Sainte Agnès, vierge et martyre
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, qui choisissez ce qu’il y a de faible dans le monde, pour confondre les forts, accordez-nous, par votre miséricorde que, célébrant la solennité de la bienheureuse Agnès, votre Vierge et Martyre, nous ressentions auprès de vous les effets de sa protection.
Office
Au premier nocturne
Du livre de l’Ecclésiastique. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès
Première leçon. Je vous glorifierai, Seigneur Roi, et je vous louerai, vous qui êtes Dieu, mon Sauveur. Je glorifierai votre nom, parce que vous m’êtes devenu un aide et un protecteur. Et vous avez délivré mon corps de la perdition, du piège de la langue inique et des lèvres de ceux qui commettent le mensonge, et en présence de ceux qui se tenaient debout (près de moi), vous m’êtes devenu un aide. Et vous m’avez délivré, selon la multitude des miséricordes de votre nom, des lions rugissants prêts à me dévorer ; des mains de ceux qui recherchaient mon âme et des portes des tribulations qui m’ont environné ; de la violence de la flamme qui m’a environné, et au milieu du feu, je n’en ai pas senti la chaleur ; de la profondeur des entrailles de l’enfer, et de la langue souillée et de la parole du mensonge ; d’un roi inique et de la langue injuste.
Deuxième leçon. Jusqu’à la la mort mon âme louera le Seigneur ; car ma vie s’approchait de l’enfer, en bas. Ils m’ont environné de tous côtés, et il n’y avait personne qui me secourût. Je tournais mes regards vers le secours des hommes, et il n’en était point. Je me suis souvenu, Seigneur, de votre miséricorde et de votre œuvre, qui sont dès le commencement du monde ; parce que vous délivrez, Seigneur, ceux qui vous attendent avec patience et vous les sauvez des mains des nations.
Troisième leçon. Vous avez élevé sur la terre mon habitation ; et à cause de la mort qui découlait (sur moi), j’ai fait des supplications. J’ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur, afin qu’il ne me laisse point sans secours au jour de ma tribulation et au temps des superbes. Je louerai votre nom sans cesse et je le glorifierai dans mes louanges, car ma prière a été exaucée. Et vous m’avez délivré de la perdition, et vous m’avez arraché au temps de l’iniquité. C’est pourquoi je vous glorifierai, et je vous dirai une louange et je bénirai le nom du Seigneur.
Au deuxième nocturne
Du Livre de saint Ambroise, Évêque : des Vierges.
Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui la naissance au ciel d’une Vierge, recherchons la pureté. C’est la fête d’une Martyre, immolons des victimes. C’est la fête de sainte Agnès, que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses s’étonnent, que les vierges imitent. Mais que pouvons-nous dire qui soit digne de celle dont le nom même n’est pas vide d’éloge ? Son dévouement à Dieu était au dessus de son âge, sa vertu surpasse la nature : en sorte que son nom me semble ne pas lui venir d’un choix humain mais être une prédiction de martyre, une annonce de ce qu’elle devait être. Le nom de cette Vierge indique la pureté. Je l’appellerai Martyre et je l’aurai assez louée. La louange a de l’étendue quand on en est l’objet sans la rechercher. Personne n’est plus digne d’éloges que celui qui peut être loué de tous. Cette Martyre a autant de hérauts pour la louer qu’il y a d’hommes qui prononcent son nom.
Cinquième leçon. On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. La cruauté du tyran fut d’autant plus détestable qu’il n.’épargna pas un âge si tendre ; mais remarquons plutôt la grande puissance de la foi qui trouve des témoins de cet âge. Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? Et celle qui n’avait pas de quoi recevoir le fer, avait de quoi vaincre le fer. Elle est intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, elle ne s’émeut pas tandis qu’on tire avec bruit de lourdes chaînes, elle offre tout son corps au glaive du soldat furieux ; elle ignore encore ce que c’est que la mort, mais elle est prête, si on la traîne malgré elle aux autels des idoles, à tendre les mains vers le Christ, du sein des flammes, et à former jusque sur le brasier sacrilège, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Elle passe son cou et ses mains dans les fers qu’on lui présente, mais aucun ne pouvait serrer des membres si petits. Nouveau genre de martyre ! Cette Vierge n’est pas encore apte au supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; à peine peut-elle combattre, et elle est capable de remporter la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et elle pratiqua la vertu des maîtres.
Sixième leçon. L’épouse n’irait pas aux noces avec autant de hâte que cette sainte Vierge en mettait à se diriger d’un pas rapide vers le lieu de son supplice, joyeuse de son approche. Tous versaient des larmes, elle seule ne pleurait pas. La plupart admiraient avec quelle facilité, prodigue d’une vie à laquelle elle n’avait pas encore puisé, elle la donnait comme si elle l’eût épuisée. Tous étaient surpris qu’elle se montrât déjà témoin de la divinité, à un âge où elle ne pouvait encore disposer d’elle-même. Combien de menaces n’employa pas le sanguinaire tyran pour l’intimider ; combien de caresses pour la persuader ; et combien d’hommes la souhaitèrent pour épouse ! Mais elle de répondre : « La fiancée fait injure à l’époux si elle désire plaire à d’autres. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Qu’il périsse ce corps que peuvent aimer des yeux auxquels je ne veux pas plaire. » Elle se présenta, elle pria, elle courba la tête. Vous eussiez vu le bourreau saisi de crainte, comme si lui-même eût été Condamné ; sa main tremblait, son visage était pâte pour le péril d’autrui, pendant qu’une jeune fille voyait sans crainte son propre danger. Voici donc dans une seule victime un double martyre de pureté et de religion. Agnès demeura vierge et elle obtint le martyre.
Au troisième nocturne
Homélie de saint Grégoire, Pape. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès
Septième leçon. Je vous recommande souvent, mes très chers frères, de fuir le mal et de vous préserver de la corruption du monde ; mais aujourd’hui la lecture du saint Évangile m’oblige à vous dire de veiller avec beaucoup de soin à ne pas perdre le mérite de vos bonnes actions. Prenez garde que vous ne recherchiez dans le bien que vous faites, la faveur ou l’estime des hommes, qu’il ne s’y glisse un désir d’être loué, et que ce qui paraît au dehors ne recouvre un fond vide de mérite et peu digne de récompense. Voici que notre Rédempteur nous parle de dix vierges, il les nomme toutes vierges et cependant toutes ne méritèrent pas d’être admises an séjour de la béatitude, car tandis qu’elles espéraient recueillir de leur virginité une gloire extérieure, elles négligèrent de mettre de l’huile dans leurs vases.
Huitième leçon. II nous faut d’abord examiner ce qu’est le royaume des cieux, ou pourquoi il est comparé à dix vierges, et encore quelles sont les vierges prudentes et les vierges folles. Puisqu’il est certain qu’aucun réprouvé n’entrera dans le royaume des cieux, pourquoi nous dit-on qu’il est semblable à des vierges parmi lesquelles il y en a de folles ? Mais nous devons savoir que l’Église du temps présent est souvent désignée dans le langage sacré sous le nom de royaume des cieux ; d’où vient que le Seigneur dit en un autre endroit : « Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales ». Certes, ils ne pourraient trouver aucun scandale à enlever, dans ce royaume de la béatitude, où se trouve la plénitude de la paix.
Neuvième leçon. L’âme il humaine subsiste dans un corps doué de cinq sens. Le nombre cinq, multiplié par deux, donne celui de dix. Et parce que la multitude des fidèles comprend l’un et l’autre sexe, la sainte Église est comparée à dix vierges. Comme, dans cette Église, les méchants se trouvent mêlés avec les bons et ceux qui seront réprouvés avec les élus, ce n’est pas sans raison qu’on la dit semblable à des vierges, dont les unes sont sages et les autres insensées. Il y a en effet, beaucoup de personnes chastes qui veillent sur leurs passions quant aux choses extérieures et sont portées par l’espérance vers les biens intérieurs ; elles mortifient leur chair et aspirent de toute l’ardeur de leur désir vers la patrie d’en haut ; elles recherchent les récompenses éternelles, et ne veulent pas recevoir pour leurs travaux de louanges humaines : celles-ci ne mettent assurément pas leur gloire dans les paroles des hommes, mais la cachent au fond de leur conscience. Et il en est aussi plusieurs qui affligent leur corps par l’abstinence, mais attendent de cette abstinence même des applaudissements humains.
Nous n’avons pas épuisé encore la splendide constellation de Martyrs qui se rencontre en ces jours sur le Cycle. Hier, Sébastien ; demain, Vincent, qui porte la victoire jusque dans son nom. Entre ces deux fortes palmes apparaît aujourd’hui, tressée de lis et de roses, la gracieuse couronne d’Agnès. C’est à une enfant de treize ans que l’Emmanuel a donné ce mâle courage du martyre, qui l’a fait marcher dans l’arène d’un pas aussi ferme que le vaillant chef de la cohorte prétorienne et que l’intrépide Diacre de Sarragosse. S’ils sont les soldats du Christ, elle en est la chaste amante. Tels sont les triomphes du Fils de Marie. A peine s’est-il manifesté au monde, que tous les nobles cœurs volent vers lui, selon la parole qu’il a dite : « Où sera le corps, les aigles se rassembleront. ». Fruit admirable de la virginité de sa Mère, qui a mis en honneur la fécondité de l’âme, bien au-dessus de la fécondité des corps, et ouvert une voie ineffable par laquelle les âmes choisies s’élancent rapidement jusqu’au divin Soleil, dont leur regard épuré contemple, sans nuage, les rayons ; car il a dit aussi : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. ».
Gloire immortelle de l’Église catholique, qui, seule, possède en son sein le don de la virginité, principe de tous les dévouements, parce que la virginité procède uniquement de l’amour ! Honneur sublime pour Rome chrétienne d’avoir produit Agnès, cet ange de la terre, devant laquelle pâlissent ces anciennes Vestales, dont la virginité comblée de faveurs et de richesses ne fut jamais éprouvée par le fer ni le feu !
Quelle gloire est comparable à celle de cette enfant de treize ans, dont le nom retentira jusqu’à la fin des siècles dans le Canon sacré du Sacrifice universel ! La trace de ses pas innocents, après tant de siècles, est empreinte encore dans la ville sainte. Ici, sur l’ancien Cirque Agonal, un temple somptueux s’élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes jadis souillées par la prostitution, maintenant tout embaumées des parfums de la virginité d’Agnès. Plus loin, sur la voie Nomentane, hors des remparts de Rome, une élégante Basilique, bâtie par Constantin, garde, sous un autel revêtu de pierres précieuses, le chaste corps de la vierge. Sous terre, autour de la Basilique, commencent et s’étendent de vastes cryptes, au centre desquelles Agnès reposa jusqu’au jour de la paix, et où dormirent, comme sa garde d’honneur, des milliers de Martyrs.
Nous ne devons pas taire non plus le plus gracieux hommage que rend, chaque année, la sainte Église Romaine à notre illustre Vierge, au jour de sa fête. Deux agneaux sont placés sur l’autel de la Basilique Nomentane, rappelant à la fois la mansuétude du divin Agneau et la douceur d’Agnès. Après qu’ils ont été bénis par l’Abbé des Chanoines réguliers qui desservent cette église, ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur, qui les élèvent avec soin ; et leur laine sert à tisser les Pallium que le Pontife suprême doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction, à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. Ainsi le simple ornement de laine que ces Prélats doivent porter sur leurs épaules comme symbole de la brebis du bon Pasteur, et que le Pontife Romain prend sur le tombeau même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu’aux extrémités de l’Église, dans une union sublime, le double sentiment de la vigueur du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d’Agnès.
Nous donnerons maintenant les admirables pages que saint Ambroise, dans son livre des Vierges, a consacrées à la louange de sainte Agnès. L’Église en lit la plus grande partie dans l’Office d’aujourd’hui ; et la vierge du Christ ne pouvait désirer un plus aimable panégyriste que le grand évêque de Milan, le plus éloquent des Pères sur la virginité, et le plus persuasif ; car l’histoire nous apprend que, dans les villes où il prêchait, les mères renfermaient leurs filles, dans la crainte que les attrayantes paroles du prélat n’allumassent en elles un si ardent amour du Christ, qu’on les vît renoncer à tout hymen terrestre.
« Ayant à écrire un livre de la Virginité, dit le grand évêque, je m’estime heureux de l’ouvrir par l’éloge de la vierge dont la solennité nous réunit. C’est aujourd’hui la fête d’une Vierge : recherchons la pureté. C’est aujourd’hui la fête d’une Martyre : immolons des victimes. C’est aujourd’hui la fête de sainte Agnès : que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses considèrent avec étonnement, que les vierges imitent. Mais comment pourrons-nous parler dignement de celle dont le nom même renferme l’éloge ? Son zèle a été au-dessus de son âge, sa vertu au-dessus de la nature ; en sorte que son nom ne semble pas un nom humain, mais plutôt un oracle qui présageait son martyre. » Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau, dont on peut dériver le nom d’Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnos, qui signifie pur, et continue ainsi son discours :
« Le nom de cette vierge est aussi un titre de pureté : j’ai donc à la célébrer et comme Martyre et comme Vierge. C’est une louange abondante que celle que l’on n’a pas besoin de chercher, et qui existe déjà par elle-même. Que le rhéteur se retire, que l’éloquence se taise ; un seul mot, son nom seul, loue Agnès. Que les vieillards, que les jeunes gens, que les enfants la chantent. Tous les hommes célèbrent cette Martyre ; car ils ne peuvent dire son nom sans la louer.
