il avait instituée, sous le titre de Prêtres séculiers de la Mission. Combien Vincent eut à cœur de favoriser la discipline ecclésiastique, on en a la preuve par les séminaires qu’il érigea pour les Clercs aspirant aux Ordres, par le soin qu’il mit à rendre fréquentes les réunions où les Prêtres conféraient entre eux sur les sciences sacrées, et à faire précéder la sainte ordination d’exercices préparatoires. Pour ces exercices et ces réunions, comme aussi pour les retraites des laïques, il voulut que les maisons de son institut s’ouvrissent facilement. De plus, afin de développer la foi et la piété, il envoya des ouvriers évangéliques, non seulement dans les provinces de la France, mais en Italie, en Pologne, en Écosse, en Irlande, et même chez les Barbares et les Indiens. Quant à lui, après avoir assisté Louis XIII à ses derniers moments, il fut appelé par la reine Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, à faire partie d’un conseil ecclésiastique. Il apporta tout son zèle à ne laisser placer que les plus dignes à la tête des Églises et des monastères, à mettre fin aux discordes civiles, aux duels, aux erreurs naissantes, aussitôt détestées de lui que découvertes ; enfin, à ce que les jugements apostoliques fussent reçus de tous avec l’obéissance qui leur est due.
Sixième leçon. Il n’y avait aucun genre d’infortune qu’il ne secourût paternellement. Les Chrétiens gémissant sous le joug des Turcs, les enfants abandonnés, les jeunes gens indisciplinés, les jeunes filles dont la vertu était exposée, les religieuses dispersées, les femmes tombées, les hommes condamnés aux galères, les étrangers malades, les artisans invalides, les fous même et d’innombrables mendiants, furent secourus par lui, reçus et charitablement soignés dans des établissements hospitaliers qui subsistent encore. Il vint largement en aide à la Lorraine et à la Champagne, à la Picardie et à d’autres régions ravagées par la peste, la famine et la guerre. Pour rechercher et soulager les malheureux, il fonda plusieurs congrégations, entre autres celles des Dames et des Filles de la Charité, que l’on connaît et qui sont répandues partout ; il institua aussi les Filles de la Croix, de la Providence, de sainte Geneviève, pour l’éducation des jeunes filles. Au milieu de ces importantes affaires et d’autres encore il était continuellement occupé de Dieu, affable envers tous, toujours semblable à lui-même, simple, droit et humble : son éloignement pour les honneurs, les richesses, les plaisirs, ne se démentit jamais, et on l’a entendu dire que rien ne lui plaisait, si ce n’est dans le Christ Jésus, qu’il s’étudiait à imiter en toutes choses. Enfin, âgé de quatre vingt-cinq ans et usé par les mortifications, les fatigues et la vieillesse, il s’endormit paisiblement, le vingt-septième jour de septembre, l’an du salut mil six cent soixante. C’est à Paris qu’il mourut, dans la maison de Saint-Lazare, qui est la maison-mère de la congrégation de la Mission. L’éclat de ses vertus, de ses mérites et de ses miracles ont porté Clément XII à le mettre au nombre des Saints, en fixant sa Fête annuelle au dix-neuvième jour du mois de juillet. Sur les instances de plusieurs Évêques, Léon XIII a déclaré et constitué cet illustre héros de la divine charité, qui a si bien mérité de tout le genre humain, le patron spécial auprès de Dieu de toutes les associations de charité existant dans l’univers catholique et lui devant en quelque manière leur origine.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, Pape. Homilía 17 in Evangelia
Septième leçon. Notre Seigneur et Sauveur nous instruit, mes bien-aimés frères, tantôt par ses paroles, et tantôt par ses œuvres. Ses œuvres elles-mêmes sont des préceptes, et quand il agit, même sans rien dire, il nous apprend ce que nous avons à faire. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples prêcher ; il les envoie deux à deux, parce qu’il y a deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et qu’il faut être au moins deux pour qu’il y ait lieu de pratiquer la charité. Car, à proprement parler, on n’exerce pas la chanté envers soi-même ; mais l’amour, pour devenir charité, doit avoir pour objet une autre personne.
Huitième leçon. Voilà donc que le Seigneur envoie ses disciples deux à deux pour prêcher ; il nous fait ainsi tacitement comprendre que celui qui n’a point de charité envers le prochain ne doit en aucune manière se charger du ministère de la prédication. C’est avec raison que le Seigneur dit qu’il a envoyé ses disciples devant lui, dans toutes les villes et tous les lieux où il devait venir lui-même. Le Seigneur suit ceux qui l’annoncent. La prédication a lieu d’abord ; et le Seigneur vient établir sa demeure dans nos âmes, quand les paroles de ceux qui nous exhortent l’ont devancé, et qu’ainsi la vérité a été reçue par notre esprit.
Neuvième leçon. Voilà pourquoi Isaïe a dit aux mêmes prédicateurs : « Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits les sentiers de notre Dieu ». A son tour le Psalmiste dit aux enfants de Dieu : « Faites un chemin à celui qui monte au-dessus du couchant ». Le Seigneur est en effet monté au-dessus du couchant ; car plus il s’est abaissé dans sa passion, plus il a manifesté sa gloire en sa résurrection. Il est vraiment monté au-dessus du couchant : car, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu’il avait endurée. Nous préparons donc le chemin à Celui qui est monté au-dessus du couchant quand nous vous prêchons sa gloire, afin que lui-même, venant ensuite, éclaire vos âmes par sa présence et son amour.
Vincent fut l’homme de la foi qui opère par la charité. Venu au monde sur la fin du siècle où naquit Calvin, il trouvait l’Église en deuil de nombreuses nations que l’erreur avait récemment séparées de la catholicité. Sur toutes les côtes de la Méditerranée, le Turc, ennemi perpétuel du nom chrétien, redoublait ses brigandages. La France, épuisée par quarante années de guerres religieuses, n’échappait à la domination de l’hérésie au dedans que pour bientôt lui prêter main forte à l’extérieur par le contraste d’une politique insensée. Sur ses frontières de l’Est et du Nord d’effroyables dévastations promenaient la ruine, et gagnaient jusqu’aux provinces de l’Ouest et du Centre à la faveur des luttes intestines qu’entretenait l’anarchie. Plus lamentable que toute situation matérielle était dans cette confusion l’état des âmes. Les villes seules gardaient encore, avec un reste de tranquillité précaire, quelque loisir de prier Dieu. Le peuple des campagnes, oublié, sacrifié, disputant sa vie à tous les fléaux, n’avait pour le relever dans tant de misères qu’un clergé le plus souvent abandonné comme lui de ses chefs, indigne en trop de lieux, rivalisant presque toujours avec lui d’ignorance.
Ce fut alors que pour conjurer ces maux et, du même coup, mille autres anciens et nouveaux, l’Esprit-Saint suscita Vincent dans une immense simplicité de foi, fondement unique d’une charité que le monde, ignorant du rôle de la foi, ne saurait comprendre. Le monde admire les œuvres qui remplirent la vie de l’ancien pâtre de Buglose ; mais le ressort secret de cette vie lui échappe. Il voudrait lui aussi reproduire ces œuvres ; et comme les enfants qui s’évertuent dans leurs jeux à élever des palais, il s’étonne de trouver en ruines au matin les constructions de la veille : le ciment de sa philanthropie ne vaut pas l’eau bourbeuse dont les enfants s’essaient à lier les matériaux de leurs maisons d’un jour ; et l’édifice qu’il prétendait remplacer est toujours debout, défiant la sape, répondant seul aux multiples besoins de l’humanité souffrante. C’est que la foi connaît seule en effet le mystère de la souffrance, que seule elle peut sonder ces profondeurs sacrées dont le Fils de Dieu même a parcouru les abîmes, qu’elle seule encore, associant l’homme aux conseils du Très-Haut, l’associe tout ensemble à sa force et à son amour. De là viennent aux œuvres bienfaisantes qui procèdent de la foi leur puissance et leur durée. La solidarité tant prônée de nos utopistes modernes n’a point ce secret ; et pourtant elle descend aussi de Dieu, quoi qu’ils veuillent ; mais elle enchaîne plus qu’elle ne lie : elle regarde plus la justice que l’amour ; et à ce titre, dans l’opposition qu’on en fait à la divine charité venue du ciel, elle semble une lugubre ironie montant du séjour des châtiments.
Vincent aima les pauvres d’un amour de prédilection, parce qu’il aimait Dieu et que la foi lui révélait en eux le Seigneur. « O Dieu, disait-il, qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus-Christ en a faite ! Bien souvent ils n’ont pas presque la figure ni l’esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrez, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ; qu’il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion, et qu’il passait pour fou dans l’esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela il se qualifie l’évangéliste des pauvres, evangelizare pauperibus misit me ».
Ce titre d’évangéliste des pauvres est l’unique que Vincent ambitionna pour lui-même, le point de départ, l’explication de tout ce qu’il accomplit dans l’Église. Assurer le ciel aux malheureux, travailler au salut des abandonnés de ce monde, en commençant par les pauvres gens des champs si délaissés : tout le reste pour lui, déclarait-il, « n’était qu’accessoire ». Et il ajoutait, parlant à ses fils de Saint-Lazare : « Nous n’eussions jamais travaillé aux ordinands ni aux séminaires des ecclésiastiques, si nous n’eussions jugé qu’il était nécessaire, pour maintenir les peuples en bon état, et conserver les fruits des missions, de faire en sorte qu’il y eût de bons ecclésiastiques parmi eux ». C’est afin de lui donner l’occasion d’affermir son œuvre à tous les degrés, que Dieu conduisit l’apôtre des humbles au conseil royal de conscience, où Anne d’Autriche remettait en ses mains l’extirpation des abus du haut clergé et le choix des chefs des Églises de France. Pour mettre un terme aux maux causés par le délaissement si funeste des peuples, il fallait à la tête du troupeau des pasteurs qui entendissent reprendre pour eux la parole du chef divin : « Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent ».
Nous ne pourrions, on le comprend, raconter dans ces pages l’histoire de l’homme en qui la plus universelle charité fut comme personnifiée. Mais du reste, il n’eut point non plus d’autre inspiration que celle de l’apostolat dans ces immortelles campagnes où, depuis le bagne de Tunis où il fut esclave jusqu’aux provinces ruinées pour lesquelles il trouva des millions, on le vit s’attaquer à tous les aspects de la souffrance physique et faire reculer sur tous les points la misère ; il voulait, par les soins donnés aux corps, arriver à conquérir l’âme de ceux pour lesquels le Christ a voulu lui aussi embrasser l’amertume et l’angoisse. On ne peut que sourire de l’effort par lequel, dans un temps où l’on rejetait l’Évangile en retenant ses bienfaits, certains sages prétendirent faire honneur de pareilles entreprises à la philosophie de leur auteur. Les camps aujourd’hui sont plus tranchés ; et l’on ne craint plus de renier parfois jusqu’à l’œuvre, pour renier logiquement l’ouvrier. Mais aux tenants d’un philosophisme attardé, s’il en est encore, il sera bon de méditer ces mots, où celui dont ils font un chef d’école déduisait les principes qui devaient gouverner les actes de ses disciples et leurs pensées : « Ce qui se fait pour la charité se fait pour Dieu. Il ne nous suffit pas d’aimer Dieu, si notre prochain ne l’aime aussi ; et nous ne saurions aimer notre prochain comme nous-mêmes, si nous ne lui procurons le bien que nous sommes obligés de nous vouloir a nous-mêmes, c’est à savoir, l’amour divin, qui nous unit à celui qui est notre souverain bien. Nous devons aimer notre prochain comme l’image de Dieu et l’objet de son amour, et faire en sorte que réciproquement les hommes aiment leur très aimable Créateur, et qu’ils s’entr’aiment les uns les autres d’une charité mutuelle pour l’amour de Dieu, qui les a tant aimés que de livrer son propre Fils à la mort pour eux. Mais regardons, je vous prie, ce divin Sauveur comme le parfait exemplaire de la charité que nous devons avoir pour notre prochain ».
On le voit : pas plus que la philosophie déiste ou athée, la théophilanthropie qui apporta plus tard à la déraison du siècle dernier l’appoint de ses fêtes burlesques, n’eut de titre à ranger Vincent, comme elle fit, parmi les grands hommes de son calendrier. Ce n’est point la nature, ni aucune des vaines divinités de la fausse science, mais le Dieu des chrétiens, le Dieu fait homme pour nous sauver en prenant sur lui nos misères, qui fut l’unique guide du plus grand des bienfaiteurs de l’humanité dans nos temps. Rien ne me plaît qu’en Jésus-Christ, aimait-il à dire. Non seulement, fidèle comme tous les Saints à l’ordre de la divine charité, il voulait voir régner en lui ce Maître adoré avant de songer à le faire régner dans les autres ; mais, plutôt que de rien entreprendre de lui-même par les données de la seule raison, il se fût réfugié à tout jamais dans le secret de la face du Seigneur, pour ne laisser de lui qu’un nom ignoré.
« Honorons, écrivait-il, l’état inconnu du Fils de Dieu. C’est là notre centre, et c’est ce qu’il demande de nous pour le présent et pour l’avenir, et pour toujours, si sa divine majesté ne nous fait connaître, en sa manière qui ne peut tromper, qu’il veuille autre chose de nous. Honorons particulièrement ce divin Maître dans la modération de son agir. Il n’a pas voulu faire toujours tout ce qu’il a pu, pour nous apprendre à nous contenter, lorsqu’il n’est pas expédient de faire tout ce que nous pourrions faire, mais seulement ce qui est convenable à la charité, et conforme, aux ordres de la divine volonté... Que ceux-là honorent souverainement notre Seigneur qui suivent la sainte Providence, et qui n’enjambent pas sur elle ! N’est-il pas vrai que vous voulez, comme il est bien raisonnable, que votre serviteur n’entreprenne rien sans vous et sans votre ordre ? Et si cela est raisonnable d’un homme à un autre, à combien plus forte raison du Créateur à la créature ? »
Vincent s’attachait donc, selon son expression, à côtoyer la Providence, n’ayant point de plus grand souci que de ne jamais la devancer. Ainsi fut-il sept années avant d’accepter pour lui les avances de la Générale de Gondi et de fonder son établissement de la Mission. Ainsi éprouva-t-il longuement sa fidèle coadjutrice, Mademoiselle Le Gras, quand elle se crut appelée à se dévouer au service spirituel des premières Filles de la Charité, sans lien entre elles jusque-là ni vie commune, simples aides suppléantes des dames de condition que l’homme de Dieu avait assemblées dans ses Confréries. « Quant à cet emploi, lui mandait-il après instances réitérées de sa part, je vous prie une fois pour toutes de n’y point penser, jusqu’à ce que notre Seigneur fasse paraître ce qu’il veut. Vous cherchez à devenir la servante de ces pauvres filles, et Dieu veut que vous soyez la sienne. Pour Dieu, Mademoiselle, que votre cœur honore la tranquillité de celui de notre Seigneur, et il sera en état de le servir. Le royaume de Dieu est la paix au Saint-Esprit ; il régnera en vous, si vous êtes en paix. Soyez-y donc, s’il vous plaît, et honorez souverainement le Dieu de paix et de dilection ».
