Saint Didace confesseur
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel, qui, par une providence admirable, choisissez ce qu’il y a de plus faible dans le monde pour confondre ce qu’il y a de plus fort ; soyez propice à notre humilité, et accordez-nous grâce aux pieuses prières de votre bienheureux Confesseur Didace, d’être élevés dans les cieux à la gloire éternelle.
Office
Quatrième leçon. Didace naquit en Espagne, au bourg de Saint-Nicolas-de-Port, au diocèse de Séville. Dès son jeune âge, et sous la direction d’un prêtre pieux, il s’exerça, dans une église solitaire, aux premières pratiques d’une vie plus sainte que celle des chrétiens ordinaires. Ensuite, pour s’attacher plus fermement à Dieu, il se rendit à Arrizafa, chez les Frères Mineurs, que l’on appelle Observantins, et fit profession de la règle de saint François, comme frère lai. Là, se soumettant avec un joyeux empressement au joug de l’humble obéissance et de l’observance régulière, adonné surtout à la contemplation, il reçut de Dieu des lumières si vives et si pénétrantes, qu’il parlait des choses du ciel d’une manière merveilleuse et toute divine, quoique n’ayant fait aucune étude littéraire.
Cinquième leçon. Dans les îles Canaries, où il fut chargé de la conduite des frères de son Ordre, et où son désir ardent du martyre fut en partie satisfait par toutes sortes de tribulations, ses paroles et ses exemples convertirent à la foi de Jésus-Christ un grand nombre d’infidèles. Étant revenu à Rome l’année du jubilé, sous le pontificat de Nicolas V, et destiné au soin des malades dans le couvent de l’Ara Cœli, il remplit cette charge avec une charité si ardente que, malgré la disette qui désolait la ville, les malades confiés à ses soins, et dont parfois il guérissait les ulcères en les baisant, ne manquèrent jamais de ce qui leur était nécessaire. On vit briller encore en lui une foi très vive et le don de guérir les malades, en leur faisant des onctions en forme de croix, avec l’huile d’une lampe qui brûlait devant l’image de la bienheureuse Mère de Dieu, qu’il honorait avec la plus grande dévotion.
Sixième leçon. Enfin, étant à Alcala de Hénarès, et sentant que la fin de sa vie était proche, n’ayant sur lui qu’une vieille robe toute déchirée, les yeux fixés sur la croix, il prononça très dévotement ces paroles de l’hymne sacrée : « Doux bois, doux clous, portant un doux ; fardeau, qui avez été dignes de porter le Roi des cieux, le Seigneur. » Ayant achevé ces paroles, il rendit son âme à Dieu, la veille des ides de novembre, en l’an du Seigneur mil quatre cent soixante-trois. Son corps demeura plusieurs mois sans sépulture, afin de satisfaire le pieux désir de ceux qui accouraient pour le voir ; et, comme s’il ; eût été déjà revêtu de l’incorruptibilité, il s’en exhalait une odeur très suave. De nombreux et éclatants miracles ayant rendu Didace célèbre, le Pape Sixte-Quint le mit au nombre des Saints.
L’humble frère lai, Diego de Saint-Nicolas, rejoint au ciel, près de son père saint François, Bernardin de Sienne et Jean de Capistran qui le précédèrent de quelques années. Ceux-ci ont laissé l’Italie, l’Europe entière, vibrantes toujours des échos de leur voix qui pacifiait les villes au nom du Seigneur Jésus, et lançait des armées au-devant du Croissant vainqueur de Byzance. Le siècle qu’ils contribuèrent si puissamment à sauver des suites du grand schisme et à rendre à ses chrétiennes destinées, ne connut guère de Diego que son admirable charité lors de ce jubilé de 1420, aux résultats, il est vrai, si précieux : Rome, redevenue pratiquement non moins que théoriquement la ville sainte aux yeux des nations, vit les pires fléaux impuissants à retenir loin d’elle ses fils ; l’enfer, débordé par le courant inouï qui, des quatre coins du monde, amenait les foules aux sources du salut, en fut retardé de soixante-dix ans dans son œuvre de ruine.
Le bienheureux garde-malades de l’Ara Cœli qui se dépensait alors au service des pestiférés, n’eut sans doute à de tels résultats qu’une part bien minime aux yeux des hommes, surtout si on la rapproche de celle des grands apôtres franciscains ses frères. Or cependant voici que l’Église de la terre, interprète fidèle de celle des cieux, honore aujourd’hui Diego des mêmes honneurs que nous l’avons vue rendre à Bernardin et à Jean. Qu’est-ce à dire sinon derechef que, devant Dieu, les hauts faits des vertus cachées au monde ne le cèdent point à ceux dont l’éclat ravit la terre, si procédant d’une même ardeur d’amour, ils produisent dans l’âme un même accroissement de la divine charité ?
Le pontificat de Nicolas V qui présida l’imposant rendez-vous des peuples aux tombeaux des Apôtres en 1450, fut aussi et demeure justement admiré pour l’essor nouveau qu’il donna sur les sept collines au culte des lettres et des arts ; car il appartient à l’Église de faire entrer dans sa couronne, à l’honneur de l’Époux, tout ce que l’humanité estime à bon droit grand et beau. Présentement néanmoins, quel humaniste d’alors, ainsi qu’on appelait les lettrés de ce temps, ne préférerait la gloire du pauvre Frère mineur sans lettres à celle dont les éphémères rayons lui firent si vainement se promettre l’immortalité ! Au quinzième siècle, comme toujours, Dieu choisit le faible et l’insensé pour confondre les sages ; l’Évangile a toujours raison.
Dieu tout-puissant et éternel qui, par une disposition admirable, faites choix de ce qui est faible en ce monde pour confondre ce qui est fort ; daignez accorder à notre humilité que par les pieuses prières du bienheureux Diego , votre Confesseur, nous méritions d’être élevés à la gloire éternelle des cieux. » C’est la demande que l’Église fait monter vers le Seigneur à toutes les heures liturgiques de cette fête qui est la vôtre, ô Diego. Appuyez ses supplications ; votre crédit est grand près de Celui que vous suivîtes avec tant d’amour dans la voie de l’humilité et de la pauvreté volontaire. Voie royale en toute vérité, puisque c’est elle qui vous amène aujourd’hui à ce trône dont l’éclat fait pâlir tous les trônes de la terre. Même ici-bas, combien à cette heure votre humaine renommée dépasse celle de tant de vos contemporains non moins oubliés qu’ils furent illustres un jour ! C’est la sainteté qui distribue les seules couronnes durables pour les siècles présents comme pour les éternels ; car c’est en Dieu qu’est le dernier mot comme la suprême raison de toute gloire, de même qu’en lui est le principe de la seule vraie félicité pour cette vie et pour l’autre. Puissions-nous tous, à votre exemple et par votre aide, ô Diego, en faire la bienheureuse expérience.
Saint Martin Ier pape et martyr
Collecte
O Dieu, qui nous donnez chaque année un nouveau sujet de joie par la solennité de votre Martyr et Pontife, le bienheureux Martin, accordez-nous, dans votre miséricorde, de pouvoir ressentir les effets de la protection de celui dont nous célébrons la naissance.
Office
Quatrième leçon. Martin, natif de Todi en Ombrie, s’efforça, dès le commencement de son pontificat, et par les lettres qu’il écrivit, et par les légats qu’il envoya, de rappeler des funestes erreurs de l’hérésie à la vérité de la foi catholique, Paul, Patriarche de Constantinople. Celui-ci, soutenu par l’empereur Constant, qui était hérétique, en était venu jusqu’à cet excès de folie, de reléguer en différentes Iles les légats du Saint-Siège. Le Pape, justement indigné de ce crime, le condamna dans un concile qu’il tint à Rome, concile où se trouvèrent cent cinq Évêques.
Cinquième leçon. A cause de cet acte, Constant envoya en Italie l’exarque Olympius, avec ordre de faire tuer le Pape Martin, ou de le lui amener. Olympius étant donc venu à Rome, commanda à un licteur de tuer le Pape, lorsqu’il célébrerait solennellement la Messe en la basilique de Sainte-Marie de la Crèche : mais ce satellite, ayant tenté la chose, devint tout à coup aveugle.
Sixième leçon. Depuis ce temps-là, plusieurs malheurs arrivèrent à l’empereur Constant ; loin d’en être devenu meilleur, il envoya Théodore Calliope à Rome, avec ordre de se saisir du Pape. Celui-ci fut pris par artifice, mené à Constantinople, et, de là, relégué dans la Chersonèse, où, épuisé par les maux qu’il avait soufferts pour la foi catholique, il mourut le douze novembre, après s’être signalé par plusieurs miracles. Quelque temps après, son corps fut transporté à Rome, et déposé dans l’église consacrée à Dieu sous le nom de saint Sylvestre et de saint Martin. Il gouverna l’Église six ans, un mois et vingt-six jours. En deux ordinations, faites au mois de décembre, il ordonna onze Prêtres et cinq Diacres et sacra trente-trois Évêques pour divers lieux.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Pendant que l’affluence des peuples au tombeau de l’évêque de Tours amenait son troisième successeur, Perpétuus, a élever sur ses restes précieux la basilique où devaient s’accomplir tant de prodiges durant le moyen âge entier, Rome elle-même dédiait à Martin une de ses plus nobles églises, en l’associant, comme titulaire du glorieux édifice, à son illustre Pontife et Confesseur Silvestre. Dans l’éclat de sa double auréole, Saint-Martin-aux-Monts consacrait dignement pour la Ville éternelle le culte des Confesseurs à côté de celui des Martyrs. Mais une autre gloire attendait l’auguste sanctuaire.
Au thaumaturge apôtre, au pontife de la paix, tous deux vainqueurs de l’idolâtrie et n’ayant dû d’échapper au glaive qu’à la conversion des bourreaux, le dernier Pape Martyr, s’honorant lui aussi du nom de Martin, devait venir longtemps après la disparition des persécuteurs païens demander l’hospitalité de la tombe. « De tous ses prédécesseurs ayant suivi les temps de Constantin, dit Baronius, Martin Ier fut le plus heureux : jugé digne de souffrir plus qu’eux tous pour le nom de Jésus-Christ, il eut la bonne fortune de trouver Dèce et Dioclétien dans un prince baptisé. »
L’empereur ainsi flétri par le grand annaliste s’appelait Constant II. Petit-fils d’Héraclius, qui lui du moins valut au monde chrétien quelques années glorieuses, il n’hérita de son aïeul que la byzantine prétention d’imposer ses édits dogmatiques à l’Église. Comme l’Ecthèse d’Héraclius, le Type de Constant afficha l’intention d’imposer silence aux catholiques aux prises avec l’eutychianisme rajeuni sous le nom de monothélisme. Déjà saint Léon II nous a, le XXVIII juin, initiés à ces luttes concernant l’intégrité respective des natures humaine et divine en l’Homme Dieu. L’Église pouvait-elle, sans protestation, laisser dire de l’Époux qu’il n’avait pris d’Adam qu’un semblant d’humanité, comme eût été cette nature tronquée, décapitée de la volonté, que rêvaient pour lui les sectaires nouveaux ?
Martin Ier, mieux inspiré qu’Honorius, comprit le péril, et sut non moins réparer le passé qu’assurer l’avenir. A peine monté au Siège apostolique, il réunit en cette église du Sauveur dont nous célébrions la dédicace il y a peu de jours, une des plus belles assemblées conciliaires qui s’y tinrent jamais. « Sonnez de la trompette, criez sur la montagne ; soldats de Dieu, réveillez-vous ! » Ainsi, dès le début, faisait justice d’un silence fatal ce concile de Latran de 649, qui vengea l’honneur de l’Église. A la lecture de ses splendides et larges définitions, présentant au monde dans son adorable intégrité le Fils de la Vierge Mère, on se rappelle, mais combien triomphante, la solennelle déclaration du prétoire au grand Vendredi : Voila l’HOMME ! oui certes, ô notre Dieu Sauveur ; le plus achevé, le plus parfait, le plus beau de ses frères.
Et quel soulagement, pour l’âme, que le spectacle des impériales élucubrations retournées avec leurs qualifications de scélérates et d’impies au césar byzantin, qui tenait à sa merci dans Rome encore dépendante le Pontife désarmé ! Martin Ier pouvait, comme Paul, prendre à témoin l’Église de Dieu qu’il ne s’était point dérobé au devoir d’éclairer le troupeau ; il pouvait rappeler aux pasteurs le prix dont le Christ avait acheté les brebis confiées à leur garde : lui, comme Paul, était prêt. Son martyre allait assurer le triomphe final, dont le sixième concile général et saint Léon II étaient appelés à recueillir les fruits.
Les Grecs célèbrent au XIII avril la fête du glorieux Pontife, qu’ils appellent « un coryphée des dogmes divins, l’honneur du Siège de Pierre, celui qui sur la Pierre divine a maintenu l’Église inébranlée. »
S’il est juste que l’humanité honore ses membres dans la mesure où eux-mêmes l’ont honorée, vous méritez, saint Pontife, qu’elle vous garde un glorieux souvenir. Car, non seulement vos admirables vertus furent de celles qui imposent le respect de la terre aux puissances des cieux ; mais l’homme vous doit d’avoir vu l’enfer contraint à s’humilier devant sa nature : divinisée sans nulle réserve en la personne du Fils de Dieu, c’est grâce à vous qu’elle fut pleinement reconnue telle, malgré les dénégations parties de l’abîme, malgré la conjuration des sages du monde unis aux puissants pour prêter main forte aux esprits de ténèbres, et faire la nuit sur cette noblesse incomparable des fils d’Adam. Quel est donc le mystère de cette complicité que l’ennemi de l’homme, Satan, est toujours assuré de trouver dans l’homme pour l’amoindrir et pour le perdre ? Mais Lucifer ne fut-il pas à lui-même tout d’abord son unique ennemi ? et sa folie s’explique-t-elle mieux que celle delà chétive créature qu’il égare à sa suite, jusqu’à l’absurde, dans les sentiers d’orgueil où lui-même s’est perdu le premier ? Car c’est l’orgueil qui fit de lui le prince des insensés comme le père du mensonge. Son intelligence, la plus haute cependant qui fût aux cieux, ne résista pas au poison de la superbe qui la troubla en l’arrêtant à se complaire dans son néant de créature, en l’amenant à retenir captive la vérité qu’il connaissait de Dieu pour suivre l’ombre de préférence à la lumière. Ainsi arrive-t-il qu’à l’exemple de Satan, les hommes, abaissant Dieu pour s’exalter eux-mêmes, s’évanouissent dans leurs pensées jusqu’à ces déviations de l’esprit, aussi bien que du cœur et des sens, qui jettent dans la stupeur l’âme restée droite et simple en son humilité.
