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Regnum Galliae Regnum Mariae
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Saint Silvestre abbé mémoire de Saint Pierre d’Alexandrie Évêque et Martyr :

26 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Silvestre abbé mémoire de Saint Pierre d’Alexandrie Évêque et Martyr :

Collecte

O Dieu très clément, qui avez appelé à la solitude le bienheureux Abbé Sylvestre, tandis qu’il méditait devant un tombeau ouvert la vanité de ce monde, et qui avez daigné l’orner des mérites d’une vie très sainte ; nous vous supplions de faire que, méprisant à son exemple les .biens de la terre, nous jouissions du bonheur de votre éternelle compagnie

Office

Quatrième leçon. Sylvestre naquit de parents nobles, à Osimo dans la Marche d’Ancône. Dès son enfance, il se fit remarquer par ses succès dans les lettres et par la pureté de ses mœurs. Quand il fut arrivé à l’adolescence, ses parents l’envoyèrent à Bologne pour s’instruire du droit ; mais, ayant étudié les saintes lettres, pour obéir à un avertissement de Dieu, Sylvestre encourut la colère de son père, et la supporta avec résignation pendant dix années entières. Son rare mérite engagea les chanoines de la cathédrale d’Osimo à l’associer à leur dignité, et dans cette fonction, il se rendit utile au peuple par ses prières, ses exemples et ses prédications.

Cinquième leçon. Assisté tant un jour aux funérailles d’un homme illustre, son parent, et considérant dans le cercueil découvert, le cadavre de cet homme, autrefois remarquable par sa beauté, mais alors défiguré, il se dit : « Je suis ce qu’a été celui-ci ; ce qu’il est maintenant, je le serai. » Puis, à l’issue de la cérémonie funèbre, se rappelant cette parole du Seigneur : « Que celui qui veut venir auprès moi se renonce, prenne sa croix et me suive », il se retira dans un lieu désert, pour s’y appliquer à la pratique d’une vie plus parfaite. Dans sa solitude, il se livra aux veilles, aux jeûnes et à la prière, ne prenant souvent pour toute nourriture que des herbes crues. Pour mieux se dérober aux hommes, il changea plusieurs fois de retraite, et s’arrêta enfin à Monte-Fano, lieu alors désert, quoique voisin de Fabriano. Il y éleva une église en l’honneur du très saint père Benoît, et jeta les fondements de la congrégation des religieux Sylvestriens, sous la règle et l’habit que le même Saint lui avait montrés dans une vision.

Sixième leçon. Satan, voyant avec jalousie tant d’œuvres de piété, s’efforça à plusieurs reprises de jeter le trouble et la frayeur parmi les moines, en secouant violemment pendant la nuit les portes du monastère. Mais l’homme de Dieu repoussa si bien les attaques de l’ennemi, que ses disciples n’en devinrent que plus fermes dans leur sainte vocation et connurent davantage la sainteté de leur père. On voyait briller en lui l’esprit de prophétie, ainsi que d’autres dons surnaturels. En les conservant par une humilité profonde, il excita contre lui la rage du démon, qui le précipita du haut de l’escalier de l’oratoire : sa mort était presque certaine, mais la puissante intervention de la sainte Vierge le fit sortir sain et sauf de ce danger. En reconnaissance de ce bienfait, il ne cessa, jusqu’à son dernier soupir, de l’honorer d’un culte tout spécial. Illustre par sa sainteté et ses miracles, il rendit son âme à Dieu, âgé de près de quatre-vingt-dix ans, l’an du salut mil deux cent soixante-sept, le sixième jour des calendes de décembre. Le souverain Pontife Léon XIII étendit à l’Église universelle l’Office et la Messe de saint Sylvestre.

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XXVII ème Dimanche après la Pentecôte

25 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

XXVII ème Dimanche après la Pentecôte

Collecte

Excitez, nous vous en supplions, Seigneur, la volonté de vos fidèles, afin que, recherchant avec plus d’ardeur, le fruit des œuvres divines, ils reçoivent de votre miséricorde des remèdes plus puissants. Par Notre-Seigneur.

Épitre Col. 1, 9-14

Mes frères, nous ne cessons pas de prier pour vous, et de demander à Dieu que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne de Dieu, lui plaisant en toutes choses, portant des fruits en toute sorte de bonnes œuvres, et croissant dans la connaissance de Dieu ; fortifiés à tous égards par la puissance de sa gloire, pour manifester toute patience et longanimité, en même temps que la joie ; rendant grâces à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière, qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption par son sang, et la rémission des péchés.

Évangile Mt. 24, 15-35

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne. Alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes, et que celui qui sera sur le toit n’en descende pas pour emporter quelque chose de sa maison, et que celui qui sera dans les champs ne retourne point pour prendre sa tunique. Malheur aux femmes qui seront enceintes ou qui allaiteront en ces jours-là ! Priez pour que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ou un jour de sabbat. Car il y aura alors une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais. Et si ces jours n’avaient été abrégés, nulle chair n’aurait été sauvée ; mais à cause des élus, ces jours seront abrégés. Alors si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici ; ou : II est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront de grands signes et des prodiges au point de séduire, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous l’ai prédit. Si donc on vous dit : Le voici dans le désert, ne sortez pas ; Le voici dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le croyez pas. Car comme l’éclair part de l’orient et se montre jusqu’à l’occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. Partout où sera le corps, là s’assembleront les aigles. Aussitôt après la tribulation de ces jours, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans le ciel, et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté. Et il enverra ses anges, avec la trompette et une voix éclatante, et ils rassembleront les élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. Apprenez une comparaison prise du figuier. Quand ses branches sont déjà tendres, et que ses feuilles naissent, vous savez que l’été est proche ; de même, lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’il est aux portes. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

Secrète

Soyez propice à nos supplications, Seigneur, et après avoir reçu les offrandes et les prières de votre peuple, tournez tous nos cœurs vers vous ; afin qu’affranchis des convoitises terrestres, nous n’ayons plus que des désirs célestes. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, prêtre.

Septième leçon. Nous sommes invités à comprendre : c’est un signe que ce qui vient d’être dit recèle un sens mystérieux. Voici ce que nous lisons en Daniel : « Le temps d’une demi-semaine il fera cesser le sacrifice et l’oblation et sur l’aile du Temple sera l’abomination de la désolation jusqu’à la fin et la fin sera accordée sur une solitude ». Et à ce propos l’Apôtre dit que l’Homme d’iniquité et l’Adversaire doit se dresser contre tout ce qu’on appelle Dieu et qu’on vénère, osant même se tenir dans le Temple de Dieu, et se donner lui-même pour Dieu ; que sa venue, par l’influence de Satan, détruira et réduira à être délaissés de Dieu ceux qui l’auront accueilli.

Huitième leçon. On peut comprendre simplement qu’il s’agit de l’Antichrist ou de l’image de César que Pilate fit placer dans le Temple, ou de la statue équestre d’Adrien qui se dresse encore aujourd’hui au lieu même du Saint des Saints. Dans l’Ancien Testament, abomination signifie aussi idole ; et c’est pourquoi on lui ajoute « de la désolation », parce que l’idole a été fixée dans le Temple en désolation et en ruines.

Neuvième leçon. On peut entendre l’abomination de la désolation comme toute doctrine perverse. Quand nous la verrons se tenir dans le lieu saint, c’est-à-dire dans l’Église, et se faire passer pour Dieu, nous devrons fuir de la Judée vers les montagnes, c’est-à-dire abandonner la lettre qui tue et l’erreur judaïque, nous approcher des montagnes éternelles d’où Dieu répand son admirable lumière et nous tenir sur le toit et sur la terrasse où les traits enflammés du diable ne peuvent parvenir, ne pas descendre ni prendre quoi que ce soit de la maison de notre ancienne vie ni chercher ce qui est derrière nous, mais bien plutôt semer dans le champ des Écritures spirituelles afin d’en recueillir des fruits, et ne pas emporter une seconde tunique, qu’il n’est pas permis aux Apôtres de posséder.

ÉPÎTRE

Action de grâces et prière : c’est le résumé de notre Épître et la digne conclusion des instructions de l’Apôtre, comme du Cycle entier de la sainte Liturgie. Le Docteur des nations n’a point défailli dans la tâche que lui avait confiée la Mère commune ; il ne tient pas à lui que les âmes dont il avait pris la conduite au lendemain de la descente de l’Esprit d’amour, ne soient toutes parvenues aux sommets de perfection qu’il rêvait pour elles toutes. Et de fait, les chrétiens fidèles à marcher sans faiblir dans la voie ouverte, il y a un an, devant eux par la sainte Église, savent maintenant, pour en avoir acquis la bienheureuse expérience, que cette carrière de salut aboutissait sûrement à la vie d’union où règne en souveraine la divine charité ! En quel homme, du reste, pour peu que cet homme ait laissé prendre son intelligence et son cœur à l’intérêt que présente le développement des saisons liturgiques, en quel homme ne s’est pas développée du même coup la lumière ? Or la lumière est l’indispensable élément qui nous arrache à l’empire des ténèbres et nous transfère, par le secours du Dieu très-haut, dans le royaume de son Fils bien-aimé. L’œuvre de la rédemption que ce Fils de son amour est venu accomplir ici-bas à sa gloire, n’a donc pu qu’avancer dans tous ceux qui se sont associés d’une façon quelconque aux pensées de l’Église, depuis les semaines de l’Avent jusqu’en ces derniers jours du Cycle. Tous dès lors, qui que nous soyons, nous devons rendre grâces à ce Père des lumières  qui nous a rendus dignes d’avoir une part, si minime soit-elle, à l’héritage des saints.

Mais tous aussi, quelle qu’en soit la mesure, nous avons à prier pour que le don excellent déposé dans nos cœurs, se prête au développement que doit lui apporter le nouveau Cycle à la veille de s’ouvrir. Le juste ne peut rester stationnaire ici-bas : il faut qu’il descende ou qu’il monte ; et quelle que soit la hauteur où l’a déjà porté la grâce, il doit toujours, tant qu’il est en cette vie, monter davantage. Les Colossiens, auxquels s’adressait l’Apôtre, avaient pleinement reçu l’Évangile ; la parole de vérité semée en eux y fructifiait merveilleusement dans la foi, l’espérance et l’amour saint Paul, qui priait déjà, ne cesse plus de le faire. Prions donc nous aussi. Demandons à Dieu qu’il nous remplisse encore et toujours de sa divine Sagesse et de l’Esprit d’intelligence. Nous en avons besoin pour répondre à ses intentions miséricordieuses. L’année qui va commencer réserve à notre fidélité des ascensions nouvelles, laborieuses peut-être ; mais elles seront récompensées par des aspects nouveaux dans les jardins de l’Époux, et la production de fruits plus nombreux et plus suaves. Marchons donc d’une façon digne de Dieu, joyeux et forts sous le regard de son amour, dans la voie montante qui nous conduit au repos sans fin de la vision bienheureuse.

ÉVANGILE.

