Saint Romuald abbé
Collecte
Que l’intercession du bienheureux Abbé Romuald, nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites.
Office
Quatrième leçon. Romuald naquit à Ravenne ; Serge, son père, était de noble race. Il se retira dès sa jeunesse dans le monastère de Classe, proche de la ville pour y faire pénitence. Là, les entretiens d’un saint religieux l’enflammèrent d’un zèle ardent pour la piété. Ayant eu dans l’église, pendant la nuit, deux apparitions de saint Apollinaire, il se fit moine, selon la prédiction que lui avait faite le serviteur de Dieu. Bientôt il se rendit sur les terres des Vénitiens, auprès de Marin, célèbre alors par la sainteté de sa vie et l’austérité de sa discipline, afin de l’avoir pour maître et pour guide dans la voie étroite et sublime de la perfection.
Cinquième leçon. Attaqué par Satan, qui lui dressait des embûches, et par l’envie des hommes, il en devenait d’autant plus humble, s’exerçait assidûment aux jeûnes et à la prière, et se livrait à la méditation des choses célestes, en versant d’abondantes larmes : son visage était néanmoins toujours si joyeux qu’il réjouissait ceux qui le considéraient. Il fut en grand honneur auprès des princes et des rois, et plusieurs, par son conseil, renonçant aux attraits du monde, se retirèrent dans la solitude. Brûlant du désir du martyre, il partit pour la Pannonie dans l’espoir de l’y trouver : mais une maladie qui le tourmentait quand il avançait, et qui lui était enlevée lorsqu’il revenait sur ses pas, le contraignit de s’en retourner.
Sixième leçon. Il fut illustre par des miracles pendant sa vie et après sa mort ; il eut aussi l’esprit de prophétie. Comme le patriarche Jacob, il aperçut en vision une échelle s’élevant de la terre au ciel, par laquelle montaient et descendaient des hommes vêtus de blanc, et il reconnut dans cette vision merveilleuse les moines Camaldules, dont il a fondé l’institut. Enfin, après avoir vécu cent vingt ans et servi Dieu pendant un siècle par la vie la plus austère, il s’en alla vers lui l’an du salut mil vingt-sept. Son corps ayant été trouvé intact cinq ans après sa sépulture, on le déposa avec honneur dans l’église de son Ordre, à Fabriano.
La série des Martyrs est interrompue pour deux jours sur le Cycle sacré ; nous fêtons aujourd’hui un des héros de la pénitence, Romuald, l’ange des forêts de Camaldoli. C’est un des fils du grand patriarche Benoît ; père, après lui, d’une longue postérité. La filiation bénédictine se poursuit, directe, jusqu’à la fin des temps ; mais du tronc de cet arbre puissant sortent en ligne collatérale quatre glorieux rameaux toujours adhérents, et auxquels l’Esprit-Saint a donné vie et fécondité pour de longs siècles ; ce sont : Camaldoli par Romuald, Cluny par Odon, Vallombreuse par Jean Gualbert, et Cîteaux par Robert de Molesmes.
Aujourd’hui, Romuald réclame nos hommages ; et si les Martyrs que nous avons déjà rencontrés, et que nous rencontrerons encore sur la route qui nous conduit à l’expiation quadragésimale, nous offrent un précieux enseignement par le mépris qu’ils ont fait de la vie, les saints pénitents, comme le grand Abbé de Camaldoli, nous présentent une leçon plus pratique encore. Ceux qui sont à Jésus-Christ, dit l’Apôtre, ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises ; c’est donc la condition commune de tout chrétien ; mais quel puissant encouragement nous donnent ces généreux athlètes de la mortification qui ont sanctifié les déserts par les œuvres héroïques de leur pénitence, enlevant ainsi toute excuse à notre lâcheté qui s’effraie des légères satisfactions que Dieu exige pour nous rendre ses bonnes grâces ! Acceptons la leçon qui nous est donnée, et offrons de bon cœur au Seigneur que nous avons offensé le tribut de notre repentir, avec les œuvres qui purifient les âmes.
Ami de Dieu, Romuald, que votre vie a été différente de la nôtre ! Nous aimons le monde et ses agitations ; c’est à peine si la pensée de Dieu traverse quelquefois nos journées d’un fugitif souvenir ; plus rarement encore est-elle le mobile de nos actions. Cependant chaque heure qui s’écoule nous approche de ce moment où nous nous trouverons en face de Dieu, chargés de nos œuvres bonnes et mauvaises, sans que rien ne puisse plus modifier la sentence que nous nous serons préparée. Vous n’avez pas entendu ainsi la vie, ô Romuald ! Il vous a semblé qu’une pensée unique devait la remplir tout entière, un seul intérêt la préoccuper, et vous avez marché constamment en présence de Dieu. Pour n’être pas distrait de ce grand et cher objet, vous avez cherché le désert ; là, sous la règle du saint Patriarche des moines, vous avez lutté contre le démon et la chair ; vos larmes ont lavé vos péchés, si légers en comparaison des nôtres ; votre cœur, régénéré dans la pénitence, a pris son essor d’amour vers le Sauveur des hommes, et vous eussiez voulu lui offrir jusqu’à votre sang. Vos mérites sont notre bien aujourd’hui, par cette heureuse communion que le Seigneur a daigné établir entre les plus saintes âmes et nous pécheurs. Aidez-nous donc dans la carrière de pénitence qui commencera bientôt ; nous avons tant besoin de mettre la faiblesse de nos œuvres à couvert sous la plénitude des vôtres ! Au fond de votre solitude, sous les ombrages de votre Éden de Camaldoli, vous aimiez les hommes vos frères, et jamais ils n’approchèrent de vous sans être captivés par votre aimable et douce charité : montrez-leur que vous les aimez toujours. Souvenez-vous aussi de l’Ordre que vous avez fondé ; fécondez ses restes vénérables, et faites qu’il soit toujours aux âmes que le Seigneur y appelle une échelle sûre pour monter jusqu’à lui.
Saint Tite évêque et confesseur mémoire de Sainte Dorothée Vierge et Martyre
Collecte
O Dieu, qui avez orné des vertus apostoliques le bienheureux Tite, votre Confesseur et Pontife, accordez-nous, par ses mérites et par son intercession, que, vivant justement et pieusement en ce monde, nous méritions de parvenir à la céleste patrie.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Tite, Évêque de Crète, à peine initié aux mystères de la foi chrétienne et aux sacrements, par les enseignements de l’Apôtre saint Paul, répandit une telle lumière de sainteté sur l’Église alors encore au berceau, qu’il mérita d’être admis parmi les disciples du Docteur des Gentils. Appelé à partager le fardeau de la prédication, son ardeur à publier l’Évangile et sa fidélité le rendirent tellement cher à saint Paul que celui-ci, venu à Troade pour l’Évangile du Christ, déclare qu’il n’eut point de repos en son esprit, parce qu’il n’y avait pas trouvé Tite, son frère. Et peu après, s’étant rendu en Macédoine, il exprime encore son affection pour ce disciple par ces paroles : « Celui qui console les humbles, Dieu nous a consolés par l’arrivée de Tite. »
Cinquième leçon. Envoyé à Corinthe par l’Apôtre, Tite s’acquitta avec tant de sagesse et de douceur de cette mission, qui consistait principalement à recueillir les aumônes offertes par la piété des fidèles pour soulager la pauvreté de l’Église des Hébreux, que non seulement il maintint les fidèles de Corinthe dans la foi du Christ, mais qu’il excita en eux des désirs accompagnés de larmes, et du zèle pour Paul, qui les avait d’abord instruits. Après avoir enduré les fatigues de nombreux et lointains voyages sur terre et sur mer pour aller jeter la semence de la divine parole chez des nations répandues en diverses contrées et parlant différentes langues, après beaucoup de soucis et d’épreuves qu’il supporta avec une grande fermeté d’âme pour le triomphe de la Croix, il aborda à l’île de Crète avec Paul, son maître. Choisi par l’Apôtre comme Évêque de cette Église, il se conduisit certainement dans cette charge de manière à se montrer lui-même, selon le conseil de Paul, qui l’avait instruit, « un modèle de bonnes œuvres, dans la doctrine, dans l’intégrité, dans la gravité. »
Sixième leçon. Tite, semblable à un flambeau, répandit donc les clartés de la religion sur ceux qui étaient assis comme à l’ombre de la mort, dans les ténèbres de l’idolâtrie et du mensonge. On rapporte qu’au prix de grandes peines vaillamment surmontées, il déploya l’étendard de la Croix chez les Dalmates. Enfin, plein de jours et de mérites, âgé de plus de quatre-vingt-quatorze ans, il s’endormit dans le Seigneur de la mort précieuse des justes, la veille des nones de janvier ; il fut enseveli dans l’Église où l’Apôtre l’avait établi Prêtre. Son nom, comblé de louanges par saint Jean Chrysostome et par saint Jérôme, se lit en ce même jour au Martyrologe romain ; le souverain Pontife Pie IX a ordonné que sa fête soit célébrée par l’Église universelle.
Un saint Évêque de l’âge apostolique, un disciple du grand Paul, s’offre aujourd’hui à notre vénération]. Ses actions nous sont peu connues ; mais en lui adressant une de ses Lettres inspirées, le Docteur des Gentils l’a rendu immortel. Partout où la foi du Christ a été et sera portée, Tite, ainsi que Timothée, sera connu des fidèles ; jusqu’à la fin des temps, la sainte Église consultera, avec un souverain respect, cette Épître adressée à un simple évêque de l’île de Crète, mais dictée par l’Esprit-Saint, et par là même destinée à faire partie du corps des Écritures sacrées qui contiennent la pure Parole de Dieu. Les conseils et les directions que renferme cette admirable lettre, furent la règle souveraine du saint Évêque à qui Paul avait voué une si affectueuse tendresse. Tite eut la gloire d’établir le Christianisme dans cette île fameuse où le paganisme avait un de ses principaux centres. Il survécut à son maître immolé dans Rome par le glaive de Néron ; et comme saint Jean, à Éphèse, il s’endormit paisiblement dans une heureuse vieillesse, entouré des respects de la chrétienté qu’il avait fondée. Sa vie a laissé peu de traces ; mais les quelques traits qui nous restent à son sujet donnent l’idée d’un de ces hommes de vertu supérieure que Dieu choisit au commencement, pour en faire les premières assises de son Église.
Heureux disciple du grand Paul, la sainte Église a voulu qu’un jour dans l’année fût employé à célébrer vos vertus et à implorer votre suffrage ; soyez propice aux fidèles qui glorifient le divin Esprit pour les dons qu’il a répandus en vous. Vous avez rempli avec zèle et constance la charge pastorale ; tous les traits que Paul énumère dans l’Épître qu’il vous a adressée comme devant former le caractère de l’Évêque, se sont trouvés réunis en votre personne ; et vous brillez sur la couronne du Christ, le Prince des Pasteurs, comme l’un de ses plus riches diamants. Souvenez-vous de l’Église de la terre dont vous avez soutenu les premiers pas. Depuis le jour où vous lui fûtes ravi, dix-huit siècles ont achevé leur cours. Souvent ses jours ont été mauvais ; mais elle a triomphé de tous les obstacles, et elle chemine dans la voie, recueillant les âmes et les dirigeant vers son céleste Époux, jusqu’à l’heure où il viendra arrêter le temps, et ouvrir les portes de l’éternité. Tant que cette heure n’a pas sonné, nous comptons, ô Tite, sur votre puissant suffrage ; du haut du ciel, sauvez les âmes par votre intercession, comme vous les sauviez ici-bas au moyen de vos saintes fatigues. Demandez pour nous à Jésus des Pasteurs qui vous soient semblables. Relevez la Croix dans cette île que vous aviez conquise à la vraie foi, et sur laquelle s’étendent aujourd’hui les ombres de l’infidélité et les ravages du schisme ; que par vous la chrétienté d’Orient se ranime, et qu’elle aspire enfin à l’unité, qui, seule, peut la préserver d’une dissolution complète. Exaucez, ô Tite, les vœux du Pontife qui a voulu que votre culte s’étendît à l’univers entier, afin d’accélérer par votre suffrage les jours de paix et de miséricorde que le monde attend.
PAUL, SERVITEUR DE DIEU, apôtre de Jésus Christ au service de la foi de ceux que Dieu a choisis et de la pleine connaissance de la vérité qui est en accord avec la piété.
Nous avons l'espérance de la vie éternelle, promise depuis toujours par Dieu qui ne ment pas.
Aux temps fixés, il a manifesté sa parole dans la proclamation de l'Évangile qui m'a été confiée par ordre de Dieu notre Sauveur.
Je m'adresse à toi, Tite, mon véritable enfant selon la foi qui nous est commune : à toi, la grâce et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Sauveur.
Si je t'ai laissé en Crète, c'est pour que tu finisses de tout organiser et que, dans chaque ville, tu établisses des Anciens comme je te l'ai commandé moi-même.
L'Ancien doit être quelqu'un qui soit sans reproche, époux d'une seule femme, ayant des enfants qui soient croyants et ne soient pas accusés d'inconduite ou indisciplinés.