« On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. Cruauté détestable du tyran, qui n’épargne pas un âge si tendre ; mais, plus encore, merveilleuse puissance de la foi, qui trouve des témoins de cet âge ! Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? A peine le glaive trouvait-il sur cette enfant un lieu où frapper ; et cependant Agnès avait en elle de quoi vaincre le glaive.
« A cet âge, la jeune fille tremble au regard irrité de sa mère ; une piqûre d’aiguille lui arrache des larmes, comme ferait une blessure. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, Agnès se tient immobile sous le fracas des lourdes chaînes qui l’écrasent ; ignorante encore de la mort, mais prête à mourir, elle présente tout son corps à la pointe du glaive d’un soldat furieux. La traîne-t-on, malgré elle, aux autels : elle tend les bras au Christ, à travers les feux du sacrifice ; et sa main forme, jusque sur les flammes sacrilèges, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Son cou, ses deux mains, elle les passe dans les fers qu’on lui présente ; mais on n’en trouve pas qui puissent serrer des membres si petits.
« Nouveau genre de martyre ! La Vierge n’a pas encore l’âge du supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; elle n’est pas mûre pour le combat, et déjà elle est capable de la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et déjà elle est maîtresse en fait de vertu. L’épouse ne marche pas vers le lit nuptial avec autant de vitesse que cette Vierge qui s’avance, pleine de joie, d’un pas dégagé, vers le lieu de son supplice ; parée, non d’une chevelure artificieusement disposée, mais du Christ ; couronnée, non de fleurs, mais de pureté.
« Tous étaient en larmes ; elle seule ne pleure pas ; on s’étonne qu’elle prodigue si facilement une vie qu’elle n’a pas encore goûtée ; qu’elle la sacrifie , comme si elle l’eût épuisée. Tous admirent qu’elle soit déjà le témoin de la divinité, à un âge où elle ne pourrait encore disposer d’elle-même. Sa parole n’aurait pas valeur dans la cause d’un mortel : on la croit aujourd’hui dans le témoignage qu’elle rend à Dieu. En effet, une force qui est au-dessus de la nature ne saurait venir que de l’auteur delà nature. Quelles terreurs n’employa pas le juge pour l’intimider ! que de caresses pour la gagner ! Combien d’hommes la demandèrent pour épouse ! Elle s’écrie : La fiancée fait injure à l’époux, si elle se fait attendre. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux que je n’agrée pas.
« Elle se présente, elle prie, elle courbe la tête. Vous eussiez vu trembler le bourreau, comme si lui-même eût été condamné. Sa main était agitée, son visage était pâle sur le danger d’un a autre, pendant que la jeune fille voyait, sans crainte, son propre péril. Voici donc, dans une seule victime, un double martyre : l’un de chasteté, l’autre de religion. Agnès demeura vierge, et elle obtint le martyre. »
Saints Fabien pape et Sébastien martyrs
Collecte
Dieu tout-puissant, regardez notre faiblesse ; et parce que le poids de nos péchés nous accable, fortifiez-nous par la glorieuse intercession des bienheureux Fabien et Sébastien, vos Martyrs.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Fabien, romain d’origine, gouverna l’Église depuis Maximin jusqu’à Dèce. Il divisa les sept régions de la ville entre sept Diacres, qui devaient avoir soin des pauvres. Il créa autant de sous-diacres, qu’il chargea de recueillir les Actes des Martyrs, qui étaient écrits par sept notaires. Le même Pape statua que chaque année en la 5e Férie, dite de la Cène du Seigneur, on renouvellerait le saint Chrême, après avoir brûlé l’ancien. Enfin, le treize des calendes de février, il reçut la couronne du martyre pendant la persécution de Dèce, et fut enseveli au cimetière de Calixte, sur la voie Appienne. Il avait siégé quinze ans et quatre jours, et fait, au mois de décembre, cinq ordinations, par lesquelles il ordonna vingt-deux Prêtres, sept Diacres et sacra onze Évêques pour divers lieux.
Cinquième leçon. Sébastien, dont le père était narbonnais et la mère milanaise, fut cher à Dioclétien à cause de la noblesse de sa naissance et de son courage. Chef de la première cohorte, il aidait de ses services et de ses biens les Chrétiens, dont il pratiquait secrètement la foi, et il fortifiait tellement par ses exhortations ceux qui paraissaient redouter la violence des tourments, qu’un grand nombre d’entre eux se livrèrent spontanément aux bourreaux pour Jésus-Christ. De ce nombre furent deux frères, Marc et Marcellien, qui étaient en prison à Rome chez Nicostrate, dont la femme, nommée Zoé, recouvra, par la prière de Sébastien, la voix qu’elle avait perdue. Ces faits ayant été rapportés à Dioclétien, il fit venir Sébastien, et après l’avoir réprimandé fortement, il s’efforça, par tous les artifices, de le détourner de la foi du Christ. Mais comme il ne gagnait rien, ni par ses promesses ni par ses menaces, il ordonna de le lier à un poteau et de le percer de flèches.
Sixième leçon. Tous le croyant mort, une sainte femme nommée Irène, fit enlever son corps pendant la nuit pour lui donner la sépulture ; mais il fut trouvé vivant, et elle le soigna dans sa maison. Peu après, Sébastien qui avait recouvré la santé se mit sur le passage de Dioclétien et lui reprocha très librement son impiété. A son aspect, l’empereur fut frappé de stupeur, car il le croyait mort ; la nouveauté du prodige et les reproches sévères de Sébastien l’enflammèrent de colère, et il command de le battre de verges jusqu’à ce qu’il rendît son âme à Dieu. Son corps fut jeté dans un cloaque ; mais Lucine, avertie en songe par Sébastien lui-même du lieu où il se trouvait et de l’endroit où il voulait être inhumé, l’ensevelit aux catacombes, et c’est là qu’on édifia depuis une célèbre église sous le nom de Saint-Sébastien.
Deux grands Martyrs partagent, sur le Cycle, les honneurs de cette journée : l’un, Pontife de l’Église de Rome ; l’autre, l’un des fidèles de cette Église-Mère. Fabien reçut la couronne du martyre l’an 25o, sous la persécution de Décius ; la persécution de Dioclétien couronna Sébastien en 288. Nous considérerons séparément les mérites de ces deux athlètes du Christ.
A l’exemple de ses prédécesseurs, saint Clément et saint Anthéros, le saint Pape Fabien prit un soin particulier de faire rédiger les Actes des Martyrs ; mais la persécution de Dioclétien, qui nous a privés d’un si grand nombre de ces précieux monuments condamnés aux flammes par les Édits impériaux, nous a ravi le récit des souffrances et du martyre de notre saint Pontife. Quelques traits seulement de sa vie pastorale sont arrivés jusqu’à nous ; mais nous pouvons prendre une idée de ses vertus, par l’éloge que fait de lui saint Cyprien, qui l’appelle un homme incomparable, dans une Lettre qu’il écrit au Pape saint Corneille, successeur de Fabien. L’évêque de Carthage célèbre aussi la pureté et la sainteté de la vie du saint Pontife, qui domina d’un front tranquille les orages dont l’Église fut agitée de son temps. On aime à contempler cette tête calme et vénérable sur laquelle une colombe alla se reposer, pour désigner dans Fabien le successeur de Pierre, le jour où le peuple et le clergé de Rome étaient réunis pour l’élection d’un Pontife, après le martyre d’Anthéros. Ce rapport avec le Christ désigné pour le Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la divine colombe, rend plus sacré encore le touchant caractère de Fabien. Dépositaire de la puissance de régénération qui réside dans les eaux depuis le baptême du Christ, il eut à cœur la propagation du Christianisme ; et parmi les Évêques qu’il sacra pour annoncer la foi en divers lieux, l’Église des Gaules en reconnaît plusieurs pour ses principaux fondateurs.
Les jours de votre Pontificat furent longs et orageux, ô Fabien ! Mais, pressentant l’avenir de paix que Dieu réservait à son Église, vous ne vouliez pas que les grands exemples de l’âge des Martyrs fussent perdus pour les siècles futurs, et votre sollicitude veillait à leur conservation. Les flammes nous ont ravi une grande partie des trésors que vous aviez amassés pour nous ; à peine pouvons-nous formuler quelques détails de votre propre vie ; mais nous en savons assez pour louer Dieu de vous avoir choisi dans ces temps difficiles, et pour célébrer aujourd’hui le glorieux triomphe que remporta votre constance. La colombe qui vous désignait comme l’élu du ciel, se reposant sur votre tête, vous marquait comme le Christ visible de la terre ; elle vous dévouait aux sollicitudes et au martyre ; elle avertissait l’Église entière de vous reconnaître et de vous écouter. Vous donc, ô saint Pontife, qui avez eu ce trait de ressemblance avec l’Emmanuel dans le mystère de l’Épiphanie, priez-le pour nous afin qu’il daigne se manifester de plus en plus à nos esprits et à nos cœurs. Obtenez-nous de lui cette docilité à sa grâce, cette dépendance d’amour à l’égard de ses moindres volontés, ce détachement de toutes choses, qui furent l’élément continuel de votre vie, au milieu de cette tourmente qui menaça, durant quinze années, de vous engloutir. Enfin un dernier tourbillon vous enleva, calme et préparé, pour vous porter, par le martyre, jusque dans le sein de Celui qui avait déjà accueilli un si grand nombre de vos brebis. Nous aussi, nous attendons la vague qui doit nous détacher de la grève, et nous pousser jusqu’au ciel ; demandez, ô Pasteur, qu’elle nous trouve prêts. Si l’amour du divin Enfant vit en nous, si nous imitons, comme vous, ô Fabien, la simplicité de la colombe, notre voie est sûre. Nous offrons nos cœurs ; hâtez-vous de les préparer.
Après les glorieux Apôtres Pierre et Paul, qui font sa principale gloire, Rome inscrit en tête de ses fastes ses deux plus vaillants martyrs, Laurent et Sébastien, et ses deux plus illustres vierges, Cécile et Agnès. Or, voici que la partie actuelle du Cycle réclame, pour faire honneur au Christ naissant, une partie de cette noble cour. Laurent et Cécile paraîtront à leur tour pour accompagner d’autres mystères ; aujourd’hui, l’invincible chef de la cohorte prétorienne, Sébastien, est appelé à faire son service près de l’Emmanuel ; demain, Agnès, douce comme l’agneau, intrépide comme le lion, sera admise auprès de l’Époux divin qu’elle a préféré à tout. Le caractère chevaleresque de Sébastien offre plusieurs traits de ressemblance avec celui du grand Archidiacre : l’un dans le sanctuaire, l’autre dans le siècle, ont défié avec un mâle courage les tortures et la mort. A moitié rôti, Laurent défie le tyran de le retourner de l’autre côté ; Sébastien, tout hérissé de flèches meurtrières, n’a pas plutôt senti se cicatriser ses plaies, qu’il court se présenter devant Dioclétien, et appelle un nouveau martyre. Mais nous n’avons à nous occuper aujourd’hui que de Sébastien.
Qu’on se figure un jeune homme, s’arrachant à tous les liens qui le retenaient à Milan sa patrie, par le seul motif que la persécution n’y sévit pas avec assez de rigueur, tandis que la tempête, à Rome, est dans toute sa violence. Il tremble pour la constance des Chrétiens ; mais il sait que, plus d’une fois, les soldats du Christ, couverts de l’armure des soldats de César, se sont introduits dans les prisons, et ont ranimé le courage des confesseurs. C’est la mission qu’il ambitionne, en attendant le jour où il pourra lui-même saisir la palme. Il vient donc soutenir ceux que les larmes de leurs parents avaient ébranlés ; les geôliers même, cédant à l’empire de sa foi et de ses miracles, affrontent le martyre, et jusqu’à un magistrat romain demande à se faire instruire de la doctrine qui donne tant de puissance aux hommes. Comblé des marques de la faveur de Dioclétien et de Maximien-Hercule, Sébastien dispose dans Rome d’une influence si salutaire pour le Christianisme, que le saint pape Caïus le proclame le Défenseur de l’Église.
Après avoir envoyé au ciel d’innombrables martyrs, le héros obtient enfin la couronne pour laquelle il soupirait. Par sa courageuse confession il encourt la disgrâce de Dioclétien, auquel il préfère l’Empereur céleste qu’il avait servi uniquement sous le casque et la chlamyde. Il est livré aux archers de Mauritanie qui le dépouillent, l’enchaînent et le percent de leurs flèches. Si les pieux soins d’Irène le rappellent à la vie, c’est pour expirer sous les coups, dans un hippodrome attenant au palais des Césars.
Tels sont les soldats de notre Roi nouveau-né ; mais avec quelle recherche sa munificence les honore ! Rome chrétienne, capitale de l’Église, s’élève sur sept Basiliques principales, comme l’ancienne Rome sur sept collines ; le nom et la tombe de Sébastien décorent l’un de ces sept sanctuaires. Hors les murs de la ville éternelle, sur la voie Appienne, la Basilique de Sébastien est assise dans la solitude ; elle garde le corps du pieux Martyr et Pontife Fabien ; mais les premiers honneurs de ce temple sont pour l’illustre chef de la milice prétorienne, qui avait voulu être enseveli dans ce lieu, comme un fidèle serviteur, près du puits au fond duquel furent cachés plusieurs années les corps des saints Apôtres, quand il fallut les soustraire aux recherches des persécuteurs.