Gardez-nous donc, ô saint Pontife. Maintenez en nous l’intelligence du don de Dieu. Que le Psalmiste n’ait à redire d’aucun de nous : L’homme, élevé en honneur, n’a pas compris ; il s’est ravalé de lui-même au niveau de la bête. Que l’éternelle Sagesse qui nous appelle à son alliance, n’ait point à gémir de nous voir lui préférer la mort.
Et en même temps, apprenez-nous que, pour l’honneur de Dieu non moins que pour celui de l’homme, un pareil don, l’intégrité de l’incarnation du Seigneur, est de ceux qui n’attendent pas le laissez-passer des politiques ou le visa des prétendus sages ; qu’il est celui-là même dont l’Apôtre a dit : Il faut le croire de cœur pour être justifié, LE CONFESSER DE BOUCHE POUR ÊTRE SAUVÉ.
Épargnez pour toujours à l’Église la douloureuse situation que put seul dénouer l’héroïsme de votre martyre.
La destinée des enfants de Dieu
La destinée des enfants de Dieu
Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet!
Si 1e monde ne nous connaît pas, c'est qu'il ne l'a pas connu. Mes bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons un jour n'a pas encore été manifesté; mais nous savons qu'au temps de cette manifestation, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est.
Quiconque a cette espérance en lui, se rend pur, comme lui-même est pur.
Les enfants de Dieu doivent être saints
Quiconque commet le péché transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi.
Or vous savez que Jésus a paru pour ôter 1es péchés, et que le péché n'est point en lui.
Quiconque demeure en lui ne pèche point; quiconque pèche, ne l'a pas vu et ne l'a pas connu.
Petits enfants, que personne ne vous séduise.
Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste.
Celui qui commet le péché est du diable, car le diable pèche dès le commencement. C'est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu a paru.
Quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu.
C'est à cela que l'on reconnaît les enfants de Dieu et les enfants du diable.
Quiconque ne pratique pas la justice n'est pas de Dieu, non plus que celui qui n'aime pas son frère.
Amour fraternel des enfants de Dieu
Car le message que vous avez entendu dès le commencement, c'est que nous nous aimions les uns les autres; non point comme Caïn, qui était du malin et qui tua son frère. Et pourquoi le tua-t-il? Parce que ses œuvres étaient mauvaises, tandis que celles de son frère étaient justes.
Ne vous étonnez pas, mes frères, si le monde vous hait.
Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui. qui n'aime pas demeure dans la mort.
Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu'aucun meurtrier n'a la vie éternelle demeurant en lui.
A ceci nous avons connu l'amour, c'est que Lui a donné sa vie pour nous.
Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères.
Si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans la nécessité, il leur ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui?
Mes petits enfants, n'aimons pas de parole et de langue, mais en action et en vérité.
Par là nous connaissons que nous sommes de la vérité, et nous pouvons rassurer nos cœurs devant.Dieu; car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.
Assurance des enfants de Dieu
Mes bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas; nous pouvons nous adresser à Dieu avec assurance. Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.
Et son commandement est que nous croyions au nom de son Fils, Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous en a donné le commandement.
Celui qui garde ses commandements, demeure en Dieu et Dieu en lui, et nous connaissons qu'il demeure en nous par l'Esprit qu'il nous a donné.
Mes bien-aimés, ne croyez pas à tout esprit; mais voyez par l'épreuve si les esprits sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde.
Vous reconnaîtrez à ceci l'esprit de Dieu: tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas ce Jésus n'est pas de Dieu: c'est celui de l'antéchrist; dont on vous a annoncé la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde.
Vous, mes petits enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus, parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde.
Eux, ils sont du monde; c'est pourquoi ils parlent le langage du monde; et le monde les écoute. Mais nous, nous sommes de Dieu; celui qui connaît Dieu nous écoute; celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute point: c'est par là que nous connaissons l'esprit de la vérité et l'esprit de l'erreur.
L'amour de Dieu pour nous nous fait un devoir d'aimer
Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.
Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour.
Il a manifesté son amour pour nous en envoyant son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui.
Et cet amour consiste en ce que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils comme victime de propitiation pour nos péchés.
Mes bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres.
Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.
Nous connaissons que nous demeurons en lui et qu'il demeure en nous, en ce qu'il nous donne de son Esprit.
Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père nous a envoyé le Fils comme Sauveur du monde.
Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu.
Et nous, nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.
La perfection de l'amour en nous, c'est que nous ayons une confiance assurée au jour du jugement; car tel est Jésus-Christ, tels nous sommes aussi dans ce monde.
Il n'y a point de crainte dans l'amour; mais l'amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose un châtiment; celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour.
Nous donc, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier.
Si quelqu'un dit: "J'aime Dieu ", et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas?
Et nous avons reçu de lui ce commandement: "Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère." I Jn 3; 4
Saint Martin évêque et confesseur mémoire de Saint Menne Martyr
Collecte
O Dieu, qui voyez que nous ne saurions nullement subsister par nos propres forces ; faites, dans votre bonté, que l’intercession du bienheureux Martin, votre Pontife et Confesseur, nous fortifie contre tous les maux.
Lecture Eccli. 44, 16-27 ; 45, 3-20
Voici le grand pontife, qui pendant les jours de sa vie fut agréable à Dieu, et est devenu, au temps de sa colère, la réconciliation des hommes. Nul ne l’a égalé dans l’observation des lois du Très-Haut. C’est pourquoi le Seigneur a jure de le rendre père de son peuple. Le Seigneur a béni en lui toutes les nations et a confirmé en lui son alliance. Il a versé sur lui ses bénédictions ; il lui a continué sa miséricorde ; et cet homme a trouve grâce aux yeux du Seigneur. Celui-là l’a rendu grand devant les rois, et il lui a donné une couronne de gloire. Il a fait avec lui une alliance éternelle ; il lui a donné le suprême sacerdoce, et il l’a rendu heureux dans la gloire, pour exercer le sacerdoce, louer son nom et lui offrir dignement un encens d’agréable odeur
Secrète
Rendez saints, nous vous en supplions, Seigneur Dieu, les présents que nous vous offrons en la solennité de votre saint Évêque Martin, afin que par le moyen de ces dons consacrés, notre vie, qui se poursuit entre des adversités et des prospérités, soit partout dirigée droit vers son but.
Office
Au premier nocturne.
De la 1ère Épître de saint Paul Apôtre à Timothée. Cap. 3, 1-7.
Première leçon. Cette parole est certaine : si quelqu’un désire l’épiscopat, il désire une œuvre excellente. Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, prudent, grave, chaste, hospitalier, capable d’instruire ; qu’il ne soit ni adonné au vin, ni violent, mais modéré, éloigné des querelles, désintéressé ; qu’il gouverne bien sa propre maison, qu’il maintienne ses fils dans la soumission et dans une parfaite honnêteté. Car si quelqu’un ne sait pas gouverner sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu ? Qu’il ne soit pas un néophyte, de peur qu’enflé d’orgueil, il ne tombe dans la même condamnation que le diable. Il faut encore qu’il ait un bon témoignage de ceux du dehors, afin de ne pas tomber dans l’opprobre et dans le piège du diable.
De l’Épître à Tite. Cap. 1, 7-11 ; 2, 1-8.
Deuxième leçon. Il faut que l’évêque soit irréprochable, comme étant l’intendant de Dieu ; pas orgueilleux, ni colère, ni adonné au vin, ni prompt à frapper, ni porté à un gain honteux, mais hospitalier, affable, sobre, juste, saint, tempérant, fortement attaché à la parole authentique, telle qu’elle a été enseignée, afin qu’il soit capable d’exhorter selon la saine doctrine, et de confondre ceux qui la contredisent. Car il y en a beaucoup, surtout parmi ceux de la circoncision, qui sont insoumis, vains parleurs, et séducteurs des âmes, auxquels il faut fermer la bouche, car ils bouleversent des maisons entières, enseignant ce qu’il ne faut pas, en vue d’un gain honteux.
Troisième leçon. Pour toi, enseigne ce qui convient à la saine doctrine : aux vieillards à être sobres, pudiques, sages, sains dans la foi, dans la charité, dans la patience ; pareillement, aux femmes âgées, à avoir une sainte modestie dans leur tenue, à n’être pas médisantes, pas adonnées aux excès du vin, à bien instruire, pour enseigner la sagesse aux jeunes femmes, leur apprenant à aimer leurs maris, à chérir leurs enfants, à être sages, chastes, sobres, appliquées au soin de leur maison, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas décriée. Exhorte pareillement les jeunes hommes à être sobres. En toutes choses montre-toi toi-même un modèle de bonnes œuvres, dans la doctrine, dans l’intégrité, dans la gravité ; que la parole soit saine, irrépréhensible, afin que l’adversaire soit confondu, n’ayant aucun mal à dire de vous.
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Martin, né à Sabarie en Pannonie, s’enfuit à l’église, malgré ses parents, quand il eut atteint sa dixième année, et se fit inscrire au nombre des catéchumènes. Enrôlé à quinze ans dans les armées romaines, il servit d’abord sous Constantin, puis sous Julien. Tandis qu’il n’avait pas autre chose que ses armes et le vêtement dont il était couvert, un pauvre lui demanda, près d’Amiens, l’aumône au nom du Christ, et Martin lui donna une partie de sa chlamyde. La nuit suivante, le Christ lui apparut revêtu de cette moitié de manteau, faisant entendre ces paroles : « Martin, simple catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. »
Cinquième leçon. A l’âge de dix-huit ans, il reçut le baptême. Aussi, ayant abandonné la vie militaire, se rendit-il auprès d’Hilaire, Évêque de Poitiers, qui le mit au nombre des Acolytes. Devenu plus tard Évêque de Tours, Martin bâtit un monastère, où il vécut quelque ; temps de la manière la plus sainte, avec quatre-vingts moines. Étant tombé gravement malade de la fièvre, à Candes, bourg de son diocèse, il priait instamment Dieu de le délivrer de la prison de ce corps mortel. Ses disciples qui l’écoutaient, lui dirent : « Père, pourquoi nous quitter ? à qui abandonnez-vous vos pauvres enfants ? » Et Martin, touché de leurs accents, priait Dieu ainsi : « O Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. »
Sixième leçon. Ses disciples voyant que, malgré la force de la fièvre, il restait couché sur le dos et ne cessait de prier, le supplièrent de prendre une autre position, et de se reposer en s’inclinant un peu, jusqu’à ce que la violence du mal diminuât. Mais Martin leur dit : « Laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme, sur le point d’aller au Seigneur, soit déjà dirigée vers la route qu’elle doit prendre. » La mort étant proche, il vit l’ennemi du genre humain et lui dit : « Que fais-tu là, bête cruelle ? esprit du mal, tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne. » Et, en prononçant ces paroles, le Saint rendit son âme à Dieu, étant âgé de quatre-vingt un ans. Une troupe d’Anges le reçut au ciel, et plusieurs personnes, entre autres saint Séverin, Évêque de Cologne, les entendirent chanter les louanges de Dieu.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Septième leçon. Ayant mis, par ce qui précède, l’Église au-dessus de la Synagogue, le Sauveur nous invite à porter plutôt notre foi de cette dernière à l’Église. La lampe, (dont parle) l’Évangile est la foi, conformément à ce qui est écrit : « c’est une lampe (éclairant) mes pieds que votre parole, Seigneur. » La parole de Dieu est l’objet de notre foi ; et la parole de Dieu est lumière. La foi est une lampe. « Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » Or une lampe ne peut luire, si elle ne reçoit d’ailleurs la lumière.
Huitième leçon. La puissance de notre âme et de nos sentiments est cette lampe qu’on allume, afin de pouvoir retrouver cette drachme perdue. Que personne donc ne mette la foi sous la loi ; car la loi est contenue dans une étroite mesure, la grâce dépasse la mesure ; la loi couvre de son ombre, la grâce éclaire. Que nul, par conséquent, ne renferme sa foi dans la mesure étroite de la loi ; mais que (chacun de nous) la donne à l’Église, en qui (brille la lumière) des sept dons du Saint-Esprit ; à cette Église que Jésus-Christ, vrai prince des Prêtres, illumine des splendeurs de sa divinité suprême ; qu’il la lui donne, de peur que l’ombre de la loi ne prive sa lampe de lumière.
Neuvième leçon. Ainsi, la lampe que le grand-prêtre, sous l’ancien rite des Juifs, avait coutume d’allumer tous les matins et tous les soirs, a cessé de luire, comme étouffée sous le boisseau de la loi ; et la Jérusalem terrestre, cette cité « qui a tué les Prophètes, » est cachée et comme enfouie dans la vallée des larmes. Mais la Jérusalem céleste, en laquelle notre foi combat, étant établie sur la plus haute de toutes les montagnes, qui est Jésus-Christ, .ne peut être cachée par les ténèbres et les ruines de ce monde ; au contraire, toute brillante de la splendeur du soleil éternel, elle éclaire nos âmes des lumières spirituelles de la grâce.