Grande leçon donnée au zèle fiévreux d’un siècle comme le nôtre par cet homme dont la vie fut si pleine ! Que de fois, dans ce qu’on nomme aujourd’hui les œuvres, l’humaine prétention stérilise la grâce en froissant l’Esprit-Saint ! Tandis que, « pauvre ver rampant sur la terre et ne sachant où il va, cherchant seulement à se cacher en vous, ô mon Dieu ! Qui êtes tout son désir », Vincent de Paul voit l’inertie apparente de son humilité fécondée plus que l’initiative de mille autres, sans que pour ainsi dire il en ait conscience. « C’est la sainte Providence qui a mis votre Compagnie sur le pied où elle est, disait-il vers la fin de son long pèlerinage à ses filles. Car qui a-ce été, je vous supplie ? Je ne saurais me le représenter. Nous n’en eûmes jamais le dessein. J’y pensais encore aujourd’hui, et je me disais : Est-ce toi qui as pensé à faire une Compagnie de Filles de la Charité ? Oh ! Nenni. Est-ce Mademoiselle Le Gras ? Aussi peu. Oh ! Mes filles, je n’y pensais pas, votre sœur servante n’y pensait pas, aussi peu Monsieur Portail (le premier et plus fidèle compagnon de Vincent dans les missions) : c’est donc Dieu qui y pensait pour vous ; c’est donc lui que nous pouvons dire être l’auteur de votre Compagnie, puisque véritablement nous ne saurions en reconnaître un autre ».
Mais autant son incomparable délicatesse à l’égard de Dieu lui faisait un devoir de ne le jamais prévenir plus qu’un instrument ne le fait pour la main qui le porte ; autant, l’impulsion divine une fois donnée, il ne pouvait supporter qu’on hésitât à la suivre, ou qu’il y eût place dans l’âme pour un autre sentiment que celui de la plus absolue confiance. Il écrivait encore, avec sa simplicité si pleine de charmes, à la coopératrice que Dieu lui avait donnée : « Je vous vois toujours un peu dans les sentiments humains, pensant que tout est perdu dès lors que vous me voyez malade. O femme de peu de foi, que n’avez-vous plus de confiance et d’acquiescement à la conduite et à l’exemple de Jésus-Christ ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son Père pour l’état de toute l’Église ; et vous, pour une poignée de filles que sa Providence a notoirement suscitées et assemblées, vous pensez qu’il vous manquera ! Allez, Mademoiselle, humiliez-vous beaucoup devant Dieu ».
Faut-il s’étonner que la foi, seule inspiratrice d’une telle vie, inébranlable fondement de ce qu’il était pour le prochain et pour lui-même, fût aux yeux de Vincent de Paul le premier des trésors ? Lui qu’aucune souffrance même méritée ne laissait indifférent, qu’on vit un jour par une fraude héroïque remplacer un forçat dans ses fers, devenait impitoyable en face de l’hérésie, et n’avait de repos qu’il n’eût obtenu le bannissement des sectaires ou leur châtiment. C’est le témoignage que lui rend dans la bulle de sa canonisation Clément XII, parlant de cette funeste erreur du jansénisme que notre saint dénonça des premiers et poursuivit plus que personne. Jamais peut-être autant qu’en cette rencontre, ne se vérifia le mot des saints Livres : La simplicité des justes les guidera sûrement, et l’astuce des méchants sera leur perte. La secte qui, plus tard, affectait un si profond dédain pour Monsieur Vincent, n’en avait pas jugé toujours de même. « Je suis, déclarait-il dans l’intimité, obligé très particulièrement de bénir Dieu et de le remercier de ce qu’il n’a pas permis que les premiers et les plus considérables d’entre ceux qui professent cette doctrine, que j’ai connus particulièrement, et qui étaient de mes amis, aient pu me persuader leurs sentiments. Je ne vous saurais exprimer la peine qu’ils y ont prise, et les raisons qu’ils m’ont proposées pour cela ; mais je leur opposais entre autres choses l’autorité du concile de Trente, qui leur est manifestement contraire ; et voyant qu’ils continuaient toujours, au lieu de leur répondre je récitais tout bas mon Credo : et voilà comme je suis demeuré ferme en la créance catholique ».
L’année 1883, cinquantième anniversaire de la fondation des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul à Paris, voyait notre Saint proclamé le Patron de toutes les sociétés de charité de France ; ce patronage fut, deux ans plus tard, étendu aux sociétés de charité de l’Église entière.
Quelle gerbe, ô Vincent, vous emportez au ciel ! Quelles bénédictions vous accompagnent, montant de cette terre à la vraie patrie ! O le plus simple des hommes qui furent en un siècle tant célébré pour ses grandeurs, vous dépassez maintenant les renommées dont l’éclat bruyant fascinait vos contemporains. La vraie gloire de ce siècle, la seule qui restera de lui quand le temps ne sera plus, est d’avoir eu dans sa première partie des saints d’une pareille puissance de loi et d’amour, arrêtant les triomphes de Satan, rendant au sol de France stérilisé par l’hérésie la fécondité des beaux jours. Et voici que deux siècles et plus après vos travaux, la moisson qui n’a point cessé continue par les soins de vos fils et de vos filles, aidés d’auxiliaires nouveaux qui vous reconnaissent eux aussi pour leur inspirateur et leur père. Dans ce royaume du ciel qui ne connaît plus la souffrance et les larmes, chaque jour pourtant comme autrefois voit monter vers vous l’action de grâces de ceux qui souffrent et qui pleurent.
Reconnaissez par des bienfaits nouveaux la confiance de la terre. Il n’est point de nom qui impose autant que le vôtre le respect de l’Église, en nos temps de blasphème. Et pourtant déjà les négateurs du Christ en viennent, par haine de sa divine domination, à vouloir étouffer le témoignage que le pauvre à cause de vous lui rendait toujours. Contre ces hommes en qui s’est incarné l’enfer, usez du glaive à deux tranchants remis aux saints pour venger Dieu au milieu des nations : comme jadis les hérétiques en votre présence, qu’ils méritent le pardon ou connaissent la colère ; qu’ils changent, ou soient réduits d’en haut à l’impuissance de nuire. Gardez surtout les malheureux que leur rage satanique s’applaudit de priver du secours suprême au moment du trépas ; eussent-ils un pied déjà dans les flammes, ces infortunés, vous pouvez les sauver encore. Élevez vos filles à la hauteur des circonstances douloureuses où l’on voudrait que leur dévouement reniât son origine céleste ou dissimulât sa divine livrée ; si la force brutale des ennemis du pauvre arrache de son chevet le signe du salut, il n’est règlements ni lois, puissance de ce monde ou de l’autre, qui puissent expulser Jésus de l’âme d’une Fille de chanté, ou l’empêcher de passer de son cœur à ses lèvres : ni la mort, ni l’enfer, ni le feu, ni le débordement des grandes eaux, dit le Cantique, ne sauraient l’arrêter.
Vos fils aussi poursuivent votre œuvre d’évangélisation ; jusqu’en nos temps leur apostolat se voit couronné du diadème de la sainteté et du martyre. Maintenez leur zèle ; développez en eux votre esprit d’inaltérable dévouement à l’Église et de soumission au Pasteur suprême. Assistez toutes ces œuvres nouvelles de charité qui sont nées de vous dans nos jours, et dont, pour cette cause, Rome vous défère le patronage et l’honneur ; qu’elles s’alimentent toujours à l’authentique foyer que vous avez ravivé sur la terre ; qu’elles cherchent avant tout le royaume de Dieu et sa justice, ne se départant jamais, pour le choix des moyens, du principe que vous leur donnez de « juger, parler et opérer, comme la Sagesse éternelle de Dieu, revêtue de notre faible chair, a jugé, parlé et opéré ».
St Camille de Lellis, confesseur mémoire de Symphorose et ses sept Fils Martyrs
Collecte
Dieu, vous avez fait don à Saint Camille d’une charité extraordinaire pour aider les âmes dans la lutte suprême de l’agonie : nous vous supplions, par ses mérites, de répandre en nous l’esprit de votre charité ; afin que nous puissions, à l’heure du trépas, vaincre l’ennemi et parvenir à la céleste couronne.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Camille naquit à Bucchianico au diocèse de Chieti, de la noble famille des Lellis et d’une mère sexagénaire qui, tandis qu’elle le portait encore dans son sein, crut voir, durant son sommeil, qu’elle avait donné le jour à un petit enfant, muni du signe de la croix sur la poitrine et précédant une troupe d’enfants qui portaient le même signe. Camille ayant embrassé dans son adolescence la carrière militaire, se laissa pendant quelque temps gagner par les vices du siècle. Mais dans sa vingt-cinquième année, il fut soudain éclairé d’une telle lumière surnaturelle et saisi d’une si profonde douleur d’avoir offensé Dieu, qu’ayant versé des larmes abondantes, il prit la ferme résolution d’effacer sans retard les souillures de sa vie passée et de revêtir l’homme nouveau. Le jour même où ceci arriva, c’est-à-dire en la fête de la Purification de la très sainte Vierge, il s’empressa d’aller trouver les Frères Mineurs, appelés Capucins, et les pria très instamment de l’admettre parmi eux. On lui accorda ce qu’il désirait, une première fois, puis une deuxième, mais un horrible ulcère, dont il avait autrefois souffert à la jambe, s’étant ouvert de nouveau, Camille, humblement soumis à la divine Providence qui le réservait pour de plus grandes choses, et vainqueur de lui-même, quitta deux fois l’habit de cet Ordre, qu’à deux reprises il avait sollicité et reçu.
Cinquième leçon. Il partit pour Rome et fut admis dans l’hôpital dit des incurables, dont on lui confia l’administration, à cause de sa vertu éprouvée. Il s’acquitta de cette charge avec la plus grande intégrité et une sollicitude vraiment paternelle. Se regardant comme le serviteur de tous les malades, il avait coutume de préparer leurs lits, de nettoyer les salles, de panser les ulcères, de secourir les mourants à l’heure du suprême combat, par de pieuses prières et des exhortations, et il donna dans ces fonctions, des exemples d’admirable patience, de force invincible et d’héroïque charité. Mais ayant compris que la connaissance des lettres l’aiderait beaucoup à atteindre son but unique qui était de venir en aide aux âmes des agonisants, il ne rougit pas, à l’âge de trente-deux ans, de se mêler aux enfants pour étudier les premiers éléments de la grammaire. Initié dans la suite au sacerdoce, il jeta, de concert avec quelques amis associés à lui pour cette œuvre, les fondements de la congrégation des Clercs réguliers consacrés au service des infirmes ; et cela, malgré l’opposition et les efforts irrités de l’ennemi du genre humain. Miraculeusement encouragé par une voix céleste partant d’une mage du Christ en croix, qui, par un prodige admirable, tendait vers lui ses mains détachées du bois, Camille obtint du Siège apostolique l’approbation de son Ordre, où, par un quatrième vœu très méritoire, les religieux s’engagent à assister les malades, même atteints de la peste. Il parut que cet institut était singulièrement agréable à Dieu et profitable au salut des âmes ; car saint Philippe de Néri, confesseur de Camille, attesta avoir assez souvent vu les Anges suggérer des paroles aux disciples de ce dernier, lorsqu’ils portaient secours aux mourants.
Sixième leçon. Attaché par des liens si étroits au service des malades, et s’y dévouant jour et nuit jusqu’à son dernier soupir, Camille déploya un zèle admirable à veiller à tous leurs besoins, sans se laisser rebuter par aucune fatigue, sans s’alarmer du péril que courait sa vie. Il se faisait tout à tous et embrassait les fonctions les plus basses d’un cœur joyeux et résolu, avec la plus humble condescendance ; le plus souvent il les remplissait à genoux, considérant Jésus-Christ lui-même dans la personne des infirmes. Afin de se trouver prêt à secourir toutes les misères, il abandonna de lui-même le gouvernement général de son Ordre et renonça aux délices célestes dont il était inondé dans la contemplation. Son amour paternel à l’égard des pauvres éclata surtout pendant que les habitants de Rome eurent à souffrir d’une maladie contagieuse, puis d’une extrême famine, et aussi lorsqu’une peste affreuse ravagea Nole en Campanie. Enfin il brûlait d’une si grande charité pour Dieu et pour le prochain, qu’il mérita d’être appelé un ange et d’être secouru par des Anges au milieu des dangers divers courus dans ses voyages. Il était doué du don de prophétie et de guérison, et découvrait les secrets des cœurs grâce à ses prières, tantôt les vivres se multipliaient, tantôt l’eau se changeait en vin. Épuisé par les veilles, les jeûnes, les fatigues continuelles, et semblant ne plus avoir que la peau et les os, il supporta courageusement cinq maladies longues et fâcheuses, qu’il appelait des miséricordes du Seigneur. A l’âge de soixante cinq ans, au moment où il prononçait les noms si suaves de Jésus et de Marie, et ces paroles : « Que le visage du Christ Jésus t’apparaisse doux et joyeux » il s’endormit dans le Seigneur, muni des sacrements de l’Église, à Rome, à l’heure qu’il avait prédite, la veille des ides de juillet, l’an du salut mil six cent quatorze. De nombreux miracles l’ont rendu illustre, et Benoît XIV l’a inscrit solennellement dans les fastes des Saints. Léon XIII, se rendant au vœu des saints Évêques de l’Univers catholique, après avoir consulté la Congrégation des rites, l’a déclaré le céleste Patron de tous les hospitaliers et des malades du monde entier, et il a ordonné que l’on invoquât son nom dans les Litanies des agonisants.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, Évêque. Tract. 83 in Joannem
Septième leçon. Que pensons-nous, mes frères ? Est-ce que le précepte qui veut qu’on s’entr’aime est le seul ? Et n’y en a-t-il pas un autre plus grand, celui d’aimer Dieu ? Ou plutôt Dieu ne nous a-t-il rien commandé de plus que la dilection, en sorte que nous n’ayons aucun souci du reste ? Évidemment l’Apôtre recommande trois choses, quand il dit : « La foi, l’espérance, la charité demeurent ; elles sont trois, mais la plus grande des trois, c’est la charité ». Et si la charité ou dilection, parce qu’elle renferme ces deux préceptes, est donnée comme étant plus grande, elle n’est pas donnée comme étant seule. Ainsi au sujet de la foi, quel nombre de commandements y a-t-il ? Quel nombre aussi en ce qui touche l’espérance ? Qui peut les rassembler tous ? Qui peut suffire à les énumérer ? Mais étudions cette parole du même Apôtre : « La charité est la plénitude de la loi ».