Il faut en effet que le responsable de communauté soit sans reproche, puisqu'il est l'intendant de Dieu ; il ne doit être ni arrogant, ni coléreux, ni buveur, ni brutal, ni avide de profits malhonnêtes ; mais il doit être accueillant, ami du bien, raisonnable, juste, saint, maître de lui.
Il doit être attaché à la parole digne de foi, celle qui est conforme à la doctrine, pour être capable d'exhorter en donnant un enseignement solide, et aussi de réfuter les opposants.
Car il y a beaucoup de réfractaires, des gens au discours inconsistant, des marchands d'illusion, surtout parmi ceux qui viennent du judaïsme.
Il faut fermer la bouche à ces gens qui, pour faire des profits malhonnêtes, bouleversent des maisons entières, en enseignant ce qu'il ne faut pas.
Car l'un d'entre eux, un de leurs prophètes, l'a bien dit : Crétois toujours menteurs, mauvaises bêtes, gloutons fainéants !
Ce témoignage est vrai. Pour cette raison, réfute-les vigoureusement, afin qu'ils retrouvent la santé de la foi, au lieu de s'attacher à des récits légendaires du judaïsme et à des préceptes de gens qui se détournent de la vérité.
Tout est pur pour les purs ; mais pour ceux qui sont souillés et qui refusent de croire, rien n'est pur : leur intelligence, aussi bien que leur conscience, est souillée.
Ils proclament qu'ils connaissent Dieu, mais, par leurs actes, ils le rejettent, abominables qu'ils sont, révoltés, totalement inaptes à faire le bien.
Quant à toi, dis ce qui est conforme à l'enseignement de la saine doctrine.
Que les hommes âgés soient sobres, dignes de respect, pondérés, et solides dans la foi, la charité et la persévérance.
De même, que les femmes âgées mènent une vie sainte, ne soient pas médisantes ni esclaves de la boisson, et qu'elles soient de bon conseil, pour apprendre aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants, à être raisonnables et pures, bonnes maîtresses de maison, aimables, soumises à leur mari, afin que la parole de Dieu ne soit pas exposée au blasphème.
Les jeunes aussi, exhorte-les à être raisonnables en toutes choses. Toi-même, sois un modèle par ta façon de bien agir, par un enseignement sans défaut et digne de respect, par la solidité inattaquable de ta parole, pour la plus grande confusion de l'adversaire, qui ne trouvera aucune critique à faire sur nous.
Que les esclaves soient soumis à leur maître en toutes choses, qu'ils se rendent agréables, qu'ils ne soient pas contestataires, qu'ils ne dérobent rien, mais qu'ils montrent une parfaite fidélité, pour faire honneur en tout à l'enseignement de Dieu notre Sauveur.
Car la grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes.
Elle nous apprend à renoncer à l'impiété et les convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ.
Car il s'est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.
Voilà comment tu dois parler, exhorter et réfuter, en toute autorité. Que personne n'ait lieu de te mépriser.
Rappelle à tous qu'ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu'ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien ; qu'ils n'insultent personne, ne soient pas violents, mais bienveillants, montrant une douceur constante à l'égard de tous les hommes.
Car nous aussi, autrefois, nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de plaisirs ; nous vivions dans la méchanceté et la jalousie, nous étions odieux et remplis de haine les uns pour les autres.
Mais lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde.
Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint.
Cet Esprit, Dieu l'a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur,
afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle.
Voilà une parole digne de foi, et je veux que tu t'en portes garant, afin que ceux qui ont mis leur foi en Dieu aient à cœur d'être les premiers pour faire le bien : c'est cela qui est bon et utile pour les hommes.
Mais les recherches folles, les généalogies, les disputes et les polémiques sur la Loi, évite-les, car elles sont inutiles et vaines.
Quant à l'hérétique, après un premier et un second avertissement, écarte-le, sachant qu'un tel homme est perverti et pécheur : il se condamne lui-même.
Lorsque je t'aurai envoyé Artémas ou Tychique, efforce-toi de me rejoindre à Nicopolis : c'est là que j'ai décidé de passer l'hiver.
Prends soin de fournir au juriste Zénas ainsi qu'à Apollos ce qu'il faut pour leur voyage, afin qu'ils ne manquent de rien.
Que ceux de chez nous apprennent aussi à être les premiers pour faire le bien et répondre aux nécessités urgentes : ainsi ils ne manqueront pas de produire du fruit.
Ceux qui sont avec moi te saluent tous. Salue nos amis dans la foi. Que la grâce soit avec vous tous.
Dimanche de la Septuagésime
Introït
Les gémissements de la mort m’ont environné, les douleurs de l’enfer m’ont entouré ; dans mon affliction j’ai invoqué le Seigneur, et de son saint temple, il a entendu ma voix. Je vous aimerai, Seigneur, vous qui êtes ma force ; le Seigneur est mon ferme appui, et mon libérateur.
Collecte
Nous vous en supplions, Seigneur, écoutez avec clémence les prières de votre peuple, afin que nous qui sommes justement affligés pour nos péchés, nous soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre nom.
Épitre 1 Cor. 9, 24-27 ; 10, 1-5
Mes Frères : Ne le savez-vous pas ? Dans les courses du stade, tous courent, mais un seul emporte le prix. Courez de même, afin de le remporter. Quiconque veut lutter, s’abstient de tout : eux pour une couronne périssable ; nous, pour une impérissable. Pour moi, je cours de même, non comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. Car je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous traversé la mer, et qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer ; qu’ils ont tous mangé le même aliment spirituel, et qu’ils ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ. Cependant ce n’est pas dans la plupart d’entre eux que Dieu trouva son plaisir.
Évangile Mt. 20, 1-16.
En ce temps là, Jésus dit à ces disciples cette parabole : le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit de grand matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Étant convenu avec les ouvriers d’un denier par jour, il les envoya à sa vigne. Il sortit vers la troisième heure, en vit d’autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, et leur dit : "Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste." Et ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la même chose. Étant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d’autres qui stationnaient, et il leur dit : "Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire ?" Ils lui disent : "C’est que personne ne nous a embauchés." Il leur dit : "Allez, vous aussi, à la vigne." Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : "Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu’aux premiers." Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu’ils recevraient davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : "Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur." Mais lui, s’adressant à l’un d’eux, répondit : "Ami, je ne te fais point d’injustice : n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon ? Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers."
Secrète
Ayant agréé nos offrandes et nos prières, purifiez-nous grâce à ces mystères tout célestes, nous vous en supplions, Seigneur, et exaucez-nous avec clémence.
Communion
Faites luire votre visage sur votre serviteur, et sauvez-moi par votre miséricorde ; Seigneur, que je ne sois pas confondu, car je vous ai invoqué.
Postcommunion
Que vos fidèles, ô Dieu, soient affermis par vos dons, afin qu’en les recevant ils les recherchent encore et qu’en les recherchant ils les reçoivent sans fin.
Office
1er Nocturne
1ère leçon
Commencement du livre de la Genèse
Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Mais la terre était informe et nue, et des ténèbres étaient sur la face d’un abîme, et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux]. Or Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. Et Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Et il appela la lumière, Jour, et les ténèbres, Nuit ; et d’un soir et d’un matin se fit un jour unique. Dieu dit encore : Qu’un firmament soit fait entre les eaux, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient sur le firmament. Et il fut fait ainsi. Or Dieu nomma le firmament, Ciel ; et d’un soir et d’un matin se fit un second jour.
2e leçon
Dieu dit ensuite : Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que la partie aride paraisse. Or Dieu nomma la partie aride, Terre, et les amas d’eaux, il les appela Mer. Et Dieu vit que cela était bon. Et il dit : Que la terre produise de l’herbe verdoyante et faisant de la semence, et des arbres fruitiers, faisant du fruit selon leur espèce, dont la semence soit en eux-mêmes sur la terre. Et il fut fait ainsi. Et la terre produisit de l’herbe verdoyante et faisant de la semence selon son espèce, et des arbres faisant du fruit], et ayant chacun de la semence selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Et d’un soir et d’un matin, se fit un troisième jour. Dieu dit aussi : Qu’il soit fait des luminaires dans le firmament du ciel, et qu’ils séparent le jour et la nuit, et qu’ils servent de signes pour [marquer], et les temps, et les jours, et les années ; qu’ils luisent dans le firmament du ciel, et qu’ils éclairent la terre. Et il fut fait ainsi. Dieu fit donc deux grands luminaires l’un plus grand, pour présider au jour ; l’autre moins grand, pour présider à la nuit ; et les étoiles. Et il les plaça dans le firmament du ciel pour luire sur la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. Et d’un soir et d’un matin se fit un quatrième jour.
3e leçon
Dieu dit encore : Que les eaux] produisent des reptiles d’une âme vivante], et des volatiles sur la terre, sous le firmament du ciel. Dieu donc créa les grands poissons, et toute âme vivante et ayant le mouvement, que les eaux produisirent selon leurs espèces, et tout volatile selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Il les bénit, disant : Croissez et multipliez-vous, et remplissez les eaux de la mer ; et que les oiseaux se multiplient sur la terre. Et d’un soir et d’un matin se fit un cinquième jour. Dieu dit aussi : Que la terre produise des âmes vivantes selon leur espèce, des animaux domestiques, des reptiles et des bêtes de la terre selon leurs espèces. Et il fut fait ainsi. Dieu fit donc les bêtes de la terre selon leurs espèces, les animaux domestiques et tout les reptiles de la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Il dit ensuite : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance] et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les volatiles du ciel, et sur les bêtes, et sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui se meuvent sur la terre.
2e Nocturne
4e leçon
Du Manuel de saint Augustin, Évêque
Dieu avait menacé l’homme de le punir de mort, s’il venait à pécher ; il lui avait fait don du libre arbitre, mais tout en le tenant sujet à son commandement, et en excitant en lui la crainte de sa ruine. Il le plaça dans un jardin de délices, qui n’était que l’ombre d’une vie meilleure, où il serait parvenu s’il avait conservé la justice. Exilé de l’Eden après sa faute, le premier homme enchaîna à la peine de la mort et à la réprobation tous ses descendants, corrompus en sa personne comme dans leur source, de telle sorte que toute la race qui devait naître de lui et de son épouse (condamnée comme lui, après l’avoir porté au péché) contracta la faute originelle, et mérita d’être entraînée parmi des erreurs et des douleurs de toute espèce, jusqu’au supplice sans fin avec les anges infidèles, ses corrupteurs, ses maîtres et les compagnons de son malheureux sort.
5e leçon
« C’est ainsi que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et, avec le péché, la mort, qui a passé à tous les hommes, par celui en qui tous ont péché. »] Ce que l’Apôtre appelle ici le monde, c’est l’humanité entière. Tel était donc l’état des choses. Toute la masse du genre humain, condamnée, était plongée dans le malheur, ou plutôt se voyait entraînée et précipitée de maux en maux. Associé aux anges coupables, l’homme subissait les peines très méritées de son impie prévarication.
6e leçon
Car il faut considérer comme une conséquence de la juste colère de Dieu, les désordres auxquels les méchants sont portés par l’attrait d’une concupiscence aveugle et sans frein, ainsi que les maux visibles ou invisibles qu’ils souffrent malgré eux. Cependant la bonté du Créateur n’a pas cessé de se manifester envers les mauvais anges, en leur conservant la vie et la puissance toujours active sans laquelle ils cesseraient d’être ; comme envers les hommes en en propageant la race, bien qu’issue d’une souche viciée et condamnée. Il forme leur corps qu’il anime du souffle de la vie ; il dispose leurs membres qu’il met en harmonie avec les différents âges ; il entretient la vivacité de leurs sens, suivant la disposition des organes ; il leur fournit des aliments. Dans sa sagesse, il a mieux aimé tirer le bien du mal, que de ne pas permettre qu’il arrivât aucun mal.
3e Nocturne
7e leçon
Homélie de saint Grégoire, Pape.
Il est dit que le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui loue des ouvriers pour cultiver sa vigne. Or, qui peut être plus justement représenté par le père de famille que notre Créateur, qui gouverne ceux qu’il a créés, et qui possède ses élus dans ce monde, comme un maître a ses serviteurs dans sa maison ? Il possède une vigne, à savoir l’Église universelle, qui a poussé autant de sarments qu’elle a produit de saints, depuis le juste Abel, jusqu’au dernier élu devant naître à la fin du monde.
8e leçon
Ce divin père de famille loue donc des ouvriers pour cultiver sa vigne, dès la pointe du jour, à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième et à la onzième ; parce qu’il ne cesse point, depuis le commencement de ce monde jusqu’à la fin, de réunir des prédicateurs pour enseigner les fidèles. Le matin du monde peut s’entendre du temps qui s’est écoulé depuis Adam jusqu’à Noé ; la troisième heure, de Noé à Abraham ; la sixième, d’Abraham à Moïse ; la neuvième, de Moïse à la venue du Sauveur, et la onzième, depuis la venue du Sauveur jusqu’à la fin du monde. Les Apôtres ont été envoyés pour prêcher en cette dernière heure, et quoique venant si tard, ils ont reçu un salaire entier.