Trois mille six cent soixante églises dédiées à saint Martin au seul pays de France, presque autant dans le reste du monde, attestent l’immense popularité du grand thaumaturge. Dans les campagnes, sur les montagnes, au fond des forêts, arbres, rochers, fontaines, objets d’un culte superstitieux quand l’idolâtrie décevait nos pères, reçurent en maints endroits et gardent toujours le nom de celui qui les arracha au domaine des puissances de l’abîme pour les rendre au vrai Dieu. Aux fausses divinités, romaines, celtiques ou germaniques, enfin dépossédées, le Christ, seul adoré par tous désormais, substituait dans la mémoire reconnaissante des peuples l’humble soldat qui les avait vaincues.
C’est qu’en effet, la mission de Martin fut d’achever la déroute du paganisme, chassé des villes par les Martyrs, mais jusqu’à lui resté maître des vastes territoires où ne pénétrait pas l’influence des cités.
Aussi, à l’encontre des divines complaisances, quelle haine n’essuya-t-il point de la part de l’enfer ! Dès le début, Satan et Martin s’étaient rencontrés : « Tu me trouveras partout sur ta route, » avait dit Satan ; et il tint parole. Il l’a tenue jusqu’à nos jours : de siècle en siècle, accumulant les ruines sur le glorieux tombeau qui attirait vers Tours le monde entier ; dans le XVIe, livrant aux flammes, par la main des huguenots, les restes vénérés du protecteur de la France ; au XIXe enfin, amenant des hommes à ce degré de folie que de détruire eux-mêmes, en pleine paix, la splendide basilique qui faisait la richesse et l’honneur de leur ville.
Reconnaissance du Christ roi, rage de Satan, se révélant à de tels signes, nous disent assez les incomparables travaux du Pontife apôtre et moine que fut saint Martin.
Moine, il le fut d’aspiration et de fait jusqu’à son dernier jour. « Dès sa première enfance, il ne soupire qu’après le service de Dieu. Catéchumène à dix ans, il veut à douze s’en aller au désert ; toutes ses pensées sont portées vers les monastères et les églises. Soldat à quinze ans, il vit de telle sorte qu’on le prendrait déjà pour un moine. Après un premier essai en Italie de la vie religieuse, Martin est enfin amené par Hilaire dans cette solitude de Ligugé qui fut, grâce à lui, le berceau de la vie monastique dans les Gaules. Et, à vrai dire, Martin, durant tout le cours de sa carrière mortelle, se sentit étranger partout hormis à Ligugé. Moine paraîtrait, il n’avait été soldat que par force ; il ne devint évêque que par violence ; et alors, il ne quitta point ses habitudes monastiques. Il satisfaisait à la dignité de l’évêque, nous dit son historien, sans abandonner la règle et la vie du moine ; s’étant fait tout d’abord une cellule auprès de son église de Tours ; bientôt se créant à quelque distance de la ville un second Ligugé sous le nom de Marmoutier ou de grand monastère. »
C’est à la direction reçue de l’ange qui présidait alors aux destinées de l’Église de Poitiers, que la sainte Liturgie renvoie l’honneur des merveilleuses vertus manifestées par Martin dans la suite. Quelles furent les raisons de saint Hilaire pour conduire par des voies si peu connues encore de l’Occident l’admirable disciple que lui adressait le ciel, c’est ce qu’à défaut d’Hilaire même, il convient de demander à l’héritier le plus autorisé de sa doctrine aussi bien que de son éloquence :
« Ç’a été, dit le Cardinal Pie, la pensée dominante de tous les saints, dans tous les temps, qu’à côté du ministère ordinaire des pasteurs, obligés parleurs fonctions de vivre mêlés au siècle, il fallait dans l’Église une milice séparée du siècle et enrôlée sous le drapeau de la perfection évangélique, vivant de renoncement et d’obéissance, accomplissant nuit et jour la noble et incomparable fonction de la prière publique. Ç’a été la pensée des plus illustres pontifes et des plus grands docteurs, que le clergé séculier lui-même ne serait jamais plus apte à répandre et à populariser dans le monde les pures doctrines de l’Évangile, que quand il se serait préparé aux fonctions pastorales en vivant de la vie monastique ou en s’en rapprochant le plus possible. Lisez la vie des plus grands hommes de l’épiscopat, dans l’Orient comme dans l’Occident, dans les temps qui ont immédiatement précédé ou suivi la paix de l’Église comme au moyen âge ; tous, ils ont professé quelque temps la vie religieuse, ou vécu en contact ordinaire avec ceux qui la pratiquaient. Hilaire, le grand Hilaire, de son coup d’œil sûr et exercé, avait aperçu ce besoin ; il avait vu quelle place devait occuper l’ordre monastique dans le christianisme, et le clergé régulier dans l’Église. Au milieu de ses combats, de ses luttes, de ses exils, témoin oculaire de l’importance des monastères en Orient, il appelait de tous ses vœux le moment où, de retour dans les Gaules, il pourrait jeter enfin auprès de lui les fondements de la vie religieuse. La Providence ne tarda pas à lui envoyer ce qui convenait pour une telle entreprise : un disciple digne du maître, un moine digne de l’évêque. »
On ne saurait présumer d’essayer mieux dire ; pour le plus grand honneur de saint Martin, l’autorité de l’Évêque de Poitiers, sans égale en un tel sujet, nous fait un devoir de lui laisser la parole. Comparant donc ailleurs Martin, et ceux qui le précédèrent, et Hilaire lui-même, dans leur œuvre commune d’apostolat des Gaules :
« Loin de moi, s’écrie le Cardinal, que je méconnaisse tout ce que la religion de Jésus-Christ possédait déjà de vitalité et de puissance dans nos diverses provinces, grâce à la prédication des premiers apôtres, des premiers martyrs , des premiers évoques, dont la série remonte aux temps les plus rapprochés du Calvaire. Toutefois, je ne crains pas de le dire, l’apôtre populaire de la Gaule, le convertisseur des campagnes restées en grande partie païennes jusque-là, le fondateur du christianisme national, ç’a été principalement saint Martin. Et d’où vint à Martin, sur tant d’autres grands évoques et serviteurs de Dieu, cette prééminence d’apostolat ? Placerons-nous Martin au-dessus de son maître Hilaire ? S’il s’agit de la doctrine, non pas assurément ; s’il s’agit du zèle, du courage, de la sainteté, il ne m’appartient pas de dire qui fut plus grand du maître ou du disciple ; mais ce que je puis dire, c’est qu’Hilaire fut surtout un docteur, et que Martin fut surtout un thaumaturge. Or, pour la conversion des peuples, le thaumaturge a plus de puissance que le docteur ; et, par suite, dans le souvenir et dans le culte des peuples, le docteur est éclipsé, il est effacé par le thaumaturge.
« On parle beaucoup aujourd’hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c’est oublier l’Écriture et l’histoire ; et, de plus, c’est déroger. Dieu n’a pas jugé qu’il lui convînt déraisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n’est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole. Mais comment l’a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d’une philosophie humainement persuasive : non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, mais par le déploiement d’une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l’homme, mais sur la force de Dieu. On ne le veut plus ainsi aujourd’hui ; on nous dit qu’en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n’abolira point cet ordre, on n’abolira ni l’Évangile ni l’histoire. N’en déplaise aux lettrés de notre siècle, n’en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l’appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l’oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l’Église, et pour jusqu’à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.
« Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui ; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : « Hélas ! s’écriait un jour le saint, les serpents m’écoutent, et les hommes refusent de m’entendre. » Cependant les hommes l’entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l’entendit ; non seulement l’Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges ? Dans toutes ces provinces, il renversa l’une après l’autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l’idolâtrie. Était-ce légal, me demandez-vous ? Si j’étudie la législation de Constantin et de Constance, cela l’était peut-être. Mais ce que je puis dire, c’est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n’obéissait en cela qu’à l’Esprit de Dieu. Et ce que je dois dire, c’est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n’avait d’autres armes que les miracles qu’il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu’il répandait devant Dieu lorsque l’endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays. Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infidèle après son départ. Les temples du Dieu vivant succédaient aussitôt aux temples des idoles ; car, dit Sulpice Sévère, aussitôt qu’il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C’est ainsi que l’Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin. »
La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses fêtes au cours de l’année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, Réversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux, favorisée par le retour momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l’été de la Saint-Martin, la solennité du XI novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l’occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.
Aussi Grégoire de Tours n’hésite pas à voir dans son bienheureux prédécesseur le patron spécial du monde entier ! Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers, voyageurs et hôteliers en mémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d’Amiens, n’ont point cessé de faire valoir leurs titres aune plus particulière bienveillance du grand Pontife. La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses réserves d’avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l’eut pour père : en la manière que l’unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l’unité nationale ; il veille sur sa durée ; comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelle en l’Église, la chape de saint Martin conduisit avant l’oriflamme de saint Denis nos armées au combat. Or donc, disait Clovis, « où sera l’espérance de la victoire, si l’on offense le bienheureux Martin ? »
Nous trouverons à l’office les belles Antiennes des Vêpres de la fête. Les cinq premières sont composées de passages de Sulpice Sévère en sa lettre à Bassula, où il raconte la mort du bienheureux, complétant ainsi le livre qu’il avait écrit de la Vie de saint Martin pendant que celui-ci vivait encore.
L’un des plus illustres et dévots clients de saint Martin, saint Odon, Abbé de Cluny, composa en son honneur l’Hymne suivante. Les fidèles trouveront aux Communs de leurs livres d’Offices l’Hymne plus ancienne, Iste Confessor, à la rédaction modifiée depuis il est vrai, mais qui, primitivement, chanta l’Évêque de Tours et les miracles opérés au tombeau de ce premier des justes non martyrs honorés dans l’Église entière.
Adam de Saint - Victor consacre au grand Évêque de Tours une de ses plus enthousiastes productions.
O saint Martin, prenez en pitié la profondeur de notre misère ! L’hiver, un hiver plus funeste que celui où vous partagiez votre manteau, sévit sur le monde ; beaucoup périssent dans la nuit glaciale causée par l’extinction de la foi et le refroidissement de la charité. Venez en aide aux malheureux dont le fatal engourdissement ne songe pas à demander de secours. Prévenez-les sans attendre leur prière, au nom du Christ dont se recommandait le pauvre d’Amiens, tandis qu’eux n’en savent plus trouver le nom sur leurs lèvres. Pire que celle du mendiant est cependant leur nudité, dépouillés qu’ils sont du vêtement de la grâce que se transmettaient, après l’avoir reçu de vous, leurs pères.
Combien lamentable est devenu surtout le dénuement de ce pays de France, que vous aviez rendu riche autrefois des bénédictions du ciel, et dans lequel vos bienfaits furent reconnus par de telles injures ! Daignez considérer pourtant que nos jours ont vu commencer la réparation, près du saint tombeau rendu à notre culte filial. Ayez égard à la piété des grands chrétiens dont le cœur sut se montrer, comme la générosité des foules, à la hauteur des plus vastes projets ; voyez, si réduit que le nombre en demeure encore, les pèlerins reprenant vers Tours le chemin que peuples et rois suivirent aux meilleurs temps de notre histoire.
Cette histoire qui fut celle des beaux jours de l’Église, du règne du Christ Roi, ô Martin, serait-elle finie ? Laissons l’ennemi sceller déjà en pensée notre tombe. Mais le récit de vos prodiges nous apprend qu’il vous appartient de redresser sur leurs pieds les morts mêmes. Le catéchumène de Ligugé n’était-il pas rayé du nombre des vivants, quand vous le rappelâtes à la vie, au baptême ? Fussions-nous comme lui déjà parmi ceux dont le Seigneur ne se souvient plus, l’homme ou le pays qui a Martin pour protecteur et pour père ne saurait abandonner l’espérance. Si vous daignez garder souvenir de nous, les Anges viendront redire au Juge suprême : C’est celui-là, c’est la nation, pour qui Martin prie ; et ils recevront l’ordre de nous retirer des lieux obscurs où végètent les peuples sans gloire, pour nous rendre à Martin, aux nobles destinées que nous valut sa prédilection.
Nous savons néanmoins que votre zèle pour l’avancement du règne de Dieu ne connut pas de frontières. Inspirez donc, fortifiez, multipliez les apôtres qui poursuivent sur tous les points du monde, comme vous le fîtes chez nous, les restes de l’infidélité. Ramenez l’Europe chrétienne, où votre nom est demeuré si grand, à l’unité que l’hérésie et le schisme ont détruite pour le malheur des nations. Malgré tant d’efforts contraires, gardez à son poste d’honneur, à ses traditions de vaillante fidélité, le noble pays où vous naquîtes. Puissent partout vos dévots clients éprouver que le bras de Martin suffit toujours à protéger ceux qui l’implorent. Au ciel aujourd’hui, chante l’Église, « les Anges sont dans la joie, les Saints publient votre gloire, les Vierges vous entourent et elles disent : « Demeurez avec nous toujours ! » N’est-ce pas la suite de ce que fut votre vie sur terre, où vous et les vierges rivalisiez d’une vénération si touchante ; où Marie leur Reine, accompagnée de Thècle et d’Agnès, se complaisait à passer déjà de longues heures en votre cellule de Marmoutier, devenue, nous dit votre historien, l’égale des pavillons des Anges ? Imitant leurs frères et sœurs du ciel, vierges et moines, clercs et pontifes se tournent vers vous, sans nulle crainte que leur multitude ne nuise à aucun d’eux à vos pieds, sachant que votre seule vie suffit à les éclairer tous, qu’un regard de Martin leur assurera les bénédictions du Seigneur.