Bien des fois, dans les semaines de l’Avent, les circonstances qui accompagneront le dernier avènement du Seigneur ont fait l’objet de nos méditations ; sous peu de jours, les mêmes enseignements vont revenir pénétrer nos âmes d’une terreur salutaire. Qu’il nous soit permis aujourd’hui de nous retourner, dans le désir et la louange, vers le Chef adoré dont l’heure solennelle du jugement doit consommer l’œuvre et marquer le triomphe. O Jésus, qui viendrez alors délivrer votre Église et venger Dieu d’insultes prolongées si longtemps, elle sera en effet terrible au pécheur cette heure de votre arrivée ! Il comprendra clairement alors que le Seigneur a tout fait pour lui-même, tout jusqu’à l’impie, réservé pour glorifier sa justice au jour mauvais. L’univers, conjuré pour la perte des méchants, se dédommagera enfin de la servitude de péché qui lui fut imposée. Vainement les insensés crieront aux montagnes de les écraser, afin d’échapper au regard de celui qui siégera sur le trône : l’abîme refusera de les engloutir ; obéissant à celui qui tient les clefs de la mort et de l’enfer, il vomira jusqu’au dernier ses tristes habitants au pied du redoutable tribunal.

O Jésus, ô Fils de l’homme, combien grande apparaîtra votre puissance, entouré que vous serez d’autre part des célestes phalanges formant votre cour brillante, et rassemblant vos élus des quatre coins de l’univers ! Car nous aussi, nous vos rachetés, devenus vos membres en devenant ceux de votre Église bien-aimée, nous serons là en ce jour ; et notre place, ineffable mystère sera celle que l’Époux réserve à l’Épouse : votre trône, où, siégeant avec vous, nous jugerons les anges mêmes Dès maintenant tous les bénis du Père, ces élus dont la jeunesse s’est tant de fois renouvelée comme celle de l’aigle au contact de votre sang précieux, n’ont-ils pas leurs yeux préparés pour fixer sans faiblir, quand il se montrera au ciel, le Soleil de justice ? Dans leur faim accrue des lenteurs de l’exil, qui donc pourrait arrêter leur vol, quand paraîtra la proie sacrée de votre divin corps ? quelle force romprait l’impétuosité de l’amour  qui les rassemblera au banquet de la Pâque éternelle ? Car c’est la vie et non la mort, la destruction de l’antique ennemie, la rédemption s’étendant jusqu’aux corps, le plein passage à la vraie terre promise, la Pâque en un mot, cette fois réelle pour tous et sans couchant, que proclamera la trompette de l’Ange sur les tombeaux des justes. Quelle ne sera pas l’allégresse de ce vrai jour du Seigneur, pour tous ceux qui par la foi ont vécu du Christ, qui l’ont aimé sans le voir ! S’identifiant à vous, ô Jésus, malgré l’infirmité de leur chair fragile, ils ont continué ici-bas votre vie de souffrances et d’humiliations ; quel triomphe, quand, délivrés à jamais du péché, revêtus de leurs corps immortels, ils seront transportés au-devant de vous pour être avec vous toujours !

Mais leur joie immense sera surtout d’assister, en ce grand jour, à la glorification de leur Chef bien-aimé par la manifestation de la puissance qui lui fut donnée sur toute chair. C’est alors, ô notre Emmanuel, que, brisant la tête des rois et réduisant vos ennemis à vous servir de marchepied, vous apparaîtrez comme le seul prince des nations. C’est alors que le ciel, la terre et l’enfer réunis, fléchiront les genoux devant ce Fils de l’homme venu autrefois dans la forme d’esclave, jugé, condamné, mis à mort entre des scélérats ; alors vous jugerez, ô Jésus, les juges iniques auxquels vous annonciez, du sein de vos humiliations, cette venue sur les nuées du ciel. Et lorsque, la redoutable sentence une fois prononcée, les réprouvés iront au supplice éternel et les justes à la vie sans fin, votre Apôtre nous apprend que, pleinement vainqueur de vos ennemis, roi sans conteste, vous remettrez au Père souverain ce royaume conquis sur la mort, comme l’hommage parfait du Chef et des membres. Dieu sera tout en tous. Ce sera l’accomplissement de la prière sublime que vous apprîtes aux hommes, et qui s’élève plus fervente chaque jour du cœur de vos fidèles, lorsque s’adressant à leur Père qui est aux cieux, ils lui demandent sans se lasser, au milieu de la défection générale, que son Nom soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Incomparable sérénité de ce jour où cessera le blasphème ; où, purifiée par le feu de la fange du péché, la terre sera un nouveau paradis ! Quel chrétien donc ne tressaillirait, dans l’attente de ce dernier des jours qui ouvrira l’éternité ? qui ne compterait pour bien peu les angoisses de la dernière heure, à la pensée que ces souffrances ne signifient rien autre chose sinon, comme le dit l’Évangile, que le Fils de l’homme est tout près et à la porte ?

O Jésus, détachez-nous toujours plus de ce monde dont la figure passe avec ses vains travaux, ses gloires contrefaites et ses faux plaisirs. Ainsi que vous nous l’aviez annoncé, comme aux jours de Noé, comme à Sodome, les hommes continuent de manger et de boire, de s’absorber dans le trafic et la jouissance ; sans plus songer à la proximité de votre avènement que leurs devanciers ne se préoccupèrent du feu du ciel et du déluge, jusqu’à l’instant qui les perdit tous. Laissons-les se réjouir et s’envoyer des présents, comme le dit votre Apocalypse, à la pensée que c’en est fait du Christ et de son Église. Tandis qu’ils oppriment en mille manières votre cité sainte, et lui imposent des épreuves qu’elle n’avait point connues, ils ne se doutent pas que ce sont les noces de l’éternité qu’ils avancent ; il ne manquait plus à l’Épouse que les joyaux de ces épreuves nouvelles, et la pourpre éclatante dont l’orneront ses derniers martyrs. Pour nous, prêtant l’oreille aux échos de la patrie, nous entendons déjà sortir du trône la voix qui crie, au bruit des tonnerres qu’entendit le prophète de Pathmos : « Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous tous qui le craignez, petits et grands. Alléluia ! car il règne nôtre Seigneur tout-puissant. Réjouissons-nous et tressaillons, rendons-lui gloire ; car le temps des noces de l’Agneau est arrivé, et son Épouse s’est préparée [36] ! » Encore un peu de temps, afin que se complète le nombre de nos frères [37] ; et, avec l’Esprit et l’Épouse, nous vous dirons dans l’ardeur de nos âmes trop longtemps altérées : « Venez, ô Jésus [38] ! Venez nous consommer dans l’amour par l’union éternelle, à la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans les siècles sans fin ! »

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Saint Jean de la Croix confesseur et docteur mémoire de Saint Chrysogone

24 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Jean de la Croix confesseur et docteur mémoire de Saint Chrysogone

Collecte

Dieu, vous avez inspiré à saint Jean, votre Confesseur et Docteur, un amour sublime de la parfaite abnégation de soi et de la Croix : faites que, nous attachant toujours à l’imiter, nous obtenions la gloire éternelle.

Quatrième leçon. Jean de la Croix, né de parents pieux, à Fontibéra en Espagne, fit voir clairement dès ses premières années, combien il devait plus tard être cher à la Vierge Mère de Dieu ; car, à l’âge de cinq ans, étant tombé dans un puits, il fut soutenu sur l’eau par la main de Marie, et il en sortit sain et sauf. Un tel désir de souffrir l’enflamma, que, dès sa neuvième année, il laissait un lit moelleux pour s’étendre d’ordinaire sur une couche de sarments. Parvenu à l’adolescence il se consacra au service des pauvres malades, à l’hospice de Médina del Campo : la grande ardeur de sa charité le tenait toujours prêt à leur rendre les plus bas offices. Aussi les autres infirmiers, excités par son exemple, accomplissaient-ils avec un nouveau zèle les mêmes actes charitables. Mais appelé à une vocation plus sublime, Jean embrassa l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, où il reçut la prêtrise par obéissance et désireux d’une discipline très sévère, d’un genre de vie plus austère, obtint de ses supérieurs la permission de suivre la règle primitive de l’Ordre. Dès lors, à cause de son continuel souvenir de la passion du Seigneur, il se déclara la guerre à lui-même, comme à son ennemi le plus redoutable, et il eut bientôt, par les veilles, les jeûnes, les disciplines de fer et toutes sortes de macérations « crucifié sa chair avec ses vices et ses convoitises » ; aussi mérita-t-il pleinement que sainte Thérèse le comptât parmi les plus pures et les plus saintes âmes illustrant alors l’Église de Dieu.

Cinquième leçon. Muni (d’armes spirituelles) par la singulière austérité de sa vie et l’exercice de toutes les vertus, livré à la contemplation assidue des choses divines, Jean de la Croix éprouva souvent de merveilleuses extases ; il brûlait d’un tel amour envers Dieu, que parfois ce feu divin, ne pouvant être contenu plus longtemps en lui-même et semblant rompre ses digues, on le voyait irradier le visage du saint. D’une extrême sollicitude pour le salut du prochain, Jean s’adonnait sans relâche à la prédication de la parole divine et à l’administration des sacrements. Orné de tant de mérites et embrasé du désir véhément de promouvoir une plus stricte discipline, il fut donné par Dieu comme aide à sainte Thérèse pour ramener parmi les Frères la primitive observance du Carmel, qu’elle avait établie chez les Sœurs de cet Ordre. Pour promouvoir cette œuvre divine, il supporta, ainsi que la servante de Dieu, des fatigues innombrables, visitant chacun des monastères élevés par les soins de cette même sainte vierge par toute l’Espagne, et cela sans se laisser effrayer par aucune privation, par aucun danger ; faisant fleurir en ces maisons et en celles qu’il fonda lui-même, la nouvelle observance, et affermissant cette observance par ses paroles et son exemple. Aussi est-il considéré à juste titre, comme ayant, après sainte Thérèse, le plus contribué à la réforme des Carmes déchaussés, qui a reçu ses enseignements et le nomme son père.

Sixième leçon. Jean garda toute sa vie la virginité, et des femmes impudentes s’efforçant de tendre des pièges à sa vertu, il ne se borna pas à les repousser, mais les gagna à Jésus-Christ. Pour l’explication des opérations mystérieuses de la grâce divine, il fut, au jugement du Saint-Siège, l’égal de sainte Thérèse, et c’est éclairé par les lumières d’en haut qu’il écrivit, sur la théologie mystique, des livres tout pleins d’une sagesse céleste. Le Christ lui ayant un jour demandé quelle récompense il souhaitait pour tant de travaux, il répondit : « Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous ». Bien que son pouvoir sur les démons, qu’il chassait souvent du corps des possédés, le discernement des esprits, le don de prophétie, l’éclat des miracles l’eussent rendu très célèbre, son humilité demeura constamment telle, que souvent il demandait au Seigneur de mourir en un Heu où il serait ignoré de tous. Son vœu fut exaucé : une cruelle maladie le saisit à Ubède, et, pour combler son désir des souffrances, il lui survint à une jambe cinq plaies purulentes : toutes choses qu’il endura avec une constance admirable. Ayant reçu pieusement et saintement les sacrements de l’Église, dans l’embrassement de Jésus-Christ crucifié, qu’il avait toujours eu dans le cœur et sur les lèvres, et après avoir prononcé ces paroles : « Je remets mon âme entre vos mains », il s’endormit dans le Seigneur, au jour et à l’heure qu’il avait prédits, l’an du salut mil cinq cent quatre-vingt-onze, à l’âge de quarante-neuf ans. On vit un globe de feu tout éblouissant venir en quelque sorte au devant de son âme pour la recevoir ; son -corps exhala un très suave parfum et, aujourd’hui encore exempt de corruption, il est vénéré avec honneur à Ségovie. Des miracles éclatants ayant précédé et suivi la mort de Jean de la Croix, le Souverain Pontife Benoît XIII l’a inscrit au nombre des saints et Pie XI, sur l’avis de la Sacrée Congrégation des Rites, l’a déclaré Docteur de l’Église universelle.