9e leçon
Le Seigneur ne cesse donc en aucun temps d’envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne, c’est-à-dire pour instruire son peuple. Par les Patriarches d’abord, ensuite par les Docteurs de la loi et les Prophètes, et enfin par les Apôtres, il a consacré tous ses soins à sanctifier son peuple. Il a travaillé, pour ainsi dire, à la culture de sa vigne, par l’entremise de ces ouvriers que nous avons énumérés ; mais cela n’empêche pas que tous ceux qui, avec une foi correcte, se sont appliqués et ont exhorté à faire le bien, ne puissent être considérés aussi (chacun dans sa mesure et à un certain degré), comme les ouvriers de cette vigne. Ceux de la première heure, ainsi que ceux de la troisième, de la sixième et de la neuvième, désignent l’ancien peuple hébreu qui, depuis le commencement du monde, s’efforçant, en la personne de ses saints, de servir Dieu avec une foi droite, n’a pour ainsi dire pas cessé de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure les Gentils sont appelés, c’est à eux que s’adressent ces paroles « Pourquoi êtes-vous ici tout le jour sans rien faire ? »
Super II Tim., cap. 3 l. 3
Lectio 3
Super II Tim., cap. 3 l. 3 Supra, proposuit Timotheo in exemplum persecutiones quas ipse passus fuit. Et ne videatur ipse solus per huiusmodi passiones transisse, ostendit eas esse communes sanctis. Et primo docet quomodo sancti patiuntur hic defectus poenales; secundo quomodo mali proficiunt per defectum culpae, ibi mali autem homines. Dicit ergo: persecutiones sustinui, et non solum ego, sed et omnes. Pie sumitur dupliciter, quandoque pro virtute pietatis ad cultum divinum, supra eodem habentes speciem pietatis, quandoque pro misericordia ad proximum, I Tm. IV, 8: pietas ad omnia valet. Omnes ergo qui pie volunt vivere in Christo, etc., id est, volunt observare cultum religionis Christianae. Tt. II, 12: sobrie, et iuste, et pie vivamus in hoc saeculo, et cetera. Et tales persecutionem patientur, et maxime in primitiva Ecclesia, quando Christus undique impugnabatur a Iudaeis et gentibus. Et ideo Jn. XVI, 2: venit hora ut omnis qui interficit vos, arbitretur obsequium se praestare Deo. Mt. XXIV, 9: eritis odio omnibus gentibus propter nomen meum. Item omnes qui pie volunt, etc., id est, volunt per fidem Christi servare misericordiam ad proximum, necesse est eos persecutionem pati, et si non ab extra, tamen ab intus, quando scilicet compatiuntur defectibus proximorum, quorum culpas et poenalitates vident. II Cor. XI, 29: quis scandalizatur, et ego non uror? et cetera. II P. II, 8: habitans apud eos, qui de die in diem animam iustam iniquis operibus cruciabant. Ps. CXVIII, 158: vidi praevaricantes, et tabescebam, et cetera. Item sunt aliae persecutiones, quae sanctis omnibus deesse non possunt, scilicet carnis, mundi, et Daemonis: quia, ut habetur Ga.V, 17, caro concupiscit adversus spiritum. Rm. VII, 24: infelix ego homo, quis me liberabit de corpore mortis huius? Ps. XXXIII, 2: multae tribulationes iustorum. Deinde cum dicit mali autem homines, ostendit quod mali incidunt in peiora mala, scilicet culpae. Dicit mali in se, scilicet inquantum peccatis inhaerent. Mt. XXI, 41: malos male perdet, et cetera. Et seductores, scilicet in proximorum nocumentum, inquantum seorsum ducunt eos a via veritatis, quae communis est. Rm. ult.: per dulces sermones et benedictiones seducunt corda innocentium. Sed isti non contenti malis quae fecerunt, proficient in peius. Ap. ult.: qui sordidus est, sordescat adhuc. Sed contra supra eodem: ultra non proficient. Dicendum est, quod qui proficiunt in peius, sunt permissi a Deo, vel sic quod proficiunt in peius ex intentione malitiae eorum, quae semper est ad malum; sed secundum providentiam divinam prohibentur, ne possint implere quod coeperunt. Proficiunt autem in peius mali in seipsis, inquantum errant circa veritatem. Mt. XXII, 29: erratis nescientes Scripturas, neque virtutem Dei. Item opere errant, et hoc modo omnes mali errant. Pr. XIV, 22: errant omnes qui operantur malum. Item in proximis, quia seductores, unde dicit in errorem mittentes, suadendo scilicet quod possint per prosperitates venire ad regnum caelorum, contra illud, supra III, 12: qui pie volunt, et cetera. Et Is. III, 12: popule meus, qui beatum te dicunt, ipsi te decipiunt. Deinde cum dicit tu vero, monet eum, ut maneat in sua institutione. Et hortatur eum tripliciter, scilicet ex parte doctoris, ex parte ipsius Timothei, et ex parte eorum quae accepit. Dicit ergo: assecutus es meam doctrinam, etc., ut supra III, 10: ergo permane in his; Eccli. X, 4: si spiritus potestatem habentis ascenderit super te, locum tuum ne dimiseris. I Cor. XV, 58: stabiles estote, et immobiles. Dicit ergo quae didicisti, et credita sunt tibi, quia quilibet Christianus discit quae fidei sunt; et haec est doctrina salutaris. Jn. VI, 45: omnis qui audivit a Patre meo, et didicit, venit ad me, et cetera. Sed specialiter documenta fidei sunt credita praelatis, inquantum debent aliis ea dispensare. Ga. II, 7: cum vidissent quod creditum est mihi Evangelium praeputii. Et quare oportet permanere? Quia ego a magistro scientiae habui, qui errare non potuit. II Cor. XIII, 3: in me loquitur Christus. Et ideo in his firmiter permane, sciens a quo didiceris, quia a Paulo, qui non ab homine, neque per hominem didicit, etc., Ga. II. Secundo ex propria conditione. Turpe enim est homini nutrito in bono a pueritia, in senectute deficere. Eccli. XXVI, 27: qui transgreditur a iustitia ad peccatum, Deus paravit eum ad rompheam. Timotheus autem sic fuit nutritus. Pr. XXII, 6: adolescens iuxta viam suam, etiam cum senuerit, non recedet ab ea. Unde dicit et quia ab infantia sacras litteras nosti, quae sunt litterae veteris testamenti, quas didicit ab infantia, quia filius mulieris Iudaeae, Ac. XVI, 1. Unde mater sua fecit eum erudiri in eis. Quod est contra Manichaeum, quia apostolus vetus testamentum hic nominat sacras litteras, quae non possunt intelligi de novo testamento, quia ab infantia sua non erat edoctus litteras novi testamenti. Tertio ex parte eorum quae accepit, et est tertia ratio. Nam si aliquis habet aliquam scientiam in qua non est utilitas, deserit eam, et transit ad aliam. Sed si scientia est valde utilis, stultum est eam dimittere. Et primo facit rationem; secundo manifestat eam, ibi omnis Scriptura. Dicit ergo: dico quod accepisti litteras sacras, quae non sunt contemnendae, quia sunt utiles. Is. XLVIII, 17: ego Dominus Deus tuus, docens te utilia. Unde subdit dicens quae te possunt instruere. Jn. VI, 69: Domine, ad quem ibimus? Verba vitae aeternae habes. Jn. V, 39: scrutamini Scripturas, in quibus putatis vitam aeternam habere, illae sunt quae testimonium perhibent de me. Et hae litterae te possunt instruere ad salutem; sed non nisi per fidem quae in Christo Iesu. Rm. X, 4: finis enim legis est Christus ad iustitiam omni credenti. He. XI, 6: sine fide enim impossibile est placere Deo. Rationem autem manifestat, dicens omnis. Ubi ostendit quod sacrae litterae sunt via ad salutem. Et tria ponit. Nam commendat Scripturas ratione principii, ratione effectus utilis, et ratione ultimi fructus et profectus. Si enim consideres eius principium, habet privilegium super omnes, quia aliae sunt traditae per rationem humanam, sacra autem Scriptura est divina; ideo dicit Scriptura divinitus inspirata. II P. I, 21: non enim voluntate humana allata est aliquando prophetia, sed Spiritu Sancto inspirati locuti sunt sancti Dei homines. Jb XXXII, 7: inspiratio omnipotentis dat intelligentiam. Sed dices: quomodo non alia omnis Scriptura divinitus inspiratur, cum secundum Ambrosium, omne verum, a quocumque dicatur, a Spiritu Sancto est? Dicendum est quod Deus dupliciter aliquid operatur, scilicet immediate, ut proprium opus, sicut miracula; aliquid mediantibus causis inferioribus, ut opera naturalia, Jb X, 8: manus tuae, Domine, fecerunt me, etc. quae tamen fiunt operatione naturae. Et sic in homine instruit intellectum et immediate per sacras litteras, et mediate per alias Scripturas. Effectus huius Scripturae est duplex, scilicet quia docet cognoscere veritatem, et suadet operari iustitiam. Jn. XIV, 26: Paracletus autem Spiritus Sanctus docebit, scilicet cognoscenda, et suggeret operanda. Et ideo utilis est ad cognoscendam veritatem, et utilis est ad dirigendum in operatione. Est enim ratio speculativa, et est etiam ratio practica. Et in utroque sunt duo necessaria, scilicet quod veritatem cognoscat, et errorem refellat. Hoc enim opus est opus sapientis, scilicet non mentiri, et mentientem refellere. Quantum ad primum dicit utilis est ad docendum, scilicet veritatem. Ps. CXVIII, 66: bonitatem et disciplinam et scientiam doce me. Quantum ad secundum subdit ad arguendum. Tt. I, 9: ut sis potens exhortari in doctrina sana, et eos qui contradicunt arguere. Item quantum ad practicam sunt duo necessaria, scilicet ut reducat a malo, et ad bonum inducat. Ps. XXXIII, 15: declina a malo, et fac bonum. Quantum ad primum dicit ad corripiendum, quod est corripere a malo. Mt. XVIII, 15: si peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solum.Jb V, 17: beatus homo qui corripitur a Domino. Quantum ad secundum dicit ad erudiendum in iustitia. Et haec omnia sacra Scriptura facit. Is. VIII, 11: in manu forti erudivit me, et cetera. Sic ergo quadruplex est effectus sacrae Scripturae, scilicet docere veritatem, arguere falsitatem: quantum ad speculativam; eripere a malo, et inducere ad bonum: quantum ad practicam. Ultimus eius effectus est, ut perducat homines ad perfectum. Non enim qualitercumque bonum facit, sed perficit. He. VI, 1: ad perfectionem feramur. Et ideo dicit ut perfectus sit homo Dei, quia non potest homo esse perfectus, nisi sit homo Dei. Perfectum enim est, cui nihil deest. Tunc ergo homo est perfectus, quando est instructus, id est, paratus, ad omne opus bonum, non solum ad ea quae sunt de necessitate salutis, sed etiam ad ea quae sunt supererogationis. Ga. cap. ult.: bonum autem facientes, non deficiamus.
Saint André Corsini évêque et confesseur
Collecte
O Dieu, qui renouvelez constamment les exemples des vertus dans votre Église, donnez à votre peuple de suivre les traces du bienheureux André, votre Confesseur et Pontife, en sorte qu’il parvienne aux mêmes récompenses.
Office
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. André naquit à Florence de la noble famille des Corsini ; ses parents, qui l’avaient obtenu de Dieu par leurs prières, le consacrèrent, à la bienheureuse Vierge. Un présage divin montra, dès avant sa naissance, ce qu’il devait être un jour : pendant que sa mère était enceinte, il lui sembla, durant son sommeil, qu’elle avait mis au monde un loup qui, se dirigeant vers l’église des Carmes, fut soudain changé en agneau, dans le vestibule même du temple. André reçut dans sa jeunesse, une éducation pieuse et conforme à son rang ; et comme il se laissait aller peu à peu au vice, il fut souvent repris par sa mère. Mais dès qu’il sut qu’il avait été consacré à la Vierge Mère de Dieu par un vœu de ses parents, l’amour de Dieu s’alluma dans son cœur, et, averti de la vision de sa mère, il embrassa l’Institut des Carmes, dans lequel il eut à souffrir diverses tentations de la part du démon, mais rien ne put jamais le détourner de son dessein d’être religieux. Envoyé bientôt à Paris, il y suivit le cours des études et y obtint le grade de docteur, puis, rappelé dans sa patrie, il fut préposé au gouvernement de son Ordre en Toscane.
Cinquième leçon. Sur ces entrefaites, l’Église de Fiesole, devenue veuve de son pasteur, le choisit pour son Évêque. André, s’estimant indigne de cette charge, s’enfuit et demeura longtemps caché. Le lieu de sa retraite ayant été miraculeusement révélé par la voix d’un enfant, il fut trouvé hors de la ville, et reçut la consécration épiscopale de crainte de s’opposer à la volonté divine. Revêtu de cette dignité, il s’appliqua avec plus de soin que jamais à la pratique de l’humilité, vertu qu’il avait toujours cultivée, et unit à la sollicitude pastorale la miséricorde envers les pauvres, ta libéralité, l’assiduité à l’oraison, les veilles, et les autres vertus ; il fut encore illustre par l’esprit de prophétie : de telle sorte que tous célébraient sa sainteté.