En retour du zèle de saint Sébastien pour les âmes des fidèles, qu’il désira tant préserver de la contagion du paganisme, Dieu lui a donné d’être l’intercesseur du peuple chrétien contre le fléau de la peste. Ce pouvoir du saint Martyr a été éprouvé, dès l’an 680, à Rome, sous le pontificat de saint Agathon.
Les anciens livres liturgiques contiennent de nombreuses pièces en l’honneur de saint Sébastien ; nous donnerons seulement l’Hymne suivante, qui appartient au Bréviaire Ambrosien :
Vaillant soldat de l’Emmanuel ! vous vous reposez maintenant à ses pieds. Vos blessures sont guéries, et vos palmes sont toujours verdoyantes. Du haut du ciel, jetez les regards sur la chrétienté qui applaudit à vos triomphes. A cette époque de l’année, vous nous apparaissez comme le gardien fidèle du berceau de l’Enfant divin ; l’emploi que vous remplissiez à la cour des princes de la terre, vous l’exercez maintenant dans le palais du Roi des rois. Daignez y introduire et y protéger nos vœux et nos prières.
Avec quelle faveur l’Emmanuel écoutera vos requêtes, lui que vous avez aimé d’un si invincible amour ! Dans l’ardeur de verser votre sang pour son service, un théâtre vulgaire ne vous suffisait pas ; il vous fallait Rome, cette Babylone enivrée du sang des Martyrs, comme parle saint Jean. Mais vous ne vouliez pas cueillir seulement une palme, et monter en hâte dans les cieux ; votre zèle pour vos frères vous rendait inquiet sur leur constance. Vous aimiez à pénétrer dans les cachots où ils rentraient tout brisés par les tortures ; et vous veniez raffermir entre leurs mains la palme chancelante. On eût dit que vous aviez reçu l’ordre de former la milice prétorienne du Roi céleste, et que vous ne deviez entrer au ciel que dans la société des guerriers choisis par vous pour la garde de sa personne.
Enfin, le moment est venu où vous devez songer à votre propre couronne ; l’heure de la confession a sonné. Mais, pour un athlète comme vous, ô Sébastien, un martyre unique ne suffit pas. En vain les archers ont épuisé leurs carquois sur vos membres ; la vie est restée en vous tout entière ; et la victime demeure aussi tout entière pour une seconde immolation. Tels furent les chrétiens du premier âge, et nous sommes leurs fils.
Donc, ô guerrier du Seigneur, considérez l’extrême faiblesse de nos cœurs où languit l’amour du Christ ; prenez pitié de vos derniers descendants. Tout nous effraie, tout nous abat, et trop souvent nous sommes, même à notre insu, les ennemis de la croix. Nous oublions trop souvent que nous ne pouvons habiter avec les Martyrs, si nos cœurs ne sont pas généreux comme le fut le cœur des Martyrs. Nous sommes lâches dans la lutte avec le monde et ses pompes, avec les penchants de notre cœur et l’attrait des sens ; et quand nous avons fait avec Dieu une paix facile, scellée du gage de son amour, nous croyons qu’il ne nous reste plus qu’à cheminer doucement vers le ciel, sans épreuves et sans sacrifices volontaires. Arrachez-nous à de telles illusions, ô Sébastien ! Réveillez-nous de notre sommeil ; et pour cela ranimez l’amour qui dort dans nos cœurs.
Défendez-nous delà contagion de l’exemple, et de l’envahissement des maximes mondaines qui se glissent sous un faux air de christianisme. Rendez-nous ardents pour notre sanctification, vigilants sur nos inclinations, zélés pour le salut de nos frères, amis de la croix, et détachés de notre corps. Par ces flèches qui ont percé vos membres généreux, éloignez de nous les traits que l’ennemi nous lance dans l’ombre.
Armez-nous, ô soldat du Christ, de l’armure céleste que nous décrit le grand Apôtre dans sa Lettre aux Éphésiens ; placez sur notre cœur la cuirasse de la justice, qui le défendra contre le péché ; couvrez notre tête du casque du salut, c’est-à-dire de l’espérance des biens futurs, espérance éloignée également de l’inquiétude et de la présomption ; placez à notre bras le bouclier de la foi, dur comme le diamant, et contre lequel viendront se briser tous les traits de l’ennemi qui voudrait égarer notre esprit pour séduire notre cœur ; enfin, mettez à notre main le glaive de la parole de Dieu, par lequel nous dissiperons toutes les erreurs et renverserons tous les vices ; car le ciel et la terre passent, et la Parole de Dieu reste, comme notre règle et notre espérance.
Défenseur de l’Église, ainsi appelé par la bouche d’un saint Pape Martyr, levez votre épée pour la défendre encore. Abattez ses ennemis, dissipez leurs plans perfides ; donnez-nous cette paix que l’Église goûte si rarement, et durant laquelle elle se prépare à de nouveaux combats. Bénissez les armes chrétiennes, au jour où nous aurions à lutter contre les ennemis extérieurs. Protégez Rome qui honore votre tombeau ; sauvez la France, qui se glorifia longtemps de posséder une partie de vos sacrés ossements. Éloignez de nous les fléaux de la peste et les maladies contagieuses ; écoutez la voix de ceux qui, chaque année, vous implorent pour la conservation des animaux que le Seigneur a donnés à l’homme pour l’aider dans ses labeurs. Enfin, par vos prières, assurez-nous le repos de la vie présente, mais surtout les biens de l’éternité.
Super II Cor., cap. 10 l. 1
Caput 10
Lectio 1
Super II Cor., cap. 10 l. 1 Postquam tractavit de bonis ministris Christi et fidei, consequenter apostolus invehitur contra falsos ministros et pseudo-prophetas. Et primo invehitur contra eos; secundo vero contra illos, qui, decepti ab eis, adhaerebant eis, in XIII cap., ibi ecce tertio, et cetera. Circa primum duo facit. Primo excusat se de eis quae imponuntur sibi per rationem; secundo vero per facti evidentiam, ibi quae autem secundum faciem sunt, et cetera. Circa primum duo facit. Primo recusat se excusare per experimentum, cum tamen posset; secundo vero excusat per rationem, ibi qui arbitrantur, et cetera. Circa primum tria facit. Primo praemittit obsecrationem; secundo interponit illud quod imponitur sibi a pseudo, ibi qui in facie quidem, etc.; tertio recusat experimentum, ibi rogo autem. Dicit ergo ipse autem ego Paulus, qui vos et alios ad eleemosynas exhortor; ego, inquam, ipse, obsecro vos per mansuetudinem et modestiam Christi. De mansuetudine Christi habetur Mt. XI, 29: discite a me, quia mitis sum, et cetera. De modestia Sg. XI, 21: omnia in numero, pondere et mensura disposuisti, et cetera. Modestia enim nihil aliud est quam modum servare in agendis. Facit autem specialiter hic mentionem de mansuetudine et modestia Christi, quia pseudo, et Corinthii, specialiter imponebant Paulo quod cum esset praesens apud eos conversaretur humiliter, et cum esset absens scriberet eis valde dure. Et ideo posuit illa duo quae Christus habuit, ut sciant quod apostolus haec etiam ostendit et servavit exemplo Christi. Et ideo consequenter interponit vitium sibi impositum, dicens: ego ipse Paulus, id est vere humilis, quia Paulus humilis et quietus interpretatur. I Cor. XV, 9: ego sum minimus, et cetera. Unde ego ipse, id est, vere Paulus. Ps. CI, 28: tu quidem ipse es. Eccli. XIX, 23: est qui nequiter humiliat se, et cetera. Et Jc. III, 16: ubi zelus et contentio, ibi inconstantia, et cetera. Ego inquam obsecro, qui in facie, id est exterius, ut dicitis, humilis sum inter vos, id est humiliter conversatus, cum sum vobis praesens, absens autem, id est cum sum absens a vobis, quando scilicet non timeo laedi ab aliquo vestrum, confido in vobis, id est confidenter ago, aspere vobis per epistolam scribens. Pr. XXVIII, 1: iustus quasi leo confidens, et cetera. Consequenter cum dicit rogo autem, etc., recusat sumere experimentum. Isti enim credebant quod apostolus ex timore ductus conversaretur humiliter inter eos, et ideo dicit: vos ita creditis, sed ego rogo vos, qui et ipse obsecro, ut velitis experiri, utrum ego, si necesse sit, faciam in praesentia, quomodo facio in absentia. Et ideo dicit ne praesens, id est cum fuero apud vos, audeam facere in vobis, si necesse sit, per eam confidentiam, id est ita confidenter, sicut existimor a vobis audere, id est audacter et confidenter agere, in quosdam, incorrectos dure reprehendendo, per litteras etiam corrigendo. Jb XXXI: exaltat audacter, et cetera. Deinde excusat se per rationem, dicens qui arbitrantur, etc., quasi dicat: et licet nolim experimento me excusare propter vos, tamen ratio in promptu est ad excusandum me sufficienter. Circa hoc ergo tria facit. Primo ponit causam, quare imponunt ei quod dictum est; secundo destruit causam illam; tertio confirmat per rationem. Causa autem quare hoc sibi imponitur, scilicet quod praesens sit humilis, absens autem severus et austerus, est quia isti arbitrabantur apostolum secundum carnem ambulare. Et quia unusquisque secundum regulam operis operatur, finis autem habet rationem regulae, ideo quilibet dirigit opus suum ad finem quem intendit. Qui ergo ponunt finem suum in bonis carnalibus dicuntur ambulare secundum carnem. Et inde est quod ita regulant opera sua, ut consequantur ea quae sunt carnis; quae quidem, quia possunt subtrahi ab hominibus, ideo homines, qui in carnalia tendunt, blande se habent ad homines et humiliter. Et ideo, quia credebant apostolum ambulare secundum carnem ideo credebant quod propter hoc humiliter conversatus sit inter eos. Sed haec ratio nulla est et vana, et ideo destruit eam. Dicens in carne enim, etc., quasi dicat: quod nos sumus in carne non possumus negare, quia Rm. VIII, 12 dicitur: debitores sumus non carni, etc.; sed quod nos regulemur secundum carnem, ponendo in bonis carnalibus finem, sive intentionem nostram, hoc est falsum, quia non secundum carnem militamus, id est vitam nostram, quae est quaedam militia, ut dicitur Jb VII, 1, non regulamus secundum carnem. Et quod non militemus secundum carnem probat, cum dicit nam arma nostra, etc., et primo, ex militaribus armis, sicut unusquisque pugnator habet arma accommoda militiae et pugnae suae. Sed constat quod arma eorum qui pugnant secundum carnem, seu militant, sunt divitiae, voluptates, honores et potentiae mundanae et temporales, cum ergo arma nostra non sint huiusmodi, quia arma militiae nostrae non sunt carnalia, sed potentia Deo, id est secundum Deum, vel ad honorem Dei, ergo nos non militamus secundum carnem. Secundo vero cum dicit ad destructionem, etc., ponit virtutem armorum spiritualium, quorum quidem virtus patet ex triplici effectu eorum. Primus effectus est quod per ipsa arma confunduntur rebelles. Et quantum ad hoc dicit ad destructionem munitionum, quasi dicat: bene sunt potentia Deo, ut destruant rebelles. Infra Tt. I, 9: ut sit potens exhortari, et cetera. Jr. I, 10: ut evellas et destruas, et cetera. Muniunt autem se aliqui contra Deum dupliciter. Aliqui astutis consiliis, sicut sunt tyranni, qui machinantur pravis consiliis suis destruere quae Dei sunt, ut ipsi tyrannizent. Et quantum ad hoc dicit consilia destruentes, scilicet tyrannorum. Jb V, 13: qui apprehendit sapientes, et cetera. Aliqui vero per superbiam vel altitudinem ingenii proprii. Et quantum ad hoc dicit et omnem altitudinem, scilicet suae superbiae. Rm. XII, 16: non alta sapientes, etc., id est superba. Sive profunditatem intellectus tam legisperitorum, quam philosophorum. Rm. VIII, 39: neque altitudo, neque profundum. Is. V, 21: vae qui sapientes estis in oculis vestris. Altitudinem, dico, extollentem se adversus scientiam Dei, scilicet fidem, quae est scientia Dei, quia quae de Deo dicuntur impugnant, scilicet partum virginis, et alia Dei mirabilia. Is. XI, 9: repleta est terra scientia Dei. Ap. II, 23: quam dicunt altitudinem Satanae. Ap. II, 24: qui non cognoverunt altitudinem Satanae. Rm. XI, 20: noli altum sapere, sed time. Secundus effectus est conversio infidelium ad fidem. Et quantum ad hoc dicit et in captivitatem redigentes, etc.; quod quidem fit quando id quod homo scit, totum supponit ministerio Christi et fidei. Ps. CIL, 8: ad alligandos reges eorum in compedibus, et cetera. Eccli. VI, 25: iniice pedem tuum in compedes illius, id est in documenta fidei, et cetera. Tertius effectus est correctio peccantium. Et quantum ad hoc dicit et in promptu habentes, id est promptum et liberum animum habentes ad puniendum omnem inobedientiam. Ps. CIL, 6: gladii ancipites in manibus, et cetera. Et hoc erit, cum impleta fuerit vestra obedientia, id est cum vos perfecte obedientes eritis, quia si vos velitis obedire, non erit nobis locus puniendi inobedientiam aliorum et vestram. Vel, tunc ulciscemur vos de inobedientia, quando impleta fuerit obedientia vestra, id est quando destruetur inobedientia vestra: contraria enim contrariis curantur.
