Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Regnum Galliae Regnum Mariae
Articles récents

Fête de Tous les Saints

1 Novembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Fête de Tous les SaintsFête de Tous les SaintsFête de Tous les Saints

Introït

Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. Justes, exultez dans le Seigneur : aux cœurs droits convient sa louange. Alléluia

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez accordé de célébrer dans une même solennité les mérites de tous vos Saints ; faites, nous vous en prions, que nos intercesseurs étant multipliés, une abondante effusion de vos miséricordes, objet de nos désirs, nous vienne de votre munificence.

Lecture Ap. 7, 2-12

En ces jours-là : Voici que moi, Jean, je vis un autre Ange, qui montait du côté du soleil levant, ayant le sceau du Dieu vivant ; et il cria d’une voix forte aux quatre anges auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer ; et il dit : Ne nuisez point à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau : cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, étaient marqués du sceau. De la tribu de Juda, douze mille étaient marqués du sceau ; de la tribu de Ruben, douze mille ; de la tribu de Gad, douze mille ; de la tribu d’Azer, douze mille ; de la tribu de Nephthali, douze mille ; de la tribu de Manassé, douze mille ; de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Lévi, douze mille ; de la tribu d’Issachar, douze mille ; de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille ; de la tribu de Benjamin, douze mille étaient marqués du sceau. Après cela, je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue ; ils se tenaient devant le trône et en face de l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, et disaient : Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l’Agneau. Et tous les Anges se tenaient autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône sur leurs visages, et adorèrent Dieu, en disant : Amen. Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen

Évangile Mt. 5, 1-12

En ce temps-là : Jésus, voyant les foules, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, prenant la parole, il se mit à les enseigner, en disant :

"Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !

Heureux ceux qui sont affligés, car ils seront consolés !

Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !

Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu !

Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux.

Offertoire

Les âmes des Justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas ; aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, cependant ils sont en paix, alléluia

Office

AU PREMIER NOCTURNE.

Du livre de l’Apocalypse de l’Apôtre saint Jean.

Première leçon. 4, 2-8. Je vis un trône placé dans le ciel, et quelqu’un assis sur le trône. Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine; et il y avait autour du trône un arc-en-ciel semblable à une émeraude. Autour du trône étaient encore vingt-quatre trônes, et sur les trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus d’habits blancs, et sur leurs têtes des couronnes d’or. Et du trône sortaient des éclairs, des voix et des tonnerres ; et il y avait devant le trône sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Et devant le trône, comme une mer de verre semblable à du cristal ; et au milieu du trône, et autour du trône, quatre animaux pleins d’yeux devant et derrière. Le premier animal ressemblait à un lion, le second à un veau, le troisième avait un visage comme celui d’un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient chacun six ailes, et autour et au dedans ils étaient pleins d’yeux ; et ils ne se donnaient du repos ni jour ni nuit, disant : Saint, saint, saint est le Seigneur, Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir.
Deuxième leçon. 5, 1-8. Je vis ensuite, dans la main droite de celui qui était assis sur le trône, un livre écrit dedans et dehors, scellé de sept sceaux. Je vis encore un Ange fort, qui criait d’une voix forte : Qui est digne d’ouvrir le livre, et d’en délier les sceaux ? Et nul ne pouvait ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre, ni le regarder. Et moi je pleurais beaucoup, de ce que personne ne s’était trouvé digne d’ouvrir le livre ni de le regarder. Mais l’un des vieillards me dit : Ne pleure point ; voici le lion de la tribu de Juda, la racine de David, qui a obtenu par sa victoire d’ouvrir le livre et d’en délier les sept sceaux. Et je regardai, et voilà au milieu des vieillards, un Agneau debout, comme immolé, ayant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Et il vint, et prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône. Et lorsqu’il eut ouvert le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards tombèrent devant l’Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont les prières des saints.
Troisième leçon. 5, 9-14. Ils chantaient un cantique nouveau, disant : Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés pour Dieu par votre sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. Et vous avez fait de nous un royaume et des prêtres pour notre Dieu ; et nous régnerons sur la terre. Je regardai encore, et j’entendis autour du trône, et des animaux, et des vieillards, la voix de beaucoup d’Anges ; leur nombre était des milliers de milliers qui disaient d’une voix forte : II est digne, l’Agneau qui a été immolé de recevoir la vertu, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction. Et j’entendis toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et celles qui sont sur la mer et en elle ; je les entendis tous disant : A celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ! Et les quatre animaux disaient : Amen. Et les vingt-quatre vieillards tombèrent sur leurs faces, et adorèrent celui qui vit dans les siècles.
 

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Sermon de saint Béde le Vénérable, Prêtre.

Quatrième leçon. Aujourd’hui, bien-aimés frères, nous célébrons, dans l’allégresse d’une solennité commune, la fête de tous les Saints. Leur société réjouit les cieux, leur protection console la terre, leur triomphe couronne la sainte Église. Plus 1a profession de leur foi a été ferme dans les tourments, plus ils ont d’éclat dans la gloire. Car la violence du combat s’augmentant, l’honneur des combattants s’est aussi accru. Les diverses tortures du martyre rehaussent le triomphe, et des souffrances plus affreuses ont procuré de plus délicieuses récompenses. Notre mère l’Église catholique, répandue au loin dans tout l’univers, à qui Jésus-Christ, son chef, apprit par son exemple à ne craindre ni les outrages, ni les croix, ni la mort, s’est de plus en plus fortifiée, non par la résistance, mais par la patience. Pour encourager toutes ces légions d’illustres athlètes, jetés en prison comme des criminels, et pour les animer tous à soutenir le combat avec la même ardeur et un courage égal, elle leur a inspiré la sainte ambition d’un glorieux triomphe.
Cinquième leçon. Heureuse en vérité, l’Église notre mère, d’être ainsi honorée des marques éclatantes de la miséricorde divine, empourprée du noble sang des Martyrs victorieux, parée du vêtement blanc de l’inviolable fidélité des Vierges ! Ni les roses, ni les lis ne manquent parmi ses fleurs. Et maintenant, très chers frères, que chacun de nous s’efforce d’acquérir la plus ample provision de titres à ces deux sortes d’honneurs, et de mériter, ou la couronne blanche de la virginité ou la couronne pourpre du martyre. Car, dans la milice des cieux, le repos et la lutte ont leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ.
Sixième leçon. L’immense et ineffable bonté de Dieu a même eu soin de ne pas prolonger le temps des travaux et du combat, et de ne le faire ni long, ni éternel, mais court, et pour ainsi dire, d’un moment. Elle a voulu que les combats et les travaux fussent pour cette vie passagère et vite écoulée ; les couronnes et les récompenses du mérite, pour la vie éternelle ; que les travaux finissent promptement, que la récompense des mérites durât toujours ; qu’après les ténèbres de ce monde, il fût donné aux Saints de jouir de la plus resplendissante lumière, et de posséder une béatitude plus grande que le cruel excès de toutes les souffrances. Et voilà ce qu’attesté l’Apôtre quand il dit : « Les souffrances du temps n’ont aucune proportion avec la gloire qui doit un jour éclater en nous. »
 

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Si l’on demande ce que signifie la montagne, on peut bien dire qu’elle signifie des préceptes de justice plus élevés, parce que ceux qui avaient été donnés aux Juifs étaient inférieurs. C’est toutefois le même Dieu qui, réglant avec un ordre admirable l’économie des temps, a donné, par ses saints Prophètes et par ses autres serviteurs, des préceptes moins parfaits à un peuple qu’il fallait encore contenir au moyen de la crainte, et, par son Fils, des préceptes plus parfaits, à un peuple qu’il convenait d’affranchir au moyen de la charité. Si de moindres commandements sont donnés à des âmes moins parfaites, et de plus grands à de plus parfaites ils sont toujours donnés par Celui qui est le seul à bien savoir fournir au genre humain le remède approprié à la diversité de ses besoins.
Huitième leçon. Et il ne faut pas s’étonner que le même Dieu, créateur du ciel et de la terre, donne, en vue du royaume des cieux, de plus grands préceptes, après en avoir donné de moindres pour celui de la terre. C’est de cette justice plus grande, que le Prophète a dit : « Votre justice est comme les montagnes de Dieu. » Et c’est ce que figure très bien la montagne où cette justice est enseignée par l’unique et seul Maître capable d’enseigner des choses si sublimes. Or il enseigne étant assis, ce qui appartient à la dignité du magistère. Et ses disciples s’approchent de lui : rapprochés de Jésus par la volonté d’accomplir ses préceptes, il fallait bien qu’ils fussent aussi plus près pour entendre ses paroles. « Et ouvrant sa bouche, il les instruisait, disant. » Cette périphrase de l’écrivain sacré : « Et ouvrant sa bouche, » semble avertir, en retardant son début, que le discours doit avoir une certaine étendue. A moins encore que ce ne soit pour rappeler que celui qui ouvre en ce moment la bouche, a lui-même ouvert, dans l’ancien Testament, .la bouche des Prophètes.
Neuvième leçon. Or, que dit-il ? « Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » Nous lisons dans l’Écriture, au sujet de la convoitise des biens temporels : « Tout est vanité et présomption d’esprit. » Présomption d’esprit veut dire orgueil et arrogance. On dit même vulgairement des superbes qu’ils ont de l’enflure d’esprit, et avec raison, puisque le vent est aussi appelé esprit ou souffle, comme nous le voyons dans ce verset d’un Psaume : « Feu, grêle, neige, glace, souffles des tempêtes. » Qui ne sait qu’on appelle les orgueilleux des gens bouffis, comme qui dirait gonflés de vent ? De là encore ce mot de l’Apôtre : « La science enfle, mais la charité édifie. » C’est pourquoi par ces pauvres en esprit, sont justement désignés ceux qui sont humbles et qui craignent Dieu, c’est-à-dire qui n’ont point en eux cet esprit d’enflure.

ÉPÎTRE.

Une première fois, aux jours de son premier avènement, l’Homme-Dieu, se servant pour cela de César Auguste, avait dénombré la terre : il convenait qu’au début de la rédemption, fût relevé officiellement l’état du monde. Et maintenant, l’heure a sonné d’un autre recensement, qui doit consigner au livre de vie le résultat des opérations du salut. « Pourquoi ce dénombrement du monde au moment de la naissance du Seigneur, dit saint Grégoire en l’une des Homélies de Noël, si ce n’est pour nous faire comprendre que dans la chair apparaissait Celui qui devait enregistrer les élus dans l’éternité ? » Mais plusieurs s’étant soustraits par leur faute au bénéfice du premier recensement, qui comprenait tous les hommes dans le rachat du Dieu Sauveur, il en fallait un deuxième et définitif, qui retranchât de l’universalité du précédent les coupables. Qu’ils soient rayés du livre des vivants ; leur place n’est point avec les justes : c’est la parole du Prophète-roi que rappelle au même lieu le saint Pape.

Toute à l’allégresse cependant, l’Église en ce jour ne considère que les élus ; comme c’est d’eux seuls qu’il est question dans le relevé solennel où nous venons de voir aboutir les annales de l’humanité. Eux seuls, par le fait, comptent devant Dieu ; les réprouvés ne sont que le déchet d’un monde où seule la sainteté répond aux avances du Créateur, aux mises de l’amour infini. Sachons prêter nos âmes à la frappe divine qui doit les conformer à l’effigie du Fils unique, et nous marquer pour le trésor de Dieu. Quiconque se dérobe à l’empreinte sacrée, n’évitera point celle de la bête ; au jour où les Anges arrêteront le règlement de compte éternel, toute pièce non susceptible d’être portée à l’actif divin ira d’elle-même à la fournaise, où brûleront sans fin les scories.

Vivons donc dans la crainte recommandée au Graduel : non celle de l’esclave, qui n’appréhende que le châtiment ; mais la crainte filiale qui redoute par-dessus tout de déplaire à Celui de qui nous viennent tous les biens, dont la bonté mérite tout amour. Sans rien perdre de leur béatitude, sans diminuer leur amour, les Puissances angéliques et tous les bienheureux se prosternent au ciel en un saint tremblement, sous le regard de l’auguste et trois fois redoutable Majesté.

ÉVANGILE.

Si proche du ciel est aujourd’hui la terre, qu’une même pensée de félicité emplit les cœurs. L’Ami, l’Époux, le divin Frère des fils d’Adam revient lui-même s’asseoir au milieu d’eux et parler de bonheur. Venez à moi, vous tous qui peinez et souffrez, chantait tout à l’heure le Verset de l’Alléluia, cet écho fortuné de la patrie, qui pourtant nous rappelait notre exil. Et aussitôt, en l’Évangile, est apparue la grâce et la bénignité de notre Dieu Sauveur. Écoutons-le nous enseigner les voies de la bienheureuse espérance, les délices saintes, à la fois garantie, avant-goût, du bonheur absolu des cieux.

Au Sinaï, Jéhovah, tenant le Juif à distance, n’avait pour lui que préceptes et menaces de mort. Au sommet de cette autre montagne où s’est assis le Fils de Dieu, combien différemment se promulgue la loi d’amour ! Les huit Béatitudes ont pris en tête du Testament nouveau la place qu’occupait, comme préface de l’ancien, le Décalogue gravé sur la pierre.

Non qu’elles suppriment les commandements ; mais leur justice surabondante va plus loin que toutes prescriptions. C’est de son Cœur que Jésus les produit, pour les imprimer, mieux que sur le roc, au cœur de son peuple. Elles sont tout le portrait du Fils de l’homme, le résumé de sa vie rédemptrice. Regardez donc, et agissez selon le modèle qui se révèle à vous sur la montagne.

La pauvreté fut bien le premier trait du Dieu de Bethléem ; et qui donc apparut plus doux que l’enfant de Marie ? qui pleura pour plus nobles causes, dans la crèche où déjà il expiait nos crimes apaisait son Père ? Les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de cœur, les pacifiques : où trouveront-ils qu’en lui l’incomparable exemplaire, jamais atteint, imitable toujours ? Jusqu’à cette mort, qui fait de lui l’auguste coryphée des persécutés pour la justice ! suprême béatitude d’ici-bas, en laquelle plus qu’en toutes se complaît la Sagesse incarnée, y revenant, la détaillant, pour finir avec elle aujourd’hui comme en un chant d’extase !

L’Église n’eut point d’autre idéal ; à la suite de l’Époux, son histoire aux divers âges ne fut que l’écho prolongé des Béatitudes. Comprenons, nous aussi ; pour la félicité de notre vie sur terre, en attendant l’éternel bonheur, suivons le Seigneur et l’Église.

 

Saint Jean Chrysostome 15e homélie prononcée à Antioche sur l'Évangile de Saint Matthieu.

Jésus voyant les foules accourir gravit la montagne. Quand il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Ouvrant alors la bouche, il les instruisait, en disant : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient...” (Mt., V, 1-2)

Voyez quelle absence de faste et d'éclat. Il ne se fait pas accompagner par un nombreux cortège ; lorsqu'il s'agit de guérir les maladies, c'est lui-même qui va partout, qui parcourt les villes et les bourgades ; lorsque la foule vient le trouver, il s'assoit à l'écart, non dans une ville ou sur l'agora, mais dans la solitude, sur la montagne, nous apprenant ainsi que rien ne doit être fait pour l'ostentation, qu'il faut s'éloigner du tumulte et du bruit, surtout pour entendre les enseignements de la sagesse, pour méditer sur les choses nécessaires.

Ses disciples approchent donc, après qu'il s'est élevé sur la montagne et qu'il s'est assis. Observez leur progrès dans la vertu, l'heureux changement qui s'est tout à coup produit en eux. Beaucoup n'aspiraient qu'à voir des miracles ; eux désiraient recueillir une grande et sublime doctrine : c'est même là ce qui détermine le Christ à les instruire, à commencer ce magnifique discours. Non content de guérir les corps, il redressait les âmes donnant tour à tour ses soins aux deux parties constitutives de l'être humain, multipliant et variant ses bienfaits, unissant l'enseignement des œuvres à celui de la parole : il réprimait ainsi l'impudence des hérétiques à venir, en accordant son attention à la matière comme à l'esprit, en montrant qu'il était le créateur de toutes les existences. Voilà pourquoi sa providence s'étend à toutes sans exception, allant sans cesse des âmes aux corps.

Telle était donc alors sa conduite. " Ouvrant la bouche, est-il dit, il les instruisait. " Et pourquoi cette expression : " Ouvrant la bouche ". Pour vous apprendre qu'il enseignait en se taisant aussi bien qu'en parlant, que ses œuvres élevaient la voix, alors qu'il n'ouvrait pas la bouche. Quand vous entendez qu'il les instruisait, ne vous imaginez pas qu'il s'adressât uniquement à ses disciples ; par eux il s'adressait à tous. Comme devant lui se trouvait la multitude, en grande partie composée de personnes de la plus basse condition, il plaçait au premier rang le chœur de ses disciples ; et c'est à ces derniers principalement qu'il adressait la parole, de telle sorte néanmoins qu'elle pût parvenir à tous les autres, pour les arracher à leur ignorance et les familiariser avec les leçons de sa sublime philosophie. Ce même trait se lit dans saint Luc, ou du moins s'y trouve indiqué. (Lc, VI, 27) Voilà ce que Matthieu nous fait entendre en disant : " Ses disciples s'approchèrent, et il les instruisait. " Les autres devaient écouter avec d'autant plus d'attention que la parole ne semblait pas s'adresser à tous.

Par où commence-t-il, quels fondements donne-t-il à sa législation nouvelle ? Écoutons bien ce qu'il va dire ; car, si la parole était pour les contemporains, l'Écriture est pour toutes les générations suivantes. S'il paraît faire l'éducation spéciale de ses disciples, il ne circonscrit pas son enseignement dans un cercle aussi restreint ; c'est à vous indistinctement qu'il adresse ses béatitudes.

Il ne dit pas, en effet : " Vous serez bienheureux, vous, si vous êtes pauvres". Non, il dit : "Bienheureux les pauvres". Assurément, bien que son instruction eût une direction spéciale, elle était de nature à devenir un bien commun. Lorsqu'il disait encore : "Voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles", (Mt., XVIII, 20) ce n'est pas seulement aux disciples alors présent qu'il parlait, il voit en eux le monde entier. De même, lorsqu'il les proclame heureux parce qu'ils auront à souffrir la persécution, l'exil et toute sorte de traitements intolérables, ce n'est pas pour eux seuls, c'est aussi pour tous ceux qui subiront avec courage les mêmes maux qu'il tresse ses couronnes.

Du reste, pour vous mieux assurer de cette vérité, pour que vous sachiez bien quelles choses dites vous regardent, regardent le genre humain tout entier, pourvu qu'on veuille y prêter une oreille attentive, voyez sous quelle forme se produit cet admirable discours : "Heureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient." (Mt., V, 3) Qui sont les pauvres en esprit? Les humbles, ceux dont le cœur est contrit. L'esprit désigne ici l'âme, l'intention, la volonté. Il y a des pauvres qui le sont involontairement et par nécessité; ce n'est pas de ceux-là qu'ils parle, vu qu'ils ne méritent aucun éloge: sa première béatitude est pour ceux qui s'humilient et s'abaissent de leur propre mouvement et par un libre choix.

Pourquoi met-il la pauvreté à la place de l'humilité? C'est parce que l'une de ces vertus est renfermée dans l'autre. Il désigne pas là les hommes qui craignent et respectent les préceptes du Seigneur; les mêmes que Dieu déclare par la bouche du prophète Isaïe mériter tout son amour: "Sur qui porterai-je un regard favorable, si ce n'est sur l'homme doux et paisible, qui reçoit mes paroles avec un religieux tremblement?" (Is, LXVI, 2).

L'humilité se présente sous différentes formes: Il y a des hommes qui sont modérément humbles, et d'autres qui le sont au suprême degré. C'est à ces derniers que s'appliquent les louanges du bienheureux prophète, et non à ceux dont l'âme est simplement humiliée, mais n'est pas entièrement contrite, quand il dit: "Un sacrifice agréable à Dieu, c'est une âme brisée; vous ne dédaignerez pas, Seigneur, un cœur contrit et humilié." (Ps., L. 19) Telle est la vertu que les trois enfants offraient à Dieu comme un grand sacrifice, en priant en ces termes: "Que nous soyons reçus avec une âme contrite et un esprit humilié." (Dn., III, 39). Voilà celle que le Christ proclame bienheureuse.

Les plus grands maux qui ravagent le monde entier proviennent de l'orgueil, puisque le diable lui-même, qui ne méritait pas auparavant ce nom, est par là devenu diable, ce que Paul nous fait entendre en disant: "De peur qu'en s'enorgueillissant il ne subisse la condamnation du diable." (I Tm. III, 6) Le premier homme également, poussé par la même ambition que le diable, tomba de sa hauteur réelle. Dieu lui reproche ce fol espoir et met à nu sa démence, quand il parle ainsi: "Voilà qu'Adam est devenu semblable à nous." (Gn., III, 32) Tous ceux qui vinrent après lui tombèrent dans l'impiété pour la même raison, en prétendant à la nature divine. Puisque c'était là le centre et le foyer de tous les maux, la source et le principe de toutes les iniquités, le Christ nous donne un remède en rapport avec la maladie, lorsqu'il nous impose l'humilité comme le fondement inébranlable de toutes les vertus.

Celle-là posée, l'architecte peut en toute sécurité construire son édifice: si vous l'ôtez, au contraire, on aurait beau s'élever jusqu'au ciel par la sublimité de sa conduite, tout croule et doit avoir une malheureuse fin. Auriez-vous accumulé tous les biens possibles, le jeûne, l'oraison, l'aumône, la charité même et les autres, sans l'humilité, tous ces biens s'en iront en fumée. C'est ce qu'éprouva le Pharisien : après avoir atteint le faîte, il roula jusqu'au fond, ne possédant plus rien, parce que la mère des vertus n'était pas avec lui. De même donc que l'orgueil est la source de tous les vices, l'humilité est la base de toute philosophie. Vous comprenez maintenant pourquoi le Christ commence par là son œuvre: il arrache du cœur de ses auditeurs la mauvaise racine de la superbe...

Que vous soyez esclave, mendiant, réduit à la dernière indigence, étranger, sans considération aucune, rien ne vous empêchera d'être heureux, pourvu que vous embrassiez cette vertu. Après avoir commencé par ce qui devait nécessairement passer avant tout, il pose un autre principe, qui contredit aussi toutes les idées reçues dans le monde. Tous les hommes, en effet, regardent comme heureux ceux qui sont dans la joie, et comme malheureux ceux dont la vie s'écoule dans la tristesse, la misère et le deuil: et ce sont ces derniers qu'il proclame heureux en ces termes: "Heureux ceux qui pleurent." (Mt., V. 5)

Mais tous les déclarent malheureux; aussi a-t-il accompli des prodiges pour accréditer de semblables lois. Il ne faut pas non plus croire ici qu'il béatifie simplement les larmes; il parle des larmes versées sur le péchés; car il est un deuil défendu, celui qui porte simplement sur les choses temporelles. C'est ce que Paul nous enseigne dans ce passage; "La tristesse selon le siècle opère la mort; la tristesse selon Dieu produit la pénitence et conduit sûrement au salut." (II Cor., VII, 10)

Le Sauveur proclame donc heureux ceux qui pleurent sous l'impression de cette dernière tristesse, mais qui pleurent abondamment, et non d'une manière quelconque. C'est pour cela qu'il emploie cette expression: "Qui pleurent", au lieu de celle-ci: "Qui sont tristes". Ce précepte enseigne éminemment toute philosophie. Ceux qui pleurent des enfants, une femme, ou quelque autre de leurs proches, sont insensibles dans un pareil moment aux attraits de la richesse ou de la beauté, à l'amour de la gloire, au sentiment même des injures, aux atteintes de l'envie, aux assauts d'une passion quelconque; ils sont tous entiers à leur deuil; à plus forte raison ceux qui pleurent leurs péchés comme les péchés doivent être pleurés, montreront-ils une philosophie supérieure.

Après cela quelle sera leur récompense? "Parce qu'ils seront consolés", ajoute le divin Maître. Mais où seront-ils consolés, je vous le demande? Dans cette vie et dans l'autre. Comme c'était là un précepte difficile et ardu, il a promis ce qui pouvait le mieux en adoucir les aspérités. Voulez-vous donc recevoir la consolation? pleurez. Et ne regardez pas cette parole comme une énigme. Dès que c'est Dieu qui vous consolera, seriez-vous assaillis de mille peines, vous les fouleriez toutes aux pieds. Les récompenses que Dieu donne l'emportent toujours sur les travaux: vous le voyez dans cette circonstance, puisqu'il béatifie les larmes non d'après le mérite de celui qui les répand, mais selon sa propre munificence; non d'après la grandeur de l'action, mais dans la mesure de son amour pour les hommes.

Ceux qui pleurent, en effet, pleurent leurs péchés; et dès lors il suffit pour leur récompense qu'ils en obtiennent le pardon et l'oubli; c'est la bonté divine qui ne s'en contente pas: elle ne s'en tient donc pas à remettre le supplice, à pardonner les péchés, elle rend l'homme heureux et lui prodigue ses consolations. À bien saisir la portée du précepte, il ne suffit pas de pleurer ses propres péchés, il faut encore pleurer ceux des autres. Ainsi sont disposées les âmes des saints, d'un Moïse, d'un Paul, d'un David: que de fois ces hommes ont pleuré les péchés de leurs frères!

"Heureux ceux qui sont doux parce qu'ils posséderont la terre" (Mt., V, 4) Quelle terre, dites-moi? Quelques-uns disent une terre purement intellectuelle. Mais il n'en est pas ainsi; nulle part dans l'Écriture il n'est question d'une semblable terre. Que signifie donc ce mot? Une récompense qui tombe sous les sens, comme celle dont parle l'Apôtre, lorsqu'il dit "Honore ton père et ta mère", et qu'il ajoute: "Ainsi tu vivras longtemps sur la terre"? (Ep. VI, 2-3). Le Seigneur lui-même disait dans le même sens au larron: "Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis." (Lc, XXIII, 43) Il place en perspective non seulement les biens à venir, mais encore ceux de la vie présente, à cause de ces esprits terrestres qui cherchent ceux-ci plutôt que ceux-là. Aussi dira-t-il dans la suite de son discours: "Sois d'accord avec ton adversaire." Il montre immédiatement comment cette prudence sera récompensée: "De peur que ton adversaire ne te livre au juge et le juge au bourreau." (Mt., V, 25).

Voyez-vous quelle crainte il suscite? La criante d'un malheur corporel, comme il n'en arrive que trop souvent. Il avait déjà dit: "Quiconque dira à son frère, Raca, sera passible du conseil." (Mt., V, 22) Paul de même propose fréquemment des récompenses sensibles, appuie ses exhortations sur l'espoir des biens présents; comme, par exemple, quand il parle de la virginité, il n'est pas là question des cieux, mais bien des choses présentes; écoutez plutôt: "À cause de la nécessité qui vous presse...; mais je veux vous ménager...; j'exige que vous soyez sans sollicitude." (1 Cor. VII, 26, 28, 32)

Le Christ mêle donc les objets sensibles aux objets spirituels. L'homme doux pourrait penser qu'il s'expose à tout perdre; c'est l'opposé qu'il lui promet: l'homme sans audace et sans jactance est celui-là même qui possède le plus sûrement ce qui lui appartient; tandis que ces deux vices nous font souvent perdre les biens paternels, et de plus notre âme elle-même. Ajoutez à cela que le prophète ayant dit dans l'Ancien Testament: "Les doux auront la terre pour héritage", (Ps. XXXVI, II) le Christ s'empare d'une expression connue, afin de rendre son discours plus accessible à ses auditeurs, et de ne pas les étonner à chaque parole.

Par là néanmoins il n'entend pas circonscrire la récompense dans le temps présent; il ajoute seulement le visible à l'invisible. En effet, s'il appelle notre attention sur les biens spirituels, il ne nous enlève pas pour cela les biens sensibles; et, d'un autre côté, s'il nous fait des promesses pour cette vie, son intention n'est pas de nous interdire d’autres espérances. Entendez ce qu'il dit: "Chercher d'abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par surcroît" (Mt. VI, 38) puis encore: "Quiconque aura quitté pour moi, maison, frères, père, mère, femme, enfants et champs, recevra le centuple en ce monde, et possédera la vie éternelle dans l'autre." (Mt. XIX, 29 ; Mc. X, 29-30)

"Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice." (Mt. V, 6) Que faut-il entendre ici par justice? Ou bien l'essence même de la vertu prise dans son ensemble, ou bien cette vertu spéciale qui est l'opposé de l'avarice et de la rapacité. Comme il allait donner un précepte touchant l'aumône, il nous apprend de quelle manière il faut l'exercer; et c'est ainsi qu'en béatifiant la justice il condamne la convoitise dans son but et ses moyens. Remarquez avec quelle force le Sauveur exprime sa pensée. Il ne se borne pas à dire: "Heureux ceux qui pratiquent la justice", mais il dit: "Heureux ceux qui ont faim et soif de justice".