Sixième leçon. Les mérites d’André poussèrent Urbain V à l’envoyer à Bologne, en qualité de légat, pour apaiser des troubles. Le Saint eut beaucoup à souffrir dans l’accomplissement de cette mission, et il éteignit par sa grande prudence les inimitiés ardentes qui avaient armé les citoyens les uns contre les autres ; la tranquillité rétablie, il revint vers les siens. Bientôt, épuisé par les travaux assidus et par les macérations volontaires de la chair, et après avoir reçu de la bienheureuse Vierge l’annonce de sa mort, il partit pour le royaume céleste, l’an du Seigneur mil trois cent soixante-treize, en la soixante et onzième année de son âge. André étant devenu illustre Par de nombreux et éclatants miracles, Urbain VIII l’inscrivit au nombre des Saints, Son corps repose à Florence dans l’église de son Ordre, et il y est honoré avec la plus grande vénération par les habitants, qui ressentirent plus d’une fois sa protection dans de pressants périls.
Aujourd’hui, c’est un saint Évêque qui, par sa vie austère et son zèle ardent pour le salut des âmes, vient nous inviter à songer sérieusement à notre réconciliation avec Dieu. Moins célèbre dans l’Église que beaucoup d’autres saints Confesseurs, il doit à Clément XII, membre de l’illustre famille Corsini, l’honneur de briller avec plus d’éclat au Cycle de la sainte Église. Mais le Pontife n’était que l’instrument de la divine Providence. Le saint Évêque de la petite ville de Fiesole a toujours cherché l’obscurité durant sa vie, et Dieu a voulu le glorifier dans toute l’Église, en inspirant au Pasteur suprême la pensée de le placer sur le Calendrier universel. Au reste, André fut pécheur avant de devenir un saint ; son exemple nous encouragera à revenir sincèrement à Dieu.
Écoutez, saint Pontife, la prière des pécheurs qui désirent apprendre de vous la voie qui ramène à Dieu. Vous avez fait l’épreuve de ses miséricordes ; c’est à vous de les obtenir pour nous. Soyez donc propice au peuple chrétien, en ces jours où la grâce de la pénitence est offerte à tous ; par vos prières, faites descendre sur nous l’esprit de componction. Nous avons péché, et nous sollicitons le pardon ; fléchissez en notre faveur le cœur de Dieu. De loups rendez-nous agneaux ; fortifiez-nous contre nos ennemis ; faites-nous croître dans la vertu d’humilité qui brilla en vous avec tant d’éclat, et demandez au Seigneur que la persévérance couronne nos efforts, comme elle a couronné les vôtres, afin que nous chantions avec vous et comme vous les miséricordes de notre commun Rédempteur.
Présentation du Seigneur au Temple
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, nous supplions humblement votre majesté, de faire que, comme votre Fils unique revêtu de la substance de notre chair a été en ce jour présenté dans le temple, ainsi nous vous soyons présentés avec des cœurs purifiés.
Office
Au premier nocturne.
Du Livre de l’Exode. Cap. 13, 1-3, 11-13.
Première leçon. Le Seigneur parla à Moïse, disant : Consacre-moi tout premier-né parmi les enfants d’Israël, tant d’entre les hommes que d’entre les bêtes, car à moi sont toutes choses. Et Moïse dit au peuple : Quand le Seigneur t’aura introduit dans la terre du Chananéen, comme il l’a juré à toi et à tes pères, et qu’il te l’aura donnée, tu sépareras pour le Seigneur tout ce qui ouvre un sein, et ce qui est primitif dans tes troupeaux tout ce que tu auras du sexe masculin, tu le consacreras au Seigneur. Tu échangeras le premier-né de l’âne pour une brebis : que si tu ne le rachètes point, tu le tueras. Mais tout premier-né de l’homme d’entre tes fils, c’est avec de l’argent que tu le rachèteras.
Du livre du Lévitique. Cap. 12, 1-8.
Deuxième leçon. Le Seigneur parla à Moïse, disant : Parle aux enfants d’Israël et tu leur diras : Si une femme, après avoir conçu, enfante un enfant mâle, elle sera impure pendant sept jours, et au huitième jour le petit enfant sera circoncis : mais elle demeurera elle-même pendant trente-trois jours dans sa purification. Elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n’entrera pas dans le sanctuaire, jusqu’à ce que soient accomplis les jours de sa purification. Que si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines, et pendant soixante-six jours, elle demeurera dans sa purification.
Troisième leçon. Et lorsque seront accomplis les jours de sa purification pour un fils ou pour une tille, elle portera un agneau d’un an pour l’holocauste, et le petit d’une colombe ou bien une tourterelle pour le péché, à la porte du tabernacle de témoignage, et elle les donnera au prêtre, qui les offrira devant le Seigneur et priera pouf elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée. Telle est la loi de celle qui enfante un enfant maie ou une fille. Que si sa main ne trouve et ne peut offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux petits de colombes, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le péché : et le prêtre priera pour elle, et c’est ainsi qu’elle sera purifiée.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Augustin, Évêque.
Quatrième leçon. C’est ainsi qu’autrefois il a été prophétisé : Un homme appelle Sion du nom de mère : « Car il a été fait homme en elle, et c’est le Très-Haut lui-même qui l’a fondée ». O toute-puissance d’un enfant qui naît ! ô magnificence d’un Dieu qui vient du ciel en terre ! Il était encore au sein qui l’avait conçu, et Jean-Baptiste le saluait déjà du sein d’Élisabeth. On le présentait dans le temple, et il était reconnu par Siméon, vieillard aussi vénéré pour sa réputation que pour son âge, d’une vertu éprouvée, couronné de mérites. C’est alors que ce saint homme le reconnut et l’adora, et c’est alors qu’il dit : « Maintenant Seigneur, vous laissez partir en paix votre serviteur, parce que mes yeux ont contemplé votre Salut ».
Cinquième leçon. Dieu avait différé de le retirer du monde pour qu’il pût voir, né parmi nous, celui qui a fait le monde. Le vieillard reconnut l’enfant, et avec lui devint enfant, la piété dont il était rempli lui donnant une seconde jeunesse. Le vieux Siméon portait le Christ enfant, et Jésus guidait la vieillesse de Siméon. Dieu avait promis au saint vieillard de ne pas le laisser mourir, qu’il n’eût contemplé l’Oint du Seigneur, né parmi les hommes. Le Christ naquit donc, et le désir du vieillard fut accompli dans la vieillesse du monde. Parce qu’il trouve le monde dans la vieillesse du péché, le Christ est venu à un homme avancé en âge.
Sixième leçon. Siméon voulait pas rester long temps en ce monde ; il désirait y voir le Christ, et répétait ces paroles du Prophète : « Seigneur, manifestez-nous votre miséricorde, et donnez-nous votre Salut ». Et pour que vous sachiez que c’était là sa consolation et sa joie, il dit à la fin : « Maintenant, vous laissez partir en paix votre serviteur, parce que mes yeux ont contemplé votre Salut ». Les Prophètes avaient annoncé que le Créateur du ciel et de la terre habiterait sur terre avec les hommes. Un Ange apporta la nouvelle que le Créateur de la chair et de l’esprit allait se revêtir d’un corps. Du sein d’Élisabeth, Jean-Baptiste a salué le Sauveur dans le sein de Marie. Enfin le vieillard Siméon reconnaît pour Dieu cet enfant.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Septième leçon. « Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, attendant la consolation d’Israël ». Non seulement les Anges, les Prophètes et les bergers, mais encore les vieillards et les justes, rendent témoignage à la naissance du Seigneur. Des personnes de tout âge et de tout sexe, des événements miraculeux en confirment la vérité. Une vierge enfante, une femme stérile devient féconde, un muet parle, Élisabeth est inspirée, les Mages viennent adorer, un enfant tressaille dans le sein de sa mère, une veuve loue et bénit, un juste est dans l’attente.
Huitième leçon. Et certes il mérite bien d’être appelé juste, ce vieillard qui avait moins en vue son avantage que celui de la nation. Car tout en désirant d’être dégagé des liens d’un corps fragile, il ne perdit pas l’espoir de contempler le Sauveur promis, estimant heureux les yeux qui le verraient. Il le prit lui-même entre ses bras, et bénissant Dieu, il dit : « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous laissez votre serviteur s’en aller en paix ». Vois comme ce juste pour qui la masse de son corps est une prison, souhaite d’en être délivré, afin de pouvoir commencer d’être avec Jésus-Christ ; car se voir dégagé des liens du corps et être avec Jésus-Christ est beaucoup plus avantageux.
Neuvième leçon. Mais celui qui veut partir ainsi doit venir au temple, venir à Jérusalem, attendre l’Oint du Seigneur, recevoir dans ses mains le Verbe de Dieu, l’embrasser par es bonnes œuvres qui sont comme les bras de la foi. Alors il s’en ira paisiblement, et ne verra point la mort éternelle, puisqu’il aura vu la Vie. Tu vois que la naissance du Seigneur répand la grâce avec abondance sur toute sorte de personnes, et que le don de prophétie est refusé aux incrédules, mais non aux justes. Voici donc Siméon prophétisant que le Seigneur Jésus-Christ est venu pour la ruine et pour la résurrection d’un grand nombre, pour discerner ce que méritent les bons et les méchants, et pour décerner, juge infaillible, juge équitable, des supplices ou des récompenses, selon la qualité de nos actes.
Enfin les quarante jours de la Purification de Marie sont écoulés, et le moment est venu où elle doit monter au Temple du Seigneur pour y présenter Jésus. Avant de suivre le Fils et la Mère dans ce voyage mystérieux à Jérusalem, arrêtons-nous encore un instant à Bethléem, et pénétrons avec amour et docilité les mystères qui vont s’accomplir.
La Loi du Seigneur ordonnait aux femmes d’Israël, après leur enfantement, de demeurer quarante jours sans approcher du tabernacle ; après l’expiration de ce terme, elles devaient, pour être purifiées, offrir un sacrifice. Ce sacrifice consistait en un agneau, pour être consumé en holocauste ; on devait y joindre une tourterelle ou une colombe, destinées à être offertes selon le rite du sacrifice pour le péché. Que si la mère était trop pauvre pour fournir l’agneau, le Seigneur avait permis de le remplacer par une autre tourterelle, ou une autre colombe.
Un second commandement divin déclarait tous les premiers-nés propriété du Seigneur, et prescrivait la manière de les racheter. Le prix de ce rachat était de cinq sicles, qui, au poids du sanctuaire, représentaient chacun vingt oboles. Marie, fille d’Israël, avait enfanté ; Jésus était son premier-né. Le respect dû à un tel enfantement, à un tel premier-né, permettait-il l’accomplissement de la loi ?
Si Marie considérait les raisons qui avaient porté le Seigneur à obliger les mères à la purification, elle voyait clairement que cette loi n’avait point été faite pour elle. Quel rapport pouvait avoir avec les épouses des hommes, celle qui était le très pur sanctuaire de l’Esprit-Saint, Vierge dans la conception de son Fils, Vierge dans son ineffable enfantement ; toujours chaste, mais plus chaste encore après avoir porté dans son sein et mis au monde le Dieu de toute sainteté ? Si elle considérait la qualité sublime de son Fils, cette majesté du Créateur et du souverain Seigneur de toutes choses, qui avait daigné prendre naissance en elle, comment aurait-elle pu penser qu’un tel Fils était soumis à l’humiliation du rachat, comme un esclave qui ne s’appartient pas à lui-même ?
Cependant, l’Esprit qui résidait en Marie lui révèle qu’elle doit accomplir cette double loi. Malgré son auguste qualité de Mère de Dieu, il faut qu’elle se mêle à la foule des mères des hommes, qui se rendent de toutes parts au Temple, pour y recouvrer, par un sacrifice, la pureté qu’elles ont perdue. En outre, ce Fils de Dieu et Fils de l’Homme doit être considéré en toutes choses comme un serviteur ; il faut qu’il soit racheté en cette humble qualité comme le dernier des enfants d’Israël. Marie adore profondément cette volonté suprême, et s’y soumet de toute la plénitude de son cœur.
Les conseils du Très-Haut avaient arrêté que le Fils de Dieu ne serait déclaré à son peuple que par degrés. Après trente années de vie cachée à Nazareth, où, comme le dit l’Évangéliste, il était réputé le fils de Joseph, un grand Prophète devait l’annoncer mystérieusement aux Juifs accourus au Jourdain, pour y recevoir le baptême de la pénitence. Bientôt ses propres œuvres, ses éclatants miracles, rendraient témoignage de lui. Après les ignominies de sa Passion, il ressusciterait glorieux, confirmant ainsi la vérité de ses prophéties, l’efficacité de son Sacrifice, enfin sa divinité. Jusque-là presque tous les hommes ignoreraient que la terre possédait son Sauveur et son Dieu. Les bergers de Bethléem n’avaient point reçu l’ordre, comme plus tard les pêcheurs de Génésareth, d’aller porter la Parole jusqu’aux extrémités du monde ; les Mages, qui avaient paru tout à coup au milieu de Jérusalem, étaient retournés dans l’Orient, sans revoir cette ville qui s’était émue un instant de leur arrivée. Ces prodiges, d’une si sublime portée aux yeux de l’Église, depuis l’accomplissement de la mission de son divin Roi, n’avaient trouvé d’écho et de mémoire fidèle que dans le cœur de quelques vrais Israélites qui attendaient le salut d’un Messie humble et pauvre ; la naissance même de Jésus à Bethléem devait demeurer ignorée du plus grand nombre des Juifs ; car les Prophètes avaient prédit qu’il serait appelé Nazaréen.