Super Ep., cap. 1 l. 3
Lectio 3
Super Ep., cap. 1 l. 3 Positis beneficiis communiter omnibus collatis, hic apostolus ponit beneficia specialiter apostolis collata. Dividitur autem haec pars in duas, quia primo proponit beneficia singulariter apostolis collata; secundo ostendit causam eorum, ibi in quo et nos sorte vocati, et cetera. Circa primum tria facit, quia primo proponit singularia apostolorum beneficia quantum ad excellentiam sapientiae; secundo quantum ad specialem revelationem sacramenti absconditi, ibi ut notum faceret, etc.; tertio exponit quid sit illud sacramentum, ibi secundum beneplacitum, et cetera. Dicit ergo primo: dico quod secundum divitias gratiae eius omnes fideles communiter, tam vos quam nos, habemus redemptionem et remissionem peccatorum per sanguinem Christi; quae quidem gratia superabundavit in nobis, id est abundantius fuit, quam in aliis. Ex quo apparet temeritas illorum (ut non dicam error), qui aliquos sanctos praesumunt comparare apostolis in gratia et gloria. Manifeste enim patet ex verbis istis, quod apostoli habent gratiam maiorem quam aliqui alii sancti, post Christum et virginem matrem. Si vero dicatur alios sanctos tantum mereri posse quantum et apostoli meruerunt et per consequens tantam gratiam habere, dicendum est quod bene argueretur si gratia pro meritis daretur; quod si ita esset, iam non esset gratia, ut dicitur Rm. XI, 6. Et ideo sicut Deus praeordinavit aliquos sanctos ad maiorem dignitatem, ita et abundantiorem gratiam eis infudit, sicut Christo homini, quem ad unitatem personae assumpsit, contulit gratiam singularem. Et gloriosam virginem Mariam, quam in matrem elegit et quantum ad animam et quantum ad corpus gratia implevit; et sic apostolos, sicut ad singularem dignitatem vocavit, ita et singularis gratiae privilegio dotavit; propter quod dicit apostolus Rm. VIII, 23: nos ipsi primitias spiritus habentes. Glossa: tempore prius, et caeteris abundantius. Temerarium est ergo aliquem sanctum apostolis comparare. Superabundavit ergo gratia Dei in apostolis in omni sapientia. Nam apostoli praepositi sunt Ecclesiae sicut pastores. Jr. III, 15: dabo vobis pastores secundum cor meum, et pascent vos scientia et doctrina. Duo autem spectant ad pastores, scilicet ut sint sublimes in cognitione divinorum, et industrii in actione religionis. Nam subditi instruendi sunt in fide, et ad hoc necessaria est sapientia, quae est cognitio divinorum, et quantum ad hoc dicit in omni sapientia. Lc. XXI, 15: ego dabo vobis os et sapientiam, cui non poterunt resistere nec contradicere omnes adversarii vestri. Item, gubernandi sunt subditi in exterioribus, et ad hoc necessaria est prudentia; dirigit enim in temporalibus, et quantum ad hoc dicit prudentia. Mt. X, 16: estote ergo prudentes, et cetera. Sic ergo apparet beneficium apostolorum quantum ad excellentiam sapientiae. Sequitur eorum beneficium quantum ad excellentiam revelationis, ibi ut notum faceret sacramentum, etc., quasi dicat: sapientia nostra non est ut sciamus naturas rerum et siderum cursus et huiusmodi, sed in solo Christo. I Cor. II, 2: non enim iudicavi me scire aliquid inter vos, nisi Christum Iesum, et cetera. Unde hic dicit ut notum faceret sacramentum, id est sacrum secretum, scilicet mysterium incarnationis, quod fuit ab initio absconditum. Causam autem huius sacramenti absconditi subdit, dicens voluntatis. Nam effectus futuri non cognoscuntur, nisi cognitis causis, sicut eclipsim futuram non cognoscimus, nisi cognoscendo causam eius. Cum ergo causa mysterii incarnationis sit voluntas Dei: quia propter nimiam charitatem quam Deus habuit ad homines, voluit incarnari, Jn. III, 16: sic enim Deus dilexit mundum, ut filium suum unigenitum daret, voluntas autem Dei occultissima est, I Cor. II, 11: quae Dei sunt, nemo novit, nisi spiritus Dei, causa ergo incarnationis occulta fuit, nisi quibus Deus revelavit per Spiritum Sanctum, sicut apostolus dicit I Cor. II, 10. Dicit ergo ut notum faceret sacramentum, id est sacrum secretum, quod ideo est secretum, quia voluntatis suae. Mt. XI, 25: confiteor tibi, Domine, Pater caeli et terrae, quia abscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis. Item Col. I, 26: mysterium, quod absconditum fuit a saeculis et generationibus; nunc autem manifestatum est sanctis eius, quibus voluit Deus notas facere divitias gloriae sacramenti huius. Quid autem sit hoc sacramentum, exponit dicens secundum beneplacitum, et cetera. Quae quidem sententia intricata est, et debet sic construi: ut notum faceret, etc., quod quidem sacramentum est instaurare omnia in Christo, id est per Christum. Omnia dico, quae in caelis et in terra sunt. Instaurare, inquam, in eo, scilicet Christo, cum dispensatione plenitudinis temporum, et hoc secundum beneplacitum eius. Ubi tria tangit, scilicet sacramenti causam, temporis congruitatem, et sacramenti utilitatem. Causam quodam modo tangit, cum dicit secundum beneplacitum. Licet autem quidquid Deo placet, bonum sit, hoc tamen beneplacitum Dei anthonomastice bonum dicitur, quia per ipsum ad perfectam fruitionem bonitatis perducimur. Ps. CXLVI, 11: beneplacitum est Domino super timentes eum, et cetera. Rm. XII, 2: ut probetis quae sit voluntas Dei bona, et beneplacens, et perfecta. Congruitas temporis fuit in dispensatione plenitudinis, de qua dicitur Ga. IV, 4: at ubi venit plenitudo temporis, misit Deus filium suum factum ex muliere. Unde apostolus hic excludit quaestionem frivolam, quam gentiles quaerere consueverunt. Ut enim dicitur Jb XXIV, 1, ab omnipotente non sunt abscondita tempora, unde sicut omnia ordinat et dispensat, ita et tempora, dispensando et accommodando ea effectibus quos producit secundum congruentiam eorum. Sicut autem aliis effectibus ab eo productis tempora ordinata sunt, ita et certum tempus praeordinavit ab aeterno mysterio incarnationis. Quod quidem tempus, secundum Glossam, existens fuit postquam homo convictus fuit de sua insipientia ante legem scriptam, dum scilicet creaturas colebat ut creatorem, ut dicitur Rm. I, 22: dicentes se esse sapientes, stulti facti sunt; et de impotentia per legem scriptam, quam implere non poterat. Ut sic homines adventum Christi, de sua sapientia et virtute non praesumentes, non contemnerent, sed, quasi infirmi et quodammodo ignari, Christum avidius affectarent. Et effectus huius sacramenti est instaurare omnia. Nam inquantum facta sunt propter hominem, omnia instaurari dicuntur. Am IX, 11: suscitabo tabernaculum David quod cecidit, et reaedificabo aperturas murorum eius, et ea quae corruerant, instaurabo. Omnia, inquam, quae in caelis, id est Angelos: non quod pro Angelis mortuus sit Christus, sed quia redimendo hominem, reintegratur ruina Angelorum. Ps. CIX, 6: implevit ruinas, et cetera. Ubi cavendus est error Origenis, ne per hoc credamus Angelos damnatos redimendos esse per Christum, ut ipse finxit. Et quae in terris, inquantum caelestia terrenis pacificat. Col. I, 20: pacificans per sanguinem crucis eius, sive quae in terris, sive quae in caelis sunt; quod est intelligendum quantum ad sufficientiam, etsi omnia non restaurentur quantum ad efficaciam.
Saint Antoine abbé
Collecte
Que l’intercession du bienheureux Abbé Antoine, nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Antoine, Égyptien, naquit de parents nobles et chrétiens, dont il se vit privé, encore adolescent. Entrant un jour dans une église, il entendit citer ces paroles de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; » il pensa devoir obéir au Christ notre Seigneur, comme si ces paroles lui eussent été adressées. Ayant donc vendu son bien, il en distribua tout l’argent aux pauvres. Dégagé de ces entraves, il entreprit de mener sur la terre un genre de vie tout céleste. Mais comme il descendait dans l’arène pour un combat si périlleux, il jugea qu’il devait adjoindre au bouclier de la foi dont il était armé, le secours des autres vertus, et il s’enflamma d’un tel zèle pour les acquérir, qu’il s’efforçait d’imiter quiconque lui semblait exceller en quelque vertu.
Cinquième leçon. Nul n’était plus continent que lui, nul plus vigilant. Il surpassait tous les autres en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail, et dans l’étude des divines Écritures. Antoine avait une telle horreur de la rencontre et des discours des hérétiques et des schismatiques, surtout des Ariens, qu’il disait qu’il ne fallait pas les aborder. Il couchait sur le sol lorsqu’un sommeil nécessaire s’emparait de lui, et se portait au jeûne avec tant d’ardeur qu’il ne mangeait que du pain avec un peu de sel, et n’étanchait sa soif qu’avec de l’eau ; et il ne réparait ses forces par cette nourriture et ce breuvage qu’après le coucher du soleil ; souvent même il s’abstenait de nourriture pendant deux jours consécutifs, et très fréquemment passait toute la nuit en prière. Étant devenu ainsi un vrai soldat de Dieu, Antoine fut attaqué de diverses tentations par l’ennemi du genre humain mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeûne et la prière. Toutefois, malgré ses nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté ; car il savait que le diable use d’innombrables artifices pour nuire aux hommes.
Sixième leçon. C’est pourquoi il se retira dans une vaste solitude de l’Égypte, où, faisant chaque jour de nouveaux progrès dans la perfection chrétienne, il en vint à mépriser tellement les démons qu’il leur reprochait leur faiblesse. Leurs assauts étaient cependant d’autant plus violents qu’Antoine devenait plus fort pour leur résister. Souvent il disait à ses disciples, qu’il excitait à combattre contre le diable, leur enseignant par quelles armes on peut le vaincre : « Croyez-moi, mes frères, Satan redoute les veilles pieuses, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde et l’humilité, mais surtout Tardent amour pour le Christ notre Seigneur, dont la sainte croix lui est si redoutable, que le seul signe de cette croix l’affaiblit et le met en fuite. » Le saint Abbé devint si redoutable aux démons, qu’un grand nombre de possédés furent délivrés en Égypte en invoquant le nom d’Antoine. Telle était la renommée de sa sainteté que Constantin le Grand et ses fils se recommandèrent par lettres à ses prières. Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant déjà d’innombrables imitateurs du genre de vie qu’il avait institué, il assembla ses moines, et après leur avoir donné des instructions touchant la règle parfaite de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il s’en alla au ciel le seize des calendes de février.
Qu’aujourd’hui, l’Orient et l’Occident s’unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites, le grand Antoine. Avant lui, la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d’irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houlette d’un pasteur.
D’abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons, il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l’attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le déserta vu, par lui, commencer les monastères. L’âge des Martyrs touche à sa fin ; la persécution de Dioclétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence, qui veille sur l’Église, d’inaugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle publiquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s’élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités, et les fidèles auront désormais sous les yeux, comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils. Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s’éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l’Église ne tardera pas à aller chercher, dans ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes, ses plus généreux Apôtres.
Car l’exemple d’Antoine inspirera les siècles à venir ; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert, et qu’il apparut tout à coup dans les rues d’Alexandrie, au fort de la persécution païenne, pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n’oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore, aux jours affreux de l’Arianisme, il reparut dans la grande cité, pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée, et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche, au fond de son désert, qu’il procurait de tous ses moyens l’avancement de l’œuvre monastique, qu’il plaçait dans la fidélité des moines l’espoir du salut de l’Église, et qu’il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?
C’est dans cet admirable récit qu’on apprend à connaître Antoine ; c’est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Âgé de dix-huit ans, déjà héritier d’une fortune considérable, il entend lire à l’église un passage de l’Évangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage ; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu’il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.
L’Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu ; on dirait que Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu’Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Égyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.
Après vingt ans de combats qui l’ont aguerri, son âme s’est fixée en Dieu ; et c’est alors qu’il est révélé au monde. Malgré ses efforts pour demeurer caché, il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter et demander ses prières ; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité ; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l’âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.
Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l’Orient. Ils s’attendent aux émotions d’un spectacle, et ils ne voient qu’un homme d’un abord aisé, d’une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule, ni vaine complaisance des marques d’estime et de respect qu’on lui prodigue ; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l’habitation de Dieu.