Suivons l’Église se dirigeant vers le Carmel, pour y porter l’hommage reconnaissant du monde. Sur les pas de Thérèse de Jésus, Jean de la Croix s’est levé, frayant aux âmes en quête de Dieu un chemin sûr.

L’évolution qui inclinait les peuples au délaissement de la prière sociale, menaçait de compromettre irréparablement la piété, quand, au XVIe siècle, la divine bonté suscita des Saints dont la parole comme la sainteté répondissent aux besoins de ces temps nouveaux. La doctrine ne change pas ; l’ascétique, la mystique de ce siècle transmirent aux siècles suivants les échos de ceux qui avaient précédé. Leur exposé se fit toutefois plus didactique, leur analyse plus serrée ; leurs procédés se prêtèrent à la nécessité de secourir les âmes que l’isolement livrait au risque de toutes les illusions. C’est justice de reconnaître que, sous l’action toujours féconde de l’Esprit-Saint, la psychologie des états surnaturels en devint plus étendue et plus précise.

Les chrétiens d’autrefois, priant avec l’Église, vivant chaque jour, à toute heure, de sa vie liturgique, gardaient son empreinte en toutes circonstances dans leurs relations personnelles avec Dieu. Et de la sorte il arrivait que, sous l’influence persévérante et transformante de l’Église, participant aux grâces de lumière et d’union, à toutes les bénédictions de cette unique bien-aimée, de cette unique agréée de l’Époux, c’était sa propre sainteté qu’ils s’assimilaient sans labeur autre que de suivre docilement leur Mère, ou de se laisser porter dans ses bras très sûrs. Ainsi s’appliquaient-ils la parole du Seigneur : Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.

Qu’on ne s’étonne pas de ne point remarquer près d’eux, aussi fréquente et assidue que de nos jours, l’assistance de directeurs spéciaux attachés à leurs propres personnes. Les guides particuliers sont moins nécessaires aux membres d’une caravane ou d’une armée : ce sont les voyageurs isolés qui ne peuvent s’en passer ; et même avec ces guides particuliers, la sécurité, pour eux, ne sera jamais comparable à celle de quiconque suit la caravane ou l’armée.

C’est ce que comprirent au cours des derniers siècles les hommes de Dieu qui, s’inspirant des aptitudes multiples des âmes, donnèrent leurs noms à des écoles, unes quant au but, diverses quant aux moyens proposés par elles à l’encontre des dangers de l’individualisme. Dans cette campagne de redressement et de salut, où l’ennemie redoutable entre toutes était l’illusion aux mille formes, aux subtiles racines, aux détours infinis, Jean de la Croix fut la vivante image du Verbe de Dieu, pénétrant mieux qu’un glaive acéré jusqu’à la division de l’esprit et de l’âme, des moelles et des jointures, scrutant, révélateur inexorable, intentions et pensées des cœurs. Écoutons-le, bien que moderne, on reconnaît en lui le fils des anciens. « L’âme, écrit-il, est faite pour parvenir à une connaissance fort étendue, et pleine de saveur, des choses divines et humaines, qui s’élève bien au-dessus de sa science naturelle. Autant le divin est éloigné de l’humain, autant la lumière et la grâce de l’Esprit-Saint diffèrent de la lumière des sens. Aussi avant d’arriver à la divine lumière de la parfaite union d’amour, dans la mesure où cela est possible en ce monde, l’âme doit traverser la nuit obscure, affronter ordinairement des ténèbres si profondes que l’intelligence humaine est impuissante à les comprendre et la parole à les exprimer.

« La purification qui conduit l’âme à l’union divine peut recevoir la dénomination de nuit pour trois raisons. La première se rapporte au point de départ ; car, en renonçant à toutes les choses créées, l’âme a dû tout d’abord priver ses appétits du goût qu’ils y trouvaient. Or ceci est indubitablement une nuit pour tous les sens et tous les instincts de l’homme.

« La seconde raison est la voie même qu’il faut prendre pour atteindre l’état bienheureux de l’union. Cette voie n’est autre que la foi, nuit vraiment obscure pour l’entendement.

« Enfin la troisième raison est le terme où l’âme tend. Terme qui est Dieu, être incompréhensible et infiniment au-dessus de nos facultés, et qu’on peut appeler par là même une nuit obscure pour l’âme durant son pèlerinage ici-bas.

« Ces trois nuits à traverser par l’âme sont figurées au Livre de Tobie par les trois nuits que, sur l’ordre de l’Ange, le jeune Tobie laissa écouler avant de s’unir à son épouse. L’Ange Raphaël lui commanda de brûler pendant la première nuit le foie du poisson, symbole d’un cœur affectionné et attaché aux choses créées. Quiconque désire s’élever à Dieu doit, dès le début, purifier son cœur dans le feu de l’amour divin et y consumer tout ce qui appartient au créé. Cette purification met en fuite le démon, qui auparavant avait puissance sur l’âme pour la faire adhérer aux plaisirs temporels et sensibles.

« L’Ange dit à Tobie que dans la seconde nuit il serait admis en la compagnie des saints Patriarches, qui sont les pères de la foi. De même l’âme, après avoir traversé la première nuit, figurée par la privation de tout ce qui flatte les sens, pénètre sans obstacle dans la seconde. Là, étrangère à tous les objets sensibles, elle demeure dans la solitude et la nudité de la foi, l’ayant choisie pour son unique guide.

« Enfin, pendant la troisième nuit il fut promis à Tobie une abondante bénédiction. Dans le sens qui nous occupe, cette bénédiction est Dieu lui-même qui, à la faveur de la seconde nuit, c’est-à-dire de la foi, se communique à l’âme d’une manière si secrète et si intime, que c’est un autre genre de nuit plus profonde que les précédentes. L’union avec l’Épouse, c’est-à-dire avec la Sagesse de Dieu, se consomme quand la troisième nuit est écoulée, nous voulons dire, lorsque cette communication de Dieu à l’esprit est achevée.

« O âmes spirituelles ! ne vous plaignez pas de sentir vos puissances livrées à l’angoisse des ténèbres, vos affections stériles et paralysées, vos facultés impuissantes à tout exercice de la vie intérieure. En vous enlevant votre manière imparfaite d’agir, le Seigneur vous délivre ainsi de vous-même. Malgré le bon emploi que vous eussiez fait d’ailleurs de vos facultés, leur impureté et leur ignorance ne vous eussent jamais permis d’obtenir un résultat aussi parfait et une sécurité aussi entière. Dieu vous prend par la main, et se fait lui-même votre conducteur au milieu des ténèbres. Il vous guide comme un aveugle par un chemin inconnu, vers le terme où ni vos lumières ni vos efforts n’eussent jamais pu vous conduire. »

Nous aimons à laisser les Saints décrire eux-mêmes les voies qu’ils parcoururent, et dont ils demeurent, en récompense de leur fidélité, les guides reconnus dans l’Église. Ajouterons-nous qu’« il faut prendre garde, dans les peines de ce genre, à ne pas exciter la commisération du Seigneur avant que son œuvre soit achevée ? On ne peut s’y méprendre : telles grâces que Dieu fait à l’âme ne sont pas nécessaires au salut, mais elles doivent être payées d’un certain prix. Si nous nous montrions par trop difficiles, il se pourrait que, pour ménager notre faiblesse, le Seigneur nous laissât retomber dans une voie inférieure, ce qui, au regard de la foi, serait un irréparable malheur. Mais dira-t-on, qu’importe, puisque cette âme se sauvera ? Il est vrai, mais notre intelligence ne saurait apprécier la supériorité d’une âme qui pourrait devenir l’émule des chérubins ou des séraphins, sur celle qui ne saurait être assimilée qu’aux hiérarchies inférieures. Une fausse modestie ou l’amour du médiocre ne saurait avoir légitimement cours en ces matières. Il importe plus qu’on ne saurait le dire aux intérêts de la sainte Église et à la gloire de Dieu que les âmes vraiment contemplatives se multiplient sur la terre. Elles sont le ressort caché et le moteur qui donne l’impulsion sur terre à tout ce qui est la gloire de Dieu, le règne de son Fils, et l’accomplissement parfait de la divine volonté. En vain multipliera-t-on les œuvres, les industries, et même les dévouements : tout sera stérile, si l’Église militante n’a pas ses saints qui la soutiennent dans l’état de voie, celui que le Maître a choisi pour racheter le monde. Certaines puissances et certaines fécondités sont inhérentes à la vie présente ; elle a, de soi, si peu de charmes, qu’il n’était pas inutile d’en relever ainsi le mérite ».

Puissent au Carmel et sur les monts, comme dans la plaine et les vallées, se multiplier les âmes qui concilient le ciel à la terre, attirent les bénédictions, écartent la foudre ! Saints que nous sommes par vocation, puissions-nous à votre exemple et par votre prière, ô Jean de la Croix, laisser la divine grâce agir en nous selon toute la mesure de sa vertu purifiante et déifiante ; car alors aussi nous pourrons dire un jour avec vous :

« O vie divine qui ne donnez la mort que pour rendre la vie, vous m’avez blessée pour me guérir, vous avez détruit en moi ce qui me retenait dans la mort. Sagesse divine, ô touche délicate, Verbe qui pénétrez si subtilement la substance de mon âme, et la plongez en des douceurs qu’on ne connaît pas dans la terre de Chanaan ni dans celle de Théman : vous renversez les montagnes, vous brisez les rochers d’Horeb par la seule ombre de votre puissance, et au prophète vous vous révélez par le murmure d’une brise légère. O souffle divin, si terrible et si doux, le monde ne connaît pas votre suavité.

« Ceux-là seuls vous sentent, ô mon Dieu et ma vie ! ceux-là seuls vous reconnaissent à votre délicatesse infinie, qui, s’éloignant du monde, se sont spiritualisés tout entiers. Vous qui n’avez en vous rien de matériel, vous touchez l’âme d’une manière d’autant plus intime et profonde, que votre être divin, affranchi de tout mode, figure ou forme, l’a rendue elle-même plus simple et pure. Vous cachant en elle, désormais séparée de tout souvenir de créatures, vous la cachez à votre tour dans le secret de votre face divine, l’y mettant à couvert de tous les troubles de ce monde. Vous l’étant réservée, tout autre objet, qu’il soit d’en haut ou d’en bas, la fatigue ; et c’est pour elle une peine et un tourment que d’avoir à s’en occuper ».