Huitième leçon. Là où se trouve la charité, que peut-il donc manquer ? et où elle n’existe pas, que peut-il y avoir de profitable ? Le démon croit, mais il n’aime pas, l’homme qui ne croit pas, n’aime pas non plus. De même l’homme qui n’aime pas, quoique l’espérance du pardon ne lui soit pas enlevée, l’espère en vain ; mais celui qui aime, ne peut désespérer. Ainsi où est la dilection, se trouvent la foi et l’espérance ; et là où est l’amour du prochain se trouve nécessairement aussi l’amour de Dieu. En effet, comment celui qui n’aime pas Dieu aimerait-il le prochain comme lui-même ; puisqu’il ne s’aime pas soi-même, impie qu’il est et ami de l’iniquité ? Or celui qui aime l’iniquité, celui-là, à coup sûr, n’aime pas son âme, il la hait au contraire.
Neuvième leçon. Observons donc le précepte d’aimer le Seigneur afin de nous entr’aimer, et par là nous accomplirons tout le reste, puisque tout le reste y est compris. Car l’amour de Dieu se distingue de l’amour du prochain, et le Sauveur a marqué cette distinction en ajoutant : « Comme je vous ai aimés » ; or à quelle fin le Christ nous aime-t-il, si ce n’est pour que nous puissions régner avec lui ? Aimons-nous donc les uns les autres de manière à nous distinguer du reste des hommes, qui ne peuvent aimer les autres, par la raison qu’ils ne s’aiment pas eux-mêmes. Quant à ceux qui s’aiment en vue de posséder Dieu, ils s’aiment véritablement. Ainsi donc, qu’ils aiment Dieu pour s’aimer. Un tel amour n’existe pas chez tous les hommes ; il en est peu qui s’aiment afin que Dieu soit tout en tous.
Ne croyons pas que l’Esprit-Saint, dans son désir d’élever nos âmes au-dessus de la terre, n’ait que mépris pour les corps. C’est l’homme tout entier qu’il a reçu mission de conduire à l’éternité bienheureuse, comme tout entier l’homme est sa créature et son temple. Dans l’ordre de la création matérielle, le corps de l’Homme-Dieu fut son chef d’œuvre ; et la divine complaisance qu’il prend dans ce corps très parfait du chef de notre race, rejaillit sur les nôtres dont ce même corps, formé par lui au sein de la Vierge toute pure, a été dès le commencement le modèle. Dans l’ordre de réhabilitation qui suivit la chute, le corps de l’Homme-Dieu fournit la rançon du monde ; et telle est l’économie du salut, que la vertu du sang rédempteur n’arrive à l’âme de chacun de nous qu’en passant par nos corps avec les divins sacrements, qui tous s’adressent aux sens pour leur demander l’entrée. Admirable harmonie de la nature et de la grâce, qui fait qu’elle-même celle-ci honore l’élément matériel de notre être au point de ne vouloir élever l’âme qu’avec lui vers la lumière et les cieux ! Car dans cet insondable mystère de la sanctification, les sens ne sont point seulement un passage : eux-mêmes éprouvent l’énergie du sacrement, comme les facultés supérieures dont ils sont les avenues ; et l’âme sanctifiée voit dès ce monde l’humble compagnon de son pèlerinage associé à cette dignité de la filiation divine, dont l’éclat de nos corps après la résurrection ne sera que l’épanouissement.
C’est la raison qui élève à la divine noblesse de la sainte chargé les soins donnés au prochain dans son corps ; car, inspirés par ce motif, ils ne sont autres que l’entrée en participation de l’amour dont le Père souverain entoure ces membres, qui sont pour lui les membres d’autant de fils bien-aimés. J’ai été malade et vous m’avez visité, dira le Seigneur au dernier des jours, montrant bien qu’en effet, dans les infirmités mêmes de la déchéance et de l’exil, le corps de ceux qu’il daigne appeler ses frèresparticipe de la propre dignité du Fils unique engendré au sein du Père avant tous les âges. Aussi l’Esprit, chargé de rappeler les paroles du Sauveur à l’Église, n’a-t-il eu garde d’oublier celle-ci ; tombée dans la bonne terre des âmes d’élite elle a produit cent pour un en fruits de grâce et d’héroïque dévouement. Camille de Lellis l’a recueillie avec amour ; et par ses soins la divine semence est devenue un grand arbre offrant son ombre aux oiseaux fatigués qu’arrête plus ou moins longuement la souffrance, ou pour lesquels l’heure du dernier repos va sonner. L’Ordre des Clercs réguliers Ministres des infirmes, ou du bien mourir, mérite la reconnaissance de la terre ; depuis longtemps celle des cieux lui est acquise, et les Anges sont ses associés, comme on l’a vu plus d’une fois au chevet des mourants.
Ange de la charité, quelles voies ont été les vôtres sous la conduite du divin Esprit ! Il fallut un long temps avant que la vision de votre pieuse mère, quand elle vous portait, se réalisât : avant de paraître orné du signe de la Croix et d’enrôler des compagnons sous cette marque sacrée, vous connûtes la tyrannie du maître odieux qui ne veut que des esclaves sous son étendard, et la passion du jeu faillit vous perdre. O Camille, à la pensée du péril encouru alors, ayez pitié des malheureux que domine l’impérieuse passion, arrachez-les à la fureur funeste qui jette en proie au hasard capricieux leurs biens, leur honneur, leur repos de ce monde et de l’autre. Votre histoire montre qu’il n’est point de liens que la grâce ne brise, point d’habitude invétérée qu’elle ne transforme : puissent-ils comme vous retourner vers Dieu leurs penchants, et oublier pour les hasards de la sainte charité ceux qui plaisent à l’enfer ! Car, elle aussi, la charité a ses risques, périls glorieux qui vont jusqu’à exposer sa vie comme le Seigneur a donné pour nous la sienne : jeu sublime, dans lequel vous fûtes maître, et auquel plus d’une fois applaudirent les Anges. Mais qu’est-ce donc que l’enjeu de cette vie terrestre, auprès du prix réservé au vainqueur ?
Selon la recommandation de l’Évangile que l’Église nous fait lire aujourd’hui en votre honneur, puissions-nous tous à votre exemple aimer nos frères comme le Christ nous a aimés ! Bien peu, dit saint Augustin, ont aujourd’hui cet amour qui accomplit toute la loi ; car bien peu s’aiment pour que Dieu soit tout en tous. Vous l’avez eu cet amour, ô Camille ; et de préférence vous l’avez exercé à l’égard des membres souffrants du corps mystique de l’Homme-Dieu, en qui le Seigneur se révélait plus à vous, en qui son règne aussi approchait davantage. A cause de cela, l’Église reconnaissante vous a choisi pour veiller, de concert avec Jean de Dieu, sur ces asiles de la souffrance qu’elle a fondés avec les soins que seule une mère sait déployer pour ses fils malades. Faites honneur à la confiance de la Mère commune. Protégez les Hôtels-Dieu contre l’entreprise d’une laïcisation inepte et odieuse qui sacrifie jusqu’au bien-être des corps à la rage de perdre les âmes des malheureux livrés aux soins d’une philanthropie de l’enfer. Pour satisfaire à nos misères croissantes, multipliez vos fils ; qu’ils soient toujours dignes d’être assistés des Anges. Qu’en quelque lieu de cette vallée d’exil vienne à sonner pour nous l’heure du dernier combat, vous usiez de la précieuse prérogative qu’exalte aujourd’hui la Liturgie sacrée, nous aidant par l’esprit de la sainte dilection à vaincre l’ennemi et à saisir la couronne céleste.
18 juillet 1830 : 1ère apparition de Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse
18 juillet 1830 : Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse
1ère apparition :
Le 18 juillet 1830, veille de la fête de Saint Vincent de Paul naguère, la directrice du Séminaire parla de la dévotion aux Saints et à la Vierge Marie que Soeur Catherine voulait tellement contempler. Le soir, la jeune soeur se coucha en se recommandant à Saint Vincent.
Dans la nuit, elle s'entend appeler par trois fois. Elle entrouvre son rideau. Que voit-elle ? Un ravissant enfant de quatre ou cinq ans, vêtu de blanc et d'une lumière éclairant tout ce qui l'entoure. « Venez, dit-il, venez à la chapelle, la Sainte Vierge vous attend. Ne craignez rien, il est onze heures et demie, tout le monde dort, je vous accompagne.»
Sur cette invitation, Soeur Catherine s'habille vite et le suit. Partout les lumières sont allumées, à son grand étonnement, puis la porte de la chapelle illuminée s'ouvre, touchée du doigt par l'enfant. Celui-ci la conduit jusqu'à la table de communion ; elle s'y agenouille, pendant qu'il entre dans le sanctuaire.
L'attente semble longue ; enfin, vers minuit, l'enfant la prévient :
« Voici la Sainte Vierge ! » ... Lire
Une prière à Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse
« Ô Vierge Immaculée, Mère de Dieu et notre Mère avec la plus vive confiance dans Votre puissante intercession tant de fois manifestée au moyen de votre Médaille, nous Vous supplions humblement de bien vouloir nous obtenir les grâces que nous Vous demandons par cette neuvaine : (demander une grâce personnelle ou bien tout simplement que la Volonté du Seigneur se fasse avec, par et en Marie !). Ô Vierge de la Médaille Miraculeuse qui êtes apparue à sainte Catherine Labouré dans l’attitude de Médiatrice du monde entier et de chaque âme en particulier, nous remettons entre Vos mains et nous confions à votre Cœur nos supplications. Daignez les présenter à votre Divin Fils et les exaucer si elles sont conformes à la Volonté Divine et utiles à nos âmes. Et, après avoir élevé vers Dieu vos mains suppliantes, abaissez-les sur nous et enveloppez-nous des rayons de Vos grâces, en éclairant nos esprits, en purifiant nos cœurs, afin que, sous Votre conduite, nous arrivions un jour à la bienheureuse éternité. Ainsi soit-il. »
Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous !
Source : site-catholique.fr
Le site de la Chapelle de la Médaille Miraculeuse
Super II Thes., cap. 2 l. 2
Super II Thes., cap. 2 l. 2 Superius apostolus praenuntians narravit adventum et culpam Antichristi, hic ostendit causam dilationis. Et primo ostendit eos habere huius scientiae causam; secundo causam illam obscure proponit, ibi nam mysterium. Dicit ergo: dico quod oportet revelari hominem peccati. Et quid nunc detineat, id est, quae sit causa, quod tardet, scitis, quia ego dixi vobis, ita quod sic ad praesens detinet, ut suo tempore, id est, congruo tempore, reveletur. Eccle. VIII, 6: omni negotio tempus et opportunitas est. Et ibidem III, 11: omnia fecit Deus bona in tempore, et cetera. Deinde cum dicit nam mysterium, etc., causam eius ponit. Et haec littera multipliciter exponitur, quia hoc mysterium potest esse nominativi casu, vel accusativi. Si primo modo, est sensus: dico ut suo tempore, quia etiam iam mysterium, id est, figuraliter occultatum, operatur in fictis, qui videntur boni, et tamen sunt mali. Et hi operantur officium Antichristi. II Tm. III, 5: habentes speciem pietatis, virtutem autem eius abnegantes. Sed secundo modo est sensus: nam Diabolus, in cuius potestate veniet Antichristus, iam incipit operari occulte iniquitatem suam, per tyrannos et seductores, quia persecutiones Ecclesiae huius temporis sunt figurae illius ultimae persecutionis contra omnes bonos, et sunt sicut imperfectae comparando ad illam. Tantum ut qui tenet, et cetera. Hoc exponitur multipliciter. Uno modo, secundum Glossam, et Augustinum, qui dicunt, quod quidam opinati sunt Neronem, qui primo persecutus est Christianos, esse Antichristum, et quod non fuerat occisus, sed subtractus, et quandoque restituendus. Unde apostolus hoc evacuans, dicit tantum ut qui tenet nunc, Romanum imperium, teneat, donec de medio fiat, id est, donec moriatur. Sed hoc modo non est conveniens; quia multi anni sunt, quod Nero mortuus est, illo scilicet anno quo apostolus. Sed melius est quod referatur ad Neronem, prout est persona publica Romani imperii, donec de medio fiat, id est, tollatur Romanum imperium de hoc mundo. Is. XXIII, 9: Dominus exercituum cogitavit hoc, ut detraheret superbiam omnis gloriae, et ad ignominiam, et cetera. Vel aliter tantum ut qui tenet, id est, detinet modo adventum Antichristi, teneat, ne veniat; quasi sit necessarium, quod adhuc aliqui veniant ad fidem, et aliqui recedant. Quasi dicat: ut discessus et accessus qui nunc tenet donec veniat, teneat donec tollatur ille obscoenus. Vel sic: tantum qui nunc tenet fidem, teneat, id est, firmus sit in ea. Ap. II: tene quod habes, ut nemo accipiat coronam tuam, donec de medio fiat, id est, congregatio malorum permixta, separetur, et fiat seorsum, quod erit in persecutione Antichristi. Vel tantum, etc., id est, ut mysterium iniquitatis, id est, iniquitas mystica, quae detinet, detineat donec fiat de medio, id est, donec iniquitas reducatur in publicum: et fiat quasi aliquid existens in publico de medio. Multi enim modo occulte peccant, sed tamen quandoque fiet in aperto: quia Deus sustinet peccatores quamdiu sunt occulti, donec publice peccent, et tunc non sustinebit, ut patet de Sodomitis Gn. XIX, 24. Sed tamen Augustinus confitetur se nescire quid apostolus illis loquitur, qui iam sciebant. Unde dicit quid nunc detineat, scitis. Et praeterea hoc non erat multum necessarium ad sciendum. Deinde cum dicit et tunc, etc., ponitur adventus iniqui, et poena eius. Primo manifestatio; secundo eius poena. Quantum ad primum dicit ille, singulariter, iniquus revelabitur, quia manifesta erit eius culpa, quem Dominus Iesus interficiet spiritu oris sui. Is. XI: zelus Domini exercituum faciet hoc, id est, zelus iustitiae, qui est amor. Spiritus enim Christi est amor Christi, et hic zelus est Spiritus Sancti, quem habet ad Ecclesiam. Vel Spiritu oris sui, id est, mandato suo; quia Michael interfecturus est eum in monte oliveti, unde Christus ascendit; sic et Iulianus manu divina extinctus est. Et haec est poena praesens, licet futura