Il n’est pas jusqu’aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir, Antoine leur adresse le premier la parole : « Pourquoi donc, ô philosophes, leur dit-il, avez-vous pris tant de peines pour venir visiter un insensé ? » Déconcertés d’un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu’ils ne le croyaient pastel, mais qu’ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. « A ce compte, reprit Antoine, si vous me croyez sage, imitez ma sagesse. » Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d’autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d’un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : « Puisque vous êtes si bien établis sur la dialectique, répondez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt croire quand il s’agit de la connaissance de Dieu, ou à l’action efficace de la foi, ou aux arguments de la raison ? » — « A l’action efficace de la foi, » répondirent-ils. — « Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes ; ou si vous ne le pouvez, et que j’y parvienne par l’opération de la foi, et au nom de Jésus-Christ, avouez l’impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. » Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux : aussitôt ils furent délivrés.
Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence. « N’allez pas croire, leur dit le saint Abbé, que c’est par ma propre vertu que j’ai délivré ces possédés ; c’est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n’est pas la philosophie, mais une foi simple et sincère qui fait opérer les miracles. » On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme ; mais l’illustre biographe nous apprend qu’ils se retirèrent remplis d’estime et d’admiration pour Antoine, et avouèrent que leur visite au désert n’avait pas été pour eux sans utilité.
Cependant le nom d’Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu’à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père, implorant de lui la faveur d’une réponse. Le saint s’en défendit d’abord ; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu’ils pourraient se tenir offensés de son silence, il leur écrivit qu’il était heureux d’apprendre qu’ils adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d’état de leur pouvoir, qu’ils en vinssent à oublier qu’ils étaient hommes. Il leur recommanda d’être cléments, de rendre une exacte justice, d’assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.
Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople : « Les rois de la terre nous ont écrit ; mais qu’est-ce que cela doit être pour un chrétien ? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c’est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes, mais qu’il leur a aussi parlé par son propre Fils. »
Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d’aller se replonger dans le désert, et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits ; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim, où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait, dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. « Le roc, dit-il, s’élève à la hauteur de mille pas : de sa base s’échappent des eaux dont le sable boit une partie ; le reste descend en ruisseau, et son cours est bordé d’un grand nombre de palmiers qui en font une oasis aussi commode qu’agréable à l’œil. » Une étroite anfractuosité de la roche servait d’abri à l’homme de Dieu contre les injures de l’air.
L’amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine ; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petit terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d’Antoine qui lui disaient avec attendrissement : « Ici, il chantait les psaumes ; là, il s’entretenait avec Dieu dans l’oraison ; ici, il se livrait au travail ; là, il prenait du repos, lorsqu’il se sentait fatigué ; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, lui-même a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l’arrosement du jardin. » Ils racontèrent au saint, en lui montrant ce jardin, qu’un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s’arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : « Pourquoi manges-tu ce que tu n’as pas semé ? » Ces animaux s’arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.
Nous nous laissons aller au charme de ces récits ; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine descendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu’ils avaient au désert. Une fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l’avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première montagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l’affaiblissement de ses forces, et il leur dit :
« Mes fils bien-aimés, voici l’heure où, selon le langage de la sainte Écriture, je vais entrer dans la voie de mes pères. Je vois que le Seigneur m’appelle, et mon cœur brûle du désir de s’unir à lui dans le ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de mon âme, n’allez pas perdre, par un relâchement désastreux, le fruit du travail auquel vous vous êtes appliqués depuis tant d’années. Représentez-vous chaque jour à vous-mêmes que vous ne faites que d’entrer au service de Dieu et d’en pratiquer les exercices : par ce moyen, votre bonne volonté sera plus énergique, et ira toujours croissant. Vous savez quelles embûches nous tendent les démons. Vous avez été témoins de leurs fureurs, et aussi de leur faiblesse. Attachez-vous inviolablement à l’amour de Jésus-Christ ; confiez-vous à lui entièrement, et vous triompherez de la malice de ces esprits pervers. N’oubliez jamais les divers enseignements que je vous ai donnés ; mais je vous recommande surtout de penser que chaque jour vous pouvez mourir. »
Il leur rappela ensuite l’obligation de n’avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. « Quant aux habits que je laisse, ajouta-t-il, en voici la a destination : vous donnerez à l’évêque Athanase une de mes tuniques, avec le manteau qu’il m’avait apporté neuf, et que je lui rends usé. » C’était un second manteau que le grand docteur avait donnée Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l’ermite Paul. « Vous donnerez, reprit le saint, l’autre tunique à l’évêque Sérapion, et vous garderez pour vous mon cilice. » Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples : « Adieu, leur dit-il, mes fils bien-aimés ; votre Antoine s’en va, il n’est plus avec vous. »
C’est avec cette simplicité et cette grandeur que la vie monastique s’inaugurait dans les déserts de l’Égypte, pour rayonner de là dans l’Église entière ; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d’une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l’Église, toujours forte quand l’élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence ? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l’amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu ? Que tout l’honneur en revienne donc à notre Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu.
Chapitre 3 : La présence de Dieu
C'est écrit au livre de l'Imitation: L'humble se tient en Dieu, Stat in Deo. Saint Benoît pouvait dire comme les premiers solitaires du Carmel: Vive le Seigneur, en la présence duquel je me tiens (IV Reg. III. 14). Aussi, la présence de Dieu étant si familière et si chère à cet incomparable père, il l'enseignait à ses enfants, et ne cessait de la leur inculquer. Se reconnaissant, comme saint Paul, débiteur envers les forts et les faibles, il avait des moyens proportionnés à chacun pour les amener tous à vivre en la présence de Dieu.
Aux plus faibles, saint Benoît donnait ce précepte: Qu'ils sachent bien qu'en tout lieu Dieu les regarde (Reg. S. P. Ben. Cap. IV.). Et ailleurs: Que chacun considère que du haut du ciel Dieu le regarde, et qu'en tout lieu ses actions sont vues par les yeux de Dieu, et à toute heure rapportées à Dieu par les anges (Ibid. C. VII).
Ainsi, il est utile de se représenter Dieu comme notre souverain maître, comme un grand roi, trônant dans les cieux, servi par les anges, et ne dédaignant point d'abaisser ses regards sur nous, pauvres petits vermisseaux. Il fait plus, car il s'intéresse à tout ce qui nous touche, à tout ce que nous faisons; il y intéresse ses anges et les députe vers nous pour nous garder, et au besoin nous dénoncer a lui.
Ce moyen de pratiquer la présence de Dieu est, comme on le voit, fondé sur l'imagination, dirigée cependant par la foi. Et quand la foi est ainsi la directrice de l'imagination, celle-ci peut nous rendre et nous rend de grands services.
Mais le disciple de saint Benoît doit travailler à s'élever au-dessus des images et de l'imagination, il doit aspirer à vivre de la foi; car, dit saint Paul, le juste vit de la foi: Justus meus ex fide vivit (He. X, 38). Si donc le disciple de saint Benoît commence par des actes d'imagination aidés de la foi, il avancera par des actes de foi quelque peu aidés de l'imagination, et sera parfait quand, élevé au-dessus des sens, il vivra purement de la foi, comme le juste de saint Paul. Justus meus, mon juste, dit l'apôtre.
Alors, saint Benoît lui enseignera une nouvelle manière d'entendre la présence de Dieu. Écoutons ce maître peu connu: Craignant Dieu, dit-il des vrais serviteurs de Dieu, craignant Dieu, ils ne s'élèvent point à cause de leur bonne observance, mais reconnaissant que tout ce qu'ils ont de bien ne procède point d'eux-mêmes, mais qu'il vient de Dieu, ils glorifient le Seigneur qui l'opère en eux, disant avec le prophète: Non nobis, Domine, non nobis (Prolog.).
Ces heureux disciples de saint Benoît ne considèrent plus Dieu comme au-dessus d'eux dans le ciel; ni comme autour d'eux, à la façon de l'air qui nous environne; mais ils le voient, par la foi, présent en eux-mêmes par l'infinité de son être, et leur donnant à eux-mêmes l'être, la vie, le mouvement, et par suite tout le bien qu'ils font. Ils reconnaissent que Dieu en est le premier auteur, l'unique inspirateur; et alors ils lui rendent gloire de tout, chantant avec amour et humilité le verset du psaume: Non nobis, Domine, non nobis!
Ce Non nobis est la traduction des sentiments d'hommes qui se sont absolument renoncés eux-mêmes, pour suivre JÉSUS-CHRIST.
Saint Marcel Ier pape et martyr
Collecte
Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer, dans votre clémence, les prières de votre peuple, afin que nous soyons aidés par les mérites du bienheureux Marcel, votre Martyr et Pontife, dont la passion est pour nous une source de joie.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Marcel, né à Rome, exerça le pontificat depuis Constance et Galère jusqu’à Maxence. Ce fut à son instigation que Lucine, matrone romaine, établit l’Église de Dieu héritière de ses biens. Le nombre des fidèles s’étant accru dans Rome, il institua de nouveaux Titres (ou paroisses), et partagea la ville comme en différents districts, pour y administrer les sacrements de baptême et de pénitence à ceux qui embrasseraient la religion chrétienne, ainsi que pour l’utilité des fidèles et pour la sépulture des Martyrs. Maxence, enflammé de colère par cette sage administration, menaça Marcel de rigoureux supplices, s’il ne déposait le pontificat et ne sacrifiait aux idoles.
Cinquième leçon. Comme Marcel méprisait les paroles insensées d’un homme, le tyran l’envoya dans les écuries impériales pour qu’il y prît soin des bêtes qu’on nourrissait aux dépens du public. Marcel y passa neuf mois en prières et en jeûnes continuels, visitant par ses lettres les paroisses qu’il ne pouvait visiter en personne. Tiré de là par les clercs de Rome, il reçut l’hospitalité chez la bienheureuse Lucine, et dédia dans sa demeure une église qui est aujourd’hui désignée sous le Titre de Saint-Marcel : les Chrétiens allaient y prier et le bienheureux Marcel y prêchait lui-même.
Sixième leçon. Maxence, ayant connaissance de ces faits, ordonna d’amener dans cette église les bêtes de ses écuries et commanda qu’elles soient gardées, par Marcel. C’est en ce lieu que, souffrant de la malpropreté et accablé de tribulations, il s’endormit dans le Seigneur. Son corps fut enseveli le 17 des calendes de février, par la bienheureuse Lucine, au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il siégea cinq ans, un mois, et vingt-cinq jours. Il écrivit une épître aux Évêques de la province d’Antioche, au sujet de la primauté de l’Église romaine, qu’il prouve devoir être appelée le chef des Églises, et y dit aussi que nul concile ne peut être légitimement célébré sans l’autorité du Pontife romain. Il ordonna à Rome, au mois de décembre, vingt-cinq Prêtres, deux Diacres et sacra vingt et un Évêques pour divers lieux.
Au glorieux Pape et Martyr Hygin, vient s’adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l’Église ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l’Emmanuel.
Marcel a gouverné l’Église à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu’au sang, et méritera d’être associé à Étienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l’Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s’enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléem, où elle mit au monde un humble enfant : aujourd’hui, l’empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l’Église.
Quelles furent vos pensées, ô glorieux Marcel, lorsque l’impie dérision d’un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais de l’ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n’attendait plus qu’un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n’avait pas encore le secret de sa destinée. Comme l’Enfant de Bethléem, ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l’Église qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d’amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d’être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l’orgueil, l’amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves.
II e dimanche après l’Epiphanie
Introït
Que la terre vous adore, ô Dieu, et chante en votre honneur, qu’elle dise un hymne à votre nom, ô Très-Haut. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel qui régissez tout à la foi le ciel et la terre : écoutez avec clémence les prières de votre peuple, et accordez votre paix à nos temps.
Épitre Rm. 12, 6-16
Mes Frères : nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée : soit de prophétie, selon la mesure de notre foi, soit de ministère, pour nous exercer dans le ministère ; celui-ci a reçu le don d’enseigner : qu’il enseigne ; celui-là, le don d’exhorter : qu’il exhorte ; un autre distribue : qu’il s’en acquitte avec simplicité ; un autre préside : qu’il le fasse avec zèle ; un autre exerce les œuvres de miséricorde : qu’il s’y livre avec joie. Que votre charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Quant à l’amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres, vous prévenant d’honneur les uns les autres ; pour ce qui est du zèle, ne soyez pas nonchalants. Soyez fervents d’esprit ; c’est le Seigneur que vous servez. Soyez pleins de la joie que donne l’espérance, patients dans l’affliction, assidus à la prière, prêts à subvenir aux nécessités des saints, empressés à donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent : bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent. Ayez les mêmes sentiments entre vous ; n’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.
Évangile Jn. 2, 1-1
En ce temps là : il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : "Ils n’ont plus de vin." Jésus lui répondit : "Femme, qu’est-ce que cela pour moi et pour vous ? Mon heure n’est pas encore venue." Sa mère dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu’il vous dira." Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : "Remplissez d’eau ces urnes." Et ils les remplirent jusqu’au haut. Et il leur dit : "Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin ; et ils en portèrent. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux et lui dit : "Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment." Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Postcommunion
Qu’elle ait en nous plus d’influence, nous vous en supplions, Seigneur, l’action de votre vertu puissante ; afin que nourris de vos divins sacrements, nous soyons disposés par votre grâce à en recueillir les fruits promis.
