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Saints Innocents mémoire de l'Octave de la Nativité

28 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saints Innocents mémoire de l'Octave de la Nativité
Saints Innocents mémoire de l'Octave de la Nativité

Collecte

Dieu, dont en ce jour les Innocents Martyrs ont confessé la gloire, non en parlant mais en mourant, faites mourir en nous tous les penchants au vice, afin que votre foi, que notre langue proclame, notre vie en témoigne aussi dans notre conduite.

Lecture Ap. 14, 1-5.

En ces jours là : Je vis l’Agneau qui se tenait sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur le front. Et j’entendis un son qui venait du ciel, pareil au bruit de grandes eaux et à la vois d’un puissant tonnerre ; et le son que j’entendis ressemblait à un concert de harpistes jouant de leurs instruments. Et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait apprendre ce cantique, si ce n’est les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges. Ce sont eux qui accompagnent l’Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’Agneau ; et il ne s’est point trouvé de mensonge dans leur bouche, car ils sont irréprochables.

Évangile Mt. 2, 13-18

En ce temps là : voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : "Lève toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr." Et lui se leva, prit l’enfant et sa mère de nuit et se retira en Égypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : J’ai rappelé mon fils d’Égypte. Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient joués de lui, entra dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, d’après le temps qu’il connaissait exactement par les mages. Alors fut accompli l’oracle du prophète Jérémie disant : Une voix a été entendue en Rama, des plaintes et des cris lamentables : Rachel pleure ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus

Office

Au premier nocturne.

Du prophète Jérémie. Cap. 31, 15-23.

Première leçon. Voici ce que dit le Seigneur : Une voix a été entendue sur une hauteur, (voix) de lamentation, de deuil et de pleur, la voix de Rachel déplorant (la perte de) ses enfants, et ne voulant pas en être consolée, parce qu’ils ne sont plus. Voici ce que dit le Seigneur : Que ta voix cesse ses gémissements, et tes yeux leurs larmes ; parce qu’il est une récompense à tes œuvres, dit le Seigneur, et ils reviendront de la terre de l’ennemi. Et il est un espoir pour tes derniers moments, dit le Seigneur, et tes fils reviendront dans tes confins.
Deuxième leçon. Entendant, j’ai entendu Éphraïm dans sa transmigration : Vous m’avez châtié et j’ai été instruit, comme un jeune taureau indompté ; convertissez-moi et je serai converti, parce que vous êtes le Seigneur mon Dieu. Car, après que vous m’avez converti, j’ai fait pénitence, et après que vous m’avez montré (mon état), j’ai frappé ma cuisse. J’ai été confondu, et j’ai rougi, parce que j’ai supporté l’opprobre de ma jeunesse. Est-ce qu’il n’est pas un fils honorable pour moi, Éphraïm, n’est-il pas un enfant de délices ? parce que, depuis que j’ai parlé de lui, je me souviendrai encore de lui.

Troisième leçon. Établis-toi un lieu d’observation, abandonne-toi à l’amertume, dirige ton cœur vers la voie droite, dans laquelle tu as marché : retourne, vierge d’Israël, retourne vers ces cités tiennes. Jusques à quand seras-tu énervée par les délices, fille vagabonde ? parce que le Seigneur a créé un nouveau prodige sur la terre : Une femme environnera un homme. Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d’Israël : Ils diront encore cette parole dans la terre de Juda et dans ses villes, lorsque j’aurai ramené leurs captifs : Que le Seigneur te bénisse, beauté de justice, montagne sainte.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Augustin, Évêque.

Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui, mes très chers frères, la fête de ces enfants que l’Évangile nous dit avoir été tués par l’ordre du cruel roi Hérode. Que la terre se livre donc aux transports de la joie, elle qui est la mère féconde de ces célestes soldats et qui enfante de tels prodiges. Certes, ce tyran impie n’aurait jamais pu être aussi utile à ces bienheureux enfants par son affection, qu’il leur a été utile par sa haine. Car, comme le manifeste la sainte solennité de ce jour, autant l’iniquité a abondé contre ces bienheureux enfants, autant se sont répandues sur eux les grâces et les bénédictions célestes.
Cinquième leçon. Tu es heureuse, ô Bethléem, terre de Juda, toi qui as subi la cruauté du roi Hérode dans le meurtre de tes fils, car tu as en même temps mérité d’offrir à Dieu une blanche multitude de paisibles enfants. C’est avec raison que nous célébrons la fête de ces Martyrs. Le monde, en les faisant naître à la vie éternelle, les a rendus plus heureux que n’avaient fait leurs mères en les enfantant pour la terre ; puisqu’ils ont été trouvés dignes d’une vie sans fin, presque avant d’avoir pu faire usage de la vie présente.
Sixième leçon. Les autres Martyrs ont eu une mort précieuse : leur gloire est dans la confession du nom de Jésus-Christ ; mais la gloire de ceux-ci est dans la consommation même de leur vie. Car, dès les prémices de leur jeune existence, la mort qui a mis fin à leur vie présente, leur a valu d’entrer aussitôt en possession de la gloire. Ceux que l’impiété d’Hérode a arrachés du sein de leurs mères les allaitant encore, sont appelés à juste titre les fleurs des Martyrs : fleurs écloses au milieu du froid de l’infidélité, premiers tendres bourgeons de l’Église, que le frimas de la persécution est venu dessécher.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Quand il prit l’enfant et sa mère pour passer en Égypte, c’était pendant la nuit et dans les ténèbres, car il laissa dans la nuit de l’ignorance les incrédules dont il s’éloigna ; mais quand il revient dans la Judée, il n’est question dans l’Évangile ni de nuit, ni de ténèbres : parce qu’à la fin du monde, les Juifs, recevant la foi figurée par le Christ revenant d’Égypte, seront dans la lumière.
Huitième leçon. Afin que fût accomplie cette parole, que le Seigneur a dite par un Prophète : « J’ai rappelé mon Fils de l’Égypte. » Que ceux qui nient la vérité des livres hébreux, disent en quel endroit de la version des Septante, on lit cela ; mais comme ils ne l’y trouveront pas, nous leur dirons que cela est écrit dans le Prophète Osée, comme nous l’attestent les exemplaires que nous avons tout récemment publiés.
Neuvième leçon. Ce.fut alors que s’accomplit la parole du Prophète Jérémie, disant : « Une voix a été entendue dans Rama, des pleurs et des cris déchirants répétés, c’était Rachel, pleurant ses fils. » De Rachel est né Benjamin, dans la tribu duquel ne se trouve pas Bethléem. On demande donc pourquoi Rachel pleure les enfants de Juda c’est à dire de Bethléem, comme si c’étaient ses propres enfants ? Nous répondrons brièvement que Rachel fut ensevelie près de Bethléem, en Ephrata ; et que sa sépulture en cet endroit lui a fait donner le nom de mère de Bethléem et de ses habitants. Ou bien encore, c’est parce que Juda et Benjamin étaient deux tribus limitrophes ; et qu’Hérode avait ordonné de tuer les enfants, non seulement dans Bethléem, mais encore dans tous les environs.

La fête du Disciple bien-aimé succède la solennité des saints Innocents ; et le berceau de l’Emmanuel, auprès duquel nous avons vénéré le Prince des Martyrs et l’Aigle de Pathmos, nous apparaît aujourd’hui environné d’une troupe gracieuse de petits enfants, vêtus de robes blanches comme la neige, et tenant en main des palmes verdoyantes. Le divin Enfant leur sourit ; il est leur Roi, et toute cette petite cour sourit aussi à l’Église de Dieu. La force et la fidélité nous ont introduits auprès du Rédempteur ; l’innocence aujourd’hui nous convie à rester près de la crèche.

Hérode a voulu envelopper le Fils de Dieu même dans un immense massacre d’enfants ; Bethléhem a entendu les lamentations des mères ; le sang des nouveau-nés a inondé toute la contrée ; mais tous ces efforts de la tyrannie n’ont pu atteindre l’Emmanuel ; ils n’ont fait que préparer pour l’armée du ciel une nombreuse recrue de Martyrs. Ces enfants ont eu l’insigne honneur d’être immolés pour le Sauveur du monde ; mais le moment qui a suivi leur immolation leur a révélé tout à coup des joies futures et prochaines, bien au-dessus de celles d’un monde qu’ils ont traversé sans le connaître. Le Dieu riche en miséricordes n’a pas demandé d’eux autre chose qu’une souffrance de quelques instants ; et ils se sont réveillés au sein d’Abraham, francs et libres de toute autre épreuve, purs de toute souillure mondaine, appelés au triomphe comme le guerrier qui a donné sa vie pour sauver celle de son chef.

Leur mort est donc un Martyre, et c’est pourquoi l’Église les honore du beau nom de Fleurs des Martyrs, à cause de leur âge tendre et de leur innocence. Ils ont donc droit de figurer aujourd’hui sur le Cycle, à la suite des deux vaillants champions du Christ que nous avons célébrés. Saint Bernard, dans son Sermon sur cette fête, explique admirablement l’enchaînement de ces trois solennités : « Nous avons, dit-il, dans le bienheureux Étienne, l’œuvre et la volonté du Martyre ; dans le bienheureux Jean, nous remarquons seulement la volonté du Martyre ; et dans les bienheureux Innocents, l’œuvre seule du Martyre. Mais qui doutera, néanmoins, de la couronne obtenue par ces enfants ? Demanderez-vous où sont leurs mérites pour cette couronne ? Demandez plutôt à Hérode le crime qu’ils ont commis pour être ainsi moissonnés ? La bonté du Christ sera-t-elle vaincue par la cruauté d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents ; et le Christ ne pourrait couronner ceux qui ne sont morts qu’à cause de lui ?

« Étienne aura donc été Martyr aux yeux des hommes qui ont été témoins de sa Passion subie volontairement, jusque-là qu’il priait pour ses persécuteurs, se montrant plus sensible à leur crime qu’à ses propres blessures. Jean aura donc été Martyr aux yeux des Anges qui, étant créatures spirituelles, ont vu les dispositions de son âme. Certes, ceux-là aussi auront été vos Martyrs, ô Dieu ! dans lesquels ni l’homme, ni l’Ange n’ont pu, il est vrai, découvrir de mérite, mais que la faveur singulière de votre grâce s’est chargée d’enrichir. C’est de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle que vous vous êtes plu à faire sortir votre louange. Quelle est cette louange ? Les Anges ont chanté : Gloire à Dieu, au plus haut des deux ; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! C’est là, sans doute, une louange sublime ; mais elle ne sera complète que lorsque Celui qui doit venir aura dit : Laissez venir à moi les petits enfants ; car le Royaume des deux est à ceux qui leur ressemblent ; paix aux hommes, même à ceux qui n’ont pas l’usage de leur volonté : tel est le mystère de ma miséricorde. »

Dieu a daigné faire pour les Innocents immolés à cause de son Fils ce qu’il fait tous les jours par le sacrement de la régénération, si souvent appliqué à des enfants que la mort enlève dès les premières heures de la vie ; et nous, baptisés dans l’eau, nous devons rendre gloire à ces nouveau-nés, baptisés dans leur sang, et associés à tous les mystères de l’enfance de Jésus-Christ. Nous devons aussi les féliciter, avec l’Église, de l’innocence que cette mort glorieuse et prématurée leur a conservée. Purifiés d’abord parie rite sacré qui, avant l’institution du Baptême, enlevait la tache originelle, visités antérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, ils ont habité cette terre, et ils ne s’y sont point souillés. Que la société de ces tendres agneaux soit donc à jamais avec l’Agneau sans tache ! et que ce monde, vieilli dans le péché, mérite miséricorde en s’associant, par ses acclamations, au triomphe de ces élus de la terre qui, semblables à la colombe de l’arche, n’y ont pas trouvé où poser leurs pieds !

Néanmoins, dans cette allégresse du ciel et de la ferre, la sainte Église Romaine ne perd pas de vue la désolation des mères qui virent ainsi arracher de leur sein, et immoler par le glaive des soldats ces gages chéris de leur tendresse. Elle a recueilli le cri de Rachel, et ne cherche point à la consoler, si c n’est en compatissant à son affliction. Pour honorer cette maternelle douleur, elle consent à suspendre aujourd’hui une partie des manifestations de la joie qui inonde son cœur durant cette Octave du Christ naissant. Elle n’ose revêtir dans ses vêtements sacrés la couleur de pourpre des Martyrs, pour ne pas rappeler trop vivement ce sang qui jaillit jusque sur le sein des mères ; elle s’interdit même la couleur blanche, qui marque l’allégresse et va mal à de si poignantes douleurs. Elle revêt la couleur violette, qui est celle du deuil et des regrets. Aujourd’hui même, si la fête ne tombe pas le Dimanche, elle va jusqu’à suspendre le chant du Gloria in excelsis, qui pourtant lui est si cher en ces jours où les Anges l’ont entonné sur la terre ; elle renonce au joyeux Alleluia, dans la célébration du Sacrifice ; enfin elle se montre, comme toujours, inspirée par cette délicatesse sublime et chrétienne dont la sainte Liturgie est une si merveilleuse école.

Mais, après cet hommage rendu à la tendresse maternelle de Rachel, et qui répand sur tout l’Office des saints Innocents une touchante mélancolie, elle ne perd pas de vue la gloire dont jouissent ces bienheureux enfants ; et elle consacre à leur solennelle mémoire une Octave entière, comme elle l’a fait pour saint Étienne et pour saint Jean. Dans ses Cathédrales et ses Collégiales, elle honore aussi, en ce jour, les enfants qu’elle appelle à joindre leurs voix innocentes à celles des prêtres et des autres ministres sacrés. Elle leur accorde de gracieuses distinctions, jusque dans le chœur même ; elle jouit de l’allégresse naïve de ces jeunes coopérateurs qu’elle emploie à rehausser ses pompes mystérieuses ; en eux, elle rend gloire au Christ Enfant, et à l’innocente cohorte des tendres rejetons de Rachel.

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Dimanche dans l’Octave de la Nativité

27 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Dimanche dans l’Octave de la Nativité

Introït

Tandis que tout reposait dans le silence, et que la nuit, dans sa course, était au milieu de son chemin, votre parole toute-puissante, Seigneur, vint des cieux du trône royal. Le Seigneur a régné et a été revêtu de gloire ; le Seigneur a été revêtu et s’est ceint de force.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, imprimez à nos actes une direction conforme à votre bon plaisir, afin qu’au nom de votre Fils bien-aimé, nous méritions de produire en abondance les fruits des bonnes œuvres

Épitre Ga. 4, 1-7

Mes frères : Aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, quoiqu’il soit le maître de tout ; mais il est soumis à des tuteurs et à des curateurs jusqu’au temps marqué par le père. De même, nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions sous l’esclavage des rudiments du monde. Mais lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, né sous la Loi, pour affranchir ceux qui sont sous la Loi, afin de nous conférer l’adoption. Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, tu es fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier grâce à Dieu.

Évangile Lc. 2, 33-40

En ce temps là : Joseph et Marie, la mère de Jésus, étaient dans l’étonnement pour les choses que l’on disait de lui. Et Siméon les bénit, et il dit à Marie, sa mère : "Voici qu’il est placé pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction, — vous-même, un glaive transpercera votre âme, — afin que soient révélées les pensées d’un grand nombre de cœurs." Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d’Aser ; elle était fort avancée en âge, ayant vécu, depuis sa virginité, sept ans avec son mari, et veuve jusqu’à quatre-vingt-quatre ans. Elle ne quittait point le temple, servant Dieu nuit et jour par des jeûnes et des prières. Survenant à cette heure, elle se mit à louer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce qui était selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. L’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui

Secrète

Accordez-nous, Dieu tout-puissant, que ce don mis sous les yeux de votre majesté, nous obtienne la grâce d’une fervente piété et nous acquière la possession de la béatitude éternelle.

Postcommunion

Faites, ô Seigneur, que par la vertu de ce mystère sacré, nos fautes soient effacées et nos justes désirs accomplis

Office

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. La grandeur des œuvres divines est, mes très chers frères, bien au-dessus des ressources de l’éloquence humaine, et la difficulté de s’exprimer vient ici de la raison même qui nous défend de garder le silence ; car ces paroles du Prophète : « Qui racontera sa génération ? » se doivent entendre non seulement de la divine essence de Jésus-Christ, mais aussi de la nature humaine qui est en lui. Si la foi ne croit que ces deux natures sont unies dans une seule personne, la parole ne peut l’expliquer. Aussi ce sujet de louanges est-il intarissable, parce que le talent de celui qui loue reste toujours insuffisant.
Cinquième leçon. Réjouissons-nous de l’impuissance où nous sommes de parler dignement de ce grand mystère de miséricorde ; et, si nous ne pouvons bien pénétrer la profondeur des mystères de notre rédemption, estimons-nous heureux d’être vaincus par l’immensité d’un tel bienfait. Personne, en effet, n’approche plus de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, lors même qu’on avance beaucoup, il reste toujours beaucoup à chercher. Car celui qui a la présomption de croire être parvenu où il tendait, n’a pas trouvé ce qu’il cherchait : il n’a fait que s’arrêter dans ses recherches.
Sixième leçon. Cependant, ne nous laissons pas troubler à la pensée des limites étroites dans lesquelles nous resserre notre faiblesse. Les paroles de l’Évangile et des Prophètes viennent à notre secours : éclairés par leur lumière, nous apprenons à considérer la Nativité du Seigneur, ce mystère du Verbe fait chair, moins comme le souvenir d’un événement passé, que comme un fait qui se passe sous nos yeux. En effet, ce que l’Ange vint annoncer aux pasteurs qui veillaient à la garde de leurs troupeaux, nous l’avons entendu nous-mêmes. Nous sommes en ce moment à la tête des ouailles du Seigneur, parce que nous conservons au fond de notre cœur les paroles qui ont été dites de la part de Dieu ; c’est comme si l’on nous disait encore, en la solennité d’aujourd’hui : « Je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : c’est qu’il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ et le Seigneur. »
 

Au troisième nocturne

Homélie de saint Ambroise, Évêque.
Septième leçon. Vous voyez que la grâce du Seigneur est abondamment communiquée à tous par la naissance du Sauveur, et que la prophétie est refusée aux incrédules, mais non pas aux justes. Car voilà Siméon qui prophétise que notre Seigneur Jésus-Christ est venu pour la ruine et la résurrection d’un grand nombre ; pour discerner les mérites des justes et des impies ; puis, en juge juste et véritable, nous décerner des récompenses ou nous infliger des supplices, selon nos œuvres.
Huitième leçon. « Et un glaive traversera votre âme. » Ni l’écriture, ni l’histoire ne nous enseignent que Marie soit morte de mort violente. De plus, ce n’est pas l’âme, mais le corps, que peut transpercer une épée matérielle. Aussi, cela prouve que la sagesse de Marie n’ignorait pas le mystère céleste. « Car la parole de Dieu est vivante, efficace et plus pénétrante que le glaive le plus tranchant ; elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles, et elle scrute les pensées du cœur, et les secrets des âmes ; car tout est à nu et à découvert devant le Fils de Dieu », à qui les secrets des consciences n’échappent pas.
Neuvième leçon. Ainsi donc Siméon prophétisa ; une vierge avait déjà prophétisé ; une femme unie à un époux avait aussi prophétisé ; il fallait encore qu’une veuve prophétisât, afin que toute profession, et tout sexe rendît témoignage à Jésus-Christ. Et c’est pourquoi Anne qui, par l’usage qu’elle fait de sa viduité et par la sainteté de ses mœurs, nous apparaît comme une personne tout à fait digne de foi, annonce que le Rédempteur de tous est venu. Mais comme nous avons parlé de ses vertus dans notre exhortation aux veuves, nous ne croyons pas devoir recommencer, car nous avons hâte d’arriver à un autre sujet.

