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Regnum Galliae Regnum Mariae
Articles récents

Il ne peut "jamais être juste" de garder le silence.

21 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Il ne peut "jamais être juste" de garder le silence.

Même le cardinal Burke le dit

C'est l'apostasie, pas le schisme -

L'église actuelle se trouve dans l'apostasie de la foi - pas dans le schisme, a déclaré le cardinal Raymond Burke à TheWandererPress.com (17 janvier).

Évêques, prêtres et laïcs "ont effectivement abandonné la foi catholique en épousant des enseignements et des pratiques contraires au dépôt de la foi", a-t-il ajouté.

Burke critique "le silence de tant de cardinaux et d'évêques" qui devraient défendre la foi "de vive voix" car, dans l'immense confusion et la division grandissante de l’Église, il ne peut "jamais être juste" de garder le silence.
 
Quand on aime l’Église, quand on prie pour elle, on hait ce qui la défigure, ce qui cherche à la détruire et l'on ne peut se faire complice des libéraux, modernistes, progressistes qui l'occupent.
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Sainte Agnès vierge et martyre

21 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Agnès vierge et martyre

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui choisissez ce qu’il y a de faible dans le monde, pour confondre les forts, accordez-nous, par votre miséricorde que, célébrant la solennité de la bienheureuse Agnès, votre Vierge et Martyre, nous ressentions auprès de vous les effets de sa protection

A MATINES Avant 1960

Au premier nocturne

Du livre de l’Ecclésiastique. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès

Première leçon. Je vous glorifierai, Seigneur Roi, et je vous louerai, vous qui êtes Dieu, mon Sauveur. Je glorifierai votre nom, parce que vous m’êtes devenu un aide et un protecteur. Et vous avez délivré mon corps de la perdition, du piège de la langue inique et des lèvres de ceux qui commettent le mensonge, et en présence de ceux qui se tenaient debout (près de moi), vous m’êtes devenu un aide. Et vous m’avez délivré, selon la multitude des miséricordes de votre nom, des lions rugissants prêts à me dévorer ; des mains de ceux qui recherchaient mon âme et des portes des tribulations qui m’ont environné ; de la violence de la flamme qui m’a environné, et au milieu du feu, je n’en ai pas senti la chaleur ; de la profondeur des entrailles de l’enfer, et de la langue souillée et de la parole du mensonge ; d’un roi inique et de la langue injuste.
Deuxième leçon. Jusqu’à la la mort mon âme louera le Seigneur ; car ma vie s’approchait de l’enfer, en bas. Ils m’ont environné de tous côtés, et il n’y avait personne qui me secourût. Je tournais mes regards vers le secours des hommes, et il n’en était point. Je me suis souvenu, Seigneur, de votre miséricorde et de votre œuvre, qui sont dès le commencement du monde ; parce que vous délivrez, Seigneur, ceux qui vous attendent avec patience et vous les sauvez des mains des nations.
Troisième leçon. Vous avez élevé sur la terre mon habitation ; et à cause de la mort qui découlait (sur moi), j’ai fait des supplications. J’ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur, afin qu’il ne me laisse point sans secours au jour de ma tribuiation et au temps des superbes. Je louerai votre nom sans cesse et je le glorifierai dans mes louanges, car ma prière a été exaucée. Et vous m’avez délivré de la perdition, et vous m’avez arraché au temps de l’iniquité. C’est pourquoi je vous glorifierai, et je vous dirai une louange et je bénirai le nom du Seigneur.

Au deuxième nocturne

Du Livre de saint Ambroise, Évêque : des Vierges.

Quatrième leçon. Nous célébrons aujourd’hui la naissance au ciel d’une Vierge, recherchons la pureté. C’est la fête d’une Martyre, immolons des victimes. C’est la fête de sainte Agnès, que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses s’étonnent, que les vierges imitent. Mais que pouvons-nous dire qui soit digne de celle dont le nom même n’est pas vide d’éloge ? Son dévouement à Dieu était au dessus de son âge, sa vertu surpasse la nature : en sorte que son nom me semble ne pas lui venir d’un choix humain mais être une prédiction de martyre, une annonce de ce qu’elle devait être. Le nom de cette Vierge indique la pureté. Je l’appellerai Martyre et je l’aurai assez louée. La louange a de l’étendue quand on en est l’objet sans la rechercher. Personne n’est plus digne d’éloges que celui qui peut être loué de tous. Cette Martyre a autant de hérauts pour la louer qu’il y a d’hommes qui prononcent son nom.
Cinquième leçon. On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. La cruauté du tyran fut d’autant plus détestable qu’il n.’épargna pas un âge si tendre ; mais remarquons plutôt la grande puissance de la foi qui trouve des témoins de cet âge. Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? Et celle qui n’avait pas de quoi recevoir le fer, avait de quoi vaincre le fer. Elle est intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, elle ne s’émeut pas tandis qu’on tire avec bruit de lourdes chaînes, elle offre tout son corps au glaive du soldat furieux ; elle ignore encore ce que c’est que la mort, mais elle est prête, si on la traîne malgré elle aux autels des idoles, à tendre les mains vers le Christ, du sein des flammes, et à former jusque sur le brasier sacrilège, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Elle passe son cou et ses mains dans les fers qu’on lui présente, mais aucun ne pouvait serrer des membres si petits. Nouveau genre de martyre ! Cette Vierge n’est pas encore apte au supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; à peine peut-elle combattre, et elle est capable de remporter la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et elle pratiqua la vertu des maîtres.
Sixième leçon. L’épouse n’irait pas aux noces avec autant de hâte que cette sainte Vierge en mettait à se diriger d’un pas rapide vers le lieu de son supplice, joyeuse de son approche. Tous versaient des larmes, elle seule ne pleurait pas. La plupart admiraient avec quelle facilité, prodigue d’une vie à laquelle elle n’avait pas encore puisé, elle la donnait comme si elle l’eût épuisée. Tous étaient surpris qu’elle se montrât déjà témoin de la divinité, à un âge où elle ne pouvait encore disposer d’elle-même. Combien de menaces n’employa pas le sanguinaire tyran pour l’intimider ; combien de caresses pour la persuader ; et combien d’hommes la souhaitèrent pour épouse ! Mais elle de répondre : « La fiancée fait injure à l’époux si elle désire plaire à d’autres. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Qu’il périsse ce corps que peuvent aimer des yeux auxquels je ne veux pas plaire. » Elle se présenta, elle pria, elle courba la tête. Vous eussiez vu le bourreau saisi de crainte, comme si lui-même eût été Condamné ; sa main tremblait, son visage était pâte pour le péril d’autrui, pendant qu’une jeune fille voyait sans crainte son propre danger. Voici donc dans une seule victime un double martyre de pureté et de religion. Agnès demeura vierge et elle obtint le martyre.

Au troisième nocturne

Homélie de saint Grégoire, Pape. Leçons du Commun des Vierges, répons propres à la fête de Ste Agnès

Septième leçon. Je vous recommande souvent, mes très chers frères, de fuir le mal et de vous préserver de la corruption du monde ; mais aujourd’hui la lecture du saint Évangile m’oblige à vous dire de veiller avec beaucoup de soin à ne pas perdre le mérite de vos bonnes actions. Prenez garde que vous ne recherchiez dans le bien que vous faites, la faveur ou l’estime des hommes, qu’il ne s’y glisse un désir d’être loué, et que ce qui paraît au dehors ne recouvre un fond vide de mérite et peu digne de récompense. Voici que notre Rédempteur nous parle de dix vierges, il les nomme toutes vierges et cependant toutes ne méritèrent pas d’être admises an séjour de la béatitude, car tandis qu’elles espéraient recueillir de leur virginité une gloire extérieure, elles négligèrent de mettre de l’huile dans leurs vases.
R/. Je suis fiancée à celui que les Anges servent, à celui dont le soleil et la lune admirent la beauté : * C’est à lui seul que je garde ma foi, c’est à lui que je me livre sans aucune réserve. V/. Il a entouré ma main et mon cou de pierres précieuses, il a mis à mes oreilles d’inestimables perles. * C’est.

 

Huitième leçon. II nous faut d’abord examiner ce qu’est le royaume des cieux, ou pourquoi il est comparé à dix vierges, et encore quelles sont les vierges prudentes et les vierges folles. Puisqu’il est certain qu’aucun réprouvé n’entrera dans le royaume des cieux, pourquoi nous dit-on qu’il est semblable à des vierges parmi lesquelles il y en a de folles ? Mais nous devons savoir que l’Église du temps présent est souvent désignée dans le langage sacré sous le nom de royaume des cieux ; d’où vient que le Seigneur dit en un autre endroit : « Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales ». Certes, ils ne pourraient trouver aucun scandale à enlever, dans ce royaume de la béatitude, où se trouve la plénitude de la paix.
R/. Je vous bénis, ô tout-puissant, adorable, digne d’être honoré et craint : * De ce que, par votre Fils unique, j’ai échappé aux menaces d’hommes impies, et de ce que j’ai franchi sans être souillée les pièges d’impureté du diable. V/. C’est vous que louent mes lèvres et mon cœur, c’est vous que je désire du fond de mon âme. * De. Gloire au Père. * De.

Neuvième leçon. L’âme il humaine subsiste dans un corps doué de cinq sens. Le nombre cinq, multiplié par deux, donne celui de dix. Et parce que la multitude des fidèles comprend l’un et l’autre sexe, la sainte Église est comparée à dix vierges. Comme, dans cette Église, les méchants se trouvent mêlés avec les bons et ceux qui seront réprouvés avec les élus, ce n’est pas sans raison qu’on la dit semblable à des vierges, dont les unes sont sages et les autres insensées. Il y a en effet, beaucoup de personnes chastes qui veillent sur leurs passions quant aux choses extérieures et sont portées par l’espérance vers les biens intérieurs ; elles mortifient leur chair et aspirent de toute l’ardeur de leur désir vers la patrie d’en haut ; elles recherchent les récompenses éternelles, et ne veulent pas recevoir pour leurs travaux de louanges humaines : celles-ci ne mettent assurément pas leur gloire dans les paroles des hommes, mais la cachent au fond de leur conscience. Et il en est aussi plusieurs qui affligent leur corps par l’abstinence, mais attendent de cette abstinence même des applaudissements humains.

Nous n’avons pas épuisé encore la splendide constellation de Martyrs qui se rencontre en ces jours sur le Cycle. Hier, Sébastien ; demain, Vincent, qui porte la victoire jusque dans son nom. Entre ces deux fortes palmes apparaît aujourd’hui, tressée de lis et de roses, la gracieuse couronne d’Agnès. C’est à une enfant de treize ans que l’Emmanuel a donné ce mâle courage du martyre, qui l’a fait marcher dans l’arène d’un pas aussi ferme que le vaillant chef de la cohorte prétorienne et que l’intrépide Diacre de Sarragosse. S’ils sont les soldats du Christ, elle en est la chaste amante. Tels sont les triomphes du Fils de Marie. A peine s’est-il manifesté au monde, que tous les nobles cœurs volent vers lui, selon la parole qu’il a dite : « Où sera le corps, les aigles se rassembleront. » [4]. Fruit admirable de la virginité de sa Mère, qui a mis en honneur la fécondité de l’âme, bien au-dessus de la fécondité des corps, et ouvert une voie ineffable par laquelle les âmes choisies s’élancent rapidement jusqu’au divin Soleil, dont leur regard épuré contemple, sans nuage, les rayons ; car il a dit aussi : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. » [5].

Gloire immortelle de l’Église catholique, qui, seule, possède en son sein le don de la virginité, principe de tous les dévouements, parce que la virginité procède uniquement de l’amour ! Honneur sublime pour Rome chrétienne d’avoir produit Agnès, cet ange de la terre, devant laquelle pâlissent ces anciennes Vestales, dont la virginité comblée de faveurs et de richesses ne fut jamais éprouvée par le fer ni le feu !

Quelle gloire est comparable à celle de cette enfant de treize ans, dont le nom retentira jusqu’à la fin des siècles dans le Canon sacré du Sacrifice universel ! La trace de ses pas innocents, après tant de siècles, est empreinte encore dans la ville sainte. Ici, sur l’ancien Cirque Agonal, un temple somptueux s’élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes jadis souillées par la prostitution, maintenant tout embaumées des parfums de la virginité d’Agnès. Plus loin, sur la voie Nomentane, hors des remparts de Rome, une élégante Basilique, bâtie par Constantin, garde, sous un autel revêtu de pierres précieuses, le chaste corps de la vierge. Sous terre, autour de la Basilique, commencent et s’étendent de vastes cryptes, au centre desquelles Agnès reposa jusqu’au jour de la paix, et où dormirent, comme sa garde d’honneur, des milliers de Martyrs.

Nous ne devons pas taire non plus le plus gracieux hommage que rend, chaque année, la sainte Église Romaine à notre illustre Vierge, au jour de sa fête. Deux agneaux sont placés sur l’autel de la Basilique Nomentane, rappelant à la fois la mansuétude du divin Agneau et la douceur d’Agnès. Après qu’ils ont été bénis par l’Abbé des Chanoines réguliers qui desservent cette église, ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur, qui les élèvent avec soin ; et leur laine sert à tisser les Pallium que le Pontife suprême doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction, à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. Ainsi le simple ornement de laine que ces Prélats doivent porter sur leurs épaules comme symbole de la brebis du bon Pasteur, et que le Pontife Romain prend sur le tombeau même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu’aux extrémités de l’Église, dans une union sublime, le double sentiment de la vigueur du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d’Agnès.

Nous donnerons maintenant les admirables pages que saint Ambroise, dans son livre des Vierges, a consacrées à la louange de sainte Agnès. L’Église en lit la plus grande partie dans l’Office d’aujourd’hui ; et la vierge du Christ ne pouvait désirer un plus aimable panégyriste que le grand évêque de Milan, le plus éloquent des Pères sur la virginité, et le plus persuasif ; car l’histoire nous apprend que, dans les villes où il prêchait, les mères renfermaient leurs filles, dans la crainte que les attrayantes paroles du prélat n’allumassent en elles un si ardent amour du Christ, qu’on les vît renoncer à tout hymen terrestre.