Le même plan divin qui avait exigé que Marie fût l’épouse de Joseph, pour protéger, aux yeux du peuple, sa virginité féconde, demandait donc que cette très chaste Mère vînt comme les autres femmes d’Israël offrir le sacrifice de purification, pour la naissance du Fils qu’elle avait conçu par l’opération de l’Esprit-Saint, mais qui devait être présenté au temple comme le fils de Marie, épouse de Joseph. Ainsi, la souveraine Sagesse aime à montrer que ses pensées ne sont point nos pensées, à déconcerter nos faibles conceptions, en attendant le jour où elle déchire les voiles et se montre à découvert à nos yeux éblouis.
La volonté divine fut chère à Marie, en cette circonstance comme en toutes les autres. La Vierge ne pensa point agir contre l’honneur de son fils, ni contre le mérite glorieux de sa propre intégrité, en venant chercher une purification extérieure dont elle n’avait nul besoin. Elle fut, au Temple, la servante du Seigneur, comme elle l’avait été dans la maison de Nazareth, lors de la visite de l’Ange. Elle obéit à la loi, parce que les apparences la déclaraient sujette à la loi. Son Dieu et son Fils se soumettait au rachat comme le dernier des hommes ; il avait obéi à l’édit d’Auguste pour le dénombrement universel ; il devait « être obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » : la Mère et l’Enfant s’humilièrent ensemble ; et l’orgueil de l’homme reçut en ce jour une des plus grandes leçons qui lui aient jamais été données.
Quel admirable voyage que celui de Marie et de Joseph allant de Bethléem à Jérusalem ! L’Enfant divin est dans les bras de sa mère ; elle le tient sur son cœur durant tout le cours de cette route fortunée. Le ciel, la terre, la nature tout entière, sont sanctifiés par la douce présence de leur miséricordieux créateur. Les hommes au milieu desquels passe cette mère chargée de son tendre fruit la considèrent, les uns avec indifférence, les autres avec intérêt ; mais nul d’entre eux ne pénètre encore le mystère qui doit les sauver tous.
Joseph est porteur de l’humble offrande que la mère doit présenter au prêtre. Leur pauvreté ne leur permet pas d’acheter un agneau ; et d’ailleurs n’est-il pas l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, ce céleste Enfant que Marie tient dans ses bras ? La loi a désigné la tourterelle ou la colombe pour suppléer l’offrande qu’une mère indigente ne pourrait présenter : innocents oiseaux, dont le premier figure la chasteté et la fidélité, et dont le second est le symbole de la simplicité et de l’innocence. Joseph porte aussi les cinq sicles, prix du rachat du premier-né ; car il est vraiment le Premier-né, cet unique fils de Marie, qui a daigné faire de nous ses frères, et nous rendre participants de la nature divine, en adoptant la nôtre.
Enfin, cette sainte et sublime famille est entrée dans Jérusalem. Le nom de cette ville sacrée signifie vision de paix ; et le Sauveur vient par sa présence lui offrir la paix. Admirons une magnifique progression dans les noms des trois villes auxquelles se rattache la vie mortelle du Rédempteur. Il est conçu à Nazareth, qui signifie la fleur ; car il est, comme il le dit au Cantique, la fleur des champs et le lis des vallons ; et sa divine odeur nous réjouit. Il naît à Bethléem, la maison du pain, afin d’être la nourriture de nos âmes. Il est offert en sacrifice sur la croix à Jérusalem, et par son sang, il rétablit la paix entre le ciel et la terre, la paix entre les hommes, la paix dans nos âmes. Dans cette journée, comme nous le verrons bientôt, il va donner les arrhes de cette paix.
Pendant que Marie portant son divin fardeau monte, Arche vivante, les degrés du Temple, soyons attentifs ; car une des plus fameuses prophéties s’accomplit, un des principaux caractères du Messie se déclare. Conçu d’une Vierge, né en Bethléem, ainsi qu’il était prédit, Jésus, en franchissant le seuil du Temple, acquiert un nouveau titre à nos adorations. Cet édifice n’est plus le célèbre Temple de Salomon, qui devint la proie des flammes aux jours de la captivité de Juda. C’est le second Temple bâti au retour de Babylone, et dont la splendeur n’a point atteint la magnificence de l’ancien. Avant la fin du siècle, il doit être renversé pour la seconde fois ; et la parole du Seigneur sera engagée à ce qu’il n’y demeure pas pierre sur pierre. Or, le Prophète Aggée, pour consoler les Juifs revenus de l’exil, qui se lamentaient sur leur impuissance à élever au Seigneur une maison comparable à celle qu’avait édifiée Salomon, leur a dit ces paroles, et elles doivent servir à fixer l’époque de la venue du Messie : « Prends courage, Zorobabel, dit le Seigneur ; prends courage, Jésus, fils de Josedec, souverain Prêtre ; prends courage, peuple de cette contrée ; car voici ce que dit le Seigneur : Encore un peu de temps et j’ébranlerai le ciel et la terre, et j’ébranlerai toutes les nations ; et le Désiré de toutes les nations viendra ; et je remplirai de gloire cette maison. La gloire de cette seconde maison sera plus grande que ne le fut celle de la première ; et dans ce lieu je donnerai la paix, dit le Seigneur des armées. »
L’heure est arrivée de l’accomplissement de cet oracle. L’Emmanuel est sorti de son repos de Bethléem, il s’est produit au grand jour, il est venu prendre possession de sa maison terrestre ; et par sa seule présence dans l’enceinte du second Temple, il en élève tout d’un coup la gloire au-dessus de la gloire dont avait paru environné celui de Salomon. Il doit le visiter plusieurs fois encore ; mais cette entrée qu’il y fait aujourd’hui, porté sur les bras de sa mère, suffit à accomplir la prophétie ; dès maintenant, les ombres et les figures que renfermait ce Temple commencent à s’évanouir aux rayons du Soleil de la vérité et de la justice. Le sang des victimes teindra encore, quelques années, les cornes de l’autel ; mais au milieu de toutes ces victimes égorgées, hosties impuissantes, s’avance déjà l’Enfant qui porte dans ses veines le sang de la Rédemption du monde. Parmi ce concours de sacrificateurs, au sein de cette foule d’enfants d’Israël qui se presse dans les diverses enceintes du Temple, plusieurs attendent le Libérateur, et savent que l’heure de sa manifestation approche ; mais aucun d’eux ne sait encore qu’en ce moment même le Messie attendu vient d’entrer dans la maison de Dieu.
Cependant un si grand événement ne devait pas s’accomplir sans que l’Éternel opérât une nouvelle merveille. Les bergers avaient été appelés par l’Ange, l’étoile avait attiré les Mages d’Orient en Bethléem ; l’Esprit-Saint suscite lui-même à l’Enfant divin un témoignage nouveau et inattendu.
Un vieillard vivait à Jérusalem, et sa vie touchait au dernier terme ; mais cet homme de désirs, nommé Siméon, n’avait point laissé languir dans son cœur l’attente du Messie. Il sentait que les temps étaient accomplis ; et pour prix de son espérance, l’Esprit-Saint lui avait fait connaître que ses yeux ne se fermeraient pas avant qu’ils eussent vu la Lumière divine se lever sur le monde. Au moment où Marie et Joseph montaient les degrés du Temple, portant vers l’autel l’Enfant de la promesse, Siméon se sent poussé intérieurement par la force irrésistible de l’Esprit divin ; il sort de sa maison, il dirige vers la demeure sacrée ses pas chancelants, mais soutenus par l’ardeur de ses désirs. Sur le seuil de la maison de Dieu, parmi les mères qui s’y pressent chargées de leurs enfants, ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde prophétisée par Isaïe ; et son cœur vole vers l’Enfant qu’elle tient dans ses bras.
Marie, instruite par le même Esprit, laisse approcher le vieillard ; elle dépose dans ses bras tremblants le cher objet de son amour, l’espoir du salut de la terre. Heureux Siméon, figure de l’ancien monde vieilli dans l’attente et près de succomber ! A peine a-t-il reçu le doux fruit de la vie, que sa jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle ; en lui s’accomplit la transformation qui doit se réaliser dans la race humaine. Sa bouche s’ouvre, sa voix retentit, il rend témoignage comme les bergers dans la région de Bethléem, comme les Mages au sein de l’Orient. « O Dieu ! dit-il, mes yeux ont donc vu le Sauveur que vous prépariez ! Elle luit enfin, cette Lumière qui doit éclairer les Gentils, et faire la gloire de votre peuple d’Israël. »
Tout à coup survient, attirée aussi par le mouvement du divin Esprit, la pieuse Anne, fille de Phanuel, illustre par sa piété et vénérable à tout le peuple par son grand âge. Les deux vieillards, représentants de la société antique, unissent leurs voix, et célèbrent l’avènement fortuné de l’Enfant qui vient renouveler la face de la terre, et la miséricorde de Jéhovah qui, selon la prophétie d’Aggée, dans ce lieu, au sein même du second Temple, donne enfin la paix au monde.
C’est dans cette paix tant désirée que va s’endormir Siméon. Vous laisserez donc partir dans la paix votre serviteur, selon votre parole, Seigneur ! dit le vieillard ; et bientôt son âme, dégagée des liens du corps, va porter aux élus qui reposent dans le sein d’Abraham la nouvelle de la paix qui apparaît sur la terre, et leur ouvrira bientôt les cieux. Anne survivra quelques jours encore à cette grande scène ; elle doit, comme nous l’apprend l’Évangéliste, annoncer l’accomplissement des promesses aux Juifs spirituels qui attendaient la Rédemption d’Israël. Une semence devait être confiée à la terre ; les bergers, les Mages, Siméon, Anne, l’ont jetée ; elle lèvera en son temps : et quand les années d’obscurité que le Messie doit passer dans Nazareth seront écoulées, quand il viendra pour la moisson, il dira à ses disciples : Voyez comme le froment blanchit à maturité sur les guérets : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la récolte.
Le fortuné vieillard rend donc aux bras de la très pure Mère le Fils qu’elle va offrir au Seigneur. Les oiseaux mystérieux sont présentés au prêtre qui les sacrifie sur l’autel, le prix du rachat est versé, l’obéissance parfaite est accomplie ; et après avoir rendu ses hommages au Seigneur dans cet asile sacré à l’ombre duquel s’écoulèrent ses premières années, Marie toujours Vierge, pressant sur son cœur le divin Emmanuel, et accompagnée de son fidèle époux, descend les degrés du Temple.
Tel est le mystère du quarantième jour, qui ferme la série des jours du Temps de Noël, par cette admirable fête de la Purification de la très sainte Vierge. De savants hommes, au nombre desquels on compte le docte Henschenius, dont Benoît XIV partage le sentiment, inclinent à donner une origine apostolique à cette solennité ; il est certain du moins qu’elle était déjà ancienne au cinquième siècle.
Saint Ignace d’Antioche évêque et martyr
Collecte
Dieu tout-puissant, regardez notre faiblesse ; et parce que le poids de nos péchés nous accable, fortifiez-nous par la glorieuse intercession du bienheureux Ignace, votre Martyr et Pontife.
Office
Au deuxième nocturne.
Du Livre de saint Jérôme, Prêtre : Des Écrivains Ecclésiastiques.
Quatrième leçon. Ignace, troisième Évêque d’Antioche après l’Apôtre Pierre, ayant été condamné aux bêtes, alors que sévissait la persécution, de Trajan, fut envoyé à Rome chargé de liens. Pendant qu’on l’y transportait par mer le navire aborda à Smyrne, où Polycarpe, disciple de Jean, était Évêque. Il y écrivit une lettre aux Éphésiens, une autre aux Magnésiens, une troisième aux Tralliens, une quatrième aux Romains. C’est en quittant cette ville qu’il écrivit aux Philadelphiens et aux Smyrniens, et qu’il adressa à Polycarpe une lettre particulière, dans laquelle il lui recommande l’Église d’Antioche, et où il rapporte sur la personne du Christ un témoignage de l’Évangile que j’ai traduit naguère.
Cinquième leçon. Il semble juste, puisque nous parlons d’un si grand homme, de citer quelques lignes de l’épître qu’il écrivit aux Romains : « Depuis la Syrie jusqu’à Rome, je lutte contre les bêtes, sur mer et sur terre, nuit et jour, lié que je suis à dix léopards, c’est-à-dire à dix soldats qui me gardent et dont mes bienfaits augmentent encore la méchanceté. Leur iniquité sert à m’instruire, mais je ne suis pas pour cela justifié. Plaise à Dieu que j’aie la jouissance d’être livré aux bêtes qui me sont préparées ; je demande qu’elles soient promptes à me faire souffrir les supplices et la mort et excitées à’ me dévorer, de peur qu’elles n’osent toucher à mon corps, comme il est arrivé pour d’autres Martyrs. Si elles ne veulent pas venir à moi, je leur ferai violence, je me jetterai devant elles pour être dévoré. Pardonnez-moi, mes petits enfants ; je sais ce qui m’est avantageux.