Saint André Avellin confesseur mémoire des Saints Tryphon, Respice et Nymphe, Vierge, Martyrs
Collecte
O Dieu, qui, par le vœu héroïque de faire chaque jour des progrès dans la vertu, avez disposé dans le cœur de votre Confesseur, le bienheureux André, des degrés admirables pour s’élever à vous ; accordez-nous, par ses mérites et son intercession, de participer à cette même grâce, de sorte que, tendant toujours au plus parfait, nous parvenions heureusement au faîte de votre gloire.
Office
Quatrième leçon. André Avellin, auparavant nommé Lancelot, naquit dans un bourg de Lucanie appelé Castronuovo, et donna dès son enfance des marques non équivoques de sa future sainteté. Arrivé à l’adolescence, il-dut s’éloigner de la maison paternelle pour étudier les lettres ; mais il traversa cette phase dangereuse de la vie en s’appliquant, au milieu de ses études, à ne perdre jamais de vue « la crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse. » Joignant à une rare beauté un amour de la chasteté qui lui fit éviter les embûches de femmes impudiques, il les repoussa même quelquefois par la force ouverte. Enrôlé dans la milice cléricale, il se rendit à Naples pour étudier le droit, et y obtint le titre de docteur ; mais ayant été élevé à la dignité sacerdotale, il plaida seulement au for ecclésiastique et pour quelques particuliers, suivant les règles des saints canons. Mais un léger mensonge lui ayant un jour échappé dans sa plaidoirie, ouvrant ensuite comme par hasard la sainte Écriture, il y tomba sur ce passage : « La bouche menteuse tue l’âme, » et fut saisi d’une telle douleur de sa faute, d’un tel repentir, qu’il résolut aussitôt de quitter son genre de vie. Abandonnant donc le barreau, il se consacra entièrement au culte divin et au saint ministère. Ses éminents exemples de toutes les vertus ecclésiastiques portèrent l’Archevêque de Naples à lui confier la direction d’une maison de religieuses. Ayant éprouvé dans cet emploi la haine d’hommes pervers, il put échapper à un premier attentat contre sa vie ; mais, peu après, un assassin lui fit trois blessures au visage, sans que cette cruelle injure troublât son égalité d’âme. Le vif désir de mener une vie plus parfaite lui fit solliciter avec instance d’être admis parmi les Clercs réguliers, et, son vœu ayant été exaucé, il obtint, à cause du grand amour de la croix qui l’embrasait, qu’on lui imposât le nom d’André.
Cinquième leçon. Entré avec une joyeuse ardeur dans la carrière d’une vie plus austère, il s’appliqua surtout à des exercices de vertu, auxquels il s’astreignit même par des vœux très difficiles à garder, à savoir : l’un, de combattre constamment sa propre volonté, l’autre, d’avancer toujours plus avant dans le chemin de la perfection chrétienne. Fidèle observateur de la discipline religieuse, André eut très grand soin de la faire observer par les autres, quand il fut à leur tête. Tout le temps que lui laissaient la charge de son institut et l’accomplissement de sa règle, il le donnait à l’oraison et au salut des âmes. Dans l’audition des confessions, son admirable piété et sa prudence parurent avec éclat. Il parcourait fréquemment les villes et les villages des environs de Naples en ministre de l’Évangile, au grand profit des âmes. Le Seigneur se plut à illustrer, même par des prodiges, cette ardente charité du saint homme envers le prochain. Comme il revenait chez lui pendant une nuit d’orage, après avoir entendu la confession d’un malade, la pluie et la violence du vent éteignirent le flambeau qui éclairait sa marche ; or, non seulement ses compagnons et lui ne furent aucunement mouillés, malgré cette pluie torrentielle, mais son corps projeta miraculeusement une clarté extraordinaire, qui servit à guider ses compagnons au milieu des ténèbres les plus épaisses. André pratiqua l’abstinence, la patience, le mépris et la haine de soi avec le plus grand soin et excella dans l’exercice de ces vertus. Il supporta, sans qu’aucun trouble agitât son âme, le meurtre dont le fils de son frère fut victime, réprimant chez les siens tout désir de vengeance, allant même jusqu’à implorer pour les meurtriers la clémence et l’assistance des juges.
Sixième leçon. Il propagea dans beaucoup d’endroits l’Ordre des Clercs réguliers et leur fonda des maisons à Plaisance et à Milan. Deux Cardinaux, saint Charles Borromée et Paul d’Arezzo, Clerc régulier, qui l’avaient en très grande affection, recoururent à ses services dans les soins de la charge pastorale. André aimait et honorait singulièrement la Vierge, Mère de Dieu ; il mérita de jouir de la conversation des Anges, et attesta les avoir entendus chanter au ciel, pendant que lui-même célébrait les louanges divines. Enfin, après avoir donné d’héroïques exemples de vertus ; après s’être rendu célèbre par le don de prophétie, qui lui faisait voir clairement des faits éloignés ou futurs, comme par celui de pénétration des cœurs, déjà chargé d’années et épuisé par les fatigues, il fut frappé d’apoplexie, au moment où, après avoir répété pour la troisième fois le verset : « Je m’approcherai de l’autel de Dieu, » il allait monter à l’autel pour célébrer. Ayant été aussitôt muni des sacrements, André expira de la manière la plus douce, au milieu des siens. Son corps est vénéré jusqu’en ces temps-ci, dans l’église de Saint-Paul, à Naples, par un aussi grand concours de peuple qu’au moment où on l’inhuma. En raison des miracles éclatants opérés par lui durant sa vie et après sa mort, le souverain Pontife Clément XI l’inscrivit au catalogue des Saints avec les solennités accoutumées.
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
On sait quelle moisson l’Esprit-Saint fit germer du sol de l’Église au XVIe siècle, en réponse au reproche d’épuisement formulé contre elle. André fut l’un des plus méritants coopérateurs de l’Esprit dans l’œuvre de sainte réformation, de renaissance surnaturelle, qui s’accomplit alors. L’éternelle Sagesse avait comme, toujours laissé l’enfer s’essayer le premier, mais pour sa honte, à se parer de ces grands noms de renaissance et de réforme.
Depuis neuf ans saint Gaétan avait quitté la terre, la laissant réconfortée déjà par ses œuvres, tout embaumée de ses vertus ; l’ancien évêque de Théate, son auxiliaire et compagnon dans la fondation des premiers Clercs réguliers, avait ceint la tiare et gouvernait l’Église sous le nom de Paul IV : c’était l’heure où une nouvelle faveur du ciel donnait aux Théatins, dans la personne de notre bienheureux, un héritier des dons surnaturels et de l’héroïque sainteté qui avaient fait de Gaétan le zélateur du sanctuaire. Il fut l’ami et l’appui du grand évêque de Milan, Charles Borromée, qu’il rejoint aujourd’hui dans la gloire. Ses pieux écrits continuent de servir l’Église. Lui-même sut se former d’admirables disciples, comme ce Laurent Scupoli qui fut l’auteur du Combat spirituel, si grandement apprécié par l’Évêque de Genève.
Combien furent suaves et fortes à votre endroit les voies de l’éternelle Sagesse, ô bienheureux André, quand de la légère faute où vous étiez tombé par surprise en cette vallée des larmes, elle fit le point de départ de la sainteté qui resplendit en vous ! La bouche qui ment tue l’âme, disait-elle ; et comme elle ajoutait : Ne mettez pas votre zèle en cette vie par une erreur funeste à poursuivre la mort, n’employez pas vos œuvres à acquérir la perdition, elle fut pleinement comprise ; le but de la vie vous apparut tout autre, ainsi que le montrèrent les vœux qu’elle-même vous inspira pour sans cesse vous éloigner de vous-même, et sans cesse vous rapprocher du souverain Bien. Avec l’Église, nous glorifions le Seigneur qui disposa de si admirables ascensions dans votre âme. Comme l’annonçait le Psaume, cette marche toujours progressive de vertu en vertu vous amène aujourd’hui dans Sion, où vous voyez le Dieu des dieux.
Votre cœur, votre chair, tressaillaient pour le Dieu vivant ; votre âme, absorbée dans l’amour des parvis sacrés, défaillait à leur pensée. Quoi d’étonnant qu’une suprême défaillance au pied des autels du Seigneur des armées, vous donne entrée dans sa maison bienheureuse ? Avec quelle joie vos angéliques associés de ce monde en la divine louange vous accueillent dans les chœurs éternels !
Ayez égard aux hommages de la terre. Daignez répondre à la confiance de Naples et de la Sicile, qui se recommandent de votre puissant patronage auprès du Seigneur. Unissez-vous, pour bénir la pieuse famille des Clercs réguliers Théatins, à saint Gaétan, son père et le vôtre. Pour nous tous, implorez une part dans les bénédictions qui vous furent si abondamment départies. Puissent les vains plaisirs que Ton goûte sous les tentes des pécheurs ne nous séduire jamais, l’humilité de la maison de Dieu avoir nos préférences sur toute grandeur mondaine. Si comme vous nous aimons la miséricorde et la vérité, le Seigneur nous donnera comme à vous la grâce et la gloire Au souvenir des circonstances où s’accomplit votre fin bienheureuse, le peuple chrétien honore en vous un protecteur contre la mort subite et imprévue : gardez-nous dans le dernier passage ; que l’innocence de notre vie ou la pénitence en préparent l’issue fortunée ; que notre soupir final s’exhale, pareil au vôtre, dans l’espérance et l’amour
Dédicace de l’Archibasilique du Très Saint Sauveur mémoire de Saint Théodore Martyr
Collecte
O Dieu, qui renouvelez chaque année en notre faveur le jour où ce saint temple vous a été consacré, et qui nous conservez en état d’assister à vos saints mystères, exaucez les prières de votre peuple et accordez à quiconque entrera dans ce temple pour demander vos grâces, la joie de les avoir obtenues.
Office
Au premier nocturne.
Du livre de l’Apocalypse de saint Jean, Apôtre. Ap. 21, 9-18.
Première leçon. Alors vint un des sept Anges qui avaient les sept coupes des dernières plaies, et il me parla, disant : Viens, et je te montrerai la nouvelle mariée, l’Épouse de l’Agneau. Et il me transporta en esprit sur une montagne grande et haute, et il me montra la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, ayant la clarté de Dieu ; sa lumière était semblable à une pierre précieuse, telle qu’une pierre de jaspe, semblable au cristal.
Deuxième leçon. Elle avait une grande et haute muraille, ayant elle-même douze portes, et aux portes douze Anges, et des noms écrits, qui sont les noms des douze tribus des enfants d’Israël. A l’Orient étaient trois portes, au septentrion trois portes, au midi trois portes, et à l’occident trois portes. La muraille de la ville avait douze fondements, et sur ces fondements étaient les douze noms des Apôtres de l’Agneau. Celui qui me parlait avait une verge d’or pour mesurer la ville, ses portes et la muraille.
Troisième leçon. La ville est bâtie en carré ; sa longueur est aussi grande que sa largeur elle-même. Il mesura donc la ville avec sa verge d’or, dans l’étendue de douze milles stades ; or, sa longueur, sa largeur et sa hauteur sont égales. Il en mesura aussi la muraille, qui était de cent quarante-quatre coudées de mesure d’homme, qui est celle de l’Ange. La muraille était bâtie de pierres de jaspe ; mais la ville elle-même était d’un or pur, semblable à du verre très clair.
Au deuxième nocturne.
Quatrième leçon. Les rites que l’Église observe dans la consécration des temples et des autels, ont été institués par le Pape saint Sylvestre 1er. Bien que, depuis te temps des Apôtres, il existât des lieux dédiés à Dieu et appelés tantôt oratoires, tantôt églises, où, le Dimanche, se tenaient les assemblées et où le peuple chrétien avait coutume de prier, d’entendre la parole de Dieu et de recevoir l’Eucharistie, toutefois ces lieux n’étaient pas consacrés avec tant de solennité, et il ne s’y trouvait pas encore d’autel érigé en titre et oint du saint chrême, pour représenter Jésus-Christ, qui est notre autel, notre hostie et notre Pontife.
Cinquième leçon. Ce fut quand l’empereur Constantin eut obtenu la santé et le salut par le sacrement du baptême, qu’il fut permis pour la première fois aux Chrétiens, par une loi de ce prince, de bâtir partout des églises ; et il les excita à la construction de ces édifices sacrés, non seulement par son édit, mais encore par son exemple. Il dédia, en effet, dans son palais de Latran, une église au Sauveur, tout près de laquelle il édifia aussi une basilique sous le nom de saint Jean-Baptiste, au lieu même où, baptisé par saint Sylvestre, il avait été guéri de la lèpre de l’infidélité. Ce Pape consacra l’église du Sauveur le cinquième jour des ides de novembre ; et c’est de cette consécration qu’on célèbre aujourd’hui la mémoire, parce que c’est en ce jour que la première dédicace publique d’une église a été faite à Rome et que l’image du Sauveur apparut au peuple romain, peinte sur la muraille.
