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Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr

14 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr

Collecte

O Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Hilaire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Hilaire, né en Aquitaine de famille noble, excella en doctrine et en éloquence. Engagé d’abord dans le mariage, il y mena une vie presque monastique ; créé ensuite Évêque de Poitiers à cause de ses rares vertus, il s’acquitta de la charge épiscopale de façon à mériter les plus grandes louanges de la part des fidèles. C’était à l’époque où l’empereur Constance persécutait les Catholiques, employant la terreur, la spoliation des biens, l’exil, et toutes sortes de cruautés, s’ils ne voulaient pas passer au parti des Ariens ; Hilaire, s’opposant aux efforts de l’Arianisme comme un mur inébranlable, attira sur lui toute la fureur des hérétiques. Aussi beaucoup de pièges lui furent tendus, et enfin, par les artifices de Saturnin, Évêque d’Arles, il se vit exilé par le synode de Béziers et relégué en Phrygie. Dans son exil, il ressuscita un mort et écrivit contre les Ariens ses douze livres sur la Trinité.

Cinquième leçon. Quatre ans après, un concile ayant été rassemblé à Séleucie, ville d’Isaurie. Hilaire fut contraint d’y assister. Il partit ensuite pour Constantinople où il remarqua l’extrême péril de la foi, et demanda, par trois requêtes publiques, audience à l’empereur, afin de disputer devant lui de la foi avec ses adversaires. Mais comme Ursace et Valens, Évêques ariens qu’Hilaire avait réfutés dans ses écrits, craignaient la présence d’un homme si savant, ils persuadèrent à Constance de le rétablir dans son évêché, comme pour lui faire honneur. Ce fut alors que l’Église des Gaules, selon l’expression de saint Jérôme, embrassa Hilaire revenant de ses combats contre les hérétiques. Saint Martin le suivit jusqu’à sa ville épiscopale, et fut depuis élevé au gouvernement de l’Église de Tours ; la sainteté de sa vie montra dans la suite combien il avait profité des leçons d’un tel maître.

Sixième leçon. Depuis lors, Hilaire gouverna l’Église de Poitiers dans une grande tranquillité. Il amena la Gaule entière à condamner l’impiété des Ariens. Il écrivit plusieurs livres d’une admirable érudition. Saint Jérôme, dans sa lettre à Læta, atteste qu’ils peuvent tous être lus sans’ crainte d’y rencontrer l’erreur. « On peut, dit-il, lire sans aucun risque les livres d’Hilaire. » II s’en alla au ciel le jour des ides de janvier, sous les empereurs Valentinien et Valens, l’an de la naissance de Jésus-Christ trois cent soixante-neuf. Un grand nombre de Pères et plusieurs conciles ont donné à Hilaire le nom de Docteur insigne de l’Église, et dans quelques diocèses il était honoré sous ce titre : enfin, sur les instances du synode de Bordeaux, le souverain Pontife Pie IX, après avoir pris l’avis de la sacrée Congrégation des Rites, a déclaré et confirmé saint Hilaire Docteur de l’Église universelle, et ordonné qu’au jour de sa fête, il fût partout honoré de ce titre à la Messe et à l’Office.

Après avoir consacré à la gloire de l’Emmanuel manifesté à la terre la radieuse Octave de l’Épiphanie, la sainte Église, toujours occupée du divin Enfant et de son auguste Mère, jusqu’au jour où Marie portera dans ses bras ce fruit béni de ses entrailles au Temple où il doit être offert ; la sainte Église, disons-nous, admet sur son glorieux Cycle de nombreux amis de Dieu, qui nous tracent au ciel, comme autant d’astres étincelants, la voie qui conduit des joies de la Nativité au sacré mystère de la Purification.

Tout d’abord, éclate d’une gloire sans pareille, dès le lendemain du jour consacré à la mémoire du Baptême du Christ, le fidèle et courageux Hilaire, honneur immortel de l’Église des Gaules, le frère d’Athanase et d’Eusèbe de Verceil dans les combats qu’il soutint pour la divinité de l’Emmanuel. Le lendemain des persécutions sanglantes du paganisme, commence cette lutte affreuse de l’Arianisme, qui avait juré d’enlever au Christ vainqueur, par ses Martyrs, de la violence et de la politique des Césars, la gloire et les honneurs de la divinité. L’Église, affranchie par son propre sang, ne fit point défaut sur ce nouveau champ de bataille ; de nombreux Martyrs scellèrent encore de leur sang, versé par .des princes désormais chrétiens, mais hérétiques, la divinité du Seigneur immortel qui a daigné apparaître dans la faiblesse delà chair ; mais à côté de ces généreux athlètes, brillèrent, martyrs eux-mêmes de désir, d’illustres Docteurs qui vengèrent, par leur savoir et leur éloquence, cette foi de Nicée qui avait été celle des Apôtres. Au premier rang, et tout couvert des palmes d’une glorieuse confession, apparaît Hilaire, élevé, comme dit saint Jérôme, sur le cothurne gaulois et paré des fleurs de la Grèce, le Rhône de l’éloquence latine, et l’insigne Docteur des Églises, selon saint Augustin.

Sublime par son génie, profond dans sa doctrine, Hilaire est plus grand encore dans son amour pour le Verbe incarné, dans son zèle pour la liberté de l’Église ; toujours dévoré de la soif du martyre, toujours invincible à cette époque désolante où la foi, victorieuse des tyrans, sembla un jour au moment d’expirer, par l’astuce des princes, et parla lâche défection de tant de pasteurs.

Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félis Prêtre et Martyr
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Commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ

13 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

 Commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ

Collecte

O Dieu, dont le Fils Unique a paru dans la substance de notre chair ; faites s’il vous plaît, que nous méritions d’être réformés intérieurement par celui que nous avons reconnu semblable à nous extérieurement.

Lecture Is. 60, 1-6

Lève-toi, et resplendis, Jérusalem ! Car ta lumière paraît, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et une sombre obscurité les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, et sa gloire se manifeste sur toi. Les nations marchent vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever. Lève tes regards autour de toi, et vois : Tous se rassemblent, ils viennent à toi ; tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Tu le verras alors, et tu seras radieuse ; ton coeur tressaillira et se dilatera ; car les richesses de la mer se dirigeront vers toi, les trésors des nations viendront à toi. Des multitudes de chameaux te couvriront, les dromadaires de Madian et d’Epha ; tous ceux de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens, et publieront les louanges du Seigneur.

Évangile Jn. 1, 29-34

En ce temps là : Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde. C’est celui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui a été placé au dessus de moi, parce qu’il était avant moi. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c’est pour qu’il soit manifesté en Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. Et Jean rendit témoignage en disant : J’ai vu l’esprit descendre du ciel comme une colombe, et se reposer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur qui tu verras l’esprit descendre et se reposer, c’est celui qui baptise dans l’Esprit-Saint. Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le fils de Dieu.

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, des hosties en mémoire de la manifestation de votre fils qui est né sur la terre et nous vous adressons d’ardentes supplications, afin que comme Jésus-Christ, Notre-Seigneur, est lui même l’auteur de nos dons, ainsi encore il les reçoivent miséricordieusement.

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Grégoire de Nazianze..

Quatrième leçon. Je ne puis contenir les élans de ma joie, mais j’ai le cœur ému et transporté : oublieux de ma propre faiblesse, je brûle d’envie de m’acquitter de la charge du grand Jean-Baptiste ; et quoique je ne sois pas le précurseur, je viens cependant du désert. Le Christ reçoit donc le sacrement de l’illumination ; ou plutôt c’est lui qui nous illumine de son éclat. Le Christ est baptisé ; descendons, nous aussi, avec lui, pour monter également avec lui.

Cinquième leçon. Jean baptise, et Jésus vient à lui. Le Christ sanctifie assurément celui qui le baptise ; mais son but est plutôt d’ensevelir le vieil Adam dans les eaux, et, avant tout, de sanctifier par son baptême les eaux du Jourdain, afin que, comme il était esprit et chair, de même ceux qui seraient baptisés dans la suite, fussent sanctifiés par la vertu de l’Esprit et par l’élément de l’eau. Jean refuse, Jésus insiste. « C’est moi qui dois être baptisé par vous, dit Jean ». Le flambeau parle au Soleil, la voix au Verbe.

Sixième leçon. Jésus sort de l’eau, tirant en quelque sorte à sa suite et élevant avec lui le monde, (jusqu’alors) plongé dans l’abîme. Il voit le ciel, non se déchirer, mais s’ouvrir. Le premier Adam l’avait autrefois fermé pour lui-même et pour nous, comme il s’était vu fermer aussi le Paradis terrestre, dont un glaive de feu défendit l’entrée. L’Esprit-Saint rend témoignage : les similitudes et les rapprochements se trouvent en parfaite harmonie : le témoignage vient du Ciel, car il est descendu du Ciel, celui auquel l’Esprit rend témoignage.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Avant que le Sauveur vînt pour recevoir le baptême de Jean dans le Jourdain, le Précurseur le connaissait, comme il le marque par ces paroles : « Vous venez à moi pour être baptisé ; c’est moi qui dois être baptisé par vous. » Vous voyez qu’il connaissait le Seigneur, qu’il connaissait le Fils de Dieu. Comment prouvons-nous qu’il savait déjà que Jésus baptiserait dans le Saint-Esprit ? Avant que le Christ vînt au fleuve, plusieurs accouraient auprès de Jean pour être baptisés, et il leur dit : « Pour moi, je vous baptise dans l’eau ; mais celui qui vient après moi est plus grand que moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure ; c’est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu. » Il savait déjà cela aussi.

Huitième leçon. Qu’est-ce que le précurseur a appris au moyen de la colombe ? Examinons-le, afin que, plus tard, il ne nous semble pas avoir été menteur, (ce que Dieu nous garde de penser). N’est-ce pas une certaine propriété devant exister dans le Christ, propriété en vertu de laquelle la sainteté du baptême, quoique beaucoup de ministres justes ou injustes dussent le conférer, serait attribuée à Jésus-Christ seul, sur qui est descendue la colombe et dont il a été dit à Jean : « C’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint » ? Que Pierre baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise ; que Paul baptise, « c’est celui-là » qui baptise. Car si la sainteté du baptême est en proportion des mérites de ceux qui le confèrent, il y aura diversité de baptêmes comme il y a diversité de mérites, et chacun croira avoir reçu un sacrement d’autant meilleur, que le ministre en semblera plus méritant.

Neuvième leçon. Les saints eux-mêmes, (comprenez bien ceci, mes frères,) les bons appartenant à la colombe, à cette cité qui est la vraie Jérusalem, ces bons qui font partie de l’Église, et dont l’Apôtre a dit : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui », ont reçu des grâces différentes : tous n’ont pas les même mérites. Les uns sont plus saints que les autres, les uns meilleurs que les autres. Comment donc, par exemple, si l’un est baptisé par un ministre juste et saint, l’autre par un ministre inférieur en mérite devant Dieu, inférieur en élévation, en sainteté de vie, comment tous deux cependant reçoivent-ils une même et pareille grâce, une grâce égale, sinon parce que c’est « Celui-là qui baptise » ?

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

 Le second Mystère de l’Épiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd’hui tout spécialement l’attention de l’Église. L’Emmanuel s’est manifesté aux Mages après s’être montré aux bergers ; mais cette manifestation s’est passée dans l’enceinte étroite d’une étable à Bethléem, et les hommes de ce monde ne l’ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d’éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s’empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Épiphanie ?

Elle a pour objet, comme la première, l’avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères. L’étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l’eau. « Celui qui a croira et qui sera baptisé sera sauvé » : il est donc temps qu’une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l’eau pour l’instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C’est pourquoi, à l’origine des choses, l’Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l’Église au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d’être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l’exception d’une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l’arche du salut, y rentra, ponant un rameau d’olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l’effusion de l’eau. Mais l’accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l’attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d’Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

Mais le contact des membres humains d’un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l’homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c’était au sein de cet élément sacré qu’il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

Jésus donc, âgé de trente ans, s’avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l’enlevait pas. Notre divin Roi s’avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d’enfanter, comme chante l’Église, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l’environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l’élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Échauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.

Mais, dans ce prélude d’une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s’ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l’Esprit d’amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s’arrête et se repose sur la tête de l’Emmanuel, planant à la fois sur l’humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.

Cependant le Dieu-Homme n’était pas manifesté encore avec assez d’éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu’avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l’orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge, un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui f ai mis toutes mes complaisances.

Ainsi fut manifestée la Sainteté de l’Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père, comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l’Étoile. Le mystère accompli, l’élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.

Elle est grande, cette fête de l’Épiphanie, dont l’objet est d’honorer de si hauts mystères ; et nous n’avons pas lieu de nous étonner que l’Église orientale ait fait de ce jour une des époques de l’administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l’Église des Gaules nous apprennent que cet usage s’observa aussi chez nos aïeux ; et plus d’une fois dans l’Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d’une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l’administration du Baptême. L’Église Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l’honneur d’être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l’usage se conserva et dure encore, en plusieurs lieux de l’Occident, de bénir l’eau avec une solennité toute particulière, au jour de l’Épiphanie.

L’Église d’Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l’ordinaire, dans l’Église ; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d’un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d’une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l’action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c’est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s’observe pareillement dans les Églises de l’Occident qui ont retenu l’usage de bénir l’eau à la Fête de l’Épiphanie.

Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.

Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Église, de nous avoir donné, après l’Étoile de la foi qui nous illumine, l’Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l’humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d’un homme mortel, afin d’accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu’il en portât l’humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l’Église de la terre et de l’Église du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.

 

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JAMAIS UN HOMME N'A PARLÉ COMME CET HOMME

10 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

JAMAIS UN HOMME N'A PARLÉ COMME CET HOMME

Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive

Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son cœur

Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la pierre le premier. Personne ne t'a-t-il condamnée? Moi non plus, je ne te condamnerai pas; va, et désormais ne pèche plus.

Je suis la lumière du monde;celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie

Quoique je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d'où je viens, et où je vais; mais vous, vous ne savez pas d'où je viens, ni où je vais.

Vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne ;Et si je juge, mon jugement est vrai, car je ne suis pas seul; mais je suis avec le Père, qui m'a envoyé.

Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai. Or je me rends témoignage à moi-même; et le Père, qui m'a envoyé, me rend aussi témoignage.

Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.

Je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où je vais, vous ne pouvez venir.


 

Vous, vous êtes d'en bas; moi, je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés; car, si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché.

Je suis le principe, moi qui vous parle. J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous. Mais celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai appris de lui, je le dis dans le monde.

Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que le Père m'a enseigné. Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

Si vous demeurez dans ma parole,vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.

En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave du péché. Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison; mais le fils y demeure toujours. Si donc le fils vous affranchit, vous serez vraiment libres. Je sais que vous êtes la descendance d'Abraham; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne trouve pas d’entrée en vous. Moi, je dis ce que j'ai vu chez mon Père; et vous, vous faites ce que vous avez vu chez votre père.

Si vous êtes fils d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham. Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi,un homme qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue de Dieu; cela, Abraham ne l'a pas fait. Vous faites les œuvres de votre père

Si Dieu était votre père, vous m'aimeriez, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu; je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage? Parce que vous ne pouvez entendre ma parole.Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n'est pas demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il dit le mensonge, il dit ce qu’il trouve en lui-même,car il est menteur, et père du mensonge. Mais moi, quand je dis la vérité, vous ne me croyez pas.

Qui d’entre vous pourra prouver que j’ai péché? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. C'est pour cela que vous n'écoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu.

Je ne suis pas possédé du démon, mais j'honore mon Père; et vous, vous me déshonorez. Pour moi, je ne cherche pas ma propre gloire; il est quelqu'un qui la cherche, et qui juge. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.

Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien; c'est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites qu'il est votre Dieu. Et vous ne le connaissez pas; mais moi, je le connais; et si je disais que je ne le connais pas, je serais comme vous, un menteur. Mais je le connais, et je garde sa parole. Abraham, votre père, a tressailli de joie, désirant voir mon jour; il l'a vu, et il s'est réjoui.

En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis.

Crois-tu au Fils de Dieu?

Tu l'as vu, et celui qui te parle, c'est lui.

C'est pour un jugement que je suis venu dans ce monde, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché; mais maintenant vous dites: Nous voyons; c'est pour cela que votre péché demeure.

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui escalade par un autre endroit, est un voleur et un bandit. Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. A celui-ci le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle ses propres brebis par leur nom, et il les fait sortir. Et lorsqu'il a fait sortir ses propres brebis, il va devant elles; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. Elles ne suivent pas un étranger, mais elles le fuient; car elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des bandits, et les brebis ne les ont pas écoutés. Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient avec plus d’abondance.

Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n'est pas berger, à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s'enfuit; et le loup s’en empare et disperse les brebis. Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, et qu'il ne se soucie pas des brebis. Je suis le bon berger, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie; celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul berger. C'est pour cela que le Père m'aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre de nouveau. Personne ne me la prend, mais je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre: tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père.

Je vous parle, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent elles-mêmes témoignage de moi. Mais vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais,et personne ne les ravira de ma main. Ce que mon Père m'a donné est plus grand que toutes choses, et personne ne peut le ravir de la main de mon Père. Moi et le Père,nous ne sommes qu'un.

 

Je vous ai montré beaucoup de bonnes œuvres, venant de mon Père; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous?

 

N'est-il pas écrit dans votre loi:J'ai dit: Vous êtes des dieux? Si elle appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et l’Écriture ne peut être détruite, comment dites-vous à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde: Tu blasphèmes, parce que j'ai dit: Je suis le Fils de Dieu? Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais,et si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres, afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est en moi, et moi dans le Père.

 

Cette maladie n’est pas mortelle; mais elle est pour la gloire de Dieu,afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle.

Retournons en Judée.

Le jour n'a-t-il pas douze heures? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne bute pas sur un obstacle qui le fait tomber, parce qu'il voit la lumière de ce monde; mais, s'il marche pendant la nuit, son pied heurte un obstacle et il tombe,parce qu'il n'a pas de lumière en lui.

Lazare, notre ami,dort; mais je vais le réveiller.

Lazare est mort; et je me réjouis, à cause de vous, de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui.

Ton frère ressuscitera.

Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, quand même il serait mort,vivra, et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela?

Où l'avez-vous mis?

Enlevez la pierre

Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?

Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez écouté. Pour moi, je savais que vous m'écoutez toujours;mais je parle ainsi à cause du peuple qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé.

Lazare, viens dehors.

Déliez-le, et laissez-le aller.

 

Laissez-la, afin qu'elle réserve ce parfum pour le jour de ma sépulture ma mise au tombeau. Car vous avez toujours des pauvres avec vous; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours.

 

L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment qui tombe en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais, s'il meurt,il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde, la conserve pour la vie éternelle.

Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive; et là où je suis, mon serviteur sera aussi. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. Maintenant mon âme est troublée. Et que dirai-je? Père, délivrez-moi de cette heure. Mais c'est pour cela que je suis arrivé à cette heure. Père, glorifiez votre nom.

Ce n'est pas pour moi que cette voix est venue, mais pour vous. C'est maintenant le jugement du monde;c'est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors. Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi.

 

La lumière est encore pour un peu de temps parmi vous. Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière.

 

Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi, mais en celui qui m'a envoyé. Et celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé. Je suis venu dans le monde, moi qui suis la lumière, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.

Et si quelqu'un entend mes paroles, et ne les garde pas, ce n'est pas moi qui le juge; car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde.

 

Celui qui me méprise, et qui ne reçoit pas mes paroles, a son juge: la parole même que j'ai annoncée le jugera au dernier jour.

Car je n'ai pas parlé de moi-même; mais le Père qui m'a envoyé m’a commandé lui-même ce que je dois dire, et comment je dois parler. Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C'est pourquoi, les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites.

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La Sainte Famille

10 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

La Sainte Famille

Introït

Le père du juste tressaille d’allégresse ; que ton père et ta mère se réjouisse, et que celle qui t’a enfanté tressaille d’allégresse. Que votre demeure est aimable, Seigneur des armées ; mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur.