ÉPÎTRE.

L’enfant, né de Marie, couché dans la crèche de Bethléhem, élève sa faible voix vers le Père des siècles, et il l’appelle mon Père ! Il se tourne vers nous, et il nous appelle mes Frères ! Nous pouvons donc aussi, en nous adressant à son Père éternel, le nommer notre Père. Tel est le mystère de l’adoption divine, déclarée en ces jours. Toutes choses sont changées au ciel et sur la terre : Dieu n’a plus seulement un Fils, mais plusieurs fils ; nous ne sommes plus désormais, en sa présence, des créatures qu’il a tirées du néant, mais des enfants de sa tendresse. Le ciel n’est plus seulement le trône de sa gloire ; il est devenu notre héritage ; et une part nous y est assurée à côté de celle de notre frère Jésus, fils de Marie, fils d’Ève, fils d’Adam selon l’humanité, comme il est, dans l’unité de personne, Fils de Dieu selon la divinité. Considérons tour à tour l’Enfant béni qui nous a valu tous ces biens, et l’héritage auquel nous avons droit par lui. Que notre esprit s’étonne d’une si haute destinée pour des créatures ; que notre cœur rende grâces pour un bienfait si incompréhensible.

ÉVANGILE.

La marche des récits du saint Évangile contraint l’Église à nous présenter déjà le divin Enfant entre les bras de Siméon, qui prophétise à Marie les destinées de l’homme qu’elle amis au jour. Ce cœur de mère, tout inondé des joies d’un si merveilleux enfantement, sent déjà le glaive annoncé par le vieillard du temple. Le fils de ses entrailles ne sera donc, sur la terre, qu’un signe de contradiction ; et le mystère de l’adoption du genre humain ne devra s’accomplir que par l’immolation de cet Enfant devenu un homme. Pour nous, rachetés par ce sang, n’anticipons pas trop sur l’avenir. Nous aurons le temps de le considérer, cet Emmanuel, dans ses labeurs et dans ses souffrances ; aujourd’hui, il nous est permis de ne voir encore que l’Enfant qui nous est né, et de nous réjouir dans sa venue. Ecoutons Anne, qui nous parlera de la rédemption d’Israël. Voyons la terre régénérée par l’enfantement de son Sauveur ; admirons et étudions, dans un humble amour, ce Jésus plein de sagesse et de grâce qui vient de naître sous nos yeux.

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Saint Etienne mémoire de l’Octave de la Nativité

26 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Etienne mémoire de l’Octave de la Nativité

Collecte

Nous vous en prions, Seigneur, aidez-nous à imiter celui que nous célébrons : nous apprendrons ainsi à aimer nos ennemis puisque nous fêtons la naissance au ciel de celui qui a su, même pour ses bourreaux prier notre Seigneur Jésus-Christ.

Lecture Ac. 6, 8-10 ; 7, 54-59

En ces jours là : Étienne, plein de grâce et de force, faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple. Mais il se leva des gens de la synagogue dite des Affranchis, et des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d’Asie, qui disputèrent avec Étienne ; et ils ne pouvaient résister à sa sagesse ni à l’Esprit par lequel il parlait. En l’entendant paroles, ils avaient le cœur exaspéré, et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Étienne, qui était rempli de l’Esprit-Saint, ayant fixé les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il dit : "Voici que je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu." Ils poussèrent de grands cris, se bouchèrent les oreilles et se jetèrent tous ensemble sur lui ; et après l’avoir entraîné hors de la ville, ils le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Pendant qu’ils lapidaient Étienne, il priait disant : "Seigneur Jésus, recevez mon esprit !" S’étant mis à genoux, il s’écria d’une voix forte : "Seigneur, ne leur imputez pas ce péché !" Et, cela dit, il mourut.

Évangile Mt. 23, 34-39

En ce temps là : Jésus disait aux Scribes et aux Pharisiens : Voici que moi-même je vous envoie des Prophètes, des sages et des Docteurs : et vous tuerez les uns, et vous crucifierez les autres, vous en flagellerez dans vos synagogues, vous en persécuterez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang du juste Abel jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le sanctuaire et l’autel. En vérité, je vous le dis, tout cela viendra sur cette génération. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés ! Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! Voici que votre maison va vous être laissée déserte. Car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais que vous n’ayez dit :"Béni celui qui vient au nom du Seigneur !"

Office

Au premier nocturne.

Des Actes des Apôtres. Cap. 6, 1-10 ; 7, 54-60

Première leçon. En ces jours-là, le nombre des disciples croissant, il s’éleva un murmure des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution de chaque jour. Les douze donc, convoquant la multitude des disciples, dirent : II n’est pas juste que nous abandonnions la parole de Dieu, et que nous vaquions au service des tables. Cherchez donc parmi vous, mes frères, sept hommes de bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse, que nous puissions préposer à cette œuvre. Pour nous, nous nous appliquerons à la prière, et au ministère de la parole. Ce discours plut à toute la multitude. Et ils élurent Étienne, homme plein de foi et de l’Esprit-Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche. Ils les présentèrent aux Apôtres, et ceux-ci, priant, leur imposèrent les mains.
Deuxième leçon. Et la parole du Seigneur croissait, et le nombre des disciples se multipliait grandement à Jérusalem ; et même un grand nombre de prêtres obéissaient à la foi. Or Étienne, plein de grâce et de force, faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple. Mais quelques-uns de la synagogue, qui est appelée des Affranchis, de celle des Cyrénéens et des Alexandrins, et de ceux qui étaient de Cilicie et d’Asie, se levèrent, disputant contre Étienne ; et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit-Saint qui parlait. En entendant ces paroles, ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient des dents contre lui.
Troisième leçon. Mais comme il était plein de l’Esprit-Saint, levant les yeux au Ciel, il vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était debout à la droite de Dieu ; et il dit : Voici que je vois les Cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Alors, poussant de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles, et se précipitèrent tous ensemble sur lui. Et l’ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Et s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit dans le Seigneur.

Au deuxième nocturne.

Incipit du sermon de St Fulgence pour le 2nd nocturne des Matines,

Sermon de saint Fulgence, Évêque.

Quatrième leçon. Hier nous avons célébré la naissance temporelle de notre Roi éternel, aujourd’hui nous célébrons la passion triomphante d’un soldat. Hier en effet, notre Roi, revêtu de notre chair, sortant du palais d’un sein virginal, a daigné visiter le monde : aujourd’hui le soldat, quittant la tente de son corps, monte en triomphateur dans le Ciel. Celui-là, conservant toute la majesté de la nature divine et éternelle et prenant l’humble vêtement de la chair, est entré dans le camp de ce siècle pour y combattre ; celui-ci, dépouillé du vêtement corruptible de son corps, est monté dans le palais du Ciel pour y régner éternellement. L’un est descendu couvert du voile de la chair ; l’autre est monté couronné de lauriers, conquis par l’effusion de son sang.
Cinquième leçon. Celui-ci est monté après avoir été lapidé par les Juifs, parce que celui-là est descendu à la joie des Anges. Hier, les saints Anges chantaient avec jubilation : Gloire à Dieu dans le ciel ; et aujourd’hui, ils ont reçu avec allégresse Étienne dans leur compagnie. Hier, le Seigneur est sorti du sein d’une vierge ; Aujourd’hui, le soldat est sorti de la prison de la chair. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes ; aujourd’hui, Étienne est revêtu par lui de la robe de l’immortalité. Hier, l’étroite crèche a porté le Christ enfant ; aujourd’hui, l’immensité du Ciel a reçu Étienne triomphant. Le Seigneur est descendu seul, pour en élever un grand nombre ; notre Roi s’est humilié, afin d’exalter ses soldats.
Sixième leçon. Mais il nous est nécessaire, mes frères, de savoir de quelles armes Étienne était muni, pour pouvoir surmonter ainsi la cruauté des Juifs, et pour mériter un si glorieux triomphe. Étienne donc, pour mériter de recevoir la couronne que signifie son nom ; avait pour armes la charité, et par elle, il était partout victorieux. Par charité envers Dieu, il ne céda point à la fureur des Juifs ; et par charité envers son prochain, il intercéda pour ceux qui le lapidaient. Par charité, il reprenait ceux qui erraient, pour les faire rentrer dans la bonne voie ; il priait, par charité, pour ceux qui le lapidaient, afin qu’ils ne fussent point punis. Armé de cette force de la charité il vainquit Saul, qui sévissait alors cruellement contre l’Église, et mérita d’avoir pour compagnon dans le Ciel, celui qu’il avait eu pour persécuteur sur la terre.

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Septième leçon. Ces paroles : « comblez la nature de vos pères », que nous disons se rapporter à la personne du Seigneur, puisqu’il allait, par les Juifs, être mis à mort, se peuvent aussi rapporter à ses disciples, desquels il est dit maintenant : « Voici que moi-même je vous envoie des Prophètes, des sages et des Docteurs. » Observez en même temps que, selon la remarque de l’Apôtre dans son Épître aux Corinthiens, des dons différents sont attribués aux disciples du Christ : les uns sont Prophètes et annoncent l’avenir ; d’autres ont le don de sagesse et discernent le moment propice pour parler ; il y a enfin des Docteurs, très versés dans la science de la loi. De ce nombre Étienne a été lapidé, Paul tué (par le glaive), Pierre crucifié, les disciples, comme on le voit dans les Actes des Apôtres, furent flagellés.
Huitième leçon. Cherchons quel est ce Zacharie, fils de Barachie, car nous trouvons dans les Livres saints plusieurs Zacharie. Mais, comme si le Sauveur avait voulu nous empêcher de nous égarer dans nos recherches, il a ajouté : « Que vous avez tué entre le temple et l’autel. » J’ai lu dans les auteurs, divers sentiments par rapport à ce personnage, et je dois, ce me semble, les exposer tous. Les uns voient dans ce Zacharie, fils de Barachie, le onzième des douze Prophètes, et, en effet, le nom de son père est bien celui que l’Évangile cite ; mais on ne voit nulle part dans les Écritures qu’il ait été tué entre le temple et l’autel, ce qui eût été d’ailleurs difficile, puisqu’à ce moment, c’est à peine si du temple, il restait des ruines. D’autres, s’appuyant sur certaines rêveries des apocryphes, font de ce Zacharie le père de Jean-Baptiste, prétendant qu’il aurait été tué pour avoir prêché l’avènement du Sauveur.
Neuvième leçon. D’autres enfin prétendent que ce Zacharie est celui qui fut mis à mort par Joas, roi de Juda, entre le temple et l’autel, comme le racontent les livres des Rois. Mais il faut observer que le Zacharie en question n’est point fils de Barachie, mais du grand prêtre Joïada. Aussi l’Écriture dit-elle : « Joas ne se souvint pas que son père Joäda lui avait fait du bien. » Comme donc d’un côté, nous avons Zacharie, et comme d’autre part, l’endroit où il fut mis à mort est bien celui indiqué plus haut, cherchons pour quelle raison on le dit fils de Barachie et non de Joïada. « Barachie » se traduit, en notre langue, « le béni du Seigneur, » et ce serait donc la justice du grand prêtre Joïada qui indiquerait l’emploi de ce nom hébreu de Barachie, nom attestant les bénédictions divines. Nous trouvons dans i’ Évangile dont se servent les Nazaréens : « fils de Joïada », au lieu de « fils de Barachie ».

 Saint Pierre Damien ouvre son Sermon sur la présente solennité par ces paroles : « Nous tenons encore entre nos bras le Fils de la Vierge, et nous honorons par nos caresses l’enfance d’un Dieu. Marie nous a conduits à l’auguste berceau ; belle entre les filles des hommes, bénie entre les femmes, elle nous a présenté Celui qui est beau entre tous les enfants des hommes, et plus qu’eux tous, comblé de bénédictions. Elle soulève pour nous le voile des prophéties, et nous montre les desseins de Dieu accomplis. Qui de nous pourrait distraire ses yeux de la merveille d’un tel enfantement ? Néanmoins, tandis que le nouveau-né nous accorde les baisers de sa tendresse, et nous tient dans l’étonnement par de si grands prodiges, tout à coup, Étienne, plein de grâce et de force, opère des choses merveilleuses au milieu du peuple. Laisserons-nous donc le Roi pour tourner nos regards sur un de ses soldats ? Non certes, à moins que le Prince lui-même ne nous le commande. Or, voici que le Roi, Fils de Roi, se lève lui-même, et vient assister au combat de son serviteur. Courons donc à un spectacle auquel il court lui-même, et considérons le porte-étendard des Martyrs. »

La sainte Église, dans l’Office d’aujourd’hui, nous fait lire ce début d’un Sermon de saint Fulgence sur la fête de saint Étienne : « Hier, nous avons célébré la Naissance temporelle de notre Roi éternel ; aujourd’hui, nous célébrons la Passion triomphale de son soldat. Hier notre Roi, couvert du vêtement de la chair, est sorti du sein de la Vierge et a daigné visiter le monde ; aujourd’hui, le combattant est sorti de la tente de son corps, et est monté triomphant au ciel. Le premier, tout en conservant la majesté de son éternelle divinité, a ceint l’humble baudrier de la chair, et est entré dans le camp de ce siècle pour combattre ; le second, déposant l’enveloppe corruptible du corps, est monté au palais du ciel pour y régner à jamais. L’un est descendu sous le voile de la chair, l’autre est monté sous les lauriers empourprés de son sang. L’un est descendu du milieu de la joie des Anges ; l’autre est monté du milieu des Juifs qui le lapidaient. Hier, les saints Anges, dans l’allégresse, ont chanté : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Aujourd’hui, ils ont reçu Étienne dans leur compagnie avec jubilation. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes : aujourd’hui, Étienne a été par lui revêtu de la robe a d’immortalité. Hier, une étroite crèche a reçu le Christ enfant : aujourd’hui l’immensité du ciel a reçu Étienne dans son triomphe. »

Ainsi, la divine Liturgie unit les joies de la Nativité du Seigneur avec l’allégresse que lui inspire le triomphe du premier des Martyrs ; et encore Étienne ne sera pas le seul à venir partager les honneurs de cette glorieuse Octave. Après lui, nous célébrerons Jean, le bien-aimé Disciple ; les Innocents de Bethléhem ; Thomas, le Martyr de la liberté de l’Église ; Sylvestre, le Pontife delà Paix. Mais, dans cette brillante escorte du Roi nouveau-né, la place d’honneur appartient à Étienne, ce Proto-martyr qui, ainsi que le chante l’Église, « a rendu le premier au Sauveur la mort que le Sauveur a soufferte pour lui ». Ainsi méritait d’être honoré le Martyre, ce témoignage sublime qui acquitte avec plénitude envers Dieu les dons octroyés à notre race, et scelle par le sang de l’homme la vérité que le Seigneur a confiée à la terre.

Pour bien comprendre ceci, il est nécessaire de considérer le plan divin pour le salut du monde. Le Verbe de Dieu est envoyé afin d’instruire les hommes ; il sème sa divine parole, et ses œuvres rendent témoignage de lui. Mais, après son Sacrifice, il remonte à la droite de son Père ; et son témoignage, pour être reçu par les hommes qui n’ont pas vu ni entendu ce Verbe de vie, a besoin d’un témoignage nouveau. Or, ce témoignage nouveau, ce sont les Martyrs qui le donneront ; et ce ne sera pas simplement par la confession de leur bouche, mais par l’effusion de leur sang qu’ils le rendront. L’Église s’élèvera donc par la Parole et le Sang de Jésus-Christ ; mais elle se soutiendra, elle traversera les âges, elle triomphera de tous les obstacles par le sang des Martyrs, membres du Christ ; et ce sang se mêlera avec celui de leur Chef divin, dans un même Sacrifice.

Les Martyrs auront toute ressemblance avec leur Roi suprême. Ils seront, comme il l’a dit, « semblables à des agneaux au milieu des loups ». Le monde sera fort contre eux ; devant lui, ils seront faibles et désarmés ; mais, dans cette lutte inégale, la victoire des Martyrs n’en sera que plus éclatante et plus divine. L’Apôtre nous dit que le Christ crucifié est la force et la sagesse de Dieu ; les Martyrs immolés, et cependant conquérants du monde, attesteront, d’un témoignage que le monde même comprendra, que le Christ qu’ils ont confessé, et qui leur a donné la constance et la victoire, est véritablement la force et la sagesse de Dieu. Il est donc juste qu’ils soient associés à tous les triomphes de l’Homme-Dieu, et que le cycle liturgique les glorifie, comme l’Église elle-même les honore en plaçant sous la pierre de l’autel leurs sacrés ossements, en sorte que le Sacrifice de leur Chef triomphant ne soit jamais célébré sans qu’ils soient offerts avec lui dans l’unité de son Corps mystique.  Or, la liste glorieuse des Martyrs du Fils de Dieu commence à saint Étienne ; il y brille par son beau nom qui signifie le Couronné, présage divin de sa victoire. Il commande, sous le Christ, cette blanche armée que chante l’Église, ayant été appelé le premier, avant les Apôtres eux-mêmes, et ayant répondu dignement à l’honneur de l’appel. Étienne a rendu un fort et courageux témoignage à la divinité de l’Emmanuel, en présence de la Synagogue des Juifs ; il a irrité leurs oreilles incrédules, en proclamant la vérité ; et bientôt une grêle de pierres meurtrières a été lancée contre lui par les ennemis de Dieu, devenus les siens. Il a reçu cet affront, debout, sans faiblir ; on eût dit, suivant la belle expression de saint Grégoire de Nysse, qu’une neige douce et silencieuse tombait sur lui à flocons légers, ou encore qu’une pluie de roses descendait mollement sur sa tête. Mais, à travers ces pierres qui se choquaient entre elles en lui apportant la mort, une clarté divine arrivait jusqu’à lui : Jésus, pour qui il mourait, se manifestait à ses regards ; et un dernier témoignage à la divinité de l’Emmanuel s’échappait avec force de la bouche du Martyr. Bientôt, à l’exemple de ce divin Maître, pour rendre son sacrifice complet, le Martyr répand sa dernière prière pour ses bourreaux ; il fléchit les genoux et demande que le péché ne leur soit pas imputé. Ainsi tout est consommé ; et le type du Martyre est montré à la terre pour être imité et suivi dans toutes les générations, jusqu’à la consommation des siècles, jusqu’au dernier complément du nombre des Martyrs. Étienne s’endort dans le Seigneur, et il est enseveli dans la paix, in pace, jusqu’à ce que sa tombe sacrée soit retrouvée, et que sa gloire se répande de nouveau dans toute l’Église, par cette miraculeuse Invention, comme par une résurrection anticipée.