C'est nous signifier qu'il faut l'embrasser avec toute l'ardeur dont une âme est capable, et non par manière d'acquit. Comme c'est là surtout le propre de l'avarice, de vouloir acquérir et posséder plus encore que nous ne désirons manger et boire, il a voulu nous inspirer ce même désir pour le désintéressement. Une récompense sensible nous est également promise ici, puisqu'il ajoute: "Car ils seront rassasiés." On croit généralement que l'avarice enrichit; il nous affirme le contraire: c'est la justice qui produit cet effet. Lors donc que vous marchez dans les voies de la justice, ne craignez pas la pauvreté, vous n'aurez pas à souffrir la faim. C'est aux hommes rapaces à redouter d'être dépouillés de tout; les justes posséderont tout avec sécurité. Si les hommes qui ne désirent pas le bien d'autrui ont tant de richesses en partage, à plus forte raison ceux qui distribuent leur bien.

"Heureux les miséricordieux." Ce n'est pas seulement ceux qui font l'aumône de leur argent que cette parole désigne; à mon avis, c'est encore ceux qui la font par leurs œuvres. La miséricorde revêt diverses formes, et ce précepte s'étend bien loin. Quelle en sera la récompense? "Car eux-mêmes obtiendront miséricorde." Dans les termes ce n'est que l'équivalent; mais en réalité, la récompense l'emporte de beaucoup sur la bonne œuvre. Eux exercent la miséricorde comme il est possible à des hommes de l'exercer, tandis qu'ils la reçoivent du Dieu de l'univers. Or, il n'existe aucune comparaison entre la divine miséricorde et la miséricorde humaine; elles diffèrent autant que la bonté diffère de la malice.

"Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu." (Mt, V, 8) Voici maintenant une récompense spirituelle. Les hommes au cœur pur, dans la pensée du divin Maître, sont ou bien ceux qui pratiquent toutes les vertus et dont la conscience est sans reproche, ou bien ceux qui vivent dans la chasteté; car il n'est pas de vertu qui nous conduise comme celle-ci à la vision divine. Voilà pourquoi Paul disait: "Vivez en paix avec tous et dans la continence, sans laquelle nul ne verra le Seigneur." (He. XII, 14)

Mais la vision dont il s'agit est évidemment celle dont l'homme est capable. Comme il y en a beaucoup qui font l'aumône, qui ne sont ni rapaces ni cupides, et qui néanmoins commettent la fornication, s'adonnent à l'impureté, le Christ, en parlant de la sorte, a voulu nous montrer que ces premières vertus ne suffisent pas. Paul l'atteste aussi dans l'épître aux Corinthiens; il dit des Macédoniens qu'ils étaient riches non seulement par l'exercice de l'aumône, mais encore par les autres vertus. Après avoir parlé de la largesse de leurs dons, il dit qu'ils se sont dévoués au Seigneur, "et à nous". (II Cor., VIII, 5)

"Heureux les pacifiques." (Mt. V, 9) Il ne se contente pas là de proscrire les dissensions et les inimités, il exige quelque chose de plus: que nous tâchions de rétablir la concorde entre les ennemis; puis il promet encore une récompense: que nous tâchions de rétablir la concorde entre les ennemis; puis il promet encore une récompense spirituelle. Quelle est cette récompense? "Car ils seront appelés les enfants de Dieu." C'est l'œuvre par excellence du Fils unique, d'unir ce qui était disjoint, de substituer la paix à la guerre. De peur toutefois que vous ne regardiez la paix comme étant toujours un bien, il poursuit: "Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice" (Mt. V, 10) : c'est-à-dire pour la cause de la vertu, pour la défense du prochain, pour la religion. Il appelle constamment vertu la complète philosophie de l'âme.

"Heureux serez-vous lorsque les hommes vous outrageront, vous persécuteront, diront contre vous à cause de moi, toutes sorte de mauvaises paroles, pourvu qu'elles soient fausses. Réjouissez-vous et tressaillez." (Mt. V, 11-12) C'est comme s'il disait: "Quand on vous traitera de séducteurs, d'artisans de prestiges et de maléfices, ou qu'on vous donnera tout autre nom semblable, c'est alors que vous serez heureux". Quoi de plus insolite que de pareils préceptes, qui proposent à nos désirs ce qu'on envisagea toujours avec crainte: mendier, pleurer, subir la persécution et l'insulte. Il l'a dit néanmoins, il l'a persuadé, non à deux, à dix, à vingt, à cent, à mille personnes, mais au monde entier. Et les foules restaient muettes d'étonnement en écoutant des choses si terribles, si contraires aux usages reçus; tant était grande la puissance de celui qui leur parlait.

Il ne faudrait pas croire que ce bonheur consiste à recevoir simplement des injures; il faut à cela deux conditions que le Christ a posées: que ces injures soient souffertes par rapport à lui et qu'elles soient mensongères. Hors de là, non seulement on n'est pas heureux, mais encore on est à plaindre quand on les subit. Voici maintenant encore quel est ce bonheur: "Car votre récompense sera grande dans les cieux."

Si vous n'entendez pas que le royaume soit promis à chaque béatitude, n'en soyez pas alarmés bien que les récompense portent différents noms, elles ont toutes pour effet de conduire au royaume. Lorsqu'il promet la consolation à ceux qui pleurent, la miséricorde aux miséricordieux, la vision divine à ceux dont le cœur est pur, aux pacifiques, le titre d'enfant de Dieu, il n'indique pas autre chose par là que le royaume céleste; car les premiers biens sont le gage assuré de ce dernier. Ne pensez donc pas qu'il doive seulement être le partage des pauvres en esprit, il appartient aussi à ceux qui sont affamés de justice, aux hommes doux, à tous les autres sans exception. Chacun a droit à la béatitude, vous l'avez entendu, ce qui ne saurait s'appliquer à des objets sensibles; car on n'est pas heureux par la possession de ce qui s'évanouit avec la vie présente et passe avec plus de rapidité que l'ombre.

À cette promesse pour l'avenir: "Votre récompense est grande", le Seigneur ajoute encore une précieuse consolation: "C'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui vécurent avant vous." Comme le royaume ne devait leur être accordé que plus tard et n'existait pour eux qu'en espérance, il les console en leur disant que leur sort est le même que celui des justes persécutés avant eux. "N'allez pas croire, leur dit-il, que vous éprouverez ces mauvais traitements parce que vous enseignerez aux hommes une doctrine nouvelle et de nouvelles lois; qu'ils vous banniront comme leur ayant enseigné des choses iniques. Non, les embûches et les périls ne proviendront pas de la nature de vos paroles, mais bien de la perversité de vos auditeurs. Aussi les malédictions ne seront pas pour les victimes, elles seront pour les auteurs de vos maux. Contre eux s'élèveront en témoignage tous les siècles écoulés. Leurs devanciers n'accusaient pas les prophètes de transgresser la loi ou d'attaquer Dieu, lorsqu'ils lapidaient les uns, chassaient les autres, les accablaient de mille outrages. Que cela ne vous trouble donc pas; car leur conduite est aujourd'hui la même et s'inspire de la même pensée."

Voyez-vous comme il relève le courage de ses disciples en les plaçât à côté de Moïse et d'Élie? C'est dans le même sens que Paul écrivait aux Thessaloniciens: "Vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont dans la Judée; car vous avez souffert de la part des Juifs, qui ont mis à mort le Seigneur Jésus et leurs propres prophètes, qui de plus nous ont persécutés, toujours en opposition avec Dieu, en lutte avec tous les hommes (I Th. II, 14-15) Voilà ce que fait ici le Christ.

Ajoutez que dans les autres béatitudes, il parle d'une manière indéterminée: "Heureux les pauvres, heureux les miséricordieux"; tandis que dans cette dernière, il parle directement à ses disciples: "Heureux serez-vous lorsque les hommes vous outrageront, vous percuteront, diront de vous toute sorte de mauvaises paroles." Il ne veut pas leur laisser ignorer que cela doit surtout se réaliser en eux, et regarde les docteurs beaucoup plus que les simples fidèles. De plus, il manifeste sa grandeur et son égalité avec le Père. "Ce que les prophètes ont souffert pour le Père, leur dit-il, vous le souffrirez pour moi." en disant: "Les prophètes qui vécurent avant vous", Il déclare qu'eux-mêmes ont été déjà faits prophètes.

Pour leur bien faire voir ensuite que les persécutions seront pour eux une source de bonheur et de gloire, il ne leur dit pas: "On se déchaînera contre vous par les paroles et par les actes; mais je l'empêcherai". Non, il ne l'empêchera pas; car ce n'est pas dans l'exemption des épreuves, et dans une généreuse conduite qui soit la leçon des tyrans: ceci l'emporte de beaucoup sur cela, tout comme recevoir des coups et n'en être pas ébranlé est une chose plus glorieuse que de n'avoir jamais reçu de coup.

En cet endroit, il dit: "Votre récompense est grande dans les cieux"; dit saint Luc, il s'exprime avec plus de force, les consolations qu'il donne sont plus abondantes. Il ne se contente pas, en effet, de proclamer heureux ceux qui pour Dieu sont accablés d'injures; il déclare malheureux ceux que le monde comble de louanges: "Malheur à vous lorsque tous les hommes vous loueront". (Lc VI, 26) Les hommes cependant louaient les apôtres: mais tous ne les louaient pas. Aussi le maître a-t-il dit: "Tous les hommes", et non: Les hommes simplement. Il n'est pas possible, en effet, que les amis sincères de la vertu reçoivent des louanges universelles.

Il dit de plus: "Quand ils rejetteront votre nom comme indigne, réjouissez-vous et tressaillez". La grand récompense qu'il leur a promise s'attache non seulement aux périls, mais encore aux outrages qu'ils auront encourus. De là vient qu'au lieu de leur dire: "Quand vous aurez subi l'exil de la mort", il leur dit: "Quand les hommes vous outrageront et diront de vous toute sorte de mauvaises paroles". Les paroles outrageuses blessent plus cruellement que les actions mêmes. Dans les périls, bien des circonstances allègent notre peine: ainsi, les encouragements qu'on nous donne de tous les côtés, les applaudissements, les couronnes qu'on nous décerne. Dans les outrages, cette consolation nous est refusée; car on ne regarde pas comme une grande vertu de les subir avec patience, bien que l'athlète y soit plus éprouvé que dans les périls.

Beaucoup en sont venus à se donner la mort, ne pouvant supporter leur mauvaise réputation. Pourquoi vous étonner de tels exemples? Voyez ce traître impudent et abominable, qui ne rougissait de rien, et qui se pendit néanmoins à cause de cela. Et Job, cette âme de diamant, ce cœur plus ferme qu'un rocher, quand il perdait toutes ses richesses et se trouvait accablé de malheurs, quand il était privé tout à coup de ses enfants, quand il voyait son corps fourmilier de vermine, quand sa femme elle-même aggrave le poids de ses maux, il supportait tout avec un courage admirable; mais, lorsque ses amis vinrent lui faire des reproches, l'insulter, lui manifester leurs odieux soupçons, lui déclarer qu'il souffrit tout cela par suite de ses péchés, qu'il expiait ses iniquités; il tomba dans le trouble, cet homme si généreux et si grand.

Oubliant toutes les autres choses qu'il avait souffertes, David ne demandait à Dieu que la récompense des malédictions lancées contre lui. "Laisse-le maudire David, parce que le Seigneur le veut ainsi; et le Seigneur verra mon humiliation, il me rendra le bien pour les malédictions que je subis en ce jour." (He. XVI, 11-12) Paul ne se borne pas non plus à louer ceux qui courent des dangers ou qui sont dépouillés de leur fortune; il loue ceux dont nous parlons ici. "Souvenez-vous des premiers jours, dit-il, alors que récemment illuminés, vous avez supporté de si grands combats de la part des passions: d'un côté, vous avez été donnés en spectacle par les opprobres et les tribulations; de l'autre, vous entriez en participation des épreuves de vos frères persécutés." (He. X, 32-33)

Voilà comment s'explique la grandeur de la récompense promise par le Christ. Et, pour qu'on ne puisse pas dire: "Vous n'exercez donc pas là votre vengeance, vous ne fermez pas la bouche aux calomniateurs, et vous ne faites que récompenser les victimes"; il invoque le souvenir des anciens prophètes, en montrant également que Dieu n'avait pas voulu les venger. Or, s'il les encourageait par l'espérance des rémunérations futures, dans un temps où le bien était immédiatement rémunéré; ne le peut-il pas encore mieux maintenant que cette espérance brille d'un plus vif éclat, et que règne une plus belle philosophie?

Remarquez après quel préceptes il pose une telle sanction. Ce n'est pas sans besoin et sans but; il veut nous apprendre qu'on ne saurait aborder les combats de la vertu sans s'être disposé d'avance à toutes ces tribulations. Il y prépare notre esprit en le conduisant d'un précepte à l'autre, si bien qu'ils forment une chaîne d'or. Quand on est humble, on sait aussi pleurer ses péchés; quand on pleure on est doux, modeste, compatissant; quand on est miséricordieux, on est juste, contrit, pur de cœur; et l'homme au cœur pur ne saurait manquer d'être pacifique. Enfin, toutes ces vertus acquises, on sera prêt à braver tous les dangers, on ne se laissera pas troubler par les injures, on ne reculera pas devant des maux sans nombres.

Après leur avoir adressé de semblables exhortations, il les fortifie de nouveau par ses louanges. Comme il leur imposait des préceptes ardus, sublimes, et bien supérieurs à ceux de l'ancienne loi, il prévient chez eux la surprise et le découragement; il ne veut pas qu'ils puissent dire: "Comment pourrons-nous les accomplir?" Écoutez donc comment il leur parle: "Vous êtes le sel de la terre". (Mt. V, 13) C'est leur montrer qu'il doit nécessairement leur imposer de tels préceptes. Ma parole vous est confiée non pour votre vie seule, mais dans l'intérêt du monde entier. Je ne vous envoie pas à deux villages, à dix ou même à vingt, votre mission n'est pas limitée comme celle des anciens prophètes; elle embrasse la terre, la mer, tous les peuples de l'univers sans exception, en dépit de l'opposition que vous y rencontrerez.

En leur disant, en effet: "Vous êtes le sel de la terre", il leur déclare que la nature humaine est entièrement affadie, qu'elle est corrompue par le péché. Aussi leur demande-t-il surtout les vertus que suppose la sollicitude pour le salut du prochain. Celui qui pratique la douceur, la modestie, la miséricorde et la justice, ne renferme pas en lui-même les bonnes œuvres qu'il accomplit; il a soin que ces sources pures coulent aussi pour l'avantage et le bien des autres. Quiconque également a le cœur pur, l'homme pacifique et celui qui souffre persécution pour la vérité, dirige sa vie d'une manière utile à tous.

Ne pensez pas, semble-t-il leur dire, que je vous appelle à des combats sans importance, que je vous charge de médiocres intérêts: "Vous êtes le sel de la terre". Quoi donc? rétablirent-ils les chairs gangrenés? Non certes; car le sel ne fait plus rien à ce qui déjà tombe en pourriture. Leur puissance n'allait pas jusque-là; mais, ce que le Seigneur avait renouvelé, délivré de la corruption, et puis remis à leur dévouement, ils y répandirent le sel, afin de tout conserver dans cet état de rénovation, œuvre directe de la puissance divine. Affranchir les hommes de la puanteur du péché, ce fut le prodige opéré par le Christ; les empêcher de la contracter de nouveau, c'était le devoir que les disciples avaient à remplir par leur zèle et leurs fatigues.

Vous voyez comme il leur découvre par degrés qu'ils ont une mission supérieure à celle des prophètes. Il ne les établit pas les docteurs de la Palestine, il leur confie toutes les contrées de l'univers; et cette doctrine, ils doivent l'enseigner en inspirant une crainte salutaire. Chose admirable, ce n'est pas en flattant, ce n'est pas en ménageant qu'ils gagnent l'affection des hommes, c'est en agissant d'une manière vive et forte comme le sel. "Ne soyez donc pas étonnés, semble-t-il dire encore, que je m'adresse à vous, de préférence aux autres lorsqu'il s'agit d'aborder de si grands dangers. Songez à combien de cités et de peuples, à quelles nations diverses je vais vous envoyer et vous préposer. Aussi ne faut-il que vous soyez seuls sages, je veux que vous rendiez les autres tels. Ils doivent avoir une grande prudence, ceux qui reçoivent une pareille mission, puisque le salut des autres périclite en eux, et de plus une vertu surabondante, qui puisse dérober sur le prochain. Si vous n'étiez pas ainsi disposés, vous ne vous suffiriez pas à vous-mêmes."

"Ne vous attristez pas comme si je vous disais des choses trop pénibles. En voici la raison: Quand les autres sont tombés dans l'affadissement, vous pouvez les relever par votre ministère; mais vous, si la même chose vous arrive, vous exposez les autres à périr avec vous. Par conséquent, plus ont d'importance les intérêts qui vous sont confiés, plus vous devez déployer de zèle". C'est pour cela que le Christ ajoute: "Si le sel vient à perdre sa saveur, avec quoi salera-t-on? Il ne vaut plus pour rien, si ce n'est pour être jeté dehors et foulé aux pieds". (Mt. V, 13) Les autres, tomberaient-ils mille fois, peuvent aisément obtenir pardon; mais celui dont le devoir est d'enseigner n'a pas d'excuse dans ses chutes et subira le dernier châtiment.

De peur qu'en entendant ces paroles: "Quand les hommes vous outrageront, vous persécuteront, diront de vous toute espèce de mal", ils n'osent pas aborder leur ministère, le Sauveur leur dit ceci: "Si vous n'êtes pas prêts à supporter tous ces mauvais traitements, votre élection est inutile. Vous n'avez pas à craindre les malédictions, c'est l'apparence de l'hypocrisie que vous avez à craindre; car la dissimulation vous affadit et vous jette sous les pieds des hommes. Si vous persistez à remplir envers eux votre devoir dans toute sa rigueur, et s'ils vous récompensent par des injures, c'est alors que vous devez vous réjouir; il est dans la nature du sel de stimuler la mollesse et de la mordre au cœur. Il ne faut donc pas s'étonner si vous soulevez les malédictions; mais elles ne sauraient vous nuire, elles attestent même votre fermeté. Si la crainte d'en être assaillis vous enlève l'énergie de votre ministère, vous tombez dans un bien plus grand mal, vous encourez le blâme et le mépris de tous les hommes. C'est ce que l'Évangile appelle être foulé aux pieds.

Il prend ensuite un terme de comparaison plus élevé: "Vous êtes la lumière du monde". (Mt. V, 15) Du monde, encore ici, du monde entier, et non d'une nation seule ou de vingt cités; il s'agit d'une lumière intellectuelle, dont les rayons du soleil sont loin d'égaler la beauté, tout comme il s'agissait d'un sel spirituel. D'abord donc le sel, puis la lumière, pour que vous compreniez quel bien résulte d'une parole vive et sévère, l'utilité d'un grave enseignement. En l'entendant, les âmes se raffermissent, résistent à la tentation, et s'acheminent vers la vertu sous la conduite d'un tel guide, contractent la force de voir.

"La cité ne peut pas rester cachée quand elle est placée sur une montagne: on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau." (Mt. V, 14-15) Il ne pouvait pas mieux les exciter à mener une conduite irréprochable, à veiller constamment sur eux, qu'en leur représentant ainsi qu'ils sont placés sous les yeux de tous les hommes, qu'ils combattent dans une lice aperçue de tout l'univers. Ne vous bercez pas de cette idée que vous pouvez désormais vous asseoir immobiles, que vous êtes cachés dans un petit recoin du monde; non, vous paraîtrez à tous les yeux, comme paraît une ville placée sur le sommet d'une montagne, comme brille dans la maison, une lumière qu'on a mise sur le chandelier...

Dans les paroles qui nous occupent, il me paraît surtout vouloir leur inspirer une noble confiance. En disant, en effet: "Elle ne peut pas se dérober aux regards, la ville placée sur une montagne", c'est sa puissance qu'il entend leur manifester; la prédication de sa doctrine ne pourra pas plus être tenue dans le silence que cette ville ne saurait demeurer cachée. Comme il leur avait d'abord parlé de persécutions, d'injures, de pièges et de guerres, ne voulant pas qu'ils aient la pensée que ces tribulations leur fermeront la bouche, il leur annonce, afin de relever leur courage, non seulement que la prédication ne sera pas étouffée, mais encore qu'elle illuminera l'univers entier. Et de là viendront leur éclat et leur gloire.

Il leur montre donc ainsi sa puissance; et par ce qui suit il leur fait un devoir d'agir avec confiance et fermeté: "On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; on la place sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière brille ainsi devant tous les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux". (Mt. V, 15-16) Pour moi, dit-il, je vous ai porté la lumière; il appartient maintenant à votre zèle de la conserver dans tout son éclat, non seulement pour vous-mêmes, mais encore pour le bien de ceux qui l'apercevront et seront ainsi conduits à la vérité. Les injures ne porteront aucune atteinte à votre honneur, si vous exercez sur vous une infatigable vigilance, si vous vivez comme étant appelés à convertir l'univers. Que votre vie soit donc à la hauteur d'une telle grâce, afin qu'elle concoure à son action, quand cette grâce est partout annoncée. Le salut du genre humain n'est pas le seul avantage qu'il leur propose; il en est un autre bien capable de stimuler et d'enflammer leur ardeur; en donnant à votre vie cette sage direction, non seulement vous ramènerez au bien le monde, mais encore vous ferez que Dieu soit glorifié; par une conduite opposée, vous perdrez les hommes et vous ferez blasphémer Dieu.

Et comment, m'objecterez-vous, procurerons-nous la gloire du Christ, si nous devons être injuriés par les hommes? Tous ne vous traiteront pas ainsi, et ceux-là même dont telle sera la conduite, y seront poussés par l'envie; mais ces envieux eux-mêmes seront forcer de vous estimer dans leur conscience et de vous admirer, tout comme les adulateurs des méchants les méprisent en leur âme. Que nous ordonnez-vous donc? que nous vivions pour capter l'approbation des hommes et leurs applaudissements? Gardez-vous bien de le croire; je ne dis pas cela. Je ne vous ai pas tenu ce langage: "Faites en sorte d'étaler vos bonnes œuvres à tous les yeux; faites-en parade". Je vous ai dit: "Que votre lumière brille; pratiquez de grandes vertus, qu'il s'en dégage une chaleur abondante, une vive et merveilleuse clarté. Quand la vertu dépasse certaines limites, il n'est pas possible qu'elle reste cachée, celui dont elle est le partage voudrait-il la couvrir des voiles les plus épais.

Menez devant eux une conduite irréprochable, ne leur laissez aucun motif sérieux de vous accuser, et les accusateurs seraient-ils sans nombre qu'ils ne réussiraient pas à vous tenir dans l'obscurité. Ce mot de lumière est admirable ici. Rien, en effet, ne met un homme en lumière, malgré tous les efforts de son humilité, comme la splendeur de la vertu. Il brillerait moins s'il était revêtu des rayons même du soleil; car ses rayons à lui ne se projettent pas seulement sur la terre, ils s'élancent par-dessus les cieux. Pouvait-il mieux les consoler? Si les injures vous affligent, beaucoup vous admireront par amour pour Dieu. Vous aurez une double récompense, et parce que Dieu sera glorifié par rapport à vous, et parce que vous serez outragés par rapport à Dieu.

De peur, néanmoins, qu'on ne recherchât les injures, en voyant qu'elles peuvent être l'occasion d'une récompense, le Christ ne dit pas cela d'une manière absolue, il y met deux conditions: que les mauvais discours dirigés contre nous soient sans fondement, et que nous les souffrions pour la gloire de Dieu. Il ne s'en tient pas là; mais il déclare que les louanges aussi nous méritent une grande rémunération, pourvu que la gloire en revienne à Dieu. Il les soutient donc par les meilleures espérances. Non, les invectives des méchants n'auront jamais la force d'aveugler les autres au point qu'ils ne voient plus votre lumière. Affadis, c'est alors seulement que vous serez foulés aux pieds, et non quand on vous accusera tandis que vous ferez le bien. Au contraire, vous serez dans ce cas un objet d'admiration pour beaucoup, et non seulement vous-mêmes, mais encore votre Père à cause de vous.

Remarquez ce nom de père, mis à la place de celui de Dieu: c'est le premier germe de cette noblesse qu'il doit leur communiquer. Voyez encore l'égalité qu'il établit entre le Père et lui. Il avait dit plus haut: "Ne vous attristez pas lorsque vous recevrez des injures; il suffit que vous les receviez à cause de moi". C'est à cause du Père maintenant. Partout, donc l'égalité se montre. Sachant désormais quel bien résulte de notre zèle, et quels dangers entraînent l'apathie, celui de notre perte d'abord, puis celui tout autrement grave de l'offense de Dieu, évitons de donner le scandale aux Juifs, aux Gentils, à l'Église elle-même, menons une vie pure et plus éclatante que la lumière du jour, et ne nous affligeons pas du mal qu'on pourra dire de nous, si ce n'est que nous l'avons mérité.

Vivons-nous dans la corruption, nous sommes les plus misérables des hommes, alors même que personne en dira de nous aucun mal: marchons-nous dans les voies de la vertu, notre sort est le plus digne d'envie, quand même l'univers conspirerait à nous maudire, et nous attirons à nous quiconque a le désir de se sauver; car celui-là ne s'arrêtera pas aux accusations des méchants et ne considérera que les vertus dont nous donnons l'exemple. Les bonnes œuvres retentissent plus haut que la voix de la tempête; une vie pure, je l'ai dit, a plus d'éclat que la lumière du jour, quelque nombreux que puissent être ceux qui s'efforcent de la ternir.

Si nous possédons les vertus énumérées tout à l'heure, si nous sommes doux, humbles, miséricordieux, purs et pacifiques; si de plus, bien loin de repousser l'injure par l'injure, nous nous en réjouissons, nous exercerons sur ceux qui nous regardent un attrait aussi puissant que nous l'exercerions par les miracles: tous viendront à nous avec bonheur, celui-là même qui serait une bête féroce, un démon, tout ce qu'il nous plaira d'imaginer. Qu'on vous calomnie, ne vous inquiétez pas, seriez-vous même insulté publiquement en face; fouillez dans la conscience des insulteurs, et vous les verrez vous applaudir en secret, vous admirer et vous combler de louanges.

Souvenez-vous de celles que Nabuchodonosor décernait aux enfants dans la fournaise, bien qu'il se fût déclarer leur adversaire et leur ennemi; il vit leur courage inébranlable, et dès lors il les loua, il les couronna, pour cette raison seule qu'ils avaient méconnu sa volonté pour obéir à la loi de Dieu. Le diable, voyant qu'il ne gagne rien, finit par s'éloigner dans la crainte de nous fournir l'occasion de mériter un plus grand nombre de couronnes. Or, quand celui-là s'est retiré, le nuage se dissipe, et l'homme le plus vil et le plus dégradé reconnaît la vertu. Et, lors même que tous les hommes tomberaient dans l'injustice et la déraison, vous n'en obtiendrez que mieux l'approbation et la louange divines.

Pas de tristesse donc, pas d'abattement; les apôtres eux-mêmes, s'ils étaient une odeur de vie pour les uns, étaient une odeur de mort pour les autres. Pourvu que vous ne donniez aucune prise à la calomnie, vous êtes à l'abri de tout reproche; bien plus, la calomnie concourt à votre bonheur. Veillez à la pureté de votre vie, et ne songez même pas aux paroles injurieuses. Il ne se peut pas, il est absolument impossible que le fervent ami de la vertu n'ait pas beaucoup d'ennemis. Mais toutes ces hostilités, je le répète, bien loin de l'amoindrir, rendent sa gloire plus éclatante. Avec de telles pensées dans l'esprit, ne nous proposons qu'une chose, de veiller avec soin à la bonne direction de notre vie; car de la sorte nous conduiront à la vie céleste ceux qui sont assis dans les ténèbres de la mort.