Office
Au premier nocturne.
Commencement de la seconde Épître de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens.
Première leçon. Cap. 1, 1-5 Paul, apôtre du Christ Jésus de par la volonté de Dieu, et Timothée, notre frère, à l’Église de Dieu établie à Corinthe, ainsi qu’à tous les saints qui se trouvent dans l’Achaïe entière ; à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur, le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort, qui nous réconforte dans toutes nos épreuves afin que, réconfortés par Dieu ; nous puissions nous-mêmes réconforter ceux qui subissent toutes sortes d’épreuves. De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre réconfort.
Deuxième leçon. Cap. 1, 6-7 Si nous sommes éprouvés, c’est pour votre réconfort et votre salut : si nous sommes réconfortés, c’est pour votre réconfort, qui vous permet de porter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons nous aussi. Et nous avons pour vous une ferme espérance : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre réconfort.
Troisième leçon. Cap. 1, 8-11 Car nous ne voulons pas, frères, vous le laisser ignorer : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablé à l’extrême, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. Vraiment nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-même mais en Dieu, qui ressuscite les morts. C’est lui qui d’une telle mort nous a délivré et nous délivrera ; oui, nous avons en lui cette espérance qu’il nous délivrera encore. Vous-mêmes nous aiderez par la prière ; et ainsi ce bienfait, qu’un grand nombre de personnes nous auront obtenu, sera pour un grand nombre motif d’action de grâces à notre sujet.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Jean Chrysostome.
Quatrième leçon. Lorsque j’écoute assidûment la lecture des Épîtres de saint Paul, – et cela souvent deux, trois et même quatre fois par semaine, chaque fois que nous célébrons les mémoires des saints martyrs –, j’exulte de joie, je jouis de cette trompette spirituelle, je suis transporté et enflammé de désir en reconnaissant cette voix qui m’est chère ; il me semble presque voir le saint présent et l’entendre parler ! Et pourtant je m’afflige et je supporte avec peine que tous ne connaissent pas ce grand homme comme il mérite de l’être ; bien plus, certains – et ils sont nombreux – l’ignorent au point de ne pas même savoir exactement le nombre de ses Épîtres. Or, cela provient non de leur incapacité, mais de ce qu’ils ne veulent pas avoir assidûment entre les mains les écrits de cet homme bienheureux.
Cinquième leçon. Nous-même, en effet, ce que nous en savons, – si tant est que nous en sachions quelque chose –, nous ne le devons pas à l’excellence ou à la pénétration de notre esprit, mais parce que nous éprouvons beaucoup d’affection pour ce grand homme, nous ne nous arrêtons jamais de le lire. En effet, ceux qui aiment, connaissent mieux que tous les autres les faits et gestes de ceux qu’ils aiment, parce qu’ils se préoccupent d’eux. Cela, le bienheureux nous le montre en quelque sorte lorsqu’il écrit aux Philippiens : « Il est juste que j’aie ces sentiments envers vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, aussi bien dans mes chaînes que dans la défense et l’affermissement de l’Évangile. »
Sixième leçon. C’est pourquoi, si vous aussi vous voulez vous appliquer diligemment à cette lecture, il ne vous faudra point chercher autre chose. Elle est vraie, en effet, la parole du Christ : « Cherchez, et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. ». Par ailleurs, un grand nombre de ceux qui sont rassemblés ici avec nous, chargés de l’éducation d’enfants, du soin d’une épouse, de l’entretien d’une famille, ne peuvent s’adonner tout entiers à ce travail. Mais excitez-vous à profiter au moins de ce que d’autres ont recueilli ; dépensez autant d’effort pour écouter ce qui est dit, que pour gagner de l’argent, car il est honteux de ne pas exiger de vous plus d’empressement mais il sera déjà souhaitable que vous en accordiez au moins autant !
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, évêque.
Septième leçon. Invité, le Seigneur vient aux noces. En dehors même de toute signification mystique, il a voulu par là confirmer qu’il est lui-même l’auteur des noces. Il s’en trouvera plus tard pour interdire le mariage, – l’Apôtre les mentionne –, ils diront que les noces sont un mal, que le diable en est l’auteur. Tout au contraire, dans l’Évangile, le Seigneur, tandis qu’on l’interroge pour savoir s’il est permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif, affirme que c’est illicite, hormis le cas de fornication. Et dans sa réponse, si vous vous en souvenez, il dit ceci : « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point. »
Huitième leçon. Ceux qui sont bien instruits dans la foi catholique savent que Dieu est l’auteur des noces. Et comme l’union provient de Dieu, ainsi le divorce provient du diable. Mais s’il est permis de renvoyer sa femme en cas de fornication c’est parce que, la première, elle refuse d’être épouse, celle qui ne garde pas la foi conjugale envers son mari. Celles-là mêmes qui vouent à Dieu leur virginité tiennent sans doute dans l’Église un rang plus élevé d’honneur et de sainteté, elles ne sont pourtant pas sans noces, car elles participent aux noces avec l’Église entière et dans ces noces, l’Époux, c’est le Christ.
Neuvième leçon. Ainsi donc, invité, le Seigneur vient aux noces. C’est afin d’affermir la chasteté conjugale, mais c’est aussi pour manifester le mystère des noces. Car l’époux de ces noces figurait la personne du Seigneur. C’est à lui qu’il est dit : « Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Le Christ, en effet, a gardé jusqu’à maintenant le bon vin, c’est-à-dire son Évangile.
Le troisième Mystère de l’Épiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu’il nous manifeste une troisième fois la gloire de l’Emmanuel. L’Etoile a conduit l’âme à la foi, l’Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l’unit à son Dieu. Nous avons chanté l’Époux sortant radieux au-devant de l’Épouse ; nous l’avons entendu l’appeler des sommets du Liban ; maintenant qu’il l’a éclairée et purifiée, il veut l’enivrer du vin de son amour.
Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l’Incarnation du Verbe, il convient qu’elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu’il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu’alors la Gentilité n’avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n’avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l’homme, et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu’avait chanté David.].
Marie dit au Sauveur : « Ils n’ont point de vin. » C’est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu’il avait reçue d’elle. Marie a compris tout d’abord l’intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu’elle répète sans cesse à tous ses enfants : Faites ce qu’il vous dira.
Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l’enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l’instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d’eau ces vases ; mais l’eau ne convient pas pour le festin de l’Époux. Les figures, les prophéties de l’ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu’à l’ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiquer, n’avait contracté l’alliance avec le Verbe divin.
Mais lorsque l’Emmanuel est venu, il n’a qu’une parole à dire : « Puisez maintenant. » Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l’eau, il en a ménagé la transformation ; il l’a élevée jusqu’à lui, nous rendant participants de la nature divine ; il nous a rendus capables de contracter l’union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Église dont il est l’Époux, et qu’il aimait de toute éternité d’un si ardent amour, qu’il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.
O sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l’Apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde ». Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d’honneur. Jésus ordonne à ses ministres d’y verser l’eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n’avoir rien fait encore tant qu’il ne les a pas remplies jusqu’au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu’au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d’amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l’Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu’à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l’Apôtre, rendons-les semblables à cette Vierge pure qui est destinée à un Époux sans tache].
Saint Matthieu, Évangéliste de l’humanité du Sauveur, a reçu de l’Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l’Etoile ; saint Luc, Évangéliste du Sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère delà Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C’est pourquoi, suggérant à la sainte Église l’intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y MANIFESTA sa gloire. A Bethlehem, l’Or et l’Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l’Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l’Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l’artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : « car, dit saint Augustin, Celui qui transforma l’eau en vin dans les vases ne pouvait être que Celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne. » Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, « ses Disciples crurent en lui », et le collège apostolique commença à se former.
Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr
Collecte
O Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Hilaire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.
Office
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Hilaire, né en Aquitaine de famille noble, excella en doctrine et en éloquence. Engagé d’abord dans le mariage, il y mena une vie presque monastique ; créé ensuite Évêque de Poitiers à cause de ses rares vertus, il s’acquitta de la charge épiscopale de façon à mériter les plus grandes louanges de la part des fidèles. C’était à l’époque où l’empereur Constance persécutait les Catholiques, employant la terreur, la spoliation des biens, l’exil, et toutes sortes de cruautés, s’ils ne voulaient pas passer au parti des Ariens ; Hilaire, s’opposant aux efforts de l’Arianisme comme un mur inébranlable, attira sur lui toute la fureur des hérétiques. Aussi beaucoup de pièges lui furent tendus, et enfin, par les artifices de Saturnin, Évêque d’Arles, il se vit exilé par le synode de Béziers et relégué en Phrygie. Dans son exil, il ressuscita un mort et écrivit contre les Ariens ses douze livres sur la Trinité.
Cinquième leçon. Quatre ans après, un concile ayant été rassemblé à Séleucie, ville d’Isaurie. Hilaire fut contraint d’y assister. Il partit ensuite pour Constantinople où il remarqua l’extrême péril de la foi, et demanda, par trois requêtes publiques, audience à l’empereur, afin de disputer devant lui de la foi avec ses adversaires. Mais comme Ursace et Valens, Évêques ariens qu’Hilaire avait réfutés dans ses écrits, craignaient la présence d’un homme si savant, ils persuadèrent à Constance de le rétablir dans son évêché, comme pour lui faire honneur. Ce fut alors que l’Église des Gaules, selon l’expression de saint Jérôme, embrassa Hilaire revenant de ses combats contre les hérétiques. Saint Martin le suivit jusqu’à sa ville épiscopale, et fut depuis élevé au gouvernement de l’Église de Tours ; la sainteté de sa vie montra dans la suite combien il avait profité des leçons d’un tel maître.
Sixième leçon. Depuis lors, Hilaire gouverna l’Église de Poitiers dans une grande tranquillité. Il amena la Gaule entière à condamner l’impiété des Ariens. Il écrivit plusieurs livres d’une admirable érudition. Saint Jérôme, dans sa lettre à Læta, atteste qu’ils peuvent tous être lus sans’ crainte d’y rencontrer l’erreur. « On peut, dit-il, lire sans aucun risque les livres d’Hilaire. » II s’en alla au ciel le jour des ides de janvier, sous les empereurs Valentinien et Valens, l’an de la naissance de Jésus-Christ trois cent soixante-neuf. Un grand nombre de Pères et plusieurs conciles ont donné à Hilaire le nom de Docteur insigne de l’Église, et dans quelques diocèses il était honoré sous ce titre : enfin, sur les instances du synode de Bordeaux, le souverain Pontife Pie IX, après avoir pris l’avis de la sacrée Congrégation des Rites, a déclaré et confirmé saint Hilaire Docteur de l’Église universelle, et ordonné qu’au jour de sa fête, il fût partout honoré de ce titre à la Messe et à l’Office.
Après avoir consacré à la gloire de l’Emmanuel manifesté à la terre la radieuse Octave de l’Épiphanie, la sainte Église, toujours occupée du divin Enfant et de son auguste Mère, jusqu’au jour où Marie portera dans ses bras ce fruit béni de ses entrailles au Temple où il doit être offert ; la sainte Église, disons-nous, admet sur son glorieux Cycle de nombreux amis de Dieu, qui nous tracent au ciel, comme autant d’astres étincelants, la voie qui conduit des joies de la Nativité au sacré mystère de la Purification.
Tout d’abord, éclate d’une gloire sans pareille, dès le lendemain du jour consacré à la mémoire du Baptême du Christ, le fidèle et courageux Hilaire, honneur immortel de l’Église des Gaules, le frère d’Athanase et d’Eusèbe de Verceil dans les combats qu’il soutint pour la divinité de l’Emmanuel. Le lendemain des persécutions sanglantes du paganisme, commence cette lutte affreuse de l’Arianisme, qui avait juré d’enlever au Christ vainqueur, par ses Martyrs, de la violence et de la politique des Césars, la gloire et les honneurs de la divinité. L’Église, affranchie par son propre sang, ne fit point défaut sur ce nouveau champ de bataille ; de nombreux Martyrs scellèrent encore de leur sang, versé par .des princes désormais chrétiens, mais hérétiques, la divinité du Seigneur immortel qui a daigné apparaître dans la faiblesse delà chair ; mais à côté de ces généreux athlètes, brillèrent, martyrs eux-mêmes de désir, d’illustres Docteurs qui vengèrent, par leur savoir et leur éloquence, cette foi de Nicée qui avait été celle des Apôtres. Au premier rang, et tout couvert des palmes d’une glorieuse confession, apparaît Hilaire, élevé, comme dit saint Jérôme, sur le cothurne gaulois et paré des fleurs de la Grèce, le Rhône de l’éloquence latine, et l’insigne Docteur des Églises, selon saint Augustin.
Sublime par son génie, profond dans sa doctrine, Hilaire est plus grand encore dans son amour pour le Verbe incarné, dans son zèle pour la liberté de l’Église ; toujours dévoré de la soif du martyre, toujours invincible à cette époque désolante où la foi, victorieuse des tyrans, sembla un jour au moment d’expirer, par l’astuce des princes, et parla lâche défection de tant de pasteurs.