Étienne a donc mérité de faire la garde auprès du berceau de son Roi, comme le chef des vaillants champions de la divinité du céleste Enfant que nous adorons. Prions-le, avec l’Église, de nous faciliter l’approche de l’humble couche où repose notre souverain Seigneur. Demandons-lui de nous initier aux mystères de cette divine Enfance que nous devons tous connaître et imiter dans le Christ. Dans la simplicité de la crèche, il n’a point compté le nombre de ses ennemis, il n’a point tremblé en présence de leur rage, il n’a point fui leurs coups, il n’a point imposé silence à sa bouche, il a pardonné à leur fureur ; et sa dernière prière a été pour eux. O fidèle imitateur de l’Enfant de Bethléhem ! Jésus, en effet, n’a point foudroyé les habitants de cette cité qui refusa un asile à la Vierge-Mère, au moment où elle allait enfanter le Fils de David. Il dédaignera d’arrêter la fureur d’Hérode qui bientôt le cherchera pour le faire périr ; il aimera mieux fuir en Égypte, comme un proscrit, devant la face de ce tyran vulgaire ; et c’est à travers toutes ces faiblesses apparentes qu’il montrera sa divinité, et que le Dieu-Enfant sera le Dieu-Fort. Hérode passera, et sa tyrannie ; le Christ demeurera, plus grand dans sa crèche où il fait trembler un roi, que ce prince sous sa pourpre tributaire des Romains ; plus grand que César-Auguste lui-même, dont l’empire colossal a pour destinée de servir d’escabeau à l’Église que vient établir cet Enfant si humblement inscrit sur les rôles de la ville de Bethléhem.

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Nativité du Seigneur mémoire de Sainte Anastasie martyre

25 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Nativité du Seigneur mémoire de Sainte Anastasie martyre

Introït

Un enfant nous est né, un fils nous est donné : la souveraineté repose sur son épaule : et on l’appellera le Messager d’en haut. Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles.

Collecte

Nous vous en prions, Dieu tout puissant, que votre Fils éternel, par sa nouvelle naissance en notre chair, vienne nous délivrer de l’ancien esclavage qui nous maintient sous le joug du péché.

Épitre He. 1, 1-12

Après avoir, à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé autrefois à nos pères par les Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a aussi créé le monde. Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire, l’empreinte de sa substance, et qui soutient toutes choses par sa puissante parole, après nous avoir purifiés de nos péchés, s’est assis à la droite de la majesté divine au plus haut des cieux, d’autant plus grand que les anges, que le nom qu’il possède est plus excellent que le leur. Auquel des anges en effet Dieu a-t-il jamais dit : "Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré" ? Et encore "Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un Fils" ? Et lorsqu’il introduit de nouveau dans le monde le Premier-né, il dit : "Que tous les anges de Dieu l’adorent !" De plus, tandis qu’il est dit des anges : "Celui qui fait de ses anges des vents, et de ses serviteurs une flamme de feu," il dit au Fils : "Ton trône, ô Dieu, est éternel ; le sceptre de ta royauté est un sceptre de droiture. Tu as aimé la justice et haï l’iniquité ; c’est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t’a oint d’une huile d’allégresse au-dessus de tous tes compagnons." Et encore : "C’est toi, Seigneur, qui as au commencement fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains ; ils périront, mais tu demeures ; ils vieilliront tous comme un vêtement ; comme un manteau tu les rouleras, et ils seront changés ; mais toi, tu restes le même, et tes années ne s’épuiseront point."

Évangile Jn, 1, 1-14

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean. Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui : non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière. La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde par lui a été fait, et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais quant à tous ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu sont nés. (ici on fléchit le genou) Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père, tout plein de grâce et de vérité.

Offertoire

A vous sont les cieux, à vous la terre : c’est vous qui avez posé les fondations de l’univers, et créé ce qu’il renferme : votre trône repose sur le droit et la justice.

Secrète

Sanctifiez ces offrandes, Seigneur, par la nouvelle naissance de votre Fils unique, et purifiez-nous des souillures de nos péchés.

Postcommunion

Dieu tout puissant, le Sauveur du monde, qui est né aujourd’hui, nous a fait naître à la vie divine. Faites, nous vous en prions, qu’il nous accorde aussi le don de l’immortalité.

Office

Au premier nocturne.

Première leçon. Cap. 9, 1-6.

Dans le premier temps a été allégée la terre de Zabulon, ainsi que la terre de Nephthali ; et dans le dernier, a été aggravée la voie de la mer, au-delà du Jourdain, la voie de la Galilée des Nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour ceux qui habitaient dans la région de l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. Vous avez augmenté la nation, et vous n’avez pas agrandi sa joie. Ils se réjouiront devant vous comme ceux qui se réjouissent dans la moisson, et comme exultent les vainqueurs après le butin pris, quand ils partagent les dépouilles. Car le joug de son fardeau, la verge de son épaule, et le sceptre de son exacteur, vous en avez triomphé, comme à la journée de Madian ; parce que tout pillage fait dans le tumulte, et tout vêtement souillé de sang sera en combustion et la pâture du feu. Car un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; et sa principauté est sur son épaule, et son nom sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix.
Deuxième leçon. Cap. 40, 1-8.
Consolez-vous, mon peuple, consolez-vous, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et appelez-la à elle-même ; parce que sa malice est arrivée au terme, son iniquité a été pardonnée ; elle a reçu de la main du Seigneur le double pour tous ses péchés. Voici la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; rendez droits dans la solitude les sentiers de notre Dieu. Toute vallée sera comblée, et toute montagne et colline sera abaissée ; les chemins tortueux seront redressés, et les raboteux deviendront des voies aplanies. Et la gloire du Seigneur sera révélée, et toute chair verra en même temps que la bouche du Seigneur a parlé. Voici la voix de Celui qui dit : Crie. Et j’ai dit : Que crierai-je ? Toute chair est de l’herbe, et toute sa gloire est comme la fleur du champ. L’herbe s’est desséchée, et la fleur est tombée ; parce que le souffle du Seigneur a soufflé sur elle. Vraiment, l’herbe c’est le peuple. L’herbe s’est desséchée et la fleur est tombée ; mais le Verbe de notre Seigneur demeure éternellement.
Troisième leçon. Cap. 52, 1-6.
Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de ta force, Sion ; revêts-toi des vêtements de ta gloire, Jérusalem, cité du Saint ; parce qu’il n’y aura plus à l’avenir d’incirconcis qui passera au travers de toi, ni d’impur. Sors de la poussière, lève-toi, assieds-toi, Jérusalem ; romps les fers de ton cou, fille de Sion captive. Parce que voici ce que dit le Seigneur : Pour rien, vous avez été vendus, et sans argent, vous serez rachetés. Parce que voici ce que dit le Seigneur Dieu : Mon peuple descendit en Égypte, dans le principe, pour y être colon, et Assur, sans aucun sujet, l’a traité avec violence. Et maintenant, qu’ai-je ici pour moi, dit le Seigneur, puisque mon peuple a été enlevé sans motif  ? Ses dominateurs agissent iniquement, dit le Seigneur, et sans cesse, tout le jour, mon nom est blasphémé. A cause de cela, mon peuple connaîtra mon nom en ce jour-là : que moi-même qui parlais autrefois, me voici présent.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous. Il ne peut y avoir de tristesse au jour où naît la vie, qui, dissipant la crainte de la mort, répand en nos âmes la joie, par la promesse de l’éternité. Il n’y a personne qui n’ait sa part de cette allégresse. Tous ont un même motif de se réjouir, car notre Seigneur, destructeur du péché et de la mort, nous trouvant tous assujettis au péché, est venu pour nous affranchir tous. Qu’il tressaille, celui qui est saint : car la palme approche pour lui. Que le pécheur se réjouisse : voici qu’on l’invite au pardon. Que le Gentil prenne courage : car il est convié à la vie. En effet, le Fils de Dieu, dans la plénitude des temps fixée par les impénétrables profondeurs du conseil divin, a pris la nature humaine, pour la réconcilier avec son auteur, afin que l’inventeur de la mort, le diable, fût vaincu par où il avait triomphé.
Cinquième leçon. En ce combat livré pour nous, c’est avec une grande et admirable loyauté qu’on a combattu, puisque le Seigneur tout-puissant a lutté contre ce cruel ennemi, non dans sa majesté, mais dans l’infirmité de notre chair, et lui a opposé la même forme, la même nature, celle de notre mortalité, mais exempte de tout péché. Car ce qu’on lit de tous les hommes : « Nul n’est pur de souillure, pas même l’enfant dont la vie n’est encore que d’un jour sur la terre », ne peut être appliqué à cette nativité. Rien de la concupiscence de la chair ne s’est rencontré dans cette naissance merveilleuse ; rien n’y est provenu de la loi du péché. Une vierge est élue de la tige de David ; une vierge royale qui, devant porter dans son sein le rejeton sacré, conçut spirituellement l’Homme-Dieu par la foi, avant de le concevoir corporellement. Afin que Marie, dans son ignorance du dessein céleste, ne soit pas troublée à une si étonnante nouvelle, elle apprend de son entretien avec l’Ange ce que l’Esprit-Saint doit opérer en elle ; et celle qui va devenir la Mère d’un Dieu, n’a rien à craindre pour sa pudeur.
Sixième leçon. C’est pourquoi, mes bien-aimés, rendons grâces à Dieu le Père, par son Fils, dans le Saint-Esprit : de ce que, « nous ayant aimés dans son infinie charité, il a eu pitié de nous, et comme nous étions morts par les péchés, il nous a vivifiés tous en Jésus-Christ », afin que nous fussions en lui une nouvelle créature et un ouvrage nouveau. « Dépouillons donc le vieil homme avec ses œuvres » ; et, admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux œuvres de la chair. Reconnais, ô Chrétien, ta dignité, et, « devenu participant de la nature divine », garde-toi de retomber, par une conduite indigne de cette grandeur, dans ta bassesse première. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. N’oublie jamais, « qu’arraché à la puissance des ténèbres », tu as été transporté à la lumière et au royaume de Dieu.
 

Au troisième nocturne

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Comme nous avons aujourd’hui, grâce à la bonté du Seigneur, à célébrer trois fois les solennels mystères de la Messe, nous ne pouvons vous parler longtemps de la lecture de l’Évangile ; mais nous devons au moins en dire brièvement quelque chose : la nativité de notre Rédempteur nous y oblige. Pourquoi donc, au moment de la naissance du Seigneur, ce dénombrement du monde, si ce n’est pour nous faire comprendre que dans la chair, apparaissait celui qui devait enregistrer les élus dans l’éternité ? D’autre part le Prophète dit des réprouvés : « Qu’ils soient rayés du livre des vivants, et ne soient point inscrits avec les justes. »  De plus, il con vient que le Seigneur naisse à Bethléem, d’autant que Bethléem est interprété, Maison du Pain. Et en effet, c’est lui qui a dit : « Je suis le Pain vivant, descendu du ciel. » Ainsi, le lieu où naît le Seigneur a été auparavant appelé Maison du Pain, parce que là devait apparaître dans la chair celui qui, un jour, rassasierait intérieurement les âmes de ses élus. Il naît hors de la maison de ses parents, en un voyage, pour montrer qu’en prenant l’humanité, il naissait comme en un lieu étranger.

Homélie de saint Ambroise, Évêque.

Huitième leçon. Considérez les commencements de l’Église naissante : le Christ naît, et déjà les pasteurs veillent, comme pour rassembler dans le bercail du Seigneur les nations qui, jusque-là, vivaient comme des brutes, afin de les garantir, au milieu des ombres de la nuit, de l’incursion de bêtes spirituelles. Il est juste que les pasteurs veillent, étant instruits par le bon Pasteur. Ainsi le troupeau, c’est le peuple ; la nuit, c’est le monde ; les bergers sont les prêtres. Sans doute, il faut bien qu’il soit pasteur, celui auquel on a dit : « Sois vigilant, et confirme les autres. » Mais le Seigneur n’a pas seulement établi les Évêques pour défendre le troupeau, il y a encore destiné ses Anges.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Neuvième leçon. Afin que vous n’ayez pas du Verbe une idée basse, comme s’il s’agissait de paroles humaines, écoutez ce qu’il faut en penser : « Le Verbe était Dieu. » Vienne donc je ne sais quel infidèle Arien nous dire : « Le Verbe de Dieu a été fait. » Comment se peut-il que le Verbe de Dieu ait été fait, puisque Dieu a, par le Verbe, fait toutes choses ? Si le Verbe de Dieu, lui aussi, a été fait, par quel autre verbe a-t-il été fait ? Peut-être direz-vous qu’il a été fait par un verbe du Verbe : mais je réponds, moi, que le Verbe est l’unique Fils de Dieu. Si vous n’admettez point un verbe du Verbe, accordez donc qu’il n’a point été fait, celui par qui tout a été fait. Car il n’a pu se faire lui-même, celui par qui tout a été fait. Croyez-en donc l’Évangéliste.

Dom Guéranger l'Année Liturgique

ÉPÎTRE.

Il a donc enfin apparu, dans sa grâce et sa miséricorde, ce Dieu Sauveur qui seul pouvait nous arracher aux œuvres de la mort, et nous rendre la vie. Il se montre à tous les hommes, en ce moment même, dans l’étroit réduit de la crèche, et sous les langes de l’enfance. La voilà, cette béatitude que nous attendions de la visite d’un Dieu sur la terre ; purifions nos cœurs, rendons-nous agréables à ses yeux : car s’il est enfant, l’Apôtre vient de nous dire qu’il est aussi le grand Dieu, le Seigneur dont la naissance éternelle est avant tous les temps. Chantons sa gloire avec les saints Anges et avec l’Église.

ÉVANGILE.

Nous aussi, ô divin Enfant, nous joignons nos voix à celles des Anges, et nous chantons : Gloire à Dieu ! paix aux hommes ! Cet ineffable récit de votre naissance attendrit nos cœurs, et fait couler nos larmes. Nous vous avons accompagné dans le voyage de Nazareth à Bethléhem, nous avons suivi tous les pas de Marie et de Joseph, dans le cours de cette longue route ; nous avons veillé, durant cette sainte nuit, attendant l’heureux moment qui vous montre à nos regards. Soyez loué, ô Jésus, pour tant de miséricorde : soyez aimé, pour tant d’amour. Nos yeux ne peuvent se détacher de cette heureuse crèche qui contient notre salut. Nous vous y reconnaissons tel que vous ont dépeint à nos espérances les saints Prophètes, dont votre Église nous a remis, cette nuit même, les divins oracles sous les yeux. Vous êtes le grand Dieu, le Roi pacifique, l’Époux céleste de nos âmes ; vous êtes notre Paix, notre Sauveur, notre Pain de vie. Que vous offrirons-nous, à cette heure, sinon cette bonne volonté que nous recommandent vos saints Anges ? Formez-la en nous ; nourrissez-la, afin que nous méritions de devenir vos frères par la grâce, comme nous le sommes désormais par la nature humaine. Mais vous faites plus encore dans ce mystère, ô Verbe incarné ! Vous nous y rendez, comme parle votre Apôtre, participants de cette nature divine que vos abaissements ne vous ont point fait perdre. Dans l’ordre de la création, vous nous avez placés au-dessous des Anges ; dans votre incarnation, vous nous faites héritiers de Dieu, et vos propres cohéritiers. Que nos péchés et nos faiblesses ne nous fassent donc pas descendre de ces hauteurs auxquelles vous nous élevez aujourd’hui.

 

PREMIER SERMON POUR LE  JOUR  DE  NOËL  

Et hoc vobis signum : Invenietis infantem pannis involutum, et positum in praesepio. Lc, II, 12.

Vous savez assez, chrétiens, que le mystère que nous honorons, c'est l'anéantissement du Verbe incarné, et que nous sommes ici assemblés pour jouir du pieux spectacle d'un Dieu descendu pour nous relever, abaissé pour nous agrandir, appauvri volontairement pour répandre sur nous les trésors célestes. C'est ce que vous devez méditer, c'est ce qu'il faut que je vous explique; et Dieu veuille que je traite si heureusement un sujet de cette importance, que vos dévotions en soient échauffées. Attendons tout du ciel dans une entreprise si sainte ; et pour y procéder avec ordre, considérons comme trois degrés par lesquels le Fils de Dieu a voulu descendre de la souveraine grandeur jusqu'à la dernière bassesse. Premièrement il s'est fait homme, et il s’est revêtu de notre nature; secondement il s'est fait passible, et il a pris nos infirmités; troisièmement il s'est fait pauvre, et il s'est chargé de tous les outrages de la fortune la plus méprisable. Et ne croyez pas, chrétiens, qu'il nous faille rechercher bien loin ces trois abaissements du Dieu-Homme ; je vous les rapporte dans la même suite et dans la même simplicité qu'ils sont proposés dans mon évangile. « Vous trouverez, dit-il, un enfant, » c'est le commencement d'une vie humaine; «enveloppé de langes,» c'est pour défendre l'infirmité contre les injures de l'air ; « posé dans une crèche,» c'est la dernière extrémité d'indigence : tellement que vous voyez dans le même texte la nature par le mot d'enfant, la faiblesse et l'infirmité par les langes, la misère et la pauvreté par la crèche.

Mais mettons ces vérités dans un plus grand jour, et arrêtons-nous un peu sur tous les degrés de cette descente mystérieuse, tels qu'ils sont représentés dans notre évangile. Et premièrement il est clair que le Fils de Dieu en se faisant homme, pouvait prendre la nature humaine avec les mêmes prérogatives qu'elle avait dans son innocence, la santé, la force, l'immortalité ; ainsi le Verbe divin serait homme, sans être travaillé des infirmités que le péché seul nous a méritées. Il ne l'a pas fait, chrétiens ; il a voulu prendre avec la nature les faiblesses qui l'accompagnent. Mais en prenant ces faiblesses, il pouvait ou les couvrir, ou les relever par la pompe, par l'abondance, par tous les autres biens que le monde admire ; qui doute qu'il ne le put ? Il ne le veut pas ; il joint aux infirmités naturelles toutes les misères, toutes les disgrâces, tout ce que nous appelons mauvaise fortune, et par là ne voyez-vous pas quel est l'ordre de sa descente? Son premier pas est de se faire homme ; et il se met au-dessous des anges, puisqu'il prend une nature moins noble, selon ce que dit l’Écriture sainte : Minuisti eum paulò minus ab angelis (Ps. VIII, 6) : « Vous l'avez abaissé au-dessous des anges. » Ce n'est pas assez : mon Sauveur descend le second degré. S'il s'est rabaissé par son premier pas au-dessous de la nature angélique, il fait une seconde démarche qui le rend égal aux pécheurs. Et comment? Il ne prend pas la nature humaine telle qu'elle était dans son innocence, saine, incorruptible, immortelle, mais il la prend en l'état malheureux où le péché l'a réduite, exposée de toutes parts aux douleurs, à la corruption, à la mort. Mais mon Sauveur n'est pas encore assez bas. Vous le voyez déjà, chrétiens, au-dessous des anges par notre nature, égalé aux pécheurs par l'infirmité ; maintenant faisant son troisième pas, il se va pour ainsi dire mettre sous leurs pieds, en s'abandonnant au mépris par la condition misérable de sa vie et de sa naissance.  