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, qui étant soumis à Marie et à Joseph, avez consacré la vie domestique par des vertus ineffables, faites que, grâce au secours de l’un et de l’autre, nous soyons instruits par les exemples de votre sainte famille, et que nous obtenions d’être en sa compagnie pendant l’éternité.

Épitre Col. 3, 12-17

Mes Frères : comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, et patience, vous supportant les uns les autres et vous pardonnant réciproquement, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre. Comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos cœurs ; soyez reconnaissants. Que la parole du Christ demeure en vous avec abondance, de telle sorte que vous vous instruisiez et vous avertissiez les uns les autres en toute sagesse : sous l’inspiration de la grâce que vos cœurs s’épanchent vers Dieu en chants, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels. En quoi que ce soit que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.

Évangile Lc. 2, 42-52

Quand Jésus eut douze ans, comme ils étaient montés selon la coutume de la fête, et qu’ils s’en retournaient, le temps étant passé, l’enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne le surent pas. Pensant qu’il était avec la caravane, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils s’en retournèrent à Jérusalem en le recherchant. Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ils furent stupéfaits, et sa mère lui dit : "Mon enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela ? Voyez, votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés." Et il leur répondit : "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans les choses de mon Père ?" Mais ils ne comprirent pas la parole qu’il leur dit. Et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses en son cœur. Et Jésus progressait en sagesse, en taille et en grâce, auprès de Dieu et des hommes.

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, cette hostie de propitiation avec d’ardentes supplications, afin que nos familles soient fermement établies dans votre paix et votre grâce en vertu de l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et du bienheureux Joseph.

Postcommunion

Faites, Seigneur Jésus, que ceux que vous avez restaurés au moyen d’un sacrement tout céleste, persévèrent dans l’imitation des exemples de votre Sainte Famille, afin qu’à l’heure de notre mort, la glorieuse Vierge votre Mère vienne à notre rencontre avec le bienheureux Joseph, et que nous soyons trouvés dignes d’être reçus par vous dans votre demeure éternelle.

Office

Au premier nocturne.

De l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Colossiens. Cap. 3, 12-25 ; 4, 1-2.

Première leçon. Revêtez-vous donc, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de modestie, de patience ; vous supportant mutuellement, vous pardonnant les torts que l’un pourrait avoir envers l’autre ; comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez aussi de même. Mais au-dessus de tout cela, ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Et qu’en vos cœurs triomphe la paix du Christ, à laquelle vous avez même été appelés en un seul corps ; et soyez reconnaissants. Que la parole du Christ habite en vous avec plénitude, en toute sagesse, vous instruisant et vous exhortant les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant en action de grâces, du fond de vos cœurs, à la louange de Dieu.
Deuxième leçon. Quoi que vous fassiez en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père. Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes et ne soyez point amers avec elles. Enfants, obéissez en tout à vos parents, car cela plaît au Seigneur. Pères, n’irritez point vos enfants, de peur qu’ils ne deviennent pusillanimes.
Troisième leçon. Serviteurs, obéissez en tout à vos maîtres selon la chair, ne servant point à l’œil, comme pour plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur, en craignant Dieu. Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes ; sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage pour récompense : c’est le Seigneur Jésus-Christ que vous devez servir. Car celui qui fait une injustice recevra selon qu’il a fait injustement, et il n’y a point acception des personnes devant Dieu. Maîtres, rendez à vos serviteurs ce qui est juste et équitable, sachant que vous aussi vous avez un maître dans le ciel. Persévérez dans la prièrent veillez-y en action de grâces.
 

Au deuxième nocturne.

Des Lettres apostoliques de Léon XIII, Pape.

Quatrième leçon. Quand vint le temps fixé par ses décrets pour l’accomplissement de la grande œuvre du relèvement de l’humanité, que les siècles depuis longtemps attendaient, le Dieu de miséricorde en disposa l’ordre et l’économie de telle sorte que les débuts de cette œuvre offrissent au monde l’auguste spectacle d’une famille divinement constituée, en laquelle tous les hommes pussent contempler l’exemplaire le plus parfait de la société domestique, ainsi que de toute vertu et sainteté. Telle fut en effet cette famille de Nazareth, où, (avant de répandre sur toutes les nations la splendeur de sa pleine lumière), le Soleil de justice, c’est-à-dire le Christ, Dieu, notre Sauveur, demeura caché avec la Vierge sa Mère et Joseph, l’homme très saint qui remplissait à l’égard de Jésus la charge paternelle. Quant aux mutuelles preuves d’amour, à la sainteté des mœurs, à l’exercice de la piété dans la société familiale et dans les rapports habituels de ceux qui vivent sous un même toit, on ne peut sans nul doute trouver à célébrer aucune vertu qui n’ait brillé en cette sainte famille destinée à en devenir le modèle pour les autres. Et la providence l’a ainsi établi selon son dessein plein de bonté, pour que tous les chrétiens quelle que soit leur condition ou leur patrie puissent facilement, s’ils tournent vers elle leur attention, avoir et l’exemple de a vertu, et une invitation à la pratiquer.
Cinquième leçon. Les pères de famille trouvent assurément en Joseph un modèle admirable de la vigilance et de la sollicitude paternelles ; les mères ont en la très sainte Vierge, mère de Dieu, un exemple insigne d’amour, de respect modeste et de la soumission d’une âme de foi parfaite ; les enfants auront au sein des familles, en Jésus soumis à ses parents, un divin exemple d’obéissance qu’ils admireront, honoreront, imiteront. Ceux qui sont nés dans la noblesse apprendront de cette famille de sang royal, à garder la modération dans la prospérité et la dignité dans les afflictions ; les riches reconnaîtront à son école qu’il faut estimer bien moins les richesses que les vertus. Quant aux ouvriers et à tous ceux qui ont tant à souffrir des soucis angoissants du soutien d’une famille ou d’une condition pauvre, s’ils jettent un regard sur les membres très saints de cette société domestique, il ne leur manquera, ni motif ni occasion de se réjouir du sort qui leur est échu plutôt que de s’en attrister. Leurs labeurs leur sont en effet communs avec la Sainte Famille et communs avec elle, les soins que leur imposent la vie quotidienne : Joseph lui aussi dût pourvoir, en gagnant son pain, à la subsistance des siens et, ce qui est plus admirable encore, des mains divines s’exercèrent elles-mêmes aux travaux d’un art mécanique. Il n’est donc pas très étonnant que des hommes pleins de sagesse ayant des richesses en abondances aient voulu y renoncer pour choisir la pauvreté et s’y trouver unis à Jésus, Marie et Joseph.
Sixième leçon. C’est à bon droit que pour tous ces motifs le culte de la Sainte Famille qui s’est promptement établi parmi les catholiques, prend chaque jour de nouveaux accroissements comme le prouvent, soit les associations chrétiennes instituées sous le vocable de la Sainte Famille, soit les honneurs singuliers qui lui sont rendus et surtout les privilèges et les faveurs spirituelles accordés par nos prédécesseurs pour exciter envers elle le zèle de la piété. Ce culte a donc été en grand honneur depuis le dix-septième siècle et propagé de tous côtés dans l’Italie la France et la Belgique ; il s’est répandu dans presque toute l’Europe, puis il a passé les vastes plaines de l’Océan et s’est étendu par la région canadienne dans l’Amérique pour y fleurir sous les plus heureux auspices. C’est qu’en effet on ne peut rien envisager de plus salutaire et de plus utile aux familles chrétiennes que l’exemple de la sainte Famille, lequel comprend la perfection et l’ensemble de toutes les vertus domestiques. Implorés ainsi au sein des familles, Jésus, Marie et Joseph, leur viendront en aide ; ils y entretiendront la charité, y régleront les mœurs et en provoqueront les membres à l’imitation de leur vertu ; leur secours adoucira et rendra supportables les mortelles épreuves qui de tous côtés nous menacent. – Pour augmenter encore le culte de la sainte Famille, le Pape Léon XIII a ordonné de consacrer les familles chrétiennes à cette famille sacrée, et Benoît .XV a étendu son office et sa messe à l’Église universelle.
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Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bernard, Abbé.

Septième leçon. « Et il leur était soumis ». Qui était soumis ? et à qui ? Un Dieu, à des hommes ! Oui, le Dieu à qui les Anges sont soumis, à qui les Principautés et les Puissances obéissent, était soumis à Marie ; et non seulement à Marie, mais aussi à Joseph à cause de Marie. Admire donc l’un et l’autre, et vois ce qui te paraît plus admirable, de la très gracieuse condescendance du Fils ou de la très glorieuse dignité de ses parents. Dés deux côtés, sujet d’étonnement ; des deux côtés, miracle. Qu’un Dieu obéisse à la créature humaine, voilà une humilité sans exemple, et que la créature humaine commande à un Dieu, voilà une sublimité sans égale. Dans les louanges décernées aux vierges, on chante ceci en particulier qu’elles suivent l’Agneau partout où il va. Eh bien, de quelles louanges ne jugez-vous pas digne celui qui va même devant lui ?
Huitième leçon. Homme, apprends à obéir ! Terre, apprends à accepter la subordination ! Poussière, apprends à te soumettre ! L’évangéliste a dit en parlant de ton Créateur : « Et il leur était soumis » ; il n’est pas douteux que ce ne soit à Marie et à Joseph. Rougis, cendre orgueilleuse ! Un Dieu s’abaisse, et toi, tu t’élèves ! Un Dieu se soumet aux hommes et toi, cherchant à dominer les hommes, tu te mets au-dessus de ton Créateur ! En effet, chaque fois que je désire parmi les hommes la prééminence, chaque fois je m’efforce de passer avant Dieu ; et alors vraiment je ne goûte pas ce qui est de Dieu. Car c’est de lui qu’il a été dit : « Et il leur était soumis ». O homme, si tu ne daignes pas imiter l’exemple d’un homme, il ne sera certes pas indigne de toi de suivre ton Créateur. Si tu ne peux, sans doute, le suivre partout où il ira, daigne au moins le suivre jusqu’où il a voulu descendre pour toi.
Neuvième leçon. Si tu ne peux marcher dans le sentier sublime de la virginité, suis au moins ton Dieu dans la voie très sûre de l’humilité. Si quelques-uns, tout en étant vierges, se sont écartés de cette voie droite, eux non plus, pour dire la vérité, ne suivent pas l’Agneau partout où il va. L’humble qui est souillé suit l’Agneau, l’orgueilleux qui est vierge le suit aussi, mais aucun des deux ne le suit partout où il va : le premier ne pouvant s’élever à la pureté de l’Agneau qui est sans tache, et le second ne daignant pas descendre à la douceur de cet Agneau qui s’est tu, non seulement devant celui qui le tondait, mais encore devant son bourreau. Et pourtant le pécheur, en s’humiliant, a choisi un meilleur parti que celui de l’orgueilleux qui est vierge, puisque l’humble satisfaction de celui-là efface sa souillure, tandis que l’orgueil de celui-ci souille sa pureté.

 

 

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Epiphanie du Seigneur

6 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

Epiphanie du Seigneur

Introït

Voilà que vient le Seigneur Maître ; le pouvoir est dans sa main, la puissance et l’empire. O Dieu, donnez au roi votre jugement et au fils du roi votre justice.

Collecte

O Dieu, qui avez révélé en ce jour votre Fils unique aux païens par l’apparition d’une étoile : faites dans votre miséricorde que, vous connaissant déjà par la foi, nous soyons amenés à vous contempler dans l’éclat de votre majesté.

Lecture Is. 60, 1-6

Lève-toi, et resplendis, Jérusalem ! Car ta lumière paraît, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et une sombre obscurité les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lève, et sa gloire se manifeste sur toi. Les nations marchent vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever. Lève tes regards autour de toi, et vois : Tous se rassemblent, ils viennent à toi ; tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Tu le verras alors, et tu seras radieuse ; ton cœur tressaillira et se dilatera ; car les richesses de la mer se dirigeront vers toi, les trésors des nations viendront à toi. Des multitudes de chameaux te couvriront, les dromadaires de Madian et d’Epha ; tous ceux de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens, et publieront les louanges du Seigneur.

Évangile Mt. 2, 1-12

Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem, disant : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus l’adorer." Ce que le roi Hérode ayant appris, il fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et il s’enquit auprès d’eux où devait naître le Christ. Ils lui dirent : "A Bethléem de Judée, car ainsi a-t-il été écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un chef qui paîtra Israël, mon peuple." Alors Hérode, ayant fait venir secrètement les mages, s’enquit avec soin auprès d’eux du temps où l’étoile était apparue. Et il les envoya à Bethléem en disant : "Allez, informez-vous exactement au sujet de l’enfant, et lorsque vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j’aille l’adorer." Ayant entendu les paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient allait devant eux, jusqu’à ce que, venant au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s’arrêta. A la vue de l’étoile, ils eurent une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, (Ici on se met à genoux) et, se prosternant, ils l’adorèrent ; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Et ayant été avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Secrète

Jetez une regard bienveillant, nous vous en supplions, Seigneur, sur les dons de votre Église, laquelle ne vous offre plus ni l’or, ni l’encens, ni la myrrhe, mais Celui que figuraient ces offrandes, qui a été immolé et qui s’est fait notre nourriture, Jésus-Christ votre Fils, Notre-Seigneur.

Office

Au premier nocturne.

Du Prophète Isaïe. Cap. 55, 1-4 ; 60, 1-6 ; 61, 10-11 & 62, 1.

Première leçon. Vous tous qui avez soif, venez vers les eaux : et (vous) qui n’avez pas d’argent, hâtez-vous, achetez et mangez ; venez, achetez sans argent et sans aucun échange, du vin et du lait. Pourquoi dépensez-vous de l’argent à ce qui n’est pas du pain et votre travail à ce qui ne peut vous rassasier ? Écoutez-moi avec une grande attention, et mangez une bonne nourriture, et votre âme se délectera en s’engraissant. Inclinez votre oreille, et venez à moi ; écoute ?, et votre âme vivra et je ferai avec vous un pacte éternel (qui montrera) véritables les miséricordes (promises) à David. Voilà que je l’ai donné pour témoin aux peuples, pour chef et pour maître aux Nations.
Deuxième leçon. Lève-toi, sois éclairée, Jérusalem, parce qu’est venue ta lumière, et que la gloire du Seigneur sur toi s’est levée. Parce que voilà que les ténèbres couvriront la terre, et une obscurité, les peuples ; mais sur toi se lèvera le Seigneur, et sa gloire en toi se verra. Et des Nations marcheront à ta lumière, et des rois à la splendeur de ton lever. Lève autour de toi, tes yeux, et vois ; tous ceux-ci se sont rassemblés, ils sont venus à toi ; tes fils de loin viendront, et tes filles à ton côté se lèveront. Alors tu verras, et tu seras dans l’abondance ; ton cœur admirera et se dilatera, quand se sera tournée vers toi la richesse de la mer, et que la force des Nations sera venue à toi. Une inondation de chameaux te couvrira, des dromadaires de Madian et d’Epha ; tous viendront de Saba, apportant de l’or et de l’encens, et publiant des louanges en l’honneur du Seigneur.
Troisième leçon. Me réjouissant, je me réjouirai dans le Seigneur, mon âme exultera en mon Dieu ; parce qu’il m’a revêtu des vêtements du salut, et du manteau de la justice ; il m’a enveloppé, comme l’époux paré d’une couronne, et comme l’épouse ornée de ses colliers. Car comme la terre produit son germe, et comme un jardin fait germer sa semence, ainsi le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les Nations. A cause de Sion, je ne me tairai pas, et à cause de Jérusalem je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que paraisse son juste comme une éclatante lumière, et que son sauveur, comme un flambeau, répande sa clarté.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. « Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes bien-aimés, je le dis encore, réjouissez-vous » ; puisque peu de temps après la solennité de la Nativité de Jésus-Christ, la fête de sa manifestation brille à son tour : et celui que la Vierge a enfanté le vingt-cinq décembre, le monde l’a reconnu aujourd’hui. Le Verbe fait chair a disposé son entrée dans le monde de telle manière que l’enfant Jésus fut manifesté aux fidèles et caché à ses persécuteurs. Alors déjà « les cieux racontèrent la gloire de Dieu, et le bruit de la vérité se répandit dans toute la terre, » quand une armée d’Anges apparut aux pasteurs pour leur annoncer la naissance du Sauveur, et qu’une étoile servit de guide aux Mages pour le venir adorer. L’avènement du véritable Roi fut ainsi manifesté avec éclat du levant au couchant, car les royaumes de l’Orient apprirent des Mages les éléments de la foi, et ils ne restèrent pas cachés à l’empire romain.
Cinquième leçon. La cruauté d’Hérode, voulant étouffer dans le berceau le Roi qui lui était suspect, servait, à son insu, à cette diffusion de la foi. Tandis qu’il s’appliquait à faire réussir un crime détestable, et qu’il cherchait à envelopper dans un massacre général l’enfant qui lui restait inconnu, le bruit de ce massacre divulguait en tous lieux la naissance du maître du ciel. La nouvelle s’en répandit d’autant plus promptement et d’autant mieux, que le prodige d’un signe dans le ciel était plus nouveau, et l’impiété du persécuteur plus cruelle. Alors aussi le Sauveur fut porté en Égypte, pour que ce peuple attaché à d’anciennes erreurs fût préparé, par une grâce secrète, à recevoir son prochain salut, et afin qu’avant même d’avoir banni ses vieilles superstitions, ce pays reçût pour hôte la vérité même.
Sixième leçon. Reconnaissons donc, mes bien-aimés, dans les Mages adorateurs du Christ, les prémices de notre vocation et de notre foi, et célébrons avec des cœurs pleins de joie les débuts de cette heureuse espérance. Car dès ce moment nous avons commencé à entrer dans l’héritage céleste ; depuis lors les passages mystérieux des saintes Écritures qui se rapportaient au Christ ont été découverts pour nous, et la vérité que l’aveuglement des Juifs n’accepte pas, a répandu sa lumière dans toutes les Nations. Honorons donc ce très saint jour en lequel l’Auteur de notre salut s’est fait connaître, et Celui que les Mages ont adoré petit enfant dans une crèche, adorons-le, tout-puissant dans les Cieux. Et, comme les Rois firent de leurs trésors des offrandes mystiques au Seigneur, cherchons de même à trouver dans nos cœurs des dons qui méritent d’être offerts à Dieu.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Comme vous l’avez entendu, mes très chers frères, dans la lecture de l’Évangile, un roi de la terre se troubla à la naissance du Roi des Cieux : c’est parce que les grandeurs terrestres sont confondues, lorsque celles du Ciel viennent à paraître. Mais nous devons chercher pour quel motif, à la naissance du Rédempteur, un Ange apparut aux pasteurs dans la Judée, tandis que ce ne fut pas un Ange, mais une étoile, qui servit de guide aux Mages de l’Orient, pour venir l’adorer. Ce fut, sans doute, parce que les Juifs, usant de la raison pour connaître le vrai Dieu, il était juste qu’un Ange, c’est-à-dire une créature raisonnable, leur annonçât la nativité du Sauveur ; quant aux Gentils, qui ne savaient pas se servir de leur raison, ils sont amenés à connaître le Seigneur, non par une voix, mais par des signes matériels. C’est pourquoi saint Paul a dit : « .Les prophéties sont données aux fidèles, non aux infidèles ; mais les signes sont pour les infidèles, non pour les fidèles. » Aussi les prophéties ont-elles été annoncées aux pasteurs qui étaient Juifs, comme à des fidèles, et les signes ont-ils été donnés aux Mages, comme à des infidèles et non comme à des fidèles.
Huitième leçon. Il faut remarquer que lorsque notre Rédempteur aura atteint l’âge d’homme parfait, les Apôtres le prêcheront à ces mêmes Gentils, tandis que lorsqu’il est enfant, et ne se sert pas encore pour parler de ses organes corporels, c’est une étoile qui l’annonce à la Gentilité. L’ordre de la raison voulait sans doute que ce fussent des prédicateurs qui parlassent pour nous faire connaître le Seigneur quand lui-même eut parlé, et que des éléments muets l’annonçassent lorsqu’il ne parlait pas encore. Mais nous devons considérer, au souvenir de tous les prodiges qui ont paru, et à la naissance et à la mort du Seigneur, quelle fut la dureté de cœur de ceux des Juifs qui ne le reconnurent, ni au don de prophétie ni à ses miracles.
Neuvième leçon. Tous les éléments ont rendu témoignage à la venue de leur Auteur. Et, pour en parler selon le langage usité parmi les hommes, les cieux ont reconnu qu’il était Dieu, puisqu’aussitôt ils ont envoyé l’étoile. La mer l’a reconnu, car elle s’est affermie sous ses pas. La terre l’a reconnu, puisqu’elle a tremblé, quand il expirait. Le soleil l’a reconnu puisqu’alors il a caché les rayons de sa lumière. Les rochers et les murailles l’ont reconnu, puisqu’au moment de sa mort, ils se sont fendus. L’enfer l’a reconnu, car il a rendu à la liberté les morts qu’il renfermait. Et cependant, celui que tous les éléments insensibles ont reconnu pour leur Seigneur, les cœurs des Juifs infidèles ne l’ont pas reconnu comme Dieu, et plus durs que les rochers ils n’ont pas voulu s’ouvrir à la pénitence.

