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Saint Ephrem le Syrien diacre confesseur et docteur mémoire des Saints Marc et Marcellien Martyrs

18 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

 Saint Ephrem le Syrien diacre confesseur et docteur mémoire des Saints Marc et Marcellien Martyrs

Collecte

O Dieu, vous avez voulu illustrer votre Église par l’admirable érudition et les mérites éclatants du bienheureux Éphrem, votre Confesseur et Docteur : nous vous en supplions, daignez à son intercession la défendre par votre constant secours contre les embûches de l’erreur et de la dépravation.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Éphrem de nationalité syrienne naquit à Nisibi, ville de Mésopotamie. Son père, qui était prêtre des idoles en même temps qu’il s’adonnait aux travaux des champs le chassa de sa demeure. Il était alors jeune encore, et il se rendit chez l’évêque saint Jacques de qui il reçut le baptême. Il fit en peu de temps de tels progrès dans la sainteté et dans la science, qu’il ne tarda pas à être chargé d’enseigner dans la florissante école de Nisibi. Après la mort de l’évêque Jacques, les Perses s’étant emparés de Nisibi, Éphrem partit pour Édesse : il y demeura quelque temps parmi les moines de la montagne, puis, pour se soustraire à des visites trop nombreuses, embrassa la vie érémitique. Ordonné diacre de l’Église d’Édesse et refusant par humilité le sacerdoce, il brilla de l’éclat de toutes les vertus et s’appliqua à acquérir, par la vraie pratique de la sagesse, la piété et la religion. Fixant en Dieu seul toute son espérance, il dédaignait tout ce qui est humain et éphémère, et aspirait assidûment à ce qui est divin et éternel.

Cinquième leçon. Une inspiration divine le conduisit à Césarée, en Cappadoce. Là il rencontra Basile le porte-parole de l’Église, et tous deux se lièrent d’une heureuse amitié. A cette époque, d’innombrables erreurs assaillaient l’Église de Dieu. Pour les réfuter et pour expliquer avec soin les mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Éphrem publia de nombreux travaux écrits en syrien et presque tous traduits en grec ; saint Jérôme atteste qu’il s’acquit ainsi une telle célébrité que, dans certaines églises, on faisait la lecture publique de ses écrits après celle des Saintes Écritures.

Sixième leçon. Ces publications, pleines d’une doctrine si lumineuse, méritèrent à ce grand Saint que, de son vivant déjà, on l’honora comme un Docteur de l’Église. Il composa aussi des hymnes poétiques en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie et des Saints, ce qui lui valut d’être justement appelé par les Syriens, la cithare du Saint-Esprit, et se fit surtout remarquer par son extraordinaire et tendre dévotion à la Vierge immaculée. Il mourut plein de mérites à Édesse, en Mésopotamie, le quatorze des calendes de juillet, sous le règne de Valens. Cédant aux instances de nombreux Cardinaux, Patriarches, Archevêques, Évêques, abbés et familles religieuses, le Pape Benoît XV, après avoir pris l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, le déclara Docteur de l’Église universelle.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Éphrem de Syrie, Diacre.

Septième leçon. C’est une grande chose que d’entreprendre une bonne œuvre et de lui donner son achèvement, d’être agréable à Dieu et utile au prochain, de plaire enfin à notre souverain et très doux Maître le Christ Jésus qui a dit : Vous êtes le sel de la terre et les colonnes des cieux. Le labeur que tu poursuis dans l’affliction, très cher frère, passe comme un songe, mais le repos qui suivra ton labeur est indescriptible et inestimable. Veille donc attentivement sur toi-même, afin de ne point repousser l’un et perdre l’autre, en ne recherchant ni l’un ni l’autre, à savoir le contentement présent et la joie éternelle. Efforce-toi plutôt d’acquérir la vertu parfaite, ornée et caractérisée par toutes les dispositions que Dieu aime. Si tu y parviens, jamais tu ne provoqueras la colère de Dieu, ni ne feras tort à ton prochain. ’

Huitième leçon. Cette vertu de charité est appelée la seule vertu ; elle est dite d’une beauté unique car elle possède en soi la splendeur des diverses vertus. Le diadème des rois ne peut être achevé sans que des pierres précieuses et des perles brillantes y soient enchâssées et entrelacées, ainsi cette vertu unique ne peut-elle subsister sans l’éclat de vertus variées. Elle est assurément comparable à un diadème royal. Car de même que celui-ci ne peut scintiller entièrement sur la tête royale si une pierre ou une perle y fait défaut, de même cette unique vertu ne peut être appelée vertu parfaite, si elle n’a la gloire de réunir les autres vertus. Et semblablement dans un somptueux festin où les condiments les plus exquis ont été préparés mais où le sel fait défaut, comme ces mets précieux ne sauraient être mangés sans sel, ainsi, une vertu qui paraîtrait complète et posséder l’honneur et la gloire d’autres vertus variées, resterait assurément vile et méprisable, si l’amour de Dieu et du prochain en était absent.

Neuvième leçon. Quelques-uns sont parvenus à cette vertu et cherchant à l’orner comme on orne tout alentour un diadème royal, ils ont possédé en grande partie la parure qui lui convient. Mais, dans la suite, à l’occasion d’un objet quelconque, sûrement très méprisable, ils ont laissé décliner entièrement une vertu si précieuse. Leur âme s’est trouvée attachée aux sollicitudes terrestres et leur vertu arrêtée par des liens si vils, n’a pu entrer au ciel. Sois donc plein d’attention et de vigilance, mon très cher [frère], de peur qu’en t’embarrassant dans des entraves analogues, tu n’ouvres à l’ennemi en quête d’une proie et-que tu ne perdes cette vertu admirable et illustre recherchée par toi au prix de tant de labeurs ; de peur encore que tu ne la rendes incapable, ta vertu, de pénétrer dans les parvis célestes et que tu ne la places plutôt avec le rouge de la confusion devant le trône de l’époux divin, ou enfin que tu la laisses fixée à la terre par un cheveu. Donne-lui au contraire, l’essor d’une confiance, que rien n’empêche, ainsi qu’une voix élevée, afin qu’elle parvienne avec exultation au lieu du repos et puisse réclamer à haute voix sa récompense.

Cette fête a été introduite dans le Missel par Benoît XV, après que, dans une touchante encyclique, il eut orné saint Éphrem de l’auréole des docteurs. A la vérité, cet illustre champion de l’orthodoxie en Syrie contre les trompeuses menées des Ariens, avait obtenu dès l’antiquité, surtout en Orient, la renommée de Maître de l’Église universelle ; et non seulement les Syriens, mais aussi les Byzantins, les Slaves, les Arméniens et les Coptes avaient accueilli, dans leurs livres liturgiques, les compositions mélodiques du célèbre diacre d’Édesse, appelé pour cela la « cithare du Saint-Esprit ».

A la gloire de saint Éphrem manquait pourtant le dernier sceau que seule la Rome papale peut donner ; il vint enfin et y mit le comble. Benoît XV, en proclamant à la face du monde les mérites de saint Éphrem, en cette année 1920 où se célébraient les fêtes centenaires de saint Jérôme, compara entre eux ces deux grands personnages et fit remarquer que tous deux furent moines et vécurent en Syrie. — Jérôme est, de peu, postérieur à Éphrem dont il célébra les mérites et la gloire. — L’un comme l’autre firent des saintes Écritures l’objet de leurs études assidues, ils s’en nourrirent, jusqu’à les transformer en leur propre substance. Le prêtre de Bethléem et le diacre d’Édesse devinrent ainsi par leur science comme deux magnifiques flambeaux, destinés à illuminer, l’un l’Occident, et l’autre l’Orient.

Dès le XVIIe siècle, Rome chrétienne avait dédié à saint Éphrem — et l’encyclique papale le rappelle — un oratoire, maintenant détruit, sur l’Esquilin. L’extension de la fête du célèbre diacre syrien à l’Église universelle a pour but de montrer aux Orientaux, et surtout aux dissidents, la vénération dont le pontificat romain entoure les gloires et les fastes catholiques de ces très anciennes Églises. D’autre part, voici que l’on comptera désormais des docteurs de l’Église à tous les degrés de la hiérarchie sacrée, puisque Benoît XV, en donnant à saint Éphrem le titre de docteur, a résolu la controverse dont l’objet était de savoir si les diacres peuvent ou non atteindre ce suprême degré d’autorité et de magistère dans l’Église de Dieu. Jusqu’alors, seuls des évêques et des prêtres y avaient accédé.

Vraiment, la « lyre de l’Esprit Saint » comme les Orientaux appellent saint Éphrem, a de si grands et si nombreux mérites dans le domaine de la sainte liturgie, qu’il aurait peut-être été désirable que ceux-ci eussent été mis en relief dans la rédaction de sa messe, par exemple par quelque composition liturgique conforme au génie et au goût latin. Saint Ephrem a composé des poèmes admirables sur l’immaculée conception et la pureté de Marie, sur la primauté pontificale, sur les martyrs, sur l’efficacité du divin Sacrifice, sur les suffrages en faveur des défunts, etc. ; ces vers, associés au chant des vierges sacrées et à la musique, passionnèrent jadis les habitants d’Édesse, contemporains d’Éphrem, et les remplirent d’ardeur pour la défense de la foi de Nicée contre les Perses infidèles et contre les Ariens.

Dans le De viris illustribus saint Jérôme témoigne qu’Éphrem, par ses œuvres, ad tantam claritatem venisse, ut post lectionem Scriplurarum, publice in quibusdam ecclesiis eius scripta recitarentur .

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Saint Grégoire Barbarigo évêque et confesseur

17 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Grégoire Barbarigo évêque et confesseur

Collecte

Seigneur, vous avez voulu illuminer le bienheureux Grégoire, votre Confesseur et Pontife, par le zèle pastoral et la tendresse pour les pauvres : accordez-nos favorablement qu’en célébrant ses mérites, nous prenions exemple sur sa charité.

Office

Troisième leçon. Grégoire Barbarigo, né à Venise d’une famille très ancienne, obtint avec grands éloges les deux doctorats en droit à l’Université Padoue. A l’âge de dix-neuf ans, il se rendit à Munster pour y assister aux pourparlers réglant les préliminaires de la paix de Westphalie, et, sur les conseils du legs pontifical Fabio Chigi, il décida d’entrer dans les ordres. Quand il fut prêtre, le même Chigi, devenu Pape sous le nom d’Alexandre VII le nomma d’abord évêque de Pergame ; puis, l’ayant associé au Collège des cardinaux, il le choisit pour le siège de Padoue. Dans l’exercice de sa charge épiscopale, il se proposa comme modèle saint Charles Borromée et, jusqu’à dernier souffle, s’appuyant sur le avis et les décrets du saint concile de Trente, il travailla à extirper le vices et a propager les vertus, développa les séminaires de ces deux diocèses, il dota en particulier celui de Padoue d’une bibliothèque et d’une imprimerie, destinée notamment à publier des livres qu’il voulait répandre parmi les peuples du Proche-Orient. Il favorisa énergiquement l’enseignement catéchétique et parcourut avec ardeur chaque localité de son diocèse, en enseignant et en exhortant. Il se distingua par les œuvres de charité et par la sainteté de sa vie, il se montra si généreux envers les indigents et les pauvres qu’il alla jusqu’à distribuer pour leur venir en aide le mobilier de sa maison, ses vêtements et son lit. Enfin, après une courte maladie il s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 18 juin 1697. Illustre par ses mérites et par ses vertus, il fut placé au nombre des bienheureux par Clément XIII et au nombre des saints par Jean XXIII.

 

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IVème Dimanche après la Pentecôte

16 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

IVème Dimanche après la Pentecôte

Introït

Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie, de quoi tremblerai-je ? Mes ennemis qui me suscitent des maux, ce sont eux qui se sont affaiblis et sont tombés. Si des armées rangées en bataille s’élèvent contre moi : mon cœur n’aura pas de frayeur.

Collecte

Donnez-nous, nous vous en prions, Seigneur : que le cours du monde soit pour nous paisible sous la conduite de votre providence ; et que votre Église vous serve avec joie dans la tranquillité.

Épitre Rm. 8, 18-23

Mes frères : J’estime que les souffrances du temps présent n’ont pas de proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous. Aussi la créature attend-elle d’une vive attente la manifestation des enfants de Dieu. Car la créature a été assujettie à la vanité, non pas volontairement, mais à cause de celui qui l’a assujettie avec espérance ; en effet, la créature aussi sera elle-même délivrée de cet asservissement à la corruption, pour participer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Car nous savons que toute créature gémit et est dans le travail de l’enfantement jusqu’à cette heure ; et non seulement elle, mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous gémissons en nous-mêmes, attendant l’adoption des enfants de Dieu, la rédemption de notre corps, en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Évangile

En ce temps-là : Jésus, pressé par la foule qui voulait entendre la parole de Dieu, se tenait sur le bord du lac de Génésareth. Et il vit deux barques arrêtées au bord du lac ; les pêcheurs étaient descendus, et lavaient leurs filets. Et montant dans l’une de ces barques, qui appartenait à Simon, il le pria de s’éloigner un peu de la terre ; et s’étant assis, il enseignait les foules de dessus la barque. Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Pousse au large, et jetez vos filets pour pêcher. Simon, lui répondant, dit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur votre parole, je jetterai le filet. Lorsqu’ils l’eurent fait, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait. Et ils firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans l’autre barque, de venir les aider. Ils vinrent, et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles étaient presque submergées. Quand Simon Pierre vit cela, il tomba aux pieds de Jésus, en disant : Seigneur, retirez-vous de moi, car je suis un pécheur. Car l’épouvante l’avait saisi, et aussi tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche des poissons qu’ils avaient faite ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée qui étaient compagnons de Simon. Alors Jésus dit à Simon : Ne crains point ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. Et ayant ramené les barques à terre, ils quittèrent tout, et le suivirent.

Secrète

Nous vous en supplions, Seigneur, laissez-vous fléchir en recevant nos oblations, et, dans votre bienveillance, poussez nos volontés, même rebelles, à recourir à vous.

Postcommunion

Faites, nous vous en supplions, Seigneur, que les mystères par nous reçus, nous purifient, et qu’en leur vertu bienfaisante, ils nous soient une protection.

Office

4e leçon

Sermon de saint Augustin, Évêque

Les enfants d’Israël se trouvaient depuis quarante jours devant l’ennemi. Les quarante jours, à cause des quatre saisons et des quatre parties du monde, signifient la vie présente durant laquelle le peuple chrétien ne cesse d’avoir à combattre un Goliath et son armée, c’est-à-dire le diable et ses anges. Et toutefois ce peuple ne pourrait vaincre si le véritable David, le Christ, n’était pas descendu avec son bâton, je veux dire avec le mystère de sa croix. Car, mes très chers frères, avant l’arrivée du Christ, le diable était sans entraves ; mais le Christ, en venant, a fait de lui ce qui est dit dans l’Évangile : « Nul ne peut entrer dans la maison du fort et ravir ce qu’il possède, s’il ne l’a lié auparavant ». Le Christ est donc venu et il a enchaîné le démon.

5e leçon

Mais, dira quelqu’un, s’il a été enchaîné, pourquoi a-t-il encore tant de puissance ? Il est vrai, mes très chers frères, qu’il en a beaucoup, mais sur les tièdes, les négligents, ceux qui ne craignent pas Dieu véritablement. Retenu comme un chien qui est à la chaîne, il ne peut mordre personne, excepté l’imprudent qui se lie avec lui par une funeste confiance. Jugez alors, mes frères, de la folie de l’homme qui se fait mordre par ce chien enchaîné ! Toi, évite de te lier avec lui par les désirs et les cupidités, du siècle, et lui, n’osera point s’approcher. Il peut aboyer, il peut provoquer, il ne peut mordre que si on le veut bien. Car il fait du mal, non par la violence, mais par la persuasion : il n’extorque point notre consentement, il le sollicite.

6e leçon

David survint donc et trouva le peuple des Hébreux en face de l’ennemi ; et comme il n’y avait personne qui osât engager un combat singulier, lui, qui était la figure du Christ, il sortit des rangs, prit en main son bâton et marcha contre le géant ; on vit alors figuré dans sa personne ce qui plus tard s’accomplit en notre Seigneur Jésus-Christ. Le Christ, en effet, le vrai David, venu combattre le Goliath spirituel, c’est-à-dire le diable, a lui-même porté sa croix. Remarquez, mes frères, à quel endroit David a frappé Goliath : c’est juste au front, où il n’avait pas le signe de la croix. C’est que, de même que le bâton représentait la croix, de même aussi la pierre qui frappa Goliath figurait le Christ, notre Seigneur.

7e leçon

Homélie de saint Ambroise, Évêque

Du moment que le Seigneur, par des miracles divers, eut rendu la santé à beaucoup de malades, la foule de ceux qui désiraient ardemment des guérisons ne se laissa plus arrêter par les difficultés de temps et de lieux. La soirée s’avançait et ils le suivaient encore ; près du lac, la foule accourt, le presse ; si bien qu’il se voit obligé de monter dans la barque de Pierre. Cette barque, saint Matthieu nous la représente battue des flots, et saint Luc nous la montre remplie de poissons ; ce qui vous dépeint les fluctuations de l’Église à son berceau, et sa prodigieuse fécondité dans la suite. Les poissons figurent ceux qui naviguent sur l’océan de cette vie. Dans le premier cas, le Christ sommeille encore pour ses disciples ; dans le second, il commande en maître : Jésus dort en effet dans les âmes tièdes, et il veille dans les âmes parfaites.

8e leçon

Elle ne court aucun danger, la barque qui porte la sagesse, d’où l’a trahison est absente et qui vogue au souffle de la foi. Et que pourrait-elle craindre, ayant pour pilote celui en qui l’Église est affermie ? Le péril se rencontre où il y a peu de foi : ici, sécurité, car l’amour est parfait. Et pendant que les autres disciples ont ordre de jeter leurs filets, à Pierre seul il est dit : « Avance en pleine mer » ; c’est-à-dire, pénètre au profond de la doctrine. En effet, quoi de plus profond que de découvrir l’abîme des richesses célestes, de connaître le Fils de Dieu et de confesser sa génération divine ? Génération que l’esprit humain ne peut sans doute pleinement comprendre par les investigations de sa raison, mais que la plénitude étreint cependant.