 

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Saint Clément Ier pape et martyr mémoire de Sainte Félicité Martyre

23 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

Saint Clément Ier pape et martyr mémoire de Sainte Félicité Martyre

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O Dieu, qui nous donnez un sujet de joie dans la solennité annuelle de votre Martyr et Pontife saint Clément, faites par votre bonté que, célébrant sa naissance au ciel, nous imitions en même temps son courage dans les souffrances.

Office

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Clément, fils de Faustinien, naquit à Rome dans le quartier du mont Cœlius et fut disciple du bienheureux Pierre. Saint Paul fait mention de lui dans son Épître aux Philippiens : « Je te prie aussi, dit-il, toi, mon fidèle compagnon, aide celles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile, avec Clément et mes autres coopérateurs, dont les noms sont écrits dans le livre de vie. » II partagea la ville de Rome en sept parties, qu’il attribua à sept notaires, assignant à chacun l’une de ces sept régions, avec la charge de recueillir soigneusement tout ce que l’on savait sur les souffrances et les actes des Martyrs, et de consigner toutes ces choses par écrit. Il composa lui-même avec soin plusieurs ouvrages utiles, qui ont répandu de l’éclat sur la religion chrétienne.
Cinquième leçon. Comme il convertissait beaucoup de monde à la foi du Christ par ses enseignements et par la sainteté de sa vie, l’empereur Trajan l’envoya en exil, au delà du Pont-Euxin, dans les déserts qui s’étendent autour de la ville de Cher-son ; il y trouva deux mille Chrétiens, condamnés par ce même Trajan à extraire et à tailler le marbre. Un jour qu’ils souffraient du manque d’eau, Clément, après avoir prié, monta sur une colline voisine, au sommet de laquelle il vit un Agneau, touchant du pied droit une source d’eau douce qu’il faisait jaillir ; tous y étanchèrent leur soif. Beaucoup d’infidèles furent amenés à la foi de Jésus-Christ par ce miracle, et commencèrent aussi à concevoir de la vénération pour la sainteté de Clément.
Sixième leçon. Trajan, irrité de ces conversions, fit partir des émissaires avec ordre d’attacher une ancre au cou de Clément et de le précipiter dans la mer. L’ordre fut exécuté ; mais les Chrétiens s’étant mis en prières sur le rivage, la mer se retira de trois milles. S’y étant avancés, ils trouvèrent un petit édifice de marbre en forme de temple. A l’intérieur se trouvait une arche de pierre, où était déposé le corps du Martyr, et à côté, l’ancre avec laquelle il avait été jeté dans les flots. Les habitants de la région, frappés de ce prodige, embrassèrent la foi de Jésus-Christ Dans la suite, sous le pontificat de Nicolas 1er, le corps de saint Clément fut transporté à Rome et enseveli dans l’église qui porte son nom. Une église fut aussi dédiée sous son vocable au lieu même de l’île où la fontaine avait miraculeusement jailli. Ce Pontife occupa le Saint-Siège neuf ans, six mois et six jours. Il fit, au mois de décembre, deux ordinations dans lesquelles il ordonna dix Prêtres, deux Diacres, et sacra quinze Évêques pour divers lieux.

Saint Clément Ier pape et martyr mémoire de Sainte Félicité Martyre

 La mémoire de Clément se présente entourée d’une auréole particulière dans les origines de l’Église de Rome. A ce moment où les Apôtres ont disparu, il semble éclipser Lin et Clet, qui cependant avaient reçu avant lui l’honneur de l’épiscopat. On passe comme naturellement de Pierre à Clément, et les Églises orientales ne célèbrent pas son souvenir avec moins d’honneur que l’Église latine. Il fut bien véritablement le Pontife universel, et l’on sent déjà que l’Église tout entière est attentive à ses actes comme à ses écrits. Cette haute réputation lui a fait attribuer tout un cycle d’écrits apocryphes, qu’il est aisé de démêler de ses écrits véritables ; mais il est à noter que les faussaires qui ont jugé à propos de lui prêter leurs propres œuvres, ou de bâtir des romans à son sujet, s’accordent à le faire naître de race impériale.

Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent l’intervention de Clément dans les affaires des Églises lointaines ; mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de l’évêque de Rome dès cette époque primitive. L’Église de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie à l’égard de certains pasteurs avait suscitées. Ces divisions dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens eux-mêmes. L’Église de Corinthe finit par sentir le besoin d’arrêter un désordre qui pouvait être préjudiciable à l’extension de la foi chrétienne, et, dans ce but, il lui fallait chercher du secours hors de son sein. A ce moment, tous les Apôtres avaient disparu de ce monde, hors saint Jean qui éclairait encore l’Église de sa lumière. De Corinthe à Éphèse, où résidait l’Apôtre, la distance n’était pas considérable ; néanmoins ce ne fut pas vers Éphèse, mais vers Rome que l’Église de Corinthe tourna ses regards.

Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Église renvoyaient à son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l’autorité du Siège apostolique. Ils étaient porteurs d’une lettre que saint Irénée appelle très puissante, potentissimas litteras . Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Églises, comme une sorte de continuation des Écritures canoniques. Le ton en est digne, mais paternel, selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Rien n’y sent l’esprit de domination ; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnaît la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir, sans désobéir à Dieu lui-même.

Ce langage si solennel et si ferme obtint son effet : la paix se rétablit dans l’Église de Corinthe, et les messagers de l’Église romaine ne tardèrent pas à en rapporter l’heureuse nouvelle. Un siècle après, saint Denys, évêque de Corinthe, témoignait encore au pape saint Soter la gratitude de son Église envers Clément pour le service dont elle lui était redevable.

Élevé à l’école des Apôtres, Clément avait retenu dans une certaine mesure leur style et leur manière. On les remarque aussi dans ses deux Lettres aux vierges, dont on avait la trace par saint Épiphane et par saint Jérôme, et qui furent retrouvées au XVIIIe siècle, en la traduction syriaque, sur un manuscrit apporté d’Alep.

Sainte Cécile déjà nous le rappelait hier : Le principe de la continence vouée à Dieu fut dès l’origine l’une des bases du christianisme, et l’un des moyens les plus efficaces dans la transformation du monde. Le Christ avait relevé le mérite supérieur de ce sacrifice, et saint Paul, comparant les deux états de la femme, enseignait que la vierge est toute au Seigneur, tandis que l’épouse, malgré sa dignité, demeure divisée. Clément eut à développer cette doctrine, et c’est ce qu’il fait dans ces deux lettres. Avant saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Augustin, ces grands docteurs de la virginité chrétienne, il développa les enseignements de Pierre et de Paul sur ce sujet si grave. « Celui ou celle, dit-il, qui aspire à cette grandeur d’une vie supérieure, doit vivre comme les Anges d’une existence divine et toute céleste. La vierge s’isole des attraits sensuels ; non seulement elle renonce au droit qu’elle aurait de les suivre en ce qu’ils ont de légitime ; mais elle aspire à cette espérance que Dieu, qui ne saurait tromper, entretient par sa promesse, et qui dépasse celle qu’ont les hommes d’avoir une postérité. En retour de leur généreux sacrifice, leur partage au ciel est la félicité même des Anges. »

Tel était le langage du disciple de Pierre, choisi par lui pour mettre la main au renouvellement de la Babylone romaine. Il ne fallait pas moins que cette forte doctrine, pour lutter avec avantage contre le débordement des mœurs de l’Empire. Si le christianisme se fût contenté d’inviter les hommes à l’honnêteté, comme faisaient les philosophes, ses efforts eussent été en pure perte. Le stoïcisme, en surexcitant l’orgueil chez quelques-uns, pouvait amener à mépriser la mort ; il était impuissant à faire reculer le sensualisme, dans lequel il faut reconnaître le plus puissant auxiliaire de la tyrannie des Césars. L’idéal de la chasteté, jeté au sein de cette société dissolue, pouvait seul arrêter le torrent d’ignominie qui menaçait de submerger toute dignité humaine. Pour le bonheur du monde, la morale chrétienne parvint à se faire jour, et les exemples éclatants se joignant aux maximes, on dut enfin en tenir compte La corruption romaine s’étonna en entendant parler de la virginité, comme de l’objet du culte et de la pratique d’un grand nombre de sectateurs de la religion nouvelle, et cela dans un moment où les plus beaux privilèges, joints aux plus terribles châtiments, avaient peine à contenir dans le devoir les six vestales sur la fidélité desquelles reposaient l’honneur et la sécurité de la Ville éternelle. Vespasien et Titus eurent connaissance des infractions que ces gardiennes du Palladium se permettaient à l’égard de leur premier devoir ; mais ils jugèrent que le niveau auquel étaient descendues les mœurs ne permettait plus d’infliger à ces infidèles les pénalités antiques.

Le moment devait cependant arriver bientôt où les empereurs, le sénat, Rome tout entière, allaient apprendre, en lisant la première Apologie de saint Justin, les merveilles de pureté dont l’enceinte de Babylone était le théâtre. « Parmi nous, en cette ville, leur disait l’apologiste, des hommes, des femmes, en nombre considérable, ont atteint déjà l’âge de soixante à soixante-dix ans ; mais élevés dès leur enfance sous la loi du Christ, ils ont persévéré jusqu’à cette heure dans l’état de virginité, et il n’est pas de pays dans lequel je n’en pourrais signaler de semblables. » Athénagore, dans son mémoire présenté à Marc-Aurèle peu d’années après, pouvait dire à son tour : « Vous trouverez parmi nous, tant chez les hommes que chez les femmes, une multitude de personnes qui ont passé leur vie jusqu’à la vieillesse dans l’état de virginité, n’ayant d’autre but que de s’unir à Dieu plus intimement. »

Clément était prédestiné à la gloire du martyre ; une sentence d’exil le relégua dans la Chersonèse, sur le Pont-Euxin. Les Actes qui détaillent les circonstances de ses souffrances remontent à une haute antiquité ; nous n’avons pas à les discuter ici. Ils racontent que Clément trouva dans cette presqu’île un nombre considérable de chrétiens déportés avant lui, et employés à l’exploitation des carrières de marbre, qui étaient riches et abondantes en Chersonèse. La joie des chrétiens à la vue de Clément s’explique d’elle-même ; son zèle à propager la foi dans cette lointaine contrée et les succès de son apostolat n’ont rien qui doive surprendre. Le miracle d’une fontaine jaillissant de la roche à la parole de Clément, pour désaltérer les confesseurs, est un fait analogue à cent autres que l’on rencontre dans les Actes les plus authentiques des saints. Enfin l’apparition d’un agneau mystérieux sur la montagne, où il marque de son pied le lieu d’où l’eau va jaillit, reporte la pensée vers les premières mosaïques chrétiennes sur lesquelles on voit encore le symbole de l’agneau debout sur un monticule verdoyant. Au IX° siècle, Cyrille, l’apôtre des Slaves, retrouva près de Cherson les restes précieux du Pontife Martyr ; Clément rentra dans Rome, et l’insigne église qui, selon l’expression de saint Jérôme, gardait la mémoire de son nom dans la Ville éternelle, posséda de lui désormais mieux qu’un souvenir. Souvenir inestimable déjà cependant, non moins pour la science que pour la piété : au témoignage d’antiques traditions, cette église était bâtie sur l’emplacement de la demeure habitée par Clément dans la région du Cœlius qui fut de son temps, on le sait par ailleurs, le quartier préféré de l’aristocratie romaine ; or, les investigations archéologiques de ce dernier demi-siècle ont permis de retrouver, sous l’abside môme de la basilique primitive, et lui formant comme une sorte de confession ou d’hypogée, les chambres d’une habitation privée dont le style et les ornements se révèlent contemporains des Flaviens.