« Ayant à écrire un livre de la Virginité, dit le grand évêque, je m’estime heureux de l’ouvrir par l’éloge de la vierge dont la solennité nous réunit. C’est aujourd’hui la fête d’une Vierge : recherchons la pureté. C’est aujourd’hui la fête d’une Martyre : immolons des victimes. C’est aujourd’hui la fête de sainte Agnès : que les hommes soient dans l’admiration, que les enfants ne perdent pas courage, que les épouses considèrent avec étonnement, que les vierges imitent. Mais comment pourrons-nous parler dignement de celle dont le nom même renferme l’éloge ? Son zèle a été au-dessus de son âge, sa vertu au-dessus de la nature ; en sorte que son nom ne semble pas un nom humain, mais plutôt un oracle qui présageait son martyre. » Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau, dont on peut dériver le nom d’Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnos, qui signifie pur, et continue ainsi son discours :
« Le nom de cette vierge est aussi un titre de pureté : j’ai donc à la célébrer et comme Martyre et comme Vierge. C’est une louange abondante que celle que l’on n’a pas besoin de chercher, et qui existe déjà par elle-même. Que le rhéteur se retire, que l’éloquence se taise ; un seul mot, son nom seul, loue Agnès. Que les vieillards, que les jeunes gens, que les enfants la chantent. Tous les hommes célèbrent cette Martyre ; car ils ne peuvent dire son nom sans la louer.
« On rapporte qu’elle avait treize ans quand elle souffrit le martyre. Cruauté détestable du tyran, qui n’épargne pas un âge si tendre ; mais, plus encore, merveilleuse puissance de la foi, qui trouve des témoins de cet âge ! Y avait-il place en un si petit corps pour les blessures ? A peine le glaive trouvait-il sur cette enfant un lieu où frapper ; et cependant Agnès avait en elle de quoi vaincre le glaive.
« A cet âge, la jeune fille tremble au regard irrité de sa mère ; une piqûre d’aiguille lui arrache des larmes, comme ferait une blessure. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, Agnès se tient immobile sous le fracas des lourdes chaînes qui l’écrasent ; ignorante encore de la mort, mais prête à mourir, elle présente tout son corps à la pointe du glaive d’un soldat furieux. La traîne-t-on, malgré elle, aux autels : elle tend les bras au Christ, à travers les feux du sacrifice ; et sa main forme, jusque sur les flammes sacrilèges, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Son cou, ses deux mains, elle les passe dans les fers qu’on lui présente ; mais on n’en trouve pas qui puissent serrer des membres si petits.
« Nouveau genre de martyre ! La Vierge n’a pas encore l’âge du supplice, et déjà elle est mûre pour la victoire ; elle n’est pas mûre pour le combat, et déjà elle est capable de la couronne ; elle avait contre elle le préjugé de son âge, et déjà elle est maîtresse en fait de vertu. L’épouse ne marche pas vers le lit nuptial avec autant de vitesse que cette Vierge qui s’avance, pleine de joie, d’un pas dégagé, vers le lieu de son supplice ; parée, non d’une chevelure artificieusement disposée, mais du Christ ; couronnée, non de fleurs, mais de pureté.
« Tous étaient en larmes ; elle seule ne pleure pas ; on s’étonne qu’elle prodigue si facilement une vie qu’elle n’a pas encore goûtée ; qu’elle la sacrifie , comme si elle l’eût épuisée. Tous admirent qu’elle soit déjà le témoin de la divinité, à un âge où elle ne pourrait encore disposer d’elle-même. Sa parole n’aurait pas valeur dans la cause d’un mortel : on la croit aujourd’hui dans le témoignage qu’elle rend à Dieu. En effet, une force qui est au-dessus de la nature ne saurait venir que de l’auteur delà nature. Quelles terreurs n’employa pas le juge pour l’intimider ! que de caresses pour la gagner ! Combien d’hommes la demandèrent pour épouse ! Elle s’écrie : La fiancée fait injure à l’époux, si elle se fait attendre. Celui-là m’aura seul, qui, le premier, m’a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux que je n’agrée pas.
« Elle se présente, elle prie, elle courbe la tête. Vous eussiez vu trembler le bourreau, comme si lui-même eût été condamné. Sa main était agitée, son visage était pâle sur le danger d’un a autre, pendant que la jeune fille voyait, sans crainte, son propre péril. Voici donc, dans une seule victime, un double martyre : l’un de chasteté, l’autre de religion. Agnès demeura vierge, et elle obtint le martyre. »

 

Sainte Agnès vierge et martyre

FAMA REFERT SANCTOS DUDUM RETULISSE PARENTES
AGNEN CUM LUGUBRES CANTUS TUBA CONCREPUISSET
NUTRICIS GREMIUM SUBITO LIQUISSE PUELLAM
SPONTE TRUCIS CALCASSE MINAS RABIEMQUE TYRANNI
URERE CUM FLAMMIS VOLUISSET NOBILE CORPUS
VIRIBUS INMENSUM PARVIS SUPERASSE TIMOREM
NUDAQUE PROFUSUM CRINEM PER MEMBRA DEDISSE
NE DOMINI TEMPLUM FACIES PERITURA VIDERET
O VENERANDA MIHI SANCTUM DECUS ALMA PUDORIS
UT DAMASI PRECIBUS FAVEAS PRECOR INCLYTA MARTYR

« La renommée rapporte ce que les pieux parents d’Agnès ont narré, c’est-à-dire comment celle-ci, encore enfant, dès que la trompette du héraut eut annoncé le funeste édit de persécution, tout de suite s’arrache aux bras de sa nourrice pour affronter, intrépide, la fureur du féroce tyran et en mépriser les menaces. Alors que celui-ci tenta de livrer aux flammes son corps délicat, Agnès, avec ses forces débiles d’enfant, réussit à vaincre l’horrible crainte qu’inspirait ce supplice. Découverte, pour qu’un œil humain ne se posât pas sur le temple consacré au Seigneur, elle couvrit son corps de sa chevelure. O magnanime, ô digne de toute ma vénération, ô splendeur de la pudeur chrétienne, je te supplie, illustre martyre, d’accueillir avec bienveillance les prières de Damase. »

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II ème dimanche après l’Epiphanie

20 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

II ème dimanche après l’Epiphanie

Introït

Que la terre vous adore, ô Dieu, et chante en votre honneur, qu’elle dise un hymne à votre nom, ô Très-Haut. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel qui régissez tout à la foi le ciel et la terre : écoutez avec clémence les prières de votre peuple, et accordez votre paix à nos temps.

Épitre Rm. 12, 6-16.

Mes Frères : nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée : soit de prophétie, selon la mesure de notre foi, soit de ministère, pour nous exercer dans le ministère ; celui-ci a reçu le don d’enseigner : qu’il enseigne ; celui-là, le don d’exhorter : qu’il exhorte ; un autre distribue : qu’il s’en acquitte avec simplicité ; un autre préside : qu’il le fasse avec zèle ; un autre exerce les œuvres de miséricorde : qu’il s’y livre avec joie. Que votre charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Quant à l’amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres, vous prévenant d’honneur les uns les autres ; pour ce qui est du zèle, ne soyez pas nonchalants. Soyez fervents d’esprit ; c’est le Seigneur que vous servez. Soyez pleins de la joie que donne l’espérance, patients dans l’affliction, assidus à la prière, prêts à subvenir aux nécessités des saints, empressés à donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent : bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent. Ayez les mêmes sentiments entre vous ; n’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.

Évangile Jn. 2, 1-11

En ce temps là : il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : "Ils n’ont plus de vin." Jésus lui répondit : "Femme, qu’est-ce que cela pour moi et pour vous ? Mon heure n’est pas encore venue." Sa mère dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu’il vous dira." Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus leur dit : "Remplissez d’eau ces urnes." Et ils les remplirent jusqu’au haut. Et il leur dit : "Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin ; et ils en portèrent. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux et lui dit : "Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment." Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Secrète

Sanctifiez, Seigneur, les dons qui vous sont offerts, et purifiez-nous des taches de nos péchés.

Postcommunion

Qu’elle ait en nous plus d’influence, nous vous en supplions, Seigneur, l’action de votre vertu puissante ; afin que nourris de vos divins sacrements, nous soyons disposés par votre grâce à en recueillir les fruits promis.

Office

Au premier nocturne.

Commencement de la seconde Épître de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens.

Première leçon. Cap. 1, 1-5 Paul, apôtre du Christ Jésus de par la volonté de Dieu, et Timothée, notre frère, à l’Église de Dieu établie à Corinthe, ainsi qu’à tous les saints qui se trouvent dans l’Achaïe entière ; à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père et le Seigneur Jésus Christ ! Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur, le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort, qui nous réconforte dans toutes nos épreuves afin que, réconfortés par Dieu ; nous puissions nous-mêmes réconforter ceux qui subissent toutes sortes d’épreuves. De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre réconfort.

Deuxième leçon. Cap. 1, 6-7 Si nous sommes éprouvés, c’est pour votre réconfort et votre salut : si nous sommes réconfortés, c’est pour votre réconfort, qui vous permet de porter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons nous aussi. Et nous avons pour vous une ferme espérance : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre réconfort.

Troisième leçon. Cap. 1, 8-11 Car nous ne voulons pas, frères, vous le laisser ignorer : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablé à l’extrême, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. Vraiment nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-même mais en Dieu, qui ressuscite les morts. C’est lui qui d’une telle mort nous a délivré et nous délivrera ; oui, nous avons en lui cette espérance qu’il nous délivrera encore. Vous-mêmes nous aiderez par la prière ; et ainsi ce bienfait, qu’un grand nombre de personnes nous auront obtenu, sera pour un grand nombre motif d’action de grâces à notre sujet.

Au deuxième nocturne.

Sermon de saint Jean Chrysostome.

Quatrième leçon. Lorsque j’écoute assidûment la lecture des Épîtres de saint Paul, – et cela souvent deux, trois et même quatre fois par semaine, chaque fois que nous célébrons les mémoires des saints martyrs –, j’exulte de joie, je jouis de cette trompette spirituelle, je suis transporté et enflammé de désir en reconnaissant cette voix qui m’est chère ; il me semble presque voir le saint présent et l’entendre parler ! Et pourtant je m’afflige et je supporte avec peine que tous ne connaissent pas ce grand homme comme il mérite de l’être ; bien plus, certains – et ils sont nombreux – l’ignorent au point de ne pas même savoir exactement le nombre de ses Épîtres. Or, cela provient non de leur incapacité, mais de ce qu’ils ne veulent pas avoir assidûment entre les mains les écrits de cet homme bienheureux.

Cinquième leçon. Nous-même, en effet, ce que nous en savons, – si tant est que nous en sachions quelque chose –, nous ne le devons pas à l’excellence ou à la pénétration de notre esprit, mais parce que nous éprouvons beaucoup d’affection pour ce grand homme, nous ne nous arrêtons jamais de le lire. En effet, ceux qui aiment, connaissent mieux que tous les autres les faits et gestes de ceux qu’ils aiment, parce qu’ils se préoccupent d’eux. Cela, le bienheureux nous le montre en quelque sorte lorsqu’il écrit aux Philippiens : « Il est juste que j’aie ces sentiments envers vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, aussi bien dans mes chaînes que dans la défense et l’affermissement de l’Évangile. »

Sixième leçon. C’est pourquoi, si vous aussi vous voulez vous appliquer diligemment à cette lecture, il ne vous faudra point chercher autre chose. Elle est vraie, en effet, la parole du Christ : « Cherchez, et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. ». Par ailleurs, un grand nombre de ceux qui sont rassemblés ici avec nous, chargés de l’éducation d’enfants, du soin d’une épouse, de l’entretien d’une famille, ne peuvent s’adonner tout entiers à ce travail. Mais excitez-vous à profiter au moins de ce que d’autres ont recueilli ; dépensez autant d’effort pour écouter ce qui est dit, que pour gagner de l’argent, car il est honteux de ne pas exiger de vous plus d’empressement mais il sera déjà souhaitable que vous en accordiez au moins autant !

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Septième leçon. Invité, le Seigneur vient aux noces. En dehors même de toute signification mystique, il a voulu par là confirmer qu’il est lui-même l’auteur des noces. Il s’en trouvera plus tard pour interdire le mariage, – l’Apôtre les mentionne –, ils diront que les noces sont un mal, que le diable en est l’auteur. Tout au contraire, dans l’Évangile, le Seigneur, tandis qu’on l’interroge pour savoir s’il est permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif, affirme que c’est illicite, hormis le cas de fornication. Et dans sa réponse, si vous vous en souvenez, il dit ceci : « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point. »

Huitième leçon. Ceux qui sont bien instruits dans la foi catholique savent que Dieu est l’auteur des noces. Et comme l’union provient de Dieu, ainsi le divorce provient du diable. Mais s’il est permis de renvoyer sa femme en cas de fornication c’est parce que, la première, elle refuse d’être épouse, celle qui ne garde pas la foi conjugale envers son mari. Celles-là mêmes qui vouent à Dieu leur virginité tiennent sans doute dans l’Église un rang plus élevé d’honneur et de sainteté, elles ne sont pourtant pas sans noces, car elles participent aux noces avec l’Église entière et dans ces noces, l’Époux, c’est le Christ.

Neuvième leçon. Ainsi donc, invité, le Seigneur vient aux noces. C’est afin d’affermir la chasteté conjugale, mais c’est aussi pour manifester le mystère des noces. Car l’époux de ces noces figurait la personne du Seigneur. C’est à lui qu’il est dit : « Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Le Christ, en effet, a gardé jusqu’à maintenant le bon vin, c’est-à-dire son Évangile.

Le troisième Mystère de l’Épiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu’il nous manifeste une troisième fois la gloire de l’Emmanuel. L’Etoile a conduit l’âme à la foi, l’Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l’unit à son Dieu. Nous avons chanté l’Époux sortant radieux au-devant de l’Épouse ; nous l’avons entendu l’appeler des sommets du Liban ; maintenant qu’il l’a éclairée et purifiée, il veut l’enivrer du vin de son amour.

Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l’Incarnation du Verbe, il convient qu’elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu’il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu’alors la Gentilité n’avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n’avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l’homme [1], et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu’avait chanté David. [2].

Marie dit au Sauveur : « Ils n’ont point de vin. » C’est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu’il avait reçue d’elle. Marie a compris tout d’abord l’intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu’elle répète sans cesse à tous ses enfants : Faites ce qu’il vous dira.

Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l’enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l’instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d’eau ces vases ; mais l’eau ne convient pas pour le festin de l’Epoux. Les figures, les prophéties de l’ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu’à l’ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiquer, n’avait contracté l’alliance avec le Verbe divin.

Mais lorsque l’Emmanuel est venu, il n’a qu’une parole à dire : « Puisez maintenant. » Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l’eau, il en a ménagé la transformation ; il l’a élevée jusqu’à lui, nous rendant participants de la nature divine [3] ; il nous a rendus capables de contracter l’union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Église dont il est l’Époux, et qu’il aimait de toute éternité d’un si ardent amour, qu’il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.

O sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l’Apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde » [4]. Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d’honneur. Jésus ordonne à ses ministres d’y verser l’eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n’avoir rien fait encore tant qu’il ne les a pas remplies jusqu’au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu’au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d’amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l’Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu’à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l’Apôtre, rendons-les semblables à cette Vierge pure qui est destinée à un Époux sans tache [5].

Saint Matthieu, Évangéliste de l’humanité du Sauveur, a reçu de l’Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l’Etoile ; saint Luc, Évangéliste du Sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère delà Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C’est pourquoi, suggérant à la sainte Église l’intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y MANIFESTA sa gloire. A Bethlehem, l’Or et l’Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l’Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l’Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l’artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : « car, dit saint Augustin, Celui qui transforma l’eau en vin dans les vases ne pouvait être que Celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne. » Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, « ses Disciples crurent en lui », et le collège apostolique commença à se former.

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Saint Antoine abbé

17 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Antoine abbé

Collecte

Que l’intercession du bienheureux Abbé Antoine, nous recommande, s’il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions, par son patronage, ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites.

Lecture Ec. 45, 1-6

Il a été aimé de Dieu et des hommes ; sa mémoire est en bénédiction. Le Seigneur lui a donné une gloire égale à celle des saints ; il l’a rendu grand et redoutable à ses ennemis, et il a fait cesser les prodiges par ses paroles. Il l’a glorifié en présence des rois, il lui a donné ses ordres devant son peuple, et lui a montré sa gloire. Il l’a sanctifié dans sa foi et dans sa douceur, et il l’a choisi entre tous les hommes. Il l’a écouté et a entendu sa voix, et il l’a fait entrer dans la nuée. Il lui a donné ses préceptes face à face, et la loi de la vie et de la science.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Antoine, Égyptien, naquit de parents nobles et chrétiens, dont il se vit privé, encore adolescent. Entrant un jour dans une église, il entendit citer ces paroles de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; » il pensa devoir obéir au Christ notre Seigneur, comme si ces paroles lui eussent été adressées. Ayant donc vendu son bien, il en distribua tout l’argent aux pauvres. Dégagé de ces entraves, il entreprit de mener sur la terre un genre de vie tout céleste. Mais comme il descendait dans l’arène pour un combat si périlleux, il jugea qu’il devait adjoindre au bouclier de la foi dont il était armé, le secours des autres vertus, et il s’enflamma d’un tel zèle pour les acquérir, qu’il s’efforçait d’imiter quiconque lui semblait exceller en quelque vertu.