La force de cette lumière est si grande qu'elle ne brille pas seulement sur un point, et qu'elle entraîne à sa suite ceux qui ne l'aperçoivent que de loin. Quand on nous verra mépriser les choses présentes et rechercher uniquement les biens à venir, on se laissera persuader par les actes beaucoup plus que par toutes les paroles. Quel est l'homme assez dénué de sens pour voir quelqu'un qui hier était plongé dans l'opulence et les délices, puis tout à coup se dépouille de tout, prend des ailes pour voler à la faim, à la pauvreté, aux mortifications de tout genre, aux périls, aux occasions de donner son sang, à la mort, à tout ce qu'il y a de plus repoussant et de plus terrible; et ne verrait pas en cela un argument frappant de la future béatitude? Si l'on nous voit, au contraire embarrassés et comme enveloppés dans les objets de la vie présente, comment pourra-t-on penser que nous marchons vers une autre patrie?...

N'avez-vous pas entendu quels sublimes préceptes le Christ nous a donnés? Comment pouvez-vous en accomplir un seul, lorsque vous laissez de côté toute sa doctrine pour vous en aller spolier le prochain, exercer l'usure, manipuler l'argent, acheter des troupeaux d'esclaves, des vases précieux, des champs et des maisons, mille objets aussi dispendieux qu'inutiles. Et plût à Dieu que ce fût là tout! Mais, lorsque vous avez ajouté l'injustice à ces occupations absorbantes, étendant vos terres au détriment des voisins, ruinant les familles, écrasant les malheureux, vous faisant le complice de la famine, comment osiez-vous franchir ce seuil sacré?

Parfois, cependant vous avez pitié des pauvres. Je ne l'ignore pas; mais c'est une nouvelle plaie qui vient aggraver les autres: ou bien vous agissez avec un superbe dédain, ou bien vous cherchez la vaine gloire, et dès lors vos bonnes œuvres elles-mêmes sont frappées de stérilité. Que peut-on concevoir de plus déplorable? N'est-ce pas faire naufrage au port?

Voulez-vous qu'il n'en soit pas ainsi, ne mendiez pas mon approbation, lorsqu'il vous arrive de faire un bien, et vous aurez Dieu pour débiteur, puisqu'il a dit: "Prêtez à ceux de qui vous n'espérez rien recevoir". (Lc VI, 35) Ayant un tel garant, vous l'abandonneriez pour venir réclamer la garantie d'un homme indigent et misérable! Est-ce qu'il s'irrite, lui, quand on va lui réclamer une dette? Ne peut-il pas ou ne veut-il pas payer? Ne savez-vous pas qu'il a des trésors inépuisables et que sa générosité ne l'est pas moins? Allez à lui, demandez, exigez. De telles prières lui sont agréables. S'il voit qu'on réclame auprès d'un autre ce que lui-même doit, il prend cela pour un outrage, et, loin de vous rien donner, il vous traduira devant sa justice. "M'as-tu donc surpris, vous dira-t-il, manquant de reconnaissance? M'as-tu jugé tellement pauvre, qu'il fallût recourir à d'autres qu'à moi? C'est à celui-ci que tu prêtes, et tu demandes le paiement à celui-là?" Vous avez donné sans doute à l'homme, mais c'est sur l'ordre de Dieu; le Seigneur est donc votre premier débiteur et votre caution, il vous fournit mille occasions de réclamer ce qui vous est dû.

Ne laissez donc pas de côté cette richesse et cette munificence pour vous adresser à moi qui n'ai rien. Pourquoi voulez-vous attirer mes regards quand vous donnez du pauvre. Est-ce moi qui vous ai dit: Donne? M'avez-vous entendu dire cette parole pour que vous puissiez y fonder un droit? C'est lui qui a dit: "Quand on a pitié du pauvre, on prête avec usure à Dieu". (Pr. XIX, 17) C'est à Dieu que vous avez prêté, demandez à Dieu. Mais il ne rend pas tout en ce monde? Sans doute, et c'est pour votre bien. Il n'est pas comme ces créanciers qui se hâtent de rendre; il veut mettre en sûreté ce que vous avez remis en ses mains. Il vous rend donc actuellement ce qui vous est dû sur la terre; mais il réserve ce qui ne vous sera payé qu'au ciel.

Formés par de telles leçons, exerçons largement la miséricorde, montrons sans relâche notre amour pour le prochain, et par nos largesses et par nos œuvres. Voyons-nous quelqu'un injustement rançonné et maltraité sur la place publique, si nous pouvons donner de l'argent, donnons-le; et, si nous pouvons arrêter l'affaire par nos raisonnements, n'hésitons pas à prendre cette peine. La parole sera récompensée; bien plus, les gémissements eux-mêmes, comme le disait le bienheureux Job: "Je gémissais sur tout homme faible, et quiconque était dans la nécessité m'arrachait des soupirs" (Jb, XXX, 25). Si les larmes et la compassion ne demeurent pas sans récompense, pensez comment seront rémunérées la sollicitude et les paroles, toutes les autres marques de charité qu'on peut donner.

Nous étions nous aussi ennemis de Dieu; et son Fils unique est intervenu pour amener la réconciliation, en recevant les coups, en souffrant même la mort à notre place. Efforçons-nous, à son exemple, de délivrer de leurs maux ceux qui s'en trouvent accablés, au lieu de les y plonger davantage comme nous le faisons maintenant: quand nous voyons deux hommes se précipiter l'un sur l'autre avec fureur, nous restons immobiles, nous réjouissant de leur déshonneur, repaissant nos yeux de ce spectacle diabolique. Que peut-on concevoir de plus inhumain?

Maintenant, je m'adresse à vous-mêmes qui déshonorez sur la place publique, à vous qui frappez avec tant de violence et d'injustice. Vous usez donc de vos mains, de vos pieds, de vos dents, pour meurtrir et déchirer un homme? Êtes-vous un sanglier ou bien un onagre? Et vous ne rougissez pas, et vous n'êtes pas confus de vous mettre ainsi hors de vous-même, d'abdiquer votre dignité? Si vous êtes pauvre, vous avez du moins la liberté; vous exercez un travail manuel peut-être, mais vous êtes chrétiens. C'est précisément parce que vous êtes pauvre que vous devez vous modérer. Il appartient aux riches de se disputer; ils ont tant de sujets de querelles que les pauvres n'ont pas...

Souvenez-vous de ce serviteur qui devait dix milles talents, et qui, après que sa dette lui fut remise, suffoquait un autre serviteur du même maître, parce qu'il ne pouvait pas en obtenir cent deniers: ne savez-vous pas quel fut son malheureux sort et comment il fut livré à d'éternels supplices? Cet exemple ne vous effraie pas? vous ne craignez pas de subir la même peine? Et nous aussi, nous avons envers le Seigneur de grandes et nombreuses dettes; il nous attend cependant, il ne nous presse pas comme nous pressons nos frères, n'appesantit pas sa mais sur nous; et certes, s'il avait voulu réclamer la plus légère partie de ce que nous lui devons, il y a longtemps que nous aurions péri.

Devant de telles réflexions, mes bien-aimés, humilions-nous, traitons nos débiteurs avec patience, ayons même de la reconnaissance pour eux; car si nous raisonnons bien, ils sont pour nous l'occasion d'une grande indulgence, nous recevrons beaucoup après avoir peu donné. Pourquoi donc réclamez-vous si violemment ce dont votre frère vous est redevable, quand vous devriez plutôt le lui abandonner, s'il voulait vous satisfaire, pour que Dieu vous abandonnât tout à son tour? Au lieu de tenir cette conduite, vous avez recours à tous les moyens, sans en excepter la contrainte et les voies de fait, afin de ne rien perdre de ce qui vous appartient. Vous croyez agir contre votre prochain; c'est contre vous-même que vous tournez le glaive, et vous aggravez le supplice qui vous attend dans l'enfer.

Avec un peu de sagesse et de réflexion, vous allégeriez au contraire le compte que vous aurez à rendre un jour. Dieu veut que nous prenions l'initiative d'une semblable générosité, pour avoir un motif de nous accorder une plus grande récompense. Quiconque donc s'est constitué votre débiteur, soit pas ses emprunts, soit par ses offenses, déliez-le de son obligation, renvoyez-le livre, et puis allez sans crainte recevoir de Dieu le prix de cette magnanimité.

Tant que vous tiendrez les hommes pour débiteurs, vous n'aurez pas Dieu pour caution; il le devient, et vous pourrez lui réclamer votre dette entière, si vous la remettez aux premiers. Un homme en passant vous voit retenir un débiteur, il vous prie de le laisser aller en vous disant qu'il prend sur lui la dette; pourrait-il ensuite ne pas vous en savoir gré, par la raison qu'il a tout pris à sa charge? Comment Dieu ne nous récompenserait-il pas de la manière la plus généreuse, lorsque nous avons, sur son ordre, renvoyés libres nos débiteurs, ne leur réclamant pas même la plus légère partie de leur dette?

Ne faisons pas attention à ce plaisir passager que nous éprouvons en reprenant notre bien; songeons à cette ruine irréparable, qui nous attend dans l'avenir, quand nous portons atteinte à nos intérêts éternels. Nous mettant donc au-dessus de tout, remettons les dettes et pardonnons les offenses, afin d'alléger d'autant le compte que nous aurons à rendre. Gagnant ainsi par l'oubli des injures ce que nous n'avons pas mérité par les autres vertus, puissions-nous acquérir les biens de l'éternité par la grâce et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui sont dus gloire et puissance, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


 

Lire la suite
Publicité

Vigile de la fête de tous les Saints

31 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de la fête de tous les Saints

Collecte

Seigneur notre Dieu, multipliez envers nous l’effusion de votre grâce, et faites que, par une vie sainte, nous méritions de suivre dans la félicité éternelle ceux dont nous anticipons la fête solennelle.

Lecture Ap. 5, 6-12

En ces jours-là, voici que moi, Jean, je vis : en face du Trône, en face des quatre Vivants et des Anciens, il y avait un Agneau ; il se tenait debout, et il était comme immolé ; ses cornes étaient au nombre de sept, ainsi que ses yeux, qui sont les sept esprits de Dieu en mission sur toute la terre. Il s’avança et reçut le Livre, que lui donna de la main droite celui qui siégeait sur le Trône. Quand l’Agneau eut reçu le Livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Anciens se prosternèrent devant lui. Chacun tenait une harpe et des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne de recevoir le Livre scellé et de l’ouvrir, car tu as été immolé ; par ton sang, tu as racheté pour Dieu des hommes de toute race, langue, peuple et nation, et tu en as fait pour notre Dieu un royaume de prêtres qui régneront sur la terre. » Alors, dans ma vision, j’ai entendu la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens : ils étaient des millions, des centaines de millions. Ils criaient à pleine voix : « Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction. ». Ainsi soit-il.

Évangile Lc. 6, 17-23

En ce temps-là, Jésus descendant de la montagne s’arrêta dans la plaine avec la troupe de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée, et de Jérusalem, et de la contrée maritime, et de Tyr, et de Sidon ; ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris.

Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une vertu sortait de lui et les guérissait tous.

Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait :

Bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous.

Bienheureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés.

Bienheureux, vous qui pleurez maintenant, parce que vous rirez.

Bienheureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, et vous repousseront, et vous outrageront, et lorsqu’ils rejetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.

Réjouissez-vous en ce jour-là et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans le ciel.

Communion

Les âmes des Justes sont dans la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les touchera pas : aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, mais ils sont dans la paix

Office

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Première leçon. Observez tout avec diligence, et notamment comme quoi notre Seigneur monte avec les Apôtres et descend vers les foules. Comment la multitude eût-elle vu Jésus-Christ, si Jésus-Christ (ne fût venu pour elle) dans un lieu bas ? Elle ne le suit point sur les hauteurs, elle ne s’élève point jusqu’aux cimes. Ainsi dès que notre Seigneur descend, il trouve des infirmes ; ceux-ci ne peuvent demeurer sur les hauteurs, et de là vient que saint Matthieu nous apprend aussi que les malades ont été guéris dans des lieux peu élevés. Il faut d’abord que chacun d’eux soit guéri, afin que peu à peu, et dans la mesure du progrès de ses forces, il puisse gravir la montagne. Notre Seigneur les guérit tous dans un lieu très bas, c’est-à-dire qu’il retire (le pécheur de l’abîme) de ses passions et remédie à son aveuglement. Il s’abaisse jusqu’à nos plaies, afin qu’en nous rapprochant en quelque sorte et nous enrichissant de sa nature divine, il nous rende participants de son céleste royaume.

Seconde leçon. « Bienheureux êtes-vous, ô pauvres ! Parce qu’à vous appartient le royaume de Dieu ». Saint Luc ne mentionne que quatre béatitudes, tandis que saint Matthieu en énumère huit, mais dans les huit sont comprises les quatre, et ces quatre renferment les huit. Saint Luc a tout ramené aux quatre vertus cardinales ; saint Matthieu en citant huit béatitudes, nous a dévoilé un nombre mystique. Beaucoup de Psaumes, en effet, sont intitulés ainsi : Pour les huit ou l’Octave (Pro octava) ; et vous recevez le commandement de vous mettre en état de participer en quelque manière à ces huit bénédictions. Comme l’octave, ou le nombre huit, exprime l’accomplissement parfait de notre espérance, il exprime de même la plénitude des vertus.

Troisième leçon. Examinons d’abord ce qu’il y a de plus important. (Vous êtes) « bienheureux, ô pauvres, dit notre Seigneur, parce qu’à vous appartient le royaume de Dieu ». Saint Matthieu et saint Luc énoncent tous deux en premier lieu cette béatitude ou bénédiction. Elle vient, en effet, au premier rang et est, en quelque sorte, la mère et la génératrice des vertus, car celui qui aura dédaigné les biens du siècle, méritera les biens éternels, tandis qu’il ne pourra mériter le royaume céleste celui qui, se trouvant embarrassé par les cupidités de ce monde, n’a pas le courage de s’en dégager.

Préparons nos âmes aux grâces que le ciel s’apprête à verser sur la terre, en retour des hommages de celle-ci. Telle sera demain l’allégresse de l’Eglise, qu’elle semblera déjà se croire en possession de l’éternité. Aujourd’hui pourtant, c’est sous les livrées de la pénitence qu’elle se montre à nos yeux, confessant bien qu’elle n’est qu’une exilée. Avec elle, jeûnons et prions. Nous aussi, que sommes-nous que des voyageurs, en ce monde où tout passe et se hâte de mourir ? D’années en années, la solennité qui va s’ouvrir compte parmi nos compagnons d’autrefois des élus nouveaux qui bénissent nos pleurs et sourient à nos chants d’espérance. D’années en années, le terme se rapproche où nous-mêmes, admis à la fête des cieux, recevrons l’hommage de ceux qui nous suivent, et leur tendrons la main pour les aider à nous rejoindre au pays du bonheur sans fin. Sachons, dès cette heure, affranchir nos âmes ; gardons nos cœurs libres, au sein des vaines sollicitudes, des plaisirs faux d’une terre étrangère : il n’est pour l’exilé d’autre souci que celui de son bannissement, d’autre joie que celle où il trouve l’avant-goût de la patrie.

 

 

 

Lire la suite

Saints Simon et Jude apôtres

28 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saints Simon et Jude apôtres

Collecte

O Dieu, vous nous avez accordé la grâce de parvenir à la connaissance de votre nom par vos bienheureux Apôtres Simon et Jude : faites qu’en progressant nous célébrions leur gloire éternelle et en la célébrant nous progressions.

Office

AU PREMIER NOCTURNE.
Commencement de l’Épître catholique de saint Jude, Apôtre.
Première leçon. Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques, à ceux qui sont aimés de Dieu le Père, et conservés et appelés en Jésus-Christ. Que la miséricorde, la paix et la charité abondent en vous. Mes bien-aimés, me sentant pressé de vous écrire touchant, votre salut commun, j’ai dû écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi, qui a été déjà transmise aux saints. Car il s’est introduit parmi vous quelques hommes impies (qui depuis longtemps ont été prédestinés à ce jugement), changeant la grâce de notre Dieu en luxure, reniant notre seul Maître et Seigneur, Jésus-Christ.
Deuxième leçon. Or je veux vous rappeler, à vous qui savez déjà toutes ces choses, que Jésus, ayant délivré le peuple de la terre d’Egypte, perdit ensuite ceux qui ne crurent point ; que, quant aux anges qui ne conservèrent pas leur première dignité, mais qui abandonnèrent leur propre demeure, il les mit en réserve pour le jugement du grand jour, dans les chaînes éternelles et de profondes ténèbres. C’est ainsi que Sodome et Gomorrhe, et les villes voisines livrées aux mêmes excès d’impureté, et courant après d’infâmes débauches, sont devenues un exemple, en souffrant la peine d’un feu éternel. Et cependant, c’est de la même manière que ceux-ci se souillent encore, qu’ils méprisent la domination, et qu’ils blasphèment la majesté.
Troisième leçon. Lorsque l’Archange Michel, disputant avec le diable, lui contestait le corps de Moïse, il n’osa pas le condamner avec des paroles de malédiction, mais il dit : Que le Seigneur te commande. Mais ceux-ci blasphèment tout ce qu’ils ignorent. Malheur à eux, parce qu’ils sont rentrés dans la voie de Caïn, et que, s’égarant comme Balaam, ils ont, pour le gain, rompu toute digue, et se sont perdus dans la rébellion de Coré. Ils font le déshonneur de leurs festins, se paissant eux-mêmes ; nuées sans eau que les vents emportent ça et là ; arbres qui ne fleurissent qu’en automne, stériles, deux fois morts, déracinés ; vagues furieuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ; astres errants auxquels une tempête de ténèbres est réservée pour l’éternité.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Quatrième leçon. Simon le Chananéen, qui fut nommé aussi le Zélé et Thaddée, appelé encore dans l’Évangile Jude, frère de Jacques, auteur d’une des Épîtres catholiques, ont parcouru, l’un l’Egypte et l’autre la Mésopotamie, en prêchant l’Évangile. Ils se réunirent ensuite en Perse, où ils engendrèrent à Jésus-Christ d’innombrables enfants. Ayant répandu la semence de la foi dans ces vastes régions et parmi des peuples barbares, ils firent resplendir ensemble d’un vif éclat le très saint nom de Jésus-Christ par leur doctrine et leurs miracles, et finalement par un glorieux martyre.
Le reste du deuxième nocturne au commun

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Augustin, Évêque.
Septième leçon. Dans la leçon de l’Évangile qui a précédé celle de ce jour, le Seigneur avait dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez, et que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donne. » Et voilà qu’il leur dit à présent « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » Ceci doit nous faire comprendre que c’est là notre fruit, ce fruit dont il disait : « C’est moi qui vous ai choisis, pour que vous alliez, et que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Et quant à la parole ajoutée à la suite : « Afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne ; » le Père nous le donnera certainement, si nous nous aimons les uns les autres ; puisque lui-même, de son côté, nous a donné ce commandement d’amour, en nous choisissant, quoique dépourvus de fruit ; car, sans que nous l’ayons choisi les premiers, il nous a établis pour que nous rapportions du fruit, c’est-à-dire pour que nous nous aimions les uns les autres.
Huitième leçon. Notre fruit, c’est donc la charité, cette charité définie par l’Apôtre, venant « d’un cœur pur, d’une bonne conscience, et d’une foi non feinte. » Par elle, nous nous aimons les uns les autres ; par elle, nous aimons Dieu ; et en effet, nous ne nous aimerions pas mutuellement, si nous n’aimions pas Dieu ; car, on n’aime son prochain comme soi-même qu’autant que l’on aime Dieu, attendu que celui qui n’aime pas Dieu, ne s’aime pas soi-même. « En ces deux commandements » d’amour « se renferment toute la loi et les Prophètes. » Voilà notre fruit, ce fruit que Jésus nous ordonne de porter, quand il dit : « Ce que je vous ordonne, c’est de vous aimer les uns les autres. » De là vient que l’Apôtre saint Paul, voulant recommander les fruits de l’Esprit, en opposition avec les œuvres de la chair, a mis en premier lieu cet amour : « Le fruit de l’Esprit, dit-il, c’est la charité. » Après quoi il énumère tout à la suite les autres biens qui ont la charité pour principe, et qui s’y rattachent ; ce sont : « La joie, la paix, la longanimité, la douceur, la bonté, la foi la mansuétude, la continence, la chasteté. »
Neuvième leçon. Or, a-t-il une joie raisonnable, celui qui n’aime pas le bien dont il se réjouit ? Peut-on avoir une paix véritable avec quelqu’un, si ce n’est avec celui qu’on aime sincèrement ? Est-on longanime, patient à persévérer dans la pratique du bien, si l’on n’a point la ferveur de l’amour ? Est-on bienveillant, à moins d’aimer celui qu’on assiste ? Qui est bon, s’il ne le devient en aimant ? Est-on croyant, d’une foi salutaire, si l’on ne croit de cette foi qui opère ? Quelle mansuétude est utile si la dilection ne la règle ? Comment s’abstenir de ce qui déshonore, à moins d’aimer ce qui honore ? C’est donc avec raison que le bon Maître recommande si fréquemment la dilection, comme s’il n’avait rien à prescrire que cette vertu, sans laquelle ne peuvent servir les autres biens, et qu’on ne peut avoir sans avoir aussi les autres biens, qui rendent l’homme vraiment bon.

Lire la suite

Dernier Dimanche d’Octobre : le Christ-Roi

25 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Dernier Dimanche d’Octobre : le Christ-Roi

Introït

L’Agneau qui a été égorgé, est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur. A Lui la gloire et le pouvoir dans les siècles des siècles. O Dieu, donnez au Roi votre jugement : et au Fils du Roi votre justice.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez voulu restaurer tout dans la personne de votre Fils bien-aimé, le Roi de l’univers : accordez dans votre bonté, que toutes les familles des nations, qui vivent en désaccord à cause de la blessure du péché, se soumettent à son très doux pouvoir. Lui qui vit

Épitre Col. 1, 12-20

Mes Frères : Rendons grâces à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière, qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, par son sang et la rémission des péchés ; qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature. Car c’est par lui que toutes choses ont été créées dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit Trônes, soit Dominations, soit Principautés, soit Puissances : tout a été créé par lui, et en lui ; et lui-même est avant tous, et tout subsiste en lui. Et lui-même est le chef du corps de l’Église : il est le principe, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses il garde la primauté ; parce qu’il a plu au Père que toute plénitude habitât en lui ; et de se réconcilier par lui toutes choses, pacifiant par le sang de sa croix, soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux, en Jésus-Christ Notre-Seigneur

Évangile Jn. 18, 33-37

En ce temps-là : Pilate dit à Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?

Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les princes des prêtres t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ?

Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n’est point d’ici.

Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ?

Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Voici pourquoi je suis né, et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix.

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice de la réconciliation de l’homme : faites, nous vous prions, que Celui que nous immolons dans ce sacrifice, accorde Lui-même à toutes les nations les dons d’unité et de paix Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur : Qui vit.

Office

AU PREMIER NOCTURNE.

De l’Épître de saint Paul Apôtre aux Colossiens.

Première leçon. Chap. 1, 3-8 Nous ne cessons de rendre grâces à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus, et la charité que vous avez à l’égard de tous les Saints, en raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux. Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, la Bonne Nouvelle, qui est parvenue chez vous de même que dans le monde entier elle fructifie et se développe ; chez vous elle fait de même depuis le jour où vous avez appris et compris dans sa vérité la grâce de Dieu. C’est Épaphras, notre cher compagnon de service, qui vous en a instruits ; il nous supplée fidèlement comme ministre du Christ, et c’est lui-même qui nous a fait connaître votre dilection dans l’Esprit.
Deuxième leçon. Chap. 1, 9-17 C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous avons reçu ces nouvelles, nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. Vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur et qui Lui plaise en tout : vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et grandirez dans la connaissance de Dieu ; animés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et endurance ; avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des Saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. Il est l’image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
Troisième leçon. Chap. 1, 18-23 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : II est le Principe, Premier-Né d’entre les morts, (il fallait qu’il obtînt en tout la primauté), car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. Vous-mêmes, qui étiez devenus jadis des étrangers et des ennemis, par vos pensées et vos œuvres mauvaises, voici qu’à présent II vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche. Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l’espérance promise par l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre.
 

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

De la lettre encyclique du Pape Pie XI.

Quatrième leçon. L’Année sainte ayant offert plus d’une occasion de glorifier la royauté du Christ, Nous agirons, semble-t-il, de manière pleinement conforme à Notre charge apostolique si, répondant aux demandes qui Nous ont été adressées individuellement ou en commun par de très nombreux cardinaux, évêques et fidèles, Nous terminons cette année en introduisant dans la liturgie de l’Église une fête spéciale de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi. Que le Christ soit appelé Roi au sens figuré, en raison du degré suprême d’excellence par lequel il surpasse et domine toutes les créatures, c’est là depuis longtemps un usage communément reçu. On dit ainsi de lui qu’il règne "sur les esprits des hommes", non pas tant à cause de la pénétration de son intelligence ou de la profondeur de sa science que parce qu’il est lui-même la Vérité et que les hommes doivent puiser en lui la vérité et l’accepter avec soumission ; il règne de même "sur les volontés des hommes", non seulement parce qu’à la sainteté de la volonté divine correspondent en lui l’intégrité et l’obéissance parfaites de la volonté humaine, mais aussi parce qu’il donne à notre volonté libre les inspirations qui la portent à s’enflammer pour de nobles buts. Le Christ est enfin reconnu "Roi des cœurs" en raison de sa "charité qui surpasse toute connaissance", ainsi que de sa bonté et de sa tendresse qui attirent les âmes : personne n’a jamais eu et personne n’aura jamais à l’avenir le privilège d’être aimé par toutes les nations, comme l’a été le Christ Jésus. Mais, pour entrer plus profondément dans notre sujet, nul ne saurait nier que le titre de roi et le pouvoir royal doivent, au sens propre du mot, être reconnus au Christ Homme ; c’est seulement en tant qu’il est homme qu’il a reçu du Père "la puissance, l’honneur et la royauté" ; en effet, le Verbe de Dieu, qui a la même substance que le Père, possède nécessairement tout en commun avec le Père et il a donc le pouvoir suprême et absolu sur toutes les créatures.
Cinquième leçon. Le fondement sur lequel reposent cette dignité et cette puissance de Notre-Seigneur est bien Indiqué par Cyrille d’Alexandrie en ces termes : "II possède, en résumé, sur toutes les créatures, un pouvoir qui n’a pas été conquis par la violence, ni reçu d’ailleurs, mais il l’a par son essence et sa nature" ; sa souveraineté se fonde en effet sur cette union admirable qu’on appelle hypostatique. Il en résulte non seulement que le Christ doit être adoré comme Dieu par les anges et par les hommes, mais aussi que les anges et les hommes doivent obéir et se soumettre au pouvoir de cet Homme : ainsi, même au seul titre de l’union hypostatique, le Christ possède l’autorité sur toutes les créatures. Si nous voulons maintenant expliquer brièvement la grandeur et la nature de cette dignité, il est à peine nécessaire de dire qu’elle comporte trois pouvoirs, à défaut desquels elle ne peut guère se concevoir. Des témoignages recueillis dans la Sainte Écriture et concernant la suprématie universelle de notre Rédempteur le montrent de manière surabondante et il faut le croire de foi catholique : le Christ Jésus a été donné aux hommes comme le Rédempteur en qui ils doivent avoir confiance, mais aussi comme le législateur à qui ils doivent obéir. Les évangiles ne rapportent pas tant qu’il a établi des lois qu’ils ne le font voir lui-même établissant ces lois : tous ceux qui observeront ces préceptes, déclare le divin Maître en divers endroits et en des termes différents, prouveront leur charité envers lui et demeureront en son amour. Quant au pouvoir judiciaire, Jésus déclare lui-même aux Juifs qu’il lui a été attribué par le Père, lorsque ceux-ci l’accusent d’avoir violé le repos du sabbat en guérissant miraculeusement un malade : "Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils". Ce pouvoir comporte également pour lui le droit (car cette prérogative ne peut être séparée du jugement) de décerner aux hommes encore vivants des récompenses et des châtiments. Mais il faut encore reconnaître au Christ le pouvoir qu’on appelle exécutif : la nécessité d’obéir à son commandement s’impose en effet à tous et cela sous la menace faite aux rebelles de supplices auxquels nul ne saurait se soustraire.
Sixième leçon. Il n’en est pas moins vrai que cette royauté est principalement de nature spirituelle et se rapporte aux réalités spirituelles, ainsi que le montrent les textes bibliques que nous avons rappelés et comme le Christ Seigneur le confirme par sa façon d’agir. En plus d’une occasion en effet, comme les Juifs et les Apôtres eux-mêmes croyaient faussement que le Messie allait rendre la liberté au peuple et rétablir le royaume d’Israël, il leur enleva et détruisit cette opinion et cette espérance vaines ; lorsque la foule d’admirateurs qui l’environnaient voulut le proclamer roi, il refusa le nom et l’honneur, en fuyant et en se cachant ; devant le magistrat romain, il déclara que son royaume n’était pas "de ce monde". Le royaume qu’il propose dans les évangiles est tel que les hommes doivent se préparer à y entrer en faisant pénitence, mais qu’ils ne peuvent y entrer que par la foi et par le baptême, lequel, tout en étant un rite extérieur, signifie et opère cependant la régénération intérieure ; il s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres et il demande à ses membres non seulement que, détachant leur cœur des richesses et des biens terrestres, ils pratiquent la douceur et aient faim et soif de la justice, mais encore qu’ils renoncent à eux-mêmes et portent leur croix. Comme le Christ Rédempteur a acquis l’Église par son sang et s’est offert et s’offre perpétuellement comme Prêtre en victime pour les péchés, qui ne voit que la fonction royale elle-même revêt le caractère de ces deux fonctions et y participe ? Ce serait d’ailleurs une grossière erreur de refuser au Christ Homme l’autorité sur les choses civiles, puisqu’il reçoit de son Père un pouvoir tellement absolu sur les êtres créés que tout est placé sous sa souveraineté. C’est pourquoi, par Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi, qui devra être célébrée dans tout l’univers, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire le dimanche qui précède la fête de Tous les Saints. Nous ordonnons aussi que soit renouvelée chaque année en ce même jour la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Quel intérêt pour le Roi des siècles de devenir le roi des hommes ? Le Christ n’est pas roi d’Israël pour lever un tribut, pour équiper une armée ou pour combattre des ennemis visibles, mais pour gouverner les âmes, pour veiller à leur salut éternel, et pour conduire au royaume des cieux ceux qui croient, espèrent et aiment. Pour le Fils de Dieu égal au Père, Verbe "par qui tout fut fait", c’est donc une condescendance de consentir à être roi d’Israël et non une promotion. C’est la marque de sa miséricorde, bien loin d’être un accroissement de pouvoir. II est au ciel le Seigneur des anges celui qui reçoit sur terre le nom de roi des Juifs... Mais le Christ n’est-il que roi des Juifs ? Ne l’est-il pas de toutes les nations ? — Bien sûr que si ! Il l’avait dit prophétiquement : "J’ai été constitué par Dieu roi sur Sion, sa montagne sainte, je publierai le décret du Seigneur." Mais, puisqu’il s’agit de la montagne de Sion, on pourrait dire qu’il a été constitué roi des Juifs seulement, aussi les versets suivants déclarent-ils : "Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, c’est moi qui t’engendre aujourd’hui ; demande et je te donnerai les nations pour héritage et pour ta possession les confins de la terre."
Huitième leçon. Jésus répondit : "Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici." Voici l’enseignement que notre bon Maître a voulu nous donner ; mais il fallait d’abord nous faire connaître quelle fausse opinion les gens (païens ou juifs de qui Pilate l’avait recueillie) s’étaient faite sur le royaume de Dieu. Comme si le Christ avait été condamné à mort, pour avoir brigué un règne indu ou comme s’il avait fallu s’opposer prudemment au danger que son royaume aurait fait courir soit aux Romains, soit aux Juifs, étant donné la jalousie réciproque habituelle aux souverains !
Neuvième leçon. Le Seigneur aurait pu répondre : "Mon royaume n’est pas de ce monde", dès la première question du procurateur : "Es-tu le roi des Juifs ?". Mais il préféra interroger Pilate à son tour : "Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?", pour lui prouver d’après sa réponse qu’il s’agissait là d’une accusation jetée par les juifs devant le gouverneur. Ainsi le Christ nous dévoile-t-il les pensées des hommes dans toute leur vanité qu’il connaît fort bien. Après la réponse de Pilate, c’est donc avec plus d’à-propos encore qu’il peut rétorquer, s’adressant à la fois aux Juifs et aux païens : "Mon royaume n’est pas de ce monde."