La Fête de l’Épiphanie est la suite du mystère de Noël ; mais elle se présente, sur le Cycle chrétien, avec une grandeur qui lui est propre. Son nom qui signifie Manifestation, indique assez qu’elle est destinée à honorer l’apparition d’un Dieu au milieu des hommes !

Ce jour, en effet, fut consacré durant plusieurs siècles à fêter la Naissance du Sauveur ; et lorsque, vers l’an 376, les décrets du Saint-Siège obligèrent toutes les Églises à célébrer désormais, avec Rome, le mystère de la Nativité au 25 décembre, le 6 janvier ne fut pas entièrement déshérité de son antique gloire. Le nom d’Épiphanie lui resta avec la glorieuse mémoire du Baptême de Jésus-Christ, dont une tradition fixe l’anniversaire à ce jour.

L’Église Grecque donne à cette Fête le vénérable et mystérieux nom de Théophanie, si célèbre dans l’antiquité pour signifier une Apparition divine. On trouve ce nom dans Eusèbe, dans saint Grégoire de Nazianze, dans saint Isidore de Péluse ; il est le propre titre de la Fête dans les livres liturgiques de l’Église Grecque.

Les Orientaux appellent encore cette solennité les saintes Lumières, à cause du Baptême que l’on conférait autrefois en ce jour, en mémoire du Baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain. On sait que le Baptême est appelé dans les Pères illumination, et ceux qui l’ont reçu illuminés.

Enfin, nous nommons familièrement, en France, cette fête la Fête des Rois, en souvenance des Mages, dont la venue à Bethléem est particulièrement solennisée aujourd’hui.

L’Épiphanie partage avec les Fêtes de Noël, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, l’honneur d’être qualifiée de jour très saint, au Canon de la Messe ; et on la range parmi les fêtes cardinales, c’est-à-dire parmi les solennités sur lesquelles repose l’économie de l’Année liturgique. Une série de six Dimanches emprunte d’elle son nom, comme d’autres successions dominicales se présentent sous le titre de Dimanches après Pâques, Dimanches après la Pentecôte.

Par suite de la Convention faite en 1801 entre Pie VII et le Gouvernement français, le légat Caprara procéda à une réduction des fêtes, et la piété des fidèles en vit, à regret, supprimer un grand nombre. Il y eut des solennités qui ne furent pas supprimées, mais dont la célébration fut remise au Dimanche suivant. L’Épiphanie est de celles qui subirent ce sort ; et toutes les fois que le 6 janvier n’est pas un Dimanche, nos Églises voient retarder jusqu’au Dimanche suivant les pompes qui accompagnent un si grand jour dans tout l’univers catholique. Espérons que des jours meilleurs luiront enfin sur notre Église, et qu’un avenir plus heureux nous rendra les joies dont la sage condescendance du Saint-Siège nous a sevrés pour un temps.

Ce jour de l’Épiphanie du Seigneur est donc véritablement un grand jour ; et l’allégresse dans laquelle nous a plongés la Nativité du divin Enfant doit s’épanouir, tout de nouveau, dans cette solennité. En effet, ce second rayonnement de la Fête de Noël nous montre la gloire du Verbe incarné dans une splendeur nouvelle ; et sans nous faire perdre de vue les charmes ineffables du divin Enfant, il manifeste dans tout l’éclat de sa divinité le Sauveur qui nous a apparu dans son amour. Ce ne sont plus seulement les bergers qui sont appelés par les Anges à reconnaître le VERBE FAIT CHAIR, c’est le genre humain, c’est la nature entière que la voix de Dieu même convie à l’adorer et à l’écouter.

Or, dans les mystères de sa divine Épiphanie, trois rayons du Soleil de justice descendent jusqu’à nous. Ce sixième jour de janvier, sur le cycle de Rome païenne, fut assigné à la célébration du triple triomphe d’Auguste, auteur et pacificateur de l’Empire ; mais lorsque notre Roi pacifique, dont l’empire est sans limites et pour jamais, eut décidé, par le sang de ses martyrs, la victoire de son Église, cette Église jugea, dans la sagesse du ciel qui l’assiste, qu’un triple triomphe de l’Empereur immortel devait remplacer, sur le Cycle régénéré, les trois triomphes du fils adoptif de César.

Le six janvier restitua donc au vingt-cinq décembre la mémoire de la Naissance du Fils de Dieu ; mais, en retour, trois manifestations de la gloire du Christ vinrent s’y réunir dans une même Épiphanie : le mystère des Mages, venus d’Orient sous la conduite de l’Étoile, pour honorer la Royauté divine de l’Enfant de Bethléem ; le mystère du Baptême du Christ, proclamé Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la voix même du Père céleste ; enfin le mystère de la puissance divine de ce même Christ, transformant l’eau en vin, au festin symbolique des Noces de Cana. Le jour consacré à la mémoire de ces trois prodiges est-il en même temps l’anniversaire de leur accomplissement ? Cette question est débattue entre les savants. Dans ce livre, où notre but n’est autre que de favoriser la piété des fidèles, nous n’entrerons point dans ces discussions purement critiques ; nous nous contenterons de dire que l’adoration des Mages a eu lieu en ce jour même, d’après le sentiment si grave de Baronius, de Suarez, de Théophile Raynaud, d’Honoré de Sainte-Marie, du cardinal Gotti, de Sandini, et d’une infinité d’autres, à l’opinion desquels se joint expressément le suffrage éclairé de Benoît XIV. Le Baptême du Christ, au six janvier, est un fait reconnu par les critiques les plus exigeants, par Tillemont lui-même, et qui n’a été contesté que par une imperceptible minorité d’écrivains. Quant au miracle des Noces de Cana, la certitude du jour précis de son accomplissement est moins grande, bien qu’il soit impossible de démontrer que ce prodige n’ait pas eu lieu le six janvier. Mais il suffit aux enfants de l’Église que leur Mère ait fixé la mémoire de ces trois manifestations dans la Fête d’aujourd’hui, pour que leurs cœurs applaudissent aux triomphes du divin Fils de Marie.

Si nous considérons maintenant en détail le multiple objet de la solennité, nous remarquons d’abord que l’adoration des Mages est celui des trois mystères que la sainte Église Romaine honore aujourd’hui avec le plus de complaisance. La majeure partie des chants de l’Office et de la Messe est employée à le célébrer ; et les deux grands Docteurs du Siège Apostolique, saint Léon et saint Grégoire, ont paru vouloir y insister presque uniquement, dans leurs Homélies sur cette fête, quoiqu’ils confessent avec saint Augustin, saint Paulin de Nole, saint Maxime de Turin, saint Pierre Chrysologue, saint Hilaire d’Arles, et saint Isidore de Séville, la triplicité du mystère de l’Épiphanie. La raison de la préférence de l’Église Romaine pour le mystère de la Vocation des Gentils, vient de ce que ce grand mystère est souverainement glorieux à Rome, qui, de chef de la gentilité qu’elle était jusqu’alors, est devenue le chef de l’Église chrétienne et de l’humanité, par la vocation céleste qui appelle en ce jour tous les peuples à l’admirable lumière de la foi, en la personne des Mages.

L’Église Grecque ne fait point aujourd’hui une mention spéciale de l’adoration des Mages ; elle a réuni ce mystère à celui de la Naissance du Sauveur dans ses Offices pour le jour de Noël. Toutes ses louanges, dans la présente solennité, ont pour objet unique le Baptême de Jésus-Christ.

Ce second mystère de l’Épiphanie est célébré en commun avec les deux autres par l’Église latine, au six janvier. Il en est fait plusieurs fois mention dans l’Office d’aujourd’hui ; mais la venue des Mages au berceau du Roi nouveau-né attirant surtout l’attention de Rome chrétienne en cette journée, il a été nécessaire, pour que le mystère de la sanctification des eaux fût dignement honoré, d’en attacher la mémoire à un autre jour. L’Octave de l’Épiphanie a été choisie par l’Église d’Occident pour honorer spécialement le Baptême du Sauveur.

Le troisième mystère de l’Épiphanie étant aussi un peu offusqué par l’éclat du premier, quoiqu’il soit plusieurs fois rappelé dans les chants de la Fête, sa célébration spéciale a été pareillement remise à un autre jour, savoir au deuxième Dimanche après l’Épiphanie.

Plusieurs Églises ont réuni au mystère du changement de l’eau en vin celui de la multiplication des pains, qui renferme en effet plusieurs analogies avec le premier, et dans lequel le Sauveur manifesta pareillement sa puissance divine ; mais l’Église Romaine, en tolérant cet usage dans les rites Ambrosien et Mozarabe, ne l’a jamais reçu, pour ne pas déroger au nombre de trois qui doit marquer sur le Cycle les triomphes du Christ, au six janvier ; et aussi parce que saint Jean nous apprend, dans son Évangile, que le miracle de la multiplication des pains eut lieu aux approches de la Fête de Pâques : ce qui ne pourrait convenir en aucune façon à l’époque de l’année où l’on célèbre l’Épiphanie.

Pour la disposition des matières, dans cette solennité, nous garderons l’ordre suivant. Aujourd’hui, nous honorerons avec l’Église les trois mystères à la fois ; dans le cours de l’Octave, nous contemplerons le mystère de la venue des Mages ; nous vénérerons le Baptême du Sauveur, au jour même de l’Octave ; et nous traiterons le mystère des Noces de Cana, au deuxième Dimanche après la fête, jour auquel l’Église a réuni, dans ces derniers temps, avec une parfaite harmonie, la solennité du très saint Nom de Jésus.

HOMÉLIE SUR LE BAPTÊME DE NOTRE-SEIGNEUR ET L'ÉPIPHANIE Saint Jean Chrysostome

Aujourd'hui, vous êtes tous dans la joie, seul je suis dans la tristesse. En effet, lorsque je tourne mes regards vers cet océan spirituel, contemplant les trésors immenses de l'Église, et qu'ensuite je fais réflexion que cette solennité passée, toute cette foule s'en ira et se dispersera, j'éprouve une douleur qui me déchire, une angoisse qui m'accable, parce que, mère tendre et féconde, l'Église ne peut jouir de ses nombreux enfants à chaque assemblée, mais seulement aux jours de grandes fêtes. Et cependant, quel sujet de joie spirituelle ! Quelle allégresse pour nous ! Quelle gloire pour Dieu ! Quelle utilité pour les âmes ! Si à chaque réunion nous voyions l'enceinte du temple ainsi remplie ! Les matelots et les pilotes se bâtent de traverser les flots pour rentrer au port; nous, au contraire, nous luttons pour ne pas quitter la haute mer et toujours battus par les flots des affaires du siècle, sans cesse sur les places publiques et devant les tribunaux, c'est à peine si nous paraissons ici une fois ou deux par an.

Ne savez-vous donc pas que Dieu a bâti les églises dans les villes comme les ports dans la mer, afin qu'à ceux qui viendront s'y recueillir à l'abri des tempêtes du siècle, y trouvent la tranquillité parfaite. Ici, en effet, vous n'avez rien à redouter : ni la fureur les flots, ni les incursions des pirates, ni les attaques des brigands, ni la violence des vents, ni les surprises des animaux sauvages. C'est un port à l'abri de tous les maux, c'est le port spirituel des âmes. Vous m'êtes témoins de la vérité de mes paroles. Si quelqu'un de vous, en effet, interroge sa conscience en ce moment, il trouvera une grande tranquillité intérieure. Pas de colère qui le trouble, pas de cupidité qui le brûle, pas d'envie qui le ronge; l'arrogance ne l'enfle pas, l'amour de la vaine gloire ne le corrompt pas; mais tous ces monstres s'apaisent aussitôt que, semblables à un enchantement divin, les saintes Écritures arrivant par la lecture aux oreilles de chacun ont pénétré jusqu'à l'âme et calmé ces mouvements contraires à la raison. Quel n'est donc pas le malheur de ceux qui, pouvant acquérir une telle sainteté de mœurs, ne s'empressent pas de fréquenter assidûment l'église, notre mère commune ! Pouvez-vous me signaler une occupation plus fructueuse, une réunion plus utile? Qui vous empêche de venir ici avec nous? Vous m'alléguerez la pauvreté comme un obstacle qui vous éloigne de cette assemblée magnifique : Ce n'est qu'un vain prétexte. Il y a sept jours dans la semaine, Dieu les a partagés avec nous et il ne s'est pas réservé la plus grande part, en nous laissant la moindre; il n'a pas même fait les parts égales, en prenant trois jours pour lui et nous en laissant trois, mais il nous a donné six jours et il n'en a réservé qu'un pour lui; et vous ne daignez pas même pendant ce jour vous abstenir complètement des affaires terrestres; mais semblables à ceux qui volent le trésor sacré, vous ravissez ce saint jour pour l'employer aux occupations du siècle, vous abusez dans l'intérêt de la vie matérielle de ces instants qui devraient être consacrés aux choses spirituelles.

Mais pourquoi parler d'un jour entier? Imitez ce que fit la veuve dans son aumône. Elle ne donna que deux oboles (Mc, XII, 42 et suiv.), et elle reçut de Dieu une grâce abondante. Donnez, vous aussi, deux heures seulement à Dieu, et vous recueillerez pour votre maison le gain d'une multitude de jours. Si vous méprisez mes avis, craignez qu'en ne voulant pas renoncer pour un faible instant aux profits terrestres, vous ne perdiez le fruit de toutes vos années passées. Dieu a coutume, en effet, de punir le mépris qu'on fait de lui en dissipant les richesses amassées. C'est la menace qu'il adressait aux Juifs, qui négligeaient de venir au temple: Vous avez porté vos biens dans vos maisons et mon souffle les a dissipés, dit le Seigneur. (Ag, I, 9.) Si vous ne venez à l'église qu'une ou deux fois l'année, comment, je vous le demande, pourra-t-on vous instruire des choses qui sont nécessaires au salut, comme de la nature de l'âme, de celle du corps, de l'immortalité, du royaume des cieux, des peines de l'enfer, de la miséricorde de Dieu, de sa bonté, du baptême, de la pénitence, de la rémission des péchés, des créatures célestes et terrestres, de la nature des hommes, de celle des anges, de la malice des démons, des ruses de Satan, des mœurs et des dogmes, de la vraie foi, des hérésies engendrées par la corruption? Ces choses et beaucoup d'autres encore, un chrétien doit les savoir pour en rendre compte à qui l'interrogera. Mais vous n'en connaîtrez pas même la plus faible partie si vous ne venez ici qu'une fois par circonstance, moins par des sentiments de piété que par un reste d'habitude et à cause de la solennité ; car c'est à peine si les fidèles qui fréquentent assidûment nos assemblées parviennent à apprendre tout ce qu'il faut savoir. Beaucoup de ceux qui sont ici ont des serviteurs et des enfants. Eh bien ! lorsque vous voulez les faire instruire, vous les confiez à des maîtres que vous avez choisis, vous les éloignez de vous, vous leur fournissez vêtements, nourriture, tout ce dont ils ont besoin, puis vous les envoyez habiter avec leurs maîtres et vous ne permettez pas qu'ils reviennent chez vous, afin que, par une assiduité continuelle, ils profitent mieux, et qu'aucun souci, aucune occupation étrangère à leurs études ne viennent les distraire; et quand il s'agit pour vous d'apprendre non plus une science vulgaire, mais la plus grande de toutes les sciences, la science de plaire à Dieu et d'acquérir les biens célestes, vous croyez qu'il suffit de vous en occuper une ou deux fois par hasard? Quelle folie ! Doutez-vous que ce soit là une science qui exige beaucoup d'attention ? Écoutez : Apprenez de moi, dit le Seigneur, que je suis doux et humble de cœur. (Mt. XI, 29.) Ailleurs, c'est son prophète qui s'exprime ainsi : Venez, mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. (Ps. XXXIII, 12.) Et encore : Soyez attentifs et voyez que je suis le vrai Dieu. (Ps. XLV, 11.) Il faut donc une grande application à qui veut acquérir cette science des choses spirituelles.

Mais ne passons pas tout notre temps à blâmer ceux qui ont coutume d'être absents; en voilà bien assez pour corriger leur négligence; expliquons un peu la solennité du jour. Car plusieurs célèbrent des fêtes dont ils savent le nom sans en connaître ni l'histoire, ni l'occasion, ni l'origine. Ainsi, personne n'ignore que la fête d'aujourd'hui s'appelle Épiphanie, ou manifestation, mais quelle est cette manifestation? Y en a-t-il une ou deux? C'est ce qu'on ne sait pas aussi bien, et chose honteuse non moins que ridicule, on célèbre chaque année cette solennité et on n'en connaît pas le sujet. Il faut donc commencer par faire savoir à votre charité qu'il n'y a pas qu'une manifestation, mais deux : l'une est celle que nous célébrons présentement, l'autre n'est pas encore venue, elle doit se faire avec éclat à la consommation des siècles. Dans ce que vous avez entendu aujourd'hui de saint Paul à Tite, il parle de toutes deux. Voici d'abord pour la présente : La grâce de Dieu notre Sauveur a paru à tous les hommes, et elle nous a appris que, renonçant à l'impiété et aux passions mondaines, nous devons vivre dans le siècle présent, avec tempérance, avec justice et avec piété. — Ce qui suit se rapporte à la future : Étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons, et de l'avènement glorieux du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ. (Tt II, 11, 12, 17.) C'est encore dans ce dernier sens que le prophète a dit : Le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang; avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et glorieux. (Jl, II, 31.) Mais pourquoi n'est-ce pas le jour de la naissance du Sauveur plutôt que celui de son baptême qui est appelé Épiphanie? Car c'est en ce jour qu'il fut baptisé et qu'il sanctifia les eaux. Aussi, dans cette solennité, vers le milieu de la nuit, tous vont puiser de l'eau qu'ils mettent en réserve dans leurs maisons, pour la garder l'année entière, en mémoire de ce qu'à pareil jour, les eaux ont été sanctifiées. Et par un miracle évident, le temps n'a aucune influence sur la nature de cette eau, car après un an, quelquefois deux et même trois, elle demeure pure et fraîche, et malgré cet espace de temps, on ne la distingue pas de celle qui vient d'être prise à la source. Mais pour quelle cause ce jour est-il appelé manifestation ? Parce que Notre-Seigneur fut manifesté aux hommes, non le jour de sa naissance, mais le jour de son baptême, car jusque-là il était à peu près inconnu. Qu'il n'ait pas été généralement connu, et que la plupart aient ignoré qui il était, c'est ce qui ressort de ces paroles de Jean-Baptiste : Il y a quelqu'un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. (Jn, 1, 26.) Et faut-il s'étonner si les autres ne le connaissaient pas quand Jean-Baptiste lui-même l'ignorait jusqu'à ce jour? Et je ne le connaissais pas moi-même, dit-il, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : Celui sur qui vous verrez descendre et demeurer le Saint-Esprit, est celui qui baptise dans le Saint-Esprit. (Jn, I, 33.) D'où il résulte clairement qu'il y a deux manifestations. Mais pourquoi Notre-Seigneur est-il venu se faire baptiser? C'est ce qu'il nous reste à dire en même temps que nous vous ferons connaître quel baptême il a reçu, car ces deux points sont d'une égale importance. C'est même par la dernière question que nous allons commencer à instruire votre charité, afin de mieux vous faire comprendre la première.