Cinquième leçon. Nul n’était plus continent que lui, nul plus vigilant. Il surpassait tous les autres en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail, et dans l’étude des divines Écritures. Antoine avait une telle horreur de la rencontre et des discours des hérétiques et des schismatiques, surtout des Ariens, qu’il disait qu’il ne fallait pas les aborder. Il couchait sur le sol lorsqu’un sommeil nécessaire s’emparait de lui, et se portait au jeûne avec tant d’ardeur qu’il ne mangeait que du pain avec un peu de sel, et n’étanchait sa soif qu’avec de l’eau ; et il ne réparait ses forces par cette nourriture et ce breuvage qu’après le coucher du soleil ; souvent même il s’abstenait de nourriture pendant deux jours consécutifs, et très fréquemment passait toute la nuit en prière. Étant devenu ainsi un vrai soldat de Dieu, Antoine fut attaqué de diverses tentations par l’ennemi du genre humain mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeûne et la prière. Toutefois, malgré ses nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté ; car il savait que le diable use d’innombrables artifices pour nuire aux hommes.

Sixième leçon. C’est pourquoi il se retira dans une vaste solitude de l’Égypte, où, faisant chaque jour de nouveaux progrès dans la perfection chrétienne, il en vint à mépriser tellement les démons qu’il leur reprochait leur faiblesse. Leurs assauts étaient cependant d’autant plus violents qu’Antoine devenait plus fort pour leur résister. Souvent il disait à ses disciples, qu’il excitait à combattre contre le diable, leur enseignant par quelles armes on peut le vaincre : « Croyez-moi, mes frères, Satan redoute les veilles pieuses, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde et l’humilité, mais surtout l'ardent amour pour le Christ notre Seigneur, dont la sainte croix lui est si redoutable, que le seul signe de cette croix l’affaiblit et le met en fuite. » Le saint Abbé devint si redoutable aux démons, qu’un grand nombre de possédés furent délivrés en Égypte en invoquant le nom d’Antoine. Telle était la renommée de sa sainteté que Constantin le Grand et ses fils se recommandèrent par lettres à ses prières. Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant déjà d’innombrables imitateurs du genre de vie qu’il avait institué, il assembla ses moines, et après leur avoir donné des instructions touchant la règle parfaite de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il s’en alla au ciel le seize des calendes de février.

Qu’aujourd’hui, l’Orient et l’Occident s’unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites, le grand Antoine. Avant lui, la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d’irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houlette d’un pasteur.

D’abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons, il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l’attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le déserta vu, par lui, commencer les monastères. L’âge des Martyrs touche à sa fin ; la persécution de Dioclétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence, qui veille sur l’Église, d’inaugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle publiquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s’élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités, et les fidèles auront désormais sous les yeux, comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils. Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s’éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l’Église ne tardera pas à aller chercher, dans ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes, ses plus généreux Apôtres.

Car l’exemple d’Antoine inspirera les siècles à venir ; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert, et qu’il apparut tout à coup dans les rues d’Alexandrie, au fort de la persécution païenne, pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n’oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore, aux jours affreux de l’Arianisme, il reparut dans la grande cité, pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée, et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche, au fond de son désert, qu’il procurait de tous ses moyens l’avancement de l’œuvre monastique, qu’il plaçait dans la fidélité des moines l’espoir du salut de l’Église, et qu’il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?

C’est dans cet admirable récit qu’on apprend à connaître Antoine ; c’est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Âgé de dix-huit ans, déjà héritier d’une fortune considérable, il entend lire à l’église un passage de l’Évangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage ; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu’il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.

L’Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu ; on dirait que Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu’Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Égyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.

Après vingt ans de combats qui l’ont aguerri, son âme s’est fixée en Dieu ; et c’est alors qu’il est révélé au monde. Malgré ses efforts pour demeurer caché, il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter et demander ses prières ; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité ; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l’âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.

Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l’Orient. Ils s’attendent aux émotions d’un spectacle, et ils ne voient qu’un homme d’un abord aisé, d’une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule, ni vaine complaisance des marques d’estime et de respect qu’on lui prodigue ; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l’habitation de Dieu.

Il n’est pas jusqu’aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir, Antoine leur adresse le premier la parole : « Pourquoi donc, ô philosophes, leur dit-il, avez-vous pris tant de peines pour venir visiter un insensé ? » Déconcertés d’un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu’ils ne le croyaient pas tel, mais qu’ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. « A ce compte, reprit Antoine, si vous me croyez sage, imitez ma sagesse. » Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d’autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d’un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : « Puisque vous êtes si bien établis sur la dialectique, répondez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt croire quand il s’agit de la connaissance de Dieu, ou à l’action efficace de la foi, ou aux arguments de la raison ? » — « A l’action efficace de la foi, » répondirent-ils. — « Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes ; ou si vous ne le pouvez, et que j’y parvienne par l’opération de la foi, et au nom de Jésus-Christ, avouez l’impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. » Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux : aussitôt ils furent délivrés.

Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence. « N’allez pas croire, leur dit le saint Abbé, que c’est par ma propre vertu que j’ai délivré ces possédés ; c’est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n’est pas la philosophie, mais une foi simple et sincère qui fait opérer les miracles. » On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme ; mais l’illustre biographe nous apprend qu’ils se retirèrent remplis d’estime et d’admiration pour Antoine, et avouèrent que leur visite au désert n’avait pas été pour eux sans utilité.

Cependant le nom d’Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu’à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père, implorant de lui la faveur d’une réponse. Le saint s’en défendit d’abord ; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu’ils pourraient se tenir offensés de son silence, il leur écrivit qu’il était heureux d’apprendre qu’ils adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d’état de leur pouvoir, qu’ils en vinssent à oublier qu’ils étaient hommes. Il leur recommanda d’être cléments, de rendre une exacte justice, d’assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.

Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople : « Les rois de la terre nous ont écrit ; mais qu’est-ce que cela doit être pour un chrétien ? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c’est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes, mais qu’il leur a aussi parlé par son propre Fils. »

Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d’aller se replonger dans le désert, et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits ; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim, où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait, dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. « Le roc, dit-il, s’élève à la hauteur de mille pas : de sa base s’échappent des eaux dont le sable boit une partie ; le reste descend en ruisseau, et son cours est bordé d’un grand nombre de palmiers qui en font une oasis aussi commode qu’agréable à l’œil. » Une étroite anfractuosité de la roche servait d’abri à l’homme de Dieu contre les injures de l’air.

L’amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine ; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petit terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d’Antoine qui lui disaient avec attendrissement : « Ici, il chantait les psaumes ; là, il s’entretenait avec Dieu dans l’oraison ; ici, il se livrait au travail ; là, il prenait du repos, lorsqu’il se sentait fatigué ; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, lui-même a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l’arrosement du jardin. » Ils racontèrent au saint, en lui montrant ce jardin, qu’un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s’arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : « Pourquoi manges-tu ce que tu n’as pas semé ? » Ces animaux s’arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.

Nous nous laissons aller au charme de ces récits ; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine descendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu’ils avaient au désert. Une fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l’avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première montagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l’affaiblissement de ses forces, et il leur dit :

« Mes fils bien-aimés, voici l’heure où, selon le langage de la sainte Écriture, je vais entrer dans la voie de mes pères. Je vois que le Seigneur m’appelle, et mon cœur brûle du désir de s’unir à lui dans le ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de mon âme, n’allez pas perdre, par un relâchement désastreux, le fruit du travail auquel vous vous êtes appliqués depuis tant d’années. Représentez-vous chaque jour à vous-mêmes que vous ne faites que d’entrer au service de Dieu et d’en pratiquer les exercices : par ce moyen, votre bonne volonté sera plus énergique, et ira toujours croissant. Vous savez quelles embûches nous tendent les démons. Vous avez été témoins de leurs fureurs, et aussi de leur faiblesse. Attachez-vous inviolablement à l’amour de Jésus-Christ ; confiez-vous à lui entièrement, et vous triompherez de la malice de ces esprits pervers. N’oubliez jamais les divers enseignements que je vous ai donnés ; mais je vous recommande surtout de penser que chaque jour vous pouvez mourir. »

Il leur rappela ensuite l’obligation de n’avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. « Quant aux habits que je laisse, ajouta-t-il, en voici la a destination : vous donnerez à l’évêque Athanase une de mes tuniques, avec le manteau qu’il m’avait apporté neuf, et que je lui rends usé. » C’était un second manteau que le grand docteur avait donnée Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l’ermite Paul. « Vous donnerez, reprit le saint, l’autre tunique à l’évêque Sérapion, et vous garderez pour vous mon cilice. » Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples : « Adieu, leur dit-il, mes fils bien-aimés ; votre Antoine s’en va, il n’est plus avec vous. »

C’est avec cette simplicité et cette grandeur que la vie monastique s’inaugurait dans les déserts de l’Égypte, pour rayonner de là dans l’Église entière ; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d’une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l’Église, toujours forte quand l’élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence ? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l’amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu ? Que tout l’honneur en revienne donc à notre Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu.

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Nouvelle religion

16 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Nouvelle religion

NOUVELLE RELIGION LA FRATERNITÉ UNIVERSELLE OU QUAND LA FAMILLE HUMAINE REMPLACE LE CORPS MYSTIQUE DE JÉSUS-CHRIST

Message du Saint-Père le 15 janvier 2019 Humana communitas, La communauté humaine. Lettre au président de l’Académie pontificale pour la vie à l’occasion du XXVe anniversaire de son institution.

La communauté humaine est le rêve de Dieu même avant la création du monde (cf. Ep 1,3-14). C’est en elle que le Fils éternel engendré de Dieu a pris sa chair et son sang, son cœur et ses relations affectives. Dans le mystère de l’engendrement la grande famille de l’humanité peut se retrouver. En effet, l’initiation familiale à la fraternité entre les créatures humaines peut être considérée comme un véritable trésor caché, en vue du réaménagement communautaire des politiques sociales et des droits de l’homme, dont on ressent aujourd’hui une forte nécessité. C’est pour cela que nous devons être de plus en plus conscients de notre commune origine de la création et de l’amour de Dieu. La foi chrétienne confesse l’engendrement du Fils en tant que mystère ineffable de l’unité éternelle de « faire être » et d’« aimer » qui réside dans l’intimité de Dieu Un et Trine. L’annonce renouvelée de cette révélation négligée peut ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de la communauté et de la culture humaines, qui invoquent aujourd’hui – alors qu’elle « gémit et souffre les douleurs de l’enfantement » (cf. Rm 8,22) – une nouvelle naissance dans l’Esprit. Dans le Fils Unique se révèle la tendresse de Dieu et sa volonté de rédemption de chaque humanité qui se sent perdue, abandonnée, rejetée et condamnée sans rémission. Le mystère du Fils éternel, qui s’est fait un de nous, scelle une fois pour toute cette passion de Dieu. Le mystère de sa Croix – « pour nous et pour notre salut » – et de sa Résurrection – comme « le premier-né d’un grand nombre de frères » (Rm 8,29) – nous dit jusqu’à quel point cette passion de Dieu s’adresse à la rédemption et à l’accomplissement de la créature humaine.


Nous devons rendre évidente cette passion de Dieu pour la créature humaine et pour son monde. Elle a été faite par Dieu à son « image » – « homme et femme » il la créa (cf. Gn 1,27) – comme créature spirituelle et sensible, consciente et libre. La relation entre l’homme et la femme constitue le lieu éminent dans lequel la création entière devient interlocutrice de Dieu et témoin de son amour. Notre monde est la demeure terrestre de notre initiation à la vie, le lieu et le temps en lesquels nous pouvons déjà commencer à goûter la demeure céleste à laquelle nous sommes destinés (cf. 2 Co 5,1), où nous vivrons en plénitude la communion avec Dieu et avec tous. La famille humaine est une communauté d’origine et de destination, dont la réussite est « cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3,1-4).


De nos jours, l’Église est appelée à relancer avec force l’humanisme de la vie qui surgit de cette passion de Dieu pour la créature humaine. L’engagement à comprendre, à promouvoir et à défendre la vie de tout être humain prend son élan de cet amour inconditionnel de Dieu. C’est la beauté et l’attrait de l’Évangile, qui ne réduit pas l’amour du prochain à l’application de critères de convenance économique et politique ni à « quelques accents doctrinaux ou moraux qui procèdent d’options idéologiques déterminées » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 39).


Une histoire passionnée et féconde

1. Cette passion a animé l’activité de l’Académie Pontificale pour la Vie depuis le moment de son institution, il y a vingt-cinq ans, de la part de Saint Jean-Paul II, sur proposition du Serviteur de Dieu et du grand scientifique Jérôme Lejeune. Mon prédécesseur, lucidement convaincu de la profondeur et de la rapidité des changements en acte dans le domaine biomédical, a jugé qu’il était opportun de soutenir un engagement plus structuré et organique sur ce front. L’Académie a ainsi pu développer des initiatives d’étude, de formation et d’information dans le but de rendre « manifeste que la science et la technique, mises au service de la personne humaine et de ses droits fondamentaux, contribuent au bien intégral de l’homme et à la mise en œuvre du projet divin de salut (cf. Gaudium et spes, n. 35) » (JEAN-PAUL II, Motu proprio Vitae mysterium, 11 Février 1994, n. 3).


L’élaboration du nouveau Statut a imprimé un nouvel élan aux activités de l’Académie (18 Octobre 2016). L’intention est celle de rendre la réflexion sur ces thèmes toujours plus attentive au contexte contemporain, dans lequel le rythme croissant de l’innovation technoscientifique et la mondialisation multiplient les interactions, d’une part, entre les cultures, les religions et les différents savoirs, et de l’autre, entre les nombreuses dimensions de la famille humaine et de la maison commune que cette dernière habite. « Il est donc urgent d’intensifier l’étude et la confrontation sur les effets de cette évolution de la société au sens technologique pour établir une synthèse anthropologique qui soit à la hauteur de ce défi historique. Le domaine de votre consultation qualifiée ne peut donc pas se limiter à la résolution des questions posées par des situations spécifiques de conflit éthique, social ou juridique. L’inspiration de conduites cohérentes avec la dignité de la personne humaine concerne la théorie et la pratique de la science et de la technique dans leur approche globale par rapport à la vie, à son sens et à sa valeur » (Discours à l’Assemblée générale de l’Académie Pontificale pour la Vie, 5 Octobre 2017).

Dégradation de l’humain et paradoxe du « progrès »

2. En cette période de l’histoire, la passion pour l’humain, pour l’humanité entière, rencontre de grandes difficultés. Les joies des relations familiales et de la cohabitation sociale apparaissent profondément minées. La méfiance réciproque entre les individus et les peuples se nourrit d’une recherche démesurée de leur propre intérêt ainsi que d’une compétition exaspérée qui, de plus, ne rejette pas la violence. La distance entre l’obsession envers notre propre bien-être et le bonheur partagé de l’humanité ne cesse de se creuser et nous conduit à considérer qu’un véritable schisme est désormais en cours entre l’individu et la communauté humaine. Dans l’Encyclique Laudato si’, j’ai mis en lumière l’état d’urgence dans lequel se trouve notre rapport avec l’histoire de la terre et des peuples. Il s’agit d’une alarme provoquée par le peu d’attention accordée à la question, pourtant si importante et si décisive, de l’unité de la famille humaine et de son avenir. L’érosion de cette sensibilité, qui provient des puissances mondaines de la division et de la guerre, augmente de façon globale, avec une vitesse qui est bien supérieure à celle de la production des biens. Il s’agit d’une véritable culture – ou plutôt, il vaudrait mieux dire d’une anti-culture – de l’indifférence envers la communauté : hostile aux hommes et aux femmes, et alliée à la tyrannie de l’argent.