9e leçon

Car bien qu’il ne me soit pas donné de savoir comment il est engendré de Dieu, néanmoins il ne m’est pas permis d’ignorer qu’il est engendré de Dieu. J’ignore le mode de sa génération, mais j’en connais le principe. Nous n’étions pas là, lorsque le Fils de Dieu était engendré du Père ; mais nous étions là, lorsque le Père l’appelait Fils de Dieu. Si nous ne croyons pas même à Dieu, à qui croirons-nous ? Car tout ce que nous croyons, c’est par la vue ou par l’ouïe que nous le croyons. La vue est parfois trompée ; l’ouïe est sûre en matière de foi.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Les prémices de l’Esprit sont la grâce et les vertus qu’il a déposées dans nos âmes comme le gage du salut et le germe de la gloire future. Affermie par la foi dans la possession de ces arrhes divines, l’humanité régénérée garde comme réconfort, au sein des misères dont sa vie est remplie, la conscience de ses nobles destinées. C’est en vain que Satan prétend reprendre sur elle de haute lutte les droits abolis de ses anciennes victoires : si laborieuse que puisse être la défense d’une terre une première fois saccagée par l’ennemi, l’espérance chrétienne revêt l’homme ici-bas d’une force céleste. Pénétrant pour lui jusqu’à l’intérieur du voile, elle lui rappelle sans cesse la disproportion signalée par l’Apôtre entre les fatigues de la route et la consommation des vrais biens qui l’attendent dans la lumière béatifique de la patrie. Les promesses de son Dieu, les merveilleuses avances du Paraclet dans le passé et le présent lui assurent l’avenir. Bien plus ; la terre qui le porte, cette terre fangeuse et obscure qui l’enchaîne aujourd’hui sous les sens, excite elle-même directement ses aspirations supérieures et les partage à sa manière. C’est la doctrine de saint Paul dans notre Épître : les changements désordonnés, les vicissitudes inquiètes de la création matérielle appellent, avec la destruction du péché, le triomphe final et universel sur la corruption qui en fut la suite. L’état présent du monde fournit donc, lui aussi, son spécial et très sûr motif à la sainte vertu d’espérance. Ceux-là seuls pourraient s’en trouver étonnés qui ne sauraient pas jusqu’à quel point l’élévation de l’homme à l’état surnaturel a fait, dès le commencement, la vraie noblesse du monde soumis à son empire. Mais leur science incomplète prétendrait vainement chercher ailleurs l’explication de l’œuvre divine et la raison de toute chose. La vérité qui explique tout sur la terre et au ciel, l’axiome divin, principe et fondement des mondes, est que Dieu, qui nécessairement fait tout pour sa gloire, a librement placé la consommation de cette gloire souveraine dans le triomphe de son amour par l’ineffable mystère de l’union divine réalisé dans sa créature. L’union divine à conquérir étant donc par la volonté de Dieu le seul but, est aussi l’unique loi, la loi vraiment vitale et constitutive de la création. Lorsque l’Esprit, planant sur le chaos, adaptait aux vues de l’amour infini la matière informe, les éléments divers et les atomes sans nombre du monde en préparation puisaient donc bien réellement dans cet amour infini le principe de leurs développements et mouvements ultérieurs ; ils recevaient pour mission unique d’aider l’Esprit en leur mesure à conduire l’homme, l’élu de la Sagesse éternelle, au terme suprême des noces divines. Le péché, brisant l’alliance, eût du même coup détruit le monde en lui enlevant sa raison d’être, sans l’incompréhensible patience du Dieu outragé et les merveilleuses retouches apportées au plan premier par l’Esprit d’amour. Mais l’état violent de la lutte et de l’expiation remplaçait désormais la marche sans contrainte du roi de la création, l’épanouissement spontané du dieu en fleurs ; l’union divine ne devait plus être pour le monde que le fruit d’un enfantement douloureux, où les gémissements et les pleurs allaient précéder longtemps les chants du triomphe et de l’épithalame.

Les hommes qui ne connaissent d’autre loi que celle de la chair auront beau néanmoins s’obstiner à fermer aux enseignements de la révélation positive leurs oreilles et leurs cœurs : la matière même condamnera toujours leur matérialisme ; la nature, qu’ils invoquent comme unique autorité, prêche par ses mille voix le surnaturel aux quatre vents du monde ; la création bouleversée, dévoyée par la chute, proclame plus haut que jamais, dans sa misère anxieuse, la fin sublime du roi tombé dont elle est l’apanage. Mystérieuses souffrances des éléments, gémissements ineffables dont parle l’Apôtre, larmes des choses, soupirs sans nom qu’ont chantés les poètes, vous êtes bien en effet la vraie poésie de cette terre de l’épreuve ; car vous ramenez qui sait vous comprendre et se laisse pénétrer de votre suave et douloureuse harmonie, jusqu’à la source même de toute beauté et de tout amour ! L’antiquité vous connut ; mais l’intelligence faussée de ses prétendus sages dénatura vos accents, et ne fit plus de vous que la voix stérile d’un hideux panthéisme. Le règne du Paraclet ne s’était point encore levé sur le monde ; lui seul devait donner à l’humanité, en même temps que la connaissance distincte de l’Esprit créateur, la clef de cette langue mystérieuse de la nature, de ces aspirations puissantes et universelles dont le secret vient de lui tout entier. Mais nous le savons aujourd’hui : l’Esprit du Seigneur a rempli l’univers ; le témoin divin qui atteste à nos âmes que nous sommes les fils de Dieu a porté jusqu’aux extrémités de la création son précieux témoignage, et la création entière tressaille, impatiente devoir se lever le grand jour qui montrera ces fils de Dieu dans leur gloire. Car ayant à cause d’eux partagé leurs souffrances, elle sera délivrée comme eux, et participera des splendeurs de leurs trônes. « Comme en effet, dit saint Jean Chrysostome, la nourrice d’un enfant royal, lorsqu’il entre en possession du royaume paternel, voit elle-même s’élever sa fortune, ainsi fera la création... Comme encore les hommes, lorsque leur fils doit paraître dans l’éclat d’une dignité nouvelle, revêtent en son honneur les serviteurs eux-mêmes d’une robe plus brillante, ainsi Dieu revêtira d’incorruption toute créature au jour de la délivrance et de la gloire de ses fils ».

ÉVANGILE.

La prophétie de Jésus à Simon fils de Jean est maintenant accomplie. Au jour où descendit l’Esprit-Saint, nous avons admiré la puissance des premiers coups de filet du pêcheur d’hommes amenant l’élite d’Israël aux pieds du Christ Sauveur. Mais la barque de Pierre ne devait pas rester longtemps confinée dans les eaux juives. L’humble nacelle a gagné la haute mer ; elle vogue désormais sur les eaux profondes qui sont, nous dit saint Jean, les nations et les peuples. Le vent violent, les vagues houleuses et la tempête n’effraient plus le batelier de Tibériade ; il sait qu’il porte à son bord le maître des flots, celui dont l’abîme est comme le vêtement. Pénétré de la force d’en haut, il a jeté sur l’Océan immense le filet de la prédication apostolique, vaste comme le monde, et qui seul doit amener les fils du grand poisson, de l’ICHTHUS céleste, à la rive éternelle. Il est grand ce rôle de Pierre qui, encore bien qu’il ait des compagnons dans sa divine entreprise, les domine tous cependant comme leur chef incontesté, comme le maître de la barque où Jésus commande en sa personne et dirige les opérations du salut universel. L’Évangile d’aujourd’hui prépare donc ou résume très opportunément les enseignements de la fête du Prince des Apôtres, toujours voisine du quatrième Dimanche après la Pentecôte. Mais cette proximité même nous permet de laisser à ce grand jour la considération plus détaillée des gloires inhérentes au vicaire du Christ, et d’insister en ce moment sur les autres mystères contenus dans le récit qui nous est proposé par la sainte Église.

Les Évangélistes nous ont conservé le souvenir de deux pêches miraculeuses faites par les Apôtres en présence de leur Maître : l’une décrite par saint Luc, et qui vient de nous être rappelée ; l’autre dont le disciple bien-aimé nous invitait à scruter, au Mercredi de Pâques, le profond symbolisme. Dans la première, qui se rapporte au temps de la vie mortelle du Sauveur, le filet, jeté au hasard, se rompt sous la multitude des poissons captifs, sans que leur nombre ou leurs qualités soient marqués autrement par l’Évangéliste ; dans la seconde, le Seigneur ressuscité indique aux disciples la droite de la barque, et, sans rompre le filet, cent cinquante-trois gros poissons abordent au rivage où Jésus les attend pour les joindre au pain et au poisson mystérieux d’un festin préparé par lui-même. Or, expliquent d’une commune voix tous les Pères, ces deux pêches figurent l’Église : l’Église dans le temps d’abord, et plus tard dans l’éternité. Maintenant l’Église est multitude, elle englobe sans compter bons et mauvais ; après la résurrection, les bons seuls formeront l’Église, et leur nombre sera précisé, fixé pour jamais. « Le royaume des cieux, nous dit le Sauveur, est semblable à un filet jeté dans la mer et rassemblant des poissons de toutes sortes ; lorsqu’il est plein, on le retire pour choisir les bons et rejeter les mauvais ».

Les pêcheurs d’hommes ont lancé leurs filets, dit saint Augustin ; ils ont pris cette multitude de chrétiens que nous contemplons dans l’admiration ; ils en ont rempli les deux barques, figures des deux peuples Juif et Gentil. Mais qu’avons-nous entendu ? La multitude surcharge les barques, et les met en danger de naufrage : ainsi voyons-nous aujourd’hui que la foule hâtive et confuse des baptisés alourdit l’Église. Beaucoup de chrétiens vivent mal, et ils troublent, ils retardent les bons. Mais pire encore font ceux qui rompent le filet par leurs schismes ou leurs hérésies : poissons impatients du joug de l’unité qui ne veulent point venir au festin du Christ, ils se complaisent en eux-mêmes ; prétextant qu’ils ne peuvent vivre avec les méchants, ils brisent les mailles qui les retenaient dans le sillage apostolique et périssent loin du bord. En combien de lieux n’ont-ils pas brisé de la sorte l’immense filet du salut ? Les Donatistes en Afrique, les Ariens en Égypte, en Phrygie Montan, Manès en Perse, et depuis combien d’autres ont excellé dans l’œuvre de rupture ! N’imitons point leur démence orgueilleuse. Si la grâce nous fait bons, prenons en patience la compagnie des mauvais dans les eaux de ce siècle. Que leur vue ne nous pousse ni à vivre comme eux, ni à sortir de l’Église : la rive est proche où ceux de la droite, où les bons seuls seront admis, et d’où les méchants seront rejetés à l’abîme

 

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Si scires donum Dei

15 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Si scires donum Dei

Iª-IIae q. 110 a. 3 co. Respondeo dicendum quod quidam posuerunt idem esse gratiam et virtutem secundum essentiam, sed differre solum secundum rationem, ut gratia dicatur secundum quod facit hominem Deo gratum, vel secundum quod gratis datur; virtus autem, secundum quod perficit ad bene operandum. Et hoc videtur sensisse Magister, in II Sent. Sed si quis recte consideret rationem virtutis, hoc stare non potest. Quia ut philosophus dicit, in VII Physic., virtus est quaedam dispositio perfecti, dico autem perfectum, quod est dispositum secundum naturam. Ex quo patet quod virtus uniuscuiusque rei dicitur in ordine ad aliquam naturam praeexistentem, quando scilicet unumquodque sic est dispositum, secundum quod congruit suae naturae. Manifestum est autem quod virtutes acquisitae per actus humanos, de quibus supra dictum est, sunt dispositiones quibus homo convenienter disponitur in ordine ad naturam qua homo est. Virtutes autem infusae disponunt hominem altiori modo, et ad altiorem finem, unde etiam oportet quod in ordine ad aliquam altiorem naturam. Hoc autem est in ordine ad naturam divinam participatam; secundum quod dicitur II P. I, maxima et pretiosa nobis promissa donavit, ut per haec efficiamini divinae consortes naturae. Et secundum acceptionem huius naturae, dicimur regenerari in filios Dei. Sicut igitur lumen naturale rationis est aliquid praeter virtutes acquisitas, quae dicuntur in ordine ad ipsum lumen naturale; ita etiam ipsum lumen gratiae, quod est participatio divinae naturae, est aliquid praeter virtutes infusas, quae a lumine illo derivantur, et ad illud lumen ordinantur. Unde et apostolus dicit, ad Ep. V, eratis aliquando tenebrae, nunc autem lux in Domino, ut filii lucis ambulate. Sicut enim virtutes acquisitae perficiunt hominem ad ambulandum congruenter lumini naturali rationis; ita virtutes infusae perficiunt hominem ad ambulandum congruenter lumini gratiae.

 

IIª-IIae q. 24 a. 3 co. Respondeo dicendum quod uniuscuiusque quantitas dependet a propria causa rei, quia universalior causa effectum maiorem producit. Caritas autem, cum superexcedat proportionem naturae humanae, ut dictum est, non dependet ex aliqua naturali virtute, sed ex sola gratia Spiritus Sancti eam infundentis. Et ideo quantitas caritatis non dependet ex conditione naturae vel ex capacitate naturalis virtutis, sed solum ex voluntate Spiritus Sancti distribuentis sua dona prout vult. Unde et apostolus dicit, ad Ep. IV, unicuique nostrum data est gratia secundum mensuram donationis Christi.

 

IIª-IIae q. 24 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum quod forma non excedit proportionem materiae, sed sunt eiusdem generis. Similiter etiam gratia et gloria ad idem genus referuntur, quia gratia nihil est aliud quam quaedam inchoatio gloriae in nobis. Sed caritas et natura non pertinent ad idem genus. Et ideo non est similis ratio.

 

Iª-IIae q. 111 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum quod gratia non diversificatur per hoc quod est praeveniens et subsequens, secundum essentiam, sed solum secundum effectum, sicut et de operante et cooperante dictum est. Quia etiam secundum quod gratia subsequens ad gloriam pertinet, non est alia numero a gratia praeveniente per quam nunc iustificamur. Sicut enim caritas viae non evacuatur, sed perficitur in patria, ita etiam et de lumine gratiae est dicendum, quia neutrum in sui ratione imperfectionem importat.

 

IIIª q. 2 a. 12 co. Respondeo dicendum quod, secundum philosophum, in V Metaphys., natura uno modo dicitur ipsa nativitas, alio modo essentia rei. Unde naturale potest aliquid dici dupliciter. Uno modo, quod est tantum ex principiis essentialibus rei, sicut igni naturale est sursum ferri. Alio modo dicitur esse homini naturale quod ab ipsa nativitate habet, secundum illud Ep. II, eramus natura filii irae; et Sg. XII, nequam est natio eorum, et naturalis malitia ipsorum. Gratia igitur Christi, sive unionis sive habitualis, non potest dici naturalis quasi causata ex principiis naturae humanae in ipso, quamvis possit dici naturalis quasi proveniens in naturam humanam Christi causante divina natura ipsius. Dicitur autem naturalis utraque gratia in Christo inquantum eam a nativitate habuit, quia ab initio conceptionis fuit natura humana divinae personae unita, et anima eius fuit munere gratiae repleta.

 

Iª-IIae q. 112 a. 1 co. Respondeo dicendum quod nulla res agere potest ultra suam speciem, quia semper oportet quod causa potior sit effectu. Donum autem gratiae excedit omnem facultatem naturae creatae, cum nihil aliud sit quam quaedam participatio divinae naturae, quae excedit omnem aliam naturam. Et ideo impossibile est quod aliqua creatura gratiam causet. Sic enim necesse est quod solus Deus deificet, communicando consortium divinae naturae per quandam similitudinis participationem, sicut impossibile est quod aliquid igniat nisi solus ignis.

 

Iª-IIae q. 114 a. 5 co. Respondeo dicendum quod donum gratiae considerari potest dupliciter. Uno modo, secundum rationem gratuiti doni. Et sic manifestum est quod omne meritum repugnat gratiae, quia ut ad Rm. XI apostolus dicit, si ex operibus, iam non ex gratia. Alio modo potest considerari secundum naturam ipsius rei quae donatur. Et sic etiam non potest cadere sub merito non habentis gratiam, tum quia excedit proportionem naturae; tum etiam quia ante gratiam, in statu peccati, homo habet impedimentum promerendi gratiam, scilicet ipsum peccatum. Postquam autem iam aliquis habet gratiam, non potest gratia iam habita sub merito cadere, quia merces est terminus operis, gratia vero est principium cuiuslibet boni operis in nobis, ut supra dictum est. Si vero aliud donum gratuitum aliquis mereatur virtute gratiae praecedentis, iam non erit prima. Unde manifestum est quod nullus potest sibi mereri primam gratiam.

 

 Iª-IIae q. 110 a. 1 co. Respondeo dicendum quod secundum communem modum loquendi, gratia tripliciter accipi consuevit. Uno modo, pro dilectione alicuius, sicut consuevimus dicere quod iste miles habet gratiam regis, idest, rex habet eum gratum. Secundo sumitur pro aliquo dono gratis dato, sicut consuevimus dicere, hanc gratiam facio tibi. Tertio modo sumitur pro recompensatione beneficii gratis dati, secundum quod dicimur agere gratias beneficiorum. Quorum trium secundum dependet ex primo, ex amore enim quo aliquis alium gratum habet, procedit quod aliquid ei gratis impendat. Ex secundo autem procedit tertium, quia ex beneficiis gratis exhibitis gratiarum actio consurgit. Quantum igitur ad duo ultima, manifestum est quod gratia aliquid ponit in eo qui gratiam accipit, primo quidem, ipsum donum gratis datum; secundo, huius doni recognitionem. Sed quantum ad primum, est differentia attendenda circa gratiam Dei et gratiam hominis. Quia enim bonum creaturae provenit ex voluntate divina, ideo ex dilectione Dei qua vult creaturae bonum, profluit aliquod bonum in creatura. Voluntas autem hominis movetur ex bono praeexistente in rebus, et inde est quod dilectio hominis non causat totaliter rei bonitatem, sed praesupponit ipsam vel in parte vel in toto. Patet igitur quod quamlibet Dei dilectionem sequitur aliquod bonum in creatura causatum quandoque, non tamen dilectioni aeternae coaeternum. Et secundum huiusmodi boni differentiam, differens consideratur dilectio Dei ad creaturam. Una quidem communis, secundum quam diligit omnia quae sunt, ut dicitur Sg. XI; secundum quam esse naturale rebus creatis largitur. Alia autem est dilectio specialis, secundum quam trahit creaturam rationalem supra conditionem naturae, ad participationem divini boni. Et secundum hanc dilectionem dicitur aliquem diligere simpliciter, quia secundum hanc dilectionem vult Deus simpliciter creaturae bonum aeternum, quod est ipse. Sic igitur per hoc quod dicitur homo gratiam Dei habere, significatur quiddam supernaturale in homine a Deo proveniens. Quandoque tamen gratia Dei dicitur ipsa aeterna Dei dilectio, secundum quod dicitur etiam gratia praedestinationis, inquantum Deus gratuito, et non ex meritis, aliquos praedestinavit sive elegit; dicitur enim ad Ep. I, praedestinavit nos in adoptionem filiorum, in laudem gloriae gratiae suae.

 

 Iª-IIae q. 110 a. 4 co. Respondeo dicendum quod ista quaestio ex praecedenti dependet. Si enim gratia sit idem quod virtus, necesse est quod sit in potentia animae sicut in subiecto, nam potentia animae est proprium subiectum virtutis, ut supra dictum est. Si autem gratia differt a virtute, non potest dici quod potentia animae sit gratiae subiectum, quia omnis perfectio potentiae animae habet rationem virtutis, ut supra dictum est. Unde relinquitur quod gratia, sicut est prius virtute, ita habeat subiectum prius potentiis animae, ita scilicet quod sit in essentia animae. Sicut enim per potentiam intellectivam homo participat cognitionem divinam per virtutem fidei; et secundum potentiam voluntatis amorem divinum, per virtutem caritatis; ita etiam per naturam animae participat, secundum quandam similitudinem, naturam divinam, per quandam regenerationem sive recreationem.

 

Iª-IIae q. 113 a. 9 co. Respondeo dicendum quod opus aliquod potest dici magnum dupliciter. Uno modo, ex parte modi agendi. Et sic maximum est opus creationis, in quo ex nihilo fit aliquid. Alio modo potest dici opus magnum propter magnitudinem eius quod fit. Et secundum hoc, maius opus est iustificatio impii, quae terminatur ad bonum aeternum divinae participationis, quam creatio caeli et terrae, quae terminatur ad bonum naturae mutabilis. Et ideo Augustinus, cum dixisset quod maius est quod ex impio fiat iustus, quam creare caelum et terram, subiungit, caelum enim et terra transibit, praedestinatorum autem salus et iustificatio permanebit. Sed sciendum est quod aliquid magnum dicitur dupliciter. Uno modo, secundum quantitatem absolutam. Et hoc modo donum gloriae est maius quam donum gratiae iustificantis impium. Et secundum hoc, glorificatio iustorum est maius opus quam iustificatio impii. Alio modo dicitur aliquid magnum quantitate proportionis, sicut dicitur mons parvus, et milium magnum. Et hoc modo donum gratiae impium iustificantis est maius quam donum gloriae beatificantis iustum, quia plus excedit donum gratiae dignitatem impii, qui erat dignus poena, quam donum gloriae dignitatem iusti, qui ex hoc ipso quod est iustificatus, est dignus gloria. Et ideo Augustinus dicit ibidem, iudicet qui potest, utrum maius sit iustos Angelos creare quam impios iustificare. Certe, si aequalis est utrumque potentiae, hoc maioris est misericordiae.