Il y avait le baptême des Juifs qui effaçait les souillures du corps, mais non les péchés qui sont dans la conscience: si quelqu'un avait commis un adultère, un vol ou un autre crime, ce baptême ne les effaçait pas. Mais si on avait touché les ossements des morts, mangé des mets défendus par la loi, si on venait d'un lieu impur, si on avait demeuré avec les lépreux, on se lavait et on était impur jusqu'au soir, après quoi on devenait pur. Il lavera son corps, est-il dit, dans l'eau pure, et il sera impur seulement jusqu'au soir, puis il sera pur. (Lv. XV, 5) Ce n'étaient point là de vrais péchés ni des souillures proprement dites, mais les Juifs étant un peuple grossier et imparfait, Dieu voulait, parles observances légales, les rendre plus religieux et les préparer de longue main à l'observation de prescriptions plus importantes.

La purification des Juifs n'effaçait donc pas les péchés, mais seulement les souillures corporelles. Il n'en est pas de même de la nôtre qui est bien meilleure et remplie de grâces abondantes, car elle délivre du péché, elle purifie l'âme et donne la grâce du Saint-Esprit. Quant au baptême de Jean, il était de beaucoup supérieur à celui des Juifs, mais inférieur au nôtre; c'était comme le trait d'union qui les unissait et il conduisait de l'un à l'autre. Jean ne portait pas les hommes à observer les purifications corporelles, il les en détournait au contraire pour les exhorter à passer du vice à la vertu, et à placer leurs espérances de salut dans les bonnes œuvres, mais non dans les différents baptêmes et les ablutions. Il ne leur disait pas: lavez vos vêtements et votre corps et vous serez purs, mais bien Faites de dignes fruits de pénitence. (Mt. III, 6.) Et à ce point de vue le baptême de Jean était supérieur à celui des Juifs, mais inférieur au nôtre, car il ne donnait pas le Saint-Esprit, il ne conférait pas la rémission des péchés par la grâce. Il portait à la pénitence, mais il n'avait pas la puissance de remettre les péchés. C'est pourquoi Jean disait encore: Je vous baptise dans l'eau, mais lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu. (Mt. III, 11.) Donc, lui Jean ne baptisait pas dans l'Esprit. Mais pourquoi dans l'Esprit-Saint et le feu? C'est pour nous rappeler ce jour où l'on vit comme des langues de feu se reposer sur les apôtres. (Ac. II, 3) Que le baptême de Jean fut imparfait, ne conférant ni la grâce du Saint-Esprit ni la rémission des péchés, c'est ce qui résulte des paroles de saint Paul à certains disciples qu'il avait rencontrés : Avez-vous reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez embrassé la foi ? Ils lui répondirent: nous n'avons pas seulement entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. Il leur. dit: Quel baptême avez-vous donc reçu? Ils lui répondirent: le baptême de Jean. Alors Paul leur dit: Jean a baptisé du baptême de la pénitence (Ac. XIX, 2-6), et non de la rémission. Pourquoi donc baptisait-il? Il baptisait disant aux peuples qu'ils devaient croire en Celui qui venait après lui, c'est-à-dire en Jésus. Ce qu'ayant entendu ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et après que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux. Voyez-vous combien le baptême de Jean était imparfait? Car s'il n'eût pas été imparfait, Paul n'aurait pas baptisé de nouveau, il n'aurait pas imposé les mains et puisqu'il a fait ces deux choses, il a proclamé L’excellence du baptême des apôtres et l'infériorité de l'autre. Nous savons maintenant quelle différence existe entre les trois baptêmes dont nous avons parlé. Mais pourquoi le Sauveur a-t-il été baptisé? quel baptême a-t-il reçu? voilà ce qu'il reste à vous apprendre.

Il n'a reçu ni le premier baptême des Juifs ni le nôtre, car il n'avait pas besoin de la rémission des péchés: elle était même impossible puisqu'il n'y avait point de péché en lui, selon ce mot de saint Pierre : Lui qui n'avait commis aucun péché et de la bouche duquel aucune parole trompeuse n'est sortie. (I P. II, 22) Qui de vous me convaincra de péché? Lisons-nous encore dans saint Jean. (Chap. VIII, 46.) Sa chair ne pouvait pas recevoir davantage l'Esprit-Saint, puisqu'elle avait pour principe l'Esprit-Saint lui-même qui l'avait formée. Si donc cette chair n'était ni étrangère à l'Esprit-Saint ni sujette au péché, pourquoi la baptiser? Mais commençons par apprendre quel baptême a reçu Notre-Seigneur et le reste sera de toute évidence. Quel fut donc ce baptême? Ce ne fut ni celui des Juifs ni le nôtre, mais celui de Jean. Pourquoi? Afin que la nature même de ce baptême nous apprît que le Sauveur n'avait pas été baptisé à cause de ses péchés, ni parce qu'il manquait de la grâce de l'Esprit-Saint, puisque ce baptême ne possédait ni l'une ni l'autre de ces deux choses, comme il a été démontré. D'où il est clair qu'il ne vint vers Jean ni pour recevoir la rémission de ses péchés, ni pour recevoir l'Esprit-Saint. Et pour qu'aucun de ceux qui étaient présents ne s'imaginât qu'il venait faire pénitence comme les autres, voyez comme Jean a prévenu d'avance cette fausse interprétation. Lui qui criait à tous : Faites de dignes fruits de pénitence (Mt. III, 8), dit au Sauveur : C'est moi qui dois être baptisé par vous et vous venez à moi. (Mt. III. 14.) Ce qu'il affirmait pour faire savoir que Notre-Seigneur n'était pas venu par le même besoin que les autres, et que loin d'être baptisé pour le même motif, il était bien au-dessus de Jean-Baptiste lui-même et infiniment plus pur. Mais pourquoi était-il donc baptisé si ce n'était ni par pénitence, ni pour la rémission de ses péchés, ni pour recevoir la plénitude de l'Esprit-Saint? Pour deux autres motifs dont l'un nous est révélé par le disciple, et l'autre indiqué à Jean par le Sauveur lui-même. Quelle cause de ce baptême Jean nous a-t-il donnée? Il fallait que le peuple sût, selon le mot de saint Paul, que Jean a baptisé du baptême de la pénitence, afin que tous crussent en Celui qui devait venir après lui. (Ac. XXI, 4.) C'était le but de ce baptême. S'il eût fallu parcourir toutes les maisons et faire sortir les gens dehors pour leur montrer le Christ en disant : « Celui-ci est le Fils de Dieu, » un pareil témoignage aurait été suspect et fort difficile. Si Jean eût pris avec lui le Sauveur et fût entré dans la Synagogue pour le montrer, ce témoignage eût été également suspect. Mais qu'en présence du peuple de toutes les villes répandu autour Au Jourdain et se pressant sur ses bords, il soit venu Lui-même pour être baptisé, qu'il ait été recommandé par la voix de son Père entendu du ciel, et que le Saint-Esprit se soit reposé sur Lui, sous la forme d'une colombe, voilà qui ne permet plus de douter du témoignage de Jean. C'est pour cela que le saint précurseur ajoute: Moi-même, je ne le connaissais pas (Jn, I), montrant ainsi que son témoignage est digne de foi. Comme ils étaient parents selon la chair : Voici qu'Élisabeth, votre parente, a conçu elle-même un fils (Lc, I, 36), dit l'ange à Marie en parlant de la mère de Jean, car puisque les mères étaient parentes, il est clair que leurs enfants devaient l'être également: donc, comme ils étaient parents, dans la crainte que cette parenté ne semblât être la cause du témoignage que Jean rendait au Christ, la grâce de l'Esprit-Saint disposa les choses de telle façon que Jean passa sa première jeunesse dans le désert et ainsi son témoignage ne parut point dicté par l'amitié et dans un dessein prémédité, mais inspiré par un avertissement d'en-haut. Voilà pourquoi il dit: Moi-même, je ne le connaissais pas. — Où l'as-tu donc connu? Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit. Et qu'a-t-il dit? Celui sur lequel tu verras l'Esprit-Saint descendre comme une colombe et se reposer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit-Saint. (Jn, I, 33) Vous le voyez, le texte sacré parle du Saint-Esprit non comme devant descendre pour la première fois sur Jésus-Christ, mais comme devant le montrer, le désigner du doigt pour ainsi dire et le faire connaître à tous. Voilà donc pourquoi Notre-Seigneur vint se faire baptiser.

Il y a encore une autre raison qu'il indique lui-même. Quelle est-elle? Comme Jean avait dit: Je dois être baptisé par vous et vous venez vers moi, il lui répondit: Laissez faire, il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. (Mt. III, I, 1-15.) Avez-vous remarqué la modestie du serviteur? l'humilité du maître? Qu'est-ce accomplir toute justice? La justice s'entend de l'accomplissement de tous les préceptes de Dieu, comme dans ce passage : Ils étaient tous deux justes devant Dieu et ils marchaient dans la voie de tous les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur, d'une manière irrépréhensible. (Lc, I, 6) Tous les hommes devaient accomplir cette justice, mais nul n'y fut fidèle ni ne l'accomplit; c'est pourquoi le Christ paraît, et il accomplit cette justice.

Quelle justice y a-t-il à être baptisé, direz-vous? Obéir aux prophètes était justice. Et de même que Notre-Seigneur fut circoncis, qu'il offrit le sacrifice, qu'il observa le sabbat, et célébra les fêtes des Juifs, ainsi ajouta-t-il ici ce qui restait à accomplir en se soumettant au prophète qui baptisait. C'était si bien la volonté de Dieu que tous reçussent le baptême, que Jean nous dit : Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau (Jn, I, 3), et que le Christ lui-même s'exprime ainsi : Le peuple et les publicains sont entrés dans le dessein de Dieu en, recevant le baptême de Jean, mais les Pharisiens et les Scribes ont méprisé le conseil de Dieu sur eux, n'ayant point reçu le baptême de Jean. (Lc, VII, 29) Si donc c'est justice d'obéir à Dieu et si Dieu a envoyé Jean pour baptiser le peuple, Notre-Seigneur a accompli ce point de la loi avec tous les autres. Comparez, si vous le voulez, les commandements de la loi à deux cents deniers : il fallait que le genre humain payât cette dette. Nous ne l'avions pas payée et la mort nous saisissait sous le poids de ces prévarications. Le Sauveur étant venu et nous ayant trouvés liés, paya notre dette, acquitta ce que nous devions et délivra ceux qui n'avaient pas de quoi solder. C'est pourquoi il ne dit pas : Il convient que nous fassions ceci ou cela, mais bien que nous accomplissions toute justice. C'est comme s'il disait : Il convient que moi le Maître je paie pour ceux qui n'ont rien. Telle est l'occasion de son baptême, la nécessité de paraître accomplir toute justice et cette cause est à ajouter à celle qui a été donnée plus haut. C'est pourquoi l'Esprit-Saint descendit sous la forme de la colombe qui est le symbole de la réconciliation avec Dieu. — C'est ainsi qu'au temps de l'arche de Noé, la colombe portant dans son bec un rameau d'olivier revint annoncer la miséricorde divine et la fin du déluge. Maintenant encore, c'est sous la forme d'une colombe, remarquez que je dis forme et non pas corps, que l'Esprit de Dieu vient annoncer le pardon au monde, et présager en même temps que l'homme spirituel devra être innocent et simple et éloigné du mal, selon cette parole du Christ : Si vous ne vous convertissez et ne devenez semblables aux petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. (Mt. XVIII, 3) La première arche est restée sur la terre après le cataclysme, mais la nouvelle arche divine, Notre-Seigneur, est retourné au ciel quand le courroux divin a été apaisé et maintenant son corps innocent et pur est à la droite du Père.

Mais puisque nous venons de parler du corps de Notre-Seigneur, nous devons vous en entretenir un instant, avant de terminer. Je sais qu'un grand nombre d'entre nous s'approchent avec empressement de la table sainte, par habitude, à cause de la solennité. Il faudrait, comme je vous l'ai dit souvent, que l'on considérât autre chose que le temps pour communier, c'est la pureté de la conscience, et non la solennité de tel ou tel jour qui donne le droit de participer à l'hostie sacrée. Car celui qui est coupable et souillé ne doit pas, même aux jours de fête, participer à cette chair sainte et adorable; mais celui qui est pur et qui a lavé ses fautes par une pénitence rigoureuse est digne aux jours de fête, comme en tout autre temps, de participer aux divins mystères et de jouir des dons de Dieu. Cependant, comme quelques-uns, je ne sais pourquoi, ne font nulle attention à cela et que beaucoup, malgré la multitude des crimes dont ils sont souillés, lorsqu'ils voient arriver une fête, sont comme entraînés à participer aux saints mystères que leur état de péché ne leur permettrait pas même de contempler des yeux, nous écarterons impitoyablement ceux que nous saurons indignes, laissant au jugement de Dieu, qui connaît les secrets des cœurs, ceux qui ne nous seront pas connus.

Mais il est une faute que tous commettent ouvertement et dont nous essayerons de vous corriger. Et quelle est cette faute ? C'est que nous ne nous approchons pas avec tremblement, mais avec un grand bruit de pieds, remplis de mauvaise humeur, criant, nous injuriant, nous frappant, nous heurtant les uns les autres, dans le plus grand tumulte. Je vous ai dit cela souvent, et je ne cesserai de vous le répéter. Voyez ce qui se passe dans les jeux olympiques. Quand le président s'avance dans l'assemblée, couvert de son costume, une couronne sur la tête et une verge à la main, quelle docilité, quel ordre aussitôt que le héraut crie que tous soient silencieux et tranquilles. N'est-il pas étrange que le bon ordre règne dans les pompes du démon, tandis qu'il n'y a que tumulte là où le Christ appelle à lui? Silence sur les places publiques et clameurs dans les églises ! La tranquillité sur la mer, au port la tempête ! Pourquoi ce bruit, encore une fois? Qui vous presse ! Est-ce la nécessité des affaires qui vous appelle ! Et ne regardez-vous donc pas comme affaire importante ce que vous faites à cette heure? Ne pensez-vous donc qu'à la terre qui vous porte ? Croyez-vous être encore dans la société des hommes? N'est-ce pas l'indice d'un cœur de pierre que de se croire encore sur la terre en ce moment et ne pas être transporté au milieu des anges avec lesquels vous avez fait monter en haut l'hymne mystique, avec lesquels vous avez chanté à Dieu le cantique du triomphe. Notre-Seigneur nous a appelés aigles lorsqu'il a dit : En quelque lieu que soit le corps, les aigles s'y rassembleront. (Lc, XVII, 37) Afin de nous faire comprendre que nous devons monter vers le ciel et nous élever en haut, portés sur les ailes de l'Esprit, mais semblables à des reptiles nous nous traînons à terre, nous mangeons la terre. Faut-il vous dire d'où vient ce bruit et ce tumulte? De ce que nous ne vous tenons pas les portes fermées durant tout le temps de l'office divin, de ce que nous vous permettons de vous retirer et de rentrer dans vos maisons, avant la dernière action de grâces, et cependant c'est une irrévérence d'en user ainsi. Car enfin, voyons un peu ce que vous faites. A la face du Christ, en présence des saints anges, devant la table sainte, tandis que vos frères participent aux divins mystères, vous vous en allez, vous quittez tout. Mais quand vous êtes invités à un festin, quoique rassasiés les premiers, tant que vos amis sont à table vous n'osez vous séparer d'eux. Et quand il s'agit des saints mystères de Notre-Seigneur, alors que ce sacrifice saint s'accomplit encore, vous oubliez tout respect et vous vous retirez ! Qui pourrait dire que cette conduite soit pardonnable? Qui pourrait l'excuser? Faut-il vous apprendre ce que font ceux qui se retirent avant que tout soit entièrement terminé et avant d'offrir les hymnes d'actions de grâces après la Cène? Ce que je vais dire paraîtra dur sans doute, mais il le faut bien à cause de la négligence du plus grand nombre. Quand, à la dernière cène et dans cette dernière nuit, Judas eut communié, il se précipita dehors et se retira, tandis que les autres apôtres étaient encore à table. Ce sont ses imitateurs qui s'en vont avant la dernière action de grâces. S'il ne fût pas sorti, il n'aurait pas trahi ; s'il n'eût pas quitté ses frères, il n'aurait pas péri ; s'il ne se fût pas précipité hors du bercail sacré, le loup ne l'aurait pas trouvé seul pour le dévorer; s'il ne s'était pas éloigné lui-même du pasteur, il ne serait pas devenu la proie de la bête féroce. Aussi s'en alla-t-il avec les Juifs tandis que les autres disciples sortirent avec le Seigneur après le cantique d'action de grâces. Voyez-vous comment cette dernière prière que nous faisons après le sacrifice rappelle l'hymne que chantèrent les apôtres? Maintenant donc, mes bien-aimés, pensons à ces choses, réfléchissons-y et redoutons la damnation qui suivit cette faute de Judas. Dieu vous donne sa propre chair et vous ne lui donnez pas même des paroles en échange ? Vous ne lui rendez pas grâces pour ce que vous avez reçu? Quand vous avez pris votre nourriture corporelle, après le repas, vous priez; mais quand vous avez participé à la nourriture spirituelle, infiniment au-dessus de toute créature visible et invisible, malgré votre bassesse et votre néant, vous ne prenez pas même le temps de témoigner la moindre reconnaissance soit par des paroles, soit par des actes. N'est-ce pas vous exposer aux derniers supplices? Ce que je vous dis, non-seulement pour vous porter à remercier Dieu, et à éviter le tumulte et les cris, mais afin que dans l'occasion le souvenir de nos exhortations vous rende plus modestes. Il s'agit ici de mystères réels, et qui dit mystère dit aussi le silence le plus absolu. Donc, que ce soit désormais dans le plus grand silence, avec une modestie parfaite, un respect convenable que nous participions à ce sacrifice saint, afin de mériter une plus grande miséricorde de Dieu, de purifier notre âme et d'obtenir les biens éternels.

Qu'il en soit ainsi par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur, à qui soient gloire , empire et adoration, avec le Père et le Saint-Esprit maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 


 

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Vigile de l’Epiphanie mémoire de Saint Telesphore Pape et Martyr

5 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de l’Epiphanie mémoire de Saint Telesphore Pape et Martyr

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, imprimez à nos actes une direction conforme à votre bon plaisir, afin qu’au nom de votre Fils bien-aimé, nous méritions de produire en abondance les fruits des bonnes œuvres.

Office

Au premier nocturne.