3. Mais cette urgence révèle un paradoxe : comment se fait-il que, juste au moment de l’histoire du monde où les ressources économiques et technologiques disponibles nous permettraient de prendre suffisamment soin de notre maison commune ainsi que de la famille humaine, en honorant la tâche que Dieu lui-même nous a remise, c’est au contraire justement d’elles, de ces mêmes ressources économiques et technologiques que viennent nos divisions les plus agressives et nos pires cauchemars ? Les peuples perçoivent de façon perspicace et douloureuse, bien que souvent confusément, la détresse spirituelle – nous pourrions même dire le nihilisme – qui subordonne la vie à un monde et à une société soumis à ce paradoxe. La tendance à anesthésier cette gêne profonde, à travers un élan aveugle vers la jouissance matérielle, produit la mélancolie d’une vie qui ne trouve pas de destination à la hauteur de sa qualité spirituelle. Nous devons le reconnaître : les hommes et les femmes de notre temps sont souvent démoralisés et désorientés, sans vision aucune. Nous sommes tous un peu repliés sur nous-mêmes. Le système de l’argent et l’idéologie de la consommation sélectionnent nos besoins et manipulent nos rêves, sans égard aucun ni pour la beauté de la vie partagée ni pour l’habitabilité de la maison commune.


Une écoute responsable

4. Le peuple chrétien, en recueillant le cri des souffrances des peuples, doit réagir aux esprits négatifs qui fomentent la division, l’indifférence et l’hostilité. Il se doit de le faire, non seulement pour lui-même, mais pour tous. Et il doit le faire immédiatement, avant qu’il ne soit trop tard. La famille ecclésiale des disciples – et de tous les hôtes qui recherchent en elle les raisons de l’espérance (cf. 1P 3,15) – a été semée sur la terre comme « sacrement […] de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, n. 1). La réhabilitation de la créature de Dieu à l’heureuse espérance de sa destination doit devenir la passion dominante de notre annonce. Il est urgent que les personnes âgées croient davantage à leurs meilleurs « songes » ; et que les jeunes aient des « visions » capables de les pousser à s’engager courageusement dans l’histoire (cf. Jl 3,1). Une nouvelle perspective éthique universelle, attentive aux thèmes de la création et de la vie humaine : tel est l’objectif que nous devons atteindre au niveau culturel. Nous ne pouvons pas continuer sur le chemin de l’erreur poursuivie au cours d’innombrables décennies de déconstruction de l’humanisme, confondu avec n’importe quelle idéologie de volonté de puissance. Nous devons contrer une telle idéologie, qui se sert de l’appui convaincu du marché et de la technique, en faveur de l’humanisme. La différence de la vie humaine est un bien absolu, qui est digne d’être éthiquement défendu et qui est précieux pour le soin de la création toute entière. Le scandale réside dans le fait que l’humanisme se contredit au lieu de prendre son inspiration de l’acte d’amour de Dieu. L’Église doit tout d’abord retrouver la beauté de cette inspiration et apporter sa contribution, avec un enthousiasme renouvelé.


Une tâche difficile pour l’Église

5. Nous sommes conscients d’avoir rencontré des difficultés en ouvrant à nouveau cet horizon humaniste, même en sein de l’Église. Ainsi, nous sommes donc les premiers à nous interroger sincèrement : les communautés ecclésiales ont-elles aujourd’hui une vision et donnent-elles un témoignage à la hauteur de cette urgence de l’époque présente ? Sont-elles sérieusement concentrées sur la passion et sur la joie de transmettre l’amour de Dieu envers la présence de ses enfants sur la Terre ? Ou bien se perdent-elles encore trop dans leurs propres problèmes et en de timides ajustements qui ne dépassent pas la logique du compromis mondain ? Nous devons sérieusement nous demander si nous avons suffisamment agi pour offrir notre contribution spécifique en tant que chrétiens à une vision de l’humain capable de soutenir l’unité de la famille des peuples dans les conditions politiques et culturelles d’aujourd’hui. Ou si, au contraire, nous en avons perdu de vue la centralité, en plaçant les ambitions de notre hégémonie spirituelle sur le gouvernement de la cité séculaire, repliée sur elle-même et sur ses biens, au-dessus du soin de la communauté locale, ouverte à l’hospitalité évangélique pour les pauvres et les désespérés.


Construire une fraternité universelle

6. Le temps est venu de stimuler une nouvelle vision pour un humanisme fraternel et solidaire des individus et des peuples. Nous savons que la foi et l’amour nécessaires pour cette alliance puisent leur élan du mystère de la rédemption de l’histoire en Jésus-Christ, caché en Dieu, même avant la création du monde (cf. Ep 1,7-10 ; 3,9-11 ; Col 1,13-14). Et nous savons également que la conscience et les sentiments de la créature humaine ne sont nullement imperméables ni insensibles à la foi et aux oeuvres de cette fraternité universelle, semée par l’Évangile du Royaume de Dieu. Nous devons donc la remettre au premier plan. Parce que se sentir contraints à vivre ensemble est une chose, apprécier la richesse et la beauté des semences de vie commune qui doivent être recherchées et cultivées ensemble, en est une autre. Se résigner à concevoir la vie comme une lutte contre des antagonistes sans fin est une chose, mais reconnaître la famille humaine, comme signe de la vitalité de Dieu le Père et comme promesse d’une destination commune au rachat de tout l’amour qui la garde d’ores et déjà en vie, en est une autre.


7. Tous les chemins de l’Église mènent à l’homme, comme l’a solennellement proclamé le saint Pape Jean-Paul II dans son Encyclique inaugurale (Redemptor hominis,1979). Auparavant, saint Paul VI avait rappelé, lui aussi, dans l’encyclique programmatique et selon la leçon du Concile, que la familiarité de l’Église s’étend par cercles concentriques à chaque homme : même à celui qui se considère étranger à la foi et à l’adoration de Dieu (cf. Enc. Ecclesiam suam, 1964). L’Église reçoit et garde les signes de la bénédiction et de la miséricorde qui sont destinés par Dieu à chaque être humain qui vient dans ce monde.

Reconnaître les signes de l’espérance

8. Dans cette mission, les signes de l’œuvre de Dieu dans le temps actuel nous servent d’encouragement. Ils doivent être reconnus, en évitant que l’horizon soit obscurci par les aspects négatifs. C’est dans cette optique que Saint Jean-Paul II enregistrait les gestes d’accueil et de défense de la vie humaine, la diffusion d’une sensibilité contraire à la guerre et à la peine de mort, ainsi qu’une attention croissante à la qualité de la vie et à l’écologie. Il indiquait également parmi les signes d’espérance, la diffusion de la bioéthique comme « la réflexion et le dialogue — entre croyants et non-croyants, de même qu’entre croyants de religions différentes — sur les problèmes éthiques fondamentaux qui concernent la vie de l’homme » (Enc. Evangelium vitae, 25 Mars 1995, n. 27). La communauté scientifique de l’Académie Pontificale pour la Vie a montré, au cours de ses vingt-cinq années d’histoire, qu’elle s’inscrit précisément dans cette même perspective, en offrant son propre apport qualifié et de haut niveau. En sont ainsi témoins l’engagement envers la promotion et la protection de la vie humaine tout au long de son déroulement, la dénonciation de l’avortement et de la suppression du malade comme maux très graves qui contredisent l’Esprit de la vie, et nous font sombrer dans l’anti-culture de la mort. Il faut certainement continuer sur cette même voie, en prêtant attention aux autres provocations que la conjoncture contemporaine offre pour la maturation de la foi, afin de pouvoir la comprendre de façon plus profonde et également de la communiquer de façon plus adéquate aux hommes d’aujourd’hui.


L’avenir de l’Académie

9. Nous devons, avant tout, habiter la langue et les histoires des hommes et des femmes de notre temps, en insérant l’annonce évangélique au sein de l’expérience concrète, comme nous l’a indiqué le Concile Vatican II avec son autorité. Afin de saisir la signification de la vie humaine, nous pouvons nous rapporter à l’expérience qui peut se reconnaître dans la dynamique de la génération. L’on évitera ainsi de réduire la vie soit à une notion seulement biologique, soit à un universel abstrait des relations et de l’histoire. L’appartenance originaire à la chair précède et rend possible toute autre ultérieure conscience et réflexion, en écartant la prétention du sujet d’être l’origine de soi-même. Nous pouvons seulement devenir conscients d’être en vie une fois que nous l’avons déjà reçue, et cela avant toute intention et décision de notre part. Vivre signifie nécessairement être des enfants, accueillis et soignés, même si c’est parfois de façon inadéquate. « Il semble alors raisonnable de jeter un pont entre ces soins que l’on a reçus depuis le début de la vie et qui ont permis à celle-ci de se déployer tout au long de son déroulement, et les soins à offrir de manière responsable aux autres. […] Ce lien précieux défend une dignité, humaine et théologale, qui ne cesse de vivre, pas même avec la perte de la santé, du rôle social et du contrôle sur son propre corps » (Lettre du Cardinal Secrétaire d’État à l’occasion du Congrès sur les soins palliatifs, 28 Février 2018).


10. Nous savons bien que le seuil du respect fondamental de la vie humaine est aujourd’hui violé de façon brutale, non seulement par des comportements individuels, mais aussi par les effets des choix et des aménagements structuraux. L’organisation du profit et le rythme de développement des technologies offrent d’inédites possibilités de conditionner la recherche biomédicale, l’orientation éducative, la sélection des besoins et la qualité humaine des relations. La possibilité de diriger le développement économique et le progrès scientifique vers l’alliance de l’homme et de la femme, pour le soin de l’humanité qui nous est commune et pour la dignité de la personne humaine, puise certainement dans un amour envers la création que la foi nous aide à approfondir et à éclairer. La perspective de la bioéthique globale, avec son ample vision et l’attention à l’impact de l’environnement sur la vie ainsi que sur la santé, constitue une opportunité considérable pour approfondir la nouvelle alliance de l’Évangile et de la création.


11. La commune appartenance à l’unique genre humain impose une approche globale et elle nous demande à tous d’affronter les questions qui se posent dans le dialogue entre les différentes cultures et sociétés qui sont, dans le monde d’aujourd’hui, de plus en plus étroitement en contact. Que l’Académie pour la Vie puisse être le lieu courageux de cette rencontre et de ce dialogue au service du bien de tous. N’ayez pas peur d’élaborer des argumentations et des langages qui soient utiles en vue d’un dialogue interculturel et interreligieux, voire interdisciplinaire. Participez à la réflexion sur les droits humains qui constituent une question centrale dans la recherche de critères universellement partageables. Il en va de la compréhension et de la pratique d’une justice qui montre le rôle incontournable de la responsabilité dans le discours concernant les droits humains et leur étroite corrélation avec les devoirs, à partir de la solidarité avec ceux qui sont les plus blessés et les plus souffrants. Le Pape Benoît XVI a beaucoup insisté sur l’importance de « susciter une nouvelle réflexion sur le fait que les droits supposent des devoirs sans lesquels ils deviennent arbitraires. Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une grave contradiction. Tandis que, d’un côté, sont revendiqués de soi-disant droits, de nature arbitraire et voluptuaire, avec la prétention de les voir reconnus et promus par les structures publiques, d’un autre côté, des droits élémentaires et fondamentaux d’une grande partie de l’humanité sont ignorés et violés », parmi lesquels le Pape émérite mentionne « le manque de nourriture, d’eau potable, d’instruction primaire ou de soins sanitaires élémentaires » (Enc. Caritas in veritate, n. 43).


12. Un autre front sur lequel il faut réfléchir est celui des nouvelles technologies définies aujourd’hui comme « émergentes et convergentes ». Ces dernières comprennent les technologies de l’information et de la communication, les biotechnologies, les nanotechnologies et la robotique. En se servant des résultats obtenus par la physique, la génétique et les neurosciences, comme également de la capacité de calcul des machines toujours plus puissantes, il est aujourd’hui possible d’intervenir très profondément dans la matière vivante. Le corps humain est également susceptible de telles interventions qui peuvent modifier non seulement ses fonctions et ses performances, mais également ses modes de relation, aussi bien sur le plan personnel que social, en l’exposant de plus en plus aux logiques du marché. Il faut donc d’abord comprendre les transformations historiques, qui s’annoncent sur ces nouvelles frontières, afin de déterminer comment les orienter au service de la personne humaine, en respectant et en promouvant sa dignité intrinsèque. Il s’agit d’une tâche très exigeante, étant données la complexité et l’incertitude concernant les possibles développements, ce qui requiert un discernement encore bien plus attentif par rapport à celui qui est habituellement souhaitable. Un discernement que nous pouvons définir comme « le travail sincère décider de façon responsable dans l’exercice correcte de la raison pratique » (SYNODE DES ÉVÊQUES SUR LES JEUNES, Document final, 27 Octobre 2018, n. 109). Un parcours de recherche et d’évaluation qui a donc lieu à travers les dynamiques de la conscience morale et qui, pour le croyant, se déroule à l’intérieur et à la lumière de la relation avec le Seigneur Jésus, en assumant son intentionnalité dans l’action ainsi que dans ses critères de choix (cf. Ph 2, 5).


13. La médecine et l’économie, la technologie et la politique, qui sont élaborées au centre même de la ville moderne de l’homme, doivent également et surtout rester exposées au jugement qui est prononcé par les périphéries de la terre. De fait, les nombreuses et extraordinaires ressources, mises à la disposition de la créature humaine par la recherche scientifique et technologique, risquent d’obscurcir la joie du partage fraternel, ainsi que la beauté des entreprises communes, alors que c’est grâce à leur service qu’elles obtiennent, en réalité, leur authentique signification. Nous devons reconnaître que la fraternité reste la promesse manquée de la modernité. Le souffle universel de la fraternité qui grandit dans la confiance réciproque – à l’intérieur de la citoyenneté moderne, comme entre les peuples et les nations – apparaît fortement affaibli. La force de la fraternité, que l’adoration de Dieu en esprit et en vérité engendre parmi les êtres humains, est la nouvelle frontière du christianisme. Chaque détail de la vie du corps et de l’âme, dans lequel étincellent l’amour et le rachat de la nouvelle créature qui se forme en nous, surprend comme le véritable miracle d’une résurrection qui est déjà en œuvre (cf. Col 3,1-2). Que le Seigneur nous donne de multiplier ces miracles ! Que le témoignage de Saint François d’Assise, avec sa capacité de se reconnaître comme frère de toutes les créatures terrestres et célestes, puisse nous inspirer dans son actualité perpétuelle. Que Seigneur vous accorde d’être prêts pour cette nouvelle phase de la mission, avec vos lampes chargées de l’huile de l’Esprit pour éclairer le chemin et guider vos pas. Comme ils sont beaux les pieds de ceux qui portent l’heureuse annonce de l’amour de Dieu pour la vie de chacun et de tous ceux qui habitent la terre (cf. Is 52,7 ; Rm 10,15).

Vatican, 6 Janvier 2019


François

 

Ce que François oublie, ou feint d’ignorer, c’est que nous avons tous le même Créateur, nous sommes donc frères au plan naturel, mais que la multitude rejette le Rédempteur et ses commandements, or pour être frères, surnaturellement, il faut adhérer à Jésus-Christ, la Voie, la Vérité et la Vie. La nouvelle religion de François remplace le Corps Mystique de Jésus-Christ par la famille humaine dans un naturalisme implicite. Il nous indique bien quelle est l'origine de cette nouvelle religion et qui en est le promoteur à travers son Encyclique Ecclesiam suam.