Sixième leçon. C’est maintenant que je commence à être disciple du Christ, ne désirant plus rien de ce qui est visible, afin de trouver Jésus-Christ. Que le feu, la croix, les bêtes, le brisement des os, la mutilation des membres, le broiement de tout le corps et tous les tourments du diable fondent sur moi, mais seulement que je jouisse de Jésus-Christ ! » Comme il était déjà exposé aux bêtes et qu’il entendait les rugissements des lions, il dit, dans son ardeur de souffrir : « Je suis le froment du Christ : que je sois broyé par les dents des bêtes, afin que je devienne un pain vraiment pur ! » Il souffrit le martyre la onzième année de Trajan. Les restes de son corps reposent à Antioche, dans le cimetière, hors de la porte de Daphné.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Le Seigneur Jésus était lui-même ce grain qui devait mourir et se multiplier : mourir victime de l’infidélité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Or, exhortant déjà à suivre les traces de sa passion : « Celui, dit-il, qui aime son âme, la perdra ». Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. « Celui qui l’aime, la perdra », c’est-à-dire : Si tu l’aimes, perds-la. Si tu désires conserver la vie dans le Christ, ne crains pas de mourir pour le Christ. On peut les entendre également d’une autre façon : « Celui qui aime son âme, la perdra » ; ne l’aime pas, de peur que tu ne la perdes ; ne l’aime pas en cette vie, pour ne pas la perdre dans la vie éternelle.
Huitième leçon. La dernière explication que j’ai donnée semble être davantage le sens de l’Évangile. Car on y lit ensuite : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la conserve pour la vie éternelle ». Donc, quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », (il est sous-entendu : en ce monde), celui-là la perdra assurément : mais celui qui hait son âme en ce monde, assurément celui-là la garde pour la vie éternelle. Grande et étonnante sentence : d’où il ressort que l’homme a pour son âme un amour qui cause sa perte, et une haine qui l’empêche de périr. Si vous l’aimez mal, vous la haïssez ; si vous la haïssez bien, vous l’aimez. Heureux ceux qui haïssent pour conserver, de crainte de perdre en aimant.
Neuvième leçon. Mais veille à ce qu’il ne s’insinue pas dans ton esprit la pensée de vouloir te tuer, en comprenant ainsi le devoir de haïr ton âme en ce mondé : de là vient que certains hommes méchants et pervers, cruels et impies, homicides d’eux-mêmes, se livrent aux flammes, se noient, se jettent dans les précipices, et périssent. Ce n’est pas là ce que le Christ a enseigné : au contraire, il a même répondu au diable qui lui suggérait de se précipiter du haut du temple : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». De même le Seigneur dit à Pierre, indiquant par quelle mort il devait glorifier Dieu :» Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas ». Paroles qui nous enseignent assez clairement que celui qui marche à la suite de Jésus-Christ doit, non point se donner la mort mais la recevoir d’un autre.
La veille du jour où va expirer notre heureuse quarantaine, c’est un des plus fameux martyrs du Christ qui paraît sur le Cycle : Ignace le Théophore, Évêque d’Antioche. Une antique tradition nous dit que ce vieillard, qui confessa si généreusement le Crucifié devant Trajan, avait été cet enfant que Jésus présenta un jour à ses disciples comme le modèle de la simplicité que nous devons posséder pour parvenir au Royaume des cieux. Aujourd’hui, il se montre à nous, tout près du berceau dans lequel ce même Dieu nous donne les leçons de l’humilité et de l’enfance.
Ignace, à la Cour de l’Emmanuel, s’appuie sur Pierre dont nous avons glorifié la Chaire ; car le Prince des Apôtres l’a établi son second successeur sur son premier Siège à Antioche. Ignace a puisé dans cette mission éclatante la fermeté qui lui a donné de résister en face à un puissant empereur, de défier les bêtes de l’amphithéâtre, de triompher par le plus glorieux martyre. Comme pour marquer la dignité incommunicable du Siège de Rome, la providence de Dieu a voulu que, sous les chaînes de sa captivité, il vînt aussi voir Pierre, et terminât sa course dans la Ville sainte, mêlant son sang avec celui des Apôtres. Il eût manqué à Rome quelque chose, si elle n’eût hérité de la gloire d’Ignace. Le souvenir du combat de ce héros est le plus noble souvenir du Colisée, baigné du sang de tant de milliers de Martyrs.
Le caractère d’Ignace est l’impétuosité de l’amour ; il ne craint qu’une chose, c’est que les prières des Romains n’enchaînent la férocité des lions, et qu’il ne soit frustré de son désir d’être uni au Christ. Admirons cette force surhumaine qui se révèle tout à coup au milieu de l’ancien monde, et reconnaissons qu’un si ardent amour pour Dieu, un si brûlant désir de le voir n’ont pu naître qu’à la suite des événements divins qui nous ont appris jusqu’à quel excès l’homme était aimé de Dieu. Le sacrifice sanglant du Calvaire n’eût-il pas été offert, la Crèche de Bethléem suffirait à tout expliquer. Dieu descend du ciel pour l’homme ; il se fait homme, il se fait enfant, il naît dans une crèche. De telles merveilles d’amour auraient suffi pour sauver le monde coupable ; comment ne solliciteraient-elles pas le cœur de l’homme à s’immoler à son tour ? Et qu’est-ce que la vie terrestre à sacrifier, quand il ne s’agirait que de reconnaître l’amour de Jésus, dans sa naissance parmi nous ?
La sainte Église nous donne, dans les Leçons de l’Office de saint Ignace, la courte notice que saint Jérôme a insérée dans son livre de Scriptoribus ecclesiasticis. Le saint Docteur a eu l’heureuse pensée d’y insérer quelques traits brûlants de l’admirable lettre du Martyr aux fidèles de Rome. Nous l’eussions donnée tout entière, sans son extrême longueur ; et il nous en coûterait de la mutiler. Au reste, les passages cités par saint Jérôme représentent les plus sublimes traits qu’elle contient.
Super Col., cap. 1 l. 6
Lectio 6
Super Col., cap. 1 l. 6 Postquam commendavit Christum in comparatione ad Deum et ad universam creaturam, ad totam Ecclesiam et ad ipsos Colossenses, hic commendat eum in comparatione ad seipsum, ostendens se eius ministrum. Et primo ponit ministerium; secundo ostendit fidelitatem ministrando, ibi qui nunc gaudeo; tertio ministerii magnitudinem, ibi cuius factus sum. Dicit ergo: dico quod praedicatum est in universa creatura, cuius, Evangelii, factus sum minister, praedicandi, non mea auctoritate, sed praedicationi ministerium exhibens. I Cor. IV, 1: sic nos existimet homo ut ministros Christi et dispensatores, et cetera. Sed est minister fidelis, quod patet, quia non refugit pati pericula quin diligenter exequatur. Unde primo ostendit quo affectu sustinet passiones; secundo quo fructu, ibi adimpleo, et cetera. Affectu quidem laeto, quia nunc gaudeo, etc., pro vobis, id est, propter vestram utilitatem. II Cor. I, 6: sive tribulamur pro vestra exhortatione et salute, et cetera. Et propter gaudium vitae aeternae quod inde expecto, quod est fructus ministerii eius. Jc. I, 2: omne gaudium existimate, fratres mei, cum in tentationes varias incideritis, scientes, et cetera. Ph. II, 17: si immolor super sacrificium fidei vestrae, gaudeo et congratulor, et cetera. Et etiam hoc fructu, ut adimpleam ea, quae desunt passionum Christi, et cetera. Haec verba, secundum superficiem, malum possent habere intellectum, scilicet quod Christi passio non esset sufficiens ad redemptionem, sed additae sunt ad complendum passiones sanctorum. Sed hoc est haereticum, quia sanguis Christi est sufficiens ad redemptionem, etiam multorum mundorum. I Jn. II, 2: ipse est propitiatio pro peccatis nostris, et cetera. Sed intelligendum est, quod Christus et Ecclesia est una persona mystica, cuius caput est Christus, corpus omnes iusti: quilibet autem iustus est quasi membrum huius capitis, I Cor. XII, 27: et membra de membro. Deus autem ordinavit in sua praedestinatione quantum meritorum debet esse per totam Ecclesiam, tam in capite quam in membris, sicut et praedestinavit numerum electorum. Et inter haec merita praecipue sunt passiones sanctorum. Sed Christi, scilicet capitis, merita sunt infinita, quilibet vero sanctus exhibet aliqua merita secundum mensuram suam. Et ideo dicit adimpleo ea quae desunt passionum Christi, id est totius Ecclesiae, cuius caput est Christus. Adimpleo, id est, addo mensuram meam. Et hoc in carne, id est ego ipse patiens. Vel quae passiones desunt in carne mea. Hoc enim deerat, quod sicut Christus passus erat in corpore suo, ita pateretur in Paulo membro suo, et similiter in aliis. Et pro corpore, quod est Ecclesia, quae erat redimenda per Christum. Ep. V, 27: ut exhiberet ipse sibi Ecclesiam gloriosam, non habentem maculam neque rugam. Sic etiam omnes sancti patiuntur propter Ecclesiam, quae ex eorum exemplo roboratur. Glossa: passiones adhuc desunt, eo quod paritoria meritorum Ecclesiae non est plena, nec adimplebitur, nisi cum saeculum fuerit finitum. Paritoria autem est vas, vel domus, ubi pariter multa inferuntur. Deinde cum dicit cuius sum, etc., ostendit dignitatem ministerii tripliciter. Primo ex materia adoptionis; secundo ex fine ad quem dicitur, ibi ut impleamini, etc.; tertio ex usu, ibi quoniam vos, cum, et cetera. Sed diceret aliquis: estne magnum hoc ministerium? Et respondet dicens: ita est, quia traditum est mihi secundum dispensationem. Quod dupliciter potest exponi, scilicet active; et sic est sensus: id est, ut dispensem vobis divina, fideliter tradens ea, et haec potestas data est mihi. Vel passive, et tunc est sensus: id est, secundum quod mihi dispensatum est a Deo. Ep. IV, 11: dedit quosdam quidem apostolos, quosdam prophetas, et cetera. Ac. XIII, 2: segregate mihi Barnabam et Paulum in opus ad quod assumpsi eos, et cetera. Ecce quis est finis, certe non pecunia, nec gloria propria, sed aliquod magnum, ad quod accepi, quia ut impleam, et cetera. Et primo ostendit dignitatem eius ad quod accepit; secundo ostendit quod est illud quod est Christus. Item primo commendat magnitudinem eius ex diffusa praedicatione et occultatione et manifestatione. Accipitur autem ad conversionem gentilium. Unde ut adimpleam verbum non praedicationis, sed dispensationem aeternam Dei, id est ut mea praedicatione impletum ostendam verbum Dei, id est, Dei dispensationem, et praeordinationem et promissionem de verbo Dei incarnando; vel dispensationem Dei aeternam, qua disposuit ut gentes per Christum converterentur ad fidem veri Dei. Et hoc oportebat impleri. Nm. XXIII, 19: dixit ergo, et non faciet, locutus est, et non implebit? Is. LV, 11: verbum quod egredietur de ore meo non revertetur ad me vacuum, sed faciet quaecumque volui, et prosperabitur, et cetera. Sed hoc disposuit impleri per ministerium Pauli. Unde dicit ut impleam hoc mysterium, scilicet inquantum est res abscondita; quia mysterium quod est absconditum est hoc verbum. Is. XXIV, 16: secretum meum mihi est, et cetera. Quod absconditum fuit a saeculis, id est, a principio saeculorum, et omnibus generationibus hominum, qui hoc scire non potuerunt. Ep. III, 9: quae sit dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo. Nam et si philosophi antiqui quaedam de Christi deitate videantur dixisse vel propria, vel appropriata, sicut Augustinus invenit in libris Platonis: in principio erat verbum, etc., tamen quod verbum caro factum est, nullus scire potuit. Sed dicis: nonne fuit scitum per prophetas? Respondeo. Dicendum est quod sic, tamen inquantum pertinebat ad Evangelium, vel non ita aperte sicut apostoli sciverunt. Deinde cum dicit nunc autem, etc., agit de manifestatione eius, et primo ostendit quibus manifestatum est; secundo ostendit quare manifestatum est eis, ibi quibus voluit. Dicit ergo: manifestatum est nunc, scilicet tempore gratiae. II Cor. III: ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Haec autem est scientia sanctorum. Sg. X, 10: dedit illi scientiam sanctorum, et cetera. Jb XXXVI, 33: annuntiat de ea amico suo, et cetera. Sed hoc non propter eorum merita, sed propter beneplacitum suum. Unde dicit quibus voluit Deus, et cetera. Jn. XV, 15: quae audivi a Patre meo, nota feci vobis. Et subdit: non vos me elegistis, sed ego elegi vos, et cetera. Mt. XI, 26: ita placitum fuit ante te. Notas facere divitias gloriae sacramenti huius, quia per hoc quod ista fuerunt occulta, Deus apparet abundanter gloriosus. Nam olim notus in Iudaea Deus, sed per hoc sacramentum conversionis gentilium gloria Dei notificatur per totum mundum. Jn. XVII, 4: ego te clarificavi, et cetera. Et hoc in gentibus, scilicet quod completur in eis. Rm. V, 2: gloriamur in spe gloriae filiorum Dei. Et Rm. XI, 33: o altitudo divitiarum sapientiae et scientiae Dei. Hoc verbum est quod est Christus, id est, quod per Christum adipiscimur, scilicet spem gloriae, quae olim videbatur promissa solum Iudaeis. Ac. X, 45: mirabantur quod et in nationes diffusa est gratia, et cetera. Rm. V, 1: iustificati ex fide pacem habeamus, et cetera. Et post: et gloriamur in spe gloriae filiorum Dei, et cetera. Is. XI, 10: radix Iesse qui stat in signum populorum, et cetera. Sic ergo ostenditur origo ministerii et finis. Sed subdit usum eius, cum dicit quem nos, et cetera. Et circa hoc tria facit, quia primo ostendit usum eius; secundo fructum, ibi ut exhibeamus, tertio auxilium sibi impensum ad consequendum etc.; usum, ibi in quo et laboro. Usus eius est nuntiare Christum. Et ponit usum et modum utendi. Ps. IX, 11: annuntiate inter gentes studia eius, et cetera. I Jn. I, 1: quod vidimus et audivimus, annuntiamus vobis, et cetera. Modus ponitur ibi corripientes, etc., quod est perfecta Annuntiatio, quia omni homini, non solum Iudaeis. Mt. ult.: docete omnes gentes, et cetera. Modus etiam eius est docere veritatem, et refellere falsitatem. Et ideo dicit corripientes omnem hominem, vel infideles in vita II Cor. X, 4: arma militiae nostrae non sunt carnalia, sed potentia Deo ad destructionem munitionum, consilia destruentes, et cetera. Et docentes omnem hominem in omni sapientia, scilicet quae est cognitio Dei. Sg. XV, 3: nosse enim te, consummata iustitia est, et scire iustitiam et veritatem tuam radix est immortalitatis, et cetera. Et I Cor. II, 6: sapientiam loquimur, et cetera. Fructus autem hic est quod homines ducuntur ad perfectum. Unde dicit ut exhibeamus omnem hominem, scilicet cuiuscumque conditionis, perfectum, non in lege, sed in Christo. Mt. V, 48: estote perfecti, et cetera. Sed numquid quilibet tenetur ad perfectionem? Non, sed intentio praedicatoris ad hoc debet esse. Est autem duplex perfectio charitatis: una de necessitate praecepti, scilicet ut in corde nihil admittat contrarium Deo. Mt. XXII, 37: diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et cetera. Alia de necessitate consilii, ut abstineat etiam a licitis, et haec est perfectio supererogationis. Sed ad hoc habuit auxilium a Deo. Unde dicit in quo laboro certando contra infideles et peccatores. II Tm. II, 3: labora sicut bonus miles Christi, et cetera. Item eiusdem IV, 7: bonum certamen certavi, et cetera. Et hoc secundum operationem eius. I Cor. XV, 10: gratia Dei mecum. Quam operatur in me, quia hoc facit Deus in me, in virtute miraculorum, scilicet praebendo virtutem. Lc. ult.: sedete in civitate donec induamini virtute ex alto.