L’ancienne Église Gallicane, dans ses livres liturgiques dont quelques fragments sont venus jusqu’à nous, consacre les éloges suivants au plus illustre de ses Pontifes. Nous donnerons d’abord cette Allocution au peuple fidèle, extraite d’un antique Sacramentaire.
ALLOCUTION.
Supplions, ô peuples, l’adorable Seigneur, dans l’abondance de nos vœux, en ce retour solennel de la fête du très heureux pontife Hilaire, dont la bouche a tonné au milieu du monde, pour l’égalité des trois divines personnes, avec tant de force, que ce soldat du Christ a renversé le Prince de ce siècle, et est entré vainqueur au palais du Roi céleste. Demandons à Celui qui l’a rendu chef vigilant de ses armées, et calme au milieu des combats, qu’il daigne nous faire la grâce d’obtenir, par le suffrage d’Hilaire, ce que nous sollicitons en son honneur.
Cette Préface, qui célèbre les vertus et les prodiges de saint Hilaire, s’est conservée dans l’Église des Gaules, même après l’introduction de la Liturgie Romaine :
PRÉFACE.
Il est vraiment digne et juste de vous rendre grâces , de vous offrir des vœux, de vous consacrer ces dons, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez élu le bienheureux Hilaire votre Confesseur pour le Pontife de votre confession sacrée : cet homme tout éclatant d’une lumière immense, orné d’une si grande douceur de mœurs, enflammé des ardeurs de la foi, source impétueuse d’éloquence ; lui dont la gloire paraît dans le concours des peuples à son tombeau, dans la guérison des possédés, dans le soulagement de ceux qui languissent, dans les signes des plus merveilleux prodiges. Selon la nature, il a quitté notre séjour ; mais les mérites de ce Pontife survivent au delà du tombeau, en la présence du Sauveur Jésus-Christ, notre Seigneur.
L’Oraison suivante a été recueillie de plusieurs anciens Missels manuscrits :
ORAISON.
O Dieu, dont la miséricorde change les pécheurs pour le pardon, et transfère les justes pour les couronner ; vous qui, habitant dans le cœur du bienheureux Pontife Hilaire, y avez donné les réponses de la foi, comme du sein de votre sanctuaire ; vous qui avez donné à cet illustre Confesseur de ne pas craindre César : daignez, par son intercession, défendre votre peuple suppliant contre son ennemi spirituel, et faire qu’il soit protégé par la fidèle prière de celui dont il célèbre avec transport la solennité.
L’Église de Poitiers, toujours fidèle à la mémoire de son héroïque Pontife, célèbre sa fête avec une religion filiale. Pour honorer avec plus d’éclat le témoignage rendu par le grand Docteur des Gaules, au mystère qui fait la base du Christianisme tout entier, elle chante en ce jour, à la Messe, la Préface de la Sainte Trinité. Nous donnerons ici quelques pièces liturgiques empruntées aux anciens livres de cette illustre Église. Les Répons suivants sont tirés en partie de la Légende du Saint, rédigée par saint Venance Fortunat, l’un de ses plus illustres successeurs.
R/. Le bienheureux Hilaire, distingué au-dessus de tous par l’honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son cœur, * Brillant comme l’étoile du matin, a paru au milieu des astres, V/. Le bienheureux Hilaire, Évêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d’Aquitaine, * Brillant comme l’étoile.
R/. Oh ! Qu’il fut parfait dans l’état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs. * L’occupation de sa vie n’était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l’aimer avec crainte, V/. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire ; ceux qui s’en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l’incrédule, les supplices. * L’occupation de sa vie.
R/. Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d’Asie, pour l’accroissement de sa vertu ; * Car plus il s’éloignait, pour l’amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s’approcher du ciel. V/. Étant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent accordées. * Car plus il s’éloignait.
R/. De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ; * Car l’Église recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur. V/. La perle des Prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse. * Car l’Église.
De nos jours, l’Église de Poitiers chante en l’honneur de son grand Évêque ces deux Hymnes composées par le pieux Simon Gourdan, chanoine régulier de cette même abbaye de Saint-Victor de Paris, tant illustrée par les Séquences de son immortel Adam.
Ainsi a mérité d’être glorifié le saint Pontife Hilaire, pour avoir conservé, par ses courageux efforts, et jusqu’à exposer sa tête, la foi dans le premier des mystères. Une autre gloire que Dieu lui a donnée est d’avoir fécondé, par sa vigueur, le grand principe de la Liberté de l’Église, principe sans lequel l’Épouse de Jésus-Christ est menacée de perdre, du même coup, la fécondité et la vie. Naguère, nous avons honoré la mémoire du saint Martyr de Cantorbéry ; aujourd’hui, nous célébrons la fête d’un des plus illustres Confesseurs dont l’exemple l’éclaira et l’encouragea dans la lutte. L’un et l’autre s’inspiraient des leçons qu’avaient données aux ministres du Christ les Apôtres eux-mêmes, lorsqu’ils parurent pour la première fois devant les tribunaux de ce monde et prononcèrent cette grande parole, qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. (Ac. V, 29.) Mais les uns et les autres n’étaient si forts contre la chair et le sang, que parce qu’ils étaient détachés des biens terrestres, et avaient compris que la vraie richesse du chrétien et du Pontife est dans l’humilité et le dénuement de la crèche, la seule force victorieuse dans la simplicité et la faiblesse de l’Enfant qui nous est né. Ils avaient tous goûté les leçons de l’école de Bethléem, et voilà pourquoi aucune promesse d’honneurs, de richesses, de paix même, ne put les séduire.
Avec quelle dignité cette nouvelle famille de héros du Christ se lève au sein de l’Église ! Si la politique des tyrans qui veulent paraître chrétiens, malgré le christianisme, leur refuse avec obstination la gloire du martyre, de quelle voix tonnante ne proclament-ils pas la liberté due à l’Emmanuel et à ses ministres ! D’abord, ils savent dire aux princes, avec notre grand Évêque de Poitiers, dans son premier Mémoire à Constance : « Glorieux Auguste, votre sagesse singulière comprend qu’il ne convient pas, qu’il n’est pas possible de contraindre violemment des hommes qui y répugnent de toutes leurs forces, à se soumettre, et à s’unir à ceux qui ne cessent de répandre les semences corrompues d’une doctrine adultère. L’unique but de vos travaux, de vos desseins, de votre gouvernement, de vos veilles, doit être de faire jouir des douceurs de la liberté tous ceux à qui vous commandez. Pas d’autre moyen d’apaiser les troubles, de réunir ce qui a été disjoint avec violence, que de rendre chacun exempt de la servitude, et maître de sa vie. Laissez donc parvenir aux oreilles de votre mansuétude toutes ces voix qui crient : Je suis Catholique, je ne veux pas être hérétique ; je suis Chrétien, je ne suis pas Arien : je préfère mourir en ce monde, plutôt que de laisser corrompre par la domination d’un homme la pureté virginale de la vérité. »
Et lorsque l’on faisait retentir aux oreilles d’Hilaire le nom profané de la Loi pour justifier la trahison dont l’Église était l’objet de la part de ceux qui préféraient les bonnes grâces de César au service de Jésus-Christ, le saint Pontife, dans son Livre contre Auxence, rappelait avec courage à ses collègues l’origine de l’Église, qui n’a pu s’établir qu’à rencontre des lois humaines, et qui se fait gloire d’enfreindre toutes celles qui entraveraient sa conservation, ses développements et son action.
« Quelle pitié nous inspire toute cette peine qu’on se donne de notre temps, et combien il nous faut gémir en considérant les folles opinions de ce siècle, quand on rencontre des hommes qui pensent que les choses humaines peuvent protéger Dieu, et qui travaillent à défendre l’Église du Christ par les moyens de l’ambition séculière ! Je vous le demande, à vous, Évêques, de quel appui les Apôtres se sont-ils servis dans la publication de l’Évangile ? Quelles sont les puissances qui les ont aidés à prêcher le Christ, à faire passer presque toutes les nations du culte des idoles à celui de Dieu ? Obtenaient-ils quelques dignités de la cour, eux qui chantaient des hymnes à Dieu dans les prisons, sous les chaînes, et après avoir été flagellés ? Était-ce par les édits du prince, que Paul rassemblait l’Église du Christ ? Sans doute qu’il agissait sous le patronage d’un Néron, d’un Vespasien, ou d’un Décius, de ces princes dont la haine a fait fleurir la prédication divine ! Ces Apôtres, qui vivaient du travail de leurs mains, qui tenaient leurs assemblées dans des lieux secrets, qui parcouraient les villages, les villes, les nations, par terre et par mer, en dépit des Sénatus-Consultes et des Édits royaux, ils n’avaient sans doute pas les clefs du Royaume des Cieux ! Ou bien encore, ce n’est pas la vertu de Dieu qui triomphait des passions humaines, dans ces temps où la prédication du Christ s’étendait en proportion des défenses dont elle était l’objet ! »
Mais quand le moment est arrivé de s’adresser à l’Empereur lui-même, et de protester en face contre la servitude de l’Église, Hilaire, le plus doux des hommes, revêt cette indignation divine dont le Christ lui-même parut animé contre les violateurs du Temple ; et son zèle apostolique brave tous les dangers pour signaler les périls du système que Constance a inventé pour étouffer l’Église du Christ, après l’avoir flétrie.
« Le temps de parler est venu ; car le temps de se taire est passé. Il nous faut attendre le Christ ; car le règne de l’Antéchrist a commencé. Que les pasteurs poussent des cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. Donnons nos vies pour nos brebis ; car les voleurs sont entrés, et le a lion furieux tourne autour de nous. Allons au-devant du martyre ; car l’ange de Satan est transformé en ange de lumière.
« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne m’avez-vous pas fait naître, et remplir mon ministère au temps des Néron et des Décius ? Plein du feu de l’Esprit-Saint, je n’eusse pas craint le chevalet, au souvenir d’Isaïe scié en deux ; le feu ne m’eût pas épouvanté, à la pensée des Enfants Hébreux chantant au milieu des flammes ; ni la croix, ni le brisement des membres ne m’eussent effrayé, en me rappelant le larron transféré dans le Paradis après un semblable supplice ; les abîmes de la mer, la fureur des vagues n’eussent point affaibli mon courage ; car l’exemple de Jonas et de Paul aurait été là pour m’apprendre que vos fidèles peuvent vivre sous les flots.
« Contre vos ennemis avoués, j’aurais combattu avec bonheur ; car je n’aurais pas eu de doute qu’ils ne fussent de vrais persécuteurs, ceux qui m’auraient voulu contraindre par les supplices, le fer et le feu, à renier votre Nom ; pour vous rendre témoignage, notre mort seule aurait suffi. Nous eussions combattu ouvertement et avec confiance contre ceux qui vous renient, contre des bourreaux, contre des meurtriers ; et nos peuples, avertis par la publicité de la persécution, nous eussent suivis comme leurs chefs, dans le sacrifice qui vous rend témoignage.
« Mais aujourd’hui nous avons à combattre contre un persécuteur déguisé, contre un ennemi qui nous flatte, contre Constance l’Antéchrist, qui a pour nous, non des coups, mais des caresses ; qui ne proscrit pas ses victimes pour leur donner la vie véritable, mais les comble de richesses pour leur donner la mort ; qui ne leur octroie pas la liberté des cachots, mais leur donne une servitude d’honneurs dans ses palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tête avec le glaive, mais tue l’âme avec son or ; qui ne publie pas d’édits pour condamner au feu, mais allume, pour chacun, le feu de l’enfer. Il ne dispute pas, dans la crainte d’être vaincu ; mais il flatte pour dominer ; il confesse le Christ, pour le renier ; il procure une fausse unité, afin qu’il n’y ait pas de paix ; il sévit contre certaines erreurs, pour mieux détruire la doctrine du Christ ; il honore les Évêques, afin qu’ils cessent d’être Évêques ; il bâtit des églises, tout en ruinant la foi.
« Qu’on cesse de m’accuser de médisance, de calomnie ; le devoir des ministres de la vérité est de ne dire que des choses véritables. Si nous disons des choses fausses, nous consentons à ce que nos paroles soient réputées infâmes ; mais si nous faisons voir que tout ce que nous disons est manifeste, nous n’avons pas dépassé la liberté et la modestie des Apôtres, nous qui n’accusons qu’après un long silence.
« Je te dis hautement, Constance, ce que j’aurais dit à Néron, ce que Décius et Maximien auraient entendu de ma bouche : Tu combats contre Dieu, tu sévis contre l’Église, tu persécutes les saints, tu hais les prédicateurs du Christ, tu enlèves la religion ; tu es un tyran, sinon dans les choses humaines, du moins dans les choses divines. Voilà ce que j’aurais dit en commun, à toi et à eux ; maintenant, écoute ce qui t’est propre. Sous le masque d’un chrétien, tu es un nouvel ennemi du Christ ; précurseur de l’Antéchrist, tu opères déjà ses odieux mystères. Vivant contre la foi, tu t’ingères à en dresser des formules ; tu distribues les évêchés à tes créatures ; tu remplaces les bons par des méchants. Par un nouveau triomphe de la politique, tu trouves le moyen de persécuter sans faire de martyrs. « _ Combien plus nous fûmes redevables à votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par vous, nous avons vaincu le diable. La piété a recueilli en tous lieux le sang des martyrs ; et leurs ossements vénérés rendent témoignage de toutes parts. Mais toi, plus cruel que tous les tyrans, tu nous attaques avec un plus grand péril pour nous, et tu nous laisses moins d’espoir pour le pardon. A ceux qui auraient eu le malheur d’être faibles, il ne reste même pas l’excuse de pouvoir montrer à l’éternel Juge la trace des tortures et les cicatrices de leurs corps déchirés, pour se faire pardonner la faiblesse, en considération de la nécessité. O le plus scélérat des a hommes ! tu tempères les maux de la persécution de telle sorte que tu enlèves l’indulgence à la faute, et le martyre à la confession.