De l’Épître aux Romains. Cap. 8, 1-11

Première leçon. Il n’y a donc pas maintenant de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui ne marchent pas selon la chair. Parce que la loi de l’esprit de vie, qui est dans le Christ Jésus, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort. Car ce qui était impossible à la loi, parce qu’elle était affaiblie par ta chair, Dieu, envoyant son Fils., dans une chair semblable à celle du péché, a condamné le péché dans la chair, à cause du péché même, afin que la justification de la loi s’accomplît en nous qui ne marchons point selon la chair, mais selon l’esprit.
Deuxième leçon. En effet, ceux qui sont selon la chair goûtent les choses de la chair ; mais ceux qui sont selon l’esprit ont le sentiment des choses de l’esprit. Or la prudence de la chair est mort ; mais la prudence de l’esprit est vie et paix ; parce que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est point soumise à la loi de Dieu, et elle ne le peut. Ceux donc qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. Pour vous, vous n’êtes point dans la chair, mais dans l’esprit, si toutefois l’esprit de Dieu habite en vous.
Troisième leçon. Or, si quelqu’un n’a point l’esprit du Christ, celui-là n’est point à lui. Mais si le Christ est en vous, quoique le corps soit mort à cause du péché, l’esprit vit par l’effet de la justification. Que si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Quatrième leçon. Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est éternellement, mes très chers frères, le Créateur de tous les hommes, est devenu aujourd’hui notre Sauveur, en naissant d’une mère. Il est né pour nous aujourd’hui dans le temps, par amour, afin de nous conduire à l’éternité du Père. Dieu s’est fait homme, afin de faire l’homme Dieu ; le Seigneur des Anges s’est fait homme aujourd’hui, afin que l’homme puisse manger le pain des Anges.
Cinquième leçon. Aujourd’hui a été accomplie cette prophétie, qui dit : « Cieux, versez d’en haut votre rosée, et que les nuées pleuvent un juste ; que la terre s’ouvre et qu’elle germe un Sauveur. » Le Créateur est donc devenu créature, afin de retrouver ce qui était perdu. Car l’homme le reconnaît ainsi dans les Psaumes : « Avant que je fusse humilié, j’ai péché. » L’homme a péché, et est devenu coupable ; Dieu est né homme, afin de délivrer le coupable. L’homme donc est tombé ; mais Dieu est descendu. L’homme est tombé misérablement, Dieu est descendu miséricordieusement. L’homme est tombé par son orgueil, Dieu est descendu avec sa grâce.
Sixième leçon. O miracle, ô prodige, mes frères ! Les lois de la nature sont changées pour l’homme ! Un Dieu naît, une vierge devient mère, la parole de Dieu la rend féconde ; elle est mère et vierge tout ensemble ; mère, elle conserve sa virginité ; vierge, elle enfante un fils ; elle reste pure, mais elle n est pas stérile. Elle met au monde celui qui seul est né sans péché, et qu’elle a conçu, non par la concupiscence de la chair, mais par l’obéissance de l’esprit.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Ce passage nous fait entendre que non seulement Hérode, mais aussi les prêtres et les Scribes méditaient en ce même temps la perte du Seigneur. « Joseph se levant, prit l’enfant et sa mère. » L’Évangéliste ne dit point : Il prit son fils et son épouse, mais « l’enfant et sa mère », parce qu’il est le nourricier et non le mari.
Huitième leçon. « Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode, son père, il appréhenda d’y aller. » Beaucoup tombent ici dans l’erreur, par ignorance de l’histoire. ils croient qu’Hérode dont on annonce la mort, est celui par qui fut raillé le Sauveur, au temps de sa passion. Or, cet Hérode qui, dans la suite, se lia d’amitié avec Pilate, est le fils de celui-ci, et le frère d’Archélaüs.
Neuvième leçon. « Il sera appelé Nazaréen. » Si l’Évangéliste avait en vue un passage précis des Écritures, il n’eût point dit : « selon qu’il a été dit par les Prophètes », mais, par le Prophète. En parlant ainsi au pluriel, il indique qu’il prend non les paroles, mais le sens des Écritures. Nazaréen signifie saint : que le Seigneur doive être saint, c’est ce que rappelle toute l’Écriture.

La fête de Noël est terminée ; les quatre Octaves ont achevé leur cours ; et nous voici en présence de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur. Une seule journée nous reste pour nous préparer à la Manifestation pleine de mystère que nous doit faire de sa gloire celui qui est l’Ange du grand Conseil. Encore quelques heures, et l’étoile se sera arrêtée, et les Mages frapperont à la porte de la maison de Bethlehem.

Cette Vigile n’est pas, comme celle de Noël, un jour de pénitence. L’Enfant que nous attendions alors, dans la componction et dans l’ardeur de nos désirs, est venu ; il reste avec nous et nous prépare de nouvelles faveurs. Ce jour d’attente d’une nouvelle solennité est un jour de joie comme ceux qui l’ont précédé. Cette Vigile ne sera donc point marquée par le jeûne ; et la sainte Église n’y revêtira point ses habits de deuil. Aujourd’hui, elle se pare de la couleur blanche, comme elle le fera demain. Ce jour est le douzième de la Naissance de l’Emmanuel.

Si la Vigile de l’Épiphanie tombe le Dimanche, elle partage avec celle de Noël l’honneur de n’être pas anticipée comme les autres Vigiles. Elle jouit de tous les privilèges des Dimanches ; et la Messe est celle du Dimanche dans l’Octave de Noël. Célébrons donc cette Vigile dans l’allégresse de nos cœurs, et préparons nos âmes aux nouvelles faveurs qui leur sont réservées.

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Très saint Nom de Jésus

3 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

Très saint Nom de Jésus

Introït

Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue proclame que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. Seigneur, notre Maître, que votre nom est admirable dans toute la terre.

Collecte

O Dieu qui avez établi votre Fils unique Sauveur du genre humain, et avez ordonné qu’on l’appelât Jésus, faites, dans votre miséricorde, que nous jouissions dans les cieux de la vue de celui dont nous vénérons le saint nom sur la terre.

Lecture Ac. 4, 8-12

En ce jours là : Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : "Chefs du peuple et Anciens, puisqu’on nous interroge aujourd’hui sur un bienfait accordé à un infirme, pour savoir comment cet homme a été guéri, sachez-le bien, vous tous, et tout le peuple, d’Israël : C’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité des morts, c’est par lui que cet homme est présent devant vous en pleine santé. C’est lui, la pierre rejetée par vous les constructeurs, qui est devenue tête d’angle. Et le salut n’est en aucun autre, car il n’est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés."

Évangile Lc. 2, 21

En ce temps là, le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, que l’ange avait indiqué avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Secrète

Nous vous en supplions, Dieu très clément, que votre bénédiction, où toute créature puise la ie, sanctifie ce sacrifice qui est nôtre et que nous vous offrons pour glorifier le nom de votre Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ ; afin qu’il plaise à votre majesté comme une digne louange et qu’il nous soit profitable pour le salut.

Postcommunion

Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez créés et rachetés, soyez propice à nos vœux ; et daignez agréer avec un visage doux et bienveillant le sacrifice de l’hostie salutaire que nous avons offert à votre majesté en l’honneur du nom de votre Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ ; afin que votre grâce étant répandue dans nos âmes, nous nous réjouissions de ce que nos noms auront été écrits dans les cieux, au titre de l’éternelle prédestination, sous le glorieux nom de Jésus.

Office

Au premier nocturne.

Des Actes des Apôtres. Cap. 3, 1-16 ; 4, 5-12.

Première leçon. Or Pierre et Jean montaient au temple pour la prière de la neuvième heure. Et voilà qu’un homme qui était boiteux dès le sein de sa mère, était porté chaque jour et posé à la porte du temple, appelée la Belle, afin qu’il demandât l’aumône à ceux qui entraient dans le temple. Celui-ci, ayant vu Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, les priait pour avoir l’aumône. Fixant avec, Jean les yeux sur lui, Pierre lui dit : Regarde-nous. Et il les regardait, espérant recevoir quelque chose d’eux. Mais Pierre dit : De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne. Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche. Et lui ayant pris la main droite, il se leva ; et aussitôt ses jambes et les plantes de ses pieds s’affermirent. Et, s’élançant, il se dressa debout et il marchait ; et il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu.
Deuxième leçon. Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu. Ainsi, reconnaissant que c’était celui-là même qui était assis à la Belle porte du temple pour demander l’aumône, ils turent étonnés et hors d’eux-mêmes de ce qui lui était arrivé. Et comme il tenait Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon. Ce que voyant, Pierre dit au peuple : Hommes d’Israël, pourquoi vous étonnez-vous de ceci, ou pourquoi nous regardez-vous, comme si c’était par notre vertu ou par notre puissance que nous avons fait marcher cet homme ? Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus, que vous avez, vous, livré et renié devant Pilate, quand il jugeait lui-même de le renvoyer. Car c’est vous qui avez renié le Saint et le Juste, et qui avez demandé qu’on remit un meurtrier ; vous avez même tué l’auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts, ce dont nous sommes témoins. Or c’est par la foi en son nom, que son nom a affermi cet homme que vous voyez et connaissez, et c’est la foi qui vient par lui qui a opéré, en votre présence, cette entière guérison.
Troisième leçon. Or il arriva, le lendemain, que leurs chefs, les anciens et les Scribes, s’assemblèrent à Jérusalem. Et aussi Anne, prince des prêtres, Caïphe, Jean, et tous ceux qui étaient de la race sacerdotale. Et les faisant placer au milieu, ils demandaient : Par quelle puissance et en quel nom avez-vous fait cela, vous ? Alors, rempli de l’Esprit-Saint, Pierre leur dit : Princes du peuple, et vous, anciens, écoutez : Puisqu’aujourd’hui nous sommes jugés à cause d’un bienfait en faveur d’un homme infirme, et à cause de celui en qui il a été guéri ; qu’il soit connu de vous tous et de tout le peuple d’Israël que c’est au nom de notre Seigneur Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts ; c’est par lui que cet homme est ici devant vous, debout et sain. Ce Jésus est la pierre qui a été rejetée par vous qui bâtissiez, et qui est devenue un sommet d’angle. Et il n’y a de salut en aucun autre ; car nul autre nom n’a été donné sous le ciel aux hommes par lequel nous devions être sauvés.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Bernard, Abbé.

Quatrième leçon. Ce n’est pas sans raison que l’Esprit-Saint compare à l’huile le nom de l’époux, et qu’il inspire à l’épouse de crier à l’époux : « Votre nom est une huile répandue. » En effet, l’huile éclaire, nourrit, et sert à oindre. Elle entretient le feu, elle nourrit le corps, elle adoucit la douleur : c’est une lumière, un aliment, un remède. Voyez maintenant s’il n’en est pas de même du nom de l’époux ? Prêché, il éclaire ; médité, il nourrit ; invoqué, il adoucit et fortifie. Examinons chacune de ces qualités. D’où pensez-vous qu’ait jailli dans le monde cette si grande et si soudaine lumière de la foi, sinon de la prédication du nom de Jésus ? N’est-ce pas par la lumière de ce nom béni que Dieu nous a appelés en son admirable lumière ? N’est-ce pas à ceux qui sont illuminés par l’éclat de ce nom, et qui voient en cette lumière une autre lumière, que saint Paul dit à bon droit : « Autrefois vous étiez ténèbres ; mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur ? »
Cinquième leçon. C’est ce nom que le même Apôtre a reçu ordre de porter devant les rois, les Gentils et les enfants d’Israël. Et il portait ce nom comme un flambeau, il en éclairait sa patrie, et il criait partout : « La nuit est déjà fort avancée, et le jour approche. Rejetons donc les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière ; comme durant le jour, marchons honnêtement. » Et il montrait à tous la lumière sur le chandelier. annonçant en tous lieux Jésus, et Jésus crucifié. Combien cette lumière a resplendi et frappé de son éclat les yeux de tous les spectateurs, lorsque, sortant comme un éclair de la bouche de Pierre, elle affermit les jambes et les pieds d’un boiteux et rendit la vue à beaucoup d’aveugles spirituels ? N’a-t-elle pas jeté des flammes lorsque Pierre dit : « Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi, et marche. »
Sixième leçon. Or, le nom de Jésus n’est pas seulement lumière, mais il est aussi nourriture. Ne vous sentez-vous pas fortifiés toutes les fois que vous vous en souvenez ? Qu’y a-t-il qui nourrisse autant l’esprit de celui qui y pense ? Qu’est-ce qui, de la même sorte, repose les cœurs agités, donne de l’énergie aux vertus, développe les habitudes bonnes et justes, entretient les chastes affections ? Toute nourriture de l’âme est sèche, si elle n’est arrosée de cette huile ; elle est insipide, si elle n’est assaisonnée de ce sel. Quand vous écrivez, votre récit n’a pour moi nulle saveur, si je n’y lis le nom de Jésus. Une conférence ou un entretien ne me plaît pas, si je n’y entends résonner le nom de Jésus. Jésus, c’est un miel à la bouche, une mélodie à l’oreille, une jubilation pour le cœur. Mais ce nom est encore un remède. L’un de nous est-il triste ? Que Jésus vienne en son cœur, que de là il passe à sa bouche, et aussitôt que ce divin nom a paru comme un astre qui se lève et répand sa lumière, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient. Quelqu’un tombe-t-il dans le crime ? Court-il même, en se désespérant, dans les filets de la mort ? S’il invoque ce nom de vie, ne recommencera-t-il pas sur-le-champ à respirer et à vivre ?
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bernard, Abbé.

Septième leçon. Grand et admirable mystère ! L’enfant est circoncis, et on l’appelle Jésus. Que signifie ce rapprochement ? La circoncision semble faite, en effet, plutôt pour celui qui doit être sauvé que pour celui qui sauve ; n’est-ce pas le Sauveur qui devrait circoncire plutôt qu’être circoncis ? Mais reconnaissez ici le médiateur entre Dieu et les hommes, qui, dès les premiers jours de son enfance, rapproche les choses humaines des choses divines, ce qu’il y a de plus bas de ce qu’il y a de plus élevé. Il naît d’une femme, mais d’une femme en qui le fruit de la fécondité ne fait point tomber la fleur de la virginité. Il est enveloppé de langes, mais ces langes mêmes sont honorés par les cantiques des Anges, il est caché dans une crèche, mais il est annoncé par une étoile qui brille dans les cieux. En même temps que la circoncision prouve la vérité de l’humanité qu’il a prise, son nom, qui est au-dessus de tout nom, indique la gloire de sa majesté, il est circoncis comme un véritable fils d’Abraham, il est appelé Jésus comme le vrai Fils de Dieu.
Huitième leçon. Mon Jésus ne reçoit pas un nom vide et sans effet, à l’instar de ceux qui l’ont reçu auparavant : porté par lui, ce grand nom n’est plus une ombre, il exprime la vérité, L’Évangéliste assure qu’il fut apporté du ciel, ce nom que l’Ange lui avait donné avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère. Faites attention à la profondeur de ces paroles : « Après que Jésus fut né. » Il est appelé Jésus par les hommes, lui à qui l’Ange a donné ce nom avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère. Il est en effet tout à la fois et le Sauveur de l’Ange, et le Sauveur de l’homme : Sauveur de l’homme, depuis l’incarnation ; Sauveur de l’Ange depuis l’instant de sa création. « II fut, dit l’Évangéliste, nommé Jésus, nom que l’Ange lui avait donné. » « Toute parole est avérée sur la déposition de deux ou trois témoins. » Et cette parole même, abrégée dans les Prophètes, se lit ouvertement dans l’Évangile qui nous montre le Verbe fait chair.
Neuvième leçon. C’est avec raison que l’enfant qui nous est né est appelé Sauveur, à sa circoncision : c’est alors effectivement qu’il commence l’œuvre de notre salut en versant pour nous son sang immaculé. Les Chrétiens n’ont donc plus à chercher pourquoi le Seigneur Jésus-Christ a voulu être circoncis ; il l’a été pour la même raison qui l’a fait naître et souffrir. Rien de tout cela n’était pour lui, mais tout était pour les élus. Il n’est pas né dans le péché, il n’a pas été circoncis pour être guéri du péché, il n’est pas mort pour son péché, mais à cause de nos fautes. « C’est le nom, dit l’Évangile, dont l’Ange l’avait appelé avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère. » Il est appelé de ce nom ; ce nom ne lui est pas imposé, il lui appartient de toute éternité. C’est de sa nature propre qu’il tient d’être Sauveur : ce nom est à lui dès avant sa naissance : il ne le reçoit d’aucune créature angélique ou humaine.

Le deuxième Dimanche après l’Épiphanie, qui rappelle le festin des noces de Cana, fut d’abord choisi pour célébrer cette fête. C’est au jour nuptial que le nom de l’Époux devient propre à l’Épouse : ce nom désormais témoignera qu’elle est à lui L’Église, voulant honorer d’un culte spécial un nom pour elle si précieux, en unissait donc le souvenir à celui des Noces divines. Aujourd’hui, elle rapproche de l’anniversaire même du jour où il fut donné, huit jours après sa naissance, la célébration de ce Nom auguste, et laisse à la commémoration des Noces sacrées le Dimanche dont de tout temps cette commémoration fut la gloire.

L’ancienne alliance avait environné le Nom de Dieu d’une terreur profonde : ce nom était pour elle aussi formidable que saint, et l’honneur de le proférer n’appartenait pas à tous les enfants d’Israël. Dieu n’avait pas encore été vu sur la terre, conversant avec les hommes ; il ne s’était pas encore fait homme lui-même pour s’unir à notre faible nature : nous ne pouvions donc lui donner ce Nom d’amour et de tendresse que l’Épouse donne à l’Époux.

Mais quand la plénitude des temps est arrivée, quand le mystère d’amour est sur le point d’apparaître, le Nom de Jésus descend d’abord du ciel, comme un avant-goût de la présence du Seigneur qui doit le porter. L’Archange dit à Marie : « Vous lui donnerez le Nom de Jésus » ; or, Jésus veut dire Sauveur. Que ce Nom sera doux à prononcer à l’homme qui était perdu ! Combien ce seul Nom rapproche déjà le ciel de la terre ! En est-il un plus aimable, un plus puissant ? Si, à ce Nom divin, tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, est-il un cœur qui ne s’émeuve d’amour à l’entendre prononcer ? Mais laissons raconter à saint Bernard la puissance et la douceur de ce Nom béni. Voici comme il s’exprime, à ce sujet, dans son XVe Sermon sur les Cantiques :

« Le Nom de l’Époux est une lumière, une nourriture, un remède. Il éclaire, quand on le publie ; il nourrit, quand on y pense à part soi ; et quand on l’invoque dedans la tribulation, il procure l’adoucissement et l’onction. Parcourons, s’il vous plaît, chacune de ces qualités. D’où pensez-vous qu’ait pu se répandre, par tout l’univers, cette si grande et si soudaine lumière de la Foi, si ce n’est de la prédication du Nom de Jésus ? N’est-ce pas par la lumière de ce Nom béni, que Dieu nous a appelés en son admirable lumière ? De laquelle étant illuminés, et voyant en cette lumière une autre lumière, nous oyons saint Paul nous dire à bon droit : Vous avez été jadis ténèbres ; mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.
« Or, le Nom de Jésus n’est pas seulement lumière ; ains encore, il est nourriture. N’êtes-vous donc pas confortés, toutes fois et quantes que vous rappelez à votre cœur ce doux Nom ? Qu’est-il au monde qui nourrisse autant l’esprit de celui qui pense à lui ? Qu’est-ce qui, de la même sorte, répare les sens affaiblis, donne de l’énergie aux vertus, fait florir les bonnes mœurs, et entretient les honnêtes et chastes affections ? Toute nourriture de l’âme est sèche, si elle n’est détrempée de cette huile ; elle est insipide, si elle n’est assaisonnée de ce sel.
« Quand vous m’écrivez, votre récit n’a pour moi nulle saveur, si je n’y lis le Nom de Jésus. Lorsque vous disputez ou conférez avec moi, le conteste n’a pour moi aucun intérêt, si je n’y entends résonner le Nom de Jésus. Jésus est un miel à ma bouche, une mélodie à mon oreille, une jubilation à mon cœur ; oui même, outre ce, une médecine bienfaisante. L’un de vous est-il triste ? Que Jésus vienne en son cœur ; que de là il passe en sa bouche, et incontinent, à la venue de ce divin Nom qui est une vraie lumière, tout nuage s’enfuit, la sérénité revient. Quelqu’un tombe-t-il dans le crime ; voire même, court-il, en se désespérant, au lacs de la mort ? S’il invoque le Nom de Jésus, ne recommencera-t-il pas de suite à respirer et à vivre ? Qui jamais oncques demeura dedans l’endurcissement du cœur, comme font tant d’autres, ou bien dedans la torpeur de la fétardie, la rancune, ou la langueur de l’ennui ? Quel est celui qui, par aventure, ayant à sec la source des larmes, ne l’ait sentie soudainement couler plus abondante et plus suave, sitôt que Jésus a été invoqué ? Quel est l’homme qui, palpitant et s’alarmant, au fort des périls, puis venant à invoquer ce Nom de vaillance, n’a pas senti tout aussitôt naître en soi la confiance et fuir la crainte ? Quel est celui, je vous le demande, qui, ballotté et flottant à la merci des doutes, n’a pas, sur-le-champ, je le dis sans balancer, vu reluire la certitude, à l’invocation d’un Nom si éclatant ? Qui est-ce qui, durant l’adversité, écoutant la méfiance, n’a pas repris courage, au seul son de ce Nom de bon secours ? Par effet, ce sont là les maladies et langueurs de l’âme, et il en est le remède.
« Certes, et je puis vous le prouver par ces paroles : Invoque-moi, dit le Seigneur, au jour de la tribulation, et je t’en tirerai, et tu m’honoreras. Rien au monde n’arrête si bien l’impétuosité de la colère, et n’accoise pareillement l’enflure de la superbe. Rien aussi parfaitement ne guarit les plaies de la tristesse, comprime les débordements de la paillardise, éteint la flamme de la convoitise, étanche la soif de l’avarice, et bannit toutes les démangeaisons des passions déshonnêtes. De vrai, quand je nomme Jésus, je me propose un homme débonnaire et humble de cœur, bénin, sobre, chaste, miséricordieux, et, en un mot, brillant de toute pureté et sainteté. C’est Dieu lui-même tout-puissant qui me guérit par son exemple, et me renforce par son assistance. Toutes ces choses retentissent à mon cœur, lorsque j’entends sonner le Nom de Jésus. Ainsi, en tant qu’il est homme, j’en tire des exemples, pour les imiter ; et en tant qu’il est le Tout-Puissant, j’en tire un secours assuré. Je me sers desdits exemples comme d’herbes médicinales, et du secours comme d’un instrument pour les broyer, et j’en fais une mixtion telle que nul médecin n’en saurait faire de semblable.
« O mon âme ! tu as un antidote excellent, caché comme en un vase, dans ce Nom de Jésus ! Jésus, pour le certain, est un Nom salutaire et un remède qui jamais oncques ne se trouvera inefficace pour aucune maladie. Qu’il soit toujours en votre sein, toujours à votre main : si bien que tous vos sentiments et vos actes soient dirigés vers Jésus. »

Telle est donc la force et la suavité du très saint Nom de Jésus, qui fut imposé à l’Emmanuel le jour de sa Circoncision ; mais, comme le jour de l’Octave de Noël est déjà consacré à célébrer la divine Maternité, et que le mystère du Nom de l’Agneau demandait à lui seul une solennité propre, la fête d’aujourd’hui a été instituée. Son premier promoteur fut, au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, qui établit et propagea l’usage de représenter, entouré de rayons, le saint Nom de Jésus, réduit à ses trois premières lettres IHS, réunies en monogramme. Cette dévotion se répandit rapidement en Italie, et fut encouragée par l’illustre saint Jean de Capistran, de l’Ordre des Frères Mineurs, comme saint Bernardin de Sienne. Le Siège Apostolique approuva solennellement cet hommage au Nom du Sauveur des hommes ; et, dans les premières années du XVIe siècle, Clément VII, après de longues instances, accorda à tout l’Ordre de saint François le privilège de célébrer une fête spéciale en l’honneur du très saint Nom de Jésus.