 

Iª-IIae q. 114 a. 3 co. Respondeo dicendum quod opus meritorium hominis dupliciter considerari potest, uno modo, secundum quod procedit ex libero arbitrio; alio modo, secundum quod procedit ex gratia Spiritus Sancti. Si consideretur secundum substantiam operis, et secundum quod procedit ex libero arbitrio, sic non potest ibi esse condignitas, propter maximam inaequalitatem. Sed est ibi congruitas, propter quandam aequalitatem proportionis, videtur enim congruum ut homini operanti secundum suam virtutem, Deus recompenset secundum excellentiam suae virtutis. Si autem loquamur de opere meritorio secundum quod procedit ex gratia Spiritus Sancti, sic est meritorium vitae aeternae ex condigno. Sic enim valor meriti attenditur secundum virtutem Spiritus Sancti moventis nos in vitam aeternam; secundum illud Jn. IV, fiet in eo fons aquae salientis in vitam aeternam. Attenditur etiam pretium operis secundum dignitatem gratiae, per quam homo, consors factus divinae naturae, adoptatur in filium Dei, cui debetur hereditas ex ipso iure adoptionis, secundum illud Rm. VIII, si filii, et heredes.

 

 IIIª q. 2 a. 10 co. Respondeo dicendum quod, sicut in secunda parte dictum est, gratia dupliciter dicitur, uno modo, ipsa voluntas Dei gratis aliquid dantis; alio modo, ipsum gratuitum donum Dei. Indiget autem humana natura gratuita Dei voluntate ad hoc quod elevetur in Deum, cum hoc sit supra facultatem naturae suae. Elevatur autem humana natura in Deum dupliciter. Uno modo, per operationem, qua scilicet sancti cognoscunt et amant Deum. Alio modo, per esse personale, qui quidem modus est singularis Christo, in quo humana natura assumpta est ad hoc quod sit personae filii Dei. Manifestum est autem quod ad perfectionem operationis requiritur quod potentia sit perfecta per habitum, sed quod natura habeat esse in supposito suo, non fit mediante aliquo habitu. Sic igitur dicendum est quod, si gratia accipiatur ipsa Dei voluntas gratis aliquid faciens, vel gratum seu acceptum aliquem habens, unio incarnationis facta est per gratiam, sicut et unio sanctorum ad Deum per cognitionem et amorem. Si vero gratia dicatur ipsum gratuitum Dei donum, sic ipsum quod est humanam naturam esse unitam personae divinae, potest dici quaedam gratia, inquantum nullis praecedentibus meritis hoc est factum, non autem ita quod sit aliqua gratia habitualis qua mediante talis unio fiat.

 

 Iª q. 62 a. 1 co. Respondeo dicendum quod nomine beatitudinis intelligitur ultima perfectio rationalis seu intellectualis naturae, et inde est quod naturaliter desideratur, quia unumquodque naturaliter desiderat suam ultimam perfectionem. Ultima autem perfectio rationalis seu intellectualis naturae est duplex. Una quidem, quam potest assequi virtute suae naturae, et haec quodammodo beatitudo vel felicitas dicitur. Unde et Aristoteles perfectissimam hominis contemplationem, qua optimum intelligibile, quod est Deus, contemplari potest in hac vita, dicit esse ultimam hominis felicitatem. Sed super hanc felicitatem est alia felicitas, quam in futuro expectamus, qua videbimus Deum sicuti est. Quod quidem est supra cuiuslibet intellectus creati naturam, ut supra ostensum est. Sic igitur dicendum est quod, quantum ad primam beatitudinem, quam Angelus assequi virtute suae naturae potuit, fuit creatus beatus. Quia perfectionem huiusmodi Angelus non acquirit per aliquem motum discursivum, sicut homo, sed statim ei adest propter suae naturae dignitatem, ut supra dictum est. Sed ultimam beatitudinem, quae facultatem naturae excedit, Angeli non statim in principio suae creationis habuerunt, quia haec beatitudo non est aliquid naturae, sed naturae finis; et ideo non statim eam a principio debuerunt habere.

 

 IIIª q. 2 a. 10 co. Respondeo dicendum quod, sicut in secunda parte dictum est, gratia dupliciter dicitur, uno modo, ipsa voluntas Dei gratis aliquid dantis; alio modo, ipsum gratuitum donum Dei. Indiget autem humana natura gratuita Dei voluntate ad hoc quod elevetur in Deum, cum hoc sit supra facultatem naturae suae. Elevatur autem humana natura in Deum dupliciter. Uno modo, per operationem, qua scilicet sancti cognoscunt et amant Deum. Alio modo, per esse personale, qui quidem modus est singularis Christo, in quo humana natura assumpta est ad hoc quod sit personae filii Dei. Manifestum est autem quod ad perfectionem operationis requiritur quod potentia sit perfecta per habitum, sed quod natura habeat esse in supposito suo, non fit mediante aliquo habitu. Sic igitur dicendum est quod, si gratia accipiatur ipsa Dei voluntas gratis aliquid faciens, vel gratum seu acceptum aliquem habens, unio incarnationis facta est per gratiam, sicut et unio sanctorum ad Deum per cognitionem et amorem. Si vero gratia dicatur ipsum gratuitum Dei donum, sic ipsum quod est humanam naturam esse unitam personae divinae, potest dici quaedam gratia, inquantum nullis praecedentibus meritis hoc est factum, non autem ita quod sit aliqua gratia habitualis qua mediante talis unio fiat.

 

 Iª-IIae q. 111 a. 1 co. Respondeo dicendum quod, sicut apostolus dicit, ad Rm. XIII, quae a Deo sunt, ordinata sunt. In hoc autem ordo rerum consistit, quod quaedam per alia in Deum reducuntur; ut Dionysius dicit, in Cael. Hier. Cum igitur gratia ad hoc ordinetur ut homo reducatur in Deum, ordine quodam hoc agitur, ut scilicet quidam per alios in Deum reducantur. Secundum hoc igitur duplex est gratia. Una quidem per quam ipse homo Deo coniungitur, quae vocatur gratia gratum faciens. Alia vero per quam unus homo cooperatur alteri ad hoc quod ad Deum reducatur. Huiusmodi autem donum vocatur gratia gratis data, quia supra facultatem naturae, et supra meritum personae, homini conceditur, sed quia non datur ad hoc ut homo ipse per eam iustificetur, sed potius ut ad iustificationem alterius cooperetur, ideo non vocatur gratum faciens. Et de hac dicit apostolus, I ad Cor. XII, unicuique datur manifestatio spiritus ad utilitatem, scilicet aliorum.

 

 Iª-IIae q. 111 a. 2 co. Respondeo dicendum quod, sicut supra dictum est, gratia dupliciter potest intelligi, uno modo, divinum auxilium quo nos movet ad bene volendum et agendum; alio modo, habituale donum nobis divinitus inditum. Utroque autem modo gratia dicta convenienter dividitur per operantem et cooperantem. Operatio enim alicuius effectus non attribuitur mobili, sed moventi. In illo ergo effectu in quo mens nostra est mota et non movens, solus autem Deus movens, operatio Deo attribuitur, et secundum hoc dicitur gratia operans. In illo autem effectu in quo mens nostra et movet et movetur, operatio non solum attribuitur Deo, sed etiam animae, et secundum hoc dicitur gratia cooperans. Est autem in nobis duplex actus. Primus quidem, interior voluntatis. Et quantum ad istum actum, voluntas se habet ut mota, Deus autem ut movens, et praesertim cum voluntas incipit bonum velle quae prius malum volebat. Et ideo secundum quod Deus movet humanam mentem ad hunc actum, dicitur gratia operans. Alius autem actus est exterior; qui cum a voluntate imperetur, ut supra habitum est, consequens est ut ad hunc actum operatio attribuatur voluntati. Et quia etiam ad hunc actum Deus nos adiuvat, et interius confirmando voluntatem ut ad actum perveniat, et exterius facultatem operandi praebendo; respectu huius actus dicitur gratia cooperans. Unde post praemissa verba subdit Augustinus, ut autem velimus operatur, cum autem volumus, ut perficiamus nobis cooperatur. Sic igitur si gratia accipiatur pro gratuita Dei motione qua movet nos ad bonum meritorium, convenienter dividitur gratia per operantem et cooperantem. Si vero accipiatur gratia pro habituali dono, sic etiam duplex est gratiae effectus, sicut et cuiuslibet alterius formae, quorum primus est esse, secundus est operatio; sicut caloris operatio est facere calidum, et exterior calefactio. Sic igitur habitualis gratia, inquantum animam sanat vel iustificat, sive gratam Deo facit, dicitur gratia operans, inquantum vero est principium operis meritorii, quod etiam ex libero arbitrio procedit, dicitur cooperans.

 

 Iª-IIae q. 111 a. 3 co. Respondeo dicendum quod, sicut gratia dividitur in operantem et cooperantem secundum diversos effectus, ita etiam in praevenientem et subsequentem, qualitercumque gratia accipiatur. Sunt autem quinque effectus gratiae in nobis, quorum primus est ut anima sanetur; secundus est ut bonum velit; tertius est ut bonum quod vult, efficaciter operetur; quartus est ut in bono perseveret; quintus est ut ad gloriam perveniat. Et ideo gratia secundum quod causat in nobis primum effectum, vocatur praeveniens respectu secundi effectus; et prout causat in nobis secundum, vocatur subsequens respectu primi effectus. Et sicut unus effectus est posterior uno effectu et prior alio, ita gratia potest dici et praeveniens et subsequens secundum eundem effectum, respectu diversorum. Et hoc est quod Augustinus dicit, in libro de Nat. et Grat., praevenit ut sanemur, subsequitur ut sanati vegetemur, praevenit ut vocemur, subsequitur ut glorificemur.

 

Si scires donum Dei
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Saint Basile le Grand évêque confesseur et docteur

14 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Basile le Grand évêque confesseur et docteur

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Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer les prières que nous vous adressons en la solennité du bienheureux Basile, votre Confesseur et Pontife, et de nous accorder, grâce aux mérites et à l’intercession de celui qui vous a si dignement servi, le pardon de tous nos péchés.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Basile, noble Cappadocien, après avoir étudié à Athènes les lettres profanes en compagnie de son intime ami Grégoire de Nazianze, acquit dans un monastère une connaissance admirable des sciences sacrées ; en peu de temps sa doctrine et sa sainteté furent telles, qu’on lui donna le surnom de Grand. Appelé à prêcher l’Évangile de Jésus-Christ dans le Pont, il ramena dans la voie du salut cette province qui s’était éloignée des habitudes chrétiennes. Eusèbe, Évêque de Césarée, se l’adjoignit bientôt pour instruire le peuple de cette ville, et Basile lui succéda sur ce siège. Il se montra l’ardent défenseur de la consubstantialité du Père et du Fils ; l’empereur Valens, irrité contre lui, fut vaincu par de tels miracles, qu’en dépit de sa volonté bien arrêtée de l’envoyer en exil, il dut abandonner son projet.

Cinquième leçon. Étant sur le point de porter le décret de bannissement contre Basile, le siège où il voulait s’asseoir se brisa ; de trois roseaux qu’il prit pour écrire ce décret, aucun ne laissa couler l’encre ; et comme il n’en persistait pas moins dans la résolution de rédiger ce décret impie, sa main droite, énervée et toute tremblante, refusa d’obéir. Valens effrayé mit en pièces de ses deux mains le papier fatal. Pendant la nuit qu’on avait donnée à Basile pour délibérer, l’impératrice fut torturée de douleurs d’entrailles et son fils unique tomba gravement malade. L’empereur terrifié, reconnaissant son injustice, appela Basile ; en sa présence, l’enfant commença d’aller mieux, mais Valens ayant invité ensuite les hérétiques à voir le petit malade, il mourut peu après.

Sixième leçon. Basile était d’une abstinence et d’une continence admirables ; il se contentait d’une seule tunique et gardait un jeûne rigoureux. Assidu à la prière, il y employait souvent toute la nuit. Il garda une virginité perpétuelle. Dans les monastères qu’il fonda, la vie des moines fut réglée de telle sorte qu’elle réunit on ne peut mieux les avantages de la solitude et de l’action. Ses nombreux écrits sont pleins de science, et personne, au témoignage de Grégoire de Nazianze, n’expliqua les Livres saints avec plus d’abondance et de vérité. Sa mort arriva le premier janvier ; n’ayant vécu que par l’esprit, il semblait ne garder de son corps que les os et la peau.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Basile, Évêque.

Septième leçon. Le parfait renoncement consiste à en venir à ne pas être porté à aimer la vie pour elle-même, et à comprendre la leçon de la mort qui nous avertit de ne pas nous fier en nos propres forces. Ce renoncement commence par le dépouillement des choses extérieures, comme des biens, de la vaine gloire, des habitudes de la vie, de l’amour des choses inutiles. Ils nous l’ont montré, à l’imitation de notre Seigneur, ses saints disciples Jacques et Jean, par exemple, quand ils ont laissé leur père Zébédée et jusqu’à leur barque, dont dépendait leur subsistance. Matthieu l’a pratiqué aussi, lorsqu’il se leva de son bureau et suivit le divin Maître.

Huitième leçon. Mais qu’est-il besoin de nos raisons ou des exemples des saints pour appuyer nos paroles, puisque nous pouvons produire les propres enseignements du Seigneur, enseignements bien capables d’émouvoir une âme religieuse et craignant Dieu ? Voici ce que le Seigneur déclare nettement et sans laisser place au doute : « Ainsi donc quiconque d’entre vous ne renonce point à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple. » Et ailleurs, après avoir dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres ; » il ajoute : « Viens, suis-moi. »

Neuvième leçon. Le renoncement est donc, comme nous l’avons enseigné, le dégagement des liens qui nous attachent à cette vie terrestre et temporelle ; c’est la délivrance des affaires humaines, délivrance dont l’effet est de nous rendre dociles et prompts à suivre le chemin qui conduit à Dieu : c’est le moyen qui nous facilite l’acquisition et l’usage des biens mille fois préférables à l’or et aux pierres précieuses. C’est ce qui porte le cœur humain si haut, qu’il peut habiter dans le ciel et dire : « Notre vie est dans les deux. » C’est enfin, et surtout, ce par quoi nous commençons à ressembler à Jésus-Christ « qui pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était. »

Le quaternaire sacré des Docteurs qui font la gloire de l’Église grecque, se complète aujourd’hui sur le Cycle. Jean Chrysostome, le premier, parut au ciel dans les jours de l’enfance du Sauveur ; la glorieuse Pâque vit se lever, comme deux astres radieux, Athanase et Grégoire de Nazianze ; Basile le Grand réservait ses rayons pour illustrer les temps du règne de l’Esprit-Saint. Une telle place lui fut méritée par les grands combats, où sa doctrine éminente prépara le triomphe du Paraclet sur les blasphèmes d’une secte impie. Macédonius reprenait contre la troisième personne de l’auguste et consubstantielle Trinité les arguments de l’arianisme expirant ; il déniait au Saint-Esprit la divinité qu’Arius son chef avait vainement prétendu enlever au Verbe. Le concile de Constantinople, achevant l’œuvre du concile de Nicée, formula la foi des Églises en Celui qui procède du Père non moins que le Verbe lui-même, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils. Basile n’assistait pas à la victoire ; prématurément épuisé d’austérités et de travaux, il reposait dans la paix depuis deux ans déjà, quand la définition fut rendue. Mais son enseignement inspirait l’assemblée conciliaire ; il demeure comme l’expression splendide de la tradition sur cet Esprit de Dieu, aimant universel vers qui se précipite tout ce qui aspire à la sainteté, souffle puissant soulevant les âmes, perfection de toute chose. De même que nous avons entendu Grégoire de Nazianze, au jour de sa fête, parler magnifiquement du mystère de la Pâque, écoutons son illustre ami nous expliquer le mystère du temps présent, qui est celui de la sanctification dans les âmes.

« L’union de l’Esprit et de l’âme se fait par l’éloignement des passions qui, étant survenues a dans l’âme, l’avaient séparée de Dieu. Si quelqu’un donc se dégage de la difformité provenant du vice et revient à la beauté qu’il tenait de son Créateur, s’il restaure en lui les traits primitifs de l’esquisse royale et divine, alors, et alors seulement, il se rapproche du Paraclet. Mais alors aussi, comme le soleil qui, rencontrant un œil non souillé, l’illumine, le Paraclet révèle à cet homme l’image de celui qu’on ne peut voir ; et dans la bienheureuse contemplation de cette image, il aperçoit l’ineffable beauté du principe, modèle de tout. Dans cette ascension des cœurs, dont les débuts chancelants et la croissante consommation sont également son œuvre, l’Esprit rend spirituels ceux qui sont absous de toute tache, en vertu de la participation où il les met de lui-même. Les corps limpides et diaphanes, pénétrés du rayon lumineux, deviennent resplendissants et répandent autour d’eux la lumière ; ainsi les âmes portant l’Esprit-Saint resplendissent de lui, et, devenues esprit elles-mêmes, répandent sur les autres la grâce. De là l’intelligence supérieure des élus et leur conversation dans les cieux ; de là tous les dons ; de là ta ressemblance avec Dieu ; de là vient, ô sublimité ! que toi-même tu es dieu. C’est donc proprement et en toute vérité par l’illumination de l’Esprit-Saint, que nous contemplons la splendeur de la gloire de Dieu ; c’est par le caractère de ressemblance qu’il imprime en nos âmes, que nous sommes élevés jusqu’à la hauteur de celui dont il porte avec lui, cachet divin, la pleine similitude. Esprit de sagesse, il nous révèle, non comme du dehors, mais en lui-même, le Christ Sagesse de Dieu. La voie de la contemplation conduit de l’Esprit par le Fils au Père ; concurremment, la bonté, la sainteté, la royale dignité des élus vient du Père par le Fils à l’Esprit-Saint dont ils sont les temples, et qui les remplit de sa propre gloire, illuminant leur front par la vue de Dieu comme celui de Moïse. Ainsi fit-il pour l’humanité du Sauveur ; ainsi fait-il pour les séraphins qui ne peuvent dire qu’en lui leur triple Sanctus, pour tous les chœurs des anges dont il règle le concert et produit les chants. Mais l’homme charnel, qui n’a jamais exercé son âme à la contemplation, qui la retient captive dans le bourbier des sens, ne peut élever les yeux vers la lumière spirituelle ; l’Esprit n’est point pour lui ».

L’action du Paraclet dépasse la puissance de toute créature ; en rappelant ainsi les opérations de l’Esprit d’amour, l’évêque de Césarée voulait amener ses adversaires à confesser d’eux-mêmes sa divinité. D’autre part, qui ne reconnaîtrait à cette exposition chaleureuse de la doctrine, non seulement l’invincible théologien vengeur du dogme, mais encore le guide exercé des âmes, l’ascète sublime chargé par Dieu de mettre à la portée de tous les merveilles de sainteté qu’Antoine et Pacôme avaient fait éclore au désert ?