Saint Jean Bosco, confesseur
Collecte
O Dieu, qui avez appelé saint Jean votre Confesseur pour qu’il soit le père et l’éducateur des adolescents, et par lui, sous le patronage de Marie-auxiliatrice, vous avez voulu que fleurissent de nouvelles familles dans votre Église : accordez-nous, nous vous en prions, qu’enflammés du même feu de la charité, nous puissions nous mettre à la recherche des âmes et nous consacrer à votre seul service.
Troisième leçon. Jean Bosco naquit d’une humble famille ; après une enfance éprouvée et pure, il fit ses études à Chieri et fut estimé pendant ce temps pour son intelligence et pour ses vertus. Ordonné prêtre, il vint à Turin, où il se fit tout à tous ; mais c’est surtout à aider les adolescents pauvres et abandonnés qu’il consacra ses efforts. Par une éducation libérale, des écoles professionnelles, des patronages il s’employa de toutes ses forces à préserver l’enfance des poisons de l’erreur et du vice : à cette fin, il suscita dans l’Église deux instituts, l’un d’hommes, l’autre de vierges. Il publia de nombreux livres, riches de sagesse chrétienne. Il contribua aussi au salut des infidèles en envoyant ses religieux en mission. L’âme constamment élevée vers Dieu, cet homme très saint ne semblait être ni effrayé par les menaces, ni fatigué par les labeurs, ni accablé par les soucis, ni troublé par l’adversité. Il mourut en 1888, dans sa soixante-treizième année. Il fut inscrit au nombre des saints par le Souverain Pontife Pie XI.
La spiritualité de don Bosco
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La spiritualité de don Bosco
“Les vertus qui te rendront heureux dans le temps et dans l’éternité sont : l’humilité et la charité.”
Rempli d’amour et de compassion pour les enfants et les jeunes pauvres et abandonnés, don Bosco se considérait comme un simple instrument, choisi par Dieu pour réaliser une œuvre qui dépassait les forces humaines. Don Bosco ne devait donc s’appuyer que sur Dieu seul, et, toujours, et en toutes circonstances, s’abandonner entre les bras de Dieu et à sa très sainte volonté. Ces quelques mots résument toute la spiritualité de saint Jean Bosco.
Tout ce qui a été dit plus haut met en valeur la spiritualité de don Bosco. Il nous faut maintenant exprimer ce qui animait et dirigeait sa vie, ce qui était le cœur même de l’apôtre rempli d’amour, d’amour pour Dieu, et l’amour de son prochain. Il nous faut dire aussi comment il vécut l’union à Dieu dans une vie exceptionnellement active, voire bousculée. Tout d’abord, ce qui transparaît le plus, c’est son abandon à la volonté et aux exigences de son Seigneur.
C’est don Cafasso qui orienta don Bosco vers les fillettes de l’internat Sainte Philomène, pour petites infirmes, et vers l’Œuvre du Refuge, internat pour les fillettes pauvres. Don Bosco ne voulait pas prendre de décision seul: en effet, au moment de la mort de don Calosso, son premier bienfaiteur, il avait fait un rêve à travers lequel “on lui reprochait d’avoir placé son espérance dans les hommes et non dans la bonté du Père des cieux.”
À regret don Bosco obéit à don Cafasso, mais telle était la volonté de Dieu, et il s’en rendit bientôt compte: c’était l’endroit choisi par Dieu pour accueillir ses garçons et édifier la première église du patronage Saint François de Sales, église qui sera consacrée le 8 décembre 1844.
Deux ans plus tard Jean Bosco et son patronage devaient quitter le Refuge. Le dernier dimanche alors qu’il était en plein désarroi, don Bosco s’écria: “Mon Dieu, pourquoi ne me montrez-vous pas l’endroit où vous voulez que je recueille ces enfants, oh! faites-le-moi connaître, et dites-moi ce que je dois faire.” La prière était à peine achevée que Mr Joseph Pinardi se présenta à lui et proposa sa propriété.
Pour accomplir sa lourde tâche, don Bosco s’entoura rapidement de nombreux collaborateurs. Voici une phrase remarquable qu’il écrivit le 3 septembre 1863 à la comtesse Charlotte Gabrielle Callori. Cinq de ses jeunes prêtres venaient de tomber malade: l’un était mort, un autre allait suivre; et les autres, s’ils guérissaient, auraient bien du mal à se remettre. “Ne pensez pas pour autant que je sois abattu; fatigué, et rien d’autre. Le Seigneur a donné, a changé, a repris au moment où il lui plaisait: que soit toujours béni son saint nom! Je suis d’ailleurs consolé par l’espoir qu’après la tempête viendra le beau temps.”
Mais l’abandon spirituel n’est ni lâcheté, ni cessation des combats. Nous en avons la preuve dans ce que, plus tard, don Bosco écrira à don Bonetti: “Rappelle-toi qu’en ce monde nous avons non pas un temps de paix, mais de guerre continuelle. Nous aurons un jour la paix si nous avons combattu sur la terre.”
Don Bosco contemple la Passion de Jésus “qui accepte sa condamnation, se tait et souffre.” Il accepte, il souffre, et il pardonne. “Mais, voici un excès de bonté et d’amour: cloué sur une croix, transpercé de clous, blasphémé et insulté de mille façons par ces même ennemis, que fait-il?... Il ne fait rien d’autre que de lever le regard vers son Père céleste: ‘Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font’... Peut-on imaginer un amour plus grand et une plus grande miséricorde?”
Selon don Bosco, Dieu ne “sait pas mépriser un cœur contrit et humilié; bien plutôt il trouve sa gloire à faire miséricorde et à pardonner. Et ce qui doit le plus consoler le pécheur, c’est qu’il n’aura pas longtemps à pleurer: à la première larme, au premier ‘je me repens’, le Seigneur sera ému de pitié. À peine te repens-tu et demandes-tu pardon, tout de suite il te pardonne... Jésus-Christ est venu pour sauver les pécheurs.”
Mais attention, on ne se moque pas de Dieu: il faut savoir se mettre en état de bénéficier de la miséricorde divine.
Dans une conférence donnée en 1858 pour le mois de Marie, don Bosco déclara: “si tu désires que Dieu use de miséricorde à ton égard, commence, toi, par user de miséricorde envers les pauvres... Fais bien attention que le Seigneur te demande de donner aux pauvres tout ton superflu.”
Et quel est ce superflu dont parle don Bosco ?
S’adressant à des gens de la haute société de Turin, il précise: “Sont du superflu ces acquisitions et ces accroissements de richesses que tu fais d’année en année. Superflue est cette recherche que tu as dans les services de table, dans les repas, les tapis, les vêtements qui pourraient servir à qui a faim, à qui a soif, à couvrir qui est nu. Superflu est ce luxe dans les voyages, dans les théâtres, les bals et autres divertissements où l’on peut dire que va finir ce qui appartient aux pauvres.”
Mais alors, ceux qui n’ont rien, qui n’ont que le juste nécessaire, et encore? Aux pauvres, don Bosco conseille: “Les moyens de faire l’aumône ne te manquent pas. N’y a-t-il pas des malades à visiter, à assister, à veiller? N’y a-t-il pas de jeunes abandonnés à recueillir, instruire, accueillir en ta maison si tu le peux, ou au moins à conduire là où ils pourront apprendre la science du salut?... Et encore, ne peux-tu faire quelque prière, aller te confesser, communier, réciter un rosaire, assister à une messe pour le soulagement des âmes du Purgatoire, pour la conversion des pécheurs, ou pour que les infidèles soient éclairés et parviennent à la foi? N’est-ce pas aussi une belle aumône que d’envoyer aux flammes les livres pervers, diffuser les bons livres et parler en toute occasion favorable de notre sainte religion catholique.”
La charité
Le 12 mars 1877, dans une conférence destinée aux Coopérateurs de Nice, don Bosco insista particulièrement sur la charité et sur la récompense que Dieu accordera à ceux qui travaillent pour Lui, car, “vous ne donnerez pas en mon nom, à l’un des plus petits, à un indigent, sans que vous n’obteniez la récompense.” Oui, “toute aumône faite aux malheureux est regardée par Dieu comme faite à lui-même.”
Le Sauveur est présent dans la personne des pauvres les plus délaissés. “Donc, ce ne sont plus les pauvres enfants qui nous demandent la charité et l’aumône, c’est Jésus lui-même en leurs personnes... “
L’ascèse que don Bosco recommande peut nous sembler facile. Avons-nous vraiment essayé de la mettre en pratique? Les renoncements imposés par la vie quotidienne ne sont-ils pas une véritable ascèse?
Dans un premier temps, on a l’impression que don Bosco insistait peu sur l’ascèse au sens strict. Il insistait sur la joie, sur l’amabilité, la présence sentie de Dieu. Pourtant, la Croix, Jean Bosco la connaissait; mais il avait compris que la meilleure ascèse, et la plus efficace, c’était de faire la volonté de Dieu, c’est à dire d’accepter les difficultés quand elles se présentaient, et d’accomplir parfaitement son devoir d’état. Cela suppose de nombreux renoncements que don Bosco a d’abord vécus avant de les proposer à ses enfants:
– le renoncement aux commodités, pour demeurer disponible au service du prochain, et en particulier le renoncement à “l’habitude” pour suivre les jeunes sur leurs routes toujours nouvelles,
– le renoncement à la préoccupation de soi, pour demeurer accueillant, attentif et aimable à quiconque se présente;
– le renoncement à toute gloire personnelle, pour demeurer l’humble serviteur de Dieu et de son royaume.
Le jeune Dominique Savio , comme tous les adolescents désirant “se faire saints”, essayait d’imiter les grands pénitents qu’il connaissait ou dont il avait entendu parler, pour mieux ressembler à Jésus crucifié. Mais don Bosco lui interdira toutes les pénitences corporelles, incompatibles avec son âge. Par contre il insistera beaucoup sur l’apostolat. Pour don Bosco, “l’apostolat est une voie de sainteté, et pour un salésien, la principale voie de sainteté: les âmes à gagner valent le sang de Jésus-Christ qui les a sauvées.”
Et puis, il y a aussi l’obéissance et l’acceptation des épreuves quotidiennes qui sont les meilleures des pénitences:
– La pénitence que le Seigneur te demande, dit don Bosco à Dominique Savio, c’est d’obéir. Obéis, et pour toi, ça suffira.