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Sainte Cécile vierge et martyre

22 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Cécile vierge et martyre

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O Dieu, qui nous réjouissez par la solennité annuelle de la bienheureuse Cécile, votre Vierge et Martyre, daignez nous faire la grâce d’imiter par une vie sainte, les exemples de celle à qui nous rendons aujourd’hui nos hommages.

Au deuxième nocturne.

Quatrième leçon. La vierge Cécile, née à Rome de parents illustres, et élevée dès son enfance dans les principes de la foi chrétienne, consacra à Dieu sa virginité. Mais dans la suite, ayant été contrainte d’épouser Valérien, elle lui tint ce discours, le soir de ses noces : « Valérien, je suis placée sous la garde d’un Ange qui protège ma virginité : c’est pourquoi ne teniez rien à mon égard, de peur d’attirer sur vous la colère de Dieu. » Vivement ému de ces paroles, Valérien n’osa point s’approcher d’elle, il ajouta même qu’il croirait en Jésus-Christ, s’il voyait cet Ange. Cécile lui ayant répondu que cela n’était pas possible à moins qu’il n’eût reçu le baptême, il déclara, dans son ardent désir de voir l’Ange, qu’il voulait être baptisé. C’est pourquoi, d’après le conseil de la jeune vierge, il se rendit auprès du Pape Urbain qui, à cause de la persécution, se tenait caché parmi les tombeaux des Martyrs, sur la voie Appia, et il reçut le baptême de ses mains.
Cinquième leçon. De retour auprès de Cécile, Valérien la trouva en prière, ayant à ses côtés un Ange resplendissant d’une clarté toute divine. Cette vue le frappa d’étonnement ; mais dès qu’il fut revenu de sa frayeur, il manda auprès de lui son frère Tiburce qui, ayant été instruit par Cécile dans la foi de Jésus-Christ et baptisé par le même Pape Urbain, mérita aussi de voir cet Ange que son frère avait vu. Peu de temps après, tous les deux souffrirent courageusement le martyre, sous le préfet Almachius. Celui-ci n’ayant pas tardé à donner l’ordre de s’emparer de Cécile, lui demanda tout d’abord où se trouvaient les richesses de Tiburce et de Valérien.
Sixième leçon. La vierge lui ayant répondu que toutes ses richesses avaient été distribuées aux pauvres, le préfet entra dans une si grande fureur, qu’il ordonna de la ramener chez elle, pour être brûlée dans la salle des bains. Elle y passa un jour et une nuit, sans ressentir aucunement les atteintes de la flamme. On envoya donc le bourreau qui, l’ayant frappée de trois coups de hache, et n’ayant pu lui trancher la tête, la laissa à moitié morte. Trois jours après, le dixième jour des calendes de décembre, sous l’empire d’Alexandre, son âme s’envola dans le ciel, parée de la double couronne du martyre et de la virginité. Le Pape Urbain inhuma lui-même son corps dans le cimetière de Calixte. On a fait de sa demeure une église consacrée sous son vocable. Son corps et ceux des Papes Urbain et Lucius, de Tiburce, de Valérien et de Maxime ont été transférés dans la Ville, par le souverain Pontife Pascal Ier, et déposés dans cette même église de sainte Cécile.
Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jean Chrysostome.

Septième leçon. Pourquoi, dans cette parabole, le Sauveur met-il en scène des vierges, et non pas indifféremment des personnes quelconques ? Il avait développé de grandes vérités au sujet de la virginité, en disant qu’il en est qui se rendent chastes à cause du royaume des cieux, et avait ajouté : « Que celui qui peut comprendre, comprenne. » II n’ignorait pas que la virginité obtient partout une grande estime ; cette vertu est en effet sublime de sa nature : ce qui le prouve, c’est que, dans l’Ancien Testament, elle n’était pas observée, même par les plus saints personnages, et qu’il ne nous en est pas fait une loi dans le Nouveau ; car Jésus-Christ ne l’a point prescrite, il a laissé les fidèles entièrement libres à cet égard. Aussi saint Paul disait-il : « Quant aux vierges, je n’ai pas reçu de commandement du Seigneur. » Il est vrai, je loue celui qui embrasse cet état ; mais je ne force en rien celui qui n’en veut pas, et je n’en fais pas une chose de précepte.
Huitième leçon. La virginité étant donc, et une grande chose et une chose généralement fort estimée, on aurait pu penser que cette seule vertu remplaçait toutes les autres, et, dès lors, négliger celles-ci ; c’est afin de prévenir une telle illusion que le Sauveur propose cette parabole, bien propre à nous persuader que la virginité, quand même elle serait accompagnée des autres vertus, est rejetée comme l’impureté, si les œuvres de miséricorde lui font défaut. Le Christ met sur le même rang que l’impudique, l’homme inhumain et dénué de miséricorde. L’un et l’autre sont subjugués par la passion ; mais celle qui entraine le premier est plus impérieuse que celle qui domine le second. Aussi, plus l’ennemi qui attaque ces vierges est faible, plus elles sont coupables de se laisser vaincre. C’est précisément pour cela que l’Évangile les appelle folles ; car, étant sorties victorieuses du plus rude combat, elles ont tout perdu quand le triomphe leur était plus facile.
Neuvième leçon. Les lampes désignent ici le don même de la virginité, la pureté de la vie ; et l’huile symbolise la bienfaisance, l’aumône, le secours prodigué aux indigents. « Or, l’époux tardant à venir, elles s’assoupirent toutes, et s’endormirent. » Le Sauveur fait entendre qu’il dut s’écouler un temps considérable, pour ôter à ses disciples l’idée que son règne arriverait bientôt. Ils en nourrissaient l’espoir, aussi Jésus en revient-il souvent à leur enlever cette illusion. En outre, il présente la mort comme un sommeil : « Elles s’endormirent, » dit-il. « Mais au milieu de la nuit, un cri s’éleva. » Ou bien ceci est ajouté à la parabole, ou bien il veut montrer que la résurrection générale aura lieu pendant la nuit. Le cri, saint Paul en fait aussi mention quand il dit : « Sur l’ordre donné, à la voix de l’Archange et au son de la trompette, il descendra du ciel »

Un peu d'histoire

Le mercredi 20 octobre 1599, le cardinal [Sfondrate] commanda d'enlever le pavé aux abords de l'autel. On déblaya ensuite la terre qui se trouvait sous les dalles, et on dégarnit les fondations du mur qui fermait l'enceinte souterraine. Ce mur ayant été attaqué lui-même, et une ouverture pratiquée avec beaucoup d'efforts dans son épaisseur, les regards pénétrèrent enfin dans l'espace vide qui s'étendait sous l'autel. Deux sarcophages de marbre blanc, placés côte à côte, à 3 pieds au-dessous du sol, apparurent aux yeux de Sfondrate.

Transporté d'une sainte joie, le cardinal songe à s'entourer de témoins respectables avant de procéder à l'ouverture des tombeaux. Il mande aussitôt l'évêque d'Isernia, vice-gérant du cardinal-vicaire; Jacques Buzzi, chanoine de la congrégation de Latran, et les Pères Pierre Alagona et Pierre Morra, de la Compagnie de Jésus. Ils arrivèrent bientôt accompagnés de plusieurs personnes de la maison du cardinal.

Après une nouvelle reconnaissance des lieux, on s'empressa d'ouvrir le premier tombeau, celui qui se trouvait le plus près de l'entrée du souterrain. Les ouvriers ayant enlevé la table de marbre qui le recouvrait, on aperçut dans l'intérieur un coffre en bois de cyprès. Ce cercueil ne présentait aucune trace de serrure, et la planche du dessus n'était point fixée avec des clous. Elle était fort mince et retenue au moyen d'une coulisse, en dedans de laquelle on pouvait la faire aller et venir. Sfondrate et les assistants furent quelque temps incertains sur les moyens qu'il leur fallait prendre pour ouvrir cette arche sacrée, que déjà tant d'indices leur désignaient comme celle-là même où reposait Cécile. Enfin le cardinal découvrit lui-même le moyen à employer, et de ses mains, tremblantes d'émotion, il enleva respectueusement le frêle obstacle qui dérobait la vue du corps de la vierge.

Le moment fut solennel. Après huit siècles d'obscurité et de silence, Cécile apparaissait encore une fois aux yeux des fidèles du Christ, dans l'ineffable majesté de son martyre. C'était bien encore dans l'intérieur du cercueil l'étoffe précieuse, quoique un peu fanée par le temps, dont Paschal avait fait garnir les parois. Les siècles avaient respecté jusqu'à la gaze de soie que le pontife avait étendue sur les restes glorieux de Cécile, et à travers ce voile transparent, l'or dont étaient ornés les vêtements de la vierge scintillait aux yeux des spectateurs. (…)

Mais qui n'eût aspiré à contempler de plus près la dépouille mortelle de l'épouse du Christ? Sfondrate leva enfin avec un profond respect le voile qui recouvrait le trésor que les mains d'Urbain et de Paschal avaient successivement confié à la terre, et les assistants eurent sous les yeux Cécile elle-même, dans toute la vérité de son sacrifice.

Elle était revêtue de sa robe brochée d'or, sur laquelle on distinguait encore les taches glorieuses de son sang virginal; à ses pieds reposaient les linges teints de la pourpre de son martyre. Etendue sur le côté droit, les bras affaissés en avant du corps, elle semblait dormir profondément. Le cou portait encore les cicatrices des plaies dont le glaive du licteur l'avait sillonné; la tête, par une inflexion mystérieuse et touchante, était retournée vers le fond du cercueil. Le corps se trouvait dans une complète intégrité, et la pose générale, conservée par un prodige unique, après tant de siècles, dans toute sa grâce et sa modestie, retraçait avec la plus saisissante vérité Cécile rendant le dernier soupir, étendue sur le pavé de la salle du bain. On se croyait reporté au jour où le saint évêque Urbain avait renfermé dans l'arche de cyprès le corps de Cécile, sans altérer en rien l'attitude que l'épouse du Christ avait choisie pour exhaler son âme dans le sein de son Epoux. On admirait aussi la discrétion de Paschal qui n'avait point troublé le repos de la vierge, et avait su conserver à la postérité un si grand spectacle.