Comme l’abeille butinant parmi les fleurs évite les épines et sait se garder des sucs dangereux, nombreux sur sa route, ainsi Basile en son adolescence avait traversé les écoles de Constantinople et d’Athènes sans se souiller à leurs poisons ; selon le conseil qu’il adressait plus tard aux jeunes gens dans un célèbre discours, sa vive intelligence, restée pure des passions où s’étiolent pour tant d’autres les plus beaux dons, avait su néanmoins dérober aux rhéteurs et aux poètes tout ce qui pouvait, en l’ornant, la développer encore et la discipliner pour les luttes de la vie. Le monde souriait au jeune orateur, dont la diction si pure et la persuasive éloquence rappelaient le beau temps de la Grèce littéraire ; mais les plus nobles gloires que le monde puisse offrir, restaient au-dessous de l’ambition dont son âme s’était éprise à la lecture des Écritures sacrées. La lutte de la vie se présentait à ses yeux comme un combat pour la vérité. Mais c’est en lui que devait triompher d’abord cette divine vérité, par la défaite de la nature et la victoire de l’Esprit-Saint créant l’homme nouveau. Sans donc se soucier de connaître avant l’heure si l’Esprit se réserve de remporter par lui d’autres triomphes, sans voir les multitudes qui bientôt s’attacheront à sa suite et réclameront ses lois, il vient demander aux solitudes du Pont l’oubli des hommes et la sainteté. La vue des misères de son temps ne le fait point tomber dans la faute si commune de nos jours, et qui consiste à vouloir se dévouer pour les autres avant d’avoir soi-même réglé son âme. Tel n’est point l’ordre de la charité, reine des vertus ; telle n’est point la conduite des saints. C’est toi-même que Dieu veut de toi tout d’abord ; quand tu seras à lui dans la mesure qu’il l’entend, il saura bien te donner aux autres, s’il ne préfère, à ton grand avantage, te garder pour lui seul. Mais il n’aime point, il bénit peu les utilités hâtives qui s’imposent de la sorte à sa providence. Antoine de Padoue le montrait hier ; la leçon nous revient aujourd’hui : ce qui importe à l’extension de la gloire du Seigneur n’est point le temps donné aux œuvres, mais la sainteté de l’ouvrier.

Selon une coutume fréquente en ce siècle où l’on craignait d’exposer la grâce du baptême à de tristes naufrages, Basile était resté simple catéchumène jusqu’aux derniers temps de son adolescence. Sa vie de baptisé compte treize années de vie monastique, et neuf ans d’épiscopat. A cinquante ans il meurt ; mais, loin de finir avec lui, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint son œuvre apparaît plus féconde et s’en va grandissant dans la suite des âges.

Humble moine, sur les bords de l’Iris où l’avaient précédé sa mère et sa sœur, il était venu sauver son âmedu jugement de Dieu, s’exercer à courir généreusement dans la voie qui conduit aux éternelles récompenses. D’autres ensuite l’ayant prié de les former eux-mêmes à la milice du Christ roi dans la simplicité de la foi et des Écritures, notre saint ne voulut point pour eux de la vie des ascètes solitaires, trop isolée pour n’être pas dangereuse au grand nombre ; mais il préféra joindre à la bienheureuse contemplation de ces derniers le complément et le rempart de la vie commune, où s’exercent la charité et l’humilité sous la conduite d’un chef se regardant lui-même comme serviteur de tous. Encore n’admettait-il personne en ses monastères, sans une épreuve sérieuse et prolongée, suivie du solennel engagement de persévérer dans cette vie nouvelle.

Au souvenir de ce qu’il avait admiré chez les solitaires d’Égypte et de Syrie, Basile se comparait, lui et ses disciples, à des enfants qui cherchent dans leur petite mesure à imiter les forts, aux commençants restés aux prises avec les premiers éléments et à peine introduits sur la route de la piété. Cependant le temps vient où ces géants de la solitude, où les législateurs du désert verront leurs héroïques coutumes et leurs codes monastiques céder la place aux discours familiers, aux réponses sans apprêt que Basile adressait à ses moines pour résoudre leurs difficultés et les former à la pratique des divins conseils. Bientôt l’Orient tout entier s’est rangé sous sa Règle. En Occident, Benoît l’appelle son père. Pépinière féconde de saints moines et de vierges, d’évêques, de docteurs et de martyrs, son Ordre a peuplé les cieux ; il fut longtemps pour Byzance le boulevard de la foi ; jusque en nos jours, sous la sauvage persécution du tout-puissant tsar des Russies, malgré les désastres du schisme, on a vu ses tronçons fidèles donner sans compter à l’Église mère le témoignage du sang et de la souffrance.

Noble descendance, couronne de Basile au ciel ! Mais combien aussi rejaillit sur les enfants la gloire personnelle du père ! Petit-fils des martyrs, fils et frère de six saints ou saintes, lui-même était bien le noble rejeton d’une souche glorieuse entre toutes. Il compte, lui septième, au catalogue des bienheureux, comme le plus illustre membre de cette race qu’avait élevée dans l’indomptable amour du Christ Dieu Macrine l’ancienne, revenue des forêts où sans abri, sept années durant, elle avait enduré, sous la persécution de Maximin, la faim et les frimas. Saluons ici la femme forte à qui l’Église doit en toute vérité la grandeur de Basile. Échappée aux bourreaux, miraculeusement soutenue durant son terrible exil, Dieu l’avait gardée pour infuser dans l’âme de son petit-fils la foi ferme et pure qu’elle tenait de Grégoire le Thaumaturge. Tel était, jusque dans le tombeau, l’ascendant que la vaillante orthodoxie de cette femme avait conservé sur les peuples, qu’on verra, dans les afflictions de ses dernières années, Basile l’évêque, le docteur, le patriarche des moines, en appeler, comme garantie de sa propre foi devant l’Église de Dieu, à l’éducation qu’il avait reçue tout enfant de sa vénérable aïeule.

C’est qu’en effet on était arrivé à l’un de ces temps douloureux, temps d’exception, pleins de naufrages et d’angoisses, où l’obscurité, mal suprême des intelligences, prévaut jusque sur les fils de lumière ; où de trop nombreuses défaillances se produisant parmi les chefs du troupeau sur le terrain des croyances essentielles ou de l’union au successeur de Pierre, les peuples inquiets se retournent vers les saints qui sont dans leurs rangs, pour retrouver quelque assurance en marchant après eux dans la nuit que ne savent plus dissiper les pasteurs. On venait de traverser les années lamentables, où la perfidie de quelques évêques et la faiblesse de presque tous avaient souscrit la condamnation de la foi de Nicée ; où, selon le mot de saint Jérôme, l’univers gémissant s’étonna d’être arien. Basile, à coup sûr, n’était point de ces pasteurs perfides, insuffisants ou lâches, qui n’éclairent pas le troupeau confié à leurs soins : sentinelles qui ne voient plus, chiens muets qui ne savent ou ne peuvent aboyer. Dans l’année même où se tint la fatale assemblée de Rimini, on l’avait vu, simple Lecteur encore, se séparer de son évêque engagé dans les filets des ariens, et donner ainsi aux fidèles l’exemple qu’ils avaient à suivre, en même temps que le signal du danger. Plus tard, évêque à son tour, sollicité d’accorder pour le bien de la paix quelque trêve aux ariens, supplié, menacé vainement de confiscation, de mort ou d’exil, on avait entendu sa fière réplique au préfet Modestus s’exclamant que personne ne lui avait jamais parlé avec une telle liberté : « C’est qu’apparemment, répondit Basile, vous n’avez jamais rencontré un évêque ». Mais sa grande âme, qui ne soupçonnait point la duplicité, s’était laissée prendre un jour aux apparentes austérités d’un faux moine, d’un évêque hypocrite, Eustathe de Sébaste, dont la fourberie retint longtemps captive l’amitié de Basile, ignorante de ses trahisons : faute inconsciente, que Dieu permit pour augmenter encore la sainteté de son serviteur ; car elle devait remplir la fin de sa vie d’amertume, et lui valut la plus dure épreuve qui pût l’atteindre, en attirant sur sa foi la défiance de plusieurs.

Basile en appela de la calomnie au jugement de ses frères les évêques ; mais il ne dédaigna point de se justifier lui-même près du peuple fidèle. Car il savait que le premier trésor d’une église est la sûreté de la foi du pasteur et sa plénitude de doctrine. Le chef des grands combats de la première moitié de ce siècle, le vainqueur d’Arius et de l’empereur Constance, Athanase n’était plus ; il venait de rejoindre dans le repos bien mérité de la vraie patrie ses vaillants compagnons, Eusèbe de Verceil et Hilaire de Poitiers. Dans la confusion qu’avait ramenée sur l’Orient la persécution de Valens, les saints mêmes ne savaient plus tenir tête à l’orage ; on les voyait passer de l’effacement d’une prudence excessive aux démarches fausses d’un zèle indiscret. Basile seul était de taille à porter la tempête. Son noble cœur, froissé dans ses sentiments les plus délicats, avait épuisé la lie du calice ; mais, fortifié par le divin agonisant de Gethsémani, l’épreuve ne l’abattit pas. L’âme brisée, le corps anéanti par la recrudescence d’infirmités de vieille date, mourant déjà, il se roidit contre la mort et fit face aux flots en furie. Du navire en détresse auquel il comparait l’Église d’Orient heurtée dans la nuit à tous les écueils, s’élevèrent pressants ses appels à l’heureux Occident assis dans la paix de son indéfectible lumière, à cette Rome de qui seule le salut pouvait venir, et dont la sage lenteur en vint à le désespérer presque un jour. En attendant l’intervention du successeur de Pierre, il modérait près de lui les ardeurs intempestives, n’exigeant des faibles dans la foi que l’indispensable ; comme, dans une autre circonstance, il avait dû reprendre sévèrement Grégoire de Nysse son frère, dont la simplicité se laissait entraîner par amour de la paix à des mesures inconsidérées.

La paix, Basile la désirait plus que personne. Mais cette paix pour laquelle il eût donné sa vie, c’était, disait-il, la vraie paix laissée par le Seigneur à son Église. Ses exigences sur le terrain de la foi ne provenaient que de son amour pour cette paix véritable. C’était pour elle, déclarait-il encore, qu’il refusait d’entrer en communion avec ces hommes de juste milieu qui ne redoutent rien tant que la claire et simple expression du dogme ; leurs insaisissables faux-fuyants, leurs formules captieuses, ne sont à ses yeux que le fait d’hypocrites avec lesquels il refuse de marcher à l’autel de Dieu. Quant à ceux qui ne sont qu’égarés, « qu’on leur propose en toute tendresse et charité la foi des Pères : s’ils donnent à cette foi leur assentiment, recevons-les dans notre société ; autrement demeurons entre nous, sans regarder au nombre, écartant ces âmes équivoques qui n’ont rien de la simplicité sans dol, caractère de quiconque au commencement de l’Évangile accédait à la foi. Les croyants, est-il dit, n’avaient qu’un cœur et qu’une âme. Pour ceux-là donc qui nous reprochent de ne point vouloir d’apaisement, qu’on les corrige, et ce sera parfait ; sinon, qu’on reconnaisse où sont les auteurs de la guerre, et qu’on ne nous parle plus de réconciliation ».

« A toutes les raisons, dit-il ailleurs, qui sembleraient nous conseiller le silence, nous opposons la charité qui ne tient compte ni de son propre intérêt, ni de la difficulté des temps. Lors même que personne ne nous imiterait, en devons-nous moins quant à nous faire notre devoir ? Dans la fournaise, les enfants de Babylone chantaient au Seigneur, sans calculer la multitude de ceux qui laissaient de côté la vérité : ils se suffisaient à eux-mêmes, trois qu’ils étaient ».

Et à ses moines, traqués par un gouvernement qui se défendait d’être persécuteur, il écrivait : « Beaucoup d’honnêtes gens, tout en trouvant qu’on vous poursuit sans justice, n’estiment point à confession les souffrances que vous endurez pour la vérité ; mais il n’est pas nécessaire d’être païen pour faire des martyrs. Nos ennemis du jour ne nous détestent pas moins que ne faisaient les adorateurs des idoles ; s’ils trompent la multitude sur le motif de leur haine, c’est afin de vous enlever, croient-ils, la gloire dont on entourait les anciens confesseurs. Mais soyez-en convaincus : devant le juste juge, votre confession n’en subsiste pas moins. Ayez donc bon courage ; sous la tourmente renouvelez-vous dans l’amour ; ajoutez chaque jour à votre zèle, sachant qu’en vous doivent se conserver les restes de la piété que le Seigneur à son avènement trouvera sur la terre. Ne vous troublez pas des trahisons, d’où qu’elles viennent : ce furent les princes des prêtres, les scribes et les anciens, qui dressèrent les embûches où notre Maître voulut succomber. N’ayez égard aux pensées de la foule, que le moindre souffle agite en divers sens comme l’eau des mers. N’y en eût-il qu’un seul à faire son salut comme Loth à Sodome, il ne doit pas dévier de la rectitude parce que lui seul a raison, mais maintenir immuable son espérance en Jésus-Christ ».

Lui-même, de son lit de souffrances, donnait l’exemple à tous. Mais quelles n’étaient pas les angoisses de son âme, en constatant le peu de correspondance à ses efforts qu’il trouvait dans les chefs des diocèses ! Il s’étonnait douloureusement à la vue de ces hommes dont l’ambition n’était pas éteinte par l’état lamentable des églises ; n’écoutant que leurs susceptibilités jalouses, lorsque déjà le vaisseau coulait bas, ils se disputaient à qui commanderait sur ce navire en perdition. D’autres, et des meilleurs, se tenaient à l’écart, espérant se faire oublier dans le silence de leur inertie, ne comprenant pas que, lorsque les intérêts généraux sont engagés, ce n’est point un éloignement égoïste de la lutte qui sauve les particuliers ou les absout du crime de trahison. Un jour, et il est curieux d’entendre notre saint raconter le fait à son ami Eusèbe de Samosate, le futur martyr, un jour se répandit le bruit de la mort de Basile ; tous ces évêques aussitôt d’accourir à Césarée pour lui donner un successeur. « Mais, dit Basile, comme il plut à Dieu qu’ils me trouvassent vivant, je les prêchai d’importance. Peine inutile malheureusement ! Moi présent, ils me craignent et promettent tout ; à peine retirés, ils se retrouvent les mêmes ». Cependant la persécution grandissait sans cesse, et pour tous arrivait tôt ou tard le moment de choisir entre l’hérésie flagrante ou le bannissement. Plusieurs alors consommaient leur apostasie ; d’autres, ouvrant enfin les yeux, prenaient la route de l’exil, où ils pouvaient méditer à loisir sur les avantages de leur politique d’effacement, et, ce qui valait mieux, réparer leur faiblesse passée par l’héroïsme avec lequel ils souffraient désormais pour la foi.

La vertu de Basile en imposait aux persécuteurs, et Dieu le gardait par des prodiges, si bien que lui, qui s’était exposé plus que personne au danger, restait presque seul à la tête de son Église. Il en profita pour faire jouir cette Église fortunée des bienfaits d’un enseignement et d’une administration, dont les résultats merveilleux eussent semblé réclamer tous l’exclusive attention d’un évêque et la paix la plus grande. Césarée le payait de retour. Sa parole excitait une telle avidité dans toutes les classes du peuple, que le troupeau ne pouvait se passer du pasteur et qu’on l’attendait des journées entières dans les églises où il devait prêcher ; lui-même, un jour qu’exténué, l’ardeur de son insatiable auditoire ne lui permettait pas le repos, se compare à la mère épuisée qui ne laisse pas de donner le sein à son enfant, moins pour le nourrir que pour apaiser ses cris. Quelle délicieuse entente dans ces réunions ! Lorsque l’orateur laissait inexpliqué par mégarde un verset de l’Écriture, les signes discrets, les muettes réclamations des fils rappelaient au père le passage dont on prétendait bien ne pas lui faire grâce ; Basile alors se répandait en excuses charmantes et s’exécutait, mais il était fier de son peuple. Expliquant parmi les merveilles de l’œuvre des six jours les splendeurs du vaste Océan, il s’arrête, et, promenant sur la multitude rangée autour de sa chaire un regard d’ineffable complaisance : « Si la mer est belle et digne de louange devant Dieu, reprend-il, combien plus belle n’est pas cette immense assemblée ! où, mieux que les ondes venant mourir au rivage, la voix mêlée des hommes, des femmes et des enfants porte jusqu’à Dieu nos prières ; calme océan, gardant la paix dans ses profondeurs, parce que le souffle mauvais de l’hérésie reste impuissant à soulever ses flots ».

Heureux peuple, formé par Basile à l’intelligence des Écritures, des Psaumes surtout, dont il sut inspirer aux fidèles un si grand amour, que tous contractèrent l’habitude de se rendre la nuit à la maison de Dieu, pour y répandre leur âme dans une prière commune et la solennelle louange de la psalmodie alternative ! Cette communauté de la prière était un des fruits de son ministère que Basile, en véritable moine, estimait le plus ; l’importance qu’il y attachait fit de lui l’un des principaux Pères de la Liturgie grecque. « Ne me parlez pas, s’écriait-il, de maisons privées, d’assemblées particulières. Adorez le Seigneur en sa cour sainte, dit le Psalmiste ; l’adoration requise ici est celle qui se fait, non pas en dehors de l’église, mais à la cour, à l’unique cour de Dieu ».

Le temps nous manque pour suivre notre saint dans les détails de cette grande et vraie vie de famille avec tout un peuple, qui fit la consolation de son existence par delà si orageuse. Il faudrait le montrer se faisant tout à tous dans les douleurs et la joie, avec cette simplicité qui s’alliait si bien chez lui à la grandeur ; répondant aux plus humbles consultations, comme s’il n’eût pas eu d’occupation plus urgente que de satisfaire le moindre de ses fils ; réclamant, jusqu’à pleine satisfaction, contre toute injustice atteignant l’un des siens ; et enfin, avec l’appui de sa fidèle Césarée soulevée tout entière pour la défense de son évêque, faisant de sa personne un infranchissable rempart aux vierges et aux veuves contre les brutales poursuites des puissants. Pauvre et dénué de tout, depuis qu’en embrassant la vie monastique il a distribué aux pauvres les grands biens qu’il tenait de sa famille, il n’en trouve pas moins le secret d’élever dans sa ville épiscopale un établissement immense, refuge assuré des pèlerins et des pauvres, asile ouvert dans un ordre parfait à toutes les souffrances, à tous les besoins des divers âges : véritable cité nouvelle à côté de la grande ville, et que la reconnaissance des peuples appela du nom de son fondateur. Prêt à la fois pour toutes les luttes, on le vit maintenir intrépidement les droits d’exarchat que possédait son siège sur les onze provinces composant la vaste division administrative, connue par les Romains d’alors sous le nom générique de diocèse du Pont. Infatigable zélateur des saints canons, en même temps qu’il défendait ses clercs contre les atteintes portées à leurs immunités, il réforma les abus qui s’étaient introduits en des temps moins troublés que les siens ; et sous l’effort même de la tempête, il sut ramener la discipline sacrée à l’exacte perfection des plus beaux jours.

Cependant le temps vint où les intérêts majeurs de la foi, qui semblaient avoir suspendu pour son corps épuisé la loi de toute chair, ne réclamèrent plus aussi impérieusement sa présence. Le 9 août 378, la flèche des Goths faisait justice de Valens ; bientôt l’édit de Gratien rappelait d’exil les confesseurs, et Théodose paraissait en Orient. Dès le 1er janvier 379, libre enfin, Basile s’endormait dans le Seigneur.

L’Église grecque fête la mémoire du grand évêque une première fois le jour même de cette mort, conjointement avec la Circoncision du Verbe fait chair ; le 3 du même mois elle l’unit dans une nouvelle solennité à ses deux autres Docteurs, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome, accumulant les magnificences de sa Liturgie pour chanter dignement ce trentième jour de janvier, qu’un triple soleil illumine ainsi de ses splendeurs concordantes à la gloire de la Trinité sainte

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E SUPREMI

13 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

E SUPREMI

 

LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE X SUR LA CHARGE DE SOUVERAIN PONTIFE

 

Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres ordinaires en paix et en communion avec le siège apostolique.


Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique.

Au moment de vous adresser pour la première fois la parole du haut de cette chaire apostolique où Nous avons été élevé par un impénétrable conseil de Dieu, il est inutile de vous rappeler avec quelles larmes et quelles ardentes prières Nous Nous sommes efforcé de détourner de Nous la charge si lourde du Pontificat suprême. Il Nous semble pouvoir, malgré la disproportion des mérites, Nous approprier les plaintes de saint Anselme, quand, en dépit de ses oppositions et de ses répugnances, il se vit contraint d'accepter l'honneur de l'épiscopat.

Les témoignages de tristesse qu'il donna alors, Nous pouvons les produire à Notre tour, pour montrer dans quelles dispositions d'âme et de volonté Nous avons accepté la mission si redoutable de pasteur du troupeau de Jésus-Christ. Les larmes de mes yeux m'en sont témoins, écrivait-il (1), ainsi que les cris, et pour ainsi dire les rugissements que poussait mon cœur dans son angoisse profonde. Ils furent tels que je ne me souviens pas d'en avoir laissé échapper de semblables en aucune douleur avant le jour où cette calamité de l'archevêché de Cantorbéry vint fondre sur moi. Ils n'ont pu l'ignorer, ceux qui, ce jour-là, virent de près mon visage. Plus semblable à un cadavre qu'à un homme vivant, j'étais pâle de consternation et de douleur. A cette élection, ou plutôt à cette violence, j'ai résisté jusqu'ici, je le dis en vérité, autant qu'il m'a été possible. Mais maintenant, bon gré mal gré, me voici contraint de reconnaître de plus en plus clairement que les desseins de Dieu sont contraires à mes efforts, de telle sorte que nul moyen ne me reste d'y échapper. Vaincu moins par la violence des hommes que par celle de Dieu, contre qui nulle prudence ne saurait prévaloir, après avoir fait tous les efforts en mon pouvoir pour que ce calice s'éloigne de moi sans que je le boive, je ne vois d'autre détermination à prendre que celle de renoncer à mon sens propre, à ma volonté, et de m'en remettre entièrement au jugement et à la volonté de Dieu.

Certes, Nous non plus ne manquions pas de nombreux et sérieux motifs de Nous dérober au fardeau. Sans compter que, en raison de Notre petitesse, Nous ne pouvions à aucun titre Nous estimer digne des honneurs du Pontificat, comment ne pas Nous sentir profondément ému en Nous voyant choisi pour succéder à celui qui, durant les vingt-six ans, ou peu s'en faut, qu'il gouverna l’Église avec une sagesse consommée, fit paraître une telle vigueur d'esprit et de si insignes vertus, qu'il s'imposa à l'admiration des adversaires eux-mêmes et, par l'éclat de ses œuvres, immortalisa sa mémoire ?

En outre, et pour passer sous silence bien d'autres raisons, Nous éprouvions une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l'humanité à l'heure présente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s'aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu'aux moelles, l'entraîne à sa ruine ? Cette maladie, Vénérables Frères, vous la connaissez, c'est, à l'égard de Dieu, l'abandon et l'apostasie ; et rien sans nul doute qui mène plus sûrement à la ruine, selon cette parole du prophète : "Voici que ceux qui s'éloignent de vous périront" (2). A un si grand mal Nous comprenions qu'il Nous appartenait, en vertu de la charge pontificale à Nous confiée, de porter remède ; Nous estimions, qu'à Nous s'adressait cet ordre de Dieu : "Voici qu'aujourd'hui je t'établis sur les nations et les royaumes pour arracher et pour détruire, pour édifier et pour planter" (3) ; mais pleinement conscient de Notre faiblesse, Nous redoutions d'assumer une œuvre hérissée de tant de difficultés, et qui pourtant n'admet pas de délais.

Cependant, puisqu'il a plu à Dieu d'élever Notre bassesse jusqu'à cette plénitude de puissance, Nous puisons courage en Celui qui nous conforte ; et mettant la main à l’œuvre, soutenu de la force divine, Nous déclarons que Notre but unique dans l'exercice du suprême Pontificat est de "tout restaurer dans le Christ" (4) afin que "le Christ soit tout et en tout" (5).

Il s'en trouvera sans doute qui, appliquant aux choses divines la courte mesure des choses humaines, chercheront à scruter Nos pensées intimes et à les tourner à leurs vues terrestres et à leurs intérêts de parti. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être et que, avec le secours divin, Nous ne serons rien autre, au milieu des sociétés humaines, que le ministre du Dieu qui Nous a revêtu de son autorité.

Ses intérêts sont Nos intérêts; leur consacrer Nos forces et Notre vie, telle est Notre résolution inébranlable. C'est pourquoi, si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de Notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ.

Voulant donc entreprendre et poursuivre cette grande œuvre, Vénérables Frères, ce qui redouble Notre ardeur, c'est la certitude que vous Nous y serez de vaillants auxiliaires. Si nous en doutions, Nous semblerions vous tenir, et bien à tort, pour mal informés, ou indifférents, en face de la guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivant presque partout contre Dieu. De nos jours, il n'est que trop vrai, "les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés" (6) contre leur Créateur; et presque commun est devenu ce cri de ses ennemis : "Retirez-vous de nous" (7). De là, en la plupart, un rejet total de tout respect de Dieu. De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n'est tenu de sa souveraineté. Bien plus, il n'est effort ni artifice que l'on ne mette en œuvre pour abolir entièrement son souvenir et jusqu'à sa notion.

Qui pèse ces choses a droit de craindre qu'une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement "le fils de perdition" dont parle l'Apôtre (8) n'ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l'audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l'attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d'un effort obstiné à anéantir tout rapport de l'homme avec la Divinité ! En revanche, et c'est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l'Antéchrist, l'homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s'élevant "au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C'est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion, de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s'il était Dieu lui-même" (9).

Quelle sera l'issue de ce combat livré à Dieu par de faibles mortels, nul esprit sensé ne le peut mettre en doute. Il est loisible assurément, à l'homme qui veut abuser de sa liberté, de violer les droits et l'autorité suprême du Créateur; mais au Créateur reste toujours la victoire. Et ce n'est pas encore assez dire : la ruine plane de plus près sur l'homme justement quand il se dresse plus audacieux dans l'espoir du triomphe. C'est de quoi Dieu lui-même nous avertit dans les Saintes Écritures. "Il ferme les yeux", disent-elles, "sur les péchés des hommes" (10), comme oublieux de sa puissance et de sa majesté; mais bientôt, après ce semblant de recul, "se réveillant ainsi qu'un homme dont l'ivresse a grandi la force" (11), "il brise la tête de ses ennemis" (12), afin que tous sachent que "le roi de toute la terre, c'est Dieu" (13), "et que les peuples comprennent qu'ils ne sont que des hommes" (14).

Tout cela, Vénérables Frères, nous le tenons d'une foi certaine et nous l'attendons. Mais cette confiance ne nous dispense pas, pour ce qui dépend de nous, de hâter l’œuvre divine, non seulement par une prière persévérante : "Levez-vous, Seigneur, et ne permettez pas que l'homme se prévale de sa force" (15), mais encore, et c'est ce qui importe le plus, par la parole et par les œuvres, au grand jour, en affirmant et en revendiquant pour Dieu la plénitude de son domaine sur les hommes et sur toute créature, de sorte que ses droits et son pouvoir de commander soient reconnus par tous avec vénération et pratiquement respectés.

Accomplir ces devoirs, n'est pas seulement obéir aux lois de la nature, c'est travailler aussi à l'avantage du genre humain. Qui pourrait, en effet, Vénérables Frères, ne pas sentir son âme saisie de crainte et de tristesse à voir la plupart des hommes, tandis qu'on exalte par ailleurs et à juste titre les progrès de la civilisation, se déchaîner avec un tel acharnement les uns contre les autres, qu'on dirait un combat de tous contre tous ? Sans doute, le désir de la paix est dans tous les cœurs, et il n'est personne qui ne l'appelle de tous ses vœux. Mais cette paix, insensé qui la cherche en dehors de Dieu ; car, chasser Dieu, c'est bannir la justice; et, la justice écartée, toute espérance de paix devient une chimère. "La paix est l’œuvre de la justice" (16). Il en est, et en grand nombre, Nous ne l'ignorons pas, qui, poussés par l'amour de la paix, c'est-à-dire de la tranquillité de l'ordre, s'associent et se groupent pour former ce qu'ils appellent le parti de l'ordre. Hélas! vaines espérances, peines perdues ! De partis d'ordre capables de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n'y en a qu'un: le parti de Dieu. C'est donc celui-là qu'il nous faut promouvoir; c'est à lui qu'il nous faut amener le plus d'adhérents possible, pour peu que nous ayons à cœur la sécurité publique.

Toutefois, Vénérables Frères, ce retour des nations au respect de la majesté et de la souveraineté divine, quelques efforts que nous fassions d'ailleurs pour le réaliser, n'adviendra que par Jésus-Christ. L'Apôtre, en effet, nous avertit que "personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé et qui est le Christ Jésus" (17). C'est lui seul "que le Père a sanctifié et envoyé dans ce monde" (18), "splendeur du Père et figure de sa substance" (19), vrai Dieu et vrai homme, sans lequel nul ne peut connaître Dieu comme il faut, car "personne n'a connu le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler" (20).

D'où il suit que tout restaurer dans le Christ et ramener les hommes à l'obéissance divine sont une seule et même chose. Et c'est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c'est de ramener le genre humain à l'empire du Christ. Cela fait, l'homme se trouvera, par là même, ramené à Dieu. Non pas, voulons-Nous dire, un Dieu inerte et insoucieux des choses humaines, comme les matérialistes l'ont forgé dans leurs folles rêveries, mais un Dieu vivant et vrai, en trois personnes dans l'unité de nature, auteur du monde, étendant à toute chose son infinie providence, enfin législateur très juste qui punit les coupables et assure aux vertus leur récompense.

Or, où est la voie qui nous donne accès auprès de Jésus-Christ ? Elle est sous nos yeux : c'est l’Église. Saint Jean Chrysostome nous le dit avec raison : "L’Église est ton espérance, l’Église est ton salut, l’Église est ton refuge" (21).

C'est pour cela que le Christ l'a établie, après l'avoir acquise au prix de son sang, pour cela qu'il lui a confié sa doctrine et les préceptes de sa loi, lui prodiguant en même temps les trésors de la grâce divine pour la sanctification et le salut des hommes.

Vous voyez donc, Vénérables Frères, quelle œuvre nous est confiée à Nous et à vous. Il s'agit de ramener les sociétés humaines, égarées loin de la sagesse du Christ, à l'obéissance de l’Église; l’Église, à son tour, les soumettra au Christ, et le Christ à Dieu. Que s'il Nous est donné, par la grâce divine, d'accomplir cette œuvre, Nous aurons la joie de voir l'iniquité faire place à la justice, et Nous serons heureux d'entendre "une grande voix disant du haut des cieux: Maintenant c'est le salut, et la vertu, et le royaume de notre Dieu et la puissance de son Christ" (22).

Toutefois, pour que le résultat réponde à Nos vœux, il faut, par tous les moyens et au prix de tous les efforts, déraciner entièrement cette monstrueuse et détestable iniquité propre au temps où nous vivons et par laquelle l'homme se substitue à Dieu; rétablir dans leur ancienne dignité les lois très saintes et les conseils de l’Évangile; proclamer hautement les vérités enseignées par l’Église sur la sainteté du mariage, sur l'éducation de l'enfance, sur la possession et l'usage des biens temporels, sur les devoirs de ceux qui administrent la chose publique ; rétablir enfin le juste équilibre entre les diverses classes de la société selon les lois et les institutions chrétiennes.

Tels sont les principes que, Pour obéir à la divine volonté, Nous Nous proposons d'appliquer durant tout le cours de Notre Pontificat et avec toute l'énergie de Notre âme.

Votre rôle, à vous, Vénérables Frères, sera de Nous seconder par votre sainteté, votre science, votre expérience, et surtout votre zèle pour la gloire de Dieu, "ne visant à rien autre qu'à former en tous Jésus-Christ" (23).

Quels moyens convient-il d'employer pour atteindre un but si élevé ? Il semble superflu de les indiquer, tant ils se présentent d'eux-mêmes à l'esprit. Que vos premiers soins soient de former le Christ dans ceux qui, par le devoir de leur vocation, sont destinés à le former dans les autres. Nous voulons parler des prêtres, Vénérables Frères. Car tous ceux qui sont honorés du sacerdoce doivent savoir qu'ils ont, parmi les peuples avec lesquels Ils vivent, la même mission que Paul attestait avoir reçue quand il prononçait ces tendres paroles : "Mes petits enfants, que j'engendre de nouveau jusqu'à ce que le Christ se forme en vous" (24). Or, comment pourront-ils accomplir un tel devoir, s'ils ne sont d'abord eux-mêmes revêtus du Christ ? et revêtus jusqu'à pouvoir dire avec l'Apôtre : "Je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi" (25). "Pour moi, le Christ est ma vie" (26). Aussi, quoique tous les fidèles doivent aspirer à "l'état d'homme parfait à la mesure de l'âge de la plénitude du Christ" (27), cette obligation appartient principalement à celui qui exerce le ministère sacerdotal. Il est appelé pour cela un autre Christ; non seulement parce qu'il participe au pouvoir de Jésus-Christ, mais parce qu'il doit imiter ses œuvres et par là reproduire en soi son image.

S'il en est ainsi, Vénérables Frères, combien grande ne doit pas être votre sollicitude pour former le clergé à la sainteté ! II n'est affaire qui ne doive céder le pas à celle-ci. Et la conséquence, c'est que le meilleur et le principal de votre zèle doit se porter sur vos Séminaires, pour y introduire un tel ordre et leur assurer un tel gouvernement, qu'on y voie fleurir, côte à côte l'intégrité de l'enseignement et la sainteté des mœurs. Faites du Séminaire les délices de votre cœur, et ne négligez rien de tout ce que le Concile de Trente a prescrit dans sa haute sagesse pour garantir la prospérité de cette institution. Quand le temps sera venu de promouvoir les jeunes candidats aux saints Ordres, ah ! n'oubliez pas ce qu'écrivait saint Paul à Timothée : "N'impose précipitamment les mains à personne" (28) ; vous persuadant bien que, le plus souvent, tels seront ceux que vous admettrez au sacerdoce, et tels seront aussi dans la suite les fidèles confiés à leur sollicitude. Ne regardez donc aucun Intérêt particulier, de quelque nature qu'il soit; mais ayez uniquement en vue Dieu, l’Église, le bonheur éternel des âmes, afin d'éviter, comme nous en avertit l'Apôtre, "de participer aux péchés d'autrui" (29).

D'ailleurs, que les nouveaux prêtres, qui sortent du Séminaire, n'échappent pas pour cela aux sollicitudes de votre zèle. Pressez-les Nous vous le recommandons du plus profond de Notre âme, pressez-les souvent sur votre cœur, qui doit brûler d'un feu céleste; réchauffez-les, enflammez-les, afin qu'ils n'aspirent plus qu'à Dieu et à la conquête des âmes. Quant à Nous, Vénérables Frères, Nous veillerons avec le plus grand soin à ce que les membres du clergé ne se laissent point surprendre aux manœuvres insidieuses d'une certaine science nouvelle qui se pare du masque de la vérité et où l'on ne respire pas le parfum de Jésus-Christ; science menteuse qui, à la faveur d'arguments fallacieux et perfides, s'efforce de frayer le chemin aux erreurs du rationalisme ou du semi-rationalisme, et contre laquelle l'Apôtre avertissait déjà son cher Timothée de se prémunir lorsqu'il lui écrivait : "Garde le dépôt, évitant les nouveautés profanes dans le langage, aussi bien que les objections d'une science fausse, dont les partisans avec toutes leurs promesses ont défailli dans la foi" (30). Ce n'est pas à dire que Nous ne jugions ces jeunes prêtres dignes d'éloges, qui se consacrent à d'utiles études dans toutes les branches de la science, et se préparent ainsi à mieux défendre la vérité et à réfuter plus victorieusement les calomnies des ennemis de la foi. Nous ne pouvons néanmoins le dissimuler, et Nous le déclarons même très ouvertement, Nos préférences sont et seront toujours pour ceux qui, sans négliger les sciences ecclésiastiques et profanes, se vouent plus particulièrement au bien des âmes dans l'exercice des divers ministères qui siéent au prêtre animé de zèle pour l'honneur divin.

"C'est pour Notre cœur une grande tristesse et une continuelle douleur" (31) de constater qu'on peut appliquer à nos jours cette plainte de Jérémie: "Les enfants ont demandé du pain et il n'y avait personne pour le leur rompre" (32). Il n'en manque pas, en effet, dans le clergé, qui, cédant à des goûts personnels, dépensent leur activité en des choses d'une utilité plus apparente que réelle; tandis que moins nombreux peut-être sont ceux qui, à l'exemple du Christ, prennent pour eux-mêmes les paroles du Prophète : "L'esprit du Seigneur m'a donné l'onction, il m'a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance et la lumière aux aveugles" (33). Et pourtant, il n'échappe à personne, puisque l'homme a pour guide la raison et la liberté, que le principal moyen de rendre à Dieu son empire sur les âmes, c'est l'enseignement religieux.

Combien sont hostiles à Jésus-Christ, prennent en horreur l’Église et l’Évangile, bien plus par ignorance que par malice, et dont on pourrait dire: "Ils blasphèment tout ce qu'ils ignorent" (34) ! État d'âme que l'on constate non seulement dans le peuple et au sein des classes les plus humbles que leur condition même rend plus accessibles à l'erreur, mais jusque dans les classes élevées et chez ceux-là mêmes qui possèdent, par ailleurs, une instruction peu commune. De là, en beaucoup, le dépérissement de la foi; car il ne faut pas admettre que ce soient les progrès de la science qui l'étouffent; c'est bien plutôt l'ignorance; tellement que là où l'ignorance est plus grande, là aussi l'incrédulité fait de plus grands ravages. C'est pour cela que le Christ a donné aux apôtres ce précepte: "Allez et enseignez toutes les nations" (35).

Mais pour que ce zèle à enseigner produise les fruits qu'on en espère et serve à former en tous le Christ, rien n'est plus efficace que la charité; gravons cela fortement dans notre mémoire, ô Vénérables Frères, "car le Seigneur n'est pas dans la commotion" (36). En vain espérerait-on attirer les âmes à Dieu par un zèle empreint d'amertume; reprocher durement les erreurs et reprendre les vices avec âpreté cause très souvent plus de dommage que de profit. Il est vrai que l'Apôtre, exhortant Timothée, lui disait : "Accuse, supplie, reprends, mais il ajoutait : en toute patience" (37). Rien de plus conforme aux exemples que Jésus-Christ nous a laissés.

C'est lui qui nous adresse cette invitation : "Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui gémissez sous le fardeau, et je vous soulagerai" (38). Et, dans sa pensée, ces infirmes et ces opprimés n'étaient autres que les esclaves de l'erreur et du péché. Quelle mansuétude, en effet, dans ce divin Maître ! Quelle tendresse, quelle compassion envers tous les malheureux ! Son divin Coeur nous est admirablement dépeint par Isaïe dans ces termes : "Je poserai sur lui mon esprit, il ne contestera point et n'élèvera point la voix : jamais il n'achèvera le roseau demi-brisé et n'éteindra la mèche encore fumante" (39).