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Saint Marcel Ier pape et martyr

16 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Marcel Ier pape et martyr

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Nous vous supplions, Seigneur, d’exaucer, dans votre clémence, les prières de votre peuple, afin que nous soyons aidés par les mérites du bienheureux Marcel, votre Martyr et Pontife, dont la passion est pour nous une source de joie.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Marcel, né à Rome, exerça le pontificat depuis Constance et Galère jusqu’à Maxence. Ce fut à son instigation que Lucine, matrone romaine, établit l’Église de Dieu héritière de ses biens. Le nombre des fidèles s’étant accru dans Rome, il institua de nouveaux Titres (ou paroisses), et partagea la ville comme en différents districts, pour y administrer les sacrements de baptême et de pénitence à ceux qui embrasseraient la religion chrétienne, ainsi que pour l’utilité des fidèles et pour la sépulture des Martyrs. Maxence, enflammé de colère par cette sage administration, menaça Marcel de rigoureux supplices, s’il ne déposait le pontificat et ne sacrifiait aux idoles.

Cinquième leçon. Comme Marcel méprisait les paroles insensées d’un homme, le tyran l’envoya dans les écuries impériales pour qu’il y prît soin des bêtes qu’on nourrissait aux dépens du public. Marcel y passa neuf mois en prières et en jeûnes continuels, visitant par ses lettres les paroisses qu’il ne pouvait visiter en personne. Tiré de là par les clercs de Rome, il reçut l’hospitalité chez la bienheureuse Lucine, et dédia dans sa demeure une église qui est aujourd’hui désignée sous le Titre de Saint-Marcel : les Chrétiens allaient y prier et le bienheureux Marcel y prêchait lui-même.

Sixième leçon. Maxence, ayant connaissance de ces faits, ordonna d’amener dans cette église les bêtes de ses écuries et commanda qu’elles soient gardées, par Marcel. C’est en ce lieu que, souffrant de la malpropreté et accablé de tribulations, il s’endormit dans le Seigneur. Son corps fut enseveli le 17 des calendes de février, par la bienheureuse Lucine, au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il siégea cinq ans, un mois, et vingt-cinq jours. Il écrivit une épître aux Évêques de la province d’Antioche, au sujet de la primauté de l’Église romaine, qu’il prouve devoir être appelée le chef des Églises, et y dit aussi que nul concile ne peut être légitimement célébré sans l’autorité du Pontife romain. Il ordonna à Rome, au mois de décembre, vingt-cinq Prêtres, deux Diacres et sacra vingt et un Évêques pour divers lieux.

Au glorieux Pape et Martyr Hygin, vient s’adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l’Église ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l’Emmanuel.

Marcel a gouverné l’Église à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu’au sang, et méritera d’être associé à Etienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l’Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s’enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethlehem, où elle mit au monde un humble enfant : aujourd’hui, l’empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l’Église.

Quelles furent vos pensées, ô glorieux Marcel, lorsque l’impie dérision d’un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethlehem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais de l’ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n’attendait plus qu’un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n’avait pas encore le secret de sa destinée. Comme l’Enfant de Bethlehem, ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l’Église qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d’amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d’être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l’orgueil, l’amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves.

 

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Saint Paul premier ermite et confesseur mémoire de saint Maur abbé

15 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Paul premier ermite et confesseur mémoire de saint Maur abbé

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O Dieu qui nous réjouissez par la solennité annuelle du bienheureux Paul, votre Confesseur : faites, dans votre bonté, qu’honorant sa naissance au ciel, nous imitions aussi les actions de sa vie.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Paul, l’instituteur et le maître des Ermites, naquit dans la basse Thébaïde ; il n’avait que quinze ans lorsqu’il perdit son père et sa mère. Quelque temps après, pour fuir la persécution de Dèce et de Valérien et pour servir Dieu avec plus de liberté, il se retira dans une caverne du désert. C’est là qu’un palmier lui fournissant de quoi se nourrir et se vêtir, il vécut jusqu’à l’âge de cent treize ans : alors saint Antoine, qui en avait quatre-vingt-dix, le visita, d’après un avertissement de Dieu. Ils se saluèrent de leurs propres noms, bien qu’ils ne se connussent point auparavant, et pendant qu’ils se complaisaient à s’entretenir du royaume de Dieu, un corbeau, qui jusqu’alors avait toujours apporté à Paul la moitié d’un pain, en déposa un tout entier auprès d’eux.

Cinquième leçon. Après le départ du corbeau : « Voyez, dit Paul, comment le Seigneur vraiment bon, vraiment miséricordieux, nous a envoyé notre repas. Il y a déjà soixante ans que je reçois chaque jour la moitié d’un pain, et maintenant, à votre arrivée, Jésus-Christ a donné une ration double pour ses soldats. » Ils prirent donc leur nourriture avec action de grâces, au bord d’une fontaine ; ayant ainsi réparé leurs forces et rendu de nouveau grâces à Dieu, selon la coutume, ils passèrent la nuit dans les louanges divines. Au point du jour, Paul, sachant que sa mort était proche, en avertit Antoine, et le pria d’aller chercher, pour ensevelir son corps, le manteau qu’il avait reçu de saint Athanase. Antoine, étant en route pour revenir, vit l’âme de Paul monter au ciel parmi les chœurs des Anges et dans la compagnie des Prophètes et des Apôtres.

Sixième leçon. Quand il fut arrivé à la cellule de Paul, il le trouva à genoux, la tête levée, les mains étendues vers le ciel et le corps inanimé. Il l’enveloppa du manteau et chanta des hymnes et des Psaumes, selon la tradition chrétienne. Comme il n’avait pas d’instrument pour creuser la terre, deux lions accoururent du fond du désert et s’arrêtèrent près du corps du bienheureux vieillard, donnant à entendre qu’ils le pleuraient à leur manière. Ils creusèrent la terre avec leurs griffes à l’envi l’un de l’autre et firent une fosse capable de contenir un homme. Lorsqu’ils furent partis, Antoine déposa le saint corps en ce lieu, et le couvrant de terre, il lui dressa un tombeau à la manière des chrétiens. Quant à la tunique de Paul, qu’il avait tissue de feuilles de palmier comme on fait les corbeilles, il l’emporta avec lui, et tant qu’il vécut, il se servit de ce vêtement aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte.

L’Église honore aujourd’hui la mémoire d’un des hommes le plus spécialement choisis pour représenter la pensée de ce détachement sublime que l’exemple du Fils de Dieu, né dans une grotte, à Bethlehem, révéla au monde. L’ermite Paul a tant estimé la pauvreté de Jésus-Christ, qu’il s’est enfui au désert, loin de toute possession humaine et de toute convoitise. Une caverne pour habitation, un palmier pour sa nourriture et son vêtement, une fontaine pour y désaltérer sa soif, un pain journellement apporté du ciel par un corbeau pour prolonger cette vie merveilleuse : c’est ainsi que Paul servit, pendant soixante ans, étranger aux hommes, Celui qui n’avait pas trouvé de place dans la demeure des hommes, et qui fut contraint d’aller naître dans une étable abandonnée.

Mais Paul habitait avec Dieu dans sa grotte ; et en lui commence la race sublime des Anachorètes, qui, pour converser avec le Seigneur, ont renoncé à la société et même à la vue des hommes : anges terrestres dans lesquels a éclaté, pour l’instruction des siècles suivants, la puissance et la richesse du Dieu qui suffit lui seul aux besoins de sa créature. Admirons un tel prodige ; et considérons, avec reconnaissance, à quelle hauteur le mystère d’un Dieu incarné a pu élever la nature humaine tombée dans la servitude des sens, et tout enivrée de l’amour des biens terrestres.

N’allons pas croire cependant que cette vie de soixante ans passée au désert, cette contemplation surhumaine de l’objet de la béatitude éternelle, eussent désintéressé Paul de l’Église et de ses luttes glorieuses. Nul n’est assuré d’être dans la voie qui conduit à la vision et à la possession de Dieu, qu’autant qu’il se tient uni à l’Épouse que le Christ s’est choisie, et qu’il a établie pour être la colonne et le soutien de la vérité. Or, parmi les enfants de l’Église, ceux qui doivent le plus étroitement se presser contre son sein maternel, sont les contemplatifs ; car ils parcourent des voies sublimes et ardues, où plusieurs ont rencontré le péril Du fond de sa grotte, Paul, éclairé d’une lumière supérieure, suivait les luttes de l’Église contre l’arianisme ; il se tenait uni aux défenseurs du Verbe consubstantiel au Père : et afin de montrer sa sympathie pour saint Athanase, le vaillant athlète de la foi, il pria saint Antoine, à qui il laissait sa tunique de feuilles de palmier, de l’ensevelir dans un manteau dont l’illustre patriarche d’Alexandrie, qui aimait tendrement le saint abbé, lui avait fait présent.

Le nom de Paul, père des Anachorètes, est donc enchaîné à celui d’Antoine, père des Cénobites ; les races fondées par ces deux apôtres de la solitude sont sœurs ; toutes deux émanent de Bethlehem comme d’une source commune. La même période du Cycle réunit, à un jour d’intervalle, les deux fidèles disciples de la crèche du Sauveur.

 

 

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Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félix Prêtre et Martyr

14 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Hilaire évêque confesseur et docteur mémoire de Saint Félix Prêtre et Martyr

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O Dieu qui avez fait à votre peuple la grâce d’avoir le bienheureux Hilaire, pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d’avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui nous a donné sur terre la doctrine de vie.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Hilaire, né en Aquitaine de famille noble, excella en doctrine et en éloquence. Engagé d’abord dans le mariage, il y mena une vie presque monastique ; créé ensuite Évêque de Poitiers à cause de ses rares vertus, il s’acquitta de la charge épiscopale de façon à mériter les plus grandes louanges de la part des fidèles. C’était à l’époque où l’empereur Constance persécutait les Catholiques, employant la terreur, la spoliation des biens, l’exil, et toutes sortes de cruautés, s’ils ne voulaient pas passer au parti des Ariens ; Hilaire, s’opposant aux efforts de l’Arianisme comme un mur inébranlable, attira sur lui toute la fureur des hérétiques. Aussi beaucoup de pièges lui furent tendus, et enfin, par les artifices de Saturnin, Évêque d’Arles, il se vit exilé par le synode de Béziers et relégué en Phrygie. Dans son exil, il ressuscita un mort et écrivit contre les Ariens ses douze livres sur la Trinité.

Cinquième leçon. Quatre ans après, un concile ayant été rassemblé à Séleucie, ville d’Isaurie. Hilaire fut contraint d’y assister. Il partit ensuite pour Constantinople où il remarqua l’extrême péril de la foi, et demanda, par trois requêtes publiques, audience à l’empereur, afin de disputer devant lui de la foi avec ses adversaires. Mais comme Ursace et Valens, Évêques ariens qu’Hilaire avait réfutés dans ses écrits, craignaient la présence d’un homme si savant, ils persuadèrent à Constance de le rétablir dans son évêché, comme pour lui faire honneur. Ce fut alors que l’Église des Gaules, selon l’expression de saint Jérôme, embrassa Hilaire revenant de ses combats contre les hérétiques. Saint Martin le suivit jusqu’à sa ville épiscopale, et fut depuis élevé au gouvernement de l’Église de Tours ; la sainteté de sa vie montra dans la suite combien il avait profité des leçons d’un tel maître.

Sixième leçon. Depuis lors, Hilaire gouverna l’Église de Poitiers dans une grande tranquillité. Il amena la Gaule entière à condamner l’impiété des Ariens. Il écrivit plusieurs livres d’une admirable érudition. Saint Jérôme, dans sa lettre à Læta, atteste qu’ils peuvent tous être lus sans’ crainte d’y rencontrer l’erreur. « On peut, dit-il, lire sans aucun risque les livres d’Hilaire. » II s’en alla au ciel le jour des ides de janvier, sous les empereurs Valentinien et Valens, l’an de la naissance de Jésus-Christ trois cent soixante-neuf. Un grand nombre de Pères et plusieurs conciles ont donné à Hilaire le nom de Docteur insigne de l’Église, et dans quelques diocèses il était honoré sous ce titre : enfin, sur les instances du synode de Bordeaux, le souverain Pontife Pie IX, après avoir pris l’avis de la sacrée Congrégation des Rites, a déclaré et confirmé saint Hilaire Docteur de l’Église universelle, et ordonné qu’au jour de sa fête, il fût partout honoré de ce titre à la Messe et à l’Office.

Après avoir consacré à la gloire de l’Emmanuel manifesté à la terre la radieuse Octave de l’Épiphanie, la sainte Église, toujours occupée du divin Enfant et de son auguste Mère, jusqu’au jour où Marie portera dans ses bras ce fruit béni de ses entrailles au Temple où il doit être offert ; la sainte Église, disons-nous, admet sur son glorieux Cycle de nombreux amis de Dieu, qui nous tracent au ciel, comme autant d’astres étincelants, la voie qui conduit des joies de la Nativité au sacré mystère de la Purification.

Tout d’abord, éclate d’une gloire sans pareille, dès le lendemain du jour consacré à la mémoire du Baptême du Christ, le fidèle et courageux Hilaire, honneur immortel de l’Église des Gaules, le frère d’Athanase et d’Eusèbe de Verceil dans les combats qu’il soutint pour la divinité de l’Emmanuel. Le lendemain des persécutions sanglantes du paganisme, commence cette lutte affreuse de l’Arianisme, qui avait juré d’enlever au Christ vainqueur, par ses Martyrs, de la violence et de la politique des Césars, la gloire et les honneurs de la divinité. L’Église, affranchie par son propre sang, ne fit point défaut sur ce nouveau champ de bataille ; de nombreux Martyrs scellèrent encore de leur sang, versé par .des princes désormais chrétiens, mais hérétiques, la divinité du Seigneur immortel qui a daigné apparaître dans la faiblesse delà chair ; mais à côté de ces généreux athlètes, brillèrent, martyrs eux-mêmes de désir, d’illustres Docteurs qui vengèrent, par leur savoir et leur éloquence, cette foi de Nicée qui avait été celle des Apôtres. Au premier rang, et tout couvert des palmes d’une glorieuse confession, apparaît Hilaire, élevé, comme dit saint Jérôme, sur le cothurne gaulois et paré des fleurs de la Grèce, le Rhône de l’éloquence latine, et l’insigne Docteur des Églises, selon saint Augustin.

Sublime par son génie, profond dans sa doctrine, Hilaire est plus grand encore dans son amour pour le Verbe incarné, dans son zèle pour la liberté de l’Église ; toujours dévoré de la soif du martyre, toujours invincible à cette époque désolante où la foi, victorieuse des tyrans, sembla un jour au moment d’expirer, par l’astuce des princes, et parla lâche défection de tant de pasteurs.

......

Mais quand le moment est arrivé de s’adresser à l’Empereur lui-même, et de protester en face contre la servitude de l’Église, Hilaire, le plus doux des hommes, revêt cette indignation divine dont le Christ lui-même parut animé contre les violateurs du Temple ; et son zèle apostolique brave tous les dangers pour signaler les périls du système que Constance a inventé pour étouffer l’Église du Christ, après l’avoir flétrie.