etiam aeternaliter punietur, quia destruet illustratione, etc., id est, in adventu suo omnia illustrante. I Cor. IV, 5: illuminabit abscondita tenebrarum, et cetera. Et destruet, inquam, aeterna, scilicet damnatione. Ps. XXVII, 5: destruet illos, et cetera. Et dicit, illustratione, quia ipse visus est Ecclesiam obtenebrare, et tenebrae expelluntur illustratione, quia quicquid Antichristus ostenderit, ostendetur fuisse mendacium. Deinde cum dicit eum cuius est adventus, praedicit potestatem Antichristi. Et circa hoc duo facit, quia primo ponit potestatem eius ad seducendum; secundo huius causam ex domini iustitia, ibi eo quod charitatem. Iterum prima in tres, quia primo ponit actorem huius potestatis; secundo modum seducendi; tertio ostendit seducendos. Actor huius potestatis est Diabolus, et ideo destruet eum Christus. I Jn. III, 8: in hoc apparuit filius Dei, ut dissolvat opera Diaboli. Et ideo dicit, quod adventus Antichristi erit secundum operationem Satanae, id est ex instinctu eius. Ap. XX, 7: solvetur Satanas de carcere suo, et exibit, et seducet gentes, et cetera. Operatur enim aliquid secundum operationem Satanae, sicut arreptitius, in quo non solum instigat voluntatem, sed etiam impedit usum rationis: quod tamen non imputatur ad culpam eius, quia non habet usum liberi arbitrii. Antichristus autem non sic; sed habebit usum liberi arbitrii, in quo est Diabolus suggerens, sicut dicitur de Iuda Jn. III: introivit in eum Satanas, scilicet instigando. Decipiet autem hoc modo: primo per potentiam saecularem; secundo per virtutem miraculorum. Quantum ad primum dicit in omni virtute, scilicet saeculari. Dn. XI, 43: dominabitur thesaurorum auri et argenti, et in omnibus pretiosis Aegypti. Vel virtute, scilicet simulata. Quantum autem ad secundum dicit in signis, et cetera. Signa sunt quaedam mira etiam parva. Prodigia vero magna, quae aliquem prodigiosum ostendunt, quasi procul a digito. Ap. XIII, 13: fecit signa magna, ita ut et ignem faceret descendere de caelo, et cetera. Mt. XXIV, 24: dabunt signa magna et prodigia, ita ut in errorem inducantur, si fieri potest, etiam electi. Et dicit mendacibus. Miraculum mendax dicitur, vel quia deficit a vera ratione facti, vel a vera ratione miraculi, vel a debito fine miraculi. Primum fit in praestigiis, quando per Daemones illuduntur aspectus, ut aliud videatur, quam est: sicut Simon magus fecit decollari arietem, et postea ostensus est vivus; et homo decollatus est, et postea homo, qui credebatur decollatus, ostensus est vivus, et creditus est resuscitatus. Et hoc faciunt homines commutando phantasmata et decipiendo. Secundo modo illa dicuntur miracula improprie, quae plena sunt admiratione, quando effectus videtur, et ignoratur causa. Quae ergo habent causam occultam alicui, et non simpliciter, dicuntur quidem mira, et non miracula simpliciter. Sed quae simpliciter causam occultam habent, sunt proprie miracula, quorum causa est ipse Deus gloriosus, quia totum ordinem naturae creatae transcendunt. Aliquando vero fiunt aliqua mira, sed non praeter ordinem naturae, sed occultas causas habent: et haec multo magis faciunt Daemones, qui virtutes naturae sciunt, et qui habent determinatas efficacias ad speciales effectus, et haec faciet Antichristus; sed non quae habent veram rationem miraculi, quia non possunt in illa quae sunt supra naturam. Tertio modo dicuntur miracula, secundum quod sunt ordinata ad attestandum veritati fidei, ad reducendum fideles in Deum. Mc. ult.: domino cooperante, et sermonem confirmante sequentibus signis. Sed si alicui adest gloria miraculorum et non utatur eis ad hoc, miracula quidem sunt vera quo ad rationem rei factae, et quo ad rationem miraculi, sed sunt falsa quantum ad finem debitum, et intentionem Dei. Sed tamen hoc non erit in Antichristo, quia nullus contra fidem facit vera miracula, quia Deus non est testis falsitatis. Unde aliquis praedicans falsam doctrinam non potest facere miracula, licet aliquis habens malam vitam posset. Deinde ostendit seducendos, cum dicit his qui pereunt, id est, in praescitis ad perditionem. Jn. XVII, 12: nemo ex eis periit, nisi filius perditionis. Et hoc ideo, quia Jn. X, 27: oves meae vocem meam audiunt.
Lectio 3
Super II Thes., cap. 2 l. 3 Postquam ostendit in quibus habet locum deceptio Antichristi, scilicet in praescitis ad damnationem, hic assignat causam praedictorum. Et primo ostendit causam huius, et quomodo decipientur; secundo quomodo fideles ab eo liberentur, ibi nos autem. Item primo ponit eorum culpam tantum; secundo poenam cum culpa; tertio poenam tantum. Et est hic processus peccati: primo enim quis ex demerito primi peccati deseritur a gratia, et cadit in aliud peccatum, et post in aeternum punitur. Dicit ergo, quod causa quare decipientur est quia noluerunt recipere charitatis veritatem, id est, veritatem Evangelii. Jn. VIII, 46: si veritatem dico, quare non creditis mihi? Jb XXIV, 13: ipsi fuerunt rebelles lumini. Et dicit charitatem veritatis, quia nisi sit formata fides per charitatem, nihil est. I Cor. XIII, 2: si habuero fidem, ita ut montes transferam, charitatem autem non habuero, nihil sum, et cetera. Ga. ult.: in Christo Iesu neque circumcisio, neque praeputium aliquid valet, sed nova creatura. Et subdit utilitatem veritatis, dicens ut salvi fierent. Rm. V, 1: iustificati ex fide, pacem habeamus ad Deum per Dominum, et cetera. Sed culpa et poena est eorum seductio; unde dicit mittet, id est, permittet illis venire, operationem erroris. Is. XIX, 14: miscuit Dominus in medio eius spiritum vertiginis. III R. ult.: ero spiritus mendax in ore omnium prophetarum eius. Et ideo dicit ut credant mendacio, id est, falsae doctrinae Antichristi. Rm. II: propter quod tradidit illos Deus in reprobum sensum, ut faciant ea quae non conveniunt. Sed poena tantum est aeterna damnatio; unde subdit ut iudicentur, scilicet iudicio damnationis. Jn. V, 29: et procedent qui mala fecerunt in resurrectionem iudicii, et cetera. Omnes qui non crediderunt veritati. Jn. III, 18: qui non credit, iam iudicatus est. Deinde cum dicit nos autem, ostendit quare fideles Christi liberentur. Et primo agit gratias pro eis; secundo commemorat divina beneficia, quibus a talibus liberantur. Dicit ergo sic: illi decipientur, sed nos debemus gratias agere. Rm. I, 8: primum quidem gratias ago Deo meo semper pro vobis per Dominum, et cetera. Duplex autem ponit Dei beneficium, scilicet electionem Dei, quae est aeterna, et vocationem, quae est temporalis, ibi in qua et vocavit vos. Dicit ergo quod, pro quia, elegit nos, scilicet apostolos, et vos, scilicet fideles. Ep. I, 4: elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti, et cetera. Jn. XV, 16: non vos me elegistis, sed ego elegi vos. Circa electionem tria tangit, scilicet ordinem electorum, finem electionis, et medium consequendi finem. Electi sunt omnes sancti a principio mundi. Dt. XXXIII, 3: dilexit populos, omnes sancti in manu illius sunt. Sed apostoli specialiter sunt primitiae. Rm. VIII, 23: nos ipsi primitias spiritus habentes, et cetera. Et ideo dicit primitias fidei. Finis item electionis est salus aeterna; et ideo dicit in salutem. I Tm. II, 4: omnes homines vult salvos fieri, et cetera. Hoc autem fit, primo, ex parte Dei per gratiam sanctificantem; unde dicit in sanctificatione spiritus; secundo, ex parte nostra, est consensus liberi arbitrii per fidem; ideo subdit et in fide veritatis. Deinde cum dicit in qua et vos vocavit, etc., ponit secundum beneficium, quod est vocatio temporalis Christi, quae sequitur electionem. Rm. VIII, 30: quos vocavit, hos et iustificavit, et cetera. Et de hac vocatione nota parabolam, Lc. XIV, 16 de eo, qui fecit coenam magnam, et cetera. Et addit per Evangelium nostrum, id est, a me praedicatum. Sed ad quam coenam? In acquisitione gloriae, id est, ut acquiramus Christi gloriam. Deinde cum dicit itaque, etc., monet tenere veritatem, et primo ponit monitionem; secundo orationem, ibi ipse autem Dominus, et cetera. Et facit primum, quia opus nostrum dependet a libero arbitrio; secundum vero, quia indiget auxilio gratiae. Et primo monet ad standum, cum dicit state in veritate. Ga. V, 1: state, et nolite iterum iugo servitutis contineri. Secundo docet modum standi, ibi et tenete traditiones, id est, documenta, quae a maioribus traduntur. Nam documenta quae traduntur a minoribus, quandoque non sunt servanda, quando scilicet contrariantur documentis fidei. Mt. XV, 6: irritum fecistis mandatum Dei, propter traditionem vestram. Sed servanda sunt quae ordinantur ad mandata Dei. Quas didicistis. Ac. XVI, 4: Paulus docebat, ut tenerent traditiones et documenta quae erant decreta ab apostolis et senioribus, qui erant Ierosolymis, et cetera. Et has traditiones dupliciter ediderunt, quasdam verbis unde dicit per sermonem, quasdam in Scripturis ideo addit sive per epistolam. Unde patet, quod multa in Ecclesia non scripta, sunt ab apostolis docta, et ideo servanda. Nam multa, secundum iudicium apostolorum, melius erat ut occultarentur, ut dicit Dionysius. Unde apostolus I Cor. X dicit caetera cum venero disponam. Deinde ponit orationem, ibi ipse autem dominus noster Iesus Christus, etc.; quasi dicat: sic moneo, sed nihil valet nisi adsit divinum auxilium. Et ideo ponit primo duplex Dei beneficium. Primum est amor eius ad nos, quo alia nobis impendit; ideo dicit dilexit nos. Secundum est spiritualis consolatio, ibi et dedit consolationem aeternam. II Cor. I, 4: qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. Is. XL, 1: consolamini, consolamini, popule meus, dicit Dominus Deus vester, et cetera. Et dicit consolationem aeternam, scilicet contra omnia mala imminentia et futura. Et ideo expectamus spem bonam, id est, bonorum aeternorum infallibilitatem. I P. I, 3: qui secundum magnam misericordiam suam regeneravit nos in spem vivam. Et hoc in gratia, scilicet per quam speramus consequi vitam aeternam. Rm. VI, 23: gratia Dei vita aeterna. Petit autem pro eis exhortationem, quae est monitio ducens animum ad volendum. Et hanc potest facere homo exterius; sed non esset efficax, nisi esset interius spiritus Dei. Unde dicit exhortetur corda vestra, id est, instiget. Os. II, 14: ducam eam in solitudinem, et loquar ad cor eius. Item petit confirmationem, unde dicit et confirmet. Ps. LXVII, 29: confirma hoc, Deus, quod operatus es in nobis. Quasi dicat: exhortetur per gratiam, ut velimus, et confirmet ut efficaciter velimus. Et hoc in omni opere bono et sermone. Praecedit opus sermonem, quia coepit Iesus facere et docere Ac. I, 1.
Notre-Dame du Mont-Carmel
Collecte
Dieu, vous orné l’Ordre du Carmel du titre particulier de la bienheureuse Marie toujours Vierge et votre Mère : accordez-nous, dans votre bonté, que, soutenus de la protection de celle dont nous honorons aujourd’hui solennellement la mémoire, nous méritions de parvenir aux joies éternelles.
Lecture Eccli. 24, 23-31.
Comme la vigne j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs donnent des fruits de gloire et d’abondance. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage plus suave que le rayon de miel. Ma mémoire passera dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui agissent par moi ne pécheront point. Ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle.
Évangile Lc11, 27-28.
En ce temps-là : Jésus parlait au milieu de la foule et une femme s’écria : « Comme elle est heureuse, la Mère qui t’a mis au monde, et qui t’a nourri de son lait ! » Mais Il répondit : « Bien plus heureux encore celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique ! »
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Le saint jour de la Pentecôte, les Apôtres, divinement inspirés, parlaient en diverses langues et faisaient beaucoup de prodiges par l’invocation du très auguste nom de Jésus. Or, on rapporte qu’en ce même jour, nombre d’hommes, qui avaient marché sur les traces des saints Prophètes Élie et Elisée, et que Jean-Baptiste, par sa prédication, avait préparés à l’avènement du Christ, ayant reconnu et constaté la vérité des choses, embrassèrent la foi de l’Évangile. Ayant eu le bonheur de jouir des entretiens et de l’intimité de la bienheureuse Vierge Marie, ils commencèrent à la vénérer et à l’aimer tout particulièrement. Les premiers d’entre les Chrétiens, ils construisirent un sanctuaire à la Vierge très pure, sur le mont Carmel, à l’endroit même où Élie avait jadis vu s’élever une nuée, figure de la Vierge.
Cinquième leçon. Ils se réunissaient donc plusieurs fois le jour dans le nouvel oratoire, et honoraient par de pieuses pratiques, des prières et des louanges, la très sainte Vierge, en qualité d’insigne protectrice de leur Ordre. Aussi, commença-t-on dès lors à les appeler partout : les Frères de la Bienheureuse Marie du Mont-Carmel. Non contents de ratifier cette dénomination, les souverains Pontifes accordèrent des indulgences spéciales à ceux qui désigneraient sous ce titre l’Ordre en général et les Frères en particulier. Avec l’honneur de son nom et sa tutélaire bienveillance, la sainte Vierge leur octroya généreusement la marque distinctive d’un scapulaire sacré. Elle le donna au bienheureux Simon, religieux anglais, pour distinguer cet Ordre saint de tous les autres, et le préserver des malheurs à venir. Mais, parce que cet Ordre n’était pas répandu en Europe, on multiplia les instances auprès d’Honorius III, afin qu’il le supprimât. C’est alors que la très bonne et compatissante Vierge Marie apparut pendant la nuit à ce Pape et lui signifia d’accorder sa bienveillance à l’Institut et à ses membres.