Rome étendit successivement cette faveur à diverses Églises ; mais le moment devait venir où le Cycle universel en serait enrichi lui-même. Ce fut en 1721, sur la demande de Charles VI, Empereur d’Allemagne, que le Pape Innocent XIII décréta que la Fête du très saint Nom de Jésus serait célébrée dans l’Église entière, et il la fixa tout d’abord, comme nous l’avons dit, au deuxième dimanche après l’Épiphanie.

 

"Le nom de Jésus est la gloire des prédicateurs, parce qu’il fait annoncer et entendre sa parole dans une gloire lumineuse. Comment crois-tu que se soit répandue dans le monde entier une clarté de foi si grande, si rapide et si fervente, sinon parce qu’on a prêché Jésus? N’est-ce pas par la clarté et la saveur de ce nom que Dieu nous a appelés à son admirable lumière? À ceux qui ont été illuminés et qui voient la lumière dans cette lumière, l’Apôtre peut bien dire: Autrefois, vous n’étiez que ténèbres; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière; vivez comme des fils de la lumière.

Par conséquent, il faut faire connaître ce nom pour qu’il brille, et ne pas le passer sous silence. Cependant, il ne doit pas être proclamé dans la prédication par un cœur impur ou une bouche souillée, mais il doit être conservé puis proclamé par un « vase choisi ». C’est pourquoi le Seigneur dit au sujet de saint Paul : Cet homme est le vase que j’ai choisi pour qu’il porte mon Nom auprès des nations païennes, auprès des rois et des fils d’Israël. Le vase que j’ai choisi, dit-il, est celui où se montre un liquide très doux et de grand prix, pour qu’on ait envie de boire parce qu’il brille et resplendit dans des vases de choix : afin qu’il porte mon nom, dit le Seigneur.

Lorsqu’on allume un feu pour nettoyer les champs, les buissons et les épines, sèches et stériles, se mettent à brûler, lorsque les ténèbres sont chassées par les rayons du soleil levant, les voleurs, les vagabonds nocturnes, les cambrioleurs vont se cacher. C’est ainsi que la prédication de saint Paul, comme un fracas de tonnerre, comme un incendie violent, comme le soleil à son aurore, faisait disparaître l’incroyance, dissipait l’erreur, mettait en lumière la vérité, à la manière dont la cire se liquéfie sous un feu intense.

En effet, il mettait partout le nom de Jésus: dans ses paroles, ses lettres, ses miracles et ses exemples. Il louait le nom de Jésus continuellement, il le chantait dans son action de grâce.

De plus, l’Apôtre portait ce nom auprès des rois, des nations païennes et des fils d’Israël, comme une lumière dont il illuminait les nations du monde, et partout il s’écriait: La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on fait en plein jour. Il montrait à tous la lampe ardente, posée sur le lampadaire, annonçant en tout lieu Jésus, le crucifié.

Aussi l’Église, épouse du Christ, toujours appuyée sur son témoignage, exulte-t-elle en disant avec le Prophète: Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, et je redirai tes merveilles jusqu’à présent, c’est-à-dire toujours. Le prophète y exhorte aussi en disant: Chantez le Seigneur en bénissant son nom, de jour en jour proclamez son salut, c’est-à-dire Jésus le Sauveur."

De l’Homélie sur le nom de Jésus-Christ, de saint Bernardin de Sienne, Serm. 49, 2 (Opera omnia, 4, 505-506) 

 

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Octave de la Nativité Circoncision du Seigneur

1 Janvier 2021 , Rédigé par Ludovicus

Octave de la Nativité Circoncision du Seigneur

Collecte

O Dieu, qui, en rendant féconde la virginité de la bienheureuse Marie, avez procuré à l’humanité le salut éternel, accordez-nous, nous vous en supplions, de ressentir la puissante intercession de celle par laquelle nous avons reçu l’auteur de la vie Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils.

Épître Tt. 2, 11-15

Très cher ami : elle s’est manifestée la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes ; elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et l’apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de se faire, en nous purifiant, un peuple qui lui appartienne, et qui soit zélé pour les bonnes œuvres. Voilà ce que tu dois prêcher, recommander et revendiquer avec une pleine autorité dans le Christ Notre Seigneur.

Évangile Lc. 2, 21

En ce temps là, le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, que l’ange avait indiqué avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Office

Au premier nocturne.

De l’Épître aux Romains. Cap. 4, 1-17.

Première leçon. Quel avantage dirons- nous donc qu’Abraham, notre père, a eu selon la chair ? Car si Abraham a été justifié par les œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non devant Dieu. En effet, que dit l’Écriture ? Abraham crut à Dieu, et ce lui fut imputé à justice. Or à celui qui travaille, le salaire n’est point imputé comme une grâce, mais comme une dette. Au fait pas les œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi est imputée à justice, selon le décret de la grâce de Dieu. C’est ainsi que David appelle heureux l’homme à qui Dieu impute la justice sans les œuvres : Bienheureux ceux dont les iniquités ont été remises, et dont les péchés ont été couverts. Bienheureux l’homme à qui le Seigneur n’a pas imputé de péché.
Deuxième leçon. Or cette béatitude est-elle seulement pour les circoncis ? N’est-elle pas aussi pour les incirconcis ? Car nous venons de dire que la foi d’Abraham lui a été imputée à justice. Quand donc lui a-t-elle été imputée ? Est-ce après la circoncision, ou avant la circoncision ? Ce n’est point après la circoncision, mais avant la circoncision. Et il ne reçut la marque de la circoncision que comme sceau de la justice qu’il avait déjà acquise par la foi, étant encore incirconcis, et pour être Je père de tous les croyants incirconcis, afin que la foi leur fut aussi imputée à justice, et pour être père de la circoncision, non seulement des circoncis mais aussi de ceux qui suivent les traces de la foi qui était en notre père Abraham, encore incirconcis.
Troisième leçon. Car ce n’est pas en vertu de la loi qu’a été faite à Abraham ou à sa postérité la promesse d’avoir le monde pour héritage, mais c’est en vertu de la justice de la foi. Et si ceux qui ont reçu la loi sont héritiers, la loi devient vaine, et la promesse est abolie ; attendu que la loi opère la colère ; car où il n’y a point de loi, il n’y a point de prévarication. Ainsi c’est à la foi qu’est attachée la promesse, afin qu’elle soit gratuite et assurée à toute la postérité d’Abraham, non seulement à celle qui a reçu la loi mais encore à celle qui suit la foi d’Abraham, qui est le père de nous tous, (selon qu’il est écrit : Je t’ai établi père d’une multitude de nations) devant Dieu à qui il a cru, qui vivifie les morts, et appelle les choses qui ne sont pas, comme celles qui sont.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Le mystère de la fête de ce jour, mes bien-aimés, nul ne l’honore en vérité et ne le célèbre avec piété, s’il ne se garde de toute erreur quant à l’incarnation du Seigneur, et de toute pensée indigne de la Divinité. On commet la même faute, on s’expose au même péril, en niant que le Christ ait une nature semblable à la nôtre et en ne lui reconnaissant pas une gloire égale à celle de son Père. Lorsque nous cherchons à obtenir l’intelligence du mystère de la nativité du Christ, venant à nous du sein d’une mère vierge, écartons donc bien au loin les ténèbres des raisonnements terrestres, et que la fumée de la sagesse mondaine se retire de l’œil illuminé par la foi.
Cinquième leçon. Car c’est sur l’autorité divine qu’est appuyée notre foi, et c’est une doctrine divine que professons. Soit que nous prêtions l’oreille de notre âme au témoignage de la loi, ou aux oracles des Prophètes, ou à l’éclatante prédication de l’Évangile, elles restent vraies, ces paroles que Jean, rempli du Saint-Esprit, a fait retentir : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. C’est lui qui au commencement était en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui ; et sans lui rien n’a été fait de ce qui a été fait. » Et ce que le même prédicateur ajoute est également vrai : « Le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique du Père. »
Sixième leçon. Dans l’une et l’autre nature, le Fils de Dieu est donc le même ; prenant ce qui est de nous, sans rien perdre de ce qui lui est propre ; renouvelant l’homme dans l’homme, et restant en lui-même immuable. La divinité qui lui est commune avec le Père ne perd rien de sa toute-puissance, et la nature du serviteur ne déshonore pas en lui la nature de Dieu ; parce que l’Essence souveraine et éternelle, qui s’est inclinée pour le salut du genre humain, nous a élevés à la participation de sa gloire : mais elle n’a pas cessé d’être ce qu’elle était. C’est pourquoi, lorsque le Fils unique de Dieu confesse qu’il est inférieur à son père, auquel il se dit égal, il montre qu’il a véritablement en lui l’une et l’autre nature, car par l’inégalité dont il parle, il prouve qu’il a la nature humaine ; et par l’égalité qu’il affirme, il déclare posséder la nature divine.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Septième leçon. L’enfant est donc circoncis Quel est cet enfant, sinon celui dont il a été dit : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ? » Il s’est assujetti à la loi, pour gagner ceux qui étaient sous la loi. « (Ils le portèrent à Jérusalem) pour le présenter au Seigneur. » Je dirais ici ce que c’est qu’être présenté au Seigneur dans Jérusalem, si je ne l’avais déjà expliqué dans mes Commentaires sur Isaïe. Celui qui est circoncis spirituellement par le retranchement de ses vices, est jugé digne du regard du Seigneur ; parce que « les yeux du Seigneur sont fixés sur les justes. » Vous voyez que toute la suite de la loi ancienne a été l’image de l’avenir ; car la circoncision signifie l’expiation des péchés.
Huitième leçon. Mais parce que la fragilité de la chair et de l’esprit de l’homme l’emporte, par une pente naturelle de cupidité, vers le mal, et l’embarrasse ici-bas dans des vices inextricables, le huitième jour de la circoncision est la figure du temps de la résurrection, et de notre future délivrance de tout péché. C’est en effet le sens des paroles suivantes : « Tout mâle premier-né sera appelé, consacré au Seigneur. » Les termes de la loi expriment la promesse du fruit de la Vierge, fruit vraiment saint, car il est immaculé. Que ce soit là le fruit désigné par la loi, les paroles de l’Ange nous l’assurent : « La chose sainte, dit-il, qui naîtra de vous, sera appelée le Fils de Dieu. »
Neuvième leçon. Car parmi il tous ceux qui sont nés de la femme, seul, le Seigneur Jésus est absolument saint ; lui qui, par la nouveauté d’un enfantement immaculé, n’a pas ressenti la contagion de la corruption terrestre, et l’a éloignée de lui par sa majesté céleste. Si nous nous en tenions à la lettre, comment tout enfant mâle serait-il saint ; puisqu’il est manifeste qu’il y en a eu beaucoup de très criminels ? Achab aurait-il été saint ? Seraient-ils saints ces faux prophètes que le feu, vengeur de l’injure faite au ciel, consuma à la prière d’Élie ? Mais il est saint celui que les pieux préceptes de la loi divine nous représentaient dans les figures du mystère à venir ; et c’est par lui seul que l’Église, qui est sainte et vierge, a le secret d’engendrer, dans son immaculée fécondité, les peuples Je Dieu.

Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de BethlChem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos cœurs.

Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Église, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain (ou le dimanche entre le 2 et le 5 janvier). Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Église célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes.

Autrefois la sainte Église Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.

Pour payer son tribut d’hommages à celle qui nous adonné l’Emmanuel, l’Église Grecque n’attend pas le huitième jour de la Naissance de ce Verbe fait chair. Dans son impatience, elle consacre à Marie le propre lendemain de Noël, le 26 décembre, sous le titre de Synaxe de la Mère de Dieu, réunissant ces deux solennités en une seule, en sorte qu’elle n’honore saint Étienne que le 27 décembre.

Pour nous, fils aînés de la sainte Église Romaine, épanchons aujourd’hui tout l’amour de nos cœurs envers la Vierge-Mère, et conjouissons-nous à la félicité qu’elle éprouve d’avoir enfanté son Seigneur et le nôtre. Durant le saint Temps de l’Avent, nous l’avons considérée enceinte du salut du monde ; nous avons proclamé la souveraine dignité de cette Arche de la nouvelle alliance qui offrait dans ses chastes flancs comme un autre ciel à la Majesté du Roi des siècles. Maintenant, elle l’a mis au jour, ce Dieu enfant ; elle l’adore ; mais elle est sa Mère. Elle a le droit de l’appeler son Fils ; et lui, tout Dieu qu’il est, la nomme en toute vérité sa Mère.

Ne nous étonnons donc plus que l’Église exalte avec tant d’enthousiasme Marie et ses grandeurs. Comprenons au contraire que tous les éloges qu’elle peut lui donner, tous les hommages qu’elle peut lui offrir dans son culte, demeurent toujours beaucoup au-dessous de ce qui est dû à la Mère du Dieu incarné. Personne sur la terre n’arrivera jamais à décrire, pas même à comprendre tout ce que cette sublime prérogative renferme de gloire. En effet, la dignité de Marie provenant de ce qu’elle est Mère d’un Dieu, il serait nécessaire, pour la mesurer dans son étendue, de comprendre préalablement la Divinité elle-même. C’est à un Dieu que Marie a donné la nature humaine ; c’est un Dieu qu’elle a eu pour Fils ; c’est un Dieu qui s’est fait gloire de lui être soumis, selon l’humanité ; la valeur d’une si haute dignité dans une simple créature ne peut donc être estimée qu’en la rapprochant de la souveraine perfection du grand Dieu qui daigne ainsi se constituer sous sa dépendance. Anéantissons-nous donc en présence de la Majesté du Seigneur ; et humilions-nous devant la souveraine dignité de celle qu’il s’est choisie pour Mère.

Que si nous considérons maintenant les sentiments qu’une telle situation inspirait à Marie à l’égard de son divin Fils, nous demeurons encore confondus par la sublimité du mystère. Ce Fils, qu’elle allaite, qu’elle tient dans ses bras, qu’elle presse contre son cœur, elle l’aime, parce qu’il est le fruit de ses entrailles ; elle l’aime, parce qu’elle est mère, et que la mère aime son fils comme elle-même et plus qu’elle-même ; mais si elle vient à considérer la majesté infinie de Celui qui se confie ainsi à son amour et à ses caresses, elle tremble et se sent près de défaillir, jusqu’à ce que son cœur de Mère la rassure au souvenir des neuf mois que cet Enfant a passés dans son sein, et du sourire filial avec lequel il lui sourit au moment où elle l’enfanta. Ces deux grands sentiments de la religion et de la maternité se confondent dans ce cœur sur ce seul et divin objet. Se peut-il imaginer quelque chose de plus sublime que cet état de Mère de Dieu ; et n’avions-nous pas raison de dire que, pour le comprendre tel qu’il est en réalité, il nous faudrait comprendre Dieu lui-même, qui seul pouvait le concevoir dans son infinie sagesse, et seul le réaliser dans sa puissance sans bornes ?

Une Mère de Dieu ! Tel est le mystère pour la réalisation duquel le monde était dans l’attente depuis tant de siècles ; l’œuvre qui, aux yeux de Dieu, dépassait à l’infini, comme importance, la création d’un million de mondes. Une création n’est rien pour sa puissance ; il dit, et toutes choses sont faites. Au contraire, pour qu’une créature devienne Mère de Dieu, il a dû non seulement intervertir toutes les lois de la nature en rendant féconde la virginité, mais se placer divinement lui-même dans des relations de dépendance, dans des relations filiales, à l’égard de l’heureuse créature qu’il a choisie. Il a dû lui conférer des droits sur lui-même, accepter des devoirs envers elle ; en un mot, en faire sa Mère et être son Fils.

Il suit de là que les bienfaits de cette Incarnation que nous devons à l’amour du Verbe divin, nous pourrons et nous devrons, avec justice, les rapporter dans un sens véritable, quoique inférieur, à Marie elle-même. Si elle est Mère de Dieu, c’est qu’elle a consenti à l’être. Dieu a daigné non seulement attendre ce consentement, mais en faire dépendre la venue de son Fils dans la chair. Comme ce Verbe éternel prononça sur le chaos ce mot FIAT, et la création sortit du néant pour lui répondre ; ainsi, Dieu étant attentif, Marie prononça aussi ce mot FIAT, qu’il me soit fait selon votre parole, et le propre Fils de Dieu descendit dans son chaste sein. Nous devons donc notre Emmanuel, après Dieu, à Marie, sa glorieuse Mère.

Cette nécessité indispensable d’une Mère de Dieu, dans le plan sublime du salut du monde, devait déconcerter les artifices de l’hérésie qui avait résolu de ravir la gloire du Fils de Dieu. Selon Nestorius, Jésus n’eût été qu’un homme ; sa Mère n’était donc que la mère d’un homme : le mystère de l’Incarnation était anéanti. De là, l’antipathie de la société chrétienne contre un si odieux système. D’une seule voix, l’Orient et l’Occident proclamèrent le Verbe fait chair, en unité de personne, et Marie véritablement Mère de Dieu, Deipara, Theotocos, puisqu’elle a enfanté Jésus-Christ. Il était donc bien juste qu’en mémoire de cette grande victoire remportée au concile d’Ephèse, et pour témoigner de la tendre vénération des chrétiens envers la Mère de Dieu, des monuments solennels s’élevassent qui attesteraient aux siècles futurs cette suprême manifestation. Ce fut alors que commença dans les Églises grecque et latine le pieux usage de joindre, dans la solennité de Noël, la mémoire de la Mère au culte du Fils. Les jours assignés à cette commémoration furent différents ; mais la pensée de religion était la même.