Cette charité patiente et bénigne (40) devra aller au-devant de ceux-là mêmes qui sont nos adversaires et nos persécuteurs. "Ils nous maudissent", ainsi le proclamait saint Paul, "et nous bénissons; ils nous persécutent, et nous supportons; ils nous blasphèment, et nous prions" (41). Peut-être après tout se montrent-ils pires qu'ils ne sont. Le contact avec les autres, les préjugés, l'influence des doctrines et des exemples, enfin le respect humain, conseiller funeste, les ont engagés dans le parti de l'impiété ; mais au fond leur volonté n'est pas aussi dépravée qu'ils se plaisent à le faire croire. Pourquoi n'espérerions-nous pas que la flamme de la Charité dissipe enfin les ténèbres de leur âme et y fasse régner, avec la lumière, la paix de Dieu ? Plus d'une fois le fruit de notre travail se fera peut-être attendre ; mais la charité ne se lasse pas, persuadée que Dieu mesure ses récompenses non pas aux résultats mais à la bonne volonté.

Cependant, Vénérables Frères, ce n'est nullement Notre pensée que, dans cette œuvre si ardue de la rénovation des peuples par le Christ, vous restiez, vous et votre clergé, sans auxiliaires. Nous savons que Dieu a recommandé à chacun le soin de son prochain (42). Ce ne sont donc pas seulement les hommes revêtus du sacerdoce, mais tous les fidèles sans exception qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes : non pas, certes, chacun au gré de ses vues et de ses tendances, mais toujours sous la direction et selon la volonté des évêques, car le droit de commander, d'enseigner, de diriger n'appartient dans l’Église à personne autre qu'à vous, "établis par l'Esprit-Saint pour régir l’Église de Dieu" (43).

S'associer entre catholiques dans des buts divers, mais toujours pour le bien de la religion, est chose qui, depuis longtemps, a mérité l'approbation et les bénédictions de Nos prédécesseurs. Nous non plus, Nous n'hésitons pas à louer une si belle œuvre, et Nous désirons vivement qu'elle se répande et fleurisse partout, dans les villes comme dans les campagnes. Mais, en même temps, Nous entendons que ces associations aient pour premier et principal objet de faire que ceux qui s'y enrôlent accomplissent fidèlement les devoirs de la vie chrétienne. Il importe peu, en vérité, d'agiter subtilement de multiples questions et de disserter avec éloquence sur droits et devoirs, si tout cela n'aboutit à l'action.

L'action, voilà ce que réclament les temps présents; mais une action qui se porte sans réserve à l'observation intégrale et scrupuleuse des lois divines et des prescriptions de l’Église, à la profession ouverte et hardie de la religion, à l'exercice de la charité sous toutes ses formes, sans nul retour sur soi ni sur ses avantages terrestres. D'éclatants exemples de ce genre donnés par tant de soldats du Christ auront plus tôt fait d'ébranler et d'entraîner les âmes, que la multiplicité des paroles et la subtilité des discussions; et l'on verra sans doute des multitudes d'hommes foulant aux pieds le respect humain, se dégageant de tout préjugé et de toute hésitation, adhérer au Christ, et promouvoir à leur tour sa connaissance et son amour, gage de vraie et solide félicité.

Certes, le jour où, dans chaque cité, dans chaque bourgade, la loi du Seigneur sera soigneusement gardée, les choses saintes entourées de respect, les sacrements fréquentés, en un mot, tout ce qui constitue la vie chrétienne remis en honneur, il ne manquera plus rien, Vénérables Frères, pour que Nous contemplions la restauration de toutes les choses dans le Christ. Et que l'on ne crie pas que tout cela se rapporte seulement à l'acquisition des biens éternels ; les intérêts temporels et la prospérité publique s'en ressentiront aussi très heureusement.

Car, ces résultats une fois obtenus, les nobles et les riches sauront être justes et charitables à l'égard des petits, et ceux-ci supporteront dans la paix et la patience les privations de leur condition peu fortunée; les citoyens obéiront non plus à l'arbitraire, mais aux lois; tous regarderont comme un devoir le respect et l'amour envers ceux qui gouvernent, et dont "le pouvoir ne vient que de Dieu" (44).

Il y a plus. Dès lors il sera manifeste à tous que l'Eglise, telle qu'elle fut instituée par Jésus-Christ, doit jouir d'une pleine et entière liberté et n'être soumise à aucune domination humaine, et que Nous-même, en revendiquant cette liberté, non seulement Nous sauvegardons les droits sacrés de la religion, mais Nous pourvoyons aussi au bien commun et à la sécurité des peuples : "la piété est utile à tout" (45), et là où elle règne "le peuple est vraiment assis dans la plénitude de la paix" (46).

Que Dieu, "riche en miséricorde" (47), hâte dans sa bonté cette rénovation du genre humain en Jésus-Christ, puisque ce n'est l'oeuvre "ni de celui qui veut ni de celui qui court, mais du Dieu des miséricordes" (48). Et nous tous, Vénérables Frères, demandons-lui cette grâce "en esprit d'humilité" (49) par une prière Instante et continuelle, appuyée sur les mérites de Jésus-Christ. Recourons aussi à l'intercession très puissante de la divine Mère. Et pour l'obtenir plus largement, prenant occasion de ce jour où Nous vous adressons ces Lettres, et qui a été institué pour solenniser le Saint Rosaire, Nous confirmons toutes les ordonnances par lesquelles Notre prédécesseur a consacré le mois d'octobre à l'auguste Vierge et prescrit dans toutes les églises la récitation publique du Rosaire. Nous vous exhortons en outre à prendre aussi pour intercesseurs le très pur Époux de Marie, patron de l'Eglise catholique, et les princes des apôtres saint Pierre et saint Paul.

Pour que toutes ces choses se réalisent selon Nos désirs et que tous vos travaux soient couronnés de succès, Nous implorons sur vous, en grande abondance, les dons de la grâce divine. Et comme témoignage de la tendre charité dans laquelle Nous vous embrassons, vous et tous les fidèles confiés à vos soins par la divine Providence, Nous vous accordons en Dieu de grand coeur, Vénérables Frères, ainsi qu'à votre clergé et à votre peuple, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 4 octobre de l'année 1903, de Notre Pontificat la première.


NOTES

(1) Epp. 1. III, ep.1

(2) Ps. LXXII, 27.

(3) Jerem. I, 10.

(4) Ephes. I, 10.

(5) Coloss. III, 11.

(6) Ps. II, 1.

(7) Job XXI, 14.

(8) II Thess. II, 3.

(9) II Thess. II, 2.

(10) Sap. XI, 24.

(11) Ps. LXXVII, 65.

(12) Ib. LXVII, 22.

(13) Ps. XLVI, 8.

(14) lb. IX, 20.

(15) lb. IX, 19.

(16) Is. XXXII, 17.

(17) I Cor. III, 11.

(18) Job X, 36.

(19) Hebr. I, 3.

(20) Matth. XI, 27.

(21) Hom. " de capto Eutropio ", n.6.

(22) Apoc. XII, 10.

(23) Gal. IV, 19.

(24) Gal. IV.

(25) Gal. II, 20.

(26) Philipp. I, 21.

(27) Ephes. IV, 3.

(28) I Tim. V, 22.

(29) Ibid.

(30) Ib., VI, 20 et seq.

(31) Rom. IX, 2.

(32) Thren. IV. 4.

(33) Luc. IV, 18-19.

(34) Jud. II, 10.

(35) Matth. XXVIII, 19.

(36) III Reg. XIX, 11.

(37) II Tim. IV, 2.

(38) Matth. XI, 28.

(39) Is. XLII, 1 et seq.

(40) I Cor. XIII, 4.

(41) Ibid., IV, 12.

(42) Eccli XVII, 12.

(43) Act. XX, 28.

(44) Rom. XIII, 1.

(45) I Tim. IV, 8.

(46) Is. XXXII, 18.

(47) Ephes. II, 4.

(48) Rom. IX, 16.

(49) Dan. III, 39.

 

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Saint Antoine de Padoue confesseur et docteur

13 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Antoine de Padoue confesseur et docteur

Collecte

Que la solennité annuelle de votre Confesseur et Docteur, le bienheureux Antoine, réjouisse votre Église, ô Dieu, afin qu’elle soit toujours munie des secours spirituels et qu’elle mérite de goûter les joies éternelles.

Épitre1. Cor. 4, 9-14

Mes frères : nous sommes donnés en spectacle au monde, et aux anges, et aux hommes. Nous, nous sommes fous à cause du Christ, mais vous, vous êtes sages dans le Christ ; nous sommes faibles, et vous êtes forts ; vous êtes honorés, et nous sommes méprisés. Jusqu’à cette heure nous souffrons la faim, la soif, la nudité ; on nous frappe au visage, nous n’avons pas de demeure stable ; nous nous fatiguons à travailler de nos mains ; on nous maudit, et nous bénissons ; on nous persécute, et nous le supportons ; on nous blasphème, et nous prions ; nous sommes devenus comme les ordures du monde, comme les balayures de tous jusqu’à présent. Ce n’est pas pour vous faire honte que je vous écris cela, mais je vous avertis comme mes enfants bien-aimés, dans le Christ Jésus Notre Seigneur.

Évangile Lc. 12, 35-40

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Que vos reins soient ceints, et les lampes allumées dans vos mains. Et vous, soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin que, lorsqu’il arrivera et frappera, ils lui ouvrent aussitôt. Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant ; en vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera asseoir à table, et passant devant eux, il les servira. Et, s’il vient à la seconde veille, s’il vient à la troisième veille, et qu’il les trouve en cet état, heureux sont ces serviteurs ! Or, sachez que, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. Vous aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra.

Office

Quatrième leçon. Antoine naquit à Lisbonne en Portugal, de parents nobles qui l’élevèrent pieusement. Jeune homme, il embrassa la vie des Chanoines réguliers. Comme on transportait à Coïmbre les corps de cinq bienheureux Martyrs, Frères mineurs qui avaient récemment souffert pour la foi au Maroc, leur vue embrasa Antoine du désir d’être aussi martyrisé, et il passa dans l’Ordre des Franciscains. Sous l’impulsion de ce désir, il se dirigea vers le pays des Sarrasins ; mais une maladie le réduisit à l’impuissance et le força de revenir. Or, bien que le navire qui le portait fît voile pour l’Espagne, les vents le poussèrent en Sicile.

Cinquième leçon. De la Sicile, il se rendit au chapitre général qui se tenait à Assise. Puis, retiré dans l’ermitage du mont Saint-Paul en Toscane, il y vaqua longtemps à la divine contemplation, aux jeûnes et aux veilles. Élevé plus tard aux saints Ordres, il reçut la mission de prêcher l’Évangile. La sagesse et la facilité de sa parole lui obtinrent tant de succès et excitèrent une telle admiration que, prêchant un jour devant le souverain Pontife, il fut appelé par lui l’arche du Testament. Il poursuivit les hérésies avec une extrême rigueur, et les coups qu’il leur porta lui valurent le nom de perpétuel marteau des hérétiques.

Sixième leçon. Le premier de son ordre, à cause de l’éclat de sa science, il expliqua les saintes lettres à Bologne et ailleurs, et dirigea les études de ses frères. Après avoir parcouru nombre de provinces, il vint, un an avant sa mort, à Padoue, où il laissa d’insignes monuments de sa sainteté. Enfin, ayant accompli de grands travaux pour la gloire de Dieu, chargé de mérites, illustré par ses miracles, il s’endormit dans le Seigneur aux ides de juin, l’an du salut mil deux cent trente et un. Le souverain Pontife Grégoire IX l’a inscrit au nombre des saints Confesseurs. Il fut déclaré Docteur de l’Église Universelle par le Pape Pie XII.

Réjouis-toi, heureuse Padoue, riche d’un trésor sans prix ! Antoine, en te léguant son corps, a plus fait pour ta gloire que les héros qui te fondèrent en ton site fortuné, que les docteurs de ton université fameuse. Cité chérie du Fils de Dieu, dans le siècle même qui le vit prendre chair au sein de la Vierge bénie, il envoyait Prosdocime t’annoncer sa venue ; et tout aussitôt, répondant aux soins de ce disciple de Pierre, ton sol fertile offrait au Seigneur Jésus la plus belle fleur de l’Italie dans ces premiers jours, la noble Justine, joignant aux parfums de sa virginité la pourpre du martyre : mère illustre, à qui tu devras de voir se reformer dans tes murs les phalanges monastiques présentement dispersées ; nouvelle Debbora, qui bientôt étendra sur Venise ta rivale son patronage glorieux, et, unissant sa force suppliante à la puissance du lion de saint Marc, obtiendra du Dieu des armées le salut de la chrétienté dans les eaux de Lépante. Aujourd’hui, comme si, ô Padoue, tes gloires natives ne suffisaient pas aux ambitions pour toi de l’éternelle Sagesse, voici que du fond de l’antique Ibérie, Lisbonne est contrainte de te céder sa perle la plus précieuse. Au milieu des troubles qui agitent l’Église et l’empire, dans la confusion qu’amène l’anarchie au sein des villes italiennes, Antoine et Justine partageront le soin de ta défense contre les tyrans ; l’Occident tout entier bénéficiera de cette alliance redoutable sur terre et sur mer aux ennemis de la paix et du nom chrétien. Combats nouveaux, qu’aime le Seigneur ! Quand cessent de se montrer les forts en Israël, Dieu se lève et triomphe par les petits et les faibles. L’Église alors en paraît plus divine.

Le temps de Charlemagne n’est plus. L’œuvre de saint Léon III subsiste toujours ; mais les césars allemands ont trahi Rome, dont ils tenaient l’empire. L’homme ennemi, laissé libre, a semé l’ivraie dans le champ du Père de famille ; l’hérésie germe en divers lieux, le vice pullule ; et si les papes, aidés des moines, sont parvenus, en d’héroïques combats, à rejeter le désordre en dehors du sanctuaire, les peuples, exploités trop longtemps par des pasteurs vendus, restent sur la défiance, et se détachent maintenant de l’Église. Qui les ramènera ? Qui fera sur Satan cette nouvelle conquête du monde ? C’est alors que, toujours présent et vivant dans l’Église, l’Esprit de la Pentecôte suscite les fils de Dominique et de François. Milice nouvelle organisée pour des besoins nouveaux, ils se jettent dans l’arène, poursuivant l’hérésie dans ses repaires les plus secrets comme au grand jour, tonnant contre les vices des petits et des grands, combattant l’ignorance ; partout dans les campagnes et les villes ils se font écouter, déconcertant les faux docteurs tout à la fois par les arguments de la science et du miracle, se mêlant au peuple qu’ils subjuguent par la vue de leur héroïque détachement donné en spectacle au monde, et qu’ils rendent au Seigneur repentant et affermi, en l’enrôlant par foules compactes dans leurs tiers-ordres devenus en ces temps le refuge assuré de la vie chrétienne. Or, de tous les fils du patriarche d’Assise, le plus connu, le plus puissant devant les hommes et devant Dieu, est Antoine, que nous fêtons en ce jour.

Sa vie fut courte : à trente-cinq ans, il s’envolait au ciel. Mais ce petit nombre d’années n’avait pas empêché le Seigneur de préparer longuement son élu au ministère merveilleux qu’il devait remplir : tant il est vrai que, dans les hommes apostoliques, ce qui importe pour Dieu et doit faire d’eux l’instrument du salut d’un plus grand nombre d’âmes, est moins la durée du temps qu’ils pourront consacrer aux œuvres extérieures, que le degré de leur sanctification personnelle et leur docile abandon aux voies de la Providence. On dirait, pour Antoine, que l’éternelle Sagesse se plaît, jusqu’aux derniers temps de son existence, à déconcerter ses pensées. De ses vingt années de vie religieuse, il en passe dix chez les Chanoines réguliers, où, à quinze ans, l’appel divin a convié sa gracieuse innocence ; où, tout entière captivée par les splendeurs de la Liturgie, l’étude des saintes Lettres et le silence du cloître, son âme séraphique s’élève à des hauteurs qui le retiennent, pour jamais, semble-t-il, dans le secret de la face de Dieu. Soudain l’Esprit divin l’invite au martyre : et nous le voyons, laissant son cloître aimé, suivre les Frères Mineurs aux rivages où plusieurs d’entre eux ont déjà conquis la palme glorieuse. Mais le martyre qui l’attend est celui de l’amour ; malade, réduit à l’impuissance avant que son zèle ait pu rien tenter sur le sol africain, l’obéissance le rappelle en Espagne, et voici qu’une tempête le jette sur les côtes d’Italie.

On était dans les jours où, pour la troisième fois depuis la fondation de l’Ordre des Mineurs, François d’Assise réunissait autour de lui son admirable famille. Antoine, inconnu, perdu dans l’immense assemblée, vit les Frères à la fin du Chapitre recevoir chacun leur destination, sans que personne songeât à lui ; le descendant de l’illustre famille de Bouillon et des rois d’Asturies restait oublié dans ces assises de la sainte pauvreté. Au moment du départ, le ministre de la province de Bologne, remarquant l’isolement du jeune religieux dont personne ne semblait vouloir, l’admit par charité dans sa compagnie. A l’ermitage du Mont Saint-Paul, devenu sa résidence, on lui confia le soin d’aider à la cuisine et de balayer la maison, comme l’emploi qui semblait répondre le mieux à ses aptitudes. Durant ce temps, les chanoines de Saint-Augustin pleuraient toujours celui dont la noblesse, la science et la sainteté faisaient naguère la gloire de leur Ordre.

L’heure arriva pourtant, où la Providence s’était réservé de manifester Antoine au monde ; aussitôt, comme on l’avait dit du Sauveur lui-même, le monde entier se précipita sur ses pas. Autour des chaires où prêchait l’humble Frère, ce ne furent que prodiges dans l’ordre de la nature et dans l’ordre de la grâce. A Rome il méritait le noble titre d’arche du Testament, en France celui de marteau des hérétiques. Il nous est impossible de suivre en tout sa trace lumineuse ; mais nous ne devons pas oublier qu’en effet, une part principale revient à notre patrie dans les quelques années de son puissant ministère.

Saint François avait grandement désiré évangéliser lui-même le beau pays de France, ravagé par l’odieuse hérésie ; il lui envoya du moins le plus cher de ses fils, sa vivante image. Ce que saint Dominique avait été dans la première croisade contre les Albigeois, Antoine le fut dans la seconde. C’est à Toulouse qu’a lieu le miracle de la mule affamée, qui laisse sa nourriture pour se prosterner devant l’Hostie sainte. De la Provence au Berry, les diverses provinces entendent sa parole ardente ; tandis que le ciel réconforte par de délicieuses faveurs son âme restée celle d’un enfant, au milieu de ses triomphes et de l’enivrement des multitudes. Dans une maison solitaire du Limousin, sous le regard de son hôte, c’est le saint Enfant Jésus, rayonnant d’une admirable beauté, qui descend dans ses bras et lui prodigue ses caresses en réclamant les siennes. Un jour d’Assomption qu’il était tout triste, au sujet de certain passage de l’Office d’alors peu favorable à l’entrée de la divine Mère au ciel en corps et en âme, Notre-Dame vient le consoler dans sa pauvre cellule, l’assure de la véritable doctrine, et le laisse ravi des charmes de son doux visage et de sa voix mélodieuse. A Montpellier, comme il prêchait dans une église de la ville au milieu d’un immense concours, il se rappelle qu’il est désigné pour chanter à l’heure même dans son couvent l’Alléluia de la Messe conventuelle ; il avait oublié de se faire remplacer ; profondément chagrin de cette omission involontaire, il incline la tête ; or, tandis que, penché sur le bord de la chaire, il semble dormir, ses Frères le voient paraître au chœur, et remplir son office ; après quoi, reprenant vie devant son auditoire, il achève avec éloquence le sermon commencé.