Sixième leçon. Ce n’est pas seulement en ce monde que la sainte Vierge a voulu combler de prérogatives un Ordre qui lui est si cher. Une pieuse croyance admet volontiers que, dans l’autre monde aussi (car sa puissance et sa miséricorde étendent en tous lieux leur influence), elle soulage, par un effet de son amour vraiment maternel, ceux de ses enfants qui subissent l’expiation du purgatoire, et les introduit le plus tôt possible dans la patrie céleste, grâce à son intervention, lorsque, enrôlés dans la confrérie du scapulaire, ils ont pratiqué de légères abstinences, récité les quelques prières prescrites et gardé la chasteté, eu égard à leur état de vie. Ainsi comblé de tant et de si grandes faveurs, cet Ordre institua une solennelle Commémoraison de la bienheureuse Vierge Marie, à célébrer perpétuellement chaque année en l’honneur de cette Vierge glorieuse.
Au troisième nocturne. du commun
Homélie de saint Bède le Vénérable. Lib. 4, cap. 49 in Luc. 11
Septième leçon. Cette femme fit bien voir la grandeur de sa dévotion et de sa foi. Tandis que les Scribes et les Pharisiens tentent le Seigneur et blasphèment contre lui, elle reconnaît avec tant de sincérité son incarnation, elle la proclame avec tant d’assurance qu’elle confond tout à la fois la calomnie dont les principaux d’entre les Juifs tâchaient alors de noircir le Fils de Dieu, et la perfidie des hérétiques qui devaient s’élever dans la suite des temps. De même qu’à cette époque les Juifs, blasphémant contre l’ouvrage du Saint-Esprit, niaient que Jésus-Christ fût le vrai Fils de Dieu, consubstantiel au Père ; ainsi les hérétiques devaient-ils plus tard, en niant que Marie, toujours Vierge, eût par l’opération du Saint-Esprit, fourni de sa propre chair au Fils de Dieu la matière de ses membres humains, prétendre qu’il ne faut pas le reconnaître pour le vrai fils de l’homme et de la même substance que sa mère.
Huitième leçon. Mais si la chair que le Verbe de Dieu a prise en s’incarnant, n’est pas formée de celle de la Vierge sa Mère, c’est sans motif qu’on appelle heureux le sein qui l’a porté et les mamelles qui l’ont allaité. L’Apôtre a dit : « Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme soumise à la loi ». Il ne faut pas écouter ceux qui pensent qu’il faut lire : Né d’une femme assujettie à la loi ; mais on doit lire : « Formé d’une femme », parce qu’ayant été conçu dans le sein d’une Vierge, il n’a pas tiré sa chair de rien ; mais de la chair de sa mère. Autrement il ne serait pas appelé avec vérité, fils de l’homme puisqu’il ne tirerait pas son origine de l’humanité. Élevons donc, nous aussi, la voix contre Eutychès, avec l’Église catholique, dont cette femme était la figure, élevons aussi notre esprit au-dessus de la foule, et disons au Sauveur : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles que vous avez sucées ». Car elle est vraiment une Mère heureuse, celle qui, selon l’expression d’un auteur, « a enfanté le Roi qui gouverne dans tous les siècles le ciel et la terre ».
Neuvième leçon. « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Le Sauveur approuve éminemment ce qu’avait dit cette femme, quand il affirme que non seulement celle qui a mérité d’engendrer corporellement le Verbe de Dieu, mais aussi tous ceux qui s’efforcent de concevoir spirituellement le même Verbe par l’audition de la foi, de l’enfanter et de le nourrir par la pratique des bonnes œuvres, soit dans leur cœur, soit en celui de leur prochain, sont véritablement heureux. Certes, la Mère de Dieu est bienheureuse d’avoir servi dans le temps, et contribué à l’incarnation du Verbe ; mais elle est encore plus heureuse d’avoir mérité, en l’aimant toujours, de le garder en elle éternellement.
Saint Henri empereur et confesseur
Collecte
O Dieu, en ce jour, vous avez fait passer le bienheureux Henri, votre Confesseur, du sommet de l’empire de la terre au royaume du ciel : nous vous demandons en suppliant que, comme en le prévenant par l’abondance de votre grâce, vous l’avez fait triompher des attraits du siècle, vous nous fassiez aussi, à son imitation, éviter les séductions du monde et parvenir jusqu’à vous avec des cœurs purs.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Henri, surnommé le Pieux, duc de Bavière, puis roi de Germanie, et enfin empereur des Romains, ne se contenta point des bornes étroites d’une domination temporelle. Aussi pour obtenir la couronne de l’immortalité, se montra-t-il le serviteur dévoué du Roi Éternel. Une -fois maître de l’empire, il mit son application et ses soins à étendre la religion, réparant avec beaucoup de magnificence les églises détruites par les infidèles et les enrichissant de largesses et de propriétés considérables, érigeant lui-même des monastères et d’autres établissements religieux, ou augmentant leurs revenus. L’évêché de Bamberg, fondé avec ses ressources patrimoniales, fut rendu par lui tributaire de Saint-Pierre et du Pontife romain. Benoît VIII étant fugitif, il le recueillit et le rétablit sur son Siège. C’est de ce Pape qu’il avait reçu la couronne impériale.
Cinquième leçon. Retenu au Mont-Cassin par une grave maladie, il en fut guéri d’une manière toute miraculeuse, grâce à l’intercession de saint Benoît. Il publia une charte importante spécifiant de grandes libéralités en faveur de l’Église romaine, entreprit pour la défendre une guerre contre les Grecs, et recouvra la Pouille, qu’ils avaient longtemps possédée. Ayant coutume de ne rien entreprendre sans avoir prié, il vit plus d’une fois l’Ange du Seigneur et les saints combattre aux premières lignes, pour sa cause. Avec le secours divin, il triompha des nations barbares plus par les prières que par les armes. La Pannonie était encore infidèle ; il sut l’amener à la foi de Jésus-Christ, en donnant sa sœur comme épouse au roi Etienne, qui demanda le baptême. Exemple rare : il unit l’état de virginité à l’état du mariage et sur le point de mourir, il remit sainte Cunégonde, son épouse, entre les mains de ses proches, dans son intégrité virginale.
Sixième leçon. Enfin après avoir disposé avec la plus grande prudence tout ce qui se rapportait à l’honneur et à l’utilité de l’empire, laissé ça et là, en Gaule, en Italie et en Germanie, des marques éclatantes de sa religieuse munificence, répandu au loin la plus suave odeur d’une vertu héroïque, et consommé les labeurs de cette vie, il fut appelé par le Seigneur à la récompense du royaume céleste, l’an du salut mil vingt-quatre. Sa sainteté l’a rendu plus célèbre que le sceptre qu’il a porté. Son corps fut déposé à Bamberg, dans l’église des saints Apôtres Pierre et Paul. Dieu le glorifia bientôt après par de nombreux miracles opérés auprès de son tombeau ; ces prodiges ayant été canoniquement prouvés, Eugène III l’a inscrit au catalogue des Saints.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Grégoire, Pape. Homelia 13 in Evang.
Septième leçon. Mes très chers frères, le sens de la lecture du saint Évangile que vous venez d’entendre est très clair. Mais de crainte qu’elle ne paraisse, à cause de sa simplicité même, trop élevée à quelques-uns, nous la parcourrons brièvement, afin d’en exposer la signification à ceux qui l’ignorent, sans cependant être à charge à ceux qui la connaissent. Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints ». Nous ceignons nos reins lorsque nous réprimons les penchants de la chair par la continence. Mais parce que c’est peu de chose de s’abstenir du mal, si l’on ne s’applique également, et par des efforts assidus, à faire du bien, notre Seigneur ajoute aussitôt : « Ayez en vos mains des lampes allumées ». Nous tenons en nos mains des lampes allumées, lorsque nous donnons à notre prochain, par nos bonnes œuvres, des exemples qui l’éclairent. Le Maître désigne assurément ces œuvres-là, quand il dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».
Huitième leçon. Voilà donc les deux choses commandées : ceindre ses reins, et tenir des lampes ; ce qui signifie que la chasteté doit parer notre corps, et la lumière de la vérité briller dans nos œuvres. L’une de ces vertus n’est nullement capable de plaire à notre Rédempteur si l’autre ne l’accompagne. Celui qui fait des bonnes actions ne peut lui être agréable s’il n’a renoncé à se souiller par la luxure, ni celui qui garde une chasteté parfaite, s’il ne s’exerce à la pratique des bonnes œuvres. La chasteté n’est donc point une grande vertu sans les bonnes œuvres, et les bonnes œuvres ne sont rien sans la chasteté. Mais si quelqu’un observe les deux préceptes, il lui reste le devoir de tendre par l’espérance à la patrie céleste, et de prendre garde qu’en s’éloignant des vices, il ne le fasse pour l’honneur de ce monde.
Neuvième leçon. « Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que lorsqu’il viendra et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt ». Le Seigneur vient en effet quand il se prépare à nous juger ; et il frappe à la porte, lorsque, par les peines de la maladie, il nous annonce une mort prochaine. Nous lui ouvrons aussitôt, si nous l’accueillons avec amour. Il ne veut pas ouvrir à son juge lorsqu’il frappe, celui qui tremble de quitter son corps, et redoute de voir ce juge qu’il se souvient avoir méprisé ; mais celui qui se sent rassuré, et par son espérance et par ses œuvres, ouvre aussitôt au Seigneur lorsqu’il frappe à la porte, car il reçoit son Juge avec joie. Et quand le moment de la mort arrive, sa joie redouble à la pensée d’une glorieuse récompense.
Henri de Germanie, deuxième du nom quant à la royauté, premier quant à l’empire, fut le dernier représentant couronné de cette maison de Saxe issue d’Henri l’Oiseleur, à laquelle Dieu, au dixième siècle, confia la mission de relever l’œuvre de Charlemagne et de saint Léon III. Noble tige, où l’éclat des fleurs de sainteté qui brillent en ses rameaux l’emporte encore sur la puissance dont elle parut douée, quand elle implanta dans le sol allemand les racines des fortes institutions qui lui donnèrent consistance pour de longs siècles.
L’Esprit-Saint, qui divise comme il veut ses dons, appelait alors aux plus hautes destinées la terre où, plus que nulle part, s’était montrée l’énergie de son action divine dans la transformation des peuples. Acquise au Christ par saint Boniface et les continuateurs de son œuvre, la vaste contrée qui s’étend au delà du Rhin et du Danube était devenue le boulevard de l’Occident, sur lequel durant tant d’années elle avait versé la dévastation et la ruine. Loin de songer à soumettre à ses lois les redoutables tribus qui l’habitaient, Rome païenne, au plus haut point de sa puissance, avait eu pour suprême ambition la pensée d’élever entre elles et l’Empire un mur de séparation éternelle ; Rome chrétienne, plus véritablement souveraine du monde, plaçait dans ces régions le siège même du Saint-Empire Romain reconstitué par ses Pontifes. Au nouvel Empire de défendre les droits de la Mère commune, de protéger la chrétienté contre les barbares nouveaux, de conquérir à l’Évangile ou de briser les hordes hongroises et slaves, mongoles, tartares et ottomanes qui successivement viendront heurter ses frontières. Heureuse l’Allemagne, si toujours elle avait su comprendre sa vraie gloire, si surtout la fidélité de ses princes au vicaire de l’Homme-Dieu était restée à la hauteur de la foi de leurs peuples !
Dieu, en ce qui était de lui, avait soutenu magnifiquement les avances qu’il faisait à la Germanie. La fête présente marque le couronnement de la période d’élaboration féconde où l’Esprit-Saint, l’ayant créée comme à nouveau dans les eaux de la fontaine sacrée, voulut la conduire au plein développement de l’âge parfait qui convient aux nations. C’est dans cette période de formation véritablement créatrice que l’historien doit s’attacher principalement à étudier les peuples, s’il veut savoir ce qu’attend d’eux la Providence. Quand Dieu crée en effet, dans l’ordre de la vocation surnaturelle des hommes ou des sociétés coin nie dans celui de la nature elle-même, il dépose dès l’abord en son œuvre le principe de la vie plus ou moins supérieure qui doit être la sienne : germe précieux dont le développement, s’il n’est contrarié, doit lui faire atteindre sa fin ; dont par suite aussi la connaissance, pour qui sait l’observer avant toute déviation, manifeste clairement à l’endroit de l’œuvre en question la pensée divine. Or, maintes fois déjà nous l’avons constaté depuis l’avènement de l’Esprit sanctificateur, le principe de vie des nations chrétiennes est la sainteté de leurs origines : sainteté multiple, aussi variée que la multiforme Sagesse de Dieu dont elles doivent être l’instrument, aussi distincte pour chacune d’elles que le seront leurs destinées ; sainteté le plus souvent descendant du trône, et douée par là du caractère social que trop de fois plus tard revêtiront aussi les crimes des princes, en raison même de ce titre de princes qui les fait devant Dieu représentants de leurs peuples. Déjà aussi nous l’avons vu : au nom de Marie, devenue dans sa divine maternité le canal de toute vie pour le monde, c’est à la femme qu’est dévolue la mission d’enfanter devant Dieu les familles des nations qui seront l’objet de ses prédilections les plus chères ; tandis que les princes, fondateurs apparents des empires, occupent par leurs hauts faits l’avant-scène de l’histoire, c’est elle qui, dans le douloureux secret de ses larmes et de ses prières, féconde leurs œuvres, élève leurs desseins au-dessus de la terre et leur obtient la durée.
L’Esprit ne craint point de se répéter dans cette glorification de la divine Mère ; aux Clotilde, Radegonde et Bathilde, qui pour elles donnèrent en des temps laborieux les Francs à l’Église, répondent sous des cieux différents, et toujours à l’honneur de la bienheureuse Trinité, Mathilde, Adélaïde et Cunégonde, joignant sur leurs fronts la couronne des saints au diadème de la Germanie. Sur le chaos du dixième siècle, d’où l’Allemagne devait sortir, plane sans interruption leur douce figure, plus forte contre l’anarchie que le glaive des Othon, rassérénant dans la nuit de ces temps l’Église et le monde. Au commencement enfin de ce siècle onzième qui devait si longtemps encore attendre son Hildebrand, lorsque les anges du sanctuaire pleuraient partout sur des autels souillés, quel spectacle que celui de l’union virginale dans laquelle s’épanouit cette glorieuse succession qui, comme lasse de donner seulement des héros à la terre, ne veut plus fructifier qu’au ciel ! Pour la patrie allemande, un tel dénouement n’était pas abandon, mais prudence suprême ; car il engageait Dieu miséricordieusement au pays qui, du sein de l’universelle corruption, faisait monter vers lui ce parfum d’holocauste : ainsi, à l’encontre des revendications futures de sa justice, étaient par avance comme neutralisées les iniquités des maisons de Franconie el de Souabe, qui succédèrent à la maison de Saxe et n’imitèrent pas ses vertus.