Voilà, mes frères, quels sont les degrés par lesquels le Dieu incarné descend de son trône. Il vient premièrement à notre nature, par la nature à l'infirmité, de l'infirmité aux disgrâces et aux injures de la fortune : c'est ce que vous avez remarqué par ordre dans les paroles de mon évangile.

Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus important, ni ce qui m'étonne le plus. Je confesse que je ne puis assez admirer cet abaissement de mon Maître; mais j'admire encore beaucoup davantage qu'on me donne cet abaissement comme un signe pour reconnaître en lui le Sauveur du monde : Et hoc vobis signum, nous dit l'ange. Votre Sauveur est né aujourd'hui, et voici la marque que je vous en donne : un enfant revêtu de langes, couché dans la crèche; c'est-à-dire, comme nous l'avons déjà expliqué, courez à cet enfant nouvellement né, vous y trouverez : qu'y trouverons-nous? Une nature semblable à la vôtre, des infirmités telles que les vôtres, des misères au-dessous des vôtres. Et hoc vobis signum. Reconnaissez à ces belles marques qu'il est le Sauveur qui vous est promis.

Est-il bien vrai? le pouvons-nous croire? Quoi! les bassesses du Dieu incarné, sont-ce des marques certaines qu'il est mon Sauveur? Oui, fidèle, n'en doute pas; et en voici les raisons solides qui feront le sujet de cet entretien. Ta nature était tombée par ton crime, ton Dieu l'a prise pour la relever; tu languis au milieu des infirmités, il s'y est assujetti pour les guérir; les misères du monde t'effraient, il s'y est soumis pour les surmonter et rendre toutes ses terreurs inutiles. Divines marques, sacrés caractères par lesquels je connais mon Sauveur, que ne puis-je vous expliquer à cette audience avec les sentiments que vous méritez ! Du moins efforçons-nous de le faire, et commençons à montrer dans ce premier point que Dieu prend notre nature pour la relever.

PREMIER  POINT

 Pour comprendre solidement de quelle chute le Fils de Dieu nous a relevés, je vous prie de considérer cette proposition que j'avance, qu'en prenant la nature humaine, il nous rend la liberté d'approcher de Dieu, que le péché nous avait ôtée. C'est là le fondement du christianisme, qu'il est nécessaire que vous entendiez, et que je me propose aussi de vous expliquer. Pour cela, remarquez, fidèles, une suite étrange de notre chute : c'est que depuis cette malédiction qui fut prononcée contre nous après le péché, il est demeuré dans l'esprit des hommes une certaine frayeur des choses divines, qui non seulement ne leur permet pas d'approcher avec confiance de Dieu, de cette majesté souveraine, mais encore qui les épouvante devant tout ce qui paraît de surnaturel. Les exemples en sont communs dans les saintes Lettres. Le peuple dans le désert appréhende d'approcher de Dieu, de peur qu'il ne meure. Les parents de Samson disent : « Nous mourrons de mort, car nous avons vu le Seigneur.» Jacob, après cette vision admirable, crie tout effrayé : « Que ce lieu est terrible! vraiment c'est ici la maison de Dieu! » « Malheur à moi ! dit le prophète Isaïe, car j'ai vu le Seigneur des armées. » Tout est plein de pareils exemples. Quel est, fidèles, ce nouveau malheur qui fait trembler un si grand prophète? Quel malheur, d'avoir vu Dieu? Et que veulent dire tous ces témoignages, et tant d'autres que nous lisons dans les Écritures? C'est qu'elles veulent nous exprimer la terreur qui saisit naturellement tous les hommes en la présence de Dieu, depuis que le péché est entré au monde.

Quand je recherche les causes d'un effet si extraordinaire, et que je me demande à moi-même : D'où vient que les hommes s'effraient de Dieu? il s'en présente à mon esprit deux raisons qui vont apporter de grandes lumières au mystère de cette journée. La première cause c'est l'éloignement, la seconde c'est la colère. Expliquons ceci. Dieu est infiniment éloigné de nous, Dieu est irrité contre nous. Il est infiniment éloigné de nous par la grandeur de sa nature ; il est irrité contre nous par la rigueur de sa justice, parce que nous sommes pécheurs. Cela produit deux sortes de craintes : la première vient de l'étonnement, elle riait de l'éclat de la majesté; l'autre des menaces. Ah! je vois trop de grandeur, trop de majesté; une crainte d'étonnement me saisit, il est impossible que j'en approche. Ah! je vois cette colère qui me poursuit; ses menaces me font trembler, je ne puis supporter l'aspect de cette majesté irritée, si j'approche je suis perdu. Voilà les deux craintes : la première causée par l'étonnement de la majesté, la seconde par les menaces de la justice et de la colère divine. C'est pourquoi le Fils de Dieu fait deux choses; chrétiens, voici le mystère. En se revêtant de notre nature, premièrement il couvre la majesté et il ôte la crainte d'étonnement ; en second lieu il nous fait voir qu'il nous aime par le désir qu'il a de nous ressembler, et il fait cesser les menaces. C'est tout le mystère de cette journée, c'est ce que j'avais promis de vous expliquer. Vous voyez par quel excès de miséricorde le Fils unique du Père éternel nous rend la liberté d'approcher de Dieu et relève notre nature abattue. Mais ces choses ont besoin d'être méditées ; ne passons pas si légèrement par-dessus, tâchons de les rendre sensibles en les étendant davantage.

Et premièrement, chrétiens, il est bien aisé de comprendre que Dieu est infiniment éloigné de nous. Car il n'est rien de plus éloigné que la souveraineté et la servitude, que la toute-puissance et une extrême faiblesse, que l'éternité toujours immuable et notre continuelle agitation. En un mot tous ses attributs l'éloignent de nous ; son immensité, son infinité, son indépendance, tout cela l'éloigné; et il n'y en a qu'un seul qui l'approche, vous jugez bien que c'est la bonté. Sa grandeur l'élève au-dessus de nous, sa bonté l'approche de nous et le rend accessible aux hommes; et cela est clair dans les saintes Lettres. « Cachez-vous, dit le prophète Isaïe ; entrez bien avant dans la terre; jetez-vous dans les cavernes les plus profondes : » Ingredere in petram et abscondere in fossâ humo. Et pourquoi? Cachez-vous, dit-il encore une fois, « devant la face terrible de Dieu et devant la gloire de sa majesté : » à facie timoris homini et à glorià majestatis ejus. Voyez comme sa grandeur l'éloigné des hommes. La miséricorde, au contraire, « elle vient à nous, » dit David : Veniat super me misericordia tua. Non-seulement elle vient à nous, mais « elle nous suit» misericordia tua subsequetur me. Non seulement elle nous suit, mais «elle nous environne» sperantem autem in Domino misericordia circumdabit. Tellement qu'il n'est rien de plus véritable, qu'autant que la grandeur de Dieu l'éloigne de nous, autant sa bonté l'en approche.

Mais elle exige une condition nécessaire, c'est que nous soyons innocents. Sommes-nous abandonnés au péché, aussitôt elle se retire, et voyez un effet étrange. La bonté s'étant retirée, je ne vois plus ce qui m'approche de Dieu ; je ne vois que ce qui m'éloigne ; la crainte et l'étonnement me saisissent, et je ne sais plus par où approcher. Comme un homme de condition médiocre qui avait accès à la Cour par une personne de crédit qui le lui donnait, il parlait et était écouté, et les entrées lui étaient ouvertes. Tout d'un coup son protecteur se retire, et on ne le connaît plus, tous les passages sont inaccessibles, et de sa bonne fortune passée il ne lui reste que l'étonnement de se voir si fort éloigné. Il en est ainsi arrivé à l'homme. Tant qu'il conserva l'innocence, Dieu lui parlait, il parlait à Dieu avec une sainte familiarité. Mais comment s'en approchait-il, direz-vous, puisque la distance était infinie? Ah ! c'est que la bonté descendait à lui et l'introduisait près du trône. Maintenant cette bonté étant offensée, elle se retire elle-même. Que fera-t-il, et où ira-t-il? Il ne voit plus ce qui l'approchait ; il découvre seulement de loin une lumière qui l'éblouit et une majesté qui l'étonné. Bonté, où êtes-vous? bonté, qu'êtes-vous devenue? Ah! son crime l'a éloignée. Sa vue se perd dans l'espace immense par lequel il se sent séparé de Dieu ; et dans l'étonnement où il est, en voyant cette hauteur sans mesure, il croit qu'il est perdu s'il approche, il croit que sa petitesse sera accablée par le poids de cette majesté infinie. Voilà quelle est la première cause qui nous empêche d'approcher de Dieu : c'est la grandeur et la majesté. C'est pourquoi les philosophes platoniciens, comme remarque saint Augustin, disaient que la nature divine n'était pas accessible aux hommes, et que nos vœux ne pénétraient pas jusqu’à elle. Je ne m'en étonne pas, chrétiens, je ne m'étonne pas que les philosophes désespèrent d'approcher de Dieu; ils n'ont pas un Sauveur qui les y appelle, ils n'ont pas un Jésus qui les introduise. Ils ne regardent que la majesté dont ils ne peuvent supporter l'éclat, et ils sont contraints de se retirer en tremblant.

Mais si la splendeur et la gloire de cette divine face nous inspire tant de terreur, que sera-ce de la colère? Si les hommes ne peuvent s'approcher de Dieu seulement parce qu'il est grand, comment pourront-ils soutenir l'aspect d'un Dieu justement irrité contre eux? Car si la grandeur de Dieu nous éloigne, la justice va bien plus loin; elle nous repousse avec violence. C'est le second sujet de nos craintes, sur lequel je n'ai qu'un mot à vous dire, parce que la chose n'est pas difficile. Représentez-vous vivement quelle fut l'horreur de cette journée en laquelle Dieu maudit nos parents rebelles, en laquelle le chérubin exécuteur de la vengeance les chassa du paradis de délices qu'ils avaient déshonoré par leur crime, les menaçant avec cette épée de flamme lorsqu'ils osaient seulement y tourner la vue. Quels furent les sentiments de ces misérables bannis? Combien étaient-ils éperdus! Ne leur semblait-il pas, en quelque lieu qu'ils puissent fuir, qu'ils voyaient toujours briller à leurs yeux cette épée terrible, et que cette voix tonnante, devant laquelle ils avaient été contraints de se cacher, retentissait continuellement à leurs oreilles? Après les menaces, après les terreurs de ce triste et funeste jour, ne vous étonnez pas, chrétiens, si les Écritures nous disent que les hommes appréhendent naturellement que la présence de Dieu ne les tue. C'est que, depuis cette première malédiction, il s'est répandu par toute la nature une certaine impression secrète, que Dieu est justement offensé contre elle : si bien que vouloir mener les hommes à Dieu, c'est conduire les criminels à leur juge, et à leur juge irrité; et leur dire que Dieu vient à eux, c'est rappeler en quelque sorte à leur mémoire le supplice qui leur est dû, la vengeance qui les poursuit et la mort qu'ils ont méritée. C'est pourquoi ils s'écrient : « Nous mourrons de mort, si Dieu se présente seulement à nous. »

Vous voyez par là, chrétiens, quelle est l'extrémité de notre misère, puisque nous sommes éloignés de Dieu et que les entrées nous sont défendues. Venez maintenant, ô Sauveur Jésus, et ayez pitié de nos maux ; couvrez la majesté qui nous étonne, désarmez la colère qui nous épouvante : Redde mihi lœtitiam salutaris tui. Rendez-nous l'accès près de votre Père, duquel dépend tout notre bonheur, rendez-nous cette bonté qui s'est irritée, ne pouvant souffrir nos péchés, afin que nous puissions approcher de Dieu. Ne craignons plus, nous sommes exaucés ; je la vois paraître : Et hoc vobis signum, « Voilà le signe qu'on nous en donne; » je la vois dans la crèche de Jésus-Christ, je la vois en cet enfant nouvellement né. Dieu n'est plus éloigné de nous, puisqu'il se fait homme, Dieu n'est plus irrité contre nous, puisqu'il s'unit à notre nature par une étroite alliance. La bonté, que notre crime avait éloignée, revient à nous. Écoutez l'Apôtre qui nous la montre : Apparuit gratta et benignitas Salvatoris nostri Dei : « La grâce et la bénignité de Dieu notre Sauveur nous est apparue. » O paroles de consolation! Remettez, Messieurs, en votre pensée ce que nous avons expliqué, que la grandeur de Dieu l'éloigné de nous, et que sa justice repousse bien loin les pécheurs, il n'y a que sa bonté qui l'approche et le rend accessible aux hommes. Que fait ce grand Dieu pour nous attirer ? Il nous cache tout ce qui l'éloigné de nous, et il ne nous montre que ce qui l'approche. Car, mes frères, que voyons-nous en la personne du Dieu incarné? que voyons-nous en ce Dieu enfant que nous sommes venus adorer? Sa gloire se tempère, sa majesté se couvre, sa grandeur s'abaisse, cette justice rigoureuse ne se montre pas ; il n'y a que la bonté qui paraisse, afin de nous inviter avec plus d'amour : Apparuit gratia et benignitas Salvatoris nostri Dei.

Voyez cette majesté souveraine devant laquelle tous les anges tombent et toute la nature est émue : elle descend, elle se rabaisse, elle traite d'égal avec nous. Et ce qui est bien plus admirable, c'est afin, dit Tertullien, que nous puissions traiter d'égal avec elle : Ex œquo agebat Deus cum homine, ut homo vel ex œquo agere cum Deo posset. Traiter d'égal avec Dieu ! Peut-on relever plus la nature humaine ? Peut-on nous donner plus de confiance ? Que les anciens aient été effrayés de Dieu, il y avait sujet de trembler; Isaïe l'a vu en sa gloire, et la crainte l'a saisi, Adam l'a vu en sa colère, et il a fui devant sa face. Mais pour nous, pourquoi craindrions-nous, puisque ce n'est pas cette majesté qui étonne, ni cette justice rigoureuse qui se présente a nous aujourd'hui ; mais que la grâce, la bénignité, la douceur de Dieu notre Sauveur nous est apparue ? Apparuit gratia.

Approchons donc, mes frères, par ce grand et par cet illustre Médiateur, approchons avec confiance : Et hoc vobis signum : « Voilà le signe que l'on vous en donne. » Qu'on ne m'objecte plus mes faiblesses, mon imperfection, mon néant. Tout néant que je suis, je suis homme; et mon Dieu qui est tout, il est homme. Je viens hardiment au nom de Jésus, je soutiens que Dieu est à moi par Jésus-Christ. Car « ce Fils nous est donné ; c'est pour nous qu'est né ce petit enfant,» et je sais qu'un Dieu incarné, c'est un Dieu se donnant à nous. Je m'attache à Jésus en ce qu'il a de semblable à moi, c'est-à-dire la nature humaine, et par là je me mets en possession de ce qu'il a d'égal à son Père, c'est-à-dire de la divinité même. Chrétien, élève tes espérances, eh Dieu ! qu'ont de commun avec toi ces passions brutales qui règnent dans les animaux ? Qu'ont de commun avec toi les choses mortelles depuis que tu es si cher à ton Dieu, qu'en prenant miséricordieusement ce que tu es, il te donne si libéralement, si abondamment ce qu'il est lui-même? Dieu veut agir en homme, dit Tertullien, « afin que l'homme apprenne à agir en Dieu : » Ut homo divine agere doceretur. Et cet homme, que Jésus enseigne à prendre des sentiments tout divins, attache tous ses désirs à la terre, comme s'il devait mourir ainsi que les bêtes. Ah ! portons plus haut nos pensées, considérons la gloire de notre nature si heureusement rétablie. Si la nature est relevée, il faut que les actions soient plus nobles. Rendons grâces au Père éternel par notre Seigneur Jésus-Christ, de ce que, parmi les moyens par lesquels il aurait pu nous sauver, il a voulu choisir celui qui nous assure le plus sa miséricorde, qui appuie le mieux notre espérance, qui enflamme le plus fortement notre amour. 

Quand j'entends les libertins qui nous disent que tout ce qu'on raconte du Verbe incarné, c'est une histoire indigne d'un Dieu, que je déplore leur ignorance! Toutefois, que cela soit indigne d'un Dieu, je ne le veux pas contredire ; mais que Tertullien répond à propos : « Tout ce qui est indigne de Dieu est utile pour mon salut! » Quodcumque Deo indignum est, mihi expedit. Et dès là qu'il est utile pour mon salut, il devient digne même de Dieu, parce qu'il n'est rien plus digne de Dieu que d'être libéral à sa créature, « il n'est rien plus digne de Dieu que de sauver l'homme » Nihil enim tam dignum Deo quàm salus hominis. Et que l'on peut facilement renverser toutes leurs vaines oppositions ! Car enfin, quelque indignité que l'on s'imagine dans le mystère du Verbe fait chair, Dieu n'en est pas moins grand, et il nous relève, Dieu ne s'épuise pas, et il nous enrichit, quand il se fait homme, il ne perd pas ce qu'il est, et il nous le communique, il demeure ce qu'il est, et il nous le donne : par là il témoigne son amour, et il conserve sa dignité. Voyez donc que si Dieu prend notre nature pour la relever, rien n'est plus digne de Dieu qu'un si grand ouvrage. Mais je n'ai pas entrepris, Messieurs, de combattre les libertins, il faut édifier les fidèles : revenons à notre dessein ; et après que nous avons vu la nature si glorieusement relevée, voyons encore guérir ses infirmités par celles qu'a prises le Fils de Dieu, et que nous remarquons dans ses langes. C'est ma seconde partie.


 

SECOND  POINT 

Si je vous donne les langes du Fils de Dieu comme un signe pour reconnaître les infirmités qu'il a prises avec la nature, je ne le fais pas de moi-même, mais je l'ai appris de Tertullien, qui nous l'explique très éloquemment par une pensée qui mérite bien nos attentions. Il dit que « les langes du Fils de Dieu sont le commencement de sa sépulture» Pannis jam sepulturœ involucrum initiatus . En effet ne paraît-il pas un certain rapport entre les  langes et les draps de la sépulture? On enveloppe presque de même façon ceux qui naissent et ceux qui sont morts, un berceau a quel qu’idée d'un sépulcre, et c'est la marque de notre mortalité qu'on nous ensevelisse en naissant. C'est pourquoi Tertullien voyant le Sauveur couvert de ses langes, il se le représente déjà comme enseveli il reconnaît en sa naissance le commencement de sa mort : Pannis jam  sepulturœ involucrum initiatus. Suivons l'exemple de ce grand homme, et après avoir vu en notre Sauveur la nature humaine par le mot d'enfant, considérons la mortalité dans ses langes, et avec la mortalité toutes les infirmités qui la suivent. C'est la seconde partie de mon texte, qui est enchaînée avec la première par une liaison nécessaire. Car après que le Fils de Dieu s'était revêtu de notre nature, c'était une suite infaillible qu'il en prendrait aussi les infirmités. Ce ne sera pas moi, chrétiens, qui vous expliquerai un si grand mystère, il faut que je vous fasse entendre en ce lieu le plus grand théologien de l’Église ; c'est l'incomparable saint Augustin. J'ai choisi ce qu'il en a dit dans cette épître admirable à Volusien, parce que dans mon sentiment l'antiquité n'a rien de si beau ni de si pieux tout ensemble sur cette matière que nous traitons.