A Rome, le saint Pape Sixte III fit décorer l’arc triomphal de l’Église de Sainte-Marie ad Praesepe, de l’admirable Basilique de Sainte-Marie-Majeure, par une immense mosaïque à la gloire de la Mère de Dieu. Ce précieux témoignage delà foi du cinquième siècle est arrivé jusqu’à nous ; et au milieu du vaste ensemble sur lequel figurent, dans leur mystérieuse naïveté, les événements racontés par les saintes Écritures et les plus vénérables symboles, on peut lire encore la noble inscription par laquelle le saint Pontife dédiait ce témoignage de sa vénération envers Marie, Mère de Dieu, au peuple fidèle : XISTUS EPISCOPUS PLEBI DEI.

Des chants spéciaux furent composés aussi à Rome pour célébrer le grand mystère du Verbe fait homme par Marie. De sublimes Répons, de magnifiques Antiennes, ornés d’un chant grave et mélodieux, vinrent servir d’expression à la piété de l’Église et des peuples, et ils ont porté cette expression à travers tous les siècles. Entre ces pièces liturgiques, il est des Antiennes que l’Église Grecque chante avec nous, dans sa langue, en ces mêmes jours, et qui attestent l’unité de la foi en même temps que la communauté des sentiments, en présence du grand mystère du Verbe incarné.

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VIIème jour dans l’Octave de la Nativité Saint Silvestre Ier Pape et Confesseur

31 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

VIIème jour dans l’Octave de la Nativité Saint Silvestre Ier Pape et Confesseur

Collecte

Faites, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, que la solennité vénérable du bienheureux Silvestre, votre Confesseur et Pontife, augmente en nous la dévotion, et nous aide pour notre salut.

Office

Au premier nocturne.

De l’Épître aux Romains. Cap. 3, 19-31

Première leçon. Or nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, de sorte que toute bouche soit fermée, et que tout le monde devienne soumis à Dieu ; parce que nulle chair ne sera justifiée devant lui par les œuvres de la loi. Car, par la loi, on n’a que la connaissance du péché. Tandis que maintenant, sans la loi, la justice de Dieu a été manifestée, étant confirmée par te témoignage de la loi et des prophètes. Or la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ est pour tous ceux et sur tous ceux qui croient en lui, car il n’y a point de distinction.
Deuxième leçon. Parce que tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu. Étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus, que Dieu a établi propitiation par la foi en son sang, pour montrer sa justice par la rémission des péchés précédents, que Dieu a supportés pour montrer sa justice en ce temps, afin qu’il soit juste lui-même, et qu’il justifie celui qui a la foi en Jésus-Christ.
Troisième leçon. Où donc est le sujet de ta gloire ? Il est exclu. Par quelle loi ? Des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi. Car nous reconnaissons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement ? Ne l’est-il pas aussi des Gentils ? Oui, certes, des Gentils aussi, puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu qui justifie les circoncis par la foi, et les incirconcis par la foi. Nous détruisons donc la loi par la foi ? Loin de là ; car nous établissons la loi.
 

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. Silvestre était romain, et son père se nommait Rufin. Dès sa jeunesse, il eut pour maître le Prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la science et les mœurs. Tant que sévit la persécution, il demeura caché sur le mont Soracte ; mais à l’âge de trente ans, il fut ordonné Prêtre de la sainte Église romaine, par le Pontife Marcellin. Comme il s’acquittait de cet office d’une manière digne de toute louange, surpassant tous les autres clercs, il fut, dans la suite, choisi pour succéder au Pape Melchiade, sous l’empereur Constantin, qui venait d’accorder, par une loi la paix à l’Église du Christ. Dès qu’il eut pris en main le gouvernement de l’Église, il encouragea fortement Constantin (illustre déjà par l’apparition d’une croix dans le ciel et par sa victoire sur le tyran Maxence), à protéger et à propager la religion chrétienne. Comme une vieille tradition de l’Église romaine le rapporte, il lui fit reconnaître les portraits des Apôtres, le lava dans les eaux du saint baptême et le purifia de la lèpre de l’infidélité.
Répons du Commun

Cinquième leçon. Aussi le pieux empereur, à l’instigation de Silvestre, auquel il avait accordé la faculté de construire des temples publics pour les fidèles du Christ, confirma cette faculté de son propre exemple. Il érigea, en effet, beaucoup de basiliques : celle de Latran, dédiée au Christ Sauveur, de saint Pierre au Vatican, de saint Paul sur la voie d’Ostie, de saint Laurent dans l’Agro Verano, de la sainte Croix dans le palais Sessorianus, des saints Pierre et Marcellin et de sainte Agnès sur les voies Lavicane et Nomentane, et d’autres encore. L’empereur les orna avec splendeur d’images saintes, et les enrichit avec magnificence par les dons et les domaines qu’il leur assigna. Sous le pontificat de Silvestre fut tenu le premier concile de Nicée, où ses légats présidèrent et où Constantin assista. La sainte foi catholique y fut expliquée par trois cent dix-huit Évêques ; Arius et ses sectateurs furent condamnés. A la demande des Pères, Silvestre confirma encore ce concile dans un synode tenu à Rome, où Arius fut de nouveau condamné. Silvestre rendit beaucoup de décrets utiles à l’Église de Dieu, et qui restent connus sous son nom : à savoir, que l’Évêque seul consacrerait le Chrême ; que, dans l’administration du baptême, le Prêtre oindrait avec du Chrême le sommet de la tête du baptisé ; que les Diacres porteraient la dalmatique à l’église, qu’ils auraient sur le bras gauche le manipule de lin ; enfin que le sacrifice de l’autel ne serait offert que sur un voile de lin.

Sixième leçon. On rapporte que saint Silvestre fixa aussi, pour tous ceux qui entreraient dans les ordres, un certain temps, durant lequel ils devraient exercer successivement leur ordre dans l’Église, avant d’être élevés au degré supérieur. Il statua encore qu’un laïque ne pourrait porter d’accusation contre un ecclésiastique, et qu’un clerc ne plaiderait pas sa cause devant un tribunal séculier. Il voulut qu’à l’exception du Samedi et du Dimanche, les jours de la semaine fussent désignés sous le nom de Féries, comme on avait déjà commencé à le faire auparavant dans l’Église, pour signifier que les clercs doivent ne s’occuper absolument que de Dieu seul, se dégageant de tout ce qui est étranger à son service. La grande sainteté de Silvestre, et sa bonté envers les pauvres, répondirent constamment à cette sagesse céleste avec laquelle il gouvernait l’Église. Il pourvut à ce que les ecclésiastiques dans le besoin vécussent en commun avec ceux qui étaient riches, et à ce que l’on procurât aux vierges consacrées les ressources nécessaires pour leur subsistance. Il vécut dans le pontificat vingt et un ans, dix mois et un jour. Il fut enterré dans le cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. En sept ordinations du mois de décembre, il ordonna quarante-deux Prêtres et vingt-cinq Diacres et consacra soixante-cinq Évêques pour divers lieux.

Jusqu’ici, nous avons contemplé les Martyrs au berceau de l’Emmanuel. Étienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, Martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale : tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. Cependant, si nombreuse que soit la troupe des Martyrs, tous les fidèles du Christ ne sont pas appelés à faire partie de ce bataillon d’élite ; le corps de l’armée céleste se compose aussi des Confesseurs qui ont vaincu le monde, mais dans une victoire non sanglante. Si la place d’honneur n’est pas pour eux, ils ne doivent pas cependant être déshérités de l’avantage de servir leur Roi. La palme, il est vrai, n’est pas dans leurs mains ; mais la couronne de justice ceint leurs têtes. Celui qui les a couronnés se glorifie aussi de les voir à ses côtés.

Il était donc juste que la sainte Église, pour réunir, dans cette triomphante Octave, toutes les gloires du ciel et de la terre, inscrivît en ces jours, sur le Cycle, le nom d’un saint Confesseur qui dût représenter tous les autres. Ce Confesseur est Silvestre, Époux de la sainte Église Romaine, et par elle de l’Église universelle, un Pontife au règne long et pacifique, un serviteur du Christ orné de toutes les vertus, et donné au monde le lendemain de ces combats furieux qui avaient duré trois siècles, dans lesquels avaient triomphé, par le martyre, des millions de chrétiens, sous la conduite de nombreux Papes Martyrs, prédécesseurs de Silvestre.

Silvestre annonce aussi la Paix que le Christ est venu apporter au monde, et que les Anges ont chantée en Bethléem. Il est l’ami de Constantin, il confirme le Concile de Nicée, il organise la discipline ecclésiastique pour l’ère de la Paix. Ses prédécesseurs ont représenté le Christ souffrant : il figure le Christ dans son triomphe. Il complète, dans cette Octave, le caractère du divin Enfant qui vient dans l’humilité des langes, exposé à la persécution d’Hérode, et cependant Prince de la Paix, et Père du siècle futur.

D’anciens livres liturgiques de l’Italie avaient un Office propre de saint Silvestre. Nous avons trouvé dans le Bréviaire de l’antique Église abbatiale, aujourd’hui collégiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, le bel Office auquel nous empruntons les traits suivants, pris dans les Antiennes et les Répons dont il est composé.

Les flots des persécutions étant tombés, sous le bienheureux Silvestre, la religion du Seigneur Christ se propage dans toute l’étendue de l’empire romain.
Silvestre a pieusement administré toutes choses ; il a propagé la foi, et assuré liberté et confiance à la prédication évangélique dans cette ville à qui obéissent les royaumes.
Il a supporté beaucoup de tribulations, qui ont accru le mérite de sa vie ; il a établi beaucoup de règlements dans lesquels éclate sa science.
Silvestre était un homme saint : sa vie sur la terre était céleste ; et comme sa sainteté était insigne, il administra l’Église de Dieu avec une prudence digne du ciel.
Élu Pontife de Dieu, pour fuir la cruauté du tyran Maxence, il chercha une retraite sur le Soracte ; et de là, il priait le Seigneur de donner enfin la paix à son Église.
Pendant qu’il est ainsi caché, l’empereur Constantin, sur l’avertissement des Apôtres Pierre et Paul, le fait appeler ; Silvestre soulage et guérit dans le bain salutaire du baptême ce prince affligé de la lèpre.
Il instruit pleinement le César Constantin dans la foi du Christ, et, le premier, consacre publiquement en Église, sous le nom du Sauveur, la basilique de cet Auguste.
Tout occupé de la gloire de Dieu et du salut des hommes, Silvestre instruit le peuple des préceptes de la doctrine du salut ; il le délivre, par une merveilleuse doctrine, des atteintes du serpent plein d’artifices.
Convoquant le Synode universel de Nicée, où figure un nombre mystique de Pontifes, il renverse les machinations des hérétiques par la vertu de l’Esprit-Saint.
C’est là le saint Pontife dans les jours duquel le Christ a donné la paix à l’Église ; et l’empire romain a incliné, sous les pieds d’un prêtre, le faite sublime de son antique gloire.
O bienheureux Pontife ! Pasteur admirable de l’Église universelle, vous que le Seigneur a glorifié en présence de toutes les nations, et a élevé au-dessus du César de Rome, maintenant triomphant dans la gloire céleste, priez pour nous le Seigneur.
O lumière et splendeur éclatante ! très saint et bienheureux Silvestre, aux jours duquel la nuée des persécutions, qui menaçait le peuple fidèle, s’est dissipée, et la tranquillité de la paix a apparu, aidez-nous par vos prières ; que par elles nous jouissions éternellement du bienfait du repos.

Pontife suprême de l’Église de Jésus-Christ, vous avez donc été choisi entre tous vos frères pour décorer de vos glorieux mérites la sainte Octave de la Naissance de l’Emmanuel. Vous y représentez dignement le chœur immense des Confesseurs, vous qui avez tenu, avec tant de vigueur et de fidélité, le gouvernail de l’Église après la tempête. Le diadème pontifical orne votre front ; et la splendeur du ciel se réfléchit sur les pierres précieuses dont il est semé. Les clefs du Royaume des cieux sont entre vos mains : et vous l’ouvrez pour y faire entrer les restes de la gentilité qui passent à la foi du Christ ; et vous le fermez aux Ariens, dans cet auguste Concile de Nicée, où vous présidez par vos Légats, et auquel vous donnez autorité, en le confirmant de votre suffrage apostolique. Bientôt des tempêtes furieuses se déchaîneront de nouveau contre l’Église ; les vagues de l’hérésie viendront battre la barque de Pierre ; vous serez déjà rendu au sein de Dieu ; mais vous veillerez, avec Pierre, sur la pureté de la Foi Romaine. Vous soutiendrez Jules, vous sauverez Libère ; et, par vos prières, l’Église Romaine sera le port où Athanase trouvera enfin quelques heures de paix.

Sous votre règne pacifique, Rome chrétienne reçoit le prix de son long martyre. Elle est reconnue Reine de l’humanité chrétienne, et son empire le seul empire universel. Le fils de votre zèle, Constantin, s’éloigne de cette ville de Romulus, aujourd’hui la cité de Pierre ; la seconde majesté ne veut pas être éclipsée par la première ; et, Byzance fondée, Rome demeure eux mains de son Pontife. Les temples des faux dieux croulent, et font place aux basiliques chrétiennes qui reçoivent la dépouille triomphale des saints Apôtres et des Martyrs. Enfin, la victoire de l’Église sur le Prince de ce monde est marquée, ô Silvestre, par la défaite de ce dragon qui infectait les hommes de son haleine empoisonnée, et que votre bras enchaîna pour jamais.

Étant honoré de dons si merveilleux, ô Vicaire du Christ, souvenez-vous de ce peuple chrétien qui a été le vôtre. Dans ces jours, il vous demande de l’initier au divin mystère du Christ Enfant. Par le sublime symbole qui contient la foi de Nicée, et que vous avez confirmé et promulgué dans toute l’Église, vous nous apprenez à le reconnaître Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, engendré et non fait, consubstantiel au Père. Vous nous conviez à venir adorer cet Enfant, comme Celui par qui toutes choses ont été faites. Confesseur du Christ, daignez nous présenter à lui, comme l’ont daigné faire les Martyrs qui vous ont précédé. Demandez-lui de bénir nos désirs de vertu, de nous conserver dans son amour, de nous donner la victoire sur le monde et nos passions, de nous garder cette couronne de justice à laquelle nous osons aspirer, pour prix de notre Confession.

Pontife de la Paix, du séjour tranquille où vous vous reposez, considérez l’Église de Dieu agitée par les plus affreuses tourmentes, et sollicitez Jésus, le Prince de la Paix, de mettre fin à de si cruelles agitations. Abaissez vos regards sur cette Rome que vous aimez et qui garde si chèrement votre mémoire ; protégez, dirigez son Pontife. Qu’elle triomphe de l’astuce des politiques, de la violence des tyrans, des embûches des hérétiques, de la perfidie des schismatiques, de l’indifférence des mondains, de la mollesse des chrétiens. Qu’elle soit honorée, qu’elle soit aimée, qu’elle soit obéie. Que la majesté du sacerdoce se relève ; que la puissance spirituelle s’affranchisse, que la force et la charité se donnent la main ; que le règne de Dieu commence enfin sur la terre, et qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un Pasteur.

Veillez, ô Silvestre, sur le sacré dépôt de la foi que vous avez conservé avec tant d’intégrité ; que sa lumière triomphe de tous ces faux et audacieux systèmes qui s’élèvent de toutes parts, comme les rêves de l’homme dans son orgueil. Que toute intelligence créée s’abaisse sous le joug des mystères, sans lesquels la sagesse humaine n’est que ténèbres ; que Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie, règne enfin, par son Église, sur les esprits et sur les cœurs.

Priez pour Byzance, autrefois appelée la nouvelle Rome, et devenue sitôt la capitale des hérésies, le triste théâtre de la dégradation du Christianisme. Obtenez que les temps de son humiliation soient abrégés. Qu’elle revoie les jours de l’unité ; qu’elle consente enfin à honorer le Christ dans son Vicaire ; qu’elle obéisse, afin d’être sauvée. Que les races égarées et perdues par son influence, recouvrent cette dignité humaine que la pureté de la foi seule maintient, que seule elle peut régénérer.

Enfin, ô vainqueur de Satan, retenez le Dragon infernal dans la prison où vous l’avez enfermé ; brisez son orgueil, déjouez ses plans ; veillez à ce qu’il ne séduise plus les peuples ; mais que tous les enfants de l’Église, selon la parole de Pierre, votre prédécesseur, lui résistent par la force de leur fo

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Vème jour dans l’Octave de la Nativité, Saint Thomas Becket Evêque et Martyr

29 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Vème jour dans l’Octave de la Nativité, Saint Thomas Becket Evêque et Martyr

Collecte

O Dieu, pour l’Église de qui le glorieux Pontife Thomas est tombé sous le glaive des impies ; accordez-nous, nous vous en supplions, que tous ceux qui implorent son assistance, éprouvent l’effet salutaire de leurs supplications.

Office

Au premier nocturne.

Commencement de l’Épître de l’Apôtre S. Paul, aux Romains. Cap. 1, 1-19.

Première leçon. Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à l’apostolat, choisi pour l’Évangile de Dieu, qu’il avait promis auparavant par ses Prophètes dans les saintes Écritures, touchant son Fils, qui lui est né de la race de David selon la chair, qui a été prédestiné Fils de Dieu en puissance, selon l’esprit de sanctification, par la résurrection d’entre les morts de Jésus-Christ, notre Seigneur. Par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour faire obéir à la foi toutes les Nations, en son nom : parmi lesquelles vous êtes, vous aussi, ayant été appelés par Jésus-Christ : à tous ceux qui sont à Rome, aux chéris de Dieu, appelés saints. Grâce à vous, et paix par Dieu, notre Père, et par notre Seigneur Jésus-Christ.
Deuxième leçon. Premièrement, je rends grâces à mon Dieu, par Jésus-Christ, pour vous tous, de ce que votre foi est annoncée dans tout l’univers. Car le Dieu que je sers en mon esprit, dans l’Évangile de son Fils, m’est témoin que sans cesse je fais mémoire de vous dans toutes mes prières ; demandant que, par la volonté de Dieu, quelque heureuse voie me soit ouverte pour aller vers vous. Car je désire vous voir pour vous communiquer quelque chose de la grâce spirituelle, afin de vous fortifier ; c’est-à-dire, pour me consoler avec vous, par cette foi, qui est tout ensemble et votre foi et la mienne.
Troisième leçon. Aussi je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que je me suis souvent proposé de venir vers vous (mais j’en ai été empêché jusqu’à présent), pour obtenir quelque fruit parmi vous, comme parmi les autres Nations. Je suis redevable aux Grecs et aux barbares, aux sages et aux simples. Ainsi (autant qu’il est en moi), je suis prêt à vous évangéliser, vous aussi qui êtes à Rome Car je ne rougis point de l’Évangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tout croyant, le Juif d’abord, et puis le Grec. La justice de Dieu, en effet, y est révélée par la foi et pour la foi, ainsi qu’il est écrit : « Le juste vit de la foi » ; puisqu’on y découvre la justice de Dieu, éclatant du ciel contre toute l’impiété et l’injustice de ces hommes qui retiennent la vé rite de Dieu dans l’injustice car ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux ; Dieu le leur a manifesté.