Que la terre donc s’unisse au ciel pour célébrer aujourd’hui l’homme qui donna leur consécration dernière aux desseins de l’éternelle Sagesse à cette heure de l’histoire ; il résume en lui l’héroïsme et la sainteté de la race illustre dont la principale gloire est de l’avoir, tout un siècle, préparé dignement pour les hommes et pour Dieu. Il fut grand pour les hommes, qui, durant un long règne, ne surent qu’admirer le plus de la bravoure ou de l’active énergie grâce auxquelles, présent à la fois sur tous les points de son vaste empire, toujours heureux, il sut comprimer les révoltes du dedans, dompter les Slaves à sa frontière du Nord, châtier l’insolence grecque au midi de la péninsule italique ; pendant que, politique profond, il aidait la Hongrie à sortir par le christianisme de la barbarie, et tendait au delà de la Meuse à notre Robert le Pieux une main amie qui eût voulu sceller, pour le bonheur des siècles à venir, une alliance éternelle entre l’Empire et la fille aînée de la sainte Église.
Époux vierge de la vierge Cunégonde, Henri fut grand aussi pour Dieu qui n’eut jamais de plus fidèle lieutenant sur la terre. Dieu dans son Christ était à ses yeux l’unique Roi, l’intérêt du Christ et de l’Église la seule inspiration de son gouvernement, le service de l’Homme-Dieu dans ce qu’il a de plus parfait sa suprême ambition. Il comprenait que la vraie noblesse, aussi bien que le salut du monde, se cachait dans ces cloîtres où les âmes d’élite accouraient pour éviter l’universelle ignominie et conjurer tant de ruines. C’était la pensée qui, au lendemain de son couronnement impérial, l’amenait à Cluny, et lui faisait remettre à la garde de l’insigne abbaye le globe d’or, image du monde dont la défense venait de lui être confiée comme soldat du vicaire de Dieu ; c’était l’ambition qui le jetait aux genoux de l’Abbé de Saint-Vannes de Verdun, implorant la grâce d’être admis au nombre de ses moines, et faisait qu’il ne revenait qu’en gémissant et contraint par l’obéissance au fardeau de l’Empire.
Par moi règnent les rois, par moi les princes exercent l’empire. Cette parole descendue des cieux, vous l’avez comprise, ô Henri ! En des temps pleins de crimes, vous avez su où étaient pour vous le conseil et la force. Comme Salomon vous ne vouliez que la Sagesse, et comme lui vous avez expérimenté qu’avec elle se trouvaient aussi les richesses et la gloire et la magnificence ; mais plus heureux que le fils de David, vous ne vous êtes point laissé détourner de la Sagesse vivante par ces dons inférieurs qui, dans sa divine pensée, étaient plus l’épreuve de votre amour que le témoignage de celui qu’elle-même vous portait. L’épreuve, ô Henri, a été convaincante : c’est jusqu’au bout que vous avez marché dans les voies bonnes, n’excluant dans votre âme loyale aucune des conséquences de l’enseignement divin ; peu content de choisir comme tant d’autres des meilleurs les pentes plus adoucies du chemin qui mène au ciel, c’est par le milieu des sentiers de la justice que, suivant de plus près l’adorable Sagesse, vous avez fourni la carrière en compagnie des parfaits.
Qui donc pourrait trouver mauvais ce qu’approuve Dieu, ce que conseille le Christ, ce que l’Église a canonisé en vous et dans votre noble épouse ? La condition des royautés de la terre n’est pas lamentable à ce point que l’appel de l’Homme-Dieu ne puisse parvenir à leurs trônes ; l’égalité chrétienne veut que les princes ne soient pas moins libres que leurs sujets de porter leur ambition au delà de ce monde. Une fois de plus, au reste, les faits ont montré dans votre personne, que pour le monde même la science des saints est la vraie prudence. En revendiquant votre droit d’aspirer aux premières places dans la maison du Père qui est aux cieux, droit fondé pour tous les enfants de ce Père souverain sur la commune noblesse qui leur vient du baptême, vous avez brillé comme un phare éclatant sous le ciel le plus sombre qui eût encore pesé sur l’Église, vous avez relevé les âmes que le sel de la terre, affadi, foulé aux pieds, ne préservait plus de la corruption. Ce n’était pas à vous sans doute qu’il appartenait de réformer directement le sanctuaire ; mais, premier serviteur de la Mère commune, vous saviez faire respecter intrépidement ses anciennes lois, ses décrets nouveaux toujours dignes de l’Époux, toujours saints comme l’Esprit qui les dicte à tous les âges : en attendant la lutte formidable que l’Épouse allait engager bientôt, votre règne interrompit la prescription odieuse que déjà Satan invoquait contre elle.
En cherchant premièrement pour vous le royaume de Dieu et sa justice, vous étiez loin également de frustrer votre patrie d’origine et le pays qui vous avait appelé à sa tête. C’est bien à vous entre tous que l’Allemagne doit l’affermissement chez elle de cet Empire qui fut sa gloire parmi les peuples, jusqu’à ce qu’il tombât dans nos temps pour ne plus se relever nulle part. Vos œuvres saintes eurent assez de poids dans la balance des divines justices pour l’emporter, lorsque depuis longtemps déjà vous aviez quitté la terre, sur les crimes d’un Henri IV et d’un Frédéric II, bien faits pour compromettre à tout jamais l’avenir de la Germanie. Du trône que vous occupez dans les cieux, jetez un regard de commisération sur ce vaste domaine du Saint-Empire, qui vous dut de si beaux accroissements, et que l’hérésie a désagrégé pour toujours ; confondez les constructeurs nouveaux venus d’au delà de l’Oder, que l’Allemagne des beaux temps ne connut pas, et qui voudraient sans le ciment de l’antique foi relever à leur profit les grandeurs du passé ; préservez d’un affaissement plus douloureux encore que celui dont nous sommes les témoins attristés, les nobles parties de l’ancien édifice restées à grand-peine debout parmi les ruines. Revenez, ô empereur des grands âges, combattre pour l’Église ; ralliez les débris de la chrétienté sur le terrain traditionnel des intérêts communs à toute nation catholique : et cette alliance, que votre haute politique avait autrefois conclue, rendra au monde la sécurité, la paix, la prospérité que ne lui donnera point l’instable équilibre avec lequel il reste à la merci de tous les coups de la force.
Super II Thes., cap. 2 l. 1
Caput 2
Lectio 1
Super II Thes., cap. 2 l. 1 Superius apostolus ostendit futura, quantum ad poenas malorum, et praemia bonorum, hic annuntiat futura quantum ad pericula Ecclesiae, quae erunt tempore Antichristi. Et primo nuntiat veritatem de futuris periculis; secundo monet, ut in veritate permaneant, ibi itaque, fratres. Circa primum duo facit, quia primo excludit falsitatem; secundo instruit de veritate, ibi quoniam nisi. Iterum prima in tres, quia primo commemorat illud ex quo debent induci; secundo ostendit ad quid debent induci, ibi ut non cito; tertio removet illud quod eos movere posset, ibi neque per spiritum. Inducit autem ex tribus, scilicet propriis precibus, ibi rogamus, non praeceptis. Phm. V, 8: multam fiduciam habens in Christo Iesu imperandi tibi, quod ad rem pertinet, propter charitatem magis obsecro. Secundo ex adventu Christi, desiderabili bonis, licet terribili malis. Am V, 18: vae desiderantibus diem domini, et cetera. II Tm. IV, 8: non solum autem mihi, sed et his qui diligunt adventum eius, et cetera. Ap. ult.: veni, Domine Iesu, et cetera. Tertio ex desiderio et amore totius congregationis sanctorum, in idipsum, scilicet ubi Christus est, quia Mt. XXIV, 28: ubi erit corpus, ibi congregabuntur et aquilae. Vel in idipsum, id est, in idem, quia omnes sancti loco et gloria erunt in eodem. Ps. XLIX, 5: congregate illi sanctos eius. Sed ad quid inducit? Ut non cito moveamini a vestro sensu. Est autem aliud moveri, aliud terreri. Movetur autem a suo sensu, qui praetermittit quod tenebat; quasi dicat: non cito dimittatis doctrinam meam. Eccli. XIX, 4: qui cito credit, levis est corde. Terror autem est quaedam trepidatio, cum formidine contrarii. Et ideo dicit ne terreamini. Jb XV, 21: sonitus terroris semper in auribus eius. Item si pax, illi semper insidias suspicantur. Sg. XVII, 10: cum enim sit timida nequitia, dat testimonium condemnationi, et cetera. Deinde cum dicit neque per spiritum, removet quod eos movere posset, primo in speciali, secundo in generali, ibi ne quis. Seducitur autem quis per falsam revelationem; unde dicit neque per spiritum, id est: si quis dicat sibi revelatum per Spiritum Sanctum, vel a spiritu sancto aliquid quod est contra doctrinam meam, non terreamini. I Jn. IV, 1: nolite omni spiritui credere. Ez. XIII, 3: vae prophetis insipientibus, qui sequuntur spiritum suum, et nihil vident. Aliquando etiam Satanas transfigurat se in Angelum lucis, ut dicitur II Cor.XI, 14; et III R. ult.: egrediar, et ero spiritus mendax in ore omnium prophetarum eius. Secundo per ratiocinationem, vel falsam expositionem Scripturae; ideo dicit neque per sermonem. II Tm. II, 17: sermo eorum ut cancer serpit. Ep. V, 6: nemo vos seducat inanibus verbis. Tertio per auctoritatem inductam in malo intellectu. II P. ult.: sicut charissimus frater noster Paulus, secundum sibi datam sapientiam scripsit vobis, sicut in omnibus epistolis, loquens in eis de his, in quibus sunt quaedam difficilia intellectu, quae indocti et instabiles depravant, sicut et caeteras Scripturas, et cetera. Sed de quo seducebantur? Quasi instet dies Domini. Et dicit neque per epistolam tamquam per nos missam. Quia in prima epistola nisi bene intelligatur, videtur dicere instare Domini adventum, ut illud: deinde nos qui vivimus, et cetera. Deinde cum dicit ne quis, etc., facit idem in generali. Lc. XXI, 8: videte ne seducamini, et cetera. I Cor. XV, 33: nolite seduci. Ratio autem quare haec removet apostolus, scilicet de adventu Domini, est, quia praelatus nullo modo debet velle quod per mendacium aliqua bona procurentur. I Cor. XV, 15: invenimur autem et falsi testes, et cetera. Item quia res credita erat periculosa, quod scilicet instaret dies Domini. Primo quia daretur occasio maioris seductionis, quia futuri erant post tempora apostolorum aliqui, qui dicerent se esse Christum. Lc. XXI, 8: multi dicent: ego sum, et cetera. Et ideo apostolus noluit. Item Daemon frequenter praetendit se esse Christum, sicut patet de beato Martino. Et ideo ne seducantur, noluit. Augustinus autem ponit aliam rationem, quia immineret periculum fidei. Unde diceret aliquis: tarde veniet Dominus, et tunc praeparabo me ad eum. Aliud diceret: veniet cito, et ideo nunc me praeparabo. Alius diceret: nescio. Et hic melius dicit, quia concordat Christo. Sed ille plus errat, qui dicit: cito; quia, elapso termino, homines desperarent, et crederent falsa esse quae scripta sunt. Deinde cum dicit quoniam nisi venerit discessio, etc., astruit veritatem; et primo ostendit quae ventura sunt ad Antichristi adventum. Et sunt duo, quorum unum praecedit adventum Antichristi; aliud est ipse adventus eius. Primum est discessio, quod multipliciter exponitur in Glossa. Et primo a fide, quia futurum erat, ut fides a toto mundo reciperetur. Mt. XXIV, 14: et praedicabitur hoc Evangelium regni in universo orbe. Istud ergo praecedit quod secundum Augustinum nondum est impletum, et post multi discedent a fide, et cetera. I Tm. IV, 1: in novissimis temporibus discedent quidam a fide, et cetera. Mt. XXIV, 12: refrigescet charitas multorum. Vel discessio a Romano imperio, cui totus mundus erat subditus. Dicit autem Augustinus, quod hoc figuratur Dn. II, 31 in statua, ubi nominantur quatuor regna; et post illa adventus Christi, et quod hoc erat conveniens signum, quia Romanum imperium firmatum fuit ad hoc, quod sub eius potestate praedicaretur fides per totum mundum. Sed quomodo est hoc, quia iamdiu gentes recesserunt a Romano imperio, et tamen necdum venit Antichristus? Dicendum est, quod nondum cessavit, sed est commutatum de temporali in spirituale, ut dicit Leo Papa in sermone de apostolis. Et ideo dicendum est, quod discessio a Romano imperio debet intelligi, non solum a temporali, sed a spirituali, scilicet a fide Catholica Romanae Ecclesiae. Est autem hoc conveniens signum, quod sicut Christus venit quando Romanum imperium omnibus dominabatur, ita e converso signum Antichristi est discessio ab eo. Secundo praedicit secundum futurum, scilicet Antichristum. Et primo quantum ad eius culpam et poenam; secundo quantum ad eius potestatem, ibi eum cuius adventus. Item primo communiter et implicite tangit culpam eius et poenam; secundo explicat utrumque, ibi qui adversatur. Dicit ergo: discessio primo veniet, et tunc revelabitur. Dicitur autem esse homo peccati et filius perditionis, secundum Glossam, quia sicut in Christo abundavit plenitudo virtutis, ita in Antichristo multitudo omnium peccatorum. Et sicut Christus est melior omnibus sanctis, sic ille peior omnibus malis. Et propter hoc homo peccati dicitur, quod totaliter erit peccatis deditus. Sed non dicitur sic homo peccati, quin posset esse peior, quia numquam malum corrumpit totum bonum, licet quantum ad actum non poterit esse peior. Christo autem nullus homo potuit esse magis bonus. Dicitur autem filius perditionis, id est, deputatus extremae perditioni. Iob XXI, 30: in diem perditionis servabitur malus, et ad diem furoris ducetur. Vel perditionis, id est, Diaboli, non per naturam, sed per suae malitiae complementum, quae in eo complebitur. Et dicit revelabitur, quia sicut omnia bona et virtutes sanctorum, qui praecesserunt Christum, fuerunt figura Christi, ita in omnibus persecutionibus Ecclesiae tyranni fuerunt quasi figura Antichristi, et latuit ibi Antichristus: et ita tota illa malitia, quae latet in eis, revelabitur in tempore illo. Deinde cum dicit qui adversatur, explicat quae dixerat. Et primo ostendit quomodo sit homo peccati; secundo quomodo filius perditionis, ibi et tunc revelabitur. Item primo praenuntiat eius futuram culpam; secundo assignat eius causam, ibi et tunc. Item primo describit culpam, secundo dicit se non annuntiare doctrinam novam, ibi non retinetis. Item primo ostendit culpam, secundo eius signum, ibi ita ut, et cetera. Duplex est autem eius culpa, scilicet contrarietas ad Deum; unde dicit qui adversatur omnibus spiritibus bonis. Jb. XV, 26: cucurrit adversus Deum erecto collo, et pingui cervice, armatus est, sicut et membra eius. Is. III, 8: lingua eorum et adinventiones eorum contra Dominum, ut provocarent oculos maiestatis eius. Secunda est, quia praefert se Christo; ideo dicit extollitur, et cetera. Dicitur autem Deus tripliciter. Primo naturaliter. Dt. VI, 4: audi, Israel, dominus Deus tuus, Deus unus est. Secundo opinative. Ps. XCV, 5: omnes dii gentium Daemonia. Tertio participative. Ps. LXXXI, 6: ego dixi: dii estis. Omnibus autem his se praeferet Antichristus. Dn. XI, 36: elevabitur et magnificabitur adversus omnem Deum, et adversus Deum deorum loquetur magnifica. Signum autem culpae est, cum dicit ita ut in templo, et cetera. Superbia enim Antichristi maior est superbia omnium praecedentium. Unde sicut de Caio Caesare legitur, quod cum in vita adhuc esset, coli voluit, statuam suam ponens in quolibet templo, et Ez. XXVIII, 2 de rege Tyri dicitur: dixisti, quia Deus ego sum, etc.: ita credibile est, quod sic eis faciet Antichristus, dicens se Deum esse et hominem. Et in huius signum sedebit in templo. Sed in quo templo? Nonne est destructum a Romanis? Et ideo dicunt quidam, quod Antichristus est de tribu Dan, cuius tribus inter alias duodecim non nominatur Ap. VII, 5. Et ideo Iudaei primo eum recipient, et reaedificabunt templum in Ierusalem, et sic implebitur illud Dn. IX, 27: erit in templo abominatio et idolum; Mt. XXIV, 15: cum vero videritis abominationem desolationis, quae dicta est a Daniele propheta, stantem in loco sancto, qui legit intelligat. Quidam vero dicunt, quod numquam Ierusalem, nec templum reaedificabitur, sed usque ad consummationem et finem perseverabit desolatio. Et hoc etiam aliqui Iudaei credunt. Ideo exponitur in templo Dei, id est, in Ecclesia, quia multi de Ecclesia eum recipient. Vel secundum Augustinum, in templo Dei sedeat, id est, principetur et dominetur, tamquam ipse cum suis nuntiis sit templum Dei, sicut Christus est cum suis. Deinde cum dicit non retinetis, ostendit quod nihil novi scribet; quasi dicat: olim cum essem apud vos, dixi hoc. II Jn. 5: non mandatum novum scribo vobis, sed mandatum vetus, quod habuistis ab initio. II Cor. X, 11: quales fuimus verbo per epistolas absentes, tales et praesentes in facto, et cetera.