Puisque Dieu avait bien voulu se faire homme, il était juste qu'il n'oubliât rien pour nous faire sentir cette grâce ; et pour cela, dit saint Augustin, il fallait qu'il prit les infirmités par lesquelles la vérité de sa chair est si clairement confirmée, et il nous va éclaircir ce qu'il vient de dire par cette belle réflexion. Toutes les Écritures nous prêchent, dit-il, que le Fils de Dieu n'a pas dédaigné la faim, ni la soif, ni les fatigues, ni les sueurs, ni toutes les autres incommodités d'une chair mortelle. Et néanmoins, remarquez ceci, un nombre infini d'hérétiques qui faisaient profession de l'adorer, mais qui rougissaient en leurs cœurs de son Évangile, n'ont pas voulu reconnaître en lui la nature humaine. Les uns disaient que son corps était un fantôme ; d'autres, qu'il était composé d'une matière céleste ; et tous s'accordaient à nier qu'il eût pris effectivement la nature humaine.

D'où vient cela, chrétiens? C'est qu'il paraît incroyable qu'un Dieu se fasse homme, et plutôt que de croire une chose si difficile, ils trouvaient le chemin plus court de dire qu'en effet il ne l'était pas, et qu'il n'en avait que les apparences. Suivez, s'il vous plaît, avec attention, ceci mérite d'être écouté. Que serait-ce donc, dit saint Augustin, s'il fût tout à coup descendu des cieux, s'il n'eût pas suivi les progrès de l'âge, s'il eût rejeté le sommeil et la nourriture? N'aurait-il pas lui-même confirmé l'erreur? N'aurait-il pas semblé qu'il eût en quelque sorte rougi de s'être fait homme, puisqu'il ne le paraissait qu'à demi ? N'aurait-il pas effacé dans tous les esprits la créance de sa bienheureuse incarnation, qui fait toute notre espérance? Et ainsi, dit saint Augustin (que ces paroles sont belles !), «en faisant toutes choses miraculeusement, il aurait lui-même détruit ce qu'il a fait miséricordieusement » Et dum omnia mirabiliter facit, auferret quod misericorditer fecit.

En effet puisque mon Sauveur était Dieu, il fallait certainement qu'il fit des miracles, mais puisque mon Sauveur était homme, il ne devait pas avoir honte de montrer de l'infirmité, et l'ouvrage de la puissance ne devait pas renverser le témoignage de la miséricorde. C'est pourquoi, dit saint Augustin, il fait de grandes choses, il en fait de basses, mais il modère tellement toute sa conduite, « qu'il relève les choses basses par les extraordinaires, et tempère les extraordinaires par les communes » Ut solita sublimaret in solitis, et insolita solitis temperant. Confessez que tout cela est bien soutenu ; je ne sais si je le fais bien entendre. Il naît, mais il naît d'une vierge; il mange, mais quand il lui plaît il commande aux anges de servir sa table, il dort, mais pendant son sommeil il empêche la barque d'être submergée, il marche, mais quand il l'ordonne l'eau devient ferme sous ses pieds, il meurt, mais en mourant il met en crainte toute la nature. Voyez qu'il tient partout un milieu si juste, qu'où il paraît en homme, il nous sait bien montrer qu'il est Dieu ; où il se déclare Dieu, il fait voir aussi qu'il est homme. L'économie est si sage, la dispensation si prudente, c'est-à-dire toutes choses sont tellement ménagées, que la Divinité paraît tout entière, et l'infirmité tout entière. Cela est admirable.

Mais il me semble que vous m'arrêtez pour me dire : Il est vrai, nous le voyons bien, Jésus a ressenti nos infirmités, mais nous attendons autre chose, vous nous avez promis de nous faire voir que ses faiblesses guérissent les nôtres, c'est ce qu'il faut que vous expliquiez. — Et n'en êtes-vous pas encore convaincus? Ne suffit-il pas, chrétiens, d'avoir remarqué nos infirmités en la personne du Fils de Dieu, pour en espérer de lui le remède ? Et hoc vobis signum : « Voilà le signe que l'on vous en donne.» L'Apôtre avait bien entendu ce signe, lorsque voyant les infirmités de son Maître, aussitôt il paraît consolé des siennes. Ah ! dit-il, « nous n'avons pas un pontife qui soit insensible à nos maux, » il compatit aux infirmités de notre nature, il y apportera du soulagement. Et quel signe nous en donnez-vous, saint Apôtre? Et hoc vobis signum. « C'est qu'il les a, dit-il, éprouvées» Tentatum per omnia. Je vous prie, entendez ce signe, rien n'est plus plein de consolation. N'est-il pas vrai, fidèles? de tous ceux dont vous plaignez les disgrâces, il n'y en a point pour lesquels votre compassion soit plus tendre que pour ceux que vous voyez dans les mêmes afflictions que vous avez autrefois senties. Vous avez perdu un ami, j'en ai perdu un autrefois, dans cette rencontre de douleurs, ma pitié en sera plus grande, parce que je sens par expérience combien il est dur de perdre un ami. Et de là quel soulagement je vois naître pour les misérables ! Ah ! consolez-vous, chrétiens, qui languissez parmi les douleurs; mon Sauveur n'a épargné à son corps, ni la faim, ni la soif, ni les fatigues, ni les sueurs, ni les infirmités, ni la mort. Il n'a épargné à son âme, ni la tristesse, ni l'inquiétude, ni les longs ennuis, ni les plus cruelles appréhensions. O Dieu, qu'il aura d'inclination de nous soulager, nous qu'il voit du plus haut des cieux battus des mêmes orages dont il a été attaqué sur la terre! C'est pourquoi l'Apôtre se glorifie des infirmités de notre pontife. Ah! «nous n'avons pas, un pontife qui ne sente pas nos infirmités : il les sent, il en est touché, il en a pitié, » dit saint Paul. Et pourquoi? « C'est qu'il a passé comme nous, répond-il , par toutes sortes d'épreuves : » Tentatum per omnia absque peccato. Il a tout pris, à l'exception du péché. Il sait, il sait par expérience combien est grande la faiblesse de notre nature.

Et quoi donc ! le Fils de Dieu, direz-vous, qui est la sagesse du Père, ne saurait-il pas nos infirmités, s'il ne les avait expérimentées ? — Ah ! ce n'est pas le sens de l'Apôtre, vous ne prenez pas sa pensée, entendons cette doctrine tout apostolique. Je l'avoue, cette société de malheurs ne lui ajoute rien pour la connaissance, mais elle ajoute beaucoup pour la tendresse. Car Jésus n'a pas oublié ni les longs travaux, ni les autres difficultés de son pénible pèlerinage, cela est encore présent à son esprit, de sorte qu'il ne nous plaint pas seulement comme ceux qui sont dans le port plaignent les autres qu'ils voient sur la mer agités d'une furieuse tempête, mais il nous plaint à peu près comme ceux qui courent le même péril se plaignent les uns les autres par une expérience sensible de leurs communes disgrâces. Il nous plaint, si je l'ose dire, comme ses compagnons de fortune, comme ayant eu à passer par les mêmes misères que nous, ayant eu tout ainsi que nous une chair sensible aux douleurs et un sang capable de s'altérer, et une température de corps sujette comme la nôtre à toutes les incommodités de la vie et à la nécessité de la mort. Quiconque rares cela cherche d'autres joies et d'autres consolations que Jésus, il ne mérite ni joie ni consolation. Qui peut douter, fidèles, de la guérison de nos maladies, après ce signe que l'on nous donne? Car pour recueillir mon raisonnement, la compassion du Sauveur n'est pas une affection inutile; si elle émeut le cœur, elle sollicite le bras. Ce médecin est tout-puissant, tout ce qui lui fait pitié, il le sauve, tout ce qu'il plaint, il le guérit. Or nous avons appris de l'Apôtre qu'il plaint tous les maux qu'il a éprouvés. Et quels maux n'a-t-il pas voulu éprouver? Il a senti les infirmités, un pontife qui ne soit point touché de nos faiblesses : il en est touché, dit saint Paul, il les guérira, les appréhensions, il les guérira, les ennuis, les langueurs, il les guérira ; la mortalité, il la guérira, tous les maux, il guérira tout. Par conséquent, mes frères, espérons bien des faiblesses de notre nature ; disons tous ensemble avec le Psalmiste : Secundum multitudinem dolorum meorum in corde meo, consolationes tuœ lœtificaverunt animam meam : « Selon la multitude de mes douleurs, vos consolations, ô mon Dieu, se sont répandues abondamment en mon âme. » Autant que je vois d'infirmités en Notre-Seigneur, autant je me promets de grandeur pour moi, et ainsi n'ai-je pas raison de vous dire que s'il a pris nos infirmités, c'est pour les guérir ? C'était ma seconde partie : Dieu nous fera la grâce d'établir en peu de mots la troisième sur des raisons aussi convaincantes.

TROISIÈME POINT

 Achevez votre ouvrage, ô divin Sauveur, mettez la dernière main au salut des hommes par votre crèche, par votre étable, par votre misère, par votre indigence. Le Fils de Dieu, Messieurs, en se faisant homme et nous rendant la liberté d'approcher de Dieu, nous montrait où il fallait tendre, en se soumettant aux faiblesses de la nature, il nous confirmait tout ensemble et la vérité de sa chair et la grandeur de nos espérances. Maintenant pour accomplir son ouvrage, il faut qu'il éloigne tous les obstacles qui nous empêchent de parvenir à la fin qu'il nous a proposée, c'est ce qu'il fait admirablement par sa crèche, et vous le pouvez aisément comprendre, si vous suivez ce raisonnement facile et moral. Ce qui nous empêche d'aller au souverain bien, c'est l'illusion des biens apparents, c'est la folle et ridicule créance qui s'est répandue dans tous les esprits, que tout le bonheur de la vie consiste dans ces biens externes que nous appelons les honneurs, les richesses et les plaisirs. Étrange et pitoyable ignorance !

C'est pourquoi le Fils de Dieu vient au monde comme un réformateur du genre humain, pour désabuser tous les hommes de leurs erreurs et leur donner la vraie science des biens et des maux, et voici l'ordre qu'il y tient. Le monde a deux moyens d'abuser les hommes : il a premièrement de fausses douceurs qui surprennent notre crédulité trop facile, il a secondement de vaines terreurs qui abattent notre courage trop lâche. Il est des hommes si délicats qu'ils ne peuvent vivre, s'ils ne sont toujours dans la volupté, dans le luxe, dans l'abondance. Il en est d'autres qui vous diront : Je ne demande pas de grandes richesses, mais la pauvreté m'est insupportable, je n'envie pas le crédit de ceux qui sont dans les grandes intrigues du monde, mais il est dur de demeurer dans l'obscurité, je me défendrai bien des plaisirs, mais je ne puis souffrir les douleurs. Le monde gagne les uns, et il épouvante les autres. Tous deux s'écartent de la droite voie, et tous deux enfin viennent à ce point, que celui-ci pour obtenir les plaisirs sans lesquels il s'imagine qu'il ne peut pas vivre, et l'autre pour éviter les malheurs qu'il croit qu'il ne pourra jamais supporter, s'engagent entièrement dans l'amour du monde.

Mon Sauveur, faites tomber ce masque hideux par lequel le monde se rend si terrible, faites tomber ce masque agréable par lequel il semble si doux, désabusez-nous. Premièrement faites voir quelle est la vanité des biens périssables : Et hoc vobis signum, « Voilà le signe que l'on vous en donne.» Venez à l'étable, à la crèche, à la misère, à la pauvreté de ce Dieu naissant. Si les plaisirs que vous recherchez, si les grandeurs que vous admirez étaient véritables, quel autre les aurait mieux méritées qu'un Dieu ? qui les aurait plus facilement obtenues, ou avec une pareille magnificence ? Quelle troupe de gardes l'environnerait ! quelle serait la beauté de sa Cour ! quelle pourpre éclaterait sur ses épaules ! quel or reluirait sur sa tête ! quelles délices lui préparerait toute la nature, qui obéit si ponctuellement à ses ordres! Mais «il a jugé, dit Tertullien, que ces biens, ces contentements, cette gloire étaient indignes de lui et des siens» Indignam sibi et suis judicavit. Il a cru que cette grandeur étant fausse et imaginaire, elle ferait tort à sa véritable excellence. Et ainsi, dit le même auteur, « en ne la voulant pas, il l'a rejetée : ce n'est pas assez, en la rejetant, il l'a condamnée : il va bien plus loin, en la condamnant, le dirai-je? oui, chrétiens, ne craignons pas de le dire, il l'a mise parmi les pompes du diable auxquelles nous renonçons par le saint baptême» Quam noluit, rejecit; quam rejecit, damnavit ; quam damnavit, in pompa diaboli deputavit. C'est la sentence que prononce le Sauveur naissant contre toutes les vanités des enfants des hommes. Voilà la gloire du monde bien traitée, il faut voir qui se trompe, de lui ou de nous. Ce sont les paroles de Tertullien, qui sont fondées sur cette raison. Il est indubitable que le Fils de Dieu pouvait naître dans la grandeur et dans l'opulence; par conséquent, s'il ne les veut pas, ce n'est point par nécessité, mais par choix, et Tertullien a raison de dire qu'il les a formellement rejetées : Quam noluit, rejecit. Mais tout choix vient du jugement : il y a donc un jugement souverain par lequel Jésus-Christ naissant a donné cette décision importante, que les grandeurs du siècle n'étaient pas pour lui, qu'il les devait rejeter bien loin. Et ce jugement du Sauveur, n'est-ce pas la condamnation de toutes !es pompes du monde? Quam rejecit, damnavit. Le Fils de Dieu les méprise, quel crime de leur donner notre estime ! quel malheur de leur donner notre amour ! Est-il rien de plus nécessaire que d'en détacher nos affections? Et c'est pourquoi Tertullien dit que nous les devons renoncer par l'obligation de notre baptême : Et hoc vobis signum, c'est la crèche, c'est la misère, c'est la pauvreté de ce Dieu enfant, qui nous montrent qu'il n'est rien de plus méprisable que ce que les hommes admirent si fort.

Ah ! que la superbe philosophie cherche de tous côtés des raisonnements contre l'amour désordonné des richesses, qu'elle les étale avec grande emphase, combien tous ses arguments sont-ils éloignés de la force de ces deux mots : Jésus-Christ est pauvre! un Dieu est pauvre ! Et que nous sommes bien insensés de refuser notre créance à un Dieu qui nous enseigne par ses paroles et confirme les vérités qu'il nous prêche par l'autorité infaillible de ses exemples! Après cela je ne puis plus écouter ces vaines objections que nous fait la sagesse humaine : Un Dieu ne devait se montrer aux hommes qu'avec une gloire et un appareil qui fût digne de sa majesté. Certes notre jugement, chrétiens, est étrangement confondu par les apparences et par la tyrannie de l'opinion, si nous croyons que l'éclat du monde ait quelque chose digne d'un Dieu qui possède en lui-même la souveraine grandeur. Mais voulez-vous que je vous dise au contraire ce que je trouve de grand, d'admirable, ce qui me paraît digne véritablement d'un Dieu conversant avec les hommes? C'est qu'il semble n'être paru sur la terre que pour fouler aux pieds toute cette vaine pompe et braver pour ainsi dire par la pauvreté de sa crèche notre faste ridicule et nos vanités extravagantes. Car voyez où va son mépris : non seulement il ne veut point de grandeurs humaines, mais pour montrer le peu d'état qu'il en fait, il se jette aux extrémités opposées. Il a peine à trouver un lieu assez bas par où il fasse son entrée au monde, il rencontre une étable à demi ruinée, c'est là qu'il descend. Il prend tout ce que les hommes évitent, tout ce qu'ils craignent, tout ce qu'ils méprisent, tout ce qui fait horreur à leurs sens, pour faire voir combien les grandeurs du siècle lui semblent vaines et imaginaires, si bien que je me représente sa crèche, non point comme un berceau indigne d'un Dieu, mais comme un chariot de triomphe où il traîne après lui le monde vaincu. Là sont les terreurs surmontées, et là les douceurs méprisées, là les plaisirs rejetés, et ici les tourments soufferts. Et il me semble qu'au milieu d'un si beau triomphe, il nous dit avec une contenance assurée : « Prenez courage, j'ai vaincu le monde » Confidite, ego vici mundum, parce que par la bassesse de sa naissance, par l'obscurité de sa vie, par l'ignominie de sa mort, il a effacé tout ce que les hommes estiment et désarmé tout ce qu'ils redoutent : Et hoc vobis signum : « Voilà le signe que l'on nous donne. »

Accourez de toutes parts, chrétiens, et venez connaître à ces belles marques le Sauveur qui vous est promis. Oui, mon Dieu, je vous reconnais; vous êtes le libérateur que j'attends. Les Juifs espèrent un autre Messie qui leur donnera l'empire du monde, qui les rendra contents sur la terre. Ah ! combien de Juifs parmi nous ! combien de chrétiens qui désireraient un Sauveur qui les enrichît, un Sauveur qui contentât leur ambition ou qui voulût flatter leur délicatesse ! Ce n'est pas là notre Jésus-Christ. A quoi le pourrons-nous reconnaître? Écoutez; je vous le dirai par de belles paroles d'un ancien Père : Si ignobilis, si inglorius, si inhonorabilis, meus erit Christus : « S'il est méprisable, s'il est sans éclat, s'il est bas aux yeux des mortels, c'est le Jésus-Christ que je cherche. » Il me faut un Sauveur qui fasse honte aux superbes, qui fasse peur aux délicats de la terre, que le monde ne puisse goûter, qui ne puisse être connu que des humbles de cœur. Il me faut un Sauveur qui m'apprenne par son exemple que tout ce que je vois n'est qu'un songe, qu'il n'y a rien de grand que de suivre Dieu et tenir tout le reste au-dessous de nous, qu'il y a d'autres maux que je dois craindre et d'autres biens que je dois attendre. Le voilà, je l'ai rencontré, je le reconnais à ces signes, vous le voyez aussi, chrétiens. Reste à considérer maintenant si nous le croirons.