« Le temps de parler est venu ; car le temps de se taire est passé. Il nous faut attendre le Christ ; car le règne de l’Antéchrist a commencé. Que les pasteurs poussent des cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. Donnons nos vies pour nos brebis ; car les voleurs sont entrés, et le a lion furieux tourne autour de nous. Allons au-devant du martyre ; car l’ange de Satan est transformé en ange de lumière.
« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne m’avez-vous pas fait naître, et remplir mon ministère au temps des Néron et des Décius ? Plein du feu de l’Esprit-Saint, je n’eusse pas craint le chevalet, au souvenir d’Isaïe scié en deux ; le feu ne m’eût pas épouvanté, à la pensée des Enfants Hébreux chantant au milieu des flammes ; ni la croix, ni le brisement des membres ne m’eussent effrayé, en me rappelant le larron transféré dans le Paradis après un semblable supplice ; les abîmes de la mer, la fureur des vagues n’eussent point affaibli mon courage ; car l’exemple de Jonas et de Paul aurait été là pour m’apprendre que vos fidèles peuvent vivre sous les flots.
« Contre vos ennemis avoués, j’aurais combattu avec bonheur ; car je n’aurais pas eu de doute qu’ils ne fussent de vrais persécuteurs, ceux qui m’auraient voulu contraindre par les supplices, le fer et le feu, à renier votre Nom ; pour vous rendre témoignage, notre mort seule aurait suffi. Nous eussions combattu ouvertement et avec confiance contre ceux qui vous renient, contre des bourreaux, contre des meurtriers ; et nos peuples, avertis par la publicité de la persécution, nous eussent suivis comme leurs chefs, dans le sacrifice qui vous rend témoignage.
« Mais aujourd’hui nous avons à combattre contre un persécuteur déguisé, contre un ennemi qui nous flatte, contre Constance l’Antéchrist, qui a pour nous, non des coups, mais des caresses ; qui ne proscrit pas ses victimes pour leur donner la vie véritable, mais les comble de richesses pour leur donner la mort ; qui ne leur octroie pas la liberté des cachots, mais leur donne une servitude d’honneurs dans ses palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tête avec le glaive, mais tue l’âme avec son or ; qui ne publie pas d’édits pour condamner au feu, mais allume, pour chacun, le feu de l’enfer. Il ne dispute pas, dans la crainte d’être vaincu ; mais il flatte pour dominer ; il confesse le Christ, pour le renier ; il procure une fausse unité, afin qu’il n’y ait pas de paix ; il sévit contre certaines erreurs, pour mieux détruire la doctrine du Christ ; il honore les Évêques, afin qu’ils cessent d’être Évêques ; il bâtit des églises, tout en ruinant la foi.
« Qu’on cesse de m’accuser de médisance, de calomnie ; le devoir des ministres de la vérité est de ne dire que des choses véritables. Si nous disons des choses fausses, nous consentons à ce que nos paroles soient réputées infâmes ; mais si nous faisons voir que tout ce que nous disons est manifeste, nous n’avons pas dépassé la liberté et la modestie des Apôtres, nous qui n’accusons qu’après un long silence.
« Je te dis hautement, Constance, ce que j’aurais dit à Néron, ce que Décius et Maximien auraient entendu de ma bouche : Tu combats contre Dieu, tu sévis contre l’Église, tu persécutes les saints, tu hais les prédicateurs du Christ, tu enlèves la religion ; tu es un tyran, sinon dans les choses humaines, du moins dans les choses divines. Voilà ce que j’aurais dit en commun, à toi et à eux ; maintenant, écoute ce qui t’est propre. Sous le masque d’un chrétien, tu es un nouvel ennemi du Christ ; précurseur de l’Antéchrist, tu opères déjà ses odieux mystères. Vivant contre la foi, tu t’ingères à en dresser des formules ; tu distribues les évêchés à tes créatures ; tu remplaces les bons par des méchants. Par un nouveau triomphe de la politique, tu trouves le moyen de persécuter sans faire de martyrs. « _ Combien plus nous fûmes redevables à votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par vous, nous avons vaincu le diable. La piété a recueilli en tous lieux le sang des martyrs ; et leurs ossements vénérés rendent témoignage de toutes parts. Mais toi, plus cruel que tous les tyrans, tu nous attaques avec un plus grand péril pour nous, et tu nous laisses moins d’espoir pour le pardon. A ceux qui auraient eu le malheur d’être faibles, il ne reste même pas l’excuse de pouvoir montrer à l’éternel Juge la trace des tortures et les cicatrices de leurs corps déchirés, pour se faire pardonner la faiblesse, en considération de la nécessité. O le plus scélérat des a hommes ! tu tempères les maux de la persécution de telle sorte que tu enlèves l’indulgence à la faute, et le martyre à la confession.
« Nous te reconnaissons sous tes vêtements de brebis, loup ravissant ! Avec l’or de l’État, tu décores le sanctuaire de Dieu ; tu lui offres ce que tu enlèves aux temples des Gentils, ce que tu extorques par tes édits et tes exactions. Tu reçois les Évêques par le même baiser dont le Christ a été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bénédiction, et tu foules aux pieds la foi ; tu fais remise des impôts aux clercs, pour en faire des chrétiens renégats ; tu relâches de tes droits, dans le but de faire perdre à Dieu les siens. »

Telle était la vigueur du saint évêque en face d’un prince qui finit par faire des martyrs ; mais Hilaire n’eut pas seulement à lutter contre César. A toutes les époques, l’Église a renfermé dans son sein des demi-fidèles que l’éducation, une certaine bienséance, quelques succès d’influence et de talent, retiennent parmi les catholiques, mais que l’esprit du monde a pervertis. Ils se sont fait une Église humaine, parce que le naturalisme ayant faussé leur esprit, ils sont devenus incapables de saisir l’essence surnaturelle de la véritable Église. Accoutumés aux variations de la politique, aux tours habiles à l’aide desquels les hommes d’État arrivent à maintenir un équilibre passager à travers les crises, il leur semble que l’Église, dans la déclaration même des dogmes, doit compter avec ses ennemis, qu’elle pourrait se méprendre sur l’opportunité de ses résolutions, en un mot que sa précipitation peut attirer sur elle, et sur ceux qu’elle compromettra avec elle, une défaveur funeste. Arbres déracinés, dit un apôtre ; car en effet leurs racines ne plongent plus dans le sol qui les eût nourris et rendus féconds. Les promesses formelles de Jésus-Christ, la direction immédiate de l’Esprit-Saint sur l’Église, l’aspiration du vrai fidèle à entendre proclamer dans son complément la vérité qui nourrit la foi, en attendant la vision, la soumission passive due préalablement à toute définition qui émane et émanera de l’Église jusqu’à la consommation du monde : tout cela pour eux n’appartient point à l’ordre pratique. Dans l’enivrement de leur politique mondaine et des encouragements qu’elle leur vaut de la part de ceux qui haïssent l’Église, ils se compromettent devant Dieu et devant l’histoire par les efforts désespérés qu’ils osent faire pour arrêter la promulgation de la vérité révélée.

Hilaire devait aussi les rencontrer sur son chemin, ces hommes qu’effrayait le consubstantiel, comme d’autres se sont effarouchés de la transsubstantiation et de l’infaillibilité. Il s’opposa comme un mur d’airain à leurs pusillanimités et à leurs vulgaires calculs. Écoutons-le lui-même commenté par le plus éloquent de ses successeurs : « La paix, me dites-vous ? N’allez-vous pas troubler la paix, troubler l’union ? » — C’est un beau nom que celui de la paix ; c’est aussi une belle chose que l’idée d’unité ; mais qui donc ignore que, pour l’Église et pour l’Évangile, il n’y a pas d’autre unité et d’autre paix que l’unité et la paix de Jésus-Christ ? » — Mais, lui objectait-on encore, ne savez-vous pas avec qui vous vous mesurez, et n’avez-vous pas peur ? » — « Oui, vraiment j’ai peur : j’ai peur des dangers que court le monde ; j’ai peur de la terrible responsabilité qui pèserait sur moi par la connivence, par la complicité de mon silence. J’ai peur enfin du jugement de Dieu, j’en ai peur pour mes frères sortis de la voie de la vérité, j’en ai peur pour moi, dont c’est le devoir de les y ramener. » On ajoutait : « Mais n’y a-t-il pas des réticences permises, des ménagements nécessaires ? » Hilaire répondait que l’Église n’a vraiment pas besoin qu’on lui fasse la leçon, et qu’elle ne peut oublier sa mission essentielle. Or, cette mission, la voici : « Ministres de la vérité, il nous appartient de déclarer ce qui est vrai. Ministros veritatis decet vera proferre. »

C’était donc avec raison, glorieux Hilaire, que l’Église de Poitiers vous adressait, dès les temps anciens, ce magnifique éloge que l’Église Romaine consacre à votre illustre disciple Martin : « O bienheureux Pontife ! Qui aimait de toutes ses entrailles le Christ Roi, et qui ne ployait pas sous le faix du commandement ! O âme très sainte ! Que le glaive du persécuteur n’a point séparée du corps, et qui cependant n’a pas perdu la palme du martyre ! » Si la palme vous a manqué, du moins n’avez-vous pas manqué à la palme ; et la couronne de Martyr, qui ceint le front de votre illustre frère Eusèbe, ne convient pas moins à votre tête sacrée qu’entoure déjà l’auréole de Docteur. Tant de gloire est due à votre courage dans la confession de ce Verbe divin dont nous honorons, en ces jours, les abaissements et l’ineffable enfance. Comme les Mages, vous n’avez point tremblé en présence d’Hérode ; et si les ordres de César vous exilèrent sur la terre étrangère, votre cœur se consola en songeant à l’exil de Jésus enfant, dans la terre d’Égypte. Obtenez-nous la grâce de comprendre, à notre tour, ces divins mystères.

Veillez aussi sur la foi des Églises ; et par votre suffrage puissant, conservez-y la connaissance et l’amour du divin Emmanuel. Souvenez-vous de celle que vous avez gouvernée, et qui se glorifie encore d’être votre fille ; mais puisque l’ardeur de votre zèle embrassait la Gaule tout entière dont vous fûtes l’invincible boulevard, protégez aujourd’hui la France chrétienne. Qu’elle garde toujours le don de la foi ; que ses Evêques soient les athlètes courageux de la liberté ecclésiastique ; formez dans son sein des prélats puissants en œuvres et en paroles, comme Martin et comme vous, profonds dans la doctrine, et fidèles dans la garde du dépôt.

 

 

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Saint Vincent Ferrier un apôtre pour note temps 1418-2018

14 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

Saint Vincent Ferrier un apôtre pour note temps 1418-2018

Extraits de sermons :

Pourquoi le Christ ressuscité apparut à Marie.

Je dis que la Résurrection fut, par faveur spéciale, annoncée d'abord à la Vierge Marie. Plusieurs théologiens l'affirment, et saint Ambroise dit expressément, au livre des Vierges : Marie vit son Fils ressuscité et le vit la première.

Les évangélistes ne signalent pas le fait, parce qu'ils ne pensaient qu'à produire des témoins irrécusables. On aurait pu attaquer le témoignage de la Mère en faveur du Fils. Mais que le Christ ait apparu à sa Mère d'abord, trois raisons nous le prouvent.

 

D'abord, le précepte divin : Dans la Passion de son Fils, elle avait été torturée plus que tous. Le Christ l'avait dispensée des douleurs de l'enfantement, et plus tard lui épargna les douleurs de la mort qui surpassent toutes les autres douleurs, comme le dit saint Albert le Grand : La plus terrible douleur est la mort, parce que l'âme est arrachée tout entière comme un arbre. Mais toutes les douleurs de l'enfantement et de la mort l'envahirent lors de la Passion de son Fils. Or, l'Écriture dit (Eccl. 7, 27) : De tout ton cœur honore ton père et n'oublie jamais ce qu'a souffert ta mère. C'est pourquoi le Christ, si parfait observateur de toute loi, apparut à sa Mère d'abord :

1° parce qu'elle avait été plus torturée que les autres ;

2° à cause du mérite de sa foi. Il ressort trop clairement du texte évangélique que, au temps de la Passion, les apôtres et les disciples perdirent la foi, doutant s'Il était Dieu et le véritable Messie, bien qu'ils Le tinssent pour un saint prophète.

Seule, la Vierge Marie crut sans faiblir, en ce premier Samedi-Saint, et par là, mérita que l'Église de Dieu récitât un office particulier en son honneur chaque samedi. Or, l'Écriture dit : Le Seigneur se laisse trouver par ceux qui ne Lui refusent pas leur foi. (Sg. I, 2) Le Christ ressuscité dut donc apparaître à sa Mère avant tout.

3° à cause de l'intensité de son amour : il est certain que nulle mère n'aima son fils plus que la Vierge Marie n'aima Jésus-Christ. Comme Il dit Lui-même : Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je l'aimerai et me manifesterai à lui. (Jn, XIV, 21)

 

Il s'en suit, pour ces trois raisons, que la première apparition fut pour la Vierge Marie, bien que les évangélistes n'en disent rien.

 

Entrevue de la Vierge Marie et du Christ Rédempteur.

Voyons maintenant comment cela eut lieu, et l'âme pieuse trouvera de consolantes douceurs à contempler ce mystère.

La Vierge était absolument certaine de la Résurrection de son Fils, puisqu’il l'avait si ouvertement prédite ; mais elle ignorait l'heure qui, en effet, ne se trouve nulle part déterminée. Elle passa donc cette nuit, qui lui parut bien longue, à réfléchir sur l'heure possible de la Résurrection. Sachant que David a, plus que tous les autres prophètes, parlé de la Passion du Christ, elle parcourut le psautier, mais n'y trouva nulle indication de l'heure.

Cependant, au psaume 56, David, parlant en la personne du Père à son Fils, dit : Éveille-toi, ma gloire. Éveille-toi, harpe, cithare, que j'éveille l'aurore. (Ps : 56, 9)

Et la réponse du Fils est celle-ci : J'éveillerai l'aurore. Remarquez ces trois noms : Gloria, psalterium, cithara. Le Père appelle d'abord son Fils Gloria mea, parce qu'en toutes choses le Christ a par-dessus tout aimé et prouvé la gloire de son Père. Aussi disait-il lui-même : Je ne cherche pas ma gloire, mais j'honore mon Père. (Jn, 8, 50) C'est pourquoi le Père lui dit : Éveille-toi, ma gloire.

 

En second lieu, le Père l'appelle Psalterium. Le Psalterion a dix cordes : c'est un instrument d'appartement et dont on ne joue guère en public, à cause de ses faibles sons. Il figure la loi de Moïse qui est comme un instrument privé donné au seul peuple juif, composé de dix commandements comme de dix cordes. Le Christ obéit en tout à cette loi. Il s'en rend témoignage Lui-même, disant : Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l'accomplir. (Mt. 5, 17). Et c'est pourquoi son Père l'appelle Psalterium.

 

Enfin, le Père appelle son Fils Cithara. La lyre représente la loi évangélique aux sons plus clairs et de plus grande portée. Le monde entier l'entendit selon cette parole : Leur voix s'est étendue jusqu'aux limites du monde. (Ps. 19, 5)

Et le Fils répondit à son Père : Je réveillerai l’aurore.

 

Quand la Vierge Marie sut l'heure de la Résurrection, je vous laisse à penser avec quel empressement elle se leva pour voir si l'aurore venait. Elle constata que non, et acheva le psautier. Puis elle voulut s'assurer si d'autres prophètes n'avaient pas mentionné l'heure de la Résurrection. Elle trouva au chapitre 6 d'Osée ce texte dans lequel le prophète parle au nom des apôtres : Après deux jours il nous rendra la vie, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence. Appliquons-nous à connaître Yahvé ; sa venue est certaine comme l'aurore. Remarquez l'expression Il nous rendra la vie. Les apôtres, en effet, avaient été frappés mortellement dans leur âme par leur incrédulité. – La Vierge alors se leva, disant : Ces témoins de l'heure où mon Fils doit ressusciter me suffisent ; et elle prépara la chambre et un siège, ajoutant : Là va venir s'asseoir mon Fils, et je pourrai converser avec lui. Puis elle regarda par la fenêtre, et vit que l'aurore commençait à poindre. Sa joie fut grande : Mon Fils va ressusciter, dit-elle. Puis, fléchissant les genoux, elle pria : Réveille-toi, sois devant moi et regarde, et toi, Yahvé, Dieu Sabaot, Dieu d'Israël, lève-toi. (Ps. 58, 6)

 

Et aussitôt, le Christ lui envoya l'ange Gabriel, disant : Vous qui avez annoncé à ma Mère l'incarnation du Verbe, annoncez-lui sa Résurrection. Sur-le-champ, l'ange vola vers la Vierge et lui dit : Reine du Ciel, réjouissez-vous ; car celui que vous avez mérité de porter dans votre sein est ressuscité selon sa promesse.