C’est dans cette même ville de Montpellier où il enseignait la théologie aux Frères, que son Commentaire des Psaumes ayant disparu, le voleur fut contraint par Satan lui-même à rapporter l’objet dont la perte causait au Saint les plus vifs regrets. Plusieurs voient dans ce fait l’origine de la dévotion qui reconnaît Antoine comme le patron des choses perdues : dévotion appuyée dès l’origine sur les miracles les plus éclatants, et que des grâces incessantes ont confirmée jusqu’à nos jours.

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Saint Jean de Saint-Facond confesseur mémoire des Saints Basilide Cyrin Nabor et Nazaire Martyrs

12 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean de Saint-Facond confesseur  mémoire des Saints Basilide Cyrin Nabor et Nazaire Martyrs

Collecte

Dieu, auteur de la paix, et amant de la charité, vous avez orné le bienheureux Jean, votre Confesseur, d’un merveilleux don du ciel pour apaiser les différends : accordez-nous, par ses mérites et son intercession, d’être tellement affermis dans votre amour, que nous ne soyons plus séparés de vous par aucune tentation.

Office

Quatrième leçon. Jean, issu d’une noble famille de Sahagun (Saint-Facond) en Espagne, fut obtenu de Dieu par les prières et les bonnes œuvres de ses pieux parents, restés longtemps sans enfant. Dès son jeune âge, il donna des signes remarquables de sa future sainteté. On le vit souvent adresser, d’un lieu élevé où il avait pris place, la parole aux autres enfants, pour les exhorter à la vertu et au culte de Dieu, ou pour apaiser leurs querelles. Confié, dans son pays même, aux moines bénédictins de Saint-Facond, il fut initié par eux aux premiers éléments des belles-lettres. Pendant qu’il s’appliquait à ces études, son père lui procura le bénéfice d’une paroisse ; mais le jeune homme ne voulut à aucun prix conserver les avantages de cette charge. Admis parmi les familiers de l’Évêque de Burgos, il devint son intime conseiller à cause de sa remarquable intégrité ; l’Évêque le fit prêtre et chanoine et lui donna de nombreux bénéfices. Mais Jean quitta le palais épiscopal pour servir Dieu plus paisiblement, et, renonçant à tous ses revenus ecclésiastiques, s’attacha à une petite chapelle, où tous les jours il célébrait la messe et parlait souvent des choses de Dieu, à la grande édification de ses auditeurs.

Cinquième leçon. S’étant rendu plus tard à Salamanque pour y étudier, et ayant été reçu au célèbre collège de Saint-Barthélemy, il exerça le ministère sacerdotal de telle sorte que, tout en se livrant à ses chères études, il n’en était pas moins assidu aux pieuses assemblées. Tombé gravement malade, il fit vœu de s’imposer une discipline plus sévère ; et, pour accomplir ce vœu, donna d’abord à un pauvre presque nu le meilleur des deux seuls vêtements qu’il possédait, puis se rendit au monastère de Saint-Augustin, alors très florissant par sa sévère observance. Admis dans ce couvent, il surpassa les plus avancés par son obéissance, son abnégation, ses veilles et ses prières. On lui confia le soin de la cave, et il lui suffit de toucher un petit fût de vin pour en tirer pendant une année entière ce qui était nécessaire à tous les religieux. Au bout d’une année de noviciat, il reprit, sur l’ordre du préfet du couvent, le ministère de la prédication. Salamanque était alors déchirée à ce point par les factions, que toutes les lois divines et humaines y étaient confondues ; des massacres avaient lieu presque à chaque heure, les rues et les places, et même les églises, regorgeaient du sang de personnes de toutes conditions et principalement de la noblesse.

Sixième leçon. Tant par ses prédications que par des entretiens particuliers, Jean parvint à calmer les esprits, et ramena la tranquillité dans la ville. Ayant vivement blessé un haut personnage en lui reprochant sa cruauté envers ses inférieurs, celui-ci envoya pour ce motif deux cavaliers sur son passage pour le mettre à mort. Déjà ils s’approchaient de lui, quand Dieu permit qu’ils fussent saisis de stupeur et immobilisés ainsi que leurs chevaux, jusqu’à ce que, prosternés aux pieds du saint homme, ils eussent demandé grâce pour leur crime. Ce seigneur, frappé lui-même d’une terreur subite, désespérait déjà de survivre ; mais, ayant rappelé Jean et s’étant repenti de ce qu’il avait fait, il fut rendu à la santé. Une autre fois, des factieux qui poursuivaient Jean avec des bâtons eurent les bras paralysés et ne recouvrèrent leurs forces qu’après avoir imploré leur pardon. Pendant sa Messe, Jean voyait notre Seigneur présent, et s’abreuvait des célestes mystères à la source même de la divinité. Souvent il pénétrait les secrets des cœurs, et prédisait l’avenir avec une rare sagacité. La fille de son frère étant morte à l’âge de sept ans, il la ressuscita. Enfin, après avoir prédit le jour de sa mort et avoir reçu avec une grande dévotion les sacrements de l’Église, il rendit le dernier soupir. Après comme avant sa mort, de nombreux miracles firent éclater sa gloire. Ces miracles furent constatés selon les rites de l’Église, et Alexandre VIII l’inscrivit au nombre des Saints.

Le règne que les Apôtres ont pour mission d’établir dans le monde est le règne de la paix. C’était elle que les cieux promettaient à la terre en la glorieuse nuit qui nous donna l’Emmanuel ; et dans cette autre nuit qui vit les adieux du Seigneur, au banquet de la Cène, l’Homme-Dieu fonda le Testament nouveau sur le double legs qu’il fit à l’Église de son corps sacré et de cette paix que les anges avaient annoncée : paix que le monde n’avait point connue jusque-là, disait le Sauveur ; paix toute sienne parce qu’elle procède de lui sans être lui-même, don substantiel et divin qui n’est autre que l’Esprit-Saint dans sa propre personne. Les jours de la Pentecôte ont répandu cette paix comme un levain sacré dans la race humaine. Hommes et peuples ont senti son intime influence. L’homme, en lutte avec le ciel et divisé contre lui-même, justement puni de son insoumission à Dieu par le triomphe des sens dans sa chair révoltée, a vu l’harmonie rentrer dans son être, et Dieu satisfait traiter en fils le rebelle obstiné des anciens jours. Les fils du Très-Haut formeront dans le monde un peuple nouveau, le peuple de Dieu, reculant ses confins jusqu’aux extrémités de la terre. Assis dans la beauté de la paix, selon l’expression du Prophète, il verra venir à lui tous les peuples, et attirera ici-bas les complaisances du ciel qui doit trouver en lui son image.

Autrefois sans cesse aux prises en d’atroces combats qui ne trouvaient fin qu’avec l’extermination du vaincu, les nations baptisées se reconnaîtront pour sœurs dans la filiation du Père qui est aux cieux. Sujettes fidèles du Roi pacifique, elles laisseront l’Esprit-Saint adoucir leurs mœurs ; et si la guerre, suite du péché, vient encore trop souvent rappeler au monde les désastreuses conséquences de la première chute, l’inévitable fléau connaîtra du moins désormais d’autres lois que la force. Le droit des gens, droit tout chrétien que n’admit point l’antiquité païenne, la foi des traités, l’arbitrage du vicaire de l’Homme-Dieu modérateur suprême de la conscience des rois, éloigneront les occasions de discordes sanglantes. En certains siècles, la paix de Dieu, la trêve de Dieu, mille industries de la Mère commune, restreindront les années et les jours où le glaive qui tue les corps aura licence de sortir du fourreau ; s’il outrepasse les bornes posées, il sera brisé par la puissance du glaive spirituel, plus redoutable à tous les points de vue dans ces temps que le fer du guerrier. Telle apparaîtra la force de l’Évangile, qu’en nos temps mêmes d’universelle décroissance, le respect de l’ennemi désarmé s’imposera aux plus fougueux adversaires, et qu’après la bataille vainqueurs et vaincus, se retrouvant frères, prodigueront les mêmes soins du corps et de l’âme aux blessés des deux camps : énergie persévérante du ferment surnaturel qui transforme progressivement l’humanité depuis dix-huit siècles, et agit à la fin sur ceux-là même qui continuent de nier sa puissance !

Or c’est un serviteur de cette conduite merveilleuse de la Providence, et l’un des plus glorieux, que nous fêtons en ce jour. La paix, fille du ciel, mêle ses reflets divins à l’auréole brillante qui rayonne sur son front. Noble enfant de la catholique Espagne, il prépara les grandeurs de sa patrie, non moins que ne le firent les héros des combats où le Maure succombait sans retour. Au moment où s’achevait la croisade huit fois séculaire qui chassa le Croissant du sol ibérique, lorsque les multiples royaumes de cette terre magnanime se rassemblaient dans l’unité d’un seul sceptre, l’humble ermite de Saint-Augustin fondait dans les cœurs cette unité puissante inaugurant déjà les gloires du XVIe siècle. Quand il parut, les rivalités qu’un faux point d’honneur excite trop facilement dans une nation armée, souillaient l’Espagne du sang de ses fils versé par des mains chrétiennes ; la discorde, abattue par ses mains désarmées, forme le piédestal où il reçoit maintenant les hommages de l’Église.

Vous méritiez, bienheureux Saint, d’apparaître au ciel de l’Église en ces semaines qui relèvent immédiatement de la glorieuse Pentecôte. Longtemps à l’avance, Isaïe, contemplant le monde au lendemain de l’avènement du Paraclet, décrivait ainsi le spectacle offert à ses yeux prophétiques : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds des messagers de la paix, des porteurs du salut disant à Sion : Ton Dieu va régner ! » C’étaient les Apôtres, prenant pour Dieu possession du monde, qu’admirait ainsi le Prophète ; mais leur mission, telle qu’il la définit dans son enthousiasme inspiré, ne fut-elle pas aussi la vôtre ? Le même Esprit qui les animait dirigea vos voies ; le Roi pacifique vit par vous son sceptre affermi dans une des plus illustres nations formant son empire. Au ciel où vous régnez avec lui, la paix qui fut l’objet de vos travaux est aujourd’hui votre récompense. Vous éprouvez la vérité de cette parole que le Maître avait dite en pensant à ceux qui vous ressemblent, à tous ceux qui, apôtres ou non, établissent du moins la paix dans la terre de leurs cœurs : « Bienheureux les pacifiques ; car ils seront appelés fils de Dieu ! » Vous êtes entré en possession de l’héritage du Père ; le béatifiant repos de la Trinité sainte remplit votre âme, et s’épanche d’elle jusqu’à nos froides régions en ce jour.

Continuez à l’Espagne, votre patrie, le secours qui lui fut si précieux. Elle n’occupe plus dans la chrétienté cette place éminente qui fut la sienne après votre mort glorieuse. Persuadez-la que ce n’est pas en prêtant l’oreille toujours plus aux accents d’une fausse liberté, qu’elle retrouvera sa grandeur. Ce qui l’a faite dans le passé puissante et forte, peut toujours attirer sur elle les bénédictions de Celui par qui règnent les rois. Le dévouement au Christ fut sa gloire, l’attachement à la vérité son trésor. La vérité révélée met seule les hommes dans la vraie liberté ; seule encore, elle peut garder indissolublement uni dans une nation le faisceau des intelligences et des volontés : lien puissant, qui assure la force d’un pays en dehors de ses frontières, et au dedans la paix. Apôtre de la paix, rappelez donc à votre peuple, apprenez à tous, que la fidélité absolue aux enseignements de l’Église est le seul terrain où des chrétiens puissent chercher et trouver la concorde.

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Saint Barnabé apôtre

11 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Saint Barnabé apôtre

Collecte

Dieu, vous nous donnez un motif de joie dans les mérites et l’intercession du bienheureux Barnabé, votre Apôtre : accordez-nous, avec bonté, qu’en recourant à cette intercession pour solliciter vos bienfaits, nous les obtenions au moyen de votre grâce.

Lecture Ac. 11. 21-26 ; 13, 1-3

En ces jours-là : grand fut le nombre de ceux qui crurent et se convertirent au Seigneur. Or, la nouvelle en vint aux oreilles de la communauté qui était à Jérusalem, et ils envoyèrent Barnabé jusqu’à Antioche. Lorsqu’il fut arrivé et qu’il eut vu la grâce de Dieu, il se réjouit ; et il les exhortait tous à demeurer par la disposition du cœur fidèles au Seigneur. Car c’était un homme de bien et rempli de l’Esprit-Saint et de foi. Et une foule nombreuse se joignit au Seigneur. Et il se rendit à Tarse chercher Saul, et l’ayant trouvé, il l’amena à Antioche. Et il leur arriva d’être ensemble une année entière dans la communauté et d’instruire une foule nombreuse. Ce fut à Antioche d’abord que les disciples reçurent le nom de chrétiens. Il y avait dans l’Église d’Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabé, Siméon appelé Niger, Lucius le Cyrénéen, Manahen frère de lait d’Hérode le tétrarque, et Saul. Comme ils vaquaient au service du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit-Saint dit : "Mettez-moi à part Barnabé et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés." Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir.

Évangile Mt. 10, 16-22

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents, et simples comme des colombes. Mais mettez-vous en garde contre les hommes : car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues ; et vous serez traduits, à cause de moi, devant les gouverneurs et devant les rois, pour servir de témoignage à eux et aux nations. Mais, lorsqu’ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous parlerez, ni de ce que vous direz ; car ce que vous devrez dire vous sera donné à l’heure même. En effet, ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous. Or, le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils ; les enfants se soulèveront contre leurs parents, et les feront mourir. Et vous serez haïs de tous, à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé.

Office

Au premier nocturne.

Des Actes des Apôtres. Act. 13, 43 ; 14, 3

Première leçon. Quand l’assemblée se fut séparée, beaucoup de Juifs et de prosélytes servant Dieu, suivirent Paul et Barnabé qui, leur parlant, les exhortaient à persévérer dans la grâce de Dieu. Or, le sabbat suivant, presque toute la ville s’assembla pour entendre la parole de Dieu, Mais, voyant cette foule, les Juifs furent remplis de colère, et, blasphémant, ils contredisaient les paroles de Paul. Alors Paul et Barnabé dirent hardiment : C’était à vous qu’il fallait d’abord annoncer la parole de Dieu : mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, voilà que nous nous tournons vers les Gentils, car le Seigneur nous ’a commandé en ces termes : Je t’ai établi la lumière des Gentils, afin que tu sois leur salut jusqu’aux extrémités de la terre.

Deuxième leçon. Ce qu’entendant, les Gentils se réjouirent, et ils glorifièrent la parole de Dieu, et tous ceux qui étaient préordonnés à la vie éternelle embrassèrent la foi. Ainsi la parole du Seigneur se répandait par toute la contrée. Mais les Juifs ayant animé les femmes dévotes et de qualité, et les principaux de la ville, excitèrent une persécution contre Paul et Barnabé, et les chassèrent du pays. Alors ceux-ci, ayant secoué contre eux la poussière de leurs pieds, vinrent à Icône. Cependant les disciples étaient remplis de joie et de l’Esprit-Saint.

Troisième leçon. Or il arriva à Icône, qu’ils entrèrent ensemble dans la synagogue, et parlèrent de telle sorte, qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs embrassa la foi. Mais ceux des Juifs qui demeurèrent incrédules, excitèrent et irritèrent l’esprit des Gentils contre les frères. Ils demeurèrent donc là longtemps, agissant avec assurance dans le Seigneur, qui rendait témoignage à la parole de sa grâce, opérant des miracles et des prodiges par leurs mains.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Le Lévite Barnabé, appelé aussi Joseph, fut ordonné avec Paul comme Apôtre des Gentils, pour annoncer l’Évangile de Jésus-Christ. Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta le prix aux Apôtres. Envoyé à Antioche pour y prêcher, il y trouva un grand nombre de personnes converties à la foi du Christ. Sa joie fut grande et il les exhorta à persévérer dans la foi. Ses exhortations eurent un grand succès, parce que tous le regardaient comme un homme bon et plein de l’Esprit-Saint.

Cinquième leçon. De là il partit pour chercher Paul à Tarse, et revint à Antioche avec lui. Ils demeurèrent une année au milieu de la chrétienté de cette ville, et inculquèrent à ces hommes les préceptes de la foi et de la vie chrétienne : c’est là aussi que les adorateurs de Jésus-Christ reçurent pour la première fois le nom de Chrétiens. Or, les disciples de Paul et de Barnabé soutenaient de leurs deriers les Chrétiens de Judée et leur envoyaient des aumônes par ces deux Apôtres. Après avoir accompli ce devoir de charité, Paul et Barnabé revinrent à Antioche, accompagnés de Jean, surnommé Marc.

Sixième leçon. Pendant que Paul et Barnabé servaient le Seigneur dans l’Église d’Antioche, jeûnant et priant avec les autres prophètes et docteurs, le Saint-Esprit dit : « Séparez-moi Paul et Barnabé pour l’œuvre pour laquelle je les ai pris. » Alors ils jeûnèrent et prièrent ; puis, leur ayant imposé les mains, les laissèrent partir. Ils se rendirent donc à Séleucie et de là dans l’île de Chypre ; ils parcoururent ensuite un grand nombre de villes et de pays, prêchant l’Évangile pour le plus grand bien de ceux qui les écoutaient. En dernier lieu Barnabé se sépara de Paul et s’embarqua pour Chypre avec Jean, surnommé Marc. Ce fut là que, vers la septième année de l’empire de Néron, le trois des ides de juin, il joignit aux travaux de l’apostolat la couronne du martyre. Sous l’empire de Zénon, on découvrit son corps dans l’île de Chypre : sur sa poitrine était l’Évangile de saint Matthieu, écrit de la main de Barnabé.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Chrysostome. Homilia 34 in Matth., post init.

Septième leçon. Après avoir banni tout souci du cœur de ses disciples, après les avoir armés du pouvoir d’opérer des miracles, après les avoir rendus étrangers à toutes les choses de ce monde, après les avoir délivrés de toute sollicitude temporelle, après les avoir faits comme de fer et de diamant, alors seulement le Sauveur leur annonce les maux auxquels ils vont être exposés. Bien des avantages résultaient de cette prédiction : premièrement, les Apôtres apprenaient ainsi à connaître la prescience extraordinaire de leur Maître ; en second lieu, nul d’entre eux ne pouvait dès lors attribuer des maux si pénibles à la faiblesse de Jésus ; de plus, ceux que ces maux devaient atteindre n’en seraient point troublés comme d’événements imprévus et inattendus ; enfin, ils étaient prémunis contre l’émotion excessive qu’ils pourraient ressentir lorsque Jésus leur en parlerait aux approches mêmes de sa passion.

Huitième leçon. Pour leur apprendre ensuite qu’il s’agit vraiment d’une guerre d’un genre nouveau, d’une bataille bien différente des batailles ordinaires, puisqu’il les envoie sans armes, avec un seul vêtement, sans chaussure, sans bâton, sans ceinture ni besace, et qu’il leur ordonne d’attendre leur nourriture des personnes qui les accueilleront, il ne se borne pas à ce qu’il vient de dire, il affirme une fois encore sa puissance inexprimable par ces paroles : Dans cette entreprise, montrez la douceur des brebis quoique vous ayez des loups à affronter ; vous ne marchez pas seulement contre des loups, mais vous allez même au milieu des loups. Avec la douceur des brebis, il veut qu’ils aient aussi la simplicité des colombes. C’est alors surtout que ma force éclatera, quand les loups seront vaincus par les brebis, lorsque celles-ci, aventurées au milieu de ces bêtes cruelles, déchirées par d’innombrables morsures, loin d’être dévorées, convertiront même leurs ennemis, en leur communiquant leur propre nature.