Lectio 2
Super II Thes., cap. 2 l. 2 Superius apostolus praenuntians narravit adventum et culpam Antichristi, hic ostendit causam dilationis. Et primo ostendit eos habere huius scientiae causam; secundo causam illam obscure proponit, ibi nam mysterium. Dicit ergo: dico quod oportet revelari hominem peccati. Et quid nunc detineat, id est, quae sit causa, quod tardet, scitis, quia ego dixi vobis, ita quod sic ad praesens detinet, ut suo tempore, id est, congruo tempore, reveletur. Eccle. VIII, 6: omni negotio tempus et opportunitas est. Et ibidem III, 11: omnia fecit Deus bona in tempore, et cetera. Deinde cum dicit nam mysterium, etc., causam eius ponit. Et haec littera multipliciter exponitur, quia hoc mysterium potest esse nominativi casu, vel accusativi. Si primo modo, est sensus: dico ut suo tempore, quia etiam iam mysterium, id est, figuraliter occultatum, operatur in fictis, qui videntur boni, et tamen sunt mali. Et hi operantur officium Antichristi. II Tm. III, 5: habentes speciem pietatis, virtutem autem eius abnegantes. Sed secundo modo est sensus: nam Diabolus, in cuius potestate veniet Antichristus, iam incipit operari occulte iniquitatem suam, per tyrannos et seductores, quia persecutiones Ecclesiae huius temporis sunt figurae illius ultimae persecutionis contra omnes bonos, et sunt sicut imperfectae comparando ad illam. Tantum ut qui tenet, et cetera. Hoc exponitur multipliciter. Uno modo, secundum Glossam, et Augustinum, qui dicunt, quod quidam opinati sunt Neronem, qui primo persecutus est Christianos, esse Antichristum, et quod non fuerat occisus, sed subtractus, et quandoque restituendus. Unde apostolus hoc evacuans, dicit tantum ut qui tenet nunc, Romanum imperium, teneat, donec de medio fiat, id est, donec moriatur. Sed hoc modo non est conveniens; quia multi anni sunt, quod Nero mortuus est, illo scilicet anno quo apostolus. Sed melius est quod referatur ad Neronem, prout est persona publica Romani imperii, donec de medio fiat, id est, tollatur Romanum imperium de hoc mundo. Is. XXIII, 9: Dominus exercituum cogitavit hoc, ut detraheret superbiam omnis gloriae, et ad ignominiam, et cetera. Vel aliter tantum ut qui tenet, id est, detinet modo adventum Antichristi, teneat, ne veniat; quasi sit necessarium, quod adhuc aliqui veniant ad fidem, et aliqui recedant. Quasi dicat: ut discessus et accessus qui nunc tenet donec veniat, teneat donec tollatur ille obscoenus. Vel sic: tantum qui nunc tenet fidem, teneat, id est, firmus sit in ea. Ap. II: tene quod habes, ut nemo accipiat coronam tuam, donec de medio fiat, id est, congregatio malorum permixta, separetur, et fiat seorsum, quod erit in persecutione Antichristi. Vel tantum, etc., id est, ut mysterium iniquitatis, id est, iniquitas mystica, quae detinet, detineat donec fiat de medio, id est, donec iniquitas reducatur in publicum: et fiat quasi aliquid existens in publico de medio. Multi enim modo occulte peccant, sed tamen quandoque fiet in aperto: quia Deus sustinet peccatores quamdiu sunt occulti, donec publice peccent, et tunc non sustinebit, ut patet de Sodomitis Gn. XIX, 24. Sed tamen Augustinus confitetur se nescire quid apostolus illis loquitur, qui iam sciebant. Unde dicit quid nunc detineat, scitis. Et praeterea hoc non erat multum necessarium ad sciendum. Deinde cum dicit et tunc, etc., ponitur adventus iniqui, et poena eius. Primo manifestatio; secundo eius poena. Quantum ad primum dicit ille, singulariter, iniquus revelabitur, quia manifesta erit eius culpa, quem Dominus Iesus interficiet spiritu oris sui. Is. XI: zelus Domini exercituum faciet hoc, id est, zelus iustitiae, qui est amor. Spiritus enim Christi est amor Christi, et hic zelus est Spiritus Sancti, quem habet ad Ecclesiam. Vel Spiritu oris sui, id est, mandato suo; quia Michael interfecturus est eum in monte oliveti, unde Christus ascendit; sic et Iulianus manu divina extinctus est. Et haec est poena praesens, licet futura etiam aeternaliter punietur, quia destruet illustratione, etc., id est, in adventu suo omnia illustrante. I Cor. IV, 5: illuminabit abscondita tenebrarum, et cetera. Et destruet, inquam, aeterna, scilicet damnatione. Ps. XXVII, 5: destruet illos, et cetera. Et dicit, illustratione, quia ipse visus est Ecclesiam obtenebrare, et tenebrae expelluntur illustratione, quia quicquid Antichristus ostenderit, ostendetur fuisse mendacium. Deinde cum dicit eum cuius est adventus, praedicit potestatem Antichristi. Et circa hoc duo facit, quia primo ponit potestatem eius ad seducendum; secundo huius causam ex domini iustitia, ibi eo quod charitatem. Iterum prima in tres, quia primo ponit actorem huius potestatis; secundo modum seducendi; tertio ostendit seducendos. Actor huius potestatis est Diabolus, et ideo destruet eum Christus. I Jn. III, 8: in hoc apparuit filius Dei, ut dissolvat opera Diaboli. Et ideo dicit, quod adventus Antichristi erit secundum operationem Satanae, id est ex instinctu eius. Ap. XX, 7: solvetur Satanas de carcere suo, et exibit, et seducet gentes, et cetera. Operatur enim aliquid secundum operationem Satanae, sicut arreptitius, in quo non solum instigat voluntatem, sed etiam impedit usum rationis: quod tamen non imputatur ad culpam eius, quia non habet usum liberi arbitrii. Antichristus autem non sic; sed habebit usum liberi arbitrii, in quo est Diabolus suggerens, sicut dicitur de Iuda Jn. III: introivit in eum Satanas, scilicet instigando. Decipiet autem hoc modo: primo per potentiam saecularem; secundo per virtutem miraculorum. Quantum ad primum dicit in omni virtute, scilicet saeculari. Dn. XI, 43: dominabitur thesaurorum auri et argenti, et in omnibus pretiosis Aegypti. Vel virtute, scilicet simulata. Quantum autem ad secundum dicit in signis, et cetera. Signa sunt quaedam mira etiam parva. Prodigia vero magna, quae aliquem prodigiosum ostendunt, quasi procul a digito. Ap. XIII, 13: fecit signa magna, ita ut et ignem faceret descendere de caelo, et cetera. Mt. XXIV, 24: dabunt signa magna et prodigia, ita ut in errorem inducantur, si fieri potest, etiam electi. Et dicit mendacibus. Miraculum mendax dicitur, vel quia deficit a vera ratione facti, vel a vera ratione miraculi, vel a debito fine miraculi. Primum fit in praestigiis, quando per Daemones illuduntur aspectus, ut aliud videatur, quam est: sicut Simon magus fecit decollari arietem, et postea ostensus est vivus; et homo decollatus est, et postea homo, qui credebatur decollatus, ostensus est vivus, et creditus est resuscitatus. Et hoc faciunt homines commutando phantasmata et decipiendo. Secundo modo illa dicuntur miracula improprie, quae plena sunt admiratione, quando effectus videtur, et ignoratur causa. Quae ergo habent causam occultam alicui, et non simpliciter, dicuntur quidem mira, et non miracula simpliciter. Sed quae simpliciter causam occultam habent, sunt proprie miracula, quorum causa est ipse Deus gloriosus, quia totum ordinem naturae creatae transcendunt. Aliquando vero fiunt aliqua mira, sed non praeter ordinem naturae, sed occultas causas habent: et haec multo magis faciunt Daemones, qui virtutes naturae sciunt, et qui habent determinatas efficacias ad speciales effectus, et haec faciet Antichristus; sed non quae habent veram rationem miraculi, quia non possunt in illa quae sunt supra naturam. Tertio modo dicuntur miracula, secundum quod sunt ordinata ad attestandum veritati fidei, ad reducendum fideles in Deum. Mc. ult.: domino cooperante, et sermonem confirmante sequentibus signis. Sed si alicui adest gloria miraculorum et non utatur eis ad hoc, miracula quidem sunt vera quo ad rationem rei factae, et quo ad rationem miraculi, sed sunt falsa quantum ad finem debitum, et intentionem Dei. Sed tamen hoc non erit in Antichristo, quia nullus contra fidem facit vera miracula, quia Deus non est testis falsitatis. Unde aliquis praedicans falsam doctrinam non potest facere miracula, licet aliquis habens malam vitam posset. Deinde ostendit seducendos, cum dicit his qui pereunt, id est, in praescitis ad perditionem. Jn. XVII, 12: nemo ex eis periit, nisi filius perditionis. Et hoc ideo, quia Jn. X, 27: oves meae vocem meam audiunt.
VIII ème dimanche après la Pentecôte
Introït
Nous avons reçu, ô Dieu, votre miséricorde au milieu de votre temple : comme votre nom, ô Dieu, votre louange s’étend jusqu’aux extrémités de la terre, votre droite est pleine de justice. Le Seigneur est grand et très digne de louange : dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte montagne.
Collecte
Nous vous en prions, Seigneur, accordez-nous, dans votre bonté, la grâce de penser et d’agir toujours selon la justice : afin que, ne pouvant exister sans vous, nous puissions conformer notre vie à votre volonté.
Épitre Rm. 8, 12-17
Mes frères : nous ne sommes point redevables à la chair pour vivre selon la chair. Car si vous vivez, selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez ; car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. En effet, vous n’avez point reçu un Esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, en qui nous crions : Abba ! Père ! Cet Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ.
Évangile Lc. 16, 1-9
En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples cette parabole : Il était un homme riche qui avait un intendant ; celui-ci lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela et lui dit : "Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance, car tu ne pourras plus être intendant." Or l’intendant se dit en lui-même : "Que ferai-je, puisque mon maître me retire l’intendance ? Bêcher, je n’en ai pas la force ; mendier, j’en ai honte. Je sais ce que je ferai pour que, quand je serai destitué de l’intendance, (il y ait des gens) qui me reçoivent chez eux." Ayant convoqué chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier : "Combien dois-tu à mon maître ?" Il dit : "Cent mesures d’huile." Et il lui dit : "Prends ton billet, assieds-toi vite et écris : cinquante." Ensuite il dit à un autre : "Et toi, combien dois-tu ?" Il dit : "Cent mesures de froment." Et il lui dit : "Prends ton billet et écris : quatre-vingts." Et le maître loua l’intendant malhonnête d’avoir agi d’une façon avisée. C’est que les enfants de ce siècle sont plus avisés à l’égard de ceux de leur espèce que les enfants de la lumière. Et moi je vous dis : « Faites-vous des amis avec la Richesse malhonnête, afin que, lorsqu’elle viendra à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels ».
Secrète
Recevez, nous vous en supplions, Seigneur, les biens que nous vous offrons après les avoir reçus de votre largesse, afin que par la vertu et l’opération de votre grâce, ces mystères sacro-saints nous sanctifient dans la conduite de la vie présente et nous fassent parvenir aux joies éternelles.
Communion
Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux : Bienheureux l’homme qui espère en lui.
Postcommunion
Que ce céleste mystère nous soit, ô Seigneur, une cause de renouvellement spirituel et corporel, en sorte qu’en le célébrant, nous en ressentions les effets.
Office
4e leçon
Du livre La Cité de Dieu, de saint Augustin, évêque.
Une certaine image de l’avenir se voit aussi en Salomon, car il bâtit le temple, il vécut en paix, selon le présage de son nom, - Salomon en effet signifie Pacifique - et, au début de son règne, il fut au-dessus de toute louange. Sa personne, comme une ombre de l’avenir, précède et annonce le Christ notre Seigneur, sans le montrer en toute clarté. Plusieurs épisodes écrits à propos de Salomon semblent prédits du Christ lui-même. L’Écriture sainte dans ses récits du passé prophétise, elle esquisse, pour ainsi dire, la figure des évènements futurs.