Et encore :
– Oui, on te permet de faire pénitence en supportant les injures à l’occasion, en endurant patiemment le chaud, le froid, le vent, la pluie, la fatigue et tous les embarras de santé qu’il plaira à Dieu de t’envoyer. Ce que tu devrais souffrir par force, offre-le à Dieu.
L’ascèse de don Bosco est celle du zèle infatigable et de l’accueil de tous ceux qui viennent auprès de nous. À don Rua il donne des conseils dont voici quelques-uns:
“Tâche de te faire aimer plutôt que de te faire craindre... Nul n’est apte à commander s’il n’est capable d’obéir...
Tâche d’éviter les ordres déplaisants; au contraire, aie le plus grand souci de favoriser les inclinations individuelles, en confiant de préférence à chacun les charges que tu sais être particulièrement à leur goût...
Aie en horreur, comme le poison, les changements dans les règles. Leur observance exacte est préférable à n’importe quelle variation. Le mieux est l’ennemi du bien.”
4-3-3-La pénitence et l’obéissance
Souvent don Bosco a manifesté l’estime qu’il portait à l’obéissance, pénitence préférable à beaucoup d’autres. Ainsi il n’hésite pas à écrire en 1884, à des amies françaises: “Quant aux pénitences corporelles, elles ne sont pas à propos pour vous. Aux personnes âgées il suffit d’endurer les peines de la vieillesse pour l’amour de Dieu; aux personnes maladives, il suffit d’endurer doucement, pour l’amour de Dieu leurs incommodités, et suivre l’avis du médecin ou des parents en esprit d’obéissance; c’est plus agréable à Dieu un manger délicat, avec l’obéissance, qu’un jeûne contre l’obéissance.”
Dans le premier projet de ses Constitutions, il écrivait: “Le divin Sauveur nous a assurés qu’il n’est pas venu pour faire sa propre volonté, mais celle de son Père céleste... Que chacun obéisse sans aucune résistance ni dans les faits, ni dans le cœur. Plus une chose répugne à celui qui la fait, plus il accroîtra devant Dieu son mérite en la faisant.”
Cette ascèse, pleine d’amour, préconisée par don Bosco, imprègne toute la spiritualité salésienne que nous découvrons dans ses lettres adressées à ses collaborateurs. On retrouve souvent, dans cette correspondance, les points essentiels de ce qu’il voulait inculquer à tout prix à ses fils et à ses filles:
L’affection paternelle, pas toujours évidente, mais nécessaire pour toucher le cœur des élèves
La joie, parfois véritable ascèse qu’il présente comme suit à don Bonetti: “Ne te fais pas de souci au sujet de ce que tu m’écris. Le démon voit que tu veux lui échapper définitivement, c’est pourquoi il s’efforce de te tromper. Suis mes conseils, va de l’avant en toute tranquillité. Pour le moment fais passer ta mélancolie ... et chante avec François d’Assise: ‘Si grand est le bien qui m’attend que toute peine m’est un présent, toute douleur un plaisir, tout chagrin est un beau jouir, toute angoisse réjouit mon cœur.”
Et un vrai souci des malades. Au même Bonetti, malade, don Bosco écrit: “... Tous les jeûnes et toutes les mortifications dans la nourriture te sont interdits... Tu peux tout compenser par des oraisons jaculatoires, par l’offrande de tes ennuis au Seigneur et par ton bon exemple.”
Et à don Rua: “Aie soin de ta santé; repose-toi librement; sois attentif aux aliments qui pourraient t’être nocifs; jusqu’à la mi-février tu es dispensé des matines; limite-toi aux petites heures, vêpres et complies, mais réparties.”
IVème dimanche après l’Epiphanie
Introït
Adorez Dieu, vous tous ses Anges, Sion a entendu et s’est réjouie, et les filles de Juda ont tressailli de joie. Le Seigneur est roi ; que la terre tressaille de joie, que toutes les îles se réjouissent.
Collecte
O Dieu, qui savez qu’en raison de la fragilité humaine, nous ne pourrions subsister au milieu de tant de périls, donnez-nous la santé de l’âme et du corps, afin que grâce à votre secours, nous puissions surmonter ce que nous souffrons pour nos péché.
Épitre Rm. 13, 8-10
Mes frères : Ne soyez en dette avec personne, si ce n’est de l’amour mutuel ; car celui qui aime son prochain a accompli la loi. En effet, ces commandements : "Tu ne commettras point d’adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; tu ne convoiteras point," et s’il y a quelque autre commandement, se résument dans cette parole : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même." L’amour ne fait point de mal au prochain ; l’amour est donc la plénitude de la loi.
Évangile Mt. 8, 23-27
En ce temps là : Jésus monta dans une barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint très agitée, au point que la barque était couverte par les vagues : lui cependant dormait. Ses disciples s’approchèrent, le réveillèrent et lui dirent : "Seigneur, sauvez-nous, nous périssons !" Il leur dit : "Pourquoi êtes-vous peureux, hommes de peu de foi ?" Alors il se dressa et commanda avec force aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Et les hommes, saisis d’admiration, disaient : "Qui est-il donc, que même les vents et la mer lui obéissent ?"
Secrète
Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, que l’offrande de ce sacrifice nous purifie toujours et garde de tout mal notre fragilité
Postcommunion
| O Dieu, que vos dons nous détachent des jouissances terrestres et que votre grâce nous fortifie toujours au moyen de cet aliment tout céleste. |
Office
Au premier nocturne.
Commencement de l’Épître de saint Paul Apôtre aux Philippiens.
Première leçon. Cap. 1, 1-7 Paul et Timothée, serviteurs du Christ Jésus, à tous les saints à Philippes, aux évêques et aux diacres : grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ! Je rends grâces à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous, et dans toutes mes prières pour vous tous, c’est avec joie que je lui adresse ma prière, à cause de votre concours unanime pour le progrès de l’Évangile, depuis le premier jours jusqu’à présent ; et j’ai confiance que celui qui a commencé en vous une œuvre excellente, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ. C’est une justice que je vous dois, de penser ainsi de vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, vous tous qui, soit dans mes liens, soit dans la défense et l’affermissement de l’Évangile, avez part à la même grâce que moi.
Deuxième leçon. Cap. 1, 8-14 Car Dieu m’en est témoin, c’est avec tendresse que je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ. Et ce que je lui demande, c’est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence, pour discerner ce qui vaut le mieux, afin que vous soyez purs et irréprochables jusqu’au jour du Christ, remplis des fruits de justice, par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu. Frères, je désire que vous sachiez que ce qui m’est arrivé a plutôt tourné au progrès de l’Évangile. En effet, pour ceux du prétoire, et pour tous les autres, il est devenu notoire que c’est pour le Christ que je suis dans les chaînes : et la plupart des frères dans le Seigneur, encouragés par mes liens, on redoublé de hardiesse pour annoncer sans crainte la parole de Dieu.
Troisième leçon. Cap. 1, 15-18 Quelques-uns, il est vrai, prêchent aussi Jésus-Christ par envie et par esprit d’opposition ; mais d’autres le font avec des dispositions bienveillantes. Ceux-ci agissent par charité, sachant que je suis établi pour la défense de l’Évangile ; tandis que les autres, animés d’un esprit de dispute, annoncent le Christ par des motifs qui ne sont pas purs, avec la pensée de me causer un surcroît d’affliction dans mes liens. Mais quoi ? De quelque manière qu’on le fasse, que ce soit avec des arrière-pensées, ou sincèrement, le Christ est annoncé je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore.
Au deuxième nocturne.
Du Livre des Morales de saint Grégoire, pape.
Quatrième leçon. Nous emplissons le corps de nourriture de peur qu’il ne défaille exténué ; nous l’exténuons par l’abstinence de peur que trop bien nourri, il ne nous accable. Nous le stimulons par l’exercice de peur qu’il ne s’ankylose par immobilité, mais bien vite, nous arrêtons pour le reposer en nous couchant de peur que l’exercice même ne le fasse succomber. De peur que le froid ne le tue nous le couvrons au moyen de vêtements ; puis nous rejetons l’aide demandée de peur qu’il ne brûle de chaleur. Ainsi, en obviant à tant d’incommodités différentes que faisons-nous sinon payer tribut à la corruptibilité, pourvu que la multitude même des soins donnés soutiennent un corps qu’alourdit l’inquiétude d’une changeante infirmité ?
Cinquième leçon. Paul l’a bien dit : « En effet la création a été soumise à la vanité – non de bon gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise –, avec une espérance pourtant. Car la création, elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption pour accéder à la liberté de la gloire des enfants de Dieu ». En effet, ce n’est pas de bon gré que la création a été soumise à la vanité car l’homme, ayant abandonné de plein gré l’état de stabilité primitive, se trouve justement accablé par le poids de la mortalité et il se voit asservi malgré lui, à sa condition corruptible et changeante. Mais cette créature est arrachée à l’esclavage de la corruption lorsque ressuscitant incorruptible elle est élevée à la gloire des fils de Dieu.
Sixième leçon. Les élus sont donc entravés ici-bas par le malaise car ils endurent encore la corruption. Mais quand nous nous dépouillons de cette chair corruptible, nous sommes libérés des entraves du malaise qui maintenant nous contraignent. Déjà nous aspirons à être mis en présence de Dieu mais nous sommes encore retenus par le lien d’un corps mortel. A juste titre donc, nous nous disons prisonniers car nous n’avons pas encore auprès de Dieu le libre accès que nous désirons. C’est pourquoi Paul, aspirant aux biens éternels et cependant portant encore le fardeau de sa corruption, a raison de dire dans sa captivité : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ ». S’il ne constatait qu’il était captif, il ne chercherait pas à s’en aller.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Jérôme, prêtre.
Septième leçon. Ce cinquième miracle, Jésus l’accomplit lorsqu’il monte dans la barque à Capharnaüm et commande aux vents et à la mer. Le sixième, au pays des Géraséniens lorsqu’il donne pouvoir aux démons de s’en aller dans le troupeau de porcs. Le septième, lorsqu’il entre dans sa ville et guérit un second paralytique qui est étendu sur un lit. Le premier paralytique est, en effet, le serviteur du centurion. Huitième leçon. « Lui, cependant, dormait. Mais ils vinrent l’éveiller en disant : ‘Seigneur, sauvez nous.’ » Nous lisons dans Jonas une figure de ce miracle : alors que tous les autres sont en danger, lui-même dort, tranquille ; on le réveille ; par son ordre et par le signe symbolique de sa passion, il délivre ceux qui l’ont réveillé. « Alors, se levant, il menaça les vents et la mer. » Ce passage nous donne à comprendre que toutes les créatures reconnaissent le Créateur. On les gronde, on leur commande ; elles reconnaissent le maître non parce que toutes choses sont animées, comme le pensent à tort certains hérétiques, mais parce que la majesté du Créateur lui rend sensibles les choses qui pour nous sont insensibles.
Neuvième leçon. « Or, pris de stupeur, les hommes disaient : ‘Quel est donc celui-ci ? car même les vents et la mer lui obéissent !’ » Ce ne sont pas les disciples que l’étonnement saisit, mais les bateliers et les autres qui se trouvent dans la barque. Pourtant si quelqu’un veut prétendre que ce sont les disciples qui furent saisis d’étonnement, nous lui répondrons qu’ils méritent bien le nom d’hommes ceux qui ne connaissent pas encore la puissance du Sauveur.
ÉPÎTRE.
La sainte Église ne cesse d’exhorter les fidèles, par la bouche de l’Apôtre, à pratiquer la charité les uns à l’égard des autres, dans ce temps où le Fils même de Dieu donne une si grande preuve de son amour aux hommes dont il a daigné prendre la nature. L’Emmanuel vient à nous comme législateur : or, il a résumé toute sa loi dans l’amour ; il est venu pour unir ce que le péché avait divisé. Entrons dans ses intentions, et accomplissons de bon cœur la loi qui nous est imposée.
ÉVANGILE.
Adorons la puissance de l’Emmanuel qui est venu calmer la tempête au sein de laquelle le genre humain allait périr. Dans leur détresse, toutes les générations l’avaient appelé, et criaient : Seigneur ! sauvez-nous ; nous périssons. Quand la plénitude des temps a été venue, il est sorti de son repos, et il n’a eu qu’à commander, pour briser la force de nos ennemis. La malice des démons, les ténèbres de l’idolâtrie, la corruption païenne, tout a cédé devant lui. Les peuples se sont convertis à lui les uns après les autres ; du sein de leur aveuglement et de leur misère, ils ont dit : Quel est celui-ci devant lequel aucune force ne résiste ? Et ils ont embrassé sa loi. Cette force de l’Emmanuel à briser les obstacles, au moment même où les hommes s’inquiètent de son repos apparent, se montre souvent dans les annales de son Église. Que de fois il a choisi, pour sauver tout, l’instant où les hommes croyaient tout perdu ! Il en est de même dans la vie du fidèle. Souvent les tentations nous agitent, leurs flots semblent nous submerger, et cependant notre volonté demeure fortement attachée à Dieu. C’est que Jésus dort au fond de la barque, et nous protège par ce sommeil. Si bientôt nos instances le réveillent, c’est plutôt pour proclamer son triomphe et le nôtre ; car il a déjà vaincu, et nous avec lui.
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