Sixième leçon. Si le bienheureux Sylvestre décréta dans la suite, en consacrant l’autel du prince des Apôtres, que l’on n’édifierait plus désormais d’autels qu’en pierre, et si cependant, celui de la basilique de Latran est en bois, il n’y a pas lieu de s’en étonner ; depuis saint Pierre jusqu’à Sylvestre, les Papes ne pouvaient, à cause des persécutions, résider en un lieu fixe : partout où la nécessité les poussait, soit dans les cryptes, soit dans les cimetières, soit dans les maisons de pieux fidèles, ils offraient le sacrifice sur cet autel de bois, qui était creux et en forme de coffre. Or, la paix ayant été rendue à l’Église, saint Sylvestre le plaça dans la première église, qui fut celle de Latran, et, en l’honneur du prince des Apôtres, que l’on dit avoir offert le Saint Sacrifice sur cet autel, ainsi que des autres Pontifes qui, jusque-là, s’en étaient servis pour la célébration des Mystères, il ordonna qu’aucun autre que le Pape n’y célébrerait jamais la messe. La basilique du Saint-Sauveur, successivement endommagée par des incendies, dévastée, renversée par des tremblements de terre, fut restaurée avec grand soin puis reconstruite par les Papes. Le vingt-huit avril mil sept cent vingt-six, le souverain Pontife Benoît XIII, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, l’a consacrée solennellement et a décidé qu’on célébrerait en ce jour la mémoire de cette solennelle Dédicace. Selon ce que Pie IX avait projeté d’entreprendre, Léon XIII fit exécuter de grands travaux pour allonger et élargir le chœur du maître-autel, qui allait s’affaissant de vétusté ; il donna l’ordre de restaurer, selon les dessins antiques, les vieilles mosaïques, déjà réparées en beaucoup d’endroits, et de les transporter dans la nouvelle abside, magnifiquement construite et ornée ; il pourvut aussi à l’achèvement de l’ornementation du transept et à la réparation des caissons du plafond ; l’an mil huit cent quatre-vingt-quatre, il ajouta la sacristie, la demeure des chanoines et une galerie contiguë, menant au Baptistère de Constantin.
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Septième leçon. Zachée, homme de fort petite taille, c’est-à-dire de basse extraction, et de peu de mérite, comme l’était le peuple Gentil, ayant entendu parler de la venue de notre Seigneur et Sauveur, désirait voir Celui que les siens n’avaient pas reçu. Mais personne ne voit facilement Jésus, aucun homme ne peut le voir s’il demeure à terre. Et parce que Zachée n’avait ni les Prophètes ni la loi, c’est-à-dire aucune grâce naturelle, il monta sur un sycomore, comme foulant aux pieds la vanité des Juifs et corrigeant aussi les égarements de sa vie passée ; c’est pourquoi il reçut Jésus, à table d’hôte, dans sa maison.
Huitième leçon. C’est avec raison que Zachée monta sur un arbre, parce qu’il devait lui-même devenir un bon arbre portant de bons fruits, et, qu’étant détaché de l’olivier sauvage pour être greffé, contre sa nature, sur un bon olivier, il allait pouvoir porter le fruit de la loi. Car la loi était parmi les Juifs une racine sainte ; mais elle avait des rameaux inutiles : c’était une gloire vaine, et le peuple Gentil s’éleva plus haut qu’eux par la foi en la résurrection, comme par une certaine élévation corporelle. Zachée était donc sur le sycomore et l’aveugle au bord du chemin ; le Seigneur attend l’un pour lui faire miséricorde ; il ennoblit et honore l’autre en séjournant dans sa maison ; il interroge le premier pour le guérir et il s’invite lui-même chez le second qui ne l’invitait pas. Il savait combien la récompense de l’hospitalité qu’on lui accorderait serait abondante ; et il n’avait pas entendu la voix de Zachée l’inviter, il avait vu déjà les sentiments de son cœur.
Neuvième leçon. Mais de peur qu’il ne semble que ce soit par mépris des pauvres, que nous ayons si tôt quitté cet aveugle pour parler du riche Zachée, arrêtons-nous à considérer ce qui se passe à l’égard du premier, puisque le Seigneur aussi s’arrêta pour l’attendre ; interrogeons-le, puisque Jésus-Christ l’interrogea. Nous l’interrogerons parce que nous ne le connaissons pas ; Lui l’interrogea parce qu’il le connaissait. Nous l’interrogerons pour savoir comment il a été guéri ; Jésus l’interrogea, afin que nous apprissions par l’exemple d’un seul, ce que tous nous devons faire pour mériter de voir le Seigneur. Il l’a interrogé pour nous apprendre que personne ne peut être sauvé s’il ne confesse la vérité.
Au quatrième siècle de notre ère, la fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. « Gloire au Tout-Puissant ! Gloire au Rédempteur de nos âmes ! » s’écrie, en tête du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l’admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux. De villes en villes, s’assemblaient les évêques et s’empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d’allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l’unité du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d’un même souffle de l’Esprit-Saint ; c’était l’accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l’auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Église ! la perfection achevée qu’y déployaient les Pontifes, l’élan de la psalmodie, les lectures inspirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin.
Constantin avait mis les trésors du fisc à la disposition des évêques, et lui-même stimulait leur zèle pour ce qu’il appelait dans ses édits impériaux l’œuvre des églises. Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.
Aujourd’hui fut le jour natal de l’Église Maîtresse et Mère, dite du Sauveur, Aula Dei, Basilique d’or ; nouveau Sinaï, d’où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu’on ne s’étonne pas d’en voir célébrer la fête en tous lieux.
Si depuis des siècles les Papes n’habitent plus le palais du Latran, la primauté de sa Basilique survit dans la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu’ « en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l’Église qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, à sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Église embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les protégeant dans son sein maternel. » Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de l’unité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l’homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s’assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife.
C’est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s’accomplissent chaque année en leur nom, comme Évêques de Rome, les fonctions cathédrales delà bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l’ordination générale. Prudence, le grand poète de l’âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu’il dirait toujours : « A flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d’où l’on revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, ô Christ, que Rome te fût consacrée ! »
Tant de détails donnés dans les lectures de l’office de ce jourcourent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Église de Latran est aussi notre Église ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le Pontifical romain au jour de la consécration des Églises ; elles ne sauraient s’appliquer mieux qu’à l’Église Mère.
HAEC • EST • PAPALIS • SEDES • ET • PONTIFICALIS
PRAESIDET • ET • CHRISTI • DE • IVRE • VICARIVS • ISTI
ET • QVIA • IVRE • DATVR • SEDES • ROMANA • VOCATVR
NEC • DEBET • VERE • NISI • SOLVS • PAPA • SEDERE
ET • QVIA • SVBLIMIS • ALII • SVBDVNTVR • IN • IMIS
C’est ici le trône papal et pontifical à la fois, où préside, conformément au droit, le Vicaire du Christ.
On l’appelle aussi : le siège de Rome, établi par le droit, et sur lequel, par conséquent, ne peut s’asseoir personne autre que le Pape.
Puisque il est le trône le plus élevé de la terre, tous les autres lui sont inférieurs et doivent lui être soumis.
Mes petits enfants, c'est la dernière heure
Mes petits enfants, c'est la dernière heure.
Comme vous avez appris que l'antéchrist doit venir, aussi y a-t-il maintenant plusieurs antéchrists: par là nous connaissons que c'est la dernière heure.
Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres; car s'ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous; mais ils en sont sortis, afin qu'il soit manifeste que tous ne sont pas des nôtres.
Pour vous, c'est du Saint que vous avez reçu l'onction, et vous connaissez tout.
Je vous ai écrit, non que vous ne connaissiez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez, et que vous savez qu'aucun mensonge ne vient de la vérité.
Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ?
Celui-là est l'antéchrist, qui nie le Père et le Fils.
Quiconque nie le Fils, n'a pas non plus le Père; celui qui confesse le Fils, a aussi le Père. I Jn 2, 18-22
XXIIIème dimanche après la Pentecôte
Introït
Moi, j’ai des pensées de paix et non d’affliction, dit le Seigneur ; vous m’invoquerez et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. Vous avez béni, Seigneur, votre terre, vous ayez délivré Jacob de la captivité.
Collecte
Pardonnez, nous vous en supplions, Seigneur, les offenses de vos peuples ; afin que, par votre bonté, nous soyons délivrés des liens des péchés que notre fragilité nous a fait commettre. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Épitre Ph. 3, 17-21 : 4, 1-3
Mes frères, soyez mes imitateurs, et regardez ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. Car il y a en a beaucoup, dont je vous ai souvent parlé, et dont je vous parle encore maintenant avec larmes, qui marchent en ennemis de la croix du Christ. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui est leur honte, et leurs pensées sont pour la terre. Quant à nous, notre vie est dans le ciel, d’où nous attendons comme sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps d’humiliation, en le rendant semblable à son corps glorieux, par le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses. C’est pourquoi, mes frères très aimés et très désirés, qui êtes ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés.
Je prie Evodie, et je conjure Syntiché, d’avoir les mêmes sentiments dans le Seigneur. Et toi aussi, mon fidèle collègue, je te prie de les assister, elles qui ont travaillé avec moi pour l’évangile, avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont dans le livre de vie.
Évangile Mt. 9, 18-26
En ce temps-là, comme Jésus parlait à la foule, un chef de synagogue s’approcha, et se prosterna devant lui, en disant : Seigneur, ma fille est morte il y a un instant ; mais venez, imposez votre main sur elle, et elle vivra. Jésus, se levant, le suivait avec ses disciples. Et voici qu’une femme, qui souffrait d’une perte de sang depuis douze ans, s’approcha par derrière, et toucha la frange de son vêtement. Car elle disait en elle-même : Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. Jésus, se retournant et la voyant, dit : Aie confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée. Et la femme fut guérie à l’heure même.
Lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef de synagogue, et qu’il eut vu les joueurs de flûte et une foule bruyante, il dit : Retirez-vous ; car cette jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui. Lorsque la foule eut été renvoyée, il entra, et prit la main de la jeune fille. Et la jeune fille se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays.
Secrète
Pour accroître notre zèle à vous servir, nous vous offrons, Seigneur, ce sacrifice de louange, afin que nous étant propice, vous acheviez en nous ce que sans mérite de notre part, votre grâce a commencé. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Postcommunion
Nous vous supplions, ô Seigneur notre Dieu, de ne pas supporter que ceux auxquels vous accordez la joie de prendre part au divin banquet, succombent dans les périls qui menacent l’humanité. Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Office
Au troisième nocturne.
Homélie de saint Jérôme, Prêtre.
Septième leçon. Le huitième miracle est celui qu’un chef, qui ne veut pas être exclu du mystère de la vraie circoncision, demande à Jésus pour la résurrection de sa fille. Mais voici qu’une femme, affligée d’une perte de sang, se glisse à travers le cortège et est guérie en huitième lieu, de sorte que la fille du chef, déplacée de ce rang, n’a plus que le neuvième, conformément au mot du Psalmiste : « L’Éthiopie tendra la première ses mains vers Dieu ». Et à celui de l’Apôtre : lorsque « la plénitude des Gentils sera entrée, alors tout Israël sera sauvé ».
Huitième leçon. « Et voilà qu’une femme affligée d’une perte de sang depuis douze ans, s’approcha de lui par derrière, et toucha la frange de son vêtement. » Nous lisons dans l’Évangile selon saint Luc que la fille du prince de la synagogue avait douze ans. Cette femme, je veux dire le peuple gentil, commence donc à être malade au temps même où le peuple juif naissait à la foi. Ceci est à remarquer ; car un vice ne ressort que par le contraste des vertus.
Neuvième leçon. Or, ce n’est point à l’intérieur d’une maison, ni dans la ville même (en pareil cas le séjour des villes était interdit par la loi) que cette femme, affligée d’une perte de sang, s’approche du Sauveur, mais pendant qu’il était en marche pour s’y rendre ; de sorte qu’en allant vers une personne, il en guérissait une autre. Les Apôtres ont fait aussi de même, comme ils le déclarent : « C’était à vous qu’il fallait d’abord annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous vous jugez indignes de la vie éternelle, voilà que nous nous tournons vers les Gentils »
ÉPÎTRE.
Le nom de Clément, qui vient d’être prononcé par l’Apôtre, est celui du second successeur de saint Pierre. Assez souvent, le vingt-troisième Dimanche après la Pentecôte ne précède que de fort peu la solennité de ce grand pontife et martyr du premier siècle. Disciple de Paul, attaché depuis à la personne de Pierre, et désigné par le vicaire de l’Homme-Dieu comme le plus digne de monter après lui sur la chaire apostolique, Clément, nous le verrons au 23 novembre, était l’un des saints de cette époque primitive les plus vénérés des fidèles. La mention faite de lui à l’Office du Temps, dans les jours qui précédaient son apparition directe au cycle de la sainte Église, excitait la joie du peuple chrétien et ranimait sa ferveur, à la pensée de l’approche d’un de ses plus illustres protecteurs et amis.
Au moment où saint Paul écrivait aux Philippiens, Clément, qui devait longtemps encore survivre aux Apôtres, était bien des hommes dont parle notre Épître, imitateurs de ces illustres modèles, appelés à perpétuer dans le troupeau confié à leurs soins la règle des mœurs, moins encore par la fidélité de l’enseignement que par la force de l’exemple. L’unique Épouse du Verbe divin se reconnaît à l’incommunicable privilège d’avoir en elle, par la sainteté, la vérité toujours vivante et non point seulement lettre morte. L’Esprit-Saint n’a point empêché les livres sacrés des Écritures de passer aux mains des sectes séparées ; mais il a réservé à l’Église le trésor de la tradition qui seule transmet pleinement, d’une génération à l’autre, le Verbe lumière et vie, par la vérité et la sainteté de l’Homme-Dieu toujours présentes en ses membres, toujours tangibles et visibles en l’Église. La sainteté inhérente à l’Église est la tradition à sa plus haute expression, parce qu’elle est la vérité non seulement proférée, mais agissante, comme elle l’était en Jésus-Christ, comme elle l’est en Dieu. C’est là le dépôt que les disciples des Apôtres recevaient la mission de transmettre à leurs successeurs, comme les Apôtres eux-mêmes l’avaient reçu du Verbe descendu en terre.