(Dom Guéranger, Sainte Cécile et la société romaine, ch. 22)

Sainte Cécile vierge et martyre

On demanda au sculpteur Stefano Maderno d’immortaliser dans le marbre le corps de sainte Cécile tel qu’il était apparu. Ce fut le chef-d’œuvre de Maderno qui ensuite, éclipsé par le Bernin, se fit douanier… En réalité, si Maderno était très habile à reproduire ce qu’il voyait, le chef-d’œuvre est la sainteté de Cécile…

C’est dans l’église Sainte-Cécile du Trastevere, construite sur la maison de la martyre au Ve siècle. Elle avait été rénovée au IXe siècle par le pape Pascal qui découvrit le tombeau après une vision. L’église a été refaite à l’âge baroque, mais on a gardé la mosaïque qui représente le Christ avec sainte Cécile, d’autres saints, et le pape Pascal représenté (à gauche) avec une auréole carrée, ce qui montre que la mosaïque a été réalisée de son vivant.

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Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie

21 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie

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O Dieu, qui avez voulu qu’en ce jour, la bienheureuse Marie toujours Vierge, en qui résidait l’Esprit-Saint, vous fût présentée au temple ; faites que, grâce à son intercession, nous méritions de vous être présentés dans le temple de votre gloire

Lecture Eccli. 24, 14-16

J’ai été créée dès le commencement et avant les siècles, et je ne cesserai point d’être dans la suite des âges ; et j’ai exercé devant lui mon ministère dans la maison sainte. J’ai été ainsi affermie dans Sion ; j’ai trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma puissance est établie dans Jérusalem. J’ai pris racine au milieu du peuple glorifié, dont l’héritage est le partage de mon Dieu, et j’ai établi ma demeure dans l’assemblée des saints.

Office

Au deuxième nocturne.

Du Livre de saint Jean Damascène : De la foi orthodoxe.

Quatrième leçon. Joachim choisit pour épouse, Anne, femme pleine de mérites et digne des plus grands éloges. Comme la première Anne, affligée par l’épreuve de la stérilité, avait obtenu, par la prière et par un vœu, de donner naissance à Samuel, celle-ci, à son tour, par des supplications et une promesse obtint du ciel de mettre au monde la Mère de Dieu : en cela donc aussi, elle ne le cède à aucune des femmes les plus illustres. Ainsi la grâce (car telle est la signification du nom d’Anne) enfanta la Souveraine (c’est ce que signifie le nom de Marie). Marie, en effet, a vraiment été établie la Souveraine de toutes les créatures, en devenant la Mère du Créateur. Elle voit le jour dans la maison de Joachim, dite de la piscine probatique, et plus tard est conduite au temple ; « plantée ainsi dans la maison de Dieu » et nourrie par l’Esprit-Saint, Marie, semblable à un olivier fertile, devient le sanctuaire de toutes les vertus, détachant son cœur de toutes les convoitises de cette vie et de la chair, et conservant son âme vierge aussi bien que son corps, comme il convenait à celle qui devait recevoir Dieu dans son sein.

Du Livre de saint Ambroise, Évêque : Des Vierges.

Cinquième leçon. Telle a été Marie, que sa vie est un enseignement pour tous. S’il ne vous déplaît pas d’en entendre la preuve, nous allons vous le démontrer ; celles d’entre vous qui aspirent à sa récompense doivent imiter son exemple. Que de vertus brillent en cette seule Vierge ! Nous admirons en elle un mystère de pudeur, une foi courageuse, une piété respectueuse. Vierge, elle passe sa vie dans sa demeure ; épouse, elle se livre aux soins domestiques ; mère, elle porte son Fils au temple. Oh ! Combien de vierges la verront s’avancer à leur rencontre ! Combien de vierges elle pressera dans ses bras et amènera au Seigneur, disant de chacune : Voilà celle qui n’a jamais connu d’autre alliance que celle de mon Fils ; voilà celle qui, par une inviolable pureté, s’est toujours montrée sa digne et fidèle épouse.

Sixième leçon. Que dirai-je de la rigoureuse abstinence de Marie et de la multiplicité de ses bons offices : bons offices qui semblaient dépasser les forces de la nature, abstinence où la nature elle-même trouvait à peine le suffisant ! D’un côté, point d’instants inoccupés ; de l’autre, des jeûnes quotidiens. Et après cela, quand elle consentait à prendre quelque réfection, sa nourriture était des plus ordinaires ; elle en prenait juste assez pour ne pas mourir, et rien pour flatter son goût, il fallait que la nécessité vînt la contraindre d’accorder au sommeil, ce qu’elle redoutait de concéder à un désir de la nature ; et lors même que son corps reposait, son esprit veillait, repassant souvent en songe ses lectures, ou donnant suite aux pensées interrompues par le sommeil, s’occupant de ce qu’elle avait prémédité, ou préméditant ce qu’elle avait à faire.

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Saint Félix de Valois confesseur

20 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

 Saint Félix de Valois confesseur

Collecte

O Dieu, qui, par une inspiration céleste, avez daigné appeler votre bienheureux Confesseur Félix, de la solitude du désert à l’œuvre du rachat des captifs ; faites, s’il vous plaît, que son intercession nous obtienne de vous la grâce d’être délivrés de l’esclavage de nos péchés, et de parvenir à la patrie céleste.

 

Office

Quatrième leçon. Félix, d’abord appelé Hugues, naquit en France, de la famille royale des Valois. Dès l’âge le plus tendre, il donna des gages sérieux de sa sainteté future, et principalement de sa charité envers les pauvres ; car, tout petit enfant, il distribuait, de sa propre main, des aumônes aux malheureux, comme s’il eût été plus avancé en âge et en pleine maturité de jugement. Devenu plus grand, il avait coutume d’envoyer aux indigents une partie des plats servis sur sa table, et il réservait d’ordinaire aux petits enfants pauvres le mets le plus savoureux. Au cours de son adolescence, il se dépouilla plus d’une fois de ses vêtements pour en couvrir les mendiants. Il obtint de son oncle Thibaut, comte de Champagne et de Blois, la grâce d’un condamné à mort, prédisant que ce misérable, alors assassin, parviendrait dans la suite à une très grande sainteté de vie ; l’événement confirma la vérité de cette prédiction.

Cinquième leçon. Après avoir passé d’une manière digne de louanges les années de son adolescence, son goût pour la contemplation des choses d’en haut commença à lui inspirer la pensée de la solitude ; mais il voulut auparavant recevoir les ordres sacrés, afin de s’enlever toute prétention au trône, dont la succession prochaine lui était assurée, en vertu de la loi salique. Ordonné Prêtre, il célébra avec la plus grande dévotion sa première Messe. Peu après, il se retira dans un désert où, vivant avec une extrême austérité, il nourrissait son âme de l’abondance des grâces célestes. Il y passa très saintement quelques années, en compagnie de saint Jean de Matha, docteur de Paris, qui, poussé par une inspiration d’en haut, s’était mis à sa recherche et l’avait trouvé. Sur l’avis que Dieu leur donna par le ministère d’un Ange, ils se rendirent tous deux à Rome, afin d’obtenir du souverain Pontife une règle de vie spéciale. De son côté, le Pape Innocent III, pendant qu’il célébrait les saints Mystères, eut une révélation, lui faisant connaître l’Ordre religieux et l’œuvre ayant pour but la rédemption des captifs. Ce Pontife revêtit donc lui-même Félix et son compagnon de vêtements blancs, marqués d’une croix de deux couleurs et de même forme que ceux dont l’Ange était revêtu lorsqu’il lui avait apparu. Le Pape voulut en outre que le nouvel institut religieux, conformément à l’indication emblématique de son habit aux trois couleurs, portât le nom de la très sainte Trinité.

Sixième leçon. Après avoir reçu du souverain Pontife Innocent III leur règle propre, confirmée par son autorité, les deux Saints retournèrent au diocèse de Meaux, dans le lieu appelé Cerfroid, où Félix agrandit le premier monastère de son Ordre, que, peu de temps auparavant, il avait construit avec l’aide de son compagnon. Il y fit merveilleusement prospérer l’observance religieuse et l’œuvre de la rédemption, qu’il propagea de là avec beaucoup de zèle dans les autres provinces, par l’entremise de ses disciples. C’est aussi en ce lieu qu’il reçut une faveur signalée de la Vierge-Mère : la nuit d’avant la Nativité de la Mère de Dieu, par une permission divine, tous les frères restèrent endormis et pas un ne se leva pour la récitation de Matines ; Félix, qui veillait, selon sa coutume, devança l’heure et, entrant au chœur, vit au milieu la bienheureuse Vierge, revêtue de l’habit de l’Ordre, marqué de la croix et accompagnée d’esprits célestes vêtus de même. Félix se joignit à eux, et la Mère de Dieu ayant entonné les divines louanges, il chanta tout l’Office avec eux. Il semblait avoir déjà reçu l’invitation de quitter les chœurs de la terre, pour aller se mêler à ceux du ciel ; un Ange, en effet, l’avait averti que l’heure de sa mort était proche. Ayant exhorté ses fils à la charité envers les pauvres et les captifs, il rendit son âme à Dieu, plein de jours et de mérites, l’an de l’Incarnation mil deux cent douze sous le pontificat du même Pape Innocent III.

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Sainte Elisabeth de Hongrie veuve mémoire de Saint Pontien Pape et Martyr

19 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

Sainte Elisabeth de Hongrie veuve mémoire de Saint Pontien Pape et Martyr

Collecte

Pasteur éternel de l’Église, regardez avec bienveillance votre troupeau, protégez-le et gardez-le toujours. Nous vous le demandons par le bienheureux Pape Pontien votre Martyr que vous avez placé comme berger à la tête de l’Église.

Office

Quatrième leçon. Élisabeth, fille d’André, roi de Hongrie, commença dès son enfance à craindre Dieu ; croissant en âge, elle croissait aussi en piété. Ayant été mariée à Louis, Landgrave de Hesse et de Thuringe, elle ne mit pas moins de zèle à remplir ses devoirs envers Dieu, que ses devoirs envers son mari. Se levant la nuit, elle vaquait longuement à l’oraison ; elle s’appliquait à diverses œuvres de charité, se dépensant au service des veuves, des orphelins, des malades, des indigents ; on la vit, durant une famine cruelle, distribuer libéralement le blé de sa maison. Elle donnait asile aux lépreux, leur baisait les mains et les pieds, et fit construire un grand hôpital, destiné à soigner et à nourrir les pauvres.

Cinquième leçon. A la mort de son époux, voulant servir Dieu avec plus de liberté, Élisabeth déposa toutes les parures du siècle, se revêtit d’une robe grossière et entra dans l’Ordre des Pénitents de saint François, où elle se fit particulièrement remarquer par les vertus de patience et d’humilité. Car, dépouillée de tous ses biens, chassée de son propre palais, délaissée de tout le monde, elle supporta avec un courage invincible, les injures, les sarcasmes et les médisances, ressentant même une très grande joie de souffrir ainsi pour Dieu, s’abaissant jusqu’aux plus vils offices auprès des pauvres et des malades, leur procurant les soulagements nécessaires, et se contentant d’herbes et de légumes pour sa nourriture.