Il y a deux partis formés, le monde d'un côté, Jésus-Christ de l'autre. On va en foule du côté du monde, on s'y presse, on y court, on croit qu'on n'y sera jamais assez tôt. Là les délices, les réjouissances, l'applaudissement, la faveur; vous pourrez vous venger de vos ennemis; vous pourrez posséder ce que vous aimez, votre amitié sera recherchée; vous aurez de l'autorité, du crédit, vous trouverez partout un visage gai et un accueil agréable; il n'est rien tel, il faut prendre parti de ce côté-là. D'autre part Jésus-Christ se montre avec un visage sévère, il est pauvre et abandonné. L'un lui dit : Vous seriez mon Sauveur, si vous vouliez me tirer de la pauvreté : — Je ne vous le promets pas. — Que je puisse contenter ma passion : — Je ne le veux pas. — Que je puisse seulement venger cette injure : — Je vous le défends. — Le bien de cet homme m'accommoderait ; je n'y ai point de droit, mais j'ai du crédit : — N'y touchez pas, ou vous êtes perdu. — Qui pourrait souffrir un maître si rude? Retirons-nous, on n'y peut pas vivre. Mais du moins que promettez-vous? De grands biens? — Oui, mais pour une autre vie. — Je le prévois, mon Sauveur, vous n'aurez pas la multitude pour vous; vous serez condamné, car le monde gagnera sa cause. On nous donne un signe pour vous connaître, mais c'est un signe de contradiction. Il s'en trouvera, même dans l’Église, qui seront assez malheureux de le contredire ouvertement par des paroles et des sentiments infidèles, mais presque tous le contrediront par leurs œuvres. Et ne le condamnons-nous pas tous les jours? Quand nous prenons des routes opposées aux siennes, c'est lui dire secrètement qu'il a tort et qu'il devait venir comme les Juifs l'attendent encore. S'il est votre Sauveur, de quel mal voulez-vous qu'il vous sauve ? Si votre plus grand mal c'est le péché, Jésus-Christ est votre Sauveur, mais s'il était ainsi, vous n'y tomberiez pas si facilement. Quel est donc votre plus grand mal? C'est la pauvreté, c'est la misère? Jésus-Christ n'est plus votre Sauveur; il n'est pas venu pour cela. Voilà comme l'on condamne le Sauveur Jésus.

Où irons-nous, mes frères, et où tournerons-nous nos désirs ? Jusqu'ici tout favorise le monde, le concours, la commodité, les douceurs présentes. Jésus-Christ va être condamné : on ne veut point d'un Sauveur si pauvre et si nu. Irons-nous? Prendrons-nous parti? Attendons encore : peut-être que le temps changera les choses. Peut-être ! Il n'y a point de peut-être, c'est une certitude infaillible. Il viendra, il viendra ce terrible jour où toute la gloire du monde se dissipera en fumée ; et alors on verra paraître dans sa majesté ce Jésus autrefois né dans une crèche, ce Jésus autrefois le mépris des hommes, ce pauvre, ce misérable, cet imposteur, ce Samaritain, ce pendu. La fortune de ce Jésus est changée. Vous l'avez méprisé dans ses disgrâces, vous n'aurez pas de part à sa gloire. Que cet avènement changera les choses ! Là ces heureux du siècle n'oseront paraître, parce que se souvenant de la pauvreté passée du Sauveur, et voyant sa grandeur présente, la première sera la conviction de leur folie, et la seconde en sera la condamnation. Cependant ce même Sauveur laissant ces heureux et ces fortunés, auxquels on applaudissait sur la terre, dans la foule des malheureux, il tournera sa divine face au petit nombre de ceux qui n'auront pas rougi de sa pauvreté, ni refusé de porter sa croix. Venez, dira-t-il, mes chers compagnons, entrez en la société de ma gloire, jouissez de mon banquet éternel.

Apprenons donc, mes frères, à aimer la pauvreté de Jésus, soyons tous pauvres avec Jésus-Christ. Qui est-ce qui n'est pas pauvre en ce monde, l'un en santé, l'autre en biens, l'un en honneur, et l'autre en esprit? C'est pourquoi tout le monde désire, et tous ceux qui désirent sont pauvres et dans le besoin. Aimez cette partie de la pauvreté qui vous est échue en partage, pour vous rendre semblables à Jésus-Christ, et pour ces richesses que vous possédez, partagez-les avec Jésus-Christ. Compatissez aux pauvres, soulagez les pauvres, et vous participerez aux bénédictions que Jésus a données à la pauvreté. Chrétiens, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, « qui étant si riche par sa nature, s'est fait pauvre pour l'amour de nous, pour nous enrichir par sa pauvreté, » détrompons-nous des faux biens du monde, comprenons que la crèche de notre Sauveur a rendu pour jamais toutes nos vanités ridicules. Oui certainement, ô mon Seigneur Jésus-. Christ, tant que je concevrai bien votre crèche, les apparences du siècle ne me surprendront point par leurs charmes, elles ne m'éblouiront point par leur vain éclat ; et mon cœur ne sera touché que de ces richesses inestimables que votre glorieuse pauvreté nous a préparées dans la félicité éternelle. Amen.

 


 

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Vigile de la Nativité

24 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Vigile de la Nativité

Introït

Aujourd’hui, vous saurez que le Seigneur va venir et qu’il nous sauvera. Et demain matin, vous le verrez dans sa gloire. Au Seigneur appartient la terre et tout ce qui la remplit, l’univers et tous ceux qui l’habitent.

Collecte

Seigneur Dieu, vous nous donnez chaque année la joie d’attendre notre rédemption. Et puisque c’est dans la joie que nous accueillons votre Fils unique, lorsqu’il viendra nous racheter, accordez-nous de pouvoir encore le regarder sans inquiétude, quand il reviendra pour nous juger.

Épitre Rm. 1, 1–6.

Paul, serviteur du Christ-Jésus, apôtre par son appel, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, Évangile que Dieu avait promis auparavant par ses prophètes dans les saintes Écritures, touchant son Fils né de la postérité de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu miraculeusement, selon l’Esprit de sainteté, par une résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les Gentils, du nombre desquels vous êtes, vous aussi, par appel de Jésus-Christ.

Évangile Mt, 1, 18–21

Marie, la mère de Jésus, ayant été fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. Joseph, son mari, qui était juste et ne voulait pas la diffamer, se proposa de la répudier secrètement. Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craint point de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui est conçu en elle est du Saint-Esprit. Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras pour nom Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. »

 Secrète

Dieu tout Puissant, nous accourons dès aujourd’hui pour adorer la naissance de votre Fils. Permettez-nous de recevoir avec la même joie les dons éternels qu’il nous apporte.

Office

Homélie de saint Jérôme, Prêtre.

Première leçon. Pourquoi n’est-ce pas simplement par une vierge, mais par une vierge fiancée, qu’il est conçu ? D’abord, afin que par la généalogie de Joseph, celle de Marie fût constatée ; en second lieu, de peur qu’elle ne fût lapidée par les Juifs comme adultère ; en troisième lieu, pour que, fugitive en Égypte, elle eût un soutien en la personne de Joseph. Le Martyr saint Ignace ajoute une quatrième raison : s’il est conçu par une fiancée, c’est, dit-il, pour cacher cet enfantement au démon, qui le croira le fruit, non d’une vierge, mais d’une épouse.
Deuxième leçon. « Avant qu’ils vinssent ensemble, il fut découvert qu’elle avait conçu du Saint-Esprit. » Personne ne le découvrit, sinon saint Joseph, aux regards duquel ne pouvait rien échapper de ce qui concernait sa future épouse. Quand il est dit : « Avant qu’ils vinssent ensemble », il ne s’ensuit pas qu’ils se soient unis plus tard ; l’Écriture constate ce qui n’avait pas eu lieu.
Troisième leçon. « Mais Joseph, qui était un homme juste et ne voulait point la dénoncer, songea à la renvoyer sans éclat. » « Si quelqu’un s’unit à une femme de mauvaise vie, il devient un même corps avec elle », et il est marqué dans la Loi que, non seulement ceux qui commettent le crime, mais les complices eux-mêmes du crime, sont coupables. Comment donc Joseph, cachant le crime de son épouse, est-il appelé juste ? Mais c’est un témoignage en faveur de Marie ; car Joseph, connaissant sa chasteté et plein d’admiration pour ce qui se passe, cache sous le voile du silence, l’événement dont il ne comprend point le mystère.

Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour,

« nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l’espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s’étaient succédé ; mais ils n’apportaient rien avec eux, si ce n’est le renouvellement de cette même promesse. C’est pourquoi notre Psalmiste s’était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l’arrivée de votre Christ. Puis, passant de la plainte à l’audace, il s’était écrié d’une voix impérative : Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d’un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu’est notre nature ; c’est à votre ressemblance que vous l’avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n’est pas du moins en ce qu’il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement.

« Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait : A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu’à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez ! Enfin, tous les Prophètes, fatigués d’une trop longue attente, n’ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l’impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu’ils se retirent maintenant ; il n’est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu’à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.

« Mais que venons-nous d’entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l’Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d’Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l’esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d’empressement à témoigner de votre dévotion. C’est du moins ce que je puis juger, d’après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l’Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd’hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l’Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s’évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux mal-ci heureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l’orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s’il ne descend pas jusqu’à vous, s’il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés. »

Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d’espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L’Église, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l’Office et la Messe de la Vigile l’emportent sur l’Office et la Messe du quatrième Dimanche de l’Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu’elles soient, la solennité ne commence qu’aux premières Vêpres ; jusque-là l’Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd’hui, au contraire, dès le point du jour, à l’Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L’intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l’on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l’Avent ; et il n’y a plus qu’une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.

Entrons dans l’esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n’ayons vu naître, à l’heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c’est un devoir, pour tout fidèle enfant de l’Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l’univers entier veille encore à l’arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s’effacerait qu’au grand malheur de la terre.

Parcourons en esprit de prière les principales parties de l’Office de cette Vigile. D’abord, la sainte Église éclate par un cri d’avertissement qui sert d’Invitatoire à Matines, d’Introït et de Graduel à la Messe. C’est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.

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Mercredi de la IVème semaine de l’Avent

23 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Mercredi de la IVème semaine de l’Avent

Du Prophète Isaïe. Cap. 51, 1-8.

Première leçon. Écoutez-moi, vous qui suivez ce qui est juste, et qui cherchez le Seigneur ; portez votre attention sur la pierre dont vous avez été taillés, et sur la cavité de la citerne dont vous avez été arrachés. Portez votre attention sur Abraham votre père, et sur Sara qui vous a enfantés ; je l’ai appelé seul, je l’ai béni, et je l’ai multiplié. Ainsi le Seigneur consolera Sion, et il consolera toutes ses ruines ; il rendra son désert comme un lieu de délices, et sa solitude comme un jardin du Seigneur. On y trouvera la joie et l’allégresse, l’action de grâces et la voix de la louange.
Deuxième leçon. Soyez attentifs à moi, mon peuple ; ma tribu, écoutez-moi ; parce qu’une loi sortira de moi, et que mon jugement pour la lumière des peuples reposera parmi eux. Proche est mon juste, sorti est mon Sauveur, et mes bras jugeront les peuples : les îles m’attendront , et elles espéreront mon bras. Levez au ciel les yeux, et voyez en bas sur la terre ; parce que les cieux, comme la fumée, se dissiperont, et la terre s’usera comme un vêtement ; et ses habitants, comme elle, périront ; mais mon salut sera éternel, et ma justice ne défaudra pas.
Troisième leçon. Écoutez-moi, vous qui savez ce qui est juste, mon peuple, dans le cœur de qui est ma loi ; ne craignez pas l’opprobre des hommes, n’appréhendez pas leurs outrages. Comme un vêtement, le ver les rongera, et comme la laine, la teigne les dévorera ; mais mon salut sera à jamais, et ma justice dans toutes les générations.

Prope est iam Dóminus : veníte, adorémus. Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du Prophète Isaïe. CHAP. LI. (Voir leçons des Matines plus haut)

O vous, qui êtes la Fleur des champs et le Lis des vallons, vous venez donc transformer notre terre ingrate et aride en un jardin de délices. Par notre péché, nous avions perdu Eden et toutes ses magnificences ; et voilà que cet Éden nous est rendu ; voilà que vous venez l’établir dans notre cœur. O plante céleste ! Arbre de vie transplanté du ciel en terre, vous prenez d’abord racine en Marie, cette terre fidèle, et vous viendrez ensuite chercher en nous un sol reconnaissant qui vous garde et vous fasse fructifier. Préparez ce sol, divin agriculteur ! vous que la pécheresse pardonnée aperçut un jour sous la forme d’un jardinier. Vous savez combien il manque encore à nos cœurs, pour être propres à vos desseins. Remuez, arrosez cette terre, la saison est venue ; elle ne voudrait pas être stérile, ni se voir privée de posséder cette riche Fleur qui fait la gloire du ciel, et qui daigne venir cacher un moment son éclat ici-bas. O Jésus ! Faites que nos âmes soient fertiles, qu’elles se couronnent de la fleur des vertus ; qu’elles-mêmes deviennent autant de fleurs ; qu’elles soient du nombre de celles qui, croissant autour de la vôtre, préparent à l’œil du Père céleste un jardin digne d’être uni à celui qu’il a planté dans l’éternité. O Fleur céleste ! Vous êtes aussi la rosée, gardez-nous de la sécheresse ; vous êtes le soleil, gardez-nous de la froidure ; vous êtes l’odorant parfum, communiquez-nous votre suavité ; vous êtes la souveraine beauté, Fleur blanche et pourprée, faites que nous soyons radieux autour de vous dans l’éternité, comme la couronne que vous avez conquise.

HYMNE DE PRÉPARATION A NOËL.
(Composée par saint Ambroise, elle est aux premières Vêpres de Noël au Bréviaire Ambrosien ; et dans les anciens Bréviaires Romains-Français.)

Venez, Rédempteur des nations ; montrez-nous l’enfantement d’une Vierge ; que tous les siècles soient dans l’étonnement : cet enfantement sied à un Dieu.
Ce n’est point l’œuvre de l’homme ; c’est par le souffle mystique de l’Esprit divin que le Verbe de Dieu s’est fait chair, que le fruit des entrailles a fleuri.
Le signe de la maternité se révèle en la Vierge ; mais le sceau de la pudeur est demeuré intact ; l’étendard de la puissance se déploie ; Dieu habite dans son temple.
Il sort de son secret sanctuaire, royal palais de la pudeur ; Géant aux deux natures, il court sa voie à pas de conquête.
Il est sorti du Père ; il est remonté au Père ; il plonge jusqu’aux enfers, il reparaît sur son trône de Dieu.
Fils égal à l’éternel Père, revêtez les trophées de la chair ; affermissez par votre vertu toujours vivante les défaillances de notre corps.
Déjà resplendit votre crèche ; dans la nuit s’exhale une lumière nouvelle, que jamais l’ombre n’obscurcira : c’est l’éternelle splendeur de la foi.
Gloire à vous, Seigneur, qui êtes né d’une Vierge, gloire avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles sans fin !
Amen.
Mercredi de la IVème semaine de l’Avent
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Mardi de la IV ème semaine de l’Avent

22 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Mardi de la IV ème semaine de l’Avent

 

O Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu’un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d’avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s’estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l’heure approche où, sans cesser d’être son fils, vous sortirez d’elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l’amour maternel se confondant avec l’amour qu’elle a pour son Dieu, elle est au moment d’expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur. Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations ! Car vous voulez qu’elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l’homme vous est cher, puisque vous l’avez pétri de vos mains. Oh ! Venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la ; car vous l’aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.

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Saint Thomas apôtre mémoire de la férie de l'Avent

21 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Saint Thomas apôtre mémoire de la férie de l'Avent

Collecte

Faites-nous la grâce, nous vous en prions, Seigneur, de célébrer avec joie la solennité de votre bienheureux Apôtre Thomas, afin qu’étant toujours soutenus par sa protection, nous soyons, avec l’ardeur qui convient, les disciples de la foi qu’il a prêchée.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. L’Apôtre Thomas, appelé aussi Didyme, était galiléen. Après avoir reçu le Saint-Esprit, il alla prêcher l’Évangile dans beaucoup de provinces. Il enseigna les vérités de la foi et les préceptes de la vie chrétienne aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens, aux Bactriens. Enfin il se rendit dans les Indes, et instruisit les habitants de ces pays dans la religion chrétienne. La sainteté de sa vie et de sa doctrine et la grandeur de ses miracles ayant excité l’admiration des Indiens pour l’Apôtre, et leur amour pour Jésus-Christ, le roi de la contrée, adorateur zélé des idoles, en fut tout enflammé de colère. Il condamna Thomas à mourir, et celui-ci tomba, percé de traits, à Calamine, rehaussant ainsi par la couronne du martyre, l’honneur de son apostolat.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Quelles sont vos réflexions, mes très chers frères, en entendant lire ce passage de l’Évangile ? Attribuez-vous à l’effet du hasard qu’un disciple, choisi par le Seigneur, se soit trouvé absent au moment de son apparition ; mais que, venant ensuite, il en ait entendu le récit, que l’entendant il ait douté, qu’ayant douté il ait touché, qu’ayant touché il ait cru ? Non, cela n’est point arrivé par hasard, mais par une disposition de la Providence. La divine bonté à tout, conduit d’une manière admirable, afin que ce disciple, sous l’empire du doute, jusqu’à ce qu’il eût palpé les blessures du corps de son Maître, guérît en nous les plaies de l’infidélité. En effet, l’incrédulité de Thomas a plus servi à l’affermissement de notre foi, que la foi des autres disciples déjà convaincus ; car en voyant que cet Apôtre revient à la foi en touchant le Christ, notre esprit renonce au moindre doute et se sent fortifié dans la foi.
Huitième leçon. Si le Seigneur a permis qu’après sa résurrection, un disciple doutât de la sorte, il ne l’a cependant pas abandonné dans le doute : c’est ainsi qu’avant sa naissance il voulut que Marie eût un époux, sans néanmoins qu’elle cessât d’être vierge. Or, de même que ce disciple, doutant d’abord, puis touchant les plaies de son Maître, devint un témoin de la vérité de la résurrection, ainsi l’époux de la Mère de Dieu avait été le gardien de sa très pure virginité. Thomas palpa les plaies du Sauveur et s’écria : « Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu as cru. » Puisque l’Apôtre Paul dit : « La foi est le fondement des choses qu’on doit espérer, et la démonstration de celles qu’on ne voit point », il est clair et certain que la foi est la démonstration des vérités qui ne peuvent paraître à nos yeux ; car les vérités apparentes ne sont plus l’objet de la foi, mais de la connaissance.
Neuvième leçon. Pourquoi donc le Seigneur dit-il à Thomas, lorsque cet Apôtre eut vu, lorsqu’il eut palpé : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ? » C’est que, autre chose est ce qu’il a vu, et autre chose, ce qu’il a cru. Car un homme mortel ne peut voir la divinité. Il vit donc Jésus homme et il le confessa Dieu, disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » C’est donc en voyant qu’il a cru, c’est en considérant l’humanité véritable du Christ, qu’il a proclamé sa divinité que ses regards ne pouvaient atteindre. Les paroles qui suivent sont pour nous un sujet de joie : « Heureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru ! » Cette sentence s’adresse spécialement à nous qui, ne l’ayant point vu en sa chair, le retenons dans nos âmes par la foi. C’est nous que le Sauveur a désignés ; pourvu toutefois que nos œuvres soient conformes à notre foi. Car celui-là croit véritablement qui pratique ce qu’il croit.

Voici la dernière Fête que va célébrer l’Église avant celle de la Nativité de son Seigneur et Époux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu’ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d’exercer leur Foi. Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu’après avoir passé parles ombres de l’incrédulité : il est juste qu’il vienne maintenant en aide aux enfants de l’Église, et qu’il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d’une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l’ont placé, il demandera pour nous la docilité d’esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l’attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n’annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d’un enfant, et non par la voix tonnante d’un maître. L’Église a jugé à propos de nous présenter le récit des Actes de notre saint Apôtre aux Matines sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.

GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS. [1]

O Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l’Avènement du Juge.

L’Eglise grecque traite avec sa solennité ordinaire la fête de saint Thomas ; mais c’est au six octobre qu’elle la célèbre. Nous allons extraire quelques strophes des chants qu’elle lui a consacrés.