Aussi saint Paul ne se bornait point à confier l’enseignement dogmatique à son disciple Timothée ; il lui disait : « Sois l’exemple des fidèles dans la parole et la conduite. » Il redisait à Tite : « Montre-toi un modèle, en fait de doctrine et d’intégrité de vie. » Il répétait à tous : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ. » Il envoyait aux Corinthiens Timothée, pour leur rappeler, pour leur apprendre au besoin, non les dogmes seulement de son Évangile, mais ses voies en Jésus-Christ, sa manière de vivre ; car cette manière de vivre de l’Apôtre était, pour une part, son enseignement même en toutes les Églises ; et il louait les fidèles de Corinthe de ce qu’en effet ils se souvenaient de lui pour l’imiter en toutes choses, gardant ainsi la tradition de Jésus-Christ. Les Thessaloniciens étaient si bien entrés dans cet enseignement tiré de la vie de leur Apôtre, que, devenus ses imitateurs, et par là même ceux de Jésus-Christ, ils étaient, dit saint Paul, la forme de tous les croyants ; cet enseignement muet de la révélation chrétienne, qu’ils donnaient en leurs mœurs, rendait comme inutile la parole même des messagers de l’Évangile.
L’Église est un temple admirable qui s’élève à la gloire du Très-Haut par le concours des pierres vivantes appelées à entrer dans ses murs. La construction de ces murailles sacrées sur le plan arrêté par l’Homme-Dieu est l’œuvre de tous. Ce que l’un fait par la parole, l’autre le fait par l’exemple ; mais tous deux construisent, tous deux édifient la cité sainte ; et, comme au temps des Apôtres, l’édification par l’exemple l’emporte sur l’autre en efficacité, quand la parole n’est pas soutenue de l’autorité d’une vie conforme à l’Évangile.
Mais de même que l’édification de ceux qui l’entourent est, pour le chrétien, une obligation fondée à la fois sur la charité envers le prochain et sur le zèle de la maison de Dieu, il doit, sous peine de présomption, chercher dans autrui cette même édification pour lui-même. La lecture des bons livres, l’étude de la vie des saints, l’observation, selon l’expression de notre Épître, l’observation respectueuse des bons chrétiens qui vivent à ses côtés, lui seront d’un immense secours pour l’œuvre de sa sanctification personnelle et l’accomplissement des vues de Dieu en lui. Cette fréquentation de pensées avec les élus de la terre et du ciel nous éloignera des mauvais, qui repoussent la croix de Jésus-Christ et ne rêvent que les honteuses satisfactions des sens. Elle placera véritablement notre conversation dans les cieux. Attendant pour un jour qui n’est plus éloigné l’avènement du Seigneur, nous demeurerons fermes en lui, malgré la défection de tant de malheureux entraînés par le courant qui emporte le monde à sa perte. L’angoisse et les souffrances des derniers temps ne feront qu’accroître en nous la sainte espérance ; car elles exciteront toujours plus notre désir du moment solennel où le Seigneur apparaîtra pour achever l’œuvre du salut des siens, en revêtant notre chair même de l’éclat de son divin corps. Soyons unis, comme le demande l’Apôtre, et, pour le reste : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur », écrit-il à ses chers Philippiens ; « je le dis de nouveau, réjouissez-vous : le Seigneur est proche. »
ÉVANGILE.
Quoique le choix de cet Évangile pour aujourd’hui ne remonte pas partout à la plus haute antiquité, il entre bien dans l’économie générale de la sainte Liturgie, et confirme ce que nous avons dit du caractère de cette partie de l’année. Saint Jérôme nous apprend, dans l’Homélie du jour, que l’hémorroïsse guérie par le Sauveur figure la gentilité, tandis que la nation juive est représentée par la fille du prince de la synagogue. Celle-ci ne devait retrouver la vie qu’après le rétablissement de la première ; et tel est précisément le mystère que nous célébrons en ces jours, où, la plénitude des nations avant reconnu le médecin céleste, l’aveuglement dont Israël avait été frappé cesse enfin lui-même.
De cette hauteur où nous sommes parvenus, de ce point où le monde, ayant achevé ses destinées, ne va sembler sombrer un instant que pour se dégager des impies et s’épanouir de nouveau, transformé dans la lumière et l’amour : combien mystérieuses et à la fois fortes et suaves nous apparaissent les voies de l’éternelle Sagesse ! Le péché, dès le début, avait rompu l’harmonie du monde, en jetant l’homme hors de sa voie. Si, entre toutes, une famille avait attiré sur elle la miséricorde, la lumière, en se levant sur cette privilégiée, n’avait fait que manifester plus profonde la nuit où végétait le genre humain. Les nations, abandonnées à leur misère épuisante, voyaient les attentions divines aller à Israël, et l’oubli s’appesantir sur elles au contraire. Lors même que les temps où la faute première devait être réparée se trouvèrent accomplis, il sembla que la réprobation des gentils dût être consommée du même coup ; car on vit le salut, venu du ciel en la personne de l’Homme-Dieu, se diriger exclusivement vers les Juifs et les brebis perdues de la maison d’Israël.
Cependant la race gratuitement fortunée, dont les pères et les premiers princes avaient si ardemment sollicité l’arrivée du Messie, ne se trouvait plus à la hauteur où l’avaient placée les patriarches et les saints prophètes. Sa religion si belle, fondée sur le désir et l’espérance, n’était plus qu’une attente stérile qui la tenait dans l’impuissance de faire un pas au-devant du Sauveur ; sa loi incomprise, après l’avoir immobilisée , achevait de l’étouffer dans les liens d’un formalisme sectaire. Or, pendant qu’en dépit de ce coupable engourdissement, elle comptait, dans son orgueil jaloux, garder l’apanage exclusif des faveurs d’en haut, la gentilité que son mal, toujours grandissant lui aussi, portait au-devant d’un libérateur, la gentilité reconnaissait en Jésus le Sauveur du monde, et sa confiante initiative lui méritait d’être guérie la première. Le dédain apparent du Seigneur n’avait servi qu’à l’affermir dans l’humilité, dont la puissance pénètre les cieux.
Israël devait donc attendre à son tour. Selon qu’il le chantait dans le psaume, l’Éthiopie l’avait prévenu en tendant ses mains vers Dieu la première. Désormais ce fut à lui de retrouver, dans les souffrances d’un long abandon, l’humilité qui avait valu à ses pères les promesses divines et pouvait seule lui en mériter l’accomplissement. Mais aujourd’hui la parole de salut a retenti dans toutes les nations, sauvant tous ceux qui devaient l’être. Jésus, retardé sur sa route, arrive enfin à la maison vers laquelle se dirigeaient ses pas dès l’abord, à cette maison de Juda où dure toujours l’assoupissement de la fille de Sion. Sa toute-puissance compatissante écarte de la pauvre abandonnée la foule confuse des faux docteurs, et ces prophètes de mensonge qui l’avaient endormie aux accents de leurs paroles vaines ; il chasse loin d’elle pour jamais ces insulteurs du Christ, qui prétendaient la garder dans la mort. Prenant la main de la malade, il la rend à la vie dans tout l’éclat de sa première jeunesse ; prouvant bien que sa mort apparente n’était qu’un sommeil, et que l’accumulation des siècles ne pouvait prévaloir contre la parole donnée par Dieu à Abraham son serviteur.
Au monde maintenant de se tenir prêt pour la transformation dernière. Car la nouvelle du rétablissement de la fille de Sion met le dernier sceau à l’accomplissement des prophéties. Il ne reste plus aux tombeaux qu’à rendre leurs morts. La vallée de Josaphat se prépare pour le grand rassemblement des nations ; le mont des Oliviers va de nouveau porter l’Homme-Dieu, mais cette fois comme Seigneur et comme juge.
L’acquittement du service que nous devons à Dieu est, de soi, bien au-dessous de la Majesté souveraine ; mais le Sacrifice, qui en fait partie chaque jour, l’ennoblit jusqu’à l’infini et supplée aux mérites qui nous font défaut, ainsi que l’exprime la Secrète de ce Dimanche.
Entrés, dans les Mystères sacrés, en participation de la vie divine, demandons au Seigneur que nous ne soyons plus accessibles aux dangers d’ici bas.
Saint Charles Borromée évêque et confesseur mémoire des Saints Vital et Agricola Martyrs
Collecte
Daignez, Seigneur, garder continuellement votre Église sous la protection de saint Charles, votre Pontife et Confesseur ; et comme sa sollicitude pastorale l’a rendu glorieux, que son intercession nous obtienne d’être toujours fervents dans votre amour.
Office
Quatrième leçon. Charles naquit à Milan, de la noble famille des Borromée. Une lumière divine, qui brilla la nuit de sa naissance sur la chambre de sa mère, fit présager combien sa sainteté serait éclatante. Enrôlé dès son enfance dans la milice cléricale et pourvu quelque temps après d’une abbaye, il avertit son père de ne pas employer pour sa maison les revenus de ce’ bénéfice ; et lorsque l’administration lui en fut dévolue, il en distribua aux pauvres tout le superflu. La chasteté lui fut si chère, qu’il repoussa avec une invincible constance les femmes impudiques plusieurs fois envoyées pour lui faire perdre sa pureté. A vingt-trois ans, son oncle le Pape Pie IV l’ayant agrégé au Sacré Collège des Cardinaux, il s’y distingua par une piété insigne et par l’éclat de toutes les vertus. Bientôt après, le même Pape l’ayant fait Archevêque de Milan, il s’appliqua avec beaucoup de sollicitude à gouverner l’Église qui lui était confiée, selon les règles du concile de Trente, qui venait d’être terminé, grâce à lui surtout ; et pour réformer les mœurs déréglées de son peuple, outre qu’il assembla maintes fois des synodes, il montra dans sa personne un modèle d’éminente sainteté. Il travailla par-dessus tout à extirper l’hérésie du pays des Rhètes et des Suisses, dont il convertit un grand nombre à la foi chrétienne.
Cinquième leçon. La charité de cet homme de Dieu brilla tout particulièrement lorsqu’ayant vendu sa principauté d’Oria, il en donna aux pauvres, en un seul jour, tout le prix, qui était de quarante mille pièces d’or. Ce fut avec la même charité qu’il en distribua vingt mille qu’on lui avait léguées. Il renonça aux amples revenus ecclésiastiques dont il avait été comblé par son oncle, et n’en retint que ce qui lui était nécessaire pour lui-même et pour assister les indigents. Pour les nourrir pendant la peste qui ravagea Milan, il vendit tout le mobilier de sa maison, sans même se réserver un lit ; de sorte que, depuis, il coucha sur le plancher. Empressé à visiter ceux que le fléau atteignait, il les soulageait avec une affection de père, et, leur administrant lui-même les sacrements de l’Église, les consolait d’une façon merveilleuse. Pendant ce temps, pour se faire médiateur auprès de Dieu par de très humbles prières et pour détourner sa colère, il ordonna une procession publique : il y marcha la corde au cou, les pieds nus et ensanglantés par les pierres contre lesquelles il se heurtait, portant une croix et s’offrant lui-même comme victime pour les péchés de son peuple. Il fut un très énergique défenseur de la liberté de l’Église. Mais, comme il avait à cœur de rétablir la discipline, des séditieux lâchèrent contre lui, pendant qu’il était en prières, la roue d’une arquebuse ; le projectile l’ayant frappé, il ne dut qu’à la protection divine d’être préservé de tout mal.
Sixième leçon. Il était d’une abstinence étonnante ; jeûnait très souvent au pain et à l’eau, et, d’autres fois, se contentait de légumes. Il domptait son corps par les veilles, un cilice très dur, de fréquentes disciplines. L’humilité et la douceur lui étaient on ne peut plus chères. Il ne manqua jamais de se livrer à la prière et à la prédication de la parole de Dieu, quelque grandes occupations qu’il eût. Il bâtit beaucoup d’églises, des monastères et des collèges. Il a écrit plusieurs ouvrages très utiles, surtout pour l’instruction des Évêques, et c’est par ses soins que le catéchisme des curés a paru. Enfin, il se retira dans une solitude du mont Varale, où se trouvent des tableaux représentant au vif la passion de notre Seigneur. C’est là que, menant pendant quelques jours une vie rude par la mortification volontaire, mais douce par la méditation des souffrances de Jésus-Christ, il fut pris de la fièvre, et comme la maladie s’aggravait, il revint à Milan, où, sous la cendre et le cilice, les yeux attachés sur un crucifix, il partit pour le ciel, âgé de quarante-sept ans, le troisième jour des nones de novembre de l’année mil cinq cent quatre-vingt-quatre. Des miracles l’ayant illustré, le Souverain Pontife Paul V le mit au nombre des Saints.
Humilitas. A sa naissance au château d’Arona, Charles trouvait inscrit en chef de l’écu de famille ce mot couronné d’or. Parmi les pièces nombreuses du blason des Borromées, on disait de celle-ci qu’ils ne connaissaient l’humilité que dans leurs armes. Le temps était venu où l’énigmatique devise de la noble maison se justifierait dans son membre le plus illustre ; où, au faîte des grandeurs, un Borromée saurait vider de soi son cœur pour le remplir de Dieu : en sorte pourtant que, loin de renier la fierté de sa race, plus intrépide qu’aucun, cet humble éclipserait dans ses entreprises les hauts faits d’une longue suite d’aïeux. Nouvelle preuve que l’humilité ne déprime jamais. Charles atteignait à peine sa vingt-deuxième année, quand Pie IV, dont sa mère était la sœur, l’appelait au poste difficile qu’on nomme aujourd’hui la Secrétairerie d’État, et bientôt le créait cardinal, archevêque de Milan, semblait se complaire à entasser honneurs et responsabilités sur ses jeunes épaules. On était au lendemain du règne de Paul IV, si mal servi par une confiance pareille, que ses neveux, les Caraffa, y méritèrent le dernier supplice. Mais l’événement devait montrer que son doux successeur recevait en cela ses inspirations de l’Esprit-Saint, non de la chair et du sang.