Sixième leçon. Après avoir passé très religieusement sa vie dans l’accomplissement de ces œuvres de piété et de beaucoup d’autres non moins saintes, le terme de son pèlerinage arriva enfin ; elle l’avait déjà prédit à ceux qui l’entouraient. Ce fut pendant qu’elle se livrait à la contemplation divine, les yeux fixés au ciel, qu’elle s’endormit dans le Seigneur, après avoir été merveilleusement assistée de Dieu et fortifiée par la réception des sacrements. Il se fit aussitôt plusieurs miracles à son tombeau ; en ayant eu connaissance et les ayant constatés, Grégoire IX l’inscrivit au nombre des Saints.

Cette douce et angélique créature, fille du roi de Hongrie et épouse du landgrave de Thuringe, a des points de contact avec le pape Pontien. Élisabeth elle aussi, du sommet de son trône, fut traînée dans la poussière après la mort de son mari ; mais la vertu de la Sainte, membre du Tiers Ordre séraphique, fut supérieure à l’adversité. Ses miracles, après sa mort, propagèrent son culte de toutes parts, aussi fut-elle canonisée en 1235.

 

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L'obéissance vraie

19 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

L'obéissance vraie

LETTRE OUVERTE AUX CATHOLIQUES PERPLEXES

XVIII. L'obéissance vraie

L’indiscipline est partout dans l’Eglise, des comités de prêtres envoient des sommations à leurs évêques, les évêques font fi des exhortations pontificales, les recommandations et décisions conciliaires elles-mêmes ne sont pas respectées et pourtant on n’entend jamais prononcer le mot de désobéissance, sauf pour l’appliquer aux catholiques qui veulent rester fidèles à la Tradition et tout simplement garder la foi.

L’obéissance constitue un sujet grave, rester uni au magistère de l’Église et particulièrement au Pontife Suprême est une des conditions du salut. Nous en avons profondément conscience et aussi personne plus que nous n’est attaché au successeur de Pierre aujourd’hui régnant, comme nous l’avons été à ses prédécesseurs, je parle ici de moi et des nombreux fidèles rejetés des églises, des prêtres obligés de célébrer la messe dans des granges ainsi que pendant la Révolution française, et à organiser des catéchismes parallèles dans les villes et les campagnes.

Nous sommes attachés au pape lorsqu’il se fait l’écho des traditions apostoliques et des enseignements de tous ses prédécesseurs. C’est la définition même du successeur de Pierre de garder ce dépôt. Pie IX nous enseigne dans Pastor æternus: « Le Saint-Esprit n’a pas en effet été promis aux successeurs de Pierre pour leur permettre de publier, d’après ses révélations, une doctrine nouvelle, mais pour garder strictement et exposer fidèlement, avec son assistance, les révélations transmises par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. »

L’autorité déléguée par Notre-Seigneur au pape, aux évêques et au sacerdoce en général est au service de la foi. Se servir du droit, des institutions, de l’autorité pour anéantir la foi catholique et ne plus communiquer la vie, c’est pratiquer l’avortement ou la contraception spirituels.
C’est pourquoi nous sommes soumis et prêts à accepter tout ce qui est conforme à notre foi catholique, telle qu’elle a été enseignée pendant deux mille ans, mais nous refusons tout ce qui lui est opposé.

Car enfin, un problème grave s’est posé à la conscience et à la foi de tous les catholiques pendant le pontificat de Paul VI. Comment un pape, vrai successeur de Pierre, assuré de l’assistance de l’Esprit-Saint, peut-il présider à la destruction de l’Église la plus profonde et la plus étendue de son histoire en l’espace de si peu de temps, ce qu’aucun hérésiarque n’a jamais réussi à faire ? A CETTE QUESTION IL FAUDRA BIEN RÉPONDRE UN JOUR.

Dans la première moitié du Ve siècle, saint Vincent de Lérins, qui fut soldat avant de se consacrer à Dieu et déclare avoir été « ballotté longtemps sur la mer du monde, avant de se cacher au port de la foi », parlait ainsi du développement du dogme : « N’y aura-t-il aucun progrès de la religion dans l’Eglise du Christ ? Il y en aura, certes, de très importants, de telle manière que ce soit un progrès de la foi et non un changement. Il importe que croissent abondamment et intensément, chez tous et chez chacun, dans les individus comme dans les Eglises, au cours des âges, l’intelligence, la science, la sagesse, pourvu que ce soit dans l’identité du dogme, d’une même pensée. » Vincent connaissait le choc des hérésies, il donne une règle de conduite toujours bonne après quinze cents ans : « Que fera donc le chrétien catholique si quelque parcelle de l’Eglise vient à se détacher de la communion, de la foi universelle ? Quel autre parti prendre, sinon préférer au membre gangrené et corrompu le corps en son ensemble qui est sain ? Et si quelque contagion nouvelle s’efforce d’empoisonner, non plus une petite partie de l’Église mais l’Église tout entière à la fois, alors encore son grand souci sera de s’attacher à l’antiquité, qui évidemment ne peut plus être séduite par aucune nouveauté mensongère. »

Dans les litanies des Rogations, l’Église nous fait dire : « Nous vous supplions, Seigneur, de maintenir dans votre sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique. » Cela veut bien dire qu’un tel malheur peut arriver.

Dans l’Eglise, il n’y a aucun droit, aucune juridiction qui puisse imposer à un chrétien une diminution de sa foi. Tout fidèle peut et doit résister à quiconque touche à sa foi, appuyé sur le catéchisme de son enfance. S’il se trouve en présence d’un ordre la mettant en danger de corruption, la désobéissance est un devoir impérieux.

C’est parce que nous estimons que notre foi est en danger par les réformes et les orientations postconciliaires, que nous avons le devoir de désobéir et de garder la Tradition. Ajoutons ceci : c’est le plus grand service que nous puissions rendre à l’Eglise et au successeur de Pierre que de refuser l’Eglise réformée et libérale. Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, n’est ni libéral ni réformable.

J’ai entendu par deux fois des envoyés du Saint-Siège me dire : « La royauté sociale de Notre-Seigneur n’est plus possible de notre temps, il faut accepter définitivement le pluralisme des religions. » Voilà exactement ce qu’ils m’ont dit.

Eh bien, je ne suis pas de cette religion. Je n’accepte pas cette nouvelle religion. C’est une religion libérale, moderniste, qui a son culte, ses prêtres, sa foi, ses catéchismes, sa Bible œcuménique traduite en commun par des catholiques, des juifs, des protestants, des anglicans, en ménageant la chèvre et le chou, en donnant satisfaction à tout le monde c’est-à-dire en sacrifiant très souvent l’interprétation du magistère. Nous n’acceptons pas cette Bible œcuménique. Il y a la Bible de Dieu, c’est Sa Parole, que nous n’avons pas le droit de mélanger avec la parole des hommes.

Quand j’étais enfant, l’Eglise avait partout la même foi, les mêmes sacrements, le même sacrifice de la messe. Si l’on m’avait dit alors que cela changerait, je n’aurais pu y croire. Sur toute l’étendue de la chrétienté, on priait Dieu de la même façon. La nouvelle religion libérale et moderniste a semé la division.

Des chrétiens sont divisés au sein d’une même famille à cause de cette confusion qui a été instaurée, ils ne vont plus à la même messe, ils ne lisent plus les mêmes livres. Des prêtres ne savent plus que faire : ou bien ils obéissent aveuglément à ce que leurs supérieurs leur imposent et ils perdent en quelque sorte la foi de leur enfance et de leur jeunesse, ils renoncent aux promesses qu’ils ont faites au moment de leur ordination en prêtant le serment antimoderniste ; ou bien ils résistent, mais c’est avec l’impression de se séparer du pape, qui est notre père et le vicaire du Christ. Dans les deux cas, quel déchirement ! Beaucoup de prêtres sont morts prématurément de douleur.

Combien d’autres ont été contraints d’abandonner les paroisses dans lesquelles, depuis des années, ils exerçaient leur ministère, en butte à une persécution ouverte de leur hiérarchie et malgré le soutien des fidèles à qui on arrachait leur pasteur ! J’ai sous les yeux les adieux émouvants de l’un d’eux à la population des deux paroisses dont il était le curé : « Dans son entretien du…, Mgr l’évêque m’a adressé un ultimatum : accepter ou refuser la nouvelle religion ; je ne pouvais m’y dérober. Donc, pour rester fidèle à l’engagement de mon sacerdoce, pour rester fidèle à l’Eglise éternelle… je fus contraint et forcé, contre mon gré, de me retirer… La simple honnêteté et surtout mon honneur sacerdotal me font une obligation d’être loyal, précisément en cette matière de gravité divine (la messe)… C’est cette preuve de fidélité et d’amour que je dois donner à Dieu et aux hommes, à vous en particulier, et c’est sur elle que je serai jugé au dernier jour, comme d’ailleurs tous ceux à qui a été confié ce même dépôt. » Dans le diocèse de Campos, au Brésil, la quasi-totalité du clergé a été chassée des églises après le départ de Mgr Castro-Mayer, pour n’avoir pas voulu abandonner la messe de toujours telle qu’ils la célébraient encore jusqu’à une date récente.

La division affecte les moindres manifestations de piété. Dans le Val-de-Marne, l’évêché a fait expulser par la police vingt-cinq catholiques qui récitaient le rosaire dans une église privée de curé attitré depuis de longues années. Dans le diocèse de Metz, l’évêque a fait intervenir le maire communiste pour que soit suspendu le prêt d’un local concédé à un groupe de traditionalistes. Au Canada, six fidèles ont été condamnés par le tribunal, que la loi de ce pays permet de saisir de cette sorte d’affaire, pour s’être obstinés à communier à genoux. L’évêque d’Antigonish les avait accusés de « perturber volontairement l’ordre et la dignité d’un service religieux ». Les « perturbateurs » ont été mis par le juge en liberté surveillée pour six mois ! De par l’évêque, défense aux chrétiens de plier le genou devant Dieu ! L’an dernier, le pèlerinage des jeunes à Chartres s’est terminé par une messe dans les jardins de la cathédrale, celle-ci étant interdite à la messe de saint Pie V. Quinze jours plus tard, les portes étaient ouvertes toutes grandes pour un concert spirituel, au cours duquel des danses ont été interprétées par une ancienne carmélite.

Deux religions s’affrontent ; nous nous trouvons dans une situation dramatique, il n’est pas possible de ne pas faire un choix, mais ce choix n’est pas entre l’obéissance et la désobéissance. Ce qu’on nous propose, à quoi on nous invite expressément, ce pour quoi on nous persécute, c’est de choisir un semblant d’obéissance. Le Saint-Père, en effet, ne peut pas nous demander d’abandonner notre foi.