Le fait et les paroles ont été révélés au bienheureux Pape Grégoire qui ajouta ces mots : Priez Dieu pour nous. Aussitôt après le Christ se présenta, accompagné de tous les patriarches.

Si vous demandez comment ils pouvaient tenir tous dans cette petite chambre, je réponds que leur gloire est telle qu'ils auraient pu s'y trouver au nombre de plusieurs milliers, et même dans un espace moindre, par la vertu divine toujours à leur disposition comme l'insinue saint Thomas (Dist. 4e, art. 44). Et le Christ salua sa Mère, disant : La paix soit avec vous ! La Vierge alors, fléchissant les genoux, et pleine de larmes que faisait couler la joie, l'adora et baisa ses pieds et ses mains. Ô plaies bénies qui m'avez causé tant de douleurs ! Et le Christ, embrassant à son tour sa Mère, lui dit : Réjouissez-vous, ô ma Mère, car vous n'aurez désormais que de la joie. Puis il essuya ses larmes. Et il s'assit, et tous deux conversèrent doucement.

Oh ! Heureux qui eût pu assister à cet entretien ! Alors, elle dit à son Fils : Jusqu'ici, mon Fils, je vous rendais mon culte le samedi pour honorer le divin repos après la création du monde, à l'avenir, ce sera le dimanche, en mémoire de votre Résurrection, de votre repos et de votre gloire. Et le Christ approuva. Puis il raconta ce qu'il avait fait aux enfers, comme et il avait enchaîné Satan, et présenta à sa Mère les patriarches qu'il en avait ramenés. Et tous firent à la Vierge Marie un salut profond.

 

Je vous laisse à penser quels furent les sentiments d'Adam et d'Ève lorsqu'ils dirent à la Vierge Marie : Bénie soyez-vous, ô notre Fille et notre Maîtresse, vous dont parlait le Seigneur lorsqu'il dit au serpent : Je mettrai une hostilité entre toi et la femme. (Gn, 3, 15). Ève ajouta : Par ma faute, j'ai fermé le paradis, mais vous, pleine de grâce, vous l'avez ouvert de nouveau. Et chaque prophète lui disait de son côté : J'ai prophétisé de vous en tel et tel passage de mon livre, etc. Et tous ensemble, la saluant humblement, s'écrièrent : Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël et l'honneur de notre peuple. Et la Vierge leur rendit le salut en ces termes : Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour annoncer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. (I P. 2, 9) Et les anges, de nouveau chantèrent : Réjouissez-vous, Reine du Ciel.

 

IV. La Passion du Christ et la conversion des Juifs

Au temps de notre apôtre, il n'y avait pas que des chrétiens en Espagne. Vis-à-vis de ceux-ci, il y avait des infidèles : Maures et Juifs. Les premiers, cantonnés au sud, dans la province de Grenade, n'avaient que peu de rapports avec les Chrétiens. Il n'en était pas de même des Juifs, que l'on rencontrait un peu partout et qui avaient en mains la fortune et l'industrie. Cela portait parfois ombrage aux chrétiens qui, sous prétexte de guerre sainte, allaient jusqu'à les piller et les égorger. Maître Vincent, tout en partageant les idées de ses compatriotes sur le danger juif, était trop pénétré de la doctrine du Christ pour admettre la méthode brutale. Déjà, au temps de sa jeunesse, il avait déploré les pogroms qui ensanglantèrent Valencia. Au nom du christianisme il proclamait des idées beaucoup plus modernes que médiévales sur la tolérance. Il disait : « Les apôtres qui ont conquis le monde ne portaient ni lances ni couteaux. Les chrétiens ne doivent pas tuer les Juifs avec le couteau, entendez : tuer les erreurs qui empoisonnent leur âme et leur vie, mais avec des paroles, et pour cela les émeutes qu'ils font contre les Juifs, ils les font contre Dieu même, car les Juifs doivent venir d'eux-mêmes au baptême ». Cette tolérance de bon aloi lui gagna la sympathie de milliers de Juifs qui se mêlaient parmi ses auditeurs, si bien qu'on évalue à 25.000 le nombre des Juifs convertis par lui et à 8.000 celui des Musulmans. L'une de ses plus brillantes conversions fut celle d'un rabbin notable qui, sous le nom de Jérôme de Sainte-Foi, devint le médecin du pape Benoît XIII d'Avignon, et fut parmi ses anciens coreligionnaires le grand apôtre du christianisme. On retrouvera dans la page que nous citons et que nous empruntons à deux différents sermons, le zèle infatigable mais éclairé du prêcheur. Tous ses efforts tendent visiblement à éclairer ses auditeurs pour les convaincre à venir d'eux-mêmes au baptême. S'il ne réussit pas, tant pis, les Juifs sont responsables de leur conscience et peut-être que leur bonne foi sera agréée devant Dieu.

 

L'aveuglement des Juifs.

 

THÈME : Tout peuple qui voit, rend gloire à Dieu.

Lorsque les disciples entendirent Notre-Seigneur parler de sa Passion et de sa mort, ils ne comprirent pas, ignorant la raison pour laquelle il devait mourir.

Comprendre, c'est connaître les raisons et les causes.

Or, les Juifs qui, chaque jour m'entendent parler de la Passion, sont dans la même erreur ; quand ils retournent chez eux et dans leurs synagogues, ils relisent en vain leurs prophéties, parce qu'ils ignorent la cause. Cette cause, Juifs, la voici : en Dieu, la justice et la miséricorde ne sont pas des qualités comme chez nous ; mais bien son essence propre, c'est-à-dire lui-même.

C'est pourquoi si Dieu n'eût pas voulu racheter le monde par sa Passion, mais se fût contenté de dire : Je veux que la nature humaine soit sauvée, où serait sa justice ? De même, s'il eût dit : Je veux qu'elle soit perdue, où serait sa miséricorde ? D'un côté, il n'y aurait eu qu'infinie miséricorde, et de l'autre, qu'infinie justice, mais, à coup sûr, pas tous les deux à la fois.

Et c'est pourquoi il a voulu se montrer juste et miséricordieux tout ensemble ; c'est-à-dire que le, Fils de Dieu, qui était sans péché, devenu homme dans le sein de la Vierge Marie, a racheté la nature humaine perdue par le péché d'Adam à l'instigation d'Ève, vierge encore. En acceptant de mourir, il a été miséricordieux ; en payant le prix de sa rédemption, il a été plein de justice. David, prophétisant de l'un et de l'autre, dit : Les lacets de la mort m'enserraient, les filets du shéol me tenaient... Jahvé est justice et pitié. (Ps 116, 3 et 5)

C'est ainsi que la miséricorde de Dieu se manifeste, en ne laissant pas périr le monde, et sa justice, en le rachetant par un prix suffisant. Or, personne ne pouvait payer ce prix que le Fils de Dieu, fait homme et mourant. Les cités de refuge, dont il est question au livre du Lévitique, figurent cette Passion du Christ, et c'est du sacerdoce de Jésus-Christ, vrai Messie, que parle tout ce chapitre.

David exprime en termes formels ce sacerdoce perpétuel dans le psaume Dixit Dominus : Yahvé l'a juré et ne s'en dédira point : « Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech ! » (Ps 110, 4)

 

Il n'y a pas et ne peut y avoir de prêtre perpétuel que Jésus-Christ.

Enfin, le psaume 21 est une histoire anticipée de la Passion du Christ, et ne peut s'entendre absolument que de lui ; aussi le Christ a-t-il voulu le redire durant sa Passion. Isaïe, au quatrième chant du Serviteur de Yahvé (52, 9 et 10), parle de Celui qui a été frappé à mort pour nos péchés, alors qu'il n'avait jamais fait de tort. Ce qui ne peut manifestement s'appliquer qu'au Christ, véritable Messie.

Ainsi donc, ô Juifs, ouvrez les yeux et ne restez pas volontairement aveugles en face de la vérité des Écritures. Si vous voulez être éclairés, rapprochez-vous de Dieu par le baptême. Écoutez David, disant : Qui regarde vers lui resplendira : sur son visage point de honte. (Ps 33, 6)

 

Application aux Juifs du paralytique de la piscine (appel au baptême).

Un paralytique attendait son tour, mais parce qu'il n'avait ni serviteur, ni aide pour le jeter dans la piscine, il resta bien là trente-huit ans sans pouvoir être guéri.

Le Christ ayant pitié de lui, lui dit : Voulez-vous être guéri ? Oui, répondit l'homme. Et il croyait, disent les interprètes, que Notre-Seigneur voulait simplement le prendre sur son dos et profiter de la venue de l'ange. Mais le Christ lui ordonna de prendre son grabat ; et aussitôt il fut guéri. Isaïe a prédit cela, ô Juifs, lorsqu'il dit : Tournez-vous vers moi pour être sauvés, car je suis Dieu sans égal ! (45,22)

 

Venons-en maintenant à deux applications pratiques et très belles de notre cas.

Tout d'abord celle-ci. Le Christ voulut guérir cet homme sans le secours de la piscine, préférablement aux autres, parce que les autres pouvaient profiter du moyen ordinaire et que ce malade ne le pouvait pas : ce qui signifie que ceux qui peuvent être conduits au baptême ne seront sauvés qu'à condition d'être baptisés. Si quelqu'un toutefois ne peut pas être conduit au baptême et qu'il ait, par ailleurs, un cœur ferme dans la foi chrétienne, en vue de recevoir le baptême si cela était possible, s'il vient à mourir, il est guéri de ses infirmités morales comme ce paralytique.

Si donc, ô Juifs, vous ne pouvez venir au baptême ni y conduire vos enfants, la foi chrétienne suffira pour vous sauver, sinon le paradis n'est pas pour vous, selon le mot de saint Paul : Lorsque l'ardeur y est, on est agréé pour ce qu'on a ; il n'est pas question de ce qu'on n'a pas. (2 Cor., 8, 12)

La seconde application vient de la parole de Notre-Seigneur au paralytique : Allez dans votre maison. Cette maison est le paradis, ouvert à ceux qui sont baptisés et guéris de leurs fautes.

Si donc, ô Juifs, vous n'êtes pas comme ceux qui sont baptisés ou tout au moins qui ont le désir du baptême, il n'y a pas à compter sur la demeure du paradis que Moïse n'a point promise dans l'ancienne loi, mais seulement une demeure terrestre et les biens de ce monde.

 

Au sujet des enfants morts sans baptême.

De même qu'il consola ses disciples après sa Résurrection, de même le Christ apporte aux enfants morts sans baptême cinq consolations, comme il y a cinq doigts dans la main :

1° la certitude de ne plus offenser Dieu, ce qui est une grande douceur à l'âme ;

2° la certitude de ne pas être damnés ;

3° la consolation d'être justes ;

4° de n'avoir aucune tristesse intérieure ;

5° l'espérance de ressusciter hommes faits, bien qu'alors tout petits enfants.

 

VI. Le sens caché des Écritures

Pour mener vingt ans durant sur les routes d'Europe cette vie d'apôtre ambulant, il faut que maître Vincent ait été doué d'une santé robuste. Ses biographes le laissent entendre. S'ils ne signalent pas qu'il fût malade, ils disent néanmoins qu'il fût comme tout mortel sujet à des inconvénients de tout genre. Et pour un prédicateur qui chaque jour doit donner son sermon, quel plus grand inconvénient qu'une complète extinction de voix. Il arriva donc que maître Vincent fut enroué. Cet inconvénient devint, quand il put reprendre la parole, le sujet d'un sermon plein de bonhomie sur le sens caché des Écritures. Il prit pour thème, ces paroles : Il leur découvrit le sens caché des Écritures. Parlant de son extinction de voix, il exposa pourquoi Dieu l'avait permise. Ce n'est qu'un canevas, extrait du manuscrit autographe de Valence, mais qui laisse deviner l'esprit d'adaptation du prédicateur. On a nettement l'impression de sentir passer son souffle.

 

THÈME : Il leur découvrit le sens caché des Écritures.

J'ai d'abord à vous faire connaître, bonnes gens, le secret de mon enrouement, et j'y vois une bonne matière à traiter pour l'instruction des Chrétiens et des Juifs. Disons donc : Ave Maria.

 

I Le sens.littéral du texte.

Expliquons tout de suite le sens littéral de mon texte, car il rappelle un grand miracle de Notre-Seigneur. Ses disciples étaient grossiers, peu ouverts à l'intelligence des Écritures, des prophéties et des mystères, aussi son premier soin, après sa Résurrection, fut-il de leur découvrir le sens caché : et c'est un bien plus grand miracle d'ouvrir les yeux de l'intelligence que ceux du corps. C'était le jour de Pâques ; Notre-Seigneur apparut à ses disciples, les signa au front, disant : Que votre esprit s'ouvre. Et leur esprit fut ouvert. Il leur avait du reste annoncé cela : Je vous donnerai moi-même un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire (Lc, XXI, 15).

 

Et dans l'Ancien Testament : J'enfouis ce témoignage, je scelle cette révélation au cœur de mes disciples... Moi et les enfants que Yahvé m'a donnés, nous sommes des signes et des présages en Israël (Is. VIII, 16-17). Tel est le sens littéral du texte ; mais je veux l'appliquer à mon extinction de voix et vous en dire les raisons. Il y en a trois. La première est particulière et me regarde, la deuxième est générale et vous regarde, la troisième est spéciale et regarde les Juifs.

 

Il. Les applications du texte

 

1°) D'abord celle qui me regarde. Sachez qu'il n'y a pour ainsi dire qu'une vertu, l'humilité, sans laquelle les autres ne valent rien, car elles se perdent et s'en vont comme du blé par un sac troué. C'est pourquoi il faut être humble, sans hypocrisie, ni recherche de vaine gloire, avoir toujours le cœur ouvert à Dieu, et ne vouloir que son honneur. David et Saül nous en offrent des exemples, et on en trouve d'autres autorités, soit dans l'Ancien soit dans le Nouveau Testament. Il demeure prouvé par là que l'humilité seule conserve la créature dans l'amitié de Dieu. Et c'est pourquoi Dieu, quand il choisit quelqu'un pour son service, lui envoie des empêchements, juste en ce qu'il désire le plus, afin qu'il s'humilie et ne se perde pas par la vaine gloire. Moïse en est une preuve lorsque Dieu le rendît bègue. Seigneur, disait-il, qu'est ceci ? Depuis deux jours je ne puis parler, depuis que votre voix s'est fait entendre, ma langue est devenue comme paralysée. Or, Moïse avait précisément à parler au peuple, et il dut le faire par truchement, c'est-à-dire par son frère Aaron : et d'un cœur de lion qu'il avait et qui lui faisait opérer des prodiges, il n'eut plus qu'un cœur de fourmi ; et il était humilié, ne risquant plus rien de la vaine gloire. Saint Paul faisait des miracles et ressuscitait des morts, mais il ne pouvait se guérir de la concupiscence, et il disait : Pour que la grandeur de mes révélations ne m'enorgueillise pas, l'aiguillon de la chair m'est resté, et c'est comme le soufflet de Satan. Ainsi ces deux grands hommes avaient le frein obligé de l'humilité. À plus forte raison en ai-je besoin, moi chétif, et dois-je le dire : Dieu l'a voulu pour que mes nombreuses prédications ne m'inspirent aucune vaine gloire, et qu'ainsi je n'oublie pas que Dieu pourrait m'enlever la voix à jamais.