Lire la suite
Publicité

DES CHOSES SUBTILES ET DES SIGNES SUFFISANTS

25 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Buenos Aires, le 2 Juillet, 2005

Buenos Aires, le 2 Juillet, 2005

Le cardinal Bergoglio reçoit "l'esprit" de pasteurs évangéliques.

Hashanah à la synagogue Bnei Tikva Slijot  Septembre 2007.

Hashanah à la synagogue Bnei Tikva Slijot Septembre 2007.

Le cardinal Bergoglio fait ses dévotions à la synagogue

DES CHOSES SUBTILES ET DES SIGNES SUFFISANTSDES CHOSES SUBTILES ET DES SIGNES SUFFISANTS

François l'amazonien se prépare à profaner la basilique Saint Pierre de Rome avec le culte idolâtrique de la Pachamama.

François avec un ami fidèle

François avec un ami fidèle

François introduit au Vatican la statue d'un "saint" dont il a la dévotion

François introduit au Vatican la statue d'un "saint" dont il a la dévotion

François embrasse les mains de ses maîtres

François embrasse les mains de ses maîtres

Le Pape François auprès du Grand Imam d'Al-Azhar lors de la Rencontre interreligieuse à Abou Dhabi, le 4 février 2019.

Le Pape François auprès du Grand Imam d'Al-Azhar lors de la Rencontre interreligieuse à Abou Dhabi, le 4 février 2019.

Abou Dhabi: signature d'une déclaration historique
Le Pape François et le Grand Imam d'Al-Azhar Ahmad Al-Tayeb formulent une forte condamnation du terrorisme et de la violence : «Dieu ne veut pas que son nom soit utilisé pour terroriser les gens», précisent-ils dans ce texte qui se penche notamment sur la paix, la liberté religieuse et les droits des femmes.
 

Andrea Tornielli - Abou Dhabi

Le Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune signé cet après-midi à Abou Dhabi par le Pape François et le Grand Imam d'Al-Azhar, Ahmad Al-Tayeb, constitue non seulement une étape importante dans les relations entre le christianisme et l'islam, mais c'est aussi un message qui a un fort impact sur la scène internationale. En préface, après avoir affirmé que «la foi amène le croyant à voir dans l'autre un frère à soutenir et aimer», le texte est présenté comme «un document raisonné avec sincérité et sérieux", qui invite "toutes les personnes qui portent dans leur cœur la foi en Dieu et la foi en la fraternité humaine, à s'unir et travailler ensemble».

Le document débute par une série d'invocations: le Pape et le Grand Imam parlent «au nom de Dieu qui créa tous les êtres humains égaux en droits, devoirs et dignité», «au nom de l'âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer», «au nom des pauvres», des «orphelins et des veuves, des réfugiés et des exilés, de toutes les victimes de guerres» et «de persécutions». Al-Azhar, avec l'Église catholique «déclarent adopter la culture du dialogue comme cheminement; la collaboration commune comme trajectoire; la connaissance mutuelle comme méthode et critère».

Avec ce document, «nous demandons à nous-mêmes, et aux dirigeants du monde, aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale, de s’engager sérieusement à répandre la culture de la tolérance, de la cohabitation et de la paix ; d'intervenir le plus rapidement possible pour arrêter l’effusion de sang innocent et mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation de l'environnement et au déclin culturel et moral que vit actuellement le monde».

Diffuser des valeurs de paix et de justice

Les deux chefs religieux demandent aux hommes de religion et de culture, ainsi qu'aux médias, de redécouvrir et de diffuser «les valeurs de paix, de justice, de bonté, de beauté, de fraternité humaine et de coexistence commune». Et ils affirment croire «fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne, on trouve une conscience humaine anesthésiée, l'aliénation des valeurs religieuses, ainsi que la domination de l'individualisme et des philosophies matérialistes».

Tout en reconnaissant les avancées positives de la civilisation moderne, la déclaration insiste sur «la détérioration de l'éthique, qui conditionne l'action internationale, ainsi que l'affaiblissement des valeurs spirituelles et le sens des responsabilités», ce qui conduit beaucoup de monde à «tomber dans le vortex de l'extrémisme athée et agnostique, ou dans l'intégrisme religieux, l'extrémisme et le fondamentalisme aveugle». L'extrémisme religieux et national ainsi que l'intolérance ont produit les signes d'une «troisième guerre mondiale en morceaux».

Le Pape et le Grand Imam affirment ainsi que «les profondes crises politiques, l'injustice et le manque de répartition équitable des ressources naturelles, qui ne profitent qu'à une minorité de riches au détriment de la majorité des peuples de la terre, ont généré, et continuent à le faire, énormément de malades, de nécessiteux et de morts, provoquant des crises fatales, dont sont victimes de nombreux pays... Face à ces crises, qui mènent des millions d’enfants, déjà réduits à un squelette humain, à mourir de faim, à cause de la pauvreté et de la famine, règne un silence international inacceptable».

«Il est évident que la famille est essentielle», tout autant que l'importance «de l'éveil du sens religieux» surtout chez les jeunes, «pour faire face aux tendances individualistes, égoïstes et conflictuelles, au radicalisme et à l'extrémisme aveugle sous toutes ses formes et manifestations». Les deux responsables religieux se souviennent que le Créateur nous a «offert le don de la vie pour le garder. Un don que personne n’a le droit d’enlever, de menacer ou de manipuler à sa guise. C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie, telles que les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement, l'euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela».

Ne pas exploiter les religions pour la violence

Ils déclarent en outre «fermement que les religions n'incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas de sentiments de haine, d'hostilité, d'extrémisme, ni d'appels à la violence ou à l'effusion de sang. Ces désastres sont le résultat d’une déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et même de l’interprétation de groupes d’hommes de religion». C'est pourquoi «nous demandons à tous de cesser d'exploiter les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l'extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d'utiliser le nom de Dieu pour justifier l'homicide, l'exil, le terrorisme et l'oppression». Le Pape et le Grand Imam se souviennent que «Dieu, le Tout-Puissant, n'a besoin d'être défendu par personne et ne veut pas que son nom soit utilisé pour terroriser les gens».

La Déclaration atteste que «la liberté est un droit de chaque personne : chacun jouit de la liberté de croyance, de pensée, d'expression et d'action. Le pluralisme et la diversité des religions, des couleurs, du sexe, de la race et de la langue sont une sage volonté divine». C’est de la «Sagesse Divine» que «dérivent le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différent. Pour cette raison, le document condamne le fait de forcer les personnes à adhérer à une religion ou à une culture donnée, ainsi qu’à imposer un style de civilisation que d’autres n’acceptent pas».

La déclaration atteste ensuite que «la protection des lieux de culte - temples, églises et mosquées - est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, les lois et les conventions internationales. Toute tentative d'attaquer des lieux de culte ou de les menacer par des attentats, explosions ou démolitions, constitue une déviation des enseignements des religions ainsi qu'une violation manifeste du droit international».

Lutter contre le terrorisme

Le texte évoque une nouvelle fois «le terrorisme exécrable qui menace la sécurité des personnes, tant à l'Est qu'à l'Ouest. La panique, la terreur et le pessimisme qui se propagent ne sont pas dus à la religion, même si les terroristes l'instrumentalisent, mais à l'accumulation d'interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d'injustice, d'oppression, d'arrogance. C’est pourquoi il est nécessaire de cesser de soutenir les mouvements terroristes à travers le financement, la fourniture d'armes, des planifications ou des justifications, voire même une couverture médiatique, et de considérer tout cela comme un crime international menaçant la sécurité et la paix dans le monde».

Le document indique qu'«il est nécessaire de s'engager pour établir dans nos sociétés le concept de citoyenneté à part entière et renoncer à l'utilisation discriminatoire du terme "minorités", qui porte les germes d'un sentiment d'isolement et d'infériorité».

La Déclaration définit comme «besoin indispensable» la reconnaissance du droit des femmes à l'éducation, au travail et à l'exercice de leurs droits politiques. «En outre, il faut œuvrer pour la libérer des pressions historiques et sociales contraires aux principes de sa propre foi et de sa dignité. Il est également nécessaire de le protéger de toute exploitation. C’est pourquoi nous devons mettre fin à toutes les pratiques inhumaines et à toutes les coutumes vulgaires qui humilient la dignité des femmes et œuvrer au changement des lois qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits».

Après avoir réaffirmé le droit des enfants à grandir dans un environnement familial, leur droit à l'alimentation et à l'éducation, les deux responsables religieux déclarent: «Nous devons condamner toute pratique qui viole la dignité des enfants ou leurs droits. Il est également important de se prémunir contre les dangers auxquels ils sont exposés, en particulier dans l'environnement numérique, et de considérer le trafic de leur innocence et toute violation de leur enfance comme un crime».

Enfin, «Al-Azhar et l’Église catholique demandent que ce document soit objet de recherches et de réflexions dans toutes les écoles, les universités et les instituts d’éducation et de formation». Ils espèrent que la Déclaration deviendra un «symbole de l'étreinte entre l'Orient et l'Occident, entre le Nord et le Sud».

  L'encyclique Fratelli Tutti a été signée le 3 octobre à Assise

L'encyclique Fratelli Tutti a été signée le 3 octobre à Assise

L’encyclique signée le 3 octobre 2020 à Assise par le pape François constitue une longue exhortation à la fraternité humaine.[Sans Jésus-Christ] Mais le Souverain pontife y lance ou renouvelle également des appels plus concrets.

1- Pour une « réforme » de l’ONU

« Je rappelle qu’il faut une réforme de l’Organisation des Nations Unies », déclare le pape François dans le cinquième chapitre de Fratelli Tutti. Pour lui, il faut travailler à l’élaboration d’une structure qui éviterait d’une part que l’autorité « ne soit cooptée par quelques pays » et qui, d’autre part, serait en capacité d’ « empêcher des impositions culturelles ou la violation des libertés fondamentales des nations les plus faibles à cause de différences idéologiques ». Le Souverain pontife, qui avait adressé un message vidéo le 25 septembre dernier  à l’Assemblée générale des Nations unies, note toutefois qu’« il est à éviter que cette Organisation soit délégitimée, parce que ses problèmes ou ses insuffisances peuvent être affrontés ou résolus dans la concertation ».

2- Pour l’interdiction universelle de la peine de mort[Réservée aux innocents]

« Aujourd’hui, nous disons clairement que la peine de mort est inadmissible », affirme le pontife argentin  au chapitre sept, reprenant des propos tenus lors d’un discours prononcé à l’occasion du 25e anniversaire du Catéchisme de l’Église catholique, en 2017. L’Église, assure-t-il, « s’engage résolument à proposer qu’elle soit abolie dans le monde entier ». Ce rejet total est pour lui une manière de reconnaître « l’inaliénable dignité de tout être humain ». Entrent également dans cette condamnation absolue de la peine de mort les « exécutions dites extrajudiciaires ou extra-légales » qui sont « des meurtres délibérés commis par certains États et par leurs agents ».

 

3- Pour l’accueil des migrants [Promotion de l'invasion islamique]

« L’Europe […] a les instruments pour défendre la centralité de la personne humaine et pour trouver le juste équilibre entre le double devoir moral de protéger les droits de ses propres citoyens, et celui de garantir l’assistance et l’accueil des migrants », explique le pape François au premier chapitre de Fratelli Tutti, avant de consacrer un chapitre entier, le quatrième, à la question migratoire. Fustigeant ceux qui considèrent et traitent les migrants comme des personnes ayant « moins de valeur, moins d’importance, dotées de moins d’humanité », l’évêque de Rome juge « inacceptable que les chrétiens partagent cette mentalité et ces attitudes, faisant parfois prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions profondes de leur foi ».

 

4- Pour la fin de toutes formes d’esclavage [Le seul mortel celui du péché]

« Aujourd’hui, encore des millions de personnes – enfants, hommes et femmes de tout âge – sont privées de liberté et contraintes à vivre dans des conditions assimilables à celles de l’esclavage », s’indigne le pontife argentin au début de l’encyclique. Il demande donc de s’attaquer à la racine du problème qu’il définit comme « cette conception de la personne humaine qui admet la possibilité de la traiter comme un objet ». Citant quelques formes modernes de l’esclavage, il se désole « quand des femmes sont malmenées, puis forcées à avorter » ou bien parle d’ « abomination » dans les cas de « séquestration en vue de trafic d’organes ». « Vaincre ce phénomène requiert un effort commun », insiste l’évêque de Rome.

 

5- Pour l’abolition du nucléaire

« L’objectif ultime de l’élimination totale des armes nucléaires devient à la foi un défi et un impératif moral et humanitaire », écrit le pape François au chapitre sept, rappelant une fois de plus la position de l’Église catholique sur le sujet. Il l’assure : « la paix et la stabilité internationales ne peuvent être fondées sur un faux sentiment de sécurité », « sur la menace d’une destruction réciproque ou d’un anéantissement total ». Pour le pontife, les fonds destinés aux armes nucléaires pourraient contribuer à « éradiquer une bonne fois pour toutes la faim » et aider au « développement des pays les plus pauvres ».

 

6- Pour des religions non-violentes [Il n'y a qu'une seule vraie religion, une seule qui relie à Dieu]

« Un cheminement de paix est possible entre les religions »,  affirme le pape François dans les toutes dernières pages de l’encyclique. Le successeur de Pierre y rappelle la vocation de tous les croyants : « l’adoration de Dieu et l’amour du prochain, de manière à ce que certains aspects de nos doctrines, hors de leur contexte, ne finissent pas par alimenter des formes de mépris, de haine, de xénophobie, de négation de l’autre ». Il insiste : « la vérité, c’est que la violence ne trouve pas de fondement dans les convictions religieuses fondamentales, mais dans leurs déformations ».

 

7- Pour l’unité de l’Église [L'Église est UNE, c'est un article du credo]

« Nous reconnaissons avec tristesse que la contribution prophétique et spirituelle de l’unité entre tous les chrétiens manque encore au processus de globalisation », se désole le pape François au chapitre huit de l’encyclique. Demandant à Dieu de « renforcer à l’intérieur de l’Église l’unité », il affirme qu’il est « urgent de continuer à témoigner d’un cheminement de rencontre entre les différentes confessions chrétiennes ».

 

DES CHOSES SUBTILES ET DES SIGNES SUFFISANTS
Le Pape propose un nouveau modèle éducatif mondial
Une nouvelle alliance éducative se dessine dans le «Pacte éducatif mondial» dévoilé virtuellement par le Pape, jeudi 15 octobre. Le Souverain pontife en a présenté dans un message vidéo les sept points transversaux: dignité de la personne, écoute des enfants, généralisation de l’instruction des petites filles, importance de la famille, éducation à l’accueil, autre appréhension des enjeux économiques et politiques, et sauvegarde de la Création; le tout de manière subsidiaire, polyédrique et solidaire, selon la méthode François.
 

Partant des conséquences du confinement dans le monde de l’éducation, le Pape François dresse un constat sans appel. «La covid a accéléré et amplifié nombre des urgences que nous rencontrons et en a révélé beaucoup d’autres. Les systèmes éducatifs du monde entier ont souffert de la pandémie aussi bien au niveau scolaire qu’académique».

Le confinement, catastrophe éducative

Selon le Souverain Pontife en effet, les plates-formes pédagogiques informatisées employées durant les confinements de part et d’autres «ont révélé non seulement une forte disparité des opportunités éducatives et technologiques, et de nombreux enfants et adolescents sont restés en arrière dans le processus naturel du développement pédagogique». Une «catastrophe éducative»: 10 millions d’enfants qui pourraient être obligés d’abandonner l’école à cause de la crise économique liée au coronavirus, selon les données d’agences internationales.

«Le pouvoir transformant de l’éducation»

Une crise globale, estime le Pape, qu’il faudra accompagner par «un nouveau modèle culturel».

En effet, «nous connaissons le pouvoir transformant de l’éducation: éduquer, c’est faire un pari et donner au présent l’espérance qui brise les déterminismes et les fatalismes par lesquels l’égoïsme du fort, le conformisme du faible et l’idéologie de l’utopiste veulent s’imposer souvent comme unique voie possible», relève l’évêque de Rome, s’interrogeant de la sorte: «Si les espaces éducatifs se conformaient aujourd’hui à la logique de la substitution et de la répétition et étaient incapables de générer et de montrer de nouveaux horizons dans lesquels l’hospitalité, la solidarité intergénérationnelle et la valeur de la transcendance fondent une nouvelle culture, ne serions-nous pas en train de manquer le rendez-vous avec ce moment historique?»

L’éducation, antidote à l’individualisme

«L’éducation est l’une des voies les plus efficaces pour humaniser le monde et l’histoire», a ensuite affirmé le Saint-Père.

«Elle est surtout une question d’amour et de responsabilité qui se transmet dans le temps, de génération en génération. L’éducation se propose comme l’antidote naturel à la culture individualiste, qui quelquefois dégénère en un véritable culte du "moi" et en un primat de l’indifférence. Notre avenir ne peut pas être la division, l’appauvrissement des facultés de pensée et d’imagination, d’écoute, de dialogue et de compréhension mutuelle

Pour cela, le Pape appelle de ses vœux une nouvelle époque d’engagement éducatif.

Un pacte audacieux, pensé pour la société civile

«Nous pensons que le temps est venu de conclure un pacte éducatif global pour et avec les jeunes générations, qui engage les familles, les communautés, les écoles et les universités, les institutions, les religions, les gouvernants, l’humanité entière, dans la formation de personnes matures».

Il s’agit d’avoir donc «l’audace nécessaire» pour surmonter les simplifications excessives plaquées sur l’utilité, le résultat (standardisé), la fonctionnalité et la bureaucratie qui confondent éducation et instruction et finissent par atomiser nos cultures, a aussi fait remarqué le Successeur de Pierre dans son message vidéo.

Sur la forme et la manière, le Pape insiste sur «une culture intégrale, participative et polyédrique».

Il s’adresse ainsi à tous les domaines, «aux hommes et aux femmes de la culture, de la science et du sport, aux artistes, aux opérateurs des médias, afin qu’eux aussi souscrivent à ce pacte et, par leur témoignage et leur travail, qu’ils se fassent promoteurs des valeurs de soin, de paix, de justice, de bien, de beauté, d’accueil de l’autre et de fraternité». Un appel fort à la société civile, car il ne faut pas «tout attendre de nos gouvernants; ce serait puéril. Nous disposons d’un espace de coresponsabilité pour pouvoir commencer et générer de nouveaux processus et transformations» (Encyclique Fratelli Tutti).

Les sept points du pacte

L’objectif est cette «capacité à faire harmonie», à former une «civilisation de l’harmonie», «de l’unité, où il n’y a pas de place pour cette mauvaise pandémie qu’est la culture du déchet». Le Souverain Pontife argentin a enfin conclu son message vidéo, martelant «que les grandes transformations ne se construisent pas dans les bureaux et cabinets», mais qu’il y a une «architecture de la paix», dans laquelle interviennent les diverses institutions et personnes d’une société, «chacune selon sa compétence mais sans exclure personne». 

Les sept points d'engagement du Pacte éducatif mondial:

- Mettre au centre de chaque processus éducatif la personne, sa valeur, sa dignité, afin de faire émerger sa spécificité, sa beauté, son unicité et, en même temps, sa capacité d’être en relation avec les autres et avec la réalité qui l’entoure, en repoussant les styles de vie qui favorisent la diffusion de la culture du rejet.

- Écouter la voix des enfants et des jeunes

- Favoriser la pleine participation des fillettes et des jeunes filles à l’instruction

- Voir dans la famille le premier et l’indispensable sujet éducateur

- Éduquer et nous éduquer à l’accueil, en nous ouvrant aux plus vulnérables et aux plus marginalisés

- Nous engager dans la recherche d’autres manières de comprendre l’économie, de comprendre la politique, de comprendre la croissance et le progrès, pour qu’ils soient vraiment au service de l’homme et de la famille humaine toute entière dans la perspective d’une écologie intégrale

- Sauvegarder et cultiver notre maison commune, en la protégeant de l’exploitation de ses ressources, en adoptant des styles de vie plus sobres et visant à l’utilisation complète des énergies renouvelables, respectueuses de l’environnement humain et naturel, selon les principes de subsidiarité, de solidarité, et l’économie circulaire.

La réaction de l'Unesco

À la suite du message vidéo du Pape François, la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay a appuyé ses propos, rappelant quelques données. 1,6 milliard d’élèves et d’étudiants dans le monde ont été privés de leurs salles de classes depuis l'apparition de la pandémie. «40 % des pays les moins favorisés qui n’ont pas été en mesure de déployer des dispositifs spécifiques pour la continuité des apprentissages». La nécessité d’un nouvel agenda, d’un nouvel engagement de toute la société pour l’éducation s'impose. «Un Pacte appelé de ses vœux par Sa Sainteté, qui considère l’éducation dans toute sa portée globale, partagée, intégrale, a vocation à être au cœur de cette refondation», a-t-elle assuré. 

Bill Gates se rapproche du Pape pour un nouveau pacte éducatif

Les financiers potentiels du Pacte pour l’éducation du pape François selon Jeffrey Sachs : l’ONU, le FMI, l’UE, Bill Gates et quelques autres grands de ce monde

L’économiste américain, Jeffrey Sachs, partisan avoué du contrôle de la population, a annoncé au Vatican le nom de certains partenaires financiers potentiels du Pacte mondial pour l’éducation que le pape François lancera le 14 mai prochain en vue de créer un « nouvel humanisme ». Sur la liste – présentée sur écran lors d’un atelier sur ledit Pacte organisé à l’Académie pontificale des sciences les 6 et 7 février derniers – figurent le milliardaire américain Bill Gates, le magnat des affaires le plus riche de Chine, Jack Ma, Mukesh Ambani, patron de la plus grosse société pétrochomique de l’Inde et l’homme le plus riche d’Asie, l’UNESCO et plusieurs autres agences des Nations Unies, ainsi que la Banque islamique de développement.

Une grande partie des informations et des développements de cet article sont repris dans l’excellent article publié hier par Diane Montagna sur LifeSiteNews, en particulier le compte-rendu de son très révélateur entretien avec Mgr Sanchez Sorondo, organisateur de l’atelier.

Entre l’éducation et la réduction de la fertilité, il y a un lien que les malthusiens contemporains soulignent volontiers. Le propre chancelier de l’Académie pontificale des sciences, Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, avait affirmé lors d’un précédent colloque sur la biodiversité – où il n’avait pas hésité à inviter des partisans de premier plan de la contraception et de l’avortement – que les femmes ayant un plus haut degré d’instruction ont en moyenne moins d’enfants que les autres. Il présentait cela comme une sorte de solution éthique pour que les femmes « aient un ou deux enfants au lieu de sept ».

Notez qu’un tel taux de fécondité serait globalement suicidaire : pour remplacer les générations dans les pays développés, il faut 2,1 enfant par femme, nettement plus dans les pays pauvres. Même là où mortalité maternelle et infantile sont peu importantes, ce sont les familles nombreuses qui doivent compenser l’absence d’enfants chez les femmes qui pour diverses raisons ne peuvent ou ne veulent en avoir.

Sachs et plusieurs de ces bailleurs de fonds potentiels mettent égalemennt l’éducation en avant comme un moyen essentiel pour réduire à terme la population mondiale, au motif que les couples – et surtout les femmes – instruits ont des bébés plus tard et comprennent l’avantage matériel qu’il peut y avoir à avoir moins d’enfants.

Les ambitions du Pacte mondial pour l’éducation sont extrêmement élevées. Jeffrey Sachs a ainsi déclaré qu’il avait « parlé avec certaines des personnes les plus riches du monde » : il se dit convaincu de la possibilité de faire abonder un fonds pour l’éducation à hauteur de 26 milliards de dollars par an.

« Voici où nous allons trouver les fonds », a-t-il proclamé en présentant une diapositive intitulée « Partenaires pour le Pacte mondial pour l’éducation et un nouveau fonds pour l’éducation ». En voici la transcription :

Gouvernements donateurs
L’Union européenne
Les grands philanthropes (Bill Gates, Jack Ma, Mukesh Ambani)
Banque islamique de développement
UNESCO, UNICEF, autres agences des Nations unies
Fonds monétaire international
Les promoteurs des ODD du Secrétaire général de l’ONU
L’ONG Global Citizens
« Youth for the Future »

La plupart de ces financeurs potentiels se distinguent par leur hostilité militante à l’égard des principes du catholicisme : on les retrouve généralement à travers le monde dans les entreprises de promotion de la « santé reproductive ». Parmi leur nombre : le programme 2030 des Objectifs du développement durable (ODD) de l’ONU.

« Global Citizens » se présente comme un « mouvement de citoyens » ayant pour objectif de combattre l’extrême pauvreté. Ses leaders, financiers et artistes sont un véritable catalogue des grands de ce monde. Cette ONG milite pour les « droits gays » et a félicité le Canada pour son action en faveur de « l’avortement sûr ». Parmi ses sponsors, pas une seule institution ou association caritative catholique.