HYMNE DE SAINT THOMAS. (Tirée des Menées des Grecs.)
Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu’une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.
Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation, en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.
Tu as fais resplendir la terre des Indiens d’un vif éclat, ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l’Esprit-Saint, et tu les fis s’élever, ô très prudent, jusqu’à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l’Église, ô bienheureux intercesseur de nos âmes !
O contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! tu retiras les peuples de l’abime de l’ignorance avec les filets du divin Esprit : c’est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d’eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l’immortalité : supplie-le d’avoir pitié de nos âmes.

Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c’est à vous maintenant que s’adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Église. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d’une lumière qui nous conduise jusqu’à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi. Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu’il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, ô saint Apôtre, ce n’est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui cependant ont cru ! Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu’en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l’œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés,, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons.

Le culte dont saint Thomas était l’objet nous est attesté par les anciens Pères, spécialement par saint Grégoire de Nysse et par saint Éphrem, qui dans le XIIIe de ses Poèmes de Nisibe, décrit les hurlements de Satan parce qu’un marchand avait transporté des Indes à Édesse une partie du corps de l’Apôtre : Ululavit Diabolus : Quem in locum nunc fugere possum iustos ? Mortem incitavi ad Apostolos interficiendos, ut per mortem eorum evadam verberibus eorum. Sed nunc multo durius verberor. Apostolus quem interfeci in India, praevenit me Edessam. Hic et illic totus est ; illuc profectus sum et erat illic ; hic et illic inveni eum et contritus sum.

Les Grecs célèbrent la fête de saint Thomas le 6 octobre ; chez les Latins, le calendrier dit de Charlemagne, de l’an 781, lui assigne le 3 juillet, d’accord avec l’usage oriental primitif, qui tient ce jour-là pour celui du natale de l’Apôtre. Le martyrologe de Silos mentionne la fête de saint Thomas parmi les additions de seconde main, le 21 décembre ; toutefois dans le laterculus du Hiéronymien d’Epternach et dans celui de Wissembourg, la date susdite apparaît comme celle de la translation des reliques de l’Apôtre à Edesse.

A Rome la fête de saint Thomas date du moyen âge. Elle apparaît dans le Sacramentaire Grégorien et dans le calendrier de Saint-Pierre du XIIe siècle, mais elle doit être beaucoup plus ancienne, puisque le pape Symmaque édifia à cet Apôtre un oratoire au Vatican, près de la basilique de Saint-André.

En l’honneur de saint Thomas, la piété médiévale érigea par la suite à Rome au moins une dizaine d’églises dont les plus célèbres étaient celle de Saint-Thomas in Parione, Saint-Thomas in Formis sur le mont Cœlius, une autre contiguë à la basilique du Latran qui servait aussi de Secretarium, et enfin l’oratoire dédié à l’Apôtre dans l’intérieur du château Saint-Ange.

L’incrédulité de Thomas aussitôt après la résurrection de Jésus, et le fait que, le dimanche in Albis, de toute antiquité, on lit à la messe le récit de l’apparition dont Jésus l’honora, ont sans doute contribué à rendre sa mémoire populaire, de préférence à celle de plusieurs de ses collègues dans l’Apostolat.

Selon les Ordines Romani du XVe siècle, le Pape donnait aujourd’hui vacance au consistoire. Il est encore d’usage à Rome qu’en ce jour on commence à présenter les souhaits de Noël aux cardinaux et aux autres prélats de la cour pontificale.

Saint Thomas apôtre mémoire de la férie de l'Avent
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IVème dimanche de l’Avent

20 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

IVème dimanche de l’Avent

Introït

Cieux, répandez votre rosée ; que des nuées descende le salut ! Que s’ouvre la terre et qu’elle donne naissance au Sauveur. Les cieux chantent la gloire de Dieu : leur voûte solide proclame la puissance de ses mains.

Collecte

Excitez, Seigneur, votre puissance et venez : donnez-nous le secours de votre force infinie, et qu’avec l’aide de votre grâce, votre indulgente bonté nous accorde sans délai ce que retardent nos péchés.

Épitre 1 Cor. 4, 1–5

Mes Frères : Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu. Eh bien ! ce que l’on cherche dans les dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle. Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain ; je ne me juge pas moi-même ; car, quoique je ne me sente coupable de rien, je ne suis pas pour cela justifié : mon juge, c’est le Seigneur. C’est pourquoi ne jugez de rien avant le temps jusqu’à ce que vienne le Seigneur : il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et manifestera les desseins des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due.

Évangile Lc. 3, 1–6

La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée ; Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe, son frère, tétrarque de l’Iturée et du pays de la Trachonitide, et Lysanias, tétrarque de l’Abilène ; au temps des grands prêtres Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut sur Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés, ainsi qu’il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et colline seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux unis. Et toute chair verra le salut de Dieu. »

Secrète

Jetez, Seigneur, un regard apaisé sur le sacrifice que vous nous présentons ; qu’il nous attache à vous et assure notre salut.

Office

Au premier nocturne.

Du Prophète Isaïe. Cap. 35, 1-10 & 41, 1-4.

Première leçon. Elle se réjouira, la terre déserte et sans chemin, et elle exultera la solitude, et fleurira comme le lys. Germant, elle germera , et elle exultera, toute joyeuse, et chantant des louanges ; la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron ; eux-mêmes verront la gloire du Seigneur et la majesté de notre Dieu. Fortifiez les mains languissantes et affermissez les genoux débiles. Dites aux pusillanimes : Prenez courage et ne craignez point ; car voici que votre Dieu amènera la vengeance de rétribution ; Dieu lui-même viendra et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds entendront. Alors le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée, parce que des eaux se sont répandues dans le désert et des torrents dans la solitude. Et la terre qui était aride sera comme un étang, et celle qui avait soif comme des fontaines d’eaux.
Deuxième leçon. Dans les repaires, dans lesquels auparavant habitaient des dragons, croîtra la verdure du roseau et du jonc . Et là sera un sentier et une voie, et elle sera appelée la voie sainte ; l’impur n’y passera pas, et ce sera pour vous une voie droite, en sorte que les ignorants ne s’y égareront pas. Il n’y aura pas là de lion, et une mauvaise bête n’y montera pas et ne s’y trouvera pas ; mais ils y marcheront, ceux qui auront été délivrés. Et les rachetés par le Seigneur retourneront, et viendront à Sion, avec des chants de louange, et une allégresse éternelle sera sur leur tête ; ils obtiendront la joie et l’allégresse et la douleur fuira ainsi que le gémissement.
Troisième leçon. Que les îles se taisent devant moi, et que les Nations prennent une nouvelle force ; qu’elles s’approchent et alors qu’elles parlent, et entrons ensemble en jugement. Qui a suscité de l’Orient le juste ? L’a appelé pour qu’il le suivît ? Il mettra en sa présence des Nations et lui asservira des rois ; il [les] livrera comme de la poussière à son glaive, et comme une paille emportée par le vent à son arc. Il les poursuivra, il passera en paix, et la trace de ses pieds ne paraîtra pas. Qui a opéré et fait ces choses, appelant les générations dès le commencement ? Je suis le Seigneur ; c’est moi qui suis le premier et le dernier.
 

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Léon, Pape.

Quatrième leçon. Si nous avons, mes bien aimés, selon la foi et la sagesse, l’intelligence de l’exorde de notre création, nous trouverons que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, afin qu’il imitât son Auteur, et que la perfection première de notre race consiste à ce qu’en nous resplendisse, comme en une sorte de miroir, l’image de la bénignité divine. C’est sur ce type que la grâce du Sauveur nous refait tous les jours, lorsque ce qui est tombé dans le premier Adam, est relevé dans le second.
Cinquième leçon. Nous devons à la seule miséricorde de Dieu le bienfait de notre Rédemption ; nous ne l’aimerions pas, « s’il ne nous avait aimés le premier, » et s’il n’eût dissipé les ténèbres de notre ignorance par la lumière de sa vérité. C’est ce que Dieu nous apprend lui-même par le saint Prophète Isaïe : « Je conduirai les aveugles dans une voie qu’ils ne connaissaient pas ; et je les ferai marcher dans des sentiers qu’ils ignoraient. Je convertirai devant eux les ténèbres en lumière, et les chemins tortus en chemins droits ; je ferai ces merveilles pour eux et je ne les délaisserai pas. » Et encore : « J’ai été trouvé, dit-il, par ceux qui ne me cherchaient pas ; je me suis montré à ceux qui ne me demandaient pas. »
Sixième leçon. L’Apôtre saint Jean nous explique de quelle manière ce mystère s’est accompli, lorsqu’il dit : « Nous savons que le Fils de Dieu est venu, et nous a donné l’intelligence, pour que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous soyons en son vrai Fils. » Et encore « Aimons donc Dieu, puisque c’est lui qui nous a aimés le premier. » Or Dieu, en nous aimant, nous réforme sur son image ; et, pour trouver en nous des traits de sa bonté infinie, il nous donne des secours, afin que nous puissions faire ce qu’il fait lui-même : répandant les lumières de sa vérité dans notre esprit, et nous enflammant du feu de sa charité, pour que nous ne l’aimions pas seulement lui-même, mais que nous aimions tout ce qu’il aime.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Septième leçon. Jean disait à ceux qui accouraient en foule pour être baptisés : « Race de vipères, qui vous a montré à fuir la colère à venir ? » Or, la colère à venir est le châtiment final, que ne pourra fuir alors le pécheur, s’il ne recourt maintenant aux gémissements de la pénitence. Et i ! faut remarquer que ces rejetons mauvais, imitant la manière d’agir de parents méchants, sont appelés : race de vipères ; parce qu’en portant envie aux bons, en les persécutant, en faisant du mal à leur prochain, en se vengeant du dommage qu’on leur porte, ils suivent en tout cela les voies de leurs pères selon la chair, et agissent comme des enfants envenimés, nés de parents remplis eux-mêmes de venin.
Huitième leçon. Mais, puisque nous avons déjà péché, et que nous sommes enveloppés dans de mauvaises habitudes invétérées, qu’il nous dise ce que nous devons faire pour pouvoir fuir la colère à venir. Le voici : « Faites donc de dignes fruits de pénitence. » Il faut remarquer, dans ces paroles, que l’ami de l’Époux nous avertit de faire, non seulement des fruits de pénitence, mais de dignes fruits de pénitence. Car, c’est autre chose que de faire un fruit de pénitence, et de faire un digne fruit de pénitence. Pour bien parler de ces fruits de pénitence, il faut savoir que quiconque n’a rien commis d’illicite, a le droit d’user des choses licites : et ainsi, en s’exerçant dans les œuvres de piété, il lui est libre d’user, s’il le veut, des choses du monde.
Neuvième leçon. Mais, si il quelqu’un est tombé dans de grands péchés, il doit d’autant plus se retrancher ce qui est permis, qu’il se souvient d’avoir commis des actions défendues. Et, en effet, les fruits des bonnes œuvres ne doivent pas être pareils en celui qui a peu péché, et en celui qui a péché beaucoup ; ou bien en celui qui n’a jamais commis de crimes, celui qui en a commis quelques-uns, et celui qui en a commis un grand nombre. Ces paroles donc : « Faites de dignes fruits de pénitence, » sont un appel à la conscience de chacun, l’invitant à acquérir par la pénitence un trésor de bonnes œuvres d’autant plus grand, qu’il s’est causé de plus grands dommages par le péché.

IVème dimanche de l’Avent
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Samedi des Quatre-Temps de l’Avent

19 Décembre 2020 , Rédigé par Ludovicus

Samedi des Quatre-Temps de l’Avent

Oraison

Seigneur Dieu, vous voyez les épreuves que nous subissons à cause du péché qui est en nous : accordez-nous de trouver le réconfort dans votre venue.

Lecture Is. 19, 20–22

En ces jours là : quand ils crieront vers le Seigneur, à cause des oppresseurs, il leur enverra un sauveur et un champion pour les délivrer. Le Seigneur se fera connaître de l’Égypte, et l’Égypte connaîtra le Seigneur, en ce jour-là ; ils feront des sacrifices et des offrandes ; ils feront des vœux au Seigneur et les accompliront. Le Seigneur frappera l’Égypte, frappant et guérissant. Ils se convertiront au Seigneur, et il se laissera fléchir par eux et les guérira.

Oraison

Dieu tout puissant, par un vieil esclavage, nous sommes écrasés sous le joug du péché ; faites que la naissance nouvelle de votre Fils unique que nous attendons nous rende la liberté.

Lecture Is. 35, 1–7

Voici ce que dit le Seigneur : Le désert et la terre aride se réjouiront ; la steppe sera dans l’allégresse, et fleurira comme le narcisse ; il se couvrira de fleurs et tressaillira, il poussera des cris de joie. La gloire du Liban lui sera donnée, avec la magnificence du Carmel et de Saron. Ils verront la gloire du Seigneur, la magnificence de notre Dieu ! Fortifiez les mains défaillantes, et affermissez les genoux qui chancellent ! Dites à ceux qui ont le cœur troublé ; « Prenez courage, ne craignez point : Voici votre Dieu ; la vengeance vient, une revanche divine, il vient lui-même et vous sauvera. » Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, alors s’ouvriront les oreilles des sourds. Le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, et des ruisseaux dans les steppes ; .Le sol brûlé se changera en un lac, et la terre altérée en sources d’eaux : Oracle du Seigneur Tout puissant.

Oraison

Nous sommes, Seigneur, des serviteurs indignes, et c’est notre vie coupable qui nous attriste. Cependant, rendez-nous la joie par l’avènement de votre Fils Unique.

Lecture Is. 40, 9–11.

Voici ce que dit le Seigneur : Monte sur une haute montagne, toi qui portes à Sion la bonne nouvelle ; élève la voix avec force, toi qui portes à Jérusalem la bonne nouvelle ; élève-la, ne crains point ; dis aux villes de Juda « Voici votre Dieu ! » Voici que le Seigneur Dieu vient avec puissance ; son bras exerce la domination ; Voici que sa récompense est avec lui, et son salaire est devant lui. Comme un berger, il fera paître son troupeau ; il recueillera les agneaux dans ses bras, et les portera dans son sein, le Seigneur notre Dieu.

Oraison

Nous vous en prions, Dieu tout puissant, permettez que la fête toute proche de votre Fils nous apporte les remèdes nécessaires à la vie présente et nous mérite la récompense éternelle.

Lecture Is. 45, 1–8.

Ainsi parle le Seigneur à son oint, à Cyrus , que j’ai pris par la main droite pour terrasser devant lui les nations, et pour délier la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les portes, afin que les entrées ne lui soient pas fermées. Moi, je marcherai devant toi ; j’aplanirai les chemins montueux ; je romprai les portes d’airain, et je briserai les verrous de fer. Je te donnerai les trésors cachés, et les richesses enfouies, afin que tu saches que je suis le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui t’ai appelé par ton nom. A cause de Jacob, mon serviteur, et d’Israël, mon élu, je t’ai appelé par ton nom ; je t’ai désigné quand tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, et il n’y en a point d’autre ; hors moi, il n’y a point de Dieu ! Je t’ai ceint quand tu ne me connaissais pas, afin que l’on sache ; du levant au couchant, qu’il n’y a rien en dehors de moi ! Je suis le Seigneur, et il n’y en a point d’autre ; je forme la lumière et crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur c’est moi le Seigneur qui fais tout cela. Cieux, répandez d’en haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir la justice ! Que la terre s’ouvre et produise le salut, qu’elle fasse germer la justice en même temps ! Moi ! Le Seigneur, je crée ces choses.

Oraison

Par pitié, Seigneur, exaucez les prières de votre peuple, et puisque nous subissons les épreuves que nous ont mérités nos péchés, apportez-nous le réconfort quand vous viendrez à nous, plein de bonté

Lecture Dn. 3, 47–53.

En ces jours là : L’ange du Seigneur était descendu dans la fournaise avec Azarias et ses compagnons, et il écartait de la fournaise la flamme de feu. Et il rendit le milieu de la fournaise tel que si un vent de rosée y avait soufflé. La flamme s’élevait quarante-neuf coudées au-dessus de la fournaise ; et, s’étant élancée, elle brûla les Chaldéens qu’elle rencontra près de la fournaise. Et le feu ne les toucha même pas, il ne les blessa point et ne leur causa point le moindre mal. Alors ces trois hommes, comme d’une seule bouche, louaient, glorifiaient et bénissaient Dieu dans la fournaise, en disant :

Bénis sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, à Toi louange et gloire éternellement.
Bénis soit le nom de ta gloire qui est saint, à Toi louange et gloire éternellement.
Bénis sois-tu dans le temple saint de ta gloire, à Toi louange et gloire éternellement.
Bénis sois-tu sur le saint trône de ton règne, à Toi louange et gloire éternellement.
Bénis sois-tu sur le sceptre de ta divinité, à Toi louange et gloire éternellement.
Bénis sois-tu qui siège sur les Chérubins, dominant l’abîme, à Toi louange et gloire éternellement.
Bénis sois-tu qui marches sur les ailes du vent et avances sur les flots de la mer, à Toi louange et gloire éternellement.
Que tous les Anges et tes saints te bénissent, qu’ils te louent et te glorifient éternellement.
Que les cieux la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent te bénissent, qu’ils te louent et te glorifient éternellement.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, louange et gloire éternellement.
Comme il était au commencement, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen. Louange et gloire éternellement.
Tu es béni Seigneur, Dieu de nos pères, à Toi louange et gloire éternellement.

Oraison

Dieu, qui pour les trois jeunes gens avez adouci les flammes du brasier, nous vous en prions : ne laissez pas le feu des passions dévorer vos serviteurs

Épitre 2 Th. 2, 1–8

Mes Frères : En ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser ébranler facilement dans vos sentiments, ni alarmer, soit par quelque esprit, soit par quelque parole ou lettre supposées venir de nous, comme si le jour du Seigneur était imminent. Que personne ne vous égare d’aucune manière ; car auparavant viendra l’apostasie, et se manifestera l’homme de péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte, jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu, et à se présenter comme s’il était Dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j’étais encore chez vous ? Et maintenant vous savez ce qui le retient, pour qu’il se manifeste en son temps. Car le mystère d’iniquité s’opère déjà, mais seulement jusqu’à ce que celui qui le retient encore paraisse au grand jour. Et alors se découvrira l’impie, que le Seigneur Jésus exterminera par le souffle de sa bouche, et anéantira par l’éclat de son avènement.

Évangile Lc. 3, 1–6

La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée ; Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe, son frère, tétrarque de l’Iturée et du pays de la Trachonitide, et Lysanias, tétrarque de l’Abilène ; au temps des grands prêtres Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut sur Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés, ainsi qu’il est écrit au livre des oracles du prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et colline seront abaissées ; les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux unis. Et toute chair verra le salut de Dieu. »

Postcommunion

Nous vous le demandons, Seigneur, notre Dieu : que ces mystères sacrosaints, que vous avez donné pour raffermir en nous votre œuvre de rédemption, soient le remède qui nous sauve pour la vie présente et pour l’éternité.

Leçons des Matines

Homélie de saint Grégoire, Pape.