Nous choisissons donc de la garder et nous ne pouvons pas nous tromper en nous attachant à ce que l’Eglise a enseigné pendant deux mille ans. La crise est profonde, savamment organisée et dirigée, à telle enseigne qu’on peut croire en vérité que le maître d’œuvre n’est pas un homme, mais Satan lui-même. Or c’est un coup magistral de Satan que d’être arrivé à faire désobéir les catholiques à toute la Tradition au nom de l’obéissance. Un exemple typique est fourni par l’aggiornamento des sociétés religieuses : par obéissance, on fait désobéir les religieux et religieuses aux lois et constitutions de leurs fondateurs, qu’ils ont juré d’observer lorsqu’ils ont fait leur profession. L’obéissance, dans ce cas, devrait être un refus catégorique. L’autorité, même légitime, ne peut commander un acte répréhensible, mauvais. Personne ne peut obliger quiconque à transformer ses vœux monastiques en simples promesses. De même que personne ne peut nous faire devenir protestants ou modernistes.

Saint Thomas d’Aquin, à qui il faut toujours se référer, va même jusqu’à se demander dans la Somme théologique si la « correction fraternelle » prescrite par Notre-Seigneur peut s’exercer à l’égard des supérieurs. Après avoir fait toutes les distinctions utiles, il répond : « On peut exercer la correction fraternelle à l’égard des supérieurs lorsqu’il s’agit de la foi. »

Si nous étions plus fermes sur ce chapitre, nous éviterions d’en venir tout doucement à assimiler les hérésies. Au début du XVIe siècle, les Anglais connurent une aventure du genre de celle que nous vivons, à cette différence qu’elle débuta par un schisme. Pour le reste, les similitudes sont étonnantes et propres à nous faire réfléchir. La nouvelle religion, qui prendra le nom d’anglicanisme, commence par l’offensive contre la messe, la confession personnelle, le célibat ecclésiastique. Henry VIII, bien qu’ayant pris l’énorme responsabilité de séparer son peuple de Rome, refuse les suggestions qui lui sont faites, mais, l’année qui suit sa mort, une ordonnance autorise l’usage de l’anglais pour la célébration de la messe. Les processions sont interdites, un nouvel ordo est imposé, l’Order of Communion, dans lequel l’offertoire n’existe plus. Pour rassurer les chrétiens, une autre ordonnance interdit toutes sortes de changements, tandis qu’une troisième permet aux curés de supprimer les statues des saints et de la Sainte Vierge dans les églises. Des œuvres d’art vénérables sont vendues chez les marchands, tout comme aujourd’hui chez les antiquaires et au marché aux puces.

Quelques évêques seulement firent remarquer que l’Order of Communion portait atteinte au dogme de la Présence réelle, en disant que Notre-Seigneur nous donne son Corps et son Sang spirituellement. Le Confiteor traduit en langage vernaculaire était récité en même temps par le célébrant et par les fidèles, il servait d’absolution. La messe était transformée en repas, « turning into a Communion ». Mais même les évêques lucides acceptèrent finalement le nouveau livre, pour maintenir la paix et l’union. C’est exactement pour les mêmes raisons que l’Église postconciliaire voudrait nous imposer le nouvel ordo. Les évêques anglais affirmèrent, au XVIe siècle, que la messe était un « mémorial » ! Une propagande nourrie fit passer les façons de voir luthériennes dans l’esprit des fidèles ; les prédicateurs devaient être agréés par le gouvernement.

Pendant le même temps, le pape n’est plus appelé que « l’évêque de Rome », il n’est plus le père, mais le frère des autres évêques et, dans le cas présent, le frère du roi d’Angleterre qui s’est institué chef de l’Eglise nationale. Le Prayer Book de Cranmer a été composé en mêlant des parties de la liturgie grecque et de la liturgie de Luther. Comment ne pas penser à Mgr Bugnini rédigeant la messe dite de Paul VI avec la collaboration de six « observateurs » protestants attachés ès qualités au Consilium pour la réforme de la liturgie ? Le Prayer Book commence par ces mots : « La Cène et Sainte Communion, communément appelée messe… », préfiguration du fameux article 7 de l’Institutio Generalis du Nouveau Missel, repris par le Congrès eucharistique de Lourdes en 1981 : « La Cène du Seigneur, autrement dit la messe… » La destruction du sacré dont je parlais plus haut était incluse aussi dans la réforme anglicane : les paroles du Canon devaient obligatoirement être dites à voix haute, ainsi que cela se passe dans les « Eucharisties » actuelles.

Le Prayer Book fut aussi approuvé par les évêques « pour conserver l’unité intérieure du royaume ». Les prêtres qui continuèrent à dire « l’ancienne messe » encouraient des peines allant de la perte de leurs revenus à la révocation pure et simple, en cas de récidive, et à la prison à perpétuité. Il faut reconnaître que de nos jours on ne met plus en prison les prêtres « traditionalistes ».

L’Angleterre des Tudors glissa dans l’hérésie sans bien s’en rendre compte, en acceptant le changement sous prétexte de s’adapter aux circonstances historiques du temps, ses pasteurs en tête. C’est aujourd’hui toute la chrétienté qui risque de prendre le même chemin et avez-vous pensé que si nous, qui avons un certain âge, nous courons un danger moindre, les enfants, les jeunes séminaristes formés avec les catéchismes nouveaux, la psychologie expérimentale, la sociologie, sans aucune teinture de théologie dogmatique et morale, de droit canon, d’histoire de l’Église, sont éduqués dans une foi qui n’est pas la vraie, trouvent normales les notions néo-protestantes qu’on leur inculque ? Qu’en sera-t-il de la religion de demain si nous ne résistons pas ?

Vous aurez la tentation de dire : « Mais que pouvons-nous y faire ? C’est un évêque qui dit ceci ou cela. Voyez, ce document vient de la commission de la catéchèse ou d’une autre commission officielle. »

Alors, il ne vous reste plus qu’à perdre la foi. Mais vous n’avez pas le droit de réagir ainsi. Saint Paul nous a avertis : « Si même un ange venu du ciel venait vous dire autre chose que ce que je vous ai enseigné, ne l’écoutez pas. »

Tel est le secret de la véritable obéissance.

http://laportelatine.org/mediatheque/sermonsecrits/pagliarani/181028_pagliarani_lourdes.php

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XXVI ème Dimanche après la Pentecôt

18 Novembre 2018 , Rédigé par Ludovicus

XXVI ème Dimanche après la Pentecôt

Introit

Moi, j’ai des pensées de paix et non d’affliction, dit le Seigneur ; vous m’invoquerez et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. Vous avez béni, Seigneur, votre terre, vous ayez délivré Jacob de la captivité.

Collecte

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites que méditant toujours les vérités que vous avez proposées à notre intelligence, nous recherchions dans nos paroles et accomplissions dans nos actes ce qui vous est agréable.

Épitre 1 Th, 1, 2-10

Mes Frères : Nous rendons à Dieu pour vous tous de continuelles actions de grâces, en faisant mémoire de vous dans nos prières, en rappelant sans cesse devant notre Dieu et Père, les œuvres de votre foi, les sacrifices de votre charité et la constance de votre espérance en Jésus-Christ, sachant, frères bien-aimés de Dieu, comment vous avez été élus ; car notre prédication de l’Évangile ne vous a pas été faite en parole seulement, mais elle a été accompagnée de miracles, de l’effusion de l’Esprit-Saint et d’une pleine persuasion ; vous savez aussi quels nous avons été parmi vous pour votre salut. Et vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, en recevant la parole au milieu de beaucoup de tribulations avec la joie de l’Esprit-Saint, au point de devenir un modèle pour tous ceux qui croient dans la Macédoine et dans l’Achaïe. En effet, de chez vous, la parole du Seigneur a retenti non seulement dans la Macédoine et dans l’Achaïe, mais partout votre foi en Dieu s’est fait si bien connaître que nous n’avons pas besoin d’en rien dire. Car tous en parlant de nous racontent quel accès nous avons eu auprès de vous, et comment vous vous êtes convertis des idoles au Dieu vivant et vrai, pour le servir, et pour attendre des cieux son Fils, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous sauve de la colère à venir.

Évangile Mt. 13, 31-35.

En ce temps là : Jésus proposa aux foules cette parabole : "Le royaume de cieux est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme a pris et a semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, lorsqu’il a poussé, il est plus grand que les plantes potagères et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent nicher dans ses branches." Il leur dit une autre parabole : "Le royaume des cieux est semblable au levain qu’une femme prit et mélangea dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout eût fermenté." Jésus dit aux foules toutes ces choses en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, pour que s’accomplît la parole dite par le prophète : J’ouvrirai ma bouche en paraboles, je proférerai des choses cachées depuis la création du monde.

Secrète

Nous vous en prions, ô Dieu, faites que l’offrande de ce sacrifice nous purifie et nous renouvelle, nous dirige et nous protège.

Postcommunion

Nourris de celui qui fait les délices du ciel, nous vous en supplions, Seigneur, faites que nous ayons toujours faim de ce même aliment au moyen duquel nous vivons véritablement.

Office

Au troisième nocturne.

Homélie de saint Jérôme, prêtre.

Septième leçon. Le Royaume des Cieux, c’est la prédication de l’Évangile et la connaissance des Écritures qui conduit à la vie et dont le Seigneur dit aux Juifs : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé et il sera donné à une nation qui en produira les fruits. » Ce Royaume est donc comparable au grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ. » Cet homme qui ensemence son champ, beaucoup ont compris que c’était le Sauveur parce qu’il ensemence l’âme des croyants ; selon d’autres, c’est l’homme lui-même qui ensemence son champ, c’est-à-dire soi-même, et son cœur.

Huitième leçon. Qui donc ensemence, sinon notre intelligence et notre âme ? Elle accueille le grain de la prédication, prend soin de la semence, la fait germer par l’humidité de la foi, dans le champ de son cœur. La prédication de l’Évangile est le plus humble de tous les enseignements. C’est vrai, pour son premier exposé, la prédication de l’Homme-Dieu, du Christ mort, du scandale de la croix, elle n’a pas la vraisemblance de la vérité. Compare donc un tel enseignement aux principes des philosophes, à leurs livres, à la splendeur de leur éloquence et à l’ordonnance de leurs discours, et tu verras : la semence de l’Évangile est de loin la plus petite de toutes les semences.

Neuvième leçon. Mais lorsque celles-là ont grandi, elles ne présentent rien de pénétrant, rien de vigoureux, rien de vivace, mais tout est frêle, et flétri, et languissant et produit en abondance des herbes et des plantes qui bien vite, dessèchent et tombent. Quant à la prédication qui paraissait petite en son début, à peine semée, soit dans l’âme du croyant, soit dans le monde entier, elle ne se développe pas comme une herbe, mais grandit comme un arbre, si bien que les oiseaux du ciel, – en qui nous devons voir ou les âmes des croyants, ou les forces consacrées au service de Dieu – viennent habiter dans ses branches. Les branches de l’arbre évangélique qui s’est développé à partir du grain de sénevé sont, je pense, les différents dogmes dans lesquels se repose chacun des oiseaux mentionnés plus haut.

 

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