Outre ses entretiens apparemment fructueux avec Bill Gates, Jack Ma et Mukesh Ambani, ainsi que les responsables de la Banque islamique de développement, Jeffrey Sachs a évoqué ses pourparlers avec le Fonds monétaire international. Il estime donc pouvoir compter sur le FMI qui l’a assuré, dit-il, de son « engagement total » au service du Pacte. Le conseiller du pape François en matière de « changement climatique » a également annoncé aux participants à l’« Atelier sur l’éducation : le Pacte mondial » que l’ONG Global Citizens comprend « de nombreuses stars du rock et certains des artistes les plus célèbres du monde ».

Mieux : Greta Thunberg et d’autres jeunes sont « prêts à s’y joindre ». Youpi !

Jeffrey Sachs a en outre déclaré qu’en consacrant 26 milliards de dollars à l’Afrique on pourrait de « scolariser tous les enfants africains jusqu’au niveau secondaire ». Avec les programmes d’éducation de l’UNESCO ?

« Le pape François est notre plus grand mobilisateur de (vie) décente dans le monde, et lorsque le pape François appelle à un Pacte mondial pour l’éducation, profitons de l’occasion pour mobiliser le financement de base afin que cela devienne une réalité, et pas seulement une grande idée », a-t-il lancé aux participants.

Jeffrey Sachs, désormais figure incontournable des réunions de l’Académie pontificale des sciences, a également déclaré : « Je crois que si nous nous recommandons du pape François, avec son leadership unique au monde, pour aller chercher ces fonds, si chacun d’entre nous va frapper à la porte de son milliardaire préféré, de ses voisins, des gens qui peuvent faire la différence, nous y arriverons, même d’ici au mois de mai. »

Sachs a ajouté que « certaines personnalités les plus riches du mondeé veulent être à Rome lors du lancement du Pacte mondial pour l’éducation de mai 2020. « Mais je pense qu’il faut clarifier le fait qu’une partie de l’objectif n’est pas seulement le merveilleux but de l’amélioration du contenu, mais qu’il s’agit en fait de faire en sorte que les enfants aient une salle de classe et un siège pour qu’ils puissent bénéficier de ce contenu. »

Si l’objectif d’offrir une éducation de qualité aux enfants du monde entier est incontestablement noble, note Diane Montagna, il est souvent assorti de conditions.

Jeffrey Sachs préconise depuis longtemps la réduction de la population, en particulier en Afrique subsaharienne, en éduquant les filles à « la santé sexuelle et reproductive, et sur les options de contraception ». Il est lui-même favorable à l’avortement légal, en particulier pour réparer les ratés de la contraception.

D’ailleurs, le « lien de causalité » entre le niveau d’éducation et le contrôle de la population a été soulevé lors de cet atelier de deux jours à l’Académie pontificale des sciences.

Dans un exposé sur « l’interaction de l’éducation avec la santé et la démographie de la population », David E. Bloom, professeur d’économie et de démographie à Harvard, a souligné comme un élément positif le fait que l’éducation « réduit les taux de fécondité et de croissance de la population ».
Le développement de l’éducation « est probablement mieux abordé de manière multisectorielle, par un mélange de politiques de santé, de population et d’éducation – en particulier celles qui promeuvent la santé des enfants comme les soins prénataux, la vaccination des enfants et les investissements dans les infrastructures d’eau et d’assainissement des écoles », a-t-il ajouté.
Bloom a cependant évité d’exprimer en ce lieu sa conviction – développée de longue date – selon laquelle la promotion de l’éducation implique également, selon ses propres termes, de fournir « un accès accru aux services de planification familiale » et de « répondre aux besoins considérables non satisfaits en matière de contraception », ainsi qu’il l’écrivait dans une tribune publiée par le New York Times en mai 2011.

Il y affirmait que le « défi de taille » de la croissance démographique en Afrique (selon ses estimations, les femmes africaines ont 4,5 enfants en moyenne) implique également de « modérer les taux élevés de fécondité désirée » observés sur une grande partie du continent. Cela « se produira naturellement à mesure que le statut et l’éducation des femmes s’amélioreront et que les couples reconnaîtront de plus en plus qu’ils seront mieux lotis avec des familles moins nombreuses », écrivait-il.

L’annonce par Jeffrey Sachs que Bill Gates était un partenaire financier potentiel pour le Pacte mondial pour l’éducation du pape François a été suivie quelques jours plus tard, le 10 février, par la publication de la lettre annuelle de la Fondation Bill et Melinda Gates annonçant que « la crise climatique et l’égalité des sexes » sont devenues des priorités pour leurs futurs dons « philanthropiques ».

Melinda Gates affirme dans cette lettre qu’elle veut concentrer ses propres efforts sur l’égalité des sexes, y compris les « droits reproductifs ». « Mon parcours d’engagement public a commencé avec le planning familial », écrit-elle. « Il y a plus de 200 millions de femmes dans les pays en développement qui ne veulent pas tomber enceintes mais qui n’utilisent pas de contraceptifs modernes. »

Elle y déclare en outre que sa fondation, qui travaille en étroite collaboration avec Jeffrey Sachs, a depuis lors renforcé ses « engagements en matière de planning familial » tout en développant « des stratégies qui donnent la priorité à l’égalité des sexes ».

Au début de ce mois, Edward Pentin du National Catholic Register a indiqué que le Vatican s’était « rapproché » de la Fondation Gates au cours des derniers mois. Des sources fiables ont indiqué au Register qu’en novembre dernier, le pape François avait reçu Melinda Gates lors d’une audience privée qui n’a reçu aucune publicité.

Dans une interview accordée en 2018, Obianuju Ekeocha, militante pro-vie et auteur de Target Africa, notait que le pape François (à l’instar de Jean-Paul II) avait dénoncé le phénomène croissant des pays, entités et fondations occidentales qui viennent en Afrique avec de l’« aide » et des « dons » assortis de « conditions ».

Mme Ekeocha, une scientifique de la médecine biomédicale née au Nigeria et résidant actuellement au Royaume-Uni, expliquait alors :

« Ils avancent dans leurs projets d’aide humanitaire, nous font des cadeaux, et en même temps essaient de nous amener à nous aligner avec eux sur le plan idéologique sur des questions qui sont assez importantes pour les Africains : des questions comme l’avortement, la contraception, le contrôle de la population, ce qui se passe avec la jeunesse et la sexualité humaine, l’identité sexuelle. (…) Ils introduisent cela dans le cadre de leurs projets d’aide aux pays en développement, et c’est en fait assez dangereux pour nous parce que c’est nous qui sommes leur cible. Non seulement nous recevons l’argent, mais nous recevons aussi tout ce qui va avec, tout ce qui menace maintenant de porter atteinte à notre propre vision et à nos valeurs culturelles. »

Elle ajoutait que l’Église est « en plein cœur de la tempête », identifiant la Fondation Gates comme l’une des principales fondations qui se présentent comme « amie » et essaient de « s’associer avec l’Église, parce que l’Église dispose d’un si grand réseau partout sur le continent africain ». « L’Eglise voit alors des programmes de contraception, des programmes de préservatifs cibler les enfants. Les évêques s’expriment et appellent cela par son nom : de l’impérialisme culturel ou du néocolonialisme idéologique. »

« L’Eglise doit être le rempart face à ces initiatives », ajoutait-elle.

En 2012, Mme Ekeocha écrivait une lettre ouverte à Melinda Gates en réponse à son plan et à sa promesse de « planter les graines » de son « héritage » – en rassemblant 5 milliards de dollars de promesses – dans 69 des pays les plus pauvres du monde, dont la plupart se trouvent en Afrique subsaharienne, afin d’obtenir que la femme africaine soit moins fertile. La « Lettre ouverte d’une femme africaine à Melinda Gates » est disponible intégralement sur le site du Conseil pontifical pour les laïcs.

Lors de la session du matin de l’atelier du 6 février (avant que Sachs n’ait fait son annonce), Diane Montagna s’est entretenu au nom de LifeSiteNews avec Monseigneur Vincenzo Zani, secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique, que le pape François a chargé de superviser le Pacte global pour l’éducation.

A la question de savoir qui allait financer cet événement, Mgr Zani a répondu : « Nous recherchons des fondations qui nous donneront un coup de main. Le Vatican n’a presque rien, nous cherchons une aide extérieure. »

Après la conférence de Jeffrey Sachs, LifeSite s’est entretenu dans l’après-midi avec le chancelier de l’Académie pontificale des sciences, l’Argentin Mgr Marcelo Sánchez Sorondo.

Celui-ci a déclaré à LifeSite que l’atelier des 6 et 7 février avait été organisé en réponse à une demande de la Congrégation pour l’éducation catholique et constituait une sorte de réunion consultative sur le contenu du Pacte mondial pour l’éducation. Il a ajouté que l’académie est « très heureuse » de voir l’enseignement obligatoire se répandre dans le monde entier. Mais d’ajouter : « Comme l’a expliqué Jeffrey Sachs, le grand problème est l’argent. Nous n’avons pas l’argent nécessaire. »

Mgr Sánchez a confirmé que les personnes et les organisations citées par Jeffrey Sachs étaient des collaborateurs potentiels du Pacte éducatif. Il a ajouté que « ce n’est rien en réalité pour les personnes qui ont de l’argent réel. »

« Il y a un milliard de personnes sans instruction, et celle-ci est la clé du développement des personnes et de la personne », a-t-il déclaré.

À la question de savoir si le Pacte mondial pour l’éducation est donc un moyen de mobiliser des fonds afin de les orienter vers l’éducation, Mgr Sánchez a répondu : « Cela en fait partie. L’autre question est celle-ci : quel type d’éducation ? »

Le prélat argentin a affirmé que selon le pape François, en matière d’éducation « nous avons besoin du langage de l’esprit » mais aussi « du langage des valeurs, du langage du cœur ». Il est très important, a dit Sánchez Sorondo, d’avoir une éducation qui mette la personne humaine, la dignité de la personne humaine au centre », ainsi que « la question du genre, la question de la femme ».
Il a précisé que le contenu du Pacte mondial pour l’éducation sera particulièrement axé sur les femmes, en partie pour lutter contre les nouvelles formes d’esclavage et de traite des êtres humains.

Le chancelier de la PAS a également déclaré qu’il espérait que le Pacte se focalisera sur « la vérité qui vient des sciences », telles que « le changement climatique » et « l’évolution ». Soit deux théories…

Sánchez Sorondo a également reconnu que la relation entre le Pacte mondial pour l’éducation et la réalisation des objectifs de développement durable pour 2030 est « très étroite », mais il a ajouté que « le pape veut mettre davantage l’accent sur la question des valeurs et de l’éthique, et sur la question de la femme. En ce sens, il y a des différences ».

Diane Montagna a alors rappelé que ce certains ODD, notamment ceux concernant l’égalité des sexes, la santé et l’éducation, sont en contradiction avec l’enseignement de l’Église. En particulier, a-t-elle rappelé, les Nations unies aimeraient former les filles africaines à l’utilisation de la contraception, et leur conseiller d’avorter si elles tombent enceintes et ne veulent pas garder leur bébé. Rappelant également l’enseignement des Écritures sur le combat entre le monde et l’Église, elle a demandé à Mgr Sánchez comment l’Église pouvait collaborer avec les Nations unies sur cette question.

« Ça, c’est typique du peuple américain, en particulier de la droite : exagérer idée selon laquelle l’avortement est inclus dans ces objectifs, et ce n’est pas vrai », a-t-il rétorqué.

Diane Montagna lui a alors fait remarquer que les organisations que Sachs pressent comme partenaires financiers du pacte sont les mêmes que celles contre lesquelles Ekeocha et d’autres se battent parce qu’elles font la promotion de la contraception et de l’avortement auprès des populations africaines, et ceci contre leur gré.

Réponse de Mgr Sanchez Sorondo : « Oui, mais cela dépend du pays. Cela ne dépend pas des Nations unies, c’est la question. Les Nations unies ne sont pas favorables à l’avortement. Peut-être certains des bureaucrates, mais ce n’est pas dans les documents. Les documents ne parlent pas de l’avortement. »

Confronté au fait que l’ONU a recours au langage des « droits reproductifs » et de la « santé reproductive » pour signifier la contraception et l’avortement, Mgr Sorondo a une fois de plus nié. « C’est une question typique. Ils ne disent pas cela », a-t-il dit.

Mais ils le font – et même explicitement. L’ODD 3 de l’ONU sur la santé vise à « élargir l’accès aux méthodes modernes de contraception » d’ici à 2030, et présente cela comme « essentiel pour assurer l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive ».

L’ODD sur l’égalité des sexes (5.6.1) vise, d’ici à 2030, à « assurer l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive et aux droits reproductifs », y compris « l’utilisation de la contraception » et « les soins de santé » – terme que la Fédération internationale Planned Parenthood utilise volontiers pour désigner l’avortement.

L’ODD sur l’éducation (4.7) vise à garantir que « tous les apprenants acquièrent les connaissances et les compétences nécessaires pour promouvoir… des modes de vie durables (et) l’égalité des sexes ». Selon des économistes comme Sachs et Bloom, la réduction de la fécondité des femmes africaines est essentielle pour atteindre cet objectif.

Mais les « droits reproductifs » renvoient à la famille selon l’interprétation de l’Eglise », a insisté Mgr Sánchez. « Nous pouvons avoir une interprétation et pas l’autre ».

D’où la question de savoir comment l’Eglise pourra garantir qu’un pacte d’éducation financé par les personnes et les organisations figurant sur la liste de Sachs ne conduira pas à ce que les filles africaines reçoivent un enseignement sur la contraception et l’avortement.

Mgr Sánchez a répondu en rappelant une rencontre qu’il avait eue avec un prêtre catholique en 1971 à l’université du Latran. Mgr Sánchez a déclaré que le prêtre lui avait dit que « la solution au problème de la reproduction est la nécessité pour la femme d’étudier, car ayant étudié, elle aura un esprit critique, et lorsqu’elle se mariera, elle sera plus intelligente et n’épousera pas le premier venu. Ensuite, elle pourra avoir un ou deux enfants, mais pas plus. »

« C’est la vérité », a dit Sanchez Sorondo en riant.

Oui, en riant…

Diane Montagna a insisté auprès du prélat sur le problème de la participation aux ateliers de personnalités tel David Bloom, qui souligne le « lien de causalité » entre l’éducation et le contrôle de la population, notamment à la lumière des écrits et des déclarations de Jeffrey Sachs sur la nécessité de réduire la fécondité en Afrique.

« Pas ici », a rétorqué Mgr Sánchez à propos des déclarations de Sachs. « C’est un autre mythe » que Jeffrey Sachs soutienne la contraception et l’avortement en Afrique, a-t-il ajouté.

En 2011, Sachs déclarait à CNN que l’éducation est l’un des meilleurs moyens de parvenir à une baisse « volontaire » de la fécondité. Et dans son ouvrage de 2015, The Age of Sustainable Development, il préconisait d’instruire les filles en Afrique sub-saharienne quant à « la santé sexuelle et reproductive, et sur les options de contraception ».

Interrogé sur la sagesse de conclure un pacte éducatif avec des personnes dont la vision des ODD prévoit d’inonder les Africains de contraceptifs et d’entreprises de lobbying pour l’avortement légal, Sánchez Sorondo a rétorqué que « l’Église a une politique complètement différente ».

Le pape François n’est d’accord qu’« en partie » avec l’objectif d’éducation des ODD, car « il n’y a rien à propos des valeurs », a déclaré Sánchez Sorondo, qui a ajouté avoir « critiqué » Jeffrey Sachs « à de nombreuses reprises » pour « ne pas avoir mis la famille au centre » de ses objectifs.

Interrogé sur la manière dont le Vatican va garantir, dans le cadre du Pacte mondial pour l’éducation, que les filles africaines soient informées de la véritable signification de la famille et non de la contraception, Mgr Sánchez a répondu que l’« accord » vise à « garantir ces choses ». C’est, selon lui, la « différence entre l’accord du Pape et l’accord des Nations unies ».

Interrogé sur le fait de savoir s’il pensait que Melinda Gates serait d’accord avec cela, Sánchez a répondu « non ». « Nous n’avons pas d’accord avec Melinda Gates », a-t-il déclaré. « C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas l’argent de ces gens ».

Lorsqu’il a été souligné que Jeffrey Sachs avait inscrit la Fondation Gates et d’autres organisations pro-contraception et pro-avortement sur la liste des bailleurs de fonds potentiels du Pacte mondial pour l’éducation, le prélat a affirmé que ces partenaires étaient « pour les objectifs [de Sachs] ».
Lorsqu’on lui a fait remarquer que Sachs avait intitulé sa liste « Partenaires pour le Pacte mondial pour l’éducation et un nouveau fonds pour l’éducation », Mgr Sánchez a répondu : « Je ne sais pas, mais il est clair que le pape est contre cela ; le pape l’a dit, à maintes reprises. »

« Beaucoup d’Américains nous critiquent pour les mêmes raisons. Alors pourquoi le pape collaborerait-il avec ces gens ? », a-t-il demandé, perplexe.

Et Diane Montagna de répondre :

« Je ne sais pas. Nous voyons qu’il y a une coopération croissante entre les Nations unies et le Vatican. Saint Paul parle de l’inimitié entre l’Église et le monde. Les valeurs de l’Église catholique ne sont souvent pas en accord avec les valeurs de ces organismes supranationaux, comme les Nations unies. Nous ne voulons pas donner l’esprit de nos enfants aux Nations unies pour que celles-ci les éduquent. Car que vont-ils leur enseigner ? Si j’avais une petite fille, on lui enseignerait qu’à 13 ou 14 ans, elle peut être sous contraception. Et on ne lui apprendra rien sur la famille. On lui apprendra qu’elle a des “droits”. »

« Alors, quelle est la solution pour vous, ne collaborer en rien avec quoi que ce soit ? », a rétorqué Sánchez Sorondo.

Lorsque Diane Montagna lui a répondu que la solution est la clarté et que les catholiques pratiquants voient bien qu’une bataille fait rage à propos de la famille, il a répondu : « Désolé, quelle est la solution, ne pas parler avec ces gens ? Dire : nous ne voulons pas parler avec vous, vous êtes complètement entre les mains du diable ? »

Lorsqu’elle a répété que l’Église et l’Académie pontificale avaient besoin de clarté, il a insisté : « C’est très clair, il n’y a aucune ambiguïté. Jeffrey Sachs connaît parfaitement notre position. Parfaitement. »

Il reste donc à savoir si les organisations pressenties au nom du Vatican par Jeffrey Sachs vont ouvrir leur tiroir-caisse. Car on le sait bien : qui paye décide.

Source

Lire la suite

SICUT FUR

24 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

SICUT FUR
PREMIÈRE CONFÉRENCE

 

DE LA FIN DU MONDE ET DES SIGNES DONT ELLE SERA PRÉCÉDÉE ET DES CIRCONSTANCES QUI L'ACCOMPAGNERONT

 

Veniet dies Domini sicut fur, in quo cœli magno impetu transient.

 

Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, et les cieux passeront avec un grand fracas. (II P. V. 10)

 

Saint Paul nous apprend que le monde présent est un vaste laboratoire, où toute la nature est en fermentation et en travail jusqu’au jour où, affranchie de toute servitude et de toute corruption, elle s'épanouira dans un ordre radieux et renouvelé [1] .

 

L'homme lui même, dans sa course ici bas, n'est autre chose qu'un voyageur, voguant sur la mer mobile et orageuse du temps et la terre qui le porte n'est que la barque destinée à le conduire au parage d'une vie immortelle et sans fin.

 

Les nations, comme les individus, sont aussi destinés à disparaître un jour.

 

L'histoire de l'humanité ne serait qu'un drame inexplicable, une série de faits isolés sans cohérence et sans but, si tôt ou tard elle n'avait son terme et son dénouement. Dans l'ordre naturel présent tout ce qui commence est appelé à finir ; une chaîne serait sans continuité, si elle n'avait deux anneaux extrêmes.

Le monde actuel, par le fait même qu'il a été créé, tend nécessairement à sa conclusion et à sa fin.

 

 Comment s'opérera cette grande transformation ? Quelles seront les conditions et la forme nouvelle de notre terre, lorsque, détruite et entièrement transfigurée par le feu, elle ne sera plus arrosée par les sueurs de l'homme, et qu'elle aura cessé d'être l'arène agitée et sanglante de nos luttes et de nos passions ? C'est ce que nous dirons prochainement.

 

Le but que nous nous proposons dans ce premier discours est de rappeler les témoignages des saintes Écritures et spécialement celui de l'Évangile de ce jour, qui nous affirment qu'à la suite d'un espace plus ou moins étendu de siècles, l'ordre des choses visibles d'ici bas fera place à un ordre nouveau et permanent, et qu'à l'ère changeante du temps succédera l'ère de la stabilité et du repos.

 

En entreprenant ce sujet délicat et ardu, un des plus importants qui puissent se traiter dans la chaire chrétienne puisqu'il touche à l'état et à l'avènement de notre patrie et de nos destinées, nous croyons utile d'avertir que nous éviterons toute opinion hasardée, que nous ne nous appuierons ni sur des révélations douteuses, ni sur des prophéties apocryphes, et que nous n'émettrons aucune assertion qui ne soit justifiée par la doctrine des Livres saints, ou sanctionnée par l'enseignement authentique des Pères et de la tradition.

 

Dans les quatre premières conférences, nous rappellerons successivement : d'abord quels doivent être les indices et les signes avant coureurs de la fin des temps ; secondement, quels seront les traits et les caractères de la persécution de cet homme de péché annoncé par l'apôtre, comme le précurseur du dernier avènement du Fils de Dieu ; troisièmement, quelles seront les circonstances de la résurrection et du jugement ; enfin quel sera le lieu de l'immortalité et l'état du monde après la résurrection.

Aujourd'hui, commentant les saintes Écritures et principalement le chapitre XXIVe de saint Matthieu, nous chercherons à résoudre ces trois questions fondamentales :

Premièrement : La doctrine de la fin des temps est elle une doctrine indubitable, fondée sur la raison, et en accord avec les données de la science actuelle ?

Secondement : Des paroles de Jésus Christ est il permis de conclure si la fin des temps est proche ou éloignée ?

Troisièmement : Par quel mode s'opérera ce cataclysme final, ce grand et suprême changement ?

 

En face de ces redoutables problèmes qui défient les lumières et la pénétration de l'entendement humain, notre parole est hésitante et ne peut que balbutier. Puisse, Monseigneur [2] , votre bénédiction l'affermir. Puisse l'Esprit de Dieu éclairer notre esprit, et mettre sur nos lèvres des accents de vérité, de force, de sagesse et de discrétion !

 

I

 

La science matérialiste et athée de notre siècle, celle qui se propage dans les revues, qui s'enseigne dans la plupart des chaires officielles et q'accréditent les grands courants de l'opinion antichrétienne actuelle, s'obstine à ne voir que l'effet du hasard dans l'ordre et la perfection de l'univers. Elle affirme l'éternité de la matière... Niant la création, elle ne saurait logiquement admettre que le monde puisse avoir une fin.

 

Selon cette fausse science, l'univers actuel subsistera toujours, ou s'il va en progressant et en s'améliorant, c'est uniquement par l'effet du génie de l'homme par l'impulsion de plus en plus croissante donnée aux arts et aux conquêtes industrielles, la combinaison et le jeu variés des fluides et des éléments, qui se décomposent et se recomposent pour donner naissance à des formes nouvelles ; en un mot, par l'application et la mise en activité des forces innombrables et encore inconnues, que la nature recèle dans son sein, forces qui par elles mêmes sont susceptibles d'un essor, d'un développement illimité et indéfini. Et de même que le ver, en se perfectionnant, est devenu quadrupède ; de quadrupède, bimane ; de bimane, homme, ainsi l'homme, à l'aide de la science, parviendra un jour au point culminant de la souveraineté. Il vaincra le temps et l'espace, il se créera des ailes pour s'élancer jusqu'aux astres et explorer les merveilles des constellations. Aux yeux de la science athée, le paradis et la vie éternelle, tels que se les figurent les chrétiens, sont une allégorie et un mythe. Le progrès est la fin dernière, la loi et le fondement de la vie de l'homme, le terme, le but où doivent converger toutes ses pensées et toutes ses aspirations. Que l'homme rejette avec courage les liens et les ténèbres des superstitions et des croyances tyranniques et surannées, qu'il n'ait plus foi qu'en lui même, et dans un avenir plus ou moins rapproché, il sera investi sur la création et les éléments d'une royauté sans mesure et sans entraves. La nature, pleinement soumise par son génie, s'ouvrira alors comme une corne d'abondance, pour verser sur une humanité nouvelle la plénitude des biens désirables ; et si les générations actuelles ne parviennent pas à atteindre cet idéal de félicité, elles ont pour se consoler la perspective qu'il sera l'apanage d'une postérité reculée, apanage d'autant plus glorieux pour celle ci qu'elle l'aura acquis indépendamment et sans le concours de Dieu, qu'il sera le fait exclusif et personnel de sa persévérance, de ses efforts et de son habileté.

 

Ai je besoin de dire que ces rêves fantastiques, ces théories grossières et insensées, sont contredites par la raison et la conscience universelle des peuples ?

 

Elles sont contredites par la raison chrétienne.

 

En effet, si, comme telle est notre foi et notre conviction à nous chrétiens, la vie du temps a eu son principe et son commencement en Dieu, il faut aussi qu’elle ait en Dieu sa consommation et sa destination. L'homme a été créé pour connaître Dieu, l'aimer et le servir, et s'il ne parvenait un jour à le posséder et à lui être irrévocablement uni, le plan du créateur, dénué de toute fin rationnelle, ne serait qu'une monstruosité et une aberration. L'humanité, frustrée dans son amour, dans ses tendances, dans ses aspirations, deviendrait un nouveau Sisyphe, sorte de machine de hasard, s'agitant dans le vide, condamnée à circuler éternellement sur la roue d'une aveugle et fatale nécessité. Où seraient alors la justice, la morale, la sécurité des familles et des pouvoirs publics, dans un système où tout serait inconséquence et contradiction, où l'idéal ne deviendrait jamais le réel, où le bien ne serait jamais séparé du mal, et qui n'offrirait aucune mesure pour déterminer l'importance de la vie morale et la vraie sanction des actes humains ?

« L'histoire, a dit un auteur sceptique de notre temps, est le juge des peuples, et son jugement, qui se poursuit à travers le temps, rend le jugement dernier inutile et superflu. »

 

Mais, répondrons nous, le jugement de l'histoire n'est pas un jugement public, tandis que le mal est public, et qu'il s'élève avec une arrogance qui est un scandale pour les hommes et un outrage incessant contre Dieu. Le jugement de l'histoire est encore un jugement incomplet, parce que toute action bonne ou mauvaise est un principe de bien et de mal, une semence de vie ou de mort, dont son auteur n'a pu ni prévoir, ni pressentir tous les fruits et tous les résultats. C'est pourquoi, si le jugement universel ne nous avait été prédit, nous devrions le demander, l'affirmer, comme une conséquence nécessaire, comme la dernière démarche de cette providence de Dieu qui dirige le mouvement de l'histoire à travers les siècles, comme une dernière mesure pour compléter son oeuvre et y mettre son sceau.

 

Ce jugement universel n'est que le dernier tableau du drame universel : il est l'exécution générale de tous les jugements partiels émanés de la justice de Dieu. C'est seulement à cette condition que l'histoire deviendra claire et compréhensible, que nous la verrons, non telle que se la figurent l'esprit et les regards troublés de l'homme, mais telle qu'elle est en vérité, et comme un livre ouvert à tous les yeux. [3]

 

Un grand orateur de notre temps a dit : « L'histoire n'est pas faite, elle commencera dans la vallée de Josaphat. »

 

La raison chrétienne et la conscience universelle des peuples attestent donc que le monde doit finir et qu'il y aura un ordre nouveau. Cette vérité est également en accord avec la science et l'observation des faits.

 

C'est un principe constaté, et une loi générale de la nature, que tout ce qui est soumis au mouvement, à la décomposition, emporté par le temps, limité par la mesure, est sujet à s'user, à vieillir et finit par disparaître et par périr. La science nous apprend qu’aucune force vitale, aucun agent créé, n'a la puissance de déployer son énergie au delà d'une durée restreinte, et que le champ de son activité, en vertu de la loi créatrice, est circonscrit dans une sphère déterminée dont la limite ne peut être franchie. Les organismes les plus parfaits et les plus solidement constitués ne sauraient être assujettis à un fonctionnement indéfini.