« Nous te reconnaissons sous tes vêtements de brebis, loup ravissant ! Avec l’or de l’État, tu décores le sanctuaire de Dieu ; tu lui offres ce que tu enlèves aux temples des Gentils, ce que tu extorques par tes édits et tes exactions. Tu reçois les Évêques par le même baiser dont le Christ a été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bénédiction, et tu foules aux pieds la foi ; tu fais remise des impôts aux clercs, pour en faire des chrétiens renégats ; tu relâches de tes droits, dans le but de faire perdre à Dieu les siens. »
Telle était la vigueur du saint évêque en face d’un prince qui finit par faire des martyrs ; mais Hilaire n’eut pas seulement à lutter contre César. A toutes les époques, l’Église a renfermé dans son sein des demi-fidèles que l’éducation, une certaine bienséance, quelques succès d’influence et de talent, retiennent parmi les catholiques, mais que l’esprit du monde a pervertis. Ils se sont fait une Église humaine, parce que le naturalisme ayant faussé leur esprit, ils sont devenus incapables de saisir l’essence surnaturelle de la véritable Église. Accoutumés aux variations de la politique, aux tours habiles à l’aide desquels les hommes d’État arrivent à maintenir un équilibre passager à travers les crises, il leur semble que l’Église, dans la déclaration même des dogmes, doit compter avec ses ennemis, qu’elle pourrait se méprendre sur l’opportunité de ses résolutions, en un mot que sa précipitation peut attirer sur elle, et sur ceux qu’elle compromettra avec elle, une défaveur funeste. Arbres déracinés, dit un apôtre ; car en effet leurs racines ne plongent plus dans le sol qui les eût nourris et rendus féconds. Les promesses formelles de Jésus-Christ, la direction immédiate de l’Esprit-Saint sur l’Église, l’aspiration du vrai fidèle à entendre proclamer dans son complément la vérité qui nourrit la foi, en attendant la vision, la soumission passive due préalablement à toute définition qui émane et émanera de l’Église jusqu’à la consommation du monde : tout cela pour eux n’appartient point à l’ordre pratique. Dans l’enivrement de leur politique mondaine et des encouragements qu’elle leur vaut de la part de ceux qui haïssent l’Église, ils se compromettent devant Dieu et devant l’histoire par les efforts désespérés qu’ils osent faire pour arrêter la promulgation de la vérité révélée.
Hilaire devait aussi les rencontrer sur son chemin, ces hommes qu’effrayait le consubstantiel, comme d’autres se sont effarouchés de la transsubstantiation et de l’infaillibilité. Il s’opposa comme un mur d’airain à leurs pusillanimités et à leurs vulgaires calculs. Écoutons-le lui-même commenté par le plus éloquent de ses successeurs : « La paix, me dites-vous ? N’allez-vous pas troubler la paix, troubler l’union ? » — C’est un beau nom que celui de la paix ; c’est aussi une belle chose que l’idée d’unité ; mais qui donc ignore que, pour l’Église et pour l’Évangile, il n’y a pas d’autre unité et d’autre paix que l’unité et la paix de Jésus-Christ ? » — Mais, lui objectait-on encore, ne savez-vous pas avec qui vous vous mesurez, et n’avez-vous pas peur ? » — « Oui, vraiment j’ai peur : j’ai peur des dangers que court le monde ; j’ai peur de la terrible responsabilité qui pèserait sur moi par la connivence, par la complicité de mon silence. J’ai peur enfin du jugement de Dieu, j’en ai peur pour mes frères sortis de la voie de la vérité, j’en ai peur pour moi, dont c’est le devoir de les y ramener. » On ajoutait : « Mais n’y a-t-il pas des réticences permises, des ménagements nécessaires ? » Hilaire répondait que l’Église n’a vraiment pas besoin qu’on lui fasse la leçon, et qu’elle ne peut oublier sa mission essentielle. Or, cette mission, la voici : « Ministres de la vérité, il nous appartient de déclarer ce qui est vrai. Ministros veritatis decet vera proferre]. »
C’était donc avec raison, glorieux Hilaire, que l’Église de Poitiers vous adressait, dès les temps anciens, ce magnifique éloge que l’Église Romaine consacre à votre illustre disciple Martin : « O bienheureux Pontife ! Qui aimait de toutes ses entrailles le Christ Roi, et qui ne ployait pas sous le faix du commandement ! O âme très sainte ! Que le glaive du persécuteur n’a point séparée du corps, et qui cependant n’a pas perdu la palme du martyre ! » Si la palme vous a manqué, du moins n’avez-vous pas manqué à la palme ; et la couronne de Martyr, qui ceint le front de votre illustre frère Eusèbe, ne convient pas moins à votre tête sacrée qu’entoure déjà l’auréole de Docteur. Tant de gloire est due à votre courage dans la confession de ce Verbe divin dont nous honorons, en ces jours, les abaissements et l’ineffable enfance. Comme les Mages, vous n’avez point tremblé en présence d’Hérode ; et si les ordres de César vous exilèrent sur la terre étrangère, votre cœur se consola en songeant à l’exil de Jésus enfant, dans la terre d’Égypte. Obtenez-nous la grâce de comprendre, à notre tour, ces divins mystères.
Veillez aussi sur la foi des Églises ; et par votre suffrage puissant, conservez-y la connaissance et l’amour du divin Emmanuel. Souvenez-vous de celle que vous avez gouvernée, et qui se glorifie encore d’être votre fille ; mais puisque l’ardeur de votre zèle embrassait la Gaule tout entière dont vous fûtes l’invincible boulevard, protégez aujourd’hui la France chrétienne. Qu’elle garde toujours le don de la foi ; que ses Évêques soient les athlètes courageux de la liberté ecclésiastique ; formez dans son sein des prélats puissants en œuvres et en paroles, comme Martin et comme vous, profonds dans la doctrine, et fidèles dans la garde du dépôt.
Baptême du Seigneur
Collecte
O Dieu, dont le Fils Unique a paru dans la substance de notre chair ; faites s’il vous plaît, que nous méritions d’être réformés intérieurement par celui que nous avons reconnu semblable à nous extérieurement.
Office
Au premier nocturne.
Au deuxième nocturne.
Sermon de saint Grégoire de Nazianze.
Quatrième leçon. Je ne puis contenir les élans de ma joie, mais j’ai le cœur ému et transporté : oublieux de ma propre faiblesse, je brûle d’envie de m’acquitter de la charge du grand Jean-Baptiste ; et quoique je ne sois pas le précurseur, je viens cependant du désert. Le Christ reçoit donc le sacrement de l’illumination ; ou plutôt c’est lui qui nous illumine de son éclat. Le Christ est baptisé ; descendons, nous aussi, avec lui, pour monter également avec lui.
Cinquième leçon. Jean baptise, et Jésus vient à lui. Le Christ sanctifie assurément celui qui le baptise ; mais son but est plutôt d’ensevelir le vieil Adam dans les eaux, et, avant tout, de sanctifier par son baptême les eaux du Jourdain, afin que, comme il était esprit et chair, de même ceux qui seraient baptisés dans la suite, fussent sanctifiés par la vertu de l’Esprit et par l’élément de l’eau. Jean refuse, Jésus insiste. « C’est moi qui dois être baptisé par vous, dit Jean ». Le flambeau parle au Soleil, la voix au Verbe.
Sixième leçon. Jésus sort de l’eau, tirant en quelque sorte à sa suite et élevant avec lui le monde, (jusqu’alors) plongé dans l’abîme. Il voit le ciel, non se déchirer, mais s’ouvrir. Le premier Adam l’avait autrefois fermé pour lui-même et pour nous, comme il s’était vu fermer aussi le Paradis terrestre, dont un glaive de feu défendit l’entrée. L’Esprit-Saint rend témoignage : les similitudes et les rapprochements se trouvent en parfaite harmonie : le témoignage vient du Ciel, car il est descendu du Ciel, celui auquel l’Esprit rend témoignage.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Avant que le Sauveur vînt pour recevoir le baptême de Jean dans te Jourdain, le Précurseur le connaissait, comme il le marque par ces paroles : « Vous venez à moi pour être baptisé ; c’est moi qui dois être baptisé par vous. » Vous voyez qu’il connaissait le Seigneur, qu’il connaissait le Fils de Dieu. Comment prouvons-nous qu’il savait déjà que Jésus baptiserait dans le Saint-Esprit ? Avant que le Christ vînt au fleuve, plusieurs accouraient auprès de Jean pour être baptisés, et il leur dit : « Pour moi, je vous baptise dans l’eau ; mais celui qui vient après moi est plus grand que moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure ; c’est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu. » Il savait déjà cela aussi.
Huitième leçon. Qu’est-ce que le précurseur a appris au moyen de la colombe ? Examinons-le, afin que, plus tard, il ne nous semble pas avoir été menteur], (ce que Dieu nous garde de penser). N’est-ce pas une certaine propriété devant exister dans le Christ, propriété en vertu de laquelle la sainteté du baptême, quoique beaucoup de ministres justes ou injustes dussent le conférer, serait attribuée à Jésus-Christ seul, sur qui est descendue la colombe et dont il a été dit à Jean : « C’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint » ? Que Pierre baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise. Car si la sainteté du baptême est en proportion des mérites de ceux qui le confèrent, il y aura diversité de baptêmes comme il y a diversité de mérites, et chacun croira avoir reçu un sacrement d’autant meilleur, que le ministre en semblera plus méritant.
Neuvième leçon. Les saints eux-mêmes, (comprenez bien ceci, mes frères,) les bons appartenant à la colombe, à cette cité qui est la vraie Jérusalem, ces bons qui font partie de l’Église, et dont l’Apôtre a dit : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui », ont reçu des grâces différentes : tous n’ont pas les même mérites. Les uns sont plus saints que les autres, les uns meilleurs que les autres. Comment donc, par exemple, si l’un est baptisé par un ministre juste et saint, l’autre par un ministre inférieur en mérite devant Dieu, inférieur en élévation, en sainteté de vie, comment tous deux cependant reçoivent-ils une même et pareille grâce, une grâce égale, sinon parce que c’est « Celui-là qui baptise » ?
Le second Mystère de l’Épiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd’hui tout spécialement l’attention de l’Église. L’Emmanuel s’est manifesté aux Mages après s’être montré aux bergers ; mais cette manifestation s’est passée dans l’enceinte étroite d’une étable à Bethléhem, et les hommes de ce monde ne l’ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d’éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s’empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Épiphanie ?
Elle a pour objet, comme la première, l’avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères. L’étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l’eau. « Celui qui a croira et qui sera baptisé sera sauvé » : il est donc temps qu’une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.
Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l’eau pour l’instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C’est pourquoi, à l’origine des choses, l’Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l’Église au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d’être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l’exception d’une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.
Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l’arche du salut, y rentra, ponant un rameau d’olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l’effusion de l’eau. Mais l’accomplissement du mystère annoncé était loin encore.
En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l’attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d’Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.
Mais le contact des membres humains d’un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l’homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c’était au sein de cet élément sacré qu’il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.
Jésus donc, âgé de trente ans, s’avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l’enlevait pas. Notre divin Roi s’avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d’enfanter, comme chante l’Église, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l’environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l’élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Échauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.
Mais, dans ce prélude d’une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s’ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l’Esprit d’amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s’arrête et se repose sur la tête de l’Emmanuel, planant à la fois sur l’humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.
Cependant le Dieu-Homme n’était pas manifesté encore avec assez d’éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu’avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l’orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge, un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui f ai mis toutes mes complaisances.
Ainsi fut manifestée la Sainteté de l’Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père, comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l’Étoile. Le mystère accompli, l’élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.
Elle est grande, cette fête de l’Épiphanie, dont l’objet est d’honorer de si hauts mystères ; et nous n’avons pas lieu de nous étonner que l’Église orientale ait fait de ce jour une des époques de l’administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l’Église des Gaules nous apprennent que cet usage s’observa aussi chez nos aïeux ; et plus d’une fois dans l’Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d’une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l’administration du Baptême. L’Église Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l’honneur d’être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l’usage se conserva et dure encore, en plusieurs lieux de l’Occident, de bénir l’eau avec une solennité toute particulière, au jour de l’Épiphanie.
L’Église d’Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l’ordinaire, dans l’Église ; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d’un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d’une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l’action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c’est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s’observe pareillement dans les Églises de l’Occident qui ont retenu l’usage de bénir l’eau à la Fête de l’Épiphanie.
Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.
Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Église, de nous avoir donné, après l’Etoile de la foi qui nous illumine, l’Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l’humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d’un homme mortel, afin d’accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu’il en portât l’humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l’Église de la terre et de l’Église du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.
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