Première leçon. A quel temps le Précurseur de notre Rédempteur reçut le mandat de prêcher, nous le trouvons indiqué par la double mention que fait l’Évangile, et du chef de l’empire Romain et des rois de la Judée. Il venait annoncer Celui qui allait en racheter quelques-uns d’entre les Juifs et un plus grand nombre d’entre les Gentils : voilà pourquoi on précise l’époque de sa prédication, en citant et un empereur des Gentils et les princes des Juifs. La Gentilité devait être rassemblée, tandis que la nation juive allait être dispersée, en punition de sa perfidie, cela aussi nous est indiqué par la mention faite des chefs du pouvoir civil : un seul, dit l’Évangile, dominait dans la République Romaine, tandis que plusieurs princes commandaient dans la Judée, divisée en quatre parties.
Deuxième leçon. En effet, voici la parole de notre Rédempteur : « Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit. » II est donc visible que le royaume de Judée, divisé et soumis à tant de chefs, touchait à son terme. C’est aussi avec raison qu’on ne dit pas seulement sous quels princes, mais encore sous quels prêtres la parole du Seigneur se fit entendre au Fils de Zacharie dans le désert. Comme Celui que Jean-Baptiste annonçait devait être à la fuis Roi et Prêtre, l’Évangéliste saint Luc désigne le temps de sa prédication par la mention et des chefs du gouvernement civil et des autorités sacerdotales.
Troisième leçon. « Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. » Il est évident pour tous les lecteurs, que Jean n’a pas seulement prêché le baptême de la pénitence, mais qu’il le donna aussi à plusieurs : cependant il n’a pas pu donner son baptême en rémission des péchés, car la rémission des péchés ne nous est accordée que par le seul baptême du Christ. Aussi, faut-il remarquer qu’il est dit : « prêchant le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés » ; car, ne pouvant donner le baptême qui remet les péchés, il le prêchait. De sorte que, comme la parole de sa prédication était l’avant-coureur de la Parole incarnée du Père, de même son baptême, par lequel les péchés ne pouvaient être remis, fut l’avant-coureur du baptême de pénitence qui remet les péchés.

Station à Saint-Pierre.

Les Quatre-Temps

A l’origine, les ordinations des ministres sacrés à Rome ne se célébraient qu’au mois de décembre, époque à laquelle la famille chrétienne, à l’approche de la solennité de Noël, offrait à Dieu, en un solennel triduum de jeûnes, comme une libation des fruits recueillis pendant la saison, et profitait de cette occasion pour implorer ses charismes sur ceux que l’Esprit Saint avaient désignés pour continuer l’œuvre des apôtres, dans le gouvernement du troupeau de Jésus-Christ. Il était de règle de célébrer les ordinations des lévites près de la tombe de saint Pierre. Toutefois, l’on tenait à faire remarquer que, si tous les membres du clergé ont l’Apôtre à leur tête, duquel ils reçoivent, comme d’une source vitale, leur pouvoir, seul le Pape hérite de lui la plénitude de la puissance pontificale et la primauté universelle sur l’Église. C’est pourquoi, au XIIe siècle, la consécration pontificale seule s’accomplissait régulièrement à l’autel érigé sur le tombeau de l’Apôtre, tandis que les autres étaient célébrées d’ordinaire dans la rotonde contiguë dédiée à saint André ou dans l’oratoire de saint Martin.

Autrefois, ce samedi était aliturgique à Rome, comme le samedi saint et les autres samedis des Quatre-Temps, et par suite, le jeûne commencé après le repas du vendredi soir, se prolongeait jusqu’à l’aurore du dimanche suivant, au terme de la messe de vigile qui se célébrait dans la basilique vaticane, En ces premiers temps dont nous parlons, le concept primitif de l’agape intimement associée à la célébration du Sacrement eucharistique, dominait encore. Le jeûne ecclésiastique excluait pour cette raison la messe elle-même, qui, dès le temps de Tertullien, marquait le terme de l’abstinence. Il était donc bien naturel que, les ordinations devant se célébrer durant la vigile dominicale à Saint-Pierre, le peuple s’abstînt de nourriture durant toute la journée précédente, et, par suite, le samedi n’avait pas de messe.

Dans les anciens Sacramentaires, les samedis des Quatre-Temps prennent souvent le nom de samedis des douze leçons. En voici la raison : à l’origine, à Rome, et, à son exemple, en beaucoup d’églises occidentales, on jeûnait trois jours par semaine, le mercredi, le vendredi et le samedi, et la nuit précédant le dimanche on célébrait les vigiles nocturnes en préparation au sacrifice dominical. C’est la forme primitive de la sanctification de la semaine chrétienne, différente de la semaine pharisaïque, qui comportait seulement deux jeûnes, le lundi et le jeudi. Cette discipline rigoureuse des temps évangéliques se relâcha dans la suite, et ce qui était d’abord le rite habituel du cycle hebdomadaire finit, au IVe siècle, par devenir la caractéristique exclusive de quelques semaines spéciales, c’est-à-dire lors des trois jeûnes solennels des mois de juin, de septembre et de décembre, opposés aux fériés latines de la moisson, de la vendange et du décuvage.

Le type de l’antique vigile romaine nous a été suffisamment conservé par le missel romain, dans la première partie de la cérémonie qui précède maintenant la bénédiction des fonts baptismaux le samedi saint. Ce type archaïque dérive originairement de l’usage des synagogues de la Diaspora, où, tous les samedis, le peuple alternait le chant responsorial des psaumes avec la lecture de péricopes scripturaires déterminées, que commentaient les rabbins. Étant donné que Paul, Barnabé, Silas et les autres fréquentaient les réunions sabbatiques des synagogues, les synaxes chrétiennes ne pouvaient commencer qu’au coucher du soleil, quand avait pris fin le service liturgique des fils d’Israël. Lorsque les craintifs disciples de l’Évangile se réunissaient circa domos ad frangendum panem, Vénus brillait déjà au ciel, et la fonction, devant se prolonger toute la nuit, commençait par la poétique cérémonie du lucernaire dont l’objet était de dédier à la lumière incréée la flamme tremblotante destinée à dissiper les ténèbres de la sainte veillée. C’était le vrai symbole de l’Église naissante.

Bien avant que les moines transplantassent d’Égypte et introduisissent dans la liturgie basilicale romaine le type de leur veillée monastique, passée en chantant des psaumes, celle de l’Église de Rome comportait tout un entrelacement de douze leçons répétées en latin et en grec, à cause de la population mélangée de la Ville éternelle, et ces leçons alternaient avec le chant responsorial des fameuses Odes matutinales et les collectes du prêtre. Peut-être, au début, les lectures étaient-elles commentées successivement au peuple par les prêtres — comme cela se faisait en Orient — ou par le Pape ; mais vers le Ve siècle toute l’explication était contenue dans la collecte prononcée par le président de l’assemblée. A la fin de chaque lecture, le diacre invitait le peuple à la prière : Flectamus genua, et l’assemblée se prosternait à terre, méditant sur ce qu’elle avait entendu lire. Levate, ordonnait peu après le lévite, et tous se levaient, étendant les bras en forme de croix dans l’attitude de la prière. Alors le prêtre récitait au nom de tous la brève prière insérée aujourd’hui encore dans le missel, appelée collecte parce qu’elle résumait les vœux-particuliers de chaque fidèle, et, ainsi réunis, les présentait au trône du Seigneur. Au terme des vigiles, vers le lever de l’aurore, le cantique des trois enfants de Babylone, dit communément Benedictiones, mettait fin à la psalmodie, et servait comme chant de passage entre l’office de la vigile et l’offrande du Sacrifice eucharistique. Pourtant avant de porter les Dons sacrés à l’autel, on procédait à l’ordination des nouveaux ministres. Le schéma du rite était identique pour les évêques, les prêtres et les diacres. Une brève collecte de préparation, puis le chant de la prière eucharistique de consécration (préface) accompagnée de l’imposition des mains. Il n’y avait à l’origine ni remise des instruments, ni onctions, ni vêtures ; tout cela fut introduit plus tard, sous l’influence gallicane. L’anaphore consécratoire se déroulait sur le même rythme que celle de la messe, dont l’ordination constituait comme un bref prélude et une partie préparatoire. En cet âge d’or de la sainte liturgie, l’Eucharistie était le vrai point central du culte catholique ; elle encadrait tout autre acte cultuel. C’était en vue de sa consécration qu’on ordonnait les nouveaux ministres ; par suite, il était bien juste que ce rite formât la partie préliminaire de l’anaphore elle-même. C’est pourquoi les plus anciens documents liturgiques nous rapportent le texte de l’anaphore eucharistique précisément quand ils viennent à traiter de l’ordination des nouveaux prêtres. « Quand vous aurez élu quelqu’un à la dignité d’évêque ou de prêtre, récitez sur lui la prière de consécration ; puis, quand il aura reçu du peuple le baiser de paix, que le diacre lui présente le pain et le vin, et que le nouveau prêtre récite sur ces éléments l’anaphore d’oblation. » Ainsi s’expriment généralement les canons d’Hippolyte et les plus anciens textes qui subsistent du droit ecclésiastique.

Les ordinations aux Quatre-Temps

Aujourd’hui, le rite prescrit par le pontifical romain pour les ordinations est beaucoup plus complexe. La mentalité juridique franque, avec ses distinctions entre le droit et l’investiture pour l’exercice de ce droit, a introduit dans le cérémonial de Rome un tel ensemble de doublons, de prières de rechange, de remises d’instruments, de vêtures, d’onctions avec l’huile des catéchumènes et avec le chrême, que parfois les théologiens scolastiques ont fini par ne plus s’y reconnaître dans la recherche de la matière et de la forme essentielle du sacrement de l’Ordre. Il faut dire qu’à Rome c’est de très mauvais gré, et seulement à la fin du moyen âge, que l’on se résigna à cet enchevêtrement de cérémonies ; à travers les longs siècles du moyen âge, Rome, comme l’attestent les Ordines Romani, a conservé intactes ses anaphores primitives pour l’ordination des ministres sacrés, et celles-ci, mises en présence de celles que nous trouvons recensées dans les plus anciens documents liturgiques des patriarcats d’Alexandrie et d’Antioche, dans les canons dits d’Hippolyte, dans le Règlement ecclésiastique Égyptien, la Didascalie des Apôtres, les Constitutions apostoliques, le Testament du Seigneur, etc., leur paraissent étroitement apparentées et dérivant d’une source primitive qui a été leur commune inspiratrice.

Comme il n’y a pas lieu de reproduire ici dans leur entier les formules romaines pour la consécration des ministres sacrés, nous nous contenterons de les résumer brièvement.

Après une courte collecte d’introduction (qui, pour leur faire honneur, précède toujours dans l’antiquité tant les anaphores eucharistiques que l’oraison dominicale), la prière pour la consécration des évêques et du Pape lui-même exprimait cette idée que, à la différence de l’ancien sacerdoce lévitique, dont les prérogatives consistaient toutes dans la splendeur extérieure des vêtements, le sacerdoce chrétien n’a pas de vêtements spéciaux. — Nous nous trouvons donc dans une période où n’existe pas encore un type spécial de vêtements hiératiques, mais comme précisément à Rome au début du IVe siècle, où les lévites sacrés, lorsqu’ils servent à l’autel ou ensevelissent les martyrs, se distinguent à peine par la plus grande blancheur de leurs manteaux jetés sur la toge latine de même coupe que celle des autres citoyens. — Au contraire, proclame hautement l’anaphore, les ornements de notre sacerdoce sont les vertus, celles mêmes que symbolisaient de façon typique les ors et les gemmes de l’antique éphod pontifical. Puis, comme, dans les trois premiers siècles, de préférence aux prêtres qui présidaient seulement aux pénibles exercices de l’exomologèse des pénitents, c’était l’évêque qui était le ministre habituel de l’absolution sacramentelle, comme du Baptême et de la première communion, ainsi, dans l’anaphore dont nous parlons, l’on supplie Dieu de lui remettre les clefs du royaume des cieux, afin qu’il lie et délie dans le ciel ce que, par sa sentence, il aura lié et délié sur la terre.

En ces premiers temps, si agités par les hérésies, le ministère de la prédication était également propre aux évêques, de préférence aux prêtres ; aussi, bien que saint Jérôme vît d’un mauvais œil ce privilège si exclusif de l’autorité pontificale, Rome se montra parfois défiante vis-à-vis de la discipline toute différente des Églises gallicanes, où la prédication était permise aux prêtres. C’est pourquoi dans l’anaphore consécratoire des évêques, il est aussi fait mention de cet office d’annoncer la parole de Dieu si important et si propre aux Pontifes qui, précisément en raison du ministère de l’évangélisation, sont considérés comme les successeurs des apôtres.

Si l’on tient compte de toutes ces attributions épiscopales dans les quatre premiers siècles, comme d’autre part l’anaphore consécratoire des évêques, selon le pontifical romain, reflète précisément cet ordre d’idées et cette discipline primitive de l’Église, on ne peut placer sa rédaction après le Ve siècle, mais plutôt auparavant.

Dans la formule consécratoire romaine, il est remarquable que l’autorité de remettre les péchés soit mise directement en relation avec la puissance souveraine des clefs confiées à Pierre ; cela se vérifie pour le Pontife romain, mais n’est pas entièrement exact pour les autres évêques. Cette observation nous amène à soupçonner qu’au début, l’anaphore du pontifical aura été rédigée exclusivement pour la consécration du Pape, et que, dans la suite seulement, elle aura été employée pour celle des autres évêques suffragants de Rome, qui, précisément, devaient être consacrés par le Pontife, leur métropolitain.

Selon la discipline ecclésiastique des premiers siècles, l’office des prêtres était de former le conseil de l’évêque, et de le remplacer dans l’administration des sacrements, à l’exception de ceux qui, par institution divine ou par discipline canonique, lui étaient réservés. C’est pourquoi, selon le pontifical romain, dans l’anaphore consécratoire des prêtres, l’évêque, ayant d’abord rappelé que Moïse dans le désert était aidé par une assemblée de soixante-dix anciens, Aaron par ses propres fils, et qu’enfin aux apôtres eux-mêmes Jésus accorda l’aide des docteurs, l’évêque supplie le Seigneur de lui accorder aussi, à lui consécrateur, en la personne des nouveaux candidats au sacerdoce, des aides remplis de l’esprit de toute sainteté.

Dans l’antiquité, quoique formant l’assemblée sacerdotale autour de la personne de l’évêque, les prêtres, dans les circonstances ordinaires, n’avaient aucune attribution particulièrement réservée ; ils ne baptisaient, ne célébraient la messe, n’absolvaient les pénitents qu’à défaut de l’évêque et moyennant une délégation spéciale. Conformément à cette situation l’anaphore du pontifical romain pour l’ordination des prêtres, ne mentionne aucune fonction propre qui leur soit distinctement attribuée ; on prie seulement en général pour que le charisme sacerdotal les rende providi cooperatores ordinis nostri, comme c’était justement le cas, en ces tout premiers temps lorsque l’unique sacerdos et ministre des sacrements était le Pontife, et que les prêtres le remplaçaient seulement là où ne pouvait s’étendre son activité, exception faite pour le sacrement de l’Ordre.

Dans l’antiquité, le diacre était l’inséparable compagnon de l’évêque ; on peut même dire que, si le collège presbytéral représentait la sagesse de l’Église et le point d’appui de l’autorité épiscopale, les diacres pourtant étaient son bras droit. C’est ainsi qu’à Rome, au me siècle, l’usage avait prévalu, de donner toujours des diacres, jamais des prêtres, comme successeurs au Pontife défunt. A la différence des prêtres qui, par leur sagesse et leur pouvoir, assistaient l’évêque dans le gouvernement spirituel de l’Église et dans l’administration des sacrements, l’office des diacres, quoique comportant une plus grande responsabilité, était plus humble. Dans les synaxes sacrées, les prêtres, précisément parce qu’ils partageaient, bien qu’à un degré inférieur, le sacerdoce avec le Pontife, s’asseyaient à ses côtés, parfois concélébraient avec lui, rompaient avec lui le Pain eucharistique, tandis que l’attitude caractéristique des diacres était de se tenir toujours debout, comme quelqu’un qui attend des ordres de plus haut et qui est destiné aux offices matériels du saint Ministère. Lesquels ? Non pas simplement d’assister l’évêque quand il prêchait, célébrait les divins Mystères ou se rendait aux Conciles, mais par-dessus tout dans l’administration du patrimoine ecclésiastique, des cimetières, dans le soin des pauvres, des orphelins, des catéchumènes, des prisonniers jetés dans les cachots pour la confession du nom du Christ, dans la correspondance de la chancellerie épiscopale, etc.

C’est pourquoi l’anaphore de consécration du diacre exprime toute l’importance que l’Église attachait à l’office de ses lévites. Leurs qualités morales doivent être telles et si nombreuses, que l’évêque hésite presque à se porter garant de leur mérite devant les fidèles, et il en appelle, pour cela, à l’insondable jugement de Dieu, qui peut seul pénétrer les consciences des candidats et guérir les plaies échappant à l’œil et aux soins de l’homme. Que les diacres, implore le célébrant, soient le modèle éclatant de toutes les vertus ; qu’ils soient chastes, constants, modestes dans leur autorité. Cette dernière recommandation était particulièrement opportune pour les diacres romains, qui excédaient parfois leurs attributions, jusqu’à obliger des conciles à mettre un frein à leur arrogance : De diaconibus Urbis, ut non sibi tantum præsumant.

Avec l’aide des divers Ordines Romani, nous pouvons suivre pas à pas tout le développement du rituel des ordinations sacrées dans la Ville éternelle. Au début, une simple oratio en forme d’anaphore, accompagnée de l’imposition des mains par l’évêque, et qui formait une très brève parenthèse dans l’ordre habituel de l’offrande du divin Sacrifice. C’était l’affaire de quelques minutes : ieiunantes et orantes, imposuerunt eis manus, absolument comme est décrite dans les Actes des Apôtres l’ordination de Paul et de Barnabe. La parenthèse fermée, on reprenait la messe au point où on l’avait interrompue, et l’Eucharistie mettait le dernier sceau à tout le rite.

Au moyen âge, le cérémonial se complique. Voici la remise officielle des oraria déposés le jour précédent sur le tombeau de saint Pierre, le revêtement des pænulæ, les litanies, la chevauchée solennelle des nouveaux prêtres et diacres à leurs titres respectifs.

Avec ces rites décrits dans les Ordines Romani du IXe siècle, s’entrelacent plus tard les autres cérémonies, gallicanes, des onctions et de la remise des instruments, symboles de l’Ordre reçu. Toute cette fusion de rites laisse quelque peu à désirer, au point de vue de l’esthétique liturgique, qui exige dans le culte une absolue rigueur théologique des formules, l’ordre, l’harmonie et la proportion dans les parties. Pourtant, dans l’ensemble, la fusion des deux rits romain et gallican produit de l’effet et plaît à qui ne regarde pas de trop près. L’Église parle, et même quand sa parole, par suite de sursauts débordants d’affection, ne procède pas avec un ordre rigoureusement méthodique, elle suscite toujours une vive impression, parce qu’elle est la parole de l’Esprit Saint, et que la parole de Dieu n’est jamais stérile et ne s’efface pas.

Samedi des Quatre-Temps de l’Avent
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