Neuvième leçon. Et certes, changer les sentiments de ses ennemis, transformer leurs âmes, est un prodige beaucoup plus grand, beaucoup plus admirable que de les exterminer, surtout lorsque douze hommes suffisent à cette tâche, et que la terre entière est infestée de loups. Rougissons donc, nous qui faisons l’opposé et qui, avec la rage des loups, attaquons nos ennemis. Sans nul doute, tant que nous agirons en brebis, nous vaincrons ; si nombreux que soient les loups qui nous environnent, nous en viendrons à bout et nous en triompherons ; mais, si nous-mêmes, nous devenons des loups, nous serons vaincus, car alors il nous est retiré le secours du pasteur, qui fait paître, non pas des loups, mais des brebis.

La promulgation de l’alliance nouvelle est venue convier tous les peuples à prendre place au banquet du royaume de Dieu ; depuis lors, nous l’avons remarqué, l’Esprit sanctificateur produit les Saints, dans le cours des siècles, à des heures qui correspondent souvent aux desseins les plus profonds de l’éternelle Sagesse sur l’histoire des nations. Nous ne devons pas nous en étonner : les nations chrétiennes ayant comme nations leur rôle assigné dans l’avancement du règne de l’Homme-Dieu, cette vocation leur confère des devoirs et des droits supérieurs à la loi de nature ; l’ordre surnaturel les investit de toutes ses grandeurs, et l’Esprit-Saint préside par ses élus à leur développement comme à leur naissance. C’est à bon droit que nous admirons dans l’histoire cette providence merveilleuse agissant, à leur insu quelquefois, parmi les peuples, dominant par l’influence cachée de la sainteté des petits et des humbles l’action des puissants qui semblent conduire toutes choses au gré de leur seule volonté. Mais, entre les Saints qui nous apparaissent comme le canal des grâces destinées aux nations, il en est que la reconnaissance universelle doit oublier moins que tous les autres : ce sont les Apôtres, placés comme fondement à la base de l’édifice social chrétien dont l’Évangile est la force et la loi première. L’Église veille soigneusement à écarter de ses fils le danger d’un oubli si funeste ; aucune saison liturgique n’est privée du souvenir de ces glorieux témoins du Christ. Mais depuis la consommation des mystères du salut, qui livra le monde aux conquêtes de leur zèle, leurs noms se pressent davantage encore sur les fastes sacrés ; chaque mois du Cycle emprunte son éclat, pour une part principale, au triomphe de quelqu’un d’entre eux. Le mois de juin, tout embrasé des feux récents de la Pentecôte, vit l’Esprit-Saint poser les premières assises de l’Église sur ses fondements prédestinés ; il méritait l’honneur d’être choisi pour rappeler au monde les grands noms de Pierre et de Paul, qui résument les services et la gloire du collège entier des Apôtres. Pierre proclama l’admission des gentils à la grâce de l’Évangile ; Paul fut déclaré leur Apôtre ; mais, avant même d’avoir comme il convient rendu gloire à la puissante principauté de ces deux guides du peuple chrétien, l’hommage des nations s’adresse à bon droit en ce jour au guide de Paul lui-même dans les débuts de son apostolat, au fils de consolation qui présenta le converti de Damas à l’Église éprouvée parles violences de Saul le persécuteur. Le 29 juin tirera sa splendeur de la confession simultanée des deux princes des Apôtres, unis à la mort comme dans leur vie. Honneur donc tout d’abord à celui qui noua dans l’origine cette union féconde, en conduisant au chef de l’Église naissante le futur docteur de la gentilité ! Barnabé se présente à nous comme avant-coureur ; la fête que lui consacre l’Église, est le prélude des joies qui nous attendent à la fin de ce mois si riche en lumière et en fruits de sainteté.

Recevez, ô Barnabé, l’hommage des nations reconnaissantes. Lévite fidèle, vous veilliez près du sanctuaire figuratif des siècles de l’attente, observant l’arrivée du Seigneur Dieu, jusqu’à ce que la véritable arche sainte, l’humanité du Sauveur, ayant paru dans Sion, vous vous rangeâtes près d’elle aussitôt pour la défendre et la servir. Elle venait rallier tous les peuples, leur donner la vraie manne, fonder avec tous un Testament nouveau ; elle demandait aux fils de l’ancienne alliance le sacrifice des privilèges qu’ils avaient eus au temps de l’égarement des nations. Membre de la tribu favorisée entre toutes, vous eûtes promptement fait l’abandon d’un titre périmé ; allant plus loin que le précepte, on vous vit renoncer aux possessions mêmes que vous teniez de votre famille, et vous donner, vous et vos biens, à l’Église à peine née, persécutée, méconnue de la synagogue. Aussi l’Esprit-Saint, qu’on ne surpasse jamais en générosité, vous réserva-t-il l’insigne honneur de donner aux nations leur Apôtre. Saul, votre ami, aveuglé par les préjugés de la secte pharisienne, n’avait point suivi votre exemple ; et les fidèles tremblaient à son seul nom, comme à celui du plus fougueux des persécuteurs. Mais votre intercession montait silencieusement pour lui de cette terre, et s’unissait dans le ciel à la prière d’Etienne pour son meurtrier. L’heure de la grâce sonna enfin ; vous fûtes le premier dans Jérusalem à connaître son triomphe, et il ne fallut rien moins que l’autorité de votre témoignage pour faire ouvrir au récent converti les portes de l’assemblée des croyants.

Devenu près de l’Église garant du Docteur des nations, il vous appartenait de le conduire en ses premiers travaux. Quelle gloire à vous d’avoir eu Paul pour compagnon ! S’il vous manqua d’avoir été mis au nombre des douze, votre autorité fut bien celle qui se rapprocha le plus de la leur. Délégué par eux à Antioche après le baptême de Cornélius, pour prendre en mains la conduite de l’évangélisation des gentils, vous vous adjoignîtes le nouvel ouvrier ; c’est alors que la parole du salut, passant par vos lèvres, produisit des conversions si nombreuses, qu’on donna pour la première fois aux fidèles le nom de chrétiens, qui les distinguait à la fois des païens et des Juifs. L’émancipation des nations était accomplie ; et Paul, aux yeux de tous et d’après le langage de l’Esprit-Saint lui-même, n’était encore que votre disciple et votre protégé, Aussi l’Esprit voulut-il que l’ordination solennelle qui le constituait Apôtre des gentils, vous fût commune avec lui. Vos voies, inséparables jusque-là et quelque temps encore, n’allaient pas tarder à se diviser pour le bien d’un plus grand nombre d’âmes. L’île de Chypre, fatalement abusée par le démon de la volupté durant les siècles de l’idolâtrie, reçut plus spécialement vos soins apostoliques ; elle vous avait donné le jour : vous lui rendîtes en échange votre sang et vos sueurs, portant partout sur son territoire la sainte et purifiante lumière du Fils de Dieu.

Mais le feu de la Pentecôte qui brûlait en vous, sollicitait votre âme à des missions plus lointaines. C’est de vous-même qu’il était écrit, en même temps que de Paul : « Je t’ai établi pour être la lumière des nations et leur salut jusqu’aux extrémités de la terre ». L’Italie entendit votre douce parole qui répandait la joie sainte et la consolation du Paraclet ; elle vit ce noble visage, dont la sereine majesté faisait croire aux pauvres païens qu’ils recevaient en votre personne le prince de leurs dieux, caché sous des traits humains Bergame, Brescia, d’autres villes encore, Milan surtout, vous honorent comme leur père. Du haut de votre trône d’Apôtre, ô Barnabé, gardez en elles toujours la foi que vous y avez déposée ; plus heureuses que les cités de l’île de Chypre, elles sont jusqu’ici restées fidèles. Protégez l’Ordre utile à l’Église, qui se réclame de votre puissant patronage ; que son apostolat continue le vôtre, et mérite jusqu’au dernier jour à ses membres l’estime dont les entourait saint Charles Borromée, votre glorieux successeur sur le siège de Milan. Enfin, ô père des nations, étendez votre sollicitude à la gentilité entière qui vous fut confiée par l’Esprit-Saint sans distinction de races ou de pays : qu’elle entre toute dans la voie de lumière si bien décrite par la Lettre précieuse qui porte votre nom béni ; qu’elle soit pour Dieu le vrai temple dont celui de Moriah n’était que la figure 

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Sainte Marguerite d’Ecosse reine et veuve

10 Juin 2024 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Marguerite d’Ecosse reine et veuve

Collecte

Dieu, vous avez rendu admirable la bienheureuse reine Marguerite, en lui inspirant une extrême charité pour les pauvres : faites que, par son intercession et à son exemple, votre charité croisse continuellement dans nos cœurs.

Office

Quatrième leçon. Marguerite, reine d’Écosse, qui avait la gloire de descendre des rois d’Angleterre par son père, et des Césars par sa mère, devint plus illustre encore par la pratique des vertus chrétiennes. Elle naquit en Hongrie, où son père était alors exilé. Après avoir passé son enfance dans la plus grande piété, elle vint en Angleterre avec son père qui était appelé par son oncle, saint Édouard, roi des Anglais, à monter sur le trône de ses aïeux. Bientôt, partageant les revers de sa famille, Marguerite quitta les rivages d’Angleterre, mais une tempête, ou plus véritablement un dessein de la divine Providence, la conduisit sur les côtes d’Écosse. Là, pour obéir à sa mère, elle épousa le roi de ce pays, Malcolm III, qui avait été charmé par ses belles qualités, et se rendit merveilleusement utile à tout le royaume par ses œuvres de sainteté et de piété pendant les trente années qu’elle régna.

Cinquième leçon. Au milieu des délices de la cour, elle affligeait son corps par des macérations, des veilles, et réservait une grande partie de la nuit à ses pieuses oraisons. Indépendamment des autres jeûnes qu’elle observait en diverses circonstances, elle avait l’habitude de jeûner quarante jours entiers avant les fêtes de Noël, et cela avec une telle rigueur, qu’elle persévérait à le faire malgré les plus vives souffrances. Dévouée au culte divin, elle construisit à nouveau ou restaura plusieurs églises et monastères, qu’elle enrichit d’objets précieux et d’un revenu abondant. Par son très salutaire exemple, elle amena le roi son époux à une conduite meilleure et à des œuvres semblables à celles qu’elle pratiquait. Elle éleva ses enfants avec tant de piété et de succès, que plusieurs d’entre eux embrassèrent, comme Agathe sa mère et Christine sa sœur, le genre de vie le plus saint. Pleine de sollicitude pour la prospérité du royaume entier, elle délivra le peuple de tous les vices qui s’y étaient glissés insensiblement, et le ramena à des mœurs dignes de la foi chrétienne.

Sixième leçon. Rien cependant ne fut plus admirable en elle que son ardente charité envers le prochain et surtout à l’égard des indigents. Non contente d’en soutenir des multitudes par ses aumônes, elle se faisait une fête de fournir tous les jours, avec une bonté maternelle, le repas de trois cents d’entre eux, de remplir à genoux l’office d’une servante envers ces pauvres, de leur laver les pieds de ses mains royales, et de panser leurs plaies, n’hésitant même point à baiser leurs ulcères. Pour ces générosités et autres dépenses, elle sacrifia ses parures royales et ses joyaux précieux, et alla même plus d’une fois jusqu’à épuiser le trésor. Enfin, après avoir enduré des peines très amères avec une patience admirable et avoir été purifiée par six mois de souffrances corporelles, elle rendit son âme à son Créateur le quatre des ides de juin. Au même instant, son visage défiguré pendant sa longue maladie par la pâleur et la maigreur, s’épanouit avec une beauté extraordinaire. Marguerite fut illustre, même après sa mort, par des prodiges éclatants. L’autorité de Clément X l’a donnée pour patronne à l’Écosse ; et elle est dans le monde entier très religieusement honorée.

 

Une semaine s’est écoulée depuis le jour où, s’élevant de la terre de France dédiée au Christ par ses soins, Clotilde apprenait au monde le rôle réservé à la femme près du berceau des peuples. Avant le christianisme, l’homme, amoindri par le péché dans sa personne et dans sa vie sociale, ne connaissait pas la grandeur en ce point des intentions divines ; la philosophie et l’histoire ignoraient l’une et l’autre que la maternité pût s’élever jusqu’à ces hauteurs. Mais l’Esprit-Saint, donné aux hommes pour les instruire de toute vérité, théoriquement et pratiquement, multiplie depuis sa venue les exemples, afin de nous révéler l’ampleur merveilleuse du plan divin, la force et la suavité présidant ici comme partout aux conseils de l’éternelle Sagesse.

L’Écosse était chrétienne depuis longtemps déjà, lorsque Marguerite lui fut donnée, non pour l’amener au baptême, mais pour établir parmi ses peuplades diverses et trop souvent ennemies l’unité qui fait la nation. L’ancienne Calédonie, défendue par ses lacs, ses montagnes et ses fleuves, avait jusqu’à la fin de l’empire romain gardé son indépendance. Mais, inaccessible aux armées, elle était devenue le refuge des vaincus de toute race, des proscrits de toutes les époques. Les irruptions, qui s’arrêtaient à ses frontières, avaient été nombreuses et sans merci dans les provinces méridionales de la grande île britannique ; Bretons dépossédés, Saxons, Danois, envahisseurs chassés à leur tour et fuyant vers le nord, étaient venus successivement juxtaposer leurs mœurs à celles des premiers habitants, ajouter leurs rancunes mutuelles aux vieilles divisions des Pictes et des Scots. Mais du mal même le remède devait sortir. Dieu, pour montrer qu’il est le maître des révolutions aussi bien que des flots en furie, allait confier l’exécution de ses desseins miséricordieux sur l’Écosse aux bouleversements politiques et à la tempête.

Dans les premières années du XIe siècle, l’invasion danoise chassait du sol anglais les fils du dernier roi saxon, Edmond Côte de fer. L’apôtre couronné de la Hongrie, saint Étienne Ier, recevait à sa cour les petits-neveux d’Édouard le Martyr et donnait à l’aîné sa fille en mariage, tandis que le second s’alliait à la nièce de l’empereur saint Henri, le virginal époux de sainte Cunégonde. De cette dernière union naquirent deux filles : Christine qui se voua plus tard au Seigneur, Marguerite dont l’Église célèbre la gloire en ce jour, et un prince, Edgard Etheling, que les événements ramenèrent bientôt sur les marches du trône d’Angleterre. La royauté venait en effet de passer des princes danois à Édouard le Confesseur, oncle d’Edgard ; et l’angélique union du saint roi avec la douce Édith n’étant appelée à produire de fruits que pour le ciel, la couronne semblait devoir appartenir après lui par droit de naissance au frère de sainte Marguerite, son plus proche héritier. Nés dans l’exil, Edgard et ses sœurs virent donc enfin s’ouvrir pour eux la patrie. Mais peu après, la mort d’Édouard et la conquête normande bannissaient de nouveau la famille royale ; le navire qui devait reconduire sur le continent les augustes fugitifs était jeté par un ouragan sur les côtes d’Écosse. Edgard Etheling, malgré les efforts du parti saxon, ne devait jamais relever le trône de ses pères ; mais sa sainte sœur conquérait la terre où le naufrage, instrument de Dieu, l’avait portée.

Devenue l’épouse de Malcolm III, sa sereine influence assouplit les instincts farouches du fils de Duncan, et triompha de la barbarie trop dominante encore en ces contrées jusque-là séparées du reste du monde. Les habitants des hautes et des basses terres, réconciliés, suivaient leur douce souveraine dans les sentiers nouveaux qu’elle ouvrait devant eux à la lumière de l’Évangile. Les puissants se rapprochèrent du faible et du pauvre, et, déposant leur dureté de race, se laissèrent prendre aux charmes de la charité. La pénitence chrétienne reprit ses droits sur les instincts grossiers de la pure nature. La pratique des sacrements, remise en honneur, produisait ses fruits. Partout, dans l’Église et l’État, disparaissaient les abus. Tout le royaume n’était plus qu’une famille, dont Marguerite se disait à bon droit la mère ; car l’Écosse naissait par elle à la vraie civilisation. David Ier, inscrit comme sa mère au catalogue des Saints, achèvera l’œuvre commencée ; pendant ce temps, un autre enfant de Marguerite, également digne d’elle, sainte Mathilde d’Écosse, épouse d’Henri Ier fils de Guillaume de Normandie, mettra fin sur le sol anglais aux rivalités persévérantes des conquérants et des vaincus par le mélange du sang des deux races.

Nous vous saluons, ô reine, digne des éloges que la postérité consacre aux plus illustres souveraines. Dans vos mains, la puissance a été l’instrument du salut des peuples. Votre passage a marqué pour l’Écosse le plein midi de la vraie lumière. Hier, en son Martyrologe, la sainte Église nous rappelait la mémoire de celui qui fut votre précurseur glorieux sur cette terre lointaine : au VIe siècle, Colomb-Kil, sortant de l’Irlande, y portait la foi. Mais le christianisme de ses habitants, comprimé par mille causes diverses dans son essor, n’avait point produit parmi eux tous ses effets civilisateurs. Une mère seule pouvait parfaire l’éducation surnaturelle de la nation. L’Esprit-Saint, qui vous avait choisie pour cette tâche, ô Marguerite, prépara votre maternité dans la tribulation et l’angoisse : ainsi avait-il procédé pour Clotilde ; ainsi fait-il pour toutes les mères. Combien mystérieuses et cachées n’apparaissent pas en votre personne les voies de l’éternelle Sagesse ! Cette naissance de proscrite loin du sol des aïeux, cette rentrée dans la patrie, suivie bientôt d’infortunes plus poignantes, cette tempête, enfin, qui vous jette dénuée de tout sur les rochers d’une terre inconnue : quel prudent de ce monde eût pressenti, dans une série de désastres pareils, la conduite d’une miséricordieuse providence faisant servir à ses plus suaves résolutions la violence combinée des hommes et des éléments ? Et pourtant, c’est ainsi que se formait en vous la femme forte, supérieure aux tromperies de la vie présente et fixée en Dieu, le seul bien que n’atteignent pas les révolutions de ce monde.

Loin de s’aigrir ou de se dessécher sous la souffrance, votre cœur, établi au-dessus des variations de cette terre à la vraie source de l’amour, y puisait toutes les prévoyances et tous les dévouements qui, sans autre préparation, vous tenaient à la hauteur de la mission qui devait être la vôtre. Ainsi fûtes-vous en toute vérité ce trésor qui mérite qu’on l’aille chercher jusqu’aux extrémités du monde, ce navire qui apporte des plages lointaines la nourriture et toutes les richesses au rivage où les vents l’ont poussé. Heureuse votre patrie d’adoption, si jamais elle n’eût oublié vos enseignements et vos exemples ! Heureux vos descendants, si toujours ils s’étaient souvenus que le sang des Saints coulait dans leurs veines ! Digne de vous dans la mort, la dernière reine d’Écosse porta du moins sous la hache du bourreau une tête jusqu’au bout fidèle à son baptême. Mais on vit l’indigne fils de Marie Smart, par une politique aussi fausse que sacrilège, abandonner en même temps l’Église et sa mère. L’hérésie desséchait pour jamais la souche illustre d’où sortirent tant de rois, au moment où l’Angleterre et l’Écosse s’unissaient sous leur sceptre agrandi ; car la trahison consommée par Jacques Ier ne devait pas être rachetée devant Dieu par la fidélité de Jacques II à la foi de ses pères. O Marguerite, du ciel où votre trône est affermi pour les siècles sans fin, n’abandonnez ni l’Angleterre à qui vous appartenez par vos glorieux ancêtres, ni l’Écosse dont la protection spéciale vous reste confiée par l’Église de la terre. L’apôtre André partage avec vous les droits de ce puissant patronage. De concert avec lui, gardez les âmes restées fidèles, multipliez le nombre des retours à l’antique foi, et préparez pour un avenir prochain la rentrée du troupeau tout entier sous la houlette de l’unique Pasteur

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