Soixante ans déjà s’étaient écoulés de ce siècle de Luther qui fut si fatal au monde, et les ruines s’amoncelaient sans fin, tandis que chaque jour menaçait l’Église d’un danger nouveau. Les Protestants venaient d’imposer aux catholiques d’Allemagne le traité de Passau qui consacrait leur triomphe, et octroyait aux dissidents l’égalité avec la liberté. L’abdication de Charles-Quint découragé donnait l’empire à son frère Ferdinand, tandis que l’Espagne et ses immenses domaines des deux mondes allaient à Philippe II son fils ; or Ferdinand Ier inaugurait la coutume de se passer de Rome, en ceignant le diadème mis au front de Charlemagne par saint Léon III ; et Philippe, enserrant l’Italie par la possession de Naples au Sud, du Milanais au Nord, semblait à plusieurs une menace pour l’indépendance de Rome elle-même. L’Angleterre, un instant réconciliée sous Marie Tudor, était replongée par Élisabeth dans le schisme où elle demeure jusqu’à nos jours. Des rois enfants se succédaient sur le trône de saint Louis, et la régence de Catherine de Médicis livrait la France aux guerres de religion.
Telle était la situation politique que le ministre d’État de Pie IV avait mission d’enrayer, d’utiliser au mieux des intérêts du Siège apostolique et de l’Église. Charles n’hésita pas. Appelant la foi au secours de son inexpérience, il comprit qu’au déluge d’erreurs sous lequel le monde menaçait de périr, Rome se devait avant tout d’opposer comme digue l’intégrale vérité dont elle est la gardienne ; il se dit qu’en face d’une hérésie se parant du grand nom de Réforme et déchaînant toutes les passions, l’Église, qui sans cesse renouvelle sa jeunesse, aurait beau jeu de prendre occasion de l’attaque pour fortifier sa discipline, élever les mœurs de ses fils, manifester à tous les yeux son indéfectible sainteté. C’était la pensée qui déjà, sous Paul III et Jules III, avait amené la convocation du concile de Trente, inspiré ses décrets de définitions dogmatiques et de réformation. Mais le concile, deux fois interrompu, n’avait point achevé son œuvre, qui restait contestée. Depuis huit ans qu’elle demeurait suspendue, les difficultés d’une reprise ne faisaient que s’accroître, en raison des prétentions discordantes qu’affichaient à son sujet les princes. Tous les efforts du cardinal neveu se tournèrent à vaincre l’obstacle. Il y consacra ses jours et ses nuits, pénétrant de ses vues le Pontife suprême, inspirant son zèle aux nonces accrédités près des cours, rivalisant d’habileté autant que de fermeté avec les diplomates de carrière pour triompher des préjugés ou du mauvais vouloir des rois. Et quand, après deux ans donnés à ces négociations épineuses, les Pères de Trente se réunirent enfin, Charles apparut comme la providence et l’ange tutélaire de l’auguste assemblée ; elle lui dut son organisation matérielle, sa sécurité politique, la pleine indépendance de ses délibérations, leur continuité désormais ininterrompue. Retenu à Rome, il est l’intermédiaire du Pape et du concile. La confiance des légats présidents lui est vite acquise ; les archives pontificales en gardent la preuve : c’est à lui qu’ils recourent journellement, dans leurs sollicitudes et parfois leurs angoisses, comme au meilleur conseil, à l’appui le plus sûr.
Le Sage disait de la Sagesse : « A cause d’elle, ma jeunesse sera honorée des vieillards ; les princes admireront mes avis : si je me tais, ils attendront que je parle ; quand j’ouvrirai la bouche, ils m’écouteront attentifs, les mains sur leurs lèvres. » Ainsi en fut-il de Charles Borromée, à ce moment critique de l’histoire du monde ; et l’on comprend que la Sagesse divine qu’il écoutait si docilement, qui l’inspirait si pleinement, ait rendu son nom immortel dans la mémoire reconnaissante des peuples.
C’est de ce concile de Trente dont l’achèvement lui est dû, que Bossuet reconnaît, en sa. Défense de la trop fameuse Déclaration, qu’il ramena l’Église à la pureté de ses origines autant que le permettait l’iniquité des temps. Écoutons ce qu’à l’heure où les assises œcuméniques du Vatican venaient de s’ouvrir, l’évêque de Poitiers, le futur cardinal Pie, disait « de ce concile de Trente, qui, à meilleur titre que celui même de Nicée, a mérité d’être appelé le grand concile ; de ce concile dont il est juste d’affirmer que, depuis la création du monde, aucune assemblée d’hommes n’a réussi à introduire parmi les hommes une aussi grande perfection ; de ce concile dont on a pu dire que, comme un arbre de vie, il a pour toujours rendu à l’Église la vigueur de sa jeunesse. Plus de trois siècles se sont écoulés depuis qu’il termina ses travaux, et sa vertu curative et fortifiante n’a point cessé de se faire sentir. »
« Le concile de Trente est demeuré comme en permanence dans l’Église au moyen des congrégations romaines chargées d’en perpétuer l’application, ainsi que de procurer l’obéissance aux constitutions pontificales qui l’ont suivi et complété. » Charles inspira les mesures adoptées dans ce but par Pie IV, et au développement desquelles les Pontifes qui suivirent attachèrent leurs noms. La révision des livres liturgiques, la rédaction du Catéchisme romain l’eurent pour promoteur. Avant tout, et sur toutes choses, il fut l’exemplaire vivant delà discipline renouvelée, acquérant ainsi le droit de s’en montrer envers et contre tous l’infatigable zélateur. Rome, initiée par lui à la réforme salutaire où il convenait qu’elle précédât l’armée entière des chrétiens, se transforma en quelques mois. Les trois églises dédiées à saint Charles en ses murs, les nombreux autels qui portent son nom dans les autres sanctuaires de la cité reine, témoignent de la gratitude persévérante qu’elle lui a vouée.
Son administration cependant et son séjour n’y dépassèrent pas les six années du pontificat de Pie IV. A la mort de celui-ci, malgré les instances de saint Pie V, qu’il contribua plus que personne à lui donner pour successeur, Charles quitta Rome pour Milan où l’appelait son titre d’archevêque de cette ville. Depuis près d’un siècle, la grande cité lombarde ne connaissait guère que de nom ses pasteurs, et cet abandon l’avait, comme tant d’autres en ces temps, livrée au loup qui ravit et disperse le troupeau. Notre Saint comprenait autrement le devoir de la charge des âmes. Il s’y donnera tout entier, sans ménagement de lui-même, sans nul souci des jugements humains, sans crainte des puissants. Traiter dans l’esprit de Jésus-Christ les intérêts de Jésus-Christ sera sa maxime, son programmées ordonnances édictées à Trente. L’épiscopat de saint Charles fut la mise en action du grand concile ; il resta comme sa forme vécue, son modèle d’application pratique en toute Église, la preuve aussi de son efficacité , la démonstration effective qu’il suffisait à toute réforme, qu’il pouvait sanctifier à lui seul pasteur et troupeau.
Nous eussions voulu donner mieux qu’un souvenir à ces Acta Ecclesiae Mediolanensis, pieusement rassemblés par des mains fidèles, et où notre Saint paraît si grand ! C’est là qu’à la suite des six conciles de sa province et des onze synodes diocésains qu’il présida, se déroule l’inépuisable série des mandements généraux ou spéciaux que lui dicta son zèle ; lettres pastorales, où brille le Mémorial sublime qui suivit la peste de Milan ; instructions sur la sainte Liturgie, la tenue des Églises, la prédication, l’administration des divers Sacrements, et entre lesquelles se détache l’instruction célèbre aux Confesseurs ; ordonnances concernant le for archiépiscopal, la chancellerie, les visites canoniques ; règlements pour la famille domestique de l’archevêque et ses vicaires ou officiers de tous rangs, pour les prêtres des paroisses et leurs réunions dans les conférences dont il introduisit l’usage, pour les Oblats qu’il avait fondés, les séminaires, les écoles, les confréries ; édits et décrets, tableaux enfin et formulaire universels. Véritable encyclopédie pastorale, dont l’ampleur grandiose ne laisse guère soupçonner la brièveté de cette existence terminée à quarante-six ans, ni les épreuves et les combats qui, semble-t-il, auraient dû l’absorber tout entière.
Successeur d’Ambroise, vous fûtes l’héritier de son zèle pour la maison de Dieu ; votre action fut puissante aussi dans l’Église ; et vos deux noms, à plus de mille ans d’intervalle, s’unissent dans une commune gloire. Puissent de même s’unir au pied du trône de Dieu vos prières, en faveur de nos temps amoindris ; puisse votre crédit au ciel nous obtenir des chefs dignes de continuer, de reprendre au besoin, votre œuvre sur terre ! Elle éclata de vos jours en pleine évidence, cette parole des saints Livres : Tel le chef de la cité, tels sent les habitants. Et cette autre non moins : J’enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens, dit le Seigneur.
Combien justement vous disiez, ô Charles : « Jamais Israël n’entendit pire menace que celle-ci : Lex peribit a sacerdote. Prêtres, instruments divins, desquels dépend le bonheur du monde : leur abondance est la richesse de tous ; leur nullité, le malheur des nations. » Et lorsque, du milieu de vos prêtres convoqués en synode, vous passiez à l’auguste assemblée des dix-sept pontifes, vos suffragants ; réunis en concile, votre voix se faisait, s’il se peut, plus forte encore : « Craignons que le Juge irrité ne nous dise : Si vous étiez les éclaireurs de mon Église, pourquoi donc fermiez-vous les yeux ? Si vous vous prétendiez les pasteurs du troupeau, pourquoi l’avez-vous laissé s’égarer ? Sel de la terre, vous vous êtes affadis. Lumière du monde, ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort n’ont point vu vos rayons. Vous étiez Apôtres ; mais qui donc éprouva votre vigueur apostolique, vous qui jamais n’avez rien fait que pour complaire aux hommes ? Vous étiez la bouche du Seigneur, et l’avez rendue muette. Si votre excuse doit être que le fardeau dépassait vos forces, pourquoi fut-il l’objet de vos brigues ambitieuses ? »
Mais, par la grâce du Seigneur Dieu bénissant votre zèle pour l’amendement des brebis comme des agneaux, vous pouviez ajouter, ô Charles : « Province de Milan, reprends espoir. Voici que, venus à toi, tes pères se sont rassemblés dans le but de guérir tes maux ; ils n’ont plus d’autre souci que de te voir porter des fruits de salut, multipliant à cette fin leurs efforts communs. »
Mes petits enfants que j’enfante de nouveau, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ! C’est l’aspiration de l’Épouse, le cri qui ne cessera qu’au ciel : et synodes, visites, réformation, décrets concernant prédication, gouvernement, ministère, ne sont à vos yeux que la manifestation de cet unique désir de l’Église, la traduction du cri de la Mère en travail de ses fils.
Daignez, bienheureux Pontife, ranimer en tous lieux l’amour de cette discipline sainte, où la sollicitude pastorale qui vous rendit glorieux trouva le secret de sa fécondité merveilleuse. Il peut suffire aux simples fidèles de n’ignorer point que parmi les trésors de l’Église leur Mère existe, à côté de la doctrine et des Sacrements, un corps de droit incomparable, œuvre des siècles, objet de légitime fierté pour tous ses fils dont il protège les privilèges divins ; mais le clerc, qui se voue à l’Église, ne saurait la servir utilement sans l’étude approfondie, persévérante, qui lui donnera l’intelligence du détail de ses lois ; mais fidèles et clercs doivent supplier Dieu que le malheur des temps ne mette plus obstacle à la tenue par nos chefs vénérés de ces assemblées conciliaires et synodales prescrites à Trente , magnifiquement observées par vous, ô Charles, qui fîtes l’expérience de leur vertu pour sauver la terre. Veuille le ciel exaucer en votre considération notre prière, et nous pourrons redire avec vous à l’Église : « O bénigne Mère, ne pleurez plus ; vos peines seront récompensées, vos fils vous reviendront de la contrée ennemie. Et moi, dit le Seigneur, j’enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens. »
Commémoraison de tous les Fidèles défunts
Collecte
O Dieu, Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin qu’elles obtiennent, par nos humbles prières, le pardon qu’elles ont toujours désiré. Vous qui vivez.
Lecture 1. Cor. 15, 51-57
Mes frères, Voici un mystère que je vais vous dire : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous transformés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette (car la trompette sonnera), les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transformés. Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira cette parole de l’Écriture : La mort a été absorbée dans la victoire. Où est, ô mort, ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la force du péché, c’est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ.
Secrète
Considérez, nous vous en supplions, Seigneur, en agréant ce sacrifice propitiatoire, les hosties que nous vous offrons pour les âmes de vos serviteurs et de vos servantes ; afin qu’après leur avoir accordé le mérite de la foi chrétienne, vous leur en donniez la récompense.
Collecte
Seigneur Dieu des miséricordes, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, le lieu du rafraîchissement, la béatitude du repos et la splendeur de la lumière.
Lecture 2. M. 12, 43-46
En ces jours-là, le vaillant Judas Macchabée, après avoir fait une collecte, envoya douze mille drachmes d’argent à Jérusalem, afin qu’un sacrifice fût offert pour les péchés des morts, ayant de bonnes et de religieuses pensées touchant la résurrection, car s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient été tués ressusciteraient, il eût regardé comme une chose vaine et superflue de prier pour les morts ; et il considérait qu’une grande miséricorde était réservée à ceux qui étaient morts avec piété. C’est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés.
Collecte
O Dieu, qui accordez le pardon et qui aimez à sauver les hommes, nous demandons à votre bonté que, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, vous accordiez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, qui sont morts, de parvenir au séjour de la béatitude éternelle
Lecture Jn. 6, 51-55
En ce temps-là, Jésus dit au peuple Juif : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. Les Juifs disputaient donc entre eux en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.