 

Non seulement les êtres vivants, tels que les animaux et les plantes, mais les minéraux eux mêmes, sont sollicités par des forces contraires d'affinité et de répulsion, et tendent sans cesse à se désunir pour former de nouvelles agrégations. Ainsi les rochers et les granits les plus durs subissent une action et un travail corrosifs, qui tôt ou tard les fera chanceler. On voit dans le firmament, des astres s'éteindre et disparaître.Tout mouvement, même celui des cieux, tend à se ralentir. Des astronomes éminents ont observé dans le soleil et dans les étoiles des déperditions de chaleur et de lumière, imperceptibles à la vérité, mais qui, à la suite de longs siècles, ne laisseront pas d'influer désastreusement sur nos climats et sur nos saisons. Quoi qu'il en soit, il est certain que notre terre n'a plus la même fécondité ni la même force végétative qu'elle avait dans les premiers âges du genre humain. De même que le monde a eu sa jeunesse, ainsi viendra un temps où le monde aura son crépuscule, où il s'accélérera vers son soir et vers son déclin.

 

Ce sont là des vérités d'observation et de sens commun que la raison saisit aisément, mais dont le christianisme est seul parvenu à démontrer la certitude et la haute convenance : « C'est en quoi, a dit un penseur protestant, la doctrine chrétienne se distingue beaucoup des doctrines philosophiques. Elle affirme qu'une existence nouvelle attend l'homme après cette vie.

Pour que cette existence se réalise, il est absolument indispensable que la nature, qui s'est obscurcie pour l'homme et qui lui est devenue impénétrable, s'explique, s'éclaire dans un état futur, qui établira l'harmonie entre le visible et l'invisible, le transitoire et le perpétuel, la matière et l'esprit. C'est seulement dans cet avenir, dans une telle fin de l'existence humaine, que la conscience de l'homme peut trouver le repos. Nous sommes redevables de cette espérance au Christ, dont la promesse nous autorise à attendre, après la crise suprême, une nouvelle terre et de nouveaux cieux. [4]  »

 

Le monde aura donc une fin, mais cette fin est elle éloignée ou prochaine ? C'est là une question sérieuse, palpitante, non moins digne de la méditation des âmes chrétiennes.

 

La sainte Écriture ne nous laisse pas sur ce point dans une ignorance absolue. Sans doute, Jésus Christ nous a dit, parlant de la date précise : « Ce jour là personne ne le connaît, et il est ignoré même des anges qui sont dans les cieux. ». Mais d'autre part, il a voulu nous donner des indices et des signes précis, destinés à nous faire connaître que l'avènement des prophéties est proche et que le monde touche à sa fin.

 Jésus Christ a procédé à l'égard du genre humain pris collectivement comme à l'égard des individus : ainsi notre mort est certaine, niais l'heure nous est inconnue. Personne d'entre nous ne peut dire s'il sera en vie dans une semaine, dans un jour, et moi qui vous parle, j'ignore si j'achèverai le discours que j'ai commencé. Mais, si nous pouvons être surpris à toute heure, il y a cependant des signes qui témoignent que notre dernière heure est imminente, et que nous nous bercerions d'une illusion grossière en nous promettant une longue carrière ici bas.

 

«Apprenez, sur ceci, dit le Seigneur, une comparaison prise du figuier : quand ses rejetons commencent à être tendres et qu'il pousse des feuilles, vous connaissez que l'été est proche...

De même, quand vous verrez toutes ces choses, c'est à dire les guerres, les famines, les tremblements, sachez que le Fils de l'homme est à vos portes. [5] »

 

A la vérité, ces désastres publics, ces troubles, et les dérangements dans les éléments et le cours régulier des saisons, qui signaleront le dernier avènement du Fils de Dieu, sont des signes vagues et indéterminés... Ils se sont manifestés, avec plus ou moins d'intensité, à toutes les époques néfastes de l'humanité, à toutes les époques de crise et de commotion religieuse.

 

 Au temps des Macchabées, on vit déjà des signes se produire dans le ciel. Pendant quarante jours toute la ville de Jérusalem aperçut dans les airs des hommes à cheval, habillés de drap d'or et armés de lances, comme des troupes de cavalerie. Les chevaux rangés par escadrons couraient les uns contre les autres. Les hommes paraissaient armés de dards et d'épées nues ; ils avaient des armes d'or, leur casque et leur cuirasse étaient tout resplendissants. Le peuple, saisi d'épouvante, priait Dieu avec ferveur, afin que ces présages tournassent à sa délivrance et non à sa confusion et à sa ruine [6] .

 

Pendant le siège de Jérusalem, sous Titus, le Saint des Saints et le Temple étaient agités par de mystérieux tremblements ; on y entendait des bruits étranges, et des voix d'êtres invisibles s'écriaient : « Sortons d'ici, sortons d'ici. » Un grand rabbin, stupéfait de ces manifestations surnaturelles et terrifiantes, s'écria : « Ô temple, pourquoi te troubles tu et te fais tu peur à toi même ? » Ainsi Jésus Christ, pour ne donner lieu à aucune équivoque, à aucune fausse interprétation, nous dit que les fléaux et les prodiges dans la nature, qui signaleront les derniers siècles de l'humanité, ne sont que le prélude et le commencement de douleurs plus grandes encore : Hoc autem omnia initia sunt dolorum [7] .

 

Ainsi, des désastres et des révolutions actuelles, des désordres moraux, des grands cataclysmes religieux ou sociaux, dont l'Europe et le monde sont en ce montent le théâtre, on ne peut tirer aucune déduction concluante sur la fin des temps. Les signes d'aujourd’hui sont les mêmes signes qui se sont produits dans les temps anciens, et l'expérience constate qu'ils sont insuffisants, pour prouver la proximité du jugement.

 

 Il importe pourtant de considérer que Jésus Christ, dans sa prophétie (S. Matthieu, ch. XXIV), mêle dans un seul tableau les signes qui ont trait à la fin du monde et ceux qui ont trait à la ruine de Jérusalem. Il le fait premièrement à cause de l'analogie de deux événements... Il le fait secondement, parce que dans Dieu il n'y a ni différence ni succession de temps. Les faits rapprochés et les faits plus éloignés sont clairement présents à son esprit, il les voit comme s'ils avaient lieu au même instant... En outre, Notre Seigneur Jésus Christ savait que les Apôtres, avant le jour où ils furent éclairés par l'Esprit Saint, étaient imbus des illusions et de tous les préjugés judaïques ; à leurs yeux, Jérusalem était tout l'univers, sa ruine équivalait, pour eux, à la chute du monde. Par suite de ce patriotisme étroit et exagéré qui les dominait, les Apôtres persévérèrent jusqu'à la ruine de Jérusalem dans une vigilante et continuelle attente. Ces dispositions étaient le but que Jésus Christ se proposait d'atteindre, cherchant plutôt à les instruire et à les détacher des grossières espérances de la terre, qu'à piquer leur curiosité en leur dévoilant les secrets cachés de l'avenir.

 

Ainsi, il leur montre dans sa prophétie comme deux perspectives et deux horizons ayant des traits analogues et se ressemblant par leurs contours, leurs dessins et leur coloris. En saint Matthieu et en saint Marc, les deux événements, la ruine de Jérusalem et la fin du monde, semblent plutôt se confondre. En saint Luc, la séparation des deux faits apparaît très nettement : il y a des traits qui ne se rapportent qu'à la fin du monde, par exemple ceux ci : Et il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre les nations seront dans l'abattement et la consternation, la mer faisant un bruit effroyable par l'agitation de ses flots... Et les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui doit arriver dans tout l'univers ; car les vertus des cieux seront ébranlées... Et alors ils verront le Fils de l'homme venant sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté [8] .

 

Le monde existera t il encore cent ans ? Finira t il avec notre millénaire actuel ? L'humanité, sous la loi de grâce du christianisme, parcourra t elle une mesure d'années correspondant à celle qu'elle a parcourue sous la loi de nature ou sous la loi mosaïque ? Ce sont des questions sur lesquelles il n'est permis de hasarder aucune hypothèse, aucune conjecture. Tous les calculs et les investigations auxquels se sont livrés de savants interprètes sont des recherches oiseuses qui n'ont d'autre intérêt que la satisfaction d'une vaine curiosité. La Providence a statué que ce jour est inconnu, et que personne ne parviendra à le découvrir avant le moment même de sa réalisation : De die illa nemo scit [9] .

 

Et que personne ne nous objecte que si l'on ne petit fixer le jour, on peut au moins en déterminer l'époque ou l'année. Non ; car saint Augustin observe que le mot jour, dans la sainte Écriture, doit être interprété dans le sens d'une durée quelconque. Le témoignage du saint docteur est d'accord avec celui du prophète Malachie qui nous dit : Ecce venit, dicit Dominus exercitum : Et quis poterit cogitare diem adventus ejus. Zacharie est encore plus précis et plus explicite : Et erit in die illa : non erit lux, sed frigus et gelu, et erit dies una, quo nota est Domino, non dies neque nox : et in tempore vesperi erit lux [10] .

 

La raison en est, que la fin du monde ne sera pas simplement l'effet d'une cause naturelle, mais elle dépend surtout de la volonté de Dieu, qui ne nous a pas été révélée [11] .

 

Il est de foi que les destinées humaines seront closes, lorsque la mesure des saints sera remplie, et le nombre des élus consommé. Or, aucun homme ne peut, non seulement par des raisons certaines. mais même en s'appuyant sur des conjectures probables, connaître quel est le nombre des prédestinés, et moins encore après quel espace de temps ce nombre sera complet. Qui oserait, par exemple, affirmer s'il se sauvera plus ou moins des hommes dans les siècles à venir qu'il ne s'en est sauvé dans les siècles antérieurs ? Et soit que les saints futurs soient en nombre plus considérable, soit qu'ils se trouvent en nombre moindre que les saints passés, comment prévoir dans quelle mesure de temps leur nombre sera consommé ? N'est il pas constant que, dans la vie de l'Église, il y a des temps de stérilité où les saints sont rares et des époques de fécondité où ils abondent ? C'est pourquoi, considérant la cause primordiale du monde, qui n’est autre que le mystère caché de la prédestination, personne ne peut conclure si la fin du monde est prochaine ou éloignée [12] .

Cependant, si Jésus Christ nous apprend que la fin de ce grand jour est un secret que Dieu s’est réservé dans les conseils de sa puissance, tempora et momenta quo Pater posuit in sua potestate, et qui échappe à toutes nos prévisions jusqu'à l'heure même de sa réalisation, toutefois, afin de nous prémunir contre l'incurie et une fausse sécurité, il ne cesse de rappeler aux hommes, premièrement que la fin du monde est certaine, secondement qu'elle est relativement prochaine, troisièmement qu'elle n'aura pas lieu avant que ne se soient produits, non pas des signes communs et généraux tels qu'il s'en est accompli dans tous les temps, mais des signes propres et spéciaux qu'il nous a clairement indiqués. Ces signes ne sont pas seulement des calamités et des révolutions dans les astres, mais des événements d'un caractère public, se rattachant à la fois à l'ordre religieux et social, et sur lesquels il est impossible que l'humanité puisse se méprendre .

 

II

Le premier des événements précurseurs de la fin des temps est celui que nous indique le Sauveur, en saint Matthieu, ch. XXIVe, quand il nous dit : « Et cet Évangile du royaume de Dieu sera prêché dans l'univers, donné en témoignage à toutes les nations, et alors seulement arrivera la fin ». Le second de ces faits sera l'apparition de l'homme de péché, l'Antéchrist [13] .

 Le troisième, la conversion du peuple juif, qui adorera le Seigneur Jésus et le reconnaîtra pour le Messie promis [14] . « Jusque là, dit saint Paul, que personne ne s'abuse comme si nous étions à la veille du jour du Seigneur [15] . »

 

Il est manifeste que les deux derniers événements, indiqués par saint Paul comme devant signaler l'approche de la suprême désolation, ne sont pas accomplis. L'Antéchrist n'a pas encore paru, ainsi que nous l'établirons dans le prochain discours. Les juifs, en tant que nation, n'ont pas encore rejeté l'épais bandeau qui les empêche de saluer comme Dieu celui qu’ils ont crucifié. Reste à étudier si, à l'heure présente, l'Évangile a été prêché sur toute la terre et offert en témoignage à l'universalité des nations.

 

Sur ce point les Pères et les Docteurs sont partagés. Les uns disent que les paroles de Jésus Christ doivent être interprétées moralement, qu'il faut les entendre dans le sens d'une prédication partielle et sommaire, qu'il suffit, pour leur vérification, que des missionnaires aient éclairé un certain nombre d'intelligences isolées dans les diverses parties de la terre habitable, et que dans chaque désert, sur chaque côte lointaine, la croix ait été arborée au moins une fois. D'autres, en plus grand nombre, tels que saint Jérôme, Bède, veulent que les paroles du Fils de Dieu soient entendues dans le sens le plus strict et le plus littéral.

 

Cornélius a Lapide, le plus savant des interprètes des Livres saints, émet le sentiment que la fin des temps n'arrivera pas avant que le christianisme ait été, non seulement divulgué, propagé. mais qu’il se soit établi, organisé, et qu’il ait subsisté à l'état d'institution publique chez les hommes de toute race et de toute nationalité : de telle sorte qu'avant que le cours des siècles soit achevé, il n'y aura pas une plage barbare, pas une île perdue dans l'Océan, pas un lieu actuellement inconnu dans les deux hémisphères, où l'Évangile n'ait brillé dans tout son éclat, où l'Église ne se soit manifestée avec sa législation, ses solennités, sa hiérarchie comprenant les évêques et les pasteurs de second ordre, où enfin ne se soit pleinement vérifiée la grande prophétie : « Il n'y aura plus qu'un seul troupeau sous la houlette d'un seul pasteur [16]  ».

Nous opinons pour ce dernier sentiment. Il est plus conforme au témoignage des saintes Écritures. Il est plus en accord avec la sagesse et la miséricorde de Dieu, qui ne distingue pas entre civilisés et barbares, entre grecs et entre juifs, mais qui, voulant le salut de tous les hommes, n'exclut aucun d'eux de la lumière et du bienfait de la Rédemption. Enfin, il se concilie mieux avec la conduite de la Providence, qui prend une égale sollicitude de tous les peuples et les appelle successivement à la connaissance de sa loi, au temps fixé par ses immuables décrets.

 

Or, il suffit de jeter les yeux sur une carte géographique pour reconnaître que la loi évangélique est loin d'avoir été promulguée à tous les peuples, et que d'innombrables multitudes, à l'heure présente, restent encore assises dans les ténèbres, et ne possèdent pas la moindre teinture des vérités révélées.

 

Ainsi, le centre de l'Asie, les montagnes du Tibet ont jusqu'ici défié les tentatives de nos plus intrépides missionnaires. Le Nil nous cache encore ses sources comme au temps de l'empire romain. Personne n'a pu jusqu'ici nous renseigner d'une manière exacte sur les usages, l'état religieux et social des populations de l'Afrique équatoriale, malgré les grands lacs et les hauts plateaux récemment découverts où naguère on ne soupçonnait que des sables et des déserts. L'Angleterre et d'autres nations ont fondé des stations coloniales sur les côtes de l'Océanie, mais l'intérieur de ces vastes continents reste à explorer. Il est évident que l'Évangile n'a pas encore été offert en témoignage à toutes les nations ! Peut on même dire qu'à l'heure présente il ait été prêché avec assez d'éclat, et de manière à rendre inexcusables ceux qui auront refusé de lui obéir sur la plus grande partie de la terre, dans toutes les provinces de l'Inde, de la Chine, dans la plupart des archipels ? Que serait ce que vingt, que cent, que mille prêtres, si l'on veut, pour évangéliser un pays comme la France, y implanter la connaissance de nos divins mystères, y entretenir le feu de la charité ? Or la Chine seule, vu son immense population, est bien loin de la comparaison que nous venons d'établir. Parmi les trois cent quarante millions d'habitants que compte ce vaste empire, le plus grand nombre, ou n'a jamais entendu parler de notre religion, ou n'en a qu'une idée vague et incomplète : ils vivent et meurent sans avoir jamais rencontré un prêtre. L'Afrique, si l'on en excepte les provinces du nord, ne compte que cinq ou six résidences de missionnaires sur des côtes de plus de deux mille lieues d'étendue [17] . A chaque page des annales de la Propagation de la foi, on retrouve ces douloureux accents qui s'échappent du coeur des apôtres : « Priez donc le maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers pour recueillir ces immenses récoltes [18] . »

Or, il est écrit qu’à la fin des temps l'Évangile aura été donné en témoignage à toutes les nations.

 

« Tous les peuples, s'écrie David, tous les peuples jusqu'aux extrémités de la terre, se ressouviendront du Seigneur et retourneront à lui, car c’est au Seigneur qu’appartient l'empire, et il gouvernera les nations [19] . »

 

Plus loin David dit encore : « Sa domination s'étendra depuis une mer jusqu'à l'autre et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre ; les habitants de l'Éthiopie se prosterneront devant lui : les rois d'Arabie et de Saba lui apporteront leurs dons [20] . »

 

Le Seigneur s'adresse ensuite à l'Église par Isaïe : « Étends l'enceinte de tes pavillons, développe les voiles de tes tentes, n'épargne rien, allonge tes cordages, affermis tes pieux. Car tu pénétreras à droite et à gauche, ta postérité héritera des nations et tu rempliras les villes de la terre [21] . »

 

Ces textes sont formels, précis, et de leur témoignage il ressort clairement qu'il adviendra une époque où toutes les hérésies, tous les schismes seront détruits, et où la religion véritable sera unanimement connue et pratiquée dans tous les lieux que le soleil éclaire.

 

Assurément, cette unité ne se réalisera pas sans peine ; l'humanité ne parviendra pas à cet âge d'or par des voies semées de roses : toutes les assises de l'Église sont cimentées avec le sang des martyrs mêlé à la sueur des apôtres.

Il faut donc s'attendre à des luttes et à des résistances acharnées. Il y aura du sang répandu ; l'esprit de ténèbres amoncellera de nouveau ses séductions et ses ruses ; on peut prévoir pour l'Église des persécutions plus terribles que celles qu'elle a jusqu'ici soutenues. Mais, d'autre part, il faut apprendre à scruter les pensées de Dieu et à lire dans les décrets de sa puissance. Toutes les admirables inventions des temps modernes ont leur fin providentielle. Dieu, de nos jours, aurait il entrouvert à l'homme les secrets et les trésors cachés de la création, lui aurait il mis entre les mains tous ces merveilleux instruments tels que la vapeur, le magnétisme, l'électricité, dans l'unique but de fournir un nouvel aliment à son orgueil, d'être les dociles esclaves de son égoïsme et de sa cupidité ? Ce n'était pas la pensée qu'il exprimait par la voix du prophète, quand il disait : « Je vais donner des ailes à ma parole, atteler le feu à mes chars, saisir mes apôtres comme dans un tourbillon, et les transporter en un clin d’œil au milieu des nations barbares. »

 


 

Ainsi les temps sont proches où Jésus Christ va obtenir un triomphe complet, et où, en toute vérité, il pourra s'appeler le Dieu de la terre : Deus omnis terræ vocabitur [22] .

 

A l'heure présente, de nombreux indices nous présagent une grande victoire pour le Christianisme. Nos ennemis n'en ont ils pas le pressentiment ? un instinct secret ne les avertit il pas que les jours de leur force sont comptés, et que le temps où il leur est donné de prévaloir ne saurait être de longue durée ?... C'est pourquoi ils enrôlent dans la guerre impie qu'ils font à l'Église toutes les corruptions haineuses, toutes les hypocrisies impatientes de jeter leur masque, toutes les sciences hostiles, toutes les politiques ombrageuses et athées. La révolution lève hardiment son étendard contre la religion, la propriété, la famille, elle sape les bases de l'édifice social, et nous livre ses assauts simultanément et sur tous les points. La presse, affranchie de tout frein, inocule, par ses mille organes, les doctrines les plus subversives et les poisons les plus meurtriers. Le trône dix fois séculaire du Saint Siège, attaqué avec une audace infernale, signalé comme institution d'ignorance et d'obscurantisme, faisant tache au milieu des splendeurs de notre civilisation, a succombé sous cette multitude d'efforts combinés ; il s'est écroulé de fond en comble, sans qu'humainement parlant, on puisse nourrir l'espérance qu'il parvienne bientôt à se relever.

 

On conçoit que, dans une telle situation, les sages se sentent irrésolus dans leurs conseils, et que leur courage et leur fermeté paraissent chanceler. On conçoit qu'à travers ces nuages et sous ces horizons troublés, ils entrevoient de sombres perspectives, et qu'ils nous annoncent une recrudescence de crimes, de guerres et d'effroyables bouleversements. Mais ce qui nous donne l'espérance d'une nouvelle ère glorieuse pour l'Église, c'est précisément l'incroyable audace et la rage sans cesse renaissante de nos ennemis. De nos jours on attaque le Christianisme partout : dans les arts, dans les sciences, dans l'Église et dans l'État, en Europe comme en Asie, dans l'ancien et dans le nouveau monde. C'est le signe certain qu'il triomphera partout et en tout lieu.

En quel moment ? Dieu le sait, mais le fait est certain. Le sang des martyrs devient la semence des chrétiens, l'Église a des promesses immuables. Au sortir de la mer Rouge, elle entre dans la Terre promise. A l'heure des ténèbres succède celle de la lumière et du triomphe. A la suite des outrages du Golgotha, elle entend retentir autour d'elle les bénédictions et les hosannas de la délivrance.

Donc, ne perdons pas courage. Saluons l'avenir qui se prépare.

 

Et si, à l'heure présente, notre patrie est en proie aux convulsions, déchirée par les discordes ; si sa fortune et son influence politique sont devenues un enjeu que se disputent les ambitions inassouvies et les médiocrités vulgaires, comme le prodigue de l'Évangile, elle ne tardera pas à se ressouvenir de la paix et de l'honneur des siècles de sa jeunesse ; elle rejettera ses chaînes et le bandeau de son ignominie, il y aura de nouveau des pages brillantes à écrire dans ce livre qui a pour titre : Gesta Dei per Francos.

 

Mais la fin du monde, dût elle être ajournée à de longs siècles, que sont les siècles auprès des années éternelles ? Une seconde, un instant plus fugitif que l'éclair. Lorsque le Fils de Dieu se fut élevé dans les cieux et assis sur une nuée, les Apôtres ne pouvaient détacher leurs regards de l'endroit du Ciel où il avait disparu. Tout à coup, deux anges vêtus de blanc se montrèrent à eux et leur dirent : « Hommes de la Galilée, pourquoi restez vous là, contemplant le Ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé d'avec vous dans le Ciel, en reviendra de la même manière que vous l'y avez vu monter [23]  », ailleurs Jésus Christ dit : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus : encore un peu de temps et vous me verrez ; parce que je vais à mon Père [24]  ».

 

Mais si Jésus Christ a voulu nous laisser ignorer le temps précis de la fin du monde, il a jugé utile de nous renseigner en détail sur le mode et sur les circonstances de ce grand événement.

Quant au monde, dit il, la chute du monde aura lieu instantanément et à l'improviste : « Veniet dies Domini sicut fur [25] . » Ce sera à une époque où le genre humain, plongé dans le sommeil de la plus profonde incurie, sera à mille lieues de songer au châtiment et à la justice. La divine miséricorde aura épuisé toutes ses ressources et tous ses moyens d'action. L'Antéchrist aura paru. Les hommes répandus sur tous les espaces auront été appelés à la connaissance de la vérité. L'Église catholique une dernière fois se sera épanouie dans la plénitude de sa vie et de sa fécondité. Mais toutes ces faveurs signalées et surabondantes, tous ces prodiges seront de nouveau effacés du cœur et de la mémoire des hommes. L'humanité, par un abus criminel des grâces, sera revenue à son vomissement. Tournant ses attachements et toutes ses aspirations vers les biens et les grossiers plaisirs de cette terre, elle se sera, comme parlent les Livres saints, détournée de Dieu au point de ne plus voir le Ciel et de ne plus se souvenir de ses justes jugements [26] . Toute foi sera éteinte dans les cœurs. Toute chair aura corrompu ses voies. La divine Providence jugera qu'il n'y a plus de remède.

 

Ce sera, dit Jésus Christ, comme aux temps de Noé [27] . Les hommes alors vivaient insouciants, ils faisaient des plantations, ils construisaient des maisons somptueuses, ils se raillaient agréablement du bonhomme Noé, se vouant au métier de charpentier et travaillant nuit et jour à construire son arche ; ils disaient : Quel fou, quel visionnaire ! Cela dura jusqu'au jour où le déluge survint et engloutit toute la terre : Venit diluvium et perdidit omnes.

 

Ainsi la catastrophe finale se produira lorsque le monde sera le plus en sécurité ; la civilisation sera à son apogée, l'argent abondera sur les marchés, jamais les fonds publics n'auront été plus à la hausse. Il y aura des fêtes nationales, de grandes expositions, l'humanité, regorgeant d'une prospérité matérielle inouïe, n'aura plus d'espérance au Ciel ; attachée bassement aux plus basses jouissances de la vie, elle dira comme l'avare de l'Évangile : « Mon âme, tu as des biens pour de longues années, bois, mange, amuse toi... » Mais, tout à coup, au milieu de la nuit, in media nocte, car ce sera dans les ténèbres, et à cette heure fatidique de minuit où le Seigneur apparut une première fois dans ses abaissements, qu’il reparaîtra dans sa gloire ; les hommes, réveillés en sursaut, entendront un grand fracas et une grande clameur, et une voix se fera entendre qui dira : « Dieu est là, il faut aller à sa rencontre : Ecce sponsus venit, exile obviam ei [28] . »

 

Nous avons conservé, dans nos annales de Savoie, la mémoire et la tradition d'une épouvantable catastrophe, qui nous offre l'image et l'esquisse de ce qui se réalisera à l'époque où Dieu abandonnera le genre humain et où sa divine patience se sera lassée sans retour.

 

C'était il y a sept cents ans, en 1248, le 24 novembre, veille du jour où l'Église célèbre la fête de sainte Catherine ; ce soir là, la saison était douce, l'air calme, les étoiles scintillaient au ciel. Toute la vallée où est située actuellement la ville de Chambéry reposait tranquille et en sécurité.

Alors, un personnage impie et pervers exerçait une domination tyrannique sur une ville à jamais disparue, mais qui, à cette époque, était voisine de la cité dont je parle [29] .

 

Ce personnage venait de réunir de nombreux et joyeux convives. Il célébrait par des festins et par des orgies licencieuses la spoliation sacrilège d'un monastère qu'il avait converti en un lieu profane, après en avoir chassé sans pitié les moines et les hôtes sacrés qui en étaient les légitimes possesseurs. Sans doute, comme au temps de Balthasar, le repas était somptueux, et le vin et les liqueurs, mêlés aux blasphèmes et aux rires sardoniques, y coulaient à grands flots. Tout à coup, en un instant, au milieu de la nuit, la terre est agitée par une violente secousse ; des tourbillons horribles, des voix et des mugissements de tempête, que l'on eût crus émanés des cavernes de l'Enfer, semblent ébranler le firmament et le sol, et avant que les convives aient pu se lever, avant qu'ils aient pu pousser un cri de détresse, ils étaient ensevelis vivants sous l'éboulement d'une montagne gigantesque : une ville, cinq bourgades, toute une région peuplée de six mille habitants, étaient engloutis dans des abîmes, dont les traces sont écrites en caractères indélébiles sur les débris de notre sol, et dont la mémoire légendaire et mêlée d'épouvante est demeurée ineffaçable et vivante dans l'esprit et le souvenir de nos populations.

 

Cette image, empruntée à un des événements les plus mémorables et les plus lugubres dont notre histoire ait été le théâtre est en un sens plus vive et plus saisissante que celle de Noé et du déluge.

 

Car enfin, au temps de Noé et du déluge, les hommes, avant de périr, eurent le temps de se reconnaître et d'obtenir la grâce du repentir, le désastre n'éclata que progressivement ; si tous ne parvinrent pas à se sauver pour la vie présente, saint Pierre nous déclare formellement que le grand nombre revint à Dieu et se sauva pour la vie future. Dans sa 1er Épître, chapitre III, versets 19 et 20, il nous dit que lorsque la sainte âme de Jésus Christ eut été séparée de son corps, « elle alla prêcher aux limbes et délivrer ceux qui avaient été incrédules, lorsque aux jours de Noé ils attendaient la patience de Dieu. »

 

Mais, au jour du jugement, ce sera comme aux abîmes de Myans et au pied de la colline de Saint André, tout s'y fera avec une promptitude et une impétuosité non pareilles : Caeli magno impetu transient.