5e leçon
Car, outre les livres historiques inspirés qui racontent le règne de Salomon, le psaume 71 porte son nom en titre. Tant de passages de ce psaume ne sauraient nullement convenir à Salomon, ils conviennent cependant au Seigneur Christ avec une transparente clarté. Aussi apparaît-il à l’évidence qu’en Salomon une figure imprécise se voile d’ombre, tandis que dans le Christ, la vérité elle-même se découvre.
6e leçon
On sait, en effet, quelles limites bornaient le royaume de Salomon, et cependant, pour ne rien dire d’autre, on lit dans ce psaume : « Il étendra sa seigneurie de la mer à la mer, du Fleuve jusqu’au bout de la terre ». Or, nous voyons ces paroles réalisées dans le Christ. Sa seigneurie prit son départ du fleuve, où il est baptisé par Jean qui le désigne. Ses disciples commencent à le reconnaître ; ils l’appellent non seulement Maître, mais Seigneur.
7e leçon
Homélie de saint Jérôme, prêtre.
L’intendant de richesses malhonnêtes reçoit un éloge de la bouche de son maître pour s’être préparé une sorte de justice avec le fruit même de sa malhonnêteté, et le maître lésé loue la prudence de l’intendant parce qu’en portant préjudice à son maître, il a, dans son intérêt personnel, agi prudemment. Le Christ ne peut subir aucun dommage et toujours incline à la clémence. Combien plus ne louera-t-il pas ses disciples s’ils ont exercé la miséricorde à l’égard de ceux qui croiront en lui ?
8e leçon
Après la parabole, le Seigneur ajoute : « Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec le mammon malhonnête ! » Ce n’est pas l’hébreu, mais le syriaque qui appelle « mammon » malhonnête les richesses parce qu’elles s’amassent par des procédés malhonnêtes. Si donc un bien mal acquis, mais adroitement distribué, peut se changer en justice, la parole divine qui, elle, n’a rien de malhonnête et qui a été confiée aux Apôtres, n’élèvera-t-elle pas jusqu’au ciel ceux qui l’administrent, pourvu que ce soit à bon escient ?
9e leçon
On comprend la suite : Celui qui est fidèle pour très peu de chose, ce qui veut dire pour le plan charnel, sera fidèle aussi pour beaucoup, ce qui veut dire pour le plan spirituel. Mais celui qui est malhonnête pour très peu qui ne met pas au service de ses frères ce que Dieu a créé pour tous, celui-là sera malhonnête aussi dans le partage des richesses spirituelles, car il ne dispensera pas la doctrine selon les besoins, mais selon les personnes. « Or, dit le Seigneur, si vous ne dispensez pas bien les richesses matérielles et caduques, qui donc vous confiera les vraies et éternelles richesses de la doctrine divine ? »
Ce Dimanche était appelé, au moyen âge, le sixième et dernier dimanche après le Natal des Apôtres ou la fête de saint Pierre, dans les années où Pâques atteignait son dernier terme en avril. Il n’était au contraire que le premier de la série dominicale ainsi dénommée, lorsque Pâques suivait immédiatement l’équinoxe du printemps.
Nous avons vu qu’en raison du même mouvement si variable imprimé à toute la dernière partie du cycle liturgique par la date de la Solennité des solennités, cette semaine pouvait être déjà la deuxième de la lecture des livres Sapientiaux, quoique le plus souvent on doive y continuer encore celle des livres des Rois. Dans ce dernier cas, c’est l’ancien temple élevé par Salomon le Pacifique à la gloire de Jéhovah qui attire aujourd’hui l’attention de la sainte Église ; et les chants de la Messe sont alors, comme nous le verrons, en parfaite harmonie avec les lectures de l’Office de la nuit.
Saluons donc une dernière fois avant sa chute le splendide monument de l’ancienne alliance. A la veille des événements qui se préparent, l’Église veut rendre cet hommage au glorieux et divin passé qui l’a précédée. Entrons avec elle dans les sentiments des chrétiens de Juda ses premiers-nés, lorsqu’instruits du prochain accomplissement des prophéties, ils quittèrent Jérusalem par l’ordre d’en haut. Ce fut un moment solennel que celui où la petite troupe d’élus, en qui seule survivait la foi d’Abraham et l’intelligence des destinées du peuple hébreu, se retourna sur le chemin de l’émigration pour contempler, dans un long regard d’adieu, la cité de ses pères. Prenant à l’Orient la route du Jourdain, au delà duquel l’attendait le refuge préparé par Dieu aux restes d’Israël, elle dut s’arrêter sur la pente du mont des Oliviers qui, dominant la ville, allait bientôt la dérober à ses yeux. Moins de quarante ans auparavant, au même endroit, l’Homme-Dieu s’était assis [Mc, XIII, 1-3.], promenant une dernière fois, lui aussi, son regard divin sur la ville et le temple. De cette place devenue sacrée, que vénèrent encore aujourd’hui les pèlerins, Jérusalem apparaissait dans sa magnificence. Relevée depuis longtemps de ses anciennes ruines, les princes de la race d’Hérode, favoris des Romains, l’avaient encore agrandie ; elle se montrait aux yeux de nos fugitifs plus complète et plus belle qu’elle ne l’avait jamais été dans les périodes antérieures de son histoire. Rien au dehors n’annonçait encore la cité maudite. Toujours assise comme une reine forte et puissante au milieu des montagnes que le Psalmiste avait chantées, couronnée de tours et pleine de palais, elle enchâssait dignement dans la triple enceinte de ses murailles achevée par les derniers rois, les plus nobles cimes des monts de Judée comme de l’univers : Sion et ses augustes souvenirs ; le Golgotha, colline obscure et pauvre que n’illuminait point encore la gloire du saint tombeau, mais dont déjà, à cette heure même, l’attraction puissante et vengeresse jetait une première fois sur cette terre les légions d’Occident ; Moriah enfin, la montagne sacrée du vieux monde, servant de base au temple sans rival dont la possession faisait de Jérusalem la plus illustre des villes de tout l’Orient pour les gentils eux-mêmes.
« Au lever du soleil, lorsque de loin sur la sainte montagne apparaissait le sanctuaire dominant de plus de cent coudées les deux rangées de portiques qui formaient sa double enceinte ; quand le jour versait ses premiers feux sur cette façade d’or et de marbre blanc ; quand scintillaient les mille aiguilles dorées qui surmontaient son faîte : il semblait, dit Josèphe, que ce fût une montagne de neige, s’illuminant peu à peu et s’embrasant aux feux rougeâtres du matin. L’œil était ébloui, l’âme surprise, la piété éveillée ; le païen même se prosternait ». Venu en conquérant ou comme curieux, c’était en pèlerin qu’en des temps meilleurs il reprenait sa route. Il gravissait plein d’une religieuse émotion la pente de Moriah, et pénétrait par la porte d’or dans les galeries somptueuses qui formaient l’enceinte extérieure du temple. Mêlé dans le parvis des gentils à des hommes de toute race, l’âme absorbée par la sainteté de ce lieu où l’on sentait que vivaient toujours pures les antiques traditions de l’humanité, il assistait de loin, lui profane, aux pompes divinement ordonnées du culte hébreu. La blanche colonne de la fumée des victimes s’élevait devant lui comme l’hommage de la terre au Dieu créateur et sauveur ; des parvis intérieurs arrivait à son oreille l’harmonie des chants sacrés, portant jusqu’au ciel l’ardente prière des siècles de l’attente et l’expression inspirée des espérances du monde ; et lorsque, du milieu des chœurs lévitiques et des phalanges sacerdotales vaquant au ministère du sacrifice et de la louange, le pontife au front duquel brillait la lame d’or s’avançait, portant l’encensoir, et s’engageait seul au delà des voiles mystérieux qui fermaient le sanctuaire : l’étranger qui entrevoyait quelque chose de ces symboliques splendeurs s’avouait vaincu, et il reconnaissait la grandeur incomparable de ce Dieu sans image dont la majesté dépassait tellement les vaines idoles des nations. Les princes d’Asie, les plus grands rois, tenaient à honneur de subvenir par leurs dons personnels et aux frais du trésor de leurs empires à la dépense du lieu saint. On vit les généraux romains et les césars eux-mêmes continuer sur ce point les traditions de Cyrus et d’Alexandre. Auguste voulut que, chaque jour, un taureau et deux agneaux fussent offerts en son nom aux prêtres juifs et immolés sur l’autel de Jéhovah pour le salut de l’empire ; ses successeurs avaient maintenu la fondation ; et le refus que firent les sacrificateurs de recevoir désormais les offrandes impériales marqua, dit Josèphe, le début de la guerre.
Mais si jusqu’à la fin la majesté du temple en imposa tellement aux profanes eux-mêmes, il était des émotions que le juif fidèle pouvait seul ressentir à son aspect, en ces derniers jours de l’existence de la nation. Héritier de la foi soumise des patriarches, il n’ignorait pas assurément que les privilèges prophétiques de sa patrie n’étaient que l’annonce pour le monde entier de grandeurs plus réelles et plus stables ; il comprenait sans nul doute que l’heure était venue, pour les enfants de Dieu, de ne plus confiner leurs hommages dans les limites resserrées d’une montagne ou d’une ville] ; il savait que le vrai temple de Dieu s’élevait à l’heure même sur toutes les collines de la gentilité, embrassant dans son immensité les multiples rivages de cette terre qu’avait pénétrée de ses flots le sang parti du Calvaire. Et toutefois, qui ne comprendrait les angoisses de son patriotisme au moment où Dieu s’apprête à consommer, au milieu de la terre épouvantée, le retranchement terrible du peuple ingrat qui fut la part de son héritage ? Qui ne s’associerait à la douleur de Jacob en ces justes, pareils dans leur petit nombre aux épis échappés à la faux du moissonneur, et quittant la ville sainte devenue la cité maudite ? Certes, elles étaient bien légitimes les larmes qui tombaient des yeux de ces vrais Israélites abandonnant pour toujours à la dévastation et à la ruine leurs foyers, leur patrie, ce temple surtout qui, si longtemps, avait consacré la gloire d’Israël et formé le titre authentique de la noblesse de Juda parmi les nations.
Indépendamment de sa prééminence au temps des prescriptions figuratives, Jérusalem n’avait-elle pas été d’ailleurs le théâtre des plus augustes mystères de la loi de la grâce ? Et n’était-ce pas en son temple que Dieu, selon l’expression des prophètes, avait manifesté l’ange de l’alliance et donné la paix ? L’honneur de ce temple n’est plus l’exclusif apanage d’un peuple isolé, depuis que le désiré de toutes les nations l’a rempli par son arrivée de plus de gloire que n’avaient fait tous les siècles de l’attente et de la prophétie. C’est à son ombre que Marie, le trône futur de la Sagesse éternelle, prépara dans son âme et sa chair au Verbe divin un plus auguste sanctuaire que celui dont les murailles lambrissées de cèdre et chargées d’or abritaient son enfance. C’est là qu’à l’âge de trois ans, elle franchit joyeuse les quinze degrés qui séparaient le parvis des femmes de la porte orientale, offrant à Dieu l’hommage si pur de son cœur immaculé. Ici donc, sur la cime de Moriah, commença dans leur reine ce long défilé des vierges consacrées, qui, jusqu’à la fin des temps, viendront après elle offrir au Roi leur amour. Là encore, le sacerdoce nouveau prit son point de départ et son modèle en la divine Mère présentant au Très-Haut la victime du monde, fruit nouveau-né de ses chastes entrailles. Dans cette demeure faite de mains d’hommes, dans ces salles où siègent les docteurs, la Sagesse s’est assise sous les traits de l’enfance, instruisant les dépositaires de la Loi par ses questions sublimes et ses divines réponses. Partout, dans ces parvis, le Verbe incarné répandit des trésors de bonté, de puissance, de céleste doctrine. Tel de ces portiques fut le lieu préféré des promenades du fils de l’homme, et l’Église naissante en fit le rendez-vous de ses premières assemblées.
Véritablement donc ce lieu est saint d’une sainteté non pareille, saint pour le juif du Sinaï, saint plus encore pour le chrétien, juif ou gentil, qui trouve ici la fin de la Loi dans l’accomplissement des figures. L’Église rappelait à bon droit, celte nuit, la parole du Seigneur disant à Salomon : « J’ai sanctifié cette maison que vous avez bâtie, pour y établir mon Nom à jamais ; mes yeux et mon cœur y seront attachés dans toute la suite des jours ».
Comment donc de sinistres présages viennent-ils jeter aujourd’hui l’effroi parmi les gardiens de la sainte montagne ? Des apparitions étranges, des bruits effrayants, ont banni de l’édifice sacré le calme et la paix qui conviennent à la maison du Seigneur. A la fête de la Pentecôte, les prêtres remplissant leur ministère ont entendu dans le saint lieu comme l’agitation d’une grande multitude et des voix nombreuses s’écriant toutes ensemble : « Sortons d’ici ! » Une autre fois, au milieu de la nuit, la porte d’airain massif qui fermait le sanctuaire du côté de l’Orient, et que vingt hommes à peine peuvent ébranler, s’est ouverte d’elle-même. O temple, ô temple, dirons-nous avec les témoins de ces menaçants prodiges, pourquoi t’agiter ainsi ? Pourquoi te détruire toi-même ? Hélas ! Ton sort nous est connu ; Zacharie l’a prédit, lorsqu’il disait : « Liban, ouvre tes portes, et que le feu dévore tes cèdres ! »
Dieu, à coup sûr, n’a point oublié les engagements de sa bonté toute-puissante. Mais n’oublions pas davantage le terrible et juste avertissement qui suivait sa promesse au fils de David : « Si vous abandonnez mes voies, vous et vos fils, j’exterminerai Israël de la terre que je lui ai donnée ; je rejetterai de ma face ce temple que je m’étais consacré, et Israël sera le proverbe et la fable de tous les peuples ; cette maison passera en exemple, elle sera l’objet de la stupéfaction et des sifflets de quiconque la verra ! ».
Âme chrétienne, devenue pour Dieu par la grâce un temple plus magnifique, plus saint, plus aimé que celui de Jérusalem, instruisez-vous à la lumière des divines vengeances, et méditez la parole de ce Dieu Très-Haut dans Ézéchiel : « La justice du juste ne le sauvera point, du jour qu’il aura fait le mal. Quand bien même je lui aurais promis la vie, si, confiant dans sa justice, il opère l’iniquité, toutes ses justices seront oubliées, et il mourra dans le péché qu’il a commis ».
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