Offertoire
Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l’enfer, et du lac profond ; délivrez-les de la gueule du lion ; que l’abîme ne les engloutisse pas, qu’elles ne tombent pas dans les ténèbres, mais que le porte-enseigne saint Michel les introduise dans la sainte lumière..
Secrète
O Dieu, dont la miséricorde est infinie, recevez favorablement les prières que nous vous adressons avec humilité, et accordez la rémission des péchés aux âmes de tous les fidèles défunts, à qui vous avez fait la grâce de confesser votre nom.
Office
AU PREMIER NOCTURNE.
Job 7, 16-21.
Première leçon. Épargnez-moi, Seigneur ; car mes jours ne sont rien. Qu’est-ce qu’un homme pour que vous fassiez un si grand cas de lui ? ou pourquoi mettez-vous sur lui votre cœur ? Vous le visitez au point du jour, et aussitôt vous l’éprouvez ; jusques à quand ne m’épargnerez-vous point, et ne me laisserez-vous pas avaler ma salive ? J’ai péché, que ferai-je pour vous, ô gardien des hommes ? Pourquoi m’avez-vous mis en opposition avec vous et suis-je à charge à moi-même ? Pourquoi n’ôtez-vous point mon péché, et pourquoi n’enlevez-vous pas mon iniquité ? Voilà que maintenant je dormirai dans la poussière, et, si vous me cherchez dès le matin, je ne serai plus.
Deuxième leçon. L’homme né d’une femme, vivant peu de temps, est rempli de beaucoup de misères. Comme une fleur, il s’élève et il est brisé ; et il fuit comme l’ombre, et jamais il ne demeure dans un même état. Et vous croyez, ô Dieu, qu’il soit digne de vous d’ouvrir les yeux sur un tel être, et de l’appeler avec vous en jugement ? Qui peut rendre pur celui qui a été conçu d’un sang impur ? N’est-ce pas vous, qui seul êtes pur ? Les jours de l’homme sont courts ; le nombre de ses mois est en vos mains-vous avez marqué son terme, lequel ne pourra être dépassé. Retirez-vous un peu de lui, afin qu’il se repose, jusqu’à ce que vienne, comme pour un mercenaire, son jour désiré.
Troisième leçon. A ma peau, après que ma chair a été consumée.se sont collés mes os, et il n’est resté seulement que les lèvres autour de mes dents. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins, mes amis, parce que la main du Seigneur m’a touché. Pourquoi me persécutez-vous comme Dieu.et vous rassasiez-vous de ma chair ? Qui m’accordera que mes paroles soient écrites ?Qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre avec un stylet de fer et sur une lame de plomb, ou qu’elles soient gravées au burin sur la pierre ? Car je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour, je ressusciterai de la terre ; et que de nouveau je serai environné de ma peau, et que dans ma chair je verrai mon Dieu. Je dois le voir moi-même, et non un autre, et mes yeux doivent le contempler : c’est là mon espérance, elle repose dans mon sein.
AU DEUXIÈME NOCTURNE.
Du livre de Saint Augustin, évêque : « Des devoirs à rendre aux morts ».
Quatrième leçon. Le soin des funérailles, les conditions honorables de la sépulture, la pompe des obsèques, sont plutôt une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts. Toutefois, ce n’est point là un motif de mépriser et de dédaigner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, qui ont été comme les instruments et les vases dont l’âme s’est saintement servie pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si le vêtement et l’anneau d’un père, si quelque autre souvenir de ce genre, reste d’autant plus cher à des enfants que leur affection envers leurs parents est plus grande.il ne faut en aucune manière traiter sans respect le corps lui-même, que nous portons plus intimement et plus étroitement uni à nous que n’importe quel vêtement. Nos corps, en effet, ne nous sont pas un simple ornement ou un instrument mis extérieurement à notre usage, mais ils appartiennent à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété légitime s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques et de pourvoir à leur sépulture, et qu’eux-mêmes ont souvent, pendant leur vie, fait des recommandations à leurs fils au sujet de la sépulture ou même de la translation de leur corps.
Cinquième leçon. Quand les fidèles témoignent aux défunts l’affection d’un cœur qui se souvient et qui prie, leur action est sans nul doute profitable à ceux qui ont mérité, quand ils vivaient en leur corps, que de semblables suffrages leur soient utiles après cette vie. Mais lors même qu’en raison de quelque nécessité, l’on ne trouve point moyen, soit d’inhumer des corps, soit de les inhumer en quelque lieu saint, encore faut-il ne pas omettre d’offrir des supplications pour les âmes des morts. C’est ce que l’Église a entrepris de faire à l’intention de tous les chrétiens décèdes dans la communion de la société chrétienne, et même sans citer leurs noms, par une commémoraison générale, en sorte que ceux auxquels font défaut les prières de parents, d’enfants, de proches ou d’amis, reçoivent ce secours de cette pieuse mère, qui est une et commune à tous les-fidèles. Si ces supplications qui se font pour les morts avec foi droite et piété venaient à manquer, je pense qu’il n’y aurait pour les âmes aucune utilité à ce que leurs corps privés de vie fussent placés en n’importe quel lieu saint.
Sixième leçon. Cela étant, soyons bien persuadés que, dans les solennités funéraires, nous ne pouvons faire parvenir du soulagement aux morts auxquels nous nous intéressons, que si nous offrons pour eux au Seigneur le sacrifice de l’autel, celui de la prière ou de l’aumône. Il est vrai que ces supplications ne sont pas utiles à tous ceux pour lesquels elles se font, mais seulement à ceux qui, au temps de leur vie, ont mérité de se les voir appliquées. Mais il vaut mieux offrir des suffrages superflus pour des défunts à qui ils ne peuvent ni nuire ni profiter, que d’en laisser manquer ceux auxquels ils sont utiles. Chacun cependant s’empresse de s’acquitter avec ferveur de ce tribut de prières pour ses parents et ses amis, afin que les siens en fassent autant pour lui-même. Quant à ce qu’on fait pour le corps qui doit être inhumé, il n’en résulte point de secours pour le salut du défunt, mais c’est un témoignage humain de respect ou d’affection, conforme au sentiment selon lequel personne ne hait sa propre chair. Il faut donc prendre lesoin que l’on peut de l’enveloppe de chair laissée par un de nos proches, quand lui-même, qui en prenait soin, l’aura quittée. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien ceux qui croient ne doivent-ils pas faire davantage, afin que les derniers devoirs soient rendus de telle manière à ce corps mort, mais destiné à ressusciter et à demeurer éternellement, qu’on y trouve même, en quelque sorte, un témoignage de cette foi.
AU TROISIÈME NOCTURNE.
De l’Épitre de l’Apôtre S. Paul aux Corinthiens.
Septième leçon. Si on prêche que le Christ est ressuscité d’entre les morts, comment quelques-uns disent-ils parmi vous qu’il n’y a point de résurrection des morts ? Or, s’il n’y a point de résurrection des morts, le Christ n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et vaine est aussi votre foi. Nous nous trouvons même être de faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous rendons ce témoignage contre Dieu, qu’il a ressuscité le Christ, qu’il n’a pourtant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point. Car, si les morts ne ressuscitent point, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Que si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine ; vous êtes encore dans vos péchés. Donc ceux aussi qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais très certainement le Christ est ressuscité d’entre les morts, comme prémices de ceux qui dorment ; car par un homme est venue la mort, et par un homme la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi dans le Christ.
Huitième leçon. Mais, dira quelqu’un, comment les morts ressuscitent-ils ? Ou avec quel corps reviendront-ils ? Insensé, ce que tu sèmes n’est point vivifié, si auparavant il ne meurt. Et ce que tu sèmes n’est pas le corps même qui doit venir, mais une simple graine, comme de blé, ou de quelque autre chose. Mais Dieu lui donne un corps, comme il veut, de même qu’il donne à chaque semence son corps propre. Toute chair n’est pas la même chair ; mais autre est celle des hommes, autre celle des brebis, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres ; mais autre est la gloire des célestes, autre celle des terrestres. Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, autre la clarté des étoiles. Une étoile même diffère d’une autre étoile en clarté. Ainsi est la résurrection des morts. Le corps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l’incorruptibilité. Il est semé dans l’abjection, il ressuscitera dans la gloire ; il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force. Il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel.
Neuvième leçon. Voici que je vais vous dire un mystère. Nous ressusciterons bien tous, mais nous ne serons pas tous changés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette ; car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Puisqu’il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors sera accomplie cette parole qui est écrite : La mort a été absorbée dans sa victoire. O mort, où est ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché ; et la force du péché, la loi. Ainsi, grâces à Dieu qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, soyez fermes et inébranlables, vous appliquant toujours de plus en plus à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail n’est pas vain dans le Seigneur.
A la fête de la Toussaint se rattache intimement le souvenir des saintes âmes qui, retenues au purgatoire pour y expier leurs fautes vénielles ou se purger des peines temporelles dues au péché, sont toutefois confirmées en grâce et entreront un jour au ciel. Aussi, après avoir célébré dans la joie la gloire des Saints qui constituent l’Église du ciel, l’Église de la terre étend sa sollicitude maternelle jusqu’à ce lieu d’indicibles tourments où sont plongées les âmes qui appartiennent aussi à l’Église. « En ce jour, dit le Martyrologe Romain, la commémoraison de tous les fidèles défunts : commémoraison en laquelle notre commune et pieuse Mère l’Église, aussitôt après s’être efforcée de fêter par de dignes louanges tous ses fils qui déjà se réjouissent dans le ciel, s’efforce d’aider par de puissants suffrages auprès de son Seigneur et Époux, le Christ, tous ceux qui gémissent encore dans le Purgatoire, afin qu’ils se joignent au plus tôt à la société des habitants de la céleste Cité ». Jamais dans la liturgie ne s’affirme de façon plus vivante l’unité mystérieuse qui existe entre l’Église triomphante, l’Église militante et l’Église souffrante ; et jamais aussi ne s’accomplit d’une façon plus palpable le double devoir de charité et de justice qui découle pour chacun des chrétiens du fait de son incorporation dans le corps mystique du Christ. C’est en vertu du dogme si consolant de la Communion des Saints que les mérites et les suffrages des uns peuvent en effet être attribués aux autres. De telle sorte que, sans léser les droits imprescriptibles de la justice divine qui s’appliquent dans toute leur rigueur après cette vie, l’Église peut unir sa prière ici-bas à celle du ciel et suppléer à ce qui manque aux âmes du purgatoire, en offrant à Dieu pour elles, par la Sainte Messe, par les indulgences, par les aumônes et les sacrifices de ses enfants, les mérites surabondants de la passion du Christ et de ses Membres mystiques. Aussi la liturgie, dont le sacrifice du Calvaire continué sur l’autel est le centre, a toujours été le moyen principal employé par elle pour mettre en pratique à l’égard des défunt : la grande loi de charité qui fait un précepte de subvenir aux nécessités du prochain, comme s’il s’agissait de nous-mêmes, en vertu toujours de ce lien surnaturel qui unit en Jésus le ciel, le purgatoire et la terre. La liturgie des défunts est peut-être la plus belle et la plus consolante de toutes. Chaque jour, à la fin de chaque Heure de l’Office divin, on recommande à la miséricorde divine les âmes des fidèles trépassés. Au Suscipe de la messe le prêtre offre le sacrifice pour les vivants et les morts, et dans un Mémento spécial il prie le Seigneur de se souvenir de ses serviteurs et de ses servantes qui se sont endormis dans le Christ et de leur accorder le séjour de consolation, de lumière et de paix. Dès le cinquième siècle, on trouve des messes des défunts. Mais c’est à S. Odilon, quatrième Abbé du célèbre monastère bénédictin de Cluny, qu’est due la Commémoraison de tous les défunts en général. Ce fut lui qui l’institua en 998 et la fit célébrer au lendemain de la Toussaint.
L’influence de cette illustre congrégation française fit qu’on adopta bientôt cet usage dans tout l’univers chrétien et que ce jour fut même parfois chômé. En Espagne, au Portugal et dans l’Amérique du Sud, qui en était autrefois dépendante, les prêtres, en vertu d’un privilège accordé par Benoît XIV, célébraient trois messes le 2 Novembre. Un décret de Benoît XV, daté du 10 Août 1915, autorise les prêtres du monde entier à faire de même.
L’Église nous rappelle dans une Épitre, tirée de S. Paul, que les morts ressusciteront, et nous dit d’espérer, car en ce jour nous nous reverrons tous dans le Seigneur. La Séquence donne une description saisissante du jugement dernier où les bons seront à tout jamais séparés d’avec les méchants. L’Offertoire rappelle que c’est S. Michel qui introduit les âmes dans le ciel, car, disent les prières de la recommandation de l’âme, c’est lui qui est « le chef de la milice céleste » dans les rangs de laquelle les hommes sont appelés à prendre la place des anges déchus.
« Les âmes du purgatoire, déclare le Concile de Trente, sont secourues par les suffrages des fidèles, principalement par le sacrifice de l’autel ». La raison en est qu’à la Sainte Messe le prêtre offre officiellement à Dieu la rançon des âmes, le sang du Sauveur. Et Jésus lui-même, sous les espèces du pain et du vin, qui rappellent au Père le sacrifice du Golgotha, prie pour que Dieu en applique la vertu expiatrice à ces âmes. Assistons en ce jour au Saint Sacrifice de la messe où l’Église demande à Dieu d’accorder aux défunts, qui ne peuvent plus rien pour eux-mêmes, la rémission de tous leurs péchés (Or.) et le repos éternel (Intr., Grad., Com.). Visitons aussi les cimetières, où leurs corps reposent jusqu’au jour où, subitement, au son de la trompette, ils ressusciteront pour être revêtus d’immortalité et remporter par Jésus-Christ la victoire sur la mort
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