 

Jésus Christ nous le dit : « Que celui qui sera au haut de la maison ne prenne point la peine de descendre pour emporter quoi que ce soit de sa maison. Et que celui qui est aux champs ne retourne point en arrière pour emporter ses habits. Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours là... Alors si quelqu'un vous dit : le Christ est ici ou il est là, ne le croyez point ; car avec la même rapidité que la foudre court de l'orient pour s'élancer à l'occident, il en sera ainsi de l'avènement du Fils de l'homme2. »

 

Mais, par quelle voie aura lieu cette grande destruction, quelle en sera la cause occasionnelle ou efficiente, l'agent principal, l'instrument direct et immédiat ? Les saintes Écritures n'ont voulu omettre aucune des circonstances relatives à cet événement, le plus décisif et le plus solennel de tous ceux qui se sont succédé depuis la création. Elles nous apprennent donc que le monde ne périra pas par une inondation comme au déluge, qu'il ne s'écroulera pas par un tremblement et ne sera pas enseveli sous les cendres et sous les laves, comme le furent, sous le règne de Titus, Herculanum et Pompéï, mais qu'il sera mis en combustion et exterminé par le feu : Terra autem et quo in ipsa sunt opera exurentur [30] . C'était déjà la croyance antique, celle des Égyptiens et des philosophes persans. Cicéron a dit que le monde finirait par le feu [31] .

 

Mais, ce qui est remarquable, c'est que la science actuelle s'accorde avec les Livres saints, pour témoigner que le feu sera le grand ouvrier de la justice de Dieu et du renouvellement qui en suivra la manifestation [32] .

 

Ainsi, la science a constaté, comme la Bible, que le feu est la première force créée qui ait déployé son énergie et manifesté son activité. C'est par le feu que la nature a été fécondée, les éléments mis en travail ; c'est par lui que se sont opérées les grandes révolutions du monde primitif, que le soulèvement des montagnes a eu lieu, que se sont produits les astres, et que finalement est sorti tout cet ordre, toute cette variété de l'univers tel qu'il s'offre à nos regards et à notre admiration.

 

« Au commencement, est il dit dans la Genèse, chap. 1er, vers. 2 : la terre était vide et sans consistance et les ténèbres régnaient sur toute la face de l'abîme. » En d'autres termes, comme nous l'expliquent les savants et les commentateurs, la matière était volatilisée et à l'état de vapeur. Avant que le Créateur lui eût conféré ses propriétés et ses formes diverses, en la classant et en la coordonnant par l'oeuvre des six jours, tous ces éléments constitutifs étaient confus, désunis, à l'état de chaos.

La terre, le soleil, les astres, offraient l'image d'une vaste mer liquescente ou gazeuse éparse dans l’immensité. Mais cette mer n'était pas immobile et inerte. A sa surface et dans ses plus intimes profondeurs elle bouillonnait et était mise en mouve–ment sous le souffle vivificateur d'un agent éternel et tout puissant, qui n'était autre que l'Esprit de Dieu : Et spiritus Dei ferebatur super aquas [33] . L'Esprit Saint faisait subir à la substance matérielle une sorte d'incubation. Sous l'action et par les ardeurs de cette chaleur infinie et souveraine, les éléments étaient soumis à une fonte et à une refonte, ils se perfectionnaient, ils acquéraient leur puissance et leur énergie, ils se dépouillaient de leurs scories, comme l'or qui se raffine et se dégage de sa rouille dans le creuset où il est jeté. Et lorsque, ainsi transformés au souffle de cette fournaise du divin Esprit, ils furent rendus aptes à entendre la voix de Dieu, le Créateur les appela successivement et il dit : « Que la lumière soit, et la lumière fut. » Et après qu'il eut fait la nuit et le jour, qu'il eut étendu le Ciel, il dégagea la matière solide de la masse vaporeuse qui l'enveloppait, et il dit : « Tu t'appelleras la terre » et la terre fut consolidée. Il parla aussi aux eaux, et ne laissant sur notre globe, de la partie liquide, que ce qui était nécessaire pour l'arroser et remplir les bassins des mers, il envoya le reste, à l'état de vapeur ou d'éther, remplir les vastes espaces qui sont au dessus de toutes les sphères et de tous les firmaments [34]  : Divisitque aquas quo erant sub firmamento, ab his quo erant super firmamentum [35] .

Ce fut là une grande et sublime scène, qui donnerait lieu à de longs et de magnifiques développements. Qui ne sentirait son esprit s'élever et son cœur tressaillit au spectacle de l'acte créateur, de ce chef-d’œuvre de la puissance et de la sagesse divines, faisant jaillir des flots de lumière et de beauté de cet océan informe et ténébreux, imprimant le mouvement et l'action à tous les êtres inertes que le divin Esprit avait investis de sa vertu en les pénétrant de ses ardeurs et de ses radiations ? Et spiritus oris ejus omnis virtus eorum [36] . Mais aujourd'hui nous ne pouvons parler de ces oeuvres admirables quraccidentellement et dans la mesure où elles se rattachent au sujet que nous avons entrepris.

Or, ce même Esprit de Dieu, qui a répandu à pleines mains dans l'univers des trésors d'harmonie et de perfection, procédera par la même voie quand il s'agira d'ordonner de nouveaux cieux, et de construire ce palais qui devra éternellement servir de demeure à l'homme glorifié.

 

Ici, nous ne faisons pas de la fantaisie, notre parole n'est pas nôtre ; elle est celle de tous les prophètes qui ont parlé, de tous les évangélistes qui ont écrit : « Le feu, est il dit, marchera devant la face du Seigneur, il dissipera ses ennemis dans les alentours, il mettra les montagnes en fusion, et les collines s'écouleront comme de la cire [37]  ». Devant son éclat le soleil s'obscurcira et la lune ne donnera plus de lumière, les étoiles tomberont. C'est à dire que, dissoutes une seconde fois, elles se dissiperont dans les airs comme des gouttes légères [38]

 

Ce feu sera celui qui dévorera les méchants comme de la paille, qui pénétrera leurs os jusqu'à la moelle et qui les consumera éternellement.

 

Il sera la dernière épreuve des justes qui vivront dans les derniers jours. Il suppléera pour eux au Purgatoire dont, au moment de la résurrection, les flammes réparatrices s'éteindront pour ne plus se rallumer. Il sera le creuset où ils déposeront les restes de leur rouille terrestre, afin qu'aucune souillure n'obscurcisse la blancheur de leurs vêtements, lorsqu'ils paraîtront devant le trône de Dieu.

 

Tous ces événements se réaliseront, n'en doutons pas, ils sont certains d'une certitude absolue, comme l'est Dieu lui même, comme l'est son esprit de vérité, qui n'est sujet à aucune erreur ni à aucun changement.

 

On peut affirmer, à la vérité, que tous, tant que nous sommes ici, nous aurons quitté ce bas monde avant d'être les témoins de cette grande scène de désolation et de ruine ; Jésus Christ pourtant a jugé utile que nous en soyons renseignés, parce que ces grandes vérités ne sont pas d’un ordre spéculatif, mais qu'elles sont destinées à exercer sur la conduite de notre vie des effets pratiques et immédiats.

 

En effet, si la terre et tout ce qu'elle renferme doivent un jour disparaître par le feu, les biens de ce monde ne sont pas plus estimables que le bois et que la paille ; et alors, à quoi bon en faire l'objet de nos désirs et de nos préoccupations ? Pourquoi chercher à bâtir et à laisser des traces de notre génie et de notre puissance, là où nous n'avons pas de demeure permanente, et où la figure de ce monde sera emportée comme une tente qui n'a pas de voyageurs à abriter ?

 

Dirons nous que cet effrayant cataclysme ne se réalisera que dans les siècles des siècles ? Mais Jésus Christ nous dit que ces siècles des siècles ne sont qu’un instant auprès de l'Éternité, et lorsque le moment sera venu, lorsque des régions de la vie future nous serons les témoins et les acteurs de ce drame suprême, toute la durée de l'humanité nous semblera si courte, que c'est à peine si nous jugerons qu'elle a eu la durée d'un jour [39] .

 

Saint Paul, le grand prophète, pour qui le temps n'avait pas de mesure, ni l'espace d'étendue, s'y croyait déjà transporté.

Saint Jérôme dans sa grotte de Bethléem, entendait la trompette du jugement éveillant les morts, et ses cheveux se hérissaient de crainte, sa chair et ses os tressaillaient d'un indicible frisson.

Enfin, Jésus Christ nous dit de méditer ces grands enseignements, car il est certain que nous serons surpris, et que l'heure viendra plus tôt que nous ne le pensons.

 

A la fin du XIVe siècle, un personnage extraordinaire parut au fond des Espagnes. Il s'appelait Vincent Ferrier. Prophète et thaumaturge dès sa jeunesse, il grandit au milieu de l'étonnement universel ; l'Esprit de Dieu reposa sur lui, il s'empara de son cœur et l'enflamma d'un zèle inconnu depuis saint Paul. Il posséda son corps qu'il soutint malgré son extrême faiblesse au milieu des plus accablantes fatigues et des plus rudes austérités.

Dans ses mains il mit le pouvoir des miracles, enfin il ouvrit ses lèvres à la parole la plus prodigieusement puissante que depuis saint Paul l'humanité ait jamais entendue.

 

Être surhumain, quoiqu'il fût homme, il refusa constamment les dignités que le Pape le pressait d'accepter. Sa vie fut une prière, un jeûne, une prédication continue. Pendant vingt ans, il parcourut l'Europe, et pendant vingt ans l'Europe frémit, palpita sous la chaleur et à la flamme de ses accents inspirés [40] .

Le jugement dernier était le sujet favori de ses prédications. Lui même annonçait au monde qu'il avait été envoyé spécialement par le souverain Juge pour annoncer l'approche des derniers jours.

 

Or, c'était un jour à Salamanque, ville par excellence des théologiens et des savants. Un peuple innombrable se pressait pour entendre l'envoyé du Ciel. Tout à coup, élevant la voix au milieu de l'assemblée : Je suis, dit il l'ange de l'Apocalypse que saint Jean vit voler par le milieu du Ciel et qui criait à haute voix : « Peuples, craignez le Seigneur et rendez lui gloire, parce que le jour du jugement approche ». 

A ces paroles étranges, un murmure indescriptible éclate dans l'assemblée. On crie à la démence, à la jactance, à l'impiété.

 

L'envoyé de Dieu s'arrête un instant, les yeux fixés au ciel, dans une sorte de ravissement et d'extase puis il reprend, et d'une voix plus forte, il s'écrie de nouveau : « Je suis l'ange de l'Apocalypse, l'ange du jugement ». L’agitation et les murmures sont à leur comble. Tranquillisez vous, dit le saint, ne vous scandalisez pas de mes paroles, vous allez voir de vos yeux que je suis ce que je dis. Allez, à l'extrémité de la ville, à la porte Saint Paul, vous trouverez une femme morte ; apportez la ici, je la ressusciterai en preuve de ce que saint Jean a dit de moi.

 

De nouveaux cris et une protestation plus grande encore accueillent cette proposition. Cependant quelques hommes se décident à se rendre à la porte indiquée. Ils y trouvent. en effet, une femme morte, ils la prennent et viennent la déposer au milieu de l'assemblée.

 

L'apôtre, qui n'a pas quitté un instant le lieu élevé d'où il prêchait, s'adresse à la défunte : « Femme, dit il, au nom de Dieu, je vous ordonne de vous lever ». Aussitôt la morte se soulève, enveloppée de son linceul, elle laisse tomber le suaire étendu sur son visage et se montre pleine de vie au milieu de l'assemblée. Vincent ajoute alors : « Pour l'honneur de Dieu et le salut de tout ce peuple, dites, maintenant que vous pouvez parler, si je suis vraiment l'ange de l'Apocalypse, chargé d'annoncer au monde l'approche du jugement dernier ». : « Vous êtes cet ange, répond la femme, vous l'êtes réellement ».

Pour placer ce merveilleux témoignage entre deux miracles, le saint lui dit encore : « Préférez vous rester en vie, ou voulez-vous mourir de nouveau ? » « Volontiers je vivrais, dit la femme. »

« Vivez donc, reprend le saint ». Elle vécut en effet un grand nombre d'années encore, témoin vivant, dit un historien, d'un étonnant prodige et de la plus haute mission dont jamais homme ait été investi.

 

Nous ne discutons pas l'authenticité de ce récit. Il a soulevé des doutes auprès de quelques hagiographes, et les circonstances dont il est accompagné ont donné lieu à des critiques et à des discussions. Mais à l'appui de notre doctrine, il nous suffit de constater que l'Église ne l'a pas déclaré apocryphe, puisque dans la bulle de canonisation du saint, il est dit : « Il eut les paroles de l'Évangile éternel pour annoncer, comme l'ange qui volait au milieu du Ciel, le royaume de Dieu à toute langue, à toute tribu, à toute nation, et pour démontrer l'approche du jugement dernier. »

 

Toutefois, il y a près de cinq cents ans que cet événement s'est accompli et le jugement annoncé par le thaumaturge du XIVe, siècle n'a pas eu lieu. Devons nous en conclure que le saint a été induit en erreur, et que le miracle de cette résurrection attesté par des témoins graves et dignes de foi, retracé et transmis par la sculpture et par la peinture, doive être mis au rang des légendes, réputé une allégorie et une simple invention ?

 

Saint Vincent Ferrier a parlé comme l'avaient fait avant lui de saints docteurs, et comme l'ont fait après lui la plupart des grands hommes apostoliques. Ainsi, saint Jérôme blâme, à la vérité, un certain Juda, écrivain renommé d'une Histoire Ecclésiastique, parce qu'il avait affirmé que la violence des persécutions présageait la fin du monde, et qu'elle aurait lieu dans un temps rapproché ; mais le même saint Jérôme dans une de ses lettres [41] , où il trace avec élégance le tableau des calamités et des désastres dont il a été le témoin. énonce lui aussi presque la même opinion. Saint Cyprien (Ep. 58) écrit ces paroles : « Vous devez être assurés et tenir pour certain que le jour des désolations extrêmes a commencé à se lever sur vos têtes, et que les temps de l'Antéchrist sont proches... » Saint Ambroise, dans l'éloge funèbre de son frère Satyre, s'écrie : « Il a été enlevé de la vie afin qu'il ne fût pas témoin de la fin du monde, et de la destruction totale de l'univers. » Saint Grégoire le Grand, saint Bernard ont exprimé les mêmes sentiments dans leurs livres et dans leurs discours. Ces illustres docteurs et ces grands saints ont ainsi parlé, soit parce qu'ils voyaient la foi s'éteindre, et les calamités de leurs siècles s'accroître chaque jour dans de plus effrayantes proportions, soit parce qu'ils étaient saisis de crainte à la pensée de ce grand jour, et qu'ils voulaient inoculer cette crainte salutaire aux hommes égarés, afin de les ramener à la connaissance de Dieu et à la pratique du bien. Pourtant on ne peut dire qu'il se soient écartés de la vérité ; ils ont parlé suivant les Écritures, qui, insistant sur cette vérité fondamentale, ne cessent de nous montrer comme imminente la perspective de l'avènement du Juge divin : Prope est jam Dominus.

 

En cela, les Apôtres et les écrivains inspirés ne nous ont pas trompés, par la raison que les temps ne sont rien pour ceux qui ont franchi les confins de la vie terrestre. Toute la mesure des siècles, dit l'Esprit Saint, n'est pas plus que le jour qui s'écoule, tanquam dies hesterna quo proteriit. De même que, dans le firmament, il y a des étoiles séparées par des myriades de lieues et qui, en raison de leur distance, semblent se confondre et ne former qu'un seul point, quand on les observe de cette terre, ainsi des hauteurs de la vie de Dieu, où nous serons un jour plongés, les temps seront comme s'ils n'étaient pas. Un an, cent mille ans, des millions d'années contemplées du sein de l'éternité, ne nous apparaîtront que comme de simples points. Nous les estimerons des durées tellement microscopiques, tellement centésimales, qu'en un sens, elles n'auront entre elles aucune différence que notre esprit puisse apprécier.

 

En conséquence, il est permis en toute vérité d'appliquer à la résurrection générale comme aux résurrections partielles opérées par Jésus Christ, cette parole de l'évangéliste saint Jean : Elle est venue l'heure où ceux qui sont dans les mausolées et dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu : Venit hora, et nunc est quando mortui audient vocem Filii Dei, et qui audierint vivent [42] .

 

Du reste, à la mort, notre sort éternel sera irrévocablement fixé, et le jugement particulier qui doit la suivre déterminera prochainement dans quelles conditions nous figurerons aux assises de la justice divine et le rang qui nous y sera assigné.

En face de cette conclusion inévitable des destinées humaines, les agitations de notre politique ne sont autre chose qu'un vain bruit. Les révolutions, qui font disparaître les peuples et qui précipitent les républiques et les empires, sont moins que ne l'est sur un théâtre un renouvellement de scène et un changement de décors. Toutes ces entreprises colossales et ces travaux merveilleux auxquels les hommes occupent leur esprit, et qu'ils conduisent à leur perfection au prix des plus grands sacrifices et des plus périlleux efforts, n'apparaissent que comme une fumée, et sont des œuvres plus fragiles que la toile tissée par l'araignée, et qui, le plus souvent n'a pas la durée d'un jour.

  Alors il n'y aura plus d'autre distinction entre les hommes que celle du mérite et de la vertu. Toutes les pensées vaines et ambitieuses auront disparu. La politique aura cessé. La science elle-même sera détruite, scientia destretur [43] .

Heureux ceux qui auront entendu la parole divine et l'auront gardée fidèlement dans leur cœur. Heureux ceux qui, se réveillant de leur sommeil, auront, suivant la recommandation de l'Apôtre, marché honnêtement et comme de jour.

Heureux ceux qui, comme les vierges sages, auront entretenu soigneusement l'huile de leur lampe, et construit leur gerbe pour le jour de l'éclatante et solennelle moisson !

 

Ceux là seront appelés les prédestinés, parce que, comme parle saint Jean, leurs noms sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau, qui a été tué depuis l’origine du monde. Puisse cette destinée être la nôtre. Ainsi soit il ! Abbé Arminjon 1881Fin du monde présent et mystère de la vie future Première conférence

 

 

 


[1] Rm. c. viii, v. 21, 22.

[2] Mgr Pichenot, archevêque de Chambéry.

[3] Hettinger, Apologie du Christianisme, t. iv, ch. xvi

[4] Schelling, Philosophie de la révélation, t. ii, p. 222.

[5] Mt., xxiv, 32, 33.

[6] M., ii, 2, 3, 4.

[7] Mt., xxiv, 8.

[8] Lc, xxi.

[9] Mt., xiii.

[10] Ml., iii.

[11] Za., xiv.

[12] Saint Augustin enseigne que les anges connaissent le nombre des prédestinés : il ne s'ensuit pas pourtant qu'ils connaissent la durée du monde, car ils ne peuvent savoir dans quel temps le nombre des prédestinés sera complet.

Ailleurs, il modifie cette opinion en disant que les anges ne connaissent pas, d'une manière absolue, le nombre des prédestinés, mais simplement combien il faut d'élus pour combler les rangs laissés vides par la chute des mauvais anges. Or, les hommes ne sont pas seulement élevés à la béatitude pour suppléer aux anges déchus, mais d’après un plan et une intention antérieure à la chute des anges, d’où il suit qu’il peut y avoir plus d’hommes sauvés qu'il n'y a eu d’anges tombés. (Suarez, t. xix, p. 1022.)

[13] Thsal., ii, 2, 3, 4.

[14] Rm. xi, 14, 15. 16, 17,

[15] Th., x, 2.

[16] Cornél. à Lapide, Comment. in Mt., vol. xv, p. 564.

[17] L'abbé Soulié, La Fin du Monde, v. Palmé, 1872.   (l fr.).

[18] Lc, x, 2.

[19] Ps. xxi.

[20] Ps. lxxi.

[21] Is, lxiv, 2, 3, 4.

[22] Is, xxxiv, 5.

[23] Viri Galilæi, quid statis aspicientes in coelum ? Hic Jesus qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet, quemadmodum vidistis eum euntem in cœlis. (Ac. 1, 10, 11.)

[24] Modicum et jam non videbitis me : et iterum modicum, et videbitis me : quia vado ad Patrem. (Joan., ch. xvi, 16.)

[25] ii P. iii, 10.

[26] Dn. xiii, 9.

[27] Mt., xxiv, 77, 38.

[28] Mt., xxv, 6.

[29] Cette ville, florissante au XIII, siècle, était la ville de Saint André, située à sept kilomètres de Chambéry. Elle était le centre du décanat ecclésiastique de Savoie. Elle possédait un prieuré et un chapitre, dont le doyen avait juridiction sur les paroisses d'alentour. Or, il arriva, dans le comté de Savoie, qu'un conseiller ou avocat du comte, appelé Jacques Bonivard, parvint, à force de mensonges et d'intrigues, à se faire adjuger par le comte de Savoie et par le pape Innocent IV le prieuré de Saint André, qui lui fut livré en commande. Pour assister à la prise de possession, il invita ses amis, et leur fit grande chère, et comme ils étaient au milieu de la nuit, un rocher d'environ huit cents mètres d'étendue se détache soudainement d'une haute montagne appelée le mont Granier, et accable sous ses ruines Bonivard avec ses amis, le prieuré et quinze ou seize villages ou hameaux voisins dans l'espace d'une grande lieue.   Les moines du prieuré, expulsés violemment par Bonivard, furent les seuls sauvés, ils s'étaient réfugiés dans la chapelle de Notre Dame de Myans, aujourd'hui sanctuaire national de la Savoie, et qui doit sa célébrité à sa préservation miraculeuse, lors de la destruction complète de Saint André et des hameaux du décanat.   Cette subversion de cinq paroisses fut si prodigieuse et abîma si profondément la terre, qu'il n'en resta aucune trace, sinon des monticules qui s'élèvent çà et là, et plusieurs petits lacs d'eau vive si profonds, que, pendant plusieurs siècles, on n'est pas parvenu à les sonder. (Voir pour plus de détails, le beau livre de M. l'abbé Trépier, Histoire du décanat de Savoie.)

[30] 1 Le livre d'Henoch, bien qu’apocryphe, semble contenir les principales croyances qui avaient cours en Judée au temps de Jésus Christ.   Quand les hommes, est il dit, auront comblé, la mesure de leurs iniquités envers Dieu et envers, Israël, alors viendra le grand cataclysme dont le déluge n'a été que le prélude et comme l’avertissement. Cette fois ci, la justice divine ira jusqu'au bout ; le mal sera vaincu à jamais ; la terre sera purifiée par le feu, non plus par l'eau. Sous des cieux nouveaux, sur une terre nouvelle, commencera le règne sans fin de l’élu, règne de justice, de fidélité et de paix, véritable règne de Dieu, dans lequel Israël sera le peuple roi.

[31] Un bûcher commun, dit Lcain, attend le monde, il mêlera les ossements des hommes aux débris des étoiles. « Communis mundo superest rogus, ossibus astra mixturus. » (Phars. xxiii.)

Ovide nous représente Jupiter sur le point de foudroyer la terre, et s’arrêtant tout à coup, car, dit il : Les arrêts du destin lui arrivent à la mémoire, il se rappelle qu'un jour la mer, la terre et le palais même du ciel, saisis par la flamme, s'embraseront, et la machine du monde, fabriquée avec tant d’art, sera détraquée.

Ecce quoque in fatis reminiscitur adfore tempus

Quo marc, quo tellus, corruptaque regia cœli

Ardeat, et mundi moles operosa laboret. (Metam, i, 350).

(Voir sur cette tradition et ces diverses citations, le travail du R.P. de Bouniol.   Études religieuses, livraison nov. 1879.)

[32] 1 Cette combustion du monde est un fait commencé, et que les astronomes ont observé.   Le P. Secchi parle d’une étoile qui passa en douze jours de la deuxième à la sixième grandeur. Son spectre fut étudié. A ses raies très brillantes on constata qu'elle passait par toutes les phases de l’incandescence et était en proie à un vaste incendie. La même observation a été faite sur d'autres étoiles qui en peu de jours se sont éteintes et ont complètement disparu.

[33] 1 Gn., 1, 2.

[34] 2 Les plus savants astronomes de notre siècle, Janssen, Secchi, Angstrm, ont établi par des études et des observations incontestables, et en décomposant la lumière stellaire, l'existence des eaux supérieures dans les régions du firmament, c'est à dire autour du soleil, dans les planètes, et jusque dans les étoiles les plus éloignées. Le 12 mai 1869, Janssen écrivait de l'Himalaya à l'Académie des sciences de Paris : « Certaines conjectures théoriques me portèrent à chercher si la lumière spectrale de certaines étoiles ne présenterait pas les caractères optiques de la vapeur d'eau. Le fait a vérifié mes prévisions ; on ne peut plus mettre en doute aujourd'hui qu'un grand nombre d'étoiles ne soient enveloppées d'une atmosphère aqueuse. Le soleil lui même présente des taches et des rides qui sont dues à la vapeur d'eau. » Telles sont les eaux supérieures dont parle la Bible. Ainsi la vraie science a t elle confondu la science hostile et incrédule qui se raillait de Moine, et s'inscrivait en faux contre nos Livres saints.

[35] 1 1 Gn., 17.

[36] 1 Ps. xxxiii, 6.

[37] 2 Ps. xcvi, 3, 4.

[38] D'après les textes de l'Évangile qui nous disent nettement que les vertus des cieux seront ébranlées : Virtutes Dei commovebuntur,  que les étoiles du Ciel tomberont, il faut forcément admettre que ce ne sera pas seulement notre terre, mais les étoiles ou tout au moins la totalité de notre système planétaire qui seront dissous, désorganisés, mis en conflagration. L'astronome Lagrange, dans son traité du mécanisme céleste et dans sa théorie sur la variation des planètes et le déplacement de l'axe de leur orbite, en déduit la conclusion, que notre système planétaire est à l'abri de tout écroulement, et qu'il est constitué de manière à pouvoir durer des milliards de siècles. La théorie de Lagrange est sans doute très ingénieuse et très belle, mais elle est fondée sur cette hypothèse, qu'aucune cause étrangère et imprévue ne surviendra pour changer l'ordre actuel et infliger un démenti aux calculs rigoureux de la science.   Or, celui qui a créé les cieux et dirigé leurs mouvements avec une harmonie et un ordre si parfaits et si admirables, peut en un instant et sans miracle aucun défaire son œuvre. Par une cause secrète, inconnue à l'homme, il peut produire dans les mouvements célestes, un trouble, une altération, qui instantanément le bouleverseront de fond en comble, et qui neutraliseront et suspendront dans les planètes et la marche de leurs satellites, les forces et les lois d'attraction que nos savants réputent invariables et éternelles.   Nous savons que ces choses auront lieu, puisque la Vérité éternelle nous a formellement prédit pour la fin des temps la ruine et la désorganisation des cieux. Et cette ruine est certaine, puisqu’il est écrit : Caeli et terra transibunt, verba autem mea non prœteribunt.

Comme disent les Italiens : Scillaba di Dio non si Cancella. Ainsi la fin du monde sera un fait surnaturel, parce qu’elle est, quant à l’époque, du domaine exclusif de la volonté de Dieu, et quant au mode elle sera un fait de l’ordre naturel, parce que Dieu, pour l’opérer, se servira des causes secondes et natu–relles.

[39] 1 Mille anni, ante oculos tuos, tanquam dies hesterna quæ præteriit. (Ps.lxxxix, 4.)

[40] Mgr Gaume, Où allons nous ? no xvii.

[41] Saint Jérôme, IIe lettre à Agéruchie de Monogam.

[42] Jn., v, 27.

[43] Rm., c. iii, 8.