 

2°) La seconde regarde vos âmes. - Le, salut des âmes est le souci principal de Dieu. C'est pourquoi Dieu m'a envoyé cette extinction de voix, pour donner à un plus grand nombre d'âmes l'occasion de se convertir, en me forçant à prolonger ici mon séjour. Vous savez que j'étais parti de cette ville avec l'intention de ne plus revenir, mais j'ai dû retourner pour procurer tout ce bien qui s'est fait de nouveau par les confessions, les jeûnes, les disciplines des petits enfants même et des soldats... Je suis revenu de sept lieues de loin pour le salut de tant d'âmes : Pour eux, disait saint Paul, je souffre jusqu'à porter des chaînes comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n'est pas enchaînée. C'est pourquoi j'endure tout pour les élus, afin qu'eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle (2 Tm., II, 9). Et voilà l'explication de notre texte : Il leur découvrit le sens caché.

 

3°) La troisième raison est spéciale et regarde les Juifs. - Dieu promit à Abraham que de lui naîtrait le Messie, disant : En vous seront bénies toutes les nations (Gn., XXI, 18) ; les Juifs disent : « Nous sommes de la race d'Abraham, donc Dieu nous doit la bénédiction, c'est-à-dire le salut ». Mais tel n'est pas le sens véritable. Il est dit que les nations doivent être bénies dans la race d'Abraham, c'est-à-dire dans le Christ qui devait naître de cette race. Ils seront donc bénis, ceux qui obéiront à ce Christ, qui a pris son sang de la race d'Abraham. Mais comme les Juifs n'étaient pas encore très éclairés sur ce point, Dieu a voulu me faire retourner et m'a envoyé mon extinction de voix. Car nul obstacle ne m'eût arrêté, pas même une jambe cassée, ni l'obligation d'aller sur un âne pour prêcher. Et c'est pourquoi beaucoup ont été convertis ou se convertiront, ayant déjà la foi au cœur, d'après ce qu'ils ont entendu de l'Incarnation, de la Trinité, de la Passion.

 

III. Conclusion : Adresse aux chrétiens pour les néophytes.

Ainsi donc, bonnes gens, ne vous contentez pas, je vous en conjure, d'expliquer à ces néophytes les vérités de la foi, mais admettez-les aux emplois publics, lucratifs et honorables. Dites-leur ces paroles du livre des Nombres : Si vous venez avec nous, ces biens dont Yahvé nous gratifiera, nous vous en gratifierons (Nm., X, 32).

 

Et voilà les raisons pour lesquelles Dieu a permis mon extinction de voix, et telle est la dernière explication de notre texte : Et il leur découvrit le sens caché des Écritures.

 

Saint Vincent Ferrier un apôtre pour note temps 1418-2018
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La Sainte Famille

13 Janvier 2019 , Rédigé par Ludovicus

La Sainte Famille

Introït

Le père du juste tressaille d’allégresse ; que ton père et ta mère se réjouisse, et que celle qui t’a enfanté tressaille d’allégresse. Que votre demeure est aimable, Seigneur des armées ; mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur.

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, qui étant soumis à Marie et à Joseph, avez consacré la vie domestique par des vertus ineffables, faites que, grâce au secours de l’un et de l’autre, nous soyons instruits par les exemples de votre sainte famille, et que nous obtenions d’être en sa compagnie pendant l’éternité.

Épitre Col. 3, 12-17

Mes Frères : comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, et patience, vous supportant les uns les autres et vous pardonnant réciproquement, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre. Comme le Seigneur vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos cœurs ; soyez reconnaissants. Que la parole du Christ demeure en vous avec abondance, de telle sorte que vous vous instruisiez et vous avertissiez les uns les autres en toute sagesse : sous l’inspiration de la grâce que vos cœurs s’épanchent vers Dieu en chants, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels. En quoi que ce soit que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.

Graduel

Il est une chose que j’ai demandé au Seigneur, et je la rechercherai uniquement, c’est d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie.

Évangile Lc. 2, 42-52.

Quand Jésus eut douze ans, comme ils étaient montés selon la coutume de la fête, et qu’ils s’en retournaient, le temps étant passé, l’enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne le surent pas. Pensant qu’il était avec la caravane, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils s’en retournèrent à Jérusalem en le recherchant. Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ils furent stupéfaits, et sa mère lui dit : "Mon enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela ? Voyez, votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés." Et il leur répondit : "Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans les choses de mon Père ?" Mais ils ne comprirent pas la parole qu’il leur dit. Et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses en son cœur. Et Jésus progressait en sagesse, en taille et en grâce, auprès de Dieu et des hommes.

Office

Au deuxième nocturne.

Des Lettres apostoliques de Léon XIII, Pape.

Quatrième leçon. Quand vint le temps fixé par ses décrets pour l’accomplissement de la grande œuvre du relèvement de l’humanité, que les siècles depuis longtemps attendaient, le Dieu de miséricorde en disposa l’ordre et l’économie de telle sorte que les débuts de cette œuvre offrissent au monde l’auguste spectacle d’une famille divinement constituée, en laquelle tous les hommes pussent contempler l’exemplaire le plus parfait de la société domestique, ainsi que de toute vertu et sainteté. Telle fut en effet cette famille de Nazareth, où, (avant de répandre sur toutes les nations la splendeur de sa pleine lumière), le Soleil de justice, c’est-à-dire le Christ, Dieu, notre Sauveur, demeura caché avec la Vierge sa Mère et Joseph, l’homme très saint qui remplissait à l’égard de Jésus la charge paternelle. Quant aux mutuelles preuves d’amour, à la sainteté des mœurs, à l’exercice de la piété dans la société familiale et dans les rapports habituels de ceux qui vivent sous un même toit, on ne peut sans nul doute trouver à célébrer aucune vertu qui n’ait brillé en cette sainte famille destinée à en devenir le modèle pour les autres. Et la providence l’a ainsi établi selon son dessein plein de bonté, pour que tous les chrétiens quelle que soit leur condition ou leur patrie puissent facilement, s’ils tournent vers elle leur attention, avoir et l’exemple de a vertu, et une invitation à la pratiquer.
Cinquième leçon. Les pères de famille trouvent assurément en Joseph un modèle admirable de la vigilance et de la sollicitude paternelles ; les mères ont en la très sainte Vierge, mère de Dieu, un exemple insigne d’amour, de respect modeste et de la soumission d’une âme de foi parfaite ; les enfants auront au sein des familles, en Jésus soumis à ses parents, un divin exemple d’obéissance qu’ils admireront, honoreront, imiteront. Ceux qui sont nés dans la noblesse apprendront de cette famille de sang royal, à garder la modération dans la prospérité et la dignité dans les afflictions ; les riches reconnaîtront à son école qu’il faut estimer bien moins les richesses que les vertus. Quant aux ouvriers et à tous ceux qui ont tant à souffrir des soucis angoissants du soutien d’une famille ou d’une condition pauvre, s’ils jettent un regard sur les membres très saints de cette société domestique, il ne leur manquera, ni motif ni occasion de se réjouir du sort qui leur est échu plutôt que de s’en attrister. Leurs labeurs leur sont en effet communs avec la Sainte Famille et communs avec elle, les soins que leur imposent la vie quotidienne : Joseph lui aussi dût pourvoir, en gagnant son pain, à la subsistance des siens et, ce qui est plus admirable encore, des mains divines s’exercèrent elles-mêmes aux travaux d’un art mécanique. Il n’est donc pas très étonnant que des hommes pleins de sagesse ayant des richesses en abondances aient voulu y renoncer pour choisir la pauvreté et s’y trouver unis à Jésus, Marie et Joseph.
Sixième leçon. C’est à bon droit que pour tous ces motifs le culte de la Sainte Famille qui s’est promptement établi parmi les catholiques, prend chaque jour de nouveaux accroissements comme le prouvent, soit les associations chrétiennes instituées sous le vocable de la Sainte Famille, soit les honneurs singuliers qui lui sont rendus et surtout les privilèges et les faveurs spirituelles accordés par nos prédécesseurs pour exciter envers elle le zèle de la piété. Ce culte a donc été en grand honneur depuis le dix-septième siècle et propagé de tous côtés dans l’Italie la France et la Belgique ; il s’est répandu dans presque toute l’Europe, puis il a passé les vastes plaines de l’Océan et s’est étendu par la région canadienne dans l’Amérique pour y fleurir sous les plus heureux auspices. C’est qu’en effet on ne peut rien envisager de plus salutaire et de plus utile aux familles chrétiennes que l’exemple de la sainte Famille, lequel comprend la perfection et l’ensemble de toutes les vertus domestiques. Implorés ainsi au sein des familles, Jésus, Marie et Joseph, leur viendront en aide ; ils y entretiendront la charité, y régleront les mœurs et en provoqueront les membres à l’imitation de leur vertu ; leur secours adoucira et rendra supportables les mortelles épreuves qui de tous côtés nous menacent. – Pour augmenter encore le culte de la sainte Famille, le Pape Léon XIII a ordonné de consacrer les familles chrétiennes à cette famille sacrée, et Benoît .XV a étendu son office et sa messe à l’Église universelle.
 

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Bernard, Abbé.

Septième leçon. « Et il leur était soumis ». Qui était soumis ? et à qui ? Un Dieu, à des hommes ! Oui, le Dieu à qui les Anges sont soumis, à qui les Principautés et les Puissances obéissent, était soumis à Marie ; et non seulement à Marie, mais aussi à Joseph à cause de Marie. Admire donc l’un et l’autre, et vois ce qui te paraît plus admirable, de la très gracieuse condescendance du Fils ou de la très glorieuse dignité de ses parents. Dés deux côtés, sujet d’étonnement ; des deux côtés, miracle. Qu’un Dieu obéisse à la créature humaine, voilà une humilité sans exemple, et que la créature humaine commande à un Dieu, voilà une sublimité sans égale. Dans les louanges décernées aux vierges, on chante ceci en particulier qu’elles suivent l’Agneau partout où il va. Eh bien, de quelles louanges ne jugez-vous pas digne celui qui va même devant lui ?
Huitième leçon. Homme, apprends à obéir ! Terre, apprends à accepter la subordination ! Poussière, apprends à te soumettre ! L’évangéliste a dit en parlant de ton Créateur : « Et il leur était soumis » ; il n’est pas douteux que ce ne soit à Marie et à Joseph. Rougis, cendre orgueilleuse ! Un Dieu s’abaisse, et toi, tu t’élèves ! Un Dieu se soumet aux hommes et toi, cherchant à dominer les hommes, tu te mets au-dessus de ton Créateur ! En effet, chaque fois que je désire parmi les hommes la prééminence, chaque fois je m’efforce de passer avant Dieu ; et alors vraiment je ne goûte pas ce qui est de Dieu. Car c’est de lui qu’il a été dit : « Et il leur était soumis ». O homme, si tu ne daignes pas imiter l’exemple d’un homme, il ne sera certes pas indigne de toi de suivre ton Créateur. Si tu ne peux, sans doute, le suivre partout où il ira, daigne au moins le suivre jusqu’où il a voulu descendre pour toi.
Neuvième leçon. Si tu ne peux marcher dans le sentier sublime de la virginité, suis au moins ton Dieu dans la voie très sûre de l’humilité. Si quelques-uns, tout en étant vierges, se sont écartés de cette voie droite, eux non plus, pour dire la vérité, ne suivent pas l’Agneau partout où il va. L’humble qui est souillé suit l’Agneau, l’orgueilleux qui est vierge le suit aussi, mais aucun des deux ne le suit partout où il va : le premier ne pouvant s’élever à la pureté de l’Agneau qui est sans tache, et le second ne daignant pas descendre à la douceur de cet Agneau qui s’est tu, non seulement devant celui qui le tondait, mais encore devant son bourreau. Et pourtant le pécheur, en s’humiliant, a choisi un meilleur parti que celui de l’orgueilleux qui est vierge, puisque l’humble satisfaction de celui-là efface sa souillure, tandis que l’orgueil de celui-ci souille sa pureté.

Tertullien observe que la première et la plus ancienne Église est au ciel, où, dans la divine Trinité, nous trouvons les deux notes essentielles de notre Église, c’est-à-dire l’unité dans la pluralité : l’unité d’essence et la trinité de personnes.

Descendu parmi nous pour le salut du genre humain, le Verbe de Dieu ne voulut pas adopter un genre de vie solitaire qui le mît en dehors de la société des hommes, mais, reproduisant ici-bas ce que la Trinité était de toute éternité dans les cieux, il se forma, au moyen du mariage virginal de Marie et de Joseph, une société ou église domestique au seul de laquelle il daigna naître et passer la plus grande partie de sa vie mortelle. Les descendants d’Adam étaient solidaires du péché de leur premier père et cela avait été la cause de la ruine du monde ; il convenait donc que la Rédemption se fît elle aussi en vertu de la solidarité unissant les croyants au Rédempteur et que les fidèles en expérimentassent les fruits, grâce à une société nouvelle et surnaturelle, qui est l’Église.

Pour cette raison, quand saint Paul traite du pacte conjugal entre les fidèles, il l’appelle un grand mystère ou sacrement, qu’il explique immédiatement en disant qu’il se rapporte à cette première union entre le Christ et l’Église, prototype et modèle de l’union de l’homme et de la femme dans la grâce du Nouveau Testament. Sacramentum hoc magnum est ; ego autem dico in Christo et in Ecclesia. Le Christ et l’Église, voilà le mystère ou sacrement qui s’appuie et se forme précisément, comme à son point de départ, sur la société domestique de Jésus, Marie et Joseph, dont notre Église n’est que la continuation.

Dès l’antiquité, la liturgie romaine a consacré les premières semaines après Noël à la méditation des mystères de la vie domestique de Jésus. Aujourd’hui même, dans la messe dominicale, se présente la péricope évangélique du recouvrement de Jésus parmi les docteurs du temple. Toutefois le génie de la dévotion moderne qui, aux vastes synthèses des anciens, préfère l’étude particularisée de tous les détails du grand tableau de la Rédemption, ne pouvait manquer de créer une solennité distincte en l’honneur de la sainte Famille de Nazareth. La fête paraissait d’autant plus opportune que, depuis un demi-siècle, pour saper et supprimer le catholicisme par les bases, tout le travail des sectes et des gouvernements libéraux s’était concentré dans la déchristianisation de la famille. Pour paralyser un si grand mal, Léon XIII, après sa splendide encyclique sur le mariage chrétien, voulut aussi offrir aux familles catholiques un modèle à imiter et une céleste protection à qui elles devraient se confier ; il institua donc la fête de la sainte Famille de Nazareth, avec un appareil liturgique solennel d’hymnes et de lectures, et il la fixa au IIIe dimanche après l’Épiphanie.

Survint la réforme de Pie X qui en partie abrogea, en partie transféra à des dates fixes, toutes les solennités mobiles annexées au dimanche.

La fête de la sainte Famille fut emportée par le courant et ne reparut qu’une dizaine d’années plus tard, quand, par ordre de Benoît XV, elle fut fixée au dimanche dans l’octave de l’Épiphanie. Cette fois, l’on sacrifia le principe directeur de la réforme de Pie X, mais il y avait dans le passé un précédent que l’on fit valoir : au dimanche après la solennité de l’Épiphanie, se trouve précisément dans le Missel la même lecture évangélique qu’à la récente messe de la sainte Famille.

 

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