Au deuxième nocturne

Quatrième leçon. Thomas, né à Londres, en Angleterre, succéda à Théobald, Évêque de Cantorbéry. Il avait exercé auparavant, et avec honneur, la charge de chancelier et il se montra fort et invincible dans les devoirs de l’épiscopat. Henri II, roi d’Angleterre, ayant voulu, dans une assemblée des prélats et des grands de son royaume, porter des lois contraires à l’intérêt et à la dignité de 1’ Église, Thomas s’opposa à.la cupidité du roi avec tant de constance, que, n’ayant voulu fléchir, ni devant les promesses ni devant les menaces, il se vit obligé de se retirer secrètement, parce qu’il allait être emprisonné. Bientôt tous ses parents, ses amis et ses partisans furent chassés du royaume, après qu’on eut fait jurer à tous ceux dont l’âge le permettait, d’aller trouver Thomas, afin d’ébranler, par la vue de l’état pitoyable des siens, cette sainte résolution, dont ne l’avaient nullement détourné ses propres souffrances. Il n’eut égard ni à la chair ni au sang, et aucun sentiment trop humain n’ébranla sa constance pastorale.
Répons du Commun d’un Martyr

Cinquième leçon. Il se rendit auprès du Pape Alexandre III, qui le reçut avec bonté et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, de l’Ordre de Cîteaux, vers lequel il se dirigea. Dès qu’Henri l’eut appris, il envoya des lettres menaçantes au Chapitre de Cîteaux, dans le but de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet Ordre ne souffrît quelque persécution à cause de lui, se retira spontanément, et sur l’invitation de Louis, roi de France, il alla demeurer auprès de lui. Il y resta jusqu’à ce que, par l’intervention du Souverain Pontife et du roi, il fut rappelé de l’exil, et rentra en Angleterre à la grande satisfaction du royaume entier. Comme il s’appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d’un bon pasteur, des calomniateurs vinrent rapporter au roi qu’il entreprenait beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans son royaume, il y avait un Évêque avec lequel il ne pouvait avoir la paix.

Sixième leçon. Ces paroles du roi ayant fait croire à quelques détestables satellites qu’ils lui causeraient un grand plaisir s’ils faisaient mourir Thomas, ils se rendirent secrètement à Cantorbéry, et allèrent attaquer l’Évêque, dans l’église même où il célébrait l’Office des Vêpres. Les clercs voulant leur fermer l’entrée du temple, Thomas accourut aussitôt, et ouvrit lui-même la porte, en disant aux siens : « L’église de Dieu ne doit pas être gardée comme un camp ; pour moi, je souffrirai volontiers la mort pour l’Église de Dieu. » Puis, s’adressant aux soldats : « De la part de Dieu, dit-il, je vous défends de toucher à aucun des miens. » Il se mit ensuite à genoux, et après avoir recommandé l’Église et son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie, à saint Denys et aux autres patrons de sa cathédrale, il présenta sa tête au fer sacrilège, avec la même constance qu’il avait mise à résister aux lois très injustes du roi. Ceci arriva le quatre des Calendes de janvier, l’an du Seigneur onze cent soixante et onze ; et la cervelle du Martyr jaillit sur le pavé du temple. Dieu l’ayant bientôt illustré par un grand nombre de miracles, le même Pape Alexandre l’inscrivit au nombre des Saints.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Septième leçon. Elle est grande, mes très chers frères, elle est grande, dis-je, la dignité de prélat dans l’Église, et elle exige beaucoup de sagesse et de force en celui qui en est revêtu ! Notre courage doit selon l’exemple proposé par Jésus-Christ, être tel que nous donnions notre vie pour nos brebis, que jamais nous ne les abandonnions, et que nous résistions généreusement au loup. C’est en cela que le pasteur diffère du mercenaire. L’un s’inquiète peu de ses brebis, et n’a de vigilance .que pour ses propres intérêts ; mais l’autre s’oublie lui-même et veille constamment au salut de son troupeau. Jésus-Christ donc, après avoir caractérisé le pasteur, signale deux sortes de personnes qui nuisent au troupeau : le voleur, qui ravit et égorge les brebis, et le mercenaire, qui ne repousse pas le voleur et ne défend pas les brebis confiées à sa garde.

Huitième leçon. C’est là ce qui arrachait autrefois à Ézéchiel ces invectives : « Malheur aux pasteurs d’Israël ! Ne se paissaient-ils pas eux-mêmes ? N’est-ce pas les troupeaux que les pasteurs font paître ? » Mais eux, ils faisaient le contraire : conduite des plus criminelles, et source de calamités nombreuses. Ainsi, ajoute le Prophète : « Ils ne ramenaient pas (au bercail les brebis) égarées ; celles qui étaient perdues, ils ne les cherchaient pas ; ils ne bandaient point les plaies de celles qui étaient blessées ; ils ne fortifiaient pas celles qui étaient faibles ou malades, parce qu’ils le paissaient eux-mêmes et non leur troupeau. » Saint Paul exprime la même vérité en d’autres termes : « Tous cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ. »

Neuvième leçon. Le Christ il se fait voir bien différent du voleur et du mercenaire : différent d’abord de ceux qui viennent pour la perte des autres, quand il dit « être venu pour qu’ils aient la vie, et l’aient très abondamment » ; différent ensuite des pasteurs négligents qui ne se souciaient pas de voir des loups ravir les brebis, en disant qu’il « donne sa vie pour ses brebis, afin qu’elles ne périssent pas ». En effet, bien que les Juifs cherchassent à le faire mourir, il continuait à répandre sa doctrine ; il n’a point abandonné ni trahi ceux qui croyaient en lui, mais il est demeuré ferme et il a souffert la mort. C’est pourquoi souvent il dit : « Je suis le bon pasteur. » Comme on ne voyait pas de preuve de ce qu’il avançait (car cette parole : « Je donne ma vie », n’eut son accomplissement que peu de temps après, et celle-ci : « afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient très abondamment », ne devait se réaliser qu’au siècle futur), que fait-il ? Il confirme une des assertions par l’autre.

 Un nouveau Martyr vient réclamer sa place auprès du berceau de l’Enfant-Dieu. Il n’appartient point au premier âge de l’Église ; son nom n’est point écrit dans les livres du Nouveau Testament, comme ceux d’Étienne, de Jean, et des enfants de Bethléem. Néanmoins, il occupe un des premiers rangs dans cette légion de Martyrs qui n’a cessé de se recruter à chaque siècle, et qui atteste la fécondité de l’Église et la force immortelle dont l’a douée son divin auteur. Ce glorieux Martyr n’a pas versé son sang pour la foi ; il n’a point été amené devant les païens, ou les hérétiques, pour confesser les dogmes révélés par Jésus-Christ et proclamés par l’Église. Des mains chrétiennes l’ont immolé ; un roi catholique a prononcé son arrêt de mort ; il a été abandonné et maudit par le grand nombre de ses frères, dans son propre pays : comment donc est-il Martyr ? Comment a-t-il mérité la palme d’Étienne ? C’est qu’il a été le Martyr de la Liberté de l’Église.

En effet, tous les fidèles de Jésus-Christ sont appelés à l’honneur du martyre, pour confesser les dogmes dont ils ont reçu l’initiation au Baptême. Les droits du Christ qui les a adoptés pour ses frères s’étendent jusque-là. Ce témoignage n’est pas exigé de tous ; mais tous doivent être prêts de rendre, sous peine de la mort éternelle dont la grâce du Sauveur les a rachetés. Un tel devoir est, à plus forte raison, imposé aux pasteurs de l’Église ; il est la garantie de l’enseignement qu’ils donnent à leur propre troupeau : aussi, les annales de l’Église sont-elles couvertes, à chaque page, des noms triomphants de tant de saints Évêques qui ont, pour dernier dévouement, arrosé de leur sang le champ que leurs mains avaient fécondé, et donné, en cette manière, le suprême degré d’autorité à leur parole.

Mais si les simples fidèles sont tenus d’acquitter la grande dette de la foi par l’effusion de leur sang ; s’ils doivent à l’Église de confesser, à travers toute sorte de périls, les liens sacrés qui les unissent à elle, et par elle, à Jésus-Christ, les pasteurs ont un devoir de plus à remplir, le devoir de confesser la Liberté de l’Église. Ce mot de Liberté de l’Église sonne mal aux oreilles des politiques. Ils y voient tout aussitôt l’annonce d’une conspiration ; le monde, de son côté, y trouve un sujet de scandale, et répète les grands mots d’ambition sacerdotale ; les gens timides commencent à trembler, et vous disent que tant que la foi n’est pas attaquée, rien n’est en péril. Malgré tout cela, l’Église place sur ses autels et associe à saint Étienne, à saint Jean, aux saints Innocents, cet Archevêque anglais du XIIe siècle, égorgé dans sa Cathédrale pour la défense des droits extérieurs du sacerdoce. Elle chérit la belle maxime de saint Anselme, l’un des prédécesseurs de saint Thomas, que Dieu n’aime rien tant en ce monde que la Liberté de son Église ; et au XIXe siècle, comme au XIIe, le Siège Apostolique s’écrie, par la bouche de Pie VIII, comme elle l’eût fait par celle de saint Grégoire VII : C’est par l’institution même de Dieu que l’Église, Épouse sans tache de l’Agneau immaculé Jésus-Christ, est LIBRE, et qu’elle n’est soumise à aucune puissance terrestre.

Or, cette Liberté sacrée consiste en la complète indépendance de l’Église à l’égard de toute puissance séculière, dans le ministère de la Parole, qu’elle doit pouvoir prêcher, comme parle l’Apôtre, à temps et à contre-temps, à toute espèce de personnes, sans distinction de nations, de races, d’âge, ni de sexe ; dans l’administration de ses Sacrements, auxquels elle doit appeler tous les hommes sans exception, pour les sauver tous ; dans la pratique, sans contrôle étranger, des conseils aussi bien que des préceptes évangéliques ; dans les relations, dégagées de toute entrave, entre les divers degrés de sa divine hiérarchie ; dans la publication et l’application des ordonnances de sa discipline ; dans le maintien et le développement des institutions qu’elle a créées ; dans la conservation et l’administration de son patrimoine temporel ; enfin dans la défense des privilèges que l’autorité séculière elle-même lui a reconnus, pour assurer l’aisance et la considération de son ministère de paix et de charité sur les peuples.

Telle est la Liberté de l’Église : et qui ne voit qu’elle est le boulevard du sanctuaire lui-même ; que toute atteinte qui lui serait portée peut mettre à découvert la hiérarchie, et jusqu’au dogme lui-même ? Le Pasteur doit donc la défendre d’office, cette sainte Liberté : il ne doit ni fuir, comme le mercenaire ; ni se taire, comme ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parle Isaïe. Il est la sentinelle d’Israël ; il ne doit pas attendre que l’ennemi soit entré dans la place pour jeter le cri d’alarme, et pour offrir ses mains aux chaînes, et sa tête au glaive. Le devoir de donner sa vie pour son troupeau commence pour lui du moment où l’ennemi assiège ces postes avancés, dont la franchise assure le repos de la cité tout entière. Que si cette résistance entraîne de graves conséquences, c’est alors qu’il faut se rappeler ces belles paroles de Bossuet, dans son sublime Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, que nous voudrions pouvoir ici citer tout entier : « C’est une loi établie, dit-il, que l’Église ne peut jouir d’aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que, pour affermir ses droits, il faut qu’elle répande du sang. Son Époux l’a rachetée par le sang qu’il averse pour elle, et il veut qu’elle achète par un prix semblable les grâces qu’il lui accorde. C’est par le sang des Martyrs qu’elle a étendu ses conquêtes bien loin au. delà de l’empire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu’elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu’elle devait du sang à l’affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l’établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l’Église, a dû avoir ses Martyrs. »

Il ne s’est donc pas agi, pour saint Thomas et pourtant d’autres Martyrs de la Liberté ecclésiastique, de considérer la faiblesse des moyens qu’on pourrait opposer aux envahissements des droits de l’Église. L’élément du martyre est la simplicité unie à la force ; et n’est-ce pas pour cela que de si belles palmes ont été cueillies par de simples fidèles, par de jeunes vierges, par des enfants ? Dieu a mis au cœur du chrétien un élément de résistance humble et inflexible qui brise toujours toute autre force. Quelle inviolable fidélité l’Esprit-Saint n’inspire-t-il pas à l’âme de ses pasteurs qu’il établit comme les Époux de son Église, et comme autant de murs imprenables de sa chère Jérusalem ? « Thomas, dit encore l’Évêque de Meaux, ne cède pas à l’iniquité, sous prétexte qu’elle est armée et soutenue d’une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d’un lieu éminent, d’où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s’élever contre, comme une digue que l’on élève à mesure que l’on voit les ondes enflées. »

Mais, dans cette lutte, le Pasteur périra peut-être ? Et, sans doute, il pourra obtenir cet insigne honneur. Dans sa lutte contre le monde, dans cette victoire que le Christ a remportée pour nous, il a versé son sang, il est mort sur une croix ; et les Martyrs sont morts aussi ; mais l’Église, arrosée du sang de Jésus-Christ, cimentée parle sang des Martyrs, peut-elle se passer toujours de ce bain salutaire qui ranime sa vigueur, et forme sa pourpre royale ? Thomas l’a compris ; et cet homme, dont les sens sont mortifiés par une pénitence assidue, dont les affections en ce monde sont crucifiées par toutes les privations et toutes les adversités, a dans son cœur ce courage plein de calme, cette patience inouïe qui préparent au martyre. En un mot, il a reçu l’Esprit de force, et il lui a été fidèle.

« Selon le langage ecclésiastique, continue Bossuet, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force selon le monde s’étend jusqu’à entreprendre ; la force selon l’Église ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Écoutez l’Apôtre saint Paul : Nondum usque ad sanguinem restitistis ; comme s’il disait : Vous n’avez pas tenu jusqu’au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu’au sang. Il ne dit pas jusqu’à attaquer, jusqu’à verser le sang de vos ennemis, mais jusqu’à répandre le vôtre. _ « Au reste, saint Thomas n’abuse point de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques, pour se faire valoir dans le monde : il s’en sert comme d’un bouclier nécessaire dans l’extrême besoin de l’Église. La force du saint Évêque ne dépend donc pas du concours de ses amis, ni d’une intrigue finement menée. Il ne sait point étaler au monde a sa patience, pour rendre son persécuteur plus odieux, ni faire jouer de secrets ressorts pour soulever les esprits. Il n’a pour lui que les prières des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins. Voilà, disait saint Ambroise, les défenseurs des Évêques ; voilà leurs gardes, voilà leur armée. Il est fort, parce qu'il a un esprit également incapable et de crainte et de murmure. Il peut dire véritablement à Henri, roi d’Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de toute l’Église, à un magistrat de l’Empire, grand persécuteur de l’Église : Non te terremus, qui nec timemus. Apprends à connaître quels nous sommes, et vois quel homme c’est qu’un chrétien : Nous ne pensons pas à te faire peur, et nous sommes incapables de te craindre. Nous ne sommes ni redoutables ni lâches : nous ne sommes pas redoutables, parce que nous ne savons pas cabaler ; et nous ne sommes pas lâches, parce que nous savons mourir. »

Mais laissons encore la parole à l’éloquent prêtre de l’Église de France, qui fut lui-même appelé aux honneurs de l’épiscopat dans l’année qui suivit celle où il prononça ce discours ; écoutons-le nous raconter la victoire de l’Église par saint Thomas de Cantorbéry :
« Chrétiens, soyez attentifs : s’il y eut jamais un martyre qui ressemblât parfaitement à un sacrifice, c’est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l’Évêque est à l’église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint Pontife est préparé, et c’est la victime que Dieu a choisie. Ainsi tout est prêt pour le sacrifice, et je vois entrer dans l’église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d’eux, à l’imitation de Jésus-Christ ; et pour a imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. Si c’est moi que vous » cherchez, laissez, dit Jésus, retirer ceux-ci. Ces choses étant accomplies, et l’heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et Pontife tout ensemble, il présente sa tête et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : Et ego pro Deo mori paratus sum, et pro assertione justitiœ, et pro Ecclesiae libertate ; dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur. Je suis prêt à mourir, dit-il, pour la cause de Dieu et de son Église ; et toute la grâce que je demande, c’est que mon sang lui rende la paix et la liberté qu’on veut lui ravir. Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le Sacrifice solennel nous appelons les Saints nos intercesseurs, il n’omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints Martyrs et la sainte Vierge au secours de l’Église opprimée ; il ne parle que de l’Église ; il n’a que l’Église dans le cœur et dans la bouche ; et, abattu par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l’Église. »  Ainsi ce grand Martyr, ce type des Pasteurs de l’Église, a consommé son sacrifice ; ainsi il a remporté la victoire ; et cette victoire ira jusqu’à l’entière abrogation de la coupable législation qui devait entraver l’Église, et l’abaisser aux yeux des peuples. La tombe de Thomas deviendra un autel ; et au pied de cet autel, on verra bientôt un Roi pénitent solliciter humblement sa grâce. Que s’est-il donc passé ? La mort de Thomas a-t-elle excité les peuples à la révolte ? le Martyr a-t-il rencontré des vengeurs ? Rien de tout cela n’est arrivé. Son sang a suffi à tout. Qu’on le comprenne bien : les fidèles ne verront jamais de sang-froid la mort d’un pasteur immolé pour ses devoirs ; et les gouvernements qui osent faire des Martyrs en porteront toujours la peine. C’est pour l’avoir compris d’instinct, que les ruses de la politique se sont réfugiées dans les systèmes d’oppression administrative, afin de dérober habilement le secret de la guerre entreprise contre la Liberté de l’Église. C’est pour cela qu’ont été forgées ces chaînes non moins déliées qu’insupportables, qui enlacent aujourd’hui tant d’Églises. Or, il n’est pas dans la nature de ces chaîner de se dénouer jamais ; elles ne sauraient être que brisées ; mais quiconque les brisera, sa gloire sera grande dans l’Église de la terre et dans celle du ciel ; car sa gloire sera celle du martyre. Il ne s’agira ni de combattre avec le fer, ni de négocier par la politique ; mais de résister en face et de souffrir avec patience jusqu’au bout.

Écoutons une dernière fois notre grand orateur, relevant ce sublime élément qui a assuré la victoire à la cause de saint Thomas : « Voyez, mes Frères, quels défenseurs trouve l’Église dans sa faiblesse, et combien elle a raison de dire avec l’Apôtre : Cum infirmor, tunc potens sum. Ce sont ces bienheureuses faiblesses qui lui donnent cet invincible secours, et qui arment en sa faveur les plus valeureux soldats et les plus puissants conquérants du monde, je veux dire, les saints Martyrs. Quiconque ne ménage pas l’autorité de l’Église, qu’il craigne ce sang précieux des Martyrs, qui la consacre et la protège. »

Or, toute cette force, toute cette victoire émanent du berceau de l’Enfant-Dieu ; et c’est pour cela que Thomas s’y rencontre avec Étienne. Il fallait un Dieu anéanti, une si haute manifestation d’humilité, de constance et de faiblesse selon la chair, pour ouvrir les yeux des hommes sur la nature de la véritable force. Jusque-là on n’avait soupçonné d’autre vigueur que celle des conquérants à coups d’épée, d’autre grandeur que la richesse, d’autre honneur que le triomphe ; et maintenant, parce que Dieu venant en ce monde a apparu désarmé, pauvre et persécuté, tout a changé de face. Des cœurs se sont rencontrés qui ont voulu aimer, malgré tout, les abaissements de la Crèche ; et ils y ont puisé le secret d’une grandeur d’âme que le monde, tout en restant ce qu’il est, n’a pu s’empêcher de sentir et d’admirer.

Il est donc juste que la couronne de Thomas et celle d’Étienne, unies ensemble, apparaissent comme un double trophée aux côtés du berceau de l’Enfant de Bethléem ; et quant au saint Archevêque, la Providence de Dieu a marqué divinement sa place sur le Cycle, en permettant que son immolation s’accomplît le lendemain de la fête des saints Innocents, afin que la sainte Église n’éprouvât pas d’incertitude sur le jour qu’elle devrait assigner à sa mémoire. Qu’il garde donc cette place si glorieuse et si chère à toute l’Église de Jésus-Christ ; et que son nom reste, jusqu’à la fin des temps, la terreur des ennemis de la Liberté de l’Église, l’espérance et la consolation de ceux qui aiment cette Liberté que le Christ a acquise aussi par son sang.

Vème jour dans l’Octave de la Nativité, Saint Thomas Becket Evêque et Martyr
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