Lire la suite

Saint Raphaël archange

24 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Raphaël archange

Collecte

O Dieu, qui avez donné le bienheureux Archange Raphaël comme compagnon de route à votre serviteur Tobie, accordez-nous, à nous vos serviteurs, la grâce d’être toujours protégés et secourus par ce même Archange

Lecture Tb. 12, 7-15

En ces jours-là : L’ange Raphaël dit à Tobie : Il est bon de cacher le secret du roi, mais il est honorable de révéler et de publier les œuvres de Dieu. La prière accompagnée du jeûne est bonne, et l’aumône vaut mieux que d’amasser des monceaux d’or. Car l’aumône délivre de la mort, et c’est elle qui efface les péchés, et qui fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. Mais ceux qui commettent le péché et l’iniquité sont les ennemis de leur âme. Je vais donc vous découvrir la vérité, et je ne vous cacherai point une chose qui est secrète. Lorsque vous priiez avec larmes, et que vous ensevelissiez les morts, que vous quittiez votre repas, et que vous cachiez les morts dans votre maison durant le jour pour les ensevelir pendant la nuit, j’ai présenté votre prière au Seigneur. Et parce que vous étiez agréable à Dieu, il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât.Et maintenant le Seigneur m’a envoyé pour vous guérir, et pour délivrer du démon Sara, la femme de votre fils. Car je suis l’Ange Raphaël, l’un des sept qui nous tenons en la présence du Seigneur

 

AU PREMIER NOCTURNE.
Du livre de Tobie.
Première leçon. Tobie appela vers lui son fils, et lui dit : Que pouvons-nous donner à cet homme saint, qui est venu avec toi ? Tobie, répondant, dit à son père : Mon père, quelle récompense lui donnerons-nous ? ou qu’est-ce qui pourra être digne de ses bienfaits ? Il m’a mené et ramené en bonne santé ; c’est lui-même qui a reçu l’argent de Qabélus ; lui qui m’a fait avoir ma femme, et qui a écarté d’elle le démon ; il a causé de la joie à ses parents, il m’a arraché à un poisson dévorant, il vous a fait voir à vous-même la lumière du ciel, et par lui nous avons été remplis de toute sorte de biens. Que pourrons-nous lui donner de convenable pour cela ?Mais je vous prie, mon père, de lui demander, si, par hasard, il juge digne de prendre pour lui la moitié de tout ce qui a été apporté.

Deuxième leçon. Et l’appelant, c’est-à-dire le père et le fils, ils le prirent à part, et se mirent à le prier de daigner accepter la moitié de tout ce qu’ils avaient apporté. Alors il leur dit en secret : Bénissez le Dieu du ciel, et rendez-lui gloire devant tous les vivants, parce qu’il a exercé envers vous sa miséricorde. Car il est bon de cacher le secret d’un roi ; mais révéler et publier les œuvres de Dieu, c’est une chose honorable. La prière est bonne avec le jeûne, et l’aumône vaut mieux que de tenir cachés des trésors d’or, parce que l’aumône sauve de la mort, et c’est elle qui lave les péchés et fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. Mais ceux qui commettent le péché et l’iniquité sont les ennemis de leur âme. Je vous manifeste donc la vérité, et je ne vous cacherai point une chose qui est secrète. Quand tu priais avec larmes, que tu ensevelissais les morts, que tu laissais ton repas, que tu cachais les morts durant le jour en ta maison, et que, durant la nuit, tu les ensevelissais, c’est moi qui ai présenté ta prière au Seigneur. Et parce que tu étais agréable au Seigneur, il a été nécessaire que la tentation t’éprouvât.

Troisième leçon. Et maintenant le Seigneur m’a envoyé pour te guérir, et pour sauver Sara, la femme de ton fils, du démon. Car je suis l’Ange Raphaël, l’un des sept qui nous tenons devant le Seigneur. Et, lorsqu’ils eurent entendu ces paroles, ils furent troublés, et, tremblants, ils tombèrent à terre sur leur face. Et l’Ange leur dit : Paix à vous ! ne craignez point. Car lorsque j’étais avec vous, c’est par la volonté de Dieu que j’y étais : bénissez-le et chantez-le. Je paraissais, il est vrai, manger avec vous et boire ; mais moi, c’est d’une nourriture invisible et d’une boisson qui ne peut être vue par les hommes, que je fais usage. Il est donc temps que je retourne vers celui qui m’a envoyé ; mais vous, bénissez Dieu, et racontez toutes ses merveilles. Et, lorsqu’il eut dit ces choses, il fut enlevé de leur présence, et ils ne purent plus le voir. Alors, prosternés pendant trois heures sur leur face, ils bénirent Dieu, et, s’étant levés, ils racontèrent toutes ses merveilles.
 

AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Sermon de saint Bonaventure, Évêque.
Quatrième leçon. Le nom de Raphaël veut dire médecine de Dieu. Et nous devons remarquer qu’on peut être retiré du mal par trois bienfaits que saint Raphaël nous accorde quand il nous guérit. D’abord Raphaël, le médecin céleste, nous arrache à l’infirmité spirituelle en nous amenant à l’amertume salutaire de la contrition, à laquelle se rapporte ce que Raphaël dit à Tobie : Dès que tu seras entré dans ta maison, oins ses yeux avec du fiel. Il le fit et son père recouvra la vue. Pourquoi ne dut-ce point être Raphaël lui-même qui fit cette onction ? Parce qu’un Ange ne donne point la componction ; son rôle est d’en montrer la voie. En ce fiel nous voyons donc l’image de l’amertume de la contrition, laquelle rend sains les yeux intérieurs de l’âme ; un psaume nous dit : « Il guérit ceux qui sont contrits de cœur. » Cette contrition est un collyre excellent. Au deuxième chapitre du livre des Juges, il est raconté que l’Ange monta auprès de ceux qui versaient des larmes et dit au peuple : « Je vous ai retirés de la terre d’Égypte ; j’ai accompli pour vous tant et tant de choses bonnes, et tout 1e peuple pleura de telle sorte que ce lieu fut appelé le lieu de ceux qui pleurent. »Mes très chers, les Anges nous parlent tout le long du jour des bienfaits de Dieu et nous les remettent en mémoire : Ils semblent nous dire : Qui t’a créé ? Qui t’a racheté ? Qu’as tu fait ? Qu’as-tu offensé ? Or, si nous nous arrêtons à considérer ce qui en est, nous ne trouverons d’autre remède que de pleurer.

Cinquième leçon. Secondement, saint Raphaël nous arrache à la servitude du diable, quand il fait pénétrer en nous le souvenir de la passion du Christ en figure de laquelle il est dit au sixième chapitre de Tobie : Si tu mets une parcelle de son cœur sur des charbons ardents, la fumée qui s’en dégagera mettra en fuite la race des démons. En effet, Raphaël relégua le démon dans un désert de la haute Égypte. Qu’est ceci ? Raphaël n’aurait pu éloigner le démon s’il n’avait mis le cœur sur des charbons ardents ? Est-ce le cœur d’un poisson qui donnait à l’Ange tant de pouvoir ? Nullement. Il serait demeuré sans aucune vertu s’il n’y avait eu ici un mystère. Par ce fait il nous est donné à entendre que rien aujourd’hui ne nous délivre de la servitude du diable comme la passion du Christ, et que cette passion procède de son cœur comme d’une racine, c’est-à-dire qu’elle est le fruit de son amour. Le cœur est en effet la source de toute notre chaleur vitale. Si donc tu mets le Cœur du Christ, c’est-à-dire la passion qu’il a soufferte et dont la racine est la charité, la source son ardeur, si tu mets ce Cœur divin sur des charbons en le rappelant à ta mémoire et que ton âme s’enflamme, aussitôt le démon sera éloigné, de sorte qu’il ne pourra te nuire.

Sixième leçon. Troisièmement l’Archange Raphaël nous délivre de la peine de nous trouver en opposition avec Dieu, peine que nous encourons en offensant ce Dieu ; il nous en délivre quand il nous amène à prier avec instance ; et à ceci je rapporte ce que l’Ange Raphaël dit à Tobie au douzième chapitre : Quand tu priais avec larmes, moi j’ai offert ton oraison au Seigneur. Les Anges nous réconcilient avec Dieu, dans la mesure où ils le peuvent. Nos accusateurs devant Dieu, ce sont les démons. Quant aux Anges, ils nous excusent, lorsqu’ils offrent nos prières, ces prières qu’ils nous ont porté à faire dévotement. On lit au huitième chapitre de l’Apocalypse : « La fumée des parfums s’éleva de la main de l’Ange en présence du Seigneur ». Ces parfums se consumant suavement sont les prières des Saints. Veux-tu plaire au Dieu que tu as offensé ? Prie dévotement. Ils offrent à Dieu ta prière pour te réconcilier avec lui. Il est dit en saint Luc que le Christ étant tombé en agonie priait plus instamment et qu’un Ange de Dieu lui apparut le fortifiant. Tout cela s’est accompli en notre faveur, car le Sauveur n’avait point besoin d’être fortifié par un messager céleste ; mais il en a été ainsi pour montrer que les Anges assistent volontiers ceux qui prient avec piété et volontiers les aident ; ils les fortifient et offrent leurs oraisons à Dieu. Le Pape Benoît XV a étendu à l’Église universelle la fête de saint Raphaël, archange.
 

AU TROISIÈME NOCTURNE.
 Homélie de saint Jean Chrysostome, Évêque.
Septième leçon. En ce passage de l’Évangile (rapportant) le miracle opéré en faveur du paralytique qui attendait le passage de l’ange près de la piscine appelée en hébreu Bethsaïde, à quel mode de guérison est-il fait allusion ? Quel mystère nous semble indiqué sous l’écorce du fait historique ? Les détails de ce fait n’ont pas été consignés sans motif, mais saint Jean nous annonce comme par une figure et une image ce qui devait s’accomplir dans la suite, de peur que si (la prédication) d’une chose aussi surprenante (qu’un baptême régénérateur) arrivait sans être aucunement attendue, la foi de beaucoup d’auditeurs ne fût jusqu’à un certain point ébranlée. Que signifie donc cette narration ? Elle prédit le baptême qui devait être conféré plus tard, plein de vertu et d’une grâce immense ; le baptême qui allait laver tous les péchés et rendre des morts à la vie. C’est donc le baptême qui est figuré par la piscine et plusieurs autres symboles. Parmi ceux-ci, le Seigneur a d’abord donné l’eau qui lave les taches corporelles et purifie les souillures, non réelles mais réputées telles provenant de funérailles, de lèpre et d’autres causes. Sous l’ancienne loi, il fallait en bien des circonstances, se purifier par l’eau.

Huitième leçon. Mais poursuivons notre sujet. La Providence a donc voulu que l’eau servit en premier lieu, à purifier les souillures matérielles, puis à guérir diverses infirmités. Pour nous rapprocher davantage de la grâce du baptême, Dieu ne se contente plus de porter remède aux souillures, mais il guérit aussi les maladies. Soit à propos du baptême, soit à propos de la passion ou de tout autre sujet, les images qui touchent de plus près à la vérité sont plus claires que celles données plus anciennement. Il en est des figures comme des gardes de l’empereur ; les plus rapprochés de sa personne sont toujours plus élevés en dignité que les autres. L’Ange descendait dans la piscine Probatique, en agitait l’eau pour lui communiquer une vertu curative : ce qui préparait les Juifs à reconnaître à plus fortes raisons, au Seigneur des Anges, le pouvoir de guérir tous les maux de l’âme. Toutefois, de même que les eaux de la piscine ne guérissaient point par elles-mêmes, (autrement elles l’eussent toujours fait,) mais en vertu de ’action de l’Ange, de même l’eau dans le baptême n’agit pas non plus par elle-même ; elle n’efface tous nos péchés que lorsqu’elle a reçu la grâce de l’Esprit.

Neuvième leçon. Autour de cette piscine « gisait une grande multitude de malades, d’aveugles, de boiteux, de paralytiques attendant que l’eau fût mise en mouvement. » Alors l’infirmité même de chacun d’eux mettait souvent obstacle à sa guérison bien qu’il la voulut. Aujourd’hui il dépend de chacun d’avoir accès à la piscine spirituelle. Ce n’est plus l’ange du Seigneur qui agite les eaux, c’est le Seigneur des Anges qui seul intervient. Nous n’avons plus le droit de dire : Tandis que je m’avance, un autre descend avant moi. Car l’univers entier se présentât-il, la grâce n’en serait pas pour cela épuisée, l’action divine n’en aurait pas moins toute son efficacité et n’en demeurerait pas moins toujours la même. Quoique les rayons du soleil nous éclairent chaque jour, ils ne se raréfient point, quoiqu’ils réjouissent bien des regards, ils ne perdent point leur splendeur ; ainsi (ou plutôt encore moins) l’action de l’Esprit-Saint n’est pas diminuée par le grand nombre de ceux en qui elle s’exerce. Ce qui arrivait à Bethsaïde avait pour but de préparer ceux qui auraient connaissance de cette vertu de l’eau pour guérir les maladies corporelles et qui seraient familiarisés avec ce spectacle, à croire sans peine que les maux de l’âme sont, eux aussi, susceptibles de guérison.

Lire la suite

Saint Antoine-Marie Claret évêque et confesseur

23 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Antoine-Marie Claret évêque et confesseur

Collecte

O Dieu, qui avez élevé le bienheureux Antoine-Marie, votre Confesseur et Evêque, par les vertus apostoliques, et qui avez institué par lui dans votre Eglise de nouvelles familles de clercs et de vierges : faites que, dirigés par son enseignement et soutenus par ses mérites, nous puissions travailler sans cesse à chercher le salut des âmes.

Office

(Leçon des Matines) Antoine-Marie Claret, né à Sallent en Espagne de parents pieux et honorables, exerça dans sa jeunesse le métier de tisserand, mais ensuite il devint prêtre, s’adonna d’abord au ministère paroissial, puis vint à Rome pour être envoyé par la Congrégation de la Propagation de la Foi aux missions extérieures. Revenu en Espagne, par une disposition de Dieu, il parcourut comme missionnaire apostolique la Catalogne et les îles Canaries. Auteur fécond de bons livres, il fonda aussi la Congrégation des Fils du Cœur Immaculé de Marie. Élevé au siège archiépiscopal de Santiago de Cuba, il fit briller avec éclat les vertus d’un pasteur plein de zèle ; il rétablit le séminaire, encouragea les études et la formation des clercs, fonda des œuvres sociales et créa pour l’éducation chrétienne des jeunes filles l’Institut des Sœurs enseignantes de Marie Immaculée. Appelé ensuite à Madrid pour y être le confesseur de la reine d’Espagne et son conseiller dans les affaires ecclésiastiques les plus importantes, il donna un magnifique exemple d’austérité et de toutes les vertus. Au concile du Vatican, il se fit l’ardent défenseur de l’infaillibilité du Pontife Romain. Il propagea admirablement la dévotion envers le très Saint Sacrement et envers le cœur immaculé de Marie et son Rosaire. Enfin, il mourut exilé à Fontfroide, en France, en 1870. Il fut glorifié par des miracles ; Pie XI l’inscrivit parmi les bienheureux et Pie XII parmi les saints.

Extrait de l’introduction à son autobiographie

« Devant le saint sacrement, je sens le Christ présent d'une façon inexplicable . » Son expérience mystique était toute centrée sur le Christ. Il vivait en profondeur le mystère trinitaire, la filiation divine, la possession par l’Esprit, mais c'est dans et par le Christ qu'il les vivait. Saint Bernard l'aurait trouvé très naturel ; n'a-t-il pas écrit que c'est dans le Christ que le Père et l'Esprit nous donnent le baiser de l’union mystique ? Ces phénomènes ont eu lieu avec le contact de l’Eucharistie. Par là, il rejoignait cette ligne de la mystique eucharistique qui trouve ses expressions les plus heureuses chez les pères Grecs et chez saint Bonaventure. Ainsi, on est moins étonné d'apprendre qu'il a reçu de Dieu la grâce de conserver intactes dans sa poitrine les espèces sacramentelles, et cela d'une communion à l'autre. Son témoignage est clair et ferme, et c'est le témoignage d'un saint qui, par ailleurs, est un homme serein et nullement porté à l'illusion.

D'autre part, cette grâce vient s'insérer harmonieusement dans la vie de quelqu'un qui a une grande dévotion à l’Eucharistie ; elle vient marquer le mariage mystique de son âme avec Dieu. N'est-il pas normal que l'union transformante lui soit venue par l’Eucharistie, sacrement de l’incorporation ? Une recherche sur la doctrine des Pères concernant l’incorporation au Christ réalisée par la présence des espèces sacramentelles en nous pourrait jeter beaucoup de lumière sur ce cas extraordinaire.

Le Saint s'est d'ailleurs aperçu du vrai sens de la grâce : recevant en son cœur, peu avant sa mort, une participation à l'amour que Jésus-Christ avait pour ses ennemis, il l'expliquera par ce texte de Saint-Paul dont il expérimente la vérité : « Je ne vis plus, c'est le Christ qui vit en moi. »

Uni au Christ, il a vécu intensément le mystère maternel de Notre-Dame. C'est peut-être l’aspect de sa spiritualité le plus étudié jusqu'ici, tant il est évident. Dès son enfance, il a éprouvé une dévotion toute filiale à la mère de Dieu. Avec la dévotion au saint sacrement, ce fut le trait dominant de son enfance et de sa jeunesse. L'ambiance locale, le bon exemple de sa famille et les écrits de saint-Alphonse de Liguori l’ont également profondément marqué. Puis, à un certain moment, prenant conscience de sa vocation apostolique, il la considérera comme un don de Notre-Dame.

Chose curieuse, tandis que pour expliquer la vocation apostolique en général, il parlera de la mission donnée au Fils par le Père et aux apôtres par le Fils, sans faire mention du rôle qu’y joue la Vierge Marie, il expliquera sa propre vocation en la rapportant uniquement à Notre-Dame. Il est son missionnaire car c'est d'elle qu'il a reçu la vocation. La Vierge l'envoie, le lance de ses propres mains, comme une flèche. C’est elle qui le réconforte et qui attire sur son ministère les bénédictions de Dieu. Plus tard, apprenant les conversions causées par la dévotion au Cœur de Marie, ses œuvres principales commenceront à être appelées de ce titre, tandis que l’installation de l’Archiconfrérie du Cœur Immaculé de Marie constituera l’un des points fondamentaux de ses missions. Il en est de même dans sa vie spirituelle : beaucoup de paroles intérieures et d'illuminations proviennent de la Vierge Marie. C'est elle qui, dans une vision, lui donne l'Enfant-Jésus et le rassure sur la réalité de la conservation des espèces sacramentelles. La Très Sainte Vierge est toujours auprès de son Fils dans la vie mystique du Saint.

Transformé dans le Christ, sa connaissance du mystère pascal se voit du même coup approfondie. C'est le moment des visions concernant divers mystères de Notre-Dame. Mais, remarquons-le, si notre Seigneur ne se montre jamais à lui sans que la main maternelle de la Vierge n'y intervienne, il ne verra Notre- Dame qu'à côté du Christ. Marie est pour lui non pas la médiatrice d'un Christ distant et inaccessible mais la compagne même du Christ, son aide dans l'œuvre du salut. Elle sera toujours présente à lui, mais comme une part du mystère du Christ. Il y a là une différence très nette entre la dévotion mariale de saint Antoine-Marie Claret et celle d'autres écoles modernes de spiritualité. Voici les trois lignes de force de la spiritualité clarétaine : vocation apostolique, piété profondément christologique et dévotion filiale à Marie.

Et puisqu’on ne dit jamais pourquoi saint Antoine-Marie Claret, ancien archevêque de Cuba, confesseur de la reine d’Espagne, est mort à 62 ans dans un monastère français, voici les dernières lignes de la longue introduction signée Jean-Marie Lozano :

S'il n'a pas vu se réaliser son désir de donner sa vie pour le Seigneur Jésus, il a souffert un long martyre spirituel dans les dernières années de sa vie. La souffrance est alors allée en progressant : exil, campagne de presse, demandes d'extradition pour le faire juger par un tribunal révolutionnaire... Dieu l’en a libéré en le rappelant à Lui. Mais, même dans mort, il devait ressembler au Christ : il est mort seul, privé presque de tous ses amis, accueilli par charité dans un monastère.

Lire la suite
Publicité

Que la foi se doit d'être éprouvée

23 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Que la foi se doit d'être éprouvée

Pierre apôtre de Jésus-Christ, aux élus, étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, choisis selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, pour obéir à la foi et pour avoir part à l'aspersion du sang de Jésus-Christ: à vous grâce et paix de plus en plus.

Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon sa grande miséricorde nous a régénérés par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts pour une vivante espérance; pour un héritage incorruptible, sans souillure et inflétrissable, qui vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut, qui est prêt à se manifester au dernier moment.

Dans cette pensée, vous tressaillez de joie, bien qu'il vous faille encore pour un peu de temps être affligés par diverses épreuves, afin que l'épreuve de votre foi beaucoup plus précieuse que l'or périssable que l'on ne laisse pourtant pas d'éprouver par le feu, vous soit un sujet de louange, de gloire et d'honneur lorsque se manifestera Jésus-Christ. Vous l'aimez sans l'avoir jamais vu; vous croyez en lui, bien que maintenant encore vous ne le voyiez pas; et vous tressaillez d'une joie ineffable, et pleine de gloire, sûrs que vous êtes de remporter le prix de votre foi, le salut de vos âmes.

Ce salut a été l'objet des recherches et des méditations de ceux d'entre les prophètes dont les prédictions annoncent la grâce qui vous était destinée; ils cherchaient à découvrir quel temps et quelles circonstances indiquait l'Esprit du Christ qui était en eux, et qui attestait d'avance les souffrances réservées au Christ et la gloire dont elles devaient être suivies. Il leur a été révélé que ce n'était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu'ils avaient charge de dispenser les choses que vous ont aujourd'hui annoncées ceux qui, par le Saint-Esprit envoyé du ciel, vous ont prêché l’Évangile: mystère profond, où les anges désirent plonger leurs regards.

C'est pourquoi, ayant ceint les reins de votre esprit, soyez sobres, et tournez toute votre espérance vers cette grâce qui vous sera apportée le jour où Jésus-Christ paraîtra.

Comme des enfants obéissants, ne vous conformez plus aux convoitises que vous suiviez autrefois, au temps de votre ignorance; mais à l'imitation du Saint qui vous a appelés, vous-mêmes aussi soyez saints dans toute votre conduite, car il est écrit: " Soyez saints, parce que je suis Saint. " -

Et si vous donnez le nom de Père à celui qui, sans faire acception des personnes, juge chacun selon ses œuvres, vivez dans la crainte pendant le temps de votre séjour comme étrangers ici-bas: sachant que vous avez été affranchis de la vaine manière de vivre que vous teniez de vos pères, non par des choses périssables, de l'argent ou de l'or, mais par un sang précieux, celui de l'agneau sans défaut et sans tache, le sang du Christ, qui a été désigné dès avant la création du monde, et manifesté dans les derniers temps à cause de vous.

C'est par lui que vous avez la foi en Dieu, qui l'a ressuscité des morts et qui lui a donné la gloire, en sorte que votre foi est en même temps votre espérance en Dieu.

Puisque vous avez, en obéissant à la vérité, purifié vos âmes et que par là vous vous êtes engagés à un sincère amour fraternel, aimez-vous ardemment les uns les autres, du fond du cœur, régénérés que vous êtes d'un germe non corruptible mais incorruptible, par la parole de Dieu vivante et éternelle.

Car toute chair est comme l'herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe l'herbe sèche et sa fleur tombe; mais la parole du Seigneur demeure éternellement. " C'est cette parole dont la bonne nouvelle vous a été apportée.

 

Ayant donc dépouillé toute malice et toute fausseté, la dissimulation, l'envie et toute sorte de médisance, comme des enfants nouvellement nés, désirez ardemment le pur lait spirituel, afin qu'il vous fasse grandir pour le salut, si " vous avez goûté que le Seigneur est bon. "

Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée des hommes, il est vrai, mais choisie et précieuse devant Dieu; et, vous-mêmes comme des pierres vivantes, entrez dans la structure de l'édifice, pour former un temple spirituel, un sacerdoce saint, afin d'offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus-Christ.

Car il est dit dans l’Écriture: " Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui met en elle sa confiance ne sera pas confondu. "

A vous donc l'honneur, vous qui croyez; mais pour les incrédules, " la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, c'est elle qui est devenue une pierre d'angle, une pierre d'achoppement et un rocher de scandale ": eux qui vont se heurter contre la parole parce qu'ils n'ont pas obéi; aussi bien, c'est à cela qu'ils sont destinés.

Mais vous, vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis afin que vous annonciez les perfections de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière; " vous qui autrefois n'étiez pas son peuple, et qui êtes maintenant le peuple de Dieu; vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

Lire la suite

Saint Jean de Kenty confesseur

20 Octobre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean de Kenty confesseur

Collecte

Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, faites que, progressant dans la science des Saints et montrant de la compassion envers nos frères, à l’exemple du saint Confesseur Jean, nous puissions, grâce à ses mérites, trouver indulgence auprès de vous.

Office

Quatrième leçon. Jean naquit au bourg de Kenty, dans le diocèse de Cracovie, et fut pour cela surnommé Cantius. Ses parents, pieux et honnêtes, se nommaient Stanislas et Anne. Dès son enfance, la gravité, la douceur et l’innocence de ses mœurs firent concevoir l’espérance qu’il parviendrait à un haut degré de vertu. Il étudia la philosophie et la théologie à l’Université de Cracovie et passa par tous les grades académiques. Docteur et professeur pendant plusieurs années, il éclairait l’esprit de ses auditeurs par la doctrine sacrée qu’il leur exposait, et les enflammait d’ardeur pour toute sorte de bien, et cela par ses exemples aussi bien que par son enseignement. Devenu Prêtre, il s’appliqua davantage à la perfection chrétienne, sans négliger aucunement l’étude des lettres. Autant il déplorait avec amertume que Dieu fût partout offensé, autant il s’efforçait de détourner sa colère de lui-même et du peuple, en offrant chaque jour, avec abondance de larmes, le Sacrifice non sanglant de l’autel. Il gouverna parfaitement, pendant quelques années, la paroisse d’Ilkusi ; mais, troublé à la vue du péril des âmes, il quitta cette paroisse et, l’académie le demandant, il se remit à enseigner.
Cinquième leçon. Tout e temps que l’étude lui laissait, il le consacrait, soit à procurer le salut du prochain, surtout par la prédication, soit à prier. On rapporte que, dans l’exercice de l’oraison, il lui arriva quelquefois d’être favorisé de visions et d’entretiens célestes. La passion du Christ le touchait à ce point, qu’il passait parfois des nuits entières à la méditer, et que, pour se la retracer plus vivement, il fit le pèlerinage de Jérusalem. Là, enflammé du désir du martyre, il ne craignit pas de prêcher, aux Turcs eux-mêmes, le Christ crucifié. Il se rendit quatre fois à Rome, au tombeau des saints Apôtres, faisant la route à pied et chargé lui-même de ce qu’il lui fallait pour le voyage. Le saint y allait tant pour honorer le Siège apostolique, auquel il était extrêmement dévoué, que pour diminuer, disait-il, les peines de son purgatoire, grâce à la rémission des péchés offerte là, chaque jour, aux fidèles. Au cours de ce voyage, des voleurs le dévalisèrent et lui demandèrent ensuite s’il avait encore autre chose ; Jean ne se souvint pas de quelques pièces d’or, cousues dans son manteau, et répondit qu’il ne lui restait plus rien. Déjà les voleurs s’enfuyaient, lorsqu’il se mit à crier pour les leur offrir aussi ; mais, admirant sa simplicité et sa bonté, ils lui rendirent spontanément ce qu’ils lui avaient pris. Pour qu’on ne blessât point la réputation du prochain, il fit, à l’exemple de saint Augustin, graver des vers sur la muraille de sa demeure, comme un perpétuel avertissement pour lui-même et pour ceux qui le visitaient. Les pauvres qui souffraient de la faim, il les nourrissait des mets de sa table ; ceux qui n’avaient pas de vêtements, il leur en achetait et il quittait même ses habits et ses chaussures pour les leur donner ; alors il laissait tomber son manteau jusqu’à terre, pour qu’on ne le vît pas rentrer pieds nus chez lui.
Sixième leçon. Il dormait peu, et par terre ; comme vêtement, comme nourriture, il n’avait que ce qu’il faut pour couvrir le corps et soutenir les forces. Un dur cilice, les flagellations et le jeûne, furent les moyens par lesquels il garda sa virginité, comme un lis au milieu des épines. Bien plus, pendant environ les trente-cinq dernières années de sa vie, il s’abstint constamment de l’usage de la viande. Enfin, plein de jours et de mérites, après s’être longtemps et soigneusement préparé à la mort, dont il pressentait l’approche, il distribua aux pauvres tout ce qu’il pouvait encore avoir chez lui, afin qu’aucune chose ne le retînt plus. Puis, saintement muni des sacrements de l’Église, « désirant d’être dissous et d’être avec Jésus-Christ, » il s’envola dans le ciel, en la veille de Noël, et fut illustre par d’éclatants miracles, après sa mort comme pendant sa vie. Dès qu’il eut rendu l’esprit, on le porta dans l’église de Sainte-Anne, voisine de l’Université, et on l’y ensevelit avec honneur. La vénération du peuple et le concours à son tombeau s’étant accrus de jour en jour, on l’honore très religieusement comme un des principaux patrons de la Pologne et de la Lithuanie. De nouveaux miracles ayant ajouté à sa gloire, le souverain Pontife Clément XIII l’a solennellement inscrit au nombre des Saints, le dix-septième jour dés calendes d’août, de l’an mil sept cent soixante-sept.

Lire la suite